Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe
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- Louis Vincent
- il y a 10 ans
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1 La présente recherche dresse une cartographie de ces Activités et de leurs protagonistes. Elle s intéresse entre autres aux fonctions exercées par les créateurs, à l obtention des commandes, à la fixation du prix ou encore aux facteurs de développement des Activités. La recherche débouche sur une réflexion plus globale relative au travail au projet. Un mode de travail où il s agit de s adapter chaque fois à de nouvelles conditions : variation des équipes, des clients, des rémunérations, des compétences requises En étudiant ce modèle inédit d entrepreneuriat que constituent les Activités de SMartBe, Développer ses projets artistiques apporte un nouvel éclairage sur le secteur artistique et créatif en Belgique. Collection Les Pratiques Cette collection propose des ouvrages à caractère pratique mais aussi des études sur les pratiques professionnelles réalisées à partir d analyses statistiques ou d enquêtes auprès des artistes. Elle rassemble les recherches réalisées par le Bureau d études de SMartBe ou par des experts extérieurs. La présente étude fait suite à celle publiée en mars 2010 par Anne Dujardin et Héléna Rajabaly (Bureau d études de SMartBe), Être intermittent dans le secteur artistique, éd. SMartBe. Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Développer ses projets artistiques. Le cas des Activités de SMartBe Comment développer ses projets artistiques en toute autonomie et en toute sécurité? Avec la liberté de l entrepreneur et la protection sociale du salarié? En 2004, SMartBe a mis au point un outil de gestion et de production de projets à destination des créateurs : les Activités. Illustration de couverture : Olivier Henkinbrant Étude réalisée par le Bureau d études de 10,00 SMartBe - Association Professionnelle des Métiers de la Création ISBN :
2 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe
3 Conception : Bureau d études de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création Auteurs : Anne Dujardin et Héléna Rajabaly avec la collaboration de Sarah de Heusch (Bureau d études de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création). La recherche a été encadrée par Alain de Wasseige et par Carmelo Virone (Bureau d études de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création). Un comité d accompagnement de la recherche a également été mis en place. Il se compose de Michel Marée (Centre d Economie Sociale, Université de Liège) et du comité de direction de SMartBe. Des experts externes ont été consultés de manière ponctuelle : Marc Perrenoud (Institut des sciences sociales, Université de Lausanne), Delphine Naudier (Laboratoire CSU-CRESPPA, Université Paris 8), Wenceslas Lizé (Laboratoire GRESCO, Université de Poitiers) et Olivier Roueff (Laboratoire PRINTEMPS, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Secrétariat d édition : Julie De Boe et Kirsten Cornelissen (Bureau d études de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création) Illustration de la couverture : Olivier Henkinbrant Traduction : Michèle Heyvaert Les traducteurs ont réalisé les traductions du néerlandais vers le français avec le plus grand soin, ils ne peuvent être tenus responsables du contenu du texte traduit. Synthèse des principaux résultats Relecture : Julie De Boe, Quentin de Ghellinck et Kirsten Cornelissen (Bureau d études de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création) Mise en page : Catherine Ruelle (Art Mature sprl) Production : SEFF sprl Les auteurs tiennent à remercier toute l équipe du Bureau d études, le comité d accompagnement, les administrateurs qui ont répondu au questionnaire en ligne et en particulier ceux qui ont été interviewés, les gestionnaires de Productions Associées ainsi que Françoise Ernould et Amina Lafquiri. Toute reproduction d un extrait quelconque du texte de cette publication, par quelque procédé que ce soit, est autorisée moyennant mention de l auteur et des références de la publication. La reproduction intégrale de chacune des parties de ce livre est interdite. 2012, SMartBe Association Professionnelle des Métiers de la Création asbl ISBN Dépôt légal : D/2012/11.399/1 Éditeur : SMartBe Association Professionnelle des Métiers de la Création asbl Rue Émile Féron, Bruxelles Tél : Étude réalisée par le Bureau d études de
4 Avant-propos Introduction...13 Rencontre avec...16 Marc Pinilla D Ignazio (chanteur) Activité Suarez Catherine Pierloz (conteuse) Activité MotRacine-Moi Jeroen Provoost (scénographe et concepteur d expositions) Activité Kunst en Opbouwen able des matières Première partie : nos chiffres Chiffres-clés...23 I. Les Activités Quelle est l évolution du nombre d Activités?...24 Combien de participants une Activité compte-t-elle?...25 Pour quoi les Activités sont-elles utilisées?...27 Dans quels secteurs artistiques se concentrent les Activités?...28 Quels services proposent les Activités?...28 II. Les participants Dans combien d Activités un participant s investit-il?...30 Quel est le rôle des participants? Qui sont les participants?...31 Quel est le profil des administrateurs? III. Les clients Combien une Activité a-t-elle de clients?...34 Qui sont les clients?...36 IV. Le budget des Activités...37 Quelles sont les entrées et les sorties du budget?...37 Quelle est l évolution des entrées dans le budget? Quelle est la ventilation du budget?...39 Quels facteurs influencent le budget?...40 Table des matières 5
5 V. Les entrées du budget...43 À combien s élèvent les montants facturés pour des commandes? Que représentent les apports de fonds?...43 Que représentent les factures pour des concessions de droits? Que représentent les transferts de budget? VI. Les sorties du budget...45 Que représentent les prestations? À combien s élève le coût des prestations? Quels sont les postes de dépenses?...49 Quel est le montant des dépenses?...49 Quelles sont les dépenses remboursées? Que représentent les concessions de droits? Que représentent les remboursements de leasing? Que représentent les transferts de budget? Que retenir de nos chiffres? Rencontre avec...54 Christian Lagrange (artiste plasticien) Activité Peinture Sculpture Déco Eva Cools (régisseuse et scénariste) Activité La Mosca Grégoire Fray (musicien) Activité White Leaves Music Deuxième partie : notre enquête Méthodologie et déroulement de l enquête...60 I. Les intervenants...62 L administrateur...63 Le «noyau dur» de participants...63 Les participants occasionnels Les sous-traitants Les intervenants non rémunérés...65 II. Les motivations à l ouverture d une Activité...66 III. Le temps consacré...68 IV. Les fonctions exercées...70 Faire sa promotion...71 La rémunération...72 V. Le rayonnement géographique...74 VI. L obtention des commandes...75 Le bouche-à-oreille et les réseaux...77 Le démarchage de clients VII. La fixation du prix Les facteurs qui déterminent le prix...79 La valeur du travail...81 Au-delà des aspects financiers...82 VIII. Le degré de professionnalisation...84 IX. La reconnaissance...86 L obtention d un prix Une collaboration prestigieuse...87 La satisfaction personnelle X. Les facteurs de développement La multi-activité...89 La diversification des compétences...90 La fidélisation des clients...91 Le développement de réseaux...92 XI. L entrepreneuriat dans les métiers de la création L Activité débutante...94 L Activité émergente...95 L Activité intermédiaire...95 L Activité stable L Activité confirmée...96 Que retenir de notre enquête? Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Table des matières 7
6 Rencontre avec...98 Marisa Van Andel (chorégraphe) Activité Al compás del corazón Matthieu De Middeleer (manager, booker et ingénieur du son) Activité Wave Master Stoy Stoffelen (batteur) Activité Drum Stoy Conclusion Pour aller plus loin Missions du Bureau d études Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Avant-propos 9
7 Un outil pour développer ses projets artistiques Avant-propos SMartBe s est créée dans la perspective d offrir aux professionnels de la création des services de gestion adaptés à leur situation. Une autre de ses missions de base réside dans un service d information et de conseil à destination de ses membres (accompagnement, formations ). S y ajoute le souci constant de défendre et de représenter ses membres. Le premier outil mis à leur disposition concernait la gestion de contrats. Cet instrument spécialement conçu pour les engagements de courte ou très courte durée (qui sont les plus fréquents dans les secteurs artistiques) a rencontré un succès immédiat. En même temps il a fait apparaître chez les créateurs et interprètes, intermédiaires artistiques ou techniciens affiliés à l association d autres besoins liés au développement de leur carrière. Il leur fallait en effet un outil qui leur permette de prendre en compte leurs projets successifs, de travailler en collectif ou d engager des collaborateurs et de pouvoir prendre en compte des frais professionnels qui pouvaient être liés non pas à un seul contrat mais à un ensemble de projets. Bref, ils devaient être en mesure d agir comme des entrepreneurs tout en conservant ce minimum de sécurité financière et sociale qui s avère nécessaire pour la maturation sereine de projets artistiques. C est pour répondre à ces exigences qu a été mise en œuvre, à partir de 2004, la solution innovante des Activités. Au sein d une structure collective de production, les administrateurs peuvent gérer leurs projets en toute autonomie. Ce mode de fonctionnement rend possible la mutualisation de moyens importants et de compétences diversifiées, tels qu on en trouve dans une organisation comme la nôtre, forte de ses membres. Cette structure globale abritant les Activités comme autant de niches, c est Productions Associées, une des cinq entités chapeautées par la fondation SMartBe. L ouverture d une Activité par un membre amorce un partenariat avec SMartBe. En plus des services administratifs, ce membre bénéficie, au sein de Productions Associées, d un dialogue permanent avec un interlocuteur de référence : le/la conseiller(ère) désigné(e) pour l accompagner et le soutenir dans la gestion de son Activité. Avant-propos 11
8 Huit ans se sont écoulés et nous avons désormais dépassé le cap de Activités qui, dans leur ensemble, ont brassé en 2011 un budget de 42 millions d euros. Ces chiffres disent à suffisance l ampleur de l intérêt suscité par cette solution chez les professionnels de la création. Au-delà, ils montrent la place importante, voire primordiale, acquise désormais dans ce secteur par le travail au projet. Un mode de travail où il s agit de s adapter chaque fois à de nouvelles conditions : variation des équipes, des clients, des rémunérations, des compétences requises En 2010, une étude statistique menée par le Bureau d études de SMartBe à partir des données relatives à l utilisation de l outil de gestion de contrats nous a permis de cerner dans ses différentes dimensions la réalité du travail intermittent 1. En nous attachant cette fois à l outil de gestion d Activités, nous avons voulu prolonger cette première recherche pour dégager les lignes de force du travail au projet. Au-delà des données chiffrées, nous avons essayé de scruter la réalité vécue par les utilisateurs des Activités. Qui sont-ils? Qu est-ce qui les pousse à ouvrir une Activité? Comment travaillent-ils au quotidien? Nos membres ont répondu massivement à un questionnaire en ligne. Quelques-uns d entre eux ont accepté, en outre, de s expliquer en détail sur la manière dont ils gèrent leur vie professionnelle au cours d entretiens avec l équipe du Bureau d études. Les profils qui se dessinent de cette manière mettent en évidence les spécificités des métiers de la création. Ils montrent en particulier à quel point les professionnels de ce secteur sont amenés à adopter de multiples casquettes, diversifiant leurs compétences comme leurs pratiques pour accommoder leurs rêves aux réalités du marché du travail. Marc Moura Directeur de SMartBe, Association Professionnelle des Métiers de la Création 1 DUJARDIN, A. et RAJABALY, H. (Bureau d études de SMartBe), Être intermittent dans le secteur artistique. Profil socioéconomique des membres de SMartBe, de leurs prestations et de leurs donneurs d ordre, SMartBe, Bruxelles, Les artistes sont souvent des travailleurs intermittents, alternant des périodes de travail rémunéré et des périodes d «inactivité» non rémunérées. Si le travail à la prestation est une forme particulière de l intermittence, cette dernière ne se résume pas à une accumulation de contrats. Les professionnels des métiers de la création (soit les artistes, les diffuseurs, les intermédiaires, les techniciens et toutes les fonctions liées à la création artistique) sont de plus en plus confrontés à un mode de travail au projet. Toute œuvre (exposition, représentation, album ) peut être définie comme un projet, lequel est par nature ponctuel et délimité dans le temps. La carrière des artistes évolue donc ainsi, de projets en projets. Les travailleurs doivent être capables de s adapter à des conditions de réalisation très différentes : à la fois la variation des équipes, des clients, des conditions de travail et celle des rémunérations. Pour répondre aux besoins de ses membres qui gèrent leurs propres projets, SMartBe a développé en 2004 un outil innovant : les Activités. Ces dernières constituent une forme inédite d entrepreneuriat dans les métiers de la création. Productions Associées est l entité de SMartBe en charge de cet outil de gestion et de production de projets. Qu est-ce qu une Activité? Une Activité est une mini-structure implantée au sein de Productions Associées. Elle permet de développer des projets créatifs et de les organiser sur le plan administratif de manière légale, en toute sécurité et sous le statut de salarié. L Activité s adresse aux professionnels de la création, travaillant par projets, individuellement ou en collectif, ayant une palette de frais professionnels assez large, ayant des sources de financement diverses et agissant dès lors comme des entrepreneurs. Elle constitue une alternative à la création d une structure juridique, comme par exemple une association sans but lucratif (ASBL) ou une société commerciale et à l adoption du statut d indépendant. Concrètement, l outil de gestion d Activités permet aux participants d alimenter un budget dédié à leurs projets, qui sera ensuite utilisé notamment pour financer des contrats d engagement ou pour rembourser des dépenses professionnelles. Les participants d une Activité bénéficient de l encadrement de Productions Associées. En tant que producteur, Productions Associées accompagne les participants, les conseille et assure pour eux la gestion de leurs projets via leurs Activités. L administrateur 2 de l Activité est responsable de la gestion du budget et en est, en pra- 2 Les termes «administrateur» et «participant» sont définis page 30. Introduction 12 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Introduction 13
9 tique, le représentant vis-à-vis des clients et de Productions Associées. Pour chaque Activité, un(e) conseiller(ère) de Productions Associées, appelé(e) «gestionnaire», est désigné(e) comme la personne de contact privilégiée pour l administrateur. Il/elle est aussi son copilote dans la gestion de l Activité. C est lui/elle qui valide les documents de gestion encodés par l administrateur. Son rôle est d accompagner l administrateur de l Activité lors de toutes les étapes : comptabilité, suivi du budget, logistique Présentation de l étude L intérêt de la présente étude est de fournir des repères pour mieux comprendre le travail au projet dans les métiers de la création, au travers des Activités de SMartBe. Les observations qui seront faites au long des pages suivantes ne peuvent pas être généralisées à l ensemble du secteur artistique et des métiers de la création. Elles en donnent toutefois un bon aperçu. En effet, l outil de gestion d Activités est utilisé par plus de professionnels de la création travaillant au projet (via des contrats de courte durée). L analyse ne prend donc pas en compte le travail des indépendants ni celui des autres salariés engagés dans des contrats de longue durée ou encore dans des contrats de courte durée via d autres organismes que SMartBe, comme les sociétés d intérim ou d autres bureaux sociaux pour artistes. Cette étude comprend deux parties principales 3. Dans la première, une analyse statistique est effectuée à partir de la base de données de SMartBe. La deuxième présente les résultats d une enquête réalisée auprès des administrateurs d Activités. Il s agit, d une part, d une analyse quantitative (à partir d un questionnaire en ligne) et d autre part, d une analyse qualitative (à partir d entretiens). Ces résultats nous permettent d approcher la réalité vécue par les créateurs et notamment les conditions de mise en place et de développement de leurs Activités. Enfin, nous présentons au fil des pages les portraits de quelques artistes que nous avons rencontrés. 3 La présente publication reprend les principaux résultats de cette étude. Un rapport complet (disponible sur demande à [email protected]) fournit nombre de tableaux plus détaillés ainsi qu une série de données supplémentaires à celles décrites dans cette synthèse. 14 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Introduction 15
10 Rencontre avec Marc Pinilla D Ignazio (chanteur) Activité Suarez Mon travail Je suis chanteur du groupe Suarez. Je m occupe également des aspects logistiques et administratifs de cette Activité. Le groupe est composé de quatre musiciens, d un technicien et de moi-même. Nos débuts Nous avons eu de la chance : notre succès a été quasiment immédiat après notre victoire au concours Carrefour des Talents aux Francofolies de Spa. Au départ, on a reçu le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que de notre label. Notre projet s est très vite autofinancé. Nous avons actuellement une centaine de concerts par an, qui brassent des montants suffisants pour qu on puisse en vivre. Ce que nous apporte l Activité J avais commencé, comme beaucoup, par ouvrir une ASBL, mais je ne me sentais plus le courage d en assumer la gestion. On a ensuite découvert l outil de gestion d Activités de SMartBe, qu on a utilisé pour notre deuxième album. Tout faire transiter par l Activité nous est apparu beaucoup plus simple que de faire des contrats de travail via notre ASBL. SMartBe nous propose également des services logistiques appréciables, comme la location de vans, indispensable pour nos tournées en France. La clé du succès La spécificité et le succès de Suarez tiennent à mon avis dans le métissage : je suis plutôt axé musique anglo-saxonne et les quatre musiciens sont d origine malgache, plutôt dans le créneau World Music donc! Rien ne nous prédisposait à faire de la chanson française. Nous travaillons aussi beaucoup en collaboration avec d autres groupes, c est comme ça qu on progresse, et, en toute modestie, on leur sert parfois un peu de tremplin Catherine Pierloz (conteuse) Activité MotRacine-Moi Mon travail Depuis deux ans, je me consacre entièrement à mon métier de conteuse. Ce métier a en quelque sorte deux volets : les spectacles (présentés en festival, scènes de théâtre, etc.) et les conteries (adaptables à tous les contextes où des gens se réunissent autour d un conteur). Je conte pour diverses associations, pour des collectivités et dans le milieu scolaire. une structure est aussi une manière de me rassurer. Dans un sens, cela m a aidé à aller plus vite, à moins perdre de temps. L ouverture d une Activité a été un tremplin. Mes projets Pour l instant, j essaie de me professionnaliser. Je réfléchis à des spectacles de conte à proposer à des lieux culturels. Par ailleurs, je redéfinis les raisons et les limites de mon implication dans le cadre scolaire en tant que conteuse : ayant enseigné, c est un domaine qui me tient très à cœur. Jeroen Provoost (scénographe et concepteur d expositions) Activité Kunst en Opbouwen Mon travail Paris a donné le coup d envoi. J y ai dirigé la production d une importante exposition. À certains moments, je travaillais avec dix personnes : des architectes, des menuisiers, des experts en son et en lumière Le client n aurait pas souhaité recevoir dix factures séparées. Ce que m apporte l Activité C est pour ces raisons comptables que j ai lancé une Activité. Cela m a permis de devenir une entité et de pouvoir engager des gens. Entre-temps, mon Activité s est développée et a pris des allures de PME dans SMartBe. Si j ai tant de travail, pourquoi ne pas devenir indépendant? Le problème, c est la crainte. Que se passerait-il si le gouvernement décidait de supprimer les subsides du Musée M, par exemple, ou du S.M.A.K.? Dans le secteur culturel, beaucoup de clients ont un budget serré et paient tard. SMartBe garantit les salaires. En outre, mes collaborateurs et moi-même sommes assurés lorsque nous travaillons via SMartBe. Le montage d expositions implique parfois certains risques. À l avenir Je veux organiser des expositions de ma propre initiative. Avec quelle structure, via mon Activité ou une SPRL, je ne le sais pas encore. L avantage d avoir son entreprise est que les clients reçoivent ma facture. Pour eux, ce n est pas toujours très clair : ils reçoivent mon offre, mais une facture de SMartBe. Je suis en train de faire une analyse SWOT 4 avec le gestionnaire de mon Activité. J espère qu elle permettra d élaborer des projets d avenir clairs. Ce que m apporte l Activité Quand j ai obtenu le «statut d artiste», j ai préféré ouvrir une Activité car cela me permettait de mieux gérer mes cachets, d être déchargée de la gestion administrative et à long terme de travailler avec d autres personnes ou de recevoir des subventions. Cela me simplifie la vie et m aide à définir ma démarche artistique. Le fait d avoir 4 Analyse SWOT : analyse des forces, faiblesses, opportunités et menaces. 16 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe 17
11 1Nos chiffres Avant-propos 19
12 Cette première partie fournit les chiffres-clés relatifs aux Activités, à partir de l exploitation de la base de données interne à SMartBe. Elle s insère dans le prolongement de l étude sur l outil de gestion de contrats publiée en 2010 par le Bureau d études de SMartBe 5. Depuis sa création en 1998, SMartBe a développé des outils informatisés de gestion de contrats et de gestion d Activités. Grâce à cela, l association dispose d une importante base de données relatives aux prestations intermittentes dans les métiers de la création. Le potentiel d exploitation de ces données est considérable : par la diversité des disciplines et des métiers artistiques représentés au sein de l association, par le nombre de ses membres (qui s élève à environ en 2011) ou encore par les montants de facturation (avoisinant 107 millions d euros en ). L intérêt de ces données est d autant plus important que, d une manière générale, peu de statistiques sont disponibles en Belgique sur l ensemble des métiers de la création. L outil de gestion d Activités permet aux participants de gérer un budget dédié à leurs projets, en fonction des besoins et spécificités de l Activité. Il existe trois moyens pour alimenter le budget : via des factures pour des commandes, via des factures pour des concessions de droits d auteur ou droits voisins et via des apports de fonds (voir schéma page suivante). Sur base de ces ressources, le budget peut alors être employé de quatre façons différentes : pour financer des contrats d engagement des participants, pour rembourser des dépenses réalisées par un ou plusieurs participants dans le cadre de l Activité, pour payer des mensualités de leasing liées à l achat de matériel professionnel et enfin, pour verser des droits d auteur ou droits voisins. Notons qu il est également possible d effectuer des transferts de budget entre Activités. 5 DUJARDIN A. et RAJABALY H, op. cit., Ce chiffre regroupe les montants facturés via les contrats et ceux via les Activités. Première partie : nos chiffres 21
