Référence Référence : : Version : Dermatoses professionnelles en milieu hospitalier DOSSIER Sommaire : 1. Introduction 2. Définitions 3. Types de dermatoses observées en milieu hospitalier a) La dermite d irritation b) La dermite de contact allergique ou eczéma c) La dyshidrose et l eczéma dyshidrosique d) L urticaire de contact e) La dermite allergique aux protéines f) Les dermatoses infectieuses g) Les dermatoses dues aux rayonnements ionisants 4. Etiologie des dermatoses professionnelles en milieu hospitalier a) Principaux facteurs d irritation de la peau b) Principaux agents responsables d une dermite de contact c) Principaux agents responsables d urticaire de contact / dermite de contact aux protéines 5. Epidémiologie des principales dermatoses en milieu hospitalier a) Quantification de dermatoses professionnelles dans le secteur de la santé b) Quantification par type de dermatoses 6. Diagnostic en milieu de travail a) Examen clinique b) Anamnèse c) Analyse du poste de travail 7. Diagnostic en milieu spécialisé a) Exploration d une dermite de contact allergique b) Exploration d un urticaire de contact immunologique 8. Mesures de prévention technique a) Collectives b) Individuelles 9. Mesures de prévention médicale 10. Reconnaissance en maladie professionnelle 11. Points forts 12. Bibliographie Dr Cécile SURLERAUX, Conseiller en prévention Médecin du travail Cellule scientifique Commission scientifique 14 novembre 2011 Page 1 sur 19
1. Introduction En Belgique, selon un rapport du Fonds des maladies professionnelles datant de 2007, les dermatoses professionnelles représentent un tiers de toutes les affections professionnelles. Le secteur de la santé humaine est un des secteurs particulièrement exposé du fait de l exposition fréquente et/ou prolongée à de nombreux irritants et allergènes. Ce secteur regroupe divers métiers, notamment le personnel médical et paramédical, le personnel dentaire, les pharmaciens et leurs assistants, le personnel des laboratoires médicaux, les agents d entretien. 2. Définitions A Allergène Toute molécule ou substance qui a un effet sensibilisant, c est-à-dire qui produit une réaction immunitaire excessive. Allergie immédiate Symptômes cliniques de l allergie, se manifestant de quelques minutes à quelques heures après le contact avec l allergène. La réaction fait intervenir les IgE spécifiques à l allergène qui a déclenché la symptomatologie. Allergie retardée Symptômes allergiques se manifestant au moins un à deux jours après le contact avec l allergène. Antiseptique Produit appelé à diminuer le nombre de germes sur la peau des soignants ou des patients. Atopie, terrain atopique Prédisposition d origine héréditaire ou génétique, à développer des réactions allergiques au contact d allergènes. Elle consiste en une propension à fabriquer des anticorps de classe IgE en quantité exagérée. C Capillaroscopie Examen permettant de déceler des lésions vasculaires au niveau des capillaires. Choc anaphylactique Réaction immunologique de type immédiat, généralisée, avec des effets importants pouvant être très graves, habituellement précédée de démangeaisons, urticaire, gonflement, difficultés respiratoires. Page 2 sur 19
D Dermatose Terme générique qui regroupe toutes les affections cutanées quelle que soit leur origine. Dermatoses professionnelles Affections dont la cause peut résulter en tout ou en partie des conditions dans lesquelles le travail est exercé. Cette définition regroupe deux catégories distinctes de dermatoses : les dermatoses d origine exclusivement professionnelle pour lesquelles le lien causal est bien établi entre l apparition et l aggravation de la dermatose et les conditions de travail ; les dermatoses aggravées par l activité professionnelle ; c est le cas, par exemple de l eczéma atopique (voir ce terme) des mains aggravé par le travail en milieu humide ou du psoriasis des mains aggravé par des microtraumatismes répétés. Désinfectant Produit appelé à diminuer le nombre de germes sur les surfaces inertes. Dyshidrose Variété particulière d eczéma dans laquelle des vésicules se développent sur les faces latérales des doigts et des orteils, ainsi qu aux