Laëtitia JABLONKA, IVAN
|
|
|
- Nicolas Bourget
- il y a 9 ans
- Total affichages :
Transcription
1 Laëtitia JABLONKA, IVAN Éditeur : Seuil Collection : Librairie du XXIe siècle EAN : Format : Broché Pages : 400 En librairie le 27 septembre 2016 Prix littéraire du Monde Prix Transfuge du meilleur essai En lice pour le prix Goncourt L histoire d un fait divers, traité dans toute son ampleur, de façon magistrale. Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s est transformé en affaire d État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du «présumé coupable», précipitant magistrats dans la rue, en février Mais Laëtitia Perrais n est pas un fait divers. Comment peut-on réduire la vie de quelqu un à sa mort, au crime qui l a emporté? Pendant deux ans, Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille, sa sœur jumelle, ses parents, ses amis, les responsables des services sociaux, ainsi que l ensemble des acteurs de l enquête, gendarmes, juges d instruction, procureurs, avocats et journalistes, avant d assister au procès du meurtrier, en octobre De cette manière, Ivan Jablonka a pu reconstituer l histoire de Laëtitia. Il a étudié le fait divers comme un objet d histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer. Ivan Jablonka poursuit son projet d exploration des frontières entre littérature, histoire et sciences sociales. Ce livre est une expérience d écriture autant qu une enquête, destinée à rendre à Laëtitia sa singularité et sa dignité. AUTEUR(S) Ivan Jablonka est historien et écrivain. Il a publié, dans la «Librairie du XXI e siècle», aux Éditions du Seuil, Histoire des grands-parents que je n ai pas eus (2012) et L histoire est une littérature contemporaine (2014). Service de presse (pour le Canada seulement) : Gabrielle Cauchy, attachée de presse / responsable du secteur ESSAIS (514) poste 229 / [email protected] NB : Les prix indiqués sont sujets à changements sans préavis.
2 LES INROCKUPTIBLES Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : du 7 au 13 septembre 201 Page de l'article : p Journaliste : Jean-Marie Durand Page 1/2 une histoire de la violence A travers le récit de la vie fracassée d'une fille de 18 ans retrouvée morte au fond d'un étang en 2011, l'historien Ivan Jablonka interroge la violence du monde social. Passionnant. Patrick Modiano déclarait tors de ta réception de son prix Nobel de littérature en 201i J'ai toujours cru que te poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales ( ] C'est le rôle du poète et du romancier, et du peintre aussi, de dévoiler ce mystère et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne Se souvenant de ces propos, Ivan Jablonka ajoute dans son récit Laetitia ou la fin des hommes que e est aussi le rôle de I historien-sociologue" de dévoiler ce mystère A la hauteur rêvée de la littérature, les sciences sociales déplacent un mode d approche visant un même but comprendre, à défaut d'excuser, la vie opaque des individus, y compris lorsqu'elle chavire. Le mystère dont Jablonka nourrit son enquète est celui d'un fait divers récent Enlevée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laetitia Ferrais, serveuse de 18 ans domiciliée à Pornic, en Loire-Atlantique, a été retrouvée morte, au fond d un étang, découpée en morceaux par un homme de 31 ans, Tony Meilhon Les médias titraient alors 'Un ange livré à un monstre, une innocente assassinée par un fou Le mystère de ce meurtre excède pourtant le cadre de I enquête policière, comme celui de I interrogation sur la pulsion du criminel L'auteur s interesse avant tout au destin de la fille assassinée, au temps qui précède le meurtre Comme si les dix-huit années d'une triste vie préfiguraient le déchaînement final d une violence fatale dont Laetitia Perrais n'avait cessé, sourdement, de subir les effets depuis sa prime enfance SEUIL
3 LES INROCKUPTIBLES Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : du 7 au 13 septembre 201 Page de l'article : p Journaliste : Jean-Marie Durand Page 2/2 un élan brisé par la furie d'un jeune homme dérangé autant qu'une vie figée dans une forme d'abandon durant dix-huit ans Bébé maltraité, gamme oubliée, fillette placée, privée de securite affective, accoutumée à vivre dans la peur une histoire 'cabossée de coups, de chocs, de commotions, de chutes dont on ne se relève que pour tombera nouveau ' Fille d un père qui violait sa mère placée chez un père d accueil qui violait sa sœur. Laetitia commençait à s autonomiser lorsqu'elle croisa son assassin Un élan brisé par la furie d'un jeune homme dérangé autant qu'une vie figée dans une forme d abandon durant dix-huit ans c'est dans ce double mouvement circulaire que le livre crée un pur vertige. Lenjeu central du récit tient à cette volonté de ne pas limiter le souvenir de Laetitia à celui d'une 'passante fugacement célèbre", née aux yeux du monde 'a l'instant où elle est morte' "Comme un retour en grâce", il s'agit de la rendre à elle-même, "à sa dignite et a sa liberte', confie l'historien, déjà auteur de travaux sur (es enfants abandonnes et d'une biographie de ses grands-parents assassinés à I âge de 28 ans. 'Comme héroïne,jai choisi une inconnue légère et vacillante qui n'a hérite de rien, sinon d'une histoire qui la dépasse, celle des bébes qu on rejette, des gammes de l'assistance qu on viole, des servantes qu on rudoie, des passantes qu on tue apres les avoir consommées ', écrit-il La plongée dans ce récit est souvent éprouvante, tant la misère et la tristesse recouvrent tout dans cette histoire, aussi banale que délirante Le délire tient à l'exploitation politique qu'en fit le président Sarkozy, fustigeant sévèrement les juges pour des raisons bassement populistes, ainsi qu aux multiples révélations tardives de lenquête [le corps retrouve decoupe en morceaux, les agressions sexuelles du père d'adoption) Contre le risque d'une projection fantasmatique, comme de nombreux romanciers s y essaient (et parfois s y fourvoient) pour éclairer les ressorts d'un meurtre, Ivan Jablonka mobilise les ressources de lenquête documentée, dont de nombreux entretiens avec les parents amis, collègues, magistrats, gendarmes, experts, avocats, journalistes. "Je voudrais montrer qu'un fait divers peut être analyse comme un objet d'histoire, 5 explique-t-il. Lin fait divers n est jamais un simple fait et lina rien de divers. Au contraire, laffaire Laetitia dissimule une profondeur humaine et un certain etat de la société des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans ta vie active, maîs aussi le pays au début du XXI e siècle, ta France de la pauvreté, des zones pénurbaines, des inégalités sociales.' De la révélation des secrets de famille à l'analyse des conditions de vie de Laetitia, des rouages de l'enquête aux pratiques de l'institution judiciaire, du rôle des médias au cynisme de l'exécutif, Ivan Jablonka nourrit son récit, lourd et glaçant, de plusieurs motifs qui, s entrelaçant, dévoilent les regles et les dérèglements du monde social Autant que le portrait déchire d'une jeune fille maltraitée, Laetitia ou la fin des hommes interroge les conditions de production - et les effets - de la violence dans la dissémination de ses formes, sociales, masculines, scolaires, mtrafamiliales 'Je ne fantasme pas la résurrection des morts, j'essaie d'enregistrer, à la surface de I eau, les cercles éphémères qu'ont laissés les êtres en coulant a pic", écrit l'auteur, à la bonne distance entre émotivité et objectivation. élégie et analyse, histoire et littérature. Jean-Marie Durand Laëtitia ou la fin des hommes (Seuil), 386 pages, 21 SEUIL
4 Périodicité : Hebdomadaire Date : 26 AOUT 16 Page de l'article : p.6-7 Journaliste : Éric Loret Page 1/4 Dossier dencre Que révèlent les «récits de crimes» de la société qui les produit? Trois écrivains français s'emparent d'affaires aussi réelles qu'horrifiques. Quand Simon Liberati et Harold Cobert se mettent dans la peau des meurtriers, Ivan Jablonka, lui, dans «Laëtitia», enquête sur la personnalité de la victime, Laëtitia Ferrais, violée et assassinée en 2011 ÉRIC LORET Les récits de crime sont de puissants prismes politiques. Dans Moi, Pierre Rivière... (Gallimard/Julliard, 1973), Michel Foucault invitait ses disciples à en «faire l'analyse» et à «montrer leur place dans le savoir populaire». Car avec le meurtre, écrivait le philosophe, «se pose sous une forme absolument dépouillée le rapport du pouvoir et du peuple: ordre de tuer, interdiction de tuer; se faire tuer, être exécuté; sacrifice volontaire, châtiment imposé; mémoire, oubli». Trois textes au moins se font, en cette rentrée, récits de crime canoniques : récits d'affaires criminelles ayant, littéralement, défrayé la chronique, pleins de désespoir et de folie, touchant aux limites, à ce qu'ivan Jablonka appelle «la fin des hommes», sous-titre de son Laëtitia. Simon Liberati revit les meurtres, dont celui de Sharon Tate, commis par la «famille» de Charles Manson en 1969 ; Harold Cobert sonde la personnalité de Monique Fourniret, épouse de «l'ogre des Ardennes», entre 2003 et 2004 ; Jablonka explore, lui, celle de Laëtitia Ferrais, victime de Thierry Meilhon en janvier 2011, enlevée, poignardée, étranglée et, finalement, démembrée. Dans cet ensemble, le texte de Jablonka est celui qui examine le plus clairement la sémiologie de l'horrifique, tout en mimant le genre: «essai» subjectif, docufiction plus vrai que l'histoire, travail éminemment littéraire : dans le rythme de la phrase, dans l'agencement de la narration, dans le ton, tantôt lyrique et tantôt didactique. Littéraire aussi en ce qu'il touche au contemporain, c'est-à- SEUIL
5 Périodicité : Hebdomadaire Date : 26 AOUT 16 Page de l'article : p.6-7 Journaliste : Éric Loret Page 2/4 dire à l'archaïque en nous, qu'il «reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps», selon la formule d'agamben. Ivan Jablonka, historien, a beaucoup écrit, entre autres dans L'histoire est une littérature contemporaine (Seuil, 2014), sur cette impureté qu'il appelle les «fictions de méthode» et qu'il définit ici comme «des hypothèses capables, par leur caractère imaginaire, de pénétrer le secret d'une âme et d'établir la vérité des faits». Le fait divers sera pour lui l'occasion de toucher «une profondeur humaine et un certain état de la société»-. «Un fait divers émerge, naît à la conscience publique parce qu'il se trouve à l'intersection d'une histoire, d'un terrain médiatique, d'une sensibilité et d'un contexte politique.» Le programme de Laetitia ou la fin des hommes est de raconter la France de ce début de siècle. Incandescent, le livre de Jablonka l'est aussi parce que, de même que la police, tout au long du texte, recherche le corps manquant de Laetitia, l'auteur cherche le cœur absent de l'homme, dans un projet quasi messianique : «Je voudrais (...) délivrer les femmes et les hommes de leur mort, les arracher au crime qui leur a fait perdre la vie et jusqu'à leur humanité. Non pas les honorer en tant que "victimes", car c'est encore les renvoyer à leur fin ; simplement les rétablir dans leur existence. Témoigner pour eux.» Pour cela, Jablonka interroge tous les témoins de la tragédie, et en particulier Jessica, la sœur jumelle de Laetitia. Il retrace toute l'enquête, fait le portrait sociologique des victimes et des bourreaux, tente d'établir la généalogie d'un mal qui vient toujours de plus loin: du père biologique de Laetitia, Franck Ferrais, qui «a été successivement apprenti menuisier, apprenti pâtissier, apprenti mécanicien, apprenti en apprentissages», et du père adoptif des deux filles, «M. Patron», plein d'un «sentiment de toute-puissance et de supériorité sociale qui vise à souligner, tout à la fois, la défaillance des parents et l'incompétence des éducatrices». On apprendra plus tard que Patron a violé Jessica et fait quatre autres victimes. Il sera condamné à huit ans de prison en Assez vite, sans doute, Jablonka se rend compte que Laetitia est inconnaissable. Recensant les goûts musicaux de la jeune fille (Rihanna, Sexion d'assaut, la B. O. d'avatar...), il en déduit d'abord que «Laetitia est l'incarnation du grand public, le contraire de l'indisciplinée». Mais, faisant aussitôt volte-face, il replonge dans ses propres souvenirs de «junk culture» et se rappelle entre autres le dessin animé Candy, «qui [lui] fait aujourd'hui venir les larmes aux yeux» : aussi grotesque que la notation puisse paraître, elle signifie l'effectivité du transfert, en quelque sorte, qui permettra à Jablonka de titrer son avant-dernier chapitre «Laetitia, c'est moi»: «Cette culture de masse fait battre mon cœur. Mon enfance formatée me manque, parce que c'est mon enfance et qu'elle a accouché de l'adulte que je suis, individu au sein d'une génération.» Et de conclure: «Je me trompe au sujet de Laetitia (...). Elle gardait dè la distance par rapport à ce qu'elle regardait.» L'enfant manque donc. C'est par ce défaut que se fait le lien entre l'auteur et son sujet. Une victime dont l'enfance a été massacrée, d'un côté, un historien reconnu, adulte, de l'autre, qui a écrit une Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (Seuil, 2012). Orphelinage généralisé : «J'aimerais (...) retrouver le flou, le vague, la propension à l'oubli, le sentiment d'im- SEUIL
6 Périodicité : Hebdomadaire Date : 26 AOUT 16 Page de l'article : p.6-7 Journaliste : Éric Loret Page 3/4 puissance et d'incompréhension qu'il y a dans /'esprit d'un enfant, Laetitia Jessica ou le tout-petit que nous fûmes» Par cette émotion de la perte, dè l'archeologie impossible de soi, Ivan Jablonka en vient alors a ce qui semble son vrai sujet, a la suite de Foucault le rapport du pouvoir et du peuple II établit petit a petit un parallèle entre le mauvais pere que fut M Patron et la figure de mauvais president que fut, selon lui, Nicolas Sarkozy La réalité lui facilite la tâche le president de la Republique s'était empare des objurgations de Patron pour mettre en cause les juges, qu'il accusa de laxisme, et auxquels il promit des sanctions «M Patron entretient un rapport ambigu avec les medias Or le vocabulaire de la douleur n'est pas neutre "Faire justice", "faire payer" lutter contre la "récidive", enfermera vie les délinquants sexuels Nicolas Sarkozy reçoit, de la part des Patron, un soutien appréciable» Maîs Patron se révélera être un criminel «On comprendra alors que le president de la Republique a combattu les délinquants sexuels aux côtes d'un pédophile» Moyennant une intéressante rhétorique des larmes, le récit du crime contre une jeune tille du «peuple» devient, sous la plume de Jablonka, l'analyse d'un crime contre le peuple tout entier Ou l'on voit un jure pleurer au détail des méfaits de Thierry Meilhon et, quèlques pages plus lom, un juge pleurer en écoutant Nicolas Sarkozy a la television, qui déclare que «les magistrats sont responsables» «Le crimmopopulisme des annees Laetitia écrit l'historien, trahit la recherche de la division l'instillation de la méfiance et de la haine dans le corps social - un president de la Republique blessant la Republique» Par-delà la figure de Laetitia et d'une féminité victime des «masculinités dévoyées au XXI e siecle» c'est bien a la question du pouvoir que le livre in fine achoppe comment bien gouverner, c'est-a dire comment être un pere sans patriarcat Maîs cette question de la loi s'étend aussi a celui qui prend la parole et témoigne face a la «fin des hommes», de quoi s'«autorise» l'auteur de ce genre de récit? LAETITIA OU LA FIN DES HOMMES divan Jablonka, Seuil, «La librairie du XXI e siecle», 400 p., 21. Une victime dont l'enfance a été massacrée, d'un côté, un historien reconnu de l'autre. Par cette émotion de la perte, de l'archéologie impossible de soi, Ivan Jablonka en vient alors à ce qui semble son vrai sujet : le rapport du pouvoir et du peuple SEUIL