13 Schéma 1: L outil de gestion d Activités de SMartBe Chiffres-clés Facture pour des commandes Apport de fonds Facture pour des concessions de droits d auteur et de droits voisins Population (au 31 décembre 2011) Activités «en mouvement» participants clients ENTRÉES SORTIES Activité dans Productions Associées asbl SMartBe Entrées du budget (répartition pour 2010 et 2011) 91% de factures pour des commandes 3% de factures pour des concessions de droits 3% d apports de fonds 3% de transferts de budget Prestation (contrat d engagement) Source : SMartBe (2011) Note de frais et remboursement de leasing Concession de droits d auteur et droits voisins Sorties du budget (répartition pour 2010 et 2011) 66% de prestations 28% de notes de frais 3% de concessions de droits 2% de transferts de budget 1% de remboursements de leasing Dans cette partie, nous tentons de répondre à plusieurs questions : quelles sont les caractéristiques des Activités? Quel est le profil des participants? Qui sont leurs clients? Et enfin, quel est le budget des Activités? Montant total des entrées en millions d euros 7 C est-à-dire des Activités ayant connu au moins un mouvement financier dans leur budget depuis leur création. 22 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 23
14 I. Les Activités Au 31 décembre 2011, nous dénombrons Activités «en mouvement», c està-dire ayant connu au moins un mouvement financier dans leur budget depuis leur création 8. Quelle est l évolution du nombre d Activités? Le graphique ci-dessous montre la forte croissance du nombre d Activités, qui se sont multipliées par soixante depuis la création de l outil au cours de l année Graphique 1 : Évolution du nombre d Activités de 2004 à Plus de 40% des Activités étudiées ici avaient moins de deux années d existence au 31 décembre Ceci s explique à la fois par la forte croissance générale du nombre de membres inscrits chez SMartBe et par l attrait de l outil de gestion d Activités qui constitue, pour les membres, un moyen supplémentaire de développement professionnel. Combien de participants une Activité compte-t-elle? Une Activité peut être individuelle ou collective (graphique 2) ; elle permet aux membres qui en font partie, et qu on appelle «participants 9», de gérer et de développer un ou plusieurs projets. Plus des deux-tiers des Activités ne fonctionnent qu avec un seul participant (69%) et sont qualifiées d individuelles. Dans ce cas, il s agit du seul administrateur 10, c est-à-dire du participant responsable de la gestion du budget de l Activité qui, par mandat, représente l Activité et Productions Associées à l égard des tiers tels que clients et sous-traitants. Cela ne signifie pas pour autant que l Activité travaille de manière isolée : il arrive que d autres personnes gravitent autour des projets qu elle développe, autrement dit, sans figurer comme participants de l Activité. Cela étant, 31% des Activités sont collectives et comptent plusieurs participants. Une Activité permet en effet l implication de différents participants et simplifie notamment les démarches administratives vis-à-vis des clients, qui reçoivent une seule facture pour une prestation du collectif Source : Base de données SMartBe ( ) N= Pour plus de détails sur le rôle des participants, se référer à la section qui leur est consacrée. 8 Elles représentent 66% des Activités ouvertes au 31 décembre L administrateur de l Activité est choisi par et parmi les participants à l Activité et il n y en a qu un par Activité. C est lui qui encode les différents documents de gestion relatifs à l Activité (bon de commande, convention de financement, note de frais, etc.), donne les ordres financiers et gère le budget. Il a accès aux comptes de l Activité. 24 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 25
15 Graphique 2 : Répartition des Activités selon le nombre de participants Activité individuelle 1 participant 69% Source : Base de données SMartBe ( ) N= à 5 participants 23% 6 à 10 participants 5% > 10 participants 3% Activité collective 31% Nous observons donc deux logiques différentes parmi les utilisateurs de l outil de gestion d Activités proposé par SMartBe. D une part, les Activités sont généralement des initiatives d individus portant seuls leurs propres projets. D autre part, elles constituent également une option intéressante pour des individus fonctionnant en collectif, comme c est le cas d un groupe de musique ou d une compagnie de théâtre. Dans ces deux cas, il s agit d une forme d auto-emploi 11 autrement dit, d une situation dans laquelle un participant gère lui-même ses contrats d engagement pour ses jours de prestation et le budget lié à sa pratique professionnelle au travers de son Activité ; dans le cas d Activités collectives, l administrateur a la charge de gérer les contrats d engagement des autres participants. Les Activités permettent ainsi des démarches entrepreneuriales aussi bien individuelles que collectives, selon le secteur et les projets développés. Pour quoi les Activités sont-elles utilisées? Près de deux-tiers des Activités s inscrivent principalement 12 dans la création ou l interprétation artistique (graphique 3). Environ une Activité sur six propose avant tout des services connexes à l artistique (principalement dans la production, et dans une moindre mesure, dans la formation et la diffusion). Il est relativement rare que les Activités soient principalement de nature technico-artistique (7% le sont) ; c est surtout le cas dans la technique du son et parmi les professionnels des décors et accessoires. Par ailleurs, 14% des Activités sont principalement non-artistiques (par exemple, dans l animation et l enseignement autres qu artistiques). Bien que l outil de gestion d Activités ait été développé pour des artistes et créateurs, il est en effet utilisé également par certains professionnels hors du champ artistique 13. Graphique 3 : Répartition des Activités selon leur type Ensemble du champ artistique 86% Activités de création et d'interprétation artistique 62% Activités technico-artistiques 7% Source : Base de données SMartBe ( ) N=6.230 Activités connexes à l artistique 17% Activités non-artistiques 14% 11 Pour plus d information sur la notion d entrepreneuriat dans les métiers de la création, et notamment sur les nouvelles formes de structures mises en place par ces travailleurs au projet, voir SMARTBE (éd.), L artiste, un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, Il s agit ici de la fonction principale telle que déclarée par l administrateur à l ouverture de l Activité. Les fonctions analysées ici ne correspondent donc pas forcément à celles qu exercent réellement les participants lors des prestations. 13 En janvier 2012, SMartBe a procédé à un recentrage de ses activités autour de son public-cible : les artistes et les professionnels de la création. Depuis cette date, les nouveaux prestataires hors des métiers de la création ne sont plus acceptés comme membres de SMartBe. Deux exceptions toutefois : d une part, les membres principalement actifs dans les domaines de la création et exerçant ponctuellement une activité hors des métiers de la création (sauf pour la formation), et d autre part, des personnes effectuant des métiers qui font historiquement partie de SMartBe et qui partagent des similitudes importantes avec les professionnels de la création comme le journalisme, la communication, la traduction, l animation socio-culturelle, les métiers du web, de la formation et de l événementiel. 26 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 27
16 Dans quels secteurs artistiques se concentrent les Activités? Concentrant plus d un tiers de ces Activités, le secteur des arts plastiques et graphiques est le plus important secteur de création/interprétation artistique (tableau 1). Les trois autres secteurs particulièrement représentés sont ceux de la musique/ chanson, des arts du spectacle et de l architecture/mode/design/décoration. Les porteurs de projets assurent ainsi la pérennité de leur Activité en diversifiant les services qu ils proposent : ils produisent des œuvres artistiques, des représentations et des spectacles et, en parallèle, dispensent notamment des formations et des cours en lien avec leur savoir-faire principal. Tableau 1 : Répartition des Activités selon le secteur de création/interprétation artistique 1415 Secteur de création / interprétation % Arts plastiques et graphiques 38% Musique/chanson 18% Arts du spectacle 11% Architecture/mode/design/décoration 11% Audiovisuel 9% Arts littéraires 14 6% Artisanat d art 5% Pluridisciplinaire 15 2% Total 100% Source : Base de données SMartBe ( ) N=3.848 Quels services proposent les Activités? Plus de la moitié des Activités produisent des œuvres artistiques (hors représentation et spectacle) 16. Les autres services les plus couramment proposés au sein des Activités sont les offres de formation et les cours (29%), les services de graphisme ou de communication (28%), les représentations et les spectacles (27%) et enfin, les prestations techniques (25%). Nous constatons que les prestations techniques sont plus fréquentes parmi les Activités générant des montants élevés. 14 Les arts littéraires englobent la littérature au sens strict mais aussi la traduction littéraire et une partie du journalisme (le reste du journalisme étant repris dans le non-artistique, selon la nature de l Activité). 15 Le secteur «pluridisciplinaire» recouvre des fonctions de création/interprétation artistique que nous n avons pu relier à un secteur en particulier, telles que les Activités décrites simplement comme «artistiques». 16 Ces données sont basées sur l enquête réalisée en 2011 par le Bureau d études de SMartBe auprès des administrateurs d Activités. Cette enquête est analysée en profondeur dans la deuxième partie de cette étude. Nous présentons ici une typologie des services créée spécifiquement pour les besoins de l enquête en complément à celle relative aux types d Activités que nous venons de présenter cette étude. 28 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 29
17 II. LES PARTICIPANTS Nous dénombrons participants dans les Activités, soit 25% du total des membres inscrits chez SMartBe au 31 décembre Dans combien d Activités un participant s investit-il? Une large majorité des participants (80%) fait partie d une seule et unique Activité. Cela signifie aussi qu un participant sur cinq s investit dans au moins deux Activités. Les participants peuvent s impliquer dans plusieurs Activités notamment pour s intégrer à plusieurs projets ou encore, gérer d un côté leurs projets individuels et de l autre, se joindre à un projet collectif. Par exemple, un musicien peut faire partie d un groupe et mener en parallèle un projet en solo. Participer à plusieurs Activités peut constituer en outre un indicateur de la pluriactivité d un participant 17, qui s implique dans différents projets, proches ou éloignés de sa discipline principale. Cela lui permet notamment de multiplier ses sources de revenus, d étendre ses réseaux professionnels ou de diversifier sa palette et de tenter des expériences multiples en vue d exploiter son potentiel créatif. Ces diverses collaborations témoignent ainsi de l existence de réseaux à géométrie variable au sein même des Activités. Quel est le rôle des participants? On distingue trois types de participants : l administrateur, les participants réguliers et les participants occasionnels. Sur l ensemble des participants, 56% sont inscrits comme administrateurs d une ou plusieurs Activités, c est-à-dire qu ils sont en charge de la gestion de l Activité, qu ils la représentent et qu ils en sont souvent aussi les porteurs de projets. Nous identifions ensuite 26% de participants réguliers, soit de personnes affiliées à l Activité sans charge administrative en son sein mais ayant un droit de regard sur son budget Notons qu une pluriactivité est également possible au sein d une seule et même Activité, dans la mesure où un participant peut y gérer différents projets et y développer des compétences diverses dans plusieurs disciplines ou secteurs. 18 Plus précisément, un participant régulier fait partie de l Activité et peut donc se faire payer des salaires, des droits d auteur et se faire rembourser des notes de frais professionnels. Il n assume aucune charge administrative au sein de l Activité (ce qui incombe à l administrateur) mais a un droit de regard sur son budget. Il a une visibilité sur l état de l Activité, il peut consulter le budget et les documents encodés. Enfin, les participants occasionnels représentent un tiers de l ensemble des participants inscrits dans les Activités ; ce sont des participants ponctuels qui n ont aucune visibilité sur le budget de l Activité. Ils ne s investissent pas dans l organisation et la gestion de l Activité mais sont amenés temporairement à en faire partie dans le cadre d un ou plusieurs projets. Un même participant peut appartenir simultanément à plusieurs catégories : par exemple, en étant à la fois administrateur d une Activité et participant occasionnel d une autre 19. Qui sont les participants? De manière générale, les caractéristiques sociodémographiques des participants des Activités diffèrent peu de celles de l ensemble des membres actifs de SMartBe (voir tableau 2). Tableau 2 : Comparaison des données sociodémographiques des participants des Activités et de l ensemble des membres actifs de SMartBe 20 Participants des Activités Ensemble des membres actifs de SMartBe % de francophones 90% 86% % de néerlandophones 10% 14% % de personnes de nationalité étrangère 22% 21% Age moyen 35,4 ans 33,0 ans % d hommes 59% 58% % de femmes 41% 42% Nombre total de participants/membres Source : Base de données SMartBe ( ) Les participants inscrits dans une Activité constituent une population relativement jeune (d un âge moyen de 35,4 ans au 31 décembre 2011), en comparaison à l ensemble de la population active en Belgique, dont l âge moyen en 2010 avoisine les 40,4 ans 21. Les participants ne sont pas pour autant inexpérimentés, nous semble-t-il. 19 Cela explique pourquoi le total des différentes catégories de participants des Activités est supérieur à 100%. 20 Les données concernant l ensemble des membres actifs de SMartBe proviennent de l étude sur les intermittents du secteur artistique (DUJARDIN A. et RAJABALY H., op. cit. 2010, page 11) et couvrent la période du 1 er juillet 2006 au 30 juin Ces chiffres ne portent donc pas exactement sur la même période que les données relatives aux participants des Activités s étalant de 2004 à Source : Enquête sur les forces de travail, 2010, SPF Économie- Direction Statistique et Information économique. 30 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 31
18 L ensemble des participants des Activités, comme la totalité de la population active occupée, est constitué d une plus grande proportion d hommes : nous comptons près de six hommes pour quatre femmes. Cependant, nous observons une nette prépondérance de francophones parmi les participants d une Activité, cette proportion étant plus élevée encore que ce que nous avions pu observer au sein de l ensemble des membres de SMartBe (90% contre 86%). La différence entre francophones et néerlandophones s explique en partie par le fait que l implantation de SMartBe est historiquement plus importante en Wallonie et à Bruxelles et qu à l heure actuelle, l outil de gestion d Activités est encore peu connu des artistes et créateurs en Flandre. Le service de gestion et de production des Activités, tout comme le service de facturation de contrats, est essentiellement utilisé par des personnes ayant un profil artistique ou créatif. Parmi eux, près de la moitié bénéficie de la protection de l intermittence (ou «statut d artiste») 23 : certains l ont obtenu en travaillant via leur Activité tandis que d autres l avaient déjà auparavant. Dans l ensemble, près de deux-tiers des administrateurs affirment que leur Activité constitue leur occupation principale en terme d investissement en temps. Cela étant, plus d un quart des administrateurs effectue également d autres contrats de courte durée (via l outil de gestion de contrats de SMartBe ou via un autre organisme), généralement dans le même secteur que celui de leur Activité. De plus, un cinquième des administrateurs occupe un emploi salarié (à temps partiel ou complet) à côté de leur Activité, emploi qui n a pas forcément lieu dans le même secteur. Enfin, de nombreux administrateurs peuvent aussi compter sur le soutien financier de leur conjoint ou de leur cohabitant, ce qui est couramment observé dans le milieu artistique. Quel est le profil des administrateurs? Dans la plupart des cas, l administrateur assume la gestion d une seule Activité (c est le cas de 96% d entre eux). Un administrateur sur deux (54%) a créé son Activité moins d une année après son inscription en tant que membre de SMartBe. On pourrait en déduire qu une partie de ces personnes s étaient inscrites dans le but premier de recourir à cet outil de gestion et de production de projets. D autre part, les administrateurs se révèlent légèrement plus âgés que l ensemble des participants des Activités ; ils ont en moyenne 36,9 ans (en 2011), soit un an et demi de plus. Au vu de leur âge, nous supposons que ceux qui créent une Activité possèdent généralement de l expérience et ne sont pas tous des débutants. Cela étant, les administrateurs ne se distinguent pas des autres participants du point du vue du métier pratiqué. Près de la moitié des administrateurs (43% des répondants) gagne entre à nets par mois (tous revenus confondus) 22. Cependant, environ quatre administrateurs sur dix (41%) perçoivent moins de par mois. Les montants perçus via l Activité constituent rarement l unique source de revenus des administrateurs. En effet, une majorité (soit 56%) des administrateurs déclare être chômeur indemnisé. 22 Ces données sont basées sur l enquête réalisée en 2011 par le Bureau d études de SMartBe auprès des administrateurs d Activités. À titre indicatif, le revenu mensuel brut moyen d un travailleur salarié à temps plein en Belgique s élevait à en 2009, selon les chiffres du SPF Economie Direction générale Statistique et Information Economique, ce qui équivaut approximativement à un revenu mensuel net moyen de pour un travailleur salarié à temps plein qui est célibataire et n a pas d enfant à charge. 23 La protection de l intermittence est un régime spécifique (visé par l article AR 25/11/1991) aux artistes qui travaillent exclusivement dans des contrats de courte durée et dans une vision restrictive aux artistes de spectacle, aux artistes créateurs qui «tournent» avec le spectacle (costumiers, décorateurs, etc.) et aux techniciens du spectacle. Ce régime permet de maintenir le taux d allocation de chômage au même niveau pour 12 mois, si le bénéficiaire peut prouver qu au cours de l année qui précède, il a effectué au moins un contrat de courte durée en tant qu artiste ou technicien du spectacle. 32 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 33
19 III. LES CLIENTS Les Activités peuvent s adresser à différents types de clients : nous distinguons ainsi l ensemble des structures ou individus qui, soit passent une commande à une Activité pour un bien ou une prestation de service contre le paiement d un prix, soit conviennent avec des participants de concessions de droits d auteur et droits voisins. Par ailleurs, des apporteurs des fonds peuvent aussi alimenter le budget des Activités et sont assimilés à des clients au sein de SMartBe, malgré l absence de relation commerciale entre un apporteur de fonds et une Activité. Enfin, dans certaines circonstances spécifiques, des prestations de services ou des livraisons de biens sont également faites, par des Activités, à ce qu il est convenu d appeler au sein de SMartBe des «clients particuliers». Ces clients sont, par exemple, des particuliers qui suivent des cours ou des stages dispensés dans le cadre d une Activité, ou des personnes qui achètent des œuvres ou des productions artistiques lors d événements tels que des marchés ou encore lors de ventes privées à domicile. Il n est pas aisé d envoyer une facture à chacun de ces clients qui ne sont pas forcément identifiables individuellement. L administrateur de l Activité se charge alors de collecter l argent relatif à la prestation de service ou au bien commandé auprès des différents «clients particuliers» et de le verser dans le budget de l Activité afin de justifier l entrée financière correspondant à cette prestation. Au 31 décembre 2011, nous identifions un total de clients (dont un seul «client particulier» 24 ) et ce, depuis la création de l outil de gestion d Activités en Combien une Activité a-t-elle de clients? En moyenne, une Activité est en relation avec environ six clients. La moitié des Activités s adresse toutefois à moins de trois clients. Le nombre moyen de clients par Activité augmente de manière significative avec son ancienneté. Au fil du temps, les administrateurs collaborent en effet avec de multiples clients, ce qui contribue au développement de leur Activité. Cette accumulation de clients semble se faire de façon progressive ; à certains paliers, le nombre de clients croît de manière plus nette, 24 L ensemble des «clients particuliers» compte en effet pour un seul et même client dans la base de données de SMartBe ; il importe toutefois de garder à l esprit que ce client regroupe en réalité de nombreux individus différents, pas forcément identifiables, auxquels s adresse une grande diversité d Activités. notamment au terme de la phase de lancement d une Activité (c est-à-dire à partir de deux ans d ancienneté au sein de SMartBe) ainsi qu une fois atteint un certain stade de leur parcours, soit quatre années d ancienneté au minimum (au 31 décembre 2011). Certaines Activités développent des liens privilégiés et durables avec quelques-uns de leurs clients 25. Il semble que des collaborations répétées avec certains clients apportent une relative stabilité aux porteurs de projets artistiques et participent à leur maintien dans le secteur. Ces liens récurrents se transforment progressivement en une relation de confiance, avec tous les risques de fragilisation qu implique la dépendance à un nombre restreint de clients. Graphique 4 : Répartition des Activités selon le nombre de clients 20 clients et + 6% 10 à 19 clients 11% 6 à 9 clients 12% 2 à 5 clients 39% aucun client 1% Source : Base de données SMartBe ( ) N= client 31% Nombre moyen de clients par Activité : 5,9 Enfin, près d un tiers des Activités (31%) ne s adresse qu à un seul client (graphique 4). Il peut s agir entre autres d Activités qui s adressent uniquement à des «clients particuliers» (9% de l ensemble des Activités) ou d Activités créées récemment qui sont encore en phase de lancement de leurs projets PILMIS, O., «Des employeurs multiples au noyau dur d employeurs : relations d emploi et concurrence sur le marché des comédiens intermittents», Sociologie du travail, n 49, 2007, pp Notons aussi que 1% des Activités n ont aucun client, leur budget ayant été alimenté uniquement à partir de transferts de budget entre Activités (nous y reviendrons par la suite). 34 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 35