paumes des mains et plantes des pieds. Quand les vésicules se développent sur un fond érythémateux ou érythémato-squameux : on parle alors d eczéma dyshidrosique. E Eczéma atopique Eczéma apparu dans la petite enfance sur un terrain atopique et touchant en général les plis de flexion des coudes, des genoux, l arrière des oreilles, le cou. Emollient Se dit d une substance qui relâche, détend, amollit et adoucit les tissus enflammés. H Hyperhidrose Augmentation de la sécrétion sudorale I Immunoglobuline E (IgE) Une des cinq classes d immunoglobulines (protéines du sérum sanguin). Ces anticorps spécifiques d un allergène déterminé, interviennent dans les réactions allergiques de type immédiat. Page 3 sur 19
Incidence Nombre de nouveaux cas d une maladie apparus dans une population, pendant une période donnée (généralement un an). P Prévalence Nombre de cas d une maladie présente dans une population donnée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens. Elle est le plus souvent exprimée en proportion par rapport au nombre d individus de la population étudiée. R Réaction croisée Manifestation clinique allergique lors du contact avec un allergène différent de celui auquel est due la sensibilisation, en raison d une similitude de structure moléculaire. Réponse immunitaire Réaction normale du système immunitaire destinée à protéger l organisme des influences nocives extérieures. Après détection de l intrusion, d une substance ou d un corps étranger à l organisme (appelé antigène), survenue d une cascade d événements avec activation de cellules immunocompétentes et production par certaines d entre elles des anticorps destinés à rendre la substance étrangère inoffensive. S Sensibilisation professionnelle Réaction immunitaire excessive de l organisme se produisant chez un travailleur, prédisposé ou non, lorsqu il est exposé à certains allergènes. La répétition des contacts avec l allergène aggrave la sensibilisation jusqu à la survenue des manifestations cliniques. V Vulcanisation Opération qui consiste à améliorer les propriétés du caoutchouc en le traitant par du soufre. 3. Types de dermatoses observées en milieu hospitalier a) La dermite d irritation La dermite d irritation est la manifestation la plus fréquemment observée. Elle s aggrave souvent en période hivernale. L apparition est rapide, mais les lésions deviennent fréquemment chroniques. Elles sont dans ce cas de nature érythématosquameuse souvent accompagnées de crevasses. Elles prédominent sur le dos des Page 4 sur 19
mains et les espaces interdigitaux et entraînent parfois des sensations de brûlures ou de picotements. L atteinte de la pulpe des doigts et de la zone sous les bagues est fréquente. Contrairement à l eczéma de contact, plusieurs individus peuvent être atteints simultanément. b) L eczéma de contact allergique La dermite de contact allergique est une réaction d hypersensibilité de type retardé, s accompagnant d une inflammation et d un œdème cutané. Sur le plan clinique, l aspect des dermites de contact allergique est très proche de la dermite d irritation. Certains signes, comme un prurit intense, une extension des lésions au-delà de la zone de contact, voire à distance, l aspect polymorphe associant érythème, vésicules, suintement, desquamation, croûtes sont cependant évocateurs de la dermite de contact allergique. Lorsque les lésions sont chroniques, le diagnostic différentiel peut être plus difficile. Les mains sont la principale localisation de l eczéma de contact. Une autre localisation plus rare est le visage, notamment les paupières, atteints par mécanisme aéroporté (produits volatils) ou manuporté (mains contaminées, frottement avec les gants). Eczéma aigu. Source : Dr Dezfoulian c) La dyshidrose et l eczéma dyhidrosique Eczéma chronique. Source : Dr Dezfoulian La dyshidrose et l eczéma dyshidrosique représentent une variété particulière d eczéma dans laquelle des vésicules se développent sur les faces latérales des doigts et des orteils, ainsi qu aux paumes des mains et plantes des pieds. Les vésicules, dans la dyshidrose simple, ne s accompagnent pas de réaction inflammatoire manifeste. Dans certains cas, elles se développent sur un fond érythémateux ou érythémato-squameux : on parle alors d eczéma dyshidrosique. La dyshidrose s inscrit généralement dans un contexte atopique. La plupart des dyshidroses sont totalement idiopathiques. Cette affection est parfois favorisée par Page 5 sur 19
