Antonella Invernizzi, La vie quotidienne des enfants travailleurs : Stratégies de survie et socialisation dans les rues de Lima, L Harmattan 2001, Paris (extraits des chapitres 4&5) Plan de la présentation Chapitre 4 : Les motivations et la carrière de l enfant travailleur 4.1 Les transaction quotidiennes et les composantes du travail dans la rue 4.2 La carrière de l enfant travailleur 4.2.1. Les étapes 4.2.2. Trajectoires familiales et carrière 4.2.3. Carrière et sociabilité entre les enfants Chapitre 5 : «Le contrat» parent-enfant : entre travail et socialisation 5.3 Protection et autonomie de l enfant travailleur : conception andine et conception urbaine 5.4 Les contrats satisfaisants pour les enfants Discussion
Chapitre 4 : les motivations et la carrière de l enfant travailleur 2 problèmes dans la définition du travail : - Activités sont très variées : vente, transport des marchandise, cirage des chaussures, encaisse des billets de bus, surveillance des voitures,. - Conditions du travail variables : tous les jours ou seulement pour des périodes, certains travail sont très rentables, d autres ont des revenus très faibles. Cette variété constitue un défi pour le classement et pour déterminer leur contenu à partit de la définition du travail (par exemple n est pas toujours facile de distinguer entre travail et mendicité). Définition du travail : beaucoup de controverses - critère de l utilité sociale de l activité - critère de l utilité du revenu Discours à propos d un travail idéal : emploi salarié dans un métier reconnu (beaucoup des enfants sont conscient que le travail idéal stable est inaccessible.) Double discours : - référence au stéréotype de la formation et de l apprentissage aboutissant à une profession prestigieuse, mais l espoir d une progression socio-économique par la scolarisation peut constituer un mythe tellement éloigné de la vie quotidienne qu il ne constitue pas toujours une référence positive. - définition des aspirations à partir de leurs expériences quotidiennes. Certains enfants considèrent leur activité quotidienne comme du travail parce que cela leur permet de gagner leur vie, d autres parce qu il requiert un effort, certains expriment un rejet pour la vente et voudraient travailler ailleurs, d autres sont satisfaits.
Piste de l auteur : explorer la manière dont les acteurs concernés se représentent et expérimentent leurs activités quotidiennes. Trois pistes : - déconstruction des activités quotidiennes à partir des motifs de l enfant et des liens qu il tisse - intéresse pour carrière de l enfant - mise en place de la question de la définition du travail à partir des discours des enfants et des adultes
4.2.2. Trajectoires familiales et carrière Expérience de l enfant : - éléments subjectifs - éléments extérieurs (attentes des adultes, ressources économiques et sociales, type d activité). L enfant qui travaille dans l emplacement de vente familiale connaisse le lieu de travail de leurs parents bien avant de contribuer lui-même à la survie familiale. Manière progressive Si l enfant travaille seul, il doit apprendre à vendre Pour les plus jeunes l activité mobile permet de répondre aux besoins ludiques. Certains enfants ne peuvent pas s éloigner du poste de vente de leurs parents. Vente : o en absence d autres enfants et avec des responsabilités importantes est peu intéressante pour les enfants qui se trouvent dans une étape ludique. o modalité plus adaptée pour les filles qui se trouvent dans l étape suivante, statut social plus élevé que celui des vendeurs parcourant les rues, le travail devient un élément important de l identité et du statut. D autres filles combinent le travail dans l emplacement des parents à la vente itinérante. Certains enfants distinguent le «travail pour soi» de l «aide» aux parents, l intérêts n est plus la motivation ludique mais l autonomie dans l utilisation des ressources. La vente itinérante peut offrir des mauvaises conditions de travail et produit de faibles bénéfices, ce qui peut produire des ruptures importantes dans la carrière de l enfant.
Cependant l enfant généralement est introduit dans la rue par un membre de la famille ou par d autres enfants plus expérimentés. o La présence de la mère peut offrir protection contre les risques de la rue, mais l absence d autres enfants réduit les possibilités du jeu. o Si l enfant est introduit par d autres enfants plus expérimentés, très souvent le travail n est pas imposé mais choisi Enfin il y a l enfant qui travaille seul dans la rue, il n est pas inséré dans un réseau, ils commencent dans la deuxième étape de la carrière en combinant jeu, exploration et travail. 2 possibilités : Si l enfant se retrouve à travailler seul dans un espace inconnu et doit produire rapidement des revenus, le travail est subi. Mais si il commence à maîtriser ses activités et à connaître la rue, il dispose d une plus grande autonomie spatiale.