20 Qui sont les clients? Dans l ensemble 27, les caractéristiques socioéconomiques des clients sont relativement proches de celles de ceux recourant aux prestations des membres de SMartBe via l outil de gestion de contrats (et non via l outil de gestion d Activités) 28. En effet, la plupart des clients des Activités sont établis en Belgique. Plus précisément, 41% des clients sont regroupés en Région de Bruxelles-Capitale qui constitue sans surprise un pôle économique et culturel majeur. Notons qu un pourcentage similaire des clients (42%) est implanté en Wallonie, principalement dans les Provinces de Liège, du Hainaut et du Brabant wallon. Enfin, 17% des clients sont établis en Flandre, en particulier dans le Brabant flamand et dans la Province d Anvers. Parmi les clients ayant leur siège à l étranger, épinglons la prépondérance des clients installés en France et dans une moindre mesure, dans les autres pays limitrophes de la Belgique. Près de quatre clients des Activités sur dix ayant leur siège en Belgique sont des sociétés privées commerciales, comme des sociétés privées à responsabilité limitée (SPRL) et des sociétés anonymes (SA). Ensuite, près d un quart d entre eux sont des structures appartenant au milieu associatif (essentiellement des ASBL). Nous identifions également une proportion non négligeable de personnes physiques (21%) indépendants et particuliers ainsi que des organismes relevant de la fonction publique (7%) 29. IV. LE BUDGET DES ACTIVITÉS Quelles sont les entrées et les sorties du budget? 30 Le budget peut être alimenté par plusieurs types d entrées découlant de commandes, de concessions de droits d auteur ou droits voisins et d apports de fonds (via des conventions de financement pour des subsides, des dons, des apports personnels, etc.). Tableau 3 : Types d entrées et de sorties du budget des Activités Entrées Facture pour des commandes Vente de biens ou de prestations de service par l Activité à des clients. Facture pour des concessions de droits d auteur ou droits voisins Facturation à un client qui souhaite exploiter des créations ou prestations artistiques, en les reproduisant ou les communiquant au public. Via la concession de droits d auteur ou droits voisins, l auteur ou l artiste titulaire des droits lui donne les autorisations d exploitation nécessaires aux conditions qu ils ont déterminées ensemble. Apport de fonds Convention de financement qui permet à un apporteur de fonds de soutenir financièrement une Activité, sans toutefois passer de commande ni demander de contrepartie ; et plus rarement, fonds injecté par SMartBe sous forme notamment de bourse à la création. Sorties Prestation Contrat d engagement d un participant de l Activité pour la prestation d un service ou la création d un bien. Concession de droits d auteur ou droits voisins Paiement de revenus de droits d auteur ou droits voisins à un des participants de l Activité. Note de frais Document reprenant l ensemble des dépenses liées à la réalisation de l Activité dont le remboursement est effectué à partir du budget de l Activité (en dehors des défraiements éventuels liés à des prestations). Mensualité de leasing 30 Achat et paiement échelonné d un matériel professionnel (par exemple, un ordinateur ou un piano) dans le cadre d une Activité. Transfert de budget entre Activités Transfert de budget, pour des prestations de service entre Activités ou pour la répartition d une entrée financière entre des participants de différentes Activités. Source : SMartBe (2011) 27 Nous excluons les «clients particuliers» de cette partie de l analyse. 28 Pour en savoir plus, voir l étude réalisée par DUJARDIN A. et RAJABALY H., op. cit. 2010, page Notons aussi la présence d autres sociétés privées (2%) qui sont en grande partie des sociétés coopératives. Par ailleurs, nous ne connaissons pas la forme juridique de 10% des clients, en raison d imprécisions dans la base de données de SMartBe. 30 Bien que donnant lieu à une note de frais, cette sortie du budget est ici analysée à part, voir pages Le service financier de leasing est un service proposé aux participants des Activités depuis 2006 et est chapeauté par la SCRL Matlease, entité de SMartBe. 36 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 37
21 Le budget peut ensuite être utilisé pour financer des prestations (ou contrats d engagement des participants de l Activité), rembourser des dépenses (via des notes de frais), payer des mensualités de leasing ainsi que des sommes convenues dans des concessions de droits d auteur et droits voisins. Il est également possible d effectuer des transferts de budget entre Activités. Quelle est l évolution des entrées dans le budget? Rappelons tout d abord que les Activités ont connu un très fort développement au sein de SMartBe depuis leur création en Cette croissance s est accompagnée d une augmentation tout aussi spectaculaire des montants annuels liés aux flux financiers des Activités. Graphique 5 : évolution annuelle des montants facturés via SMartBe globaux facturés par l intermédiaire de SMartBe, le service de gestion et de facturation de contrats générant le reste 31 (graphique 5). Fin 2011, leur part atteint déjà plus du triple, soit 39%, pour un montant total de 42 millions d euros. En comparaison, la croissance des montants facturés via le service de gestion des contrats est moins importante ; ce service demeure cependant le plus important de SMartBe. Quelle est la ventilation du budget? Nous nous limitons à présent aux Activités ayant eu au moins un flux financier dans leur budget en 2010 et Comme le montre le graphique suivant, les factures pour des commandes de biens ou de prestations de service constituent la manière prédominante d alimenter le budget des Activités (91%). Les entrées dans le budget se répartissent ensuite entre des apports de fonds, des factures pour des concessions de droits d auteur ou droits voisins et des transferts de budget entre Activités (3% chacun). Graphique 6 : Répartition des entrées du budget des Activités en 2010 et 2011 Factures pour des concessions de droits 3% Apports de fonds 3% Transferts de budget 3% 40 Millions d'euros Activités Contrats Factures pour des commandes 91% Source : Base de données SMartBe ( ) Contrats = ; Activités = Les montants facturés en 2010 et plus encore en 2011 sont sous-estimés car tous n ont pas pu être affectés à la date du 31 décembre Source : Base de données SMartBe ( ) N= Ainsi, fin 2005, les Activités ne contribuaient qu à 12% de l ensemble des montants 31 Pour rappel, le service de facturation des contrats comprend uniquement les montants facturés pour des prestations des membres via l outil de gestion de contrats. 38 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 39
22 Du côté des sorties du budget des Activités (graphique 7), les prestations (ou contrats d engagement des participants) constituent deux-tiers des montants financiers. Le budget est ensuite employé pour rembourser des notes de frais (28% des sorties) et, de manière résiduelle, pour payer des concessions de droits d auteur et droits voisins (3%), des transferts de budget entre Activités (2%) et des mensualités de leasing (1%). Graphique 8 : Répartition des Activités selon les sorties annuelles du budget à % à % et plus 1% Moins de % Graphique 7 : Répartition des sorties du budget des Activités en 2010 et 2011 Concessions de droits 3% Leasing 1% Transferts de budget 2% à % Notes de frais 28% Montant moyen : Source : Base de données SMartBe ( ) N= à % Source : Base de données SMartBe ( ) N= Quels facteurs influencent le budget? Prestations 66% Nous observons qu en moyenne, au cours des années 2010 et 2011, une Activité sort par an de son budget (soit environ 600 par mois tout au long de l année). Près des deux-tiers d entre elles sortent moins de de leur budget par an, alors que 7% ont des sorties s élevant à et plus par année (graphique 8). Certaines caractéristiques d une Activité influencent son budget, telles que le nombre de participants, sa fréquence d utilisation, son ancienneté et le champ ou le secteur dans lequel elle s insère. D une part, nous constatons que plus une Activité comporte de participants et plus ses sorties sont élevées. Cela étant, la fixation du montant facturé pour une prestation donnée ou la commande d un bien se fait souvent en négociation avec le client de l Activité (comme nous le verrons dans la deuxième partie de cette étude) ; ce montant n augmente pas forcément au prorata du nombre de participants impliqués. De plus, l implication des participants varie selon qu ils soient occasionnels ou réguliers. Les Activités qui sont les plus fréquemment utilisées sont aussi celles qui ont les montants annuels les plus élevés (en moyenne ). Par ailleurs, le montant annuel moyen des sorties augmente avec l ancienneté d une Activité. Enfin, le type d Activité influence aussi son budget. Les Activités technico-artistiques ont les montants moyens les plus élevés ( par an) par rapport aux autres 40 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 41
23 types d Activités 32. À l inverse, les Activités non-artistiques ne dépensent que annuellement, d une part parce qu il s agit plus souvent d Activités individuelles et d autre part parce que les membres ayant une fonction non-artistique perçoivent généralement des rémunérations plus faibles que la moyenne. Parmi les Activités de création artistique et d interprétation, les montants sont les plus élevés dans le secteur audiovisuel avec une moyenne de par an. V. LES ENTRÉES DU BUDGET À combien s élèvent les montants facturés pour des commandes? Les factures pour des commandes représentent, comme nous l avons vu, la manière prédominante d alimenter le budget. Il s agit, par exemple, de la vente, par l Activité, d une peinture ou d un spectacle à un client. Les montants facturés pour des commandes ont connu une forte progression : d environ euros en 2004 à plus de 29 millions d euros en Globalement, plus une Activité compte d années d ancienneté chez SMartBe, plus le montant annuel facturé pour des commandes est élevé. En effet, les Activités développent au fil du temps des liens récurrents avec certains clients, qui ont pour conséquence d augmenter le nombre de commandes pour différents projets et dès lors le montant de facturation. Par ailleurs, cela traduit également une certaine évolution dans la carrière des participants de l Activité qui, en acquérant de l expérience, voire une plus grande notoriété, peuvent accéder à des projets plus intéressants ou d une plus grande ampleur. Que représentent les apports de fonds? Les apports de fonds regroupent, entre autres, des subsides, des dons, des bourses destinées à soutenir la création ou la production, ou encore des apports personnels pour un créateur qui s autoproduit sur la base de fonds propres. Ces apports sont plus fréquents dans la musique/chanson, les arts plastiques, les arts du spectacle ou encore dans l audiovisuel. Le montant des apports de fonds dans les Activités avoisine un million d euros en 2011 et est près de sept fois supérieur à celui de Cette forme d entrée dans le budget est utilisée par 10% des Activités. Les Activités font relativement peu l objet de financement (qu il soit public ou privé) via l outil de gestion de SMartBe 33 ; nous savons que des apports de fonds peuvent 32 Ceci pourrait se justifier en partie par le spectre d Activités particulièrement large des techniciens. De plus, nous pouvons supposer que ceci s explique aussi à la fois par le type de qualification élevée et par le fait qu un grand nombre de fonctions techniques sont régies par des commissions paritaires ayant fixé des rémunérations minimales. 33 Notons que le Bureau de SMartBe a publié en 2011 un répertoire qui reprend plus de 400 aides de toutes natures à Bruxelles et en Wallonie et qui constitue une source importante d information pour les artistes et créateurs à la recherche de soutien. Voir DE GHELLINCK Q. (Bureau d études de SMartBe), Répertoire des aides aux artistes, SMartBe, Le même travail de recensement des aides a été effectué du côté flamand et un répertoire numérique a été mis en ligne en avril Ce dernier est consultable sur le site Internet : 42 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 43
24 également s effectuer en dehors du cadre de l Activité, pour l achat de matériel par exemple. De plus, le financement de la culture peut également se faire de manière indirecte, puisque certains clients des Activités sont des organisations subventionnées, comme par exemple les centres culturels ou certains théâtres. Parmi les administrateurs d Activités qui déclarent disposer d apports de fonds pour leurs projets, ces apports proviennent principalement de fonds propres ou de leur entourage proche. Ces fonds, nous semble-t-il, servent à soutenir le lancement de leurs projets, dans l attente de commandes ou d autres financements ou encore à défaut d avoir pu constituer des réserves dans le budget de l Activité 34. Dans une moindre mesure, certains d entre eux bénéficient de subsides ou de bourses pour développer leur projet. Que représentent les factures pour des concessions de droits? Le montant des factures pour des concessions de droits d auteur et droits voisins dans le cadre des Activités correspond à environ un million d euros en En 2010 et 2011, 9% des Activités ont bénéficié de telles entrées. Pour une de ces Activités sur quatre, les factures pour des concessions de droits représentent au moins la moitié des entrées financières dans leur budget. Que représentent les transferts de budget? Les transferts de budget en provenance d autres Activités représentent un montant annuel de plus de en Au total, 13% des Activités ont bénéficié de telles entrées. Par ailleurs, six de ces Activités sur dix sont collectives ; nous supposons qu elles utilisent donc les transferts de budget entre Activités dans le cadre de collaborations avec des participants inscrits dans d autres Activités, ce qui témoigne de l existence de réseaux au sein même des Activités, au même titre que la participation à plusieurs Activités. Nous constatons toutefois que les transferts entrants contribuent de manière marginale au budget des Activités : pour la moitié des Activités, les transferts entrants dans le budget représentent moins de 10% de leurs entrées. 34 Ces données proviennent de l enquête réalisée en 2011 par le Bureau d études de SMartBe auprès des administrateurs d Activités (voir la deuxième partie de cette étude). VI. LES SORTIES DU BUDGET Les deux principales sorties du budget des Activités sont consacrées, tout d abord, au paiement des prestations, et ensuite au remboursement des dépenses (voir graphique 7). Elles représentent ensemble 94% des sorties. Les autres sorties du budget sont les concessions de droits d auteur et droits voisins, les mensualités de leasing et les transferts de budget entre Activités. Que représentent les prestations? Pour rappel, nous désignons par prestations les contrats d engagement des participants, qui constituent la rémunération du travail que ces derniers effectuent dans le cadre des Activités. Le montant des prestations a connu une forte croissance de 2004 à Il s élève à 21,5 millions d euros pour l année Sur la période couvrant 2010 et 2011, nous comptabilisons environ prestations par an, qui représentent près de jours prestés, soit environ 600 équivalents temps plein (ETP). 35 Plus de trois-quarts des prestations effectuées dans les Activités sont des prestations artistiques 36 au sens large (graphique 9). Sous cette appellation, nous regroupons les prestations artistiques donnant lieu à des rémunérations (elles représentent 61% de l ensemble des prestations) 37, ainsi que les prestations artistiques réalisées sous 35 Au cours de la période courant de juillet 2006 à juin 2008, les membres de SMartBe avaient réalisé une moyenne de jours prestés par an, ce qui équivaut à équivalents temps plein. Ce nombre prend en compte l ensemble des prestations réalisées aussi bien dans le cadre de l outil de gestion de contrats que de celui de gestion d Activités (DUJARDIN A. et RAJABALY H., op. cit. 2010, page 37). 36 La nature d une prestation (artistique ou non-artistique) est indépendante du type de l Activité, qui correspond, pour rappel, au domaine principal dans lequel s inscrit une Activité et qui est déterminé par l administrateur à l ouverture de l Activité. Ainsi, une prestation artistique peut aussi bien être réalisée par un participant dans le cadre d une Activité de création/interprétation artistique, d une Activité technicoartistique, d une Activité connexe à la création que d une Activité non-artistique. 37 Une prestation artistique est légalement définie comme «la création et/ou l exécution ou l interprétation d œuvres artistiques dans le secteur de l audiovisuel et des arts plastiques, de la musique, de la littérature, du spectacle, du théâtre et de la chorégraphie». 44 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 45
25 le Régime des Petites Indemnités (RPI), considérées comme des défraiements 38 : celles-ci représentent 15% de l ensemble des prestations dans les Activités. Cette proportion non négligeable s explique en partie par le fait que les participants de certaines Activités développent ou prennent part à des projets de nature artistique bénéficiant de moyens parfois modestes ; bien souvent, ils sont alors défrayés, sous forme de RPI, pour leur participation. Graphique 9 : Répartition des prestations selon leur nature Prestations non-artistiques 24% À combien s élève le coût des prestations? Le coût d une prestation dans le cadre d une Activité comprend le budget salarial et l éventuel défraiement lié à la prestation. Le budget salarial correspond à la rémunération brute 39 du prestataire à laquelle s ajoutent les cotisations patronales (ONSS) pour la sécurité sociale, le coût des assurances relatives aux accidents de travail, vie privée et responsabilité civile ainsi que les pécules de vacances. Le coût journalier moyen est de 194 pour une prestation artistique (graphique 10). Les prestations non-artistiques donnent lieu à des montants relativement moins élevés par jour presté (175 ). Les prestations artistiques sous RPI représentent les montants les plus faibles (96 ), ces prestations ne donnant lieu par définition qu à de petites indemnités dont le montant est plafonné. Graphique 10 : Coût moyen et rémunération brute moyenne par jour presté dans une Activité, selon la nature de la prestation Prestations artistiques sous RPI 15% Source : Base de données SMartBe ( ) N= Prestations artistiques 61% Par ailleurs, près d un quart des prestations est de nature non-artistique. Ces prestations sont réalisées soit par des artistes pour compléter les revenus de leurs créations ou prestations, soit par des professionnels exerçant des prestations non-artistiques indispensables aux métiers de la création (comme des managers ou des producteurs), ou encore, dans une moindre mesure, par des travailleurs hors des métiers de la création, par exemple des professeurs de langue. En moyenne, 32 jours de prestation (quelle que soit la nature de la prestation) sont effectués annuellement dans le cadre d une Activité, c est-à-dire deux à trois jours par mois tout au long de l année. 38 L objectif du Régime des Petites Indemnités (RPI) est de permettre que des montants peu élevés versés en contrepartie des prestations artistiques (ne dépassant pas, en 2012, 118,08 par jour ni un plafond de 2.361,52 par an, à raison de 30 jours de prestation maximum sur l année) puissent être considérés comme une indemnisation de frais, sans justificatif, et exemptés de charges sociales et fiscales. Cependant, ces indemnités n entrent pas en ligne de compte pour l application des droits en matière de sécurité sociale (par exemple le droit à la perception d allocations de chômage), étant considérées comme des frais non soumis aux charges sociales ONSS et non pas comme des rémunérations Coût moyen par jour presté coût moyen = 176 rémunération brute moyenne = Prestations artistiques 96 Rémunération brute moyenne par jour presté Prestations artistiques sous RPI Source : Base de données SMartBe ( ) N= Prestations nonartistiques 39 Pour information, la rémunération brute est la rémunération véritablement payée par l employeur au travailleur. Elle comprend la rémunération nette (qui est le salaire effectivement perçu par le travailleur) et les cotisations sociales (ONSS) pour la sécurité sociale ainsi que les prélèvements fiscaux (via le précompte professionnel qui est une anticipation de l impôt sur les personnes physiques) à charge du travailleur. 46 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 47
