Je suis partie en stage d échange SCOPE l été dernier dans le but de voyager une dernière fois avant les ECN, de participer encore une fois à ce feu d artifice culturel et professionnel que sont les échanges entre étudiants en médecine. En effet étant partie en République Tchèque pendant un an dans le cadre d ERASMUS en 2011-2012, j ai très vite pris goût aux rencontres et à cet émerveillement continuel devant l inconnu, tant au niveau culturel, c est à dire linguistique, physionomique, vestimentaire, culinaire ; géographique, les paysages, le temps ; que professionnel : système de santé, relation médecin-patient, place du médecin dans la société, prise en charge du patient dans une situation donnée. Ainsi, toujours avide de nouvelles découvertes j ai saisi la prochaine occasion qui se présentait pour réitérer l expérience. Je dois avouer que le Portugal se présenta à moi dans la mesure où je n avais pas été sélectionnée pour SCOPE, il s agissait d un désistement. J ai alors commencé à apprendre des bases de portugais, grâce à une très bonne méthode de langue que je recommande à tous : Harrap s méthode intégrale, complète et surtout très intéressante car accompagnée de CD-r qui permettent une bonne approche de la prononciation et des différents accents de la langue dans le pays. J ai choisi comme service la dermatologie, car l ayant seulement étudiée pour les examens je n avais pas eu l occasion de voir littéralement les lésions, ce qui me paraissait assez handicapant pour reconnaître les différentes maladies et les mémoriser. LE STAGE HOSPITALIER Il s est déroulé à l Hôpital São João, de Porto, assez excentré mais facilement accessible par métro ou en bus. Un des plus grands hôpitaux de la ville, où se situaient également les locaux d une des deux facultés de médecine de Porto. Le service : J ai été envoyée en Consultations de Dermatologie, 5h par jour, 5 jours par semaine pendant 4 semaines. Je suivrai 5 médecins différents, tous parlant très bien anglais ou même parfois français, exerçant au sein de la dermatologie des activités différentes : Pr. Alberto A. s occupait des consultations de pédiatrie, Dra. Sofia M. prenant en charge les patients qui faisaient une photothérapie, Dra. Theresa B. réalisant la petite chirurgie et des Hôpital São João, entrée principale.
traitements utilisant le laser, Dra. Maria J. s occupait des consultations générales et Dra. Serena D., essentiellement responsable de l oncologie. Journée type : Les consultations avaient lieu de 9h à 14h. En général, le patient entrait, je me présentais, puis la consultation se déroulait en portugais, j essayais d en comprendre le sens général à l aide d un petit dictionnaire et de beaucoup d efforts. Le docteur me traduisait ensuite l essentiel de la conversation en anglais, nous réfléchissions ensemble à la prise en charge et aux traitements les plus appropriés, puis il faisait part de son choix au patient, de nouveau en portugais. Le tout se passait de manière très simple et dans une bonne atmosphère de compréhension et de soutien, autant de la part du médecin que de celle des patients, qui les uns comme les autres n hésitaient pas à m expliquer et m apprendre certains termes en portugais qui me seraient utiles. Je pouvais poser des questions à tout moment, lorsque cela n allait pas déranger la consultation. L expérience hospitalière: La première semaine fut assez difficile au niveau surtout de la langue, car passer du portugais, assez proche du français, à l anglais était générateur d un mal de crâne qui me tenait toute la journée. De plus, les différents médecins n avaient pas tous le même accent portugais et nous voyions une quinzaine de patients dans la matinée. Je tâchais de travailler la langue les après-midis et en soirée, puis petit à petit on s habitue et finalement dès la deuxième semaine ce fut un véritable plaisir d aller en stage, non seulement pour la langue mais aussi pour la pratique médicale que je pouvais apprécier plus pleinement. Pour citer quelques-unes des différences avec nos hôpitaux montpelliérains rencontrées à l hôpital São João : les patients attendaient leur consultation dans un long couloir, où ils étaient appelés au haut-parleur par chacun des médecins eux-mêmes. Les retards, du coté des médecins comme des malades, étaient tolérés, voire considérés normaux et l ordre de passage des patients en consultation était déterminé non par l heure du rendez-vous fixé souvent plusieurs mois à l avance, mais par leur ordre d arrivée au secrétariat des consultations. La plupart des médecins, connaissant leurs patients de longue date, n hésitaient pas à les appeler par leurs prénoms et à les tutoyer. Ceci créait une proximité plus grande du médecin au malade et une relation quasiment amicale existait entre certains d entre eux. Cette proximité renforçait la confiance, et tout en conservant un grand respect mutuel, elle rendait le médecin plus accessible à des questions jugées parfois trop bêtes par les patients ou à des confessions plus intimes, qui pouvaient s avérer des indices cliniques importants. Enfin, lors de la rédaction des ordonnances, le prix de chaque investigation ou médicament prescrit était indiqué à droite de son nom. Le médecin était libre de tout prescrire, et ce dernier comme le patient étaient conscients du coût du traitement. Il m arrivait de trouver cela choquant, mais après tout il ne s agit que d informer, et par là les médicaments génériques étaient plus souvent choisis, avec bien entendu une efficacité au moins égale et avec l accord du patient, et certaines investigations parfois systématiques étaient révisées.
