Entre mécanisation et incarnation : réflexions sur les neurosciences cognitives fondamentales et cliniques

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1 Revue de Neuropsychologie 2007, Vol. 17, n 4, Entre mécanisation et incarnation : réflexions sur les neurosciences cognitives fondamentales et cliniques Jean Vion-Dury Pôle de Psychiatrie Universitaire, Hôpital Ste Marguerite (CHU), Marseille. Institut des Neurosciences Cognitives de la Méditerranée (UMR-CNRS 6193) Chercheur associé au Centre d Epistémologie et d Ergologie Comparatives (UMR- CNRS 6059) Résumé Les neurosciences cognitives contemporaines bénéficient d un développement considérable mettant en jeu une pluridisciplinarité remarquable. Cependant, leur fondement philosophique (monisme matérialiste et physicaliste) a des conséquences notables dans les directions de recherche qu elles privilégient mais aussi dans celles qu elles négligent ou refusent de considérer. Les paradigmes fondateurs des sciences cognitives (en particulier le paradigme cognitiviste et sa conception computationnaliste de l esprit) influencent de manière notable à la fois les neurosciences cognitives (par exemple dans l idée que le cerveau biologique est une machine à traiter de l information) mais également les neurosciences cliniques, notamment la neuropsychologie. Les conceptions modularistes et localistes concernant des fonctions cérébrales sont ainsi centrales dans cette discipline. Ces hypothèses sur le fonctionnement mental sont discutées ou réfutées par d autres courants scientifiques ou philosophiques et, en particulier, la phénoménologie. Un point central que ne peut résoudre le physicalisme des (neuro)sciences cognitives est l explication de la conscience. Une étape nécessaire dans la voie de ce difficile problème est probablement la prise en compte de la dimension subjective de l expérience (ce que ne font pas les protocoles standards des neurosciences cognitives). De plus, la prise en compte de la subjectivité a des conséquences éthiques incontournables, notamment en clinique neurologique et psychiatrique.

2 294 J. Vion-Dury Mots-clés: neurosciences cognitives, philosophie de l'esprit, phénoménologie, neuropsychologie, localisme Key words : cognitive neurosciences, philosophy of mind, phenomenology, neuropsychology, localism. 1. INTRODUCTION Les sciences cognitives, dont l objet est l étude de l intelligence humaine, de sa structure formelle, de ses modélisations possibles, de ses expressions psychologiques, linguistiques et anthropologiques mais aussi de son substrat biologique (Imbert, 1992), constituent un développement majeur de l activité scientifique de la fin du XX ème siècle. Capables de réunir au nom de la recherche sur le fonctionnement cérébral (et plus particulièrement les fonctions supérieures du cerveau humain), notamment l intelligence artificielle, la psychologie, les neurosciences, la physique et la philosophie, les pré-supposés philosophiques qui leur servent de socle et les directions prises par leur développement les conduisent dans des directions, certes extraordinairement productives et passionnantes, mais qui appellent cependant un questionnement quant à leur pertinence et leur validité. A tel point qu un philosophe intitulait récemment un article avec cette étonnante question : «Faut-il avoir peur des sciences cognitives?» (Maldamé, 2002), tout en y répondant, d ailleurs, de manière plutôt négative. En toute rigueur, l interrogation peut surprendre. Soit les sciences cognitives méritent le statut de sciences parce que notamment elles utilisent les procédures d attestation expérimentale et de déduction théorique requises par ce type d activités humaines et, dans ce cas, nous n avons pas plus à craindre des sciences cognitives que de la thermodynamique ou de la botanique. Soit il existe implicitement quelque chose qui, dans leur fondation ou leur formulation, conduit à se poser la question d une éventuelle dangerosité relevant, par exemple, soit des problèmes éthiques posés par leur développement et les applications médicales de leurs dé-

3 Mécanisation ou incarnation 295 couvertes, soit par le programme philosophique qui les fonde, soit par les deux. C est ce dernier point qui nous semble devoir faire l objet des quelques développements qui suivront. Cette interrogation portant sur les seules sciences cognitives constituerait en soi un objet d analyse et de débat, mais, parce que le passage d une psychologie cognitive à une neurophysiologie cognitive est en quelque sorte naturel, puisqu à la recherche des déterminants neurophysiologiques des processus de pensée et de conscience, la question posée plus haut se pose également, quasiment inchangée, aux neurosciences cognitives, c est-à-dire à l étude des processus cognitifs (perception, mémoire, schémas d actions, évaluations, émotions) par les neurosciences armées de leurs propres méthodes d investigations empiriques (enregistrements cellulaires, neurochimie, neurophysiologie, imageries, etc.). Une des difficultés que l on rencontre quand on tente d aborder le problème de la pensée est la confrontation entre d une part des positions théoriques sur le fonctionnement de l esprit humain, en général proposées par des philosophes et certains psychologues cognitivistes et, d autre part, des résultats de recherches empiriques qui se développent dans le champ de la psychologie cognitive et dans celui des neurosciences. Ces recherches empiriques tentent de décrire correctement des phénomènes mentaux mais aussi tentent de découvrir les processus (psychologiques, cérébraux, neuronaux) qui sont censés en être la cause. Aussi, existe-t-il une circulation constante entre neurosciences et sciences cognitives pour tenter de trouver une base biologique aux postulats des théories de l esprit comme aux résultats des sciences cognitives, ou, à tout le moins, pour tenter de spécifier les contraintes naturelles (cérébrales) relatives aux théories portant sur les actes cognitifs (Imbert, 1992). Mais, d une certaine manière, cette circulation est problématique parce que, on s en doute, les niveaux d analyse ne sont pas similaires et parce qu il n est pas forcément licite de chercher des causalités entre phénomènes relevant de niveaux d analyse différents. Dans cet article, nous porterons plus particulièrement notre regard sur les neurosciences cognitives parce qu elles se situent à l articulation entre les théories cognitives et les problèmes posés par la clinique, que ce soit en neurologie ou en psychiatrie, même s il n existe pas de concordance parfaite (loin s en faut) entre les processus neurophysiologiques,

4 296 J. Vion-Dury les comportements et les processus cognitifs. Par exemple, si pour les neurosciences la notion de «traitement» se rapporte à des mécanismes dont l explication réside dans l élucidation de relations causales entre des objets matériels (cellulaires, sub-cellulaires ou biochimiques), pour les sciences cognitives il s agira de calculs opérant sur des représentations symboliques et leurs transformations (Imbert 1992). Mais bien que les appareils conceptuels soient très différents, on peut se demander si, dans la pratique des laboratoires de neurosciences cognitives, n existe pas une certaine ambiguïté voire un recouvrement peut-être indu ou mal fondé de ces appareils conceptuels. Une seconde raison de questionner les neurosciences cognitives est que les concepts qu elles utilisent (ainsi que leurs modalités d analyse et de compréhension des processus impliqués dans les fonctions humaines supérieures) se transposent largement à leur tour, d une part, en neurologie clinique par le biais de la neuropsychologie qui tient une place de plus en plus grande dans cette discipline, et, d autre part, en psychiatrie où les psychiatres tentés par une «organicisation» des pathologies de leurs malades, cherchent dans les nouvelles méthodes d imagerie et de neurophysiologie les bases plus rigoureuses d une nosologie finalement assez instable et d une approche thérapeutique qui reste extrêmement empirique. Et la question, initialement posée pour les sciences cognitives, s étend donc, nous semble-t-il, à la théorie et la pratique des sciences cliniques qui s intéressent aux maladies du cerveau. Parmi les nombreux points que nous aborderons dans cet article, il en est un qui concerne directement la question soulevée par Maldamé et qui nous semble particulièrement central dans la démarche des neurosciences cognitives chez le sujet normal comme chez le sujet cérébrolésé : il s agit du réductionnisme (au sens philosophique). Celui-ci constitue le présupposé commun à de très nombreuses recherches qui concernent les processus cognitifs normaux et pathologiques et il est probablement responsable du fait que ces recherches atteignent rapidement leurs limites. Plus encore, et sous-jacents au réductionnisme, se révèlent des choix philosophiques (explicites ou non) qui sous-tendent et polarisent le développement récent des disciplines s intéressant aux processus cognitifs. Et ces postulats philosophiques soulèvent, volens, nolens, la question fondamentale de notre condition d homme, c est-à-dire qu ils sont por-

5 Mécanisation ou incarnation 297 teurs d une anthropologie spécifique. Qu on en juge: «récemment un corps de disciplines hétérogènes se sont regroupées autour d une idée purement philosophique, voire métaphysique. Ces disciplines [...] qu on nomme sciences cognitives [...] partagent une thèse philosophique ambitieuse : [...] pouvoir expliquer de façon physicaliste le fonctionnement de l esprit humain. [...] Est physicaliste tout chercheur qui nie l existence dans le monde, d autres entités que matérielles» (Barberousse et coll, 2000, p 225 et suivantes). En réalité assez rares sont les chercheurs en neurosciences cognitives ou les médecins (neurologues ou psychiatres) qui se posent la question des fondements philosophiques et s engagent dans une critique épistémologique de leur discipline. Qu au niveau d un laboratoire de neurosciences cette négligence puisse avoir des conséquences sur la nature des programmes de recherches, qui se feront toujours ainsi sous un même éclairage paradigmatique, nous semble un inconvénient sévère mais dont on peut penser que les limites intrinsèques de ces programmes et de leur réalisation conduiront les chercheurs à une prise de conscience plus ou moins tardive et/ou radicale d un certain nombre d impasses générées par ce réductionnisme omniprésent et imposé. Il n en est pas de même des disciplines médicales qui, en plus des mêmes problèmes épistémologiques, ont à gérer une éthique (au moins un ethos, un habitus, une manière d être) dont l urgence et la nature sont dictées largement par la relation avec le malade. Et la position éthique en ce domaine, comme dans d autres, doit en droit se fonder sur une métaphysique ainsi que nous le rappelle H. Jonas (1990, p 40, 95-99) 1, laquelle pourrait s avérer, le cas échéant, incompatible avec la métaphysique du matérialisme physicaliste et du réductionnisme des neurosciences cognitives. Après avoir ainsi envisagé la question des fondements philosophiques des neurosciences cognitives et les débats qui en découlent, notre propos, dans cet article, sera triple : a) tenter de repérer au sein de nos 1 C est d ailleurs un des paradoxes de l éthique médicale institutionnelle que de refuser, en général, de se fonder sur une ontologie ou de se construire sur une métaphysique par crainte de se retrouver confrontée à une autre ontologie que celle du matérialisme ou par refus de se laisser entraîner dans le questionnement religieux. Du coup, l éthique médicale semble philosophiquement assez faiblement fondée, parce que finalement fondée de manière, en quelque sorte, négative.

6 298 J. Vion-Dury conceptions et des recherches concernant la cognition normale et pathologique ce qui relève du paradigme 2 cognitiviste et nous semble limiter de ce fait nos capacités à bien saisir les processus complexes de la pensée, b) analyser les limitations dans les neurosciences cognitives fondamentales et cliniques qui sont consécutives à la conception réductionniste et modulariste majoritaire en ces domaines et envisager les conséquences (notamment éthiques) de cette approche sur le diagnostic et la prise en charge des patients et c) tenter de décrire des approches alternatives qui seraient de nature à mieux aborder ce problème terriblement difficile de la recherche sur la pensée humaine, en proposant l idée que l observation clinique a beaucoup à nous apprendre sur la structure de l esprit, peut-être au prix de son affranchissement des modèles neuropsychologiques dominants. 2. LES FONDEMENTS : LA PHILOSOPHIE DE L ESPRIT CONTEMPORAINE Comme nous l avons vu, le programme scientifique des (neuro)sciences cognitives n est pas suspendu en l air, comme généré par une scientificité idéale. Ce programme est fondé sur une approche philosophique dont l essentiel a été mentionné plus haut et dont nous allons déployer les principales caractéristiques et les limites La philosophie de l esprit ou philosophie cognitive La philosophie de l esprit vise à rendre compte de l essence des phénomènes mentaux qui intéressent des organismes réels, non pas directe- 2 Ici la notion de paradigme est prise dans le sens que lui donne de Kuhn (1983). Un paradigme de la science à une époque donnée est un modèle de travail scientifique réel (avec des lois, des théories, des applications et des dispositifs expérimentaux) qui donne naissance à des traditions particulières et cohérentes de recherche scientifique. Un paradigme est donc un ensemble de convictions qui sont partagées par la communauté scientifique mondiale. Dans l esprit de Kuhn, l astronomie ptolémaïque est un paradigme. Le modèle de travail scientifique des sciences cognitives au sens large nous semble avoir également la structure d un paradigme.