certains facteurs professionnels (travail en milieu humide, contact avec des substances irritantes, port de gants) et extra professionnels (tabagisme, stress, hyperhidrose palmaire et/ou plantaire, allergie au nickel ou aux épices et condiments. Dyshidrose Source : Cyberdoktor.de d) L urticaire de contact immunologique L urticaire de contact immunologique est une réaction allergique de type immédiat, caractérisée par des papules et/ou des plaques érythémato-oedémateuses à bords nets. Il n y a aucun signe épidermique, c est-à-dire ni desquamation, ni croûte, ni suintement, ni fissure en dehors d éventuelles lésions de grattage. Le prurit est souvent intense. Le caractère immédiat de l affection survenant dans les minutes ou les heures qui suivent le contact avec la substance responsable et la disparition rapide en quelques heures après arrêt de ce contact évoquent d emblée le diagnostic. L extension des lésions à distance et l association à des signes généraux tels que rhinite, conjonctivite, asthme, œdème laryngé, voire choc anaphylactique est typique de l urticaire de contact immunologique. Urticaire. Source : Dr Dezfoulian Page 6 sur 19
e) La dermite de contact aux protéines La protein contact dermatitis (dermite de contact aux protéines) est une forme particulière d urticaire de contact provoquée par les protéines d origine animale ou végétale. Ces substances de poids moléculaire élevé pénètrent à peine dans un épiderme normal, mais une pénétration est possible si l épiderme est abîmé ou si sa fonction de barrière est perturbée. Les personnes atopiques ou atteintes de dermite d irritation sont dès lors plus sensibles à cette affection. Elle associe une dermite eczématiforme chronique des mains et la survenue de papules urticariennes limitée aux zones de contact dans les 30 minutes suivant la manipulation des protéines en cause. En milieu hospitalier, il s agit exclusivement du latex. (lien vers la fiche concernant le latex) f) Les dermatoses infectieuses Les dermatoses infectieuses sont devenues rares depuis l application stricte des mesures de précautions d hygiène universelle. Des épidémies de gale peuvent cependant encore survenir parmi le personnel soignant en milieu hospitalier et dans les maisons de repos et de soins. (lien vers la fiche concernant la gale). g) Les dermatoses dues aux rayonnements ionisants Le développement des techniques d imagerie interventionnelle entraîne une augmentation importante de l exposition des extrémités des doigts des opérateurs. Quelques cas de radiodermite chronique de l extrémité des doigts ont ainsi été rapportés. Les lésions apparentes sont exceptionnelles, mais des examens systématiques de capillaroscopie permettraient certainement de dépister des lésions à un stade préclinique. Les lésions observées par cet examen sont des altérations microvasculaires sous-unguéales avec diminution des anses capillaires associée à des images de dilatation (mégacapillaires, anévrysmes, angiogenèse). Lésions de radiodermite chronique Source : Dr Tennstedt, UCL Page 7 sur 19
Diagnostic différentiel des principales dermatoses : Critères de distinction Dermatite d irritation Eczéma de contact allergique Urticaire immunologique Dermite de contact aux protéines Mécanisme Non allergique Allergique Allergique Allergique Sur terrain favorisant (irritation, atopie) Apparition Collective (plusieurs individus atteints simultanément) Individuelle Individuelle Individuelle Délai d apparition Rapide Contact préalable de quelques jours avec la substance. L eczéma apparaît ensuite 1 ou 2 jours après un nouveau contact Rapide (quelques minutes à quelques heures) Apparition rapide de papules ou de vésicules sur fond d eczéma chronique Symptômes subjectifs Sensation de brûlure Prurit (démangeaisons) Prurit intense Prurit Aspects cliniques Plaques érythématosquameuses Crevasses Erythème, vésicules, œdème important