26 En terme de rémunération brute, cela équivaut à un montant moyen de 119 par jour presté pour une prestation artistique et de 102 pour une prestation non-artistique. Une même rémunération brute entraîne un coût moins élevé pour une prestation artistique que pour une prestation non-artistique, en raison notamment d une réduction de cotisations patronales spécifique aux prestations artistiques, ce qui a pour but de faciliter l engagement des artistes sous contrat salarié 40. La rémunération brute moyenne par jour de prestation dépend aussi du type principal des Activités. Celle-ci est la plus élevée dans les Activités technico-artistiques (124 par jour presté). Dans les Activités artistiques de création et d interprétation, un secteur pratique en moyenne des tarifs journaliers relativement supérieurs aux autres : l audiovisuel (avec une rémunération journalière brute moyenne de 144 ). En revanche, les rémunérations brutes moyennes sont relativement faibles dans les secteurs de la musique/chanson et de l artisanat d art (respectivement 108 et 99 par jour de prestation). L ancienneté de l Activité au sein de SMartBe n augmente pas forcément la rémunération brute moyenne par jour presté, sauf à partir d un certain degré d ancienneté (cinq années ou plus au 31 décembre 2011). Par ailleurs, à un recours annuel fréquent (soit une moyenne d un jour presté par semaine) correspond une rémunération brute journalière plus faible (104 par jour presté). Il semble donc que le coût de la prestation varie selon qu il s agisse d une prestation ponctuelle ou d une prestation qui s inscrit dans une série d autres ; la régularité des prestations paraît alors compenser une éventuelle faiblesse de la rémunération journalière. Cela s explique aussi par la gestion du budget de l Activité qui évolue au fur et à mesure de son développement ; avec l expérience, l administrateur et les participants apprennent à mieux évaluer, à partir du budget disponible, la répartition entre leurs rémunérations (contrats d engagement des participants), les frais liés au projet et l éventuelle réserve dans le budget pour la réalisation de projets futurs. Quels sont les postes de dépenses? L outil de gestion d Activités permet de gérer les dépenses engagées par les participants pour la réalisation de leurs projets, qui ne sont pas forcément liées à un jour de travail, dans les limites du budget disponible. Ces dépenses sont soit liées à des prestations en particulier, soit nécessaires au développement de l Activité en général, par exemple des investissements en matière de production, de recherche, de matériaux, de promotion ou encore de formation. Plusieurs postes de dépenses professionnelles (qu elles soient remboursées ou non) sont nécessaires au fonctionnement d une Activité 41 : 67% des administrateurs déclarent avoir des frais de déplacement, 67% déclarent aussi devoir acheter du matériel ou recourir à du leasing (relatif à du matériel professionnel nécessaire à la réalisation de l Activité) et 63% avoir des frais de communication tels qu une connexion Internet ou des communications téléphoniques. De plus, les administrateurs comptabilisent également des frais de bureau dans le cadre de leur Activité (53%) ainsi que des frais de promotion (46%), incluant des dépenses pour du graphisme, des impressions, la maintenance d un site Internet ou pour la réalisation de supports comme des CD. Les achats de matériel sont plus fréquents dans le secteur des arts plastiques et graphiques, où les besoins sont importants. Par ailleurs, les dépenses liées à des formations, des recherches ou encore à de la documentation sont plus courantes dans les arts du spectacle ainsi que dans les arts plastiques et graphiques. Enfin, le secteur de l audiovisuel doit plus fréquemment assumer des frais d assurance, en raison de la valeur importante du matériel utilisé. Quel est le montant des dépenses? Il est difficile pour les participants d établir un montant habituel de dépenses nécessaires chaque mois à la réalisation d une Activité, en raison du caractère intermittent de leur travail. 40 Au cas où les budgets sont très faibles, SMartBe recommande, pour une prestation artistique, de ne pas descendre en-dessous d une rémunération brute minimale de 67,69 par jour, montant valable en Il s agit du montant minimum à partir duquel une réduction de cotisations patronales est activée suivant la loi-programme du 24 décembre 2002 qui définit les contours du statut social de l artiste et prévoit entre autres l extension de la présomption salariale à l ensemble des artistes (interprètes ou créateurs). SMartBe tolère et accepte toutefois un montant inférieur si la prestation artistique ne dure que quelques heures. Pour une prestation non-artistique, la rémunération brute minimum est fixée à 70,56 par jour presté (en 2012). 41 Ces données proviennent de l enquête menée auprès des administrateurs et donnent une première indication quantitative des besoins effectifs en termes de dépenses professionnelles. 48 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 49
27 Tableau 4 : estimation du Montant mensuel de dépenses dans l Activité % Pas ou très peu de dépenses 18% Moins de % De 100 à % De 250 à % De 500 à 999 8% De à % et plus 1% Total 100% Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.308 Nous constatons ainsi que 70% des Activités effectuent des dépenses faibles pour leur fonctionnement (tableau 4), c est-à-dire inférieures à 250 par mois voire nulles pour certaines d entre elles. À l inverse, cela signifie aussi que 30% des Activités dépensent au moins 250 chaque mois voire au moins par mois dans 5% des cas pour assurer la réalisation de leurs projets. Notons que les budgets ne permettent pas toujours aux participants de récupérer l ensemble des dépenses engagées dans leur Activité. Les postes de dépenses que nous avons précédemment identifiés comme les plus utilisés, à savoir les dépenses en terme de déplacement, de matériel, de communication, de bureau et de promotion, sont également ceux qui sont le plus souvent remboursés, même si la proportion des Activités à se faire rembourser ses dépenses est relativement faible. Les achats de matériel représentent le plus grand nombre de notes de frais (37%) 43. Les deux autres postes les plus importants concernent les dépenses liées à la communication (18%) ainsi que la mise à disposition de matériel (13%). Quant aux montants remboursés, les dépenses liées aux loyers ou location de salles (salle de répétition, atelier ou bureau) sont les plus élevées, avec une moyenne de 323 par note de frais ; viennent ensuite les paiements des sous-traitants (255 ). Quant aux mises à disposition, nous constatons qu elles concernent essentiellement le matériel informatique (39% de ces dépenses), le matériel audio (26%), et dans une moindre mesure, le matériel audiovisuel (10%). Le matériel audiovisuel est en moyenne mis à disposition pour une somme de 173 par jour, alors que le matériel audio l est en moyenne pour 153 par jour. Par ailleurs, le matériel informatique n est mis à disposition d une Activité que pour 77 en moyenne par jour ; il est en revanche loué pour une période plus longue que la moyenne de l ensemble du matériel (à savoir 8 jours contre 5 jours). Quelles sont les dépenses remboursées? Pour le remboursement de ses dépenses, le participant introduit une note de frais ; ces dépenses sont justifiées soit par des factures d achat libellées au nom de Productions Associées, soit par d autres moyens que les factures d achat, comme la mise à disposition 42 de biens d investissement dont un des participants est propriétaire et qui sont nécessaires à la réalisation d une Activité (par exemple, la table de mixage ou le synthétiseur d un ingénieur du son, l ordinateur d un graphiste, etc.). Ainsi, 66% des Activités recourent à des notes de frais en 2010 et Les montants remboursés par des notes de frais ont connu une forte croissance de 2004 à Ils s élèvent à un peu plus de 9 millions d euros pour l année La mise à disposition de matériel est un mécanisme qui consiste à déterminer entre Productions Associées et un des participants de l Activité un montant journalier pour compenser la mise à disposition (les jours où le participant est sous contrat avec Productions Associées), par ce dernier à Productions Associées, d un bien ou d un outil dont il est le propriétaire et qui est nécessaire à la réalisation de l Activité. Ce document doit être joint à une note de frais et constitue le justificatif de ces frais, dont le remboursement est effectué à partir du budget de l Activité. Que représentent les concessions de droits? Un participant d une Activité peut demander que tout ou une partie de sommes découlant d une facture de concessions de droits d auteur et droits voisins lui soit reversé à ce titre. Il complète alors une demande de concessions de droits. Les montants des concessions de droits s élèvent à environ pour l année 2011 ; 8% des Activités ont payé des concessions de droits à leurs participants en 2010 et Que représentent les remboursements de leasing? Le leasing est un système de location-financement de matériel, que Matlease achète et que l Activité lui rembourse chaque mois, étant entendu que le matériel est strictement professionnel. Lorsque le remboursement prend fin, le matériel appartient 43 Ces données proviennent d une analyse complémentaire des notes de frais introduites en 2009 sur un échantillon représentatif d Activités. 50 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 51
28 alors effectivement à l Activité, après rachat de la valeur résiduelle. Le paiement des mensualités de leasing équivaut à un montant d environ en En 2010 et 2011, 7% des Activités ont utilisé ce service de leasing. QUE RETENIR DE NOS CHIFFRES? Que représentent les transferts de budget? Les sorties par transfert de budget correspondent à un montant d environ en En 2010 et 2011, 13% des Activités ont effectué des transferts de budget à destination d autres Activités. Pour la plupart d entre elles, les transferts de budget représentent moins de 25% du total des sorties du budget. La forte croissance du nombre d Activités au fil des ans montre que cet outil de gestion et de production de projets répond à un réel besoin des travailleurs intermittents dans les métiers de la création. Les Activités s inscrivent essentiellement dans la création artistique, principalement dans le secteur des arts plastiques et graphiques ainsi que dans la musique/chanson. Toutes les Activités ne sont toutefois pas comparables : nous observons deux logiques différentes. D une part, les Activités sont généralement individuelles, c est-à-dire qu elles sont portées par un seul participant, en l occurrence l administrateur. D autre part, elles constituent également une option intéressante pour des participants fonctionnant en collectif. Il s agit donc de démarches entrepreneuriales aussi bien individuelles que collectives. Un certain nombre d Activités sont occasionnelles ou peuvent être destinées à des projets ponctuels alors que d autres sont utilisées de manière très régulière et facturent des montants annuels élevés. De manière générale, les porteurs de projets sont relativement jeunes (la trentaine) mais pas pour autant inexpérimentés. Par ailleurs, ils cumulent les collaborations avec de multiples clients au fil du temps et tissent parfois des liens privilégiés avec certains d entre eux. La croissance des Activités s est accompagnée d une augmentation tout aussi spectaculaire des montants financiers, atteignant un total de 42 millions en Le budget est principalement utilisé pour financer des contrats d engagement des participants et dans une moindre mesure pour rembourser des dépenses professionnelles. Les contrats se font surtout pour des prestations artistiques dans les métiers de la création. L ensemble représente un nombre non négligeable de 600 équivalents temps plein par an (soit jours prestés). Par ailleurs, les participants font face à des dépenses professionnelles pour le fonctionnement de l Activité, dont les principaux postes sont les déplacements, l achat de matériel et les frais de communication. 52 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Première partie : nos chiffres 53
29 Rencontre avec Christian Lagrange (artiste plasticien) Activité Peinture Sculpture Déco Mon travail Pendant 20 ans, sous le statut d indépendant, j ai été chef décorateur pour la Monnaie et divers autres théâtres. Après, j ai travaillé pour les grands cirques, les expositions et les attractions itinérantes. Je trouvais ce milieu romanesque! J y ai sculpté un très grand nombre de figures et d animaux gigantesques. Ensuite, par le hasard des rencontres, l hôtel Plaza qui allait rouvrir, m a confié la réalisation d un ensemble de peintures en trompe-l œil, de ciels, de marbres Bref, du travail pour quelques années qui m a ouvert les portes d autres cinq étoiles, châteaux, résidences de luxe et fêtes VIP, qui m occupent encore actuellement. Parallèlement, je continue une œuvre plus personnelle et je suis aussi auteur-illustrateur d albums jeunesse 44. Ce que m apporte l Activité Avant, quand j étais indépendant, les retenues sur les revenus des années fastes, qui se paient jusqu à trois ans plus tard, étaient extrêmement difficiles à gérer. Pour pouvoir continuer à travailler sans être sous le feu des menaces, des amendes et des majorations, je suis devenu membre de SMartBe et j ai ouvert une Activité. Mes anciens clients se sont adaptés assez facilement, les nouveaux n y voient pas de problèmes et moi j y gagne en tranquillité. À moyen et long terme Ce qui m anime est de proposer en priorité des créations plus personnelles, de concevoir des images et des objets dans lesquels je me reconnaisse davantage. Eva Cools (régisseuse et scénariste) Activité La Mosca Mon travail J aime avoir la régie en main, au sens propre comme au figuré. Depuis 2007, je travaille dans le secteur audiovisuel, d abord en tant que troisième assistante-régisseuse pour courts et longs métrages, puis pour des séries télévisées. Mais j ai mis fin à mes activités de régie afin de libérer du temps pour écrire des scénarios. Résultat? Un scénario de film dont le dossier de subvention a été approuvé. Ce que m apporte l Activité Il y a plusieurs années, j ai reçu une commande pour un spot publicitaire. Il y avait une belle somme d argent à la clé. Les nombreux frais et l administration requéraient une structure et j ai ouvert une Activité. Depuis lors, j ai la régie bien en 44 La Chenille, éd. Labor 2005 et Murmure, éd. de la Martinière Pour une visite en photos : main. Sans avoir le statut d indépendant, je peux quand même gérer mes projets successifs en toute autonomie. J utilise l Activité pour récupérer mes frais et me payer un salaire. Je paie le salaire de mes collaborateurs via une ASBL ou une maison de production. Peut-être qu à l avenir, cela pourra également se faire via mon Activité. Mon rêve artistique Grâce au «statut d artiste» et à l Activité, je peux combiner travail de régie et écriture de scénarios. Le statut d indépendant m obligerait à travailler à plein temps dans le secteur de la pub ou de la télévision. Je tiens à éviter cette situation pour conserver un bon équilibre entre mes activités artistiques et le travail commercial. Les films publicitaires me permettent de réaliser mon rêve artistique : écrire des scénarios de film! Grégoire Fray (musicien) Activité White Leaves Music Mon travail Après mes études, je me suis tourné rapidement vers la musique. Notre groupe Thot occupe un créneau très particulier, que les gens appellent communément le Rock Industriel. Pour nos concerts en Belgique, nous sommes associés à un booker. Le budget de l Activité est pour l instant équilibré, même si mon groupe ne brasse pas (encore) des sommes très importantes. Le financement de notre groupe provient des concerts, de la vente de disques. En 2008, on a aussi obtenu un subside de la Fédération Wallonie- Bruxelles pour notre production discographique. Ce que m apporte l Activité Au début, nous pensions ouvrir une ASBL, mais la paperasserie aurait été largement trop lourde pour nous, ce dont on s est très vite rendu compte L outil de gestion d Activités de SMartBe nous permet d axer notre travail sur les aspects artistiques. Grâce au mécanisme de facturation de SMartBe, on a pu régulariser les recettes de nos concerts. Le «statut d artiste» Personnellement, j ai obtenu le «statut d artiste». Je peux donc me consacrer pleinement à la musique. Selon moi, la culture et la création doivent être soutenues par l État, car elles concourent au rayonnement et à la valorisation d un pays. Si l ONEM remet en question le «statut d artiste» et condamne certains créateurs à la dégressivité des allocations et à trouver coûte que coûte un emploi fixe (ce qui n est jamais simple, artiste ou pas), que restera-t-il de la création indépendante? Sacrifier les budgets de l éducation et de la culture revient à appauvrir un État, et non à l enrichir. 54 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe 55
30 2Notre enquête Première partie : nos chiffres 57
31 Au-delà de l exploitation statistique des données, il paraît important d approfondir la question du travail au projet. Dans cette deuxième partie, le fonctionnement pratique des Activités est étudié à travers une analyse quantitative (à partir des réponses fournies à un questionnaire en ligne) et une analyse qualitative (à partir d entretiens auprès d administrateurs d Activités). Les entretiens apportent une information complémentaire aux données issues du questionnaire. Nous avons établi empiriquement cinq profils 45 d Activités, basés sur deux critères principaux : l ancienneté des Activités et le montant des entrées (pour plus de détail, voir l encadré page suivante). Les cinq profils d Activités sont les suivants : Activité «débutante», Activité «émergente», Activité «intermédiaire», Activité «stable» et Activité «confirmée». Tableau 5 : Typologie des Activités 46 Entrées financières annuelles faibles (moins de en 2010) Entrées financières annuelles moyennement élevées (de à moins de en 2010) Entrées financières annuelles élevées (supérieures ou égales à en 2010) Moins de deux ans d ancienneté (en janvier 2011) Deux ans d ancienneté ou plus (en janvier 2011) «Débutante» (33%) «Intermédiaire» (17%) «Émergente» (20%) «Stable» (20%) «Confirmée 48» (10%) Source : Enquête SMartBe (2011) - N= Cette typologie s inspire d une enquête de OPALE/CNAR CULTURE, «Artistes du spectacle vivant, comment vivez-vous les évolutions de votre pratique artistique?», Premiers résultats de l enquête 2010, Paris, Ce profil d Activité ne tient pas compte de l ancienneté au sein de SMartBe mais uniquement des entrées financières. Cependant, tout porte à croire que certains participants des Activités «confirmées» ayant moins de deux ans d ancienneté disposent déjà d une expérience antérieure qui leur permet de générer des montants élevés via leurs projets. Deuxième partie : notre enquête 59
32 Cette partie aborde les Activités selon les onze angles suivants : tout d abord les intervenants (I), puis les motivations à l ouverture d une Activité (II), le temps consacré (III), les fonctions exercées (IV), le rayonnement géographique (V), l obtention de commandes (VI), la fixation du prix (VII), le degré de professionnalisation (VIII), la reconnaissance (IX), les facteurs de développement (X) et enfin l entrepreneuriat dans les métiers de la création (XI). Autant de paramètres qui nous permettent d éclairer le fonctionnement et le développement des Activités et plus généralement le travail au projet. Par ailleurs, les différents profils d Activités mis en avant correspondent à autant d étapes dans la carrière des entrepreneurs créatifs et culturels. Méthodologie et déroulement de l enquête Le Bureau d études de SMartBe a réalisé, début 2011, une enquête via un questionnaire en ligne adressé à l ensemble des administrateurs d Activités de SMartBe. Au terme du processus, nous avons récolté questionnaires complets 47, ce qui correspond à un taux de réponse relativement important de 34%. Le profil des Activités dont les administrateurs ont répondu à l enquête correspond globalement à celui de l ensemble des Activités, tant en ce qui concerne le secteur, l ancienneté au sein de SMartBe que les caractéristiques sociodémographiques de l administrateur. L analyse quantitative (questionnaire en ligne) a été complétée par une analyse qualitative au travers de vingt entretiens réalisés auprès d administrateurs d Activités. L échantillon des entretiens a été construit sur base des profils d Activités (ancienneté et entrées financières) ainsi que du nombre de participants et du secteur de l Activité (à l exclusion des fonctions non-artistiques). De plus, plusieurs caractéristiques sociodémographiques de l administrateur ont également été prises en compte : le sexe, la langue, l âge et le lieu de résidence. L analyse par profil d Activité se base donc sur deux critères principaux : l ancienneté des Activités et le montant des entrées. D une part, l analyse statistique nous a montré que l ancienneté de l Activité influence la dynamique financière d une Activité (par exemple les volumes de facturation). Ainsi, nous avons distingué les Activités ayant été créées moins de deux ans avant l enquête de celles ayant au moins deux années d existence, lesquelles, selon nous, ont en principe dépassé leur «phase de lancement». Le critère de l ancienneté de l Activité comporte toutefois une limite : il indique uniquement l ancienneté de l Activité au sein de SMartBe et ne tient donc pas compte des cas où les projets préexistaient à l ouverture des Activités. D autre part, le critère des entrées financières des Activités permet de différencier les Activités ayant des entrées annuelles élevées de celles dont les montants sont plus faibles. Nous avons établi deux catégories sur base de la médiane 48 : en 2010, la moitié des Activités avait des entrées financières inférieures à et l autre moitié des entrées supérieures à Au sein de cette seconde moitié, nous avons isolé une catégorie atypique, rassemblant les 10% d Activités ayant les entrées les plus élevées, soit des montants supérieurs à L analyse repose uniquement sur les Activités utilisées au cours des deux dernières années précédant l enquête. Sauf exceptions, les questions faisaient référence aux pratiques à l œuvre dans les Activités au cours de l année La médiane est le point milieu d un ensemble, qu elle divise en deux moitiés. Pour déterminer la médiane d un ensemble de valeurs, il suffit d ordonner les valeurs en une liste croissante et de choisir la valeur qui est au centre de cette liste. 60 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 61