7 Mécanisation ou incarnation 299 ment sur des bases empiriques, mais par le biais d une analyse des concepts mentaux (Dokic, 2000). La philosophie de l esprit (ou philosophie cognitive) ne constitue pas une philosophie de la connaissance telle qu elle a pu être pensée dans des philosophies occidentales comme celle de Descartes, Leibniz, Kant Hegel etc car la cognition n est pas, dans cette philosophie, connaissance. La cognition est ici définie comme «toute forme de traitement de l information (perception, mémoire, schéma d action, évaluation) qui permet à un organisme humain ou non humain de s adapter de manière flexible à l environnement» (Pacherie et Proust, 2004). La philosophie cognitive met donc la notion d information au centre de la cognition. La cognition ainsi définie se donne pour tâche d explorer l ensemble des champs conceptuels ouverts par le paradigme informationnel. La philosophie de l esprit, dans son courant majoritaire, s organise autour de trois décisions : a) son champ d investigation est délimité à l aide de la psychologie du sens commun 3 et de la thèse de la croyance et du désir qui est inhérente à cette psychologie; b) l ensemble des problèmes de la philosophie est subsumé de sous trois grandes catégories l intentionnalité 4, la rationalité, et la conscience et, c) le recours aux sciences cognitives est utilisé pour expliquer l esprit, en convoquant plus particulièrement les modèles computationnels et représentationnels 5 (Fisette et Poirier, 2000, p.288) Un programme réductionniste et de naturalisation des états mentaux. Le courant principal de la philosophie de l esprit contemporaine s appuie donc, d une part, dans son fondement philosophique sur le postulat physicaliste et matérialiste et, d autre part, dans son approche théo- 3 Il s agit du schème conceptuel dont on se sert quotidiennement pour décrire, prédire et expliquer le comportement d autrui. 4 L intentionnalité est le trait fondamental à l ensemble des phénomènes psychiques : le fait qu ils sont à propos de quelque chose, qu ils soient dirigés vers quelque chose (Fisette et Poirier, 2000, p 26). 5 Unereprésentationmentaleestunobjetpsychiquepossédantcertainespropriétésintentionnelles. La thèse représentationaliste cartésienne de l esprit propose que l esprit est représentationnel, c està-dire qu il représente le monde d une certaine manière(fisette et Poirier, 2000, p 184 et 122).

8 300 J. Vion-Dury rique (modélisation) et empirique, sur les sciences cognitives (Dupuy, 2000, p 35). Ce physicalisme constitue un monisme matérialiste affirmant qu il existe une seule identité psycho-physique matérielle et non pas un corps différent d un esprit. Dans ce monisme matérialiste, l esprit n est pas séparable du corps : le cerveau, organe formé de particules et de molécules, produit de la pensée. La destruction du cerveau conduit à l arrêt de la pensée ; rien n indique que l esprit, sous une forme ou une autre, soit différent de la production de ce conglomérat physicochimique corruptible. Tout dualisme (notamment des essences comme le dualisme cartésien) est rejeté, même si certaines positions en philosophie cognitive comme le fonctionnalisme 6, l épiphénoménisme 7 ou le monisme anomal de Davidson 8 peuvent parfois apparaître comme des dualismes plus ou moins cryptiques. Le postulat physicaliste présuppose un réductionnisme philosophique. «Réduire une notion c est la définir en termes d autres notions, arriver ainsi à l éliminer de la liste des entités de base à l intérieur d un certain champ de recherche ou discipline scientifique et, éventuellement, montrer que l entité présumée ainsi réduite n existe pas réellement». En un autre sens, plus restrictif, c est «affirmer une doctrine selon laquelle tout énoncé doué de signification (et non analytique) équivaut à une construction logique à partir de termes de base qui renvoient à une expérience immédiate ou encore aux objets physiques, à leurs propriétés ainsi qu à leurs mouvements dans l espace-temps» (Nadeau, 1999). Le réductionnisme constitue un principe d économie ontologique (rasoir d Occam). Il suppose une base empirique à la connaissance. Dans le processus de réduction, on réalise l intégration logique de deux théories 6 Le fonctionnalisme pose que le cerveau agit comme un système de fonctions logiques. Le fonctionnalisme est une thèse selon laquelle les phénomènes mentaux sont constitués par leur position relationnelle dans un réseau de relations causales entre des entrées sensorielles, d autres états mentaux et des sorties motrices (Dokic, 2000). 7 Cette théorie postule que les propriétés mentales ne sont responsables de rien concernant les propriétés physiques : elles sont des épiphénomènes (selon Kim). 8 Davidson propose une identité entre corps et esprit, sans réduction du psychique au physique, car contrairement aux évènements physiques, il n y a pas de lois causales subsumant les évènements psychiques. Il s agit là d un dualisme des propriétés.

9 Mécanisation ou incarnation 301 scientifiques en une seule et même construction déductive par le biais de dérivation des concepts et des propositions de l une à partir des concepts et des propositions de l autre ; par exemple les états mentaux sont réduits à des états neurophysiologiques, lesquels peuvent être décrits, in fine, par des états de particules atomiques. «L homme neuronal» de Changeux (1983) constitue une illustration particulièrement frappante de la démarche du réductionniste en neurobiologie. Une forme particulière et assez extrême de réductionnisme en sciences cognitives est le matérialisme éliminativiste qui estime même que la psychologie du sens commun (croyances, désirs, peurs, intentions, perceptions) à la base de la philosophie de l esprit est une théorie inutile, imprécise voire même fausse et suggère de la remplacer par les concepts des neurosciences qui offriront un vocabulaire plus raffiné des états mentaux, rendant mieux compte de l activité interne des sujets. Dans ce cas, les états mentaux sont en dernier ressort quasi-identifiés à des états cérébraux (Churchland, 2002). L éliminativisme correspond d ailleurs à une tradition majeure des théories modernes de l esprit. Contrairement à la tradition représentationnaliste qui soutient que toute théorie de la cognition doit postuler des états mentaux représentationnels (ou «intentionnels» ou «sémantiques») dont la fonction est d encoder les états du monde, l éliminativisme affirme que ces mêmes théories peuvent se passer de notions sémantiques comme la représentation, le vocabulaire adéquat pour formuler ces théories étant neurologique, comportemental ou syntaxique (Fodor et Pyslshyn, 2003). Dans le cadre du postulat physicaliste, la philosophie cognitive (et les neurosciences cognitives) génère un programme de naturalisation étendue des processus mentaux (en particulier intentionnalité et conscience) qui propose de considérer que les phénomènes mentaux sont des phénomènes naturels et tente de comprendre et d expliquer comment des processus physiques peuvent leur donner naissance (Pacherie, 2004). Plus précisément, dans le cas des neurosciences cognitives, il s agit, à partir d une analyse fonctionnelle des états mentaux de montrer comment les mécanismes neurophysiologiques causent ces états mentaux. La naturalisation consiste ainsi à rendre intelligible le fait qu une entité puisse avoir des propriétés caractéristiques à la fois de la matière et du mental

10 302 J. Vion-Dury et à faire disparaître l hétérogénéité apparente qui sépare ces propriétés (Roy et coll, 2002). Cette naturalisation est dans la droite ligne de la philosophie de Quine ( ) qui consiste notamment à refuser d isoler la réflexion philosophique des explications scientifiques, dans une circulation entre sciences cognitives et épistémologie. Ce projet d une épistémologie naturalisée de Quine est l héritier du positivisme logique et de la philosophie analytique née au début du XX ème siècle Le paradigme informationnel au cœur de la problématique Le paradigme informationnel, qui est central dans la philosophie cognitive, se base, comme son nom l indique, sur le concept d information. Mais s il est un concept étendu, voie ambigu et évolutif, c est bien celui-ci. Dans le langage scolastique, en accord avec l étymologie, informer c est donner une forme, façonner (XV ème siècle) et, au figuré, «représenter idéalement», «former dans l esprit» (Rey, 1992). Le mot a évolué pour avoir le sens de «faire connaître quelque chose à quelqu un» (Lalande, 1926), mais ce n est qu après 1950 qu il aura les multiples sens que lui accordent les mathématiques et la physique de la transmission des signaux. C est Shannon qui, en 1948, introduisit une définition quantitative de l information dont l unité est le digit binaire ou bit qui permet de calculer la quantité d information que produit la source d un message (Triclot, 2007). C est donc avec la cybernétique (qui est la science et la théorie des automates) que, dans les années , le sens du mot «information» s est considérablement transformé. Et que l on a commencé à penser le monde en termes d information, inventant alors une nouvelle cosmologie (Triclot, 2007) que l on peut identifier tous les jours dans le discours des chercheurs en neurosciences cognitives. Les développements du paradigme informationnel au début de la cybernétique allaient produire ainsi de nouvelles possibilités d explication du monde dans lequel, à coté de la matière et de l énergie, l information s échange, circule et se transforme. Cette information, immatérielle, va être assez rapidement pensée également à partir de l entropie (dans la définition qu en donne la thermodynamique statistique d expression du désordre dans une collection de particules) comme une mesure du degré

11 Mécanisation ou incarnation 303 d organisation d un système matériel (opposé à la désorganisation en lien avec la croissance d entropie) (Triclot, 2007, p. 264). C est ainsi que Brillouin confirmera l équivalence entre information et négentropie (ou entropie négative), constituant une théorie physique (et non plus seulement mathématique) de l information. Ainsi, pour Weiner, un des fondateurs de la cybernétique, si l information est le concept opposé à l entropie, alors les organismes vivants sont des messages, des formes provisoires qui résistent au chaos et à la désintégration (Jacquot et Trémolières, 1970) au prix d une dépense d énergie qu ils peuvent renouveler grâce aux métabolismes 9. L organisme est ainsi compris comme un ensemble de formes stabilisées par l homéostasie et qui résistent jusqu à la mort en consommant de l énergie et en créant des structures ordonnées : macromolécules, organites, organes En somme, le concept d information apparaît paradoxalement à la fois : a) comme l aboutissement du réductionnisme qui transforme les êtres vivants en machines, la pensée en simple calcul ou le sens en un simple jeu de signes (et on voit ici toute la logique de la sémiotique linguistique se profiler) selon un paradigme déjà à l œuvre dans les automates de Vaucanson (Vion-Dury, 2008a) et, b) comme une dimension immatérielle de l univers Une conception psycholinguistique de l esprit Un autre élément essentiel de la philosophie cognitive est la conception psycholinguitique de l esprit qu elle promeut. Cette conception provient de la philosophie analytique (fondamentalement une philosophie du langage) qui propose que la philosophie est analyse logique linguistique (phrase, proposition, signification). La philosophie cognitive, ainsi que les sciences cognitives, assument en effet complètement les évolutions remarquables de la linguistique du XX ème siècle. D une part, à la suite de Saussure (notion de signe) et de Frege (notion de référence), toute une conception structurale du langage (avec Jacobson et la linguistique 9 Un métabolisme est un flux de matière et/ou d énergie passant au travers d un organisme (par exemple métabolisme du glucose) (Jacquot et Trémolières, 1970).