4.2.3. Carrière et sociabilité entre les enfants Il y a une relation entre la manière dont les enfants expérimentent leur travail et la manière dont ils tissent les liens enter eux : - la possibilité de réaliser un travail ludique dépend beaucoup des autres enfants. Donc la sociabilité est très valorisée - la structure informelle et souple du groupe est en rapport avec la carrière des enfants. Actuellement l atmosphère du travail est très tendue (mesures de réorganisation de l espace) et les cireurs sont aussi touchés. Tandis que dans le travail familial, l adulte se charge souvent des questions relatives à l occupation de l espace. Programme qui organise les enfants en coopérative afin de garantir un emplacement de travail aux cireurs de chaussures et d obtenir une reconnaissance formelle par les autorités : Certains se détachent des autres cireurs pour obtenir une garantie d emplacement. Ils se désolidarisent de ceux accusés de jouer et de créer des troubles. Les intérêts économiques produisent des scissions du groupe. Les jeunes qui revendiquent un emplacement fixe et une reconnaissance formelle ne valorisent pas leur activité, ils aimeraient un autre travail. A défaut d une telle opportunité, ils continuent leur activité, le travail se définit alors comme travail-identité, mais de manière négative. Le travail n est pas objet de valorisation, il redevient un travail-subsistance.
4.1. LES TRANSACTIONS QUOTIDIENNES ET LES COMPOSANTES DU TRAVAIL DANS LA RUE BOLLE DE BALL Travail : ensemble de liens sociaux = attaches concrètes + significations attribuées. Ces liens comportent trois dimensions : 1) dimension socio-économique : Avantages matériels qui permettent la subsistance. 2) dimension socio-culturelle : Relations avec d autres travailleurs et appartenances sociales. 3) dimension identitaire : Lien que le travailleur construit avec soi-même par le travail ; elle concerne l image de soi et les compétences acquises dans la rue. A ajouter : 4) dimension ludique. Observations : L importance des liens varie selon le type d activité et selon les enfants. Les liens ne sont pas fixes, mais évoluent dans le temps. L issu de transactions modifie les liens.
La condition de l enfant varie selon : - les conditions de vie ; - les compétences ; - le type d activité. La survie exige que l enfant soit capable de faire face aux événements qui se déroulent dans son environnement. Pour ce la il peut compter sur : - des compétences personnelles ; - l appui d autres personnes ; - les ressources matérielles. Souvent c est la subsistance de la famille qui pousse l enfant à travailler, mais ils y ont aussi d autres raisons : 1) une composante utilitaire : Il s agit de l utilité du service ou du produit et l utilité du revenu. 2) une composante ludique : Le jeu est une stratégie des enfants pour faire preuve d initiative et expérimenter. 3) une composante relationnelle Les enfants cherchent à stabiliser leur environnement par le développement de relations stables et des liens de collaboration. 4) une composante identitaire : La manière dont l enfant effectue son travail est significative de ses intérêts et de ses besoins d ordre identitaire. Il cherche une reconnaissance personnelle positive et une valorisation de soi. Pour vraiment aider ces enfants, et améliorer leurs conditions de vie, il faut connaître et analyser toutes ces dimensions.