7 Périodicité : Hebdomadaire Date : 26 AOUT 16 Page de l'article : p.6-7 Journaliste : Éric Loret Page 4/4 SEUIL
8 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 17/23 AOUT 16 Page de l'article : p.64 Journaliste : E.L. Page 1/1 spécial rentrée littéraire t. HISTOIRE D'EN FRANCE Document Ivanjablonka revient sur un fait divers emblématique, la mort de Laëtitia Permis. Un récit historique et citoyen. Et un grand livre personnes marchèrent en mémoire de lajeunefllle, le 29janvier Il arrive souvent qu'un lecteur n'ait pas envie de terminer un livre, il est moins fréquent qu'un écrivain fasse tout pour ne pas y mettre un point final. A lire Laëtitia, d'ivan Jablonka, l'impression est forte d'un auteur en totale empathie avec son sujet et dont la plume se fait volontiers fleurs et couronnes. C'est la force de cet ouvrage, un des plus importants de la rentrée, peut-être sa limite; c'est aussi la marque d'un homme qui secoue son statut d'universitaire pour mieux plonger au cœur d'un fait divers dont l'écho révèle l'époque, mais également un imaginaire qu'il est difficile d'évoquer sans laisser affleurer les émotions. Ivan Jablonka assume jusqu'au bout. Il se fait tour à tour sociologue, père, historien et citoyen. Le souvenir est encore là, parfois diffus, bien sûr, parce qu'un fait divers chasse l'autre, qu'une tombe se fane, qu'un cri s'évanouit, mais la simple lecture des premières phrases du livre relève le rideau balzacien, comme on assiste à une tragique comédie humaine : «Laëtitia Ferrais a été enlevée dans la nuit du 18 au 19 janvier C'était une serveuse de dix-huit ans domiciliée à Pornic, en Loire-Atlantique. Elle menait une vie sans histoires dans la famille d'accueil où elle avait été placée avec sa sœur jumelle. Le meurtrier a été arrêté au bout de deux jours, mais il a fallu plusieurs semaines pour retrouver le corps de Laëtitia.» Peut-être se souvient-on davantage du président Nicolas Sarkozy pointant du doigt les «manquements» des juges, ce qui avait provoqué la grève de 8000 magistrats, une première en France. Une «affaire d'etat», selon Jablonka, qui n'hésite pas à griffer des politiciens trop heureux de surfer sur des vagues populistes. Ces pages-là sont écrites par l'auteur-citoyen, qui assume, encore une fois. L'homme est bouleversé, mais il s'acquitte de sa tâche en retraçant la vie de Laëtitia, qu'il ne connaît pas. Ce livre vise à raconter à la fois une histoire de France et un destin émietté. «Laëtitia était une victime non pas désignée, mais latente.» Jablonka arpente des chemins cabossés, rencontre Jessica, la sœur jumelle, l'avocate, les amis de la victime, rend compte du procès de Tony Meilhon, le meurtrier, replace ce drame dans un contexte historique en évoquant les lois sur les familles d'accueil ou sur les violences faites aux femmes. On ne saurait reprocher à Ivan Jablonka, parce qu'on entend déjà les critiques, d'avoir structure son livre en alternant la reconstitution des faits et l'enfance de Laëtitia, produisant ainsi une dramaturgie singulière. Il y a au contraire chez lui la volonté de briser les frontières, de subjectiviser son propos - il l'avait déjà fait dans Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus. Une enquête - pour mieux affirmer que l'histoire des Hommes nourrit l'imaginaire d'un monde qui a besoin d'éprouver de l'empathie pour se comprendre. E. L. ***** LAETITIA, D'IVAN JABLONKA. La Librairie du xxi e siecle. Seuil. 400 p., 21. Parution le 25 août. SEUIL
9 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 20/26 AOUT 16 Page de l'article : p Journaliste : Fabienne Pascaud Page 1/2 LAETITIA OU LA FIN DES HOMMES RECIT IVANJABLONKA Se tenant résolument aux côtes d'une jeune fille martyrisée pour en retracer le destin, l'auteur livre bien plus que l'analyse détaillée d'un fait divers. Laetitia Perrais a ete assassinée en 2011 Un drame devenu une affaire d Etat Eli «Je me suis dit que raconter la vie d'une fille du peuple massacrée a I age de 18 ans était un projet d'intérêt general, comme une mission du service public», écrit l'historien Ivan Jablonka dans Laetitia ou la fm des hommes Comment donc appeler cette saisissante analyse d'un sordide fait divers de janvier 2011, strie tcment décrit et aux commentaires d une subtilité historique, sociale, po htique constamment fraternelle' Ni polar, ni récit historique, essai socio politique, ou oraison funèbre, l'admi râble livre est tout a la fois A I image d'histoire des grands parents que je n'ai pas eus i, ou Jablonka enquêtait sur ses aïeux polonais, juifs, communistes, disparus a Auschwitz, retrouvait a tra vers eux une autre memoire des camps Avec le martyre de Laetitia Ferrais, 18 ans, sœur jumelle de Jessica, toutes deux filles de pere alcoolique, battant, violant leur mere jubqu a la rendre D On aime un peu EB beaucoup EH3 passionnément n pas du tout SEUIL
10 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 20/26 AOUT 16 Page de l'article : p Journaliste : Fabienne Pascaud Page 2/2 folle, c'est une jeunesse anéantie par I existence avant même d avoir com menée a vivre qu il révèle Errant d internat en famille d ac cueil, accumulant les retards scolaires a force de troubles affectifs, les ju malles trouvent un illusoire refuge chez les Patron Laetitia travaille a I Hôtel de Nantes, a côte de chez eux, pres de Forme, lessica poursuit un CAP de cuisine Deux filles ordinaires dans la triste périphérie urbaine de nos villes Elles se lèvent tôt, bossent dur, cherchent a s'intégrer Sans lire de livre, ni aller au cinema, juste ac cros a leur portable, leurs SMS pleins de fautes et les pots au bistrot Elles ne se rebellent jamais N'est ce pas parce qu elle l'avait menace de porter plainte que Laetitia a ete enlevée, pol gnardee, étranglée, démembrée par son séducteur agresseur Tony Meil non ' Elle osait se révolter et le bou cher alcoolique, voleur, violeur, ayant accumule déjà les peines de prison, l'a condamnée au silence, éparpillant et dissimulant ses membres Ivan Jablonka détaille jour par jour la longue enquete pour les retrouver II alterne chapitres «techniques» et re cils de la courte vie de deux sœurs II confie aussi ses rages «Laetitia, c'est moi» dit il «Laetitia, c'est nous», vou drait on poursuivre apres cette deran géante lecture Tant hante désormais la filiforme et pale jeune fille aux longs cheveux, Ophehe ou Melisande, femme enfant de toute éternité vie time des hommes Laetitia ou la fin des hommes Sa tragédie ne déviait elle pas annoncer la fin de ces ogres 9 Pere biologique, adoptif (Gilles Patron bar celait sexuellement les jumelles), ami, amant et même president de la Repu bhque, chacun a son poste, aura mstru mentalise Laetitia Nicolas Sarkozy profite en effet de l'énorme vague d'émotion que suscite Ic crime pour fustiger le laxisme de lajustice face aux délinquants sexuels multirecidivistes Et durcir la legislation penale L affaire Laetitia devient affaire d Etat Se meut en acte politique répressif au nom de la protection de la population Ivan Ja blonka laisse éclater sa colere d histo rien engage, respectueux de la demo crane et de la separation des pouvoirs Maîs d autres cris tissent l'ouvrage choral Et parviennent mystérieusement par leur rythme, leurs mots incanta foires parfois - a reenchanter Laetitia A forer le reel a coups de descnp lions toujours plus fines, a I expliquer, I incarner, par des fictions toujours plus plausibles, Jablonka est passe au delà Sa litterature documentaire est devenue litterature rédemptrice Et magique Elle ressuscite les morts Jean Genêt, Truman Capote, Michel Foucault, ou Emmanuel Carrere ont eux aussi tire un «roman vrai» de monstrueux faits divers, ces symp tomes des cancers qui rongent nos so cietes Maîs ils l'ont fait du cote des pre dateurs qui obscurément les fascinent Le féministe Jablonka, lui, choisit la proie Qu lin appelle jamais «victime», refusant de cantonner Laetitia a son seul drame Témoigner de son chemin, c'est au contraire suivre avec respect chaque instant de son existence II faut aimer les morts pour qu ils reviennent C'est parce qu elle apparaît ici dans toute sa grace que renaît pour nous I Iphigeme de Forme L historien a réussi le miracle - Fabienne Pascaud i Ed du Seuil 2012 I Ed du Seuil coll «La Librairie du XXI e siecle» 400 p 21 SEUIL
11 Date : 01 SEPT 16 Journaliste : Sabine Audrerie Pays : France Périodicité : Quotidien OJD : Page 1/5 Le tourment de Laëtitia Enquête mêlant littérature et sociologie, le livre d'ivan Jablonka est un portrait sensible de Laëtitia Ferrais et une photographie de la France des années 2010, Le père et la sœur de Laëtitia Ferrais, Jessica (au centre), quittent l'église de La Bernerie-en-Retz, le 25juin 2O11, après tes obsèques delà jeuneftlle. Jean-Sébastien Evrard/AFP SEUIL
12 Date : 01 SEPT 16 Journaliste : Sabine Audrerie Pays : France Périodicité : Quotidien OJD : Page 2/5 Laëtitia ou la fin des hommes d'ivan Jablonka Seuil, 390p., 21 e titre de l'exhortation apostolique publiée par le pape François en mars dernier, Amoris laetitia, sur «la joie de l'amour vécu dans les familles», résonne de manière bien étrange en écho au texte saisissant publié en cette rentrée par Ivan Jablonka, consacré à la jeune Laëtitia Ferrais, tuée près de Pornic en janvier L'étymologie de son prénom (Laëtitia, la joie) aurait dû empreindre sa vie entière d'une allégresse salvatrice, la porter vers un avenir radieux ou une existence paisible. Elle a connu un tout autre sort, voisinant la douleur depuis l'enfance : un père violent, une mère dépressive, le placement en foyers avec sa soeur Jessica, puis une quiétude apparente dans une famille d'accueil, un travail de serveuse, mais toujours un mal-être secret. Elle sera assassinée par Tony Meilhon, délinquant multirécidiviste tout juste sorti de prison, au terme d'une journée où la sage jeune fille avait curieusement flirté avec les marges. Son corps sera découvert démembré après des semaines d'enquête et une affaire qui de fait divers local était devenue nationale, avec une polémique sur le suivi judiciaire et la responsabilité des juges déclenchée par Nicolas Sarkozy. Ivan Jablonka est parti à la rencontre d'une existence meurtrie, retraçant le contexte de ce fait divers «exceptionnel à tous égards, écrit-il - par l'onde de choc qu'il a soulevée, parson écho médiatique et politique, par l'importance des moyens mis en œuvre pour retrouver le corps, par les douze semaines que ces recherches ont duré, par l'intervention du président de la République, par la grève des magistrats (...). Mais que sait-on de Laëtitia, hormis qu'elle a été la victime d'un fait divers marquant?» C'est en effet à la personne qu'elle fut, et par elle à sa sœur jumelle, que s'attache avant tout l'auteur, en enquêteur sociologue et en homme, avec la patience que ne peuvent avoir les journalistes soumis aux délais de bouclage, avec l'empathie que l'on ne demande pas aux magistrats, avec la profondeur qui sied à l'écrivain. L'histoire littéraire l'a montré : les écrivains affectionnent le fait divers, auquel ils sont enclins de puiser une inspiration particulière, née de la fascination pour l'inexplicable, les mœurs et les obscurités de la nature humaine. Stendhal et Flaubert s'en sont inspirés pour Le Rouge et le Noir et Madame Bovary; les chroniqueurs antiques et modernes, de Suétone à Saint-Simon, ont fait leur miel de l'anecdote et du trivial ; Truman Capote a créé un genre littéraire en 1966 avec De sang-froid, «récit véridique d'un Ivan Jablonka est parti à la rencontre d'une existence meurtrie, retraçant le contexte de ce fait divers «exceptionnel à tous égards». meurtre multiple et de ses conséquences», dont la préparation l'a amené au plus près des lieux et des protagonistes, jusqu'à nouer des liens troubles avec l'un des meurtriers ; Bernard-Marie Koltès et sa pièce Roberto Zucco sur le tueur en série italien choquèrent en 1988 par leur ambiguïté ; Laurent Mauvignier s'est inspire pour Ce que j'appelle oubli d'un assassinat dans un supermarché en Et Emmanuel Carrère, sans se cacher derrière la fiction, avait franchi un pas en 2000 avec L'Adversaire, récit sur l'affaire Jean-Claude Romand où il s'implique et évoque son expérience d'écrivain confronté à cet indicible. Ivan Jablonka semble s'inscrire dans cette dernière trace, mais en s'intéressant à la victime plus qu'au meurtrier, et avec des outils d'analyse différents. La réalité glaçante qu'il découvre, le désarroi ignoré de la jeune femme ne permettent pas de «comprendre le tourment de Laëtitia». «Parce que sa voix s'est éteinte à jamais, il est nécessaire de recourir à des fictions de méthodes, c'est-à-dire des hypothèses capables, par leur caractère imaginaire, de pénétrer SEUIL
13 Date : 01 SEPT 16 Journaliste : Sabine Audrerie Pays : France Périodicité : Quotidien OJD : Page 3/5 «Ce livre est une réparation au sens polysémique du terme. Il ne s'agit pas seulement d'un hommage ou d'un travail de mémoire; il s'agit surtout de dire du vrai sur Laëtitia.» Recherches de la gendarmerie dans la commune de Port-Saint-Père, le 9 avril 2O11, pour retrouver Laëtitia Ferrais. Jean sebastien E\ rant/afp SEUIL
14 Date : 01 SEPT 16 Journaliste : Sabine Audrerie Pays : France Périodicité : Quotidien OJD : Page 4/5 le secret d'une âme et d'établir la vérité desfaits.» Chercheur en sciences sociales, il a publié plusieurs enquêtes, et a exposé dans un précédent livre sa conception d'un métissage souhaitable entre la littérature et les sciences sociales. «L'enquête est d'autant plus scientifique qu'elle est littéraire», y écrivait-il. Laëtitia mêle journalisme d'investigation, écriture littéraire et précis sociologique. L'auteur fait part de ses doutes et des sentiments que lui suscitent ses découvertes, conscient que le regard d'un enquêteur ne peut être totalement neutre, ni sans influence sur son objet d'étude. Le portrait sensible de Laëtitia Ferrais que compose Ivan Jablonka est aussi un tableau de la France des années 2010, du fonctionnement de la justice, de la politique, des médias, une histoire de la récidive, et une exploration socio-économique du pays de Retz, terre méconnue de Loire-Atlantique comme tant d'autres de France, auquel il donne une identité. Ce livre touffu et parfois lyrique, au risque de l'excès, est aussi la photographie d'une jeunesse exclue, de son langage, de ses loisirs, de son isolement. À cet égard, le livre, autant que par Laëtitia, est Ce livre touffu et par fois lyrique, au risque de l'excès, est aussi la photographie d'une jeunesse exclue, de ses loisirs, de son isolement porté par la figure touchante et lumineuse de sa sœur Jessica, elle aussi victime de violences sociales et sexuelles, survivante au lourd reperes Ivan Jablonka Ivan Jablonka est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 13. Rédacteur en chef de la revue en ligne Laviedesidees.fr, il codirige avec Pierre Rosanvallon la collection «La République des idées» (Seuil) depuis fardeau que le lecteur sent s'épanouir au fil du livre. «Jessica est sortie vivante du cercle de feu. Elle a triomphe de la fatalité et de la mort. Elle est toujours la jumelle de sa sœur, mais de ce côté-ci du monde.» Contre une lecture erronée de la société opérée par les divers commentateurs, Jablonka éclaire les enjeux de «l'appropriation de l'icône Laëtitia». «Hy a, danslavie de Laëtitia, trois injustices, écrit-il : son enfance, entre un père violent et un père d'accueil abusif; sa mort atroce, à l'âge de dix-huit ans; sa métamorphose en fait divers, c'està-dire en spectacle de mort. Les deux premières injustices me laissent désolé et impuissant. Contre la troisième, tout mon être se révolte.» Sabine Audrerie Spécialiste de l'enfance de l'assistance publique, il a publié douze livres, dont Les Enfants de la République. L'intégration des jeunes de 1789 à nos jours (Seuil, 2010). Il a travaillé sur la Shoah, notamment avec Annette Wieviorka en 2013, et a expliqué sa vision de la recherche dans L'histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales (Seuil, 2014). SEUIL