12 304 J. Vion-Dury structurale) va se développer, et, d autre part, avec les philosophes de la logique et du langage (Frege, Wittgenstein, Russel, Ryle notamment), le langage va apparaître comme un calcul logique sur les symboles qui représentent la réalité, en insistant sur la différence entre sens et référence (Ludwig, 1997 ; Farago, 1999). Ce courant fondamental va être nommé «tournant linguistique» («linguistic turn») et sera à l origine d une conception de l esprit dans laquelle a) les pensées sont «localisées» dans le langage et, b) sur un plan philosophique, dans la proposition que l explication philosophique de la pensée se résout dans l explication philosophique du langage 10. On notera d ailleurs la proximité de cette position avec celle du cercle de Vienne (néo-positivisme logique, ou empirisme logique) dont Carnap, l un des principaux animateurs, fut également un précurseur du tournant linguistique soutenant que le langage physicaliste devait devenir le langage de toutes les sciences, psychologie incluse. Ainsi, les pensées et les significations exprimées par les phrases sont en quelque sorte «expulsées» hors de l esprit et l analyse des pensées consiste rechercher les formes logiques sous-jacentes au langage (Pelletier, 2004). On voit ainsi la proximité épistémologique entre, d une part, cette conception logiciste du langage et, d autre part, le physicaliste réductionniste que nous avons mentionné dans l introduction. Cette conception psycholinguistique de l esprit est très présente dans les sciences cognitives. Elle est également facilement décelable dans le discours des (neuro)sciences cognitives, la structure des expériences de laboratoire et l interprétation de leurs résultats, comme, d ailleurs, dans le désir de réaliser une généralisation de la sémiotique y compris dans le vivant par le biais d une biosémiotique qui se situe dans l articulation entre la biologie et les sciences du langage, particulièrement la sémantique (Timsit Berthier, 2007). Cependant, dans le développement de sa théorie de la signification et de la division du travail linguistique, Putnam (2003) critique la tendance de la linguistique, de la philosophie linguistique et des sciences cognitives à considérer la cognition comme purement individuelle sans tenir 10 Ainsi, par exemple : «La pensée est la proposition pourvue de sens» et «La totalité des propositions est la langue» (Wittgenstein, Tractatus, 4 et ).

13 Mécanisation ou incarnation 305 compte du monde (notamment social) dans lequel évolue le sujet, c est à dire à négliger la dimension sociale de la cognition. Nous retrouverons ce type de critiques, sous un autre mode, dans l approche phénoménologique (cf. 7) 2.2. Critiques principales de ce programme philosophique Pour autant, tous les auteurs ne souscrivent pas à cette conception, certes majoritaire, de l esprit. D une part, de nombreux philosophes s inquiètent du peu de place laissé à d autres philosophies comme par exemple les philosophies de la conscience (comme la phénoménologie et l existentialisme), d autres psychologies (comme le béhaviorisme ou la psychanalyse), ou d autres sciences (les sciences sociales et les sciences de l homme) (Dupuy, 2000). Et en tout état de cause, il y a là un débat philosophique très fort, bien qu étouffé par les tenants (majoritaires) du monisme matérialiste et du réductionnisme physicaliste. D autre part, des questions très difficiles (ontologiques, métaphysiques) se posent également. Peut-on, par exemple, éliminer d un revers de la main toutes les théories ou philosophies dualistes dans lesquelles l âme est séparée du corps? Car, en définitive, nous avons bien peu de d arguments théoriques ou même empiriques pour le faire et nos connaissances actuelles en neurobiologie ne nous permettent en aucun cas de conclure de manière tellement affirmative dans un sens comme dans l autre. Les traditions religieuses occidentales (christianisme) et orientales (bouddhisme) ne nous offrent-elles pas, en ce domaine, de sérieuses raisons de questionner le monisme matérialiste, pour peu que l on ne fasse pas sien un rationalisme dogmatique? Indépendamment de ces débats très délicats, il nous semble que le réductionniste physicaliste qui fonde à la fois les (neuro)sciences cognitives et sous-tend la philosophie de l esprit dans son courant majoritaire tel que nous l avons présenté, peut recevoir trois critiques : majeures: a) le problème de l ignorance de la position en 1 ère personne et de la subjectivité, b) le changement du concept même de matière, c) la généralisation discutable du postulat représentationnel.

14 306 J. Vion-Dury Réductionnisme et le problème de l approche en 1 ère personne. Tout d abord, la position réductionniste (qui souvent devient une position simplificatrice en passant de la philosophie à la pratique) est nécessaire dans une réalisation pratique de programmes de recherches dans les laboratoires ; elle n est pas sans avoir permis de considérables progrès sur lesquels tous les jours nous nous appuyons en neurosciences fondamentales et cliniques. Cependant, ce réductionnisme physicaliste est incapable non seulement de commencer à expliquer l apparition de l expérience consciente à partir d un substrat matériel dont aucune propriété n a la moindre parenté avec elle (c est le «hard-problem» de la philosophie de l esprit), mais plus encore, il n offre aucune piste pour nous indiquer comment on pourrait aborder ce difficile problème (Fisette et Poirier, 2000, p 284 ; Bitbol, 2008). Car, si c est un point non négligeable d obtenir des corrélats neuronaux de la conscience (qui par ailleurs est le plus souvent incomplètement ou grossièrement définie), ces corrélats neuronaux (oscillations rapides, liage neuronal ) ne nous indiquent en rien comment la conscience survient et encore moins pourquoi. L autre difficulté, largement en lien avec la première, est que les (neuro)sciences cognitives adoptent a priori, par un postulat objectiviste venant des sciences naturelles, une position dite en troisième personne, dérivant de la position adoptée dans la physique expérimentale classique qui conduit des expérimentations dans un laboratoire considéré comme un isolat de la nature et qui travaille sur un objet d expérience existant en soi et parfaitement différencié de l expérimentateur, lui même considéré comme objectif (neutre) face à la situation expérimentale (Chevalley, 1995). En réalité, cette position est intenable parce que, quand on réalise des expériences de neurosciences cognitives, on voit bien que l approche strictement objective (en troisième personne) ne suffit pas. Très souvent la variabilité des réponses comportementales, neurophysiologiques, ou d activation (IRMf) peut trouver une explication dans la manière dont l expérience a été vécue par le sujet, donnant ainsi un rôle potentiel important aux approches tenant compte de la subjectivité (approches en première personne). Il en est d ailleurs de même quand on aborde le diagnostic en neurologie. La démarche diagnostique objectiviste est une démarche qui met

15 Mécanisation ou incarnation 307 en exergue le manque, la lésion. La caractérisation objective des symptômes, la démarche critériologique dont on sait l utilité dans la stratégie thérapeutique ne nous disent strictement rien sur la manière dont l organisme malade a compensé le déficit et dont le patient vit, personnellement, sa maladie. Or cette discussion n est pas nouvelle puisque Goldstein soulignait dès 1934, que l analyse des atteintes de fonctions isolées du système nerveux ne tenait pas compte des compensations que ce même système nerveux mettait en place pour maintenir une activité la moins dégradée possible (Goldstein, 1983). Nous y reviendrons. Ce qui est pour le moins étonnant, c est que ce blocage quant au caractère central de la subjectivité dans les expérimentations (et parfois la clinique) fait l objet d un déni quasi généralisé. Dans le meilleurs des cas, on le minimise ou on part du principe que les progrès actuels des (neuro)sciences (cognitives) vont le faire disparaître Un matérialisme périmé? La seconde limite majeure de ce programme philosophique est que la prémisse physicaliste des (neuro)sciences cognitives (et du monisme matérialiste) repose sur une physique en quelque sorte désuète. Qu est-ce qu un physicalisme (en philosophie de l esprit) qui ignore les profonds changements contemporains du statut des sciences physiques prises comme modèle (pour revue, cf. Paty, 2003)? Car si la physique des systèmes non linéaires, celle des systèmes thermodynamiques éloignés de l équilibre ou celle des systèmes chaotiques commence à être intégrée dans le paradigme connexionniste-émergent et a fait son apparition dans la constitution des programmes de recherches empiriques (en les renouvelant d ailleurs de manière considérable), la mécanique quantique reste globalement ignorée de la quasi-totalité chercheurs des laboratoires de neurosciences et de psychologie cognitive, voire peut-être même des philosophes de l esprit, à la fois dans ses concepts et dans ses conséquences épistémologiques (Bitbol, 2000 ; Nikseresht, 2005). Parmi les questions difficiles soulevées par la mécanique quantique (tableau n 1), notons, parmi d autres : a) la structure discontinue de la matière qui au niveau quantique ignore les variations infinitésimales de la mécanique classique, b) le caractère à la fois corpusculaire et ondulatoire des particules, c) l impossibilité de localiser la matière (les particules) dans l espace, d) l in-

16 308 J. Vion-Dury terdépendance entre la particule analysée et le système d analyse (Bitbol,1996 ; Klein, 1998). Le modèle standard de la physique des particules s appuie à la fois sur la physique quantique décrivant le comportement de la matière à petite échelle et sur la relativité rendant compte des situations dans lesquelles les vitesses des particules ne sont pas négligeables par rapport à celle de la lumière. Dans ce modèle, la particule n est pas un point matériel mais un quantum de champ, lequel champ est un opérateur en lien avec tous les états possibles de la particule. Alors que le concept de matière recouvrait, en physique classique, ce qui se conserve au cours des transformations (Lavoisier), en mécanique quantique, la matière, qui ne se conserve pas, se fond dans l énergie, laquelle n est qu un être mathématique particulier. Se pose donc la question radicale de ce qu est ce monisme matérialiste qui passe à côté la profonde mise en question par la physique quantique du concept ordinaire de matière. Ainsi «un bon matérialiste convaincu que tout est issu d une réalité non spirituelle, ne peut plus l être que métaphysiquement. Les évolutions récentes de la physique, parce qu elles l empêchent de décrire trop naïvement le principe ou l objet au cœur de sa philosophie, l obligent à une sorte de renoncement». (Klein, 1998) Tout n est-il que représentation? Le postulat représentationnel dérive de la conception cartésienne dans laquelle l esprit est un domaine interne de représentations et de processus, situé dans un crâne (Dreyfus, 1983 ; Van Gelder, 2003). Selon Descartes, la relation fondamentale que notre esprit entretient avec le monde est de se le représenter et de le penser. Ainsi, une chose (le symbole, la configuration d états) tient lieu d autre chose (une partie du monde). La conception cartésienne conduit à penser que l esprit est un théâtre dans lequel le sujet conscient assiste à un spectacle composé d apparences. Avoir une pensée, selon le représentationnalisme, est en fait avoir un objet devant les yeux de l esprit (Fisette et Poirrier, p 73 et seq). On saisit ici l impact philosophique considérable de la découverte des lois de l optique par Képler et Descartes au XVII ème siècle. Par la géométrisation de la vision, l homme se rend compte que, dans l œil, il se construit une image du monde sous la condition d une déformation géo

