Virements Introduction Le virement de bord consiste à faire franchir intentionnellement par le bateau une ligne matérialisée par l'axe du vent. Appelée plus généralement lit du vent, cette ligne peut être franchie, soit en présentant l'étrave (la proue), soit la poupe. Dans le premier cas, le virement est exécuté " vent debout " ou " vent devant ", dans le second, " vent arrière " ou " lof pour lof ". Totalement différentes dans leur préparation et leur exécution, ces deux manières de changer d'amure ne tolèrent pas l'imprécision et encore moins le cafouillage. Le rôle du skipper consiste d'abord à mettre le bateau en condition de vitesse et de stabilité de route, propre à lui faire effectuer le virement de bord avec toute chance de succès, puis de donner à ses équipiers des ordres clairs, nets et précis, au moment voulu. Par mer lisse, le virement de bord est un jeu d'enfant. C'est le moment de s'exercer pour que chaque équipier effectue la manoeuvre avec un maximum de
synchronisation : équilibre du corps, position des mains sur l'écoute, dosage de l'effort en fonction du nombre de tours d'écoute sur le winch. A de rares exceptions près, les virements de bord répondent le plus souvent à des exigences de route, que ce soit pour atteindre son but ou pour éviter un obstacle. Parfois, le degré d'urgence est tel que la réussite de la manoeuvre est indispensable. Son caractère routinier ne doit pas laisser les équipiers s'installer dans un sentiment de fausse sécurité. Les entraînements auxquels s'astreignent les équipages participant aux grandes compétitions, pour grignoter quelques précieuses secondes, peuvent se révéler également bénéfiques en croisière pour sauver un voilier face à un autre navire ou à la rencontre d'un danger imprévu (hauts-fonds au vent d'une côte par exemple). Informations : Réussir ses virements de bord : virer vent debout Selon ses aptitudes à naviguer au plus près, le voilier devra franchir une zone plus ou moins large de vent " indomptable ", dans laquelle son évolutivité ne dépendra que de son erre, c'est-à-dire de
sa vitesse résiduelle lorsque ses voiles ne seront plus propulsives. Cette région interdite, dans laquelle aucun voilier ne peut progresser, varie entre 25 et 50 de part et d'autre de l'axe du vent selon le type de bateaux. Le franchissement ne pourra donc s'effectuer dans de bonnes conditions que si le bateau a suffisamment de vitesse, sans courir le risque de se trouver immobilisé dans le lit du vent. Les deux commandements. Paré à virer? On vire! Les opérations sont réglées par ces deux ordres qui déterminent l'action du barreur et des équipiers. Paré à virer! Cette consigne qui résonne comme un coup de clairon est la demande pressante faite aux équipiers de passer de la position passive à une attitude active. Un équipier prend place au winch situé au vent, ôte la manivelle de winch, dégage l'écoute de génois (ou foc) de son taquet, sans la laisser filer d'un millimètre, pour lui conserver la même tension et ne pas modifier le réglage de la voile. Il indique qu'il est prêt en annonçant : " Paré pour le génois. " Puis il attend! Un autre équipier se place au winch sous le vent. Il s'assure qu'aucun obstacle sur la plage avant ne contrariera le passage de
l'écoute et qu'elle pourra être embraquée à la volée. Si besoin, il vérifie que l'avale-tout du rail d'écoute est au bon point de réglage. Le passage au bas-étai, bas-haubans se fera d'autant mieux qu'il aura laissé un peu de mou sur l'avant, mais pas trop dans le cas de génois à fort recouvrement. Il garde à portée de main la manivelle de winch. Il annonce " Paré pour le génois! " et attend! Le barreur/skipper maintient le bateau au près serré, surveille l'état de la mer, guettant le moment propice au déclenchement du virement. Dans une mer formée ce sera de préférence lorsque le bateau a passé la crête de la vague et se trouve sur le versant descendant. On vire! (ou Envoyer!) C'est plus qu'un commandement. C'est un ordre qui n'autorise aucune tergiversation et s'adresse en priorité au barreur en mettant tout le reste de l'équipage en " alerte rouge ". La barre est mise dessous, doucement, de sorte que le lit du vent soit franchi calmement, ni trop vite, ni trop doucement. Le mouvement peut être aidé en bordant la grand-voile à son maximum. Le bateau a un moment d'indécision ; le faseyement des voiles qui survient indique que le voilier entre dans le lit du vent. Très attentifs, les équipiers aux écoutes? attendent!