dans les formes aiguës. Plaques érythématosquameuses dans les formes chroniques Papules et/ou plaques érythématooedémateuses Eczéma chronique avec exacerbations urticariennes ou vésiculeuses Limite des lésions Nette à la zone de contact Déborde la zone de contact avec des bords émiettés. Possibilité de lésions à distance. Papules ou plaques érythématooedémateuses à bords nets. Posssibilité d extension des lésions et d apparition de signes généraux. Cf eczéma. Possibilité d apparition de signes généraux Bilan allergologique par tests épicutanés Négatif Positif à la substance responsable de l allergie (patch test) Positif (prick test) Positif (prick test) Page 8 sur 19
La distinction entre irritation et allergie est parfois difficile ; souvent les deux coexistent (présence de substances irritantes et allergisantes dans l environnement professionnel). De plus, la dermite d irritation fait souvent «le lit de l allergie», parce que la fonction de barrière que joue la peau est altérée. 4. Etiologie des principales dermatoses en milieu hospitalier a) Principaux facteurs d irritation de la peau : Travail en milieu humide : mains dans l eau plus de 2 heures/jour, port prolongé de gants plus de 2 heures /jour, lavage fréquent des mains, lavage agressif des mains. Exposition à des agents chimiques : désinfectants, antiseptiques (ammoniums quaternaires, aldéhydes, alcools, hypochlorite de sodium, solutions hydroalcooliques ), détergents, acrylates en dentisterie. Exposition à des agents physiques : lavage des mains avec une brosse, exposition au froid. b) Principaux agents responsables d une dermite de contact : Désinfectants et antiseptiques : Les aldéhydes (formaldéhyde, glutaraldéhyde, glyoxal) utilisés notamment comme agents désinfectants, mais aussi pour d autres usages (conservation de pièces anatomiques) sont des agents très allergisants. Leur usage tend cependant à se restreindre. Les ammoniums quaternaires sont surtout responsables de dermites d irritation. Les dermatites de contact allergiques sont rares avec ces composés ; elles ont été rapportées avec le chlorure de didécyldiméthylammonium et le chlorure de benzalkonium. La chlorhexidine utilisée en solution aqueuse ou alcoolique ou associée à des agents tensioactifs (pouvoir moussant et détergent) est rarement responsable de dermite allergique de contact. Les solutions hydro-alcooliques sont largement utilisées ces dernières années pour l asepsie des mains. Les cas de sensibilisation sont rares et seraient essentiellement dus à l isopropanol et à l octanoate de cétéaryle. La polyvinylpyrrolidone (ou povidone) iodée a rarement été responsable d un eczéma de contact allergique d origine professionnelle. Page 9 sur 19
Détergents : L utilisation des détergents concerne particulièrement le personnel d entretien. Ces détergents peuvent contenir plusieurs allergènes. Produits conservateurs : isothiazolinones (Kathon CG dont l usage tend à se restreindre), formaldéhyde et libérateurs de formaldéhyde, hypochlorite de sodium, parabènes,. Parfums : limonène, linalol, baume du Pérou, alcool benzylique, alcool cinnamique, citronellol, Agents tensioactifs : propylène-glycol, 3-diméthylaminopropylamine, dodicine, NB : le nickel et les sels de chrome contenus dans les détergents en Europe sont à des concentrations trop faibles pour provoquer de l eczéma chez les sujets allergiques à ces métaux. Agents cosmétiques (savons, crèmes de protection, émollients) : Des allergènes peuvent être présents dans les produits conservateurs, les parfums, les excipients, émulsifiants et émollients (lanoline, alcool de lanoline, huile de ricin, glycérine, colophane, alcool stéarylique, ). Equipements de protection individuelle en caoutchouc naturel ou synthétique : Des allergènes du caoutchouc naturel ou synthétique sont présents dans de nombreux équipements de protection. En milieu de soins, il s agit principalement des gants susceptibles de contenir les principaux adjuvants allergéniques suivants : Accélérateurs de vulcanisation Thiurames, dithiocarbamate, mercaptobenzothiazoles et dérivés, dérivés de la thiourée, diphénylguanidine, dithiomorpholine, hexaméthylènetétramine. Retardateurs