17 Mécanisation ou incarnation 309 Mécanique classique Mécanique quantique Les variables dynamiques sont définies avec une Les variables «conjuguées» (position et vitesse, précision arbitrairement grande. énergie et temps) ne peuvent être déterminées en même temps avec précision. Les variables caractérisent complètement l état L équation qui décrit le système est déterministe du système considéré. mais elle ne peut recevoir qu une interprétation en physique statistique. Le système est décrit par un vecteur d état. L évolution du système au cours du temps estil existe un indéterminisme intrinsèque. L évo- du système ne peut être prédite que sur un prédictible : état final est déterminé à partir delution l état initial (équations du mouvement). plan statistique : une solution possible. Les interactions entre le système objet et le sys-touttème-appareil de mesure ne modifient pas le sys-tème-appareil de mesure modifie de manière ir- interaction entre le système-objet et le système-objeréversible et imprédictible l état du système objet après la mesure (Heisenberg). La description est possible dans l espace et le temps L absence de représentation spatio-temporelle (formes a priori de la sensibilité chez Kant). La saisie conduit à l impossibilité de correspondance avec à partir de nos sens est possible. nos sens. La position de l observateur est fixe. La démarcation entre le système objet et l instrument de mesure est variable. La nature est divisée en une région de l objectifla nature est divisée en une multitude de régions et une région du subjectif. plus ou moins superposées, différenciées par le genre de questions que nous posons et par le degré d interférence que nous créons avec elle dans l observation. Les objets physiques possèdent en eux-mêmesles objets quantiques, avant l expérience, ne des propriétés. peuvent être clairement définis. Ce ne sont pas véritablement des objets puisque leurs propriétés ne peuvent être définies antérieurement à l observation. Les observations sont indépendantes du contexte. Les observations sont contextuelles. Les principes de bivalence [a], de non contradiction et du tiers exclu sont universellement admis. Le principe de bivalence est invalidé (la particule = onde et corpuscule) en l absence de référence à un dispositif d attestation. La probabilité est celle d un événement quila probabilité est celle d un fait dont l occurrence ou la non occurrence intersubjectivement survient ou ne survient pas de lui même. attestée est suspendue à l interposition d une certaine structure expérimentale. Tableau 1. Quelques éléments comparatifs entre mécanique quantique et mécanique classique d après Klein (1996), Chevalley (1995) et Bitbol (2000). [a] Principe de bivalence : «Quelle que soit la proposition p, p est soit vraie, soit fausse». Le principe de non contradiction rend mutuellement exclusives les deux valeurs de vérité (vrai/ faux); on peut dire : «Quelle que soit la proposition p, soit p est vraie et non p est fausse, soit p est fausse et non p est vraie» ou «Quelle que soit la proposition p (p ou non p) est vraie». En vertu du principe de bivalence, la disjonction d une proposition et de sa négation couvre exhaustivement le champ de vérité. Enfin, il n y a de place pour nulle tierce proposition (tiers exclu).

18 310 J. Vion-Dury métriquement réglée (son inversion) de l image des choses du monde extérieur. Ceci conduit à un changement de la manière de penser la relation homme / monde : l homme devient un spectateur muni d un appareil optique (l œil) et le monde, ce théâtre aux effets réglés par les mathématiques (pour revue, cf. Chevalley, 1995 ; Vion-Dury, 2008a). On a ici une illustration de la genèse et des conséquences de thèses physicalistes. Ce qui échappe à la conception cartésienne de l esprit est le fait que l esprit peut aussi se définir par ce que l on fait à l intérieur des possibilités offertes par l environnement et le groupe social. Dès lors, la notion de représentation nous gêne pour penser comment nous sommes inclus dans le monde, en quelque sorte enchâssés et aptes à y réaliser toutes sortes d adaptions dans lesquelles les processus représentationnels n ont pas forcément une grande part. Rien n indique, finalement, que notre comportement pratique puisse n être causalement expliqué que par les ressources cartésiennes telles que représentations, règles, procédures algorithmes etc. Ce type de critiques formulées par Ryle et Heidegger, notamment, conduit à une remise en cause du concept de représentation dont on trouve également une critique sévère chez Edelman (1990, p 360). 3. COGNITIVISME, CONNEXIONNISME ET SCIENCES COGNITIVES Nous avons vu qu il existe donc une sorte de circulation entre les conceptions de la philosophie de l esprit contemporaine et les sciences (psychologie, neurosciences, neuropsychologie) qui s intéressent à la cognition. Nous avons vu que la philosophie de l esprit contemporaine adopte une conception des processus de pensée sur la base des modèles des sciences cognitives construits autour des concepts de computation, de représentation et d information et qu elle promeut une conception psycholinguistique de l esprit. Il nous faut maintenant aller plus avant dans la description de ce que sont les sciences cognitives. On peut discerner deux grandes étapes dans la construction des sciences cognitives. La première, fondatrice, doit beaucoup à l émergence de la cybernétique et de l informatique (Andler, 2001 ; Dupuy, 1999,

19 Mécanisation ou incarnation , 2004) : il s agit du paradigme 11 computationnel-représentationnel (CR) ou paradigme cognitiviste. La seconde, plus tardive (vers les années 1970) a vu l apparition du paradigme connexionniste-émergent (paradigme C-E) (Roy et coll, 2004). Dans le paradigme cognitiviste, l information traitée est analysée au seul niveau strictement logique comme une évolution des états du calculateur universel qu est la machine de Turing et sans que la manière dont ces états sont obtenus ou réalisés (implémentés) dans une machine ou un organisme particulier soit envisagée. En revanche, le paradigme connexionniste insiste sur le niveau et le système dans lequel les calculs s effectuent et sont implémentés (Proust et Pacherie, 2004). Trois points essentiels sont à considérer. D une part, l on ne peut pas assimiler sciences cognitives et cognitivisme lequel n est qu une proposition (en général plutôt désormais abandonnée et historique) au sein des sciences cognitives (Andler, 1992), sous peine de faire une faute épistémologique. D autre part, il faut bien comprendre que ces paradigmes des sciences cognitives ont été développés par des psychologues et des philosophes de l esprit et non des neurobiologistes. Il s agit donc là de réflexions théoriques sur le fonctionnement de l esprit, en quelque sorte complètement désincarnées, au moins dans le cognitivisme classique (paradigme C-R). Enfin, ces deux paradigmes sont représentationnels Le paradigme computationnel-représentationnel (paradigme cognitiviste) Les postulats principaux de ces modèles cognitivistes initiaux sont, de manière résumée, les suivants (Andler, 1992, 2001 ; Dupuy, 1999, 2000, 2004 ; Roy et coll, 2004). On peut modéliser le fonctionnement cérébral comme celui d un calculateur, car la pensée est réductible à un calcul sur les symboles (ou computation) : «penser c est calculer». L esprit manipule des symboles discrets selon des ensembles de règles (voir tableau 2). Ces symboles assurent une représentation. 11 Ici, la notion de paradigme constitue peut-être un abus de langage. Le mot modèle serait plus adapté. Il n en est peut-être pas de même quand on parle de paradigme informationnel.

20 312 J. Vion-Dury Lieu d encodage de la connaissance Entités assurant les descriptions cognitives Niveau d analyse du paradigme Entités sémantiquement interprétables Contenu sémantique Paradigme C-R (symbolique) Dans les structures symboliques. Les symboles (au sens syntaxique ou sémantique). Conceptuel. Langage de la pensée Présent. Paradigme C-E (sub -symbolique) Dans la configuration des coefficients numériques d activation des divers processeurs connectés. Les constituants des symboles (activités des unités individuelles de transformation dans les réseaux). Sous-conceptuel. Activation d éléments individuels. Configurations d activités. Dans les expressions (ce qui est écrit sur le ruban de la machine de Turing). Dans les nœuds (unités ou ensemble d unités). Absent. Le système de règles Sur la manipulation symbolique. Sur la propagation de l activation. porte Représentations Locales, complexes. Distribuées, atomiques. Avec une structure logico-syntaxique. Sans structure logico-syntaxique. Les représentations manifestent une structure combinatoire de constitution Les représentations ne manifestent aucune structure combinatoire de constitution ou sémantique combinatoire. ainsi qu une sémantique combinatoire. Lois fondamentales Manipulation de symboles. Equations différentielles. Machine équivalente Machine syntaxique dont les transition Machine analogique. d état répondent au critère sé- mantique de cohérence. Machine de Systèmes dynamiques. Von Neuman, Machine de Turing. Variables Discrètes. Continues. Stockage Simple. Complexe: récupération de configurations d activités. Inférences Logiques. Statistiques. Contraintes Dures. Souples. Traitement Séquentiel. Parallèle. Mise en mémoire etsimple : dans un lieu et pour uncomplexe : activation d éléments de récupération contenu (indexation) : le contenu estplusieurs réseaux. L adresse est trouvée trouvé par l adresse. par le contenu. Combinaison des Par concaténation. Par superposition. unités sémantiques Niveau des interprétations Au niveau des nœuds individuels. Au niveau supérieur des schémas sémantiques. d activation. Processus mentaux Sensibles à la structure combinatoire Insensibles à la structure combinatoire des représentations qu ils manipulent. des représentations qu ils manipulent. Tableau n 2. Comparaison entre le paradigme représentationnel-computationnel et le paradigme connexionniste-émergent (d après Smolensky, 1992, Smolensky, 2003, Fodor et Pylyshyn, 2003).

21 Mécanisation ou incarnation 313 Le cerveau est alors compris comme une machine à traiter de l information (ce qu est un ordinateur) : on ne parle plus de champs de potentiels, de flux d électrons, mais de transfert d information, de code neural, de traitement du signal (visuel, auditif, etc.). La théorie de l information, qui est une théorie des circuits électriques (réseaux d impédances à relais ou commutateurs) (Dupuy, 1999), convient parfaitement à une électrophysiologie nerveuse généralisée. En raison de l importance de cette théorie, il est logique que de très nombreux ingénieurs ou informaticiens développent des programmes d intelligence artificielle visant, dans ce cadre théorique, à modéliser par ordinateur les procédures supposées de l esprit pour effectuer les opérations mentales. La pensée possède une structure logique et symbolique, en rapport avec la computation. Il en est de même pour le langage. Le langage est, dans la théorie cognitiviste de Pinker et Plotkin, de nature computationnelle et possède une structure modulaire au niveau syntaxique. Les pensées possèdent une structure syntaxique (en lien avec la représentation mentale correspondante) qui génère leur forme logique (Fodor, 2003). Dans cette conception, on peut construire des langages dans lesquels certaines caractéristiques des structures syntaxiques correspondent systématiquement à des quelques unes de leurs structures sémantiques, ce qui veut dire que la syntaxe encode la signification. Tous les langages artificiels utilisés en logique possèdent ces propriétés et les langues naturelles la possèdent en partie. Pour les cognitivistes, cette propriété constitue une caractéristique fondamentale du langage de la pensée (Fodor et Pylyshyn, 2003). Dans la conception chomskienne, dite «neurocompatible», le langage est programmé dans la cognition humaine et possède une base biologique (Pelletier, 2004). Comme un ordinateur, le cerveau est globalement constitué de modules théoriques assurant une fonction spécifique dans le traitement de l information. C est l hypothèse de la modularité (éventuellement massive) que nous aborderons plus loin. Autrement dit, le cognitivisme se fonde, selon Andler (1992, p ), sur 3 propositions : 1) le complexe esprit/cerveau peut être décrit à la fois a) sur un plan matériel ou physique (au sens large et étymologique de phusos = nature) et b) sur un plan informationnel (théorie de l information, ordinateurs) ou fonctionnel (fonctions mathématiques) indépen-