15 Date : 01 SEPT 16 Journaliste : Sabine Audrerie Pays : France Périodicité : Quotidien OJD : entretien «Traiter le fait divers comme un objet d'histoire» Page 5/5 Ivan Jablonka Ecrivain Votre démarche d'enquêteur a-t-elle été la même que pour vos livres précédents, notamment celui sur vos grands-parents, déportés sous Vichy? Le point commun entre Histoire des grands-parents et Laëtitia est qu'il s'agit, dans les deux cas, de personnes qui ont ete anéanties Morts très jeunes, ils ont pour ainsi dire ete happés, absorbes par le crime qui les a fait disparaître Mes grandsparents dans la Shoah, comme si leur vie n'avait eu de sens que pour se terminer a Auschwitz ; Laetitia comme si elle n'avait ete que de la chair a être massacrée II s'est agi pour moi de raconter ces gens qui ont non seulement perdu la vie, maîs aussi le récit de leur propre vie. J'ai voulu inverser la perspective Vous travaillez de longue date sur l'enfance maltraitée... Mes premieres recherches portaient sur les enfants abandonnes ou sépares de leurs parents, donc aussi sur les meres en souffrance J'ai essaye de parler de Laetitia pour les deux faits sociaux qu'elle in carne : sa vulnérabilité d'enfant et la violence qu'elle a subie en tant que femme, comme sa mere avant elle et sa sœur Jessica Elles ont vécu tout le spectre des violences masculines. A travers son portrait vous faites celui d'une société et de ses dysfonctionnements. J'ai traite le fait divers comme un objet d'histoire L'affaire de Forme permet d'éclairer le fonctionne ment de l'executif, les evolutions de l'institution judiciaire, le rôle des medias - les trois piliers de notre démocratie. C'est le rôle des sciences sociales d'interroger ces pouvoirs et contre pouvoirs Avec cette affaire se posent de grandes questions de notre temps : les violences envers les femmes, le rôle d'un président de la République, le peuple en démocratie. Qu'est-ce qui a déclenche ce livre? L'idée de la destruction d'un individu amené une question: comment reparer l'injure faite a sa vie? Ce livre est une reparation au sens polysémique du terme. Il ne s'agit pas seulement d'un hommage ou d'un travail de memoire, il s'agit surtout de dire du vrai sur Laetitia Replacer cette vie dans un cadre beaucoup plus large que son existence et son enveloppe terrestre. Pourquoi cette forme hybride entre récit littéraire et étude scientifique? L'histoire racontée depuis un point abstrait de surplomb est importante et intéressante, maîs j'ai voulu faire des sciences sociales autrement Assumer son enquête, dire «je», aller et venir entre passé et present, est fécond Le livre d'histoire se raconte souvent au passe, alors qu'assumer son statut d'individu oblige à intégrer le présent dans la narration. Pour autant, je ne considère pas que je fais, comme d'autres écrivains, de la «non-fiction» Quel est le sens de votre soustitre, «La fin des hommes» I II peut être entendu de plusieurs manières : comme la fin au sens d'objectif, de but, parce que Laetitia a ete une proie au sens large, y compris d'hommes politiques. Ou alors au sens de «fin du monde», le crime dans lequel elle a dis paru étant d'une noirceur absolue, comme s'il marquait la fm d'une civilisation. Enfin, comme la fin d'une certaine masculinité, expri mant le devoiement de cultures vi riles. Une culture monstrueuse en tram de mourir de sa difformité, le patriarcat en bout de course Recueilli par Sabine Audrene SEUIL
16 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 26 AOUT 16 Page de l'article : p.110 Journaliste : Olivia de Lamberterie ELIÏ/RËSE SON PRENOM EST DEVENU UN FAIT DIVERS ATROCE. QUAND TANT SE SONT PENCHES SUR LA MORT DE LAETITIA, IVAN JABLONKA S'EST INTERESSE A LA VIE DE LAJEUNE FILLE. INOUBLIABLE. PAR OLIVIA DE LAMBERTERIE Page 1/1 Laëtitia. Ces trois syllabes ont résonné dans les médias pendant des semaines, charriant bruit et fureur. Cette jeune serveuse de Loire-Atlantique, dont on découvrait le pli visage menu, avait disparu dans la nuit dul8aul9 janvier 2011, laissant pour seules traces, derrière elle, son scooter renverse et sa paire de ballerines, découverts au petit matin par sa jumelle Jessica Deux jours plus tard, le coupable était arrêté, maîs il a fallu plusieurs semaines pour qu'on découvre le corps de Laetitia, decoupe en morceaux, au fond de l'eau Ce fait si peu divers est devenu affaire d'etat, lorsque Nicolas Sarkozy a rn is en cause les luges charges du suivi du meurtrier provoquant une greve médite de huit mille magistrats Les gens heureux n'ont pas d'histoire, c'est bien connu, mais les gens malheureux comme Laëtitia Ferrais, non plus. D'ailleurs cette jeunesse périurbame qui n'habite ni les centres-villes ni les banlieues, maîs qui doit quitter la campagne à l'aube pour prendre le carvers le lycee, elle intéresse qui ' De Laetitia, on a retenu le père violent, le père d'accueil abusif, le meurtrier atroce, on a reduit sa vie aux vautours qui I ont hantée, on a réduit sa vie a sa mort L'm ustice d'un destin, Ivan Jablonka n'y peut rien Ce que veut cet historien atypique, quia enquête sur ses grands-parents assassines pendant la Seconde Guerre mondiale travaille sur les enfants de I Assistance publique, maîs aussi sur les esthéticiennes etleur rapport aux corps, c'est découvrir la vérité sur l'existence de Laetitia, de ses souffrances, maîs aussi de ses rêves de ses projets, de son quotidien La lecture du compte Facebook d'une gamme de son siècle, de ses «Like» et de ses messages bourres de fautes d'orthographe, est palpitante Les rencontres de l'auteuravecjessica donnent une idée de ce que peut être la solitude humaine Comme les poètes érigea lent des tombeaux de mots a leurs disparus en historien minutieux autant qu'en sociologue interrogeant la France qui malmène ses enfants, Ivan Jablonka, avec une sensibilité extrême, donne a rencontrer Laetitia Et on estheureuxde la connaître «LAETITIA», d'ivan Jablonka (La Librairie du XX 9 siècle/seuil, 366 p ) SEUIL
17 GRAZIA Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 19/25 AOUT 16 Page de l'article : p.36 Journaliste : Emily Barnett Page 1/1 LESINE WS L'écrivain Ivan Jablonka revient dans un livre très documenté sur L'affaire qui a défrayé La chronique en Trois bonnes raisons de se plonger dedans. -I PLUS QU'UNE JEUNE FILLE _/. Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011 une femme cst -violée tuee, démembrée, et jetée en morceaux au fond d'un etang, non loin de Forme (Loire-Atlantique) Son meurtrier était un délinquant qui faisait déjà l'objet de treize condamnations, notamment poui des agressions sexuelles Comble de la uuaute, Tony Meillion n'a jamais exprime le moindre regtet face a l'artoute de son crime II incarne une figure elu mal devenue célèbre grâce aux medias Au point d'éclipser sa victime, Laetitia Ferrais, une serveuse de IS ans que tout le monde a oubliée «Mon livre n'aura qu une hetome Laetitia» assure h an Jablonka en introduction de Laetitia ou la fin des hommes (I) Une maniere de rendre la jeune fille à elle-même, «a sa dignite et a sa liberte» O PLUS QU'UN FAIT DIVERS ^J Pour l'auteur, ce crime scabreux ne se lunite pas a un simple fait divers C'est un «objet d'histoire», «un fait social» La mort de Laetitia cst I aboutissement d une vie de galères ct dc traumas mere dépressive pere violent, famille d'accueil, abus sexuels Laetitia est le symbole de l'enfance vulnérable et des femmes injuriées Pointant les dysfonctionnements de notie societe, I écrivain et historien démon ti e que Tony Meilhon n'est que le dernier maillon d'une chaîne de aimes misogynes «L'affaireLaetitia tevclt IL spectra dts masculinités dévoyées au \xf siecle des tyrannies mâles des paternités difformes le patriarcat qui n'en finit pas de mourir» Et sous leur joug d'éternelles victimes féminines 3PLUS QU'UNE ENQUÊTE Une veritable enquête a l'ameilcaine Glace a cette reconstitution ambitieuse, on suit le pat cours de cette gamine malmenée pat la vie Une jeune femme libre, fan de Rihanna et cle Twilight Ivan Jablonka enroule ces deux spirales temporelles - le récit nourri de temoignages sur la jeunesse de Laetitia et la reconstitution dc la nuit du crime - et offre un thriller a couper le souffle, dans la lignée du chef-d œuvre de Capote, De sang froid Au passage, il n'hésite pas a lacier Nicolas Sarkozy en exploitant politiquement la mort de Laetitia, I ex chef de l'etat ptovoqua une gt ex e des magisttats taxes de laxisme face au «momtn» Tony Medhon, et un beau casse tête politico judiciaire (I) Laetitia ou la fm des hommes d'ivan Dablonka (Seuil 400 pages) SEUIL
18 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 21 AOUT 16 Page de l'article : p.20 Journaliste : Marie-Laure Delorme Page 1/2 IvanJablonka La vie sans mots de Laëtitia Perrais L'historien part d'un fait divers, l'assassinat de Laetitia Perray pour reconstituer un parcours de peurs et de peines dans un récit magistral MARIE LAURE DELORME Sa courte vie : elle a toujours vécu dans la peur. La timide Laëtitia Perrais est née dans une famille violente et chaotique ; a été retirée à ses parents à l'âge de 8 ans ; a été placée auprès d'un assistant familial pervers dès l'âge de 12 ans ; a croisé la route d'un criminel à 18 ans ; a fait naître une émotion collective dans tout le pays ; est devenue un enjeu électoraliste. L'historien Ivan Jablonka a parlé avec les parents, amis, procureurs, avocats, journalistes, gendarmes pour redessiner les traits de son visage. Le destin oublié de Laétitia Perrais devient ainsi plus grand qu'elle. Laëtitia, est un témoignage sur la violence faite aux enfants et aux femmes. Le particulier se transforme en collectif. La littérature devient cœur de l'histoire. Chaque mot est pesé. Chaque fait est vérifié. L'auteur d'histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (2012), aujourd'hui père dè trois filles, croise ses sujets de chercheur : les enfants abandonnés, les vies tôt fauchées, le saisissement de la vérité. > LES FAITS Laëtitia Perrais a été enlevée sur la route de la Rogère dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, à SO rn de son domicile, à Pornic, en Loire-Atlantique. Le meurti ier, Tony Meilhon, a poignardé, étranglé, démembré, la jeune serveuse de 18 ans. Il a été arrêté au bout de deux jours. Douze semaines ont été nécessaires pour retrouver le corps de Laëtitia Perrais. Laètitia vivait dans une famille d'accueil où elle avait été placée avec sa sœur jumelle, Jessica. Elle avait déjà eu affaire à la violence masculine. Son père a violé sa mère alors qu'elle avait 3 ans. Affaire dans l'affaire. Le père d'accueil a été mis en examen pour des agressions sexuelles sur la sœur jumelle de Laëtitia en août Gilles Patron sera condamné à huit ans d'emprisonnement pour viols et agressions L'HISTORIEN IVAN JABLONKA L'ARRACHE À LA MORT POUR LUI RESTITUER LA VIE. SA VIE sexuelles sur cinq victimes, dont Jessica. On ne sait si Laëtitia a été violée par le meurtrier ou par le père d'accueil. Se souvient-on d'elle? De son visage, de son parcours, de son caractère. On se souvient du mouvement de grève des magistrats à la suite des propos de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, mettant en cause le suivi judiciaire du meurtrier. Mais d'elle? L'historien Ivan Jablonka l'arrache à la mort pour lui restituer la vie. Sa vie. Les sœurs jumelles sont nées à Nantes en 1992 et ont grandi dans un fort sentiment d'insécurité. Le couple parental : un homme SEUIL
19 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 21 AOUT 16 Page de l'article : p.20 Journaliste : Marie-Laure Delorme Page 2/2 Ivan Jablonka, chez lui, à Paris, début juillet. PATRICE NORMAND/TEMPS MACHINE POUR LE JDD menaçant, une femme terrorisée. Le père se montre extrêmement violent, la mère n'est plus que l'ombre d'elle-même. Années Franck Ferrais est condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour viol et tentative de viol avec arme sur la mère de ses deux filles, et Sylvie Larcher entre, pour de longs séjours en hôpital psychiatrique. Faire face. Les rôles se répartissent entre les jumelles. Jessica la forte, Laëtitia la fragile. Ivan Jablonka restitue cette «enfance sans mots» faisant de Laëtitia une jeune femme silencieuse. «Elle a été d'autant plus oubliée dans son coin qu'elle ne réclamait rien; on l'a d'autant moins consolée qu'elle semblait passive, absente à sa propre vie.» Les deux sœurs sont placées en foyer avant d'aller en familles d'accueil. Les conflits de loyauté entre parents, familles d'accueil, éducateurs sont incessants. Elle ne dit rien. «Laëtitia n'est pas fine comme du papier à cigarette, mais obtuse comme un bloc de pierre.» Elles trouvent refuge, mais est-ce la bonne expression?, dans la spacieuse maison de Gilles et Michelle Patron à Pornic. Une modeste mais réelle ascension sociale. Le père d'accueil les visse. Les deux sœurs travaillent. Jessica prépare un CAP de cuisine au lycée professionnel de Machecoul ; Laëtitia travaille à l'hôtel de Nantes, à La Bernerie, près de chez elle et prépare en alternance un CAP de serveuse à Saint-Nazaire. Laëtitia Ferrais est une jeune fille sage mais, toute la journée du drame, elle multiplie les transgressions. Elle ne voit pas le danger qui est là. sous ses yeux, en la personne alcoolisée et cocaïnée de Tony Meilhon. > UN ROMAN SANS FICTION Laëtitia ou la fin des hommes est un livre féministe et politique. Ivan Jablonka mène une enquête sociologique et historique dans la France périphérique du début du XXPsiècle. Les inégalités sociales, la vulnérabilité des enfants et des femmes, le rôle des médias, l'institution judiciaire sans moyens, le poids du destin, le comportement des politiques, l'impasse du discours compassionnel-sécuritaire. Les hommes politiques sont aujourd'hui dans le spectacle constant: l'émotion remplace partout la réflexion. Les deux soeurs font partie de la jeunesse périurbaine avec acronymes (CAP) et avenir rétréci. Laëtitia est un magistral «roman sans fiction» par la vastitude des questions appréhendées. Il entérine la fin du patriarcat. Laëtitia Ferrais n'a été ni protégée durant sa vie, ni respectée après sa mort. Son univers d'adultes : hommes violents, femmes absentes. Au cœur du texte, aussi, la place des intellectuels. Le normalien Ivan Jablonka s'interroge sur sa manière de rendre compte, sur sa possibilité de rendre compte du parcours d'une jeune fille qui vit de SMS, de pages Facebook, de télévision. Comment en parler? Comment se parler? Face-à-face fort entre lui et Jessica Ferrais. Car que dire du destin de Jessica Ferrais, la survivante, retirée à ses parents, abusée sexuellement par son père d'accueil, condamnée à vivre sans sa moitié? Il dit «je». L'historiensociologue dessine avec une infinie délicatesse le portrait de Laëtitia Ferrais. Sa grâce de faon, ses fautes d'orthographe, ses éclats de rire. Elle était double dans son envie de disparaître et d'apparaître : s'ouvrant au monde, se fermant aux adultes. Elle pouvait bavarder de tout sauf de sa vie blessée. L'autre restait une menace. L'État a mobilisé d'immenses moyens humains et financiers (gendarmes, procureur de la République, enquêteurs, juges d'instruction) pour retrouver Laëtitia sans que cela empêche le temps de l'oubli. Le service public s'est mobilisé tout du long (travailleurs sociaux, juges pour enfants, éducateurs) pour soutenir Laëtitia et Jessica sans que cela soit suffisant pour les arracher à leur désert intrinsèque. Qu'est-ce qui se détruit durant l'enfance et qui ne se reconstruit plus? Jessica a suivi Gilles Patron, Laëtitia a suivi Tony Meilhon. Elles sont restées au lieu de fuir. Laëtitia est à placer à côté des livres de Patrick Modiano et de Pierre Bourdieu. Le récit est nourri d'histoire et de sciences sociales. Mais il s'inscrit surtout dans la droite filiation dc Dora Snider, de Patrick Modiano. Pourquoi I e simple prénom comme titre? Parce que Laëtitia a toujours été seule. Si la littérature est ce qui vous fait profondément habiter tailleurs alors, sans conteste, on y est. Laëtitia ou la fin des hommes. Ivan Jablonka, Seuil, 400 p., 2l (en librairies jeudi). SEUIL
