Frédéric COMPIN Dictionnaire pragmatique de comptabilité. Démarche méthodologique



Documents pareils
UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE

eduscol Ressources pour la voie professionnelle Français Ressources pour les classes préparatoires au baccalauréat professionnel

Notes de lecture : Dan SPERBER & Deirdre WILSON, La pertinence

N SIMON Anne-Catherine

DESCRIPTEURS NIVEAU A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues

Il y a trois types principaux d analyse des résultats : l analyse descriptive, l analyse explicative et l analyse compréhensive.

THÉORIE ET PRATIQUE DE L AUDIT INTERNE

Partenaires: w w w. c o g m a s t e r. n e t

Master Etudes françaises et francophones

ACTIVITÉS DE COMMUNICATION LANGAGIÈRE ET STRATÉGIES

Problématique / Problématiser / Problématisation / Problème

Guide No.2 de la Recommandation Rec (2009).. du Comité des Ministres aux États membres sur la démocratie électronique

Master européen en traduction spécialisée. Syllabus - USAL

TABLE DES MATIERES 521

RÉSUMÉ DES NORMES ET MODALITÉS D ÉVALUATION AU SECONDAIRE

«L impact de l interculturel sur la négociation» construire des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables

COMPTE RENDU OU NOTES DE LECTURE SUR LA LITTERATURE ORALE AFRICAINE

Théories comptables. Théories normatives

Le Cadre Européen Commun de Références pour les Langues

Une discipline scolaire

CONSEIL NATIONAL DE LA COMPTABILITÉ Remplacement d instruments

Morphosyntaxe de l'interrogation en conversation spontanée : modélisation et évaluations

LES RÉFÉRENTIELS RELATIFS AUX ÉDUCATEURS SPÉCIALISÉS

Apprentissage Automatique

Méthode universitaire du commentaire de texte

Les indices à surplus constant

L E C O U T E P r i n c i p e s, t e c h n i q u e s e t a t t i t u d e s

Un écrivain dans la classe : pour quoi faire?

LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION

Cours Informatique de base INF-B Alphabétisation

LES INTERFACES HOMME-MACHINE

master Principes de Finance d Entreprise Corporate Finance Création de valeur Philippe Thomas Collection BANQUE FINANCE ASSURANCE

Portail Vocal d Entreprise

BABEL LEXIS : UN SYSTÈME ÉVOLUTIF PERMETTANT LA CRÉATION, LE STOCKAGE ET LA CONSULTATION D OBJETS HYPERMÉDIAS

MUSÉOGRAPHIE. Référent Anaïs RAMEAUX Actualisation Mars 2012 SYNTHÈSE

Mais, avant de nous lancer dans cette entreprise, clarifions les termes et le cadre.

Une stratégie d enseignement de la pensée critique

La Relation Client : Quand l Analyse du Discours rencontre le Marketing

Un opérateur à peine franc-comtois

Concevoir sa stratégie de recherche d information

Initiation à la recherche documentaire

S3CP. Socle commun de connaissances et de compétences professionnelles

NOM : Prénom : Date de naissance : Ecole : CM2 Palier 2

Méthode du commentaire de document en Histoire

Synthèse «Le Plus Grand Produit»

Baccalauréat professionnel vente (prospection - négociation - suivi de clientèle) RÉFÉRENTIEL DE CERTIFICATION

SOCLE COMMUN - La Compétence 3 Les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique

LIVRET PERSONNEL DE COMPÉTENCES

Qu est-ce qu une problématique?

3.2. RAPPORT DU PRÉSIDENT DU CONSEIL D ADMINISTRATION (ARTICLE L DU CODE DE COMMERCE)

La recherche documentaire et la recherche d informations professionnelles. BU Sciences BIU Montpellier PPE 2012

MASTER LPL : LANGUE ET INFORMATIQUE (P)

Les apports de l informatique. Aux autres disciplines

Ressources APIE. La comptabilisation des actifs immatériels : enjeux et applications. immatériel. Pour comprendre. En bref

MASTER RECHERCHE MEDIATIONS DES SCIENCES. Mention HISTOIRE, PHILOSOPHIE ET. Histoire et Philosophie des Sciences. Année 2007/2008

LA CONDUITE D UNE MISSION D AUDIT INTERNE

Édition : La Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux

FORMATION FORMATION CERTIFIANTE AU METIER DE COACH. Public. Objectifs : Mode pédagogique : une formation avant tout pratique, novatrice et cohérente.