33 I. LES INTERVENANTS Comme nous l avons vu dans la première partie, les Activités sont en grande majorité individuelles, c est-à-dire qu elles ne comportent qu un seul participant, à savoir l administrateur lui-même ; il s agit alors d initiatives d individus portant seuls leurs propres projets. Par ailleurs, certaines Activités sont collectives (avec une moyenne de trois participants), comme par exemple un groupe de musique ou une compagnie de théâtre. Les Activités collectives sont plus fréquentes parmi les Activités «stables» et les «émergentes» et plus encore chez les «confirmées». L administrateur L administrateur est généralement à l initiative de l Activité. Il l utilise bien souvent pour gérer l ensemble de ses projets, qu ils soient individuels ou collectifs. L administrateur assume le rôle de porteur de projets. Cela signifie qu outre son apport créatif, il gère le projet de A à Z. «Pour mon Activité, c est moi qui suis l administrateur, je m occupe vraiment, quand je décroche un contrat, de trouver les personnes avec qui je vais travailler, je gère les montants, donc toute la partie administrative C est un gros boulot de gérer ça.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) Ainsi, l administrateur prend en charge, entre autres, la gestion administrative, la gestion du budget, celle des contrats, éventuellement celle des subsides et la logistique (par exemple, la location de matériel ou le montage de décors). Autrement dit, c est lui le relais visà-vis de SMartBe. Par ailleurs, il gère le contact avec le client, assure bien souvent la coordination d équipe dans le cas des collectifs et est parfois aussi impliqué dans la diffusion et la promotion de ses projets. Ses multiples responsabilités occasionnent chez certains administrateurs une surcharge de travail. Ces derniers expriment alors leur volonté de déléguer ou de partager le travail avec d autres. «C est la première fois où j ai vraiment délégué des trucs pour que ça devienne quelque chose de simple, et on se spécialise ( ) parce que c est vraiment lourd en fait, de devoir gérer à la fois le contact, le budget, la répartition, les paiements.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) On note aussi chez certains une envie de travailler à terme avec un ou plusieurs collaborateurs sur leurs projets (ce qui n est souvent pas le cas, faute de budget suffisant). Le «noyau dur» de participants La contribution des participants d une Activité se limite souvent à l aspect créatif. Les participants ne s impliquent guère dans la gestion de l Activité. «Les musiciens viennent surtout soit pour une répétition, une résidence, ou pour le concert en lui-même, mais je ne demande rien d autre. Il n y a pas de tâches administratives, pas d autres implications personnelles.» (Auteure-compositrice-interprète, Activité «stable».) Cependant, dans certaines Activités collectives, l administrateur est parfois aidé dans la gestion administrative et financière par un ou plusieurs participants qui se présentent comme de véritables associés aux projets. Celui-ci répartit alors le travail avec eux en fonction de leurs compétences et de leurs disponibilités. Celui qui a décroché une commande ou qui a établi en premier le contact avec un client devient généralement le porteur du projet. Dès lors, il est important pour l administrateur de pouvoir travailler avec des personnes qui ont des compétences complémentaires aux siennes, comme l exprime cet animateur 3D : «On se partage les rôles administratifs ( ) Par exemple, pour le projet pour la télévision, la personne avec qui je travaille s occupe des contacts avec le client et moi je m occupe de tout ce qui est relatif à la répartition des budgets. Ça marche très bien, elle a un meilleur contact que moi avec le client.» (Activité «intermédiaire».) La plupart des participants se connaissaient déjà avant de travailler ensemble au sein d une Activité, via par exemple leurs études, des relations communes ou des collaborations antérieures sur d autres projets. «Maintenant, on se connaît bien. On s amuse bien ensemble, on apprécie de travailler ensemble. Oui, c est plus confortable de travailler avec des gens qu on connaît ( ) Il y a une amitié et tout ça Il y a la confiance artistique mais aussi, le plaisir d être ensemble.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) Le fait de se connaître paraît faciliter la collaboration et le travail en commun. Cela montre aussi l importance des réseaux, tant professionnels que privés, des participants des Activités. Chaque secteur artistique forme «un petit milieu au sein duquel tout le monde se connait un peu» (Maquilleuse, Activité «confirmée») et où «on rencontre toujours un peu les mêmes personnes.» (Concepteur d expositions, Activité «confirmée».) L intégration dans des réseaux se fait progressivement, au gré des rencontres : «Je suis arrivée à Bruxelles juste après l école, et puis j ai rencontré le milieu artistique, et puis celui où je voulais évoluer (parce qu il y en a plusieurs) et enfin celui qui m intéressait vraiment» (Plasticienne, Activité «débutante».) Malgré tout, certaines collaborations sont parfois le fruit du hasard ou naissent par l intermédiaire des réseaux sociaux comme Facebook ou lors d un casting. 62 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 63
34 Les participants occasionnels Certaines Activités comptent également des participants occasionnels auxquels l administrateur fait appel pour leurs compétences particulières et dont le nombre varie selon l ampleur du projet. «Parfois, il faut des équipes de 10 personnes. Donc, on prend des externes qui passent aussi par l Activité pour leurs prestations. La plupart sont des récurrents. ( ) Ça dépend vraiment de la demande du client.» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) Le recours à des participants occasionnels a lieu notamment quand personne au sein de l Activité n a les aptitudes requises pour prendre en charge certains aspects spécifiques d un projet. Dans d autres cas, cela fait partie du mode de fonctionnement de l Activité, comme pour ce directeur artistique : «J ai une sorte de fichier casting des artistes avec lesquels on travaille régulièrement, et qui sont dans notre Activité, ( ) comme une compagnie, qu ils soient à ce moment-là circassiens, chanteurs, danseurs, violonistes, musiciens Donc voilà, on s agrandit ou on se réduit suivant la demande, en réalité.» (Activité «confirmée».) Les sous-traitants Le nombre de participants ne reflète pas toujours le nombre de personnes qui gravitent réellement autour d une Activité. En effet, certains aspects du travail ne sont pas pris en charge par les participants eux-mêmes, qui font alors appel à des personnes extérieures. Il peut s agir de sous-traitants 49, c est-à-dire de personnes rémunérées pour leurs services, tel un ingénieur du son qui accompagne un groupe de musique, un intermédiaire (agent, producteur, éditeur ) ou un imprimeur qui travaille avec un graphiste. Ces intervenants ne sont pas membres de SMartBe mais collaborent à l Activité. Le recours à des sous-traitants concerne près d un tiers des Activités (31%). Les Activités «confirmées» sont les plus nombreuses à y avoir déjà fait appel (56%). C est particulièrement le cas dans les arts du spectacle et la musique où les artistes proposent généralement un produit fini (comme une pièce de théâtre ou un album de musique) et ont besoin de plus d intermédiaires 50. «J ai un producteur, j ai un label qui est quand même présent dans la globalité Et je vais bientôt avoir un manager. ( ) Le label s occupe de trouver les financements pour le disque et tout ça, et le tourneur se charge de trouver les dates de concert ( ). J ai aussi une attachée de presse qui se charge de la communication et de la promotion.» (Auteure-compositrice-interprète, Activité «stable».) Les intervenants non rémunérés D autres intervenants viennent ponctuellement en aide aux Activités, sans demander de rémunération. Cela concerne 27% des Activités. Ces personnes non rémunérées sont généralement des proches des participants (famille, amis ) qui prennent part bénévolement à l Activité et qui apportent leur aide notamment au niveau administratif ou au niveau technique pour l élaboration d un site Internet ou la réalisation de flyers, par exemple. «J ai de la chance, j ai un frère qui est infographiste donc pour les flyers, ce n est pas compliqué, je lui demande et il les fait assez rapidement ( ) j ai aussi un site Internet grâce à lui.» (Artiste de cirque, Activité «débutante».) Il peut s agir aussi de services rendus entre artistes aux compétences diversifiées, comme nous le verrons dans les fonctions exercées au sein des Activités. Les Activités «confirmées» sont celles qui ont le plus bénéficié de l aide de personnes non rémunérées (c est le cas de 40% d entre elles). Cela démontre que, grâce à leur notoriété et à leur rayonnement, ces Activités attirent des personnes qui s impliquent bénévolement dans la mise en œuvre des projets menés en leur sein. La participation de personnes non rémunérées ne répond donc pas uniquement à un besoin financier, logique qui s appliquerait davantage aux Activités qui débutent et disposent d un budget limité. 49 Nous entendons ici par sous-traitants les prestataires engagés dans l Activité qui ne sont pas rémunérés via un contrat SMartBe, mais qui adressent une facture à l Activité pour leurs prestations. Les sous-traitants ne sont donc pas membres de SMartBe ; ce sont par exemple des indépendants ou des personnes qui passent par une autre structure (comme une ASBL ou une société d intérim) pour facturer leurs prestations. 50 Pour en savoir plus sur la relation entre les artistes et leurs intermédiaires, voir SMARTBE (éd.), L artiste et ses intermédiaires, SMartBe/Mardaga, Bruxelles, Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 65
35 II. LES MOTIVATIONS À L OUVERTURE D UNE ACTIVITÉ Les motivations qui poussent à recourir à l outil de gestion d Activités de SMartBe sont multiples. Les administrateurs évoquent principalement cinq raisons pour expliquer l ouverture de leur Activité. Tout d abord, 81% des administrateurs sont séduits par le soutien administratif offert par SMartBe, soit l accomplissement des obligations sociales, fiscales et administratives liées à l Activité. «L Activité, elle m aide dans mon travail, dans tout ce qui est relatif aux factures et aux charges sociales. Je n ai déjà pas énormément de temps pour travailler parce que j ai des enfants, mais alors si je devais faire ça en plus, j aurais le sentiment de ne pas travailler du tout.» (Graphiste, Activité «émergente».) L accompagnement individuel est en outre un atout pour tous ceux qui lancent leurs projets : «C était pour moi le plus simple à ce moment-là. Vu que je débarquais dans le rôle de boss, j avais besoin d un cadre. Donc je crois que c est ça qui est vraiment intéressant, surtout pour quelqu un de jeune, d avoir des gens compétents qui entourent.» (Auteure-compositrice-interprète, Activité «stable».) Tableau 6 : Principaux avantages ou motivations qui ont poussé à l ouverture d une Activité % Le soutien administratif (y compris la comptabilité) 81% L alternative à la création d une société (ASBL ou autre) ou à l adoption du statut d indépendant 72% La possibilité de se professionnaliser 61% La possibilité de remboursement des frais 58% Le fait de pouvoir réaliser des projets et/ou d en tester la viabilité 55% La possibilité d avoir des sources de financement diverses (subsides, dons ) et/ou de pouvoir récupérer la TVA 40% Le fait de ne pas être dans une relation d employeur-employé dans laquelle un contrat est possible (pour des cours à des particuliers, vente sur des marchés ) 29% Le fait de pouvoir gérer plusieurs projets au sein d une même Activité SMartBe 26% Le fait de pouvoir gérer des projets collectifs et/ou des équipes variables 21% La facturation de droits d auteur 17% Autre raison 5% Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.308 Le total est supérieur à 100% car plusieurs réponses à cette question étaient possibles. Près des trois-quarts des répondants (72%) estiment qu une Activité représente une alternative à la création d une structure spécifique ou à l adoption du statut d indépendant, puisque, pour rappel, en tant que producteur, Productions Associées accompagne, conseille et assure la gestion de l Activité. «Vous êtes payés net, vous êtes protégés, tout cela avec plus de commodité. Mais je pourrais devenir indépendant, et ainsi déclarer l entièreté de mes frais professionnels. C est une question de loyauté. Je suis chez SMartBe depuis des années maintenant et si SMartBe n existait pas, il y a longtemps que je ferais autre chose.» (Photographe, Activité «stable».) L alternative que représente l Activité permet aussi aux participants de continuer à développer leurs projets professionnels sans perdre leurs droits et protection sociale (notamment certains droits prévus par la réglementation relative au chômage). Cet outil stimule dès lors l entrepreneuriat. Par ailleurs, l Activité peut également être complémentaire à une autre structure : «J ai une ASBL avec ma compagnie et il y a eu des problèmes de gestion, des problèmes d assurance, de comptabilité et ça prenait tellement de temps qu à un moment, j ai fait le calcul et j ai vu que ce n était pas spécialement désavantageux financièrement de passer par SMartBe. Ça revenait plus ou moins au même coût et du coup, au sein de cette compagnie, pour mes spectacles, j ai décidé de créer une Activité.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) La troisième raison la plus fréquemment évoquée (61% des administrateurs) est la possibilité de se professionnaliser en travaillant par le biais d une Activité. La possibilité de remboursement de frais professionnels 51 est une motivation pour 58% des répondants. Plus généralement, la maitrise de la ventilation du budget est un aspect important dans le choix de l Activité : «L Activité me permet de gérer beaucoup mieux mon budget. En fait, ça me permet de me rémunérer et puis de rembourser des frais de mises à disposition de matériel ou des frais de fonctionnement. Ça me permet aussi de gérer des droits d auteur, parce qu il m arrive d en avoir. C est essentiellement pour gérer mon argent que l Activité SMartBe m a intéressé.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) Enfin, 55% des répondants évoquent le fait de pouvoir réaliser leurs projets ou d en tester la viabilité. Notons que, dans la mesure où la quasi-totalité des administrateurs menait déjà ses projets avant de créer une Activité au sein de SMartBe, il semble que l ouverture d une Activité corresponde aussi à un besoin de structuration des projets en question. 51 Ce point a déjà été analysé en détail dans «Nos chiffres». 66 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 67
36 III. LE TEMPS CONSACRÉ Le temps consacré à une Activité comprend, outre les prestations, les temps de création, de recherche, de promotion, ou encore ceux consacrés à la gestion administrative de l Activité. En moyenne, chaque participant des Activités consacre 20 heures par semaine à son Activité. Cela étant, comme le montre le tableau ci-dessous, près d une Activité sur cinq est utilisée à plein temps par ses participants. Inversement, les participants de quatre Activités sur dix environ y consacrent moins d un quart-temps. Il peut s agir alors d initiatives occasionnelles, qui s articulent autour de projets ponctuels ou qui sont annexes à d autres occupations professionnelles. «On a tous aussi une autre activité à côté Ma sœur est secrétaire, moi je suis enseignante, nos musiciens donnent tous cours en académie, il n y a que le percussionniste dans le groupe qui fasse de la musique à temps plein» (Auteure-compositrice-interprète de chansons jeune public, Activité «émergente».) Tableau 7 : Temps moyen consacré par semaine à l Activité, par participant % Moins d un quart-temps 36% D un quart-temps à moins d un mi-temps 15% D un mi-temps à moins d un trois-quarts temps 17% D un trois-quarts temps à moins d un temps plein 12% Un temps plein ou plus 19% Total 100% en principe pas lieu d être). Deux secteurs consacrent plus de temps à la création : l artisanat d art et les arts plastiques et graphiques 52. Subsistent alors la communication et la promotion, la gestion administrative ainsi que d autres fonctions (comme la diffusion ou la production), qui représentent ensemble environ le quart du temps voué à l Activité. Tableau 8 : Répartition du temps moyen consacré à l Activité % moyen Prestations 42% Création 31% Communication/promotion 12% Gestion administrative 10% Autres fonctions 5% Total 100% Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.003 Enfin, les Activités «confirmées» consacrent davantage de temps aux prestations, et dès lors moins de temps à la création. Cela peut s expliquer en partie par des périodes de diffusion plus longues de leurs productions artistiques (par exemple, dans les arts du spectacle et la musique/chanson) et aussi par leurs nombreuses opportunités de travail. Du côté des Activités «intermédiaires», celles-ci semblent plutôt connaître une carrière en dents de scie, soit une alternance de périodes avec de nombreuses prestations et de périodes creuses. Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.301 Sans surprise, les participants des Activités «confirmées» consacrent en moyenne 25 heures par semaine à leur Activité, soit sept heures de plus que les participants des Activités «débutantes». Ces observations témoignent de la plus grande professionnalisation des «confirmées», au vu du nombre d heures consacrées chaque semaine. Le tableau suivant indique que le temps consacré à une Activité semble principalement dédié aux prestations effectuées pour le compte d un client et, dans une moindre mesure, à la création (qui correspond aux phases préalables à la prestation en ellemême). Les Activités technico-artistiques consacrent davantage de temps aux prestations, ce qui est également le cas de celles relevant de l audiovisuel (étant donné le caractère plus technique de ce secteur) et du non-artistique (où la création n a 52 En revanche, dans des secteurs comme ceux des arts du spectacle et de la musique/chanson, les participants alternent davantage les phases de création et les prestations elles-mêmes (par exemple, pour la tournée d un spectacle). 68 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 69
37 IV. LES FONCTIONS EXERCÉES Travailler au projet via une Activité nécessite de mobiliser une série de compétences diversifiées, tant artistiques que non-artistiques. En dehors de la réalisation des prestations en tant que telles, les participants exercent en général trois fonctions différentes au sein des Activités, démontrant leur polyvalence : «L artiste multi-casquette, c est vraiment ça, on se retrouve dans un rôle hyper polyvalent, il faut tout faire à la fois.» (Plasticienne, Activité «débutante».) Outre la fonction de création 53, les fonctions administratives, de communication et de promotion ainsi que, dans une moindre mesure, de production et de management sont exercées dans une large majorité des Activités. Ces fonctions non-artistiques semblent incontournables pour développer ses projets en tant qu entrepreneur culturel et créatif 54. En revanche, la fonction de diffusion et de distribution est prise en charge dans moins d une Activité sur deux, ce qui est logique car toute Activité ne nécessite pas forcément un travail de diffusion ou de distribution de ses projets, comme c est le cas pour un graphiste. Les Activités «stables» et «confirmées» sont plus polyvalentes que les autres ; on peut supposer que, de par leur ancienneté, les participants ont pu acquérir au fil du temps des compétences diverses. Cela étant, peu de participants disent avoir été formés pour endosser les différentes fonctions dans leur Activité, à l exception de la fonction de création. Les participants semblent donc plutôt acquérir de nouvelles compétences sur le tas, au fil des projets qu ils entreprennent. 53 La création s entend ici comme l ensemble des fonctions artistiques et créatives au sens large exercées au sein de l Activité, c est-à-dire l ensemble des phases de création préalables à une prestation mais aussi la prestation en elle-même. 54 Pour en savoir plus sur la formation et les compétences nécessaires aux entrepreneurs du secteur culturel, lire notamment MAGNUS A., MOENS A. et d URSEL, A., Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique, Kurt Salmon, Bruxelles, Faire sa promotion La fonction de communication et de promotion revêt une grande importance au sein des Activités. En effet, effectuer la promotion de son travail et de ses projets, autrement dit, se faire connaître, sert à attirer de nouveaux clients et dès lors à obtenir de nouvelles commandes. Les participants des Activités utilisent ainsi plusieurs outils pour leur promotion, même si ces techniques semblent moins efficaces que le bouche-àoreille, comme nous le verrons par la suite. Internet est un outil promotionnel de plus en plus utilisé, via l envoi de mailing lists, d annonces sur des réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn, etc.) : «Je fais ma propre communication. Donc souvent, c est par mailing list. Par exemple, pour les ateliers pour enfants, à force, je commence à avoir une petite liste de parents intéressés. Et puis, pour les expositions que j organise, c est pareil, finalement, c est très terre à terre, mais Facebook, j ai découvert que ça marchait très bien pour ça ( ) pour diffuser un petit peu mes projets.» (Plasticienne, Activité «débutante».) La création de son propre site web est particulièrement importante dans l audiovisuel et les arts plastiques et graphiques. «On a fait le site web, ce qui était un énorme boulot, c est aussi l identité visuelle de l Activité» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) Cependant, un outil tel qu un site Internet nécessite d être mis à jour régulièrement, et d être bien référencé, ce qui n est pas forcément évident ni le cas pour tous ; certains admettent utiliser ce support de manière plutôt passive, le site Internet n est alors plus représentatif des projets récents menés au sein de l Activité : «J ai un site Internet mais qui est très vieux et qui ne ressemble plus du tout à ce que je fais aujourd hui.» (Graphiste, Activité «émergente».) La promotion se fait également par d autres moyens : notamment par la distribution de flyers ou le placardage d affiches pour des événements, des spectacles ou encore des ateliers et des stages. Certains utilisent aussi des cartes de visite ou encore mettent en avant leur nom : «On essaie de montrer le logo un peu partout, on a des t-shirts, des pulls Pour aller travailler, c est toujours bien d avoir le logo.» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) Cependant, certains participants éprouvent des difficultés à effectuer leur promotion, tel cet artiste de cirque pour qui «la promotion d un spectacle, c est vraiment le gros problème. Le plus gros problème des artistes comme moi, je pense, c est qu on me contacte ( ) En tant qu artiste, on a le nez dans le guidon et on ne s occupe pas de la promotion. Je réponds aux demandes au quotidien et puis j ai une vie à côté aussi. C est au niveau promotionnel que ça ne suit pas.» (Activité «stable».) D autres n en voient 70 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 71