20 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 14 AOUT 16 Page de l'article : p Journaliste : M.-L.D. Page 1/1 Le choc Ivan Jablonka Rentrée littéraire Dans l'explosif The Girls (Quai Voltaire), premier roman de l'américaine Emma Cline, l'héroïne devenue âgée s'interroge : «La séparation entre le monde dans lequel je n'avais rien f ait et celui où j'aurais pu faire quelque chose était-elle aussi ténue que cela?» Été L'adolescente de 14 ans Evie Boyd intègre la Famille, sur laquelle règne un gourou, avatar du meurtrier Charles Manson, sans s'apercevoir qu'elle s'apprête à sombrer dans la violence la plus extrême. Evie Boyd ne suivra pas la Famille dans son épopée sanglante, mais aurait-elle pu le faire? Selon Livres Hebdo, 560 romans français et étrangers, sont attendus à partir de la mi-août. Les femmes sont à l'honneur, derrière et devant le stylo, avec des romans forts sur la frontière entre le bien et le mal, la solitude et la sociabilité, la normalité et la folie, la vie et la mort. Dans Babylone (Flammarion), de Yasmina Keza, une femme se rend complice d'un meurtrier. N'est-ce pas le grand thème de l'œuvre de la dramaturge : la frontière friable entre sauvagerie et civilisation? Il suffit de penser aux pires criminels d'hier et d'aujourd'hui avec les éternels propos des voisins faisant part de leur étonnement (il avait l'air normal, il disait bonjour, il était sans histoire) pour s'interroger sur la faiblesse des apparences lisses. Pourquoi l'héroïne de Yasmina Keza aide-t-elle son voisin coupable? Les circonstances, le goût des sensations fortes qui vous rendent un peu plus vivant, l'ennui. On devine aussi les raisons de la solitude de la femme du Grand Jeu (Rivages), de Céline Minard, qui, isolée dans un refuge ultra-technologique à flanc de montagne, nous rappelle que nous vivons tous au-dessus du vide. Des romans qui s'approchent de la noirceur des hommes D'emblée, par une scène d'ouverture, on sait. L'amie de Lautre qu'on adorait (Gallimard), de Catherine Cusset, n'a pas pu empêcher Thomas Hulot de passer la frontière séparant la vie de la mort. Aurait-il pu en être autrement? Elle, la nounou de Chanson douce (Gallimard), de Leïla Slimani, a survécu. Elle a assassine les deux jeunes enfants d'un couple bien sous tous rapports. On sait mais on ne comprend pas et voilà l'enjeu de ces deux écrivaines, Catherine Cusset et Leïla Slimani, parties à la recherche du moment de bascule. La littérature est le reflet d'un temps. Ne cherchez aucune consolation parmi ces romans, on rit cependant beaucoup dans Babylone, de Yasmina Keza, car ils s'approchent au plus près de la noirceur des hommes et de la terreur des époques. La surprise de cette rentrée vient de la «non-fiction narrative» avec le récit magistral d'ivan Jablonka. Dans Laetitia ou la Fin des hommes (Le Seuil), l'historien s'empare d'un fait divers pour analyser la France. La justice, les médias, les enfants abandonnés, les femmes, les politiques, la destinée. On n'est pas dans du roman, mais on est dans de la littérature. Bourreaux et victimes ne sont à aucun moment confondus. Ivan Jablonka écrit pour la victime, Laëtitia Ferrais, et ceux qui l'ont aimée. Il rappelle tout ce que les vivants doivent aux morts. Chaque mot est ici pesé, déminé, pour repousser les sables de l'oubli. M.-L. o. SEUIL
21 Périodicité : Mensuel Date : SEPT 16 Page de l'article : p.7 Journaliste : Martine Laval Page 1/1 «Laëtitia, c'est moi» ESSAIS L'HISTORIEN IVAN JABLONKA S'EMPARE DE «L'AFFAIRE LAETITIA» POUR EN RÉVÉLER LA PORTÉE POLITIQUE ET SOCIOLOGIQUE, AU-DELÀ DU SIMPLE FAIT DIVERS. tix yeux du monde, elle est née à l'instant ou elle est morte» Elle, Laetitia Ferrais, 18 ans, assassi nee on ~ s'interdit presque d'écrire «sauvagement» - la nuit du 18 au 19 janvier 2011 «Laetitia, poursuit Ivan Jablonka, n'existerait pas sans les medias, sans l'onde de choc transmise aux quatre coms du pays Les dizaines de millions de personnes qui n'avaient jamais entendu parler d'elle ont appris son existence au moment de sa disparition La te levmon, la radio la presse, Internet ont érige une figure paradoxale, presente pane que absente, vivante parce que morte» Le chercheur en sciences sociales se de (roque, outrepasse certaines consignes académiques - les fameuses objectivité & neutralite -, et s implique avec force II se met en scene, en jeu même, s'insurge «Laetitia incarne deux phénomènes plus grands qu'elle la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes > Constat «Nous vivons dans un monde ou les femmes se font injurier, harceler, frapper violer, tuer» Alors, le «prof de fac poivre et sel» tout en disséquant scrupuleuse ment «l'affaire Laetitia» ne rechigne pas a quèlques vibrantes envolées II ne cache ni son émotion ni ses larmes, déclare son affection pour cette gamine qui espérait partir dans la vie d'un nouveau pas, et par la, remiser son enfance douloureuse, sortir d un mécanisme social infernal - lui aussi criminel Mieux, Ivan Jablonka se donne une mission rendre a Laetitia une dignite qu elle n a peut etre jamais connue Ivan Jablonka, romancier et essayiste, veut écrire du vrai II engrange les docu ments, les entretiens avec les flics, journa listes, magistrats, responsable des services sociaux et ce medecin légiste pourtant rompu a l'ignominie maîs qui, la, reste abasourdi Au terme de ses quatre cents pages palpitantes, autant enquete que récit de I enquete, autant analyse que requisi loire, l'auteur a cette phrase, d une simpli cite touchante «Ce livre est pour elle» Pourquoi cette jeune fille a-t-elle fini sa courte vie comme un animal de bouche ne? La faute a pas de chance? La faute à un certain déterminisme? Est ce fait di vers ou lent processus de destruction, «chronique d'une mort annoncee»? Les faits Laetitia a 3 ans, son pere v loie sa mere une femme qui ne sera plus que l'ombre d'elle même, incapable d'assu mer quoi que ce soit, elle est «invisible» Maltraitées, abandonnées, abonnées a la peur, elle et sa soeur jumelle, Jessica, sont placées en famille d accueil ou règne un drôle de type, trop fier de son pouvoir jusqu'à abuser violer - Jessica Les deux gammes sont en quelque sorte plus que «programmées» des leur prime enfance Les stigmates de leur enfer ne font que grouiller, s'amplifier Elles accusent du retard a I ecole, s'accrochent, sont suivies par une kyrielle d'institutions de protec lion des mineurs et leurs agents, suivent une formation, CAP cuisine pour l'une, CAP serveuse pour l'autre Addictes à Fa cebook, aux sms malhabiles et attendrissants («La vie est fete comme sa»), les adolescentes s'inventent une normalité, revent de s'échapper, etre autonomes Est il possible de refuseï son heritage? Est-il imaginable de dépasser les traumatismes affectifs et psychologiques? Maîs voila, la déveine ne lâche rien Laetitia disparaît, enlevée tout pres de chez elle II faudra aux gendarmes des ie marnes de recherches pour retrouver son corps, un morceau par ci, un morceau par la, au fond d un etang noir comme une malediction A l'horreur du meurtre s'ajoute I obscénité Tres vite, cependant, un homme est arrête II a lui aussi un passe des plus tortueux, douloureux Le présume innocent devient dans la bouche d'un certain Nicolas Sarkozy, alors president de la Republique, le «présume coupable» Le chef d'etat enfourche alors son populisme tel un preux chevalier, mise sur un nouveau cheval de bataille sus aux délinquants sexuels ' Sarko pense t il se faire une vir gmite en accusant les magistrats de laxisme et autres? Bien mal lui prend les travailleurs de la justice vont se rebiffer greve gé nerale Le fait divers devient affaire d Etat Fait divers ' Ivan Jablonka offre une nouvelle definition de ces deux petits mots qui ont tant nourri la litterature, de cette expression galvaudée qui dit si peu si mal la monstruosité des actes, l'épouvante des victimes, le voyeurisme, I impudeur «Au lieu de dégainer le fait divers comme le symbole du mauvais goût populaire ou la marotte d'un journalisme degrade, rappelons-en la potentialité démocratique il émeut les gens, maîs surtout il nous parle d'eux.» Et nul doute, de nous mêmes Martine Laval Laetitia ou la fin des hommes, d Ivan Jablonka, Seuil, «La librairie du XXI e siecle» 383 pages, 21 SEUIL
22 L'OBS Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD : Date : 08/14 SEPT 16 Page de l'article : p.102 Journaliste : Jérôme Garcin Page 1/1 CRITIQUES LECHOIXDEL'OBS Laëtitia, LAËTITIA, PAR IVAN JABLONKA, SEUIL, 400 P, 21 EUROS. Le corps poignardé de Laëtitia Ferrais, que, en août 2011, le ferrailleur et multirécidiviste Tony Meilhon a méthodiquement découpe à la scie à métaux et dont il a jeté les morceaux dans deux étangs distants de cinquante kilomètres, on dirait qu'ivan Jablonkla, historien métamorphosé ici en chirurgien de l'impossible, veut à tout prix le réparer, le reconstituer, le ressusciter, lui rendre sa «grâce», ses «yeux resplendissants», et même ses grains de beauté. Ce prof d'université, auteur du «Corps des autres» et père de trois filles, ne s'accommode toujours pas, en effet, du classement définitif de cette boucherie dans la rubrique des faits divers, c'est-à-dire «un spectacle de mort». Même la condamnation du criminel psychopathe à la réclusion à perpétuité à la fin d'un procès auquel U a assisté n'a pas suffi à calmer sa colère contre une société où les femmes sont violentées, où, «à la fin, ce sont toujours les hommes qui gagnent», où les drames les plus atroces sont ultramédiatisés, où les juges sont accusés par un président de la République (c'était Sarkozy) de ne pas faire leur boulot, et où les rêves des jeunes filles sont massacrés. C'est donc en écrivain (quelque part entre «De sangfroid», de Truman Capote, et «l'adversaire», d'emmanuel Carrère) qu'ivan Jablonka a entrepris de faire revivre cette petite serveuse de IS ans, 1,64 mètre, 46 kilos, qui aimait «les fleurs, les peluches, lesselfies, les petits mots d'amour romantiques», et dont la brève existence fut un cauchemar. Blessée avant d'être assassinée, fille maltraitée d'un père alcoolique qui violait sa femme, confiée à l'aide sociale, placée dans une famille d'accueil, où M. Patron (!) abusait de sajumelle Jessica, l'apeurée Laëtitia n'aura pas eu le temps d'être heureuse. Ivan Jablonka, lui, prend le temps de la connaître. Il a consulté son compte Facebook, interrogé sa sœur Jessica ainsi que l'avocate de cette dernière, rencontre ses collègues du restaurant de La Bernerie-en-Retz où elle travaillait, arpenté les lieux où elle a vécu, où elle a été «surtuée», décapitée, démembrée. L'incroyable puissance de ce livre tient à sa forme hybride - essai d'historien, enquête sociologique, étude politique, brûlot féministe, pamphlet contre le patriarcat, roman vrai, récit autobiographique - et à l'engagement total, aussi intellectuel qu'affectif, de son auteur. Comme si la honte d'être un homme et la gêne d'être un mandarin ajoutaient encore à la ferveur de sa mission, de son illusion : arracher aujourd'hui Laëtitia à la tyrannie mâle, la sauver du déterminisme social qui la condamnait d'emblée, la respecter dans un français dont elle ignorait l'orthographe, la faire revivre, enfin. JÉRÔME GARCIN SEUIL
23 Périodicité : Hebdomadaire Date : 09 SEPT 16 Page de l'article : p.1-2 Journaliste : Éric Loret Page 1/3 Cest d'actua ite i. ITT En A i HL >... ET LE LAURÉAT EST Ivan Jablonka, pour «Laëtitia ou la f in des hommes». Entretien avec l'auteur Le 4 e prix littéraire du «Monde» a été attribué à «Laëtitia ou la fin des hommes» Ivan Jablonka : «Un historien qui reçoit un prix littéraire, cela peut surprendre» INTERVIEW PROPOS RECUEILLIS PAR ÉRIC LORET L a poésie est chose plus philosophique et noble que l'histoire, car elle dit le général, tandis que l'histoire dit Ie particulier.» C'est en suivant cet avis aristotélicien que Le Monde a attribué son quatrième prix littéraire au livre d'ivan Jablonka Laëtitia ou la fin des hommes (Seuil, «La librairie du XXI e siècle»), essai de sciences sociales, fondé sur des «fictions de méthode» et explorant les limites de l'humanité par la figure d'une jeune fille transformée en fait divers (lire la critique du «Monde des livres» du 26 août). Le jury, présidé par Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, et composé de journalistes travaillant au «Monde des livres»(jean Birnbaum, Raphaëlle Leyris, Florence Noiville, Frédéric Potet et Mâcha Séry) et aux quatre «coins» du Monde : François Bougon (International), Denis Cosnard (Economie), Clara Georges («Epoque»), Vincent Giret (développement éditorial) et Raphaëlle Rérolle («Idées»), a été sensible à la force de ce texte en quête de vérité, en dépit des grandes qualités des neuf autres ouvrages en lice. Ivan Jablonka, quel regard l'historien que vous êtes porte-t-il sur les prix littéraires? Ce prix me fait très plaisir. Un historien qui reçoit un prix littéraire, cela peut surprendre. A la fin du XIX e siècle, l'histoire s'est construite contre la littérature, comme si la scientificité exigeait un texte pasteurisé, débarrassé de ses «microbes» littéraires. Aujourd'hui, l'histoire est assez solide, assez forte, pour tenter des ex- SEUIL
24 Périodicité : Hebdomadaire Date : 09 SEPT 16 Page de l'article : p.1-2 Journaliste : Éric Loret Page 2/3 périences. Construire la narration, varier les points de vue, restituer une atmosphère, inventer des formes nouvelles, je ne vois pas en quoi cela contreviendrait aux exigences de la méthode. Ce prix contribue donc à montrer que l'histoire appartient à la littérature contemporaine. Les sciences sociales, incarnées dans un texte, constituent non seulement une littérature, mais une forme littéraire nouvelle. Ces sciences sociales, je les mobilise toutes au sein d'un même texte: histoire, sociologie, géographie, sciences politiques, anthropologie du quotidien. Mais le point de méthode le plus important pour moi, c'est qu'elles peuvent donner naissance à une littérature (je ne parle pas de fiction). Une possibilité d'écriture s'offre au chercheur et, symétriquement, une possibilité de compréhension s'offre à l'écrivain: je saisis ces deux chances. Quel est votre rapport au journal «Le Monde»? Je lis Le Monde depuis que j'ai isans. J'y ai découvert, précisément, le monde : la société, l'international. Cela a formé l'historien que je suis. On dit souvent du journaliste qu'il est au service de l'«actu» ou de l'«info». Mais un historien vit aussi dans le présent: sa vie, ses questionnements et ses sources appartiennent au présent, lequel est composé de strates de passé, des passés qui se sont accumulés jusqu'à former notre monde. Remonter ces strates, c'est être passionnément contemporain. Faire de la recherche, c'est enquêter, interroger des gens, rassembler des preuves. Pour cette raison, le chercheur et le journaliste, ainsi que le juge d'instruction, ont un lien de parenté. Leur fonction est de dire des choses vraies sur le monde. La démocratie a besoin d'eux. Qu'est-ce qui fut premier dans le désir d'écrire «Laëtitia»? Si j'ai choisi ce fait divers-là, c'est parce qu'il est complètement hors normes : par la gravité du crime, par le fait qu'on a mis des semaines à retrouver le corps de Laëtitia, par l'onde de choc que les médias ont répercutée à travers tout le pays. En outre ce fait divers est devenu une affaire d'etat : le président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy, s'en est emparé pour en faire un objet politique, durcir la législation pénale et attaquer les juges. Je ne vois pas d'autre fait divers récent qui soit devenu une affaire d'etat. Pour l'historien et l'écrivain, il y avait là un objet fascinant. Cependant, mon livre n'est pas centré sur un fait divers, ni sur la figure d'un criminel, mais sur la vie de Laëtitia : ce renversement de perspective est fondamental. Je ne me suis pas tant intéressé à la «victime» (car c'est toujours rapporter la jeune femme au crime) qu'à la disparue, celle qui est absente. J'ai essayé de retracer sa vie, depuis son enfance jusqu'à sa mort, en rappelant que Laëtitia a été un bébé, une fillette, une adolescente, une jeune fille sur la voie de l'émancipation. J'ai été touché par son parcours, que j'ai abordé sous l'angle de deux faits sociaux : la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes. Il m'a paru intéressant de comprendre la vie de Laëtitia dans sa plus pure singularité, mais aussi en la rapportant à des collectifs plus vastes qu'elle : un milieu, une société, sa génération, notre époque, une configuration sociale et politique. Comment l'implication de votre subjectivité dans le texte se justifie-t-elle? L'histoire s'écrit souvent d'un point de vue abstrait, de surplomb, comme si le chercheur était extérieur au tableau. Or, avant d'être historien, je suis un humain parmi les humains, je suis un enquêteur qui va et vient entre le présent et les passés. Ce parti pris est le mien depuis mon Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (Seuil, 2012). J'ai poursuivi l'expérience dans Laëtitia, que j'ai écrit comme un chercheur et comme un écrivain, mais aussi comme le père de trois filles, comme un citoyen soucieux de l'état de notre société, et aussi comme un homme. Je le dis au sens masculin, car les violences qu'ont subies Laëtitia, sa soeur, leur mère, il faut les regarder en face, collectivement, en tant qu'il y a des hommes, des femmes et des rapports de domination. SEUIL