O b s e r v a t o i r e E V A P M. Taxonomie R. Gras - développée

Proposition de sujet de thèse CIFRE EUROCOPTER / LGI2P

Comment valoriser une entreprise et sur quels critères? ISEC 22 novembre 2011 Evaluation d entreprises

Avant-propos Le problème de la spécificité du texte dramatique... 7 Genres du dramatique et descriptions linguistiques Conclusion...

LES INDICATEURS CLÉ DE PERFORMANCE : DÉFINIR ET AGIR

Thématique : Arts, ruptures et continuités

Norme internationale d information financière 1 Première application des Normes internationales d information financière

Attestation de maîtrise des connaissances et compétences au cours moyen deuxième année

Doctorate of Business Administration Programme francophone

«Dire et écrire» pour réaliser une composition en travail collaboratif en géographie. Agnès Dullin, lycée J. Racine 20 rue du Rocher, Paris

Les écoles professionnelles offrent aux personnes en formation les cours remplissant les objectifs évaluateurs suivants :

majuscu lettres accent voyelles paragraphe L orthographe verbe >>>, mémoire préfixe et son enseignement singulier usage écrire temps copier mot

A. Le contrôle continu

Norme comptable internationale 20 Comptabilisation des subventions publiques et informations à fournir sur l aide publique 1

Les bonnes pratiques pour les travaux scolaires à la maison

Le Crédit-bail mobilier dans les procédures collectives

Le management des risques de l entreprise Cadre de Référence. Synthèse

L ANALYSE COUT-EFFICACITE

Licence expérimentale (LMD) ès «Information et communication»

3-La théorie de Vygotsky Lev S. VYGOTSKY ( )

Tâche complexe produite par l académie de Clermont-Ferrand. Mai 2012 LE TIR A L ARC. (d après une idée du collège des Portes du Midi de Maurs)

5 Comment utiliser des noms de domaine supplémentaires?...9

Intelligence Artificielle et Systèmes Multi-Agents. Badr Benmammar

La promotion de la pluralité linguistique dans l usage des nouvelles technologies de l information et de la communication

NORMES DE PRÉSENTATION DES MANUSCRITS

Cliquez pour du modifier titre le style

Les discours du professeur. Vers une pragmatique didactique

AP 2nde G.T : «Organiser l information de manière visuelle et créative»

10 REPÈRES «PLUS DE MAÎTRES QUE DE CLASSES» JUIN 2013 POUR LA MISE EN ŒUVRE DU DISPOSITIF

aux Comptes et Attestation

Guide du/de la candidat/e pour l élaboration du dossier ciblé

(CC )

L ENTREPRISE FACE A SA RESPONSABILITE FORMATIVE APRES LA REFORME DE LA FORMATION :

TABLEAU DE BORD : SYSTEME D INFORMATION ET OUTIL DE PILOTAGE DE LA PERFOMANCE

LE PROBLÈME DE RECHERCHE ET LA PROBLÉMATIQUE

Conditions pour devenir un auditeur CanadaGAP

Université de Lausanne

LE PLAISIR D APPRENDRE POUR APPRENDRE

SOCLE COMMUN: LA CULTURE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE. alain salvadori IA IPR Sciences de la vie et de la Terre ALAIN SALVADORI IA-IPR SVT

Projet de programme pour le cycle 3

DES OUTILS DE RECHERCHE À VOTRE MESURE, LA SUITE JURIBISTRO MD DU CAIJ : COMMENT MIEUX EXPLOITER CES OUTILS? PLAN DE FORMATION