22 314 J. Vion-Dury dant du plan physique 12 ; 2) le niveau informationnel est caractérisé par des états internes ou mentaux. Ces états sont représentationnels (leur contenu renvoie à des entités externes, les représentations) ; 3) les états ou représentations internes sont des formules d un langage interne, proche de la logique formelle, sur lesquelles les calculs (sur les symboles) sont effectués. Ce langage de la pensée est construit sur les «lois de la pensée» de Boole 13. Le cognitivisme est donc un fonctionnalisme (proposition 1), représentationnel (proposition 2) computationnel (proposition 3). Pour Smolensky (1992, 2003), le paradigme C-R est appelé symbolique, parce que les descriptions cognitives sont constituées d entités qui constituent des symboles dans le sens sémantique (en référence à des objets externes dans une relation de dénotation), ou syntaxique (objet d une manipulation symbolique avec un ensemble de règles). Cette assimilation du cerveau à une machine logique calculant sur des symboles et traitant de l information semble s être faite au détriment de la polysémie et la richesse conceptuelle qui sous-tend le concept d information. Ainsi que le signale Rastier (2008), le cognitivisme ne reconnaît que deux types de signes : les signaux et les symboles, les autres signes étant réduits en signaux, lesquels sont des bits électromagnétiques et, pour les neurones, de simples potentiels d action. Le cognitivisme effectue une réduction des signes à leurs signifiants en accord avec la conception du positivisme logique dans laquelle le signe possède alors une définition purement physique : celle d un évènement physique particulier. Ainsi, Turing, Von Neuman et les promoteurs du paradigme C-R vont fonder l informatique sur le symbole, mais en oubliant la fondation sémantique de celui-ci (Triclot, 2007), ce qui conduira ainsi nombre de philosophes dont Searle à poser la question du sens du programme du cerveau-ordinateur. 12 C est en ce sens que l on peut accuser le fonctionnalisme d être une sorte de dualisme, car il sépare la structure physique de la fonction logique. 13 Le mathématicien autodidacte anglais Georges Boole publie en 1854 un livre intitulé «Une exploration des lois de la pensée sur lesquelles sont fondées les théories mathématiques de la logique et des probabilités» dont le projet logique, mathématique et philosophique consiste à dévoiler les lois ultimes des opérations de l entendement et de construire, sur leur fondement, l algèbre de la logique comme la mathématique même de l esprit humain.

23 Mécanisation ou incarnation 315 C est sur cette base théorique que s est développée, dans un contexte très pluridisciplinaire, l intelligence artificielle dont les robots tentent de mimer (avec un bonheur variable il est vrai) le fonctionnement cérébral, formant ainsi, après les automates du XVIII ème, siècle un avatar nouveau de la déclinaison du principe de Vico :«verum et factum convertuntur» : «ce qui est vrai et ce qui est fait seront convertibles» ou, autrement dit, «ce qui est fabriqué est vrai et nous ne pouvons connaître que ce nous fabriquons, ce dont nous sommes la cause» (Dupuy, 1999, p 16) Le paradigme connexionniste-émergent En 1943, Mac Culloch, présenta un modèle de cerveau comme un réseau de neurones idéalisé, dont le «perceptron» de Rosenblatt (construit entre 1957 et 1961) allait dériver. C est sur la base du «perceptron», formé de plusieurs couches de réseaux de neurones formels (théoriques) susceptibles d apprentissage, que s est développé le paradigme connexionniste-émergent (C-E). Dans ce paradigme basé sur des réseaux de neurones formels dans lesquels les neurones modèles (éléments computationnels) sont massivement interconnectés, penser c est calculer de manière massivement parallèle, les comportements émergeant du système de neurones (ou de computeurs élémentaires simples) connectés entre eux (Dupuy 2000, p. 60). Chaque connexion peut moduler l activité qu elle transmet aux unités en fonction d une propriété intrinsèque modifiable appelée «poids». La «machinerie» cognitive est conçue comme un système de larges réseaux d éléments de computation qui donnent naissance à un comportement dynamique régulier et typique dont les règles sont présentes aux plus haut niveaux de description (Roy et coll, 2004). Les éléments du réseau s influencent mutuellement. La force de connexion entre deux unités est la mesure de la relation statistique entre leur activité respective. La transmission d activation entre les neurones est une inférence statistique (Smolensky,1992). Dans le paradigme C E, les schèmes (concepts et catégories mentales), qui sont des paquets d information pré-organisée permettant de réaliser des inférences dans des situations stéréotypées, sont construits sur la base de la théorie de l harmonie et du meilleur ajustement (meilleur ensemble d inférences

24 316 J. Vion-Dury pour un problème statistique donné). Ce sont des formes très complexes de maxima d harmonie correspondant à des attracteurs des systèmes dynamiques (pour revue sur ces attracteurs, voir Nicolis et Prigogine, 1992, Stewart, 1994). Ce modèle, robuste, est utilisé avec succès dans des programmes d intelligence artificielle et de robotique. Les systèmes C-E, capables d apprendre, effectuent des tâches de reconnaissance de forme et présentent une flexibilité bien supérieure à celle des premiers modèles informatiques issus du modèle C-R. Le modèle C-E intègre également la notion de sociétés d agents, des inférences statistiques, voire des logiques très complexes (floues ou modales) (voir tableau 2). Dans sa version la plus récente, ce modèle prend en compte le caractère non linéaire (chaotique) et dynamique (cf. pour revue sur la non linéarité et le chaos : Nicolis et Prigogine, 1992 ; Lurçat, 1999) des processus neuronaux et cognitifs. Deux concepts fondamentaux, en lien avec la complexité de ces systèmes, font également partie de ce paradigme : a) l émergence des structures ou entités de haut niveau à partir de structures de bas niveau, et b) l auto-organisation 14. Ces concepts offrent de nouvelles perspectives explicatives dans le domaine des (neuro)sciences cognitives. Dans ce paradigme, la notion d information, parce que modification de la configuration d évènements, n est plus la même que dans le paradigme C-R et elle se rapproche du changement de forme (cf. 4.1). Le paradigme C-E, comparativement au paradigme C-R, est dit paradigme sub-symbolique, les entités assurant les descriptions cognitives correspondant à des constituants de symboles (qui sont des unités individuelles de transformation dans les réseaux connexionnistes) utilisés au sein du paradigme symbolique. En réalité le paradigme connexionniste remet en question le rôle syntaxique et sémantique du langage dans les modèles cognitifs formels (Smolensky, 2003). Décrivant les processus au niveau sous-conceptuels, le paradigme C-E s avère dès lors incompatible avec le paradigme C-R. Malgré le caractère partiellement «neurocompatible» des modèles 14 Elle correspondra, dans le domaine biologique, à l autopoïèse (autoproduction de molécules ou de propriétés nouvelles émergentes)

25 Mécanisation ou incarnation 317 connexionnistes (cf 4.1), Smolensky (2003), un des théoriciens du connexionnisme, soutient que ces modèles, d une part n ont pas le pouvoir computationnel suffisant ni sont assez solides pour modéliser les taches cognitives de niveau supérieur et que, d autre part, le lien entre modèles connexionnistes et observations empiriques de la neurophysiologie n est pas si clair Une certaine conception de l esprit Les propositions théoriques des deux paradigmes C-R et C-E conduisent à une conception particulière de l esprit. Nous avons signalé le caractère psycholinguistique conféré à ces conceptions ainsi que le rôle du calcul logique sur des symboles représentant le monde. Ces propositions ou hypothèses sur le fonctionnement de l esprit humain ont deux conséquences particulièrement intéressantes : a) la conception du cerveau comme ordinateur et, b) l affirmation d une modularité massive des processus de computation dans cet ordinateur-cerveau La généralisation du paradigme informationnel ou le problème du cerveau-ordinateur Selon le paradigme cognitiviste (symbolique), le cerveau est donc une machine qui opère des calculs sur les symboles, lesquels ont une fonction représentationnelle. Cette conception computationnelle-représentationnelle reste très prégnante dans le vocabulaire actuel des neurosciences cognitives. Sans doute, sous l influence du paradigme C-E, le calcul opéré sur les représentations apparaît beaucoup plus complexe que dans le paradigme cognitiviste (cf. tableau 2) et il s opère à un niveau sub-symbolique. Mais calcul et représentation restent au centre de la conception du fonctionnement cognitif et de l esprit. En d autres termes le cerveau est un ordinateur représentationnel. Il y a deux manières de concevoir les choses. Soit l on soutient que la thèse suivant laquelle l esprit possède une architecture d ordinateur classique constitue une hypothèse empirique littérale (Pylyshyn, 1984, cité par Fordor et Pylyshyn, 2003, p. 320), soit on considère qu il s agit d une métaphore utile pour tenter de comprendre ce qui se passe (Andler, 2001). Si l on adopte la première position, on opte alors pour un réduc-

26 318 J. Vion-Dury tionnisme massif et (sans doute) dogmatique (tel qu il a été évoqué plus haut). Si l on adopte la seconde position, on est en danger permanent de prendre la métaphore au sérieux. C est ainsi que pour certains scientifiques et spécialistes du domaine, qui, de plus, utilisent une informatique désormais omniprésente dans leurs recherches, tout se passe comme si la métaphore était clairement prise comme un acquis scientifique, voire un fondement assuré de leur travail, bien qu au fond ils n opteraient pas pour la première position et son réductionnisme extrême. De toutes les manières, et indépendamment de cette difficulté, parce que rendue séduisante par son caractère logico-mathématique, la métaphore du cerveau-ordinateur oriente nombre de sujets de recherche et définit le cadre épistémologique même de ces sujets. Le plus problématique, sans doute, est que cette métaphore prise au premier degré et sans l appareil critique nécessaire, parce qu elle possède un caractère didactique évident, tend à diffuser telle quelle auprès du grand public par le biais de médias spécialisés ou non. Ceci a pour conséquence de donner une représentation simpliste de la réalité du cerveau à des consommateurs à qui l on veut probablement épargner tout doute et tout questionnement (Freund, 1991 ; Clerget, 2008) : dès lors l opinion commune veut que le cerveau soit un ordinateur, certes un peu compliqué, mais un ordinateur quand même. Cependant, si l on accepte, selon une thèse ou une autre (hypothèse empirique ou métaphore), l idée du cerveau-ordinateur, c est-à-dire le modèle computationnel de la pensée, on doit tenir compte du fait qu on ne peut éliminer une version beaucoup plus sophistiquée des processus impliqués dans la pensée, qui relèveraient, par exemple, d un fonctionnalisme quantique. Et donc, si nous devons modéliser le cerveau sous forme de calculateur, alors il nous faut désormais utiliser le modèle des ordinateurs quantiques dont les possibilités et les comportements n ont rien à voir avec nos réseaux de neurones formels. Ces ordinateurs utilisent comme unité d information non plus le bit mais le Qbit. La succession de 0 et 1 qui caractérisent l information dans une machine de Turing est remplacée par une combinaison linaire de 0 et de 1, l information étant donnée comme superposition de différents états. Dans cet ordinateur, n bits peuvent coder 2 n valeurs (Raimond, 1999). La réussite récente des premières expériences de téléportation et de cryptage quantique (Bouwmeeqter and coll, 1997) augure bien de la faisabilité future de tels ordi-