25 Périodicité : Hebdomadaire Date : 09 SEPT 16 Page de l'article : p.1-2 Journaliste : Éric Loret Page 3/3 LEA CRESPI POUR «LE MONDE» SEUIL
26 Pays : Belgique Périodicité : Quotidien OJD : Date : 09 SEPT 16 Page de l'article : p.24 Journaliste : Pierre Maury Page 1/2 Le récit exemplaire d'un fait divers LIVRES Ivan Jablonka, Prix littéraire du «Monde» ^ Ce professeur d'histoire contemporaine fait l'unanimité cet automne. ^ «Laëtitia ou La fin des hommes» est un essai poignant. C ette semaine, avant que Le Monde attribue son Prix littéraire 2016 a. Laëtitia ou La fin des hommes, le livre d'ivan Jablonka figurait déjà dans deux sélections d'automne : le Renaudot essai, cela semblait logique, et le Goncourt, plus étrangement puisqu'on n'est pas, avec cet ouvrage, dans le domaine de la fiction. Mais l'historien a bien le droit d'être écrivain, comme l'explique, dans l'édition du Monde datée de ce vendredi, l'auteur primé : «Aujourd'hui, l'histoire est assez solide, assez forte, pour tenter des expériences. Construire la narration, varier les points de vue, restituer une atmosphère, inventer des formes nouvelles.» Laëtitia Ferrais est la jeune fille assassinée par Tony Meilhon en janvier 2011, à Pornic, en Loire-Atlantique. Un fait divers dont s'emparent, avant même que le corps de la victime soit retrouvé, outre les enquêteurs et la justice, les médias, la population et... le président de la République. De ce fait divers, Ivan Jablonka fait un récit exemplaire, chargé de compassion autant L'enfance abandonnée est au centre de la plupart des ouvrages d'ivan Jablonka. AFP que de colère, de scrupuleuse exactitude que de sentiments personnels : «II y a, dans la vie de Laëtitia, trois injustices : son enfance, entre un père violent et un père d'accueil abusif; sa mort atroce, à l'âge de dix-huit ans ; sa métamorphose en fait divers, c'est-à-dire en spectacle de mort. Les deux premières injustices me laissent désolé et impuissant. Contre la troisième, tout mon être se révolte.» Au lieu de mettre en avant le personnage de l'assassin, comme c'est si souvent le cas dans les reconstitutions, romanesques ou non, de crimes, l'auteur manifeste toute son attention et sa sollicitude à la victime et à ses proches. En commençant par Jessica, la sœur jumelle de Laëti- SEUIL
27 Pays : Belgique Périodicité : Quotidien OJD : Date : 09 SEPT 16 Page de l'article : p.24 Journaliste : Pierre Maury Page 2/2 tm, passée, a la fin tragique pres, par des evenements si semblables, malgre toutes leurs différences Pas un aspect n'échappe au regard d'ivan Jablonka II reconstitue les etapes de l'enfance et de l'adolescence, interroge l'évolution contrariée de la jeune fille, situe par rapport a elle toutes ses relations, longues ou éphémères, suit bien sûr de pres, aide en cela par l'enquête, la derniere journee et les ultimes moments, puis la disparition de Laetitia, la decouverte du corps, ou plutôt les Le livre de Jablonka figurait déjà dans deux sélections d'automne : le Renaudot essai et le Goncourt decouvertes des morceaux de son corps, le jugement de Tony Meilhon Le factuel est irréprochable Maîs il prend surtout son sens quand il s'inscrit dans une réalité sociologique, dans les troubles d'une vie, dans les questions sans reponses d'une attitude face au danger, ce jour-la, peu compatible avec la discrétion dont faisait preuve Laetitia Ainsi que, ce n'est pas le plus anodin, dans la recuperation politique d'une affaire au cours de laquelle les juges furent fustiges par Nicolas Sarkozy et quasiment désignes comme responsables de la mort de Laetitia II y a des pages sordides, parce qu'elles décrivent des situations sordides Le pire étant «l'affaire dans l'affaire, l'horreur dans l'horreur, le glauque dans l'atroce», quand on apprend que le bon, l'excellent bien qu'un peu autoritaire Monsieur Patron, assistant social chez qui étaient placées les jumelles, était luimême un prédateur sexuel Aucune page cependant ne peut être taxée de voyeurisme malsain Chacune est nécessaire pour circonscrire l'ampleur d'un desastre qui déborde de ce seul fait divers «Pour la premiere fois, fai honte de mon genre», écrit Ivan Jablonka vers la fin de l'ouvrage Car ce sont les hommes, et pas seulement Tony Meilhon, qui ont fait du mal a Laetitia Et pas seulement a Laetitia, maîs aussi a Jessica et a combien d'autres femmes, adolescentes, petites filles «Les hommes, ce sont ceux qui règlent les disputes a coups de cutter, qui vous démontent a coups de poing, qui ejaculent dans le sopalin que vous devez tenir [ ] A la fin, ce sont toujours les hommes qui gagnent, parce qu'ils font de vous ce qu'ils veulent» Cette enquête, dit-il encore, l'a rendu triste Nous aussi Maison ne l'oubliera pas PIERRE MAURY Laetitia ou La fm des hommes 'M 53^ IVAN JABLONKA Seuil 383 p 21 euros ebook 1499 euros SEUIL
28 Pays : France Périodicité : Mensuel OJD : Date : SEPT 16 Page de l'article : p Journaliste : Baptiste Liger Page 1/4 EXTRAIT ENQUÊTE AVANT-PREMIERE Né en 1973 d'un père ingénieur physicien et d'une mère professeur de lettres, Ivan Jablonka a fait ses ètudes au lycée Buffon, puis à Henri-IV. Normalien et agrégé d'histoire, cet ancien élève d'alain Corbin consacra sa thèse de doctorat aux enfants de l'assistance publique sous la lll' République. Aujourd'hui professeur à l'université Paris-XIII, il codirige avec Pierre Rosanvallon la collection «La Rèpublique des idées» aux èditions du Seuil. Ivan Jablonka est également l'auteur de différents ouvrages, parmi lesquels le roman Âme sœur (sous le pseudonyme d'yvan Amèry) et les essais Histoire des grands-parents que je n 'ai pas eus - prix Guizot 2012 de l'académie française - et L'histoire est une littérature contemporaine : Manifeste pour les sciences sociales. Laëtitia ou la Fin des hommes Ivan JABLONKA LE LIVRE On ne saurait résumer quelqu'un à son seul prénom, et à sa mort. Elle s'appelait Laëtitia Ferrais, vivait en Loire-Atlantique, et la France a découvert son existence lorsqu'on a évoqué sa disparition dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, puis lorsque son cadavre, découpe, a été repêché quèlques semaines plus tard. Elle avait 18 ans. Cette affaire avait alors bouleversé l'hexagone, avec de nombreux rebondissements - la personnalité du meurtrier Tony Meilhon, le débat sur les «délinquants sexuels multirécidivistes» et le suivi judiciaire lancé par le président Sarkozy, la réplique cinglante de la magistrature, sans oublier les révélations sur le père d'accueil de l'adolescente ayant agressé (entre autres) sa soeur jumelle... Tous ces éléments ont fait disparaître l'essentiel : la vie de Laëtitia Ferrais. Ses goûts, ses passions, ses études, ses désirs d'avenir, sa manière d'écrire (et qu'importent les fautes d'orthographe). Son quotidien. Son parcours - celui d'une Laëtitia ou la Fin des hommes, par Ivan Jablonka, 400 p., 21 Copyright Seuil En librairie le 25 août. fille a priori comme les autres, mais ayant été, dès son enfance, «déstabilisée, ballottée, négligée, accoutumée à vivre dans la peur». Partant du principe qu'un fait divers peut être analyse «comme un objet d'histoire» - en utilisant, pourquoi pas, des SMS et des posts sur Facebook, et pas seulement des coupures de presse et des rapports de police -, Ivan Jablonka rend ici hommage à cette jeune victime qui, malgré elle, est devenue le symbole de «la vulnérabilité des enfants et [des] violences subies par les femmes». Mêlant l'enquête journalistique, l'essai de sciences sociales et une ambitieuse entreprise littéraire, Laëtitia ou la Fin des hommes dépeint à la fois une personne, ceux qui l'ont croisée et un coin de France au début des années 2000 tout en décortiquant des mécanismes psychologiques, judiciaires, politiques et médiatiques. Probablement l'oeuvre dite de «non-fiction criminelle» française la plus importante depuis L'Adversaire d'emmanuel Carrère. Baptiste Liger SEUIL
29 Pays : France Périodicité : Mensuel OJD : Date : SEPT 16 Page de l'article : p Journaliste : Baptiste Liger Page 2/4 I Jessica En avril 2014, peu apres le proces du pere d'accueil, j'ai écrit une lettre a Cecile de Oliveira, l'avocate de Jessica Ferrais, la sœur jumelle de Laetitia Maître, Historien et écrivain, professeur a l'université Paris 13, je me permets de vous écrire parce que j aimerais consacrer un livre a Laetitia Ferrais Son histoire me touche pour plusieurs raisons Je suis pere de trois filles J'ai travaille sur les enfants abandonnes, retires a leurs parents, places en famille d accueil et parfois maltraites Enfin, j'ai consacré une biographie à mes grands parents, assassines a I âge de vingt huit et trente cinq ans pendant la Seconde Guerre mondiale Dans ce livre, j'ai tente de retracer leur vie, avec sa normalité et ses échecs, avec ses projets et ses espoirs, sans être obnubile par leur mort C'est une recherche historique, ainsi qu'une stèle a la memoire de deux jeunes gens assassines a la fleur de l'âge Le même sentiment me pousse a écrire sur Laetitia Je voudrais retracer sa vie son parcours, les épreuves qu'elle a subies, l'avenir qu'elle se préparait, l'injustice et l'horreur d'une vie détruite Comme pour mes grands parents, il s'agit d'un hommage, maîs aussi et surtout d'une quête de justice et de vente Je voudrais avoir votre sentiment et vos conseils sur ce projet (je n'ignore pas, en particulier, qu'un proces en appel se prépare) Je serais tres heureux de m'en entretenir avec vous, avant de pouvoir, dans un deuxieme temps, exposer ma demarche a Jessica II va de soi que je ne me lancerai pas dans cette entreprise sans son accord En vous exprimant mon admiration pour le combat que vous menez, je vous prie d'agréer Maître, Tex pression de mes sentiments les plus cordiaux Après m'avoir rencontre une première fois, Cecile de Oliveira a accepte de me présenter a Jessica bien que celle ci soit tres fragile Retirée a ses parents et placée a l'âge de huit ans, elle a ete abusée sexuellement par son pere d'accueil Ensuite, sa sœur a éte tuee Nous sommes au mois de j mn 2014 a Nantes, dans le cabinet de l'avocate La Loire scintille a travers les feuil [ages qu'encadré la fenêtre ouverte Je suis intimide a I idée de me retrouver face a Jessica, non seulement parce que tout mon projet est suspendu a sa decision, maîs aussi parce que cette jeune femme est l'orpheline de sa jumelle, la survivante qui, a l'âge de vingt deux ans, a déjà vécu deux procès d'assises - celui du meurtrier de Laetitia et celui de leur pere d accueil Au proces de ce dernier, un monsieur de soixante quatre ans toute la famille a fait bloc derrière lm I agresseur se transformant en victime, Jessica devenant la coupable la manipulatrice qui a réussi a prendre dans ses filets un pere de famille un peu trop naïf Condamne a huit ans de prison, il a renonce a faire appel Aujourd'hui, Jessica vit seule et travaille dans une cantine administrative de Nantes A 16 heures, elle arrive une jeune femme mince, aux cheveux coupes court, avec des leggings sombres et un blouson noir qu'elle garde sur elle Cecile de Oliveira lm fait part de diverses informations la date du proces d'appel du meurtrier de Laetitia, les mdem mies qu elle doit toucher a la fois pour la mort de sa sœur et pour les agressions subies dans leur famille d'accueil Jessica est timide, presque craintive et elle fait tout pour eviter mon regard Pendant que son avo cate lm explique les procedures elle garde le silence, hochant parfois la tete avec un «oui» applique L'intensité de son regard contraste avec sa raideur de petite fille qui craint de mal faire Jessica sort une liste de questions Est ce qu'elle devra assister a la totalité du proces ' Non, seulement un ou deux jours en évitant l'expose des «faits» Est ce qu'ensuite ce sera fini 9 Om, car il n ira probablement pas en cassation Est ce normal qu'un proche lui demande instamment quand elle touchera ses mdem mies > Cecile de Oliveira s'énerve «Non, ce n'est pas normal, tu dois te proteger '» Enfin, Jessica sort de son sac a dos un livre qui vient de paraître sur sa sœur C'est un tissu de mensonges, elle est choquée Cecile de Oliveira me presente a Jessica, qui me dévisage en silence J'aurais voulu que I amitie et Tad miration passent, comme des ondes, directement de mon cœur dans le sien Maîs je suis oblige d'exposer a Jessica, avec mes pauvres mots, mes phrases de pro fesseur que j'ai répétées plusieurs fois mentalement et qui n'en sonnent que plus faux, la nature de mon projet historique et memonel Voila je voudrais qu'elle me parle de leurs souvenirs d'enfance des lieux ou elles ont vécu, des choses heureuses, de leurs copines, des jeux, des chamailleries, des balades sur la plage Jessica approuve Elle veut bien me parler de sa sœur maîs pas de l'affaire Elle ne participe plus aux marches blanches, qui ne servent a rien Elle appre hende beaucoup les 18 et 19 du mois On échange les numéros de portable Jessica renier cie son avocate et prend conge avec une gaieté un peu forcée Apres son depart, la piece semble vide Je me sens accable par le poids de la responsabilite que Jessica a accepte de me confier, saisi par l'angoisse de voyager SEUIL