Sciences de Gestion Spécialité : SYSTÈMES D INFORMATION DE GESTION

Transcription:

Démarche méthodologique Reprenant la suggestion de WITTGENSTEIN «pose-toi la question à quelle occasion, dans quel but disons-nous cela? Quelles façons d agir accompagnent ces mots Dans quelles scènes sont-ils utilisés et pourquoi?» 1 Il s ensuit que le but de l utilisation du langage n est pas principalement d améliorer la compréhension des faits, des idées ni de les représenter de façon optimale mais d exercer «une influence effective des uns sur les autres.» 2. Pour WITTGENSTEIN «il ne faut pas dire : sans langue nous ne pourrions pas nous comprendre les uns les autres. Mais bien plutôt : sans langue nous ne pourrions pas influencer les autres de telle ou telle façon.» 3 L approche pragmatique permet de cerner l influence du langage sur les auditeurs. A ce stade l approche pragmatique permet d assurer le lien entre la philosophie du langagedialectique-rhétorique- et les processus mentaux de perception et de compréhension du langage ou psycholinguistique. La pragmatique, à l instar de la prose de Monsieur Jourdain chez MOLIERE, est inhérente au langage et aux disciplines linguistiques. La pragmatique est selon MORRIS «cette partie de la sémiotique qui traite du rapport entre les signes et les usages des signes». 4 Pour Anne-Marie DILLER et François RECANATTI «la pragmatique étudie l utilisation du langage dans le discours et les marques spécifiques qui dans la langue attestent de sa vocation discursive». Selon Francis JACQUES «la pragmatique aborde le langage comme phénomène à la fois discursif, communicatif et social». Il est ici fait le choix d intégrer sans constamment la nommer l analyse pragmatique et de l associer comme cadre conceptuel à une réflexion philosophique portant sur la dialectique et la rhétorique. La combinaison de ces disciplines permet une approche psychologique du langage utilisant les méthodes de recherche de la psychologie cognitive pour cerner et identifier les motivations profondes des locuteurs dans leur acte de communication et des auditeurs dans leur aptitude à décoder l information. L utilisation du vocabulaire comptable et de la syntaxe comptable constitue le socle de référence des locuteurs dans la construction de leur discours. La terminologie comptable confère aux locuteurs qui la manipulent et l utilisent une autorité intellectuelle naturelle. A ce titre les questions essentielles demeurent : 1. Quel type de raisonnement et mode d argumentation utilisent les locuteurs dans la construction de leur discours? 2. Les locuteurs sont-ils animés par une logique éthique synonyme de recherche dialectique, c est-à-dire de recherche de vérité? 3. Les sciences cognitives permettent-elles d identifier avec une certaine précision le degré de créativité des locuteurs? 1 Cité par ARMENGAUD Françoise, La pragmatique, Que sais-je?, P.U.F., n 2230, mars 1999, p. 18. 2 Ibid, p. 28. 3 Ibid, p. 28. 4 Ibid, p. 5. 1