27 Mécanisation ou incarnation 319 nateurs. Ceci implique qu il nous faudra abandonner l approche computationnelle non quantique en faisant le deuil (probablement douloureux) de nombreuses modélisations en intelligence artificielle. Confrontés à la mécanique quantique appliquée aux ordinateurs, nous retrouvons, sous un autre mode, l aporie incontournable du réductionnisme face à une matière qui lui échappe et à une physique qui n est plus celle sur laquelle il était initialement fondé. Enfin, on peut remarquer non sans quelque malice, que, finalement, les modèles computationnels fondés sur une structure logico-sémantique échouent paradoxalement, en tout cas pour l instant, à modéliser correctement le langage vivant. De ce point de vue, les difficultés et les résultats souvent décevants des logiciels de reconnaissance vocale (qui nécessitent un apprentissage du locuteur et fonctionnent sous des contraintes assez sévères) constituent un argument assez fort en faveur de l échec du paradigme computationnaliste. Enfin, la généralisation du modèle informationnel et du cerveauordinateur soulève également trois autres questions particulièrement épineuses: - si programme informatique il y a, qui l aurait écrit? Cet argument va contre l option matérialiste du modèle et invalide au moins l hypothèse que le cerveau est un ordinateur classique ; il mène également très (trop) loin dans les conclusions philosophiques, métaphysiques voire théologiques qu il faudrait en tirer (pour une discussion sur ce thème voir Arsac, 1998); - en admettant qu il y ait un programme informatique écrit par quelqu un, comment donnerait-il du sens? C est l argument de la chambre chinoise de Searle 15. En réalité l hypothèse cognitiviste, en insistant sur 15 Argument de la chambre chinoise : un sujet est enfermé dans une pièce comportant une série de boîtes de symboles chinois(banque de données). On communique au sujet quelques bribes de symboles chinois(questionnaire en chinois) et il doit chercher dans un livre de règles(le programme) ce qu il doit faire. Il accomplit certaines opérations à partir des symboles conformément aux règles (étapes du programme) et il renvoie quelques bribes de symboles aux personnes extérieures à la pièce(réponses aux questions). Donc le sujet exécute un programme de réponses à un questionnaire en chinois, alors qu il ne comprend pas un mot de chinois. Conséquences: si le sujet ne comprend pas uniquement le chinois sur la base de l exécution d un programme d ordinateur, alors aucun autre ordinateur numérique ne le fait davantage sur cette seule base, car aucun ordinateur numérique n a quoi que ce soit que le sujet n ait pas. Conclusion: «Lasimple manipulation de symboles formels n estpasensoietparsoiconstitutivedelapossessiond uncontenusémantique;pas plusqu ellene suffit par elle même à garantir la présence de contenu sémantique.» (Searle, 1999, pp ).

28 320 J. Vion-Dury le fait que la structure syntaxique correspond fréquemment à la structure sémantique, ou si l on préfère, que la syntaxe encode la signification, tend à confondre signification (au sens Saussurien de ce qui est en lien avec le sens pour un sujet) et dénotation (au sens de Frege, qui correspond à une relation de référence) (cf. Goodman, 1984). Le paradigme informatique manipule par exemple un texte (une série de symboles) dont les mots (les symboles) ne signifient pas mais désignent dans une relation de détonation (Arsac, 1998) ; - d après Penrose (1995) il existe une impossibilité de principe que la compréhension (l intelligence) humaine puisse être simulée par un quelconque dispositif algorithmique (ce qu est par exemple une machine de Turing). Cette non calculabilité des phénomènes mentaux est, selon lui, la conséquence du théorème de Gödel qui postule que l on ne peut tout dire d un système formel si l on reste dans ce système formel, ou, autrement dit, qu un système formel ne peut être à la fois consistant (cohérent) et complet (capable de tout décrire) (Nagel et coll, 1989). Or les paradigmes computationnels constituent des systèmes formels qui, s ils veulent tout décrire, contiennent donc leur propre incohérence. Cependant la position de Penrose a été et reste discutée 16. Il est vrai qu elle met en cause le fondement même des modèles computationnels de l esprit La modularité massive La modularité postulée en sciences cognitives dérive de la modularité postulée dans la structure du langage conçu comme un système de centres de traitements reliés entre eux par des voies de communication de l information (Coltheart et Davis, 1992). Fodor, le théoricien de la modularité, est en fait un philosophe du langage. Pour Chomsky, un autre théoricien de la linguistique, la modularité présente un double aspect : a) la modularité de la grammaire des langues (modules de grammaires) et b) la modularité des systèmes cognitifs. Un système cognitif est considéré comme modulaire quand il peut être correctement décrit dans les termes d une analyse d une tâche articulée. La 16 La question de «quand» les évènements mentaux surviennent pourrait être de nature essentiellement algorithmique, alors que le processus lui même ne l est pas (controverse Putnam-Penrose, cf. Schwartz, 2004).

29 Mécanisation ou incarnation 321 conception modulaire de Marr, légèrement différente, consiste à considérer que le traitement de l information dans un système cognitif est exécuté par un ensemble de parties relativement indépendantes les unes des autres. Finalement on peut considérer 3 types de modularité : une modularité selon Chomsky, en lien avec la grammaire dans lequel le module est une base de données (linguistiques) innée (Fodor, 2003, p. 98), une modularité liée au traitement de l information (selon la conception de Marr) et la troisième, correspondant à ce qui se passe au niveau du fonctionnement cérébral (en quelque sorte une modularité neurologique ou neuropsychologique). Fodor, dans ses travaux initiaux, avait développé une théorie de la modularité (appliquée au langage) caractérisée par le cloisonnement informationnel. Selon lui, les modules sont spécialisés dans le traitement de l information, ils sont automatiques, ils sont peu accessibles à la conscience, leur fonctionnement est rapide, ils sont associés à des structures neuronales fixes et leurs défaillances présentent des configurations caractéristiques et particulières. Les modules sont computationnellement structurés. Parce que la modularité s adaptait parfaitement à la conception computationnelle de l esprit, la théorie modulaire a bénéficié d une grande popularité chez les chercheurs, jusqu à aboutir à la notion de modularité massive, par exemple, pour les phénomènes perceptifs (Triesman, 1992). Or, récemment, Fodor (2003), que l on ne peut suspecter a priori d être un contempteur de la modularité, allait formuler une critique extrêmement sévère de la conception modulaire de l esprit et plus particulièrement l orienter contre la généralisation massive du caractère modulaire du fonctionnement cérébral. Son argumentaire est centré sur l impossibilité de théoriser ou modéliser l arrière-plan (autobiographique, social, culturel) des pensées et des raisons d émettre des théories, c està-dire de théoriser ou modéliser le contexte des états mentaux. Les raisons d émettre des théories (inférences abductives) sont, en effet, fréquemment sensibles au contexte. Si l on veut, en intelligence artificielle, modéliser des raisons d émettre des théories (abductions) fiables, il faut connaître l ensemble de l arrière-plan des engagements épistémiques (connaissances, croyances) ce qui est impossible. Inversement, si on veut modéliser des raisons d émettre des théories (abductions) faisables, on

30 322 J. Vion-Dury ne peut consulter qu un petit sous-ensemble de croyances d arrière-plan pertinentes: la question se pose de savoir lesquelles ; et si le choix est limité (ce qu il est forcément), la validité de la modélisation est discutable. C est ce qu on appelle le problème du cadre de référence. Ainsi que Fodor nous le dit : «c est à cause du problème du cadre de référence (problème de l arrière-plan des engagements épistémiques) que nos robots ne marchent pas.» (Fodor, 2003, pp ). Cet argument constitue un argument de principe et non de simple incomplétude 17 contre la modélisation des processus de pensée. Le problème du cadre de référence, ou plus généralement celui de l impossibilité de modéliser les raisons d émettre des théories et leur caractère contextuel, invalide (d après Fodor) la thèse de la modularité massive dans son principe même 18. La critique de Fodor concernant la modularité massive va même extrêmement loin. Elle souligne le problème très difficile du caractère global ou local des processus mentaux : «La modularité massive est vraisemblablement l une manière d éviter de faire face à l abduction et à la globalité. C est une stratégie destinée à s accrocher à la thèse selon laquelle les processus mentaux sont dans leur ensemble déterminés par des propriétés locales des représentations mentales» (Fodor, 2003, p. 65). 4. DES SCIENCES COGNITIVES AUX NEUROSCIENCES COGNITIVES : L IMPLEMENTATION DES MODELES DANS L ORGANE Le passage des sciences cognitives aux neurosciences cognitives soulève la question de savoir comment ces modèles théoriques de la cognition (C-R, C-E) peuvent être implémentés dans un cerveau réel et donc 17 Bien que l on puisse remarquer la proximité de cet argument avec celui du théorème de Gödel. Cependant, sauf erreur de notre part, Fodor n y fait pas allusion dans son livre. 18 Dès 1983, Fodor concluait: «il n y a pratiquement pas d évidence directe, pour ou contre, sur le fait de savoir si les systèmes centraux sont modulaires [le fait que] notre science cognitive n a fait approximativement pas de progrès en étudiant ces processus pourrait être en relation avec leur non modularité». (Fodor (1983), cité par Uttal, 2001 : pp 96-99).

31 Mécanisation ou incarnation 323 incarnés dans une masse organique formée de neurones connectés 19. C est, en fait, la tentative d une partie des neurosciences cognitives que de réaliser la jonction entre ces paradigmes et le fonctionnement cérébral Les conditions de l implémentation des modèles dans le cerveau Désormais, la majorité des chercheurs rejettent le postulat C-R, pour s orienter vers le modèle C-E qui semble, on l a vu, bien plus compatible avec ce que l on sait du fonctionnement neuronal que le paradigme cognitiviste. Notamment, le caractère dynamique (et chaotique au sens mathématique) du fonctionnement des réseaux de neurones est désormais complètement intégré à la structuration des expériences empiriques et à leur interprétation. L histologie cérébrale elle même, en détaillant les afférences et efférences des neurones des différentes structures, semble aller dans le sens même du connexionnisme. D ailleurs, Fodor et Pylyshyn (2003) soutiennent que le paradigme connexionniste n est pas autre chose qu une théorie concernant la manière dont les systèmes cognitivistes doivent être implémentés, soit dans des cerveaux réels, soit dans une sorte de neurologie abstraite. Ceci requiert de réaliser une corrélation plus ou moins étroite entre les réseaux connexionnistes et les structures anatomiques (histologiques) du cerveau, ce qui constitue le domaine de la neuropsychologie. Ce projet, qui consiste à faire rentrer la production des états mentaux dans des structures cérébrales précises, est appelé «neurologisme» et représente le point de vue majoritaire chez les neuroscientifiques. Tout d abord, sur un plan théorique, il est essentiel de noter que les unités sub-symboliques des modèles C-E ne sont pas forcément les unités neuronales : ces unités pourraient être le potentiel d action du neurone, le taux d activation d un neurone ou de plusieurs neurones, ou des combinaisons neurono-gliales. Ce qui semble commun au fonctionnement du cortex cérébral (en tout cas à ce qu on en connaît actuellement) 19 La modélisation des fonctions (cognitives) est appelé le plus souvent «intelligence artificielle». La modélisation des structures (le cerveau) est appelé «neurocalcul» (Andler, 2001).

