Cartes et étude de risques, de la vulnérabilité et des capacités de réponse en Haïti



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Cartes et étude de risques, de la vulnérabilité et des capacités de réponse en Haïti

Philippe Mathieu Jean Arsène Constant Josué Noël Bobby Piard TABLE DES MATIERES Liste des sigles Préface Remerciements Chapitre 1 : INTRODUCTION 1 - INTRODUCTION 2. OBJECTIF GÉNÉRAL ET BRÈVE PRÉSENTATION DU DOCUMENT Chapitre 2 : MÉTHODOLOGIE 1. L APPROCHE POUR LA RÉALISATION DE L ÉTUDE ET DE LA CARTE 1) Les aspects stratégiques clés 2) L analyse des menaces naturelles et anthropiques 3) L analyse des risques 4 ) L analyse de la vulnérabilité 5 ) Analyse des capacités locales de réponse

6 ) Cartographie 2. PRINCIPALES ÉTAPES POUR LA RÉALISATION DE L ÉTUDE ET DE LA CARTE 1 ) Recherche documentaire et bases de données 2) Enquêtes de terrain 3 ) Enquête sur les institutions 4) Relations avec d autres initiatives 3. ORGANISATION DU TRAVAIL 4. DIFFICULTÉS ET LIMITATIONS DE L ÉTUDE Chapitre 3 : CADRE CONCEPTUEL 1. DÉSASTRE OU CATASTROPHE 2. MENACE 3. VULNÉRABILITÉ 4. RISQUE 5. GESTION DES RISQUES 6. GESTION DES DÉSASTRES Chapitre 4 : ANALYSE DES MENACES ET DES RISQUES NATURELS 1. CYCLONES ET SYSTÈMES PORTEURS D EAU 1 ) Tempêtes, cyclones et ouragans 2 ) Saisons pluvieuses et systèmes porteurs d eau 2. INONDATIONS ET CRUES TORRENTIELLES 3. SÉCHERESSE 1) Définition et mode de manifestation 2) Localisation 3) Conséquences et dommages occasionnés 4. LES GLISSEMENTS DE TERRAIN 1) Définition et mode de manifestation 2) Fréquence et localisation

3) Conséquences et dommages occasionnés 5. LES TREMBLEMENTS DE TERRE 1) Définition et mode de manifestation 2) Fréquence et localisation 3) Conséquences et dommages occasionnés 6. LES RAZ DE MARÉE 1) Définition et mode de manifestation 2) Fréquence et localisation Chapitre 5 : ANALYSE DES MENACES ET RISQUES ANTHROPIQUES 1. LES CONFLITS 1) Conflits pour les ressources naturelles 2) Conflits terriens 3) Les migrations 4) Trafic de la drogue 2. LES INCENDIES 3. LES RISQUES TECHNOLOGIQUES 1) Les menaces liées aux médicaments 2) Les menaces liées au trafic maritime 4) Les menaces liées au trafic aérien 5) Les accidents du transport routier 4. LA CRISE ENVIRONNEMENTALE 1) Déboisement et dégradation des ressources naturelles 2) L urbanisation et la construction 3) Les problèmes de pollution 4) Mines et carrières 5) Les changements climatiques Chapitre 6 : ANALYSE, CATÉGORISATION, ZONIFICATION ET HIÉRARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES

1. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 2. ANALYSE ET CATÉGORISATION DES MENACES 1 ) Menaces Majeures 2) Menaces locales 3. ZONIFICATION ET HIÉRARCHISATION DES RISQUES 4. CONCLUSION Chapitre 7 : ÉVALUATION DE LA VULNÉRABILITÉ 1. APPROCHE TECHNIQUE DE LA VULNÉRABILITÉ 2. APPROCHE POLITIQUE DE LA VULNERABILITÉ 3. APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA VULNÉRABILITÉ 1) Le bilan actuel : Haïti, pays de pauvres 2) Paralysie des activités économiques en Haïti 3) Les éléments d attisation de la pauvreté Chapitre 8 : POLITIQUES ET STRATÉGIES DE REDRESSEMENT 1. PROGRAMMES D AJUSTEMENT STRUCTUREL 1) Réformes budgétaire, fiscale et monétaire 2) Libéralisation du commerce 2. LE PROGRAMME D AJUSTEMENT STRUCTUREL ET SES INCIDENCES 1) Prix et cherté de la vie 2) Faiblesse des investissements 3) Chômage 4) Baisse du salaire réel 5) Déclin de l agriculture 6) Manque de capacité de réponse aux désastres 3. LE SYSTEME FINANCIER 1) Le système bancaire et l accès au crédit 2) Les alternatives au crédit 4. LES INTERVENTIONS DE L ÉTAT

1) Activités économiques 2) Réforme agraire 3) Décentralisation 5. LES PROGRAMMES ET PROJETS DE DÉVELOPPEMENT 6. LES STRATÉGIES MISES EN PLACE PAR LA POPULATION Chapitre 9 : LES GROUPES SOCIAUX MARGINALISÉS 1. LES JEUNES 2. LES RURAUX 3. LES FEMMES 4. LES PERSONNES AGÉES 5. LES HANDICAPÉS Chapitre 10 : PERCEPTION DE LA VULNÉRABILITÉ PAR LES POPULATIONS LES URGENCES DU QUOTIDIEN Chapitre 11 : CADRE CONSTITUTIONNEL ET LÉGAL POUR LA GRD 1. BREF RAPPEL HISTORIQUE 1) Au niveau institutionnel 2) Au niveau légal 2. LA DPC ET LE PLAN NATIONAL DE GRD 1) Structure centrale 2) Structures départementales et communales Chapitre 12 : ÉTAT DES LIEUX 1. BREF TABLEAU DES INSTITUTIONS IMPLIQUÉES 1) Types d institutions 2) Champs d action 3) Zones d intervention

4) Moyens logistiques 5) Ressources humaines 6) Ressources matérielles et financières 2. ACTIVITES ET EXPERIENCES EN GRD Chapitre 13. ACTEURS, DYNAMIQUE SOCIALE ET CAPACITÉS DE RÉPONSES 1. LE MOUVEMENT ASSOCIATIF HAÏTIEN EN GENERAL 2. LES ORGANISATIONS DE BASE 3. LES ORGANISATIONS DE PROMOTION DU DÉVELOPPEMENT 4. LES INSTITUTIONS DE L ÉTAT 1) Au niveau du gouvernement central 2) Les collectivités territoriales 5. PERCEPTION DES INSTITUTIONS PAR LA POPULATION Chapitre 14 : PRINCIPALES STRATÉGIES DE RÉPONSE DE LA POPULATION 1. ÉLÉMENTS STRATÉGIQUES 1 ) Information, éducation, sensibilisation et mobilisation 2 ) Solidarité 3 ) Mise en commun de moyens et de ressources 2. ACTIONS MISES EN ŒUVRE 1 ) Campagnes de reboisement 2 ) Mesures de prévention face aux inondations et eaux en furie 3 ) Réponses à la sécheresse 4 ) Amélioration des manières de construire 5 ) Mesures en vue d améliorer les déficiences des structures routières et de réduire les accidents de véhicules 6 ) Mesures de prévention face aux cyclones et intempéries 7 ) Amélioration de l environnement sanitaire 8 ) Mesures pour réduire l insécurité et des actes criminels

Chapitre 15 : PROGRAMMES ET PROJETS DE DÉVELOPPEMENT RELATIFS A LA GRD 1. LES DOCUMENTS DE PROGRAMMES ET DE PROJETS 2. NIVEAUX D ORGANISATION 1 ) Niveau régional et sous-régional 2 ) Niveau national 3. PROJETS RELATIFS À LA GRD EN HAÏTI 4. RÉPONSES DES INSTITUTIONS EN TERMES DE LA GRD 5. RÉPONSES LIMITÉES ET PEU COORDONNÉES 6. PISTES POUR LE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE RÉPONSE Chapitre 16. ÉTUDES DE CAS I. Le Cap-Haïtien 1. BREVE PRESENTATION DE LA VILLE DU CAP-HAÏTIEN 1) Localisation, limites administratives et urbanisation 2) Géologie, relief et sols 2. MENACES ET RISQUES AU CAP-HAÏTIEN 1) Menaces et risques naturels 2) Menaces et risques anthropiques 3. HIERARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 1) Hiérarchisation des menaces et des risques 2) Répartition spatiale et niveaux des risques 4. LES CAPACITES LOCALES DE RÉPONSES 1) Solutions mises en place par la population 2) Organisations II. Carrefour-Feuilles 1. BREVE PRESENTATION DU QUARTIER DE CARREFOUR-FEUILLES 1) Localisation, limites administratives et urbanisation

2) Géologie, reliefs et sols 2. MENACES ET RISQUES DANS LE QUARTIER DE CARREFOUR FEUILLES 1) Menaces et risques naturels 2) Menaces et risques anthropiques 3. HIERARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 1) Priorisation des menaces et des risques 2) Répartition spatiale et niveaux de risques 4. LES CAPACITÉS LOCALES DE RÉPONSE 1) Actions mises en place par la population 2) Organisations III. Cayes-Jacmel / Marigot 1. BREVE PRESENTATION DES COMMUNES DE CAYES-JACMEL ET DE MARIGOT 1) Localisation, limites administratives et urbanisation 2) Géologie, reliefs et sols 2. MENACES ET RISQUES À CAYES-JACMEL ET À MARIGOT 1) Menaces et risques naturels 2) Menaces et risques anthropiques 3. HIÉRARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 4. LES CAPACITÉS LOCALES DE REPONSE 1) Actions mises en place par la population 2) Le rôle des organisations locales 3) Les comités de Protection civile local et communal 4) Les solutions mises en oeuvre par les institutions travaillant dans ces localités 5) Perception de la population des ONG et leurs actions 6) Institutions et structures étatiques Chapitre 17 : Conclusion 1. LES PRINCIPAUX DÉFIS 1) Absence de politiques de migration, d urbanisation et de décentralisation de la part de l État

2) Prépondérance des problèmes quotidiens 3) Absence de l État 4) Manque de moyens des CASECS 2. LES SOLUTIONS POSSIBLES 1) Créer un cadre global favorable 2) Actions à entreprendre au niveau de la gestion des risques en Haïti 3) Actions à entreprendre au niveau de la gestion des désastres en Haïti BIBLIOGRAPHIE CONSULTÉE DOMAINES ET ZONES D INTERVENTION DES INSTITUTIONS SOURCES UTILISÉES INSTITUTIONS IMPLIQUÉES DANS LE DOMAINE DE LA GRD Préface * * * Nous sommes témoins d un constat terriblement injuste. Les désastres naturels, tremblements de terre, cyclones, sécheresses ou inondations peuvent avoir des impacts très différents. Les effets de ces désastres sont plus dramatiques dans les pays pauvres et, même à l intérieur d un pays pauvre, les groupes les plus marginalisés femmes, jeunes et vieillards sont affectés de manière disproportionnée. Telle est la règle de base. Haïti réunit presque tous les facteurs qui attestent d un niveau élevé et croissant de risques aux désastres naturels si on considère le risque comme fonction des menaces et des vulnérabilités. De nombreux désastres naturels ont frappé ce pays. Cyclones, inondations, sécheresses, glissements de terrain sont parmi les plus courants. En même temps, la situation d extrême pauvreté aggrave les menaces. Ainsi, la déforestation croissante augmente la récurrence des inondations et glissements de terrain. Le niveau de pauvreté crée un état chronique de vulnérabilité. Cette vulnérabilité accrue est due à de nombreux facteurs qui entretiennent et maintiennent la pauvreté : la dette, la précarité des finances publiques, l insécurité alimentaire, les conflits agraires, la destruction des marchés locaux par le dumping des pays riches, l accès réduit aux services sociaux de base, le chômage, le taux de séropositivité, etc.

Comme dans beaucoup de pays, de tels problèmes sont exacerbés par la faible capacité de l État à gérer les désastres de manière effective. Oxfam travaille au niveau de l Urgence et au niveau du Développement depuis sa fondation en 1942. Notre but consiste à promouvoir et à faciliter des changements de Politiques, Pratiques, Idées et Croyances en faveur des pauvres et en particulier des groupes les plus marginalisés de la société. Oxfam intervient en Haïti depuis 1976 dans le domaine du Développement et aussi de l Urgence. Il s agit d un engagement à long terme dans le but de contribuer à l élimination de la pauvreté et de la souffrance. C est dans le cadre de cet engagement que nous avons développé cette étude sur les Risques, Vulnérabilités et Capacités de réponse. Notre travail décrit les risques et vulnérabilités des populations des différentes régions. Il présente des références spécifiques par rapport aux jeunes, aux populations rurales, aux femmes, aux vieillards et aux personnes handicapées. Il identifie les capacités nécessaires de répondre aux risques existants et développe trois études de cas, illustrant l exercice au niveau local. L objectif est de fournir un outil à tous les acteurs impliqués dans le travail humanitaire. Nous espérons que cet outil sera utile à l Etat haïtien, aux agences internationales de développement, aux bailleurs de fonds et à toutes les parties engagées dans la lutte pour la réduction des vulnérabilités. Nous espérons que ce travail aidera tous ceux qui interviennent au niveau de la préparation, prévention, mitigation et réponses aux désastres. Par-dessus tout, nous espérons que cette étude sera une contribution à des changements de politiques, pratiques, idées et croyances dans le domaine du travail humanitaire pour l amélioration de la vie des démunis. Nous croyons fermement que ce travail n aura de sens que s il parvient à être mis en pratique sur le Terrain. John Cropper Responsable Régional de Programme Remerciements Le bureau d Oxfam-GB Haïti tient à présenter ses félicitations et ses plus chaleureux remerciements à M. Philippe Mathieu, coordonnateur de l Étude et carte de risques, de la vulnérabilité et des capacités de réponse en Haïti, ainsi qu aux autres membres de l équipe: Jean Arsène Constant, Josué Noël et Bobby Piard. Nos remerciements vont également à toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce travail : M. Joé Eliacin, géographe, qui a initié le travail avec l équipe. Les experts internationaux : Mme Monica Trujillo et M. Adolfo Castrillo Q., qui ont accompagné la démarche et ont apporté leurs conseils tout au cours de la réalisation de l étude ainsi que Jean-Pierre Asté pour sa révision du document final.

Les différents spécialistes qui ont réalisé les recherches et les études thématiques et apporté une contribution significative à la réalisation de ce document : M. Marc Josué, spécialiste en économie et développement : Études sur les politiques économiques et d ajustement structurel et les activités économiques exercées au sein de la population; M. Yves-Robert Personna, spécialiste en environnement : Étude environnementale; Mme Maude Rachelle Pierre-Louis, spécialiste en population et développement : Étude sur les conditions de vulnérabilité de la population haïtienne; M. Rodrick René, spécialiste en statistiques et en système d information géographique : Organisation et traitement des données numériques. Les responsables de différentes enquêtes réalisées dans le cadre de ce travail : Enquêtes institutions M. Jean-Parnell Dimanche, spécialiste en agriculture et environnement Mme Rose Carline Jean, spécialiste en économie et développement rural M. Yves-Robert Personna, spécialiste en environnement Enquêtes approfondies M. Michelet Clerveau : Carrefour-Feuilles M. Gabriel Archange Léon : Cap-Haïtien Centre de Développement des Ressources Humaines - Éric Laguerre : Cayes Jacmel et Marigot Enquêtes légères M. Clampitch Louissaint : Artibonite M. Fritzner Colimon : Grande-Anse (ouest) M. Valcimond Benoît : Nord et Nord-Est M. Deyes Delacruz : Nord-Ouest M. Junior Morency : Plateau central (bas) M. Jean-Robert Chéry : Sud M. Max Farah Rocher : Sud-Est Nous remercions d une manière spéciale Mme Rose Carline Jean pour son travail minutieux dans la recherche documentaire et de données. Nous tenons aussi à remercier formellement : Les directrices et les équipes de la Direction de la Protection Civile (DPC/MICT) et de l Unité Technique en Système d Information Géographique (UTSIG/MPCE) pour leur support et leurs encouragements tout au cours de ce travail. Mme Edwige Balutansky et toute l équipe de PageConcept, l éditeur, pour leur accueil, leur patience et la qualité des échanges que nous avons eus.

Carte 1. Haïti dans les Antilles * * *

Chapitre 1 INTRODUCTION 1 - INTRODUCTION L approche préconisée vise à renforcer la capacité des défavorisés à introduire des changements positifs et durables dans leurs vies tout en réduisant leur vulnérabilité face aux urgences ou toute autre forme de rejet de leurs droits fondamentaux. Les critères pour la mise en œuvre d actions d urgence effectives devraient être les mêmes que ceux de projets et de programmes de développement à long terme : aider les femmes et les hommes à prendre part à l émergence d une société plus juste et plus équitable tant au niveau de leurs foyers et de leurs communautés qu aux niveaux régional et international. Qu il s agisse de développement ou d aide humanitaire, il faut viser à renforcer le potentiel des groupes sociaux marginaux à prendre en charge leur futur. Les interventions d Oxfam dans le cadre de l aide humanitaire se situent à deux niveaux :! Une action de plaidoyer et de lobby autour de la politique et des pratiques en matière d aide humanitaire et également autour des initiatives visant à réduire les risques de conflits et à garantir une paix durable (ces actions sont d autant plus importantes que les organismes et les mécanismes mis en place au niveau international sont souvent incapables de faire face aux nombreuses demandes qui se présentent).! Planification des urgences, prévention et intervention si besoin est, comme formellement exprimé et développé dans le cadre du Plan d Affaire Régional d Oxfam pour la région CAMEXA (Amérique Centrale, Mexique et Caraïbe). Une telle approche conduit 2 nécessairement à l élaboration de plans et de stratégies pour faire face aux urgences et y apporter une réponse effective, efficiente et appropriée. Pour ce, il s avère nécessaire d entreprendre des analyses de risques et vulnérabilité et des études sur les capacités locales de réponses des pays de la Caraïbe. La décision d élaborer de telles analyses et études en Haïti répond donc à la préoccupation de donner priorité à la préparation aux urgences. Une telle préoccupation est commune à nombre d institutions et acteurs impliqués dans le domaine de la GRD. 2. OBJECTIF GÉNÉRAL ET BRÈVE PRÉSENTATION DU DOCUMENT Dans les pays sous-développés comme Haïti, l incapacité des gouvernements à résoudre les problèmes prioritaires (élimination de la pauvreté extrême, dépendance économique et technologique, déficit élevé des finances publiques, nécessité d améliorer et d augmenter les infrastructures nécessaires au développement, besoins en logement, manque d emploi, etc.)

explique que la question des risques et des désastres ne soit pas considérée comme une priorité. Ces gouvernements semblent minimiser l importance des menaces naturelles cherchant à se libérer ainsi de leurs responsabilités. Ils préfèrent s attacher à résoudre ou rendre moins évidentes les nécessités les plus criantes (urgentes, d ailleurs, depuis plusieurs décades). Cela s explique et se comprend parce que, les connaissances sur la vulnérabilité et la gestion des désastres restent limitées. Font également défaut des instruments efficaces pour aider les décideurs à mieux orienter leurs politiques. La présente étude se propose de pallier ces carences et d introduire en Haïti une première réflexion sur la vulnérabilité des populations par rapport aux risques et désastres naturels et anthropiques. L objectif principal de ce travail est donc de présenter une étude consistant en : une réflexion sur quelques concepts essentiels, un bilan sur un certain nombre de situations déjà vécues ou même en cours, un état des capacités de réponse actuellement discernables, et une série de cartes qui préfigurent ce qui sera proposé pour une deuxième étape à des échelles communales. Les méthodes et outils utilisés ou proposés dans cette étude pourront, on l espère, servir de point de départ à Oxfam et aux différentes institutions (gouvernementales et non gouvernementales) intervenant dans le domaine. Le présent document, sous forme narrative et cartographique, offre une information complète sur les risques naturels et anthropiques, tout en intégrant les données historiques sur les types et la fréquence des catastrophes auxquelles Haïti est le plus vulnérable. L Étude précise également le niveau de risques par rapport aux différents types de catastrophes en indiquant l impact possible sur les populations. Quand cela est possible, l accent est mis sur les groupes les plus marginalisés (les femmes, les enfants et les vieillards), tout en caractérisant les dommages qu ils puissent subir. Ce travail offre :! Une description des capacités de réponse aux urgences des différentes institutions impliquées dans le domaine (communautés de base, ONGs nationales et internationales, structures étatiques, etc.) ;! Des recommandations pour renforcer la préparation aux urgences et les capacités d intervention ;! Des cartes d analyse des risques et des menaces à l échelle nationale avec des aperçus sur les contextes locaux (départementaux). Note : 1 Objectifs stratégiques de changement 3.1 (SCO 3.1) : moins de personnes meurent, tombent malades et souffrent de privation, à cause des conflits armés et des désastres naturels.

Chapitre 2. Méthodologie 1. L APPROCHE POUR LA RÉALISATION DE L ÉTUDE ET DE LA CARTE L approche suivie intègre les aspects suivants : 1) Les aspects stratégiques clés En fonction des objectifs et des résultats attendus de ce travail, des travaux d exploration bibliographiques et de terrain sont menés sur cinq grands thèmes : Genre (traité en tant que thématique transversale), Santé et épidémiologie, Environnement, ressources naturelles et infrastructures, Géotechnique et hydrologie, Socio-politique 2) L analyse des menaces naturelles et anthropiques Les menaces existant au niveau du pays et des régions (spécificités) sont identifiées dans l espace et dans le temps selon trois facteurs déterminants : la probabilité, l intensité et l étendue. Suit un bref historique de chaque type de menace ainsi que leur hiérarchisation. 3) L analyse des risques Les éléments exposés aux menaces (en donnant la priorité aux populations), les conditions agro-écologiques, l économie, les infrastructures et les services sont analysés. Une attention particulière est accordée à la large gamme de zones écologiques du pays. Une carte de zonage des principaux risques, au niveau national, a été esquissée en essayant de mettre en exergue les principaux risques envisageables au plan national et en en analysant notamment l accumulation de certaines catégories de risques sur les zones les plus exposées. Il ne s agit toutefois d un travail de premier niveau qu il est indispensable de le poursuivre et de le détailler. 4 ) L analyse de la vulnérabilité Sans occulter les aspects structurels et fonctionnels, la vulnérabilité a été analysée essentiellement des points de vue politique et socioéconomique avec une emphase sur ce

dernier. Les conditions de vie de la population ont été prises comme indicateur pour traiter la vulnérabilité socioéconomique (ressources disponibles ainsi que le niveau de marginalisation et d exclusion induit par le contexte social, économique et politique). Cette analyse permet d établir des liens clairs entre les approches d urgence et celles du développement, dans la mesure où le niveau de vulnérabilité d une communauté est la résultante de son insertion ou exclusion particulière dans le modèle général de développement. De fait, la réduction de la vulnérabilité devrait résulter bien plus des actions de développement que de ce qu on appelle traditionnellement «urgences». Le différentiel de vulnérabilité entre hommes et femmes mérite une attention particulière, raison pour laquelle les indices qui déterminent les conditions de vie sont départagés par genre quand les statistiques et les études compilées s y prêtent. La même démarche est adoptée pour d autres éléments comme la pauvreté féminine, la structure familiale, l état de santé, la nutrition, etc. Enfin, l analyse socio-économique de la vulnérabilité prend en compte différents facteurs : le niveau de pauvreté qui, dans le milieu familial, indique une restriction dramatique de ressources disponibles et des conditions de survie précaire ; les conditions de santé (mortalité, morbidité) qui, souvent dues à la pauvreté structurelle, augmentent la vulnérabilité de la population, c est à dire son exposition aux épidémies et donc à la mort durant et après un désastre ou une urgence bien déterminée ; e niveau de dénutrition qui est considéré comme l indicateur du niveau de sécurité alimentaire d une population ; la structure familiale ; le niveau d analphabétisme (réparti aussi par genre) constitue un indicateur additionnel de marginalisation et représente un facteur déterminant pour l accès de la population à l information, aux services et aux ressources y compris dans les situations d urgence ; les conditions de l habitat. Une Carte de vulnérabilité a été élaborée pour chacun de ces facteurs quand il était possible de le faire. 5 ) Analyse des capacités locales de réponse Une évaluation des capacités des différentes institutions et organisations (tant du secteur étatique que de la société civile 1 ) impliquées dans le développement et la mise en œuvre de plans d urgences et dans le renforcement des capacités locales de réponse, a été réalisée. L Étude porte également sur le cadre institutionnel et légal relatif à la GRD, ainsi que sur les actions mises en œuvre dans ce cadre-là. 6 ) Cartographie Pour mieux gérer les crises et prendre les décisions pertinentes, il convient de faire appel à de nouveaux outils d information plus performants, qui permettent d intégrer différents paramètres y compris les éléments spatiaux. Des éléments relevant du social, de l institutionnel, du territorial et de l environnemental ont été synthétisés à l aide de cartes. Les cartes demeurent en effet un instrument indispensable de communication pour l appréhension des zones du territoire exposées à diverses menaces. On leur a donc accordé

une importance particulière dans le présent projet. C était une première étape importante qui doit être complétée par des cartographies aux échelles communales. Le développement des SIG en Haïti devrait permettre de réels et rapides progrès en la matière. 2. PRINCIPALES ÉTAPES POUR LA RÉALISATION DE L ÉTUDE ET DE LA CARTE 1 ) Recherche documentaire et bases de données Différents documents portant sur des thématiques diverses ont été consultés : études relatives à la gestion des risques et désastres dans la région de la Caraïbe, de l Amérique Latine et d Haïti ainsi que des rapports techniques sur différents aspects de gestion de l environnement et du développement humain. Malgré de sérieuses difficultés dans la collecte, la plupart des documents disponibles (livres, revues, rapports d enquêtes et d études, documentaires, etc.) ont été consultés. Les domaines explorés sont variés et concernent l environnement, l économie, la sociologie, la politique, les désastres, la santé, la pauvreté, etc. (voir Bibliographie). La plupart des bases de données numériques et alphanumériques concernant le pays ont été consultées et utilisées (voir Sources des données, p.198). Les statistiques sur la fréquence, les zones affectées et les dégâts des désastres ont été élaborées principalement à partir de la Base de données de l Ambassade du Canada sur les catastrophes en Haïti de 1701 à 1997. Les pages web sur les risques et désastres ont été également visitées (voir Sources des données). 2) Enquêtes de terrain Cette phase a compris la réalisation de visites et d enquêtes légères de terrain, d une part, et d enquêtes approfondies, d autre part. Les enquêtes de terrain ont été réalisées selon l approche participative vu que cette méthode facilite la collecte d informations et permet en même temps d initier ou d approfondir une dynamique de réflexion sur la GRD. Ces rencontres ont permis de : retracer l historique des différentes menaces et catastrophes ; identifier de manière précise les différentes menaces et catastrophes ainsi que leurs conséquences; décrire les risques et la vulnérabilité ; connaître et analyser les comportements et les solutions d urgence mises en œuvre en faisant ressortir le rôle, les points forts et les faiblesses de chacun des acteurs ; proposer des stratégies à tous les niveaux en insistant sur l importance d intégrer la vision des groupes sociaux majoritaires. Des entretiens ouverts ont également eu lieu avec des personnes ressources connaissant bien la région et/ou ayant une expérience dans les situations d urgence. Les enquêtes de terrain ont été réalisées en deux étapes: les visites et enquêtes légères ; les enquêtes approfondies.

1 0. Visites et enquêtes légères de terrain Les visites ont été réalisées à travers les neuf départements du pays pendant six mois (février à juillet 2001). Des ateliers de travail ont été réalisés dans huit départements différents : Centre, Artibonite, Nord-Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Nord, Grande-Anse, Sud. Ces rencontres ont réuni au total 717 participants, 194 organisations de base (dont 27 de femmes), 29 institutions et, à chaque fois, les autorités locales (mairie, CASEC, ASEC). Environ 90 communes ont été représentées dans ces rencontres et les représentants de chacune d entre elles ont eu l opportunité d exposer les menaces auxquelles elles sont exposées et les désastres subis. Trois rencontres de groupe d un jour ont été organisées dans trois zones ou localités différentes de chacun des huit départements enquêtés. Chaque rencontre a réuni en moyenne 40 participants provenant en majorité des zones à plus hauts risques du département en question (chaque zone étant représentée par un minimum de trois à cinq participants). Tous les participants aux rencontres appartenaient à des institutions régionales intervenant dans les situations d urgence ou étaient membres d organisations de base et de la société civile. Les rencontres avec les personnes ressources étaient organisées par un animateur régional, choisi pour son leadership et sa connaissance du milieu. Certains de ces animateurs sont des collaborateurs directs d Oxfam-GB sur le terrain. 2 0. Enquêtes approfondies a. Cadre et objectifs Les enquêtes approfondies de terrain constituent la quatrième phase de la réalisation de l Étude et de la carte de risques, de vulnérabilité et des capacités de réponses en Haïti. 2 Ces enquêtes permettent de préciser certains points soulevés au cours des enquêtes légères et de mieux cerner la capacité de réponse des populations et organisations locales sur le court et moyen terme, ainsi que les articulations et synergies entre celles-ci et les institutions spécialisées (tout au moins de celles impliquées dans la gestion des urgences). Cette phase, tout comme celle des enquêtes légères, a comme objectif de susciter la participation des habitants des zones à risque. b. Démarche Les enquêtes approfondies ont été réalisées au niveau de trois zones souvent touchées par des catastrophes (niveau local) et où Oxfam a, ou développe, des partenaires : Cap-Haïtien Carrefour-Feuilles L axe Cayes-Jacmel / Marigot. Les deux premières sont des zones prioritaires d intervention d Oxfam-GB et ont été privilégiées en fonction des rapports de confiance établis avec les partenaires, ce qui est déterminant dans la qualité des échanges. Deux séries de rencontres, à un mois d intervalle, ont eu lieu dans chacune des zones. Chaque série comprenait deux journées de travail en atelier. Chaque rencontre réunissait 30 personnes en moyenne dont des personnes ressources identifiées, des membres d institutions locales intervenant dans les situations d urgence ou d organisations de base et de la société civile, spécialement celles ayant une expérience commune avec Oxfam-GB, ainsi que des autorités locales.

En général, le groupe de participants était le même aux différentes rencontres. Toutefois, lors de à la dernière rencontre (au cours de laquelle avaient lieu les exercices de restitution et de zonage des risques), le groupe de départ était renforcé par des représentants des autorités locales et des institutions intervenant dans la zone. Le programme de la première série de rencontres comprenait:! l information sur les participants avant le début des échanges : présentation de l institution commanditaire, Oxfam-GB ; les objectifs et la démarche de réalisation de l étude sur les risques à l échelle nationale; et les objectifs de la rencontre en cours. Au début de la première journée de la deuxième séance, une restitution des résultats de la première séance était présentée ;! une clarification conceptuelle sur les termes désastres, menaces, risques et vulnérabilité. L objectif fondamental de cet exercice était de retrouver les expressions locales se rapportant à ces termes ;! des travaux en atelier suivis de séances plénières de restitution. Dans les ateliers, les participants identifiaient et hiérarchisaient les différents menaces et risques auxquels ils avaient fait ainsi que les réponses apportées tant par la population que par les organisations impliquées dans la GRD dans leurs quartiers. Dans la deuxième série de rencontres, les questions relatives aux solutions à apporter étaient mises en perspective par rapport aux projets de développement et à l idée que se faisaient les participants du futur de leur quartier (Ki jan solisyon yo makònen ak pwojè devlopman ak rèv nou genyen pou katye nou?). C est alors que la répartition spatiale des différents types et niveaux de risques étaient définis et que les forces et faiblesses des organisations locales étaient identifiées puis analysées. Les enquêtes approfondies ont été organisées par un animateur local et co-animées par deux autres consultants ayant participé aux enquêtes légères précédentes. Ceci a favorisé l application de la méthode participative. 3 ) Enquête sur les institutions Cette enquête, conduite au cours de la période d août à octobre 2001, a été réalisée par une équipe de trois professionnels qui a élaboré une fiche d enquête et organisé des séances de consultation avec les représentants de 70 institutions étatiques et para-étatiques, organisations internationales, organisations non gouvernementales (ONGs) nationales et internationales et groupes de pression œuvrant dans les domaines de l environnement, de l agriculture, de l enfance, de l économie, des désastres, etc. (voir Liste des Institutions œuvrant dans le domaine de la GRD). L enquête consistait à réaliser un inventaire dynamique et détaillé des principales organisations et institutions impliquées ou potentiellement capables de s impliquer dans la GRD. La fiche d enquête permettait de : présenter, succinctement, l organisation concernée, ses objectifs et les stratégies mises en œuvre; ses zones d intervention ainsi que les ressources dont elle dispose ; identifier ses partenaires ; et enfin, de retracer son expérience dans le domaine de la GRD. Ces informations ont permis de déterminer les atouts et les lacunes de ces organisations ainsi que le bilan global des interventions effectuées dans la GRD en Haïti.

4) Relations avec d autres initiatives Ce travail a aussi offert à Oxfam-GB l opportunité de rencontrer toutes les institutions intervenant dans le domaine, tant à travers l enquête sur les institutions qu au cours de rencontres particulières. Les diverses présentations des résultats préliminaires, au fur et à mesure de l avancement du travail, ont permis de recueillir des critiques sur la méthodologie suivie, les premiers résultats obtenus et les éventuelles corrections à apporter. Ce travail a également été soumis à l appréciation d experts nationaux et étrangers évoluant tant à l intérieur qu à l extérieur du pays dans les domaines de la climatologie, de la géologie et de l environnement. L Étude est, en quelque sorte, le résultat de concertations continues et d un processus d échanges dynamiques. 3. ORGANISATION DU TRAVAIL La stratégie globale développée a suscité la contribution de différentes personnes et institutions à différents niveaux. Des mécanismes de coordination ont été créés dans le but de rendre cette collaboration effective. L équipe qui a réalisé ce travail est pluridisciplinaire et a bénéficié de l appui des partenaires d Oxfam et de différents experts et institutions ayant ou développant une expertise dans le domaine de la GRD. Elle est composée de 15 professionnels d expérience travaillant en synergie sur tous les thèmes retenus, de manière soutenue et permanente et sous la supervision d un coordonnateur jusqu à la finalisation du travail. On y retrouve : des spécialistes en agronomie et en environnement ayant réalisé les études thématiques sur les différents aspects, éléments et problématiques appartenant au domaine des urgences ; des cartographes, spécialisés en géographie, statistique et informatique, chargés de la collecte, de l organisation et du traitement des données numériques ainsi que de l élaboration des cartes thématiques ; des économistes et des spécialistes en développement responsables du traitement de thématiques spécifiques (vulnérabilité sociale, programmes d ajustement structurel, etc.) ; une documentaliste responsable de la recherche et de la collecte de documents relatifs aux thèmes traités, à travers tous les ministères, services spécialisés de l État, organisations internationales et ONGs intervenant dans l agriculture, l environnement, la sociologie, la santé, les désastres, etc. ; des animateurs locaux et un groupe d animation qui ont organisé les enquêtes de terrain suivant des termes de référence dûment élaborés. 4. DIFFICULTÉS ET LIMITATIONS DE L ÉTUDE Deux types de limitations ont marqué la réalisation de la première phase de cette étude : l absence de spécialistes. La gestion des risques et de la vulnérabilité est une discipline de synthèse pour laquelle il n y a pas de spécialistes disponibles dans le pays. Ceci a conduit l équipe de travail à s imprégner des concepts et créer ses propres références et, à plusieurs occasions, de faire appel à des experts très spécialisés. Il importe qu un véritable savoir-faire se développe le plus vite possible au niveau national ;

le manque de données fiables. Les documents spécifiques sur le sujet sont plutôt rares, incomplets et/ou incorrects). La collecte des données a pris beaucoup plus de temps que prévu et, ne peut se prévaloir d être exhaustive. La majorité des données remontent à l année 2000. Certaines sont provisoires et les versions finales ne sont rendues publiques qu à la fin de ce travail. Les résultats de cette étude ne peuvent donc être considérés comme absolus : ils reflètent la limite et la fiabilité des données et des connaissances disponibles. D ailleurs, l état actuel de la connaissance scientifique et technique ne permet pas de déterminer de manière précise où et quand un phénomène se produira. L évaluation des menaces souffre encore de beaucoup d incertitude et même d impuissance. Elle exige de toutes façons, et pour tous les phénomènes considérés un travail scientifique important et de longue haleine, dont on n a pas eu les moyens dans le présent projet. C est aussi pour cela que la vulnérabilité n a pu être abordée essentiellement sous ses composantes politique et socio-économique et pas sous ses aspects structurels et fonctionnels qui sont pourtant déterminants. Malgré ces réserves, la qualité et la validité des analyses et des recommandations faites dans ce document ne sont pas à mettre en cause. Elles constituent au contraire une première étape indispensable pour mettre en lumière. Le degré de vulnérabilité et les niveaux de risques associés à chaque département du pays, les risques prioritaires sur lesquels les programmes d intervention devraient se focaliser ainsi que les communes et localités les plus exposées. Les résultats présentés vont aider à mieux comprendre les menaces, les risques et la vulnérabilité au niveau du pays et ainsi faciliter la prise de décisions plus judicieuses à l échelle nationale et régionale, en termes de gestion des risques et de prévention des désastres. Il est extrêmement important de garder à l esprit que la gestion des risques et désastres est avant tout locale, et que ce document devrait être complété par des études détaillées sur les menaces et risques au niveau local. Notes : 1 ONGs spécialisées, ONGs d accompagnement impliquées dans des actions de développement et d éducation tant au niveau local que régional ou national, organisations de base, associations socioprofessionnelles ou autres. 2 Phase 1 : élaboration de la méthodologie ; phase 2 : recherche documentaire et au niveau des bases de données ; phase 3 : Enquêtes légères de terrain ; phase 4 : enquêtes approfondies et enquêtes sur les institutions. Il y a eu chevauchement dans la réalisation de certaines phases. Chapitre 3. CADRE CONCEPTUEL Mis à part l impérieuse nécessité de reconsidérer le concept de désastre, l approche implique l appréhension de certains concepts fondamentaux tels que : désastre, menace, risque et vulnérabilité.

1. DÉSASTRE OU CATASTROPHE La Décennie Internationale pour la réduction des catastrophes Naturelles (1990-2000) (International Decade for natural disasters reduction) a défini la catastrophe (disaster en anglais) comme l évènement dommageable dépassant les capacités de réponse de la population touchée. Cette définition de la catastrophe s étend naturellement aux dommages d origine autre que naturelle. La catastrophe ou le désastre peut être constaté après les faits, ou pressenti lorsqu on a réuni assez d éléments pour envisager ou prédire l occurrence plus ou moins lointaine et bien définie de l événement générateur de dommages, c est à dire, en langage commun, le risque encouru. Mais prédire ne met pas à l abri de la catastrophe si l on n a pas les moyens de s organiser pour minimiser ou éliminer les conséquences dommageables envisagées Il arrive malheureusement très souvent qu une catastrophe potentielle soit parfaitement identifiable sans que l on ne puisse, faute de moyens de tous ordres, faire autre chose que s abandonner à un fatalisme déroutant. 2. MENACE Le ou les phénomènes dont on redoute l occurrence sont une menace pour les populations exposées. Pour ainsi dire, la menace n est pas une probabilité. Un phénomène se produira là où toutes les conditions de prédisposition à sa manifestation sont réunies et il se déclenchera, se réactivera ou s aggravera à la faveur de circonstances particulières (déclenchantes ou aggravantes). Des facteurs d ordre socio-économique (conduisant à l amplification des phénomènes facteurs d amplification) expliquent pourquoi deux populations aux caractéristiques différentes ne souffriront pas également de deux évènements physiquement identiques. Le tableau ci-dessous permet d illustrer ce que peuvent être ces trois catégories de facteurs pour quelques phénomènes redoutables d origine naturelle ou anthropique. Il n est pas question d associer toute notion probabiliste à l agencement spatial des facteurs de prédisposition mais plutôt de la référer, et ceci prudemment, à certains facteurs de déclenchement ou d aggravation. On distingue les menaces naturelles 1 et les menaces anthropiques 2. Les menaces naturelles sont des phénomènes naturels découlant de processus géodynamiques ou hydro-climatiques faisant partie de la vie de la planète. Les menaces anthropiques résultent de contaminations diverses ou de la réalisation sans contrôle ou inadéquate d activités qui engendrent d importants dangers. 3. VULNÉRABILITÉ Fondamentalement, la vulnérabilité est la blessure ou l endommagement résultant d une sollicitation ou agression externe. En fait la vulnérabilité doit s appréhender à deux niveaux. Le premier niveau est un niveau direct. C est le niveau d affectation par le phénomène des trois catégories d éléments directement en jeu : les biens, les activités et fonctions sociales et

les personnes physiques. On parle d endommagement pour les biens, de dysfonctionnement pour les fonctions et activités, de préjudices pour les personnes. Le deuxième niveau est celui utilisé en sciences sociales et qui considère les dommages potentiels ou constatés sous l angle de la société. Il s agit bien alors de caractériser tous les éléments de faiblesse d une société donnée vis-à-vis d agressions ou de problèmes externes auxquels elle n est pas ou est mal préparée. On rejoint là les facteurs d amplification évoqués au chapitre précédent en matière de menaces. La vulnérabilité structurelle est plus difficile à appréhender lorsque l on ne dispose pas de données, de réflexions sur les éléments structurels, fonctionnels et humains (voir le Tableau 1). Tableau 1. Exemples de facteurs de prédisposition, de déclenchement et d amplification socioéconomique pour certaines menaces naturelles et anthropiques MENACES Séismes Inondations Crues torrentielles Transport de matières dangereuses Incendies Facteurs de prédisposition Proximité des grands accidents structuraux. Nature des sols superficiels Planéité des lieux et organisation du réseau hydrographique Implantation sur un cône de déjection. Vallée encaissée. Dangerosité des produits, inadéquation des transports, inadéquation des itinéraires Inflammabilité des matériaux de construction. Facteurs de déclenchement ou d aggravation Menaces naturelles Séisme Tempêtes, cyclones, pluies exceptionnelles en intensité et en durée Idem Menaces anthropiques Accident, maladresses, congestion du trafic, Idem Facteurs d amplification socio-économique Mauvaises règles de construction, urbanisme déficient, faiblesse sociopolitique Idem Idem Idem, manque de régulation et de cont Idem 4. RISQUE Construction humaine et hantise des responsables, le risque ne sera jamais un objet concret en lui-même. Sa définition est de ce fait sujette à controverse et revêt souvent un caractère subjectif. Néanmoins, on s accorde à dire que le risque est la probabilité ou l éventualité pour qu un désastre ou tout autre événement affecte l homme ou la population. Pour beaucoup, c est un produit de la fonction qui relie à priori menace et vulnérabilité. Il est évident que plus la menace est élevée et plus est grande la vulnérabilité (dans ses deux niveaux d appréciation), plus est redoutable le risque encouru ou les pertes constatées si le phénomène se produit. En conséquence, les communautés, la population, la société et les

responsables/décideurs côtoient nécessairement et fréquemment le risque. Ainsi donc, pour faire face au risque, deux voies s imposent : la première est de donner corps au risque en faisant une estimation quantifiée et justifiée des pertes potentielles encourues, qui permette d expliciter, d argumenter et de justifier certains investissements lourds (ouvrages de protection, relogement de populations, développement territorial ). Une telle quantification doit comporter une part économique et une part non économique. Par exemple, il faudrait pouvoir dire que tel événement va provoquer la perte d une grosse somme d argent, la mort de beaucoup de personnes ainsi que des pertes patrimoniales, cultuelles et environnementales représentant une bonne part des ressources du pays en la matière; la deuxième est d encourager une prise de conscience raisonnée des risques et de faire en sorte que la prévention s érige progressivement comme une composante de la culture au même titre que l éducation ou la santé par exemple. Les résultats ne peuvent en être attendus que dans une perspective à plus long terme, mais ils peuvent commencer à être perceptibles là où l effort entrepris est soutenu pendant une vingtaine d années. Toute société attend que les responsables qu elle a désignés prennent, face au risque, les décisions qui s imposent. Il n est cependant pas facile de décider d investir des millions de dollars pour se protéger d un événement redouté mais dont on espère toujours qu il finira par ne pas se produire. 5. GESTION DES RISQUES La gestion des risques intègre les mesures et formes d intervention visant à prévenir et réduire les conditions du risque. Autrement dit, elle comprend les activités de prévention et de mitigation. La gestion des risques poursuit en fait une série d objectifs séquentiels référant notamment à (aux) : la connaissance des phénomènes dangereux, dans leurs effets directs comme dans leurs effets induits. Cela nécessite, d une part, d entretenir et d analyser la mémoire des évènements vécus et, d autre part, de développer la capacité d analyse des facteurs qui concourent à la manifestation de futurs phénomènes : facteurs de prédisposition, facteurs de déclenchement ou d aggravation et enfin facteurs d amplification des dommages ; l identification et la localisation spatiale des éléments exposés. Cela exige de connaître tous les éléments présents dans les zones où pourrait se manifester le ou les phénomènes pressentis, avec leurs caractéristiques propres et leurs caractéristiques de vulnérabilité. Il ne faut pas oublier que les phénomènes ne frappent pas uniformément les divers éléments dans la zone où ils se produisent. Il faut donc s efforcer de distinguer un zonage dans le mode, le rythme et les conditions de manifestation d un même phénomène. À ce zonage va correspondre une gradation des effets dommageables qui sera aussi fonction naturellement de la nature et de la résistance de l élément exposé ; la connaissance des principaux facteurs de vulnérabilité. Parmi les éléments exposés, on distingue en première analyse les biens, les activités et fonctions et les personnes. Les premiers sont endommagés, les seconds subissent des dysfonctionnements et les troisièmes des préjudices. Ainsi, l endommagement des structures (habitations, ouvrages d art...) provoque des dysfonctionnement ou des préjudices. Il faut donc être capable de mieux analyser pour mieux les comprendre les relations entre tous ces effets. Cela n est

pas encore possible à Haïti, mais cela devrait le devenir très vite en s appuyant sur des expériences en cours à l étranger et sur les possibilités nouvelles d identification, de caractérisation et de repérage spatial (SIG) ; moyens d évaluation des pertes potentielles encourues. Il faut être capable d estimer quantitativement les pertes encourues, et de fournir ainsi et notamment aux décideurs des critères performants pour décider des priorités en matière de prévention ; stratégies de recours. Une telle démarche, lorsqu elle deviendra possible facilitera aussi les procédures de recours aux aides internationales, car elle donnera plus de crédibilité et de lisibilité aux requêtes formulées ; moyens de former les populations concernées, puis de communiquer avec elles pour les préparer aux mesures de prévention et leur expliquer, pour les justifier, les principaux choix économiques (investissements, compensations, aides..) et socio-politiques (relocalisation, développement territorial, régulations) nécessaires. la préparation pour faire face aux désastres (la gestion des désastres) en essayant d en minimiser les effets. 6. GESTION DES DÉSASTRES La gestion des désastres concerne les mesures d urgence visant à intervenir sur les conséquences d un désastre et à sauver des vies et des biens. Elle implique la mise en œuvre d activités ayant trait au phases de préparation, de réponse immédiate, de réhabilitation et de reconstruction imputables au désastres. Ces mesures doivent s envisager à plusieurs niveaux, politique, administratif et opérationnel. Elles doivent s envisager avant (dans la mesure du possible), pendant et après la crise. Avant Préparation : Toutes les activités entreprises pour faire face à une catastrophe afin de minimiser les risques sous toutes ses formes et de faciliter en temps voulu les secours nécessaires. Prévention : Mesures mises en place pour qu une menace ne se transforme pas en une catastrophe. Atténuation (mitigation) : Terme englobant toute action entreprise pour réduire les risques actuels ou les effets probables. Alerte : Phase durant laquelle la population est avertie d un danger imminent. Pendant Toutes activités entreprises au moment du passage ou lors de l impact d un désastre. Après Réponse : Période se situant immédiatement après la catastrophe où interviennent la communauté, les agences gouvernementales et non gouvernementales et éventuellement les secours internationaux. Réhabilitation : Période dans laquelle les besoins de base d une communauté sinistrée et les services à la population doivent être restaurés.

Reconstruction: Période durant laquelle les sinistrés auront à retrouver les infrastructures et les services tels qu ils existaient avant la catastrophe. Notes 1 On peut différencier les menaces intrinsèquement naturelles des menaces socio-naturelles pour lesquelles l action humaine influence sensiblement l occurrence et l intensité. 2 Résultant de contaminations diverses ou de la réalisation sans contrôle ou inadéquate d activités qui engendrent d importants dangers. Les menaces anthropiques existent aussi bien dans les pays développés que dans les pays sous développés. Encadré 1 : Caractéristiques générales d Haïti La République d Haïti occupe la partie occidentale de l Île d Haïti dont la partie orientale est occupée par la République Dominicaine. Elle est située au centre des Grandes Antilles, entre 18 et 20 degrés de latitude Nord (à l exception de l île de la Tortue qui déborde légèrement le 20 e degré vers le Nord ) et 71,3 et 75 degrés de longitude Ouest. Elle est bornée au Nord par l Océan Atlantique, à l Est par la République Dominicaine et au Sud par la mer des Caraïbes. Au Nord-Ouest, le Canal du Vent sépare Haïti de Cuba, au Sud-Ouest, le Canal de la Jamaïque la sépare de ce pays. Avec une superficie de 27.750 km 2, le littoral de la République d Haïti s étend sur 1.771 km avec un plateau continental d à peine 5 000 km 2 et cinq îles adjacentes (La Gonâve, la Tortue, l Île à Vache, la Navase, l Île de la Grande Cayimite) d une superficie totale d environ 955 Km 2. C est un pays au relief accidenté, plus de 60% des terres présentent des pentes supérieures à 20%. Entre les massifs et en bordure de mer s étendent de rares plaines. La partie du territoire, approprié pour l agriculture, ne représente que 30% de la superficie totale. Le pays demeure fortement enclavé, difficile d accès. La population est estimée à environ 8 millions d habitants en 2000, soit une densité moyenne de 290 habitants au km 2 (soit un habitant pour chaque 0.22 hectare). Malgré l urbanisation accélérée de ces dernières années, environ 60.% de la population vit encore dans les zones rurales marquées par la dispersion de l habitat et de très faibles infrastructures. Les villes principales sont côtières et, suite à une rapide expansion urbaine, surpeuplées. Elles connaissent une croissance rapide des zones de «bidonville» (ou plutôt «bétonville»). La densité atteint plus de 2 500 habitants/ha dans certains quartiers de Port-au-Prince. A l instar d autres villes, la capitale s étend de façon non contrôlée sur les terres agricoles et les mornes adjacents. La population d Haïti est la plus pauvre de la région. Le revenu annuel par habitant, soit 250 $ des EU, est nettement inférieur à un dixième de la moyenne pour les pays de l Amérique Latine. La pauvreté rurale est encore plus prononcée que la pauvreté urbaine puisque 80 % de la population rurale haïtienne vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette pauvreté est accentuée par une situation sociale désastreuse: espérance de vie de 54 ans.; 47,8 % des adultes alphabétisés; 63 % de la population privée d accès à l eau potable ; 55 % des services de santé et 75 % de l assainissement; 16 médecins pour 100.000 habitants ; taux de mortalité infantile: 91 pour 1.000 naissances vivantes. On assiste également à une dégradation accélérée de l environnement. La pauvreté ambiante affecte significativement efforts et investissements consentis pour lancer tout processus de développement économique et social durable. Le pays traverse une crise profonde résultant de problèmes structurels et du processus de mutations politiques, économiques, sociales et culturelles qui remontent au cinq dernières décennies. Tout ceci a entraîné l affaiblissement, la désarticulation et le dysfonctionnement des appareils et des institutions de l État (instabilité politique, insécurité) et de la société. Ces inadéquations provoquent des carences notoires au niveau du cadre légal et des régulations : absence de lois, réglementations non adaptées, non application des lois existantes... Dans un tel contexte, le tissu social et organisationnel ne peut que s affaiblir.

Le problème des risques et des catastrophes (naturels ou anthropiques) est une question cruciale en Haïti. En effet, de par sa position géographique et sa structure géologique, Haïti est exposé et est sous la menace permanente de nombreux risques naturels qui, du fait même de la dégradation de l environnement et de la situation politique et socio-économique générale, causent des dégâts importants. L accroissement constant de la population rend le problème encore plus épineux. Par ailleurs, on constate l absence de mesures significatives pour réduire les vulnérabilités et diminuer du même coup l impact de tels phénomènes. Carte 2. Haïti Carte politique

Chapitre 4. ANALYSE DES MENACES ET RISQUES NATURELS Située dans la Région Amérique Centrale et Caraïbe, l une des plus exposées aux phénomènes naturels dangereux de la planète (hydro-météorologiques, géomorphologiques), Haïti est, après Cuba, le pays le plus affecté par les catastrophes naturelles (Ouragans- Cyclones, Inondations, Sécheresses, Tremblements de terre). Au cours du 20 ème siècle, près de 15 % des phénomènes recensés dans la région ont affecté le pays. Les plus fréquents et les plus meurtriers sont les inondations et les cyclones. 1. CYCLONES ET SYSTÈMES PORTEURS D EAU Les phénomènes climatiques qui ont entraîné les désastres les plus marquants en Haïti sont, sans aucun doute, les cyclones. Aujourd hui, à cause de la grave crise environnementale, tout système porteur d eau1 pouvant donner lieu à des pluies exceptionnelles, représente une menace à travers le pays. Les cyclones ont grandement marqué l imaginaire collectif au point où le mot a pris une autre signification dans le langage courant et est utilisé pour désigner les catastrophes naturelles ou anthropiques et les événements malheureux touchant la population haïtienne. Une sécheresse est «yon siklon lesèk», des mortalités, «yon siklòn lanmò». Parmi les systèmes porteurs d eau, on distinguera d une part les tempêtes, cyclones et ouragans et, d autre part, les saisons pluvieuses ordinaires, à travers leurs épisodes les plus intenses. Les conséquences de ces phénomènes seront dégagées notamment au sens hydraulique traditionnel, à travers les rivières et torrents. 1 ) Tempêtes, cyclones et ouragans 1 0. Définition et mode de manifestation Les cyclones, tempêtes et ouragans sont des phénomènes dont le pouvoir destructif est dû à l action combinée des abondantes précipitations, de la force des vents et à la rapide élévation du niveau de la mer, provoquée essentiellement par la formation de grandes vagues, quelques fois déferlantes.

Leur principal impact se produit sur les aires côtières à cause des forts vents et des inondations, conséquences d une part des pluies intenses, et, d autre part, des marées et des fortes houles. Les dégâts varient généralement suivant la force des vents et/ou l intensité des pluies (voir Tableau 2). Tableau 2. Échelle de Saphir et Simpson Catégorie Vitesse vent (km / h) Dommages Vagues (en pieds) I 120-151 Mineurs 1-1.5 II 152-176 Modérés 2-2.5 III 177-206 Étendus 3-4 IV 208-248 Extrêmes 4.5-6 V 250 et plus Catastrophiques 7 et plus De tels phénomènes sont d autant plus catastrophiques qu ils ont comme conséquences directes des inondations, glissements de terrain, raz de marée, et indirectes des épidémies (malaria, typhoïde, dysenterie, grippe/ dengue, charbon), des pertes de bétail et de cultures et destructions d infrastructures et d habitations. La plupart des tempêtes, cyclones ou ouragans frappant Haïti, prennent naissance au large des côtes africaines et, en traversant l Atlantique, ont pris de la vitesse. Ils sont passés de l onde tropicale à la dépression, puis à la tempête tropicale, et enfin au cyclone. Dans la plupart des cas, ces vents violents traversent la partie sud des Caraïbes puis remontent vers le nord et frappent alors la région Sud du pays en raison de sa position géographique (voir Carte 3. Cyclones). Plus rarement, des systèmes porteurs d eau, tempêtes à déplacement lent, qui prennent naissance dans le Golfe du Mexique traversent ou passent au large des côtes de la presqu île du Sud. Les importantes averses qui caractérisent ces systèmes causent des dégâts importants sur l ensemble du pays (Gordon). La saison cyclonique s étend du 1er juin au 30 novembre mais le risque est plus élevé entre les mois d août et d octobre. 2 0. Fréquence et localisation Haïti est régulièrement frappé, tous les deux à trois ans, par des cyclones, tempêtes ou dépressions tropicales. Durant le 20 ème siècle, le pays a été touché par 34 tempêtes, coups de vent, bourrasques, tornades, orages, cyclones ou ouragans. Environ 80 % d entre eux ont eu lieu après 1954 et 44 % de ceux-ci ont été enregistrés au cours des années 90 2 (voir le Tableau 3). Tableau 3. Fréquence des cyclones par département de 1954 à 2001 Département Nombre de cas / département Fréquence (%) Sud 16 59 Nord 7 26

Nord-Est 4 15 Nord-Ouest 7 26 Grande-Anse 12 44 Centre 3 11 Sud-Est 10 37 Ouest 8 30 Artibonite 3 11 Nombre total de cas enregistrés 27 x Si l on ne considère que les cyclones majeurs, sur les 39 enregistrés entre 1700 et 1997, 15 l ont été entre 1900 et 1997. On peut donc considérer comme probable le passage d un cyclone sur Haïti tous les six à sept ans. Les dégâts dus à ces phénomènes, ainsi que ceux résultant de très fortes précipitations, peuvent affecter l ensemble du pays. Les vents dévastateurs peuvent toucher n importe quelle partie du pays, même si les régions centrale et septentrionale sont mieux préservées des vents les plus violents. En considérant uniquement les évènements majeurs tels les cyclones, tempêtes et dépressions tropicales survenus ces 50 dernières années, la presqu île du Sud 3 est la plus menacée du pays (Tableau 3 & Graphique 1). Tous les cyclones catastrophiques ayant frappé Haïti ont touché le Sud. Les fréquences d affectation sont de 59.% pour le département du Sud, de 44 % pour la Grande Anse, de 37 % pour le Sud-Est et de 30 % pour l Ouest. Suivent les zones du Nord (26 %), du Nord Ouest (26.%) et du Nord-Est (15 %). La région centrale (départements du Centre et de l Artibonite ayant 11 % des cas chacun) est la moins touchée. Elle est plutôt sujette à des évènements de nature très localisée comme les tornades et les coups de vents. On estime que près de 2 millions d Haïtiens sont soumis, chaque année, au risque des cyclones et des ouragans. Graphique 1. Fréquence des cyclones par département

3 0. Conséquences et dommages occasionnés Les tempêtes et les cyclones les plus marquants tant par leur envergure, leur étendue, l ampleur des dégâts et le nombre de victimes qu ils ont entraîné, sont présentés dans le Tableau 4. Ces évènements constituent les catastrophes d origine naturelle les plus meurtrières des 30 dernières années en Haïti : il y a eu, en effet, au moins 11 524 morts, plus de 2 000 000 sinistrés et d importants dommages économiques. Tableau 4. Cyclones majeurs ayant frappé Haïti Date Nom Zones touchées Vitesse (km/h) Morts Sinistrés Dégâts (US$1 000) 12/08/1915 Presqu'île du Sud tout entier 76 1 600 1935 Sud, Sud-Est, Grand- Anse 2 150 12/10/ 1954 Hazel Sud, Grand-Anse, Portau-Prince 410 250 000 3 /10/ 1963 Flora Sud, Sud-Est 240 5 000 180 000 24/08/ 1964 Cléo Zone des Cayes, Camp- Perrin, Arniquet 150 100 80 000 10 000 29/09/ 1966 Inez Sud, Port-au-Prince, de Marigot à Grand-Goâve 120-190 480 67000 20 000 13/11/ 1994 Gordon Tout le territoire 1 122

22/09/ 1998 Georges Tout le territoire 242 385 000 80 000-180 000 Carte 3. Carte des cyclones 2 ) Saisons pluvieuses et systèmes porteurs d eau 1 0. Mode de manifestation Même quand leurs conséquences sont plus ou moins semblables à celles des tempêtes, les phénomènes liés aux systèmes porteurs d eau sont relativement courants et se répètent à chaque saison pluvieuse.

Les côtes haïtiennes sont balayées par quatre grands types de vents (nordés, alizés, vents d est, vents locaux) qui, amplifiés par le relief (chaînes de montagnes effet de Fœhn), rythment les saisons pluvieuses sur l ensemble du pays. 2 0. Fréquence et localisation On enregistre entre une à trois saisons pluvieuses (zones de montagnes) chaque année dans les différentes régions du pays. Les saisons pluvieuses sont différentes d une région à l autre comme le montre les grands régimes climatiques 4 présentés dans le Tableau 5. Au cours des saisons pluvieuses, chaque pluie exceptionnelle fait peser des risques importants (particulièrement d inondation et de glissement de terrain et, dans certains cas, d épidémie) dans les régions concernées. Les plus affectées sont généralement celles où la dégradation environnementale est la plus avancée. La fragilité de l environnement explique que les dommages crées par les cyclones et les autres systèmes porteurs d eau, sont particulièrement élevés sur l ensemble du pays. 2. INONDATIONS ET CRUES TORRENTIELLES Bien que leur origine soit due pour l essentiel aux phénomènes précédents, les inondations et crues torrentielles sont traitées à part puisqu il s agit ici de considérer leurs effets hydrauliques. 1 0. Définition et mode de manifestation Les inondations ont lieu à l occasion de pluies intenses provoquant la montée des eaux dans l ensemble du système orographique, ce qui entraîne la submersion brusque de superficies plus ou moins vastes de terres. Les inondations se produisent généralement quelques heures après la fin des pluies. Cependant, une région qui n a pas subi de pluies peut être inondée à la suite de grosses averses en amont, comme à Léogâne. Il faut également souligner que des inondations peuvent survenir naturellement à cause de la géomorphologie (dépression entravant le drainage) et la texture du sol (argileux). En dehors de ces causes naturelles, d autres facteurs peuvent générer une inondation, comme par exemple : la rupture ou le lâché inopiné d un barrage ou d une digue en amont ; la construction inappropriée d une route, d un pont empêchant l écoulement normal des eaux de ruissellement, etc. ; le surruissellement et/ou l imperméabilisation d une surface et la concentration en un point singulier des eaux recueillies sur cette surface. Quant aux crues torrentielles, elles sont dues à la concentration accélérée de ruissellements intensifs sur des terrains au relief accentué. La concentration des débits se fait très rapidement au niveau des diverses ravines et ruisseaux, atteignant rapidement des valeurs inhabituelles et assez fortes pour arracher la végétation, emporter des animaux ou des personnes et détruire les infrastructures. Les principaux cours d eau du pays (malgré un débit à l étiage diminué de 50 % en moyenne) et les ravines (rivières sèches) constituent en ce sens une véritable menace car elles sont susceptibles de crues violentes pouvant causer des pertes en vies humaines et des dégâts énormes, la dégradation du milieu physique et une décapitalisation progressive de l économie

(agraire, en particulier). Enfin, les forts ruissellements provoquent une forte et rapide érosion qui confère aux inondations un caractère torrentiel surtout dans les vallées enclavées. Les causes majeures d aggravation des effets des inondations et des crues torrentielles sont sans aucun doute : l augmentation du ruissellement lié au déboisement; la localisation et le type de construction et des infrastructures. En effet, les maisons sont souvent construites dans les voies de drainage, sur le flanc des collines, dans les zones de terrains instables, dans le lit des ravines, dans les zones marécageuses du bord de mer. Dans la zonese métropolitaine où l urbanisation est anarchique et la taudification intensive, une chute de pluie de seulement 40 mm dans une journée peut causer des dégâts énormes. 2. Fréquence et localisation 0 Des inondations et crues torrentielles, souvent associées à des tempêtes (ouragans et toutes autres grosses pluies), affectent régulièrement certaines régions du pays (Sud, Artibonite, Nord) (voir Tableau 5). Tableau 5. Grandes régions du pays et saisons pluvieuses Régions Départements Saisons Pluvieuses Observations Le Nord Nord, Nord-Ouest, Nord-Est Avril à juin et Septembre à décembre Le Centre Centre, Artibonite, Nord-Ouest Avril-mai à octobre Le Golfe de Port-au-Prince Le Sud-Est Ouest, Grande-Anse Sud-Est Avril-mai à mai-juin et août à octobre Avril à mai et août à octobre Le Sud Sud Avril à octobre Inondation mai 2001 Pluies abondantes ayant entraîné les inondations de novembre 2000 et mai 2001 au Cap-haïtien Influence importante de vents locaux dans la vallée d l Artibonite L effet des nordés est particulièrement ressentis à l extrême pointe de la presqu île du Sud Leur effet est amplifié par la dégradation de l environnement naturel (suppression du couvert végétal, pratiques agricoles non conservationnistes, urbanisation anarchique ). Elles deviennent ainsi plus dommageables et causent de nombreux dégâts et pertes en vies humaines. Fort heureusement, elles sont généralement localisées. Les inondations et crues torrentielles d envergure se produisent plutôt lors du passage de phénomènes majeurs comme les cyclones et les tempêtes tropicales, par exemple. Ceux-ci sont répertoriés séparément dans la base de données qui nous a servi de référence. Les cas sont répertoriés par localités ou quartiers (à Port-au-Prince) ou bien par communes (dans les départements). Toutefois, les statistiques sur l ensemble des cas montrent que les inondations et les crues torrentielles se produisent de plus en plus souvent. En effet, 56 % des cas enregistrés concernent la dernière décennie. La disponibilité actuelle de données peut bien exercer une influence. Il n en reste pas moins que, durant la même période, le déboisement et la dégradation de l environnement ont connu une ampleur jamais égalée.