de vulcanisation N- (Cyclohexylthio)phtalimide. Antioxydants Dérivés de la p-phénylènediamine (caoutchoucs noirs), naphtylamines, phénols, hydroquinolines, hydroquinones. Autres adjuvants Agents de lubrification (chlorure de cétylpyridinium), agents de stérilisation, doublure interne (polyuréthane), agents de coloration, stabilisants. NB : les gants de ménage en caoutchouc doublés de textile semblent être une cause plus rare de sensibilisation aux additifs du caoutchouc ; ils relarguent moins de thiurames et de dithiocarbamates que les gants médicaux stériles et le revêtement textile interne réduit le contact avec les allergènes ; de plus, le port est moins serré qu avec des gants médicaux. Page 10 sur 19
Vêtements et chaussures de travail : Certains vêtements de travail et chaussures peuvent contenir du cobalt ou du nickel susceptibles d entraîner des dermites de contact. La colophane présente dans les vêtements en papier type blouse de chirurgie et l oxyde d éthylène sont également des allergènes potentiels. Médicaments : Les médicaments sont plus rarement en cause, mais ils peuvent également être incriminés. L exposition peut survenir lors de la reconstitution du produit injectable, lors de l application de produits topiques. Les antibiotiques (pénicillines, céphalosporines et aminoglycosides) sont les plus fréquemment en cause. D autres médicaments comme les cytostatiques, les anti-inflammatoires, les corticoïdes, les anesthésiques locaux peuvent également entraîner des manifestations allergiques. Le personnel soignant ayant une allergie de contact à un médicament est exposé à un risque majeur de développer une toxidermie lors de l exposition orale ou parentérale pour son propre traitement ; il est donc primordial de dépister ces allergies médicamenteuses. Dérivés des matières plastiques : Il s agit de résines (acryliques, polyuréthanes, polyesters) utilisées pour la confection de ciment osseux ou de plâtres. Les résines acryliques sont également très utilisées en dentisterie (prothésistes dentaires, dentistes) ; elles appartiennent à la classe des résines thermoplastiques, c est-à-dire dont l état physique peut être modifié réversiblement par chauffage et refroidissement successif ou plus récemment par l action du rayonnement UV. Les monomères (acrylates et méthacrylates) sont des sensibilisants puissants. L allergie à ces composés se présente le plus souvent sous forme d une pulpite douloureuse hyperkératosique, squameuse et fissuraire avec diminution de la sensibilité tactile et présence de paresthésies pouvant persister après la disparition de l eczéma. Pulpite aux méthacrylates. Source : INRS Page 11 sur 19
c) Principaux agents responsables d urticaire de contact / dermite de contact aux protéines : Le latex : Il représente la principale cause d urticaire de contact chez le personnel de santé. Les autres substances sont plus rarement incriminées. Les gants : Outre le latex, les gants en nitrile et certains additifs de vulcanisation peuvent également entraîner une urticaire. La chlorhexidine : Elle peut être responsable d allergie immédiate médiée par les IgE, avec urticaire et/ou réaction anaphylactique, principalement lors d une exposition muqueuse. Les médicaments : Antibiotiques, phénothiazines et agents antinéoplasiques comme la cisplatine et méchloréthamine. 5. Epidémiologie des principales dermatoses en milieu hospitalier a) Quantification des dermatoses professionnelles dans le secteur de la santé 2002 2003 2004 2005 Taux d incidence des dermatoses professionnelles/100000 salariés 8,3 8,5 6,5 5,2 Dermatoses en pourcentage du total des maladies professionnelles 30,43 % 30,12 % 25,83 % 19,48 % Réf. Eurogip-37/F, Note thématique, décembre 2008 Ces données indiquent une tendance générale à la baisse dans l ensemble des pays de l Union (sauf l Allemagne, la Grèce et l Irlande qui ne sont pas reprises dans cette quantification). Le secteur de la santé reste cependant l un des secteurs les plus à risque de dermatoses professionnelles. Page 12 sur 19