Chapitre 4.2 La carrière de l enfant travailleur considère : Les significations que l enfant donne à son activité L image de soi qui en découle Les compétences acquises Les étapes de la carrière sont des types idéaux. Remarque tous les éléments dépendent aussi de l environnement social et des normes implicites qui le régissent. A. Début du travail dans la rue 1. Urgence- nécessité étape B espace peu connu 2. Insertion guidée l espace est déjà connu au moment de leur entrée dans celui-ci mélange de jeu, d apprentissage et de travail 3. Choix (dimension ludique) passage à l étape C B. Travail subsistance Objectifs Conséquences Définition du travail Compétences nécessaires Nécessité, survie Travail subi Effort Plus que celle qu ils ont Gagne pain effectivement. C. Travail ludique D. Travail identité Recherche d amusement, exploration Recherche d un statut et d une reconnaissance sociale positive Le travail comme un choix Travail devient l attribut central de l identité Bon travail : Rapport important au revenu revenu aide à la famille utilité Bon travail : celui qui synthétise ces trois qualités Compétences et utilité Bon travail : bon statut (Poste fixe) Connaissance de l environnement, Compétences et autonomie, capacité de maîtrise et gestion du revenu autonomie et capacité de gestion de l activité E. Sortie Choix de la famille Choix de l enfant d un meilleur statut
Le système de L opportunité de Cusson, reprit par Lucchini (Enfant de la rue Identité, sociabilité, drogue p.61) instrument intéressant pour analyser les différentes étapes de la carrière Objectifs Occasions d agir Ressources a. Ressources propres à l acteur (affectives cognitives, culturelles, sociales, physiques) b. Occasions d agir auxquelles il est confronté c. Ses intentions et ses buts «Une opportunité se constitue quand un acteur peut, grâce à ses ressources, profiter des circonstances pour réaliser ses fins» 1 «Le système de l opportunité permet à l acteur de se situer dans l espace social. ( ) plus ce système est élaboré et plus l acteur est autonome par rapport au milieu social concerné par l opportunité.» 2 plus le système de l opportunité est élaboré plus la rue est vue de manière positive et moins elle est subie 1 Lucchini, Enfant de la rue Identité, sociabilité, drogue, p.61 2 Ibid.
Chapitre 5.3 Marco : Conception urbaine de la famille l enfant est exclu de la sphère de production, ses activités principales sont l école et le jeu MAIS dans un contexte de production cette conception cause désorganisation Marco donc travaille Contrat avec les parents : selon le père Marco ne doit pas travailler remise en question du statut de chef de famille. Autonomie spatiale des garçons = Marco travaille à l insu de son père selon la mère Marco doit travailler situation économique difficile de la famille José : Conception andine de la famille travail dans la rue Contrat avec les parents : autonomie de l activité ; gestion autonome du revenu ; autonomie spatiale (exploration = jeu + travail) Dans certaines familles : identification rigoureuse des besoins et responsabilités de chaque membre Distinction «travail pour soi» / «aide» : administration rigoureuse des biens dans la famille protection de l exploitation et de la surcharge de travail pour l enfant Famille andine rurale : attitude parentale moins axé sur le contrôle et la protection Education informelle et fonctionnelle : on apprend de la pratique, pas de la théorie Travail de l enfant : pas règle figée mais pragmatisme et confiance dans les capacités de l enfant l apprentissage de la vente itinérante est fait de manière autonome Jeu : modalité centrale d apprentissage progressif du travail rural Circulation des enfants = fréquente tentative d améliorer leur situation ou fuite à la violence familiale
Catacora : l homme naît plusieurs fois : à zéro physiquement (dépendance). comme travailleur, collaborateur, producteur de l économie domestique à six ans (indépendance) comme membre de la communauté avec droits et responsabilités à quinze ans (interdépendance) Droits de l enfant : utilisation des revenus de son travail et de ses biens ; choix de son lieu de vie ; participation à la vie économique, familiale et sociale, du travail et de l enfance Travail : efforts (+ risques) et autonomie (+ compétences) Si effort est excessif nécessité de protection Si protection est excessive contrôle négatif! Autonomie acquisition de compétences valorisées et partage équitable des efforts Partage équitable des efforts : valorisation du travail accompli par tous les membres de la famille enfant qui a peu d obligations a aussi moins de droits Situation de travail satisfaisant contrat avec parents met en relation obligations et droits de l enfant
5.4 Les contrats satisfaisants pour les enfants Première caractéristique des contrats satisfaisants : flexibilité Considération des besoins de protection, autonomie et valorisation de l enfant Articulation entre exigences économiques et exigences de socialisation Eléments caractérisant les contrats : Flexibilité de la demande économique Caractère programmé de la mise au travail Gestion autonome des bénéfices Garantie de la survie dans la rue Valorisation du travail de l enfant Travail de l enfant = projet d amélioration de sa situation personnelle ou familiale Scolarité possible Contrats qui remplissent ces conditions = pas beaucoup à cause de la précarité économique et de la conception de l enfance et de la famille