32 324 J. Vion-Dury et aux systèmes connexionnistes dynamiques du paradigme C-E c est : a) le fait que les états (des neurones du cortex, ou des systèmes connexionnistes) soient définis par des variables continues, b) que ces variables d état changent continuellement, c) que le siège du savoir correspond aux paramètres variables des interactions entre les neurones, d) qu il existe un très grand nombre de variables d état, et e) que la complexité interactionnelle est très grande. En revanche, par rapport aux modèles connexionnistes, le cortex cérébral diverge par : a) la localisation spatiale des neurones, leurs connexions denses et inhomogènes avec des neurones proches ou éloignés, b) la localisation non homogène des synapses sur le neurone, ce qui affecte considérablement les signaux, c) la complexité des projections (interactions) distales entre aires cérébrales, d) la médiatisation de l interaction distale par des signaux discrets, e) les interactions complexes des signaux dans un seul neurone (on rappelle qu un seul neurone pyramidal du cortex reçoit en moyenne 10 4 synapses) et, f) la présence de plusieurs types de signaux de nature différente au sein d une synapse (par exemple neuromédiateurs, protéolipides, facteurs de croissance ) (Smolensky, 2003). Cette implémentation des modèles cognitifs dans un cerveau réel ne peut pas se faire sans importer en neurobiologie certaines caractéristiques des paradigmes de la psychologie cognitive dans le domaine des neurosciences. En partant de l analyse, présentée plus haut, des deux grands modèles théoriques de la cognition humaine tels qu ils ont été développés dans les dernières décennies, nous voudrions soutenir que les neurosciences cognitives, fondamentales et cliniques, ont adopté de manière massive deux concepts assez centraux du cognitivisme (et le vocabulaire afférent) en postulant que : a) le cerveau est une machine à traiter des informations sur la base de réseaux de neurones cellulaires (par opposition à des neurones formels ou théoriques) largement distribués, b) le cerveau est construit selon un schéma modulaire, chaque module assurant une fonction localisée dans un endroit (ou quelques endroits) de la masse cérébrale. Ces deux lignes de forces qui structurent la conception que l on a du cerveau, d une part, constituent en quelque sorte des «lieux communs» des neurosciences cognitives contemporaines et, d autre part, ne sont pas partagées par tous les chercheurs, les spécialistes les plus sérieux et les plus expérimentés des diverses disciplines avouant le plus souvent que

33 Mécanisation ou incarnation 325 cette simplification du fonctionnement cérébral n est pas satisfaisante, mais qu elle permet à la fois de concevoir des expérimentations (fonction heuristique du modèle) et de se donner finalement un vocabulaire commun permettant de parler ensemble d une complexité dont la réalité même nous échappe (fonction communicationnelle du modèle). En d autres termes, tous ne prennent pas les modèles au premier degré, même si beaucoup de chercheurs (parmi notamment les plus jeunes) tendent à considérer que le cerveau est une machine modulaire à traiter des informations La généralisation du paradigme informationnel en neurosciences Ce qui est le plus frappant dans les laboratoires de neurosciences comme dans les services de neurologie et parfois de psychiatrie, c est la généralisation du vocabulaire informationnel en lien avec le paradigme du même nom 20, malgré le fait que, finalement, ces conceptions cognitivistes ou connexionnistes de l esprit restent des approches toutes théoriques et des hypothèses quant au fonctionnement de celui-ci (Roy et coll, 2002). Par conséquent, en pratique, dans l interprétation des résultats d expériences empiriques, dans la conception des tests neuropsychologiques, dans l enseignement de la psychologie cognitive ou des neurosciences, le cerveau est considéré, sans plus de critiques ou de nuances, comme un système expert de traitement de l information assez similaire aux machines utilisées en télécommunications ou dans les domaines militaires (analyses des signaux sonar et radar). Deux paradigmes se mélangent alors: le paradigme mécaniste inauguré par Descartes dans le célèbre passage sur la montre 21, et le paradigme informationnel, décrit plus haut (pour revue, cf. Vion-Dury, 2008a). Alors que l on pourrait imaginer un paradigme informationnel généralisé dans lequel l information serait 20 Il suffit de lire des livres de neurophysiologie des années 1970 pour se rendre compte de l évolution sémantique concernant le système nerveux, et plus précisément le message nerveux.. 21 «Jugeons que le corps d un homme vivant diffère autant de celui d un homme mort que fait une montre ou un autre automate (c est-à-dire une machine qui se meut soimême) lorsqu elle est montée et qu elle a en soi le principe corporel des mouvements pour lesquels elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son action, et la même montre ou autre machine, lorsqu elle est rompue et que le principe de son mouvement cesse d agir» (Descartes R. Les passions de l âme ; I, 6).

34 326 J. Vion-Dury comprise au sens fort, comme in-formation, modification de la forme (conception Gestaltiste) et comme finalement modification massive de larges configurations d activités (assez proche de la conception connexionniste), le réductionnisme physicaliste appliqué aux sciences cognitives opère, nous l avons vu plus haut, avec une définition restrictive de l information (Rastier, 2008). Une illustration très démonstrative de cet «envahissement» des neurosciences cognitives par le paradigme informationnel est la conception standard de la mémoire, avec une mémoire de travail et une mémoire à long terme dont la fonctionnalité et la structure sont calquées sur l accès à l information stockée dans les ordinateurs. Dans ce modèle standard, le rappel mnésique est compris comme l extraction de l information à partir de données indexées dans un disque dur (pour revue voir Gazzaniga et coll, 2001 ; Vion-Dury 2008b), plutôt que comme l activation simultanée de configurations données de réseaux de neurones comme il semble que fonctionne la mémoire des experts (Didierjean et coll, 2004). Or il semble que dans la majorité de nos tâches quotidiennes, nous soyons des experts Modularité et localisme La modularité massive des processus de l esprit postulée par les tenants du cognitivisme semble trouver sa confirmation (ou son ancrage organique, ou sa correspondance) dans la neuropsychologie, qui s est développée approximativement à la même époque grâce aux moyens de l imagerie médicale et notamment l imagerie fonctionnelle, et qui semble démontrer que chaque module (de traitement d information) est localisé dans une structure cérébrale. On doit donc différencier l hypothèse de la modularité de celle du localisme. La doctrine appelée localisme est un avatar moderne de la phrénologie du XIX ème siècle (Uttal, 2001) : elle consiste à faire l hypothèse que les fonctions cérébrales sont localisées dans des endroits précis (et spécialisés) de l encéphale. L ensemble des études actuelles de neurosciences cognitives utilisant les méthode d imagerie fonctionnelle (caméra à positons et surtout IRM fonctionnelle) adhèrent au paradigme localiste. Et donc, d une certaine manière, comme il n est pratiquement plus de programme de recherches en neurosciences cognitives qui puisse se faire sans une étude associée en imagerie fonctionnelle, le postulat localiste

35 Mécanisation ou incarnation 327 est en réalité désormais le postulat majoritaire des neurosciences cognitives, fondamentales et cliniques. La prégnance de l image, sa puissance apparente de démonstration font que, désormais, le cerveau semble constitué d une multitude de petits modules (ou de réseaux de modules) localisés anatomiquement et chargés d une fonction et dont l activation isolée ou conjointe est supposée pouvoir donner une explication à des processus aussi complexes que la conscience, par exemple. Le rôle des chercheurs est surtout de trouver la bonne technique de stimulation qui «allume» 22 les modules potentiellement concernés par la fonction cérébrale révélée par le protocole de stimulation cognitive. Tout se passe comme si à la modularité théorique des fonctions cognitives devait correspondre la modularité anatomique (neuropsychologique) qu il convient simplement de démontrer par l imagerie, avec un bon protocole d activation qui correspond à la mobilisation de la fonction supposée. A titre d illustration, on trouvera dans l article de Koelsh et Siebel (2005) sur les bases neuronales de la perception musicale, un exemple à plus d un titre caricatural d un localisme modulariste. La neuropsychologie se fonde sur cette double hypothèse modulariste et localiste. Cette doxa du «localisme modulaire», appuyée par la technologie des images reçoit en définitive peu de critiques. Il nous semble cependant que cette opinion majoritaire peut être questionnée à plus d un titre. La critique soulevé par Fodor (2003) et déjà mentionnée, qui montre la non possibilité théorique que l esprit fonctionne comme un système massivement modulaire, devrait s appliquer directement au transfert de la modularité dans l organe cérébral. Si la modularité massive n a pas de sens théorique, elle n a pas de raison non plus d en avoir sur le plan empirique. Et d ailleurs, quand on demande à des sujets d effectuer des tâches complexes, que l on pourrait qualifier d écologiques, il existe de nombreuses zones cérébrales simultanément activées, ce qui réduit de manière significative l impact d une théorie modulaire et localiste des fonctions cérébrales. Le localisme promu par l IRMf pose de nombreux problèmes 22 C est le langage quotidien des chercheurs utilisant l IRMf : «allume» remplace volontiers «active». La présence d une conception implicite de circuiterie électrique cérébrale est ici patente.

36 328 J. Vion-Dury qui relèvent à la fois : a) du seuil de détection de l activation (métaphoriquement on pourrait dire que l IRMf ne voit que les sommets des montagnes et non les montagnes elles-mêmes, pas plus que les collines ou les plaines, et tend à conclure que les plaines n existent pas). Ce n est pas en effet parce que des zones ne sont pas vues en I IRMf qu elles ne sont pas activées à un degré moindre et que cette activation n est pas fondamentale pour le processus cognitif étudié (ce caractère binaire de l activation est d ailleurs relativement incompatible avec les processus de neuromodulation); b) de la non détection des processus inhibiteurs et de leurs conséquences sur les activations observées ; et c) du lien véritable entre débit sanguin cérébral et activation neuronale, notamment quant à sa dynamique temporelle. Les découvertes les plus récentes montrent que tous les cortex sensoriels sont en fait multimodaux (Ghazanfar et Schroeder, 2006) et que les opérations corticales sont également multisensorielles, suggérant que l on doit abandonner l idée que des modules visuels, par exemple, seraient indépendants de la modalité auditive ou même de l action motrice. Il en est de même pour les cortex moteurs, en fait sensori-moteurs. Les méta-analyses des résultats d IRM fonctionnelle, par exemple sur le langage, montrent que ce sont plutôt des réseaux neuronaux à large échelle qu une organisation modulaire qui semblent être impliqués (Vigneau et coll, 2005). Elle vont plutôt contre l hypothèse de la modularité des systèmes cognitifs linguistiques de Chomsky. Il existe une certaine contradiction entre, d une part, un localisme affirmé des fonctions cérébrales (sous la double hypothèse que les fonctions cérébrales existent et sont pertinentes pour décrire les processus cognitifs et que ces fonctions seraient localisées dans le cerveau à des endroits extrêmement précis) et, d autre part, l hypothèse qui vient du paradigme C-E de réseaux massivement parallèles, très connectés, voire diffus. L inférence des déficits pathologiques aux structures psychologiques sous-jacentes (méthode anatomoclinique, utilisation des dis-

37 Mécanisation ou incarnation 329 sociations 23 en neuropsychologie) est très discutable et n est valide que sous l hypothèse de la modularité. Si l hypothèse de la modularité est fausse, la neuropsychologie s avèrera mal fondée, voire largement inexacte (Barberousse et coll, 2000, p. 251). La présentation des troubles du seul point de vue déficitaire, en négligeant les compensations, conduit, en outre, à la mécompréhension probable d une grande partie des processus sous-jacents (cf. Goldstein, 1983) Les fonctions cérébrales existent-elles? Dans cet ensemble de critiques il en est une cependant qui nous semble particulièrement stimulante, c est celle qui concerne les composants de l activité mentale, ou si l on veut les fonctions cognitives (ou cérébrales). Uttal (2001) note qu il n y a jamais eu d accord sur ce que sont les composants de l activité mentale. Pour lui, de nouveaux composants sont régulièrement ajoutés de manière ad hoc lorsque de nouvelles méthodes (IRMf par exemple) sont introduites ou de nouvelles théories psychologiques développées. De nombreux nouveaux composants de l activité mentale sont ainsi créés plus en raison de théories préexistantes ou de protocoles expérimentaux qu en raison de découvertes empiriques, sauf en ce qui concerne les domaines moteurs et sensoriels dans lesquels il y a suffisamment d ancrage au monde physique pour permettre aux chercheurs de réaliser des inférences qui peuvent être soutenues substantiellement et localisées dans des structures cérébrales bien définies (Fodor ne soutient d ailleurs pas autre chose). Mais, d après Uttal, on ne peut généraliser cette localisation aux processus cognitifs de haut niveau. Cet auteur suggère ainsi que les composants psychologiques ne seraient finalement que des constructions hypothétiques créées pour rendre élémentaire ce qui est une entité unifiée trop complexe. Pour lui, la solution 23 Si l on postule l existence de 2 systèmes ou sous-systèmes distincts et indépendants (A et B), on s attend à ce que les patients chez qui le système A a été sélectivement lésé et dont le système B est resté intact présentent des performances déficitaires dans une tâche (a) relevant de A mais pas dans une seconde (b) relevant de B (dissociation). Quand on trouve un second patient chez qui le système B est sélectivement lésé mais pas le système A, avec un déficit pour la tâche (b) mais pas pour la tâche (a), on parle de double dissociation. La double dissociation est considérée le cas de figure le plus fiable pour isoler les systèmes ou sous-systèmes cognitifs.