Ces statistiques confirment aussi que les inondations et crues torrentielles se produisent généralement au cours des saisons pluvieuses avec une grande répétition interannuelle en maijuin et septembre-octobre. Les pluies à l origine des inondations enregistrées durant la dernière décennie ont cependant tendance à se situer en dehors des saisons pluvieuses traditionnelles, dans le département de l Ouest en particulier (avril-juin et août -octobre). Là, sauf au cours des mois de mars-avril et de décembre, des inondations ont été enregistrées pratiquement durant toute l année. Les déficiences en drainage liées à l urbanisation, le sur-ruissellement et l érosion subséquente induisent aussi un étalement dans le temps et l espace des risques liés aux inondations et crues torrentielles. La majeure partie du territoire est, de ce fait, soumise à ces risques bien que pas toujours majeurs. Malgré l absence d études hydrauliques d inondabilité, on peut considérer comme exposées aux inondations et aux crues torrentielles toutes les zones limitrophes des rivières dont la hauteur par rapport au lit majeur serait inférieure à 5 mètres vu que la hauteur minimale de crue est d environ 6 mètres dans la plupart des régions du pays. Les villes bâties sur zone alluviale (Cap-Haïtien, Port-de-Paix, Cayes, Jacmel à Marigot, Gonaïves, Saint Marc, Léogâne, etc.) le sont d autant plus qu elles subissent régulièrement des inondations liées à des averses d amplitude variée. Elles sont également exposées à des crues décennales et centennales pouvant les engloutir. Les inondations et les crues torrentielles sont particulièrement violentes dans les vallées encaissées (Port-à-Piment, Les Anglais) et dans les plaines alluviales (Cul de Sac, Les Cayes). En 38 ans, de 1959 à 1997, une centaine d inondations et de pluies torrentielles a été enregistrée à travers le territoire; mais la majorité d entre elles est d ampleur locale. Elles ont été plus fréquentes dans la région de Port-au-Prince (36 % des cas enregistrés). Ceci pourrait être dû à une distorsion des statistiques vu que l on dispose de plus de données pour la zone métropolitaine. Il faut noter cependant, que le ruissellement est très élevé dans la zone métropolitaine à cause du déboisement des chaînes environnantes, de l habitat (localisation et type de construction), de la nature des infrastructures (construction de routes asphaltées ou bétonnées, rendant imperméables les surfaces où l eau aurait pu s infiltrer) et de l obstruction des voies de drainage (voir le Tableau 6). Au cours de ces dernières années, les autres grandes villes qui ont connu une croissance démographique spectaculaire (le Cap-Haïtien, par exemple), font face à un phénomène similaire. Tableau 6. Fréquence des inondations par département de 1968 à 1997 Département Nombre de cas / Département Fréquence Nord 11 12% Nord-Est 0 0% Nord-Ouest 11 12% Sud 14 15% Sud-Est 7 8% Ouest 33 36% Centre 1 1% Artibonite 15 16% Grande-Anse 2 2%

Nombre total de cas enregistrés 89 X À l échelle des départements, le Graphique 2 montre que le département de l Ouest est le plus affecté du pays (36 % des cas) ; suivent les départements de l Artibonite, du Sud, du Nord- Ouest et du Nord. Les autres départements totalisent ensemble environ 10 % des cas. Graphique 2. Fréquence des inondations par département de 1968 à 1997 Par ailleurs, dans 53 % des cas, les inondations ont frappé des villes ou des localités côtières dont la densité moyenne de la population est relativement élevée. Ces zones demeurent à haut risque. Toutes les zones côtières et basses sont soumises à des risques élevés d inondation: Les Cayes, Les zones basses de l Ouest et du Sud, La Plaine de Léogâne, La Plaine du Cul-de-Sac, Les zones basses de la Grande-Anse (surtout Baradères), Les zones basses de l Artibonite, Les communes de Mirebalais et de Savanette dans le Centre, Les zones basses du Nord-Est et du Nord-Ouest (Port-de-Paix), Les zones basses du département du Nord. Des risques tout aussi élevés existent dans les zones où le réseau hydrographique (cours d eau, ravines) est important (Carte 4. Inondations). Ces zones sont d autant plus menacées qu aucune prévision sur les crues décennales et centennales réputées pour leur capacité de destruction, n est possible... les hauteurs et les fréquences de crues majeures n étant pas connues. Carte 4. Carte des inondations

3 0. Conséquences et dommages occasionnés Les dégâts matériels causés par les inondations et les crues torrentielles sont généralement importants. Au cours des 50 dernières années, la centaine de ces phénomènes répertoriée a causé plus d un millier de morts. Certaines sont particulièrement meurtrières, arrivant à dépasser de loin la moyenne (dans le cas de Gordon par exemple). Dans les cas des inondations ayant affecté la région des Cayes (1972, 1986), le Nord-Est (1984), la Gonâve (1986, 1989), Saint-Marc et Gonaïves, plus de 6 000 sinistrés ont été enregistrés à chaque fois (et même en une occasion 45 000). Des inondations et crues torrentielles survenues entre le 20 et le 26 février 1995 dans la zone métropolitaine ont causé la mort de plus de 10 personnes. Dans le Nord-Ouest (Port-de- Paix et Anse-à-Foleur) l inondation accompagnée de crue torrentielle du 9 au 10 février 1996 a provoqué la mort de 19 personnes. Le Tableau 7 présente les inondations les plus importantes en Haïti. Elles ne concernent pas celles survenues au cours des cyclones où au moins 30 % des victimes sont mortes noyées.

Tableau 7. Les inondations les plus importantes en Haïti Date Localisation Nombres de personnes mortes sinistrées 01 avril 1959 50 50 14 novembre 1963 500 500 2-3 juin 1986 Cayes 79 85 000 23 octobre 1986 La Gonave 69 45 000 10 juillet 1987 Bas P-au-P 13 6 000 27 janvier -3 février 1988 Nord-Ouest et Nord 15 1 000 30 septembre 1988 Delmas/Soleil P-au-P 12 415 22-29 octobre 1990 Sud 13 3 615 25 octobre 1990 Nippes: Baconnois, Arno 11 1 750 9-10 février 1996 Port de Paix à Anse à Foleur 19 2 250 1996 Baie de Henne 54 2 000 3. SÉCHERESSE La sécheresse, en Haïti, affecte de grandes étendues du territoire et a des conséquences importantes sur l agriculture, la disponibilité en eau, les mouvements de population, la production d énergie hydroélectrique et, d une manière plus générale, sur l économie. 1) Définition et mode de manifestation Selon la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification, la sécheresse désigne le phénomène naturel qui se produit lorsque les précipitations ont été sensiblement inférieures au niveau normalement enregistré et qui entraîne de graves déséquilibres hydrauliques préjudiciables aux systèmes de production des ressources en terres. De par cette définition et tenant compte des régimes climatiques en Haïti ainsi que leur répartition et leur incidence spécifique, il ressort que la sécheresse est naturelle dans le pays et qu il est à dominance sèche. À de rares exceptions près, les régimes pluviométriques de tous les microclimats du territoire comportent au moins une saison (d au moins de 3 mois) de déficit hydrique marqué. De plus, les zones arides représentent un fort pourcentage du territoire haïtien, soit environ 50%. Elles vont de très aride (moins de 500 mm de pluie) à moyennement aride (moins de 1000mm). Malgré tout, la sécheresse a souvent un caractère pernicieux en Haïti vu qu il est un phénomène difficile à déceler dont il est délicat de dresser un bilan exact des conséquences. En effet, les populations des régions arides et semi-arides mettent en place des systèmes de production et de survie qui leur permettent de faire face cachant, même dans des cas extrêmes, le caractère catastrophique de la crise.

2) Localisation Le processus de désertification s étend à travers le pays sous la double influence de l accentuation de la dégradation écologique (érosion des sols et réduction de l épaisseur de la couche arable, tarissement des points d eau) et des difficultés des populations locales à contrer ces problèmes. Tout comme les saisons pluvieuses, les périodes de sécheresse sont rythmées et déterminées par l interaction entre les vents dominants et les chaînes de montagnes (voir Carte 5. Sécheresse). Plusieurs chercheurs, tant géographes que climatologues, suggèrent d analyser ce phénomène sous les trois aspects suivants : la répartition spatiale, les variations inter annuelles et la régularité saisonnière. 1. La répartition spatiale 0 Certaines régions du pays sont naturellement arides ou semi-arides, alors que d autres souffrent de baisses significatives de la pluviométrie (voir Tableau 8). Tableau 8. Localisation des écosystèmes secs en Haïti Localisation Pluviométrie annuell Chaîne de montagne écran moyenne Description Références Localité mm Extrémité orientale de la plaine Fort-Liberté, Ferrier, Cordillère septentrionale Phaéton 88 du Nord Terrier Rouge de la Dominicanie Fort-Liberté 91 Presqu île du Nord-Ouest Môle St Nicolas Île de la Tortue, Massif du Nord* Sources chaudes 35 Môle St Nicolas 56 Saint Marc 94 Gonaïves 54 Plaine des Gonaïves jusqu à la Gonaïves, Arcahaie, Massif du Nord, Montagnes Grande Saline 62 Plaine du Cul de Sac Fonds Parisien Noires, Chaîne des Matheux Arcahaie 89 Fonds Parisien 60 La Gonâve 60 Bande Côtière du Sud Plaine d Aquin, Aquin, Côte de Fer Massif de la Selle Aquin 108 Extrémité orientale du Sud-Est Belle-Anse, Anse à Pitre Bahoruco Belle-Anse 41 * Les montagnes du Nord-Ouest ne sont pas suffisemment élevées pour arrêter les vents et induire l effet Fœhn Source : Girault, 1985, ANDAH, 1994 Cependant, le problème de la sécheresse a dorénavant une ampleur nationale : mêmes les endroits situés dans des zones originellement humides sont actuellement affectées sur des périodes relativement courtes mais capables de limiter la production agricole et de réduire les régimes des cours d eau. Toute baisse dans le régime pluviométrique rompt un équilibre fragile affectant sérieusement les populations concernées. Les zones arides demeurent les plus

durement frappées par les sécheresses. Le Tableau 8 donne la localisation des principaux écosystèmes secs du pays. Les zones les plus exposées aux sécheresses annuelles (une moyenne de six mois par an) sont : la partie Ouest du département du Nord-Ouest ; tout le Nord-Est ; la partie Nord du département de l Artibonite : de Gonaïves à Anse-Rouge ; la partie orientale du département du Sud-Est (de Bainet à Côtes de Fer) ; la zone haute entre le département du Sud et la Grande-Anse (entre Aquin et l Azile); la zone de Jérémie, dans la Grande-Anse ; de l Arcahaie à la Plaine du Cul-de-Sac. Les sécheresses sont généralement des manifestations locales ou régionales mais le pays a connu des sécheresses sévères, d ampleur nationale (celles de 1974, 1975, et 1977, par exemple). Celles de 1986/87 et 1990/91, bien que moins sévères, ont également affecté l ensemble du territoire. 2. La variabilité interannuelle 0 Le régime pluviométrique varie d une année à l autre entraînant, dans certains cas, des sécheresses pouvant avoir un impact sur de grandes régions et même sur l ensemble du pays. En se référant aux études et aux données existantes, on peut affirmer que d importantes superficies sont affectées par la sécheresse tous les cinq à sept ans. Il faut néanmoins reconnaître qu aujourd hui, il est plutôt difficile de déterminer véritablement une fréquence vu la répétition de phénomènes d ordre planétaire comme El Nino. Les données enregistrées sur le phénomène de la sécheresse dans le passé permettent toutefois de distinguer trois ensembles de zones avec des fréquences différentes : moins de 5 ans : Nord-Ouest ; entre 5 et 7 ans : Nord-Est, Nord, Sud ; 6 ans et plus : Sud-Est, Grande-Anse, Centre, Ouest, Artibonite (Voir Carte 5. Sécheresse). Les régions du Nord-Ouest, du Nord-Est, du Sud, du Sud-Est et de la Grande-Anse ont été touchées par quatre sécheresses sévères au cours de 33 ans. Celles de 1974 et de 1977 ont généré plus de 500 000 sinistrés (voir le Tableau 9 ci-dessus). 3. La régularité saisonnière 0 En pleine saison pluvieuse il est possible d enregistrer des retards, décalages ou baisses sensibles pouvant avoir un impact significatif sur les périodes de mise en culture et de récoltes. Dans le Plateau Central, par exemple, bien que la saison pluvieuse s étende de mai à octobre, on enregistre souvent, au cours des dix derniers jours du mois de juin, une baisse sensible de la pluviométrie entraînant une courte période de déficit hydrique susceptible d affecter sensiblement la production agricole, celui du maïs en particulier. Carte 5. Carte de la sécheresse

3) Conséquences et dommages occasionnés Indépendamment de l origine de la sécheresse, les dégâts causés sont les suivants : Affectation des rendements et pertes de récoltes, Famines, Réduction du débit des rivières, Baisse du niveau des lacs artificiels (Péligre), Rationnement du courant électrique, Mort et disparition d arbres. En plus de ces conséquences directes, la sécheresse est un phénomène déstructurant sur le plan social. En effet, elle entraîne des migrations massives et augmente les pressions sur les ressources, ce qui crée un déséquilibre au niveau des rapports sociaux. Pour y faire face, les agriculteurs se consacrent à des activités extra-agricoles ou migrent carrément, provisoirement d abord, puis définitivement si le phénomène perdure. Ceci génère

un cycle infernal de décapitalisation des exploitations agricoles dont il est difficile de sortir et l éclatement des foyers. Les catégories les plus vulnérables (femmes, vieillards et enfants) sont les plus touchées : les pères de famille sont les premiers à partir. Les familles deviennent monoparentales (mères seules) et peu productives. La sécheresse est un phénomène qui devrait être pris très au sérieux vu l ampleur de la dégradation écologique et de la progression spectaculaire de la désertification qui affectent une très large part de la population (migration, déstructuration sociale). De 1968 à nos jours (2000), 10 sécheresses majeures ont été enregistrées et plus de 1.5 millions de personnes à travers le pays ont probablement été affectées par ce phénomène. Il est curieux de constater qu aucun cas de mortalité n a été relevé dans les bases de données consultées (voir Tableau 9). Tableau 9. Résumé des principales sécheresses ayant touché Haïti de 1968 à 2000 Année S SE GA O A C NO N NE OBSERVATIONS 1968 x 210217 personnes affectées 1974-1975 x x x x x x x x x 53700 personnes affectées 1976-1977 x x x x x x x x x 450000 personnes affectées, cruelle famine N et NO les plus fortement touchées. 53% de la normale des pluies au Cap-Haïtien et 50% uniquement à Port de Paix. 1981 x x 103000 personnes affectées 1982- x x x x 100000 personnes affectées 1983 1984 x 45000 personnes affectées 1986- x x x x x x x x x 1987 1990- x x x x x x x x x 1991 1996- x x x Sécheresse apparemment liée au phénomène El Nino 1997 2000 x x x x x x x x x Première récolte de maïs perdue Total 7 6 6 5 5 6 9 6 7 4. LES GLISSEMENTS DE TERRAIN 1) Définition et mode de manifestation Les glissements de terrain se manifestent de trois façons en Haïti: détachement de pans entiers de montagne, éboulement de berges de rivières et de torrents, déplacement de terrain sur des distances plus ou moins longues.

Dans le premier cas identifié, le sol ou les roches perméables se gorgent d eau et sont entraînés par leur propre poids vu les pentes accentuées sur lesquelles elles se trouvent. Dans le second, les berges s effritent et sont emportées par la force d écoulement de l eau ou bien s affaissent (affouillement ou tassement). Dans le troisième et dernier cas, tout en étant le reflet d une activité tectonique, les explications sont plutôt d ordre géologique :! Le glissement de roches sur d autres types de roches (glissements latéraux de compartiments). Les calcaires durs reposent sur des formations de base d origine sédimentaire, peu perméables, comportant des niveaux argileux et marneux. Le tout repose sur un soubassement volcanique peu perméable. Gorgées d eau, les roches perméables de surface glissent sur les roches imperméables situées en profondeur;! Les éboulements et les affaissements. Ceux-ci sont liés à la nature même des roches. Dans les régions où affleurent largement les roches volcaniques, par suite de l altération très profonde de ces roches, sous l influence du climat tropical, les éboulements sont fréquents. Dans les massifs calcaires au contraire, l eau s infiltre rapidement. Elle creuse des cavités mais la destruction des reliefs ne se produit qu à la suite de l effondrement des cavernes et des grottes, et ce phénomène exige beaucoup de temps;! Les détachements de blocs rocheux. Les supports de roches ou de massifs cèdent sous l effet de mouvements tectoniques ou du jeu des facteurs climatiques et de l altération. De tels phénomènes sont exacerbés lors des secousses sismiques. Ils ont de plus en plus d envergure vu que les bassins versants du pays ont une faible couverture végétale. Les nombreux éboulements et glissements de terrain sont dus au relief très montagneux du pays (la plupart des pentes dépassent les 30 %), à l activité tectonique qu on lui connaît, à l eau qui s infiltre et génère de fortes pressions et, enfin, à l évolution des phénomènes liés à l érosion et à l exploitation des carrières de sable et de granulats. Ces phénomènes se produisent dans la plupart des montagnes et aux abords des berges des cours d eau et s étendent souvent sur plusieurs hectares. 2) Fréquence et localisation En Haïti, les glissements de terrains sont plutôt des événements locaux et donc peu répertoriés. Les paysans des mornes les subissent au quotidien et reprochent aux autorités et aux responsables du pays de ne pas y prêter attention. Les zones les plus sensibles sont sans nul doute les plus pentues des mornes, celles où l eau d infiltration peut générer des pressions considérables et rapides et enfin les zones déjà fragilisées par une intense activité tectonique récente (failles). Le risque de glissement de terrain existe tout aussi bien pour les villes côtoyant des rivières et ravines dont l amont ou la zone aval aux affluents est encaissée. C est le cas par exemple, pour des zones comme la Plaine des Cayes avec la Ravine du Sud et la Plaine du Cul-de-Sac avec la Rivière Grise et la Rivière Blanche. Des risques assez élevés d éboulement existent aussi au niveau de toutes les zones de collines urbaines habitées, particulièrement à Port-au- Prince et au Cap-Haïtien (voir carte 6. Glissements de terrain). Carte 6. Les glissements de terrain

Parmi les zones les plus réputées pour les éboulements et les glissements de terrain, on peut citer :! Les falaises des bassins versants des principaux cours d eau du pays. En saison pluvieuse, il arrive très souvent que des pans entiers de montagne se détachent ; terre et agrégats viennent gonfler le débit solide des torrents en crue, obstruent et, parfois, détruisent les infrastructures d irrigation et urbaines situées en aval. De tels phénomènes sont très fréquents dans le cas des rivières de la Presqu île du Sud (Momance, Rivière Blanche, Rivière Grise, Ravine du Sud, Rivière Froide, Port-à-Piment, les Anglais) ;! Les berges des rivières et des torrents. De tels éboulements se produisent régulièrement sur la plupart des cours d eau du pays dont le lit supérieur s élargit régulièrement, emportant des tonnes de terres arables. Dans les endroits où des constructions y sont érigées, des pans de

village entiers sont emportés (Fond Verrettes) et des quartiers, populaires dans la majeure partie des cas, dévastés (ravines dans Port-au-Prince, Delmas 32, Carrefour Feuilles) ;! Les zones réputées pour leur activité tectonique et leur faillage. Les phénomènes qui y sont liés sont de nature complexe. Parmi les plus connues nous pouvons citer Guillomonde dans le Sud-Est et la région de Port-Margot / Gros-Morne (il y a dans cette région de nombreuses failles et il s y produit de nombreux phénomènes d origine tectoniques dont l un des plus récents est celui de Boucan Richard où des cocotiers debout se sont déplacés sur plus de 100m). 3) Conséquences et dommages occasionnés Les glissements de terrain peuvent provoquer la déviation de cours d eau, des coulées de boue et des embâcles5 pouvant conduire à la destruction d une ville, d une bourgade ou d un village. Les glissements de terrain causent donc d importants dégâts et pèsent lourdement sur le plan économique. Les dégâts liés aux glissements de terrain sont cependant très mal connus en Haïti. On peut toutefois citer en exemple, les 5 morts enregistrés lors des glissements de terrain survenus en 1988 à Gros-Morne, les 6 morts à Port-Margot en 1996 et les 2 morts de Carrefour au cours de la même année. Des cas de morts par ensevelissement sont cependant signalés sporadiquement à travers le pays, notamment dans les carrières de sable (Laboule) et aux pieds des falaises. Dans certaines localités ils seraient à l origine de conflits agraires dans la mesure où les limites des parcelles sont effacées. Les glissements de terrain risquent de se multiplier et de s amplifier dans les prochaines années entraînant davantage de dégâts et de pertes en vies humaines. 5. LES TREMBLEMENTS DE TERRE Située dans l une des régions les plus sismiques du globe, Haïti est sous la menace constante de séismes, de tremblements de terre et de tsunamis susceptibles de faire un très grand nombre de victimes et d importants dégâts matériels. 1) Définition et mode de manifestation Le tremblement de terre est un phénomène naturel imprévisible. Il peut survenir n importe où à tout moment, le jour comme la nuit, sans le moindre signe précurseur. Généralement, les séismes peuvent être classés en trois catégories :! Séismes liés au processus de subduction (mouvement inter-plaque) : pouvant être de forte magnitude (supérieure à 7), et en général profond avec des effets particulièrement ressentis dans les zones vulnérables ;! Séismes liés aux mouvements intra-plaque : bien que de magnitude souvent moins forte que les précédents (en général 5 à 7), la proximité de leurs foyers, par rapport à la surface, et donc aux zones habitées, en fait des séismes particulièrement dangereux. Leurs effets sont néanmoins plus localisés que ceux des précédents et circonscrits à la zone épicentrale ;! Séismes dits «volcaniques» : De tels séismes sont de moindre importance et superficiels mais peuvent parfois atteindre des magnitudes de l ordre de 5 et peuvent générer des dégâts locaux.

De nombreux géologues et sismologues reconnaissent que les Antilles sont en pleine évolution tectonique comme en témoigne la fréquence et la violence des tremblements de terre qui s y sont produits, les éruptions volcaniques et enfin la fréquence d une forte anomalie négative limitant extérieurement l arc des Antilles. En fait, Haïti fait partie de l arc insulaire des Antilles, né de la jonction des plaques lithosphériques Caraïbe et Amérique du Nord (zone de subduction)6. Selon Butterlin (1955), l équilibre de la construction Géologique d Haïti est encore loin d être établi et le jeu des failles bordières serait la cause de redoutables tremblements de terres qui affectent la région (Bassin Caraïbéen, Amérique Centrale). La sismicité du pays est donc due au phénomène de subduction et aux mouvements de failles plus superficielles au sein de la plaque Caraïbe. Ces deux types de séismes pourraient affecter le pays dans le futur, et y provoquer de sérieux dommages. Les risques liés aux séismes dits «volcaniques» sont de moindre importance vu qu il n y a pas de volcans actifs connus en Haïti. L on retrouve plusieurs fosses et failles dans la région :! les fosses Bartlett et Brownson : Haïti se trouve à leur extrémité ;! les failles du Cibao et de Cerca la Source qui traversent diagonalement la République Dominicaine. La faille de Cerca la Source se prolonge dans les terres au-delà de la frontière, longeant parallèlement la côte nord d Haïti ;! la faille du Cul de Sac qui, partant de la frontière dominicaine, se ramifie pour plonger dans le Golfe de la Gonâve au niveau de la Baie de Port-au-Prince et de la baie de Saint-Marc ;! la faille Enriquillo - Plantain Garden Fault 7 qui traverse en longueur la Presqu île du Sud d Haïti (de la frontière dominicaine jusqu à Tiburon en passant par Port-au-Prince) et se prolonge en République Dominicaine dans la vallée d Enriquillo. Cette faille explique l escarpement topographique sur lequel est bâtie la capitale ;! la faille septentrionale, en mer et parallèle à celle de Enriquillo, qui longe la côte Nord d Haïti (voir la Carte 7. Failles régionales). Carte 7. Les failles régionales

Ces deux dernières failles sont responsables de séismes majeurs (Port-au-Prince en 1751-1770 et Cap-Haïtien en 1842), qui se reproduiront nécessairement dans le futur. Par ailleurs, de nature principalement calcaire, Haïti est constitué d une série d anticlinaux et de synclinaux dont la structure est compliquée par l existence de nombreuses failles, souvent parallèles aux lignes structurales. Ces caractéristiques confèrent au pays son relief mouvementé et une dynamique tectonique très active qui expliquent les nombreux éboulements et augmentent l impact des tremblements de terre. En définitive, la menace sismique est extrêmement élevée en Haïti. 2) Fréquence et localisation Malgré un degré de sismicité élevé, il est difficile d établir la fréquence du phénomène en Haïti. Sur le plan historique, certains points méritent toutefois d être soulignés :! depuis le 16 e siècle, il s est produit au moins un tremblement de terre destructif chaque siècle et parfois davantage (Mora-Castro, 1986). Des tsunamis accompagnent fréquemment ceuxci ;

! durant le 18e et le 19e siècle, Haïti a été régulièrement affecté par des séismes d intensité supérieure ou égale à 7 (Mercalli modifiée) ;! pendant les dernières 70 années, l activité sismique a été associée aux frontières des plaques de la côte Nord d Haïti ainsi que dans le golfe de la Gonâve, au voisinage de l Anse-à-Veau ;! la grande faille de Port-au-Prince a été très active entre 1750 et 1770,. Cette faille a la possibilité de se réactiver à tout moment ;! le dernier séisme important en Haïti remonte à la destruction du Cap-Haïtien en 1842, soit plus d un siècle et demi ;! la faille septentrionale a, depuis plus d un millier d années, accumulé de la tension et pourrait à tout moment se réactiver. Les récents tremblements de terre produits en Amérique Centrale (Salvador, Honduras) peuvent être considérés comme des alertes pour Haïti, car ils se trouvent sur la même ligne de subduction. Les séismes les plus violents ont affecté les régions Sud (Port-au-Prince, Léogane, Anse-à- Veau), et Nord (Cap-Haïtien, Port-de Paix, Môle-Saint-Nicolas). Le Centre est considéré comme une zone relativement calme. La zone de Jérémie est tout aussi menacée, étant située directement sur un collapse. Soulignons que les distances sont faibles en Haïti et que le pays est parcouru par un réseau de failles : l activité d un séisme peut donc aisément affecter l ensemble du territoire national (voir la Carte 8. Seismes). Les risques sont tout aussi importants puisqu en général, les plus fortes concentrations d habitat se situent dans les régions immédiates des failles qui correspondent à des vallées où l eau, les terres fertiles et les surfaces planes (caractéristique rare du relief haïtien) sont plus disponibles. De même, la densité de la population dans certains quartiers des grandes villes8, l absence d espaces libres, l étroitesse des rues ainsi que le type de construction que l on y retrouve font que les risques sismiques9 soient très élevés pour les communautés exposées. Les risques sont plus élevés pour toutes les zones situées sur et aux abords des failles Septentrionale et d Enriquillo qui se sont montrées, jusqu à présent, les plus actives. De même, les nouveaux quartiers ou bidonvilles construits sur des alluvions récentes ou d anciennes décharges et où le sol n est pas encore stabilisé risquent de s effondrer, voire d être engloutis, au moindre tremblement de terre. C est le cas pour Cité l Éternel et Cité Soleil (Port-au-Prince), La Savane (Cayes), La Fossette et Shada (Cap-Haïtien). Ces risques sont d autant plus élevés qu actuellement, plusieurs millions de personnes vivent en ces lieux. 3) Conséquences et dommages occasionnés Selon son intensité, le séisme peut provoquer un grand nombre de victimes et des dégâts importants : chutes d objets et destruction partielle ou totale d immeubles ou d équipements. Enfin, il peut provoquer, chez certaines personnes sensibles, un comportement désordonné consécutif à la panique. Tout comme l occurrence du phénomène, il n est pas possible d estimer ses conséquences et dommages, mais le peu de données qui existent témoigne de leur ampleur tant sur le plan des endommagements que des préjudices (voir le Tableau 10). Tableau 10. Historique des séismes en Haïti Dates Intensité Lieux Observations / pertes / dommages 9 nov 1701 VII Saint-Domingue Plusieurs maisons détruites. Route de Petit-

1713 Saint-Domingue et Cap-Haïtien 18 au 25 septembre 1751 15 au 21 novembre 1751 X Port-au-Prince 3 juin 1770 X Plaine de Léogane Goave à Léogane immergée en plusieurs endroits Toute l'île Port-au-Prince Plaine du Cul de Sac Léogane Miragoane Petit-Goave Eaux de Boyne Port-de-Paix Arcahaie Gonaïves Fort - Premières secousses enregistrées à partir du 15 mai. - Toutes les maisons (100) de Port-au-Prince, nouvellement fondée, sont détruites. Population sous la tente jusqu'au 8 décembre. - Ressenti moins fortement à Léogane, Saint- Marc, Gonaïves, le Cap-Haïtien. Église de Léogane endommagée le 22 novembre 1751. - La Rivière de l'artibonite sort de 7 pieds de sont lit le 21 novembre. - Destruction de la ville suite à 2 secousses rapprochées avec 250 tués. Intensité plus forte qu'en 1751. Les secousses ont duré jusqu'en août 1770. Ondulations d'est en Ouest. - 200 personnes tuées à Port-au-Prince et 50 morts à Léogane -Effondrements de montagnes - Églises de Mirebalais et de l'anse-à-veau lézardées. - Destruction de l'église neuve d'aquin - Peu de dommages à Saint-Louis, Cavaillon. - Ressenti sans dommage au Cap. -Bâtiments détruits et fissurés aux Cayes. Rivage abaissé de 6 pouces. -La Rivière Blanche cesse de couler. Crevasses ouvertes dans la Plaine du Cul de Sac avec des eaux sulfureuses et salées inutilisables pour l'irrigations et la boisson. - Une source d'eau froide disparaît à Eaux de Boynes -La surface de l'étang Saumâtre diminue de 500 carreaux (600 hectares environ) - Diminution de moitié de la source de Turgeau qui alimente Port-au-Prince. - A Léogane, des sources tarissent et réapparaissent en 1780 et en 178 - La Grande Rivière du Cul de Sac cesse de couler et revient au bout de 16 heures avec «impétuosité».

20 nov 1818 VIII Cap-Henri Quelques maisons détruites. Cinq tués. 07 mai 1842 8 avril 1860 IX Cap-Haïtien Môle St Nicolas Port-de-Paix Fort-Liberté Santiago de los Caballeros Baradères Aquin Les Cayes Port Salut De Petit-Goave à l'anse à Veau - Destruction du Cap-Haïtien avec 5000 tués (sur 10000 habitants). Raz de Marée Palais de Sans Souci endommagé à Milot - Raz de Marée : 5 mètres d'eau à Port-de- Paix - Moins fort à Gonaïves et St Marc (effondrements de maisons - Ressenti légèrement dans la Presqu'île du Sud - Mouvements d'est vers l'ouest. - Destruction de Baradères, forte secousse à Aquin, aux Cayes et à Port-Salut. - Secousse légère à Jérémie. - Dégâts faibles à Port-au-Prince - Raz de marée à Anse à Veau 17 juin 1887 Île d'haïti - Raz de marée (faible à l'anse à Veau) 23 sept 1887 IX 11 mai 1910 3 août 1910 VI 6 octobre 1911 VIII 6-7 sept 1912 Port de Paix Môle St Nicolas Cap-Haïtien Île entière San Juan la Managua Cerca la Source Hinche Plaisance 26 juillet 1917 Port-au-Prince - Destruction de la ville par un raz-de-marée. Destruction de l'église de Port-de-Paix. Destructions moins grande à l'est et au Sud. 80 maisons fissurées au Cap-Haïtien. Razde-Marée sensible à l'ouest de Jérémie et à Anse d'hainault. - Ville endomagée - Importants dégâts à Jérémie - Secousse en République Dominicaine ressentie à Cerca la Source, Hinche (dégâts sur quelques maisons) et par ordre d'intensité décroissant : Vallière, Cap- Haïtien, Mirebalais, St Marc, Gonaïves, Portde-Paix - Destructions peu importantes car la région où l'intensité était la plus forte, était peu peuplée et avec des maisons en bois. - Secousse ressentie à Plaisance (ville endommagée), Limbé, Grande Rivière du Nord, St Michel de l'attalaye - Secousse à Port-au-Prince, Plaine du Cul de Sac, Cap-Haïtien et Limonade 4 février 1918 Môle St Nicolas - Secousse relativement forte 11 octobre 1918 Tout le pays - Contre coup du séisme de Porto-Rico ressenti dans toute la République

- Maisons en béton fissurées. 15 janvier 1922 Les Cayes - Ressenti à Jacmel, Jérémie, Port-au-Prince, Gonaïves, St Michel de l'atalaye - Quelques constructions de mauvaise qualité 27 mai 1924 VII Port-de-Paix détruites. Trois personnes tuées. 04 août 1946 IX République Dominicaine et toute l'île 21 octobre 1952 VII Anse-à-Veau//Petit Trou de Nippes 19 juillet 1956 VI Port-de-Paix 20 avril 1962 VII Cap-Haïtien 6-7 février 1996 Chambellan, Grande Anse - Quelques maisons détruites. 6 personnes tuées. - 150 sans-logis Il est important de souligner :! les tremblements de terre de 1750 à 1770. La ville de Port-au-Prince fut complètement détruite (Viodé, 1983) et l on enregistra 200 tués. On note également des effondrements de montagnes, une diminution spectaculaire de la superficie de l Étang Saumâtre;! celui de 1842 qui détruisit la ville du Cap-Haïtien entraînant la mort de 5000 personnes sur les 10000 habitants de l agglomération. Les séismes représentent donc actuellement en Haïti un risque extrêmement important qui mérite d être rapidement pris en compte dans les programmes de gestion des risques au même titre que les cyclones. Par ailleurs, la méconnaissance de ce type de phénomène par les générations actuelles pourrait amplifier les dégâts. Ceci est d autant plus à craindre que les tremblements de terre sont rarement prévisibles et si violents que les communautés n ont pas le temps d y réagir. Carte 8. Séismes et raz de marée

6. LES RAZ DE MARÉE 1) Définition et mode de manifestation Les raz de marée sont des élévations du niveau des mers résultant de secousses sismiques sous-marines ou de vagues soulevées par de forts vents ou lors de cyclones (houles cycloniques, ondes de tempêtes). Ils peuvent être également dus au Changement Climatique Global et aux volcans marins. Ces phénomènes, bien que se produisant rarement, représentent une menace permanente pour Haïti, pays insulaire, vu que les villes les plus importantes (sur le plan économique et à forte densité de population) sont côtières et les plaines utilisées pour la production agricole sont

en bordure de la mer. Celles-ci risquent d être salinisées par l importante masse d eau de mer qui est déversée par les raz de marées. Tableau 11. Historique des principaux raz de marée en Haïti Dates Localisation secousses Observations / pertes / dommages 07/05/1842 08/04/1860 - Port-de-Paix - Tremblement de terre dans la région Nord et Nord Ouest - La mer se retira de 200 pieds et retourna pour couvrir la ville d'au moins 15 pieds d'eau. - Pas une des maisons ne resta sur pied - Anse à Veau - Basse ville inondée 17/06/1887 23/09/1887 - Anse à Veau - (Tremblement de terre Ile entière) - Môle St Nicolas - Côte de Jérémie à Anse d'hainaul - (Tremblement de terre à Port de Paix et au Môle St Nicolas) - Faible - Destruction de la ville de St Nicolas - Effets sensibles dans le Sud-Ouest 2) Fréquence et localisation Toutes les villes côtières sont menacées par ce phénomène ainsi que par l énergie produite par l arrivée de vagues énormes qui mesurent plus de 2 m de hauteur (voir la Carte 8. Séismes et raz de marée). Les villes les plus menacées sont : Port-au-Prince, Cayes, Cap-Haïtien, Gonaïves, Port-de- Paix, l axe Cayes Jacmel-Marigot, Bainet, et tout la côte Sud. L exposition dépend de la trajectoire de l œil du cyclone ou de la localisation de l épicentre. Les deux principaux raz de marée enregistrés en Haïti ont accompagné des tremblements de terre. En effet, celui du 7 mai 1842 a provoqué un tsunami spectaculaire à Port de Paix : l eau est montée de 5 m de haut. La même chronologie fait référence, à la même date, à un cyclone dans la même ville. Le tremblement de terre du 23 septembre 1887 à Port de Paix et au Môle Saint Nicolas a entraîné des destructions significatives dans ces deux villes et a donné lieu à des raz de marée sur la côte allant de Jérémie à Anse d Hainault. On notera que, dans les deux cas, la mer s est retirée pour revenir. D autres raz de marée de moindre importance (pour lesquelles nous ne disposons pas de données) se sont produits dans d autres régions du pays. Notes 1 Certains cyclones, comme Gordon, n affectent pas Haïti par la violence des vents mais plutôt par les averses les accompagnant 2 Voir données de 1701 au 25 novembre 1997 compilées par l Ambassade du Canada à Port-au-Prince (disponible à la DPC/MICT). 3 La Presqu île du Sud inclut les départements du Sud, de la Grande-Anse, du Sud-Est et de l Ouest. Près de 66 % des cyclones ayant frappé Haïti depuis 1780 ont touché cette partie du territoire, ce qui permet de le classer comme zone à plus haut risque cyclonique du pays (voir Carte 3)

4 5 6 7 8 9 Ici, on ne tient pas compte des différences dans le volume total de mm de pluie d une petite région à l autre Selon la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification la sécheresse désigne le phénomène naturel qui se produit lorsque les précipitations ont été sensiblement inférieures au niveau normalement enregistré et qui entraîne de graves déséquilibres hydrauliques préjudiciables aux systèmes de production des ressources en terres. Ces plaques se déplacent l une par rapport à l autre à une vitesse d environ 2 cm/an; ces déplacements s accommodent par des sismiques sur les failles actives. À cette faille majeure, on connaît deux ramifications celle la reliant à Bainet et celle allant vers l Anse à Veau (voir carte géologique, Atlas Haïti Girault, 1985). Port-au-Prince: Cité Soleil, Cité l Éternel; Cap-Haïtien: la Fossette; Gonaïves : Raboteau; Les Cayes: la Savane; Jérémie: Sainte-Hélène, etc. Tremblements de terre, glissements de terrain, tsunamis (principalement pour les localités et les quartiers du bord de mer) Chapitre 5. ANALYSE DES MENACES ET RISQUES ANTHROPIQUES 1. LES CONFLITS 1) Conflits pour les ressources naturelles La sur-exploitation des ressources naturelles haïtiennes explique la dégradation continuelle de l environnement. Ces ressources, déjà très limitées, ne peuvent pas satisfaire les besoins d une population qui connaît un taux de croissance élevé. Par ailleurs, la mauvaise gestion des ressources existantes, distribuées de façon inégale, a de graves conséquences tant sur le plan social qu économique. La richesse et la valeur des ressources d Haïti ont toujours attiré les convoitises, ceci depuis l arrivée des Espagnols jusqu à nos jours. En effet, l histoire du pays est marquée par une succession d expropriations, d accaparements des meilleures ressources par des groupes restreints qui détenaient le pouvoir politique et/ou le pouvoir économique en étroite collaboration avec les militaires. La polarisation de la société, dès la création du pays en 1804, a provoqué l exclusion d une large partie de la population qui n a pas accès aux ressources naturelles. Ceci est à l origine de l injustice sociale profonde qui caractérise la société haïtienne. En effet, la majorité des meilleures terres, des forêts, des mines et carrières appartiennent ou reviennent de droit à cette minorité. Les activités les plus rémunératrices, que ce soit en milieu urbain ou rural, sont dominées par un petit groupe de privilégiés. La population démunie ne peut que ressentir une énorme frustration.

Aujourd hui, en milieu rural, les investisseurs des villes concurrencent de plus en plus le petit entrepreneur rural. La fabrication du charbon est financée par les revendeurs des villes qui achètent les arbres à des prix plus élevés que les locaux et embauchent des charbonniers. Là encore, la course suscite bien des convoitises. La densité de population ainsi que la limitation et l épuisement des ressources naturelles créent de fortes pressions sur celles-ci. Par exemple, la superficie agricole par habitant est d environ 0.11 ha. Les conflits se manifestent donc à différentes échelles (régionale, locale, familiale et même individuelle) pour : L eau d irrigation (érosion, réduction du débit des cours d eau, crise environnementale) ; L eau potable (pollution de l eau) ; La terre (conflits agraires) ; Le sable de construction (mines et carrières, politique de l habitat) ; Le bois (déboisement, politique énergétique). Les problèmes et conflits liés aux ressources naturelles sont sans aucun doute l un des éléments qui attestent le mieux de la gravité de la situation économique et sociale prévalant en Haïti. L un des facteurs, sinon le plus important, qui explique de tels problèmes est de nature démographique (densité de population élevée et croissante, phénomènes migratoires amplifiés). Parallèlement, les ressources naturelles s amenuisent et deviennent de moins en moins disponibles causant une dégradation accélérée et généralisée de l environnement. Ces problèmes se manifestent sous des formes diverses, et sont sans doute plus spectaculaires en milieu urbain (amplification rapide des agglomérations, besoins importants de terrains...) Les zones de convergence urbaine et le milieu rural sont de plus en plus sollicités. Aujourd hui, les acteurs ruraux se retrouvent souvent face à face à des acteurs urbains. Le milieu rural et/ou agricole devient de plus en plus un espace multifonctionnel. Différentes initiatives privées et externes au monde rural sont entreprises pour le valoriser et l exploiter. Mais l ajustement entre les besoins des habitants de l espace rural et les intérêts des investisseurs externes sont encore loin d être équitables. L inégalité des relations crée des tensions qui se traduisent en conflits. 2) Conflits terriens La terre, en tant que facteur essentiel de production, a toujours été sujette à des convoitises 1. Elle se trouve au centre de nombreux conflits violents et meurtriers. De la découverte d Haïti, en passant par la colonisation espagnole puis française, les puissances coloniales se sont appropriées les terres et les ont distribuées à des colons en vue de la production de denrées pour la Métropole. Les grandes propriétés étaient cultivées par des esclaves qui n avaient pas droit à la terre à moins d être affranchis par leurs maîtres. Déjà les différences de vision sur la gestion des ressources foncières entre Polvérel et Sonthonax allaient avoir une influence sur le découpage et la répartition des propriétés entre le Nord et le Sud du pays. Juste avant le déclenchement de la révolution et des batailles qui allaient conduire à l indépendance d Haïti en 1804, les ressources foncières étaient partagées entre les colons blancs français, et les affranchis presque exclusivement des propriétaires mulâtres. Au lendemain de l indépendance, les terres laissées par les colons sont intégrées au domaine de l État et se retrouvent au cœur des principaux conflits agraires qui ont caractérisé l époque. La masse des esclaves libérés s est opposée aux affranchis propriétaires et à la nouvelle hiérarchie militaire. Ceci a donné lieu à de nombreux conflits, dont le plus fameux est

sans nul doute celui qui a aboutit à l assassinat de Dessalines au Pont Rouge. Les esclaves libérés, chassés des terres de plaine, violemment convoitées par les affranchis et les militaires, se sont repliés dans les mornes et les anciennes plantations caféières, moins convoitées. La gestion du foncier du Roi Christophe dans le Nord et celle de Pétion dans le Sud ont contribué, dans une grande mesure, au façonnement de l espace que l on connaît aujourd hui. Dans le Nord, le premier a gardé l intégrité des plantations sucrières et des propriétés au profit de la bourgeoisie royale. Pétion, au contraire, pour asseoir son pouvoir de type républicain, a distribué des terres à différents niveaux de l armée, et même à des soldats. Au cours des 50 à 70 années qui ont suivi l indépendance, les esclaves libérés ont créé des exploitations agricoles familiales paysannes très performantes qui ont atteint leur pic de développement au cours des années 1860. Ces exploitations ont été ponctionnées de toute part et, devant les difficultés d expansion, les paysans se sont révoltés. Cette situation a été à l origine des guerres paysannes qui ont ponctué l histoire à la fin du 19 ème siècle avec les Piquets dans le Sud et les Cacos dans le Nord. Les politiciens ont vite récupéré ces mouvements. Le début du 20 ème siècle est marqué par ces turbulences. L instabilité politique a conduit à l Occupation américaine. Durant cette période, les petits paysans qui avaient pu s installer sur des terres de plaine, sont expropriés afin de favoriser l installation de compagnies américaines. Depuis la fin de l Occupation américaine, la question foncière est devenue plus complexe sous l influence combinée des auxiliaires de la justice (notaires, arpenteurs), d un cadre légal et institutionnel inadéquat, de la pression démographique galopante et de la dégradation générale de l environnement. Les terres en indivision se sont multipliées et la squattérisation s est accentuée. L histoire agraire est donc marquée par de nombreuses ruptures d équilibre, qui ont façonné les différentes régions et localités du pays (voir Carte 9. Conflits Terriens). Parmi les multiples causes de rupture de l équilibre ont peut citer : 1. Les changements brusques de la valeur des terres. Une telle situation se présente, par exemple, suite à un aménagement hydraulique (structure d irrigation) ou de la pression immobilière exercée sur les terres dans les périphéries des grandes villes. Lors de la construction du barrage de Péligre dans la région de l Artibonite, sous Magloire, des personnes informées de l irrigation prochaine de ces terres, ont acheté des centaines de carreaux de terre dans la Vallée de l Artibonite à des prix dérisoires. Aujourd hui, suite à l annonce de la construction d un système d irrigation devant desservir le bassin des Trois Rivières et les grandes étendues de terres sèches se trouvant sur l axe Portde-Paix / Jean-Rabel, de nombreuses personnes de la région vivant à l étranger se sont lancées dans l achat de terres dans cette région. Les tentatives visant à interdire les transactions foncières dans des zones où la construction de systèmes d irrigation sont projetés, n ont connu aucun succès. Aux alentours des principales villes du pays, on assiste à la pression de la spéculation immobilière urbaine sur les terres agricoles. Une telle situation caractérise bien la Plaine du Cul de Sac, aux alentours de Port-au-Prince. Au cours des 5 à 7 dernières années des maisons d habitation sont érigées au milieu même des plantations de canne. Au Cap-Haïtien, particulièrement dans la Plaine du Nord à l entrée de la ville, dans des zones antérieurement cultivées, des occupations intempestives ont eu lieu et ont donné lieu à des conflits. La pression immobilière a fait grimper rapidement le prix des terres les multipliant par 4 ou 5 attirant du coup d importantes convoitises.

L absence d une réglementation fixant le plan d occupation des sols, explique la forte pression exercée sur toutes les régions périphériques des grandes villes. 2. Les changements politiques À chaque changement de gouvernement, fort des pratiques voulant que les accointances politiques peuvent faire basculer les conflits, les protagonistes jouissant des faveurs du nouveau pouvoir, reviennent à la charge : Des conflits terriens qui paraissaient réglés refont brusquement surface. La Constitution de 1987, en remettant la gestion des terres de l État aux collectivités territoriales, a servi de prétexte à de nombreux maires et élus locaux qui en ont profité pour vendre et distribuer des terres du domaine de l État au gré de leurs intérêts. En 1996, la création de l INARA a relancé la question agraire, favorisant la résurgence de conflits : des occupations illégales de terres se sont répandues à travers tout le pays. Les départements les plus touchés sont présentés dans le Tableau 12. Tableau 12. Niveaux d incidence des conflits terriens par département Départements Caractéristiques conflits principaux Classes Artibonite Terres ayant pris rapidement de la valeur suite à la mise en place d un système d irrigation I Ouest Nord Nord-Ouest Sud Sud-Est Grande-Anse Centre Nord-Est Pression importante de l immobilier sur les terres Main mise de deux à trois familles nanties et bénéficiant de l appui politique et des militaires sur les meilleures terres de la région Exploitations paysannes contrôlent et mettent en valeur la grande majorité des terres; elles sont cependant sujettes à des pressions de la part d auxiliaires de la justice Espace encore disponible pour l expansion des exploitations de la région, nécessité cependant de veiller à une distribution équitable et adéquate des terres (meilleure rentabilité et productivité possible). II II III IV IV IV V V Malgré tout, le nombre de morts causé par conflits terriens a drastiquement diminué. Pour résoudre ces problèmes dans les zones à haut risque, en plus d actions ciblées, il faudrait que les institutions de l État impliquées bénéficient d un fort appui des autorités politiques (expression claire d une volonté politique) afin de pouvoir transcender les rivalités politiques et les intrigues économiques. Carte 9. Conflits Terriens

3) Les migrations Les migrations ont servi de soupape de sécurité tout au long de l histoire haïtienne, principalement au début du 20 e siècle. Moyen de régulation des crises sociales et économiques, les migrations tant vers les villes que vers l étranger se sont intensifiées. Ces mouvements ont sensiblement compromis le développement national en drainant une bonne partie des forces vives du pays (intelligentsia et force de travail). A l origine, la population haïtienne est le produit de migrations massives : migrations forcées d au moins 1.5 million d Africains et migration volontaire de quelques centaines de milliers de Français et autres Européens. Durant la période coloniale, les colons, forts de la main-d œuvre esclave, ont colonisé l île en se cantonnant dans les plaines fertiles, dans un premier temps, et dans les mornes et montagnes humides 2 (avec l introduction de la culture du café), dans un second temps.

Après l indépendance en 1804, les esclaves libérés 3, ont progressivement pris possession des terres des mornes, plus difficiles à travailler, non cultivées ou encore non colonisées et surtout beaucoup moins convoitées par les anciens affranchis et la hiérarchie militaire. Progressivement, les paysans ont forgé une agriculture performante autour d exploitations agricoles familiales. Malencontreusement, les diverses ponctions exercées sur ces exploitations ainsi que la pression démographique et l incapacité pour les systèmes de production de s adapter et de se renouveler ont par la suite conduit les paysans haïtiens à migrer vers des espaces marginaux pratiquant une agriculture minière sur des terres non adaptées à de telles pratiques. La reproduction à long terme des exploitations s est donc trouvée rapidement compromise. Au début du 20e siècle, les paysans, face aux difficultés rencontrées 4, ont aussi commencé à s exiler vers les autres îles de la Caraïbe puis vers d autres pays de la région inaugurant l aire des migrations vers l étranger. On distingue deux types de migration : les migrations internes : principalement du rural vers l urbain et dans certaines régions du pays d une zone rurale à l autre; les migrations vers l extérieur du pays (les flux pouvant également se réaliser dans l autre sens). 1. Les migrations internes 0 Le flux migratoire interne est principalement du milieu rural vers le milieu l urbain. La majorité des migrants cherchent à s établir dans la capitale 5 haïtienne. Ils recherchent fondamentalement une meilleure éducation et des opportunités de travail. Dans les quartiers populaires de Port-au- Prince, au moins 72 % des personnes seraient des migrants et 70 % d entre eux d origine paysanne. Les flux migratoires vers les milieux urbains, notamment à la capitale, se sont intensifiés durant les années 70. Le courant migratoire, de loin le plus important à cette époque, est celui du Sud vers l Ouest. Il représentait presque autant de personnes que le total des autres destinations. En une génération, le Sud a perdu 10 % de sa population, soit 101 998 personnes 6, en direction de l Ouest et tout d abord en direction de Port-au-Prince. En 1982, environ 815 800 personnes (soit 16.14 % du total de la population haïtienne) avaient été recensées dans un lieu différent de celui de leur lieu de naissance 7. Au début des années 80, la population de migrants issus du milieu rural et vivant en zone urbaine sur l ensemble du pays était de 40 %. Ce pourcentage allait croître très rapidement au milieu des années 80. En effet, dans des villes comme Port-au-prince et le Cap-Haïtien, elle passait respectivement de 53.7 % et 53.1 % pour atteindre en 1993, 81.4 et 84.8 % (voir le Tableau 13). Tableau 13. Pourcentage de migrants dans la population de sept villes d Haïti * Ville % en 1986 % en 1993 Port-au-Prince 53.7 81.4 Delmas 69.0 78.2 Cap-Haïtien 53.1 84.8 Port-de-Paix 50.3 77.4

Gonaïves 48.1 61.0 Cayes 42.4 66.3 Jérémie 42.1 58.8 * Recensement de bidonvilles en 1986, échantillon en 1993. Les pourcentages de 1993 peuvent être influencés par les critères de choix des populations : les zones les plus pauvres des bidonvilles. Sources : ESEQP / IHSI, juillet 1986 - ESE/UNICEF août 1993 (échantillon de 10078 Ces dernières années, il y a un flux régulier de migrants des zones rurales vers les bidonvilles urbains; ce phénomène est particulièrement frappant dans les agglomérations urbaines de province. On estime le nombre d arrivages annuels à Port-au-Prince à 13,000. Dans les villes de provinces8, bien que nous ne disposions pas de données précises, la population a connu une augmentation spectaculaire comme en témoigne l évolution de la plage urbaine et le développement de nouveaux quartiers et surtout de bidonvilles. Les villes régionales sont envahies de nouveaux migrants issus principalement du milieu rural. Ce changement de destination observé particulièrement à partir des années 80, s expliquerait par : La réouverture des ports et le développement d activités économiques périphériques ; La présence de services et d infrastructures de base (écoles secondaires, services de santé fonctionnels et quelquefois électricité et moyens de communication.) ; Aux difficultés inhérentes à l installation à Port au Prince (difficultés grandissantes pour accéder à un emplacement et au logement, pour se trouver un emploi et un revenu satisfaisant, insécurité, etc.). Les jeunes et les femmes constituent la majorité des migrants internes. La ville leur offre des opportunités et souvent des occasions d emploi qu ils n ont pas à la campagne. Les femmes prédominent dans les flux internes (51 %). La ville semble offrir beaucoup plus de possibilités d emploi aux femmes qu aux hommes, surtout dans les secteurs des services domestiques, du petit commerce et des industries d assemblage. Dans la migration rurale-urbaine, on ne retrouve que 49.1 hommes pour 100 femmes alors que dans la direction inverse ce rapport est de 121.5 pour 100 femmes. Par contre, les migrations saisonnières attirent surtout les hommes. Les flux migratoires intérieurs les plus importants sont ceux des paysans des montagnes du Nord qui se rendent dans la vallée de l Artibonite, les paysans de Jacmel qui se rendent dans les plaines de l Ouest du bas Plateau Central et dans l Artibonite. Les paysans de la Chaîne des Matheux qui vont dans les plaines de l Arcahaie et dans les zones irriguées de la Vallée de l Artibonite et enfin les paysans de la pointe Ouest du Nord-Ouest (Far-West) qui, lors des sécheresses, se réfugient dans toutes les zones périphériques proches. Dans la plupart des cas des appels de main d œuvre ont régulièrement lieu des zones plus intensives sur le plan agricole vers les zones moins intensives et moins bien loties d un point de vue agro-climatique. Entre 1993 et 1998, des travaux à Haute intensité de main-d œuvre (HIMO) ont également attiré des travailleurs provenant de régions appauvries. Tableau 14. Pourcentage des populations des bidonvilles dans la population des principales villes Ville % en 1986 % en 1993 Taux de croissance Port-au-Prince 31.0 39.1 7.9

Delmas 43.7 49.5 5.8 Cap-Haïtien 41.9 49.5 7.6 Port-de-Paix 43.8 54.4 10.6 Gonaïves 40.0 57.6 17.6 Cayes 7.7 9.4 1.7 Jérémie 35.7 49.4 13.7 2 0. Les migrations internationales Selon différentes sources, la diaspora haïtienne s élève à 1.5 millions dont 700 000 aux Etats-Unis, 550 000 en République Dominicaine, 100 000 au Canada, 40 000 aux Bahamas et 70 000 dans les Antilles Françaises. Les mouvements significatifs d émigration remontent au début du 20e siècle en direction de Cuba et de la République Dominicaine, au moment de la pénétration du capital étranger dans la structure agraire (à l époque de l Occupation américaine de 1915-1934). Comme les grands propriétaires de biens fonciers préféraient louer leurs terres à des compagnies étrangères, les fermiers se voyaient forcés à émigrer. De 1915 à 1929, près de 209 080 haïtiens ont migré légalement vers Cuba et encore plus vers la République Dominicaine. Depuis la signature du premier contrat de travailleurs saisonniers en 1952 entre Haïti et la République Dominicaine, le flot annuel de réfugiés haïtiens traversant la frontière est évalué à environ 20 000 personnes. A partir de 1960, les pôles d émigration des Haïtiens se diversifient (Europe, Afrique, Amérique du Nord, Caraïbes) ainsi que les motifs et les procédures de départ (exil politique, recherche d éducation et de travail, réunion de familles, migrations légales et illégales, boatpeople ). L émigration de main-d œuvre hautement qualifiée et de cadres (universitaires et professionnels) frappe aussi durement Haïti. Ce mouvement s est accéléré vers les années 60, avec la répression de la dictature duvaliériste. Au cours des dix dernières années, la fuite de cerveaux n a fait qu augmenter : vers la fin des années 80, il y a plus de médecins, d infirmières, de professeurs, d ingénieurs haïtiens en dehors qu à l intérieur d Haïti. Le phénomène atteint une telle ampleur que les intellectuels et des universitaires haïtiens n hésitent pas à utiliser des moyens illégaux et même précaires. Les hommes (51 %) émigrent plus facilement vers l étranger que les femmes. Généralement, ce sont les plus dynamiques qui quittent le pays. 3. Causes de la migration 0 Plusieurs raisons peuvent expliquer les flux migratoires qui ont marqué l histoire d Haïti. Parmi les plus importantes nous pouvons citer : a. L instabilité politique et la répression Dès le début de la dictature duvaliériste, de nombreux cadres et intellectuels haïtiens quittent le pays pour échapper à la répression (ce sont des exilés politiques). A la chute de la dictature, entre 1986 et 1991, la tendance à s expatrier semble avoir été renversée : de nombreux Haïtiens de la diaspora sont revenus volontairement.