b) Quantification par type de dermatose Parmi les dermatoses professionnelles, 90 % sont des dermites de contact, dont 80 % atteignent les mains et 10 % la face. 80 % de ces dermites de contact sont irritatives et 20 % sont allergiques. 6. Diagnostic en milieu de travail a) Examen clinique Celui-ci doit être minutieux et porté sur l ensemble du revêtement cutané. Il permettra, dans la plupart des cas de faire la distinction entre dermite irritative de contact, eczéma et urticaire. Il permettra également d exclure d autres affections cutanées, comme notamment le psoriasis, les mycoses, l eczéma atopique. b) L anamnèse Elle portera entre autre autres sur les points suivants : notion de terrain atopique personnel ou familial ; date de début des lésions, leur siège, leur extension, leur mode évolutif ; changement éventuel dans les produits manipulés ou modification de l activité ; effet de l arrêt de travail sur l évolution des lésions ; moyens et produits d hygiène et de protection cutanée, cosmétiques, parfums, déodorants à usage quotidien ; différents topiques utilisés ; activités de loisir éventuelles. c) Analyse du poste de travail Elle portera notamment sur : la nature chimique des produits manipulés (composition, fiches de données de sécurité) ; les différentes étapes du travail et des gestes professionnels ; les moyens de protection utilisés. 7. Diagnostic en milieu spécialisé a) Exploration d une dermite de contact allergique Le bilan allergique de suspicion d une dermite de contact allergique repose sur la pratique de tests épicutanés avec la batterie standard européenne recommandée par Page 13 sur 19
l European Contact Dermatitis Research Group (ECDRG) et selon l activité professionnelle par des batteries de tests spécialisés (batterie caoutchouc), batterie cosmétiques, batterie dentaire, batterie médicaments. Des tests avec les produits professionnels utilisés peuvent également être réalisés. Le patch test : Le test le plus fréquemment utilisé est le «patch test» : les produits suspects sont appliqués sur le dos du malade à l aide de petites chambres (en plastique ou en aluminium) qui sont fixées par un sparadrap. Tests épicutanés. Source : Dr Dezfoulian Pour la réalisation des tests, il convient d éliminer toute médication qui pourrait interférer avec l interprétation. La lecture s effectue à 48h, 96h et une semaine. Le test répétitif (ROAT ou «Repetead open application test») : Les patch tests sont essentiels dans le diagnostic des allergies de contact. La peau du dos n est cependant pas toujours représentative d une localisation telle que les paupières ou le cou en ce qui concerne le déclenchement d une réaction allergique de contact. Il arrive ainsi que des patch tests classiques donnent des résultats faussement négatifs ou douteux. Ce test d applications ouvertes itératives est donc un outil complémentaire. Dans ce test, le produit à évaluer est appliqué 2 ou 3 fois par jour au niveau du pli du coude ou de l avant-bras pendant au moins une semaine (à moins qu il ne se produise une réaction plus tôt). Il est notamment utile dans le cas d intolérance aux gants médicaux. Page 14 sur 19
b) Exploration d une urticaire de contact immunologique Le prick-test : Il est le plus souvent réalisé sur la face antérieure de l avant-bras. Les gouttes d allergènes ou de solutions contrôles sont disposées sur la peau, puis une aiguille hypodermique est passée à travers de la goutte jusque dans l épiderme avec un angle faible, le biseau vers le haut ; l aiguille est alors légèrement soulevée pour créer une altération cutanée minime en surface. La lecture du test s effectue endéans les 15 à 20 minutes. Prick-test. Source : med.umich.edu Tests positifs au nickel et aux acrylates chez une assistante dentaire. Source : Dr M-N Crépy Le dosage des IgE spécfiques Il s agit d un test sanguin complémentaire au prick-test, mais qui n a pas la même pertinence. Il ne peut donc remplacer le prick-test Page 15 sur 19