38 pas l utilité : «Chaque fois que j ai essayé de faire de la pub, ça ne donne absolument rien, à la limite c est contre-productif. Ils se disent celui-là, s il a besoin de faire de la pub, c est que ça ne marche pas fort. Je ne fais aucune promotion. J ai essayé, hein! J ai fait des flyers, j ai été voir des clients potentiels et tout et tout je ne sais pas faire ça moi!» (Plasticien, Activité «stable».) Enfin, quelques Activités bénéficient d une aide extérieure pour la promotion de leurs projets, que ce soit par le biais d un attaché de presse, d un commanditaire ou d une association professionnelle de leur secteur. «Les projets de mon Activité passent, mine de rien, toujours par le site de ma compagnie qui est en ASBL ( ) Il y a une personne dans cette compagnie qui s occupe de la diffusion. Elle s occupe vraiment du réseautage, de créer des événements Facebook, d envoyer des mails Et quand on est engagé par un théâtre, alors on profite évidemment du réseau du théâtre ( ) Les théâtres prennent en charge souvent la communication et la promotion du spectacle sur place. Oui, ils prennent une part de risque aussi. Ils ont intérêt à remplir leur salle.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) La rémunération Peu d Activités semblent avoir les moyens suffisants pour rémunérer les différentes fonctions exercées en leur sein. Nous supposons dès lors que ces fonctions sont souvent endossées par l un ou plusieurs participants de l Activité sans rémunération 55. Moins de la moitié des Activités parvient à rémunérer la partie créative du travail. Dans la plupart des Activités, seules les prestations de service ou la vente de biens artistiques font l objet d une transaction financière, ce qui n est pas forcément le cas des phases d élaboration d un projet, d expérimentation, de documentation ni des périodes de répétition. Les Activités «confirmées» sont celles qui rémunèrent le plus souvent la création. un investissement pour la réussite du projet. «Au début, pour enregistrer les CD, on le fait gratuitement Enfin, on a de la chance que les musiciens aiment notre projet, que ce soient des amis Mais il faut dire aussi pour le moment, moi, par rapport à mon travail, je ne me fais payer que pour ma prestation artistique. Donc par exemple, toutes les heures que ma sœur et moi passons à répondre aux mails, encoder les contrats, etc. ne sont pas rémunérées Voilà, on le fait comme ça pour que notre Activité roule. C est un choix qu on fait maintenant aussi parce que c est notre projet.» (Auteure-compositrice-interprète de chansons jeune public, Activité «émergente».) Dans la mesure du possible, certains tentent toutefois de rémunérer une partie du temps investi en amont d un projet dans le cachet des prestations. «Je crois que jusqu à présent, pour mes spectacles, on n a pas eu des répétitions payées. Parce qu il n y avait pas de sous ( ) Donc, c est pour ça aussi qu on demande à avoir des cachets qui couvrent un peu les frais. Je n accepte pas de travailler en dessous d un certain montant car j essaie de couvrir une partie de l investissement qu il y a en amont» (Metteur en scène, Activité «émergente».) Cela étant, le manque de budget fait naitre des échanges de services entre pairs de disciplines différentes. Il peut s agit de «coups de main, à charge de revanche.» (Infographistes, Activité «stable».) Comme l explique cette auteure-compositriceinterprète de chansons jeune public : «J ai contacté quelqu un pour qu il vienne filmer notre spectacle. On a fait un deal. J ai été chanter au mariage de sa sœur avec deux autres membres du groupe et en échange, il vient filmer» (Activité «émergente».) Ou d une entraide de laquelle chacun retire un avantage : «C est un échange : un photographe a besoin de photos, ou un mannequin ou un styliste a besoin de nouvelles photos et moi idem pour mon book. Moi, je participe si ça peut m amener quelque chose.» (Maquilleuse, Activité «confirmée».) Le temps consacré à l Activité dépasse généralement le temps effectivement rémunéré. «J ai cinq chorales au niveau du temps payé, c est plus ou moins un mi-temps. Au niveau du temps investi, c est un temps plein» (Cheffe de chœur, Activité «intermédiaire».) Cela signifie que certains participants cherchent avant tout à faire fonctionner l Activité et à mener à bien leurs projets. Dès lors, ils acceptent qu une partie du temps consacré à l Activité ne soit pas rémunérée et considèrent plutôt ce temps comme 55 Ce constat va à l encontre d une logique comptable qui veut que le prix de vente couvre au moins l ensemble des coûts de production d un bien ou d un service. Cette logique semble fortement remise en question dans le milieu artistique comme en témoignent les entretiens. 72 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 73
39 V. LE RAYONNEMENT GÉOGRAPHIQUE VI. L OBTENTION DES COMMANDES Les Activités ont des clients émanant d une grande diversité de secteurs, artistiques ou non, en particulier les Activités «confirmées». À mesure qu une Activité se professionnalise, elle étoffe sa palette de clients et touche un public plus large. Ainsi, les Activités s ancrent progressivement dans leur secteur, étendent leur rayonnement géographique et parviennent petit à petit à se faire un nom et à intégrer de nouveaux réseaux. Lors de leur création, environ quatre Activités sur dix se développaient principalement au niveau local ou régional (tableau 9). Un quart des Activités avait toutefois un rayonnement national et près d un cinquième était d envergure internationale. Il ne faut toutefois pas négliger l influence du secteur de l Activité : dans le secteur des jeux vidéo par exemple, il est préférable de lancer d emblée ses projets au niveau international pour se faire une place, ce qui n est pas le cas dans la musique où un groupe peut se faire connaître et tourner à l échelle régionale. Tableau 9 : Rayonnement géographique de l Activité Rayonnement géographique À l ouverture de l Activité Au moment de l enquête Local/régional 43% 30% Communautaire 13% 15% National 25% 25% International 19% 30% Total 100% 100% Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.272 (à l ouverture de l Activité) et N=1.196 (au moment de l enquête) Depuis leur création, les Activités ont élargi leur aire géographique de manière significative, notamment sur le plan international (qui est passé de 19% à 30% au moment de l enquête), tandis que nous observons sans surprise un recul du niveau local ou régional. L ancienneté et l expérience engrangée semblent donc contribuer au développement géographique des Activités. Notons que, dès leur création, une large majorité des Activités «confirmées» étaient d envergure nationale, voire internationale, ce qui confirme l idée que les porteurs de projets avaient déjà une certaine expérience et une certaine renommée au moment de la création de l Activité. Cette tendance est encore plus affirmée au moment de l enquête, preuve que ces Activités bénéficient d une reconnaissance sans cesse grandissante. Enfin, certaines Activités «émergentes» ont également acquis un certain rayonnement international, qui traduit la percée et le développement rapide de ces initiatives de création relativement récente. Comme l indique le tableau ci-dessous, les administrateurs d environ six Activités sur dix obtiennent habituellement des commandes par l intermédiaire de leurs réseaux et du bouche-à-oreille (nous y reviendrons par la suite). La tendance est encore plus nette au sein des Activités «stables» et «confirmées», qui ont une plus grande notoriété et font partie de réseaux plus étendus. De plus, une large majorité des administrateurs d Activités répond fréquemment à des commandes ou est contactée pour des projets. En revanche, les administrateurs des Activités «débutantes» et «intermédiaires» recherchent davantage eux-mêmes des clients pour leur Activité ou sont plus souvent à l initiative du projet, du fait en partie de leur moins grande reconnaissance. Tableau 10 : manières d obtenir des commandes dans les Activités Jamais Rarement Parfois Souvent Toujours Total On vous contacte pour un projet, on vous passe une commande 3% 10% 29% 44% 15% 100% Vous recherchez vous-mêmes des clients (via un mailing, un site 10% 17% 29% 32% 12% 100% Internet, une démo, des flyers ) Vous faites appel à un intermédiaire professionnel (agent, producteur, 63% 14% 13% 8% 2% 100% manager ) Vous répondez à un/des appel(s) d offres 31% 26% 30% 10% 2% 100% Vous obtenez des commandes par vos réseaux sociaux (y compris Internet) et le bouche-àoreille 4% 6% 29% 49% 12% 100% Vous êtes à l initiative du projet 9% 15% 31% 26% 19% 100% Vous trouvez vos commandes d une autre manière 55% 19% 21% 4% 2% 100% Source : Enquête SMartBe (2011) N=1.308 Les pourcentages se lisent par ligne La majorité des administrateurs d Activités ne répond que rarement ou parfois à des appels d offres ; ceux des Activités «stables» et «confirmées» le font néanmoins plus que les autres. Ce procédé demande en effet du temps et certaines compétences, 74 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 75
40 dont la capacité à compléter des dossiers et à expliquer son travail. Répondre à des appels d offres semble aussi un peu plus fréquent qu en moyenne dans les arts du spectacle, les arts plastiques et graphiques ainsi que dans les fonctions connexes à la création (comme la production, la formation ou la diffusion). Par ailleurs, 77% des administrateurs d Activités ne font jamais ou rarement appel à des intermédiaires professionnels, tels que des agents, des producteurs ou des galeristes. Cela étant, le recours à un intermédiaire dépend du secteur dans lequel l Activité s insère 56 : c est davantage le cas dans les Activités relevant de la musique/ chanson, et dans une moindre mesure, des arts du spectacle. Telle cette auteurecompositrice-interprète : «J ai eu beaucoup d intermédiaires très vite. Et c est pour ça que très rapidement, j ai fait des gros concerts et que j avais besoin d une structure comme l Activité.» (Activité «stable».) De manière générale, le recours à des intermédiaires est lié à la professionnalisation d une Activité et aux entrées financières qu elle génère, comme c est le cas dans les Activités «stables» et «confirmées». Cependant, le travail de certains intermédiaires est parfois remis en question, suite à des mauvaises expériences vécues ou observées par les participants. «Ce n était pas clair avec mon agent. En plus, j entendais dire après qu untel avait essayé de le contacter plein de fois pour un spectacle et que pour finir, ce n était pas arrivé jusqu à moi Donc c est râlant quoi. ( ) Pour un spectacle, il avait traité avec un autre agent artistique, je ne sais pas combien ils se sont mis dans les poches parce que ça aussi, ce n est jamais clair» (Auteure-compositrice-interprète de chansons jeune public, Activité «émergente».) Notons enfin que le manque de clarté d une commande est également néfaste au développement d un projet : «Un projet qui a moins de succès, c est souvent un projet pour un client qui ne sait pas ce qu il veut. Il rend alors les choses difficiles et cela donne une image que tu ne pourras jamais bien saisir. Il ignore à quoi doit ressembler le résultat final. Ce sont les commandes les plus difficiles à gérer.» (Photographe, Activité «stable».) Les participants peuvent alors en perdre la maitrise ainsi que l avantage qu ils pourraient en retirer : «Je n ai pas eu assez d informations à la base et puis, je me suis retrouvée dans un projet qui ne me plaisait plus vraiment, où je me suis sentie un peu utilisée. C est exactement ce que je ne veux plus refaire.» (Plasticienne, Activité «débutante».) 56 Le recours à un intermédiaire professionnel n est pas forcément nécessaire dans tous les secteurs artistiques ; dans certains cas, il est possible de se passer des services des intermédiaires, par exemple quand les participants prennent eux-mêmes en charge la production ou la diffusion de leurs œuvres, en s autoproduisant ou s autoéditant. Ces solutions alternatives permettent notamment aux participants de maîtriser totalement la gestion de leurs projets artistiques ou d éviter de partager les revenus de leur Activité avec un ou plusieurs intermédiaires. Le bouche-à-oreille et les réseaux Dans le secteur artistique, le bouche-à-oreille joue un rôle primordial dans la rencontre avec un client ou dans l obtention d une commande. «C est un milieu où tout se fait par bouche-à-oreille.» (Maquilleuse, Activité «confirmée».) «Il y a pas mal de projets qui démarrent de connaissances, de contacts» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) «Avoir travaillé dans tel théâtre m a permis de connaître tel directeur C est du réseautage qui se fait petit à petit.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) Progressivement, le bouche-à-oreille s étend au-delà du réseau de connaissances des participants des Activités et atteint d autres réseaux professionnels. «J ai des nouveaux clients qui ne me connaissent pas ( ) mais ils n arrivent pas par magie! Ils arrivent parce qu ils ont entendu parler de moi ou qu ils ont vu mon travail, quel que soit le biais par lequel ils l ont vu.» (Graphiste, Activité «émergente».) Ou comme l explique un animateur 3D : «En fait, je connais pas mal de gens d avant, quand j étais employé dans les jeux vidéo ou les sociétés de dessins animés. Et ces personnes m en ont fait rencontrer d autres, et au final, voilà, j ai souvent des projets qui me tombent dessus. Ce n est pas quelque chose que je cherche en fait, on me demande et puis j accepte ou pas de le faire. ( ) Mon réseau, il se fait comme ça, sans le vouloir ( ) Ça fait tache d huile en fait.» (Activité «intermédiaire».) Ainsi, les réseaux mobilisés sont tantôt professionnels, tantôt privés, via des pairs et des connaissances 57. Cependant, la médaille a son revers, comme l exprime ce professionnel du maquillage et des effets spéciaux : «Dans le milieu, on grandit uniquement grâce au bouche-à-oreille et on se fait détrôner par le bouche-à-oreille.» (Activité «intermédiaire».) Le démarchage de clients Le démarchage à proprement parler semble peu pratiqué au sein des Activités. Certains ne le font pas ou ne le font plus actuellement par manque de temps. «Je l ai fait au début, mais plus maintenant. Mais bon, il ne faut pas oublier que j ai un temps partiel dans une école aussi. Si j avais le statut d artiste et que je me consacrais uniquement à mon Activité, j irais sûrement chercher des clients.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) Ils n y renoncent pas pour autant : «On n a pas fini le travail de 57 Notons toutefois que les rapports professionnels et privés peuvent s imbriquer, démontrant que ces deux sphères ne sont pas étanches. 76 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 77
41 prospection. Pour l instant, on a beaucoup de boulot et on était en train de bosser sur cette phase-là, vu que c est un travail qui n est pas rémunéré. C est du travail sur lequel on peut se pencher quand on a une période de creux. Comme pour l instant, ce n est pas le cas, on a un peu lâché.» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) D autres ne paraissent pas en ressentir le besoin, les opportunités de travail obtenues via le bouche-à-oreille étant suffisamment nombreuses pour eux. «J ai la chance de ne pas avoir dû beaucoup démarcher en fait.» (Auteure-compositrice-interprète, Activité «stable».) «Je dirais, que ces 3-4 dernières années, chaque fois quelque chose est tombé.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) Tout comme faire la promotion de son travail, démarcher des clients semble être vécu comme difficile, voire pénible. «Je n ai pas encore la démarche d une indépendante. Aller prospecter, ce n est pas évident. ( ) Une fois que le client est là et qu il voit comment je travaille, ça va, mais c est faire la démarche d aller chercher les clients qui est difficile. Ce n est pas du porte-à-porte, mais c est tout comme. ( ) Je ne sais pas comment démarcher. C est ça le plus difficile, c est de sortir et de se vendre.» (Infographiste, Activité «intermédiaire».) Cela étant, quelques administrateurs d Activités s inscrivent bel et bien dans une dynamique active de prospection de clients. «Comment je fais pour prospecter des clients? Voilà, j appelle je suis graphiste, je travaille en freelance, est-ce que vous avez besoin de quelqu un? Je leur envoie mon portfolio, et déjà, ils m appellent quand ils ont besoin de quelque chose. ( ) Je prospecte beaucoup, il y a des périodes où je ne fais que ça. Je sais qu il y a un mois, je n ai fait que ça. Téléphoner, appeler, c est beaucoup de boulot, surtout au début, pour se faire son carnet d adresses.» (Graphiste, Activité «confirmée».) VII. LA FIXATION DU PRIX Comme nous l avons vu dans la première partie, la principale source de financement des Activités provient des factures pour des commandes. La manière dont les Activités déterminent leur prix pour une commande joue donc un rôle important, même si cet exercice n est pas toujours évident. Les facteurs qui déterminent le prix Environ deux-tiers des administrateurs d Activités déterminent leur prix en comparaison avec les prix pratiqués par leurs pairs dans le même secteur, pour un type d œuvre ou pour une prestation similaire (tableau 11). «De manière générale, j essaie de baisser mon prix ou de m aligner sur certaines choses pour que ça marche ( ) Le problème, c est qu il y a des milliers de graphistes et qu il y a tous les prix et que moi, je me situe un peu entre les deux, donc je ne peux pas être comme une nouvelle graphiste qui fait des prix super cassés parce que j ai une famille et un appartement qu on rembourse Et en même temps, je n ai pas des clients super riches qui ne vont pas regarder la note, non, ils veulent le moins cher possible.» (Graphiste, Activité «émergente».) Cette comparaison est encore plus pratiquée par les participants des Activités «stables» et «intermédiaires», ce qui s explique en partie par leur meilleure connaissance du secteur acquise avec l expérience. «Au départ, mon prix était vraiment inférieur et puis je me suis rendu compte que ce n était vraiment pas assez. Je me suis vraiment beaucoup informé, j ai été voir sur des forums de freelances pour voir ce qu ils demandaient et puis je me suis un peu renseigné auprès d autres personnes de mon secteur. Je pense que je dois être un peu au-dessus de la moyenne en fait, mais pas beaucoup. Je n oserais pas exiger des trucs de fou. Mais en tout cas, je ne suis pas en dessous, ça c est sûr, parce que c est quelque chose auquel je fais attention maintenant.» (Animateur 3D, Activité «intermédiaire».) Certains administrateurs d Activités se conforment également au prix du marché : «Dans l événementiel, c est beaucoup plus compliqué, c est surtout en fonction du marché Je sais qu un échassier, ça coûte ce prix-là Je demande le même prix, je n ai pas envie d être plus cher ou moins cher.» (Artiste de cirque, Activité «débutante».) ; d autres se basent sur des barèmes en vigueur comme il en existe dans les secteurs les plus structurés tels que l audiovisuel et les arts du spectacle. Un certain nombre d administrateurs fait aussi jouer son ancienneté et sa notoriété pour déterminer son prix de vente, en particulier parmi les Activités «stables». 78 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 79
42 Tableau 11 : Manières de déterminer les prix dans les Activités % Vous l établissez en comparaison avec les prix pratiqués par d autres dans votre secteur 66% Vous négociez le prix avec le client 63% Vous l établissez par rapport à vos coûts (coûts de production, temps passé ) 58% Vous vous basez sur votre ancienneté professionnelle 38% Vous l établissez sur base des moyens supposés du client 36% Vous l établissez sur base des prix du marché ou en fonction des barèmes en vigueur 28% Le client établit le prix 25% Vous l établissez sur base de votre notoriété 22% Vous demandez conseil à une personne spécialisée extérieure à SMartBe 11% Vous vous adressez à un conseiller au sein de SMartBe 3% Autre 2% Source : Enquête SMartBe (2011) N= Le total est supérieur à 100% car plusieurs réponses à cette question étaient possibles. La relation avec le client paraît également jouer un rôle important dans la fixation du prix. Ainsi, près de deux-tiers des administrateurs d Activités déclarent négocier le prix avec le client. «Quand je travaille pour des clients lambda, eux vont me dire leur budget, on va négocier ensemble le prix. Par contre, quand je travaille pour une agence, on négocie un tarif horaire.» (Graphiste, Activité «confirmée».) Malgré tout, certains participants essayent de maintenir des prix relativement stables pour leurs prestations, quel que soit le client : «Avec le client, on se met d accord pour un prix par jour et j essaie que mon prix reste plus ou moins stable. Par contre, suivant qu il y a prise de son ou montage son, ça change un peu.» (Ingénieur du son, Activité «confirmée».) En revanche, un quart des administrateurs se conforme au prix établi par le client. «Quand les clients pour qui on fait de la sous-traitance arrivent avec un projet, ils nous disent est-ce que vous acceptez de bosser pour autant? Nous, on est d accord mais ils ne nous disent jamais le prix définitif que le client paie ( ) Mais nous, on a accepté donc on n a rien à dire.» (Infographistes, Activité «stable».) Enfin, plus d un tiers des administrateurs d Activités tient compte des moyens supposés du client pour déterminer ses prix. «Je ne me fais pas vraiment payer pour mes contacts avec l imprimeur, mes demandes de devis, etc. ( ) Je pourrais vraiment définir un budget pour ça, mais je ne le fais pas forcément parce que le client n a pas toujours l argent nécessaire pour payer correctement.» (Graphiste, Activité «émergente».) «On sait qu il y a des clients à qui on peut demander deux fois plus qu à certains. Ça permet aussi de travailler pour d autres à deux fois moins cher. S il y a des milieux associatifs qui n ont vraiment pas d argent, on demande un salaire pas trop élevé.» (Artiste de cirque, Activité «débutante».) Par ailleurs, une large majorité des administrateurs d Activités (soit 58%) affirme aussi fixer son prix par rapport aux coûts de production du projet ou de la prestation, aux frais engagés et au temps investi. «Les prix sont établis en fonction de l investissement de temps et d énergie, du niveau de matériel que je mets en place, du niveau de difficulté» (Artiste de cirque, Activité «débutante».) Un directeur artistique explique comment il s y prend : «Sur base de la demande du client, on remet chaque fois un devis, une offre, pour la prestation demandée ( ) on leur fait l offre de prix, à laquelle on ajoute éventuellement d autres éléments s il faut une particularité ou des nouveaux accessoires. Donc là, c est facile, c est un devis très simple qui reprend en trois lignes l entièreté des frais de pré-production, production, post-production, tout est inclus dans la location du personnage, donc il n y a pas d extra.» (Activité «confirmée».) Notons que peu d administrateurs s adressent à un conseiller au sein de SMartBe pour les aider à fixer leur prix de vente ; ce sont notamment des Activités «débutantes» qui le font. «C est vrai qu avec l ONSS, les taxes, etc. j ai des difficultés à mesurer les prix, et donc c est intéressant d avoir l aide d un gestionnaire au sein de SMartBe là-dessus.» (Plasticienne, Activité «débutante».) La valeur du travail Il ressort que de nombreux facteurs sont pris en compte dans la fixation du prix au sein des Activités. Quelques administrateurs ajoutent qu il est important de connaître la valeur de son travail pour en fixer le prix. «Je crois qu il faut oser demander un prix. Pas démentiel ni dérisoire, un juste milieu. Je pense qu à un certain moment, un projet artistique doit savoir combien il vaut. Donc il faut se dire ok je passe autant de fois en radio, j ai vendu autant de disques et puis bon je vais arrêter de faire des concerts dans les Maisons de Jeunes ou des choses comme ça. Sinon on dévalue le travail fait.» (Auteurecompositrice-interprète, Activité «stable».) Ce metteur en scène reproche également à certains le fait de casser les prix : «Moi, avec mes projets, je n accepte plus de travailler à des tarifs que je trouve amateurs, parce que, si on veut donner du crédit à notre profession, on ne négocie pas Quand le plombier vient chez vous, on paie son déplacement et sa prestation Et je trouve que 80 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 81