En 1991, un nombre important d Haïtiens a été rapatrié de force en provenance des pays de la région. Pendant toute la période du Coup d État (1991 à 1994), on assiste à une forte migration interne, due à la répression exercée à travers le pays. On estime à 400 000 le nombre de personnes, provenant surtout des bidonvilles de la capitale, à s être réfugiés en province. La pression sur les stocks semenciers des zones d accueil a été forte. Dans une moindre mesure, une migration de zone rurale à zone rurale, a aussi eu lieu : la population délaissait les endroits subissant le plus la répression (ceux où les organisations paysannes étaient les mieux implantées, comme le Plateau Central 9 ). b. La recherche d un meilleur avenir sur les plans économique et social Au cours des dernières années de la dictature des Duvalier, les difficultés économiques ont conduit bon nombre d Haïtiens à laisser le pays en utilisant des moyens de fortune (exilés économiques). Les Haïtiens se rendaient par milliers dans les pays voisins, notamment aux États-Unis, en République Dominicaine, au Canada, aux Bahamas et dans les territoires français d Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane). c. Les inégalités de développement Les inégalités économiques constituent la cause principale des migrations internes et internationales. Plus les différences entre régions rurales et régions urbaines, villes de province et capitale, Haïti et pays étrangers sont marquées, plus forte est la migration. Au courant, des années 70, bon nombre de ruraux ont migré vers la capitale parce que les salaires (prix relatifs 10 ) en vigueur étaient plus attrayants et qu il fallait répondre aux besoins de main-d œuvre dérivant du développement des secteurs secondaire et tertiaire. Les migrations ont, dans certains cas, comme fonction principale de déplacer une force de travail vers les endroits où elle peut être utilisée profitablement même si les populations migrantes ne retirent jamais plus qu une fraction très faible des profits qui seront générés. Notons que le déséquilibre des flux migratoires permet aux entrepreneurs étrangers et haïtiens d obtenir une main d œuvre bon marché et soumise. d. Les difficultés pour le monde rural de maintenir un niveau compétitif de production Les mauvaises performances enregistrées au niveau des exploitations agricoles pousse les hommes à s expatrier, le plus souvent de manière illégale, vers la République Dominicaine à la recherche de revenus supplémentaires pour assurer la survie de la famille. 4 0. Conséquences de la migration a. Sur le plan social ß La séparation des familles : L impact négatif de la migration sur les familles est indéniable. Plus de la moitié des migrants dans la capitale vivent dans le célibat avec tous les corollaires de cette situation: séparation des conjoints, abandon des enfants, prostitution et enfantement précoce des jeunes filles, familles monoparentales, etc. ß Structure et hiérarchisation de la population : L émigration génère également la prédominance des femmes au sein de la population haïtienne, vu que les hommes émigrent plus facilement. La population rurale vieillit et dans

plusieurs villages des mornes elle se compose essentiellement de vieillards. Dans les villes, le nombre des plus démunis devient de plus en plus important. ß Les rapatriements : Les rapatriements sont de plus en plus violents. Vu les exactions dont sont victimes les Haïtiens en République dominicaine et dans certaines îles de la Caraïbe, ces derniers ont préféré, en 1991 par exemple, revenir de leur propre chef. Par ailleurs, rapatriés et réfugiés pèsent lourd sur l économie précaire du pays. Selon l Office National de la Migration (ONM), les rapatriements ont augmenté au cours de ces trois dernières années, la moyenne annuelle étant de 7 300 personnes. Ils s effectuent généralement dans les zones frontalières éloignées de la zone originaire du refoulé. Les administrations communales ne disposent pas de moyens pour faire face aux flots de refoulés. Les aides et subventions de l ONM sont nettement insuffisantes et les mairies ne disposent pas de locaux d accueil. Ceci crée des urgences qui semblent sans issue dans la mesure où le flot de réfugiés tend à augmenter et les capacités de réponse de l État diminuent. Les rapatriés et les réfugiés ont de plus en plus de mal à se réintégrer socialement et économiquement et doivent payer un coup social très élevé, particulièrement quand ils ont dû emprunter de l argent pour émigrer. Les rapatriés, souvent démunis, ne peuvent pas retourner dans leur famille et quelques uns se retrouvent parfois impliqués dans des actes de banditisme. b. Sur le plan de l aménagement du territoire et de la dégradation de l environnement et des infrastructures ß Forte concentration dans les villes et «bidonvillisation» : Le flux de migrants dans les zones urbaines dépasse les capacités d accueil et de réponse tant de l État que des particuliers. Les espaces urbains et suburbains se «bidonvilisent» à outrance : la plupart de ces migrants intègrent le secteur informel et font pression sur les services sociaux de base (voir le tableau 14, p. 72). ß Forte pression sur les services sociaux de base et dégradation de l environnement : Le flux de migrants crée des pressions énormes sur les infrastructures sociales et sur les ressources naturelles des milieux urbains. Les investissements de l État sont souvent mal planifiés et/ou insuffisants pour contrer de telles pressions. Les services liés à l hygiène et à la santé sont dépassés. c. Sur le plan économique ß Amélioration des revenus et apports économiques de la diaspora : L apport des émigrés à l économie haïtienne est énorme : les transferts de fonds effectués représentent l une des principales sources de devises du pays, soit environ US$ 300 à 600 millions par an. Les transferts de la diaspora haïtienne risquent de diminuer significativement à l avenir. Autrefois, les migrations saisonnières internes et celles en République Dominicaine permettaient aux migrants de revenir chez eux avec un montant d argent qui servait à renflouer les caisses de l exploitation. Aujourd hui, ils ont de plus en plus de difficultés à réaliser des profits. ß Carence en main-d œuvre masculine : Le départ des hommes crée une rareté de main d œuvre dans leur lieu d origine, compromettant ainsi la production agricole et les rentrées des exploitations agricoles. Le

nombre de femmes qui se voient obligées de labourer leurs parcelles à la houe, tâche antérieurement réservée aux hommes, tend à augmenter. d. Sur le plan du développement national ß Blocage du développement national : Le développement national est handicapé par la fuite de nombreux cadres et techniciens spécialisés. ß L influence des migrations sur le politique et dans le cadre de l intégration régionale : Dans le cadre du processus d intégration régionale au sein duquel s est engagé l État haïtien avec les pays de la CARICOM, la gestion de la variable migratoire est perçue comme source de conflits dans les relations entre Haïti et ses voisins et n est pas en harmonie avec les politiques migratoires pratiquées dans la région. Il est urgent d adopter des mesures pour gérer adéquatement le phénomène migratoire afin qu il contribue au développement national. Autrement, l avenir du pays et celui des familles en souffrira tant au niveau social qu économique. Rappelons cependant que l émigration joue un rôle de soupape en diminuant la pression sur les ressources naturelles. 4) Trafic de la drogue Haïti est connu aujourd hui comme un carrefour important du trafic de la drogue, essentiellement entre la Colombie et les États-Unis d Amérique. La drogue est devenue un fléau dont les conséquences dévastatrices menacent de plus en plus la société et ses institutions sur le plan social, économique et même politique. Située géographiquement au centre de la Caraïbe, Haïti se trouve à mi-distance entre la Colombie, le Panama, Trinidad & Tobago et la Floride (États-Unis) et, de ce fait, est dans une position stratégique pour le trafic de la drogue dans la région. Par exemple, un petit bateau rapide venant de Colombie et transportant de la drogue peut atteindre les côtes sud d Haïti en 8 heures. Le suivi de cas de drogués par l APAAC (Association pour la prévention contre l alcoolisme et les accoutumances chimiques) confirme l augmentation de la consommation de drogues dans le pays, particulièrement au niveau de la jeunesse. (Voir le Tableau 15). Tableau 15. Toxicomanes et alcooliques suivis para l APAAC de 1987 à 1997 selon la drogue de choix, le sexe et l âge Critères de catégorisation Toxicomanes et Alcooliques 1988-1994 1995-1997 Drogue de choix Cocaïne / crack 48% 25% Marijuana 9% 20% Jucy 4% 19% Alcool 30% 23% Autres 9% 13% Sexe

Hommes 83% 86% Femmes 17% 14% Âge 10-20 ans 7% 14% 21-30 ans 43% 39% 31-40ans 37% 31% 41-50 ans 8% 12% 50 ans et + 5% 4% Nombre de personnes suivies 376 226 Aujourd hui, environ 14 % de la cocaïne et de l héroïne entrant aux États-Unis passe par Haïti. Les moyens mis en œuvre par les trafiquants sont très importants et cette activité prend l allure d une véritable industrie, de plus en plus sophistiquée. Certains éléments permettent de caractériser cette industrie : l érection de pistes d atterrissage privées, aménagement de caches sophistiquées dans les bateaux ; la constitution d équipes de récupération lourdement armées ; l installation en Haïti de commissionnaires étrangers (Colombiens, Jamaïcains, entre autres) ; l exercice de violentes représailles sur les résidents refusant de collaborer au trafic ; l éclatement de conflits localisés souvent mortels autour de la marchandise laissée à dessein pour les riverains ; la fréquence des saisies effectuées tant en Haïti qu aux Etats-Unis ; les nombreux cas de trafiquants arrêtés et de jeunes policiers, de juges compromis dans des affaires touchant à la drogue ; paiements en nature des groupes haïtiens, etc. Encadré 2 : Le circuit de la drogue Le trafic de la drogue, et les problèmes qui s ensuivent se font sentir depuis une quarantaine d années. Cependant, ce n est qu au cours des quinze dernières années que le trafic a acquis l ampleur actuelle à la faveur de l affaiblissement des institutions, conséquence directe des difficultés économiques, politiques et sociales de cette période. Sous la Dictature des Duvalier, comme Haïti était «enclavée», les mafias américaines ne pouvaient y investir, comme ils le faisaient dans la Caraïbe pour échapper au fisc américain. La consommation, marijuana essentiellement, se limitait à quelques privilégiés et seuls quelques trafiquants jouissant d une couverture politique, souvent de la hiérarchie militaire, pouvaient se livrer au trafic de la drogue. Sur le plan international, les réseaux se mettaient en place et de se structuraient. Ceux de l Asie (cocaïne) et du Moyen Orient (héroïne, hachisch, opium) ont été progressivement supplantés par les réseaux latino-américains (cocaïne, principalement, dans un premier temps) Actuellement, 80 % de la cocaïne et 90 % de la marijuana entrant aux Etats-Unis proviennent de l Amérique Latine. La «marchandise» transite par les Caraïbes, l Amérique centrale et le Mexique, plaques tournantes pour les

mafias internationales alliées aux cartels colombiens («Les grands courants du narcotrafic en Amérique latine», In http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/amerlatdrogue). Les opérations menées par les Etats-Unis, de concert avec les dictatures militaires de l Amérique du Sud et Centrale, ont amené les puissants cartels (colombiens pour la plupart) à diversifier et rechercher de nouvelles voies pour acheminer leur marchandise vers les États Unis. De la chute des Duvalier en 1986 jusqu à 1991, de nombreux militaires se sont impliqués directement dans ce trafic.. L ouverture des ports de province, après la chute de Duvalier, a facilité le transit de la drogue. Certains analystes établissent des relations entre le blanchiment d argent et le développement spectaculaire du système bancaire haïtien. La législation et les outils de régulation ainsi qu un système judiciaire inefficient et désarticulé aurait favorisé la structuration de tels réseaux. Parallèlement, des produits meilleur marché, mais tout aussi nocifs pour la santé (crack) qui étaient destinés aux couches sociales défavorisées économiquement popularisaient la consommation de la cocaïne aux États-Unis. Les trafiquants haïtiens allaient également créer un marché dans les quartiers populaires et les bidonvilles des grandes villes du pays. En 1991, un dealer moyen dans le quartier de Carrefour dans la périphérie de Port-au-Prince, pouvait écouler, par jour, entre 25.000,00 et 125.000,00 Gourdes de boules de «crack» à 25,00 Gourdes l unité. (Source : Unité de lutte contre le trafic de la drogue, Ministère de l intérieur, 1991). Le trafic de la drogue a connu un développement rapide durant le coup d État. Les relations avec les cartels colombiens se seraient consolidées et structurées avec l aval de la hiérarchie militaire de plus en plus éclatée. La déliquescence du système judiciaire et le développement accéléré du système bancaire ainsi que la corruption ambiante ont donné une nouvelle dimension au trafic de la drogue. Les largages en provenance de la Colombie de cargaisons par avion et par chaloupes ultra rapides se sont intensifiés. Toutes ces transactions font croire que la toxicomanie deviendra si ce n est déjà le cas, une pratique très répandue au sein de la jeunesse à travers tout le pays. L arrivée en Haïti en septembre 1994, des troupes multinationales (largement dominées par les soldats américains) et la restauration subséquente de la démocratie avaient, momentanément, fait baisser les volumes transitant par Haïti. Cependant, après le départ progressif des troupes à la fin de l année 1995, le trafic a repris de plus belle en profitant des faiblesses du système : police mal entraînée, système judiciaire corrompu, insécurité grandissante, instabilité politique... La cocaïne est acheminée en Haïti par largage aérien (dans les zones désertes ou en pleine mer), envoi via des voies commerciales à partir du Vénézuéla et Panama, bateaux de pêcheurs ou à haute vitesse. L acheminement se fait généralement sans problème. Les zones les plus utilisées sont les zones côtières de la presqu île du Sud, jusqu à Anse d Ainault et Dame-Marie, et les zones désertiques, isolées et peu habitées sur tout le territoire, lieux privilégiés pour les largages aéroportés. D Haïti, la drogue est rapidement envoyée vers la Floride ou Puerto Rico 10. La majorité de la drogue amenée aux États-Unis, est acheminée aujourd hui par bateau, au travers des circuits commerciaux entre la Floride et les nombreux ports de la périphérie (voir Carte10. Trafic de la drogue). Carte 10. Trafic de la drogue

Les entités de lutte contre la drogue ont effectué quelques saisies et arrestations malgré leurs moyens limités : Genesis en 1998 et Columbus en 1999, par exemple. Cependant, les statistiques sur les saisies des années 1997 à 1999 nous donnent un faible indice de la quantité réelle de drogue qui transite via la République d Haïti. Les services antidrogues américains et dominicains pensent que entre 10 et 15 % de la cocaïne qui entre aux États-Unis passent par la frontière entre Haïti et la République Dominicaine (43 à 86 tonnes). Selon les autorités haïtiennes (Colloque sur la problématique de la drogue, 1999), 3 549 TM de cocaïne et 9 255 TM de marijuana ont été saisies entre janvier et juin 1998. En 1997, 2.1 TM de cocaïne et 9 TM de marijuana avaient été capturées. (Tableau 16). Tableau 16. Saisies effectuées par l AGD, la PNH, la CICAD / OAS de 1997 à 1999 Années Arrestations Cocaïne en Kgs Marijuana Argent Argent Véhicules Héroïne Arme

en $ US en Gdes en Kgs 1997 37 1259 4 455 Kgs 198 000 ND ND ND N 1998 34 1074 24 Kgs 997 450 ND ND 8 N 1999 69 380.2 70 livres 2 966 681 83 925 16 ND N En plus de la complicité dont bénéficie ce trafic au niveau de plusieurs institutions et de certains secteurs de la société, et de la corruption institutionnalisée, cinq éléments expliquent la situation actuelle :! La faiblesse de l appareil judiciaire. L appareil judiciaire corrompu (dont le personnel est, dans l ensemble, sous payé) est très inefficient en ce qui à trait aux affaires de stupéfiants. Très souvent, commissaires et juges sont accusés même par les services de police d avoir élargi des trafiquants, arrêtés cependant en flagrant délit. Certains cabinets d avocats de Port-au-Prince se sont bâtis une réputation dans le traitement d affaires touchant aux stupéfiants en utilisant tous les méandres de la justice haïtienne et la corruption qui y sévit. Le manque de formation des membres de l appareil judiciaire, le manque de ressources en matière d expertise et le manque de clarté et parfois de cohérence des dispositions de la loi actuellement en vigueur, sont souvent à l origine de l abandon des poursuites légales contre les narcotrafiquants.! La faiblesse de la police. Mis à part les lacunes dans l entraînement reçu et le manque d expérience, la Police Nationale d Haïti est mal équipée ou sous-utilise les moyens dont elle dispose pour faire face aux nombreux problèmes de violence, et tout particulièrement au trafic de la drogue (presque pas de bateaux pour la surveillance des côtes 11, pas de système efficace de communication, pas de véhicules et de moyens de déplacement en quantité suffisante et bien répartis sur le territoire national). Ne disposant pas non plus de police aérienne, l espace aérien haïtien est constamment violé par de petits avions (en provenance surtout de la Colombie) qui atterrissent sur des pistes clandestines où les cargaisons sont débarquées et prises en charge par des complices locaux. Parfois, ces petits avions effectuent des largages de drogue en haute mer qui sont vites récupérés à bord de petites embarcations par les trafiquants locaux. Comme plusieurs institutions du pays, la police n est pas à l abri de la corruption. Assez souvent, des membres de ce corps sont impliqués directement dans le trafic ou dans le détournement de fonds saisis aux trafiquants. La mise en place d un corps spécialisé dans le domaine n a pas suffi pour enrayer le problème; les moyens mis en place paraissent désuets par rapport à la sophistication et à la puissance financière à laquelle ils font face. Il est regrettable qu une brigade financière n ait pas été mise en place pour contrer le blanchiment d argent et l enrichissement illicite et rapide qui en est le corollaire.! La carence de lois et d un cadre réglementaire adéquat. Les lois prévues en la matière sont surannées et ne permettent pas de lutter efficacement contre le trafic de la drogue. Des accords avec les pays de la région et tout particulièrement avec les États-Unis d Amérique, ne sont que sporadiquement mis en application. Pour qu une réglementation en la matière soit efficace, il faudrait qu elle prenne en compte tous les éléments du système.! La violence et l insécurité. Encouragés par l impunité, de plus en plus d actes de violence sont perpétrés en Haïti. Des réseaux criminels organisés opèrent des exécutions spectaculaire en plein jour, au vu et au su de tout le monde... Certains de ces crimes sont directement liés à des représailles ou des règlements de comptes entre acteurs impliqués dans le trafic ou pour faire peur à toute personne voulant dénoncer un tel trafic. On rapporte qu en 2000, un village entier dans la région d Aquin a été incendié parce que la population aurait dénoncé les trafiquants.

! L enjeu politique que représente la drogue aujourd hui. Au delà du fait que certains politiciens seraient impliqués directement ou indirectement dans le trafic, l un des problème les plus cruciaux aujourd hui c est que le trafic de la drogue risque de porter atteinte à la souveraineté nationale. En effet, la lutte contre le trafic de la drogue est un des paramètres pris en compte pour l octroi d aide ou la signature d accords commerciaux ou économiques au niveau international. En 1999, alors que le trafic de la drogue était à son plus haut niveau, à peine 400 à 500 personnes ont été incarcérées sur l ensemble du territoire national pour usage et trafic de stupéfiants, soit 3 % environ des arrestations totales effectuées par la Police Nationale (PNH, cité par IHSI, août 2000). Sans les outils légaux appropriés, une police ou un appareil judiciaire fort, il est impossible de lutter contre le trafic de la drogue. Par ailleurs, il faudrait qu un véritable processus économique soit mis en œuvre pour redonner aux acteurs nationaux confiance dans les activités économiques et sociales saines. La drogue est un risque anthropique dont il faut appréhender les processus et mécanismes dans la mesure où ce phénomène, marginal dans le passé, devient de plus menaçant pour la société et le pays. De plus en plus de jeunes délaissent les filières traditionnelles et légales d accumulation, recherchant des opportunités dans des activités plus lucratives, liées directement ou indirectement au trafic de la drogue. Dans plusieurs régions du pays, agriculteurs et pêcheurs négligent leurs activités ou vivent dans l attente qu une cargaison de drogue vienne échouer sur leur parcelle («la manne du ciel»). Le drame gagne maintenant le milieu paysan où la culture de la drogue commence à être pratiquée dans des endroits peu accessibles et hors contrôle effectif de la police. Ce risque demeure valable pour tous les endroits peu habités. 2. LES INCENDIES Les incendies sont des catastrophes assez courantes qui n entraînent pas de pertes importantes en vies humaines. Ils causent néanmoins des dégâts matériels importants, détruisant même des quartiers entiers dans les milieux urbains ou ravageant d un coup plusieurs hectares de forêt 12. L histoire du pays, depuis les luttes de libération des esclaves jusqu aux périodes récentes, est marquée par des incendies plus ou moins violents occasionnant principalement des dégâts matériels (pertes de récolte, de forêts, de maisons et d autres biens meubles et immeubles). La mise à feu est perçue comme un moyen de lutte totale contre l ennemi et revêt de ce fait un caractère culturel et historique. Cependant, aujourd hui, les incendies sont le plus souvent accidentels : utilisation inappropriée du feu, problèmes liés aux circuits électriques (courts-circuits) approvisionnant les maisons d habitation 13, par exemple. Les incendies causent souvent des dégâts énormes, principalement dans les quartiers défavorisés parce que l habitat y est précaire et les moyens pour lutter contre les flammes quasi inexistants 14. 45 % de ces incendies ont eu lieu dans des bidonvilles de la zone métropolitaine où on en compte au moins un à deux par année (à Cité Soleil et La Saline, principalement). Au cours des 15 à 20 dernières années, le nombre d incendies de nature criminelle a augmenté. De 1968 à 1997, 88 incendies de moyenne envergure ont été enregistrés, dont 85% dans le département de l Ouest.

Le Cap Haïtien est la deuxième ville la plus affectée par les incendies qui détruisent souvent des bâtiments historiques. Entre 1987 à 1997, le nombre d incendies y a augmenté : on y compte au moins un chaque trois mois (53 % d entre eux dans des bidonvilles). Les incendies risquent de devenir l un des fléaux majeurs au cours des vingt prochaines années. Il faut non seulement prendre des dispositions concrètes au niveau de la prévention 15 mais aussi se doter des moyens adéquats pour les combattre. 3. LES RISQUES TECHNOLOGIQUES Les conditions socio-économiques précaires, l absence d un cadre légal approprié et efficace et enfin, le manque d information de la population sur les produits dangereux et les technologies font que les urgences liées aux technologies représentent en Haïti une source non négligeable de désastres 16. Certaines technologies, jugées trop compliquées, sont «adaptées»... ce qui peut provoquer des effets indésirables. D autre part, les Haïtiens ont tendance à ne pas considérer un produit dangereux tant qu il n a pas causé des dégâts sensibles et marquants. Les précautions d usage sont souvent ignorées. Ces observations sont valables tant pour les individus que pour les groupes et les entreprises. Les technologies pouvant représenter une menace importante pour la population sont de plus en plus utilisées et largement répandues quelques fois au sein de grandes agglomérations. Les risques encourus sont souvent banalisés par les responsables et ignorés ou mal connus de la population en général et des potentielles victimes en particulier. Les urgences liées aux technologies ne sont identifiées en tant que telles que lorsqu une catastrophe a lieu : explosion d une bonbonne de gaz suivie d un incendie, cas de mortalités liées à la consommation de médicaments avariés, par exemple. Le manque de connaissance de la population et le fait que les risques technologiques sont, jusqu à un certain point maîtrisables, expliquent de ces risques ne sont pas suffisamment pris en compte par la majorité de la population. Accablés par la pauvreté, l insécurité alimentaire et un pouvoir d achat extrêmement limité, nombre de consommateurs ne se soucient plus ou très peu de la qualité de ce qu ils consomment qu il s agisse de nourriture ou de médicaments ingurgités. Les usagers du transport en commun risquent quotidiennement leur vie dans des camions et des camionnettes qu ils savent inappropriés et peu sécuritaires. N ayant pas le choix et impuissant, l Haïtien «tente sa chance» (lap tante chans li) : il prend des risques, de gros risques. 1) Les menaces liées aux médicaments L usage de médicaments chimiques (ou synthétiques) est très répandu malgré la faiblesse de la couverture médicale. La plupart des médicaments, même les plus dangereux, peuvent être achetés au niveau des pharmacies sans disposer de prescription certifiée de médecins reconnus 17. De même, il n existe aucune réglementation adéquate contraignant la circulation ou le commerce de médicaments réputés dangereux. L anarchie dans le secteur du médicament se caractérise par : l envahissement du marché par des médicaments de qualité douteuse, avariés, périmés, voire contrefaits et ne contenant aucun principe actif ;

la vente illégale de médicaments par des vendeurs ambulants qui n ont qu une notion relative des dangers auxquels ils exposent la population ; la hausse vertigineuse, souvent injustifiée, des prix des médicaments, les mettant hors de portée de la grande majorité de la population ; la vente de médicaments avariés et de produits toxiques pour l organisme provenant principalement de la République Dominicaine et de l Amérique Latine. L absence de politiques strictes de contrôle de qualité des produits pharmaceutiques est à regretter. Il n existe aucun manuel de procédures et de normes au niveau du MSPP pour le contrôle efficace de la fabrication et de la commercialisation des médicaments et produits biologiques 18. Entre novembre 1995 et juin 1996, plus de 100 enfants âgés de 1-13 ans sont morts par suite d absorption de médicaments (Valodon et Afébril contaminés au Diéthylène glycol). L OMS/OPS avait pourtant envoyé une alerte aux autorités compétentes à la fin de décembre 1992. Aujourd hui encore, les mêmes risques subsistent. Et, il est quasi impossible de déterminer les décès, troubles physiologiques graves et paralysies dus à l absorption de «mauvais médicaments». Vu la situation actuelle du secteur, les dégâts sont probablement importants. 2) Les menaces liées au trafic maritime Les dégâts et pertes de vies humaines liés au trafic maritime ont toujours été énormes. Haïti, pays insulaire, connaît un trafic maritime intense qui assure la liaison entre divers points du pays, principalement entre les provinces et la capitale. L exiguïté et le délabrement permanent du réseau routier terrestre contribuent fortement à amplifier ce trafic, malheureusement peu contrôlé par les autorités. Le cabotage fonctionne dans des conditions très précaires. Selon le SEMANAH, environ 400 bateaux à voile et 50 navires à moteur facilitent le déplacement annuel d environ 80 000 tonnes et de 30 000 passagers. Les conditions de sécurité sont exécrables : congestionné, mal organisé et peu de contrôle des services publics. Toutes les villes côtières subissent annuellement des pertes matérielles et humaines importantes qui ne sont pourtant pas enregistrées. Les cas les plus médiatisés et répertoriés font état de 31 naufrages de 1986 à 2000, occasionnant 2 071 morts et des pertes importantes sur le plan économique. La majorité des accidents a lieu sur les trajets menant à Port-au-Prince. Les départements de l Ouest et de la Grande Anse sont les plus affectés à cause des circuits Montrouis / La Gonave et Jérémie / Port-au-Prince. Le naufrage du Neptune, en provenance de Jérémie, a occasionné la mort de 900 personnes. Chaque année, quatre naufrages se produisent au niveau du pays en moyenne, causant plus de 200 morts (voir le tableau 17). Tableau 17. Nombre de naufrages enregistrés et morts causées de 1986 à 1993) Circuit Nombre de cas % Morts Gonâve / Montrouis 9 29.03 474 Jérémie / Port-au-Prince Anse d Hainault / Tiburon 7 22.58 1 013 Côte Sud 2 6.45 35

Côte Nord 2 6.45 29 Artibonite 1 3.23 150 Port-de-Paix / La Tortue (Boat People) 4 12.90 121 Côtes Cuba 2 6.45 211 Côte Sud-Est Marigot / Anse-à-Pitre 4 12.90 38 Marigot / Belle-Anse Total 31 100.00 2 071 Moyenne 4-259 Les enquêtes effectuées à travers le pays révèlent que les pertes réelles dépassent largement ce qui est consigné dans les statistiques officielles : par exemple, une quinzaine de naufrages entre Anse d Hainault, Les Irois et Tiburon se produiraient annuellement, causant des pertes en vies humaines (3 à 10 morts par an). L impact sur le plan économique est également lourd : les commerçantes, par exemple, qui perdent leurs cargaisons ont de sérieuses difficultés à reconstituer leur capital. En Haïti, les menaces liées au stockage de produits pétroliers concernent essentiellement la gestion du fuel et du Gaz pétrole liquéfié (GPL). La gestion des produits pétroliers exige un contrôle adéquat de la production à la consommation. Les risques liés aux produits pétroliers sont multiples et concernent tous les niveaux du circuit de distribution. La réception et l entreposage de ces produits importés se fait aux terminaux de Thorland et de Varreux (Carrefour / zone métropolitaine de Port-au-Prince). Les risques y relatifs sont très élevés puisqu ils se trouvent aujourd hui au milieu de quartiers populaires où les habitants utilisent le bois de feu ou le charbon de bois pour leur activités ménagères. Les voisins des stations d essence ne sont pas à l abri d accidents, vu que les normes de sécurité sont peu respectées. La proximité des tanks de GPL à ceux contenant du pétrole augmentent encore davantage ces risques. 1 0. Risques liés au fuel Même au niveau des pompes à essence (dites de type standard), il n existe pas de système éprouvé de lutte contre le feu et les explosions. Les risques d explosion et d incendies sont liés aux activités de restauration ambulante dans le voisinage immédiat de ces stations et au non respect des mesures de sécurité en ce qui a trait à l extinction des moteurs au cours de l approvisionnement en carburant. Les risques liés au stockage de produits pétroliers devraient s aggraver puisque la consommation est en nette croissance ces dernières années (taux de croissance annuelle : 7.21 % 19 ). Sur le marché informel, la gazoline, le gasoil et le kérosène sont stockés dans des entrepôts non appropriés (chez des particuliers, dans des conditions archaïques). Les risques d explosion et d incendies sont élevés, en particulier dans les quartiers populaires (de pareils cas ont été enregistrés dans la zone métropolitaine, particulièrement au Centre Ville et à Drouillard et, à Jérémie).

2 0. Risques liés au GPL Les risques associés au GPL en Haïti sont très élevés à cause de la nature même de ce produit 20 et au non respect des normes d exploitation, du débarquement à la consommation dans les foyers. (Capital Consult, 1996). Sur les lieux de débarquement (terminaux de Thorland) les systèmes d alerte et de lutte contre le feu en cas d explosion sont déficients. De plus, ils sont situés à proximité de bidonvilles où des incendies ne sont pas rares. Le transport et la distribution de ce produit sont tout aussi risqués : les camions de livraison sont peu balisés et ne sont pas équipés d extincteurs adéquats. L entreposage des conteneurs de GPL se fait généralement dans des locaux ordinaires, non aérés, où ils ne sont pas à l abri d étincelles. Chez les détaillants, les bouteilles pleines et vides sont généralement entreposées n importe comment, parfois sur le trottoir, à proximité immédiate des pots d échappement des véhicules. Des gens fument à côté de ces bouteilles, sans être conscients d une possible explosion. Ces conteneurs ne sont pas non plus à l abri de chocs (percussions par une voiture, par exemple) pouvant occasionner des explosions. Les risques associés à l entreposage dans les résidences privées sont plutôt d ordre général. On estime dangereux tout stockage de GPL dépassant 5.4 lbs 21, or dans la plupart des foyers utilisant le GPL, au moins 25 lbs y sont stockés 22. Les risques liés au GPL augmentent : En raison de l existence d unités de vente au détail de GPL. Elles ont une capacité moyenne de 7.500 lbs et sont placées à moins de 6 m des trottoirs, ce qui peut causer des morts en cas d explosion. Ces unités sont de plus, établies au milieu de zones résidentielles (Delmas, Verrettes, Cayes) ou dans le voisinage immédiat de zones industrielles et d écoles (Drouillard), et ne disposent d aucune couronne de sécurité et de systèmes anti-feu éprouvés; Ce secteur est appelé à se développer à cause de la demande croissante (15.94 %) et de la diminution éventuelle de la production du charbon de bois. 4) Les menaces liées au trafic aérien Au cours des dix dernières années, le trafic aérien s est développé tant sur le circuit international que sur le circuit intérieur alors que les infrastructures aéroportuaires n étaient pas conçues, aux niveaux technique et technologique, pour faire face à cette intensification. Les risques sont plus élevés pour le trafic intérieur utilisant des avions de petite capacité. Il y a une carence de données publiques dans ce secteur. Toutefois, le pays n a pas encore connu de vraies catastrophes à ce niveau. Le peu d information disponible permet fait mention de cinq accidents au cours des dix dernières années. Les deux plus graves ont été celui de la Express Airways, le 12 février 1996 (6 morts) et celui d un hélicoptère le 14 mars 1999 à Hinche (13 personnes). Des risques très élevés sont liés aux aéroports de Jérémie (où il y a eu trois accidents) et à celui de Port-de-Paix (qui n est pas certifié). Dans l ensemble, les pistes sont en mauvais état. Il n existe pas de cordon de sécurité pour protéger les passagers des hélices d avion et pour empêcher l envahissement des animaux domestiques qui circulent librement aux abords de la piste. La plupart des pistes d atterrissage des villes de province sont en terre battue et servent de pâturage. Il faut souligner aussi que les deux aéroports les plus fréquentés du pays (Port-au-Prince et Cap-Haïtien), se trouvent actuellement au milieu de quartiers densément peuplés.

De ce fait, les chutes d appareils avant l atterrissage et après le décollage (accidents aériens les plus courants) sont à craindre et représentent des risques non négligeables. La révision des appareils de vol n offre aucune garantie. Ainsi, les risques liés au trafic aérien intérieur en Haïti sont élevés. 5) Les accidents du transport routier Les accidents de la route en Haïti sont liés principalement à l état de délabrement des routes, au non respect des normes de chargement des camions et des règles et principes de la circulation. Les cas liés aux déficiences techniques sont tout aussi importants. On compte annuellement plus de 2 000 victimes des accidents de la route avec des pics qui coïncident avec les époques des fêtes, les départs et les retours de vacances scolaires notamment, c est-à-dire janvier, juillet, août et octobre (voir le Tableau 18). Tableau 18. Victimes des accidents de la route admises à l Hôpital de l Université d État d Haïti (Janvier 1995 - décembre 1997) Mois 1995 1996 1997 Moyenne Janvier 191 228 201 207 Février 162 168 184 171 Mars 176 178 152 169 Avril 169 122 225 172 Mai 189 170 201 187 Juin 197 144 183 175 Juillet 221 196 215 211 Août 234 232 145 204 Septembre 160 166 123 150 Octobre 181 241 231 218 Novembre 209 189 207 202 Décembre 304 218 233 252 Total 2393 2252 2300 2315 Source: Analyse de la situation sanitaire, MSPP-OPS/OMS,Haïti 1998 IHSI, août 2000 Autres urgences liées aux technologies Différentes autres urgences sont liées aux technologies en Haïti comme : La mauvaise utilisation des technologies par des opérateurs mal formés Le stockage de produits chimiques et plastiques Traitement inadéquat d eau, de glace, peze souse (eau polluée vendue en sachets) Manque de maîtrise des technologies dans l agroalimentaire et absence de contrôle de qualité qui conduisent à des risques de consommation de produits avariés.

Si des dispositions ne sont pas très rapidement envisagées sur le plan légal pour la mise en place de structures d analyses et de contrôle, les urgences technologiques risquent de menacer la population de plus en plus. 4. LA CRISE ENVIRONNEMENTALE Les facteurs environnementaux sont essentiels à la compréhension des désastres surtout quand il existe une relation directe entre ceux-ci et les événements naturels. Les difficultés à assurer une couverture raisonnable des besoins en assainissement de base (système d évacuation sanitaire des excrétas, épuration des eaux usées, collecte et mise en décharge et/ou valorisation des déchets solides) concourent séparément ou conjointement à engendrer les problèmes environnementaux d Haïti. Les conséquences de la dégradation de l environnement menacent aussi la capacité d absorption du pays et l endurance des habitants. Elle risque d avoir de graves conséquences pour les générations futures. Les tentatives d enrayer cette crise sont pour la plupart éparses, mal planifiées et non coordonnées. La question environnementale n est pas vraiment au centre des choix politiques en Haïti ce qui explique la part négligeable des ressources budgétaires qui y est consacrée. Pourtant, les conséquences liées à la dégradation de l environnement s aggravent de jour en jour. Encadré 3 : Historique et causes de la dégradation de l environnement La dégradation de l environnement en Haïti a débuté avec la conquête espagnole spécialement par l introduction d espèces et le défrichement des forêts pour l établissement des cultures. Elle se poursuit encore plus intensivement durant la colonisation française par l exportation massive de bois précieux et la pratique de l agriculture. En 1789, le déboisement pour l installation de cultures d exportation s étendait sur 500 000 ha environ, soit plus d un tiers de l espace cultivable 1. La couverture végétale est passée de 95 % de la superficie totale du pays en 1492 à environ 50 % en 1791. Après la proclamation de l indépendance d Haïti, le 1er janvier 1804, les luttes pour l appropriation des terres laissées par les colons allait conduire les anciens esclaves à la conquête des mornes et à la mise en place, dans des conditions difficiles, d exploitations paysannes agricoles familiales. Les richesses générées par la paysannerie furent spoliées par les ponctions exercées en amont et en aval des systèmes agraires et de production. Ces conditions ont continué à favoriser l épuisement des ressources naturelles, mettant ainsi en péril l équilibre écologique. Cependant, un équilibre, même fragile, des écosystèmes semblait avoir été atteint vers la fin du 19ème siècle. Sous l Occupation américaine (1915-1934), la dépossession de la paysannerie de ses terre en vue de la mise en place d unités capitalistes sur de grandes étendues allait contribuer à fragiliser davantage les écosystèmes en augmentant significativement le nombre de paysans sans terre et de salariés agricoles et en poussant de plus en plus ces derniers à l assaut des mornes. Après l Occupation américaine jusqu en 1986, sous la double influence de la structure agraire et de la pression démographique, les systèmes de production et de culture mis en place minent de plus en plus l écosystème. Il s agit pour la plupart des exploitants de tirer le maximum de leurs parcelles laissant très peu de temps aux écosystèmes pour se régénérer. A la longue, dès que les terres ne permettent plus de répondre à leurs besoins, les exploitants migrent vers les villes où vers des zones moins dégradées. Parallèlement, la proportion de la couverture végétale sur l ensemble du territoire continue de régresser : environ 21.6 % du territoire en 1945 à 4 % en 1986 2. Avec la chute de Duvalier en 1986, l appropriation d une certaine licence par la population ainsi que la démobilisation des agents forestiers ont conduit à une lapidation presque systématique des ressources naturelles,

notamment des forêts qui ne représentent en 1989, selon certaines estimations, que 2 % de la superficie totale du pays. Ce sabotage allait encore s amplifier après le Coup d État de 1991. Des feux de forêts, vraisemblablement volontaires, se sont multipliés et ont détruit des milliers d hectares au niveau des principales réserves naturelles du pays comme la Forêt des Pins, Macaya et La Visite. Durant la même période, les flux migratoires se sont intensifiés avec, pour corollaire, une croissance rapide et importante de la population des villes sans que les infrastructures et les services puissent répondre aux nouveaux besoins. Ceci crée une situation catastrophique sur le plan de l urbanisme et de l environnement urbain, accentuant la vulnérabilité des populations. Aujourd hui, la lutte pour la survie et l appât du gain font que la plupart des acteurs vivant dans l espace agissent dans l ignorance totale des lois naturelles de la protection de l environnement. Il faut reconnaître que l environnement est loin d être la priorité pour des hommes et des femmes arrivant difficilement à se nourrir. La protection de l environnement ne peut s inscrire que dans le cadre d un véritable processus de développement économique et social. 1 2 Estimation FAO, cité par Michel, R.M., 1992 MDE, 1998. Haïti et Environnement, Indicateurs de base 1) Déboisement et dégradation des ressources naturelles Le déboisement est sans doute ce qu il y a de plus marquant et de plus visible en Haïti et ceci à travers tout le territoire. Quant aux ressources naturelles, sujettes à une sur-exploitation et à un usage inconsidéré, elles se sont particulièrement dégradées, notamment au cours des ces 20 dernières années. Le bois couvre à lui seul 71 % des besoins énergétiques totaux du pays. Deux tiers du bois consommé va dans le secteur domestique (dont les blanchisseries) et dans les unités de transformation (canne à sucre, cassave) qui, chaque année, consomment près de 6 % de toute l énergie distribuée dans le pays. Dans ces deux secteurs, le bois représente plus de 90 % de la quantité totale d énergie consommée. La consommation annuelle du bois est donc relativement élevée : 5.3 millions de m3 (2.65 millions TM) et équivaut à 3 à 4 fois la productivité annuelle des formations forestières et agro forestières estimée à 1.6 millions de m3. On estime à 50 millions la quantité d arbres coupés par année alors que seulement 33 % des 20 millions plantés chaque année survivent. Le taux de déforestation en Haïti est de 2 % environ. L écosystème forestier a reculé à un rythme moyen de 2.5 ha/an. Les prélèvements de produits forestiers sont faits principalement dans les forêts natives et sur la superficie totale des formations forestières en Haïti (à quelques rares exceptions près). La déforestation se trouve accélérée par la percée des routes de pénétration de plus en plus nombreuses qui donnent accès à des sanctuaires biologiques rares (Forêt des Pins, Macaya, La Visite). A ce rythme, il est fort probable qu en 50 ans, Haïti ne sera plus qu un véritable désert. Ce phénomène prend des proportions alarmantes puisque, actuellement, 25 des 30 bassins hydrographiques du pays sont dénudés (PAE, 1999). Les forêts climaciques d origine n existent presque plus sauf au niveau des réserves naturelles de Macaya, de La Visite et de la Forêt des Pins et de certaines reliques éparses.

La superficie boisée a été réduite de plus de 15 % : en moins de 50 ans, elle est passée de 21.6 % du territoire en 1945 à 4 % en 1986 23. De nos jours, on s accorde à dire que les superficies forestières ne dépassent pas 2 % de la superficie totale du pays (Bilan Pays, 2000). D une manière générale, le déboisement induit une forte dégradation des ressources naturelles et peut être abordée sous différents angles : 1 0. Biodiversité On assiste à une grande perte de biodiversité, surtout en ce qui a trait à la faune, les niches écologiques étant détruites ou sérieusement perturbées. L équilibre des écosystèmes est donc compromis et, de ce fait, la productivité des formations végétales aussi. Les principales essences forestières assurant elles-mêmes en grande partie l approvisionnement en énergie et en bois d œuvre sont actuellement considérées comme menacées d extinction 24. 2. L utilisation des sols 0 D après les normes classiques de vocation des terres en Haïti, 11.3 % des terres conviennent à l agriculture alors qu en fait, 43 % des terres du pays y sont consacrées. D un autre coté, 54.7 % des terres devraient être occupées par des forets qui, en fait, n occupent que 2 à 3.% du territoire 25. Il s agit donc d un territoire largement à vocation sylvo-pastorale mais consacré à l agriculture. L érosion est donc très forte et extensive et se trouve accentuée par des pluies saisonnières violentes, l application de techniques non conservationnistes, un morcellement exagéré des terres 26 et des modes de tenure peu sécuritaires pour les exploitants directs. Les pertes de sol arable sont estimées à 1600 TM de sol/ha/an environ, ce qui est catastrophique en comparaison aux pertes (entre 0.1 et 1 TM/ha/an ) enregistrées sous les climats comparables à Haïti dans des écosystèmes en équilibre (PAE, 1999). Plus de 50 % du territoire, essentiellement les zones de pente, est érodé ou soumis à des risques très élevés d érosion (voir Carte 11. Érosion). Les risques d érosion sont moindres pour les zones de plaine mais celles-ci sont affectées par la pollution et leur niveau de fertilité en souffre. Les analyses de sols effectuées par la FAMV/UEH au niveau des principales plaines du pays, depuis une dizaine d années, ont montré que la richesse minérale des sols avait diminué significativement. La production agricole connaît en conséquence une décroissance depuis plus de dix ans (- 0,5 à -1,2 %) en raison de la baisse de la productivité des terres. Carte 11. Carte de l érosion

3 0. Eaux de surface et déficits hydriques La quasi-disparition de la couverture végétale des bassins versants cause la réduction des débits des cours d eau qui deviennent de plus en plus à régime torrentiel : tarissement pendant la majeure partie de l année et crues dévastatrices lors des saisons pluvieuses, et ceci à la moindre averse. Les systèmes d irrigation desservent de plus en plus difficilement les usagers à cause de la baisse du régime d eau et de la détérioration des structures par les crues 27. Ce manque d eau engendre parfois des conflits entre les irrigants. En ce qui concerne la pluviométrie, il convient de constater la baisse des régimes de pluie et leur mauvaise répartition (les chutes se regroupent sur une plus courte période) pendant que les périodes de déficit hydrique ont tendance à augmenter. Ceci est, certes, lié aux phénomènes globaux et régionaux (changements climatiques, El Niño) mais s explique aussi par le niveau de désertification du pays.

4 0. Désertification Les risques de désertification sont assez élevés. La désertification est très probable dans des contrées de la presqu île du Sud, dans les montagnes de l Artibonite, du Plateau Central et de la région du Nord. En définitive elle demeure très extensive et représente l un des risques les plus imminents auquel fait face le pays. 2) L urbanisation et la construction L explosion démographique liée aux migrations internes crée une demande énorme de logement qui provoque une urbanisation accélérée qui atteint aujourd hui 42 %. De plus en plus d espaces sont donc alloués à la construction. Avec la congestion des villes, les riches et les moins riches fuient les centres urbains et colonisent les espaces encore tout récemment voués à l agriculture et/ou aux forêts : plaines agricoles (Cul-de-Sac à la sortie de Port-au-Prince) ou montagnes humides (Kenscoff dans la région métropolitaine). Cette expansion des villes transforme les paysages naturels et leurs environs en exerçant des pressions énormes sur les ressources naturelles dans leur aire et dans leur périphérie (eaux, mines et carrières, bois, espaces à vocation agricole, etc.). Les villes s étendent souvent en grignotant les pentes avoisinantes : l occupation anarchique se traduit alors par une «bétonisation» et une déforestation complète. Ceci, a comme effet d amplifier les inondations et d augmenter les risques d éboulements et de glissements de terrain. Des villes comme Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Gonaïves et Port-de-Paix pourraient être balayées par de véritables coulées de boue suite à de fortes averses. L urbanisation constitue donc une menace. Elle crée les conditions d une anxiété collective qui se fixe sur les bidonvilles qui découpent les paysages en des fragments laids et insalubres. 3) Les problèmes de pollution Le déboisement et l urbanisation induisent de graves problèmes de pollution à travers tout le pays mais les menaces sont particulièrement élevées au niveau des grandes villes. 1 0. Pollution par les déchets solides et liquides a. Ordures ménagères, fatras et décharges Les déchets produits en grandes quantités par les villes et non gérés, endommagent et contaminent les écosystèmes, le sol et le sous-sol. Dans les grandes villes, les déchets médicaux (viscères, seringues, pansements, etc.), mélangés aux déchets ménagers et/ou déversés directement dans la mer, créent une situation critique. Bien que les mentalités semblent évoluer, la collecte des déchets et un traitement efficace et respectueux de l environnement ne sont pas encore internalisés par l ensemble de la population comme une nécessité sur les plans économique, environnemental et socioculturel. La production de déchets ménagers atteint environ 3 500 m3 par jour à Port-au-Prince et est de l ordre de 600 m3 par jour sur l ensemble des huit autres grandes agglomérations du pays (Cap Haïtien, Gonaïves, Les Cayes, Saint-Marc, Verrettes, Jérémie, Port-de-Paix, Limbé). Par contre, le taux de ramassage des déchets dans les villes se situe aux alentours de 50 %. Certaines pratiques telles que le déversement des déchets dans des petits dépotoirs de quartier sont encore très fréquentes. Lors des violentes averses qui s abattent régulièrement pendant les saisons pluvieuses, une partie de ces déchets est emportée vers des goulets

d étranglements où ils intensifient les effets dévastateurs des eaux : soulèvement de chaussée, inondations des berges, etc. Ces déchets finissent par se retrouver après de fortes pluies dans la mer et ensuite éparpillés sur le littoral. Telle était déjà la situation en février 1996 (Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications,1996). Elle était encore d actualité en 1999 dans de nombreuses villes haïtiennes 28. Il convient également de souligner les risques existant dans les zones d habitations sur ou à trop grande proximité des décharges d ordures ménagères (Cité l Éternel et Cité Soleil à Portau-Prince; Carénage au Cap-Haïtien). L activité biologique qui s y développe est source de problèmes épidémiologiques et hygiéniques. b. Matières fécales et excrétas La «latrinisation» en milieu urbain est de 43 % tandis qu il n atteint que 16 % en milieu rural (MDE, 1998). En milieu rural, l éparpillement des excrétas au niveau des espaces proches des habitations et des routes constitue une source potentielle de contamination des passants, des sources et des nappes. Toutefois, l éparpillement peut se révéler moins malsain que l utilisation de latrines mal conçues, dans la mesure où les déchets sont moins concentrés et se dégradent plus rapidement. c. Eaux usées Aucune des villes d Haïti n est dotée d un système centralisé de traitement des eaux useées (ménages, industries, agriculture) (PAE, 1999). Elles sont pour la plupart acheminées vers la mer. Leur stagnation, dans certaines villes (Cayes, Cap, Port-au-Prince), est source de pullulation des moustiques (vecteurs de malaria). Les vidanges de voiture et des centrales électriques thermiques (Centrale de Varreux dans la région Métropolitaine) sont déversés directement dans les égouts ou répandus sur le sol... puis aboutissent à la mer. 2. Pollution de l eau et des sols 0 La qualité de l eau est l un des principaux problèmes d Haïti. D une manière générale, l eau des sources, des nappes, des cours d eau et des systèmes d adduction est peu potable. Elle est polluée par toutes sortes de déchets : cadavres et déjections animales, résidus de lessives, déjections humaines et différentes solutés et vidanges (eaux usées de laboratoire, vidanges de guildives, etc.). Les villes consomment énormément d eau et par conséquent épuisent les réserves les plus proches (ex.: Port-au-Prince/ Plaine du Cul-de-Sac, par exemple). Au niveau des villes côtières, cette surexploitation crée des risques de salinisation des eaux résultant de l intrusion de l eau de mer. Les risques d effondrement subséquentes à cette surexploitation sont aussi à considérer (cas de la Plaine du Cul-de-Sac). Dans toutes les grandes villes et dans certains villages, des constructions anarchiques sont érigées dans les bassins versants surplombant les sources. 82 % des sources alimentant Portau-Prince en eau potable présentent une pollution fécale prononcée (MDE, 1998). Bon nombre de puits artésiens forés dans la Plaine du Cul-de-Sac pour alimenter la zone métropolitaine, ont été abandonnés parce qu ils étaient contaminés par les fosses d aisance avoisinantes : l eau étant insipide, turbide et malodorante. Cette pollution de l eau entraîne des maladies comme la dysenterie, la diarrhée, les vers intestinaux et l hépatite. Elle provoque annuellement, spécialement après les saisons sèches,

de nombreux cas de diarrhée, de typho-malaria et de coqueluche entraînant la mort de milliers de personnes dont une majorité d enfants. L impact des décharges est aussi très important sur la qualité des eaux souterraines et de surface. Plusieurs décharges sont implantées à proximité de la mer (Truitier, Jérémie...). D autres décharges sont situées à proximité de ravines (Les Cayes-Labarelle) qui, lors de la saison des pluies, sortent de leur lit et inondent la décharge. Notons que les sources d eaux saumâtres peuvent impliquer une activité biologique de type sulfato-réductrice (gaz H2 S toxique et corrosif) déplorable du point de vue économique et environnemental. Quant aux sols, différents rapports et études font état de problèmes de salinisation rencontrés dans les principales plaines du pays, notamment la Plaine du Cul-de-Sac, la Plaine de Torbeck et la Plaine des Gonaïves à cause de la surexploitation et de la remontée de nappes saumâtres. La salinisation est particulièrement courante dans les plaines côtières. L érosion, l accumulation et la mal gestion des déchets solides et liquides ont pollué les côtes et affecté la faune marine. 3. Pollution de l air 0 La pollution de l air ne semble pas inquiéter autant que la mauvaise qualité de l eau, peutêtre parce qu il existe peu d industries dans le pays. Il n en reste pas moins que dans les grandes villes, particulièrement Port-au-Prince, l air contient pas mal de molécules en suspension, d animalcules et également de matières fécales. On peut citer également les gaz d échappement des voitures, de putréfaction et de brûlis des déchets (ordures ménagères, de marchés et autres). La majorité des véhicules en Haïti, dont une bonne proportion de modèles anciens, ne possède pas de pots catalytiques et rejettent dans l atmosphère différents types de gaz polluants (CO 2, SO x, NO x ). Il est courant de constater la formation de smog couvrant tout le centre-ville et une partie de la baie de Port-au-Prince aux heures les plus actives et les plus chaudes de la journée. Les déchets sont trop souvent brûlés en décharge, ce qui crée une pollution atmosphérique considérable. Cette pratique met aussi a nu les métaux lourds des piles, batteries, encres, etc. et ainsi contribuer à leur érosion et à la contamination de la nappe phréatique. Fort heureusement, les déchets ménagers ont peu d éléments contenant des métaux lourds. Les risques de développement de maladies respiratoires sont par conséquent non négligeables. 4. Pollution par le bruit 0 Aucune norme ne réglemente le bruit en Haïti sauf les dispositions arrêtées par le Ministère de la Culture sur les activités nocturnes des religions et sectes stipulant leur limitation en ce qui a trait au dérangement des voisins immédiats des lieux de rassemblement. Dans la plupart des quartiers, de Port-au-Prince plus particulièrement, des appareils de fort wattage fonctionnent à toute puissance et débitant leurs décibels. Ce phénomène est tout particulièrement crucial dans les véhicules de transport public assurant les déplacements intrazones et inter-départementaux (tap-tap, bus). Ces sons, qui dépassent les 110 db, sont classés parmi les bruits qui peuvent causer la surdité et l étourdissement, en plus d augmenter le stress. Aucun règlement ou codification n interdit aux sectes protestantes, aux lieux de cultes et aux dancings de fonctionner dans des quartiers résidentiels.

Les nombreuses crises énergétiques (électricité tout particulièrement) ont conduit des entreprises (tant publiques que privées) et des particuliers à installer des génératrices. Ces dernières, en plus d augmenter la pollution de l air, font un bruit sourd qui est de plus en plus à l origine de conflits de voisinage. 4) Mines et carrières L exploitation industrielle de minerais a cessé depuis une bonne quinzaine d années en Haïti, mais les excavations laissées par l exploitation de la bauxite à Miragoâne par la Reynolds Cie, du marne à Lafito par la Cimenterie d Haïti et du cuivre aux Gonaïves par la SEDREN n ont jamais connu d aménagement ni de rémédiation. Les mines constituent un danger pour les populations et les écosystèmes avoisinants vu qu elles sont sujettes à l érosion et à des facteurs de désertification. Actuellement, seuls le sable et les roches et pierres de taille font l objet d exploitation à grande échelle pour la construction et les travaux publics. Dans le département de l Ouest, 70 % des granulats des montagnes calcaires sont exploités. Les matériaux sont prélevés à flanc de montagne et aux bordures des routes perchées sans respect d aucune norme ou au milieu de parcelles agricoles (cas dans le Sud-Est). Dans la plupart des carrières (Morne à Cabrit, Boutilliers/Laboule, Collines du Cap), le forage des galeries est réalisé de façon fortuite (sans armature de soutien), les mineurs pénètrent parfois à plus de 10 m sous terre et des pertes en vies humaines, bien que peu courantes, s ensuivent. Dans le reste du pays, le même phénomène se développe en raison de l extension des villes et des bourgs. Les lits de rivière sont également exploités tandis que dans les îles satellites et certaines villes côtières (Cayes, Bainet, par exemple), le sable de construction est collecté sur les plages. Les bancs de coraux sont aussi exploités pour la construction. Ce type d exploitation provoque la dégradation des structures construites, la déstabilisation des montagnes, des talus routiers, des structures de conservation de sols et des réseaux de haute tension (cas du Morne à Cabrit). Les répercussions sur les ressources naturelles sont graves : dégradation de paysages, accélération de l érosion de versants, éboulements, effondrements et glissements de terrain. Les vies des ouvriers travaillant dans les carrières, des riverains, des habitants des régions montagneuses sont exposées. L exploitation localisée dans les lits de rivières, provoque l affouillement des berges en période de crue, la perturbation du régime des eaux d étiage et de crues, et la pollution des cours d eau et de la mer. Le transport des matériaux (sable, pierres, etc.) par des camions de fort tonnage abîment la chaussée et provoquent des accidents mortels. Tout ceci entraîne, par surcroît, la dévaluation des investissements immobiliers. 5) Les changements climatiques Des changements notables semblent se produire au niveau du climat en Haïti. En effet, la saison sèche tend à s allonger et la saison pluvieuse à se raccourcir; de même, la répartition des pluies dans le temps ne cesse de se modifier depuis une dizaine d années. Ceci pourrait être provoqué par les effets conjoints des changements globaux, du phénomène régional El Niño et la dégradation de l environnement. Ces changements climatiques risquent d altérer considérablement l environnement. Le changement climatique, phénomène planétaire et dû à l effet de serre, est un risque majeur. Il concerne tous les pays, quelle que soit sa participation à ce phénomène. Ce qui caractérise ces risques, si on les compare aux autres risques technologiques, c est d abord l existence d une incertitude scientifique majeure.

Des controverses existent sur la nature et la portée de ce risque. Sa gestion implique une dépendance intergénérationnelle. Comme celui-ci s étale à très long terme, les choix des générations présentes auront nécessairement une incidence sur les comportements des générations futures. Haïti, petit état insulaire en développement, est très menacé par l élévation du niveau des mers à cause du réchauffement de la Terre. Il est prévu que la température moyenne annuelle d Haïti augmentera de 2 à 3 C (options de mitigation) que les pluies diminueront et que les saisons sèches seront plus longues. Le niveau de la mer, qui d ailleurs s est déjà élevée de près de 10 cm ces 100 dernières années, devrait continuer à augmenter. De même, une étude de vulnérabilité entreprise par le MARNDR 29, prévoit une invasion saline des nappes souterraines, à l horizon de 2030, en raison de la rupture de l équilibre à l interface terre/mer causée par la diminution de la pluviométrie et de l infiltration. A terme, cela aura entre autres : des répercussions sociales : déplacement de population, lutte exacerbée pour l eau douce ; des incidences négatives sur la production alimentaire à cause de l augmentation du stress hydrique des cultures et la perte de terres agricoles fertiles dans les plaines côtières. Les risques associés à de tels changements sont élevés à cause de la rapidité à laquelle se produisent ces changements climatiques et des moyens de réponse limités. Notes 1 En effet, la majorité des zones rurales en Haïti subit une forte pression foncière (habitat, équipements, moins de 0.2 ha par habitant, moins de 0,11 ha de terre cultivable par habitant) 2 Occupation de l espace colonial, Anglade, G. ; L espace haïtien 3 Pendant la période esclavagiste, les esclaves fuyaient les plantations pour migrer vers des terres marginales, les mornes et les régions du Centre pour se cacher et organiser résistance et révolte et les luttes dans les habitations en plaine. 4 Profit insuffisant tiré de l activité agricole, pas de possibilité d expansion des exploitations, pas d opportunités d accumulation en dehors de l agriculture, carence notoire des services sociaux de base (éducation, santé). 5 L aire métropolitaine de Port-au-Prince héberge plus de 60 % de la population urbaine totale avec un effectif 15 fois supérieur à la deuxième ville du pays le Cap-Haïtien 6 Girault, Atlas d Haïti - Les migrations, 1985 7 Bilan Commun de Pays - Population et Migration, PNUD 8 Notamment celles disposant de certaines infrastructures économiques en santé et en éducation. 9 Hégel Goutier, Population, crise politique et migration In Le courrier No 144, mars-avril 1994 10 L utilisation des bateaux de boat people dominicains est fréquent 11 Les Gardes-côtes haïtiens ne disposent que deux frégates de moyenne vitesse 12 Ayant également un impact important sur la biodiversité et réduisant significativement les rares réserves boisées du pays. 13 Certains incendies sont provoqués naturellement sous l influence des fortes chaleurs au cours des saisons sèches dans les écosystèmes secs 14 Carence notoire d équipements et manque de personnel qualifié et entraîné, tout principalement au niveau des agglomérations urbaines

15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 Éducation sur les précautions à prendre dans l utilisation du feu et dans les actions immédiates à mettre en œuvre en cas d incendie, remise en état des circuits électriques défectueux, mise en place de brigades anti-feux dans les communes, formation et entraînement permanent de pompiers, équipement des principales villes en camion de pompiers. Les risques technologiques concernent les risques encourus par l utilisation inadéquate d une technologie. Ils réfèrent également aux déversements et fuites ainsi qu à l utilisation abusive ou l explosion de toute substance, objet ou produit toxique ou dangereux. Des particuliers s érigent parfois en médecins improvisés dressant des prescriptions informelles à des malades. MSPP, Janvier 1997. Rapport de la commission sur l intoxication au diéthylène glycol. Holly G., 1999. Les problèmes environnementaux de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Collection du 250e anniversaire Le GPL est un produit inflammable au pouvoir calorifique élevé. Plus lourd que l air, le GPL se dépose sur le sol en cas de fuites, en s infiltrant dans les caves, les égouts et autres canaux d évacuation souterraine. Toute source potentielle de feu doit être éloignée et les aires d entreposage aérées. Compte tenu de cette nature très particulière, le produit présente un risque constant, quelque soit la phase du circuit de distribution Normes d exploitation des gaz de pétrole liquéfiés. Capital Consult, avril 1996 Les normes exigent que le stockage à l extérieur des locaux pour des conteneurs en attente d être utilisés ou vendus doivent être localisés à au moins 1.5 m de toute porte de sortie de d un bâtiment fréquenté par le public et à 3m des trottoirs si le volume stocké dépasse 720 lbs. Aucun conteneur de GPL ne doit être placé au voisinage d une source de chaleur ou d air chaud MDE, Haïti et Environnement - Indicateurs de base, 1998 Listes rouges du PADF, du MARNDR et de l IUCN (2000) BME, FAMV, MDE, 2000. Inventaire National des Gaz à Effet de Serre. 89 % des exploitations agricoles ont une superficie de moins de 2.5 ha et chacune constituée de plusieurs (2-5) petites parcelles dispersées (<1 ha) Les problèmes environnementaux diminuent de moitié la durée de vie des infrastructures Thonart, J. 2000. Atlas des déchets ménagers en Haïti BME, MARNDR, MDE, Étude de la vulnérabilité des ressources en eau par rapport aux changements climatiques, 2000

Chapitre 6. ANALYSE, CATÉGORISATION, ZONIFICATION ET HIÉRARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 1. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES Pour établir la zonification et la hiérarchisation des risques au niveau national, des cartes de synthèse ont été élaborées en retenant les risques les plus pertinents dans leurs niveaux les plus élevés tout en tenant compte de la concentration de la population. Pour cela, les risques ont été superposés à la carte de la densité d habitat. Les risques pris en compte sont les cyclones, l inondation, la sécheresse, les séismes, l érosion, les conflits terriens. Seules les zones à forte concentration, c est à dire les zones où la densité d habitat dépasse les 25 habitants au km², ont été retenues. Cette synthèse des menaces et des risques au niveau national permet de constater que plusieurs zones géographiques du pays sont exposées à des phénomènes dommageables d origine naturelle ou anthropique, dont les conséquences pourraient devenir rapidement catastrophiques dans les zones aménagées et peuplées du territoire national (voir Carte 12. Densité de l habitat). Les zones les plus exposées (Ouest, Sud, Nord, Artibonite) présentent certaines caractéristiques communes qui se résument comme suit :! exposition combinée aux effets dommageables de nombreux phénomènes différents, avec possibilité d enchaînement de conséquences catastrophiques ;! importance stratégique au niveau géographique et sur le plan économique : haut niveau de production économique et importantes infrastructures (moyens de communication et routes) et services de base ;! densité de population élevée. Les régions dont le niveau de risque est le plus élevé sont celles où les menaces sont fortes et multiples et qui sont en même temps celles les plus densément peuplées et où les réseaux d infrastructures, de communication et de services de base se sont développés. Carte 12. Densité de l habitat

2. ANALYSE ET CATÉGORISATION DES MENACES Il est possible d identifier les menaces majeures et les menaces locales. La menace majeure représente tout phénomène naturel ou anthropique se produisant à un rythme plus ou moins soutenu (au moins deux à trois fois tous les 10 ans), couvrant des très larges zones à l intérieur du pays et affectant donc de grandes parts de la population. Il donne lieu également à d autres événements dommageables découlant de la manifestation première. La menace locale, est plutôt d extension et de conséquences plus réduites, donc beaucoup plus perceptibles au niveau national mais qui n en constituent pas moins des catastrophes au plan local ou familial. 1 ) Menaces Majeures Les menaces majeures en Haïti peuvent être classées dans l ordre suivant :

1. les cyclones; 2. les inondations; 3. la sécheresse; 4. les migrations; 5. la crise environnementale; 6. les tremblements de terre. Les cyclones, englobant les dépressions et tempêtes tropicales et les ouragans, représentent les phénomènes dommageables qui ont entraîné les plus grandes catastrophes dans le pays. Leurs passages génèrent d autres risques en cascade comme les inondations, glissements de terrain, érosion, maladies, pertes de bétail, de maisons et d infrastructures. Les inondations ont aussi des effets désastreux énormes en Haïti. Bien que liées aux phénomènes cycloniques, elles se produisent également à l occasion des orages violents et de fortes pluies. De nos jours, elles surviennent pendant toutes les périodes de l année et sur toute l étendue du territoire. A titre d exemple, la plupart des inondations enregistrées ces 5 à 10 dernières années se sont produites en dehors des périodes normales de grandes averses et cycloniques. Les villes sont d autant plus touchées par les inondations que les systèmes de drainage sont rapidement dépassés à la première pluie. Des villes comme Port-au-Prince, le Cap-Haïtien, Saint Marc et les Cayes subissent des inondations annuelles toujours suivies de pertes économiques énormes. Le nombre des inondations se trouve augmenté et très souvent celles-ci ont un caractère torrentiel (flash flood). Elles revêtent de plus en plus un caractère imprévisible. La sécheresse devient une menace majeure et mérite d être prise en compte plus sérieusement. Elle n est pas aussi dramatique que les cyclones mais ses conséquences ne sont pas pour autant négligeables. Elle affecte régulièrement de grandes étendues sur l ensemble du territoire national avec des conséquences catastrophiques sur le plan agricole, la disponibilité en eau et sur le plan social (entraînant dans certaines occasions des déplacements importants de population). De plus, ce phénomène s amplifie à travers le pays, comme conséquence des grands changements climatiques mondiaux et régionaux (El Niño et La Niña) ainsi que le déboisement croissant du pays. Ses effets, encore mal connus, sont d autant plus à craindre que le système agricole n est pas planifié. La sécheresse frappe les principales productions alimentaires du pays (céréales, haricot, banane, racines et tubercules) à des époques critiques. Malencontreusement, le caractère pernicieux de ce phénomène fait qu on ne lui accorde pas autant d importance que d autres plus spectaculaires. Les migrations. Fruit de processus complexes référant à la pauvreté, aux choix de développement, aux crises politiques conjoncturelles et structurelles et à la dégradation de l environnement, les migrations donnent lieu à une densification urbaine croissante et, tout comme l érosion, a également une action déstabilisatrice puisque tous les deux amplifient les effets des autres risques naturels notamment et dangereusement les inondations et les risques technologiques. La crise environnementale. En raison de la dégradation accélérée de l environnement, les risques naturels se trouvent amplifiés par les risques ou des facteurs anthropiques si bien qu il est parfois difficile de déterminer la nature d un risque. C est le cas pour l inondation dont l ampleur actuelle dérive à la fois de facteurs naturels de géomorphologie et de facteurs anthropiques. Les problèmes de drainage et de surruissellement qui sont à la base de ce phénomène découlent directement du déboisement et de l érosion subséquente, de la construction et de

l entretien défectueux des infrastructures. Les déficiences au niveau du drainage par exemple constituent l un des principaux problèmes infrastructurels du pays, que ce soit dans le domaine agricole comme dans la Vallée de l Artibonite ou dans les villes. Les tremblements de terre sont une menace permanente vu qu Haïti se trouve dans une zone très sismique. Ce sont, et de loin, des catastrophes naturelles susceptibles, compte tenu des caractéristiques géologiques et vu la vulnérabilité de l habitat, de faire un très grand nombre de victimes et d importants dégâts matériels et ce dans un court laps de temps. L ignorance des générations actuelles de ce phénomène les rend encore plus vulnérables. Après une grande période d accalmie, plus de 100 ans après les séismes du 19 e siècle, un tremblement de terre intense ne peut être écarté. 2) Menaces locales Les menaces locales (dont la portée se limite à des aires relativement réduites), méritent également de l attention car ils peuvent survenir dans les endroits les plus peuplés du pays. Citons, par exemple, les incendies, les risques technologiques, les conflits terriens, les éboulements et glissements de terrain et la drogue. 1. Les incendies 0 Les incendies, catastrophes assez courantes, causent des dégâts matériels importants, rasant parfois des quartiers entiers. Cette menace est particulièrement forte dans les villes. 2. Les urgences technologiques 0 Jusqu à date, aucun accident majeur n est signalé dans le pays. Ceci ne peut être en aucun cas considéré comme une garantie d être à l abri d une catastrophe technologique majeure. En effet, à divers endroits du pays et plus particulièrement dans les grandes agglomérations, des produits dangereux sont manipulés, des médicaments et produits alimentaires sont consommés, des moyens de transport délicats (avions, bateaux) sont utilisés mais en l absence de véritables normes de réglementation et de contrôles réguliers. Au moment le plus inattendu, il peut se produire une explosion, une dispersion dans la nature de produits toxiques, des incendies, des intoxications, des crashs et des naufrages. La mort rapide d une centaine d enfants par suite de l absorption de médicaments contaminés en 1995 et les 900 victimes du naufrage du Neptune témoignent de l existence de cette menace au sein de la population haïtienne. 3. Les conflits terriens 0 La terre, en tant que facteur essentiel de production, est sujette à des convoitises diverses et se retrouve au centre de nombreux conflits, qui même latents, peuvent se révéler à tout moment violents et meurtriers; il faudrait que les institutions de l État responsables soient investis de l autorité suffisante pour transcender les rivalités politiques et les intrigues économiques. 4. Les éboulements et glissements de terrain 0 Tout comme la sécheresse, les éboulements et glissements de terrain ne sont pas estimés à leur juste valeur à l échelle du pays. Or ils se produisent dans la plupart des montagnes d Haïti et aux abords des berges des cours d eau et beaucoup d entre eux s étendent sur des superficies importantes. Sous l action des fortes pluies et des secousses sismiques et en raison de l accentuation de l érosion, de tels phénomènes risquent de s amplifier dans les prochaines années.