30 Pays : France Périodicité : Mensuel OJD : Date : SEPT 16 Page de l'article : p Journaliste : Baptiste Liger Page 3/4 au pays des enfants morts. Le seuil en est ouvert devant moi : cette fenêtre où palpitent les feuillages. Au-delà coule la Loire, dont les eaux argentées charrient le souvenir des hommes et des femmes noyés en Mon enquête vient de commencer. Mercredi 19 janvier 2011 La scène d'absence Jessica referme le portail et s'engage sur la route de la Rogère. Il est 7 h 15, il fait encore nuit noire, le froid est vif. Comme à son habitude, Jessica est en avance : le car de ramassage passe à 7 h 30 de l'autre côté du rond-point. Au bout de 50 mètres, elle distingue dans l'obscurité un scooter renversé sur le bas-côté de la route, qu'elle reconnaît aussitôt comme étant celui de sa sœur. Le scooter est couché sur le flanc, la selle est gelée, le moteur et les feux éteints, les clés encore sur le contact. Affolée, Jessica court vers la maison, où son père d'accueil finit de déjeuner : - P'tit Loup, P'tit Loup, le scooter de Laëtitia est par terre! Gilles Patron s'habille à la hâte et tous deux se précipitent dehors. Sur cette section de la route, l'éclairage ne fonctionne pas. Jessica fait de la lumière avec son portable. À côté du scooter se trouvent deux ballerines noires. - C'est tes chaussures? demande M. Patron. Non, ce sont celles de Laëtitia, qui est donc pieds nus, en plein hiver. M. Patron crie son nom dans la nuit matinale. Jessica arrive à l'arrêt de bus complètement paniquée. Elle n'est capable d'articuler que trois mots : «Laëtitia, scooter, chaussures.» Ses copines, qui ne comprennent rien, la voient pleurer à l'arrière du car. Le portable de Laëtitia est sur messagerie. Dans les couloirs du lycée, Jessica se jette dans les bras de Kévin, le petit copain de sa sœur. Tout Ie monde tente de joindre Laëtitia sur son portable. Lorsque le cours commence, Jessica prévient l'enseignant qu'elle va devoir laisser son portable allumé. De son côté, Mme Patron court chez les voisins, appelle les hôpitaux de la région, à Pornic, Machecoul, Saint- Nazaire, Challans, Nantes. Aucun n'a admis une jeune fille accidentée dans la nuit. Vers 7 h 40, Mme Patron compose le 17. Le centre d'opérations sollicite l'intervention de la brigade de gendarmerie de Pornic. Dix minutes plus tard, une patrouille est sur les lieux. À 8 h 15, le jour se lève non sur une scène de crime, mais sur une scène d'absence. Le scooter rouge de Laëtitia est couché sur l'accotement, il y a des traces de pneus et des petits débris en plastique sur la chaussée. Les gendarmes déroulent des bandes jaunes en travers de la route, tandis que la circulation est coupée au niveau du rond-point et en provenance de Pornic. Le scooter et les ballerines gisent sur les gravillons qui bordent la route de la Rogère. Les maisons du voisinage, des pavillons avec un j ardin bien entretenu, sont fermées par une petite clôture blanche. De l'autre côté de la route, les gendarmes commencent à ratisser les champs et les terrains vagues. L'aube est glaciale, l'herbe blanche de givre. Les chiens ne déterminent aucune direction, ce qui signifie que Laëtitia n'a pas cheminé depuis le lieu de son accident : elle en a été directement prélevée. Des techniciens en identification criminelle photographient les indices, matérialisés par des plots jaunes numérotés. Un hélicoptère survole la zone. Tandis qu'un signalement pour «disparition inquiétante» est transmis au procureur de la République à Saint-Nazaire, un coordinateur des opérations de police scientifique arrive à la gendarmerie de Pornic. Durant l'enquête de flagrance, placée sous l'autorité du procureur, toutes les hypothèses sont ouvertes : fugue, suicide, enlèvement. Première question : quelle est la dernière personne à avoir vu Laëtitia? M. et Mme Patron débarquent au lycée en plein milieu des cours. Ils emmènent Jessica à la gendarmerie de Pornic, où tous trois fournissent les premiers renseignements. Laëtitia et Jessica Ferrais sont des jumelles de dix-huit ans, confiées à l'aide sociale à l'enfance (ASE) de Loire-Atlantique depuis l'âge de huit ans. Majeures, elles ont choisi de rester chez M. Patron, assistant familial de profession, qui les élève avec sa femme depuis qu'elles ont douze ans. Ils habitent une belle maison sur la route de la Rogère, à Pornic. Jessica prépare un CAP cuisine au lycée professionnel de Machecoul. Laëtitia travaille à l'hôtel de Nantes, un hôtel-restaurant situé à La Bernerie-en-Retz, à 3 kilomètres de son domicile, et prépare en alternance un CAP de serveuse dans un centre de formation à Saint-Nazaire. À l'hôtel de Nantes, ses horaires sont les suivants : de ll heures à 15 heures, pour le service du midi, et de 18 h 30 à 21 h 30, pour le service du soir, les deux étant séparés par une pause de quèlques heures. En dehors de son travail, Laëtitia mène une vie tout à fait rangée : elle ne fume pas, ne boit pas, sort peu, ne roule pas vite en scooter, met toujours son casque. Elle n'a jamais fugué. Tous ses amis sont lycéens ou apprentis. Quatre jeunes, dans l'entourage de Laëtitia, sont entendus par les gendarmes. SEUIL
31 Pays : France Périodicité : Mensuel OJD : Date : SEPT 16 Page de l'article : p Journaliste : Baptiste Liger Page 4/4 Kévin, dix-huit ans, lycéen C'est son petit copain scolarise au lycee profession nel de Machecoul Ils s appellent plusieurs fois par jour II a eu Laetitia deux fois au telephone la veille, mardi 18 janvier Le premier appel a eu heu vers 18 h 30 alors qu'elle est retournée a l'hôtel de Nantes pour y diner avant le service Kevin vient de sortir du lycee Laetitia lui avoue qu'elle a fume «un truc marron» avec des amis sur la plage Surprise et colere de Kevin une f ois déjà Laetitia a voulu essayer avec des copines il a dit non Elle sait tres bien que le shit est une drogue, un sale truc auquel il ne faut pas toucher Deuxieme appel vers 21 h 40 apres la fm du service Kevin entend quelqu'un qui chuchote pres d'elle Qui est ce "> Laetitia repond que e est «un homme d'une trentaine d'années» Kevin n est pas trop rassure Elle lui dit de ne pas s'inquiéter elle le rappellera plus tard Dans la soiree Kevin essaie dc la joindre «Au bout de dix appels j'ai laisse tomber Si ça se trouve elle s'est endormie» Steven, dix-huit ans, apprenti cuisinier II travaille avec Laetitia a l'hôtel de Nantes Au retour de sa pause peu avant 18 h 30 il I a aperçue aux côtes d'un homme d'une trentaine d'années, une espèce de SDF a la mine patibulaire qui lui a lance d'un ton agressif «N'oublie pas c'est moi qui viens te chercher ce soir '» D'ordinaire, a la fm du service Laetitia et Steven rentrent en se suivant a scooter Ce soir la elle a change les habitudes «Non, Coco, je rentre plus tard «Sûr le chemin du retour Steven est suivi par une Peugeot 106 blanche La voiture reste un moment der nere lui, puis accélère, le colle, le double, freine pour lui laisser de I avance, avant de se remettre a sa hauteur en klaxonnant et en faisant des appels de phares La voiture le serre sur la droite Steven est oblige de s'ar rêter sur le bas côte au niveau du McDo de Forme Le conducteur baisse la vitre tres énerve Steven le reconnaît immédiatement c'est l'homme qui était avec Laetitia devant l'hôtel de Nantes T'es qui toi ' Ou est Laetitia? - Elle est encore au travail -Ben j'espère 1 L'homme repart comme un fou au volant de sa 106 William, dix-huit ans, apprenti cuisinier C'est un arm dc Laetitia a la fois confident ecoute et amoureux econduit un peu chevalier servant Ils se sont rencontres a I Hôtel de Nantes, ou William a travaille en cuisine quèlques mois Toute la journee, ils n'ont cesse d'être en contact par telephone ou par SMS En tout, ils ont échange quatre vingt deux mes sages ou appels Vers 16 h 30 Laetitia raconte a William qu'elle vient de coucher avec le meilleur ami de Kevin Elle craint qu'il le prenne mal s'il l'apprend Aux alentours de 23 heures elle dit a William qu'elle a bu de l'alcool, elle regrette, semble triste Vers minuit et demi, elle lui envoie un texte «j ai un truc grave a te dir» Enfin peu avant I heure, dernier appel a William elle a ete violée Sa peur est perceptible ses mots sont bloques comme dans un bégaiement Au lom, on entend un bruit de musique, peut être un autoradio Laetitia raccroche parce qu'elle n'a plus de batterie, elle rappellera de chez elle Antony, dix-neuf ans, militaire C'est le fils des employeurs de Laetitia proprietaires de l'hôtel de Nantes a La Bernene en Retz II habite dans un studio a côte de l'hôtel restaurant de ses parents II a passe la soiree du 18 janvier a jouer a la PlayStation avec des copains Vers I heure du matin, ils entendent un bruit de moteur et une portière qui claque Par la fenêtre, Antony aperçoit Laetitia son casque a la mam penchée sur la vitre ouverte d'une 106 blanche, parlant avec colere et animation au conducteur Les warnmgs de la voiture projettent des flashs orange sur les façades de la petite rue endormie «Ça hausse le ton j'entends la voix d'un homme et Laetitia qui repond» Tandis que Laetitia repart en scooter vers la maine de La Bernene, la 106 remonte la rue «en pleine furie», avant de faire demi tour en empruntant le sens interdit Les gendarmes recueillent d'autres informations troublantes Un ouvrier loge a l'hôtel de Nantes que Laetitia a servi au dîner déclare l'avoir aperçue vers 22 h 30 au Barbe Blues, un bar de nuit interlope de La Bernene Entre I heure et I h 30 M Patron et Jessica ont entendu des claquements de portières sur la route de la Rogere M Patron est sorti en pyjama avec sa lampe torche maîs sans rien voir C'est a 7 h 15 au matin que Jessica a découvert le scooter de sa sœur La derniere personne a avoir vu Laetitia est donc l'homme a la 106 blanche Grace aux différents temoi gnages les gendarmes sont en mesure d établir un portrait robot 185 metre brun, athlétique les cheveux coiffes en arrière, les tempes rasées vêtu d une veste en cuir et d'un sweat a capuche SEUIL
32 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire Date : 15 SEPT 16 Page de l'article : p.8 Journaliste : Mohammed Aïssaoui Page 1/3 NM^RGE; itteraire «Je suis un écrivain en sciences sociales» ENTRETIEN D'un fait divers, l'historien Ivan Jablonka fait une œuvre littéraire hors norme, succès de la rentrée. PROPOS RECUEILLIS PAR MOHAMMED AISSAOUI maissaoui(â>lef igaro fr Laetitia n'est ni un essai ni un roman, c'est un grand livre inclassable qui rend joie et vie a une jeune fille de dix-huit ans, Laetitia Ferrais, assassinée pres de Nantes, en 2011 Ivan Jablonka mêle a la rigueur de l'enquête historique l'émotion de la quête personnelle LE FIGARO - Pourquoi avoir choisi de traiter ce fait divers 7 Ivan JABLONKA - Cela faisait longtemps que je voulais travailler sur un fait divers en tant qu'il recelé de la souffrance, et aussi parce que c'est un epicentre qui révèle les mouvements souterrains - sociaux ou politiques - a l'œuvre dans notre societe Pourquoi Laetitia 7 Parce que son histoire m'a touche J'ai écrit ce livre en tant qu'historien, maîs aussi en tant que citoyen et pere de trois filles La proximite que j'ai ressentie est évidente, comme n'importe quel pere ou mere de famille Au-delà du drame lui-même, ce qui m'a in teresse est que ce fait divers est complètement hors normes D'abord, par la violence du crime Laetitia a ete massacrée, «surruée», pourrait on dire, sans parler de la mutilation du corps Ensuite, par l'onde de choc mediatique, les moyens considérables mis en œuvre pour la retrouver, et parce que le fait divers est devenu une affaire d'etat Je ne vois pas d'équivalent Pour la France, on pourrait remonter a l'affaire Calas (en 1761, NOIR) Pour l'historien et l'écrivain que je suis, il y avait la un matériau passionnant Quel but poursuiviez-vous ' Mon projet est une quête de verite et de justice Laetitia n'est pas un fait divers II n'est pas acceptable, ni historiquement ni moralement, de reduire la vie de quelqu'un à sa mort II y avait une justification a la fois litteraire, morale et cogmtive a se lancer dans cette entreprise, qui consistait a retracer la vie de Laetitia pour la faire, en quelque sorte, échapper a sa mort Je n'ai aucune fascination pour les criminels Laetitia est la seule héroïne de mon livre Dans quel domaine situez-vous votre livre, histoire ou litterature 7 Je suis chercheur en sciences sociales, maîs j'ai toujours considère que les sciences sociales appartenaient a la litterature J'ai écrit un essai qui s'intitule L'histoire est une litterature contemporaine, et c'est ce que j'ai voulu illustrer aussi bien dans Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (Seuil, 2012) que dans Laetitia on peut satisfaire aux regles de la methode, on peut respecter l'exigence de rigueur de l'histoire ou de la sociologie, et faire en même temps une œuvre litteraire Si les sciences sociales acceptent de s'incarner dans un texte, alors elles forment non seulement une litterature, maîs une forme litteraire nouvelle En ce sens, je suis un «écrivain en sciences sociales» Cette façon de s'impliquer en disant «je», de faire part de vos emotions, ne doit guère plaire aux historiens 7 J'ai des lecteurs, maîs aussi des collègues Du point de vue académique, je suis un enseignant et un chercheur comme un autre Maîs vous mettez le doigt sur une question importante comment concilier la rigueur et l'implication personnelle? C'est un point fonda- SEUIL
33 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire Date : 15 SEPT 16 Page de l'article : p.8 Journaliste : Mohammed Aïssaoui Page 2/3 mental, parce que trop de subjectivité peut tuer la recherche et, à l'inverse, il n'est pas question pour moi dè m'abstraire de mon objet d'étude. Tout l'enjeu est de trouver la bonne distance entre le recul et l'empathie, de mettre le curseur au bon endroit entre l'émotion que l'on ressent et la distance critique que l'on doit garder. Cela s'appelle la justesse de ton. C'est donc aussi un enjeu littéraire. Comment répondre à ce défi? Je m'implique dans ma recherche, parce que ma recherche est une enquête et qu'une enquête se mène en payant de sa personne. Je propose la notion de «je» de méthode, une démarche qui vise à donner au texte une rigueur supplémentaire, à enrichir le protocole de recherche, précisément parce qu'on raconte son enquête, parce qu'on accepte de dire quelles ont été nos intuitions, nos hésitations, nos réussites, nos échecs, nos lacunes. Laëtitia parle des violences subies par les femmes, et le fait que je sois un homme n'est pas indifférent pour mon enquête. Ce parti pris de transparence est davantage qu'un pacte avec le lecteur : il permet à l'histoire d'être littéraire sans jamais affaiblir la quête de vérité. Il est important d'assumer les différents points de vue dont on parle. Cette implication renforce l'honnêteté du propos. C'est une démarche que j'ai adoptée dans mon enquête sur mes grands-parents, écrite en tant qu'historien mais aussi, évidemment, en tant que petit-fils. Avez-vous voulu élever un tombeau pour Laëtitia? Pour mes grands-parents comme pour Laëtitia - même si le contexte n'arienàvoir -, j'ai voulu arracher les disparus au crime qui les a détruits. Les deux livres ont un point commun: j'ai voulu non pas redonner vie à quelqu'un (cela n'a pas de sens), mais rappeler que les disparus ont été des vivants, avec leurs joies et leurs peines. Ces gens n'étaient pas destinés à être anéantis. On ne peut pas laisser la mort aspirer la vie. Donc, oui, c'est une stèle de papier, une oraison. Mon livre n'est pas une nécrologie, mais une biographie, avec le radical grec qui renvoie à la vie. Vous reprenez une phrase de Modiano qui dit que c'est le rôle du romancier de «dévouer ce mystére et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne»... La phrase de Modiano est admirable. Je l'ai reprise à mon compte parce que Laëtitia a disparu dans un océan de noirceur. Il faut voir l'étang dans lequel son corps a été repêché, un petit matin d'hiver. Laëtitia a vécu dans une situation de grande pauvreté, et cette obscurité a aussi été celle de sa vie. Elle n'a pas compté pour grand monde. Il était important pour moi de dire son courage, sa beauté radieuse, sa joie de vivre. Ce n'est pas moi qui jette un coup de projecteur sur elle ; je n'ai fait que recueillir la phosphorescence de Laëtitia. LAËTITIA OU LA FIN DES HOMMES Divan Jablonka, Seuil, 394 p, 21. Laetitia SEUIL
34 Pays : France Périodicité : Hebdomadaire Date : 15 SEPT 16 Page de l'article : p.8 Journaliste : Mohammed Aïssaoui Page 3/3 SEUIL
«Si quelqu un veut venir après moi qu il renonce à lui-même, qu il se charge chaque jour de sa croix et qu il me suive» Luc 9 : 23.