43 si on veut un peu défendre notre métier, il faut pratiquer aussi des tarifs qui permettent de vivre ( ) S il y a des petits jeunes qui acceptent de travailler en étant sous-payés ou pas payés du tout, c est de la concurrence déloyale pour les gens qui veulent en vivre.» (Activité «émergente».) Quant à cet artiste de cirque, il souhaite éviter des situations de concurrence avec les autres membres de son secteur : «On a, entre nous, plus ou moins établi des prix enfin, dans le domaine du cirque et avec les gens que je côtoie, on sait plus ou moins à combien on s estime ; on sait que demander cela c est honnête, et demander cela ce n est pas honnête On a établi des prix et on essaie de toujours garder ces prix-là, pour ne pas se concurrencer entre nous aussi» (Activité «débutante».) Enfin, d après un autre artiste de cirque plus avancé dans sa carrière, il y aurait des différences dans la fixation du prix selon le métier exercé et la rareté de l offre. «Il y a une échelle qui ne dit pas son nom, c est l échelle des métiers. ( ) Je me suis rendu compte qu il y a d abord les magiciens, et puis les échassiers et jongleurs, et puis les musiciens et enfin les comédiens. Donc pour les gens qui ne sont pas connus, ou moyennement connus, il y a une tarification qui ne dit pas son nom. Ça n a rien à voir avec le travail fourni. Un virtuose de musique qui va jouer à une fête médiévale, il va gagner moins et va moins pouvoir négocier qu un jongleur, et encore moins que le magicien, même si celui-ci est moins talentueux. Ça s explique par la rareté déjà, il y a beaucoup plus de musicos. Et dans la tête des gens, c est beaucoup plus facile d être comédien que jongleur (et en général, ils ont raison). Ça demande du travail. ( ) Il y a un milieu social aussi. Le milieu social des magiciens n est pas le même que celui des jongleurs. Les magiciens viennent plutôt de milieux plus aisés et présentent bien. Donc, pour les gens, ça semble normal de les payer plus.» (Activité «stable».) Au-delà des aspects financiers Il arrive néanmoins que les participants des Activités collaborent à des projets disposant de peu de moyens, mais ayant une valeur symbolique importante. Ainsi, les participants acceptent de s associer à de tels projets moyennant une faible rémunération, voire y prennent part gratuitement, notamment pour l intérêt artistique du projet. «Il y a des clients qui viennent nous demander qui n ont pas d argent et si le projet nous touche ou qu on a envie de le faire, qu on a envie de bosser tout simplement, on s en fout, on y va et puis c est bon. Je veux dire, tant pis s il n y a pas d argent qui rentre. ( ) Ça dépend vraiment aussi, pour moi, du degré d intérêt que j ai pour le projet. Je veux dire moi, c est vraiment une question de personnes que je rencontre, de feeling.» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) Le manque de budget n est donc pas forcément un frein ; certains participants parviennent à constituer une équipe autour de projets avec peu de moyens. «C est un sujet assez tabou en fait dans le milieu artistique C est toujours oui, il n y a pas beaucoup de budget mais même moi, je me trouve souvent à dire bon voilà les gars, j ai un super projet, mais il n y a pas de fric, comment on fait? Et alors là, je vois les gens qui disent écoute, moi j adore ton projet, je viens à fond et là il y a encore moyen de faire quelque chose» (Auteure-compositrice-interprète, Activité «stable».) D autres tiennent compte de la visibilité que leur procure le projet, lequel peut alors être vu comme un investissement sur le long terme. «J ai fait la première partie d une artiste connue dans une salle de concerts à Bruxelles, on était peu rémunéré, ce n est même pas le cachet que je paye à mes musiciens normalement pour un concert Mais le lieu, le nom, enfin tout, on ne peut pas refuser ce genre de proposition, c est génial, c est magique : on le fait! ( ) Ça permet d accepter des choses qu il est artistiquement très important de faire, mais où budgétairement, ça ne suit pas» (Auteure-compositriceinterprète, Activité «stable».) D autres encore le font pour se forger une expérience et se faire ainsi connaître : «Au début, on a fait des sites vraiment pas chers pour montrer ce qu on savait faire parce qu on était obligé, on n avait pas de book derrière nous, on n a pas fait des études de webdesigner, on n avait rien derrière nous à part des vidéos. ( ) Ça permet de faire un peu notre pub et d être connu.» (Infographistes, Activité «stable».) Par ailleurs, certains peuvent se permettre d accepter des projets avec peu de moyens mais à haute valeur symbolique parce qu ils participent aussi à d autres projets plus rémunérateurs. Les participants se constituent alors des réserves dans le budget de leur Activité, qu ils utilisent pour (pré)financer une création ou lancer de nouveaux projets, en l absence de commande. «Le fait de laisser un peu d argent dans le budget de l Activité, ça permet après, pour la création suivante, d amortir certains frais ou de m engager pour un prochain spectacle, un prochain projet pour une création.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) 82 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 83
44 VIII. LE DEGRÉ DE PROFESSIONNALISATION Dans l ensemble, un administrateur sur deux définit son Activité comme étant «professionnelle». La proportion atteint 90% si l on inclut également les Activités considérées comme étant au moins «semi-professionnelles». La définition que les administrateurs donnent au mot «professionnel» est univoque et partagée par tous : il s agit d une Activité dans laquelle ils investissent (ou essayent d investir) la majeure partie de leur temps : «Je ne fais pas du théâtre comme ça, pour m amuser en dehors de mes heures de travail, c est mon travail principal.» (Metteur en scène, Activité «émergente».) Outre le temps investi, les participants espèrent en retirer des revenus suffisants pour en vivre : «Tout ce que je fais me ramène de quoi vivre. Je n envisage pas de faire un métier à côté pour financer mes productions artistiques. Mes productions, c est ce qui me fait vivre, bien parfois et moins bien à d autres moments.» (Plasticien, Activité «stable».) Par ailleurs, ce professionnalisme implique un gage de qualité : «Être professionnel, c est connaître le sujet dont on parle, c est assurer les choses de A à Z correctement.» (Graphiste, Activité «émergente».) Certains insistent d ailleurs sur la nécessité d être aidés par des personnes ou structures qualifiées pour se professionnaliser : «J ai l impression qu on ne se donne pas les moyens d être professionnels parce que justement le décor, on le fait comme ça entre nous, on n a pas l appui d un centre culturel qui nous mettrait quelqu un à disposition pour créer notre décor. En fait, on gère tout nous-mêmes. C est pour ça que parfois, je n ai pas envie de dire qu on est vraiment des professionnels.» (Auteure-compositrice-interprète de chansons jeune public, Activité «émergente».) Inversement, notons que seuls 5% à 10% des administrateurs d Activités déclarent mener leurs projets à un niveau amateur, qu ils expliquent notamment par le fait que leurs projets ne sont pas structurés en un ensemble cohérent : «Ce que j ai dans mon Activité, ce n est pas encore un vrai projet, ce sont vraiment plus des rentrées d argent et des projets ponctuels. Je me sers plus de l Activité comme d une bulle où je peux faire rentrer mes projets et en même temps je ne m en sers pas comme je pourrais m en servir à 100%, c est là où vraiment pour l instant c est pas mal d amateurisme.» (Plasticienne, Activité «débutante».) À mesure qu une Activité se professionnalise, le nombre d heures qu y consacre chaque participant augmente considérablement. En effet, il est de neuf heures par semaine en moyenne dans une Activité «amateure» tandis qu il est près de deux à trois fois supérieur dans une Activité «semi-professionnelle» ou «professionnelle» (respectivement 16 heures et 23 heures en moyenne). La plupart des Activités «émergentes» et «stables» se présentent communément comme étant «professionnelles» ou en voie de l être. C est plus encore le cas au niveau des Activités «confirmées». En revanche, les Activités «débutantes» se décrivent davantage comme étant «semi-professionnelles». 84 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 85
45 IX. LA RECONNAISSANCE Contrairement aux idées reçues, les mots «réussite» et «succès» ne font pas partie du langage courant des administrateurs d Activités que nous avons rencontrés et ils ne constituent pas forcément une fin en soi. Cela étant, obtenir une reconnaissance est importante pour eux. Elle serait le moteur de leur travail. Chacun lui donne cependant un sens différent. Si certains attribuent la reconnaissance à l obtention d un prix, ou à une collaboration prestigieuse, pour d autres, il s agit avant tout d un sentiment de fierté personnelle. L obtention d un prix Obtenir un prix équivaut à être reconnu par des instances d avis et de critiques. C est également une reconnaissance des pairs et du milieu dans lequel on s inscrit. Parfois, la simple nomination à un prix suffit à se distinguer, comme le montre ce metteur en scène : «Ce spectacle a été joué dans plusieurs théâtres à Bruxelles et a été nominé au Prix de la Critique. Je crois que ça n a pas énormément de répercussion sur le grand public mais dans le milieu, tout le monde est au courant. C est assez bien pour une compagnie d avoir cette reconnaissance-là. C est après que, du coup, le spectacle a été acheté en France.» (Activité «émergente».) Obtenir un prix, notamment pour une jeune compagnie, est un véritable tremplin. «À l origine vraiment de notre projet, il y avait un concours qui était organisé ici par la Province de Namur sur la création de chansons jeune public. On a eu le Premier Prix pour la création. Et à partir du moment où on avait ce Prix-là, je ne sais pas ce qui nous a pris, on était dans un élan, on s est dit allez, on fonce. Et donc, on a, en un mois, monté notre premier spectacle. Ça nous a permis de participer à un festival la saison d après et puis c était lancé.» (Auteure-compositrice-interprète de chansons jeune public, Activité «émergente».) Cependant, pouvoir percer après l obtention d un prix exige de travailler pour ne pas perdre cette reconnaissance acquise. «Obtenir ce prix m a donné un petit coup de pouce. Mais juste après, il y a eu la période où j ai travaillé dans un centre culturel, où je n ai pas pu enchaîner sur d autres expositions, et c est un peu retombé comme un soufflé je dirais. J en tire comme expérience, que quand je suis lancée sur un créneau, il faut vraiment que je travaille à fond après pour ne pas laisser filer l occasion.» (Plasticienne, Activité «débutante».) Une collaboration prestigieuse La reconnaissance peut aussi provenir d une collaboration prestigieuse. Certains projets ont une aura particulière et offrent de la reconnaissance à celui qui y participe, comme le remarque un directeur artistique : «Il y a des projets qui sont peut-être plus touchés par la grâce que d autres ; parfois un projet se sublime par lui-même.» (Activité «confirmée».) La notoriété peut également venir du fait d avoir travaillé dans une structure, dont le seul nom ouvre des portes : «Le fait d avoir travaillé au Théâtre Royal de la Monnaie, ça donne de la crédibilité je pense. La Monnaie est une maison prestigieuse. Pour quelqu un qui vient de nulle part et qui veut créer un projet, c est une carte de visite.» (Cheffe de chœur, Activité «intermédiaire».) La collaboration avec un artiste reconnu permet également d augmenter sa propre visibilité : «Ce plasticien est le plus reconnu des artistes avec qui je travaille. Donc c est peut-être lui qui me donne la plus grande reconnaissance, la meilleure carte de visite. Du fait que je travaille pour lui, il y a plein d autres artistes contemporains qui me sollicitent et puis ça a un effet boule de neige.» (Ingénieur du son, Activité «confirmée».) De manière générale, la reconnaissance est également fonction de la quantité de collaborations réussies et du nombre de projets auxquels les participants ont pris part. La satisfaction personnelle La troisième source de reconnaissance est plus personnelle : il s agit du sentiment de fierté que les participants peuvent éprouver à propos de leur travail. Le regard porté sur soi est très important : «C est un peu le tempérament d un artiste, de toujours se regarder le nombril et de se dire est-ce que ce que je fais est bien?» (Graphiste, Activité «émergente».) La satisfaction peut provenir de différents éléments. D une part, travailler à des projets intéressants dont le résultat satisfait à la fois le client et le créateur. «Je suis super contente quand je fais un truc chouette pour un client qui me plaît et quand j ai des projets intéressants.» (Graphiste, Activité «émergente».) «Vous créez une image de marque pour quelqu un, il faut que ça lui corresponde, et vous savez qu il va véhiculer cette image, c est magnifique. Ça veut dire que tout le monde y gagne, et oui je suis fière si j ai réussi à faire passer l image de quelqu un, oui, c est gai, c est du bonheur.» (Infographiste, Activité «intermédiaire».) D autre part, travailler à des projets personnels ou à des projets avec une part créative plus importante est souvent source d épanouissement pour les participants : «L idée 86 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 87
46 est vraiment de montrer ce que moi j ai envie de faire, ce que j ai dans les tripes, c est un projet qui me tient plus à cœur, vu qu il n y a pas de compromis.» (Plasticienne, Activité «débutante».) Enfin, l aspect social du travail artistique peut participer également au sentiment de reconnaissance. Travailler avec des personnes en difficulté et partager un moment fort avec elles nourrit ainsi cette cheffe de chœur. «Ce qui me touche beaucoup, c est quand j ai chanté dans un centre d hébergement où les spectateurs à la fin dansaient avec nous. Pour moi, ça c est plus fort. Les gens reconnaissent que c est un moment important dans leur vie. C est plus riche je pense qu un article dans le journal. Il y a toujours des petits moments comme ça. Et moi, c est ça qui me nourrit.» (Activité «intermédiaire».) X. LES FACTEURS DE DÉVELOPPEMENT Les participants peuvent mettre en œuvre plusieurs éléments-clés qui contribuent au développement de leurs Activités. Nous présentons ici quatre facteurs principaux de développement 58 : la multi-activité, la diversification des compétences, la fidélisation des clients et le développement de réseaux. La multi-activité La multi-activité est rendue nécessaire à la fois par le souci de diversifier ses compétences (comme nous le verrons plus loin) et par la faiblesse et l irrégularité des revenus liés à la pratique artistique 59. Les participants sont donc parfois amenés à diversifier leurs activités, en exerçant des métiers complémentaires à leur savoir-faire principal, certains les considérant comme secondaires ou alimentaires. Toutefois, la diversification des compétences en lien avec cette multi-activité alimente aussi la pratique artistique (comme nous le verrons dans la section suivante). Avoir un emploi fixe, parallèlement à son Activité, permet à cet animateur 3D de stabiliser ses revenus : «Avec tout cet équilibrage général (enseigner et travailler via mon Activité), je continue à travailler dans ce qui me plait et en même temps j ai quelque chose d assez constant. En tout cas, maintenant, je n ai plus de temps mort, ça c est vraiment rassurant. Pour l instant, j ai besoin de sécurité en fait, donc je fais des compromis comme ça. Si je pouvais être moins anxieux, je laisserais tomber l enseignement, parce qu il y a des moments où l envie de créer prend le dessus : dans l enseignement, on est là pour transmettre et pas pour créer.» (Activité «intermédiaire».) En revanche, certains participants, surtout en début de carrière, acceptent une situation professionnelle moins stable, pour se consacrer entièrement à leurs créations. «Après nos études, on s est dit que ce serait bien de lancer notre projet à nous. Créer une Activité et faire ce projet ensemble, c est pour garder notre liberté d action.» (Techniciens de l image et du son, Activité «émergente».) 58 Cette section s inspire largement de l article de : DE HEUSCH S., DUJARDIN A. et RAJABALY H., «L artiste entrepreneur, un travailleur au projet», dans SMARTBE (éd.), L artiste, un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2011, pp Les auteurs tiennent à remercier Quentin de Ghellinck pour son travail de réécriture du présent texte. 59 Pour en savoir plus, voir MENGER P.-M., Le travail créateur : s accomplir dans l incertain, Gallimard/ Seuil/EHESS, Paris, Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 89
47 D autres choisissent de multiplier les contrats ponctuels, plus ou moins éloignés de leur savoir-faire principal, pour générer des revenus plus conséquents, même si cela peut dénaturer leur travail. Telle cette plasticienne : «Je me suis retrouvée à courir après l argent, donc à accepter un peu des choses que je n aurais pas forcément faites de moi-même.» (Plasticienne, Activité «débutante».) Cependant, si la multi-activité est nécessaire, il paraît intéressant de se spécialiser à un certain moment de sa carrière. Cibler un public particulier ou se positionner dans une niche pour laquelle il existe une certaine demande comporte certains avantages, comme l explique une auteure de chansons jeune public : «Il faut dire que dans le créneau jeune public, on a quand même beaucoup plus d opportunités que dans la chanson française en général. Dans la chanson jeune public, j ai l impression qu il y a beaucoup plus de gens qui sont demandeurs de CD, de faire écouter et découvrir de la musique aux enfants et c est la même chose pour les spectacles. Souvent, dans des organisations de fêtes ou de festivals, ils ont besoin d un spectacle jeune public à offrir aux enfants.» (Activité «émergente».) Une personne ayant un profil particulier peut de cette manière se rendre indispensable auprès de ses clients. Ainsi, cet ingénieur du son s est spécialisé dès le début dans un créneau, ce qui lui a permis d en devenir la personne de référence : «Mon secteur est assez spécifique : c est la prise de son documentaire dans des pays lointains où il faut partir longtemps, dans la nature et où parler l espagnol peut être un plus. C est très spécifique et des personnes avec ce profil-là exactement, je n en connais pas d autres en Belgique.» (Activité «confirmée».) La diversification des compétences La diversification des compétences paraît essentielle au développement de l Activité et à sa pérennisation. «On a beau dire, maintenant ça ne suffit pas d être artiste, il faut aussi gérer son propre projet de front et savoir un peu toucher à tout : la communication, la comptabilité aussi Ce sont des notions que je n avais pas du tout en sortant des Beaux-Arts.» (Plasticienne, Activité «débutante».) Comme nous l avons dit précédemment, travailler via une Activité, c est-à-dire par projet, nécessite de mobiliser un ensemble de compétences ou d aptitudes. La flexibilité en est une essentielle. On le voit avec cette graphiste qui met en avant cette aptitude tel un véritable atout : «Je suis flexible, je peux venir 15 jours et voilà je repars. On peut me prendre à la mission, je pense que ça arrange bien mes clients aussi.» (Activité «confirmée».) Maîtriser la communication est un autre aspect très souvent évoqué (comme nous l avons vu dans les fonctions exercées) : cela permet d ajuster l information autour du travail. À travers les différents outils utilisés pour la diffusion, les participants recherchent la meilleure façon de présenter leurs projets et mettre en avant leurs compétences. Ainsi, ces techniciens de l image et du son qui ont pris le temps, avant d ouvrir leur Activité, de voir comment ils voulaient se définir : «Avant la création de notre Activité, on s est occupé de tout ce qui est conception du site Internet, de ce qui sert à la promotion, à la communication, et de la manière dont on voulait se présenter.» (Activité «émergente».) Enfin, exploiter des compétences particulières ou se former pour en acquérir de nouvelles sont des manières de se rendre plus attractif auprès des clients et de se démarquer. Par exemple, cette graphiste qui met en avant sa formation d illustratrice : «L illustration, c est clairement quelque chose qui est un petit plus. En tout cas, ceux qui font appel à moi aiment bien. J intègre de l illustration parce que c est la base de ma formation et c est ce qui plaît aux clients.» (Activité «émergente».) C est aussi le cas de cette autre graphiste qui se forme durant une année pour mieux répondre à la demande des clients : «On me demande de plus en plus de faire des sites Internet, et je ne sais pas le faire. J en ai besoin. Je sais que ça va m ouvrir plein de portes.» (Activité «confirmée».) La fidélisation des clients Au fil de leurs différents projets, les participants tissent des relations durables et récurrentes avec certains de leurs commanditaires, qui feront appel à eux en priorité. «J ai des clients qui reviennent et ça c est agréable parce qu on se dit qu on fait bien son travail. C est vraiment mon leitmotiv. C est la meilleure façon pour garder un client On se connaît, le client sait comment ça fonctionne, c est toujours la même trame, tout est cohérent. Ça doit faire 4-5 ans que je travaille avec eux.» (Graphiste, Activité «émergente».) La fidélisation des clients revêt donc une importance capitale. Le fait de développer des liens récurrents avec certains clients, qui forment un «noyau dur» 60 pour l Activité, permet non seulement de faciliter les collaborations mais aussi de diminuer l incertitude quant aux relations d emploi et de garantir des revenus sur le long terme aux participants des Activités. Ces relations apportent dès lors une certaine stabilité aux participants et leur permettent de limiter les effets de concurrence. «Je 60 Cette expression est empruntée à PILMIS O., «Des employeurs multiples au noyau dur d employeurs : relations d emploi et concurrence sur le marché des comédiens intermittents», Sociologie du travail, n 49, 2007, pp Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 91