5 0. La drogue Il en est de même pour la drogue qui est devenue un fléau en Haïti qui, tout en ayant des conséquences dévastatrices en tout premier lieu sur la jeunesse, menace de plus en plus la société et ses institutions sur le plan social, économique et même politique. 3. ZONIFICATION ET HIÉRARCHISATION DES RISQUES En considérant les dommages occasionnés, l impact sur le moyen et le long terme des menaces et en prenant en compte le nombre de personnes susceptibles d être affectées et les niveaux de vulnérabilité, il est possible d établir différents niveaux de risques pour les différents départements géographiques du pays. En effet, en attribuant un poids aux différentes menaces sur la base du nombre de victimes et de sinistrés, les dégâts matériels occasionnés, le niveau de destruction des infrastructures, la mobilisation de l aide et aussi la fréquence de passage des phénomènes confrontées, différents niveaux de risques ont été établis. Les résultats obtenus ont été comparés à ceux découlant des enquêtes légères lors des consultations avec la population (voir le tableau 19). Tableau 19. Zonification et priorisation des risques Niveau de risque Département Principales menaces Communes / Localités les plus exposées - Chardonnières, Les Coteaux, Port-Salut, Arniquet, Chantal, Camp-Perrin, Cavaillon, Aquin, Les Cayes - Les Cayes, Torbeck, Cavaillon, Plaine des Cayes - Côte Sud, Aquin - Tout le département - Pointe Ouest, zone Aquin - Petit Goâve, Léogâne, Port-au- Prince, Pétion-Ville, Plaine du Cul-de-Sac, Ganthier, Fonds Parisien, Arcahaie - Zone métropolitaine, axe Portau-Prince- Petit Goâve - Zone métropolitaine, axe Portau-Prince / Petit Goâve - Zone métropolitaine, Léogâne, Petit Goâve, Arcahaie - Cap-Haïtien, la Plaine du Nord dans son ensemble Limbé - Cap-Haïtien, Acul du Nord, Limbé, Zone de Borgne, Plaine Hiérarchisation Très élevé Sud Ouest Cyclones Inondations Sécheresse Érosion Séismes Cyclones Inondations Érosion Cyclones Inondations Érosion Séismes Cyclones Inondations Érosion Séismes Élevé Nord Inondations Séismes Érosion Inondations Érosion Séismes

du Nord en général, Dondon / St Raphael - Massif du Nord: zone Puilboreau, Morne du Cap Artibonite Inondations Séismes Érosion Conflits terriens - Vallée de l'artibonite: Estère, Petite Rivière de l'artibonite, Desdunes, St Marc, Grande Saline, Parties basses de Marchand Dessalines, Gonaïves, Verretes, La Chapelle, Vallée de l'artibonite - Chaîne des Cahos, Montagnes de Marchand Dessalines, Morne des Gonaïves -Vallée de l'aribonite: Desdunes, Estère, Verrettes, St Marc, Grande Saline Inondations Conflits terriens Érosion Nord-Ouest Sécheresse Inondation - Partie Ouest: Mole St Nicolas, Bombardopolis, Baie de Henne -Anse-à-Foleur, Baie de Henne, St Louis du Nord, Port-de-Paix - Zones humides: Anse-à-Foleur, Saint Louis du Nord, Jean Rabel Sécheresse Inondation Moyen Grand-Anse Cyclones Séismes Érosion Innondations - Corail, Beaumont, Pestel, Jérémie, Bonbon, Abricot, Dame Marie, Anse d'hainault - Région des Nippes (Baradères, Petite Rivière de Nippes, Anseà-Veau, Baconnois) - Partie sud-ouest du Massif de la Hotte Cyclones Érosion Sud-Est Cyclones Séismes Inondations Érosion - Bainet, Jacmel, Cayes Jacmel, Marigot, Belle-Anse - Parties basses de Jacmel, Cayes Jacmel, Marigot Cyclones Inondations Érosion Faible Nord-Est Sécheresse Inondations Érosion - Parties sud-ouest et sud-est du Massif de la Selle - Terrier Rouge, Fort-Liberté, Ouanaminthe, Trou du Nord - Fort-Liberté, Ferrier - Mornes de Vallières Sécheresse Très faible Centre Sécheresse Inondations Érosion - Haut Plateau : Hinche, Saltadère, Maïssade, Saint Michel de l'attalaye - Bas Plateau : Mirebalais, Lascahobas, Savanette Sécheresse

- Partie Est : Chaîne des Cahos

Tous les départements ou grands bassins versants du pays sont exposés, en plus des cyclones, aux menaces majeures: inondations, sécheresses, séismes, déboisement/érosion, migrations. Et, compte tenu du fait que le niveau de vulnérabilité augmente de jour en jour et à tendance à se généraliser à l ensemble du territoire, toutes les zones du pays, sans exception aucune, font face à des niveaux de risques relativement importants, principalement associés aux phénomènes hydrométéorologiques, sismiques, socio-politiques et environnementaux. Tableau 20. Niveaux de risques par départements géographiques Départements géographiques Ouest et Sud Nord et Artibonite Nord-ouest, Grande-Anse, Sud-Est Nord-Est et Centre Niveaux de risques Tres élevé Élevé Moyen Faible à tres faible Remarques - Départements affectés par les cyclones, les inondations, l'érosion et les séismes. Ils représentent à eux deux plus du ¾ de la population haïtienne - Concentration d'infrastructures économiques importantes - Départements densément peuplés et exposés aux inondations et à l'érosion - Le Nord est très sensibles aux séismes - L'Artibonite est une zone de conflit agraire - Le Nord-Ouest connaît un niveau endémique de sécheresses répétées - La Grande-Anse et le Sud-Est sont tous deux affectés par les cyclones, les inondations et l'érosion; leurs populations sont principalement rurales et l'habitat dispersé - Relativement peu touchés par les principales menaces affectant le pays Carte 13. Synthèse des risques naturels

Carte 14. Synthèse des risques anthropiques

4. CONCLUSION Les menaces naturelles et anthropiques sont bien présentes au niveau d Haïti. Il est regrettable de constater que leurs conséquences dommageables, tout particulièrement les pertes en vies humaines et les endommagements de biens enregistrés, s amplifient de jour en jour. Il est évident que la multiplicité des menaces affectant le pays découlent d une prédisposition naturelle. Néanmoins, les facteurs aggravants et déclenchants spécialement d ordre socioéconomique et politique sont à la base de leur ampleur. En effet, les éléments suivants paraissent déterminants pour expliquer la situation catastrophique à laquelle le pays est confronté :! une crise environnementale sans précédent ;

! une situation de misère généralisée ;! l absence d Aménagement du Territoire et la surexploitation des ressources naturelles ;! l absence d un cadre juridico-politique adéquat ;! l effritement des structures de l État. Les risques anthropiques sont tout aussi importants que les risques naturels et de ce fait méritent toute l attention de la population et des responsables du pays. Les risques anthropiques ne frappent pas autant la mémoire et la conscience collective et organisée puisqu ils sont pernicieux et pas toujours décelables (sauf dans le cas du déboisement et de l érosion) voire prévisibles. Ils deviennent, de ce fait, très dangereux. En plus, les risques naturels sont plutôt périodiques tandis que les risques anthropiques sont permanents et font partie du quotidien de la plupart des Haïtiens. À la rigueur, la majorité de la population haïtienne a déjà fait face et est plus ou moins habituée aux risques naturels. Les mesures préventives et le comportement adéquat lors d un désastre naturel sont relativement connus bien que les contraintes socio-économiques empêchent leur application. Par contre, les désastres anthropiques ne sont perçus qu après que les dégâts soient constatés. Ils deviennent par conséquent potentiellement plus meurtriers, directement et indirectement, que les naturels. Il faut penser à ce niveau spécialement aux risques technologiques. Nul ne sait, par exemple, combien de personnes sont victimes des déficiences chroniques dans le contrôle de la qualité alimentaire et pharmaceutique. De plus, des risques anthropiques comme la migration (fuite de cerveaux et de capitaux) menacent l avenir même du pays. Les risques anthropiques sont de plus en plus dangereux car il est difficile de prendre des mesures pour les combattre car il n existe que peu de données sur nombre d entre eux. Ils sont, par ailleurs, aussi imprévisibles que la nature humaine. Chapitre 7. ÉVALUATION DE LA VULNÉRABILITÉ 1. APPROCHE TECHNIQUE DE LA VULNÉRABILITÉ La vulnérabilité est le facteur à long terme qui affaiblit l aptitude des personnes à faire face à des urgences soudaines et prolongées. Elle rend les personnes plus fragiles face aux désastres. Elle est présente avant un désastre, contribue à sa gravité, et rend plus difficiles les interventions d urgence. Elle continue à être présente après le désastre. Étudier la vulnérabilité, c est s intéresser à la fragilité des enjeux menacés.

Du point de vue technique, la vulnérabilité se définit comme l instrument de mesure des dommages structurels, fonctionnels, environnementaux, corporels et des pertes en vies humaines que pourrait provoquer un désastre s il se produisait. Toute cette connaissance est utilisée pour faire de la mitigation, c est-à-dire mettre en œuvre des solutions efficaces de réduction du risque. L étude de la vulnérabilité permet d évaluer les dommages potentiels et donc d établir les niveaux de risques. En outre, cela permet de calculer les coûts de ces dommages potentiels et de les comparer aux coûts des actions de prévention qui devraient être entreprises pour minimiser ces mêmes dommages. Ceci peut tout aussi bien permettre de fournir aux décideurs politiques les outils nécessaires à la prise de décision et aussi les aider à identifier ce dont il faut tenir compte dans la formulation des mesures de prévention des désastres. Or, les recherches dans ce domaine ne sont qu à peine initiées : les études existantes portent plutôt sur les désastres naturels laissant de côté la vulnérabilité. A l heure actuelle, il existe pas mal de données sur les désastres naturels en Haïti, notamment les cyclones, mais elles touchent essentiellement les aspects physiques liés aux désastres, l évaluation superficielle des dégâts, au lieu de leurs effets sociaux et économiques réels. En outre, il existe une insuffisance de données, notamment en SIG (Système d information géographique) sur les phénomènes. Les données existantes sont d ailleurs imprécises, incohérentes d une source à l autre et difficiles à obtenir. Un manque de coordination entre les institutions impliquées est également à déplorer. Il est très difficile de prévoir les dégâts qu un désastre peut occasionner en Haïti. Les mêmes schémas théoriques et classiques reviennent chaque année et pour les cyclones essentiellement. Or, même si les cyclones présentent des similitudes, ils ont chacun leurs spécificités. Les évaluations sont difficiles à réaliser principalement parce que l approche méthodologique est inappropriée Toutefois, dès 1997, la Direction de la Protection Civile (DPC), ayant pour mission principale la Gestion des Risques et Désastres (GRD), a été réactivée au niveau du Ministère de l Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT). Avec l aide de l OEA, cette instance a réalisé des études régionales pour se préparer à faire face aux risques et réduire les vulnérabilités. Une meilleure coordination dans les mesures mises en œuvre avant le passage du cyclone Georges ainsi que les réponses apportées par diverses institutions démontrent clairement une évolution positive. On a également noté une meilleure efficacité dans les réponses apportées lors de catastrophes d envergures locales et régionales. De nombreux documents et rapports datant de ces cinq dernières années sont disponibles, preuve de l évolution décrite ci-devant et d une meilleure maîtrise des concepts. 2. APPROCHE POLITIQUE DE LA VULNERABILITÉ La vulnérabilité politique est liée au degré d autonomie d un pays pour assumer les décisions qui le concernent. Elle reflète son incapacité de résoudre ses propres problèmes sans faire appel à l aide externe, ou de mettre en place les moyens qui lui permettraient de diminuer cette dépendance.

Haïti fait partie du groupe des pays les moins avancés (PMA) et est un des plus pauvres dans le monde. Il est, en plus, accablé par une dette externe considérable, estimée à 1.030,2 millions de $EU (Banque Centrale, Revue Novembre 1997). Le pays ne jouit d aucune autonomie économique ou financière et est loin de pouvoir assurer la sécurité alimentaire de ses habitants. Il dépend de l aide externe, capricieuse et variable selon les climats politiques mondial et local, pour pallier aux problèmes de développement. Ceci est, dans une certaine mesure, également vrai pour les programmes d urgence lors de désastres. Il existe d ailleurs, une certaine tendance à voir l assistance étrangère non comme une formule de complémentarité ou de renforcement des structures nationales mais plutôt comme une solution de substitution. La gestion des désastres naturels est, sans conteste, liée au système politique en place. En Haïti, ce système est plongé dans une profonde crise et miné par la corruption, l impunité et le comportement irresponsable de certains de ses dirigeants. Cela affecte la confiance de la population en général vis-à-vis des agences d aide qui interviennent dans la prévention des désastres ou au niveau des urgences. L absence d une politique portant sur le long terme ne fait que renforcer la fracture à l intérieur de la société elle-même (due au fait que les Haïtiens n adhèrent pas à un ensemble de valeurs communes) et entre l État et la société. La mauvaise gestion peut accroître la vulnérabilité des populations, et ceci même plus que les désastres eux-mêmes. Les faiblesses au niveau de la gouvernance expliquent aussi que le pays n ait pas les capacités de bénéficier des fonds disponibles à l échelle internationale pour les programmes d aide à la GRD. Toutefois, il existe des expériences positives dans le domaine. Plusieurs institutions (DPC, Croix-Rouge, CDRH) travaillent sur des programmes concertés de gestion des désastres et de gestion du risque, intégrant l analyse et la cartographie de la vulnérabilité et organisent des formations en GRD. Un processus dynamique pour une meilleure GRD pourrait être mis en place à partir des ces acquis. 3. APPROCHE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA VULNÉRABILITÉ Les menaces, même les naturelles, sont liées aux caractéristiques intrinsèques des régions où elles se produisent. La vulnérabilité découle donc prioritairement de processus sociaux, économiques et politiques. 1) Le bilan actuel : Haïti, pays de pauvres La vulnérabilité, par rapport à n importe quel type de menace, est essentiellement déterminée par la pauvreté. Celle-ci prive ceux qui en sont touchés des moyens et de la capacité de faire face aux aléas de la vie quotidienne voire des menaces naturelles et anthropiques décrites dans la partie précédente. Le premier facteur de vulnérabilité en Haïti est donc la pauvreté qui place de larges segments de la population en état de vulnérabilité permanente.

1 0. Les indicateurs de pauvreté Malgré les faiblesses des statistiques en Haïti pour mesurer la pauvreté, on estime que 2/3 de la population vit en dessous du seuil de pauvreté absolue, ce qui montre l ampleur du phénomène. Avec un revenu per capita de moins de 500 $EU, les gens font difficilement face à leurs besoins : Plus de 65 % des revenus sont affectés à l alimentation, et la tendance est à la hausse avec un taux de chômage de 16.7 %. 100 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Il reste donc peu de marge pour les autres postes de dépenses tels la santé (le prix des médicaments essentiels a augmenté de 24. 5 % par rapport à 1998-1999), le logement Malgré l affectation de la majorité du revenu à l alimentation, la malnutrition constitue un problème majeur de santé 1. C est la troisième cause des décès. Elle frappe particulièrement les enfants entre 0-5 ans (50 % des décès enregistrés). On estime que 60 % des enfants de plus de trois ans souffrent de malnutrition et 40 % accusent des signes de retard de croissance physique et psychique; ce qui est grave pour l avenir du pays. La population est en majorité jeune : 61 % ont entre 0-24 ans. En plus des cas de malnutrition infantile, les mères sont souvent anémiées et affaiblies : le taux de mortalité maternelle est de 457 pour 100 000 naissances vivantes 2. Les haïtiens n espèrent vivre en moyenne que 54. 6 ans (espérance de vie à la naissance, notation e ). Le logement / habitat montre avec crudité le dénuement des familles haïtiennes. Dans les zones urbaines, on estime que 80 % des ménages sont mal logés, problème aggravé par la migration. A noter que la majorité des villes de provinces n ont d urbain que le nom et manquent souvent d infrastructures de base (eau, électricité, système de drainage ). Le faible revenu influe beaucoup sur le niveau d éducation : 75 % de la population en 1995 était analphabète et 1/3 des enfants en âge scolaire n ont pas accès à l école et ce, malgré un taux de scolarisation de 64. 6 %, ce qui indique une nette progression (1996). L espérance de vie scolaire est d environ quatre ans 3. L Indice de Développement Humain (IDH) : selon ce nouvel indicateur utilisé par le PNUD pour évaluer niveau de développement, Haïti se retrouve à la 150 ème place à l échelle mondiale sur 174 pays (année 2000) 4. Son IDH est très faible : 0. 440. 2. Problèmes de la pauvreté et du sous-développement 0 La pauvreté absolue ne se mesure pas seulement en fonction des revenus des ménages. Il existe aussi une pauvreté due au niveau de développement (ou de sous-développement) d un pays qui prive ses habitants de possibilités et d opportunités. Haïti, avec son économie anémiée, offre peu d alternatives : la population haïtienne est donc doublement pauvre, d où le bilan qu Haïti est un pays de pauvres, donc de gens très vulnérables. a. L insécurité alimentaire L insécurité alimentaire est l une des formes les plus cruelles d insécurité. Elle rend les Haïtiens extrêmement vulnérables. La sécurité alimentaire dépend tant de la disponibilité des aliments que du pouvoir d achat de la population haïtienne. La disponibilité est elle-même fonction d une production vivrière suffisante 5, d un réseau de distribution efficient et d une capacité de stockage adéquate pour l approvisionnement en période de non récolte. Selon la FAO, les besoins sont en moyenne de 2260 calories / personne / jour, soit l équivalent de 1.8

millions de Tonnes d équivalent céréale (TEC). On estime que la production nationale ne contribue à fournir que 50 % des calories requises. Le reste des calories est apporté par les importations (500 000 TEC) et l aide alimentaire (100 000 150 000 TEC). En plus du manque d autonomie que suppose une telle dépendance, l aide alimentaire a plusieurs conséquences négatives : changements significatifs dans les habitudes alimentaires (le «pattern») des Haïtiens concurrence déloyale des aliments importés à la production nationale déjà atrophiée diminution du désir des nationaux d assurer leur alimentation par leurs propres moyens fluctuations de l aide 6 au gré des gouvernements. Par ailleurs, les variations au niveau de la pluviométrie affectent la production locale au point où l on enregistre des cas de disette, particulièrement dans les zones sèches. L insécurité alimentaire est donc une réalité qui handicape le développement d Haïti. La dénutrition qui en résulte se manifeste par une insuffisance pondérale à la naissance (15-19 % des poids à la naissance sont estimés faibles); 32 % de la population souffre de la malnutrition chronique et 8 % de malnutrition aiguë ; 35 à 40 % de femmes et chez 40 à 50 % d enfants souffrent de déficiences en micro nutriments (fer, acide folique, iode ). La population est donc sujette aux maladies les plus courantes. b. Une population morbide L analyse de la situation sanitaire montre l importance des maladies dues à la misère, à l ignorance et à la faiblesse des services de santé disponibles. On a donc une population à caractère maladif (morbide). ß Mortalité générale : On constate une forte prévalence des maladies transmises par les vecteur des maladies infectieuses (malaria...) et parasitaires (septicémies, tuberculose ) et des maladies sexuellement transmissibles (MST, 20 % des décès enregistrés) avec le sida en 1 ère position 7. Les niveaux de productivité de la population sont sérieusement amenuisées par l insalubrité de son environnement et son incapacité à se procurer les soins de santé nécessaires. Chez les enfants de moins de 5 ans, les trois premières causes de mortalité (mortalité infanto juvénile) restent la malnutrition, les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires aiguës. La vaccination, l un des instruments de prévention de certaines maladies communes, ne couvre pas la totalité de la population. On estime à 60 % la couverture vaccinale d enfants de moins d un an pour la poliomyélite (polio), 59 % pour la tuberculose et 84 % pour la rougeole 8. Chez les adolescents, les problèmes associés à la grossesse occupent la première place dans le classement des décès. Chez les femmes en âge de procréer, 27 % des décès sont dus au sida et à la grossesse. ß Institutions sanitaires et personnel médical : Les soins en santé dans le système sanitaire haïtien sont donnés au niveau des institutions de santé de base : les dispensaires qui couvrent 60 % de la population, les centres de santé (21 % sans lit et 11 % avec lit) ; les hôpitaux (8 % des établissements sanitaires) et l Hôpital de l Université d État d Haïti (HUEH), le seul existant à l échelle nationale. Il n existe que 2.5 médecins, 1 infirmière et 2.5 auxiliaires pour 10.000 habitants. On a donc une carence en personnel médical d autant plus que 90.% des médecins résident dans le département de l Ouest et que plus d un tiers des établissements sanitaires y sont localisés.

Les Unités Communautaires de Santé (UCS) prévues par la Constitution avec un «package» de soins de base, ne sont pas encore effectives. Les paysans sont encore les plus pénalisés par cette situation (voir la Carte 15. Accessibilité aux soins de santé). En matière de santé de la reproduction, on estime que 50 % de la demande en planification familiale n est pas satisfaite, et le taux de prévalence de la contraception moderne chez les femmes en union n est que de 13. 2 %, dû en partie à l inaccessibilité des services. Pourtant, l enjeu est important, surtout pour combler l écart très significatif entre l indice synthétique de fécondité (ISF) estimé à 4.8 et le nombre d enfants désirés par femme qui est de 3. 3. Malgré les efforts consentis ces dernières années dans le domaine de la Santé de la Reproduction (plus de 90 % des gens en union sont au courant des méthodes de contraception modernes), la prévalence des méthodes contraceptives modernes reste à un faible niveau : 21 % dans l aire métropolitaine, 22 % en milieu rural et 26 % dans les autres villes. Carte 15 a. Accessibilité aux soins de santé

Carte 15 b. Superposition de la carte du risque à celle de la densité de l habitat

ß Eau potable et assainissement : Les maladies d origine hydro-fécale sont parmi les cinq premières causes de consultation dans tous les départements sanitaires du pays (1995). La proportion des ménages ayant accès à l eau courante ou à un puits dans la cour serait passée de 15. 5 % à 10 % en 1999 9 (voir Carte 16. Accessibilité à l eau potable). Haïti ne dispose pas encore de réseaux d égout des eaux usées; l assainissement est pratiqué à très faible échelle et de nombreuses sources sont polluées. A peine 25 % de la population a accès à des installations sanitaires d évacuation des excréments, construites principalement dans les zones urbaines. D une manière générale, le monde rural est encore plus vulnérable que les villes en matière de santé. Carte 16 a. Carte d accessibilité à l eau potable

Carte 16 b. Superposition de la carte du risque à celle de la densité de l habitat

c. Logement / habitat Le logement représente un poids lourd dans les dépenses des ménages surtout en milieu urbain. L urbanisation accélérée a fait une telle pression sur le prix des loyers qu il est devenu l un des éléments importants de la vie chère. Pour y faire face, certains ménages construisent un logement (souvent très précaire) sur des terres achetées, louées ou «squattérisées». Mais, la majeure partie des couches défavorisées s entasse dans des pièces exiguës ou des taudis dans les bidonvilles. Le problème du logement se pose avec plus d acuité dans les villes que dans les zones rurales. Là, les maisons en toit de chaume recouverts de terre, révèlent le niveau de pauvreté des résidents. Les constructions sont anarchiques, tant à la ville qu à la campagne : aucun respect des normes de drainage, de distance par rapport à la route les maisons sont construites même dans les ravines et les terrains à forte pente. Ces constructions sont évidemment menacées

lors des fortes pluies, des glissements de terrain et de forts coups de vent. Les démunis se trouvent trop souvent obligés d habiter dans des endroits vulnérables. A l autre extrême, les quartiers résidentiels des plus riches sont aussi vulnérables dans la mesure où les normes d urbanisation n y sont pas respectées : de nombreuses maisons sont construites sur des terrains en pente ou en danger d éboulements. Dans les deux cas, l absence de normes d urbanisation augmentent les risques d épidémie et d incendies des habitations 2) Paralysie des activités économiques en Haïti Sur le plan de la croissance économique, depuis 1950, Haïti a surtout connu des années de récession. La reprise timide amorcée en 1995 n arrive pas à combler la perte de plus de 25 % des activités économiques enregistrées. La contribution des secteurs à la formation du PIB a baissé de 1980-1990 à 1990-2000 pour le secteur primaire de 43.9 % à 35.8 %, et le secteur secondaire de 20.6 % à 18.3 %. Seul le secteur tertiaire a connu une hausse de 35.6 % à 45.9 %, due en partie à la branche Bâtiments / Travaux Publics. L industrie de la sous-traitance qui a contribué à la croissance de l économie haïtienne de 1975 à 1981, ne représente plus que 8 % du PIB. La production de la canne à sucre a quasiment disparu malgré la relance amorcée en 1999-2000 dans la zone de Léogâne. D autres branches (filature de coton, élevage moderne de poulets de chair et d œufs, huiles essentielles...) ont été réduites à la moitié de leur capacité. Le café se maintient encore, en particulier avec le label haïtien «Haitian Blue». Le tourisme ne représente plus que 1 % du PIB, malgré les possibilités touristiques (monuments historiques, plages ) qu offre Haïti. 1. Niveau d emploi 0 Les grandes composantes de l emploi en Haïti sont par ordre d importance (1999) : le secteur informel (51.4 %), l agriculture (44.5 %) et le secteur formel administration publique et le privé (4.1 %). On constate le déclin de l agriculture par rapport au secteur informel constitué principalement d activités commerciales (49.2 %), de micro-entreprises (31.5 %) et d activités manufacturières, dont la plupart ne sont pas enregistrées (22.4 %). Le secteur informel occupe 92.6 % de la Population Active occupée non agricole. L on retrouve 80 inactifs sur chaque 100 actifs, ce qui entraîne un taux de dépendance très élevé de la Population Économiquement Active (PEA) 10. Pourtant Haïti a le taux le plus élevé de femmes économiquement actives de la région de l Amérique Latine et des Caraïbes : 41 % de la PEA en comparaison des 35 % en moyenne de ces autres pays. Près de 95 % des établissements industriels se retrouvent à Port-au-Prince. Dans les autres villes de province et les zones rurales, les débouchés sont rares, ce qui lèse encore le milieu rural. Le taux d occupation le plus élevé se trouve dans le groupe d age 45-49 ans, bien qu il y ait des gens occupés dans tous les groupes d age (de 10 ans à 70 ans et plus). Et, mis à part le commerce, les hommes sont plus représentés que les femmes dans tous les secteurs (voir le Tableau 21). Tableau 21. La population active occupée par branche d activité et par sexe (en %, estimation préliminaire) Hommes Femmes Agriculture 63 37

Industrie 74 26 Commerce 18 82 Services 59 41 Source : Situation économique et sociale d Haïti, PNUD, décembre 2000. Le manque de revenus, qui implique un très faible pouvoir d achat, explique la situation précaire de la population en général, mais surtout celle des femmes, des jeunes et des ruraux, les plus durement frappés par le chômage. 2. La décapitalisation des petites entreprises et des exploitations agricoles 0 On parle de décapitalisation quand l activité génératrice de revenus ne permet pas à l investisseur de satisfaire ses besoins domestiques et ses besoins de trésorerie pour son activité. A chaque besoin pressant, urgent, il est obligé de se défaire de ce qui constitue son capital d exploitation. Le petit exploitant agricole haïtien vend à vil prix ses terres, ses animaux et le petit entrepreneur, ses produits et même ses biens d équipement aux acquéreurs éventuels à l affût de «bonnes affaires». Les petites exploitations agricoles s appauvrissent à cause du déboisement, de l érosion, de la perte des récoltes par la sécheresse et les pestes, les pertes post-récolte, le niveau de la rente foncière (malgré l augmentation des coûts de production qui leur sont échus), le manque d autres sources de revenu, l inexistence de système de crédit, pour ne citer que ceux-là. 3) Les éléments d attisation de la pauvreté La plupart des facteurs déterminants de la pauvreté sont autant des causes que des conséquences. Aussi, parlons-nous plutôt d éléments d attisation de la pauvreté, celle-ci étant considérée comme un feu destructeur qui peut être allumé ou éteint selon les choix politiques et la volonté des citoyens de l éteindre. 1. L explosion démographique 0 11 Au lendemain de l indépendance la population d Haïti se chiffrait à 500.000 habitants et en l an 2001, elle avoisine les 8 millions (Tableau 22). Tableau 22. Évolution de la population haïtienne depuis l indépendance Année Population ( en milliers ) Taux moyen de croissance annuel (en % ) Temps approximatif de doublement de la population ( ans ) 1804 500 - - 1864 1200 1.5 60 1932 2485 1.08 68 1971 4329 1.43 39 2000 7959 2.108 29 Source : Institut Haïtien de Statistiques et d Informatique (IHSI) Avec un taux de mortalité en régression (malgré une nette remontée du nombre de décès à cause du Sida) et le niveau élevé de fécondité, on enregistre un taux de croissance annuel de

2.3 %, soit 200 000 personnes chaque année de plus dans le pays. L ISF général est de 4.8 tandis qu il est de 5.9 en milieu rural. Mais, plus que l explosion démographique elle-même, c est la structure par âge de la population qui préoccupe. Le Tableau 22 révèle que la population haïtienne est très jeune, c est même l une des plus jeunes au monde avec 40 % de la population âgée de moins de 15 ans. L évolution, dans le temps, de cette structure et son interaction avec d autres variables socioéconomiques (éducation, santé, emploi ) en relation avec la capacité des gouvernements à fournir des services publics, déterminent l importance de la «question démographique» dans toute politique de développement. Les jeunes ont des besoins énormes même s ils sont incapables de générer des ressources. Toutefois, selon les résultats provisoires de l EBCM 1999-2000, 10 % de garçons et 8 % de filles de 10-14 ans exercent une activité économique, ce qui dénote l extrême pauvreté de ce groupe de citoyens qui est obligé de travailler pour survivre au lieu de s adonner à leur éducation pour un meilleur rendement dans le futur. Le Tableau 23 permet aussi de voir que 70 % de la population a moins de 30 ans, ce qui montre l ampleur de l effort à consentir pour le développement économique et social, quand on prend en compte la charge sociale que représentent les jeunes. Tableau 23. Structure par âge de la population haïtienne Groupes d age % de la population % cumulé 0-14 39.9 39.9 15-20 11.8 51.7 21-25 10 61.7 26-30 8 69.7 31-35 5.8 75.5 36-64 20.7 96.2 65 et plus 3.8 100.0 Source : IHSI, Données Provisoires de EBCM 99-00 2. La migration 0 12 Comme indiqué antérieurement, la migration est l un des risques majeurs en Haïti. La migration interne génère une main d œuvre excédentaire dans les villes qui fait augmenter le coût de la vie. Les revenus d une bonne fraction de la population urbaine reste faibles ce qui les empêche d accéder à un logement décent, à une alimentation équilibrée, à des soins de santé permanents, etc. Notons cependant, que la migration n a pas que des conséquences négatives. La concentration d habitants dans une zone déterminée facilite, par exemple, la mise en place d infrastructures de base. La forte émigration des haïtiens représente aussi une soupape de sûreté qui réduit la pression de la population sur les ressources et permet un apport non négligeable de la diaspora à la survie de plusieurs ménages (8.3 % du revenu familial). Cette fuite est, néanmoins, une menace pour le développement harmonieux du pays.

3 0. L analphabétisme Le problème de l éducation en Haïti dépasse le simple niveau de la lecture et de l écriture. La formation donnée ne répond pas aux besoins de formation professionnelle des ressources humaines ou aux besoins de formation citoyenne pour gérer le quotidien (gestion des détritus, premiers soins ). Les écoles publiques sont en nombre insuffisant. La prédominance du secteur privé dans le secteur de l éducation (89 % en 96/97 avec une tendance à la hausse) fait de l école une entreprise de type capitaliste : une bonne fraction de la population ne peut payer les coûts élevés d écolage. Ceci explique les taux d abandon et de reprise et aussi l entrée à l école à un âge tardif (voir la carte 17. Carte d accessibilité à la scolarisation). Durant ces dernières années, d immenses efforts ont été déployés par les couches défavorisées pour envoyer leurs enfants à l école malgré les coûts exorbitants, ce qui s est traduit par un taux net de scolarisation primaire plus élevé (64.6 %). On note que les différences de sexe ne sont pas très significatives 13. Comme le Programme d Éducation et de Formation a été suivi sans interruption importante depuis 1996, on espère une nette amélioration de la qualité de l enseignement dans les prochaines années. Un élément en faveur de cette amélioration : l acceptation du créole dans le milieu scolaire, ce qui facilite une plus grande participation des élèves à leur éducation. 17 a. Carte d accessibilité à la scolarisation

17 b. Superposition de la carte du risque à celle de la densité de l habitat

4 0. Le vide judiciaire Malgré la promulgation de la Constitution de 1987 qui prône la justice pour tous, le système judiciaire haïtien est inefficient et inefficace. Ceci pousse les gens à se méfier de la loi et ses représentants, et de s ériger souvent en justiciers. Les conséquences sont, entre autres, les nombreux cas de violation des droits de l homme, les conflits, les rapports sociaux tendus et des manifestations violentes pour réclamer justice. Par ailleurs, les lois existantes sont injustes vis à vis des femmes et des ruraux. Un homme, par exemple, peut accuser sa femme d adultère s il la trouve en flagrant délit, mais la femme doit trouver le mari sur le lit conjugal pour qu il soit accusé d adultère. Il n existe pas un État de droit en Haïti. Les efforts entrepris pour y arriver sont jusque-là timides et sans effets concrets. Les lois et la création d institutions pour l application d un contrat social plus juste demeurent lettre morte (l Office de la Protection des Citoyens et les

Commissions pour la Réforme de la Justice, par exemple). On n observe aucun changement réel dans les rapports de force entre les différents secteurs de la société. 5. Le gaspillage des ressources par les gouvernants 0 La mauvaise utilisation des ressources humaines et financières ne favorise pas le développement économique. On note, par exemple que : les réserves financières sont absorbées par des secteurs non productifs (biens de luxe, par exemple), les cadres qualifiés sont sous-employés ; les institutions tant publiques que privées ne cherchent pas à unifier et l uniformiser leurs efforts. 6. Les crises politiques et conjoncturelles 0 La cause primordiale de la pauvreté en Haïti et de l insécurité alimentaire est l instabilité structurelle (PNUD, 2001). En effet, l instabilité politique et institutionnelle qui caractérise Haïti depuis plusieurs années est un facteur de vulnérabilité majeur, qui a des conséquences négatives sur le développement et la mise en œuvre d une politique cohérente de GRD. Notes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Analyse des causes des décès de 1998, MSPP Sauver les mères en Haïti, Georges Dubuche, FNUAP Mai 2000 Bilan Commun de pays pour Haïti, PNUD, 2001 L IDH est calculé à partir d un indicateur du niveau de la santé, e ; un indicateur du niveau de l éducation (tous niveaux confondus) et un sur la santé de l économie, le PNB per capita en termes de parité du pouvoir d achat (c est-à-dire ce que le revenu d un pays est capable d acheter sur le marché mondial) La production des vivres est de plus en plus priorisée par les agriculteurs qui ont un meilleur contrôle des prix, étant destiné au marché local Une partie de l aide revient de façon régulière aux USA, en contrebande. Voir Haïti : invasion des ONG, Sauveur Pierre Etienne, 1997 Les Sida est un véritable fléau : chaque jour 110 personnes meurent du Sida en Haïti ; le nombre d orphelins du sida est estimé à 150 000-190 000, et la baisse de revenu des ménages avec un sidéen est de plus de 50 % UNICEF D après EMMUS II, bien que d autres méthodes de calcul donnent des résultats différents La PEA représente la fraction de la population reconnue ayant les capacités de travailler, elle se retrouve dans la tranche d âge 14-65 ans Une étape dans la transition démographique où la mortalité baisse et la natalité reste élevée On parle de migration quand il y a changement de résidence pour une période dépassant 6 mois D après l EMMUS II en 1994 / 1995

Chapitre 8. POLITIQUES ET STRATÉGIES DE REDRESSEMENT Les réponses apportées aux problèmes liés à la pauvreté peuvent être réparties en quatre catégories : Les réponses globales : les politiques macro-économiques (Politiques d Ajustement Structurel), les plans de développement et plans quinquennaux ; Les réponses régionales : projets régionaux autonomes, les projets de développement régional intégré (PDRI) ; Les réponses locales ; Les stratégies de la population. 1. PROGRAMMES D AJUSTEMENT STRUCTUREL L objectif des programmes d ajustement structurel (PAS) est de rétablir l équilibre entre les revenus et les dépenses de l État. Ces programmes ont aussi pour but de restructurer l économie nationale. Les politiques macro-économiques adoptées cherchent à limiter les déficits budgétaires, rétablir à terme l équilibre de la balance des paiements, ajuster le cours des changes, stimuler les investissements productifs, assainir le climat d investissement et supprimer les entraves au marché. Ces mesures, visent avant tout, à garantir la solvabilité des pays en développement et à les forcer à ouvrir leurs marchés aux capitaux et produits des grandes multinationales. 1) Réformes budgétaire, fiscale et monétaire Les dispositions prises pour élargir la base de perception fiscale en Haïti ont débouché, dès 1995-1996, sur une augmentation des recettes fiscales et un certain contrôle des dépenses de l État (jusqu en 1998). Le taux d inflation est passé de 17.76 % en 1995 à une fourchette oscillant entre 8 % et 9 % en 1998. Cependant, pressé par les besoins de son programme d investissement et de fonctionnement, confronté à la diminution de l aide internationale et à l augmentation des prix des produits pétroliers, le gouvernement n a pu maintenir le cap sur ses objectifs macroéconomiques. Il a dû mobiliser de plus en plus de ressources monétaires internes en recourant à la Banque de la République d Haïti (BRH). Les déficits budgétaires ont rebondi en 1999, relançant l inflation à 12.3 % en 2000 et à 16.8 % en 2001, année où le déficit budgétaire a atteint le record de 2.2 milliards de gourdes. Devant juguler cette inflation, la BRH a pratiqué une politique monétaire restrictive à l égard des banques commerciales, ce qui a occasionné des augmentations du coût du crédit à des niveaux de 30 % d intérêt l an.

En fin de compte, cette politique économique est génératrice d inflation et d augmentation du coût de la vie à travers la dépréciation de la gourde, de l augmentation automatique des prix des produits importés qui deviennent moins accessibles en l absence d augmentation parallèle des salaires. Elle est aussi source de récession économique, puisqu elle limite les capacités des banques commerciales à répondre aux demandes de crédit. Elle contribue à augmenter le taux de chômage, donc à aggraver la misère de la population qui a de plus en plus de difficultés à répondre à ses besoins de première nécessité. Faute de statistiques, il est difficile de déterminer de manière quantitative l impact de cette politique sur l emploi. Cependant les observations effectuées à travers le pays indiquent clairement qu il y a eu une aggravation du chômage et de la pauvreté et que le secteur informel (refuge de tous les laissés-pour-compte et qui représente 51.4 % 1 de la population occupée totale), occupe une place de plus en plus importante dans l économie haïtienne. En ce qui a trait aux allocations des ressources de l État Haïtien, quoique hypothétiques en raison du contexte global national, le secteur prioritaire de l éducation a vu augmenter ses allocations de 33 %. Cependant le budget de la santé marque un recul, puisque ses allocations sont passées de 1.4 milliards à 663 millions de gourdes, soit plus de 50 % de réduction... plus que la baisse enregistrée dans le budget global. Les allocations prévues pour la justice et la sécurité publique ont été réduites. Si l on prend en compte l ensemble du secteur socio-culturel, nous constatons une baisse d allocations de plus de 13 %, un recul moindre que celui observé pour tout l ensemble du budget 2000-2001 par rapport à celui de 1995-1996, qui est de 20 %. Les allocations pour l éducation, les travaux publics, la justice et la sécurité publique, ainsi que la santé sembleraient indiquer une plus grande sensibilité vis à vis des conditions de vie de la population haïtienne au plan social. Mais, dans la pratique ceci ne reflète pas forcément les réalisations effectives (pour lesquelles les données ne sont pas disponibles). Il est regrettable que certains ministères, organismes ou services publics comme le Ministère de l Environnement (MDE), l Organisme de Pré-Désastre et de Secours (OPDES) et les Collectivités Territoriales aient vu leurs allocations diminuer substantiellement (MDE : -191 millions ; Collectivités locales : -4.5 millions ; OPDES : -1.7 millions) ou, se soient vus affecter des ressources insignifiantes, comme pour la mise en place de structures de protection civile (1 million de gourdes). Le fonds de gestion des collectivités territoriales (74.5 millions de gourdes) a été réduit de 24 millions de gourdes. Sans vouloir occulter les difficultés financières actuelles, force est de constater la motivation trop timide des autorités de l État face à la nécessité de préparer les structures de l État et d améliorer leurs capacités à intervenir en cas d urgences, en comptant d abord sur les ressources du pays. Les PAS ont généré un processus de contraction dramatique des services de base de santé, d éducation et de bien-être social affectant principalement les couches les plus pauvres. 2) Libéralisation du commerce Les tarifs sur les produits de première nécessité comme le riz, le ciment, le sucre et la farine varient maintenant entre 0 et +3 %. L inflation et la dépréciation de la gourde aidant, ces mesures ont, dès 1995/1996, fait rapidement grimper les prix de ces produits libellés en gourdes malgré les compensations obtenues par les baisses de tarifs qui sont passées de 40-50 % à 15 %. Une économie productive et compétitive aurait pu profiter de la dépréciation de la gourde qui rend les produits importés relativement plus chers sur le marché local. Malencontreusement, les producteurs locaux ne peuvent profiter de ces opportunités compte tenu de leur faible productivité et de leurs coûts élevés de production.

L ouverture du marché local aux produits étrangers aurait dû se faire progressivement en tenant compte à la fois des intérêts des consommateurs et du niveau de préparation des producteurs, du moins de ceux jouissant d un potentiel de compétitivité. Suite à cette baisse spectaculaire de tarifs, Haïti se trouve classée comme une des économies les plus ouvertes du monde. Une telle libéralisation est appelée à s amplifier puisque Haïti cherche à intégrer le Marché Commun des Caraïbes (CARICOM) et reste aussi membre depuis 1996 de la Communauté des Pays Afrique / Caraïbes / Pacifiques (ACP), aux termes de la convention de Lomé, et de l Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le pays tire pour l instant peu d avantages de ces efforts d intégration dans la mesure où l appareil de production nationale est peu performant. La production alimentaire nationale arrive de plus en plus difficilement à couvrir la moitié des besoins alimentaires du pays. L on comprend que l ouverture des marchés nationaux ait favorisé les consommateurs locaux en leur donnant accès à des produits importés dont les prix sont moindres que ceux du marché international. Par ailleurs, le déficit de la balance commerciale s est élargi à cause de l augmentation rapide des importations alimentaires et des produits pétroliers et du fait du rythme lent d accroissement des exportations. Il est estimé actuellement à 16. 9 milliards de gourdes, 29 % du PIB et 45 % de plus qu en 1997. L ouverture du marché haïtien s est effectuée sans aucune transition. Elle met Haïti (1), dans une situation désavantageuse par rapport à d autres pays de la région avec des indices de restriction au commerce plus élevé, comme la République Dominicaine (6), la Jamaïque (5), les Bahamas (5), Trinidad (4). Haïti n est pas prête pour intégrer ces ensembles régionaux et en tirer des avantages durables. 2. LE PROGRAMME D AJUSTEMENT STRUCTUREL ET SES INCIDENCES 1) Prix et cherté de la vie Les déficits budgétaires financés par la BRH ont aggravé la situation macro-économique du pays. La création monétaire a provoqué la dépréciation de la monnaie nationale. Le résultat immédiat a été une augmentation rapide de l inflation qui a atteint 16.8 % en 2001. L indice des prix du consommateur, base 100 en 1996, est passé en 2000 à environ 144 et à plus de 168 % en mars 2001. L alimentation est le principal facteur expliquant à plus de 49 % 2 les augmentations de prix, ce qui est le signe de l insécurité alimentaire grandissante dans le pays. En dehors du peu d emplois créés, la remise en production des deux compagnies d État, la Minoterie et le Ciment d Haïti, n a pas eu les effets bénéfiques escomptés sur les prix des produits déversés sur le marché. Les prix de la farine locale s alignent sur ceux de la farine importée et ne montrent pas de tendance à la baisse. Les prix du ciment vendu par la nouvelle compagnie ont augmenté. En d autres termes, les consommateurs, dans leur grande majorité des petites bourses, sont loin d avoir profité par des baisses de prix de la privatisation de ces deux entreprises. 2) Faiblesse des investissements Les réformes structurelles annoncées n ont pas été appliquées avec rigueur et conviction. La politique de privatisation a finalement été mise en veilleuse en dépit des deux tentatives effectuées avec la Minoterie d Haïti et le Ciment d Haïti.

L environnement général est tel que les investisseurs évitent d engager leurs fonds. Les investissements internes en gourdes constantes de 1986 augmentent chaque année depuis 1996 et 2000, mais se sont légèrement affaissés en 2001. Le niveau des investissements reste en dessous de 12 % du PIB, de loin inférieur au niveau réalisé par certains pays, comme la République dominicaine (25 % du PIB). Le trésor public n est pas en mesure de financer les programmes de développement qui reposent, en grande partie (80 %), sur l assistance externe presque gelée ces trois dernières années. Les montants des prêts reçus par Haïti sur une base bilatérale ou multilatérale se chiffraient à 150 millions en 1995. Elle a été réduite en 1999 à 103 millions de $EU après être descendus à 97.4 millions de $EU en 1998. Les agences internationales de financement ont réduit et progressivement gelé leur assistance financière, alléguant que la situation politique et économique n est pas propice. Les fonds recherchés (plus de 40 millions de $ EU) auraient permis de lancer des interventions au bénéfice des plus pauvres, dans l éducation, la construction de routes et la santé. Le bloquage de ces prêts empêche, dans une large mesure, la mise en œuvre d actions qui pourraient conduire à la réduction de la pauvreté, et donc de la vulnérabilité de la population. 3) Chômage Les réformes ont aggravé les conditions de vie déjà précaires de la population haïtienne. Les changements survenus dans l administration publique à ce titre ont entraîné le licenciement de plus de 6.000 employés du secteur public en 1998, sans pour autant améliorer la capacité de l État à fournir des services. Un grand nombre de ces employés sont arrivés à se recycler, notamment à travers le Programme de Reconversion des Anciens Fonctionnaires (PCRAF) mis en œuvre à travers des banques et des coopératives. D autres ont dû émigrer ou sont au chômage en Haïti, une perte sèche pour l économie haïtienne et un facteur d aggravation de la situation déjà critique de nombre de familles. D après EMMUS II 3, le taux d activité pour les hommes est de 50.47 % et celui enregistré pour les femmes, 42.3 % 4. Acculés au chômage, un nombre de plus en plus important d haïtiens se réfugient dans le commerce et d autres micro-entreprises. Le secteur informel de l économie prend des dimensions inquiétantes avec la montée du chômage. Cette situation est d autant plus inquiétante qu elle se fait dans l anarchie, affecte négativement l image des villes et constitue pour l État une source de revenus difficile à collecter. Tous les secteurs de la vie sont touchés par la stagnation de l économie nationale. Il est vrai que les réformes n ont pas été appliquées avec continuité et conduites jusqu à terme. La privatisation tant attendue et finalement discrète des entreprises publiques n a créé que 300 emplois, ce qui est relativement très faible vu que l application des réformes avait causé la perte de 6 000 emplois. 4) Baisse du salaire réel Le revenu réel des haïtiens a été largement affecté du fait que le gouvernement n a été ni en mesure de maintenir une stabilité des prix des produits de première nécessité, ni en mesure de créer de nouveaux emplois et protéger les salaires réels. Par exemple, le salaire minimum garanti de 36 gourdes par jour voté en 1996 n a pas changé depuis. Au cours des 30 dernières années, l indice du salaire réel montre une tendance constante à la baisse passant d un niveau de 100 en 1972 à 14.2 aujourd hui. Cette évolution est encore une indication que le pouvoir d achat en Haïti s est dégradé particulièrement pendant ces trois dernières années, avec des taux d inflation allant jusqu à 16.8 % en 2001.

Au cours des années 2000 et 2001, le PIB per capita a connu pendant deux dernières années des taux de croissance négative de 1.3 et -0.9 %. Le PIB per capita à prix courant en 1997 était de 428 $EU. En terme de parité de pouvoir d achat (PPA), ce PIB était estimé pour les femmes à 43 % (928 PPA) en moins que pour les hommes (1624 PPA 5 ). Les revenus sont moins élevés en milieu rural. Cette situation explique l appauvrissement continu d une grande partie de la population haïtienne et l exode rural massif observé aujourd hui 6. Différentes enquêtes révèlent que 80 % des paysans vivent dans une situation d extrême pauvreté monétaire alors que ce pourcentage est de 65 % dans les villes. Ces indicateurs montrent à quel point les politiques économiques actuelles ne font qu aggraver la vulnérabilité de la grande majorité de la population. 5) Déclin de l agriculture La libéralisation du commerce a eu un impact négatif sur l agriculture haïtienne. Haïti est devenue plus dépendante du marché extérieur pour un grand nombre de produits alimentaires, dans un contexte où sa capacité d importer ne cesse de diminuer, ce qui ne peut que contribuer à rendre plus vulnérables un grand nombre de citoyens de toutes les catégories sociales. Les données disponibles pour deux denrées, le riz et le sucre, le confirment. En effet, la production du riz a baissé régulièrement depuis ces six dernières années. La production locale de paddy, sous l effet de la concurrence liée à l importation, est passée de 180 000 tonnes métriques à 105 000 tonnes en 1999, pendant que les importations se situent aujourd hui à 115.450 tonnes, soit une augmentation de 28 % par rapport au niveau d importation de 1993-1994 qui était de 90.000 TM, mais un accroissement spectaculaire par rapport au niveau d importation de 1990 (5 550 TM). Pourtant, le riz est devenu un élément important de la diète alimentaire et représente la principale activité économique et source de revenus d environ un demi million de personnes. Les importations de sucre ont envahi le marché haïtien depuis plus d une dizaine d années, puisque les producteurs étrangers sont plus compétitifs (leurs coûts de production sont moins élevés). Ces importations massives ont été suivies par la fermeture des usines à sucre, entraînant au passage la perte de milliers d emplois et de revenus tant pour les producteurs de canne à sucre que pour les ouvriers des centrales de production dans les départements du Nord, du Sud et de l Ouest. Les réformes réalisées sur le plan commercial ont été, tout compte fait, une source de chômage et d aggravation de la pauvreté. De fait, l exercice fiscal 2000-2001 s est terminé par une contraction de la production intérieure de 1.2 %, pour la première fois depuis 1995. L agriculture haïtienne, au-delà des causes politiques, semble incapable de se redresser et d être en concurrence avec nombre de produits étrangers. 6) Manque de capacité de réponse aux désastres Les incidences des PAS décrites ci-dessus ont en définitive réduit sérieusement la capacité de réponse nationale aux urgences lorsque l on prend en compte la baisse d allocations de plus de 13 % à l ensemble du secteur socio-culturel, la faiblesse des budgets de certains ministères, organismes ou services publics comme le MDE, l OPDES et les Collectivités Territoriales. En plus, l État ne semble pas accorder une priorité à la mise en place de structures qui lui permettrait de faire face aux urgences. L état de l économie nationale et les difficultés politiques ne permettent pas d assurer un bon entretien des routes existantes ou d étendre le réseau routier. Présentement, il existerait 580 km de routes asphaltées souvent en mauvaise condition. Haïti compte aussi 590 km de routes

départementales, 1 375 km de routes principales et 2.580 km de routes secondaires. Les estimations faites indiquent que 65 % du réseau interurbain motorisé passe par le réseau national, principalement les axes routiers Port-au-Prince / Cap-Haïtien et Port-au-Prince / Cayes. La précarité du réseau routier entrave énormément l acheminement des produits agricoles et alimentaires des centres de production vers les points de consommation. Ces déficiences entraînent chaque année des pertes sèches de revenus pour les producteurs et contribuent à l insécurité alimentaire en affectant négativement les disponibilités alimentaires. De plus, la quasi totalité du réseau routier souffre d un manque visible d entretien. L état des routes haïtiennes occasionne des cas d accidents mortels de plus en plus nombreux. Le mauvais état du système rereprésente un handicap sérieux pour les activités de secours en cas de désastres, spécialement pour l acheminement de l aide et l évacuation des victimes sans compter que les caractéristiques naturelles du pays limitent fortement l utilisation des moyens de déplacement. Le transport maritime par voie de cabotage qui pourrait permettre de parer aux déficiences des routes intérieures, reste peu organisé, à faible capacité et s effectue dans des conditions exécrables de sécurité. 3. LE SYSTEME FINANCIER 1) Le système bancaire et l accès au crédit Le système bancaire s est relativement renforcé pendant ces dernières années avec l introduction sur le marché de nouvelles banques commerciales, l implantation d un grand nombre de succursales bancaires à travers le pays et la multiplication des services et produits financiers offerts à la clientèle. Une telle situation aurait dû augurer une nouvelle ère pour le renforcement du crédit et la relance de la production nationale. Le portefeuille des banques commerciales a considérablement augmenté mais les banques ne financent que des opérations commerciales. L agriculture, l une des principales sources d emploi du pays, n est pas couverte par l activité des banques commerciales. Le Gouvernement central, par contre, a été un bénéficiaire privilégié du crédit bancaire. Le crédit au secteur public représente environ 40 % de l ensemble du crédit du système bancaire en 2000. Il ne fait pas de doute que le système bancaire, compte tenu de la politique monétaire restrictive de la BRH, limite les capacités des banques à couvrir les besoins de crédit de l économie haïtienne. L essentiel du portefeuille de crédit des banques commerciales est détenu par un nombre réduit de débiteurs, fondamentalement ceux qui peuvent supporter les taux d intérêts élevés (30 %). Si ce groupe de débiteurs se trouvait dans l incapacité de répondre à leurs obligations, les système bancaire s en trouverait fragilisé. Le système bancaire ne profite en définitive qu aux détenteurs de gros capitaux. Ce n est certainement pas un moyen de démocratiser le crédit, d encourager le secteur des petites entreprises et de contribuer à combattre le chômage. 2) Les alternatives au crédit 1. Le crédit agricole 0 Le manque d accès au crédit est un aspect important de la grande vulnérabilité des agriculteurs. Le Bureau de crédit agricole (BCA) est actuellement le seul organisme officiel de

l État dont la mission est de fournir des services financiers au secteur agricole. Il a, pendant ces dernières années, bénéficié d un financement de plus de 141 millions de gourdes, dont 76.6 % (108 millions de gourdes) du Trésor Public et 15 % (21 millions de gourdes) du Fonds de Contrepartie Japonais. Ce financement relativement important devait permettre à cet organisme d améliorer la qualité de ses services financiers et d augmenter le nombre de bénéficiaires ayant accès à ces ressources. Pourtant, la BCA a changé de stratégie, contrairement à ses pratiques traditionnelles, elle canalise son financement à travers des coopératives d épargne et de crédit et d autres associations et regroupements (en majorité des paysans). Les bénéficiaires des crédit ont totalisé en moyenne 31 000 entre 1998-1999 et 1999-2000. Même si tous les bénéficiaires avaient été des agriculteurs, ce nombre ne représenterait qu un infime pourcentage de la population agricole. En fait, le volume total de crédit octroyé entre 1995 et 2000 se chiffre à 269 millions de gourdes. Rien que pour l exercice 1999-2000, les fonds déboursés par le BCA ont totalisé 74 millions de gourdes, soit une moyenne de 3. 560 gourdes par bénéficiaire. Les efforts à déployer en matière de crédit agricole sont substantiels. Il faudrait, rien que pour les seuls besoins de production agricole, débourser annuellement environ 36 millions de $EU(500 millions de gourdes en 1995) 7. Le BCA a fourni en fait moins de 15 % du volume de crédit nécessaire à ce secteur; une part des débiteurs de cet organisme n étant pas des agriculteurs. Le Bureau de crédit agricole n a pas atteint ses objectifs parce que l agriculture a été, dans les faits, négligée. La part du financement consacrée au crédit rural, notamment agricole, a été modeste. La plupart des bénéficiaires utilisent les prêts reçus pour des activités commerciales ou à des fins de consommation personnelle. En un mot, ces prêts ne contribuent aucunement à la croissance de la production agricole. De plus, là où comme dans l Artibonite des agriculteurs ont été spécifiquement ciblés, les taux de remboursement ont été très faibles, à cause de la fragilité de ce secteur ou de la mauvaise foi des emprunteurs. Cette faible performance a contribué à diminuer la capacité de financement du BCA et remet en question sa capacité à appuyer la production agricole, autrement dit à diminuer la vulnérabilité des agriculteurs à travers des augmentations de revenu et l amélioration de la sécurité alimentaire 2. Les structures de micro-crédit 0 En matière d intermédiation financière, les coopératives d épargne et de crédit, les banques communautaires, les groupes solidaires, les mutuelles de solidarité et les autres structures de crédit non bancaires sont celles qui, pendant ces six dernières années, ont le plus aidé les couches vulnérables de la population à faire face à leurs besoins de crédit et d épargne. L on dispose de peu d information sur les opérations effectuées dans ce secteur. Les informations disponibles 8 indiquent qu en 2000, elles ont capté plus de 480 millions de gourdes en dépôts d épargne. Les caisses populaires, à elles seules, accaparent 440 millions de gourdes. Aussi le nombre d épargnants dans le système financier non bancaire dépasse-t-il le chiffre de 159 000 9. L épargne moyenne par épargnant est d environ 3.000 gourdes. De ces épargnants, 42 % sont des femmes, un peu moins que ce que représente le poids démographique des femmes. Les structures de micro-crédit se sont largement consolidées et gèrent un portefeuille de prêts de 592 millions de gourdes et administrent environ 61 560 prêts, soit une moyenne de

9 600 gourdes par prêts. Ces institutions rendent un grand service aux couches pauvres de la population, longtemps négligées par le système financier bancaire formel 10. Ces organisations de micro-finance, qui offrent un service de proximité et un accès plus facile au crédit, sont mieux outillées pour desservir les couches les plus pauvres de la population et les aider à échapper aux prêts usuraires traditionnels. Par contre, les coopératives de placements financiers, qui fonctionnent suivant un schéma pyramidal, qui leur permet de rémunérer les dépôts à des taux d intérêt très élevés (10% à 12% par mois), représentent à moyen ou long terme une menace pour la durabilité de ce système financier non bancaire. Grâce aux taux d intérêt alléchants qu elles offrent, ces coopératives drainent des pourcentages de plus en plus importants de l épargne privée. L expérience faite dans d autres pays, l Albanie 11 plus particulièrement, a démontré que ces pyramides financières apportent une valeur ajoutée négligeable à l économie. Elles représentent, au contraire, une menace pour l économie réelle à cause des risques énormes de faillite et d effondrement financier. En ce sens, les gains obtenus à travers une meilleure organisation du micro-crédit au bénéfice des petites bourses, risquent à tout moment d être balayés et de rendre encore plus vulnérables les utilisateurs du micro-crédit en les replongeant dans une situation difficile. Une telle épreuve en effet risque de détruire la confiance des utilisateurs dans le système coopératif et donc de fragiliser le facteur clé de la mobilisation de l épargne qui est la confiance dans ces petites institutions de crédit. 4. LES INTERVENTIONS DE L ÉTAT 1) Activités économiques 1. Investissements 0 Le pourcentage des investissements publics financés par l aide internationale s est considérablement réduit depuis deux ans. La politique d investissement du gouvernement est très dépendante des bailleurs de fonds étrangers. Le budget de développement repose à 80 % sur le financement international. Une telle structure budgétaire fragilise le programme d investissement (10.7 % du PIB en l an 2000) et ne garantit pas que les pouvoirs publics soient effectivement en mesure d améliorer de manière continue leur capacité de répondre aux besoins fondamentaux des couches les plus pauvres de la population. Haïti compte un peu plus de 8 millions d habitants dont 65 % 12 vivent en milieu rural. Le secteur agricole représente encore le principal secteur économique en terme d absorption de la main d œuvre locale. Le secteur agricole, plus que le reste de l économie, a beaucoup souffert de la faiblesse des investissements. Les infrastructures agricoles se détériorent. Leur entretien est mal assuré. A côté de la dégradation accélérée de l environnement et de l espace productif, c est ce manque d investissement qui est à la base de la performance médiocre de l agriculture. Les études effectuées sur le terrain en 1995 13 ont démontré que les revenus tirés des activités agricoles se rétrécissent de plus en plus. Les calculs effectués indiquent que le niveau de revenu per capita et par an en milieu rural tourne autour de 4 000-5 000 gourdes. Ce revenu

est constitué à 23 % par des salaires agricoles. 72 % de ce revenu viennent d activités commerciales et productives. Les activités artisanales y contribuent à 11 %, alors que la vente de charbon de bois et de bois rapporte 16 %. Les revenus sont utilisés à 67 % pour des consommations alimentaires dont 19 % d auto-consommation et à 33 % pour des consommations non alimentaires. Dans de telles conditions, 80 % de la population en milieu rural et un peu moins dans les villes gagnent moins d un dollar des EU par jour. Un tel niveau de revenu est un indicateur de l incapacité d une grande partie de la population de se nourrir et de répondre à d autres besoins essentiels. En effet, un très fort pourcentage du revenu (72.6 % en moyenne 14 ) est utilisé à des fins de consommation alimentaire. La crise généralisée de l agriculture et l absence d investissements substantiels dans ce secteur, limitent considérablement les possibilités d améliorer l accès des paysans aux moyens de production et à la sécurité alimentaire. 2. Subventions 0 D importantes initiatives ont été prises sous la présidence de Préval au niveau des subventions : La création des compagnies de transport Service Plus et Dignité. La gestion de ces deux compagnies a été confiée plus tard à des syndicats de chauffeurs qui se sont par la suite transformés en coopératives et fait l acquisition de plus de 150 autobus. Ces autobus ont été distribués un peu partout à travers le pays en vue de réduire la forte pression sur les moyens de transport privés existants et afin de faciliter le transport scolaire. C est une initiative louable mais susceptible de se révéler désastreuse si les capacités de gestion de ces deux compagnies d État ne s améliorent pas. Sans rentrer dans des considérations de rentabilité économique, l on peut affirmer que les bénéfices tirés par la communauté justifient les investissements consentis. Cette intervention de l État a contribué à diminuer les risques d accident liés aux conditions de transport des écoliers. L État a également subventionné l achat de livres et d uniformes scolaires (subvention à 45 %), particulièrement à la rentrée des classes. Les observateurs sont unanimes à admettre la pertinence de telles mesures bien qu elles puissent, à la limite, être contestées sur la base des déficits budgétaires qu elles peuvent aggraver. 3. Créations d emplois 0 En plus des tentatives de création d emplois à travers la privatisation des entreprises publiques, d importants projets à Haute intensité de main-d œuvre (HIMO) ont été lancés en urgence fin 1994 pour aider le gouvernement à contrôler la tension sociale et faire des injections de ressources fraîches dans l économie. Entre 1993 et 1996, plus d un million de personnes-mois d emplois de courte durée ont été ainsi créés. Ces projets HIMO avaient occasionné le déboursement de plus de 103 millions de $ EU 15. Bien que les projets financés aient eu, de par leur nature, peu d incidence durable sur l économie, il convient de reconnaître que le but recherché a été atteint et qu un pourcentage important de la population a pu avoir accès, pendant un certain temps, à des sources de revenus pour répondre à des besoins de première nécessité. Ces solutions n étaient que provisoires car après une courte période d embauche, les bénéficiaires retournaient à leur situation antérieure.