A l instar de Marcel MAUSS «il n est pas question bien entendu de définir la substance même des faits, une telle définition ne peut venir qu au terme de la science [ ]. Elle est seulement destinée à engager la recherche, à déterminer les choses, à étudier, sans anticiper les résultats de l étude.» 5 La posture adoptée se veut à la fois pratique et introspective car comme le souligne le biochimiste américain NORTHROP «la science ne commence pas avec les faits [ ] mais avec un problème spécifique». 6 Le problème spécifique étant d étudier comment un même mot, une même phrase à connotation comptable peut, à partir d un cadre normatif commun, reconnu et accepté par l ensemble de la communauté langagière, se retrouver interprété différemment. La démonstration de l absence de neutralité de la terminologie comptable conditionne de retenir comme méthode préalable l analyse de contenu. En effet, le recours à l analyse de contenu permet le respect des quatre étapes suivantes et s inscrit dans une logique de recherche dans le domaine de la linguistique. 1. La préanalyse Quatre principales phases seront décrites : 1. La préanalyse ; 2. La catégorisation ; 3. Le choix des techniques linguistiques d investigation ; 4. L interprétation des résultats. La préanalyse découle des intentions formelles de cette recherche : contester la neutralité de la terminologie comptable, c est-à-dire principalement du vocabulaire et des syntagmes nominaux comptables. Il y donc lieu de définir le corpus de mots et de syntagmes nominaux comptables étudiés. Concrètement le corpus porte sur le vocabulaire comptable au travers d un ensemble de mots ou de groupes nominaux que l on pourrait nommer «énoncé» et la syntaxe que l on pourrait également qualifier de grammaire comptable. Au sens de WITTGENSTEIN «la grammaire est le livre des comptes du langage, c est ce qu on doit y trouver, ce ne sont pas les impressions qui accompagnent le langage mais les transactions linguistiques réelles», 7 accessibles à des auditeurs et locuteurs initiés, partiellement initiés ou non initiés à la comptabilité. En résumé l étude s adresse tout à la fois à ceux qui utilisent professionnellement le langage comptable et à ceux qui le décodent sans pour autant avoir fait spécifiquement des études comptables. Cette recherche s adresse donc également à 5 MAUSS Marcel, La prière, in œuvres t1, Editions de Minuit, 1968, cité par ROBERT André D., BOUILLAGUET Annick, L analyse de contenu, Que sais-je? PUF n 3271, décembre 1997, p. 24. 6 NORTHROP, The logic of the science and the humanities, Cleveland, World, 1954, cité par ROBERT André D., BOUILLAGUET Annick, L analyse de contenu, Que sais-je? PUF n 3271, décembre 1997, p. 24. 7 WITTGENSTEIN Ludwig, Grammaire philosophique, éd R. Rhees, trad LESCOURRET M.-A., Gallimard, 1980, p.44., cité par ELUERD Roland, La lexicologie, Que sais-je? PUF n 3548, mars 2000, p. 22. 2

«l honnête homme de la rue», commerçant, artisan, chef d entreprise, salarié et actionnaire qui à l annonce d information comptable interprétera selon sa propre culture le message reçu. Ainsi et dans le but d une utilisation du corpus dans les chapitres consacrés à l approche sociolinguistique et psycholinguistique du vocabulaire et du discours comptable, il s est avéré utile de s en tenir à des mots ou groupes nominaux et syntaxes simples, qualifiables également de basiques. Ce choix débouche sur la catégorisation 2. La catégorisation Catégoriser signifie découper les mots et syntagmes nominaux comptables en catégories homogènes susceptibles par leur pertinence d éclairer sur la réalité de l objectif poursuivi. Concrètement seront étudiés les principaux mots et groupes nominaux découlant du bilan, du compte de résultat, ainsi que les principales normes comptables internationales. Les mots et les syntagmes nominaux retenus sont choisis comme référent au patrimoine de l entreprise, à la performance de l entreprise et aux principes comptables. En résumé, le lexique terminologique s est construit par inclusion dans le respect de la taxinomie de départ. Le choix du corpus s est réalisé en fonction de leur usage, du contexte et de leur occurrence 8. Sept objectifs ont été retenus. Le choix a été opéré en fonction des sept objectifs suivants : 1. Etudier une terminologie standard, c est-à-dire usuelle et accessible à tous ceux qui s intéressent à la comptabilité ; 2. Retenir des termes fréquemment utilisés dans les comptes sociaux, rapports annuels, presse financière et littérature technique comptable ; 3. Choisir des termes significatifs dont l étude pouvait enrichir la compréhension et la portée du signifiant (norme) ; 4. Eviter de sélectionner des termes dont le sens et les signaux langagiers pouvaient être redondants ; 5. Etudier des termes fréquemment dérivables comme par exemple : «résultat», «capital», «provisions» ; 6. Ouvrir le lexique comptable au contexte managérial et financier en intégrant dans le corpus comptable des mots et groupes nominaux propres au contrôle de gestion et à la finance afin de préparer une approche sociolinguistique ; 7. Mener une analyse comparative du corpus comptable, d une part sur le plan théorique entre les communautés de comptables, d analystes financiers et de contrôleurs de gestion et d autre part sur le plan empirique entre producteurs et utilisateurs de l information comptable. 8 «Toutes les fois qu un élément linguistique (type) figure dans un texte, on parle d occurrence (token)» DUBOIS Jean et alii, Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Larousse, septembre 1999, p. 333. Par exemple, chiffre d affaires, résultat net comptable apparaissent dans l information financière délivrée dans les communiqués de presse par les sociétés, dans les manuels scolaires et universitaires et dans les ouvrages professionnels. 3