Brusquement le génois est largement déventé et va prendre à contre si l'on ne fait rien. L'écoute est alors immédiatement larguée, l'équipier vérifie qu'elle file librement. La chasse aux " coques " (boucles accidentelles sur un bout) qui pourraient éventuellement la bloquer dans le filoire est ouverte! C'est le drame arrivant aux écoutes dégagées du winch d'un geste trop rapide. Sur l'autre bord, l'écoute est reprise à la volée, tournée au winch, le génois bordé progressivement pour prendre l'allure convenue. Après avoir laissé porter quelques instants pour reprendre de la vitesse, le barreur revient au nouveau cap pendant que l'équipier termine de border l'écoute. Informations : Réussir ses virements de bord : virer lof pour lof (empanner) Nous abordons ici le virement de bord vent arrière, en considérant uniquement le bateau sous sa voilure classique, grand-voile, génois non tangonné. Contrairement au virement vent debout, le virement lof pour lof ne signifie pas systématiquement qu'on veut changer de cap. Il peut être mis en pratique dans le cas où le bateau, naviguant sur sa route au grand largue, reçoit un vent allant
jusqu'à refuser, c'est-à-dire devenant de moins en moins favorable pour le cap idéal. Le skipper peut également décider d'empanner lorsque le bateau navigue au largue, voire au petit largue, et que le changement d'amure vent debout a pour conséquence de mettre le bateau face à un danger immédiat. Cette décision ne doit pas être prise à la légère, car toute fausse man?uvre met le bateau en fâcheuse posture. Insistons encore, ce n'est pas une décision à prendre en catastrophe, sauf par un équipage très entraîné, ou alors par des inconscients (bien) assurés de courir vers de gros ennuis. En effet, le lit du vent est franchi en offrant toute la surface des voiles à la force du vent, la bôme réagissant violemment au passage d'une amure sur l'autre en faisant le vide devant elle. Incontrôlé, on parle d'empannage (terme improprement utilisé pour désigner un virement vent arrière) pour nommer cette action involontaire et parfois désastreuse. Les commandements Il n'y a pas à proprement parler de commandements spécifiques à cette man?uvre, autre que le " Paré à empanner ". Pourtant l'improvisation n'y a pas sa place, toutes les opérations se font sous les directives exclusives du skipper. Paré à empanner! Le rôle du barreur
devient capital. Il met le bateau au plein vent arrière tandis que les équipiers s'assurent que toutes les man?uvres sont claires, particulièrement l'écoute de grand-voile qui devra pouvoir filer en grand, sans anicroche. Le chariot de la grand-voile (ou le piston d'arrêt) est remonté et bloqué au milieu de la barre d'écoute ; le hale-bas raidi ; la retenue de bôme larguée. C'est la voile d'avant s'essoufflant qui fournit une première et importante indication : on s'approche du plein vent arrière. Elle porte de plus en plus mal, puis passe franchement de l'autre côté si le barreur est hésitant. L'écoute est larguée, le génois bordé sur l'autre bord ; le bateau navigue alors " voiles en ciseaux ". On empanne! L'équipier en charge de la grand-voile embraque progressivement mais fermement l'écoute qu'il conserve en main, l'?il sur la bôme. La grand-voile est bordée au maximum, la tendance du bateau à lofer est compensée par le barreur. La décision de changer de panne appartient maintenant au skipper qui demande au barreur de faire passer la grand-voile. C'est le vent qui la projette sur l'autre bord en prenant la bordure de la voile àà contre. L'équipier doit choquer l'écoute à la demande tout en la contrôlant. La réussite de cette man?uvre est surtout dans les mains du barreur. Attendre la bonne vague, le moment qui mollit, conserver sa vitesse au bateau, franchir le lit du vent au juste instant. Pratique : Avant de commencer Autrefois, un autre commandement était lancé après le traditionnel paré à virer : " A-Dieu-Vat! " Cet appel aux forces célestes illustrait bien le caractère aléatoire de la man?uvre à entreprendre en lui donnant une dose de fatalisme peu encourageante qui, heureusement, n'est plus de mise aujourd'hui. Par vent très frais, après le virement de bord, le barreur peut aider à reprendre l'écoute sans trop exiger de ses équipiers des efforts surhumains, en remontant au vent pour faire faseyer le génois. C'est un palliatif qui n'est pas excellent, pour le tissu! Trop de précipitation à larguer l'écoute de génois nuit au résultat. A la limite, mieux vaut trop tard que trop tôt, quitte à supporter le courroux de l'équipier d'en face (lorsqu'il aura repris son souffle)! Pour maintenir une écoute en tension, il suffit d'appliquer fortement la main sur les trois ou quatre tours du cordage faits autour de la poupée de winch. Pratique : Réussir ses virements de bord : la sortie de virement Le barreur doit éviter de se remettre au cap tout de suite. En sortie de virement, le bateau n'a pas sa bonne vitesse. Il faut le relancer en laissant légèrement porter, avant de se remettre en route au près serré. Pratique : Lexique Lit du vent : c'est la direction d'où vient le vent, zone dans laquelle le bateau est incapable d'évoluer sous voiles ; plus on remonte au vent, plus on se rapproche de son lit. Lofer : prendre les mesures de barre et de réglages de voiles pour se rapprocher de l'axe du vent ; la man?uvre inverse s'appelle abattre. Lof : désigne le côté du bateau touché par le vent.. Amure : à l'origine, ce mot désigne un cordage, man?uvre courante destinée à saisir le point bas au vent d'une voile carrée d'un navire. De nos jours, il indique plus généralement, pour un voilier en route, le côté d'où vient le vent.