Les projets de création d emplois ont été progressivement remplacés par des actions structurantes. Mais d autres initiatives de petite envergure se signalent de temps à autre dans le but de diminuer la pression du chômage ou en vue de venir en aide aux populations affectées à l occasion de cataclysmes, comme après le passage du cyclone Georges. En 1997, l on estimait à 160 000 le nombre de victimes de catastrophes naturelles travers le pays. Dans la majorité des cas, les interventions effectuées sont de courte durée. Elles aident les communautés affectées à mieux se prendre en charge pendant ces moments de grande détresse. Les projets d urgence réalisés à Fonds-Verettes, dans le Sud-Est et dans d autres régions du pays à travers des organisations comme CRS et PADF ont aidé les populations victimes de cette intempérie à se relever de leur situation précaire. 2) Réforme agraire La réforme agraire est une exigence de la Constitution de 1987. Le gouvernement de Préval a été le premier à se lancer officiellement dans une campagne de réforme agraire en vue de faciliter l accès à la terre d un bon nombre d agriculteurs et afin de leur créer de meilleures conditions de production. En ce sens, ce gouvernement touchait directement l un des aspects les plus visibles de la vulnérabilité d une large frange de la société haïtienne : l accès aux moyens de production. Toutes les ressources ont été déployées pour faire de cette initiative un succès. La volonté politique ne faisait pas défaut. Un institut national de réforme a été créé, l INARA. Il a commencé à s assurer une présence à travers tout le pays. Des dépossessions ont été réalisées et des distributions de terre effectuées, particulièrement dans la Vallée de l Artibonite. De même, des investissements importants ont été faits en équipement et en matériel agricole. Cependant, les résultats se font encore attendre. C est pendant cette période que le riz a connu la plus forte baisse de production. L INARA connaît actuellement des difficultés de financement au point que la réforme agraire ne semble plus être une priorité et ne représente plus un outil privilégié d accompagnement des communautés agricoles. 3) Décentralisation Le transfert de pouvoir aux collectivités locales devait permettre aux communautés de mettre en place des espaces de recherche de consensus, et de développer de nouvelles capacités tant au plan financier qu organisationnel. Les communautés pourraient alors cerner leurs véritables problèmes structurels et conjoncturels, déterminer leurs priorités afin de s y attaquer en mobilisant les ressources locales sans être astreintes à compter exclusivement sur le pouvoir central. Cette approche permettrait aux populations d être mieux outillées pour faire face aux adversités. De même, les instances locales et municipales articuleraient les projets de développement local et renforceraient les capacités communautaires pour la préparation, la prévention et l atténuation des désastres. La décentralisation favorise la construction d une plus grande capacité de réponse aux risques, désastres et autres facteurs de vulnérabilité. L enjeu est d autant plus grand que, dans une perspective d intégration nationale et de participation citoyenne, la décentralisation reste et demeure l un des éléments essentiels à la construction d un État de droit en Haïti. Actuellement, un processus de décentralisation et d autonomie municipale est engagé. Cependant, ceci semble se heurter à la résistance de ceux qui bénéficient de l absence d un cadre global directeur mieux défini. La décentralisation n est pas effective. Le processus actuel

est plutôt une déconcentration qu une décentralisation. Bien que la Constitution de 1987 fait de la décentralisation un pilier du nouvel État de droit à construire, aucune loi définissant sa mise en application effective n a pu encore être votée. Il est vrai qu une série de problèmes et de responsabilités est transférée aux municipalités mais sans les ressources nécessaires pour les résoudre. Les provisions légales et budgétaires n ont pas suivi la mise en place politique. Les élus se retrouvent à la tête d institutions complètement dénudées et sont incapables de remplir effectivement leur rôle (CASEC, ASEC ). Cet état extrême de pauvreté auquel fait face les municipalités ne les permet pas d avoir un degré d autonomie pour gérer les risques et les conséquences des désastres quel que soit leur origine. On notera que le processus d implantation de la démocratie, faute de références et de résultats convaincants, se révèle lent et surtout incapable de satisfaire les attentes et les revendications légitimes (droits humains fondamentaux, amélioration des conditions socioéconomiques d existence) du peuple haïtien. Il faut admettre que la décentralisation est un processus à long terme alors que la résolution de certains problèmes comme la grande vulnérabilité du pays face aux désastres mérite d être adressée plus rapidement. 5. LES PROGRAMMES ET PROJETS DE DÉVELOPPEMENT Différents secteurs de la vie nationale ont tenté de mener des programmes et projets de développement. Les DRI, les Plans Quinquennaux, les Programmes de Logements Sociaux, de Réforme Judiciaire, de Planning, de Protection des Ressources Naturelles (les Aires Protégées), les Projets de Modernisation, de Santé, d Alphabétisation et de Scolarisation massive ont jusqu à présent abouti à des résultats mitigés. Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation : L absence de continuité au lendemain des succès ; La fragilité des institutions du pays ; L absence ou la non application de plans (sérieux) auxquels doivent ou devraient s articuler les démarches nationales de développement ; La mauvaise articulation des orientations régionales aux plans directeurs ; L atomisation et le quasi isolement des efforts régionaux de développement, malheureusement encouragés par les Agences Externes, tel que les Projets Régionaux Autonomes (ODN, ODVA, ODPG, etc.) et dont les impacts, au niveau régional ou national, restent encore à démontrer ; Le manque de coordination entre les activités de développement qui s effectuent dans une région, situation aggravée par l absence de planification nationale et régionale effectives du développement; La gestion désastreuse : retard dans la disponibilité des ressources devant provenir de la contrepartie haïtienne, instabilité du personnel national (transferts, départs, etc. ) entraînant une discontinuité dans la poursuite des objectifs ;

L attitude de spectateurs ou d étrangers des bénéficiaires vis-à-vis des projets, ce qui prouve qu ils ne sont ni convaincus ni motivés. Toutefois, certains points positifs sont à signaler : on retiendra surtout les campagnes de vulgarisation de techniques agricoles, d hygiène et de nutrition, entre autres. 6. LES STRATÉGIES MISES EN PLACE PAR LA POPULATION En dépit des dispositions constitutionnelles concernant la participation, il est très difficile pour la population haïtienne de se démarquer des relations qui ont toujours prévalu entre l État et la Nation, ceci dès les premiers jours qui ont suivi l indépendance. L évolution historique récente a donné lieu à des formes étriquées de participation se résumant essentiellement au vote et aux manifestations de rues. La participation est presque toujours absente dans les processus de construction collective : la population préfère se limiter à des solutions individuelles. Une étude effectuée en octobre 1997 a montré que la population pense qu aucune organisation (gouvernementale ou non gouvernementale) ne contribue à améliorer la qualité de vie au sein de leurs communautés 16. Ceci traduit en fait une absence de confiance dans les institutions et contribue à augmenter encore plus la vulnérabilité des communautés. Les politiques globales, régionales et locales appliquées par l État qui visaient à réduire la vulnérabilité n ont pas eu les effets escomptés ou n ont pas touché les plus nécessiteux. Cependant, pas mal de savoirs-faire ont été transmis par des organisations de la société civile et certains opérateurs de la coopération internationale. Les réponses aux situations d urgence proviennent principalement d ONGs, d organisations internationales et de la population qui met en place des stratégies de survie. La population monte toute une kyrielle de petites activités commerciales et de services pour capter la plus value générée dans un environnement hostile. La résistance et l ingéniosité de la population à des conditions de vie infrahumaines a conduit les analystes à parler d une construction autour de la pauvreté. Notes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 PNUD : Situation économique et sociale d Haïti, p61, décembre 2000 Bulletins statistiques de la BRH PNUD: UNDAF, p 114 PNUD : Situation économique et sociale d Haïti, décembre 2000, p. 57 PNUD : Rapport mondial sur le développement humain, 1999 Banque Mondiale: Les défis de la lutte contre la pauvreté, p. 12 Analyse du secteur agricole et identification de projets, document No. 10, Aspects du crédit rural, p. 7, 1995 Base de données sur les institutions de micro-finance, DAI-FINNET, décembre 2000 30 % de la population de Port-au-Prince avouent déposer leur argent dans des coopératives. Le système bancaire tente d investir le secteur du micro-crédit et fait une sérieuse compétition aux structures à vocation traditionnelle de micro-finance Voir à ce sujet le texte de Chris Jarvis : The Rise and Fall of the Pyramid Schemes in Albania UNDAF : Indicateurs économiques, p. 114

13 14 15 16 Banque Mondiale : Les défis de la lutte contre la pauvreté. Mars 1998. PNUD / EBCM (1999) :Situation économique et sociale d Haïti, décembre 2000 Banque mondiale : les défis de la lutte contre la pauvreté, mars 1998 Enquête Nationale sur les valeurs démocratiques en Haïti et implications pour le développement de la démocratie. America s Development Foundation, Octobre 1997 Chapitre 9. LES GROUPES SOCIAUX MARGINALISÉS Il ressort de l analyse sur les aspects sociaux, économiques, politiques et culturels de la vulnérabilité, que même si toute la population haïtienne subit les effets d une économie sous développée, il existe des groupes qui y sont particulièrement sensibles. 1. LES JEUNES Les jeunes ont des besoins énormes en investissements dans le domaine de la santé, de l éducation et sont incapables de subvenir à leurs besoins. Beaucoup de parents pauvres n ayant pas de quoi nourrir leurs enfants, se voient obligés de les placer en domesticité. D après l IHSI, le nombre d enfants en domesticité en Haïti avoisinerait les 250 000 en l an 2000 dont 81 % en provenance du milieu rural, et 75 % sont de sexe féminin. Selon cette même source, on retrouve 6 500 7 800 enfants des rues. Selon l EMMUS II, 15 % de femmes âgées de 15 19 ans étaient enceintes ou mères au moment des enquêtes. Vu le risque lié à la jeunesse des femmes lors de la grossesse, ces jeunes sont exposées au risque de mourir de complications au moment de l accouchement. 2. LES RURAUX Tant par leur enclavement dans les zones habitées qui sont les dernières à être touchées par les actions de mise en place d infrastructures de base, que par le manque d alternatives et d opportunités pour résoudre par eux- mêmes leurs problèmes (peu de débouchés, pas de système de crédit, peu ou pas d écoles ). 3. LES FEMMES Elles sont marginalisées par la société et leur travail au sein de la famille n est pas comptabilisé. Pourtant, elles sont le «poto mitan» de la vie de la société haïtienne : elles

soignent, éduquent, nourrissent les enfants qui sont l avenir du pays. Elles ont souvent à leur charge des jeunes au chômage et des personnes âgées. Les envois de nourriture des femmes à la famille restée en milieu rural sont souvent le principal soutien alimentaire d une grande partie de la communauté. 1 Malgré tout, on constate que les femmes vivant dans les zones marginales étaient défavorisées en matière de revenu, les différences étant plus prononcées dans le secteur formel où il y a deux fois plus de femmes que d hommes dans la tranche à faible revenu (voir Tableau 24). Pourtant les informations affirment que les investissements dans les femmes ont un effet multiplicateur direct sur la famille. A titre d exemple, pour la santé de l enfant, l effet est presque 20 fois plus grand quand c est le revenu de la femme qui augmente. C est toute la société haïtienne, à l instar de celles d autres pays de type patriarcal, qui handicape le développement de la femme en tant que citoyenne à part entière. Confinée traditionnellement dans les travaux domestiques (qui ne sont pas comptabilisés), l apport de la femme à la construction sociale est considéré comme quantité négligeable, insignifiante. Avec le temps, cette vision est devenue une donnée sociale, acceptée culturellement. Aussi, une majorité de femmes ont développé des sentiments d infériorité par rapport aux hommes, avec toutes les conséquences de troubles comportementaux que cela implique. C est dans le milieu rural et dans les couches défavorisées des villes où les femmes sont les moins scolarisées, qu elles souffrent le plus des abus de pouvoir de leurs partenaires, pouvoir conféré par la société. On estime qu en général, une femme haïtienne sur trois n a jamais été à l école 2. Selon EMMUS II, les femmes sans instruction ont en moyenne 6.1 enfants contre 4.8 chez les femmes ayant un niveau d instruction primaire, ce qui confirme l importance de l éducation. De plus, une femme instruite est plus prompte à rechercher des soins de santé pour elle et sa famille. L on constate aussi que les femmes pauvres vivent dans une grande instabilité sur le plan des unions : ce qui les expose à plus de violence domestique, sexuelle et au risque certain de grossesses non désirées. Elles font souvent appel à l avortement dans la clandestinité (à cause de l illégalité de l acte et son rejet par la société), avec ou sans l accord de leur partenaire, et ce malgré les risques de mortalité des suites de l avortement effectué souvent dans des conditions malsaines. Les femmes se rendent de plus en plus compte que les enfants deviennent une charge trop lourde pour leur maigre budget 3, d autant plus que les pères sont trop souvent des absentéistes. L irresponsabilité paternelle, encouragée par l absence de lois, facilite l augmentation des familles monoparentales avec les femmes chefs de ménage : 48 % en villes et 33 % en milieu rural, selon EMMUS II. Et, bien qu il soit difficile d identifier une personne handicapée mentalement, telle que définie la notion d handicap, on peut dire que la femme haïtienne est handicapée dans son évolution, dans son intégration sociale et dans sa quête de survie du quotidien. C est l un des groupes sociaux les plus vulnérables du pays. Tableau 24. Grille des salaires par sexe dans les secteurs formel et informel des zones marginales Salaire (en gourdes) Secteur formel Secteur informel Niveau Hommes Femmes Hommes Femmes

< 400 44 83 69 88 400 1000 39 11 20 5 > 1000 17 6 11 7 Source : UNICEF, 1994 4. LES PERSONNES AGEES L absence d un système de protection sociale oblige une majorité d entre elles à travailler malgré leur âge avancé. L Office d Assurance Vieillesse (ONA) pour les employés de l état et des rares Assurances privées qui ne sont pas accessibles à tout le monde, n offre pas les moyens de se payer une retraite. Généralement, c est un proche parent qui les prend en charge, de préférence une fille. L on comprend aisément le dicton «pitit se baton vieyès». 5. LES HANDICAPES Ce groupe social s agrandit de jour en jour. La persistance de la crise sociopolitique fait fait augmenter le nombre d handicapés mentaux 4. Ceux-ci ne peuvent s affirmer ou faire face aux exigences de la vie quotidienne. Les handicapés moteurs 5 méritent aussi une attention spéciale : ils représentent 10 % de la population soit environ 800.000. Le nombre d aveugles ( 85 000 6 ) est plus élevé que celui de tous les autres pays de la Caraïbe réunis). Mais la plupart de ces handicapés sont gardés à la maison par leurs parents qui ne sont pas préparés pour leur éducation. Il n existe que 23 écoles spéciales et centres pour handicapés au niveau national dont 13 concentrés à Port-au-Prince. Les seules deux publiques ne reçoivent que 12 enfants 7. Aussi, sur les 120 000 jeunes handicapés en âge d aller à l école, seulement 1. 7 % parviennent à le faire. Notes 1 2 3 4 5 6 7 Source : Genre et Pauvreté en Haïti. Rapport technique Haïti, Vision 2010 / Emmanuel Adé et Futures Group International, Juin 1998 Une plus grande accessibilité des soins de santé leur permettrait de prévenir les cas de grossesses non désirées Bien qu il n existe pas encore de données chiffrées sur la question Un handicapé moteur est celui à qui il manque une partie du corps, ou cette partie existe et est non fonctionnelle. Ce désavantage physiologique rend la personne infirme la rendant incapable de mener à bien certaines activités, le handicap est le désavantage social résultant de cette incapacité OPS/OMS, Analyse de la situation Sanitaire en Haïti, 1996 MENJS, Commission de l adaptation et d appui social, Octobre 1998

Chapitre 10. PERCEPTION DE LA VULNÉRABILITÉ PAR LES POPULATIONS LES URGENCES DU QUOTIDIEN Les stratégies mises en place par la population haïtienne montrent qu elle essaie toujours de minimiser sa vulnérabilité lorsqu elle fait face à toute une série de menaces. Cette attitude n est qu une stratégie de survie. La majorité de la population doit utiliser des ressources extrêmement limitées pour faire face aux menaces quotidiennes que représentent l absence de logement, la pénurie de terres, le chômage, etc. Elles n accorde donc que peu d importance aux menaces naturelles qui sont, elles, occasionnelles. Moins la menace est fréquente et intense, moins d importance elle y attache. Les habitants de la Grande-Anse et du Sud, zones à haut risque cyclonique, sont bien plus préoccupés par l érosion qui aggrave les inondations qui surviennent toutes les années que par les cyclones qui ne reviennent avec force que sporadiquement, chaque 3 à 5 ans. Par ailleurs, il est peu probable que la population change ou adapte son mode de vie et ses activités pour réduire sa vulnérabilité aux menaces naturelles, si cela augmente sa vulnérabilité aux autres menaces les plus pressantes. La réponse aux menaces devient alors très complexe étant donné que les menaces naturelles aggravent souvent d autres types de vulnérabilité. Ceux qui sont obligés de vivre dans des installations extrêmement vulnérables et qui perdent leurs maisons à cause d une catastrophe, ne peuvent souvent que retourner à des situations encore plus vulnérables. Donc, la conclusion la plus importante à tirer de cette réalité est que les gens eux-mêmes ne perçoivent pas la vulnérabilité comme attenante aux menaces naturelles ou limitée à la période spécifique pendant laquelle survient un désastre. Ils vivent dans des situations de désastre permanent avec ou sans présence de menaces naturelles. Ils perçoivent donc les menaces naturelles comme des caractéristiques normales des endroits où ils vivent : les désastres permanents expliqueraient l impact des menaces naturelles et non le contraire. Cette perception de la vulnérabilité crée un cercle vicieux : la nonpriorisation des menaces naturelles fait qu on n y prête plus attention ou qu on ne développe pas des comportements ou d attitudes préventives. Les désastres arrivent donc plus souvent par «surprise», même si l information a été véhiculée, comme lors d un cyclone. Par ailleurs, culturellement, tout événement se produisant dans la nature et dont l explication n est pas rapidement évidente, est assimilée à une manifestation surnaturelle, donc une fatalité dont les conséquences demeureront les mêmes quelles que soient les dispositions prises pour la contrer.

Les particuliers tendent à ne pas se mobiliser pour se protéger des menaces tant que l évidence ne soit pas imminente. Les temps de réponse sont alors trop courts, donc incapables d induire une diminution des dégâts. Les multiples privations de la population haïtienne expliquent, en partie, que les ressources sont utilisées qu en dernier ressort. Mais, ce comportement traduit également des traits culturels haïtiens : l incrédulité du «Sen Toma» ou l assurance aveugle de compter avec une protection occulte à toute épreuve... Ces croyances ne font qu augmenter leur vulnérabilité. Chapitre 11. CADRE CONSTITUTIONNEL ET LÉGAL POUR LA GRD Les capacités de réponses aux situations d urgence se réfèrent aux potentialités que possède un pays ou une communauté à récupérer d un désastre ou d en atténuer les effets et l impact. À l inverse des vulnérabilités, ce sont les points forts présents dans ce pays ou dans cette communauté. Les capacités sont donc liées aux ressources matérielles et physiques des personnes, à leurs compétences, à leurs ressources sociales, à leurs croyances et attitudes. Cependant ces points forts ne permettront de réduire les risques que s ils sont gérés à travers des structures participatives et décentralisées qui regroupent les populations, les institutions (publiques et privées) et tous les acteurs sociaux impliqués dans le développement du pays ou de la communauté en question. Il est difficile d évaluer les capacités réelles d Haïti à faire face aux situations d urgence, à toutes les étapes. L accès à l information est restreinte et il n est pas toujours facile d observer sur le terrain tous les éléments qui devraient être pris en compte. Les données et analyses sur les capacités de réponse du pays présentées dans ce travail, s appuient principalement sur les observations réalisées sur le terrain au cours des différentes phases de l étude et sur une enquête sur le niveau d implication et la capacité de réponse des institutions en Haïti dans le cadre de la GRD. Ce travail a été renforcé par des recherches bibliographiques. Nous avons également réalisé une analyse du cadre institutionnel des organisations de la société civile et de l État qui se penchent sur la GRD, en tenant compte de leurs activités et de leur niveau d implication dans le domaine. Nous avons tenu compte de la dynamique sociale et des résultats des programmes et projets de développement relatifs à la GRD.

1. BREF RAPPEL HISTORIQUE 1) Au niveau institutionnel Les secours d urgence étaient, depuis toujours, considérés stratégiques sur les plans politique et de la sécurité intérieure. Aussi, la protection civile était placée sous la responsabilité des militaires et les programmes d urgence étaient mis en place avec la collaboration d organisations caritatives. Une loi du 22 août 1983 crée l Organisation Pré-désastre et de Secours (OPDES), une institution relativement autonome, sous la tutelle du ministère de l intérieur (MTC), chargée de l intervention en cas de désastre. Cette structure, permanente au niveau central, a comme tâche de coordonner l intervention des institutions publiques et privées et notamment l action de la Croix Rouge haïtienne, en cas d urgence. Cependant, dans la pratique, l OPDES n est active qu en situation d urgence. Cet état de fait est sans nul doute lié à l absence de moyens (financiers, techniques, humains). En 1997, une seconde instance est créée, avec le même objectif et sous la tutelle du même ministère (MICT) : la Direction de la Protection Civile (DPC). Ces deux structures ont pour rôle de faire de la prévention et d assister la population en cas de désastres. Mais, dans l ensemble, ces institutions officielles s impliquent plutôt dans les urgences (réponses, réhabilitation) que dans la prévention, la mitigation et la préparation. Même la reconstruction est timide. Au cours des récents désastres, la DPC a plutôt coordonné des activités d urgence, mises en œuvre principalement par des ONGs. Les interventions de l OPDES ont été très discrètes, presque occultées par celles de la DPC. Cette dualité institutionnelle dans la gestion des désastres représente l une des vulnérabilités institutionnelles les plus flagrantes. Cette duplication crée des distorsions et représente une source potentielle de conflit institutionnel. La question de la centralisation se pose également, comme dans beaucoup d autres domaines, en ce qui a trait à la GRD. Le modèle institutionnel prévalant est marqué de centralisme, un sérieux handicap dans un domaine où les interventions doivent être rapides et bien ciblées. A ceci, il faut ajouter les difficultés en termes de déplacements et de communication, exacerbées lors des désastres. Il convient également de souligner la dépendance vis-à-vis de l État et même du Gouvernement en place des institutions légales de gestion des risques et de désastres. L OPDES et la DPC sont des entités du MICT. Toute crise de nature politique est susceptible d avoir une influence négative sur les capacités de mobilisation, le fonctionnement et les capacités d intervention de ces dites institutions. Dans la situation de crise que connaît le pays actuellement, par exemple, seule la Croix Rouge Haïtienne peut disposer directement de fonds externes, notamment de dons internationaux. Les enquêtes effectuées à travers le pays témoignent d une influence négative de la politique dans le domaine. Les programmes d urgence, par exemple, sont généralement initiés par la Primature ou la Présidence et gérés par les autorités locales et régionales en marge des mécanismes prévus dans le Plan national de gestion des risques et désastres. De fait, les aides sont assez souvent utilisées à des fins politiques. On constate également que les donations sont fréquemment détournées par les proches des autorités en place et ne parviennent pas aux victimes. Dans certains cas, des politiciens, notamment les candidats aux postes politiques, récupèrent ces programmes d aide en vue de se faire une clientèle et de gagner les bonnes grâces de l électorat.

2) Au niveau légal Le cadre légal est très restreint et se caractérise par une dispersion normative en matière de gestion des risques et désastres. Seule la loi de création de l OPDES et quelques textes relatifs au MICT font parfois des références directes à la gestion des désastres. De façon formelle, il n existe pas d unité administrative créée spécifiquement pour cette tâche... place qu occupe la DPC. D autre part, en ce qui a trait au cadre normatif en matière de gestion des risques, il existe une vingtaine de textes qui abordent la thématique de la gestion des risques, souvent de façon indirecte. Ce sont souvent des normes sur l aménagement du territoire en général dans le but de limiter l urbanisation anarchique ou de réduire la vulnérabilité physique du territoire en général. La dispersion de certains de ces textes et la spécificité des autres ne permettent pas la constitution d un corps articulé de normes sur le thème. Il existe, par ailleurs, d autres documents qui font référence de façon substantielle au thème de la GRD. Enfin, il existe des projets et propositions de loi en attente d être homologués et dans lesquels on pourrait introduire quelques articles relatifs à la GRD1. Bref, l institutionnalisation de la Protection Civile en Haïti n est pas encore une réalité. Malgré les sérieuses anomalies qui entachent le cadre institutionnel et légal de la GRD en Haïti, il existe une organisation de la GRD. En 2000, la DPC avec l appui du PNUD, a élaboré un Plan National de GRD, validé par les principales institutions impliquées dans ce domaine. Depuis, différentes structures (centrales, départementales et locales) ont été mises en place. 2. LA DPC ET LE PLAN NATIONAL DE GRD La DPC assure la coordination de toutes les activitésen matière de gestion d urgences et de désastres (Loi organique du 17 mai 1990). Cette instance de coordination doit planifier les moyens de prévention et de gestion de catastrophes, prévoir les dispositions visant à réduire l importance des dégâts que pourrait causer un cyclone, offrir une réponse appropriée au phénomène, secourir et assister les populations sinistrées. Il revient également à la DPC d élaborer des plans, politiques et programmes devant guider ses activités et celles des institutions partenaires. Ce Plan d urgence couvre quatre aspects (Réduction des Risques, Préparation, Réponse, Réhabilitation) collectivement répartis en treize fonctions : Information et Planification, Communication, Information du Public, Support Logistique, Travaux Publics, Protection de l environnement, Transports, Dons et Volontaires, Recherche et Sauvetage, Lutte contre l Incendie, Service à la Population, Service de Santé, Réhabilitation. Chacune de ces fonctions est gérée par une entité étatique, qui en définit les activités, les ressources nécessaires, les procédures et engagements indispensables à l opérationnalisation de ces activités. La DPC est assistée dans ses tâches par l OPDES et la Croix-Rouge Haïtienne qui jouent toutes deux un rôle de premier plan en matière d assistance et de secours. D autres instances gouvernementales et non gouvernementales apportent également une contribution substantielle. Citons, à titre d exemple, le Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications, le Ministère des Affaires Sociales, le Ministère de la Santé Publique, le Ministère de l Environnement, le Ministère de l Agriculture, le PADF, la CARE et le CRS. Ces institutions, et bien d autres, font partie du Secrétariat Permanent de Gestion de Désastres : à

l annonce d une urgence ou d un désastre de grande envergure, elles mettent en branle les rouages du système afin d y apporter une solution appropriée. 1) Structure centrale La structure de la GRD, fortement centralisée, dépend directement du MICT. Elle est définie dans le Plan National de GRD. Elle comprend : Le Comité National de Gestion des Désastres, la plus haute instance, notamment chargée des décisions et des mesures politiques relatives à la gestion des catastrophes. Il réunit plusieurs ministres sous la présidence du Ministre de l Intérieur. Ce comité national coiffe le Secrétariat Permanent de Gestion des Désastres (SPGD) ; Secrétariat Permanent de Gestion des Désastres (SPGD) qui planifie les actions de prévention et de réponse aux désastres. Coordonné par la DPC et l OPDES, il est composé de 26 institutions étatiques et non-gouvernementales ; La DPC étudie et définit la stratégie générale d action en matière de protection civile. Elle entreprend ou coordonne les actions relatives à la GRD ; L OPDES élabore la stratégie d intervention du gouvernement et coordonne toutes les formes de secours en cas de désastres. L ensemble de cette structure nationale travaille en collaboration, à travers une série de mécanismes de coordination, avec de nombreuses ONGs et institutions nationales et internationales. 2) Structures départementales et communales Les actions de prévention et de réponse doivent être assurées par les comités départementaux et communaux de gestion des désastres. Sous la tutelle et la coordination des délégués, ces comités départementaux regroupent les mairies, les structures ministérielles départementales, la Croix-Rouge, les ONGs et organisations communautaires opérant dans la région ainsi que des entreprises du secteur privé. Au niveau communal, on retrouve les mêmes structures et activités. Les comités départementaux et communaux ont la responsabilité de préparer des plans d action spécifiques permettant de répondre efficacement aux besoins de la population concernée en matière de gestion de risques et désastres. Les institutions étatiques et institutions autonomes de l État sont représentées dans toutes les divisions administratives du pays bien que leur présence et niveau d engagement soit plus faibles en dessous des chefs-lieux de commune. La CRH et la DPC possèdent, quoique séparément, des comités locaux de désastres jusqu au niveau des sections communales. Avec des moyens adéquats, ces institutions pourraient mobiliser rapidement une grande part de la population tant pour la prévention que pour l alerte en cas de désastre naturel. Note 1 Proposition de réforme légale en matière de gestion de risque et de désastres réalisées par l équipe technique du PNUD (Projet HAI/99/005). PNUD, Février 2001

Chapitre 12. ÉTAT DES LIEUX 1. BREF TABLEAU DES INSTITUTIONS IMPLIQUÉES 1) Types d institutions On peut en distinguer quatre grandes catégories : Les institutions étatiques et para-étatiques Les organisations internationales et les institutions de financement Les ONGs et les institutions ecclésiastiques Les organisations de base La troisième catégorie est sans nul doute prédominante, celle qui compte le plus d institutions impliquées dans la GRD. Suivent, par ordre d importance les institutions étatiques et les organisations internationales et de financement. Les organisations professionnelles, syndicales et paysannes n interviennent que faiblement dans ce type d activités. Le secteur privé des affaires est quasiment absent du domaine. L enquête sur les institutions confirme ces observations (voir Graphique 3). Graphique 3. Répartition des institutions enquêtées 1. Les institutions étatiques et para-étatiques 0 Au niveau central, on retrouve les structures gouvernementales : ministères et organismes autonomes. Au niveau décentralisé, on retrouve les collectivités territoriales. On notera, à ce

niveau, le rôle des délégations départementales et les tentatives de mettre en place des structures départementales et régionales, en dépit des difficultés à rendre opérationnelles les structures similaires prévues par la Constitution. L institution para-étatique la plus importante est sans conteste la Croix-Rouge Haïtienne. 2. Les organisations internationales et les institutions de financement 0 Dans cette catégorie, on retrouve les organisations de financement bilatérales et multilatérales ainsi que certaines ONGs internationales presque qu exclusivement spécialisées dans le financement. Les organismes de financement entretiennent des relations privilégiées avec les ONGs nationales et internationales d exécution. Les ONGs nationales et internationales interviennent à la fois dans des activités de financement et d exécution de programmes et projets. Cependant, aucune ONG nationale n intervient exclusivement au niveau du financement alors que certaines ONGs et organisations internationales ne s occupent que de cet aspect. 3. Les ONGs et les institutions ecclésiastiques et caritatives 0 La majorité d ONGs (locales et internationales) et organisations ecclésiastiques sont des organismes d exécution et les principaux canaux pour faire transiter l aide et les financements provenant tant du gouvernement central que de l aide internationale vers la population, les organisations de base et les sinistrés. Elles dirigent des programmes de développement à travers le pays. Elles jouent un rôle déterminant dans la distribution de l aide. Ces institutions sont de plus en plus concernées par la GRD. 4. Les organisations de base 0 Les organisations de base et les structures décentralisées de l État s impliquent encore très peu au niveau de l exécution. 2) Champs d action Les organisations impliquées dans la GRD interviennent dans cinq grands domaines : l éducation et la formation, l agriculture, l économie, la santé et l environnement (l eau potable et l assainissement se retrouvent à cheval entre l environnement et la santé). Ces organisations interviennent, quoique dans une moindre mesure, dans l assistance sociale et les droits humains (Graphique 4). Graphique 4. Principaux domaines d intervention des institutions

Notons que même quand de nombreuses institutions enquêtées ont, à priori, décliné toute activité et expérience dans le domaine de la GRD en Haïti, leurs principaux domaines d intervention, programmes, projets et activités touchent, néanmoins, une ou plusieurs phases de la GRD. 3) Zones d intervention Les institutions impliquées dans la GRD semblent relativement bien réparties sur l ensemble du pays. Le département de l Ouest est sans nul doute celui où intervient le maximum d institutions. Suivent les départements du Sud, du Nord et de l Artibonite. Les départements les moins couverts sont la Grande-Anse, le sud-est, le Nord-Est, le Nord- Ouest et le Département du Centre (Graphique 5). Graphique 5. Répartition des institutions en fonction de leurs zones d intervention

La contribution de ces institutions représente un atout vu qu elles disposent de moyens logistiques et de ressources humaines qui peuvent être mobilisés et exploités dans un département donné dans le cadre d un programme de GRD. De plus, nombre d institutions de développement mènent des actions directes dans des sections communales reculées et très vulnérables. 4) Moyens logistiques 1. Moyens de transport 0 L évaluation de la capacité de réponses des institutions en terme de GRD doit prendre en compte la disponibilité de moyens de transport appropriés. Les véhicules tout terrain (4x4) qui appartiennent généralement à des ONGs et aux églises sont les mieux adaptés aux mauvaises routes, en particulier au niveau des sections communales. En situation d urgence, elles se prêtent donc mieux à l évacuation des personnes en danger, au transport de secouristes, d évaluateurs, d enquêteurs, etc. Le nombre de camions disponibles est relativement faible. Le fait que l État ait regroupé au sein de la CNE (Compagnie Nationale d Équipement) le matériel lourd peut représenter un atout important pour des réponses appropriées en cas de désastres. 2. Moyens de communication 0 Le système de radio est encore le plus efficace en Haïti. Les moyens de communication comme le téléphone, le fax et l Internet seraient d une grande importance pour la transmission d informations en cas de désastres, malheureusement ils deviennent souvent dysfonctionnels en situation difficile, surtout lors de perturbations atmosphériques.

Le nombre restreint d institutions pourvues d un système radio est un handicap majeur au cheminement d informations entre les zones affectées et les centres de décisions. Cela peut entraîner des retards dans l évaluation des dégâts et la prise de mesures appropriées immédiates. On notera que de plus en plus d organisations paysannes ont monté des radios communautaires et des réseaux d information. Celles-ci peuvent, si elles sont bien utilisées, jouer un rôle déterminant à tous les niveaux de la GRD. 5) Ressources humaines Les ressources humaines spécialisées dans le domaine sont plutôt rares, tant au niveau des cadres qu à celui de la base. Il faudrait mettre en place des programmes de formation à tous les niveaux. Seule une faible proportion d institutions impliquées dans le domaine (environ 10% de celles ayant participé à notre enquête) ont créé une unité spéciale pour la GRD avec des ressources humaines formées en la matière. Cependant la Direction de la Protection Civile (DPC) avec l appui de certaines institutions internationales et régionales (OPS/OMS, FAVA/CA, DIPECHO et PNUD notamment), a récemment entrepris plusieurs sessions de formation englobant la gestion des risques, la gestion des désastres, la planification des urgences, la gestion d afflux de victimes, le fonctionnement du Centre d Opération d Urgence (COU), les premiers secours et sauvetage, etc. D autres institutions, comme l Ambassade du Canada à travers le Fonds canadien, accordent une priorité au financement de petits projets humanitaires en cas de catastrophes majeures. L Ambassade du Canada dispose également d une base de données sur les désastres ayant frappé Haïti de 1701 à 1997. La Croix Rouge Haïtienne développe un programme permanent de formation pour les secouristes et les comités locaux sur les secours d urgence en cas de désastres. Récemment, Save the Children a organisé un atelier de réflexion sur la GRD. Concern Worlwide Haïti dispose d un plan de préparation aux désastres et le MTPTC a un plan de préparation à la saison cyclonique, révisé annuellement. Le ministère de l Environnement (MDE), à travers le Plan d Action pour l Environnement, a défini un programme relatif à la gestion des catastrophes naturelles centré autour de 10 axes prioritaires. 6) Ressources matérielles et financières Les ressources budgétaires allouées aux actions de prévention et de réduction de l impact des désastres sont relativement faibles. Les opérations d urgence se trouvent ainsi de plus en plus entravées. A titre d exemple, l enveloppe budgétaire (budget d investissement) mise à la disposition de la DPC pour l exercice 97/98 (2.7 millions de gourdes) ne lui donnait pas les moyens financiers d intervenir effectivement. Cette direction ne dispose que d une flotte réduite de véhicules et est dépourvue de système de communication. Elle n a donc pas les capacités réelles d apporter une aide directe aux victimes pendant et après l impact. Les urgences sont étudiées au cas par cas après chaque catastrophe. Les collectivités territoriales et l OPDES, légalement désignées pour coordonner les actions locales d urgence, sont encore plus dépourvues de moyens.

Néanmoins, des ressources financières peuvent être dégagées par l intermédiaire du Fonds d Urgence pour le financement des opérations de réponse tant au niveau central qu au niveau local activé au sein du Ministère de l Économie et des Finances. En fin de compte, ce sont les ONGs et les organisations humanitaires qui appuient ponctuellement la DPC ou qui prennent en charge les interventions d urgence. Lors des inondations au Cap-Haïtien (novembre 2000), par exemple, les secours d urgence ont été assurés par Oxfam-GB et d autres comme le PADF. Vu les ressources limitées de l État haïtien, la contribution des ONGs est fondamentale d autant plus qu elles ont une meilleure couverture nationale que les institutions et organismes étatiques. Cet appui se manifeste principalement au niveau de la communication (système radio), du transport de l aide d urgence, de l identification exacte des lieux de secours et de la mobilisation. Ceci reste cependant à être structuré dans le cadre d un plan global tel que prévu dans le Plan National de GRD (DPC, 2000). 2. ACTIVITES ET EXPERIENCES EN GRD Les données recueillies au cours de l enquête montrent qu un nombre appréciable d institutions travaillent sur différents aspects de la GRD. Plus de 2/3 des institutions enquêtées affirment intervenir au moins au niveau d une des phases de la GRD (Graphique 6). Elles ont été reparties en fonction de leur phase d intervention (Graphique 7). La majorité d entre elles travaillent au niveau de la prévention et de la réhabilitation. L état de dégradation de l environnement, la crise socio-politique ainsi que le dysfonctionnement observé sur le plan institutionnel, réduisent considérablement les capacités d intervention dans le domaine et augmente la vulnérabilité aux conditions de risques et menaces. L emphase portée par les institutions sur la prévention et la réhabilitation est extrêmement importante dans la mesure où ces activités pourraient concourir significativement à la réduction de l ampleur des désastres en Haïti. Elles sont, en effet, essentielles au maintien et au rétablissement de l équilibre écologique et social. Graphique 6. Répartition des institutions en fonction de leurs expériences dans la GRD

Graphique 7. Répartition des institutions en fonction des phases de la GRD

Chapitre 13. ACTEURS, DYNAMIQUE SOCIALE ET CAPACITÉS DE RÉPONSES Le niveau de coordination des institutions nationales (gouvernementales et non gouvernementales) demeure encore relativement faible, malgré les tentatives de recherche de synergie et de cohérence (mise en place de plates-formes, par exemple) de la part des organismes spécialisés de l État, des organisations internationales et des ONGs. Au moment d une crise, les agences de coopération internationales et les institutions nationales ou locales n arrivent pas à surmonter les contraintes opérationnelles et coordonner leurs actions le plus efficacement possible : procédures non harmonisées, temps de réaction et domaines d interventions différents, etc. Ceci entraîne une augmentation de la vulnérabilité et un gaspillage des ressources. La mise en œuvre d une politique cohérente et efficace de GRD exige une analyse approfondie des atouts et des points faibles des principaux acteurs et une meilleure compréhension de la dynamique sociale dans laquelle s inscrira ladite politique. Lors de catastrophes, l aide externe (financière, l assistance technique et l aide directe en nourriture et matériels de premiers secours) provenant de la coopération bilatérale, des institutions internationales financières et de coopération, est insuffisante. La participation des organisations de base, des organisations de promotion du développement et assurément des structures étatiques sont incontournables dans la mise en place de toute politique durable dans ce domaine. L implication du secteur privé des affaires peut être aussi de toute importance et des efforts sont à consentir pour le sensibiliser sur cette problématique. 1. LE MOUVEMENT ASSOCIATIF HAÏTIEN EN GENERAL Le mouvement associatif haïtien se trouve aujourd hui à la croisée des chemins. Ceci est particulièrement vrai pour les organisations de base (paysannes et populaires) et les ONGs. De plus en plus impliquées dans la sphère politique et économique et prises dans les méandres de la polarisation et du déchirement social, les organisations de la société civile sont aujourd hui en plein re-questionnement et mutation face à des repères et référents qui évoluent très vite. Les organisations qui ont pu se réorienter et ont adapté leurs structures à leurs nouvelles stratégies sont sans aucun doute celles qui ont réévalué leurs actions ou qui se sont professionnalisées. Toutes ces organisations font partie de multiples réseaux et ont établi des alliances stratégiques ou des accords de partenariat, souvent suite à des négociations difficiles. Malheureusement, certaines organisations n ont pu faire face aux défis soulignés plus haut ou améliorer les conditions de vie de leurs adhérents, et ont éclaté.

2. LES ORGANISATIONS DE BASE Les organisations de base se caractérisent par leur jeunesse : plus de 75% d entre elles ont été créées après 1986, et plus de 60% après 1990. La dimension politique y est très forte puisque ces pics de formation correspondent à des événements politiques majeurs des deux dernières décennies: la chute de la dictature Duvalier en 1986, les élections de 1990 et le retour à l ordre constitutionnel en 1995. Ces organisations dispersent leurs ressources en menant plusieurs types d activités. Elles travaillent de façon isolée. Peu d entre elles sont fédérées. Les rares fédérations existantes fonctionnent mal. Les ressources dont elles disposent n arrivent pas à favoriser tous les membres soit parce qu elles sont insuffisantes soit parce qu elles sont accaparées par un petit groupe. Par ailleurs, la plupart de ces organisations ne sont pas officiellement reconnues. Comme elles ne peuvent établir des relations formelles avec l extérieur, elles sont limitées dans leurs activités de plaidoyer et ne peuvent avoir accès aux sources de financement. Ces organisations sont précaires et éphémères, d autant plus que les motifs de leur regroupement sont souvent conjoncturels : événement politique, bénéfices de petits projets (intrants, HIMO), de séminaires, etc. Elles disparaissent une fois l objectif précis atteint, quitte à ce reconstituer une fois que d autres opportunités surgissent, souvent sous d autres appellations. Les membres refusent de cotiser, ce qui les prive du principal moyen d atteindre un niveau minimum d autonomie pour financer certaines activités. Cependant, on note que les organisations paysannes sont bien plus dynamiques que leurs contreparties urbaines. Elles traduisent leur volonté de défendre leurs intérêts sous une forme collective et organisée. On trouve, au niveau de la plupart des sections communales du pays, des noyaux importants de paysans bien formés, conscients des mécanismes de développement et relativement bien informés du contexte politique et économique, de leur environnement et de la place que les organisations devraient jouer dans tout processus de développement. Même quand ces groupes sont trop souvent politisés, leur savoir-faire et la connaissance de leur milieu sont indispensables pour mener à terme des actions de développement et de gestion des risques. Il faut, néanmoins, définir des codes de conduite clairs et exiger une gestion transparente. Ces organisations restent attachées à l esprit de groupe et gardent l espoir de relancer leurs localités, malgré les fortes désillusions qui ont parfois conduit à leur déstructuration. Elles assistent volontiers aux rencontres élargies et participent aux diagnostics et à la recherche de solutions. 3. LES ORGANISATIONS DE PROMOTION DU DÉVELOPPEMENT Ce groupe se compose d ONGs et d organisations internationales de développement. Elles se sont rapidement développées dans le pays. Les institutions bilatérales et multilatérales utilisent, satellisent certaines de ces organisations. Nombre d organisations internationales ont considérablement réduit leurs apports financiers au cours de ces dernières années. Parallèlement, l efficacité de leurs interventions a été sérieusement remis en cause, ce qui a créé de sérieuses difficultés, pour les ONGs nationales particulièrement.

La plupart de celles qui ont réussi à s en sortir ont dû s engager dans un processus de réorientation et d évaluation, souvent long et avec l aide d accompagnateurs externes. Les ONGs nationales et les organisations ecclésiastiques s étaient fortement impliquées dans les mouvements sociaux et politiques, ce qui a contribué à les fragiliser. Au cours des dernières années, de nombreuses ONGs ont vu le jour : certaines se sont révélées peu viables et d autres se sont cantonnées dans des actions d envergure locales, tout au plus régionales. L impact des interventions des ONGs est très limité. : leurs efforts pour rendre les groupes de base et les bénéficiaires autonomes sont encore insuffisants et éparpillés. Toutefois, elles restent encore les mieux placées pour mettre en place une politique de GRD car elles disposent d importants moyens logistiques et ont des bases opérationnelles sur le terrain, au niveaux des neuf départements géographiques du pays. Il est regrettable qu il n existe pas encore de plate-forme dans le domaine de la GRD comme c est le cas pour la sécurité alimentaire et l agriculture durable. Pourtant il est urgent d arriver à mieux coordonner les actions dans le domaine des risques et des désastres. 4. LES INSTITUTIONS DE L ÉTAT On distinguera le gouvernement central, les institutions spécialisées et les organismes autonomes, d une part, et les collectivités territoriales, d autre part. 1) Au niveau du gouvernement central 1. Les ministères 0 Les ministères sont les représentants effectifs du gouvernement central et les bras pour la mise en place de la politique étatique. Certains ont des représentants dans tous le pays et dans toutes les communes. Les ministères les plus présents sur le terrain sont ceux de l Éducation Nationale (MENJSSC), de la Santé Publique et de la Population (MSPP), de l Économie et des Finances (MEF) au travers des bureau de perception de la Direction Générale des Impôts (DGI), dans une moindre mesure de l Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) et des Travaux Publics Transport et Communications (MTPTC). Le Ministère de la Justice est aussi bien présent au travers, notamment, d un réseau étendu de policiers et de juges de paix. Cette présence est importante dans la résolution des conflits et se révèle, parfois, d une grande importance dans les interventions d urgence. Il faut souligner que les structures de l État sont de moins en moins des organismes au service du public. Les pratiques de corruption et le clientélisme politique affectent significativement la qualité des services offerts. La population, déjà confrontée à de sérieuses difficultés sur le plan socio-économique, a difficilement accès aux services sociaux de base. 2. Les organisations para-publiques spécialisées et les organismes autonomes 0 Soulignons, une fois de plus, le rôle incontournable de la Croix Rouge Haïtienne (CRH). Elle est présente dans tout le pays, avec une structure identique à celle proposée par la DPC dans le Plan National de GRD. Une des forces de la CRH est, sans aucun doute, le réseau de volontaires entraînés autour duquel s articule sa structure. Ces volontaires font un travail important dans la prévention et dans les secours d urgence. Lors de catastrophe majeures, ils sont les premiers sur le terrain.

Il est dommage que les structures communales, régionales et départementales de la DPC fonctionnent en parallèle à celles de la CRH. L esprit de volontariat cède progressivement la place au clientélisme politique et à la recherche d avantages pécuniaires. La majorité des organismes autonomes ne sont présents que dans les grandes agglomérations et fournissent un service qui ne touche qu une partie infime de la population. Ils pourraient être plus efficaces et étendre leurs services s ils se dotaient d une vision stratégique claire, d un système fiable de collecte de données et, enfin, menaient des actions ponctuelles de formation et de contrôle à des endroits et des moments clés. 2) Les collectivités territoriales 1. Les ASECs (Assemblées de la section communale) 0 Elles devaient être déterminantes dans le développement de la commune et permettre une participation structurée des organisations de la société dans le processus de décentralisation. 2. Les CASECs (Conseil d Administration de la section communale) 0 Les CASECs assument le rôle de la police et de la justice dans les sections communales. La plupart des conseillers, trop politisés, ne jouissent pas de la confiance de la population et des organisations de base qui les accusent de malversation et de corruption. Ce comportement est encore plus marqué dans les sections communales qui disposent de ressources. Dans les sections communales où les relations entre les CASECs et la population sont bonnes, des activités sont réalisées conjointement. Les structures décentralisées de l État devraient entretenir des relations transparentes et dynamiques avec la population et les organisations de base afin de favoriser la participation de tous au développement communal. 3. Les mairies 0 Dans la plupart des communes du pays, les membres des cartels des mairie se sont transformés en de véritables prédateurs de ressources et ne travaillent pas au développement de la commune. Certains cartels se compromettent dans des affaires de corruption, de détournements de fonds et de trafic d influence et/ou sont impliqués dans des conflits avec leurs pairs ou avec d autres élus. La grande majorité des communes ne disposent que de revenus extrêmement limités qui ne leur permettent pas de s attaquer aux problèmes majeurs auxquels elles sont confrontées. Les articulations administratives entre la DGI et les Collectivités sont presque inexistantes. La plupart des membres des mairies et des collectivités locales ne s intéressent pas au développement local et ne s y impliquent pas. Il faudrait réaliser des formation en ce sens à travers le pays. La situation des collectivités territoriales risque donc de remettre en question l application du Plan National de GRD. Les structures déjà existantes ont besoin d être dynamisées pour devenir fonctionnelles.

5. PERCEPTION DES INSTITUTIONS PAR LA POPULATION Dans tout le pays il semble se développer un sentiment de frustration, de désillusion à l endroit des ONGs et des institutions de développement et des projets qu ils mettent en œuvre. Dans certains cas, leur bonne foi est carrément remise en cause. La population reproche aux ONGs et aux institutions de développement de l avoir encouragée à s organiser et de leur soumettre des projets, en vain Toutefois et en dépit des efforts évidents de la population pour s organiser et présenter des projets, ces derniers n ont pas trouvé l écho souhaité. Par ailleurs, un faible pourcentage des rares projets à avoir été exécutés a eu un impact viable et durable sur les conditions de vie de la population. Par contre, les administrations de certaines ONGs encouragent et entretiennent des organisations de base afin de les assujettir. Au cours des dix dernières années, des ONGs et des institutions de développement ont investi pas mal de moyens dans la réalisation de projets en agriculture, santé, environnement et dans la formation. La plupart de ces projets étaient de courte durée et centrés sur la création de «jobs», travaux à Haute Intensité de Main d œuvre. Limités dans le temps, ne bénéficiant pas d un suivi soutenu et s articulant autour de groupements spontanés et très faibles sur le plan institutionnel, ces projets ont également eu très peu d impact. Les ONGs et les institutions de développement sont donc perçues comme des organisations qui engloutissent l argent destiné aux populations. Ils jouent de plus en plus un rôle d intermédiaire, d écran captant ressources et moyens au seul profit de leurs employés et de leurs cadres. Certaines d entre elles disparaissent en emportant d importantes sommes d argent. Certains responsables d ONGs et d institutions de développement arrivent même à monter leurs propres organisations de base, avec lesquelles ils réalisent les projets. Les ressources sont donc reparties au sein d un petit groupe. Généralement, ces organisations montées de toute pièce sont peu viables et compromettent la pérennité des projets réalisés. Il s est créée une petite élite, une nouvelle bourgeoisie au niveau des ONGs. Les ressources ne parviennent pas aux bénéficiaires et les investissements n arrivent pas à satisfaire, même en partie, les besoins des populations. Le pullulement de ce genre d organisations amène la population à croire que les ONGs contribuent à entretenir la misère pour justifier leur présence et assurer leur survie. Il s agirait de «pétrir la pâte aussi longtemps que possible pour garantir son pain» (sans jamais la mettre à cuire). La plupart de ces organisations ne font que «panser des plaies», ce qui représente un danger pour toute initiative structurée et viable sur le long terme. La corruption généralisée, rend de plus en plus difficile la réalisation de projets d envergure viables, susceptibles d inverser les conditions de vie de la population.

Chapitre 14. PRINCIPALES STRATÉGIES DE RÉPONSE DES POPULATIONS LOCALES Les risques sont le lot quotidien de la majorité de la population haïtienne. Les gens s y habituent. Une grande majorité de la population haïtienne n a aucun choix dans la localisation de ses résidences et activités. Ainsi, ce qui peut être identifié comme un risque à éviter devient composante intégrante de la vie quotidienne. Livrées à elles mêmes et incapables de répondre adéquatement aux dommages causés, les populations locales développent toute une série de stratégies de survie qui sont, somme toute, de véritables techniques de réduction du risque. Néanmoins, ces solutions restent très limitées et ne peuvent certainement pas inverser durablement, voire définitivement, les mécanismes et les conséquences liées aux désastres. Elles contribuent à sauvegarder des vies humaines et peuvent être très utiles dans l initiation d un processus de gestion participatif de GRD. 1. ÉLÉMENTS STRATÉGIQUES Les stratégies mises en place par les populations peuvent paraître rudimentaires mais elles ont servi pendant plusieurs décennies à préserver des vies. Ces stratégies reposent principalement sur :! l information, l éducation, la sensibilisation et la mobilisation ;! la solidarité ;! la mise en commun de moyens et de ressources ou l entraide. 1 ) Information, éducation, sensibilisation et mobilisation Les organisations de base tendent à impulser des actions d information, d éducation, de sensibilisation et de mobilisation. Ces activités valorisent bien les disponibilités en ressources humaines des organisations et peuvent être mises en œuvre avec très peu de moyens économiques. Les organisations entreprennent des campagnes de sensibilisation sur les conséquences du déboisement, la mauvaise gestion des détritus et leur évacuation dans des endroits non appropriés (dans les zones urbaines), la localisation anarchique des constructions sur des sites dangereux, le positionnement des étalages dans les marchés publics, etc. De telles actions sont et demeurent essentielles dans le cadre de la prévention et de la préparation par rapport aux désastres. Elles prennent encore plus d importance quand l encadrement et les services spécialisés manquent.

Néanmoins, les conseils et informations venant des membres de la communauté ont, dans certains cas, très peu de poids et ne sont pas respectés. Il devient de plus en plus important que les organisations qui s y impliquent soient crédibles et légitimes. 2 ) Solidarité Les habitants utilisent des systèmes traditionnels de communication pour informer les potentielles victimes d un désastre. La technique la plus utilisée est le «kòn lanbi» (coquille de lambi) qui alerte, surtout dans la soirée, tous ceux qui habitent en aval de rivières ou de torrents tumultueux. Ce système d alerte est utilisé principalement durant les cyclones et lors des fortes averses, notamment en début de crue des cours d eau. Dans certaines localités, ceux qui ont une voix percutante montent sur une montagne ou colline pour prévenir tout le voisinage sur les dangers imminents. Les messages lancés à ces occasions sont, semble-t-il, généralement codés et spécifiques à chaque section ou localité du pays. Après l impact, les organisations locales s organisent spontanément en groupes (konbit) pour réaliser des travaux communautaires comme le percement et la réparation de routes, la construction de canaux de drainage, le nettoyage de canaux, la collecte d ordures, etc. Les voisins s entraident : lors du passage des eaux en furie, par exemple, ceux qui disposent de maisons plus sécuritaires hébergent les voisins dont les habitations sont menacées. Ceci permet d éviter les pertes en vie humaine réduisant ainsi le nombre de victimes. 3 ) Mise en commun de moyens et de ressources Les habitants cotisent également pour réaliser de petits aménagements. Ces cotisations peuvent servir aider les familles à inhumer leurs morts. L entraide représente une stratégie naturelle et spontanée des Haïtiens lorsqu ils sont dans l adversité ou touchés par les désastres (inondations, cyclones, bourrasques). Ce mécanisme permet principalement de reconstruire les moyens de production agricole (semences, travail) et la subsistance alimentaire. 2. ACTIONS MISES EN ŒUVRE Face aux menaces et risques, la population a souvent recours aux solutions suivantes : 1 ) Campagnes de reboisement Au cours de séances de conscientisation sur le reboisement on explique les effets néfastes du déboisement et la nécessité de planter des arbres et de protéger ceux qui sont déjà là. Les actions entreprises vont de campagnes de reboisement, même très limitées, à la construction de clôtures pour protéger les jeunes arbres vu que dans de nombreuses occasions les arbustes sont broutées par les animaux. La participation des organisations locales est déterminante. 2 ) Mesures de prévention face aux inondations et eaux en furie Dans les bidonvilles situés en flanc de montagne, spécialement à Port-au-Prince, les habitants se cotisent pour aménager les chemins et faire des escaliers bétonnés là où ils sont en pente et où les crues torrentielles ont tendance à favoriser des affouillements. Du même

coup, ces aménagements consolident les fondations des habitations attenantes et limitent les affouillements. Les chemins moins boueux facilitent la circulation des piétons. Les résidents installent également des gabions dans les endroits où l eau s attaque aux berges des ravines et des rivières et aussi là où il y a des infrastructures à protéger. Des sacs de sable ou de gravier sont utilisés pour la protection des berges et des fondations des maisons. Des parapets sont érigés aux abords des ravines pour éviter que des véhicules et des piétons y tombent, surtout à la descente des eaux. Les canalisations et les rigoles sont débarrassées des immondices pour que l eau puisse circuler et être amenée vers les drains naturels. La construction de canaux favorise le passage de l eau. Après les averses, les habitants s organisent pour canaliser l eau facilitant ainsi son évacuation. Après l évacuation des eaux, des travaux collectifs sont organisés pour désensabler les maisons. Les victimes surpris par la montée des eaux sont évacués sur pneumatique de voiture ou par lancement de corde. 3 ) Réponses à la sécheresse Les réponses à la sécheresse sont généralement du essort des femmes. Celles-ci entreprennent des petits commerces en détail (riz, huile, etc.). Mais l argent est dépensé à des fins de consommation dans la maison. Quand le déficit des ménages s accentue, les hommes migrent vers la République Dominicaine ou vers d autres zones de production agricole plus intensives du pays (Artibonite) tentant ainsi d inverser ou tout au moins de stopper le processus de décapitalisation de leurs exploitations. 4 ) Amélioration des manières de construire Les pauvres utilisent différentes techniques pour bâtir dans les villes. Dans les terrains en pente, les maisons sont construites sur des terres plein et en «escalier» (terrasses) de façon à stabiliser le terrain et minimiser les éboulements. Dans les terrains inondables, les soubassements sont surélevés pour empêcher l envahissement des maisons par les eaux sales. Dans les zones marécageuses, le terrain est comblé de matériaux hétéroclites comme des déchets solides (terre, roches, résidus de mortiers et gravois, bouts de bois, etc.) avant de construire pour éviter la succion d eau par le plancher de la maison. Dans certains cas, une base en bois ou en bambou est déposée sur le sol et la maison construite dessus. Les dangers liés à la construction aux abords immédiats et dans les lits des ravines sont bien connus des populations locales. Ceux qui y érigent leur domicile n ont pas d autre choix. Cependant, ils investissent très peu et les structures établies sont légères, non seulement parce que leurs moyens économiques ne leur permettent pas de faire mieux mais aussi parce que de telles structures peuvent être rapidement démontées et reconstruites après un désastre. 5 ) Mesures en vue d améliorer les déficiences des structures routières et de réduire les accidents de véhicules Les organisations locales réalisent des collectes de fonds pour construire des ponts devant servir au passage des piétons sur les ravines. Elles conseillent également aux habitants de circuler après le passage des eaux afin qu ils ne tombent pas dans les égouts et soient emportés. Les habitants se cotisent pour ériger des dos d âne afin de ralentir l allure des véhicules et notamment des camions.