«Si quelqu un veut venir après moi qu il renonce à lui-même, qu il se charge chaque jour de sa croix et qu il me suive» Luc 9 : 23. Pour faire suite au récit des disciples sur le chemin d Emmaüs et pour
Alcool au volant : tous responsables? La question de la co-responsabilité sera enfin posée au Tribunal de Saint Nazaire
DOSSIER DE PRESSE 01/09/2014 Alcool au volant : tous responsables? La question de la co-responsabilité sera enfin posée au Tribunal de Saint Nazaire Avec l appui de la Ligue Contre la Violence Routière,
LA REBELLION. a) il faut que l'agent ait agi dans l'exercice de ses fonctions.
LA REBELLION La rébellion est le fait de s'opposer violemment aux fonctionnaires et officiers publics qui agissent pour l'exécution et l'application des lois. I - ELEMENTS CONSTITUTIFS A - L ELEMENT LEGAL
Un écrivain dans la classe : pour quoi faire?
Un écrivain dans la classe : pour quoi faire? Entretien avec Philippe Meirieu réalisé pour l ARALD - Quel est votre sentiment sur la présence des écrivains dans les classes? Il me semble que ce n est pas
CONSEIL DE LA MAGISTRATURE LE MINISTRE DE LA JUSTICE DU QUÉBEC. - et - - et - - et - - et - RAPPORT DU COMITÉ D'ENQUÊTE
CANADA PROVINCE DE QUÉBEC CM-8-89-35 CONSEIL DE LA MAGISTRATURE LE MINISTRE DE LA JUSTICE DU QUÉBEC MADAME DIANE LEMIEUX, MADAME LE JUGE ANDRÉE BERGERON, LE BARREAU DE LONGUEUIL, Plaignants MONSIEUR LE
«la mouche» : 1958 / 1987, l'adaptation au travers des affiches.
Oui, mais c'est l œuvre de quelqu'un d'autre 1 «On parle souvent des cinéastes qui, à Hollywood, déforment l œuvre originale. Mon intention est de ne jamais faire cela»¹ «la mouche» : 1958 / 1987, l'adaptation
«La prison est la seule solution pour préserver la société.»
«La prison est la seule solution pour préserver la société.» Nous n enfermons rien d autre en prison qu une partie de nous-mêmes, comme d autres abandonnent sur le bord de la route leurs souvenirs encombrants
LE DON : UN MODELE DE MANAGEMENT AU SERVICE DE LA COOPERATION
LE DON : UN MODELE DE MANAGEMENT AU SERVICE DE LA COOPERATION Face à une rationalisation croissante du secteur social et médico-social, accentuée par les effets de crise, comment un directeur de structure
AZ A^kgZi Yj 8^idnZc
Bienvenue à l âge de la majorité! l État vous présente vos droits et devoirs ainsi que les principes fondamentaux de la République à travers «Le Livret du Citoyen» Nom... Prénom... Date de naissance...
La responsabilité civile et pénale. Francis Meyer -Institut du travail Université R. Schuman
La responsabilité civile et pénale Francis Meyer -Institut du travail Université R. Schuman La responsabilité civile est la conséquence, soit de l'inexécution d'un contrat, soit d'un acte volontaire ou
ASSEMBLEE GENERALE DE L ASSOCIATION FRANCAISE DES MAGISTRATS DE LA JEUNESSE ET DE LA FAMILLE des 16 et 17 MAI 2014
ASSEMBLEE GENERALE DE L ASSOCIATION FRANCAISE DES MAGISTRATS DE LA JEUNESSE ET DE LA FAMILLE des 16 et 17 MAI 2014 LA JUSTICE DES MINEURS : CAP SUR L AVENIR La Garde des Sceaux a lancé une vaste consultation
Ne vas pas en enfer!
Ne vas pas en enfer! Une artiste de Corée du Sud emmenée en enfer www.divinerevelations.info/pit En 2009, une jeune artiste de Corée du Sud qui participait à une nuit de prière a été visitée par JésusChrist.
FICHE PÉDAGOGIQUE -Fiche d enseignant-
FICHE PÉDAGOGIQUE -Fiche d enseignant- o Thème : o Objectifs pédagogiques : o Nievau : o Public : o Durée : o Matériel nécessaire : o Source : o Disposition de la classe : travail avec le livre Et si c
eduscol Ressources pour la voie professionnelle Français Ressources pour les classes préparatoires au baccalauréat professionnel
eduscol Ressources pour la voie professionnelle Ressources pour les classes préparatoires au baccalauréat professionnel Français Présentation des programmes 2009 du baccalauréat professionnel Ces documents
Je veux apprendre! Chansons pour les Droits de l enfant. Texte de la comédie musicale. Fabien Bouvier & les petits Serruriers Magiques
Je veux apprendre! Chansons pour les Droits de l enfant Texte de la comédie musicale Fabien Bouvier & les petits Serruriers Magiques Les Serruriers Magiques 2013 2 Sommaire Intentions, adaptations, Droits
CONSTRUCTION DE L'INFORMATION
CONSTRUCTION DE L'INFORMATION «Quand l information devient fiction» DEMARCHE DE CONCEPTION DE LA SEQUENCE 1. Compétences, objet d'étude, questions, choix de l œuvre, problématique de la séquence. J ai
Correction sujet type bac p224
Correction sujet type bac p224 Tragique : ne peut pas échapper à son destin. Pathétique : inspire la compassion, la pitié du lecteur envers le personnage. Poignant. Méthode : Pour la question, être synthétique,
Nom : Prénom : Date :
J observe le livre dans son ensemble, je le feuillette et je réponds aux 1) Je complète la carte d identité du livre. Titre du livre Nom de l auteur Nom de l illustrateur Editeur Collection Genre 2) Qui
Trait et ligne. La ligne avance, Elle indique une direction, Elle déroule une histoire, Le haut ou le bas, la gauche et la droite Une évolution.
Trait et ligne I La ligne me fascine. Le trait qui relie ou qui sépare Qui déchire le néant et marque une trace Qui me fait entrer dans l univers des signes. La ligne avance, Elle indique une direction,
27 janvier 2015 Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l Humanité
Monsieur le Maire, Eric LEJOINDRE Mesdames et Messieurs Les enseignants et représentants de l Education Nationale Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants d associations patriotiques Mesdames
Fiche d exploitation andragogique La maison de Marjo
Fiche d exploitation andragogique La maison de Marjo Résumé du livre Marjo a toujours rêvé d avoir une grande maison avec des animaux. Après avoir épousé Daniel, elle réalise son rêve et devient fermière.
LE HARCELEMENT A L ECOLE
1 05/05/2014 LE HARCELEMENT A L ECOLE l'essentiel : Selon une statistique nationale, un élève sur 10 est victime de harcèlement à l'école. Pour la moitié ce sont des cas de harcèlement sévère. Le harcèlement
Tétanisés par la spirale de la violence? Non!
MERCREDI DES CENDRES B Frère Antoine-Emmanuel Jl 2, 12-18 ; Ps 50 2 Co 5, 20 6,2 ; Mt 6, 1-6.16-18 18 février 2015 Sanctuaire du Saint Sacrement, Montréal Tétanisés par la spirale de la violence? Non!
Il n'y a rien de plus beau qu'une clef
Il n'y a rien de plus beau qu'une clef (tant qu'on ne sait pas ce qu'elle ouvre) Spectacle de contes, à partir de 12 ans. Durée 1h Synopsis Deux conteuses Une panne de voiture Un petit village vendéen
SOS OPPOSITION SUITE A FRAUDE A CARTE BANCAIRE
SOS OPPOSITION SUITE A FRAUDE A CARTE BANCAIRE Article juridique publié le 07/01/2014, vu 1842 fois, Auteur : Maître HADDAD Sabine I- Pourquoi faire opposition? L'ordonnance N 2009-866 du 15 juillet 2009
Il faut beaucoup de retenue et de pudeur pour parler de la souffrance, mais. aussi une bonne dose d humilité, et peut-être de courage, pour exposer la
1 POSFACE du livre S affranchir du désespoir Il faut beaucoup de retenue et de pudeur pour parler de la souffrance, mais aussi une bonne dose d humilité, et peut-être de courage, pour exposer la sienne.
Guide d intervention sur. l intimidation. destiné aux intervenants - 1 -
Guide d intervention sur l intimidation destiné aux intervenants - 1 - Rédaction Linda Laliberté : Mélanie Blais : Michèle Gariépy : Joanie Charrette : Espace Bois-Francs InterVal Pacte Bois-Francs organisme
Apprenez à votre enfant la Règle «On ne touche pas ici».
1. Apprenez à votre enfant la Règle «On ne touche pas ici». Près d un enfant sur cinq est victime de violence sexuelle, y compris d abus sexuels. Vous pouvez empêcher que cela arrive à votre enfant. Apprenez
Commentaire par Gabriela LEGORRETA * du film
Commentaire par Gabriela LEGORRETA * du film Il y a longtemps que je t aime France (2008) réal. et écrit par Philippe Claudel, avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicious.117 min.
Cour suprême. simulation d un procès. Canada. Introduction génér ale. Comment réaliser une simulation de procès?
simulation d un procès Introction génér ale Un procès criminel se déroule devant un juge seul, parfois assisté d un jury composé de jurés. L avocat de la défense représente l accusé, qui est présumé innocent,
ISBN 979-10-91524-03-2
ISBN 979-10-91524-03-2 Quelques mots de l'auteur Gourmand le petit ours est une petite pièce de théâtre pour enfants. *** Gourmand le petit ours ne veut pas aller à l'école. Mais lorsque Poilmou veut le
Rien n est grave, car tout est grave
Rien n est grave, car tout est grave La vision de la vie par un handicap ou une situation désavantageuse, mais qui montre les points positifs pas forcément évoqués. On peut voir que rien n est tout blanc
QUESTIONNAIRE D'ÉVALUATION DU COMPORTEMENT (2e CYCLE DU PRIMAIRE)
CONFIDENTIEL QECP9-PQ QUESTIONNAIRE D'ÉVALUATION DU COMPORTEMENT (e CYCLE DU PRIMAIRE) ENFANT-CIBLE No. d'identification: Date de naissance de l'enfant jour mois année Sexe: Garçon Fille Code permanent:
Nouvelle écrit par Colette lefebvre- Bernalleau 1
Nouvelle écrit par Colette lefebvre- Bernalleau 1 LE BRAQUEUR DU Crédit Lyonnais C est un matin comme tous les jours pierrent après un petit déjeuner vite pris part pour le journal où il travaille et comme
C était la guerre des tranchées
C était la guerre des tranchées Jacques Tardi Format 23,2 x 30,5 cm 128 pages C et album consacré, comme son titre l indique, à la vie dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale est constitué
Un contrat de respect mutuel au collège
Apprentissage du respect - Fiche outil 01 Un contrat de respect mutuel au collège Objectifs : Décrire une action coopérative amenant élèves et adultes à s interroger sur leurs propres comportements en
FICHES DE REVISIONS LITTERATURE
Fiche n 1 : Les 4 types de texte Fiche n 2 : La situation d énonciation 1- Le texte narratif qui sert à raconter 2- Le texte descriptif qui sert à faire voir 3- Le texte explicatif qui sert à faire comprendre
DEBAT PHILO : L HOMOSEXUALITE
Ecole d Application STURM Janvier-Février 2012 CM2 Salle 2 Mme DOUILLY DEBAT PHILO : L HOMOSEXUALITE Sujet proposé par les élèves et choisi par la majorité. 1 ère séance : définitions et explications Réflexion
Les 100 plus belles façons. François Gagol
Les 100 plus belles façons d'aimer François Gagol Les 100 plus belles façons d Aimer François Gagol François Gagol, 2003. Toute reproduction ou publication, même partielle, de cet ouvrage est interdite
27 Janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'holocauste
27 Janvier : Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'holocauste "Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli" (Elie Wiesel) Quand ils ont arrêté les communistes,
Livret de d Ma M gi g e
Livret de Magie La magie La magie est une arme tout aussi efficace qu'une épée ou qu'une hache voire plus dévastatrice si elle est correctement utilisée! Il est recommandé au magicien de tous niveaux de
Navigation dans Windows
Cours 03 Navigation dans Windows Comme je le disais en introduction, notre souris se révèle plus maligne qu'elle n'en a l'air. À tel point qu'il faut apprendre à la dompter (mais c'est très simple, ce
Tiken Jah Fakoly : Je dis non!