A partir du choix de ce corpus quatre questions doivent être traitées : 1. est-il pertinent? 2. est-il exhaustif? 3. est-il exclusif? 4. est-il objectif? Sur le plan de la pertinence, cherchant à comprendre les réactions élémentaires des communautés d auditeurs et de locuteurs, le choix de mots simples et accessibles à tous s impose comme un préalable nécessaire à la perception sociolinguistique et psycholinguistique du langage comptable. En effet il est envisageable de comparer la perception du mot résultat chez les actionnaires et les salariés de Danone ; il est moins aisé de leur demander d apprécier la différence entre les concepts d E.V.A., de M.V.A. et de résultat net. La pertinence doit permettre un respect scrupuleux des objectifs fixés, le choix de ce corpus semble pouvoir y répondre. L exhaustivité doit s apprécier par rapport à la catégorisation adoptée, ici identifier les mots du bilan, du compte de résultat et les normes comptables les plus récurrentes dans la littérature technique. Volontairement le choix formulé n est pas exhaustif, il est difficile qu il le soit sans consacrer l intégralité de cette étude à son analyse. Les choix opérés ont veillé à n omettre aucun mot «classique» du langage comptable tout en s attachant à éviter les redondances qui n apporteraient pas réellement d éléments nouveaux à l analyse. L exclusivité signifie que les trois catégories retenues «mots liés au bilan, mots liés au compte de résultat et principes comptables» demeurent réellement des catégories discriminantes. Il s avère, cependant, qu en pratique certains mots ont des signifiants assez proches. C est la raison pour laquelle il a semblé utile d analyser, par exemple, le mot «immobilisation incorporelle» dans la partie relative aux mots et groupes nominaux comptables liés au bilan et d interpréter la notion de «charges» intrinsèquement dans la partie inhérente aux mots et groupes nominaux liés au compte de résultat. Les résultats linguistiques obtenus peuvent démontrer des différences d interprétations sensibles du mot «charges» lorsqu il est abordé non pas parallèlement au mot «immobilisation» mais abrupto, c est-à-dire isolément. Enfin l objectivité : cette qualité est en soi un objectif. Chaque mot ou syntagme nominal est abordé avec un souci scrupuleux d identification tant du signifiant que du signifié dans son contexte sémantique. Chercher à faire parler les mots, connaître leur histoire, leur sens premier et leurs sens dérivés sans les manipuler ou les faire mentir, tel est le but de l analyse sémantique et sémiologique du vocabulaire et du discours comptable. La compréhension de leur perception psychologique et cognitive se fera dans le cadre d une analyse psycholinguistique. L intégration de leur impact sociologique s exécutera dans le cadre d une analyse sociolinguistique. 4