6 ) Mesures de prévention face aux cyclones et intempéries Quand il y a annonce de cyclone ou d un événement climatique exceptionnel, les organisations de jeunes, aidés de sifflets, passent de maison en maison pour avertir les habitants du quartier et la population en général. Lors de l impact, les habitants cherchent refuge sous des tables et dans les maisons les plus solides sans attendre les directives expresses des autorités ou autres personnes devant intervenir en de telles circonstances. 7 ) Amélioration de l environnement sanitaire Les quartiers organisent spontanément des campagnes de nettoyage et de balayage, et amassent les immondices dans les ravines pour les brûler. 8 ) Mesures pour réduire l insécurité et des actes criminels En dépit des représailles auxquelles ils s exposent, les habitants s organisent dans certains quartiers pour tenter de s opposer aux gangs et surtout empêcher les viols. Ils ont également recours à la dénonciation publique, l installation d ampoules électriques (dans les villes électrifiées) et à la diffusion de conseils sur les parcours à fréquenter ou à éviter. Les organisations de femmes dénoncent régulièrement à des organisations spécialisées et à la presse les cas de viols. Elles sont les plus actives dans la mobilisation sociale et les plus impliquées dans les activités de réhabilitation et de reconstruction post-désastres. Chapitre 15. PROGRAMMES ET PROJETS DE DÉVELOPPEMENT RELATIFS À LA GRD La préoccupation de la GRD est assez récente en Haïti même si la population haïtienne fait face à ces problèmes depuis toujours. La plupart des programmes et projets de développement qui ont été élaborés au cours des quinze dernières années ne traitent pas vraiment de cette thématique.

1. LES DOCUMENTS DE PROGRAMMES ET DE PROJETS D une manière générale, les documents relatifs aux programmes et projets de développement peuvent être analysés sous deux aspects : : Une première catégorie ne fait pas du tout mention de la GRD. Par contre, ils définissent de nombreuses actions intégrant les différentes phases de la GRD réhabilitation et entretien des systèmes d irrigation ; construction et réhabilitation de systèmes d approvisionnement en eau potable ; reboisement et conservation des sols et de l eau ; éducation environnementale ; réparation des routes agricoles ; aménagement hydro-agricole des zones de montagnes ; correction des ravines et protection des berges ; élaboration de plans de gestion des ressources naturelles, etc. Ces actions jouent un rôle important dans la réduction de la vulnérabilité d une région et servent à prévenir et atténuer les effets des catastrophes d origine naturelle ou anthropique sur la population et son environnement. Une deuxième catégorie de documents présente l état de la situation et définit notamment un cadre stratégique relatif à la GRD en Haïti. 2. NIVEAUX D ORGANISATION Du point de vue de la GRD, l état de la situation tel que présenté à travers différents documents, montre plusieurs niveaux d organisation : 1 ) Niveau régional et sous-régional Il existe des relations de coopération régionales et sous-régionales entre les structures haïtiennes de GRD et celles d autres pays de la Caraïbe (Jamaïque, République Dominicaine et Barbade, en particulier). Haïti est aussi membre de l Association des États Caraïbéens. Des démarches sont en cours pour son adhésion à la CDERA (Caribbean Disaster Emergency and Response Agency). 2 ) Niveau national L organisation de la GRD est définie dans le Plan national de gestion des risques et désastres (PNGR). Des structures ont été établies à cet effet aux niveaux central, départemental et communal. 3. PROJETS RELATIFS À LA GRD EN HAÏTI Un ensemble de projets dont les principaux objectifs s inscrivent dans le cadre d une politique globale de GRD en Haïti a été identifié. D une manière générale, ces projets ont des objectifs spécifiques permettant : de renforcer les capacités de réponse des institutions du pays en ce qui a trait à la GRD ;

d améliorer la situation socio-économique des couches les plus défavorisées de la population en vue de les rendre moins vulnérables aux désastres de toutes sortes ; de réduire la vulnérabilité des régions à travers la promotion de l utilisation rationnelle et durable des ressources naturelles. Certains de ces projets ainsi que leurs organismes d exécution sont présentés dans le Tableau 25 (p.162) 4. RÉPONSES DES INSTITUTIONS EN TERMES DE LA GRD À priori, les champs d action et zones d intervention des différentes institutions étudiées indiquent qu elles s impliquent de manière assez soutenue dans des activités liées à la GRD en Haïti. Ces activités sont synthétisées dans le Tableau 26 (p. 163), en fonction des différentes phases de la GRD. Par contre, si l on se réfère à leur stratégie globale d intervention en rapport à leur mission et leurs objectifs, on se rend compte que la plupart des institutions n accordent pas la priorité à la GRD. Rares sont les institutions qui ont mis en place une unité de GRD incluant un plan d intervention clairement défini et un personnel approprié tant du point de vue quantitatif que qualitatif. En outre, il est préoccupant de constater que la majorité des responsables de ces institutions n ont pas une bonne compréhension de la notion de risques et désastres, au point que certains d entre eux ont refusé de fournir des informations à ce sujet. Sur le plan de la capacité de réponses, les institutions ont à leur actif des moyens de transport assez significatifs, constitués en grande partie de 4x4 bien adaptés aux conditions difficiles du pays. Les moyens de communication jouent un rôle moins important dans la mesure où ils sont moins adaptés à la situation du pays puisqu ils sont basés, en grande partie, sur le téléphone, la télécopie et l Internet. Ces moyens sont couramment défectueux et généralement inaccessibles aux couches les plus vulnérables de la population, surtout dans les endroits très reculés. Le problème le plus crucial demeure, par contre, la carence de ressources humaines qualifiées dans le domaine. Par ailleurs, les institutions agissent généralement de façon dispersée, ce qui est souvent à l origine de nombreuses duplications et, en conséquence, d un gaspillage des ressources déjà assez limitées. 5. RÉPONSES LIMITÉES ET PEU COORDONNÉES Les catastrophes causent des dégâts qui dépassent largement les capacités de réponses des institutions d autant que celles-ci présentent au niveau national une grande faiblesse en terme de concertation et de synergie dans leurs interventions. La GRD devrait être perçue comme un réseau de relations entre multiples domaines et administrations exécutives. Autrement dit, il faudrait réunir les services de presque toutes les discipline et catégories professionnels (ingénieurs, hydrologues, enseignants, dirigeants communautaires, industriels, camionneurs, médecins, politiciens, fonctionnaires, etc.) pour gérer efficacement les risques qui menacent les communautés et les désastres qui les affectent.

La GRD doit s insérer dans un plan d aménagement spatial, raisonné et consistant, le tout consolidé par une stratégie d éducation relative à l environnement, soutenue et continue dans le temps. En ce sens, les institutions haïtiennes doivent consentir de nombreux efforts pour travailler en commun, de façon continue, afin d établir des relations fonctionnelles pour accroître leurs capacités de réponse. La création de la Direction de la Protection Civile (DPC) et l élaboration du Plan national de la GRD représentent une avancée appréciable en ce sens. Cependant il faudrait mettre ce plan en vigueur et assurer la mise en place d une structure de coordination bien organisée. 6. PISTES POUR LE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DE RÉPONSE La stratégie de gestion des risques et désastres commande une approche intégrée incluant la participation active de la population et des différentes institutions qui doivent jouer un rôle clé en fonction de leur domaine de compétence, de leurs moyens et de leurs zones d intervention. Aussi, convient-il de faire les recommandations suivantes pour une meilleure gestion des risques et désastres par les institutions en Haïti : Renforcer les mécanismes de coordination et de partenariat entre les institutions ; Intégrer activement les populations locales dans les activités à entreprendre ; Conduire une enquête approfondie sur les ressources humaines au sein des institutions en mettant l emphase sur le niveau d expertise relatif à la GRD ; Investir dans la valorisation des ressources humaines par une formation appropriée en vue d améliorer les compétences professionnelles dans le domaine ; Développer un véritable système de gestion de l information, des connaissances et de la communication au sein des institutions et un réseau national relatifs aux risques et désastres ; Explorer des sources de financement au niveau de la coopération régionale et internationale ; Introduire des cours sur la GRD dans le cursus de formation des écoles et universités ; Faciliter la recherche scientifique intégrée dans le domaine ; Conduire une étude approfondie sur les organisations de base en vue d identifier celles qui sont structurées et fiables pour développer des partenariats institutionnels dans la perspective de la GRD ; Faciliter l harmonisation des interventions entre les organisations de base et les collectivités territoriales présentes dans les zones très vulnérables. Dans l ensemble, il est urgent de mettre en application le Plan National de Gestion des Risques et des Désastres et d établir clairement les responsabilités légales. Ceci doit se faire dans un esprit dynamique et évolutif afin de permettre l actualisation progressive de ce Plan. Parallèlement, il faut clarifier et consolider la structure institutionnelle attenante à ce Plan. Cette structure doit être souple, décentralisée et participative, partir du niveau local pour aller vers le niveau central. Il faudrait également qu elle soit dotée des moyens financiers, humains et techniques nécessaires. Tableau 25. Liste de quelques projets récents relatifs à la GRD en Haïti

Projets Objectifs Organisme d Exécution Renforcement des capacités nationale de gestion des risques et désastres Développer et appuyer la mise en œuvre du Plan National de Gestion des Risques et Désastres. PNUD Appui au développement des capacités nationales en termes de prévention et de gestion des désastres - Contribuer à réduire la vulnérabilité du pays face aux désastres dans le cadre de la promotion du développement humain durable - Contribuer à l élaboration et à la mise en place d un système national de Protection Civile (SNPC) englobant les niveaux central, départemental et communal. - Contribuer à accroître la sensibilisation des différents acteurs à l importance de la prévention, de la préparation de la gestion et de la réduction de l impact des désastres - Contribuer à l élaboration des grandes lignes d un plan national et, sur la base d un département pilote, d un plan local de prévention, de préparation, de réduction de l impact et de gestion des désastres - Formuler un document de programme. PNUD Appui à la production vivrière familiale et infrastructure Projet HAI/6150.00 Programme de reconstruction postcyclone Georges Disaster preparedness and prevention project in the North-East - Contribuer à l'amélioration de la sécurité alimentaire des familles des régions vulnérables du Nord et du Nord-Est par la création d'emplois productifs, - Renforcer les capacités locales en encourageant les initiatives locales, - Atténuer l'impact des catastrophes par la prévention et la gestion des catastrophes - Augmenter la production agricole dans les zones affectées par le cyclone Georges, - Réhabiliter les infrastructures productives détruite, - Construire et réhabiliter des écoles qui peuvent être utilisées comme abri en cas de désastres naturels. - Renforcer la capacité de la CRH dans la gestion des catastrophes, FAO, PADF, CARITAS, Haïti Outreach, MARNDR: agence principale PADF CRH

region Renforcement des capacités pour la préparation des réponses aux désastres - Former des volontaires de la communauté du Nord-Ouest en ce qui a trait à la gestion des risques et des désastres - Réduire l'impact des catastrophes dans le Nord-Est et la vulnérabilité des communautés - Diminuer la vulnérabilité des communautés situées dans les zones à risque face aux catastrophes naturelles ou humaines, - Former des volontaires des comités locaux et régionaux. CRH Tableau 26. Principales activités relatives à la GRD en Haïti Phases Principales activités - Mise en place de comités de gestion de risques et désastres (GRD) - Mise en place de système d'alerte - Formation de secouristes et des membres de comités de GRD - Reboisement et conservation de sols et de l'eau Prévention - Campagne de vaccination - Campagne d'information et de sensibilisation - Formulation de plans de gestion des ressources naturelles - Éducation environnementale - Conservation et transformation de produits alimentaires - Potabilisation d'eau - Amélioration sanitaire communautaire - Développement de procédures pour des études d'impact environnemental Atténuation - Utilisation d'objets divers (sifflets, cor, etc.) pour alerter la population - Assainissement de base - Mise en place de systèmes d'alerte précoce - Réalisation de cartes de risques - Consolidation du réseau de communication - Soins d'urgence, soins sanitaires - Transport et évacuation des blessés - Abris provisoires aux victimes Secours d urgence - Assistance psychosociale aux victimes - Accueil des rapatriés - Distribution de nourriture, d'eau potable, de médicaments, de vêtements et d'argent Réhabilitation - Réhabilitation des toits de maisons, de routes et de systèmes

Reconstruction d'approvisionnement en eau potable - Distribution d'intrants agricoles et de fournitures scolaires - Assistance psychologique aux femmes victimes de viol - Assistance légale aux victimes - Nettoyage de sources et de canaux d'irrigation - Remise en état des capacités de production agricoles - Réhabilitation de pâturages et d'exploitations agricoles - Reconstruction de maisons, d'écoles, de dispensaires, de routes et de système d'approvisionnement en eau potable - Amélioration d'habitats - Réparation des canaux d'irrigation - Reconstruction d'ouvrages hydrauliques - Correction de lits de rivières Chapitre 16. ÉTUDES DE CAS I. Le Cap-Haïtien 1. BREVE PRÉSENTATION DE LA VILLE DU CAP- HAÏTIEN 1) Localisation, limites administratives et urbanisation Situé au nord de la République d Haïti, la commune du Cap-Haïtien est enclavée entre l Océan Atlantique à l est et le Morne du Cap qui la domine. Le Cap-Haïtien est la deuxième ville du pays. Elle a été fondée en 1670, bien avant Port-au-Prince, les Cayes, Jérémie ou Jacmel. Elle mesurait alors près de 600 mètres de long et 300 mètres de large et avait en tout, 56 rues ou îlots ou carrés. Au temps des flibustiers, la ville du Cap s étalait au niveau des marais de la plage de Petite Anse. Comme les bateaux y accostaient difficilement et que la ville était toujours sujette aux inondations occasionnées par les marées, la ville a été transplantée dans les

hauteurs des mornes du Haut du Cap. Le commerce maritime a continué à se développer au Bas du Cap, dans la Baie. Le Cap-Haïtien était réputé pour la beauté de ses maisons et la propreté de ses rues. La ville a été détruite par le tremblement de terre du 7 mai 1842 qui a occasionné la mort de plus de la moitié de la population (environ 5 000 morts). Aujourd hui le Cap-Haïtien se compose de trois sections communales qui, sous la pression démographique, se développent comme des annexes de la ville et tendent à se fusionner : Le Haut du Cap (au sud) : Le centre de cette section se trouve au sud de la Ville du Cap, à près de 8 km, et comprend les grandes habitations suivantes : Breda, Haut du Cap, Morne Cabane et Sainte Philomène. Comme la ville du Cap, une partie de ses habitations longent l embouchure de la rivière du Haut du Cap et une autre partie s élève dans les mornes surplombant la commune. La Petite Anse (au sud-est) : Elle est localisée entre la rivière du Haut du Cap à l ouest et la mer au nord-est. Elle comprend les grandes habitations suivantes : Fort St Michel, Shada, Baudin et Petite Anse La Bande du Nord (à l ouest) : Elle comprend de grandes habitations, toutes situées dans les hauteurs des mornes du Cap : Fort Berly, Labady, D Espagne, Vigie, Castrel, Martin et Goderas. La ville du Cap, elle, a son pied dans la mer où se déversent les eaux des principaux égouts. La ville grimpe progressivement dans les mornes qui la bornent à l Ouest. Le versant Est du morne du Cap est sillonné de ravines qui déversent leurs eaux sur la ville : la ravine Belle Hôtesse près de la rue 24, la ravine «Zetriye» de la rue Bel air à la rue 0 et la ravine de Sainte Philomène. La ville du Cap s est développée sous la pression de l exode rural, à des moments qu il est important d indiquer : Les années 1930 et 1940 : l avancement sur la mer pour construire la rue A et plus tard le boulevard du Bord de Mer ; Sous la Présidence d Estimé, l entrée du Cap qui passait par la route du Bel Air a été redessinée : on a repoussé la mer pour construire la route qui conduit à la Barrière Bouteille ; En 1971, début des travaux du nouveau port ; Dans les années 1978-79, les quartiers SHADA, CONASA ont été colonisés après la construction du Pont Neuf. A cette même époque, on a retracé la Fossette en fonction de la nouvelle rue conduisant au pont ; Dans les années 82-83, construction de la zone dénommée «Cité Champin» ; Dans les années 86-87, construction de la «Cité du peuple» ; Après 1986, la route qui mène à l aéroport (retracée dans les années 70) est colonisée : surgissent les quartiers de Bas Aviation, Fort St Michel, Fougerolles et Conasa. Les grands travaux d infrastructure réalisés dans ces différentes zones au cours de l aménagement des routes n avaient pas tenu compte de la colonisation qui suivrait. Il était prévu, par exemple, que les drains se déverseraient dans des zones inhabitées. Ces espaces colonisés ne disposaient d aucune infrastructure urbaine. La partie basse de la ville (Petite Anse) se trouve au fond d une baie marécageuse. La population implante de nouvelles habitations dans les marécages repoussant progressivement les limites de la baie. L infrastructure urbaine de la ville du Cap-Haïtien supporte le poids de toutes les populations de ses trois sections communales dans la mesure où celles ci ne font plus qu une avec la ville.

La ville du Cap-Haïtien semble vouloir s étendre aux limites de la commune, à l exception de la Bande du Nord. Les statistiques selon lesquelles la population de la commune du Cap ne serait que de 800 000 habitants semblent ne pas tenir compte de l expansion de la ville : les Cités sont archicombles et les mornes, déjà rongés par toutes sortes de constructions, semblent être les derniers espaces à conquérir. Même les zones d inondations (Shada, Aviation, Conasa, Madeline) sont très densément peuplées. Aujourd hui, la ville du Cap-Haïtien paraît congestionnée et surpeuplée. La ville du Cap porte en elle les germes de sa destruction : constructions anarchiques qui se multiplient tant dans les mornes que dans les zones marécageuses du bord de mer et des rives de l embouchure de la rivière du Haut du Cap. Graphique 8. Évalutation de la zone urbaine du Cap-Haïtien de 1960 à 1998

2) Géologie, relief et sols La ville du Cap-Haïtien est située en piémont dans une étroite plaine d alluvion qui s étend entre la mer et le Morne du Cap. Ce morne est parcouru de plusieurs failles visibles et est constitué d une couche de calcaire karstique et constituée d amas de blocs rocheux reposant sur des roches volcaniques. Le calcaire est très fissuré et absorbe de grandes quantités d eau à l occasion de pluies intenses et facilite, de ce fait, l infiltration d eau qui arrive jusqu aux couches inférieures de roches volcaniques imperméables. L eau s écoule latéralement pour former toute une chaîne de sources en amont de la ville. Cependant, la structure de ce morne est aussi un facteur d instabilité. Suivant la topographie, on peut distinguer : la partie basse de la ville : Petite Anse et les plaines du Haut du Cap la partie haute constituée de l ancienne ville et des parties habitées du Morne du Cap, du Haut du Cap à la limite de la Bande du Nord. La partie basse de la ville est de construction, plutôt de reconstruction, récente. Graphique 9. Vue de la ville du Cap-Haïtien et des zones avoisinantes 2. MENACES ET RISQUES AU CAP-HAÏTIEN La ville du Cap Haïtien fait partie des zones à risque élevé du pays. Les risques prioritaires qui la menacent sont les inondations et les séismes qui représentent, en plus, un risque majeur.

1) Menaces et risques naturels 1 o. Cyclones / fortes averses La commune du Cap-Haïtien est située dans une zone du pays moyennement menacée par les cyclones. Les dégâts liés à la vitesse des vents sont donc généralement minimes. Les pluies diluviennes qui accompagnent les cyclones causent cependant des dégâts importants. La partie basse de la ville est particulièrement exposée. À la moindre onde de tempête ou houle cyclonique, les quartiers situés en bordure des côtes sont inondés. Lors des averses, la rivière du Haut du Cap laisse son lit inondant les quartiers riverains et ceux plus éloignés situés en contrebas. À certaines occasions, les deux phénomènes décrits précédemment se produisent simultanément. Les habitants des quartiers situés dans la partie basse de la ville craignent les cyclones. À la moindre alerte, ils abandonnent leurs maisons pour se réfugier chez des amis / parents habitant des zones plus protégées. Les fortes averses qui accompagnent le passage des cyclones et celles des saisons pluvieuses occasionnent des dégâts matériels importants dans les zones montagneuses. Ces eaux emportent tout sur leur passage et ravinent les routes, les rendant impraticables. 2. Inondations et crues torrentielles o Les évènements catastrophiques liés aux pluies diluviennes sont devenus monnaie courante ces cinq dernières années dans la ville du Cap-Haïtien. Les parties basses de la ville sont affectées par la submersion alors que les parties hautes le sont par le sur-ruissellement. La ville et les mornes environnants sont menacés par les crues torrentielles, les mouvements de terrain. En 1942, et en 1949 surtout, de fortes averses (déluge selon certains) au niveau national, ont occasionné d importantes pertes en vie humaines dans la commune. Les dernières inondations, quoique peu ou pas meurtrières, ont révélé la vulnérabilité de la ville. Les eaux torrentielles qui dévalent le Morne du Cap, la rivière Haut du Cap et les mornes aux pentes fortes (où des blocs rocheux risquent de se détacher une fois que leur base est gorgée d eau), représentent des menaces d autant plus redoutables que les espaces directement exposés sont densément peuplés. Les conséquences des inondations sont dramatiques pour les habitants des quartiers du bas de la ville (Petite Anse, par exemple) où l eau monte certaines fois de plus d un mètre submergeant les maisons dont les planchers sont érigés en moyenne à 50 cm du sol. Lors des fortes averses, les maisons sont inondées pendant plusieurs jours et les eaux charrient des immondices et des déchets de toutes sortes (même des excréments) accumulés dans les ravines. En l absence de drains et/ou d issues pour les drains, les eaux passent plusieurs jours avant de s évaporer ou de s infiltrer dans le sol. Plusieurs causes sont à l origine de la répétition et de l impact redoutable des inondations au Cap-Haïtien : a. Constructions dans des zones basses, à l embouchure de la Rivière du Haut du Cap et sur le littoral de la baie Depuis 1986, notamment, des quartiers entiers ont été érigés sur les rives immédiates de la Rivière du Haut du Cap ainsi que dans les ravines et dans les zones marécageuses où se déversaient l eau de draînage urbain. En obstruant ainsi les voies de passage, d écoulement et de draînage des eaux, ces quartiers 1 et ceux de leur périphérie immédiate sont perpétuellement menacés par les inondations.

Il faut signaler que la plupart des maisons des quartiers décrits précédemment sont construites illégalement, en dehors de toute planification urbaine et ne respectent pas les normes de construction les rendant, du coup, très vulnérables. Les faibles infrastructures urbaines existantes (caniveaux, drains, ponts) sont postérieures à la colonisation des lieux et sont souvent conçues de manière inadéquate et inefficace. Souvent sous-dimensionnées, elles peuvent aggraver les effets d une inondation. La densité de l habitat ne fait que qu en augmenter l impact. Dans les quartiers de Shada, Bas Aviation, Fort St Michel et Blue Hill, les cas d inondation sont très fréquents. Les pluies, même de faible intensité, font monter le niveau de l eau, inondant les maisons. Selon les habitants de Bas Aviation, la marée montante lors de pleine lune, suffit pour inonder ce quartier. Le niveau de la chaussée étant plus élevé que celui des maisons, celles-ci restent inondées même après que l eau se trouvant sur la chaussée ait été évacuée. Ce risque s aggravera au cours des prochaines années en raison des effets attendus des changements climatiques, la montée du niveau des mers en particulier. Les flaques d eau stagnante subséquentes aux inondations sont quasi permanentes dans les quartiers de Bas-Aviation, de Shada et de Blue Hill. Elles favorisent la prolifération de moustiques et expliquent les nombreux cas de malaria, de filariose (Gwo pye) et de mycoses (Dèyè fann) observés dans ces quartiers. b. Constructions dans le passage, aux abords et dans les cônes de déjection de torrents Contrairement à la basse ville, l ancienne ville fut construite dans le passage, aux abords et dans les cônes de déjection de torrents. Ces derniers n avaient certainement pas l ampleur actuelle (due entre autres au déboisement et a l érosion). Il n en reste pas moins que l ancienne ville est une ville de piémont, sujette à ce type de désastre (voir le Graphique 9). Les habitations sont construites sur des alluvions. Dans cette partie de la ville, le sousdimensionnement et l obstruction des ouvrages de drainage entraîne l envahissement des maisons par les eaux. Les ouvrages (ponts) édifiés pour le passage des rues entravent le libre écoulement des eaux de ruissellement. c. Densité de l habitat sur le flanc ouest du Morne du Cap Depuis la colonie, les flancs est du Morne du Cap surplombant la ville ont été habités. Aujourd hui, on y retrouve des quartiers densément peuplés : Bel-Air, Barrière Bouteille qui sont de véritables bidonvilles. Même d anciens éboulis, proches de failles visibles, sont également habités. Ce versant du Morne du Cap est presque complètement déboisé et fortement érodé. Les sols et sous-sol sont instables donnant lieu à des éboulements et à des glissements imprévisibles. Les nombreuses constructions en béton et en tôle sur les mornes du Cap dégradent l environnement et favorisent le ruissellement des eaux de pluies. La force des eaux en furie entraîne le ravinement des mornes et charrie des matériaux qui provoquent des dégâts considérables dans les quartiers de piémont et de la basse ville, ce qui ne fait qu augmenter les risques d inondation. d. La vulnérabilité des infrastructures Les pertes en vies humaines ne sont pas les seuls dangers à craindre. Les infrastructures et les voies de communication sont tout aussi exposées aux effets des eaux de ruissellement qui

souvent ramènent des tonnages importants d agrégats. Ces derniers contribuent à obstruer les voies de drainage et endommagent le réseau routier, arrivant même à le couper à certains endroits. Les éboulements coupent périodiquement la Route Nationale No 1, la principale voie reliant la ville du Cap au reste du pays. Or, après une catastrophe, les secours d urgence pour le Cap sont acheminés par voie routière. Des arrachements ou glissements de terrain risquent d obstruer ou de couper complètement la Route Nationale No 1, au niveau de la chaîne de Puilboreau dont le substrat est de nature basaltique (le basalte gonflé d eau se détache facilement) et les versants érodés. 3. Tremblements de terre o La ville du Cap ressent parfois des secousses sismiques de faible intensité qui n inquiètent pas la population. La ville est très menacée vu sa proximité avec tout un réseau de failles et de fosses (Bronson et Barlett, notamment) et la ligne de subduction séparant la Plaque Nord- Américaine de la Plaque Caraïbéenne. Rappelons encore le tremblement de terre du 7 mai 1842 qui décima plus de la moitié de la population (5 000 morts) de la ville. De plus, l existence de grandes failles et des différences de niveau importantes sur les pentes des mornes du Cap témoignent du niveau de l activité sismique de la région. Les séismes représentent un risque majeur pour le Cap en raison de leur pouvoir destructeur. La répétition d un phénomène tel que celui de 1842, risque d être bien plus catastrophique à cause d un accès de plus en plus réduit aux agglomérations, de l enchevêtrement des maisons et de la construction croissante de maisons en dur même dans les bidonvilles. 4. Raz de marée o La partie basse de la ville est directement exposée aux houles cycloniques et aux ondes de tempête. Le quartier de la Petite Anse est régulièrement affecté par le refoulement des eaux de la baie du Cap qui accentue le mouvement de la marée. Ceci est d autant plus préjudiciable pour les habitants du quartier qui vivent généralement dans des maisons peu solides, mal construites, insalubres et érigées sur des remblais. La partie de la ville longeant le Boulevard du Bord de Mer semble un peu plus à l abri grâce à une digue de béton et de fer. Vu le nombre de failles situées au large des côtes septentrionales du pays, la ville est également très exposée au tsunamis. 5. Éboulements et glissement de terrain o Les éboulements, glissements de terrain et arrachements de blocs rocheux menacent constamment la partie haute de la ville du Cap. Ces déplacements de matériaux peuvent avoir lieu tant au cours de fortes pluies que lors de tremblements de terre, même de faible magnitude. Des milliers de personnes y sont exposées. Il y a des risques d effondrement de maisons pouvant entraîner un nombre important de morts. Ce genre de phénomène, aggravé par l érosion commence à s observer dans les quartiers de Bel Air et de La Violette (zone proche du cimetière du Cap). Les structures précaires de protection (faites de planches de vieux cercueils récupérées au cimetière) se révèlent inefficaces et, à la moindre averse, cèdent rapidement. Des éboulements très localisés s en trouvent accélérés. La même attention doit être apportée à la zone de Barrière Bouteille où des éboulements et des arrachements semblent imminents tant la base des blocs rocheux et des falaises est minée par les implantations de constructions et l érosion.

2) Menaces et risques anthropiques Les activités des Capois, ainsi que leurs conséquences, contribuent à accentuer les menaces naturelles et se révèlent parfois plus catastrophiques, puisque à large spectre. 1 o. Déboisement et défrichage Le versant est du Morne du Cap paraît être le seul espace d expansion possible pour la ville. Aussi a-t-il été pris d assaut et sauvagement colonisé notamment au cours de ces dix dernières années. Aujourd hui, on y compte un nombre croissant d habitations nouvelles. Les rares bosquets et taillis que l on y retrouvait sont détruits au profit de l implantation de maisons et de culture de parcelles. Les aires bétonnées et les toitures des maisons empêchent l infiltration de l eau et augmentent le ruissellement. Le développement anarchique des quartiers construits sur les pentes se fait au détriment de l environnement. Les mornes sont défrichés n importe comment. Dans les années 70, on s inquiétait déjà des mauvaises pratiques culturales qu on observait sur les mornes qui surplombent le Cap. Aujourd hui, on observe qu il n y a plus d espace cultivable. Les espaces verts (anciens lieux de rendez-vous pour les citadins recherchant air frais et détente) sont remplacés par des bidonvilles. Avec le mouvement de squattérisation de terres (notamment de l Église Catholique) qui a repris dans les années 86 et qui s est intensifié en 1997, la coupe des arbres a été systématique dans les mornes. Ont suivi les bulldozers pour la construction d édifices en béton ou de bidonvilles. Les conséquences néfastes de ce mode d exploitation du milieu, en désaccord total avec tout principe d aménagement du territoire, se sont fait sentir ces trois dernières années : inondations (flash flood) qui ont ravagé la ville du Cap, ensablement de la plupart des drains et la transformation de plusieurs rues (0, 1, 2, 12 et 24 ainsi que l artère principale de la ville, Rue L ou Espagnole) en de véritables torrents, à la moindre pluie. Les rues se défoncent et la rue L est remplie de gravois et de toutes sortes de déchets. 2. Exode rural o D une façon générale, les flux migratoires semblent s orienter vers les villes secondaires comme le Cap-Haïtien où les activités liées au port sont très en vue et occupent une majorité de la population active. L espace urbain ainsi que la densité de population ont doublé en moins de 20 ans tant les flux de migrants en provenance des zones rurales des départements du Nord et du Nord-Est sont importants. Les jeunes ruraux de ces départements-ci n aspirent plus à entrer à Port-au- Prince mais plutôt au Cap-Haïtien où ils accèdent plus facilement à certains services, à l éducation et à certaines activités économiques. L accès à certains services de base ainsi qu aux loisirs sont similaires quand on compare le Cap-Haïtien à Port-au-Prince. Ils s établissent dans les hauteurs des mornes et aux environs de l aéroport, en construisant n importe comment, n importe où. 3. Conflits terriens et autres conflits o Les conflits terriens sont courants dans la zone du Cap-Haïtien, où ils se présentent sous différents aspects en fonction des milieux. Ils ont souvent les caractéristiques de conflits sociaux plus profonds. Les principaux conflits terriens dans l espace urbanisé du Cap-Haïtien trouvent leur source dans :

L expansion rapide de la ville vers la plaine du Nord et le Morne du Cap. Les terres des zones précitées sont de plus en plus convoitées. Des pressions sont exercées sur les propriétaires ne voulant pas vendre et des moyens pas toujours corrects 2 sont utilisés pour entrer en possession des terres. La pratique de dépossession de gens de leurs biens. Cette pratique est fort courante au Cap- Haïtien. Cette forme de conflit n est pas nouvelle dans le pays et a son origine dans les années 60-70, quand le régime Duvalier permettait à ses partisans de déposséder tous ceux qui faisaient ombrage au régime. Après le départ des Duvalier, au début, on observe le mouvement dans le sens inverse : reprise des possessions perdues à l époque des macoutes. Mais, avec le temps, ce mouvement s est converti en squattérisation (dechoukaj) des terres de l État aux mains des grands dons ou des proches de l ancien régime. Au Cap- Haïtien, la police a dû intervenir dans plusieurs conflits pour contrôler la situation. D autres types de conflits sont également observés au sein de l espace urbain : Les mauvaises pratiques de voisinage. Ce type de conflits surgit surtout dans les bidonvilles entre les locataires et propriétaires de maisons en construction. Les gens utilisent l enceinte des murs comme poubelles et latrines, ce qui irrite le propriétaire qui s en prend aux voisins les plus proches, même quand ils ne sont pas coupables. Autour de l écoulement des eaux. Il arrive fréquemment qu en voulant se protéger des inondations causées par l écoulement et le ruissellement de l eau de pluie ou des eaux usées, des habitants des quartiers et des bidonvilles érigent des structures de déviation les protégeant eux-mêmes mais causant des problèmes énormes à leurs voisins. 4. Manière de construire o Les constructions qui se multiplient dans la ville du Cap et ses faubourgs sont des risques et menaces à plus d un titre : a. Par rapport à la qualité de la construction Les maisons sont construites sans plan global d urbanisation, plan architectural intégré ou d occupation de sol. On observe deux niveaux de construction dans les quartiers bâtis sur les mornes. D un côté, les grosses constructions de béton qui s implantent sans infrastructures routières, sans canalisation ni système d adduction d eau potable. De l autre, les petites constructions en bois et tôles qui colonisent même les collines à forte pente et forment des bidonvilles. Ces constructions fragiles s entassent les unes sur les autres et ne répondent à aucune norme. Dans les quartiers de piémont et en plaine, les risques et menaces liés à la manière de construire, se présentent différemment. Des maisons sont construites dans des zones franchement marécageuses sur le littoral : les gens établissent des rampes dans les marais qu ils remblaient (avec des fatras et autres déchets) pour faire reculer la mer ou pallier aux inconvénients liés aux marécages. Sur ce remblayage très léger, ils érigent leurs maisons. Dans d autres endroits les maisons reposent sur d anciennes décharges. Là, s ajoutent les risques de production de gaz toxiques et même d explosion. Ceci est flagrant à Madeline où une quantité importante de déchets côtoie les résidences déjà insalubres des démunis, représentant une source de nuisances pour la population. Dans la ville, les nouvelles constructions tendent à ne pas respecter la configuration architecturale existante. Elles détonnent de l ensemble et menacent de faire perdre à la ville son aspect colonial et sa valeur touristique. b. Localisation des maisons

De nouvelles constructions sont érigés sans tenir compte de l infrastructure existantes : les canaux de drainage, par exemple. Ceux-ci sont souvent obstrués quand les marais ou rivages où ils se déversaient sont remblayés pour se transformer en lieux habitables. De même, des maisons sont perchées au haut de falaises instables ou en contrebas de celles-ci (Bel Air, La Violette et Barrière Bouteille). 5 o. Qualité du logement Les maisons en ruines sont des objets d inquiétude. Au Cap, il y a trois ans, les toitures de plusieurs maisons se sont effondrées après une forte pluie en causant un mort. La mairie du Cap a dû faire pression sur les propriétaires de plusieurs maisons jugées inaptes à l habitation pour qu ils les réparent. Dans les cités des faubourgs du Cap, l état des maisons laisse à désirer : murs branlants qui ne tiennent plus à la verticale, toitures avec des tôles qui se détachent des poutres traversières, des maisons qui visiblement s enfoncent dans le sol, des escaliers sans rampes, etc. 6. Environnement sanitaire o L environnement du centre-ville du Cap s est totalement dégradé au cours des dernières décennies. La ville est totalement couverte de fatras et on peut observer des monticules d immondices dans les rues principales, ceci à proximité d édifices publics (BRH, BNC), les grands magasins privés et les écoles de la ville. Lorsque ces déchets commencent à trop entraver la circulation des véhicules et des piétons, ils sont brûlés sur place qu ils soient près d écoles, de centres de santé ou de restaurants (pollution de l air, augmentation de la fréquence de maladies respiratoires). Certaines rues, ruelles et corridors très importants et très passants de la ville, notamment aux environs du marché principal, du Vieux Pont et des quartiers du bas de la ville (Aviation), restent boueux et nauséabonds même en période de sécheresse. En temps de pluie, la ville entière est boueuse et jonchée de fatras et une couche de terre recouvre toute la chaussée. Dans les quartiers situés dans la partie haute de la ville, le drainage se fait naturellement en suivant la pente. Il n en est pas de même dans les quartiers de la basse ville, construits dans des zones marécageuses. Ces quartiers sont cernés par les réseaux de drainage naturels, obstrués par les constructions, ce qui cause des inondations catastrophiques comme celles survenues en novembre 2000 et 2001. Le drainage est inexistant à l intérieur des îlots séparés par des canaux, des ravines et la rivière du Haut du Cap. Dans les petites rigoles creusées au milieu des rues et chemins, les eaux usées mélangées à un peu de tout restent stagnantes. L insalubrité atteint alors son comble. De fait, l environnement de la plupart des quartiers de la ville, spécialement de ceux situés dans les zones basses, est malsain à plus d un titre : La proximité des maisons ; L insalubrité des couloirs qui y donnent accès ; L absence d infrastructures (canalisations, latrines, etc.) : les eaux ménagères ne sont pas évacuées et les défécations des jeunes enfants restent exposées. Le manque de latrines : la matière fécale, mise dans des sachets (noirs), est éparpillée à travers toute la ville quelque soit le quartier. On les retrouve dans les rues, sur les trottoirs, sur les toits et à même le sol dans les cours de maisons. Ainsi, les restaurants de rue (riz, fritures), les étalages de produits (alimentaires, entre autres), les semelles des souliers et même les piétons ne sont épargnés notamment par les éclaboussures découlant du passage

des véhicules. Les vecteurs d agents pathogènes se trouvent ainsi dispersés dans toute la ville, ce qui pourrait expliquer la recrudescence d épidémies de fièvres et de maladies diverses; Les eaux stagnantes : les enfants pataugent et jouent dans les flaques d eau de pluie non évacuées ; L obstruction des égouts : par des immondices, en grande mesure des déchets plastics. En ce qui à trait à l environnement sanitaire, on notera que des pharmacies ambulantes pullulent à travers la ville du Cap et ses environs. Ces charlatans prescrivent et administrent des médicaments non contrôlés, exposés aux rayons du soleil et à la pluie. 7. Eau potable o L architecture hydrogéologique du Morne du Cap ainsi que la nature du substrat devrait assurer une grande disponibilité d eau douce et potable à la ville du Cap-Haïtien. Environ une dizaine de sources à débit plus ou moins permanent pendant l année, se retrouvent au bas du Morne du Cap (de Charier à la limite de Bande du Nord) et aux abords de la ville. Leur nombre augmente durant les périodes pluvieuses (octobre à décembre et avril à mai). Reposant sur des alluvions récentes, le sous-sol semble disposer d une bonne réserve en eau souterraine. Les puits sont d ailleurs nombreux dans la ville et la majorité des maisons du centre-ville en possède un. Paradoxalement, c est l une des villes du pays où les problèmes de pénurie et de qualité de l eau potable se font de plus en plus sentir et ceci dès le début du 20e siècle. Cette situation témoigne incontestablement d une mauvaise gestion de cette ressource. Les captages de sources alimentant les réseaux de distribution sont relativement nombreux. Certaines datent de la colonie (celles des environs de Bel-Air, par exemple). Les plus récentes ont été mal conçues et se révèlent parfois plus dysfonctionnelles que les anciennes. Dans tous les cas, aucun système d adduction ne distribue de l eau potable dans la ville à longueur d année. La tuyauterie, quand elle n est pas trop vétuste, est piratée ou ébréchée en maints points dès l amont 3 ; d où des réductions drastiques du débit et une pollution de l eau distribuée. La qualité (potable ou non) de l eau utilisée dans la ville est plus que douteuse. Déjà au début des années 1920, des analyses d eau réalisées dans les puits révélaient la présence de Bacillus coli 4. Actuellement, ces eaux sont probablement encore plus contaminées en raison des mauvaises conditions hygiéniques de la ville. Signalons que la présence de nombreuses fosses d aisance, augmente dramatiquement la possibilité de contamination par filtration des puits voisins. Ajoutons à cela, la dispersion d ordures et de matières fécales à même le sol. Les eaux souterraines ne sont pas protégées et les puits ne sont pas étanchement recouverts. Le danger est d autant plus élevé quand les puits sont pompés à fond. Depuis la moitié de l an 2000 jusqu à novembre 2001 (date des enquêtes dans la ville du Cap-Haïtien), l eau ne coule plus dans les robinets. Ceux qui peuvent se le permettre, s approvisionnent par leurs propres moyens : forage de puits profonds, construction de citernes à forte capacité, achat d eau livrée par des camions citernes ou encore piratage des systèmes. Les plus pauvres, cherchent à s approvisionner chez des particuliers. Cette pénurie d eau est encore plus catastrophique dans les quartiers populaires (toute la zone de Petite Anse jusqu à Madeline en passant par Aviation, et la Fossette) qui sont peu ou pas du tout desservis par des systèmes d eau potable. Dans certains points des quartiers populaires, l approvisionnement se fait par puits artésiens (dons d institutions); souvent ces derniers sont souillés (mélange d eaux usées, de déchets et de matières fécales).

La majorité des habitants des quartiers pauvres se voient contraints d acheter l eau à de petits vendeurs qui la véhiculent sur de grosses brouettes dans des drums de 55 gallons. Le prix moyen de l eau livrée par les camions citernes est de 1.225 gourdes pour 3000 gallons, alors que les petites bourses paient le récipient de 5 gallons entre 2 à 5 gourdes. La qualité hygiénique désastreuse de l eau vendue par les compagnies disposant de camions citernes ou par les petits vendeurs, est une menace pour la santé publique.: les citernes ou les drums de transport ne sont pas propres et l eau ne provient pas de sources contrôlées 5. À la livraison, les petits vendeurs siphonnent l eau avec un tube en caoutchouc en se servant de leur bouche. L eau est, de ce fait, certainement souillée. Les problèmes d insalubrité de l eau de boisson demeurent identiques même lorsque la population s approvisionne directement dans les sources des mornes car celles-ci sont le plus souvent encombrées et souillées par des baigneurs et des gens y faisant leur lessive. 8. Voies d accès et de pénétration dans la ville o Les facteurs anthropiques comme le déboisement, risquent d entraîner une détérioration encore plus rapide de la Route Nationale No 1 (qui passe par Puilboreau). Cette route est cruciale pour l économie de la région Nord et plus particulièrement pour le Cap-Haïtien. À l intérieur de la ville, la circulation est extrêmement difficile. Les véhicules ne peuvent pénétrer dans tous les quartiers. Dans certains, l accès est limité par l étroitesse des rues tandis que dans d autres, l état de la chaussée ne permet que la circulation de 4x4. Au niveau de certains quartiers populaires (La Fossette, Carrénage, Sainte Philomène), les voies de pénétration (couloirs) sont si étroites que deux personnes ne peuvent circuler de front : les passants sont parfois obligés de fermer les battants de portes et de fenêtres pour se frayer un passage. Ces entraves à la circulation de véhicules et de personnes ne peuvent qu affecter la distribution de secours et la circulation de volontaires en cas d urgence. 9. Insécurité o La ville du Cap est confrontée tout comme les autres villes du pays, à l insécurité qui affecte les résidents au quotidien : leurs biens, leurs activités commerciales et leurs loisirs. Cette insécurité est multiforme et revêt différents aspects selon les types de quartiers. Elle est souvent liée au trafic et à la consommation de la drogue. Quoique discret, le banditisme armé fait progressivement son apparition dans le Centre Ville. Dans les quartiers populaires, les bandes organisées limitent, le plus souvent, leurs actions à de petits vols. On note cependant une tendance à la spécialisation et au durcissement au fur et à mesure que ces groupes intègrent des réseaux de trafic de drogue. Selon la population, ces bandes seraient aussi coupables de multiples viols enregistrés dans les quartiers populaires. Les viols sont parfois collectifs et exercés sur des mineures ou des jeunes filles à peine pubères. Cette violence est renforcée par le commerce et à la consommation de drogue ainsi que l absence d éclairage dans les rues. On note, également, une circulation de plus en plus importante d armes à feu dans les quartiers populaires. 10. Exploitation abusive des ressources naturelles o Depuis l époque coloniale, la région entourant la ville du Cap, plus spécifiquement la Baie du Cap, est l objet d une exploitation démesurée. Les principales ressources exploitées sont le sol, le bois, l eau, les carrières ainsi que les granulats. La surexploitation a augmenté parallèlement à la croissance démographique.

Il s exerce une forte pression sur les terres. Avant même l expansion actuelle de la ville, les maisons étaient construites dans des agglomérations ou dans leurs environs immédiats. Aujourd hui, des espaces non propices à la construction sont actuellement habités : les pentes raides du Morne du Cap, les abords de falaises et les mangroves... Ceci entraîne, comme signalé précédemment, une aggravation de l érosion et de l insalubrité. La coupe du bois est systématique dans les mornes et va de pair avec le défrichage des terres pour l implantation de lotissements. La production de charbon de bois et de bois à proximité de la ville est une activité économique qui présente des avantages certains. Avec la quasi disparition des mangroves dans la Baie du Cap, il ne reste que le Morne du Cap à exploiter. La pénurie actuelle d eau ne se doit pas à l exploitation de la ressource elle-même, mais plutôt à la mauvaise gestion des points d eau les plus accessibles. Il existe des carrières de sable aux environs de la ville du Cap, dans des quartiers de morne et de piémont. Dans les hauteurs de la ville, on observe des détachement de pierres et de granulats : la terre n étant plus retenue est emportée par ruissellement et les talus sont déstabilisés. Ceci ne fait qu augmenter les risques d éboulement. 11. Incendies o La ville du Cap a toujours été sujette à de violents incendies : plusieurs maisons, des quartiers entiers brûlent à ras le sol et des personnes perdent leur vie. En 2001, deux enfants sont morts dans l incendie d une maison à étage à la rue 23 A. Il semblerait que de tels faits ne soient pas accidentels mais plutôt planifiés en vue de chasser des locataires ennuyeux ou de pouvoir disposer autrement de l édifice 6. Dans les bidonvilles, les habitants vivent terrorisés par la menace du feu car chaque foyer d incendie cause la destruction de toute une série de maisonnettes. Certaines disparaissent dans les flammes. D autres sont démantelées pour percer un passage pour atteindre le feu ou pour en limiter l action. Au cours du branle-bas, même des voisins assez éloignés souffrent des pertes. Malheureusement, de tels événements risquent de continuer à se produire, causant chaque fois plus de dégâts. En effet, les maisons sont construites avec des matériaux inflammables (bois, tôles ondulées, matières plastiques) alors que l exiguïté et la densité de l habitat ont tendance à s accentuer. 12. Urgences liées au réseau électrique o Dans le centre-ville l électricité est devenue un luxe, distribuée très rarement, le plus souvent lors d occasions spéciales. Dans certains quartiers où le courant n est pas distribué par la compagnie électrique (EDH), les habitants établissent leurs propres réseaux en rallongeant le système avec des fils de récupération pour mener l électricité chez eux. Des accidents peuvent facilement se produire : des courts-circuits peuvent être à l origine d incendies. Là où le réseau est disponible, les prises illégales sont nombreuses et représentent une autre source de danger. 13. Chômage / délinquance / prostitution o Le chômage favorise la délinquance et la prostitution des jeunes des deux sexes. L usage de la drogue se généralise et presque tous les enfants de rue utilisent une forme quelconque de

stupéfiant. Beaucoup d activités entreprises par les habitants des quartiers populaires et des bidonvilles ne sont pas vraiment rémunératrices et pourraient s apparenter à du chômage déguisé. 3. HIERARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 1) Hiérarchisation des menaces et des risques Les menaces et risques majeurs identifiés par la population sont essentiellement anthropiques et liés aux problèmes environnementaux; ils affectent la ville dans son ensemble et tout particulièrement les bidonvilles. Ceux-ci sont, par ordre de priorité : Le déboisement et l érosion ; Les inondations ; L environnement sanitaire ; Les constructions anarchiques ; Les problèmes d insécurité. Quoique le Cap soit classé comme la zone à risque sismique le plus élevé du pays, il n existe pas de mémoire collective à ce sujet. Ceci est fort compréhensible vu que le dernier tremblement de terre important date de près de deux siècles. La population est bien plus préoccupée par les désastres les plus imminents : ceux liés aux eaux de pluie et à la surpopulation. Selon les participants aux rencontres, ces différents problèmes sont liés et font partie d un cercle vicieux : les problèmes de déboisement et d érosion, dus à la misère chronique, entraînent l exode des habitants du monde rural qui viennent s entasser dans les quartiers de la ville du Cap, à la recherche de meilleures conditions de vie. Or, aujourd hui, ces derniers croupissent dans des milieux insalubres qui violent toutes les règles d hygiène. Tableau 27. Les quartiers à risque du Cap-Haïtien selon le type de menaces Menaces Cyclones / fortes averses Déboisement / érosion Inondation (eaux en furie, ensablement) Inondation (stagnation d'eau) Éboulements / Glissements de terrain Tremblements de terre Environnement sanitaire (eau et assainissement) Les constructions anarchiques Quartiers à risques - Partie sud-est de la ville - Zone Petite Anse - La Violette, Bel Air, Sainte Philomène, Labory - Haut du Cap; La Violette; - Blocs Rues 0, 1, 2, 12, 24 et L - Petite Anse, SHADA, Aviation, Madeline, La Fossette, Nan Bannan, Cité Chauvet, Blue Hill, Cité du Peuple, Fort Saint Michel, Cité Champin - Labory, Baryè Boutèy - Toute la ville - La ville entière - La Violette, Bel Air, Petite Anse, Aviation, SHADA, Lambert - Toute la ville - Bidonvilles: contreforts du Morne du Cap, La

Les problèmes d'insécurité Conflit terrien Violette, SHADA / Aviation, Cité du Peuple Toute la ville Haut du Cap (Charier, Mapou, Champin, Mombin Lataille) 2) Répartition spatiale et niveaux des risques Pour ce qui est du niveau de vulnérabilité des quartiers, les résultats montrent que toute la ville est extrêmement vulnérable compte tenu, notamment, de la surpopulation, des déficiences notoires dans les infrastructures de base, des carences chroniques en services de base et de l insalubrité générale. Toutefois, certains quartiers le sont davantage que d autres selon le type et les manifestations de la menace considérée. Par exemple, la partie basse de la ville reste la plus affectée par les problèmes d inondation puisqu elle se trouve dans une zone naturellement marécageuse où se déversent, en plus, les eaux de pluie et usées. Dans les quartiers de Petite Anse, Bas Aviation, il n existe aucune infrastructure et service de base : pas d eau, pas de réseau électrique, pas de rues et pas de drainage, pas d école ni centre de santé, très peu de fosses d aisance (les excrétas humains jonchent les rues). En résumé, les quartiers les plus à risque restent ceux se trouvant dans la partie sud / sudest de la ville du Cap-Haïtien : La Violette, Bel-Air, Sainte Philomène, Cité Champin, Cité du Peuple, La Fossette, Petite Anse, SHADA / Aviation. Ce sont également les quartiers les plus peuplés et les plus dépourvus en infrastructures. Tableau 28. Les quartiers à risques du Cap-Haïtien Risque Très élevé Élevé Moyen Faible Quartiers SHADA / Aviation, Labori La Violette, Cité Champin, Cité du Peuple, Sainte Philomène Haut du Cap, Barye Boutey Centre Ville 4. LES CAPACITES LOCALES DE RÉPONSES 1) Solutions mises en place par la population 1. Stratégies 0 Les gens ont appris à réagir face aux menaces et risques. Leurs réponses tournent autour des axes suivants : Information - sensibilisation Mobilisation - solidarité a. Information - sensibilisation Au niveau de la ville du Cap et de ses environs, les actions d information et de sensibilisation des gens face aux menaces et risques sont très courants : les informations radiophoniques sont

répétées de bouche à oreilles entre voisins et voisines, les avertissements et mises en garde sur les menaces et risques circulent très facilement dans les quartiers de personne à personne, sans qu il soit nécessaire de mettre en place des structures spéciales. Certaines dispositions particulières sont mises en place pour les cas de désastres naturels et très rarement en ce qui concerne les menaces et risques anthropiques. b. Mobilisation - solidarité Les quartiers des périphéries de la ville possèdent des structures organisées qui se mobilisent pour des actions préventives et/ou curatives : collecte de doléances, curage de canaux, nettoyage des rues, action de reboisement et de conservation de sol, brigade de sécurité et/ou de secours. Les mouvements de solidarité à l endroit des victimes s observent lorsque des désastres se produisent. La participation volontaire des individus dans des actions de sauvetage, de secours en général, est plutôt courante. La solidarité s exprime aussi au niveau de la collecte de fonds, de vêtements et de nourriture pour les victimes de désastres. 2. Actions entreprises 0 Au Cap-Haïtien, les situations des zones sont très différentes et les actions mises en œuvre varient avec les quartiers. Dans ce genre d exercice, les organisations locales et les comités de quartier sont les plus actifs. a. Au niveau de l érosion et du déboisement Dans les mornes qui surplombent la ville, les organisations réalisent des campagnes de sensibilisation visant l arrêt des pratiques d arrachement de granulats et de pierres sur les versants du Morne du Cap afin de protéger la ville contre les méfaits du sur-ruissellement et de l érosion. Cette activité cherche également à encourager les habitants du Morne du Cap à adopter des pratiques de conservation de sol. Beaucoup d organisations locales conçoivent et élaborent des projets de conservation de sols, pour lesquels ils recherchent du financement. Les principales activités réalisées dans le cadre de ces projets sont l implantation de pépinières, la mise en terre de plantules, la correction de ravines, l organisation de campagnes de sensibilisation contre la pratique de l élevage libre, etc. b. Au niveau des ravines et canaux Les activités menées concernent la sensibilisation des résidents se trouvant à proximité des ravines et des canaux de drainage ou de collecte des eaux usées sur les dangers qui les menacent. Certaines campagnes comme la réduction du volume de déchets déversés dans les canaux de drainage, sont plus spécifiques. Des groupes de jeunes, par exemple, ont installé des poubelles de fortune dans leurs quartiers. Les habitants des quartiers s organisent aussi pour entreprendre le curage des ravines et canaux, surtout au début des saisons pluvieuses ou à l annonce de grosses intempéries. c. Au niveau des inondations et cyclones Pour une majorité des participants, les derniers désastres enregistrés dans la ville du Cap- Haïtien sont arrivés sans que la population ne s y attende. Les prévisions météorologiques et surtout l annonce d un cyclone par les radios sont généralement prises très au sérieux. L annonce d une perturbation (atmosphérique ou cyclonique) suscite généralement certaines mesures de prévention et des réactions de la part de la population et notamment de la part des organisations. De telles initiatives permettent au moins d éviter pas mal de pertes en vies humaines.

A l annonce d un cyclone ou d une inondation, les organisations locales incitent les gens à surélever les seuils de leurs maisons ou à ériger des digues en sacs de terre pour parer à la montée du niveau des eaux ou pour réduire leur course. Les précautions d usage sont rappelées dans les rencontres de groupes ou à l intérieur des quartiers : mise à l abri de documents importants, disponibilité d une lampe de poche, de batteries (piles), kérosène, allumettes, «bois pin», poste de radio, etc. Dans le cas de maisons peu sûres, il est recommandé aux familles de se déplacer. Pendant les inondations, l alerte est donnée dans chaque quartier au moyen d ustensiles usuels (comme les casseroles), de sifflets et de cris. Dans les maisons envahies ou menacées par les eaux, les jeunes du quartier aident les habitants à évacuer les lieux et à porter leurs bagages. Des plongeurs sont également mobilisés pour sauver les personnes qui seraient emportées par les eaux. Après les inondations et cyclones, les mêmes groupes mobilisés pendant l impact s occupent de faire l inventaire des dégâts, de dresser la liste des victimes, d organiser et de participer dans les opérations de secours, de rencontrer les autorités pour les inciter à aider les sinistrés, de faire des campagnes de motivation pour dissuader les gens de boire l eau polluée des puits, des sources ou des rivières. d. Au niveau de l environnement sanitaire Les habitants de certains quartiers cotisent pour acheter des camions de remblais pour étaler sur les chaussées, le nivellement devant faciliter l écoulement des eaux de pluie. Des campagnes de motivation sont réalisées contre le déversement de déchets en pleine rue et la défécation à n importe quel endroit, à même le sol. La construction de latrines est encouragée et, parfois, des formes d entraide sont développées pour la construction de latrines communes et même individuelles. Il s agit pour la population d éviter par tous les moyens la propagation dans leur lieu de vie de microbes, d agents pathogènes et autres vecteurs de maladies charriés par les eaux. Au cas où il y a envahissement, l intérieur des maisons est désinfecté après le passage des eaux avec des désinfectants chimiques (eau de Javel) ou en facilitant la pénétration de la lumière du soleil. En ce qui a trait à la santé, les actions ne se limitent pas uniquement aux secours d urgence. Les organisations de quartiers recherchent des financements pour des projets de santé, notamment la construction de centres de santé. Notons que leurs efforts sont, dans la majorité des cas, infructueux. e. Au niveau de l eau de boisson Après les inondations, les familles font bouillir l eau qu ils boivent. Très peu utilisent des tablettes de chlore. Là aussi, les organisations recherchent des fonds pour le forage de puits artésiens. Les résultats ne sont pas toujours positifs mais les quartiers les mieux organisés arrivent à obtenir plusieurs puits : l un d entre eux a réussi à en forer 14 depuis 1986. 2) Organisations 1 0. Organisations locales a. Analyse des forces et faiblesses Il existe des organisations dans tous les quartiers de la ville du Cap-Haïtien. La plupart d entre elles ont été fondées à partir des événements politiques de 1986, de 1990 et de 1994. Plusieurs de ces groupes s identifient comme des organisations paysannes (l Organisation des

Paysans de Lambert, par exemple). Généralement, ces organisations ont pour objectif principal l amélioration des conditions de vie de leurs membres. Souvent, des scissions 7 se produisent et les organisations se trouvent ainsi divisées, perdant de leur capacité de mobilisation. De ce fait même celles-ci comptent de moins en moins de membres. Selon les participants, ceci nuit sérieusement au fonctionnement des organisations qui ne peuvent pas assurer un suivi dans leurs démarches et dans leurs interventions. Leur crédibilité en est sérieusement affectée. Malgré leurs bonnes dispositions, les actions et l impact de ces organisations au niveau de la réduction des risques ou des dégâts lors des désastres, sont limités à cause de leur fragilité. Cette faiblesse est en elle-même un risque non négligeable pour la ville du Cap vu que les communautés doivent être les premières à s organiser lors des opérations d alerte et particulièrement de secours. Les forces et faiblesses des organisations de la ville du Cap identifiées par les participants aux rencontres, sont présentées dans le Tableau 29. Malheureusement, les faiblesses l emportent sur les points positifs. Tableau 29. Forces et faiblesses des organisations de la ville du Cap Caractéristiques Atelier 1 Atelier 2 Atelier 3 Forces Faiblesses - Leur existence - Capacité de réfléchir - Leur structure - Conduite d activités économiques (élevage de porcs, crédit pour le commerce, etc.) - Manque d encadrement financier - Manque de formation; trop de disparité en formation entre les anciens et nouveaux membres - Trop d implication politiques - Situation misérable de leurs membres - Fonctionnement non démocratique au sein de l organisation - Intégration des gens du quartier - Qualité des réalisations de l organisation - Volontariat des membres - Manque d activités économiques - Multiplication des réunions et peu de résultats concrets; les conditions de vie des membres ne s'améliorent pas - Perte de motivation des membres; source de disparition des groupes. - Les gens sont organisés - Capacité de réunir les gen - Bonne volonté des membr - Amour pour leur quartier - Capacité intellectuelle et te des membres - Manque d encadrement fin - Manque d encadrement te - Trop d influences politique l intérieur des organisation spécialement dans les com quartier; source d'éclateme noms ou d'objectifs des gro - Récupération des mouvem groupe par les politiciens. b. Nature et détermination des activités entreprises par les organisations locales Les organisations locales mènent des activités diversifiées tant économiques et sociales que communautaires. Il s agit généralement de petits projets et d activités portant sur le court terme et répondant à des besoins pressants de la population. Selon les participants, les activités sont identifiées au cours de processus de réflexion entamés à l intérieur des organisations locales même quand la nature du projet peut être modifiée en fonction de critères définis par le financeur. Parfois, les activités suivent un courant général qui traverse le mouvement associatif haïtien (coopératives, crédits pour le commerce, boutiques d intrants ou de produits de première nécessité, transformation de fruits et d arachide, par exemple).