8. Mesures de prévention technique a) Collectives : Elles comprennent plusieurs mesures : le remplacement des produits irritants puissants et sensibilisants par des substances de moindre risque ; l automatisation des opérations quand elle est possible ; le respect de la propreté de l environnement de travail ; la formation du personnel sur les risques de certains produits et/ou pratiques ; la formation aux bonnes pratiques de lavage et d antisepsie des mains en expliquant notamment le bénéfice apporté par les solutions hydrolcooliques (SHA). b) Individuelles : Les mesures de prévention de la dermite d irritation sont primordiales. Le lavage des mains doit être effectué à l eau tiède, les mains doivent être bien rincées et bien séchées avec du papier essuie mains doux. Des gants de protection doivent être portés pour les travaux en milieu humide ; les gants doivent être intacts, propres et secs à l intérieur ; en cas de port prolongé, si l activité le permet, il faudra porter des gants de coton sous les gants de protection. Le port de bagues doit être évité sur le lieu de travail. L application de produits émollients, riches en lipides et sans parfum, sur les mains, avant pendant et après le travail. La prévention doit être étendue aux tâches domestiques. Privilégier le port de gants sans latex et non poudrés. Pour la manipulation d acrylates, le port de gants en nitrile est recommandé. 9. Mesures de prévention médicale Des produits d hygiène et de soins cutanés, sans parfum et contenant des conservateurs ayant le plus faible pouvoir sensibilisant, sont à conseiller sur le lieu de travail. En cas de sensibilisation à un allergène, il est utile de fournir au patient une liste d éviction indiquant les sources d exposition à la fois professionnelle et non professionnelle à cette substance ; de nombreux allergènes, tels le nickel, les conservateurs, les parfums et les additifs du caoutchouc peuvent être retrouvés dans l environnement non professionnel. Le choix des gants et EPI conseillés par le médecin du travail doit tenir compte des additifs entrant dans la composition et de la teneur en protéines du latex. En cas d allergie aux additifs des gants en caoutchouc, il est souvent nécessaire de contacter les fabricants pour connaître les types de gants ne Page 16 sur 19
contenant pas l allergène en tenant compte des sensibilisations croisées (par exemple entre les thiurames et le dithiocarbamate). Le sujet atopique (dermatite atopique active ou antécédents) doit être particulièrement informé sur sa plus grande susceptibilité aux agents irritants. 10. Reconnaissance en maladie professionnelle Des codes spécifiques aux agents responsables se trouvent dans la liste belge des maladies professionnelles provoquées par les agents chimiques, par exemple : 1.109 : Nickel et composés 1.115.02 : Composés inorganiques du chlore 1.119.02 : Aldéhydes 9.102 : Cobalt ou composés du cobalt Le code 1.202 peut être utilisé pour les maladies professionnelles de la peau causées par des substances et agents non compris sous d autres positions. Le code utilisé pour toutes les allergies au latex (qu elles soient cutanées ou respiratoires) est le 1.701, «Affections provoquées par le latex naturel après au moins un mois d exposition». La gale doit être déclarée sous le code 1.404.03 «Autres maladies infectieuses du personnel s occupant de prévention, soins, assistance à domicile ou travaux de laboratoire et autres activités professionnelles dans des institutions de soins où un risque accru d infection existe». Des lésions de radiodermite seront déclarées sous le code 1.601 «Maladies professionnelles provoquées par les radiations ionisantes». 11. Points forts Le personnel de santé est un secteur à risque de dermatoses professionnelles, même si l incidence tente à diminuer. Le travail en milieu humide est l un des principaux facteurs de risque d apparition d une dermite d irritation et d un eczéma des mains dans ce secteur. Les solutions hydro-alcooliques (SHA) sont moins irritantes que les savons antiseptiques. Les principaux allergènes responsables de dermatoses professionnelles en milieu de soins sont les conservateurs, les antiseptiques et désinfectants, les additifs de vulcanisation du caoutchouc naturel ou synthétique des gants, les médicaments et chez le personnel dentaire les acrylates. Page 17 sur 19