Malgré le handicap de la langue, ne me permettant pas de réaliser moi-même l interrogatoire du patient, excepté lorsqu il parlait anglais ou français, les médecins faisaient vraiment en sorte que je participe à l examen clinique et m impliquaient dès que possible dans la décision de la prise en charge. Au niveau pratique j ai appris à me servir du laser, que ce soit pour atténuer la coloration d anciens hémangiomes, faire disparaître des cicatrices, rajeunir la peau d une octogénaire ou pratiquer l ablation de neurofibromes. J ai enfin pu voir et mettre en application les données de dermatologie que j avais apprises pour mes examens, ce qui me fut très bénéfique et revalorisant. ACCUEIL, PROGRAMME SOCIAL Les étudiants portugais se sont très bien occupés de nous. Dès notre arrivée, ils proposaient de venir nous chercher directement à l aéroport pour nous emmener dans la résidence universitaire où nous étions tous logés. Ayant fait le trajet en voiture, (environ une quinzaine d heures de Montpellier à Porto) on m a indiqué l itinéraire à suivre jusqu à la cité U et permis ainsi d y arriver sans trop d embuches. Nous étions donc une quinzaine d étudiants internationaux en échange SCOPE et SCORE, tous réunis dans une résidence située à 20 minutes à pied du centre-ville de Porto, et à environ 35 minutes en métro ou en bus de l hôpital. Cette résidence était au bord du Rio Douro sur lequel nous avions une vue très agréable et une tranquillité rare. La cité universitaire était également située à 20 minutes en bus des plages, ou nous allions très souvent nous relaxer, admirer le paysage et pratiquer notre portugais. J ai commencé par regretter de ne pas avoir atterri dans un appartement ou une famille portugaise, comme je m y attendais, mais je me suis vite rendu compte que le fait de vivre aussi proches les uns des autres avait du bon : un mois c est très court et pour apprendre à se connaître, mieux valait habiter ensemble. Vue de la cité universitaire sur le Rio Douro La moitié des étudiants étaient en stage pratique, l autre moitié en stage de recherche. Ils venaient de tous les pays, et contrairement aux étudiants ERASMUS, de différents continents également : le choc et le partage des cultures allaient être prometteurs, parfois explosifs, mais toujours très formateurs. D Europe, nous étions : quatre Slovaques, une Tchèque, quatre Polonais, une Lituanienne, une Finlandaise, un Maltais, une Danoise, une Portugaise faisant ses études en Espagne, et une Française. S ajoutaient ensuite deux étudiantes américaines, deux étudiants tunisiens et un étudiant japonais. Nous parlions plus ou moins bien anglais, avions souvent des réactions et des avis différents quant à ce qu il nous arrivait, mais étions tous passionnés par les échanges et ce nouveau pays qui s ouvrait à nous. Chaque sortie, apportait son lot de nouvelles expériences, tant au niveau de la cuisine, des plages, des expressions, des styles vestimentaires, des règles de politesse, de l architecture, de l organisation des rues, du système de santé, de la politique parfois, Porto étant en pleine campagne pour les élections municipales ; tout cela était sujet à des discussions sans fin où
nous étions tous dans l écoute et la compréhension les uns des autres, sans vouloir forcément défendre une opinion mais chacun apportant son expérience et un peu de son vécu. C est ce qui me passionne dans les échanges, cette curiosité de chacun pour l inconnu et le nouveau, qui se traduit en intérêt pour l autre. Puis chacun finit par rentrer chez soi, on se retrouve plus ou moins loin les uns des autres mais liés par ce mois d expérience commune où on a tout découvert, tout partagé et tout créé ensemble. On rentre un peu changés, plein de nouvelles perspectives et de nouvelles idées en tête. C est un sentiment extraordinaire, et l expérience qu on y gagne n a pas de prix. Casa da Musica Welcome pack : Le comité d accueil nous avait offert une carte sim avec un forfait mobile qui nous permettait d appeler en illimité et d envoyer des messages gratuitement à chacun d entre nous. Ceci nous a grandement facilité les échanges, les rendez-vous et les sorties. Les repas du midi en semaine nous étaient offerts à la cantine de l hôpital. Nous avions également eu droit dès notre arrivée à une carte de transports valable pendant un mois dans toute la ville, que nous avons payée 