Malheureusement, selon les représentants d organisations présents dans les rencontres, les activités n apportent pas toujours les solutions espérées : d un côté, les projets eux-mêmes deviennent des facteurs de déstabilisation; de l autre, des problèmes patents de gestion conduisent à la suspension de l activité bien avant que les retombées ne soient patentes. Les exemples suivants ont été cités : Prêts accordés aux membres : certains bénéficiaires laissent le quartier une fois le montant en leur possession. Parfois, le taux de remboursement est trop bas et les nouvelles demandes de prêts ne peuvent être agréées ; Technologie inappropriée : elle n est pas maîtrisée par les membres du groupe ou il n existe pas dans la zone des techniciens en mesure de résoudre certaines pannes (exemples: perte d un moulin parce que le moteur installé était trop puissant et la poulie trop grande par rapport au moteur) ; Impact du politique : quand les membres du groupe se trouvent trop impliqués dans des activités politiques, ils négligent même des activités ayant du potentiel... et arrivent à les abandonner ; Faible retombées économiques : les activités sont trop souvent de petite envergure ce qui explique que tous les membres du groupe ne peuvent en bénéficier; dans certains cas, seul un petit groupe restreint s accapare des bénéfices. Manque d intérêt : tous les membres ne sont pas intéressés par l activité pour laquelle il a été possible de trouver du financement. Projets inappropriés : Pour les groupes de jeunes, les activités se résument trop souvent à des loisirs comme des camps, des journées récréatives; les activités qu ils voudraient entreprendre réclamant un investissement relativement important ou ne cadrant pas à la situation de misère et aux besoins pressants de la population des quartiers (ex: commerce de parfums); Opportunisme : les organisations n ont pas d objectifs arrêtés; ainsi elles acceptent de mener des activités en fonction de la disponibilité de financement même si l organisation ne dispose pas des capacités requises. Le projet peut donc être complètement déphasé par rapport aux besoins réels des habitants des quartiers ; Manque d honnêteté : le succès économique d une activité peut conduire certains dirigeants malhonnêtes à céder à la tentation de voler les bénéfices... ils abandonnent alors le quartier ; Crise économique : des activités autrefois porteuses, comme le commerce, deviennent de plus en plus difficiles à réaliser. Une organisation investissant dans la fabrication de pains peut éprouver beaucoup de difficultés à vendre ce produit et est donc déficitaire; Absence d infrastructures et de services : la réalisation d une activité est parfois entravée par la détérioration des services publics : une organisation voulant produire du mamba n a pu le faire de façon rentable parce qu elle ne pouvait pas faire fonctionner un moulin électrique pour broyer l arachide. La mise en œuvre d activités et de projets sur le long terme et qui mettent à l épreuve les structures organisationnelles fragilisent les organisations et peuvent même entraîner leur éclatement. Certaines organisations sortent quelquefois renforcées de ces épreuves et de ces remises en question. Il faut trouver un équilibre entre le type d activités à mener et la maturité organisationnelle des associations et prévoir avec les membres le niveau de risque qu ils seraient prêts à courir.

2 0. ONGs et organisations internationales intervenant au Cap-Haïtien De nombreuses ONGs interviennent dans la ville du Cap au niveau de la gestion des risques et des désastres. Toutefois, il faut préciser qu en dehors de la Croix-Rouge, le MICT à travers la DPC et OXFAM-GB, aucune autre institution ne travaille spécifiquement dans ce domaine. Certaines réalisent des projets au niveau du sanitaire, d autres au niveau de l environnement, de l eau potable ou du drainage. Les activités qui se rapportent le plus directement aux risques et aux désastres identifiés préalablement pour la ville du Cap sont présentées dans le tableau 30. L ensemble de ces interventions a lieu dans les quartiers construits sur les pentes et de piedmont. Les quartiers situés dans les zones de plaine, sur la côte, n ont pas bénéficié d interventions autres que celles des organisations de quartiers et regroupements locaux. Les organisations locales pensent qu elles ne sont pas, à elles seules, en mesure de gérer les risques et menaces et diminuer l impact des désastres. Néanmoins, toute intervention allant dans ce sens devrait transiter par les groupes organisés de la population victime de façon à s assurer que les aides vont réellement aux nécessiteux. Tableau 30. Interventions des ONGs et des organisations internationales au Cap-Haitien Organisations Interventions Impact sur la vulnérabilité FAO Conservation de sol Diminution de l érosion PADF Plantation d arbres Diminution de l érosion EGLISE CATHOLIQUE USAID POCHEP Plantation d arbres et captage d eau Curages des canaux Eau potable Diminution de l érosion et amélioration des conditions de vie de gens amélioration des conditions de vie de gens Amélioration des conditions de vie de gens 3. Institutions et structures étatiques 0 La population des quartiers défavorisés juge les interventions des institutions d État dans la gestion des risques et menaces comme des pis aller qui ne suffisent pas à endiguer le mal : les actions sont ponctuelles et ne rentrent pas dans un cadre global ou un processus prédéfini tendant à résoudre ou à diminuer d une manière définitive les risques et menaces identifiés. Certains pensent que le mode d intervention des institutions étatiques répond plutôt à une logique d enrichissement personnel qu à la réduction de la vulnérabilité de la population: par exemple, les techniciens de ces institutions vendent les gravats enlevés après les averses des canaux de drainage comme remblai. Tableau 31. Interventions des institutions étatiques et para-étatiques au Cap-Haitien Institutions étatiques Interventions Impact sur la vulnérabilité T.P.T.C. Nettoyage des canaux Amélioration des conditions de vie des gens C.N.E. / C.M.R.S. Nettoyage des canaux, ramassage de fatras Amélioration des conditions de vie des gens

Mairie du Cap Destruction des maisons construites sur les canaux de drainage Écoulement plus facile des eaux de pluie, Diminution du risque d être emporté par les eaux en furie M.S.P.P. Fumigation anti moustiquevaccination Amélioration des conditions de vie des gens CROIX ROUGE Délogement des sinistrés Diminution dans les pertes en vie humaine D.D.P.C. Délogement des sinistrés Diminution dans les pertes en vie humaine D.D.A.N./ O.D.N. Captage d eau Amélioration des conditions de vie des gens Notes 1 Tout particulièrement : Shada I, Shada II, Barrière Bouteille et Charrier 2 Faux titres de propriété, contestation de titres, etc. 3 Les responsables du secteur de l eau au Cap-Haïtien (SNEP) sont accusés par la population d en être complices. 4 Woodring et al. 1924. Géologie de la République d Haïti 5 Il est fort probable que ces vendeurs s approvisionnent à partir d effluents d usines à glace et de distilleries ou dans des puits 6 L institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) interdit la démolition volontaire des anciennes maisons historiques 7 Défections de leaders insatisfaits, opinions politiques divergentes II. Carrefour-Feuilles 1. BREVE PRESENTATION DU QUARTIER DE CARREFOUR-FEUILLES 1) Localisation, limites administratives et urbanisation Le quartier de Carrefour Feuilles est situé au sud de la ville de Port-au-Prince, au pied du morne l Hôpital dont le sommet atteint 1 044 m à Boutilliers avec des pentes moyennes supérieures à 30%. Le quartier est limité au nord par la rue Alerte, à l ouest par la ravine Bréa, à l est par l avenue du Chili et enfin au sud par le Morne l Hôpital. En comparaison des anciens quartiers des abords du centre historique de Port-au-Prince, Carrefour Feuilles fait figure de quartier plus ou moins récent dont la colonisation remonte aux années 1940. Néanmoins, jusque dans les années 60, le quartier était encore faiblement urbanisé. Ce n est qu à partir des années 70 et 80 que la population du quartier augmente rapidement et significativement. Selon l IHSI, elle était estimée à 40.244 habitants en 1996. L urbanisation et la densification entraînent la taudification progressive du quartier.

L extension spatiale du quartier 1 se fait sur les fortes pentes du Morne de l Hôpital car il ne peut s étendre dans les autres directions. Le déboisement et le défrichement qui ont suivi a eu des conséquences désastreuses sur la végétation et l environnement en général. 2) Géologie, reliefs et sols Du point de vue géologique ou géotectonique, le quartier de Carrefour-Feuilles se trouve directement sur une faille qui fait partie du champ de failles bordant le fossé d effondrement du Cul de Sac (Vallée d Enriquillo). Celle-ci sépare le terrain miocène servant d assise à la ville de Port-au-Prince et le terrain éocène du morne l Hôpital constitué de calcaires friables et antérieurement durs très mélanisés par l action tectonique liée au faillage plio-pléistocène. C est, par conséquent, un terrain meuble et instable, composé essentiellement de tufs calcaires et de calcaires marneux. La dégradation de l environnement constatée sur le Morne de l Hôpital explique que le quartier est traversé par tout un réseau de ravines et de rivières dont la force torrentielle s amplifie considérablement de jour en jour. 2. MENACES ET RISQUES DANS LE QUARTIER DE CARREFOUR FEUILLES 1) Menaces et risques naturels 1. Cyclones et fortes averses 0 Les cyclones ne frappent pas directement le quartier de Carrefour Feuilles qui, tout comme Port-au-Prince, bénéficie de la protection du massif de la Selle. Ce quartier est, cependant, grandement affecté par ces événements climatiques et par les fortes averses et pluies vues la densification et la taudification actuelle de ce quartier. Quoiqu il soit indéniable que le passage de cyclones avec pluies et vents ait des effets désastreux importants sur le quartier, les averses et pluies, en saison pluvieuse tout particulièrement, donnent régulièrement lieu à des catastrophes. Les pluies exceptionnelles hors des saisons pluvieuses ne sont pas moins dangereuses : c est le cas de la fameuse averse du 10 juillet 1987. Maisons et infrastructures publiques sont alors fortement endommagées et emportées par les eaux en furie. Les habitations sont souvent complètement ensablées. Au moment du passage de cyclones, ces dégâts sont grandement amplifiés et les problèmes multipliés en comparaison aux événements climatiques saisonniers. Aussi enregistre-t-on une augmentation significative du nombre de maisons qui s effondrent ou qui sont emportées. Les habitants du quartier se rappellent particulièrement du passage des cyclones Gordon et Georges. Pour le premier, 10 morts ont été enregistrés suite à l effondrement d une maison. Le déboisement/défrichement et la nature du sol et du sous-sol du Morne l Hôpital rendant le quartier de Carrefour-Feuilles encore plus vulnérable aux intempéries et événements climatiques. Le quartier devrait bénéficier d une attention particulière dès le début de la première saison pluvieuse (mi-avril) jusqu à la fin de la saison cyclonique (fin novembre). 2. Inondations et crues torrentielles 0 Les eaux en furie représentent une menace permanente pour Carrefour-Feuilles vu que le quartier se trouve sur le piémont du Morne l Hôpital et construit sur des pentes. En effet, comme exposé précédemment, ce phénomène se produit si fréquemment et si violemment que les enfants ne sont plus autorisés à se baigner quand il pleut de peur qu ils ne soient emportés.

De nombreux cas de mortalité ont été enregistrés suite au passage de cyclones et à l occasion de pluies ou d averses. Tout est emporté : hommes, femmes, enfants, animaux et maisons. Les routes et autres infrastructures sont fortement endommagées. L accotement des routes et la base des mornes sont affouillés. Les conséquences sont ressenties même quelques jours après les pluies. Les immondices, la boue et l eau empêchent la circulation sur les chemins et dans les corridors. Les enfants ont du mal à se rendre à l école. Les eaux déposent souvent des immondices dans les résidences. Les conséquences des eaux en furie s amplifieront en relation directe avec la dégradation de l environnement et la taudification du quartier. 3. Glissements de terrain 0 La pédologie et la géologie du quartier font que les éboulements sont courants. L exploitation de carrières de sable fragilise encore plus le substrat. De nombreuses maisons sont construites dans les abords immédiats de ces carrières. Des maisons sont souvent emportées lors des éboulements et des effondrements des berges des ravines et des rivières traversant le quartier. Le détachement de roches des mornes écrasent parfois les maisons au bas des pentes. 4. Les tremblements de terre 0 Situé directement sur la faille Enriquillo qui le traverse d est en ouest, le quartier de Carrefour Feuilles est à risque sur le plan sismique. Le fossé d effondrement du Cul de Sac qui a été très actif entre 1750 et 1770 et a entraîné la destruction de la ville de Port-au-Prince, peut se réactiver à tout moment. Beaucoup de résidents du quartier disent avoir ressenti des tremblements de terre de très faible intensité dans le quartier. 2) Menaces et risques anthropiques 1. Déboisement / défrichage 0 L expansion du quartier vers le morne l Hôpital va de pair avec le déboisement et le défrichement des espaces boisés, l extension des jardins cultivés et des jachères pâturées par des animaux appartenant le plus souvent aux habitants du quartier 2. Tout ceci fragilise grandement l environnement en amplifiant les conséquences résultant des menaces naturelles. Les espaces antérieurement occupés par la végétation sont aménagés pour l érection de maisons. Le quartier s agrandit à vue d œil. Cette bétonisation des versants conduit à leur imperméabilisation. Ainsi, comme le ruissellement l emporte sur l infiltration, le débit et la vitesse des eaux pluviales augmentent tandis que le débit des sources diminue. Des glissements de pans entiers de montagne sont à craindre. 2. Conflits terriens 0 Forts d une certaine autorité politique, des «meneurs locaux» squattérisent des terres de l État et des propriétés privées pour installer leurs maisons ou procéder à des lotissements. La plupart de ces nouvelles maisons sont construites sur des terrains acquis de la sorte. Cette situation donne lieu à des conflits avec les préposés de l État ou avec les propriétaires victimes. Des conflits éclatent également entre voisins lors de la préparation des emplacements. En effet, les habitants s installant en contrebas fouillent parfois jusqu à la limite des fondations de la maison située au dessus, au risque de causer un écroulement.

3 0. Manière de construire La colonisation se fait rapidement et les habitants ont très peu de temps pour construire leurs maisons. Les habitations sont de ce fait peu sécuritaires, ce qui occasionne de nombreux effondrements. Les cas les plus marquants sont encore vivants dans la mémoire collective : Lors du passage de Gordon, à l impasse Rigal, un mur s est effondré sur une maisonnette tuant les six femmes et l homme qui l habitaient ; En 1997, une maison s est effondrée sur une famille entière à 9 heures du matin; il n y avait pas de pluie et le sol était particulièrement sec ; Lors du passage du Cyclone Georges en 1998 et suite à un éboulement, une maison s est effondrée ensevelissant toute une famille. Cette maison était construite à proximité d une ravine. Dans un autre cas similaire, une mère et son bébé de six mois ont trouvé la mort ; Au cours de l année 2000, un enfant de trois ans a perdu la vie lorsque vers 11:00 du matin, cinq maisons se sont écroulées. Ces témoignages montrent clairement la précarité des maisons de ce quartier. Plusieurs éléments expliquent cette situation : a. La localisation et l emplacement des maisons Quand les migrants arrivent de la province, ils s installent n importe où, même dans des endroits à risque.: les maisons sont construites aux abords immédiats des rivières, des ravines ou carrément dans leurs lits, sur des terrains fortement pentus et accidentés, aux pieds ou au sommet des carrières des sable, sur des monticules de terre non encore stabilisés... On construit même dans les cimetières, sur les emplacements de tombes comme à Mòn Mari. Les constructions situées aux abords des ravines et des rivières sont emportées par les eaux en furie. Dans ces endroits, les résidences sont entourées en permanence d eaux malsaines et d immondices. Certaines ravines, bâties sur toute leur longueur et même en plein milieu de leurs lits, se perdent sous les constructions. C est le cas de la ravine Martelly qui disparaît sous les constructions de la rue Muller. b. La qualité des constructions Les maisons ne sont pas solides. Elles sont construites sans les fondations appropriées. Ce problème est à l origine de l effondrement de plusieurs maisons, particulièrement celles construites sur les pentes. Les habitants n ont pas les moyens d utiliser du fer ou suffisamment de ciment pour consolider leurs constructions. Quand il pleut et qu il vente, ils passent la nuit à veiller de peur que les murs ne s effondrent (Tè Blanch). La solidité de la construction varie d une maison à l autre, selon les moyens des propriétaires. 3 Dans certains cas, les maisons sont palissadées en tôle tandis que des fouilles de sable sont pratiquées à l intérieur, à même le plancher. c. L absence de règles d urbanisme Les maisons sont construites très proches les unes des autres et sur les pentes, en escalier. Il n existe pas de système de drainage ni d évacuation des déchets de ménage. Les constructions, au contraire, perturbent les réseaux de drainage naturels (les pentes). Les déchets sont jetés directement dans les rares égouts qui existent, dans les ravines ou dans les voies de circulation.

Les maisons les plus solides, souvent entourées de murs de protection, concentrent et détournent les eaux en furie vers les constructions plus fragiles. Ceci a déjà causé des mortalités dans certaines zones du quartier (rue Mgr Guilloux prolongée, Nan Siko). Il est difficile pour les démunis de faire valoir leurs revendications vu qu aucune règle n existe en la matière. De plus, les résidents mieux nantis se comportant ainsi bénéficient souvent de l appui d autorités locales. L augmentation des flux de migration vers Port-au-Prince, rongera de plus en plus le Morne l Hôpital. 4. Environnement sanitaire 0 Les conditions décrites auparavant contribuent à détériorer l environnement sanitaire, devenu particulièrement précaire dans le quartier de Carrefour-Feuilles. Les immondices se retrouvent partout : dans les ravines, aux environs immédiats des maisons d habitation et des sources. Dans les piles d immondices on rencontre un peu de tout (cadavres de chiens et excréments, par exemple). Les mouches qui pullulent sur les piles d immondices contaminent la nourriture et l eau de boisson, devenant ainsi des vecteur de maladies principalement pour les enfants et les nourrissons. Comme le nombre de latrines est limité, les lits des ravines, les terrains vagues, les rues et corridors en font office. 5. Eau de boisson 0 En général, il y a une pénurie d eau propre pouvant servir à la boisson dans le quartier de Carrefour-Feuilles. L eau devient de moins en moins accessible particulièrement aux habitants résidant au haut du morne qui se trouvent au-dessus de la ligne des sources. La compétition avec les habitants des quartiers avoisinants pour cette ressource vitale et limitée est forte. La qualité de l eau des sources laisse à désirer : elle est contaminée par les matières fécales. Elle est parfois saline et ne fait pas mousser le savon. 6. Mauvais état des routes et circulation 0 à l intérieur des habitations La rue Monseigneur Guilloux traverse le quartier de Carrefour Feuilles, conduit aux mines de sables situées en amont et de ce fait est très fréquentée par des véhicules lourds. Elle est souvent en mauvais état et les accidents y sont très courants. Dans de nombreux cas, les habitations sont inaccessibles car le passage est obstrué. Les pompiers ont des difficultés pour y pénétrer en cas d incendies ou d effondrement de maisons. Les camions devant se charger du ramassage des ordures font face au même problème. Les routes inachevées et non aménagées sont à l origine de trombes d eau qui causent érosion et accidents. La circulation des piétions est également entravée, même en période sèche. Les bouches d égouts de nombreuses rues ne sont pas couvertes et les habitants y tombent. Il arrive même qu au moment des pluies, des personnes tombent dans des égouts et soient emportées. Les eaux en furie détériorent les routes et les infrastructures de drainage. Il faudrait donc les entretenir en permanence. 7. Insécurité et rixes entre les groupes armés et les groupes de différents quartiers 0 Au fil du temps, le haut du quartier s est transformé en un véritable repère pour les groupes de malfaiteurs de tous ordres. Des gangs pourchassés dans d autres quartiers de Port-au- Prince, se réfugient à Carrefour-Feuilles et y organisent une base.

Les batailles rangées entre bandes rivales deviennent de plus en plus fréquentes. Les exactions et les actes criminels à l endroit de la population se multiplient. Des coups de feu sont tirés régulièrement en plein jour et durant la nuit. Des habitants sont brutalement assassinés à l arme blanche. Les résidences des habitants du quartier font l objet de jets de pierres ou sont incendiées. Les gangs se livrent à des actes criminels graves. Des jeunes filles sont séquestrées, battues et violées. Dans certaines zones, elles ne peuvent plus circuler au delà de six heures du soir. Les viols d enfants sont courants. En 2001, huit jeunes garçons ont violé une fillette de 9 ans. Des viols à caractère homosexuel sont aussi à signaler. Les zones les plus réputées pour le viol sont : Kafou Saye, Savane Pistache, Fort Mercredi, Dekayèt, Sicot prolongé, Cité Caridad, Zone Sanatorium. Le viol est moins fréquent dans les endroits où les routes sont praticables. Souvent, les jeunes des gangs se droguent avant de commettre leurs forfaits. Ils invitent parfois les passants à se joindre à eux. S ils résistent, les gangs exercent des représailles en brûlant leurs maisons, par exemple. Aussi, les habitants se taisent et ne dénoncent plus de tels actes. Les bandits pullulent dans certaines zones où la police ne peut pénétrer. Les bandits déclarent qu ils ne toléreront pas la présence de «babylones» dans le quartier. Les habitants de Carrefour-Feuilles insistent que le quartier est bon et que ces bandits viennent d ailleurs. 8. Conflits pour les ressources naturelles, mines et carrières 0 La construction de nouvelles maisons d habitation à un rythme soutenu crée une pression énorme sur les ressources naturelles de la zone : mines et carrières, eau, bois, etc. Les méthodes utilisées pour l extraction du sable sont peu sécuritaires : plusieurs ouvriers ont été ensevelis en fouillant le sable. Sans-abri et bandits se réfugient dans les grottes laissées par les fouilles de sable. Les habitants du quartier considèrent ces grottes, qui peuvent s effondrer à tout instant, comme des tombes (catacombes). Les victimes des effondrements en sortent souvent infirmes. 9. Incendies 0 Les incendies, bien que peu fréquents, se propagent vite compte tenu de l agencement des constructions. Les dégâts sont d autant plus considérables que les pompiers ne peuvent accéder aux habitations. 3. HIERARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES 1) Priorisation des menaces et des risques Les menaces et risques affectant le quartier de Carrefour-Feuilles sont multiples et concernent tous les aspects de la vie quotidienne. Les travaux en atelier ont mis en évidence les priorités répertoriées dans le Tableau 32. Tableau 32. Priorisation des menaces et des risques établis par la population locale Ordre de priorité Groupe I Groupe II Groupe III Groupe IV

1 2 État des routes et accidents Localisation et Qualité des Constructions Eaux en furie Déboisement-Défrichage Déboisement Défrichage Déboisement-Défrichage 3 Eau de Boisson Eau de Boisson Eaux en furie État des routes et accidents Localisation et Qualité des Constructions Eaux en furie Les menaces et risques prioritaires sont presque les mêmes bien que l ordre de priorité varie d un groupe à l autre. Les participants ont classé les menaces et les risques par ordre d importance comme suit : Déboisement / défrichage Eaux en furie Localisation et qualité des constructions Eau de boisson État des routes et accidents. Pour les habitants du quartier, ces menaces et risques sont intimement liés. Le déboisement élevé et croissant du Morne l Hôpital ne fait qu amplifier d année en année les dégâts et les niveaux de risque liés à l érosion, aux eaux en furie, aux éboulements, à la qualité de l eau et à l insalubrité de l environnement. Toutefois, les inondations et eaux en furie représentent à la fois la menace et le risque les plus redoutables de ce quartier en raison du déboisement total des versants. Les soucis des habitants se concentrent sur les ravines, sources d ennuis, de pertes économiques et de vies humaines à la moindre averse. Les eaux en furie réduisent la durée de vie des infrastructures et détériorent tout particulièrement les routes qui sont, d autre part, détruites par le passage répété de camions de transport de sable desservant les mines de la zone. Les chemins intérieurs s embourbent et se ravinent, ce qui rend encore plus difficile l accès aux maisons (voir Graphique 10). Graphique 10. Relations logiques entre les problèmes dans les quartiers populaires de piedmont

Par ailleurs, les inondations et les eaux en furie affectent sérieusement la vie socioéconomique de ce quartier à forte dominance de chômeurs. Le fonctionnement des foyers et familles repose sur les activités économiques entreprises par les femmes, dont le petit commerce est souvent paralysé par ce phénomène : les marchandes et les potentiels acheteurs craignent de sortir lors des pluies qui durent parfois 2 à 3 jours. La situation s aggrave la nuit quand il y a coupure d électricité : ceux qui osent sortir courent le risque d être emportés par les eaux en furie. Après les averses, les routes sont obstruées par les roches et les immondices, ce qui limite encore plus les activités. Les femmes glissent sur le sol boueux et tombent : les marchandises transportées sont à l occasion souillées et même perdues. Tableau 33. Caractéristiques des zones vulnérables et moins vulnérables Zones moins vulnérables Zones vulnérables Grandes maisons en dur Petites maisonnettes Présence d'arbres Absence de végétation Présence d'escaliers en béton Absence d'escaliers en béton Maisons éloignées des ravines Localisation des maisonnettes dans les ravines

Présence de canalisation Pas de drainage (de canalisation) Mauvaise canalisation 2) Répartition spatiale et niveaux de risques Il est difficile de faire ressortir les niveaux de risques (élevé, moyen, faible) pour Carrefour- Feuilles tant la vulnérabilité est grande et le phénomène des inondations et eaux en furie, grave. Toutefois les participants aux rencontres considèrent que certaines sont plus vulnérables que d autres («zòn asire, zòn pa asire»). Toutes les habitations jouxtant les ravines Marteli, Sicot, Zonyon, Dekayèt et Miwon sont à haut risque. Les zones les plus vulnérables sont celles où il y a une forte densité de maisonnettes situées sur les berges et dans les lits des ravines, là où il n y a pas d escaliers en béton, de canaux de drainage ou de végétation (voir Tableau 33). Les participants pensent que la construction de canaux ne suffirait pas à rendre la zone moins vulnérable puisque des systèmes de canalisation mal conçus occasionnent des dégâts encore plus importants. C est le cas des rues Mgr Guilloux et Magloire Ambroise prolongées. De même, ils estiment que les habitations dépourvues d organisations, notamment de femmes, sont encore plus vulnérables puisque celles-ci contribuent à sauver des milliers de vies grâce à leurs systèmes traditionnels de préparation, d alerte et de secours aux victimes. Le tableau 34 (p. 191) présente la spatialisation et la hiérarchisation des habitations selon leur niveau de risque relatif aux inondations et eaux en furie. Les habitations se trouvant au prolongement de la rue Magloire Ambroise, dans la zone du Sanatorium, à Sicot, à Dekayèt et Fort Mercredi, nan Tinèl, zone Muller et Laraque sont les plus risquées. Tableau 34. Les ravines à risque et les habitations menaces Ravines Habitations / Zones traversées Habitations menacées Marteli Sicot Miwon Zonyon Dekayèt / Fort Mercredi - Savane Pistache - Mgr Guilloux (en face Sanatorium) - Doko - Carrefour Chien - Tè Blanch - Sicot - Tunel - Miwon - Tunel - Policard jusqu'à Magloire Ambroise - Rue Cameau - - Morne l'hôpital - Dekayèt - Zone Église Nicolas - Savane Pistache - Ruelle 1 ère Laraque - Sicot - Marché Tunel jusqu'à la Rue Magloire Ambroise - Zone bureau CAM Transfert - Magloire Ambroise (prolongée) / Impasse Eddy - Ti Dekayèt - Fort Mercredi

- Caridad - Miwon jusqu'à Dalles - 2 e à 5 e Avenue 4. LES CAPACITÉS LOCALES DE RÉPONSE 1) Actions mises en place par la population 1 0. Stratégies Face à ces menaces et risques, la population du quartier a mis en place toute une série de stratégies. Ces dernières reposent principalement sur : l information, l éducation, la sensibilisation et la mobilisation la solidarité, la mise en commun de moyens et de ressources. a. Information, éducation, sensibilisation et mobilisation Les actions d information, d éducation, de sensibilisation et mobilisation sont les plus fréquentes. Elles touchent les sujets et activités liés aux problèmes majeurs du quartier comme le déboisement, les eaux en furie, les déchets, l eau et les modes de construction. Les méthodes utilisées sont les séminaires, les réunions de quartier, les interventions radiophoniques et le porte-à-porte. De telles actions sont et demeurent essentielles dans le cadre de la prévention et de la préparation par rapport aux menaces et aux risques. Elles prennent encore plus d importance quand les services et l encadrement spécialisés ne sont pas présents. Ces actions valorisent bien les disponibilités en ressources humaines des organisations et peuvent être mises en œuvre avec très peu de moyens économiques. Néanmoins, les conseils et informations venant des gens même de la communauté ont dans certains cas très peu de poids. Il devient de plus en plus important que les organisations qui s y impliquent, soient crédibles. b. Solidarité Les habitants s organisent en groupes (konbit) pour réaliser des travaux essentiellement de nature communautaire : construction et nettoyage de canaux de drainage, collecte d ordures. Les voisins s appuient mutuellement (hébergement en cas de difficultés). Lors du passage des eaux par exemple, les résidents mieux lotis et disposant de maisons plus sécuritaires hébergent les voisins dont les habitations sont menacées. Ceci permet d éviter des pertes en vie humaine et réduit le nombre de victimes. c. Mise en commun de moyens et de ressources Les habitants cotisent également. Les montants collectés sont utilisés pour réaliser de petits aménagements. Ces cotisations servent aussi à aider les familles à inhumer leurs morts. De même les victimes de catastrophes ayant perdu leurs effets personnels, bénéficient de dons d habits et de certains ustensiles de la part de voisins, d amis et de parents.

2 0. Actions entreprises Par rapport aux menaces et risques identifiés et hiérarchisés antérieurement, les habitants de Carrefour- Feuilles mettent en œuvre les solutions suivantes : a. Au niveau du reboisement Des séances de sensibilisation informent des effets néfastes du déboisement et sur la nécessité de protéger les arbres et d en planter. Des campagnes de reboisement, même très limitées, sont organisées et des clôtures érigées pour protéger les jeunes arbres des animaux. b. Au niveau des inondations et des eaux en furie Les enfants sont interdits de sortir au moment des averses pour qu ils ne soient pas emportés par les eaux. Les habitants se cotisent pour aménager les chemins et bétonner les escaliers sur les pentes et où les eaux en furie ont tendance à favoriser des affouillements. Ces aménagements aident, du même coup, à consolider les fondations des habitations attenantes en limitant les affouillements. Ces travaux diminuent la quantité de boue sur les chemins et facilitent la circulation des piétons. Les résidents installent également des gabions et des sacs de terre ou de sable dans les endroits où l eau s attaque aux berges des ravines et des rivières et où il y a des infrastructures à protéger. Ils érigent aussi des parapets aux abords des ravines pour éviter que des véhicules y tombent. Après les averses, les habitants s organisent pour canaliser l eau facilitant ainsi son évacuation. Les canalisations et les rigoles sont débarrassées des immondices pour que l eau puisse circuler et être amenée vers les drains naturels. Après le passage des eaux, des travaux collectifs sont organisés pour désensabler les maisons. c. Au niveau de la manière de construire Les organisations locales mettent en garde contre les constructions dans les endroits à risque : lit des ravines et des rivières, sur les berges, etc. Ceci a malheureusement peu de portée considérant la course au logement à Carrefour-Feuilles. Ces organisations signalent aussi à la population les endroits où des murs fissurés risquent de se renverser. Le propriétaire de la maison ou de la propriété concernée est également prévenu. d. Au niveau de l eau de boisson L eau de boisson est une grande préoccupation pour les habitants de Carrefour-Feuilles. Les organisations locales ont mené plusieurs campagnes de sensibilisation sur la mauvaise qualité de l eau utilisée, sur le niveau de mortalité (surtout chez les enfants) et sur les maladies qui y sont liées. Beaucoup de groupements (d hommes et de femmes) sont initiés aux méthodes de traitement de l eau pour la rendre potable : comment bouillir l eau, la chloration (chlore liquide, tablettes), etc. Une grande mobilisation est mise en place autour de cette problématique. De nombreuses démarches ont été entamées pour résoudre les problèmes d indisponibilité d eau potable dans la partie haute de Carrefour-Feuilles: l installation d un système d adduction est enclenché depuis plus d un an.

Les ASECS ainsi que les représentants de la Centrale Métropolitaine d Eau Potable (CAMEP) et de l Organisation pour la Surveillance et l Aménagement du Morne l Hôpital (OSAMH) ont été touchés du problème. Un projet d eau potable (pompage, réservoir, fontaines de distribution) est à l étude. Des promesses ont été faites et le chantier devrait démarrer bientôt. e. Au niveau des routes, des accidents et de l accès aux résidences Les habitants construisent des ponts piétons sur les ravines et cotisent pour ériger des dos d âne afin de ralentir l allure des camions. Les organisations conseillent aux habitants de circuler après le passage des eaux afin qu ils ne tombent pas dans les égouts. f. Au niveau des cyclones et intempéries Quand il y a annonce de cyclone ou d un événement climatique exceptionnel, les membres des organisations, aidés de sifflets, passent de maison en maison pour avertir les habitants du quartier et la population en général. g. Au niveau de l assainissement et de l environnement sanitaire Il est suggéré aux marchandes d enlever le vert des légumes là où elles se les procurent pour réduire le volume des immondices dans le quartier. Les habitants du quartier organisent des campagnes de nettoyage et de balayage : les immondices sont amassés puis brûlés dans les ravines. h. Au niveau de l insécurité et des actes criminels En dépit des représailles auxquelles ils s exposent certains habitants et organisations tentent jusqu à présent de s opposer aux gangs, principalement pour empêcher les viols. Les organisations de femmes dénoncent régulièrement ces crimes à la presse et à des organisations spécialisées. 2) Organisations 1. Organisations locales 0 Tous les efforts cités plus haut sont le fruit d initiatives tant individuelles que collectives. Les principales organisations du quartier y ayant contribué sont des organisations de femmes, connues comme étant les plus structurées et les plus dynamiques au niveau de la mobilisation sociale dans le quartier de Carrefour-Feuilles: PEJEF (Programme d Encadrement pour Jeunes, Femmes et Enfants) ; Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA); Association pour la Promotion de la Santé Intégrale de la Famille (APROSIFA). Les membres de ces organisations sont, dans l ensemble, des chômeuses. Leurs activités sont principalement liées au crédit pour le commerce et à la formation (sur l hygiène, l alimentation, le droit civique, etc.). De nombreuses femmes du quartier ont pu développer un petit commerce grâce à ces organisations. Elles évoluent au niveau du secteur informel. Cependant, même quand ce petit commerce les aide à faire face aux problèmes quotidiens, elles n en demeurent pas moins vulnérables. En effet, leurs activités économiques sont toujours affectées par les événements catastrophiques. Les catastrophes peuvent induire une décapitalisation, obligeant les femmes à s endetter encore plus, d où une aggravation de la pauvreté et de la vulnérabilité.

Tableau 35. Organisations et types d intervention Organisations Interventions Impact sur la vulnérabilité APROSIFA SOFA CPSG OXFAM-GB - Sensibilisation contre les épidémies et les dangers liées aux maladies sexuellement transmissibles - Formation sur les soins à donner aux bébés - Suivi des femmes enceintes - Vente de médicaments de qualité à la population à bons prix - Prêts aux petites commerçantes à des taux abordables - Financement et encadrement d'organisations locales de femmes - Augmentation de la couverture sanitaire dans le quartier - Amélioration de la couverture sanitaire - Meilleures santé économique des ménages - Augmentation des capacités de réponses des organisations 2 0. Institutions intervenant à Carrefour-Feuilles a. Institutions et structures étatiques Très peu d institutions et de structures étatiques interviennent à Carrefour-Feuilles dans le domaine des risques et des désastres. On y trouve deux types d organisations étatiques: Les Conseils d Administration des Sections Communales (CASEC). Ils n ont pas de moyens à leur disposition et par conséquent ne peuvent rien mettre en œuvre. Ils prennent parfois part aux actions de mobilisation à côté des organisations de la population. Cependant, en cas de désastres, beaucoup d entre eux profitent pour s enrichir au détriment des victimes. L OSAMH. Cette institution préposée à la sauvegarde du Morne l Hôpital entreprend différentes activités devant limiter les risques d érosion et de mouvements de terrain comme le reboisement et l érection de structures de conservation de sols (murs secs). Toutefois, leur impact est peu évident face à la pression grandissante de la migration, à l agressivité des gangs et à la corruption généralisée. Les habitants semblent ne plus croire aux capacités des structures étatiques à résoudre de manière durable les problèmes auxquels ils sont confrontés, d autant plus que certaines interventions ont contribué à aggraver la situation au lieu de l améliorer. C est le cas des canaux construits par le ministère des Travaux Publics au prolongement de la rue Magloire Ambroise, zone fréquemment dévastée par les eaux en furie. Ces canaux ont été vite saturés par les sédiments provenant des mornes, parce qu aucune correction n avait été apportée en amont. Bien que la population considère l État comme totalement absent dans les domaines de la gestion des risques et des désastres, elle estime malgré tout que les solutions relèvent de politiques d État car elles sont d envergure et nécessitent des moyens énormes. Ils n ont qu une très vague idée de l OPDES et de la DPC, les deux services de l État spécialisés dans la prévention et la gestion des risques et des désastres. b. ONGs et coopératives Apparemment, peu d organisations interviennent au niveau de la gestion des risques et des désastres dans le quartier de Carrefour-Feuilles. Les participants ont mentionné quatre

organisations et une coopérative avec lesquelles ils entretiennent des relations directes ou indirectes (voir le Tableau 35 ci-dessus). Les activités réalisées par ces organisations visent davantage à réduire la vulnérabilité et n entrent pas dans le cadre de la gestion des risques et des désastres. Ces organisations reçoivent toutes une aide financière d Oxfam qui est considéré comme un partenaire de choix. Elles entretiennent aussi des relations avec d autres institutions internationales comme l UNICEF pour le financement de projets d adduction d eau potable devant desservir les zones du quartier situées en amont des sources. Notes 1 2 3 Il en est de même dans plusieurs autres quartiers de Port-au-Prince Le plus souvent des agriculteurs-paysans originaire du milieu rural Temples protestants, écoles, professionnels, familles aidées par la diaspora, etc. III. Cayes Jacmel / Marigot 1. BREVE PRÉSENTATION DES COMMUNES DE CAYES- JACMEL ET DE MARIGOT 1) Localisation, limites administratives et urbanisation Les Communes de Cayes-Jacmel et de Marigot font partie du département du Sud-Est et de l arrondissement de Jacmel. Elles sont localisées à l est de Jacmel sur l axe Jacmel-Belle Anse. Ce sont deux bourgs côtiers qui s étendent sur l axe jusqu aux confins du versant sud du massif de La Selle. La population de la zone est presque exclusivement rurale et vit essentiellement de l agriculture. À côté de l agriculture et dans un souci d améliorer leurs revenus, de plus en plus d habitants se consacrent à l artisanat (ébénisterie, fabrication de chapeaux, couture, forge et ferronnerie, confiserie ). La commune de Cayes-Jacmel s est taillée une sérieuse réputation dans la fabrication de chaises de mombin bâtard avec assise de latanier tressé. On les dit indestructibles. 2) Géologie, reliefs et sols Le substrat géologique est essentiellement calcaire. Généralement, les plaines de la frange côtière reposent sur une formation corallienne et les hauts massifs sont constitués par des formations karstiques. Entre les plaines et les hauts massifs, l on retrouve soit des couches de calcaires plus tendres, marneux et détritiques, des sédimentations provenant d éboulis et, enfin, des basaltes et des granites. Basaltes, calcaires tendres et sédiments sont très sensibles à l érosion. Les éboulements sont assez fréquents dans les chaînes de montagnes pentues de la région, fortement dégradées par l érosion, surtout lors de fortes averses et activités tectoniques. Le relief accidenté de la zone, les falaises ainsi que les zones de rupture de pente témoignent d une activité sismique importante dans le passé. On note également la présence d un faillage tectonique très dense dans la région.

Ces communes recoupent toute une gamme de milieux écologiques allant de la plaine côtière où la vie s organise particulièrement autour de périmètres irrigués et de la pêche en passant par des pentes, des plateaux étagés et des vallées pour aller jusqu aux montagnes humides où il tombe plus de 2000 mm de pluie. La saison pluvieuse s étale d avril à novembre avec un léger creux aux mois de juin et de juillet. Les fortes averses ainsi que les pluies abondantes qui accompagnent les cyclones sont, dans les zones de montagne, à l origine de griffes d érosion et d affouillements de ravines et, dans les plaines, d inondations. Ce genre d événement a tendance à s amplifier et à se reproduire de plus en plus souvent surtout que ces deux communes sont traversées par de nombreuses rivières et cours d eau. A la fin de l été, la zone est particulièrement exposée aux coups de vent, aux tempêtes tropicales et aux cyclones. Le vent s engouffre dans les vallées occasionnant d importants dégâts. Dans les plaines côtières, l agriculture est vivrière : grains (céréales, légumineuses), tubercules (manioc, patate) et banane. Les arbres fruitiers s y développent bien grâce aux facilités d arrosage et à la profondeur du sol. Dans les mornes de moyenne altitude, en plus de la culture de grains et de tubercules (nette prépondérance de l igname), les paysans s adonnent aux cultures arbustives et fruitières (principalement café, agrumes et avocatiers). À plus de 700 m d altitude, les cultures maraîchères apparaissent (chou, petit pois, pomme de terre) en lisière d espaces forestiers (pinus principalement). 2. MENACES ET RISQUES À CAYES-JACMEL ET À MARIGOT 1) Menaces et risques naturels 1. Cyclones et fortes averses 0 La région du Sud-Est est l une des régions d Haïti les plus touchées par les cyclones. Les communes de Cayes-Jacmel et Marigot sont tout particulièrement exposées aux cyclones. Compte tenu de la dégradation de l environnement, de la construction de maisons aux abords des mers et des rivières, des infrastructures communautaires construites dans les bassins versants ou aux pieds des mornes, ces deux communes sont plutôt vulnérables aux cyclones et/ou aux fortes averses. Dans plusieurs localités il suffit de quelques heures de pluies pour que l eau des ravins envahissent les plantations et inondent les habitations. La vie économique et sociale est alors paralysée, le commerce et le transport cessent de fonctionner. Les écoles ferment : les élèves ne peuvent pas s y rendre à pied à cause des rivières en crue et des routes inondées. Les cyclones ont durement touché ces deux communes et affecté les résidents. Les habitants se souviennent encore des dégâts causés par les cyclones Flora (1963), Inès (1966) et Allen (1980). Le bilan a été lourd: destruction de maisons et de plantations entières, mort de bétail, délabrement d infrastructures communautaires par les inondations, les éboulements ou le vent. A Cayes-Jacmel, dans la section de Gaillard, des localités telles que Corail-Ana, Lapierre, Modèle, Télémaque, Kajen, Petit Seguin, Morne-à-Bruler ont été les plus touchées par ces cyclones. Ces localités situées à haute altitude sont, en effet, très exposées au vent. Les

maisons établies au pied des mornes sont inondées. En dévalant les pentes, les eaux en furie détachent de grosses roches. Les éboulements ainsi causés endommagent les habitations. Dans la section de Ravine-Normande, des dégâts similaires ont été enregistrés dans les localités de Bossier, Tavette, Barrière, Bambou, Périmètre Petite Place et Grande Place, Corail Fabre et Petit Corail. Comme ces zones sont à proximité de rivières et de la mer, les dommages sont en grande partie causés par des vents et par des inondations (raz-de-marée). Les habitants du centre-ville et de la côte, jusqu à Raymond-les-Bains sont très exposés. En effet, au moment des cyclones et sous l effet de gros vents, les vagues inondent ou emportent maisons et jardins. À Marigot, la rivière Fèls (renforcée par les rivières Citronnier, Massacre et Pavé) a complètement inondé Pérédo et Savanne-Dubois. Des localités (Figuier, Seguin...) n ont pas été épargnées. Des glissements de terrains et des éboulements se sont produits à Guillaumonde et à Corail Sour.. Marigot a été inondé par les ravines et des infrastructures agricoles endommagées. Le vent a fait monter le niveau de la mer et de grosses vagues ont frappé de nombreux bateaux en pleine mer. Les effets du vent ont été catastrophiques également à Macary notamment dans les localités de Grand-Bois, Béry, Cassé-Dent, Siline, Fonds-Bourjois, Bertrand, Lavenu, Désira, Rémi, Lanmi, Paradelle, particulièrement exposées au vent. En 1980, à Cayes-Jacmel, dans les localités de Raymond, du centre-ville, Périmètre Grand- Place, Bossier, Tavette, Barrière, Périmètre Petite Place, Lagon, Corail Fabre des maisons ont été inondées par la mer et d autres se sont effondrées à cause des vents. Les deux derniers cyclones ayant touché Haïti, Gordon (1994) et Georges (1998), ont également causé des dégâts très importants dans ces mêmes sections communales. A Cayes- Jacmel, au niveau du secteur agricole, deux sections ont souffert beaucoup de pertes : celles de Haut Cap Rouge à cause des vents et celle de Gaillard à cause des inondations 1. 2. Éboulements et glissements de terrain 0 Dans les communes de Cayes-Jacmel et de Marigot, des éboulements se produisent souvent dans différentes zones. Dans la zone de Cajeun, les paysans qui habitent au bas du Morne-Pierrot sont très menacés. De grosses roches se détachent des mornes pouvant même entraîner des pertes en vies humaines. Les familles vivant au bas de mornes (Cadési, Morne-à- Brûler, Lapierre) ainsi que celles vivant dans les localités de Télémaque et de Panache sont aussi confrontées à de telles menaces. Les risques d éboulement sont également imminents dans la section communale de Ravine- Normande, à Cayes-Jacmel. Les localités les plus à risques sont : Auguste, Guingolé, Morne- Couline, Morne-Vaillant, Grand-Bois et José. Les éboulements du morne Igouine ont failli écraser de nombreuses maisons dans la localité de Macary, située au bas de ce morne. Nombre d habitants de ce village auraient pu y laisser leur vie. Un enfant qui allait chercher de l eau a été enterré par les roches et les couches de terre qui se sont détachées des berges d une ravine. D autres localités telles que Mirliton, Moril, Dommage, Abbé, Charmony, Diline, Minet, Lanmy, Fonds-Bourgeois, Bertrand, Désira et Chapi sont également menacées par les éboulements. Des glissements de terrain se produisent constamment dans la commune de Marigot, plus précisément dans la zone de Guillaumonde. La terre y est complètement fissurée : des maisons entières ont été détruites et des arbres sont tombés au fond de la mer. Les habitants ont dû abandonner la zone. Cependant, certains d entre eux s exposent encore aux risques car ils y reviennent durant les périodes de plantation ou de récolte. Les éboulements qui se produisent dans ces deux communes sont dues à :

l érosion des terres causée par le déboisement et les pratiques culturales de la population des zones montagneuses ; les eaux de ruissellement qui emportent tout sur leur parcours, notamment la couche arable. Par contre, les glissements de terrain qui se produisent régulièrement dans la zone de Guillaumonde sont occasionnés par l instabilité géologique et tectonique du sous-sol. 3 0. Inondations, eaux en furie Durant les périodes de grandes pluies ou de cyclones, la ville de Cayes-Jacmel et les sections communales avoisinantes enregistrent des dégâts considérables causés par les inondations. Beaucoup de familles ont perdu maisons, jardins et bétail. La ville de Cayes- Jacmel (les localités de Décade et La-Cour-Félix, en particulier) est souvent inondée par la rivière Labioche. En 1998, les murs de l École des sœurs ont été emportés par les eaux de cette rivière. Des pertes en vies humaines ont été enregistrées dans ces mêmes localités. Lors du passage du cyclone Gordon en 1994, la route reliant Jacmel à Cayes-Jacmel a été coupée par la rivière Jambette. D autres localités faisant partie de la section communale de Ravine-Normande (Bossier, Marotières, Raymond et Chéry) sont aussi exposées aux inondations causées par les débordements des rivières Jambette et Bambou et des ravines Capi et Kòkòtò. En 1994 et 1998, des pertes en vies humaines et matérielles y ont été enregistrées. À Macary, section communale de Marigot, beaucoup de maisons sont exposées aux inondations provoquées par la rivière Citronnier notamment dans les localités de Lanmy, Lilankou, Orno et de Café à Pérédo. Les habitants de la zone de Gôyave sont menacés par les inondations provoquées par les étangs Midi, Pouillette et Moulois tandis que la zone de Béri est menacée par la rivière Mado. Les eaux en furie en provenance des mornes Igouine et Respect inondent toute la zone jusqu à Marigot. A Marigot, la zone de Corail-Sourd est souvent inondée par les ravines Bois- Thomas et Ti-Feuille. A Peredo, la rivière Fèls, alimentée par trois autres rivières, submerge la ville de Marigot, les localités de Savane-Dubois et Petit-Seguin. Quand elle est en crue, elle endommage une bonne partie du système d irrigation de Rodaille, occasionnant par la suite l inondation de cette localité. Rodaille est, en plus, entourée de cinq grandes ravines qui la rendent encore plus vulnérable 2. 4. Tremblements de terre 0 La région est active sur le plan sismique. Le relief accidenté et les falaises observées dans les chaînes de montagne surplombant les communes de Cayes-Jacmel et de Marigot ainsi que les nombreuses secousses de faible intensité qui y sont enrigistrées, en témoignent. En 1996, des petites secousses ont été ressenties à Charrette et dans la ville de Cayes-Jacmel, sans pour autant causer de dégâts. 5. Vents 0 La région est très exposée aux vents notamment ceux provenant du sud-est. Elle est très fortement affectée par les bourrasques lors des cyclones. La force des vents ont causé des dégâts considérables dans les localités montagneuses de Cayes-Jacmel (Cajeun, Corail- Mouton, Modèle, Sapoti, la Source-Maude, Charrette) et de Marigot (Fonds-Bourgeois, Bertrand, Désira, Dommage, Gôyave) ainsi que dans les basses plaines faisant face à la mer (Bossier, Marotières, Raymond, Périmètres Grande Place et Petite Place, Laporte et Tavette) : des maisons se sont effondrées et des plantations entières ont disparu. Souvent, le vent

s engouffre dans les fonds de vallées occasionnant des tourbillons qui, avec un bruit sourd, emportent tout sur leur passage. Les localités de Thélémaque et Cabique (Cayes-Jacmel), connues comme des zones très exposées au vent, ont été fortement endommagées, à plusieurs reprises. A Charrette, les habitants n habitent ni ne cultivent plus certaines zones. 2) Menaces et risques anthropiques 1. Déboisement - érosion 0 Le déboisement est très accentué dans les deux communes où les agriculteurs les plus démunis abattent les arbres, même les arbres fruitiers, pour produire du charbon ou du bois de construction afin de gagner un peu d argent. De telles pratiques accélèrent l érosion, la désertification, le tarissement des sources, la sécheresse et l inondation. 2. Conflits terriens 0 À Macary, Commune de Marigot, dans la localité de Kase-Dan (à Seguin), les conflits terriens sont monnaie courante. Les parties en conflit tentent souvent de régler leurs différends à coups de machette, occasionnant parfois des blessés et même des morts. Dans cette localité, un conflit récent aurait été causé par l allocation de terres de l État à certains groupes et familles, les favorisant au détriment d autres. À Ravine-Normande, les titres de propriété ne paraissent pas clairement définis (comme dans plusieurs régions du pays). Ainsi, des résidents sont expropriés à cause de conflits terriens entre présumés propriétaires, gérants et locataires. Il semble que dans la zone les conflits surgissent quand un propriétaire confie des terres à un gérant qui, à son tour, les louent ou afferment à d autres personnes sans autorisation du propriétaire. La situation se complique quand il y a changement de gérant car les mêmes portions de terre sont à nouveau louées ou affermées. Ainsi, se crée un litige entre nouveaux et anciens preneurs. Les mesures coercitives de l État, les interdits, les délocalisations et les expulsions entraînent parfois des réactions violentes de la part des fermiers. Pourtant, sans la majeure partie des cas, ces décisions sont justifiables, légitimes et indispensables pour protéger les ressources naturelles, les bassins versants et des infrastructures (notamment d adduction d eau potable). 3. Conflits pour l accès à l eau et à l énergie électrique 0 Dans la commune de Marigot, les résidents de la localité de Seguin détournent illégalement de l eau du système d adduction d eau potable, ce qui affecte les populations en aval. Les localités de Platon-Chapelle, par exemple, sont durement affectées par une telle situation. Certaines localités sont même totalement privées d eau à cause de ces prises. Une situation similaire se répète à Marigot, entre la population de Belle-Roche et celle de Pérédo, pour la distribution du courant électrique. Dans la Commune de Cayes-Jacmel, la mauvaise gestion du système d irrigation de Cajeun engendre des conflits entre les usagers. Ces derniers risquent de ne pas pouvoir mettre en culture certaines parcelles qui ne reçoivent plus d eau d irrigation. Des affrontements violents et mortels pourraient éclater. 4. Manière de construire 0 Dans les villes de Cayes-Jacmel et de Marigot, les maisons sont plus ou moins solides et peuvent mieux résister au vent. Cependant, elles ne sont pas toutes protégées pendant les

cyclones ou les périodes de grandes averses. Beaucoup d entre elles sont construites dans des zones à risque : le long des côtes, près des rivières et des ravines ou dans leurs lits, sur le flanc des mornes. En milieu rural en général, la localisation et la qualité des constructions exposent la population à d énormes risques. Les propriétaires ne disposent pas des moyens nécessaires pour construire des maisons solides dans des endroits appropriés. Les gens vivent dans de petites maisons dont les murs ne sont que de fines lames de bois recouverts de tuf. Les toitures, souvent en paille, ne sont pas solides. En plus, elles sont construites sur des pentes, au bas d un morne ou aux abords d une ravine. Elles ne peuvent donc résister aux grandes averses, aux vents ou aux éboulements. Selon les gens de la localité de Ravine-Normande, 30 grandes habitations sur 37 sont exposées à ces problèmes. 5. Eau potable et sanitation 0 Les deux communes sont alimentées par de nombreuses sources dont plusieurs pourvues d un système de captage. Cependant, l eau n est potable nulle part. L analyse de quelquesunes des sources de Cayes-Jacmel révèle la présence de germes de contaminations 3 due au déficit de latrines ou à la construction de celles-ci aux abords des sources. Dans les zones où il n y a pas de sources, les gens parcourent de très longues distances à pied pour s approvisionner (localité de Lapierre, à Cajeun, par exemple). Ceux qui habitent près de rivières, utilisent l eau de celles-ci directement. C est le cas, par exemple, des habitants de Corail-Ana (Cajeun), de Savane-Dubois, de Bossier (Ravine Normande) et de certaines zones de Macary (Marigot). Les tableaux 36 et 37 font état de l alimentation en eau pour ces deux communes. Tableau 36. Alimentation en eau pour la Commune de Cayes-Jacmel Section % population desservie Système Captage Ravine-Normande 30 2 2 Gaillard 40 7 9 Cap-Rouge 0 0 0 Cap-Rouge 0 0 0 Tableau 37. Alimentation en eau pour la Commune de Marigot Section % population desservie Système Captage Corail-Soul 10 6 Grande-Rivière 0 Macary 50 8 Fonds-Jean-Noël 15 4 Savane-Dubois 35 1 1 Centre-ville 60 1

6 0. Mauvais état des routes et risques d accidents La plupart des routes donnant accès aux marchés, aux jardins, à la plage, à l église, à l école ou reliant deux localités sont en très mauvais état. En saison pluvieuse, elles sont abîmées par les eaux des ravines et ne sont pratiquement pas entretenues. À Macary par exemple, le transport en commun se fait jusqu à Béri vu que jusqu au mois de décembre 2001, la route était coupée. Le marché de Cayes-Jacmel occupe toute la route intercommunale. Les marchandes s installent sur la route même, mettant leur vie et celle de leurs clients en danger. Les camions ont frappé et même tué des personnes dans ces conditions. Les tableaux 38 et 39 reflètent la quantité et l état des routes. Tableau 38. Routes dans la Commune de Cayes-Jacmel Section Route Principale Route Secondaire Etat Rav-Normande 4 5 Très mauvais Gaillard 2 4 Très mauvais Cap-Rouge 1 10 Très mauvais Michino 0 0 Tableau 39. Routes dans la Commune de Marigot Section Route Principale Route Secondaire Etat Corail-Soul 1 Mauvais Grande-Rivière Accès difficile Macary 1 Accès difficile Fonds-Jean-Noël 1 3 En construction Savane-Dubois 1 7 En construction Centre-Ville 1 10 Très bon état 7. Incendies 0 Les incendies sont principalement causés par les fils électriques couverts de branches d arbres. À Savane-Dubois, la maison d une famille a failli être incendiée à cause d une branche d arbre tombée sur les fils alors qu il pleuvait. 3. HIÉRARCHISATION DES MENACES ET DES RISQUES Les participants regroupés au sein d ateliers de travail ont classé les menaces et les risques au niveau des différentes zones des communes de Cayes-Jacmel et de Marigot comme suit : Inondation et eaux en furie Éboulement

Déboisement / érosion Sécheresse Manière de construire et localisation des habitations L état des routes. L un des problèmes urgents à résoudre est celui de la gestion des eaux en provenance des rivières et des ravines afin de réduire ou d éliminer les risques d inondation. Tant à Cayes- Jacmel qu à Marigot, les conséquences sont catastrophiques pour la population. Des maisons construites à proximité des ravines ou des rivières sont détruites ou emportées avec tout ce qui s y trouve. Les familles touchées sont très souvent contraintes à se séparer momentanément. Des plantations sont détruites ou ravagées occasionnant parfois une situation de famine. Les infrastructures communautaires 4 sont souvent gravement endommagées ou détruites, paralysant même des services essentiels comme les communications et le transport ce qui entraîne l arrêt des activités commerciales. Les inondations perturbent considérablement la vie des communautés. Les eaux de ruissellement qui descendent des zones montagneuses, conséquence de la mauvaise gestion des terres et, dans une certaine mesure, de l exploitation de carrières, accentuent les phénomènes d éboulement dans la région. Quand ce ne sont pas les habitants eux-mêmes qui en sont victime, leurs maisons sont ensevelies et complètement détruites. De nombreuses familles ont abandonné ces zones à risque. Le processus de déboisement/érosion s est particulièrement accéléré au cours de ces dernières années et a grandement contribué à accentuer les effets dévastateurs non seulement des inondations et des éboulements mais également ceux de la sécheresse qui affecte la région de plus en plus. Les infrastructures routières sont durement endommagées notamment par les inondations et les éboulements. En dépit des efforts consentis pour leur entretien, elles se détériorent demandant de plus en plus d investissements en argent et en force de travail. Les participants croient que des campagnes de reboisement accompagnées d autres mesures de prévention comme le drainage des rivières, la correction des ravines et d autres techniques appropriées de conservation de sols et de canalisation de routes permettront d éliminer ou de réduire beaucoup de ces risques. Les menaces et les risques identifiés ne sont pas nouveaux, certes, mais leurs conséquences et leurs impacts s intensifient avec le temps. Selon les témoignages de personnes âgées, les catastrophes se reproduisent dans les mêmes localités, ce qui prouve que les réponses apportées jusqu ici sont inappropriées, insuffisantes et ne s insèrent pas dans un cadre général cohérent. Il est essentiel que des politiques de gestion des risques et des désastres soient élaborées et mises en œuvre aux niveaux national, départemental et régional. De telles politiques devront nécessairement s inspirer, intégrer et prendre en compte les efforts de planification au niveau macro qui touchent l ensemble du pays. Mais elles devront également prêter attention aux initiatives des populations locales et aux différents programmes et projets réalisés par les institutions et organisations (publiques et privées) pour faire face aux menaces et aux risques et réduire la vulnérabilité de ces populations. Tableau 40. Priorisation des menaces et des risques établis par la population locale Ordre de priorité Charrette (Cayes-Jacmel) Ravine-Normande (Cayes-Jacmel) Cajeun (Cayes-Jacmel) Savane-Dubois (Marigot) Ma (Ma

1 2 3 - Eaux en furie de la rivière de Cayes-Jacmel - Petites maisons non solidifiées - Mauvais état des routes Jeudo/Gaillard; - La-Cour-Félix/Platon/ Gaillard; - Déloné/Auguste - Eaux en furie des rivières Boucan, Jambette - Les éboulements sur la route Pierrot - Inondation - Érosion - Déboisement - Sécheresse - Sécheresse - Eboule - Familles habitant le long des côtes maritimes - Déboisement - Eboulements - Mauva route M Seguin 4. LES CAPACITÉS LOCALES DE REPONSE 1) Actions mises en place par la population Face à une menace donnée, dans des situations de catastrophes et particulièrement dans le souci d en diminuer où d en éviter les effets, la population a mis en œuvre toute une série de mesures et d activités. 1. Au niveau des éboulements 0 Avec l aide de certaines ONG, la population a réalisé des campagnes de reboisement et de sensibilisation visant à convaincre les habitants vivant dans des zones à risque à se déplacer et à y empêcher la construction de nouvelles maisons. 2. Au niveau des inondations 0 Durant les périodes cycloniques et de grandes averses, les riverains menacés se déplacent en ayant soin d emporter avec eux leurs biens les plus précieux. Les organisations communautaires nettoient les canaux d irrigation et de drainage facilitant ainsi l écoulement des eaux. Ils réalisent également des travaux de conservation de sols et placent des gabions dans les berges des rivières pour les protéger. Les propriétaires de maisons cherchent à éviter la pénétration des eaux en creusant des canaux de drainage autour de leurs demeures. 3. Au niveau de la manière de construire les maisons 0 Des séances d animation sont organisées lors de rassemblements afin d informer la population sur les menaces posées par la construction dans les zones à risques. Les membres des Comités de Protection Civile Local font également du porte-à-porte dans ce but. Les résidents sont également informés de techniques pour consolider leurs maisons ou les construire plus solidement. 4. Au niveau de l eau de boisson et de la sanitation 0 La population fait bouillir l eau avant de la boire, particulièrement quand des cas de typhoïde et de diarrhées sont signalés. Le Plan de Parrainage a organisé, il y a quelques années de cela, des cours de formation en éducation sanitaire.

Généralement, il est interdit aux gens de garder leurs animaux et de construire des latrines en amont et aux abords immédiats des sources. Des travaux collectifs d entretien et de nettoyage sont entrepris régulièrement. Des organisations locales sont en train d entreprendre des démarches pour alimenter en eau potable les zones où l eau de rivière est encore utilisée par la population. 5. Au niveau du mauvais état des routes et risques d accidents 0 Des travaux communautaires sont organisés pour entretenir les routes, particulièrement les plus endommagées, dangereuses ou vitales... Bien que ne disposant de peu de moyens financiers, la population s organise pour curer les canaux d évacuation et de drainage et pour construire des aménagements pour faciliter la circulation des piétons et des véhicules. Des dos d âne sont érigés pour obliger les véhicules à circuler plus lentement aux endroits très fréquentés (centre des villes et abords des marchés). À Cayes-Jacmel, pour éviter les accidents, les autorités locales cherchent un terrain approprié pour déplacer le marché qui fonctionne actuellement dans la rue. 2) Le rôle des organisations locales La majorité des initiatives mises en œuvre par la population, notamment celles relatives à la gestion des risques et des désastres, sont préalablement discutées et planifiées au sein des organisations locales. A l annonce de cyclones, ces organisations font rapidement circuler des messages d alerte auprès de toutes les communautés. Les messages circulent au travers des comités et très rapidement les membres les relaient aux autres résidents. Les membres de ces organisations sont les premiers à bénéficier des cours et séminaires de formation et sont donc les mieux préparés pour participer aux campagnes de sensibilisation et de mobilisation et aux actions de prévention, de secours et de développement qui se proposent de réduire la vulnérabilité des populations. De nombreuses organisations de la région ont récemment pris part à des séances de formation en gestion des risques et des désastres réalisées par le CDRH dans le cadre d un programme post-georges. Dans ce cadre là, chaque organisation avait fait choix de représentants qui devaient par la suite partager avec les autres membres de l organisation ce qu ils avaient appris. Les organisations locales sont, pour la plupart, les partenaires privilégiés des ONG qui financent ou exécutent des projets de développement ou qui concernent la gestion des risques et des désastres. Les organisations locales les plus actives de la région sont : les Comités de Protection Civile locale (CPCL) ; MOPAB ; ECO-SUD EST ; AJES ; SOFA ; CODHA ; IPDG ; KPDG ; FPDG ; IJR ; MODJEC ; GETAB ; IGR ; Zepòl ak Zepòl. 3) Les comités de Protection civile local et communal À la suite d un programme de Formation en gestion des risques et des désastres exécuté par le Centre de Développement des Ressources Humaines (CDRH) et financé par l USAID via la PADF, cinq Comités de Protection Civile Local (CPCL) ont été créés dans ces deux communes. Le travail de ces comités se réduit jusqu ici à la mobilisation et l éducation communautaire sur la thématique de la gestion des risques et des désastres. Les leaders de ces organisations sont grandement mis à contribution dans ce cadre là. Ne bénéficiant pas de l appui des structures existantes de l Etat et n ayant pas de moyens financiers propres, ces comités ne disposent pas de matériel adéquat pour jouer pleinement leur rôle dans la communauté.