3. Le choix des disciplines linguistiques d investigation «On étudie le fond de la mer avec une sonde. Si celle-ci ramène de la vase c est que le fond est vaseux. Si elle ramène de la boue c est que le fond est boueux. Si elle ne ramène rien c est que la ficelle est trop courte.» Jean CHARLES, La foire aux cancres 9 L analyse de la terminologie comptable conduit à soulever le paradoxe d une remise en cause de la perception normative d un langage technique. L analyse du corpus comptable s effectuera grâce aux disciplines linguistiques, la sémantique, la sémiologie, la psycholinguistique et la sociolinguistique. L utilisation de ces disciplines linguistiques comme instrument d analyse permettra d étudier les conditions de production et d utilisation du vocabulaire et du discours comptable. L importation des disciplines linguistiques servira de structuration au raisonnement et de support à l analyse, en sachant comme le soulignait SCHOPENHAUER «ainsi la tâche n est point de contempler ce que nul n a encore contemplé, mais de méditer comme personne n a encore médité sur ce que tout le monde a devant les yeux.» 10 La démarche scientifique, au travers de l utilisation des disciplines linguistiques, s inscrira dans une orientation à la fois cognitive et sociologique de l impact de la comptabilité sur les auditeurs et locuteurs. Cette démarche se construira en rupture avec ceux qui considèrent la comptabilité comme une simple technique d information mais avec tous ceux qui acceptent de faire pénétrer le champ des sciences humaines dans la compréhension du langage comptable et partageront l idée développée par Noam CHOMSKY «qu il existerait de façon innée, une faculté de langage dans le cerveau permettant à un locuteur de produire et d interpréter un nombre infini de phrases inédites de sa langue». 11 4. L interprétation des résultats théoriques Comme tout procédé de recherche, «l analyse de contenu doit substituer à l intuition, des données plus exactes. Elle permet, en quantifiant ce matériel symbolique que sont les mots, les expressions, le langage, de comparer des groupes de fait. Au stade de la simple description, elle propose une mesure plus exacte de ce que l on percevrait globalement et intuitivement. Enfin elle rend compte de différences jusqu alors inaperçues. Les comparaisons, les évolutions forment le domaine de prédilection de l analyse de contenu ( ).» 12 L interprétation donne lieu à deux types de difficultés : l objectivité, c est-à-dire donner un résultat indépendant de l instrument de mesure et des «codeurs» 13 et l inférence, c est-à-dire «l opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d autres propositions déjà tenues pour vraies». 14 9 Cité par GRAWITZ Madeleine, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Précis, collection droit public, science politique, décembre 2000, p. 643. 10 Ibid, p. 351. 11 D après ibid, p. 320. 12 GRAWITZ Madeleine, op. cit, p. 631. 13 Ibid, p. 628 14 REY Alain et alii, Le grand Robert de la langue française, Dictionnaires le Robert, Tome IV, INCO-ORGA, 2001, p. 128. 5

L interprétation consiste à tirer d une ou plusieurs propositions une ou des conséquences qui en résultent. La démarche intellectuelle retenue se veut à la fois heuristique et qualitative sur le plan de la déduction. Heuristique : Etymologiquement, c est un mot savant remontant au XIX ème siècle et signifiant «art de découvrir». 15 La démarche consiste à partir de la découverte de faits à confronter le champ d incomplétude des connaissances existantes aux connaissances nouvelles en dégageant des tendances langagières inhérentes aux signifiés relevés. L interprétation se réalise concomitamment à l analyse, d où son caractère dynamique. Un modèle langagier se construit à partir des signifiés qui permettent de s extraire de la norme technique afin de démontrer l absence de neutralité de la terminologie comptable. Déductive : En ce sens que le langage comptable est ensuite repositionné par rapport aux maximes conversationnelles de Paul GRICE. L objectif étant de confronter la terminologie comptable aux lois du discours et le cas échéant de proposer un élargissement de celles ci compatible avec le vocabulaire et les syntagmes nominaux comptables. En résumé, en l absence de références et de modèles théoriques applicables à la recherche conduite, la démarche heuristique est privilégiée car elle permet de tirer des conclusions novatrices lorsque des paramètres et des données préétablies sont inexistants. Lorsqu il est possible de s appuyer sur des modèles et des lois linguistiques, la démarche déductive est utilisée ; les résultats obtenus doivent ensuite être confrontés avec les modèles et les lois existantes. 15 BAUMGARTNER Emmanuèle, MENARD Philippe, Dictionnaire étymologique et historique de la langue française, Encyclopédies d aujourd hui Le Livre de Poche, 1996, p.385. 6