Tiken Jah Fakoly : Je dis non! Paroles et musique : Tiken Jah Fakoly / Tiken Jah Fakoly Barclay / Universal Music Thèmes L Afrique et ses problèmes. Objectifs Objectifs communicatifs : Repérer les rimes
HARCÈLEMENT CRIMINEL. Poursuivre quelqu un, ce n est pas l aimer!
HARCÈLEMENT CRIMINEL Poursuivre quelqu un, ce n est pas l aimer! Qu est-ce que c est? Le harcèlement criminel est un crime. Généralement, il s agit d une conduite répétée durant une période de temps qui
QUELQUES CONSEILS AU PROFESSEUR STAGIAIRE POUR ASSEOIR SON AUTORITE
QUELQUES CONSEILS AU PROFESSEUR STAGIAIRE POUR ASSEOIR SON AUTORITE Le premier contact avec vos élèves est déterminant, il y a de nombreux éléments à prendre en compte pour le réussir. Un professeur doit
Questionnaire du projet Innocence
1 Questionnaire du projet Innocence Directives : Répondez de façon aussi détaillée que possible à chacune des questions suivantes ayant trait à votre dossier. Des réponses complètes et précises nous permettront
El Tres de Mayo, GOYA
Art du visuel / «Arts, ruptures, continuités» Problématique : «Comment l expression du sentiment surgit-elle dans l art au XIX è siècle?» El Tres de Mayo, GOYA Le Tres de Mayo, Francisco Goya, huile sur
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
N T 10-81.568 F-P+B+I N 255 CI/CV 8 FÉVRIER 2011 REJET M. LOUVEL président, R E P U B L I Q U E F R A N C A I S E AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son audience publique
Un autre regard sur. Michel R. WALTHER. Directeur général de la Clinique de La Source 52 INSIDE
52 INSIDE Un autre regard sur Michel R. WALTHER Directeur général de la Clinique de La Source Directeur général de la Clinique de La Source, Michel R. Walther est né en 1949 au Maroc de parents suisses.
- Je m appelle le Docteur - Docteur qui? - Juste le Docteur. Biographe
- Je m appelle le Docteur - Docteur qui? - Juste le Docteur Biographe Le Docteur une personne énigmatique à bien des égards. Peu de personne ont pu le voir, l approcher ou même voyager avec lui. Et s il
Loi organique relative à la Haute Cour
Loi organique relative à la Haute Cour Dahir portant loi organique n 1-77-278 du 24 chaoual 1397 (8 octobre 1977) relative à la Haute Cour (1) Louange à Dieu Seul! (Grand Sceau de Sa Majesté Hassan II)
Ancienne gare de déportation de Bobigny. Rencontre avec les enseignants de Bobigny Connaître les ressources locales 05.12.2012
Ancienne gare de déportation de Bobigny Rencontre avec les enseignants de Bobigny Connaître les ressources locales 05.12.2012 Sommaire : 1. Bobigny, une gare entre Drancy et Auschwitz 2. Après la guerre,
Dans nos classes. La Résistance et la Déportation dans les manuels. Classe de troisième. Les leçons : Collection. Auteurs (sous la direction de)
Dans nos classes La Résistance et la Déportation dans les manuels Classe de troisième Les leçons : Belin, avril 2003. Eric Chaudron, Remy Knafou. Leçons La 2 guerre mondiale. * Les grandes phases de la
Travailleur social : acteur de changement ou panseur de plaies?
Travailleur social : acteur de changement ou panseur de plaies? Au CPAS, à la Mutuelle, dans les associations, dans les écoles, dans la rue ou derrière un guichet ou encore à domicile, les assistants sociaux
LES DANGERS QUE L ON PEUT
LES DANGERS QUE L ON PEUT ENCOURIR SUR INTERNET Table des matières Introduction...1 1 Des pourcentages étonnants et assez effrayants...1 2 La commission nationale de l informatique et des libertés (C.N.I.L.)...2
«Longtemps, j ai pris ma plume pour une épée : à présent, je connais notre impuissance.»
Métonymie : image désuète de l instrument servant à écrire. Représentation traditionnelle et glorieuse du travail de l écrivain. Allusion à une époque révolue. Idée de durée, de permanence. edoublée dans
«La famille, c est la première des sociétés humaines.»
«La famille, c est la première des sociétés humaines.» La famille sera toujours la base des sociétés. Honoré de Balzac La famille est-elle la première des sociétés humaines? C est l hypothèse la plus souvent
Les responsabilités civile et pénale de l'élu local. > Observatoire SMACL des risques de la vie territoriale
Les responsabilités civile et pénale de l'élu local des risques de la vie territoriale Nombre de poursuites contre les élus locaux, les fonctionnaires territoriaux, et les collectivités territoriales (toutes
Le guide s articule autour de quatre thèmes, qui sont incontournables pour bien documenter une situation d aliénation parentale ou de risque:
GUIDE D ENTREVUE TROUSSE DE SOUTIEN À L ÉVALUATION DU RISQUE D ALIÉNATION PARENTALE Véronique Lachance Marie-Hélène Gagné Ce guide d entrevue a été conçu pour vous aider à documenter les situations familiales
Le référentiel RIFVEH www.rifveh.org La sécurité des personnes ayant des incapacités : un enjeu de concertation. Septembre 2008
Le référentiel RIFVEH www.rifveh.org La sécurité des personnes ayant des incapacités : un enjeu de concertation Septembre 2008 Louis Plamondon Centre de recherche de l institut universitaire de gériatrie
QUELQUES MOTS SUR L AUTEURE DANIELLE MALENFANT
Activité pédagogique autour du roman, de Danielle Malenfant ISBN 978-2-922976-38-0 ( 2013, Joey Cornu Éditeur) Téléchargeable dans la rubrique Coin des profs sur 1 Activités autour du roman RÉSUMÉ DU
NOUVEAU TEST DE PLACEMENT. Niveau A1
NOUVEAU TEST DE PLACEMENT Compréhension écrite et structure de la langue Pour chaque question, choisissez la bonne réponse parmi les lettres A, B, C et D. Ne répondez pas au hasard ; passez à la question
Regard critique de D.E.I.-France sur le 2 rapport de la France relatif à l application de la CIDE. Genève le 6 février 2004
Regard critique de D.E.I.-France sur le 2 rapport de la France relatif à l application de la CIDE Genève le 6 février 2004 intervention de Fabienne Bonnet-Cogulet et Jean-Pierre Rosenczveig 1 La légitimité
Le nouvel IN RS Notes pour l'allocution prononcée par M. Pierre Lucier, président de l'université du Québec, à l'occasion de la remise des nouvelles lettres patentes de l'institut national de la recherche
La fausse déclaration de risques en assurances
La fausse déclaration de risques en assurances Article juridique publié le 04/03/2014, vu 3356 fois, Auteur : Elodie Plassard S'il est un point du droit des assurances qui alimente un contentieux lourd
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. La Commission a entendu Mme M.R., sa fille, Mme M.K., ainsi que MM. S.A., capitaine de police, et S.C., brigadier-chef.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE COMMISSION NATIONALE DE DÉONTOLOGIE DE LA SÉCURITÉ Saisine n 2010-109 AVIS ET RECOMMANDATIONS de la Commission nationale de déontologie de la sécurité à la suite de sa saisine, le
Séance 1 - Classe de 1 ère. Cours - Application Introduction à la typologie et à l analyse des figures de style
Séance 1 - Classe de 1 ère Cours - Application Introduction à la typologie et à l analyse des figures de style I) Rappel définition d une figure de style A) Définition d une figure de style. - Le langage
ERIC FRECHON. La cuisine pour un vélo, cela semble bien surprenant. Et pourtant, c est bien pour cela qu Eric Frechon est arrivé aux fourneaux.
Roméo Balancourt Roméo Balancourt ERIC FRECHON Portrait d un homme Portrait d un Chef La cuisine pour un vélo, cela semble bien surprenant. Et pourtant, c est bien pour cela qu Eric Frechon est arrivé
Les violences conjugales
MINISTÈRE le point sur Femmes/égalité Lutte contre les violences envers les femmes Les violences conjugales Les victimes de violences craignent le plus souvent de s exprimer. Paralysées par la peur, une
Introduction par effraction
Introduction par effraction Les gens qui sont victimes d une introduction par effraction peuvent être affectés pour d autres raisons que la perte de leurs biens. Ils peuvent ressentir de fortes émotions
Comment un. accident. peut-il engager la. responsabilité pénale. des élus locaux et des fonctionnaires territoriaux?
Les cahiers de l Observatoire Comment un accident peut-il engager la responsabilité pénale des élus locaux et des fonctionnaires territoriaux? table des matières Avant-propos de Bernard Bellec... P. 5
Les victimes et auteur-e (s) de violences domestiques dans la procédure pénale
Les victimes et auteur-e (s) de violences domestiques dans la procédure pénale (Le contenu de cette présentation n engage pas le Ministère public) 1 Objectifs et plan I. Tour d horizon des différentes
Mise en œuvre de la responsabilité du maire
Mise en œuvre de la responsabilité du maire Les conditions d engagement de la responsabilité du maire relèvent du droit commun de l engagement de la responsabilité des personnes publiques. A ce titre,
La responsabilité juridique des soignants
La responsabilité juridique des soignants Les soignants, face à des conditions de travail parfois difficiles et aux aléas de la médecine, songent plus souvent aux risques thérapeutiques qu aux risques
Qu est-ce que je dois faire lorsque je reçois une assignation à comparaître?
Être un témoin Qu est-ce qu un témoin? Le témoin est celui à qui il est demandé de se présenter devant le tribunal pour répondre à des questions sur une affaire. Les réponses données par un témoin devant
LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION
LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION DES NOMBRES par Jean-Luc BREGEON professeur formateur à l IUFM d Auvergne LE PROBLÈME DE LA REPRÉSENTATION DES NOMBRES On ne conçoit pas un premier enseignement
Peut-on faire confiance à une personne démente? [email protected]
Peut-on faire confiance à une personne démente? [email protected] Actualités en Médecine Gériatrique, Paris 17 juin 2015 Conflit d intérêt Remerciements au Dr O. Faraldi Une réponse triviale?
PRÉPARER SA CLASSE EN QUELQUES CLICS
PROFESSEUR DES ÉCOLES PRÉPARER SA CLASSE EN QUELQUES CLICS Éric SEGOUIN Denis BASCANS Une méthode et un outil d aide à la conception et à la programmation de séquences d enseignement pour l école primaire
Introduction. Une infraction est un comportement interdit par la loi pénale et sanctionné d une peine prévue par celle-ci. (1)
Vous êtes victime Introduction Vous avez été victime d une infraction (1). C est un événement traumatisant et vous vous posez sûrement de nombreuses questions : Quels sont mes droits? Que dois-je faire
Le Grand Troupeau de De Jean Giono.
Cornus Louis 1èreS 3 Lycée Paul Cézanne Le Grand Troupeau de De Jean Giono. Le Grand Troupeau est roman écrit de l année 1929 jusqu à l année 1931 par l auteur pacifiste Jean Giono. Il a été publié en
Avons ordonné et ordonnons:
Sanctions pécuniaires - principe de reconnaissance mutuelle Loi du 23 février 2010 relative à l'application du principe de reconnaissance mutuelle aux sanctions pécuniaires. - citant: L du 30 mars 2001
GROUPE DE CONFIANCE protection de la personnalité MEDIATION INFORMATIONS
GROUPE DE CONFIANCE protection de la personnalité INFORMATIONS MEDIATION La médiation fait partie du dispositif de protection de la personnalité des membres du personnel de l'etat de Genève et des institutions
J ai droit, tu as droit, il/elle a droit
J ai droit, tu as droit, il/elle a droit Une introduction aux droits de l enfant Toutes les personnes ont des droits. Fille ou garçon de moins de 18 ans, tu possèdes, en plus, certains droits spécifiques.
Internet et les nouvelles technologies : «Surfer avec plaisir et en sécurité»
Réf : Septembre 2013 Internet et les nouvelles technologies : Blog, Facebook, Netlog, Youtube L utilisation d Internet, des GSM et autres technologies se généralise mais attention, tout n est pas permis
Guide d accompagnement à l intention des intervenants
TABLE RÉGIONALE DE L ÉDUCATION CENTRE-DU-QUÉBEC Campagne de promotion la de la lecture Promouvoir Guide d accompagnement à l intention des intervenants Présentation Le projet sur la réussite éducative
DOSSIER DE PRESSE. PENTA Editions Des livres qui résonnent
DOSSIER DE PRESSE En couverture : Ludwig van Beethoven, impression couleur d après une peinture de Johann Baptist Reiter Beethoven-Haus Bonn Partie de violon de quatuor à cordes op. 135 de Ludwig van Beethoven,
www.cyberactionjeunesse.ca
www.cyberactionjeunesse.ca CyberAction Jeunesse Canada 2011 Présentation de l organisme Projet pilote Prévention (approche en amont) Mission Objectif CyberAction Jeunesse Canada 2011 Plan de la présentation
Photos et Droit à l image
Photos et Droit à l image 1) Le droit à l image (photos-vidéos) L atteinte au droit à l image n est pas caractérisée dès lors que la personne photographiée n est pas identifiable et que sa vie privée n
Les aspects psychologiques de la paralysie cérébrale : répercussions et enjeux dans le parcours de vie.
Les aspects psychologiques de la paralysie cérébrale : répercussions et enjeux dans le parcours de vie. Sarah CAILLOT, Psychologue Réseau Breizh IMC- Pôle MPR St-Hélier (Rennes)- Journée Inter-régionale
Elfenland Règles du jeu
Home > Elfenland > Règles de base Choisir un jeu Elfenland Règles du jeu Idée du jeu Dans le Pays des Elfes, les jeunes elfes doivent passer une épreuve très particulière avant de pouvoir pénétrer dans
NOTRE PERE JESUS ME PARLE DE SON PERE. idees-cate
NOTRE PERE JESUS ME PARLE DE SON PERE idees-cate 16 1 L'EVANGILE DE SAINT LUC: LE FILS PRODIGUE. Luc 15,11-24 TU AS TERMINE LE LIVRET. PEUX-TU DIRE MAINTENANT, QUI EST LE PERE POUR TOI? Un Père partage
En la fête de l Assomption de la Vierge Marie, Homélie pour une profession perpétuelle 1
Vies consacrées, 83 (2011-3), 163-168 En la fête de l Assomption de la Vierge Marie, Homélie pour une profession perpétuelle 1 «Un signe grandiose apparut dans le ciel» : ce signe, c est le voyant de Patmos
L ORDONNANCE DU 2 FEVRIER 1945. Exposé des motifs
L ORDONNANCE DU 2 FEVRIER 1945 Exposé des motifs Il est peu de problèmes aussi graves que ceux qui concernent la protection de l enfance, et parmi eux, ceux qui ont trait au sort de l enfance traduite
Conférence du RQCAA. Agression et violence contre les aînés. Présenté le 22 mars 2007 Au grand public À l observatoire Vieillissement et Société
Conférence du RQCAA Agression et violence contre les aînés Présenté le 22 mars 2007 Au grand public À l observatoire Vieillissement et Société Plan de présentation Histoire du RQCAA Quelques réalités sur
LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE. LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort
LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort relation SRLF Paris, 11-12-13 mai C.LE BRIS BENAHIM Psychothérapeute - Formatrice Quimper CHIC Comment le vécu