Parallèlement, avec l aide de FEMA (Federal Emergency Management Agency), un comité communal a aussi été créé dans chacune de ces deux communes dans le but de coordonner les activités de gestion de risques et de désastre. En ce qui à trait aux moyens, la situation des comités communaux est pareille à celle des comités locaux. 4) Les solutions mises en oeuvre par les institutions travaillant dans ces localités 1. Les ONGs 0 La quasi totalité de ces organisations interviennent essentiellement dans le domaine du développement. Les projets de développement mis en œuvre contribuent à la réduction des risques et de la vulnérabilité des populations. Peu d actions visent spécifiquement la gestion des risques et des désastres. Leurs interventions se regroupent en trois grandes catégories :! Actions spécifiquement mises en œuvre dans le cadre d une politique de gestion des risques et des désastres ;! Actions visant à la réduction des risques et de la vulnérabilité des populations et entreprises spécifiquement dans le cadre de catastrophes ;! Actions de développement induisant la réduction significative de risques et de la vulnérabilité des populations face aux désastres. Dans la plupart des cas, les solutions s adressent principalement aux menaces naturelles. a. Programme de formation en gestion des risques et des désastres : Au cours de l année 2000-2001, deux programmes de formation en gestion des risques et des désastres ont été réalisés dans ces deux communes : le premier, par le Centre de Développement des Ressources Humaines (CDRH), fondation haïtienne spécialisée dans l éducation non formelle; et, le second, par le Federal Emergency Management Agency (FEMA), agence du gouvernement américain spécialisée dans la gestion des risques et des désastres. Le programme exécuté par le CDRH avait pour objectif d aider la population à identifier et analyser les risques naturels existant dans leurs localités et d appliquer par la suite des mesures de prévention appropriées en vue de réduire ou d éviter les éventuelles catastrophes naturelles. Ce programme a eu deux résultats majeurs : 1. la mise sur pied, dans ces deux communes, de cinq comités locaux de Protection Civile structurés avec les représentants de divers secteurs de la localité ; 2. l élaboration d un plan d action présentant toutes les activités à réaliser pour contrecarrer les risques de catastrophes naturelles. C est ainsi qu il existe actuellement à Cayes-Jacmel trois Comités de Protection Civile Locaux situés à Ravine-Normande à Cajeun et à Charrette. Dans la commune de Marigot, il en existe deux : le premier regroupe les localités de Savanne-Dubois et de Pérédo et l autre est situé à Macary. Ce projet a aussi permis de former des membres de ces comités sur la manière de prodiguer les premiers soins dans les situations d urgence. Les habitants ont été sensibilisés aux problèmes liés à la vulnérabilité. Des analyses de l eau distribuée dans les différents systèmes d adduction de ces communes ont été réalisées. Ceci a permis de constater que l eau était de mauvaise qualité (dû essentiellement à la mauvaise gestion des comités mis en place à cet effet).

Le FEMA, dont l objectif est de travailler au niveau communal, a travaillé dans le même sens. Ces structures communales regroupent les représentants des comités de Protection civile locaux, les notables, les fonctionnaires de l Etat et les élus locaux. Ils ont, eux aussi, mis sur pied un comité et élaboré un plan d action au niveau communal. b. Construction de maisons Pour réduire les risques d effondrement des maisons sous l effet des vents ou de l inondation, le Plan Parrainage du Sud-Est et la Croix-Rouge Haïtienne ont respectivement reconstruit quelques maisons à Cajeun et Charrette (zones très exposées aux vents) et à Savanne-Dubois, dans la commune de Marigot, pour des personnes vivant dans des maisons de fortune ou pour celles qui courent le risque de voir leur maison inondée. Cependant, l évaluation des maisons à risque faite par les comités de Protection civile de ces trois zones montre qu il faudrait étendre considérablement ces projets pour assurer une réduction significative de tels risques. c. Conservation de sol et de l eau Deux organisations ont réalisé des projets de conservation de sols et d eau dans la zone : le PADF à Cajeun, Charrette, Ravine-Normande; et Caritas à Macary. Ces projets réalisés dans le cadre du programme de reconstruction post-cyclone Georges, ont contribué à diminuer les eaux de ruissellement en saison pluvieuse réduisant ainsi les risques d éboulement et de glissement de terrain dans ces localités. Ils empêchent également l augmentation du débit des eaux dans les ravines et même des rivières, réduisant de ce fait les risques d inondation des plantations ou des maisons avoisinantes. d. Captages de sources Dans le domaine de l amélioration des conditions sanitaires, des projets de captage de sources ont été réalisés à Cajeun par Inter-Aide, une ONG française basée à Marigot et, à Ravine-Normande par le Plan Parrainage du Sud-Est. Les aménagements construits servent à protéger les sources, à en interdire l accès aux animaux et aux hommes et tentent d éviter les contaminations à l origine d épidémies de diarrhées et de typhoïdes. e. Construction de latrines En vue de contribuer à l amélioration de l environnement sanitaire, trois ONGs (Plan Parrainage, Caritas et la PADF) ont construit des latrines à Cajeun, Charette, Macary et Ravine- Normande. f. Construction et aménagement de systèmes d irrigation Dans le cadre du programme de reconstruction post-cyclone Georges, deux systèmes d irrigation ont été construits par la PADF à Cajeun et à Ravine-Normande. Ces systèmes permettent de gérer l eau en saison pluvieuse tout en évitant les risques d inondation de certaines zones. Le Tableau 41 résume les activités et le champ d action des ONG intervenant dans les communes de Cayes-Jacmel et de Marigot. Tableau 41. Interventions des ONGs dans les Communes de Marigot et de Cayes-Jacmel Localités Captage Irrigation Conservation sols Reboisement Construction latrines Cajeun Inter-Aide PADF PADF PADF Plan Parrainage Construction maisons F

Charrette PADF ECO Sud est Plan Parrainage Savane-Dubois Macary Caritas Caritas Ravine- Normande Plan Parrainage PADF PADF PADF Caritas Croix-Rouge Croix-Rouge + Plan Parrainage 5) Perception de la population des ONG et leurs actions Les habitants pensent que la présence des ONG dans leur communauté est utile. Les projets des ONGs, tant en matière de la gestion des risques ou à d autres niveaux dépassent de loin la capacité d intervention de la population, et même de celle des structures de l État. Ils considèrent, cependant, que les résultats obtenus reflètent des faiblesses d ordre technique, conceptuelle et organisationnelle que ces institutions devraient prendre en compte. Certaines ONGs devraient carrément repenser leur stratégie d intervention et leurs choix techniques. Les habitants croient qu ils devraient être consultés avant toute implantation ou exécution de programme ou de projets dans leur localité. Ils estiment qu ils disposent d informations que ces intervenants n ont pas et qui pourraient aider à mieux concevoir les interventions. Les habitants ont relevé les problèmes suivants sur les interventions de ces ONG :! Certaines des maisons construites pour remplacer les maisons détruites lors de catastrophes naturelles, ont été rebâties dans des zones à risque. Certaines sont restées inachevées. Par surcroît, très souvent, les bénéficiaires de ces maisons ne sont pas des victimes de la catastrophe ;! Les travaux d aménagement pour le captage des sources sont inappropriés parce que les études techniques sont mal faites. De plus, il n y a pas de travail d accompagnement social pour mettre en place des comités de gestion viables qui impliquent les usagers et les élus locaux. Par ailleurs, l eau emmagasinée est rarement potable ;! Les matériaux offerts à la population par le projet pour la construction des latrines ne sont pas toujours distribués à ceux qui en ont véritablement besoin. Le clientélisme est trop souvent le plus important critère de sélection des bénéficiaires ;! Les techniciens ou les ouvriers engagés dans les travaux de conservation de sols ne se rendent pas dans les zones montagneuses d accès difficile, où les risques d éboulement ou d inondation sont les plus prononcés : ils préfèrent travailler dans des endroits déjà protégés ou moins exposés ;! Des projets de systèmes d irrigation qui n ont pas été achevés ou d autres mal conçus, permettent que l eau s écoule dans les chemins et les routes occasionnant la dégradation de ces infrastructures et l apparition de mares dégageant des odeurs nauséabondes et servant de vivoir pour les moustiques. 6) Institutions et structures étatiques 1. Les collectivités territoriales 0 L une des missions des élus locaux au niveau des communes est la protection des vies et des biens. Selon les participants, aux Cayes-Jacmel et à Marigot, les autorités locales ont failli à

cette mission. Cette situation s explique soit par leur manque de moyens ou de compétence, soit par leur peu d intérêt ou leur indifférence. Les initiatives en matière de gestion des risques et des désastres sont laissées aux organisations locales. Les membres des comités locaux de Protection civile récemment créés se plaignent du comportement des maires qui répondent peu ou pas à leurs invitations. Les comités doutent fort qu ils recevront un appui d eux. Selon les participants, les comités locaux de Protection civile, bénéficient de l appui inconditionnel des CASECs et des ASECs. Mais cet appui reste au niveau de la sensibilisation et de l éducation communautaire, vu qu ils ne disposent pas de moyens matériels pour réaliser des actions concrètes. Certains membres de CASECs et d ASECs s intègrent au comité central ou aux sous-comités. Ils participent aussi à l élaboration des plans d action en fournissant des informations sur leur localité. 2. Les autres représentants de l État 0 A cette catégorie appartiennent les juges, le personnel de santé des centres publiques, les enseignants des écoles publiques, les employés de la DGI et les techniciens en agriculture du MARNDR. Les agences étatiques ne contribuent pas aux efforts pour réduire les risques auxquels la population est exposée. Ils ne participent même pas au niveau de la sensibilisation sur la gestion des risques, voire aux actions concrètes qui visent à contrecarrer les effets des catastrophes et demandent plus de moyens. Ils se contentent de travailler au sein de l institution à laquelle ils sont affectés. Les habitants pensent que l implication de ces agents, à côté des collectivités territoriales, des ONGs et des organisations locales, est essentielle à la réussite et à la durabilité des actions mises en œuvre dans la gestion des risques et des désastres. Notes 1 2 3 4 Évacuation dans des endroits non-appropriés: canaux de drainage, égouts, ravines ou drains naturels servant à l évacuation des eaux Sources combinées : L enquête et la section Evalyasyon risk ak vilnerablite du plan d action des Comités de Protection Civile Locale (CPCL) de Cajeun, Charrette, Ravine-Normande, Savanne- Dubois et Macary. FAO : Evaluation des dégâts causés par le cyclone George en Haïti et actions à entreprendre (octobre 1998) Voir tableau Identification risques dans le plan d action du CPCL de Savanne-Dubois / Pérédo Infrastructures sociales de la Région de Cayes-Jacmel / Marigot inventoriées avec l aide des participants Tableau 42. Ecoles repérées à Cayes-Jacmel École Primaire École Secondaire

Section Nationale Église Privée Lycée Collège Ravine-Normande 1 6 12 0 1 Gaillard 1 2 2 0 1 Cap-Rouge 1 5 3 0 3 Michino 1 2 4 0 1 Centre-Ville 2 3 6 1 5 Tableau 43. Ecoles repérées à Marigot École Primaire École Secondaire Section Nationale Église Privée Lycée Collège Corail-Soul 1 1 5 Grande-Rivière 2 4 Macary 4 8 1 Fonds-Jean-Noël 3 7 10 3 Savane-Dubois 2 5 10 1 Centre-Ville 3 2 7 1 4 Tableau 44. Infrastructures de santé à Cayes-Jacmel Section Dispensaire Centre de Santé Hôpital Clinique Ravine Normande 0 0 0 0 Gaillard 0 0 1 (privé) 0 Cap-Rouge 1 0 0 0 Michino 0 0 0 0 Centre-Ville 0 1 0 1 (privé) Tableau 45. Infrastructures de santé à Marigot Section Dispensaire Centre de santé Hôpital Clinique Corail-Soul 0 0 0 0 Grande-Rivière 0 0 0 1 Macary 0 0 0 Clinique mobile / mois Fonds-Jean-Noël 1 0 0 1 Savane-Dubois 1 0 0 0 Centre-Ville 1 1 0 4

Chapitre 17 Conclusions Cette étude a mis en évidence les risques élevés qui existent et la grande vulnérabilité du pays. Le bilan des dommages occasionnés par les désastres tant au niveau des couches les plus pauvres de la population qu au niveau des autres secteurs sociaux et économiques est plus qu éloquent. Trois facteurs, paraissent déterminants pour expliquer cette grave et préoccupante situation: La dégradation de l environnement; La pauvreté; Le mal développement. La grande majorité des risques identifiés tant dans le milieu rural que dans le milieu urbain sont tributaires de la dégradation accélérée de l environnement des dernières années. En effet, le processus de déboisement-érosion s est considérablement amplifié entraînant une augmentation significative des désastres causés par les inondations et les éboulements. En plus des pertes en vies humaines qui augmentent, les catastrophes naturelles et la dégradation environnementale freinent le développement en affectant l habitat, les conditions de vie des classes pauvres, les infrastructures et les secteurs économiques clés comme l agriculture. Les infrastructures d irrigation, de communication et de transport, déjà rares en milieu rural, sont durement touchées et se dégradent rapidement. Les plantations et les maisons installées au niveau des systèmes d irrigation et au niveau des bourgs sont régulièrement envahies ou carrément emportées par les eaux en furie. De tels problèmes sont encore plus graves quand il s agit de cyclones qui, en plus des pluies, sont souvent accompagnés par de forts vents. Le contexte politique global, les conditions économiques et sociales dans lesquelles vivent la majorité de la population du pays contribuent à augmenter sa vulnérabilité. Ceci est particulièrement vrai pour les groupes marginaux: les jeunes, les femmes, les ruraux et les handicapés. Tous ces facteurs sont à l origine du vaste exode rural et de la forte migration interne qui s observent à travers tout le pays : Port-au-Prince, les principales villes de provinces, notamment le Cap-Haïtien, et même dans certains petits bourgs et villages. Ceci donne lieu à un processus d urbanisation / taudification qui affecte particulièrement certains quartiers urbains comme Carrefour Feuilles à Port-au-Prince ou ceux de la périphérie du Cap-Haïtien. En définitive, il est possible d affirmer qu Haïti est un pays à haut risque et globalement très vulnérable.

1. LES PRINCIPAUX DEFIS La situation observée et décrite au cours des enquêtes de terrain met en exergue de nombreux défis dont les principaux seraient : 1) Absence de politiques de migration, d urbanisation et de décentralisation de la part de l État Il n y a apparemment pas de politiques de l État visant à arrêter ou tout au moins à enrayer les flux migratoires 1 et à organiser l installation des migrants dans les villes. Tout ceci contribue encore davantage à accentuer le processus d Urbanisation Taudification. Il faudrait que des espaces soient aménagés pour la création de villes nouvelles dans la périphérie de Port-au- Prince, du Cap-Haïtien et des autres principales villes de provinces anticipant ainsi les flux migratoires. L absence de telles politiques compromet sérieusement l avenir des quartiers populaires (pas seulement de ceux concernés par les enquêtes approfondies). Les efforts consentis par les habitants de ces quartiers populaires et par les services publiques concernés sont nettement insuffisants pour corriger la situation. 2) Prépondérance des problèmes quotidiens Comme constaté lors des enquêtes de terrain réalisées à travers tout le pays, la population est de plus en plus confrontée à des problèmes qui dérivent de la dégradation de l environnement et de la désastreuse situation sociale, politique et économique. Pour assurer sa survie, elle met en œuvre toute une série de stratégies qui ne cadrent pas toujours aux principes de développement et de durabilité. Ceci révèle la distance de plus en plus grande qui existe aujourd hui entre les préoccupations nationales et celles de la grande majorité des haïtiens, par conséquent entre le macro et le quotidien. Ce fossé risque de se creuser encore plus si rien n est fait pour que les actions et décisions de politique au niveau macro ne se reflètent pas davantage dans la vie des habitants et surtout si celle-ci ne s améliore pas rapidement et significativement. 3) Absence de l État Les habitants des zones enquêtées ne croient plus que l État puisse résoudre leurs problèmes tant au niveau du quotidien que sur le long terme. La population observe le comportement de l État et constate l absence de politiques d ensemble, le manque d autorité pour faire respecter les décisions arrêtées, la généralisation de la corruption, etc. Elle en déduit que la volonté de résoudre ses problèmes quotidiens n existe pas et identifie même des espaces de non-état dans les quartiers auxquels les services et autorités publiques n ont pas accès et où ils ont encore moins force de loi. 4) Manque de moyens des CASECS Les représentants de l État, les plus proches de la population, n ont ni les moyens, ni les compétences pour aider la population à résoudre ses problèmes et à faire face aux situations d urgence. Les CASECs devraient être renforcées afin de leur permettre de se rapprocher de la population et l aider à résoudre ses problèmes, principalement en situation d urgence. Les CASECs devraient aussi servir de courroie de transmission par rapport aux autorités centrales. Cette institutionnalisation ne se révèlera efficace que lorsque les institutions mises en place et renforcées pourront se départir de toute forme de clientélisme, seront redevables tant devant la

population que devant les institutions de l État responsables (transparence) et commenceront enfin à apporter des solutions concrètes aux problèmes. La majorité des gens ayant participé aux rencontres connaissent bien les problèmes auxquels ils sont confrontés, mais n avaient presque jamais réfléchi dans une perspective de gestion des risques et des désastres. Ils ignoraient presque tout de certaines menaces et les risques qu ils entraînent. C est le cas des tremblements de terre, par exemple, ce qui explique que très peu d activités en tiennent compte. Il est urgent que de vastes campagnes de sensibilisation - motivation, d envergure nationale, soient mises en œuvre avec la participation des groupes sociaux organisés. 2. LES SOLUTIONS POSSIBLES Les risques et désastres expriment le degré d inadéquation ou l absence d un plan de développement. Le désastre, que l on veut éviter ou atténuer, est une résultante de différents processus sociaux de «développement» ou de «sous-développement». De même, la vulnérabilité ne représente pas uniquement le degré d exposition à une menace mais traduit aussi un déséquilibre politique, social, organisationnel et environnemental. En définitive, gestion des risques et des désastres et développement ne peuvent être dissociés. Ainsi, les solutions à envisager en vue d une réduction des risques et des désastres en Haïti consistent à: Créer un cadre global favorable; Rendre effective la gestion des risques et des désastres (GRD) par des actions concrètes et ciblées. 1) Créer un cadre global favorable 1. Donner une cohérence aux actions de développement 0 Les solutions mises en œuvre par les différents acteurs, groupes et structures, tant au niveau de la société qu à celui de l État, paraissent non coordonnées et sans cohérence globale. L application du Plan National de Gestion des Risques et des Désastres est à encourager et à soutenir. Les acteurs qui y seront impliqués doivent monter des plates-formes et se doter d espaces de synergie, de cohérence et de cohésion. Une telle démarche devrait s étendre également aux actions de développement. 2. Penser le développement national 0 Les plans et actions de développement devraient se référer à une vision de long terme du développement national qui porte sur les 20 à 30 prochaines années. Cette vision devra nécessairement tenir compte des acquis et valoriser les expériences collectives positives. Elle devra se formaliser avec des codes et des lois afin de résister aux vicissitudes et changements qui se produiront au cours des années. 3. Impulser le développement local 0 Tous les acteurs impliqués dans la gestion des risques et des désastres et dans le développement national, devraient être conscients de l importance du développement local, de ses défis et enjeux. Il leur faudrait comprendre les perspectives qui peuvent s en dégager : une meilleure intégration nationale et la prise en charge par les communautés de leur propre

développement, par exemple. Ceci est tout particulièrement vrai au niveau de la gestion des risques et des désastres où des actions concrètes qui impliquent plusieurs niveaux de responsabilité, doivent être réalisées dans des délais très courts. 4. Créer une plate-forme pour la GRD 0 Les informations collectées au cours de la réalisation de la carte et de l étude ainsi que l évaluation des populations sur les actions de développement menées dans leur communautés, indiquent que des ponts et des espaces d échanges devraient être très rapidement établis entre les organisations de base (paysannes et populaires) et celles de développement (ONGs essentiellement). Les leaders paysans ont accumulé une grande expérience au niveau du développement et, en dépit de certaines réserves, ils sont disposés à participer de manière responsable et concertée à des activités, et aussi à la gestion de biens et d infrastructures collectives. La création d une telle plate-forme implique de nombreux défis, mais peut aider à recréer un climat de confiance qui permettra d aborder l avenir sur une base plus solide. 5. Transmettre les savoir-faire sur la GRD 0 Des expériences intéressantes de transferts de savoir-faire sur la gestion des risques et des désastres sont en cours et méritent d être rapidement systématisées et généralisées à l ensemble du pays. Un modèle, intégrant également les expériences en cours à travers le monde et notamment dans les pays de l Amérique Latine et Centrale, devrait rapidement être mis en place et homologué par des instances de l État. De même, les bonnes pratiques appliquées par la population, une fois approfondies, renforcées et divulguées, peuvent sauver davantage de vies humaines et permettre de réduire significativement l impact catastrophique des menaces et des risques. Celles-ci peuvent également être considérées comme des pistes pour les actions de plus grande envergure à mener au niveau national. Des formations devraient être organisées à travers tout le pays en valorisant au mieux les réseaux existants. Des contrats de formation de formateurs devraient être passés avec des organisations ayant développé des expertises dans le domaine. Ces formations devraient faire appel aux compétences d organisations spécialisées comme la Croix-Rouge. Un des principaux objectifs de ces formations devrait être de dynamiser l intégration sociale et aider à transcender les clivages politiques. 6. Améliorer les conditions de vie des plus démunis 0 Il est impératif que les pauvres et les plus démunis bénéficient d une attention particulière dans le cadre des programmes et projets mis en œuvre dans le cadre de la gestion des risques et des désastres. Ils sont lourdement pénalisés par les programmes économiques, l absence de services sociaux de base et la corruption généralisée. Aussi devraient-ils faire l objet d une attention particulière. Les interventions doivent viser à renforcer leur capacité de s organiser et de se prendre en charge (responsabilisation - autonomisation). Il faut que les communautés deviennent des acteurs de leur propre développement. 7. Dynamiser les relations entre l État et la société civile 0 Il est évident que les propositions stratégiques énoncées ici ne pourront pas prendre effet sans une collaboration plus harmonieuse entre l État et la société, tout en respectant les rôles et responsabilités des différentes parties. Ceci implique des relations et un dialogue soutenu à tous les niveaux mettant en avant les intérêts collectifs, par delà les clivages politiques. Les structures centrales de l État devraient assumer un rôle de plus en plus stratégique et doter les

régions de moyens, structures et ressources humaines pour la mise en place d actions décentralisées, coordonnées qui favoriseraient une prise en charge locale de la gestion des risques et des désastres. 2) Actions à entreprendre au niveau de la gestion des risques en Haïti 1. Actions nécessaires dans le domaine de la prévention et de la mitigation 0 Les actions dans ce domaine sont très limitées dans le pays. Ceci est du à trois facteurs importants : le caractère inéluctable de la majorité des phénomènes qui frappent le pays (les naturels principalement) ; le coût élevé des travaux de prévention et de mitigation ; le vide énorme en ce qui a trait aux plans d aménagement du territoire (plan d occupation des sols). RECHERCHES pratiques sur la vulnérabilité des populations et les causes des phénomènes Les études et recherches appliquées dans le domaine des risques et des désastres en Haïti sont encore peu nombreuses. Il conviendrait donc, au plus vite : Suivre les phénomènes naturels pour identifier plus clairement leur fréquence et prévoir aussi leur éventuelle portée ; Surveiller les mouvements intraplaque Amérique ainsi que ceux des nombreuses failles traversant et bordant le territoire haïtien en mettant en place un système de suivi national de séismologie ; Réaliser des études sur la vulnérabilité réelle des populations face aux multiples désastres qu elles confrontent ; Développer des SIG dans la gestion de l information sur les risques. a. Planification préventive dans l utilisation des sols Une planification efficiente de l utilisation des sols et de l Aménagement du Territoire en général constitue la base de toute politique de prévention des risques et des désastres. Il s agit d un problème très critique dans le pays puisque l absence de politiques adéquates amplifie à chaque fois l occurrence de désastres successifs. Les couches les plus pauvres de la population, donc la majorité de la population haïtienne, sont obligées d utiliser des terrains où il existe de très hauts risques. Ce problème concerne spécifiquement les quartiers populaires (bidonvilles) des grandes villes du pays où vivent plus de trois millions de personnes. D une part, ces bidonvilles, situés sur des pentes fortes et instables, minés le plus souvent à la base par des ravines (torrents), subissent assez souvent ou sont extrêmement sensibles à des glissements de terrain et éboulements associés aux fortes pluies. La «bétonisation» croissante des collines avoisinantes et l accentuation de l érosion ne font qu accentuer ce type de désastre. D autre part, les bidonvilles construits en terrain plat, le sont sur d anciennes décharges (Cité L Éternel à Port-au-Prince) ou d anciens marais comblés à partir de matériaux hétéroclites (déchets, morceaux de planches et de bois, gravois); donc instables et sujets à l effondrement, spécialement au cours de tremblements de terre.

Dans la pratique, l irrationalité dans l utilisation des sols est si élevée qu elle devient le principal facteur de risque pour la population. b. Actions sur les causes des phénomènes Rares sont les phénomènes sur lesquels il est possible d agir avant qu ils ne se déchaînent et occasionnent des situations non désirées. En Haïti, les cyclones, les inondations et les sécheresses appartiennent à cette catégorie. Toutefois, les conséquences de ces trois phénomènes peuvent être amplifiés par des processus anthropiques, comme la déforestation. Les projets de reforestation et de conservation de sol, d agriculture durable et de conservation des forêts n ont pas comme objectif de réduire les risques. Il n en reste pas moins qu ils peuvent contribuer à réduire les dégâts liés aux désastres dans leurs zones d intervention. c. Travaux de protection civile et codes de construction En Haïti, il y a peu de réalisations dans ce domaine. ß Travaux de protection civile Dans le domaine de la Protection Civile, on peut tout de même signaler les multiples ouvrages réalisés aux alentours des principales rivières et torrents du pays : «gabions», murs de contournement contre les inondations, etc. Par contre, il n existe pas d édifice destiné à recevoir les victimes de cyclones ou de tremblements de terre. Dans beaucoup de villages et bourgades du pays, il n y a pas de digues pour protéger les cours d eau qui sont au même niveau ou proches de la surface. Il convient cependant de souligner que de tels ouvrages sont très coûteux, donc pas à la portée de la majorité des communes du pays. ß Codes de construction En ce qui a trait aux codes de construction, les initiatives sont encore moins nombreuses. Les constructeurs tendent à ignorer la haute sismicité du pays. Ce n est que récemment que quelques édifices publics et privés ont été construits selon les normes antisismiques. Les mesures de protection des résidences contre les inondations sont de nature isolée et individuelle. Il n existe aucun code ou disposition légale en ce sens. Soulignons que les rares codes existants sont ignorés ou peu connus. 2. Actions dans le domaine de la préparation 0 L objectif principal des travaux de préparation est de faire face aux événements qui ne peuvent être évités. Ces actions cherchent à développer, chez les populations menacées, des capacités de réponse pour les préparer à affronter les situations de crise avant, pendant et après son impact. Les actions comprises dans l étape de préparation sont en relation avec l alerte, (avant), la protection (durant) et le secours (après). Au niveau de la PREPARATION il est fondamental de : renforcer ou créer les capacités de réponse au niveau des communautés à haut risque, étant donné qu il est impératif de monter à travers le pays de véritables réseaux pour améliorer la communication en situations d urgence; développer des capacités pour la gestion de l aide aux urgences et d actualiser les plans d urgence pour qu ils répondent aux spécificités locales

a. Renforcement des systèmes d alerte en Haïti Les systèmes d alerte mis en place en Haïti concernent spécifiquement les cyclones et ce, en période cyclonique (juin à novembre). Pas mal de progrès ont été réalisés dans ce domaine ces dernières années, principalement au niveau de la prévision des trajectoires, l évolution de l intensité et de la vitesse des vents. Ce travail est effectué par le CNM (Centre National de Météorologie) qui travaille en réseau avec les principaux centres régionaux et mondiaux de météorologie (principalement de Miami). A ce titre, tous les systèmes météorologiques traversant la région des Caraïbes sont connus du CNM qui se charge, à son tour, de diffuser des bulletins réguliers d information non seulement à des partenaires sur le terrain, le MARNDR et le MICT par exemple, mais aussi à la radio et à la télévision. La couverture nationale des différentes stations de radio du pays permet de relayer ces informations sur tout le territoire. En ce sens, les moyens d alerte ont considérablement amélioré. Il faut signaler également les systèmes d alerte mis en place par le SEMANAH en accord avec le CNM pour diriger le trafic maritime sur les côtes haïtiennes. Mais, ce système est encore déficient vu que «la flotte maritime haïtienne» est composée essentiellement de petites embarcations non équipées de systèmes radio. Même les quelques navires qui assurent le trafic réguliers entre Port-au-Prince, Jérémie et La Gonâve ne disposent pas se systèmes de communication adéquats. b. Préparation pour la protection (au moment de l impact) Lorsqu il s agit d un phénomène prévisible, il est possible de réaliser une évacuation préventive ou de se préparer à une telle éventualité. Durant l impact, la population doit, par exemple, se protéger en se déplaçant à des sites plus sécurisés. En Haïti, les actions préventives d évacuation se pratiquent très peu. Ceci est certainement lié à l absence de structures d accueil mais aussi à une certaine réticence des personnes à abandonner leur résidence. En plus, l absence d autorité réelle des pouvoirs locaux entrave l application de toute mesure allant dans ce sens. Ceci explique, en grande partie, les pertes énormes en vies humaines lors d inondations et de cyclones majeurs. De nombreuses brochures et dépliants sur les désastres, principalement les cyclones, sont divulgués à travers tout le pays. Les nombreuses émissions radiotélévisées ne touchent pas les populations les plus menacées, principalement à cause de problèmes d approvisionnement en énergie. On note cependant un manque d intérêt pour ce type de matériel. Les campagnes de sensibilisation et de diffusion de l information doivent être mieux planifiées et conçues. Au niveau de la PREVENTION il est fondamental de : Développer des capacités locales aptes à conduire les manœuvres ; Elaborer des programmes de planification d utilisation des sols ; Améliorer la qualité des constructions et des maisons d habitation c. Préparation pour la phase de secours Cette phase est probablement la plus complexe et la plus difficile puisqu elle comprend l organisation des secours et la gestion de l aide d urgence. En Haïti, on ne couvre pas les nécessités urgentes durant les premières heures qui précèdent l impact d un désastre. L une des principales raisons est la déficience chronique des

moyens de communication avec les zones affectées puisque celles-ci, quand elles existent, ne fonctionnent pas lors de l impact. Toutefois, dans cette phase, la Croix-Rouge joue un rôle déterminant à travers ses comités locaux. Le MARNDR, les ONG et les églises sont également très actives grâce à leurs propres moyens de communication, notamment leurs systèmes radio et flottes de véhicules tout-terrain. d. Renforcement des plans d urgence Les plans d urgence en sont encore à la phase de conception, en Haïti. Seule la Croix- Rouge dispose d un plan même quand celui ci est plutôt superficiel et a une portée nationale. Il ne prend en compte que les cyclones et, de façon secondaire, les inondations. L échelle locale est encore négligée dans l élaboration de plans d urgence. Les plans ignorent encore les nouveaux risques. C est le cas de la sécheresse qui menace sérieusement la capacité productive du pays suite à la dégradation de l environnement (mondial, régional et national). 3. Actions dans le domaine de l information et de la formation 0 La sensibilisation, l information et la formation jouent un rôle important dans les actions orientées à réduire les risques et les vulnérabilités et, en conséquence, à atténuer les effets des désastres. En ce sens, l information mérite une place spéciale dans le plan de gestion des risques, puisque la gestion adéquate de l information et du processus de formation facilitera :! la transmission des connaissances sur les phénomènes et les dangers les plus fréquents du pays, ainsi que les risques auxquels les populations sont exposées et leur vulnérabilité. Il y a peu d information sur les risques et encore moins sur les vulnérabilités ;! la divulgation de l information sur les possibles actions de prévention à entreprendre en fonction du risque. Au niveau de l INFORMATION, il faut : organiser des rencontres, ateliers et échanges d expériences dans la mesure où ils facilitent la circulation de l information entre les groupes tant au niveau interne qu externe. appuyer la création de centres de documentation et l articulation de ceux qui existent déjà. a. Au niveau national Actuellement, en Haïti, l information sur la préparation en cas de catastrophes naturelles cyclones et les inondations, principalement est assez développée. Au cours des dix dernières années, diverses organisations ont organisé des séminaires, colloques et ateliers. Certaines institutions (PNUD, MICT/DPC, MARNDR, OXFAM-GB Haïti, USAID, SECID, la Croix-Rouge) disposent d une bibliographie assez étendue sur les désastres naturels et ont accès directement aux pages web traitant ces sujets. b. Au niveau des communautés locales C est un aspect clé, puisque ce sont les communautés locales qui doivent recevoir l information et la formation afin de pouvoir affronter dans les meilleures conditions les risques qui souvent se transforment en désastres. Malheureusement, l information essentielle de base pour faire face aux urgences n atteint pas la population haïtienne de manière adéquate.

Il faut reconnaître que plusieurs institutions en sont conscientes et entreprennent d importantes campagnes d information et de sensibilisation destinés aux communautés locales. La Croix-Rouge, le MICT/DPC et le MARNDR déploient des efforts dans ce sens. Certaines ONG et organisations internationales (PNUD, OMS/OPS, FAO, USAID) exécutent des programmes dans les domaines de l agriculture et de la santé au niveau des communautés locales. c. Information à l intention de publics spécifiques Au cours de ces dernières années, des publics spécifiques ont été visés par des campagnes de sensibilisation. L une des institutions les plus actives dans ce domaine est la DPC qui a organisé plusieurs ateliers et séminaires à l intention de ses propres cadres et d autres ministères comme le MSPP, le MARNDR, le MTPTC et le MPCE. Malheureusement, ce thème est encore absent des curricula des écoles et universités. 3) Actions à entreprendre au niveau de la gestion des désastres en Haïti Ce travail a essayé de dresser un bilan sur les actions entreprises dans le pays pour la réduction des désastres. En réalité, les efforts entrepris jusqu à date sont relativement importants. Par contre, ils sont épars, disparates et parfois non conformes aux attentes et à la réalité. Les vides à combler au niveau de toutes les phases du processus de réduction des désastres demeurent, par conséquent, significatifs. Le domaine des investigations scientifiques et techniques est encore peu avancé : les données de base sont toujours sujettes à controverse. Néanmoins, les causes et les déterminants des principaux phénomènes générateurs de catastrophes sont relativement bien maîtrisés par les institutions (étatiques ou pas) impliquées dans la gestion des risques et des désastres en Haïti, bien que les connaissances des phénomènes à l échelle locale sont encore faibles, ce qui explique en partie les détournements des aides d urgence. Par ailleurs, ce travail a tenté de mettre au point des cartes présentant la spatialisation des risques mais elles manquent encore de précision. Les bases SIG sont une urgence qu il faut rapidement adresser. Les efforts en cours à l UTSIG sont à renforcer et à consolider. En Haïti, les investigations sur la vulnérabilité et ses facteurs sont à une phase préliminaire. Les bilans des dégâts provoqués par les catastrophes sont abondants et plus ou moins corrects. Cependant, les études sur les conséquences économiques et sociales des désastres sur les populations les plus vulnérables (effet à long terme) sont pratiquement inexistantes. Les conséquences et les retombées économiques et sociales du cyclone Georges, par exemple, ne sont pas encore connues de façon précise. Malheureusement, la mauvaise conjoncture socioéconomique du pays est trop souvent attribuée à la perpétuelle crise politique. Dans le domaine de la prévention, de nombreux travaux initiés n ont pas été achevés. Ces études ont conduit à l application ou à la réactivation de principes sur l Aménagement du Territoire (y compris le Plan d Occupation des Sols), la protection de l environnement, l urbanisme et la construction. Pourtant les résultats, sur le plan pratique, sont encore très limités. Ceci est d autant plus critique pour l avenir que les décideurs ne semblent pas intéressés à mettre en place une politique d aménagement du territoire, un plan d occupation des sols et encore moins un plan d urbanisme. Le pays connaît actuellement un taux «d urbanisation» comparable à ceux de la phase d extension des grandes métropoles mondiales (toutes choses étant égales, par ailleurs). Les prévisions font état d une population haïtienne à majorité urbaine dans moins de 50 ans. Ce qui laisse présager une vulnérabilité encore plus accrue de la population haïtienne. Par contre, les initiatives pour la prévention sont à peine perceptibles.

La situation n est pas si différente dans la phase de préparation aux désastres puisque les activités entreprises sont plutôt ponctuelles et conjoncturelles. Aucune structure matérielle et physique n est mise en place. Il faut toutefois souligner l importance accordée à l information et la formation, bases de l activité préventive et de la préparation. A partir de cela, les recommandations suivantes s imposent: 1. Dans le domaine de la recherche pratique 0 Appuyer les initiatives orientées vers l amélioration et l élaboration de matériels éducatifs et de sensibilisation (à la portée de tous, sous forme illustrée) dérivés d investigations sur les phénomènes occasionnant les désastres dans le pays ; Appuyer les projets orientés à la mise en place de systèmes participatifs d alerte précoce à faible coût ; Stimuler les études sur la vulnérabilité et les conditions qui y sont liées (tenant compte de la vulnérabilité sociale et de genre). Développer des méthodologies participatives pour l élaboration de cartes de risques locales ; Étudier pour chaque risque les vulnérabilités spécifiques, les lieux concernés, les impacts locaux et macro ainsi que les populations exposées, l attitude différentielle des personnes face aux risques selon le sexe et les pratiques culturelles. 2. Dans le domaine de la prévention 0 Appuyer les initiatives de plaidoyer en faveur des démarches à entreprendre dans le cadre de la prévention, dans les milieux politiques ; Appuyer les projets de planification de l utilisation des sols dans les milieux urbains et ruraux, dans le cadre des programmes de développement et/ou de coopération ; Favoriser la diffusion des normes existantes en versions vernaculaires pour améliorer la qualité des constructions populaires ; Favoriser la mise en œuvre effective du Plan d action pour l environnement, particulièrement le Programme 8 sur la gestion des catastrophes et désastres naturels (MDE, 1999) et le développement de synergies avec l UNDAF. 3. Dans le domaine de la préparation 0 Renforcer ou créer les capacités de réponses dans les communautés à plus haut risque ; Mettre en place un système de communication à couverture nationale ; Appuyer les initiatives régionales en matière de genre et désastres, et d enfance et désastres ; Développer les capacités pour la gestion de l aide aux urgences ; Appuyer l élaboration de plans d urgence dans les communautés à haut risque de façon à améliorer leurs capacités de réponse. 4. Dans le domaine de l information et de la préparation 0 Encourager les rencontres, les ateliers et les échanges d expériences sur le thème des désastres et des urgences ; Appuyer la création de centres de documentation ou l articulation de ceux qui existent déjà ; Organiser des campagnes de sensibilisation et de formation dans les communautés, et stimuler des projets complémentaires à caractère pratique.

* * * BIBLIOGRAPHIE CONSULTÉE Adé, Emmanuel et Futures Group International, Haïti, Vision 2010, juin 1998 America s Development Foundation, Enquête nationale sur les valeurs démocratiques en Haïti et implications pour le développement de la démocratie. Ambassade du Canada à Port-au-Prince, Base de données sur les désastres de 1701 au 25 novembre 1997 Anonyme, Analyse du secteur agricole et identification de projets, document No. 10, Aspects du crédit rural, 1995 ANDAH, La Dégradation de l Environnement Haïtien (Manifestations, Causes, Conséquences et Alternatives), 1999 Anglade, Georges, L espace haïtien, 1981 Banque Mondiale, Haïti: Les défis de la lutte contre la pauvreté, août 1998 BME, MARNDR, MDE, Étude de la vulnérabilité des ressources en eau par rapport aux changements climatiques, 2000 BPM, Haïti : Bilan Commun de Pays, «Diagnostic de la Gestion des risques et des Désastres en Haïti», octobre 2000 Butterlin, Jacques, La géologie de la République d Haïti et ses rapports avec celle des régions voisines, 1954 Cantave Tony, Éléments de politique de décentralisation/ déconcentration territoriale: Les structures politico - administratives de la gestion de proximité (Gouvernance locale), Commission Nationale à la Réforme Administrative (CNRA), juin 2000, Capital Consult, Étude sur la réglementation de la distribution en Haïti des gaz de pétrole liquéfiés (GPL) en général & des gaz propane et butane en particulier, Volume II.- Normes d exploitation des gaz de pétrole liquéfiés, Avril 1996 CDC/CHI/MSPP/PAHO/WHO/USAID, Haiti s nutrition situation in 1990: A report based on anthropometrics data of the 1990 nutrition surveys Institut Haïtien de l Enfance (IHE), october 1993 CRED, Rappel des risques: Comparaison entre Haïti, autres pays de l Amérique Centrale et la Caraïbe CRESDIP, Haïti, terre délabrée. Écologie et dictature. Dossier 2, 1991 DAI-FINNET, Base de données sur les institutions de micro-finance, décembre 2000 Delphin M., Informations synthétiques sur le Nord-Ouest CARE - Haïti, Projet PLUS, juillet 1994 Dubuche, Georges, FNUAP, Sauver les mères en Haïti, mai 2000Enquêtes Budget Consommation des Ménages ( EBCM ), Résultats provisoires, 1999 FAO/FAMV, Étude pédologique sommaire de la plaine des Cayes, projet HAI/89/004 FPDOH, Cadre programmatique pour le programme conjoint en Haïti (FPDOH) pour 1999-2001 Genre et Pauvreté en Haïti, rapport technique GH, NU et OEA, Haïti: Programme d urgence pour le soulagement de la pauvreté: Transition entre assistance humanitaire et programme de reconstruction. Parties II: Activités, novembre 1994 Girault, Atlas d Haïti, 1985

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Commission Épiscopale Nationale Justice et Paix Concem World Wide Concert Action Réconciliation, Formation, Dénonciation, Conscientisation, Sensibilisation Saint Martin: Création des capacités, Microfinance, Sécurité alimentaire, Santé scolaire, santé communautaire Agriculture, Santé, assainissement, éducation, formation Tout le territoire Ouest, Plateau Central Ouest, Sud-Est Institution Domaines d Intervention Zones d Intervention CPH Eau Potable et assainissement, Agriculture Nord-Est, Centre, Sud, Grande Anse CRAD Éducation, alphabétisation, formation, communication, agriculture éducation populaire Artibonite, Ouest CRESFED CRH CRS Formation, Recherche, Édition, Publication, Promotion, Développement SSAD, Médico-Sociale, transfusion Sanguine, Urgence ambulancière, diffusion du droit Éducation, Santé, Agriculture, Micro - Entreprise, Assistance sociale Grande Anse, L Ouest, Nord-Ouest, Plateau Central, Nord-Est, Nord, Sud-Est Tout le territoire Péninsule Sud, Nord. Artibonite, Nord-Est DAI Agriculture Nord, Sud-Est, Grande Anse DPC Prévention d alerte sur les rivières, gestion des désastres Artibonite, Sud-est, Centre FACN Préparation et commercialisation du café, crédit aux associations, gestion de projets de Tout le territoire développement FAES Éducation, Agriculture, Eau Potable, Assainissement, transport, santé, Nutrition, Tout le territoire appui à la Production FAO Amélioration en Haïti de la sécurité alimentaire, protection de l Environnement Sud, Artibonite FDCHC Santé, Éducation, interventions communautaires Niveau National FIDES Haïti Financement d activités économiques génératrices de revenus Sud-Est, Grande Anse, sud, ouest, plateau, Nord, nord-ouest GARR Migration, Réinsertion Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Plateau Central GRAF Agriculture, Élevage, éducation Nord-Ouest Institution Domaines d intervention Zones d Intervention GRAMIR Agriculture, environnement, socioorganisationnel, activité économiques Grande Anse, Sud GRET Haïti Eau potable, réhabilitation des systèmes, assainissement, renforcement. Reforestation Ouest, plateau central, sud GRIEAL Éducation Tout le territoire Helvetas Eau potable, assainissement, ressource Nord, nord-ouest, Artibonite, centre, sud,

naturelles, alphabétisation, ID Éducation, Crédit, hydraulique, santé, Prévention Nord- ouest, ouest ICEF Bureau d étude, exécution de projets Centre INARA Réforme agraire Nord-Est, Nord-Ouest, Nord, Artibonite, centre, sud, Inter OPD ITECA Recherche en formation en animation et technologie Tout le territoire Kay Fanm Intervention auprès des Femmes victimes de violence, Formation de Groupe de base, Plaidoirie/ Lobbying, Activités Génératrices de revenus, Initiation et participation à la mise en Ouest, Artibonite, Nippes place de réseaux de groupes de femmes à l étranger et en Haïti. Koral Éducation, formation, santé, assainissement, agriculture Sud, Artibonite, Nord-Est, Ouest MAS Coordonne les services à la population Neuf (9) MDE/UMO-PAE Formulation d une politique globale de développement des Ressources Naturelles pour Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Artibonite, Sud le pays MEDA Agroforesterie, Infrastructure, Crédit, Formation Ouest,Sud, Grande- Anse MSPP Santé Nord, Sud-Ouest, Sud-Est, Centre Nord- Ouest, Nord-Est, Grande Anse, Artibonite Institution Domaines d intervention Zones d Intervention MTPTC Infrastructures de transport, Communication, Énergie ÉlectriqueEau potable Tout le pays ODEPA Assistance légale et assistance financière Nord, Artibonite, Sud-Ouest ONM Encadrement des rapatriés Nord-Est, Centre, Ouest OPDES Organisation et coordination des activités de prévention OPS/OMS Assainissement Tout le pays OXFAM QUEBEC Santé, Éducation, Agriculture, Droits de l homme ouest Grande Anse, Artibonite, Nord-Ouest, Nord- Est PADF/HGRP Projet de conservation de sol et de l eau Ouest, Sud-Est, Sud PAM Aide alimentaire, Agriculture, Environ., Santé, Éducation Nord, Nord-Est, Ouest PAPDA Plaidoyer, formation, Information, Recherches Sud-Est, Nord-Ouest, Nippes, Ouest, Nord, Nord-Est Parole et Action Éducation, Santé, Agriculture, Sanitation, Économie Artibonite, Ouest

PCH Agriculture, alphabétisation Artibonite. Ouest Peace Corps PNUD Santé, Micro-entreprises, Agriculture, Environnement. Lutte contre la pauvreté, Gouvernance, Environnement Sud, Sud-Est, Plateau Central, Nord, Nord- Est, Grand -Anse, Ouest Artibonite, Centre, Nord-Est PROVEDA Programme Scolaire Nord, Artibonite REHRED Créer un réseau de communication par ordinateur Ouest SADA Santé, Micro- crédit, Éducation Ouest SAVE THE CHILDREN SAKS SCC Réhabilitation Communautaire pr. Les enfants Handicapés, enfants Environ., Programme VIH/SIDA Communication, Internet, Formation de journaliste Enfants de rue, Enfants en milieu rural, Enfants en domesticité, enfants affectés et /ou infectés par le VIH SIDA, Plaidoirie, art et culture Port-au-Prince, Ouest, Sud-Est- Nord, Sud, Grande Anse, Ouest Ouest.Sud-Est Institution Domaines d intervention Zones d Intervention SECODEV Agro -alimentaire, Assurance, foresterie, Micro finance, pêche Ouest, Sud-Est SEMANAH Sécurité de la navigation maritime, Contrôle de l application des règlements et des Conventions Internationales Nord, Nord-Ouest, Nord-Est, Artibonite, Grand Anse, Ouest, Sud Est, Sud SOE Santé communautaire, Développement Rural Centre, Nord-Ouest, Nord-Est, Artibonite, Grand Anse, Ouest TAG Tout le Pays UAG Renforcement Organisationnel, Culture, Communications Vente de Services Nord- Ouest UAPC Appui technique à l ACDI Port-au-Prince USAID Aide humanitaire Tout le pays UNICEF Éducation, santé, habilitation World Vision Haïti Éducation fondamentale, Santé préventive, Agriculture, Plaidoirie Nord, Nord-Ouest, Centre, Sud SOURCES UTILISÉES Les données utilisées peuvent êtres classées en trois grands groupes : Les données spatiales localisées d archives ; Les données alphanumériques d archives ;

Les données résultant d enquêtes réalisées sur le terrain. Statistiques sur les désastres Ces données proviennent principalement de la Base de données de l Ambassade du Canada, 1997. Zone agro-écologique - Périmètres irrigués Les données ont été obtenues de la FAO, du Ministère de l Agriculture et de l Association des Agro-Professionnels Haïtiens (ANDAH). La carte FAO sur les aires agro-écologiques a été numérisée et d autres traitements ont été réalisés avant de pouvoir utiliser ces données dans l élaboration des cartes. Érosion Données recueillies de l UTSIG. La carte a été reproduite telle quelle. Conflit et pression sur les terres Cartes réalisées à partir des données recueillies par OXFAM-GB auprès d institutions comme l INARA et la FAO. Densité de l habitat et les infrastructures de transport Carte réalisée à partir d une base de données numériques de l UTSIG. Les données brutes ont été recueillies et traitées suivant le modèle de la carte du BDPA de 1982. Les données sources ont été obtenues par numération à partir d images satellites de 1998 et les cartes topographiques 1/50.000 du service de Géodésie et de Cartographie. Les routes viennent d une base de données qui a été validée par le Ministère des Travaux Publics. Cartes de Vulnérabilités Les cartes de Vulnérabilités, à savoir Eau Potable, Éducation et Santé, ont été réalisées en considérant une répartition spatiale par commune. Pour les sources on peut citer : Rapport PNUD sur le Développement Humain (2000), IHSI, 3 EMMUS II (1995), EMMUS III : Résultats préliminaires (2000), OPS/OMS/MSPP (1999), Projet WASAM-OPS/OMS- UNICEF (1996), Évaluation de l Éducation pour tous EPT (2000)-MENJS (1999), Enquête sur les enfants des rues, Université Quisqueya (avril 1999), Restavek, la domesticité juvénile en Haïti, IPSOFA (1998), Situation of Orphans in Haïti, USAID, Draft Report (2000). Quelques unes des pages web consultées! Caribbean Hurricane Network! NOAA s Interactive Weather Site! http://www.weather.unisys.com! http://www.disasterrelief.org! WheatherNet: Tropical Weather Information. INSTITUTIONS IMPLIQUÉES DANS LE DOMAINE DE LA GRD Institution Domaines d Intervention Zones d Intervention

ACDI Éducation, santé, Développement économique: énergie Environnement, Bonne gouvernance: Ouest, Artibonite, Nord, Grand Anse, justice, femmes Action Aid Démocratie Participative et Droits, Humains, Alternatives Socio-Économiques, Désastre Nord- Ouest,Sud- Est ( prévention / réhabilitation) Ambassade du Japon en Haïti Soins Sanitaires Primaires, Éducation Primaire, Secours à la Pauvreté, Bien être public, Tout le territoire Environnement Assistance aux Vulnérables Santé, Nutrition, Éducation, Autres Ouest, Sud, Sud-Est, Grand- BND Aide alimentaire aux écoles, Formation, Réaménagement d'infrastructures Artibonite, CDRH Éducation civique, Éducation et motivation, Prévention, Décentralisation, Technologie, Formation, Construction Tout le territoire Christian Aid Sécurité alimentaire, Santé, Les droits, Solidarité binationale Grand Anse, Sud, Sud-Es Ouest, Nord-Ouest CNH Agriculture, Outil de la pastorale, Santé, Éducation, Promotion féminine, Financement Couverture nationale Rural COHPEDA Environnement Tout le territoire Commission Épiscopale Nationale Justice et Paix Concem World Wide Concert Action Réconciliation, Formation, Dénonciation, Conscientisation, Sensibilisation Saint Martin: Création des capacités, Microfinance, Sécurité alimentaire, Santé scolaire, santé communautaire Agriculture, Santé, assainissement, éducation, formation Tout le territoire Ouest, Plateau Central Ouest, Sud-Est CPH Eau Potable et assainissement, Agriculture Nord-Est, Centre, Sud, Grande CRAD Éducation, alphabétisation, formation, communication, agriculture éducation populaire Artibonite, Ouest CRESFED CRH CRS Formation, Recherche, Édition, Publication, Promotion, Développement SSAD, Médico-Sociale, transfusion Sanguine, Urgence ambulancière, diffusion du droit Éducation, Santé, Agriculture, Micro - Entreprise, Assistance sociale Grande Anse, L Ouest, Nord-Oues Central, Nord-Est, Nord, Sud Tout le territoire Péninsule Sud, Nord. Artibonite, DAI Agriculture Nord, Sud-Est, Grande Ans DPC Prévention d alerte sur les rivières, gestion des désastres Artibonite, Sud-est, Centr FACN Préparation et commercialisation du café, crédit aux associations, gestion de projets de développement Tout le territoire

FAES Éducation, Agriculture, Eau Potable, Assainissement, transport, santé, Nutrition, Tout le territoire appui à la Production FAO Amélioration en Haïti de la sécurité alimentaire, protection de l Environnement Sud, Artibonite FDCHC Santé, Éducation, interventions communautaires Niveau National FIDES Haïti Financement d activités économiques génératrices de revenus Sud-Est, Grande Anse, sud, ouest, p nord-ouest GARR Migration, Réinsertion Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Platea GRAF Agriculture, Élevage, éducation Nord-Ouest Institution Domaines d intervention Zones d Intervention GRAMIR Agriculture, environnement, socioorganisationnel, activité économiques Grande Anse, Sud GRET Haïti Eau potable, réhabilitation des systèmes, assainissement, renforcement. Reforestation Ouest, Plateau Central, Su GRIEAL Éducation Tout le territoire Helvetas Eau potable, assainissement, ressource naturelles, alphabétisation, Nord, nord-ouest, Artibonite, Centre, ID Éducation, Crédit, hydraulique, santé, Prévention Nord- ouest, ouest ICEF Bureau d étude, exécution de projets Centre INARA Réforme agraire Nord-Est, Nord-Ouest, Nor Artibonite, Centre, Sud, Inter OPD ITECA Recherche en formation en animation et technologie Tout le territoire Kay Fanm Intervention auprès des Femmes victimes de violence, Formation de Groupe de base, Plaidoirie/ Lobbying, Activités Génératrices de revenus, Initiation et participation à la mise en Ouest, Artibonite, Nippes place de réseaux de groupes de femmes à l étranger et en Haïti. Koral Éducation, formation, santé, assainissement, agriculture Sud, Artibonite, Nord-Est, Ou MAS Coordonne les services à la population Neuf départements MDE/UMO-PAE Formulation d une politique globale de développement des Ressources Naturelles pour Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Artibon le pays MEDA Agroforesterie, Infrastructure, Crédit, Formation Ouest, Sud, Grande- Ans MSPP Santé Nord, Sud-Ouest, Sud-Est, Centre N Nord-Est, Grande Anse, Artib MTPTC Infrastructures de transport, Communication, Énergie Électrique Tout le pays

Eau potable ODEPA Assistance légale et assistance financière Nord, Artibonite, Sud-Oue ONM Encadrement des rapatriés Nord-Est, Centre, Ouest OPDES Organisation et coordination des activités de prévention OPS/OMS Assainissement Tout le pays OXFAM QUEBEC Santé, Éducation, Agriculture, Droits de l' homme Grande Anse, Artibonite, Nord-Oues PADF/HGRP Projet de conservation de sol et de l eau Ouest, Sud-Est, Sud PAM Aide alimentaire, Agriculture, Environ., Santé, Éducation Nord, Nord-Est, Ouest PAPDA Plaidoyer, formation, Information, Recherches Sud-Est, Nord-Ouest, Nippes, O Nord, Nord-Est Parole et Action Éducation, Santé, Agriculture, Sanitation, Économie Artibonite, Ouest PCH Agriculture, alphabétisation Artibonite. Ouest Peace Corps PNUD Santé, Micro-entreprises, Agriculture, Environnement. Lutte contre la pauvreté, Gouvernance, Environnement Sud, Sud-Est, Plateau Central, Nord Grand -Anse, Ouest Artibonite, Centre, Nord-E PROVEDA Programme Scolaire Nord, Artibonite REHRED Créer un réseau de communication par ordinateur Ouest SADA Santé, Micro- crédit, Éducation Ouest SAVE THE CHILDREN Réhabilitation Communautaire pr. Les enfants Handicapés, enfants Environ., Programme Port-au-Prince, Ouest, Sud- VIH/SIDA SAKS Communication, Internet, Formation de journaliste Nord, Sud, Grande Anse, Ou SCC Enfants de rue, Enfants en milieu rural, Enfants en domesticité, enfants affectés et /ou infectés Ouest.Sud-Est par le VIH SIDA, Plaidoirie, art et culture SECODEV Agro -alimentaire, Assurance, foresterie, Micro finance, pêche Ouest, Sud-Est SEMANAH Sécurité de la navigation maritime, Contrôle de l application des règlements et des Conventions Internationales Nord, Nord-Ouest, Nord-Est, Art Grande Anse, Ouest, Sud Est SOE Santé communautaire, Développement Rural Centre, Nord-Ouest, Nord-Est, A Grande Anse, Ouest TAG Tout le Pays UAG Renforcement Organisationnel, Culture, Nord- Ouest

Communications Vente de Services UAPC Appui technique à l ACDI Port-au-Prince USAID Aide humanitaire Tout le pays UNICEF World Vision Haïti Éducation, santé, habilitation Éducation fondamentale, Santé préventive, Agriculture, Plaidoirie Nord, Nord-Ouest, Centre, S Liste des sigles ACP AGD ANDAH APAAC APROSIFA ASEC BCA BME BNC BRH CAMEP CAMEXCA CARE CARICOM CASEC CDRH CICAD CNE CNM CONASA COU CPCC CRH CRS DAI DDAN DDPC DGI Afrique, Caraïbe, Pacifique Administration Générale des Douanes Association des Agro-professionnels Haïtiens Association pour la Prévention contre l Alcolisme et les Accoutumances Chimiques Association pour la Promotion de la Santé Intégrale de la Famille Assemblée de la Section Communale Bureau de Crédit Agricole Bureau des Mines et de l Énergie Banque Nationale de Crédit Banque de la République d Haïti Centrale Autonome Métropolitaine d Eau Potable Central America, Mexico and Carribbean Coopérative for American Relief Everywhere Marché Commun des Caraïbes Conseil d Administration de la Section Communale Centre de Développement des Ressources Humaines Commission Interaméricaine pour el Contrôle de l Abus des Drogues Centre National d Équipement Centre National de Météorologie Confiserie Nationale S.A. Centre d Opération d Urgence Comité de Protection Civil Local Croix Rouge Haïtienne Catholic Relief Services Development Alternative Inc. Direction Départementale Agricole du Nord Direction Départementale de la Protection Civile Direction Générale des Impôts

DIPECCHO DPC EBCM EMMUS FAMV FAO FAVA/CA FEMA FINNET FNUAP GPL GRD HIMO HUEH IDH IHSI INARA ISF ISPAN IUCN MARNDR MDE MEF MENJS MICT MPCE MSPP MST MTPTC OAS ODN ODPG ODVA OEA OI OMC OMS ONA ONG ONM OPDES OPS DIsaster Preparedness European Community Humanitarian Office Direction de la Protection Civile Enquête Consommation des Ménages Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services Faculté d Agronomie et de Médecine Vétérinaire Fonds des Nations Unies pour l Agriculture Florida Association of Voluntary Agencies / Caribbean Action Federal emergency Mitigation Agency Financial Network Fonds des Nations Unies pour la Population Gaz Pétrole Liquéfié Gestion des Risques et des Désastres Haute Intensité de Main-d œuvre Hôpital de l Université d État d Haïti Indice de Développement Humain Institut Haïtien de Statistique et d informatique Institut National de la Réforme Agraire Indice Synthétique de Fécondité Institut de Sauvegarde du Patrimoine National Union Internationale pour la Conservation de la Nature Ministère de l Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural Ministère de l Environnement Ministère de l Économie et des Finances Ministère de l Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sports Ministère de l Intérieur et des Collectivités Territoriales Ministère de la Planification et de la Coopération Externe Misnistère de la Santé Publique et de la Population Maladie Sexuellement Transmissible Ministère des Travaux Publics, Transport et Communication Organisation of American States Organisme de Développement du Nord Organisme de Développement de la Plaine des Gonaïves Organisme de Développement de la Vallée de l Artibonite Organisation des États Américains Organisation Internationale Organisation Mondiale du Commmerce Organisation Mondiale de la Santé Office National d Assurance Vieillesse Organisation Non Gouvernmentale Office National de la Migration Organisation Pré-Désastre et de Secours Organisation Panaméricaine de la Santé

OSAMH OXFAM GB PADF PAE PAS PCRAF PDRI PEJEFE PIB PMA PNH PNUD POCHEP PPA SECID SEDREN SEMANAH SHADA SIG SMCRS SNEP SNPC SOFA SPGD TEC TM TPTC UCS UEH UNDAF UNICEF USAID UTSIG Organisme pour la Surveillance du Morne de l Hôpital OXFAM Grande Bretagne Pan-American Foundation Plan d Action Environnemental Politiques d Ajustement Structurel Programme de Reconversion des Anciens Fonctionnaires Projet de Développement Régional Intégré Programme d Encadrement pour Jeunes, Femmes et Enfants Produit Intérieur Brut Pays Moins Avancés Police Nationale d Haïti Programme des Nations Unies pour le Développement Poste Communautaire d Hygiène et d Eau Potable Parité de Pouvoir d Achat South East Consortium for International Development Société d Exploitation et de Développement Économique et Naturel Service Maritime National d Haïti Société Haïtiano Américaine de Développement Agricole Système d Information Géographique Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides Service National d Eau Potable Système National de Protection Civile Solidarite Fanm Ayisyen Secrétariat Permanent de Gestion des Désastres Tonne Équivalent Céréale Tonne Métrique Travaux Publics Transport et Communication Unité Communautaire de Santé Université d État d Haïti Plan Cadre du Système des Nations Unies pour l Aide au Développement Fonds des Nations Unies pour l Enfance United States Agency for International Development Unité Technique Système d Information Géographique * * * * * *