Désiré Loth La Crise, ses causes, ses conséquences, les voies de sortie Publibook
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Sommaire Introduction...11 1. Les crises sont inhérentes au système capitaliste...13 2. La titrisation...25 3. La genèse de la crise...31 4. Contagion de la crise : elle devient mondiale...37 5. Les conséquences sur l économie réelle...43 6. Quelles sont les voies de sortie de crise?...45 Conclusion...53 Bibliographie...55 9
Introduction Personne ne peut dire aujourd hui quelles seront l ampleur et la durée de la crise actuelle. Nombreux sont ceux qui pensent qu elle sera longue et douloureuse, avec de fortes conséquences pour chacun d entre nous. Va-telle conduire à une remise en question de notre mode de vie? Le libéralisme, mode de pensée économique dominant, sera-t-il remis en question? L Europe saura-t-elle saisir l occasion d apporter une réponse coordonnée à cette crise? Rien n est moins sûr! Certes, l humanité a toujours connu des crises, mais on sait bien que celle-ci est d une tout autre ampleur. Rien ne sera plus comme avant. Cette crise ne serait-elle pas le signe avant-coureur d autres tsunamis bien plus dévastateurs? En écrivant ce livre, je me suis fixé le but d éclairer le citoyen, de lui expliquer de la manière la plus pédagogique possible les mécanismes économiques sous-jacents qui ont été à l origine de cette crise (la plus grave depuis quatre-vingts ans), d en comprendre les causes, d imaginer les conséquences et de proposer des voies de sortie de crise. Car personne ne peut prédire avec certitude ce que sera l avenir. Mais comment a-t-on pu en arriver là, alors que l humanité (une partie seulement) n a jamais connu une croissance économique aussi forte? Pour cela, il nous faut replacer les événements récents dans leur contexte historique. Cette crise n est pas la première dans l histoire de l humanité. Mais cette crise, qui a démarré aux États-Unis, est la première à connaître une dimension planétaire. Pour la comprendre, il faut se souvenir des précédentes. 11
Le développement de l ouvrage suit donc le cours chronologique de cette crise, la plus grave depuis 1929. Nous allons d abord montrer que les crises sont inhérentes au système capitaliste. 12
1. Les crises sont inhérentes au système capitaliste Un des plus grands spécialistes de l histoire de la finance, l économiste Charles Kindleberger (1910-2003), professeur au célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology), a écrit un ouvrage en 1978 intitulé Manias, Panics and Crashes. A History of Financial Crises, dans lequel il analyse les mécanismes à l origine des crises financières qui ont marqué le capitalisme depuis quatre siècles. Il constate que l on retrouve toujours une succession de phases identiques pour chacune d entre elles et que cette logique est à l œuvre depuis quatre cents ans. Une phase d essor, d euphorie, d emballement, caractérisée par la flambée des cours, l augmentation brutale des prix de la plupart des actifs financiers réels ou virtuels : tout cela est d abord dopé par la frénésie d achat de nombreux agents. Puis, à un moment donné (qu il est impossible de prévoir avec certitude), on assiste à un renversement de cette tendance : la crise, ou plus précisément la bulle, éclate. La plupart des valeurs chutent avec une dévalorisation importante de la plupart des actifs financiers. Un vent de panique se lève et les effets de la crise se propagent de manière insidieuse à l ensemble de l économie. Le chômage progresse, la consommation se bloque par peur de l avenir et, si rien n est fait, tout se grippe et on se dirige vers une récession sévère. Enfin, une fois que l économie est assainie, que les pertes ont été digérées, l économie redémarre et on se dirige vers une forme de croissance nouvelle et bientôt vers la prochaine crise. Bien évidemment, ce processus n obéit pas à une périodicité bien définie. Toutes les crises ne présentent pas la même ampleur et n engagent pas forcément un phénomène de récession (c est-à-dire deux trimestres successifs de croissance négative). 13
Néanmoins, on retrouve toujours la même logique à l œuvre depuis le XVII e siècle. Il y a récurrence d un certain nombre de phénomènes et c est cette même succession de phases identiques qui a caractérisé la plupart des crises passées. En 1636 se déclenche une spéculation sur le bulbe des tulipes. Son cours monte, et chacun veut s enrichir et le faire monter plus encore. Jusqu à ce que certains se rendent compte que le prix est devenu complètement irréaliste et absurde. Il y a, à ce moment-là, éclatement de la bulle avec inversion de la courbe. Et l euphorie se transforme en panique. En 1720, à Londres, l éclatement de bulles spéculatives sur les titres et les monnaies entraîne la faillite de la Compagnie des mers du sud et de plusieurs banques. Plus près de nous, la crise asiatique de 1997, l éclatement de la bulle technologique de 2000-2001 obéissent à cette même logique. Les crises étaient «locales» et d assez courte durée, sauf pour le Japon qui