5 euros, soit le prix de la carte, l abonnement nous étant offert par le comité d accueil. Les étudiants nous avaient envoyé avant notre arrivée un lexique anglais-portugais des expressions qui nous seraient utiles. Le programme social : Pendant la première semaine d échange, 3 étudiants responsables des incomings nous ont fait découvrir leurs restaurants et bars préférés dans la ville, de manière à ce que l on fasse connaissance les uns des autres, et dans le but que nous puissions nous débrouiller sans eux pour les semaines à venir, car le programme social débutait le 21 juillet, soit quasiment à la fin de notre stage. Pendant le mois de juillet, un week-end a été organisé à Lisbonne. Je n y ai pas participé car je le trouvais un peu cher et préférais rester le maximum de temps à Porto, déjà attristée de bientôt devoir la quitter. Le programme social venant un peu tard dans le mois, j avais également choisi de ne pas assister à toutes les activités. La visite de la ville par exemple, en compagnie des étudiants en échange à Lisbonne, Coimbra et Braga ne m intéressait plus vraiment, étant donné que j estimais la connaître assez pour savoir où aller flâner et admirer la ville lorsque j en avais envie. Il faut savoir que Porto est très belle : des petites rues pavées, entre de magnifiques façades en mosaïque de toutes les couleurs, le charme des maisons à l abandon, l authenticité des habitants, et tout cela à portée de main, car sans guide, sans plan, il suffit de marcher quelques minutes en s écartant des grandes places touristiques pour voir apparaître une ville portugaise typique comme on pourrait en rêver, un très grand village à
dimension humaine, sans prétention et plein de charme, où les autochtones font griller leurs sardines au pied de leur maison, en interpellant quelques-uns des passants qu ils connaissent, mangent en famille, la table au beau milieu de la rue, et se réunissent dans des petits bars pour soutenir avec passion l équipe de foot de la ville. Le programme social nous emmenait visiter les caves à porto de la ville, avec dégustation de différents portos et jolie balade guidée en bateau sur le Douro. Nous dînions dans des restaurants typiquement portugais. Nous avons visité également un bâtiment récent, salle de concerts bâtie en 2001, «Casa da Musica». La visite était très intéressante, associant des notions d architecture, d histoire de la ville, d art des azulejos et d acoustique, d autant plus intéressante que ce bâtiment aux formes étranges était situé à quelques centaines de mètres de notre résidence et que nous n y avions prêté que peu d attention lors de nos allers-retours quotidiens à l hôpital. Les étudiants responsables du comité d accueil ont pris à cœur leur rôle et ont toujours été présents lorsque nous avions besoin d aide, de renseignements, et faisaient tout pour nous intégrer au mieux à la vie de la faculté et auprès des étudiants portugais, ce qui n était pas toujours facile. CONSEILS J aurais quelques conseils pour les étudiants partant à Porto : aller se perdre dans la ville, sans guide, car elle n est pas très grande et réserve des surprises à l infini. Faire aussi beaucoup de visites guidées, car elles ne sont vraiment pas chères et permettent de se familiariser avec l histoire de la ville et la culture. Ne pas hésiter à se rendre à Gaia, ville située en face de Porto, de laquelle on a une superbe vue sur la ville, et où se trouvent les plus belles plages. D apprendre un peu de portugais, car il est accessible pour nous et que cela facilite les relations avec les habitants, à l hôpital comme ailleurs. Pour trouver des villages encore plus typiques, le mieux est de traverser la rivière et d aller vers la mer, à 20 minutes du centre-ville, les restaurants sont bon marché et de très bonne qualité. Quant à l hôpital, je ne nie pas qu il est plus simple de choisir des stages où l on est un peu moins au contact des patients, comme la chirurgie ou la radiologie par exemple, mais le défi vaut le coup et nous ouvre encore un peu plus à la culture portugaise. Bienvenue Pour conclure, je trouve que cet échange a été très enrichissant et m apporte encore beaucoup d expérience professionnelle et humaine. Il me confirme une fois de plus la beauté et la richesse des échanges interhospitaliers. Je remercie infiniment toutes les personnes ayant participé à son déroulement.