48 travaille surtout pour des clients belges en fait, mais également des artistes internationaux et des galeries. Ils ne sont finalement pas nombreux mais ils reviennent et nous assurent une année bien remplie.» (Concepteur d expositions, Activité «confirmée».) Toutefois, le fait de dépendre d un nombre restreint de clients constitue un facteur de fragilisation des Activités. Par ailleurs, cette promesse de réembauche est tacite et dépend du bon vouloir des clients et du degré de concurrence dans le secteur. «Voilà, ils travaillent avec moi depuis quelques années. ( ) Là, je sens qu ils vont peut-être passer à plus jeune et moins cher mais ça, ce sont les lois du marché malheureusement, c est comme ça.» (Graphiste, Activité «émergente».) Nous avons également vu que ces relations particulières de travail ne s appliquent pas qu aux clients : en général, les participants collaborent régulièrement avec un «noyau dur» de partenaires. Les Activités sont composées de participants qui généralement se connaissaient déjà avant de travailler ensemble, ce qui semble favoriser une bonne collaboration et peut amener à des regroupements d artistes. Telle la Brussels Art Factory (BAF), initiative soutenue par SMartBe qui se définit comme un hub artistique et culturel, alliant l art, la rencontre, la mise en réseau, l humain et l émergence de dynamiques artistiques 61. Le développement de réseaux L intégration dans des réseaux (professionnels ou privés) contribue en grande partie au développement des Activités. Des réseaux denses et étendus offrent davantage d opportunités de collaborations entre pairs ou avec d autres intervenants. Les réseaux sont particulièrement importants dans une forme de travail organisée par projet : ils apportent une certaine stabilité aux travailleurs qui en font partie et permettent de structurer les rapports entre les individus, dans un environnement où les relations d emploi sont ponctuelles et variables d un projet à l autre. la notoriété et de la visibilité de l artiste. Enfin, le réseau institutionnel implique des partenaires et des commandes publiques et confère une légitimité au créateur, ce qui lui permet de se dégager des contraintes du marché et de proposer des œuvres moins «vendables». Par ailleurs, une certaine forme d entraide existe entre les professionnels d un même secteur, limitant ainsi la concurrence entre eux. Comme nous l avons déjà constaté, un échange d informations et de services peut ainsi se mettre en place : «Quand on n est pas disponible, et qu on a par exemple un appel pour un contrat et qu on ne le fait pas, entre nous, on se renvoie très vite la balle. Ce que je propose au client qui me contacte, c est d envoyer sa proposition à des gens que je sais susceptibles d accepter, et puis après ils se débrouillent entre eux. Je renvoie la balle et depuis que je travaille dans le cirque, ça marche beaucoup comme cela.» (Artiste de cirque, Activité «débutante».) En outre, avoir un carnet d adresses bien constitué permet de mieux communiquer sur ce qu on fait et surtout d être visible dans le secteur : «Au début, dès qu on a du travail, il faut en parler autour de soi, pour que les gens sachent, parce que plus on a de travail et plus les gens nous appellent pour travailler. Le but, c est de pouvoir dire j ai fait des chose.» (Ingénieur du son, Activité «confirmée».) Les réseaux professionnels, sociaux et relationnels des participants des Activités jouent donc un rôle dans la rencontre avec leurs clients et dans l obtention de commandes : «Faire partie d un réseau, je pense que c est assez important parce que de toute façon ça marche comme ça, c est beaucoup de bouche-à-oreille, c est beaucoup de réseautage!» (Plasticienne, Activité «débutante».) On distingue trois types de réseaux dans le milieu artistique 62 : le réseau local, le réseau marchand et le réseau institutionnel. Le réseau local est constitué des proches des artistes et rapporte principalement une gratification symbolique (reconnaissance par les pairs) qui peut se substituer pour l artiste à une gratification strictement économique. Il se caractérise par la proximité, tant en termes géographiques qu au niveau des valeurs partagées. Le réseau marchand est composé des intermédiaires du monde de l art (galeries privées, éditeurs, managers ). C est la pierre d achoppement de 61 Pour plus d information, voir : 62 Voir LIOT F., Le métier d artiste, L Harmattan, Paris, Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 93
49 XI. L ENTREPRENEURIAT DANS LES MÉTIERS DE LA CRÉATION Le profil-type du porteur de projets au sein d une Activité est celui d un individu flexible, polyvalent, autonome, bon communicateur. Il ose prendre des risques et capte les bonnes sources d information. Doté d intuition et de talent, il dispose d un bon carnet d adresses, est bien inséré dans des réseaux et se montre capable d engager les autres et de réunir des personnes d horizons variés 63. «Au début, je n étais personne et donc je devais mettre mon empreinte dans le milieu. ( ) Il faut avoir de la chance et créer l opportunité. Si on ne crée pas l opportunité dans notre milieu, on n a rien. Si on s assied en attendant que le téléphone sonne, on reste au chômage.» (Professionnel du maquillage et des effets spéciaux, Activité «intermédiaire».) En somme, il faut être un véritable entrepreneur culturel et créatif 64! «Je pense que pour n importe qui, il faut un esprit entreprenant, il faut entreprendre, il ne faut pas juste attendre que ça vienne. Il faut une certaine confiance pour animer un groupe, faire venir des gens. Et il faut aussi pouvoir s imposer dans n importe quelle situation, que ce soit dans un lieu où on te dit de venir travailler, de faire une animation. Il faut pouvoir être exigeant par rapport à un cadre et tolérant aussi. C est un peu d audace aussi.» (Cheffe de chœur, Activité «intermédiaire».) L ensemble des qualités de l entrepreneur culturel et créatif sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes pour pouvoir vivre de son art. D autres facteurs entrent en effet en ligne de compte, tels que la structuration du marché, le degré de concurrence, le facteur chance, l état d avancement dans la carrière, etc. On ne peut dès lors pas établir une figure unique de l artiste entrepreneur. Il existe une multitude de pratiques. Nous illustrons ici cinq manières d entreprendre, à partir des cinq profils d Activités, qui correspondent chacun à un stade différent dans la carrière des créateurs. L Activité débutante L Activité «débutante» a un an d ancienneté en moyenne ; ses projets sont en phase de lancement et de structuration. Le porteur de projets travaille généralement de manière isolée ; il doit donc assumer seul les différents aspects de son Activité. Son réseau professionnel est encore peu développé et se limite à un territoire géographique restreint, principalement local et régional. Le porteur de projets consacre généralement près d un mi-temps à son Activité, bien que ses entrées financières soient faibles (en moyenne par année). Si l Activité «débutante» parvient à se professionnaliser au cours des années et à augmenter son volume financier, elle pourrait devenir une Activité «stable». Cependant, le risque existe que le porteur de projets connaisse un début de carrière plus lent et que son Activité reste à un stade «intermédiaire». L Activité émergente L Activité «émergente» a une année d ancienneté en moyenne et connaît des débuts prometteurs. Sa croissance est rapide et ses entrées financières sont moyennement élevées (plus de par an). Le porteur de projets consacre la majeure partie de son temps à son Activité. Son insertion dans des réseaux lui permet de développer ses projets rapidement. Il sait s entourer de personnes aux compétences diverses pour l y aider. Il parvient souvent à saisir les opportunités qui s offrent à lui ou à se distinguer (notamment par l obtention d un prix), ce qui lui permet de s ancrer progressivement dans son secteur. Il bénéficie d une certaine reconnaissance et étend petit à petit son rayonnement géographique. Son Activité présente un degré de professionnalisation assez élevé. Si le porteur de projets continue sur sa lancée et confirme sa percée, son Activité se stabilisera. L Activité intermédiaire L Activité «intermédiaire» a en moyenne trois années d ancienneté. Le porteur de projets est plutôt âgé et a une certaine expérience, même si les entrées financières de son Activité sont relativement faibles (en moyenne par année). Il est inséré dans des réseaux mais travaille plus souvent seul qu en collaboration. Il consacre une bonne partie de son temps à son Activité. Sa carrière est en dents de scie : il alterne des périodes avec de nombreux projets et des périodes creuses. Ce porteur de projets a parfois besoin d une certaine sécurité financière et recourt à d autres sources de revenus. Il utilise alors son Activité pour développer des projets ponctuels. Tous les éléments ne sont pas forcément réunis pour permettre à son Activité de «décoller». Cette Activité est plutôt semi-professionnelle. 63 BOLTANSKI L. et CHIAPELLO E., Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, SMARTBE (éd.), L artiste, un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 95
50 L Activité stable L Activité «stable» a en moyenne trois années d ancienneté et des entrées financières moyennement élevées (environ par an). Le porteur de projets consacre généralement la majeure partie de son temps à l Activité, dont le degré de professionnalisation est relativement élevé. Il est intégré dans des réseaux assez développés et s entoure parfois d autres participants mais aussi de sous-traitants ou de personnes non rémunérées qui collaborent à ses projets. Il n hésite pas à faire appel à des intermédiaires professionnels quand cela s avère nécessaire. Son Activité bénéficie dès lors d un bon ancrage dans son secteur (sur le plan national voire international) et d une certaine notoriété, grâce au bouche-à-oreille. L Activité confirmée L Activité «confirmée» a environ trois années d ancienneté. Le porteur de projets rassemble toutes les qualités d un artiste entrepreneur. Il est généralement polyvalent et possède une certaine expérience préalable. Il se consacre entièrement à son Activité et en retire des revenus suffisants pour en vivre. Il décroche de nombreuses opportunités de travail ; il répond aussi à des appels d offre et bénéficie parfois de financements extérieurs, comme des subsides. Les entrées financières élevées de son Activité (près de par an) lui permettent d entreprendre des projets d une certaine ampleur. Il travaille souvent de façon collective, fait appel à des intermédiaires professionnels et possède un réseau étendu. Il parvient ainsi à réunir des individus aux compétences diversifiées pour mener à bien ses projets. Son Activité bénéficie d une notoriété croissante et d un rayonnement national voire international ; son degré de professionnalisation est élevé. QUE RETENIR DE NOTRE ENQUÊTE? Notre enquête permet d affiner les contours des Activités et d obtenir des précisions sur les pratiques mises en œuvre pour leur développement. À mesure qu une Activité se professionnalise et qu elle gagne en notoriété, elle étoffe sa palette de clients et touche un public large, dans une zone géographique plus étendue. Elle s ancre dès lors dans son secteur, grâce au boucheà-oreille et à son intégration dans des réseaux professionnels ou personnels, plus ou moins formalisés. Le porteur de projets s entoure également d autres intervenants que les participants eux-mêmes, tels que des sous-traitants, des intermédiaires professionnels, voire des personnes non rémunérées. Il se doit en outre d être polyvalent et de diversifier ses compétences et projets. Au fil du temps, le porteur de projets a une meilleure connaissance de la valeur de son travail et des prix qui sont pratiqués dans son secteur. Les porteurs de projets des Activités sont donc de véritables entrepreneurs culturels et créatifs, qu ils soient débutants ou confirmés. Il existe autant de figures d entrepreneurs que de pratiques dans les métiers de la création. 96 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Deuxième partie : notre enquête 97
51 Rencontre avec Marisa Van Andel (chorégraphe) Activité Al compás del corazón Mon travail Je réalise des chorégraphies pour tango avec d autres danseurs. Mais j aimerais échapper à la «danse» de l administration. J y consacre énormément de temps tous les mois. Ce que m apporte l Activité Je suis membre de SMartBe depuis une quinzaine d années déjà. Auparavant, j avais une ASBL avec mon partenaire de danse. À un moment donné, je n en pouvais plus de cette comptabilité rigide. Nous avons désormais deux Activités, une avec des particuliers pour nos formations et une avec les clients de nos spectacles. Il m arrive aussi de payer d autres danseurs par l intermédiaire de l Activité. Nous avons maintenant une salle de danse. C est pratique de pouvoir récupérer nos frais. Grâce à SMartBe, je peux également combiner des périodes de chômage à des périodes de travail. J ai opté pour ce système et tous ces avantages, malgré les coûts qui y sont liés. À l heure actuelle, je n envisage pas de créer une nouvelle ASBL, ni de devenir indépendante. SMartBe est pour moi un trait d union entre ma petite Activité et la grande administration. Si je remets mon dossier à SMartBe et qu ils disent que tout est en ordre, je sais que je ne dois plus m en préoccuper. Une formule à succès De très nombreux danseurs, organisateurs de festivals et orchestres de tango s adressent à nous. Avec quinze ans d expérience, nous figurons parmi les danseurs les plus expérimentés de Bruxelles. Je pense que nous proposons le programme le plus complet de Bruxelles, surtout avec notre salle de danse. Matthieu De Middeleer (manager, booker et ingénieur du son) Activité Wave Master Mon travail Je suis manager de plusieurs groupes de musique. En tant que booker, je travaille avec des groupes de tous styles musicaux : cover, métal, chanson française, pop, rock, etc. Je leur cherche des dates de concert, je contacte les festivals, etc. J accompagne des artistes, je fais une démarche artistique même si ce n est pas moi qui monte sur la scène! Il m arrive aussi de prester comme ingénieur du son pour un groupe de musique et de faire du bruitage et du doublage. Ce que m apporte l Activité Je travaillais déjà avec des contrats SMartBe avant d ouvrir mon Activité. Désormais je facture toutes mes prestations via ce système. L Activité m est très utile pour le remboursement des frais, l investissement en matériel, etc. Elle me sert à harmoniser mes revenus qui sont en dents de scie et me procure aussi un gain de temps considérable sur le plan administratif. À long terme Je ne me vois pas avec une vie comme ça, avec des revenus aussi irréguliers. Je pourrais trouver une place avec des horaires et des revenus fixes. Mais cela ne m empêcherait pas de garder une Activité pour continuer mes autres projets. Stoy Stoffelen (batteur) Activité Drum Stoy Mon travail Il y a trente ans, on m a posé la question classique : «Que vas-tu faire dans la vie?» J ai répondu : «Jouer de la musique, de la batterie.» «D accord, ont-ils dit, mais quel travail vas-tu faire?» Il n y avait pas de statut pour les artistes. De 18 à 36 ans, j ai été musicien professionnel sans protection sociale. Les contributions me considéraient comme un indépendant, mais mes revenus étaient insuffisants et trop irréguliers pour un indépendant à plein temps. Par nécessité, j ai commencé à travailler dans une entreprise de haute technologie. Grâce à mon statut d employé, je suis en ordre de mutuelle et je peux être plus exigeant dans le domaine de la musique. D ici peu, je ferai soixante concerts en trois mois. Ce que m apporte l Activité Si j étais indépendant à titre complémentaire, il me resterait davantage d argent. Mais c est plus compliqué sur le plan comptable. Ce nouveau statut m effraie un peu. Je veux aussi être solidaire de SMartBe : cette organisation a fait beaucoup pour le statut des musiciens. Ma carrière aurait peut-être été différente si SMartBe avait existé quand j ai commencé. Je n aurais probablement jamais pris un autre travail. J aurais pu être au chômage pendant certaines périodes et tenir le coup pendant les périodes calmes. Un précieux conseil Aujourd hui, les musiciens sont mieux encadrés, mais cela reste une carrière incertaine. Mon conseil aux jeunes : ayez un diplôme du supérieur et ne vous braquez pas aveuglément sur une place «éternelle» dans le groupe d Arno. 98 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe 99
52 Conclusion 101
53 Conclusion Les Activités sont une forme inédite de micro-structure adaptée aux métiers de la création. Elles permettent à des créateurs de porter et de développer leurs propres projets. On se situe donc avec elles à l intersection des mondes de l art et de l entreprise. Au-delà du rêve artistique, ces initiatives concrétisent avant tout des projets de vie professionnels. Au travers de cette étude, nous identifions plusieurs enjeux liés autant à la stabilisation des Activités qu à la professionnalisation des porteurs de projets. D une part, les créateurs sont sans cesse amenés à tisser des collaborations pour mener leurs travaux à bien. Les réseaux sont un moyen de se créer un groupe de référence qui favorise la constitution d équipes autour de projets. Ils permettent aussi aux créateurs d entretenir les relations avec leurs clients, d en rencontrer de nouveaux et de diffuser leurs créations. En définitive, c est à travers les réseaux qu on se fait connaître voire reconnaître, par ses pairs et par le public. D autre part, les compétences artistiques seules ne suffisent pas à ancrer durablement sa pratique dans un environnement hyperflexible et concurrentiel. Il s agit pour les créateurs d endosser de multiples casquettes, comme celles notamment de gestionnaire, de chef de projet et de communicateur. Il nous semble crucial que les formations artistiques (aussi bien dans le cadre des écoles d art que des formations continues) prennent davantage en compte ces rôles multiples pour mieux préparer ou encadrer les entrepreneurs culturels et créatifs. Vivre de son art implique aussi de tenir compte d impératifs économiques : estimer la valeur de son travail, négocier son prix, diversifier ses activités ou se spécialiser, trouver des débouchés, etc. Les créateurs s inscrivent toutefois rarement dans une logique de rentabilité financière à court terme. Le temps consacré aux projets dépasse généralement le temps effectivement rémunéré. L intérêt artistique de l œuvre à réaliser, sa visibilité et l expérience engrangée sont les moteurs principaux des porteurs de projets. Conclusion 103
54 Au travers de l outil de gestion d Activités, l ASBL Productions Associées contribue à la sécurisation des parcours professionnels dans les métiers de la création. De manière générale, SMartBe propose aussi des formations pour aider les créateurs à se professionnaliser. Enfin, l association souhaite renforcer les liens entre ses membres, via notamment un réseau communautaire (SMartAgora). SMartBe fournit à ses membres des outils variés, utiles au développement de leurs projets au fil du temps. Au-delà de la contribution de SMartBe, n y aurait-il pas lieu de réfléchir à un modèle de protection sociale qui prenne en compte les particularités de ces travailleurs atypiques? En conclusion, il nous semble important de penser le travail au projet dans sa globalité, c est-à-dire en terme de carrière. Il serait intéressant d analyser la trajectoire professionnelle des porteurs de projets. Autrement dit, de mettre en évidence les différentes étapes qui jalonnent leur carrière ainsi que les freins et moteurs à l œuvre dans leur parcours en tant que professionnels de la création. Pour ce faire, il serait nécessaire d approfondir les profils d artistes entrepreneurs esquissés dans cette étude au travers des Activités. 104 Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe Pour aller plus loin 105
55 BOLTANSKI L. et CHIAPELLO E., Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, BUREAU M.-C., PERRENOUD M. et SHAPIRO R., (éd.), L artiste pluriel : Démultiplier l activité pour vivre de son art, Presses universitaires du Septentrion, Villeuneuve d Ascq, CORSANI A. et LAZZARATO M., Intermittents et précaires, Ed. Amsterdam, Paris, DE GHELLINCK, Q., Répertoire des aides aux artistes, SMartBe, DE HEUSCH S., DUJARDIN A. et RAJABALY H., «L artiste entrepreneur, un travailleur au projet», dans SMARTBE (éd.), L artiste, un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, 2011, pp DUJARDIN A. et RAJABALY H., Être intermittent dans le secteur artistique, SMartBe, Bruxelles, GREFFE X., Arts et artistes au miroir de l économie, Ed. UNESCO/Economica, Paris, HKU, La dimension entrepreneuriale des industries culturelles et créatives, Hogeschool voor de Kunsten Utrecht, Utrecht, LIOT F., Le métier d artiste, L Harmattan, Paris, MAGNUS A., MOENS A. et d URSEL, A., Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique, Kurt Salmon, Bruxelles, MENGER P.-M., Les intermittents du spectacle, EHESS éditions, Paris, MENGER P.-M., Le travail créateur : s accomplir dans l incertain, Gallimard/Seuil/EHESS, Paris, NICOLAS-LE STRAT P., L expérience de l intermittence : dans le champ de l art, du social et de la recherche, L Harmattan, Paris, OPALE/CNAR CULTURE, «Artistes du spectacle vivant, comment vivez-vous les évolutions de votre pratique artistique?», Premiers résultats de l enquête 2010, Paris, PILMIS O., «Des employeurs multiples au noyau dur d employeurs : relations Pour aller plus loin Pour aller plus loin 107
56 d emploi et concurrence sur le marché des comédiens intermittents», Sociologie du travail, n 49, 2007, pp RAMBACH A. et RAMBACH M., Les nouveaux intellos précaires, Stock, Paris, SMARTBE (éd.), L artiste et ses intermédiaires, SMartBe/Mardaga, Bruxelles, SMARTBE (éd.), L artiste, un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, Bruxelles, Développer ses projets artistiques Le cas des Activités de SMartBe
57 Les missions du Bureau d études, créé en octobre 2007, convergent vers un but global : agir dans les champs social, juridique, économique et politique pour faire reconnaître l activité artistique comme une activité professionnelle productive au même titre que les activités de l ensemble de la population. Le Bureau d études est un service de SMartBe et plus particulièrement de l association professionnelle des métiers de la création, qui analyse et esquisse des perspectives aussi bien pour des besoins internes que dans le cadre d analyses et de prospectives plus globales. Il a plus particulièrement pour missions : d organiser et de réunir une documentation nécessaire à l information et à l analyse au sein de l association professionnelle des métiers de la création et des autres entités du groupe SMartBe (Secrétariat pour intermittents et Palais de l intérim pour les contrats, Productions Associées pour les Activités, Matlease pour les services financiers) ; de développer des recherches dans les matières qui sont au cœur de l action de SMartBe : services nécessaires aux artistes, prestations artistiques, cadre socio-juridique ; de publier des ouvrages liés aux métiers artistiques ; de concevoir et d organiser colloques et journées d études au départ des publications et des recherches ; de soutenir et d accompagner l action de lobbying de groupes d artistes, particulièrement dans les secteurs où ils sont peu structurés et peu défendus ; de soutenir et d accompagner les revendications portées par SMartBe issues de la confrontation avec la pratique artistique ; de contribuer par les recherches, le lobbying et les revendications à l amélioration des conditions de travail des artistes et de leurs intermédiaires. Le Bureau d études a publié les ouvrages suivants dans la collection Les métiers de la création : L artiste au travail : état des lieux et prospectives, SMart/Bruylant, 2008, L artiste et ses intermédiaires, SMartBe/Mardaga, 2010, L artiste un entrepreneur?, SMartBe/Les Impressions Nouvelles, 2011 et Vivre de son art, histoire du statut de l artiste XV-XXI e siècles, collectif (sous la direction d Agnès Graceffa), SMartFR/éditions Hermann, à paraître en septembre 2012 ; et dans la collection Les pratiques : Être intermittent dans le secteur artistique, SMartBe, 2010 et Bande dessinée et illustration en Belgique : état des lieux, SMartBe, 2010 ; ainsi que le Répertoire des aides aux artistes, SMartBe, SMartBe Association Professionnelle des Métiers de la Création asbl Rue Émile Féron, Bruxelles
58 Achevé d imprimer en mai 2012 ISBN
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