est entré dans la déflation en 1990 et ceci, pour une longue durée. Cependant, la crise actuelle semble plus profonde et plus brutale que toutes les précédentes, avec en plus une extension quasi-planétaire. C est la question du contexte financier spécifique à cette crise qui doit être abordée, tout particulièrement, et comme nous le verrons plus loin, l impact de la titrisation. Avec cette dernière, le crédit immobilier, surtout américain, s est transformé en titres financiers comme les autres et, du fait de l interconnexion généralisée des marchés, ces titres se sont diffusés à l ensemble du monde financier. Kindleberger a conclu que les crises font partie intégrante du capitalisme et qu elles sont endogènes. Il s agit de s intéresser à la question centrale de l efficience des marchés financiers (Orléan, 2009). C est là le cœur du problème. La crise que nous vivons a pour origine l instabilité propre aux marchés financiers ; plus précisément leur incapacité à maintenir les évolutions de prix à la hausse comme à la baisse dans des limites raisonnables. Les marchés financiers ne sont pas efficients au sens de la théorie économique dominante. 14
Pour celle-ci, les crises économiques sont toujours possibles. Elles peuvent résulter d un choc exogène (exemple : hausse du coût des matières premières), mais grâce aux mécanismes du marché, et plus précisément aux mécanismes des prix, il y a retour à l équilibre. On dit alors que les marchés sont efficients. Mais comme l ont montré Kindleberger et d autres spécialistes de l histoire de la finance, les marchés financiers ne fonctionnent pas comme la plupart des marchés de biens et services ordinaires, qui obéissent à la loi de l offre et de la demande avec, souvent, au bout d un certain temps, retour à l équilibre. Les marchés financiers sont en effet structurellement instables. Nous allons essayer d expliquer dans un premier temps comment fonctionnent les marchés de biens et services, puis nous évoquerons la spécificité du fonctionnement des marchés financiers qui répondent à une autre logique. Comment fonctionnent les marchés de biens et services ordinaires? Sur ces marchés, l offre d un bien ou d un service augmente en fonction du prix. Par exemple, un producteur sera disposé à offrir une production d autant plus importante que le prix de vente sera élevé. La demande, de son côté, va baisser si le prix augmente. Ainsi, la demande de biens et services sera d autant plus importante que leurs prix sont faibles. Le prix qui s établit sur ces marchés est le résultat d un processus de libre négociation entre offreurs et demandeurs, qui se poursuit jusqu à la découverte d un prix assurant l équilibre entre l offre et la demande. Si la demande est supérieure à l offre, les prix vont augmenter. Si l offre est supérieure à la demande, la concurrence entre les vendeurs qui doivent écouler leurs offres entraîne la baisse des prix. Ainsi, quand un choc quelconque modifie la demande ou l offre sur un marché, la libre concurrence met automatiquement en œuvre un processus d ajustement des prix garantissant le retour à l équilibre. Les marchés sont 15
dits efficients ; et lorsque le prix augmente, cela conduit à faire baisser la demande et donc les prix. Quelle est la spécificité du fonctionnement du marché des actifs financiers (biens immobiliers, titres )? Nous allons nous efforcer de montrer que le marché des actifs financiers (biens immobiliers, actions) n obéit pas à la même logique de fonctionnement que le marché des biens et services ordinaires. Lorsque le prix des actifs (éléments de valorisation de patrimoine) augmente, la demande augmente également. Prenons l exemple du marché de l immobilier entre 2000 et 2007. On constate pour cette période une hausse des prix d environ 139 % en France, de 189 % en Espagne et de 171 % aux États-Unis. Pour les États-Unis, cette évolution des prix sur une longue période est exceptionnelle et n avait jamais été observée auparavant. On constate, sur ces marchés, une demande de biens en l occurrence ici de biens immobiliers qui est une fonction croissante du prix. C est-à-dire que lorsque le prix augmente, la demande, au lieu de baisser, augmente. C est donc le contraire de ce que l on observe sur les marchés de biens ordinaires, où la demande est une fonction décroissante du prix. Nous voici au cœur du problème : pourquoi l autorégulation concurrentielle n a-t-elle pas fonctionné? Le mécanisme des prix sur les marchés financiers est-il inefficace? Pour répondre à cette question, il faut à ce stade bien comprendre une chose : l immobilier n est pas un bien ordinaire. Sa spécificité, c est qu il est également sollicité pour son rendement. Sur la période 1997-2006, la hausse des prix immobiliers est exceptionnelle, à la fois par l ampleur des hausses de prix et le nombre important de pays concernés, ce qui fait de l immobilier un investissement extrêmement rentable. Par voie de conséquence, loin de décourager la demande, la hausse des prix renforce celle-ci et contribue à l augmentation 16