Les gants médicaux sont la principale cause de sensibilisation aux additifs de vulcanisation du caoutchouc. Ils sont plus souvent incriminés que les gants de ménage. L essentiel de la prévention est la réduction maximale du contact cutané avec les irritants et l éviction complète du contact cutané avec les allergènes. La prévention des dermatoses infectieuses passe par un respect strict des mesures de précaution d hygiène universelle. En ce qui concerne les radiodermites, l observation de lésions apparentes est exceptionnelle, mais des examens systématiques de capillaroscopie permettraient certainement de dépister des lésions à un stade préclinique parmi le personnel médical de radiologie interventionnelle. 12. Bibliographie ARTIGNAN S., CONSO F., HAZEBROUCQ V., Radiodermites en radiologie interventionnelle, (Doses reçues aux mains, dépistage et réparation), Journal de radiologie, mars 2003, vol. 84, n 3, p. 317-319. BARBAUD, Dermatoses professionnelles en milieu hospitalier, Revue française d allergologie et d immunologie clinique, avril 2005, vol. 45, n 3, p 252-256. CONSEIL SUPERIEUR DE LA SANTE, Recommandations en matière d hygiène des mains pendant les soins [en ligne]. Bruxelles : SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement, janvier 2009. N CSS 8349. Disponible sur le Web : < www.health.belgium.be> CONSTANT L., ROELANDTS R., VAN TICHELEN W., Dermatoses professionnelles, définition, description, pronostic et prévention [en ligne]. Bruxelles : Fonds des maladies professionnelles, 2007. Disponible sur le Web : < http://www.fbz.fgov.be> CREPY M.N., Allergènes responsables de dermatites de contact en milieu de travail. Classement par secteur d activité professionnelle. Documents pour le médecin du travail [en ligne], 3 ème trimestre 2010, n 123, Fiche d allergologiedermatologie professionnelle, n TA 86, p. 319-341. Disponible sur le Web : <http://www.dmt-prevention.fr> CREPY M.N., Dermatites de contact aux équipements de protection individuelle. Documents pour le médecin du travail [en ligne], 1 er trimestre 2009, n 117, Fiche d allergologie dermatologie professionnelle, n TA 81, p. 89-104. Disponible sur le Web : <http://www.dmt-prevention.fr> Page 18 sur 19
CREPY M.N., Dermatites de contact professionnelles chez les personnels de santé. Documents pour le médecin du travail [en ligne], 1 er trimestre 2011, n 125, Fiche d allergologie-dermatologie professionnelle, n TA 88, p. 121-139 Disponible sur le Web : <http://www.dmt-prevention.fr> DEZFOULIAN B., Exposé réalisé dans le cadre des jeudis de la santé au travail, Janvier 2011. EUROGIP. Dermatoses professionnelles d origine allergique dans le secteur de la santé en Europe. Note thématique [en ligne], décembre 2008, réf. Eurogip-37/F. Disponible sur le Web : <http://www.eurogip.fr> FABER-BOUILLAUT K., TURK-SOYER M., Dermatoses professionnelles. Journée de l Institut interuniversitaire de médecine du travail de Paris Ile-de- France, INRS. Documents pour le médecin du travail [en ligne], 2 e trimestre 2006, n 106, Notes de congrès, n TD 147, p. 217-223 Disponible sur le Web : <http://www.dmt-prevention.fr> FRIMAT P., LARTIGAU-SEZARY I. Prévention des affections cutanées dans le secteur de la santé, matériel et produits de protection cutanée [en ligne]. Lille : Centre hospitalier régional de l Université de Lille 2. Disponible sur le Web : < http://www.skin-at-work-issa.com> GARNIER M., DELAMARE J., Dictionnaire des termes de médecine, 22 ème édition, Maloine, 1989. GERAUT CX., TRIPODI D., Dermatoses professionnelles, Encyclopédie médico-chirurgicale. Toxicologie-Pathologie professionnelle, 1999, N 16-533- A-10. INSTITUT UNIVERSITAIRE DE MEDECINE DU TRAVAIL DE RENNES. Dermatoses allergiques professionnelles [en ligne]. Rennes : Institut universitaire de médecine du travail de Rennes, mise à jour du 21 juin 1999. Disponible sur le Web : <http://facmed.univ-rennes1.fr> SAURAT J.H., Dermatologie et infections sexuellement transmissibles. Paris : Editions Flammarion Médecine-Sciences, 2001, p. 68-69. TENNSTEDT D., Tests épicutanés : indications ou quand les réaliser?, Annales de dermatologie et de vénéréologie, 2009, vol. 136, n 8-9, p. 579-583. Page 19 sur 19 Siège social : Quai Orban, 32-34 à 4020 Liège T 04/ 344 62 64 F 04/ 344 62 61 cellule-rd@spmt.be www.spmt.be