38 330 J. Vion-Dury de facilité «résiderait dans le fait de penser avec des composants et des facultés plutôt que de répondre de manière conclusive à la question de leur existence dans un corps». Pour illustrer le point de vue de Uttal, posons-nous la question de la présence réelle de la Grande Ourse, dans le ciel. Nous sommes tous d accord que la Grande Ourse n existe pas et qu il ne s agit que d une convention (ou d une tradition) qui fait que la vague casserole dessinée en reliant certaines étoiles par des traits virtuels est dite «Grande Ourse». Ainsi en est-il sans doute des composants de l activité mentale. Ils n existent peut-être pas et seul notre besoin de séparer pour comprendre les construit, artificiellement. Au sens plein, ce sont probablement des artéfacts. En somme, si l on peut admettre le caractère local et modulaire des processus de bas niveau et dans les aires primaires (et ceci doit être encore discuté), ce caractère ne semble pas être valide pour les processus de haut niveau surtout s ils concernent des fonctions qui n existeraient pas Sur un plan épistémologique cette conception modulaire et localiste résulte d une attitude qui réunit les conceptions atomiste (théorie démocritienne) et associationniste. C est ainsi que W. James critique de la manière suivante cette double approche : «Ils commencent par «des idées simples de sensations» qu ils considèrent comme autant d atomes pour élaborer ensuite des états supérieurs de l esprit à partir de leur «association» ou leur «intégration» ou de leur fusion comme on construit une maison en assemblant des briques Cela nous engage dans une théorie très discutable selon laquelle nos états de conscience supérieurs sont des combinaisons d unités La méthode qui consiste à aller du simple au compliqué est illusoire 24 [Ce que l on connaît ] immédiatement ce sont les états mentaux concrets et globaux [et non] un ensemble d idées censées être «simples», avec lesquelles [on] se trouve à la merci de n importe quelle expression plausible pour désigner leurs interactions 24 Ce que critique James est en fait l application aux processus de l esprit, des propositions du Discours de la méthode de Descartes : «de diviser chacune des difficultés que j examinerais en autant de parcelles qu il se pourrait et qu il serait requis pour mieux les résoudre. [ ] De conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître pour monter peu à peu, comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés.» (Descartes, 1970, p. 45).

39 Mécanisation ou incarnation 331 supposées.» (cité par Depraz, 2006, p. 120). Fodor ne soutient pas autre chose quand il affirme : «le connexionnisme est la forme dégénérée de l empirisme selon lequel l association demeure la relation causale de base entre les entités mentales particulières, alors que les pensées n ont ni structures, ni constituants» (Fodor, 2003, p. 181). 5. PROPOSITIONS ALTERNATIVES AU SEIN DES SCIENCES COGNITIVES Les critiques sévères concernant à la fois la conception computationnelle de l esprit et son mode d «incarnation» dans des structures localisées et modulaires a conduit divers théoriciens à proposer des conceptions alternatives. Celles-ci tentent de préciser les modalités de cette incarnation des processus de pensée et de l esprit. Ces alternatives intègrent, à des degrés divers, des approches voisines du connexionnisme, mais avec une conception du fonctionnement des neurones en réseaux dont il n est pas certain qu ils correspondent à ceux (théoriques) du connexionnisme. D autres se rapprochent plutôt d une conception modulaire et localiste. Bref, dans ce domaine, les points de vue sont loin d être stabilisés ou même consensuels, d autant que les découvertes de la neurochimie et de la génétique nous obligent à intégrer d une manière ou d une autre les concepts de neuromodulation ou de plasticité 25, par exemple. On notera également que ces propositions alternatives visent souvent à inclure les composantes émotionnelles, végétatives et autobiographiques dans les paradigmes théoriques des sciences cognitives quand ils sont incarnés. Car effectivement ces composantes manquent dans le paradigme cognitiviste. 25 Pour Debono (2006), la plasticité apparaît non pas comme une propriété émergente ou systémique, mais comme une propriété inductrice et structurante rendant compte de l évolution spécifique des systèmes particuliers. La liaison de la plasticité du sujet avec celle du monde décrit véritablement ce qu est l expérience humaine et ce concept éminemment transversal permet enfin de dépasser les dualités (type inné-acquis ). Pour lui, il s agit là d un véritable paradigme, au sens de Kuhn.

40 332 J. Vion-Dury Deux types principaux de propositions alternatives sont disponibles : a) des propositions qui interprètent autrement les processus cérébraux et, b) des propositions qui se fondent sur une autre approche physique D autres compréhensions des processus cérébraux Damasio ou la généralisation des cartes La proposition de Damasio (1999) se situe plutôt dans le courant du neurologisme et plus particulièrement dans celui d une neuropsychologie en quelque sorte étendue aux phénomènes de conscience, tout en rejetant les approches cognitivistes. Le concept central de Damasio est celui de cartes sensorimotrices sous-tendues par des configurations neuronales qui correspondent à des configurations mentales, supports de l image d un objet (au sens large). De telles cartes sont disponibles aussi bien pour la représentation du corps selon des images visuelles, auditives, tactiles et viscérales. Elles permettent, dans leur multiplicité et leur articulation, la genèse d un Soi central et d un Soi autobiographique. D une certaine manière la proposition de Damasio est celle d une neuropsychologie plus incarnée, moins modulariste, mais plutôt localiste. Elle a l avantage d intégrer les phénomènes émotionnels et les informations provenant des systèmes végétatifs, émotionnels et somato-sensoriels dans la génèse et la régulation des processus de pensée Darwin au pays des neurones : la position d Edelman Plus originale est la conception d Edelman, dont la théorie s articule sur le phénomène de sélection des groupes neuronaux (une sorte de darwinisme neuronal, qui s inspire des modalités de la réponse immunitaire) et sur des processus de réentrée (interactions entre des groupements neuronaux qui sont activés) (Edelman, 2000). La sélection des groupes neuronaux (considérés comme les unités fonctionnelles du cerveau) soustend le développement cérébral, les réentrées conduisant à une stabilisation synaptique puis à une émergence de nouveaux comportements. La notion de réentrée, par le biais de ce qu il appelle la synthèse récursive serait à la base de la catégorisation perceptive. Edelman réfute très fermement les modèles computationnels de l esprit, mais reste dans un

41 Mécanisation ou incarnation 333 paradigme assez réductionniste, avec, d une part, un fondement mécaniste intégrant des boucles et des réentrées et, d autre part, une conception très darwinienne de sélection des neurones et des processus efficaces. Il reste dans une philosophie moniste matérialiste et organise, lui aussi, l apparition de l esprit autour de l apparition du langage. Comme Damasio, il insiste sur la constitution du soi autobiographique et sur le rôle des émotions. En réalité il tente de construire une théorie globale du cerveau, mais sur les bases philosophiques d un physicalisme classique mêlé à un darwinisme généralisé. Etonnamment, sa critique de l objectivisme ne le conduit pas véritablement à la prise en compte de la subjectivité, mais plutôt à une critique de la représentation mentale. Il reconnaît les limites des paradigmes objectivistes quant à la prise en compte de l expérience phénoménale, mais finalement se tourne vers des modèles sémantiques de la cognition centrée sur la métaphore et la métonymie, considérées comme des schémas d images et des kinesthésies qui conduisent à une incarnation conceptuelle d activités corporelles pré-verbales, dans la logique des travaux de Lakoff et Johnson (1980). Un des concepts les plus originaux d Edelman est, à notre sens, la notion de bootstrapping ainsi défini: «processus par lequel un système «construit» des structures utiles plus puissantes que celles qui étaient initialement présentes» (Edelman, 2000, p 184). Ce processus renvoie à une définition, en physique des particules, du bootstrap (traduisible en français par auto-consistance), principe qui a été à l origine de la théorie des supercordes en mécanique quantique 26. Un tel principe s accorde avec la fonction des groupes neuronaux en interaction et souligne que la partie apparaît en même temps que le tout, donnant ainsi une orientation holistique à une conception de l esprit peu compatible avec le paradigme standard des neurosciences cognitives. Mais, curieusement, Edelman, abandonne rapidement le développement de ce concept, comme si l utilisation d une physique qu il qualifie d exotique, le conduisait hors de son projet théorique de type darwinien. 26 Ce principe s énonce comme suit : «chaque particule nucléaire a trois rôles différents : 1) un rôle de constituant des ensembles composés, 2) un rôle de médiateur de la force responsable de la cohésion de l ensemble composé et 3) un rôle de système composé».(chew, cité par Nicolescu, 2002, p. 94)

42 334 J. Vion-Dury Où l on se souvient que l on possède un sexe On doit enfin reprocher aux modèles des sciences cognitives leur totale ignorance des processus sexuels et de l impact de la sexualité dans la régulation (au sens large) des processus cognitifs. Pour des raisons idéologiques, les neurosciences cognitives se refusent souvent à penser ce qui relève de l approche psychanalytique ou psychodynamique de la vie mentale, voire ce qui relève de l éthologie. Or si l on s en tient à la définition de la cognition donnée par Pacherie et Proust, (cf. plus haut, 2.1) on comprend bien que celle-ci ne peut être isolée à la fois du monde affectif, pas plus que de la sexualité (si ce qu est en jeu est bien l insertion et l adaptation d un sujet dans le monde). La psychanalyse, pour sa part, tombe dans un ostracisme assez similaire et symétrique envers les sciences cognitives. Si parfois celle-ci a poussé à l extrême certaines interprétations de faits cliniques ou construit des théories trop rigides ou fermées, donnant ainsi prise à des critiques particulièrement sévères de la part des neuroscientifiques, il n est pas absurde de penser qu elle a beaucoup à nous dire sur la dynamique des processus cognitifs conscients ou inconscients. Car si l on considère que la pensée est langage, le fait qu un sujet puisse raconter ses rêves (avec tout ce que cela contient d analogies ou de modifications de la structure du discours), ou bien encore avoir des comportements notamment linguistiques (lapsus) dont l origine s intègre dans son histoire relationnelle, interroge. Dès lors, il faut analyser ce fait et tenir compte de ce qui est dit et dont le lien avec la sexualité (au sens le plus large) est parfois évident, particulièrement dans certains troubles phobiques ou des conduites sexuelles. Les processus motivationnels et cognitifs n ont a priori aucune raison d être indépendants de la reproduction et de se limiter à la recherche de nourriture et de position sociale. Cet aveuglement volontaire des sciences cognitives pose là un double problème d épistémologie et de psychologie sociale. Et c est d ailleurs un fait encourageant, du point de vue du neurobiologiste, que d observer le développement de convergences entre psychanalyse et neurosciences ( Ansermet et Magistretti, 2004 ; Stora, 2006) même si, pour emblématique qu il soit, un tel programme autour de l inconscient pose probablement le même type de questions que celles posées par la conscience.

43 Mécanisation ou incarnation La prise en compte d une autre physique Les systèmes dynamiques Une hypothèse intéressante est de considérer que les systèmes cognitifs sont des systèmes dynamiques plutôt que computationnels. Au lieu de prendre comme modèle l ordinateur, assurant des régulations de type cybernétique (programme, rétroaction ), un certain nombre de chercheurs proposent comme modèle le régulateur centrifuge de Watt (dont le système solaire est un exemple) qui fonctionne sans représentation, ni computation, ni opérations séquentielles et cycliques, ni symboles (Van Gelder, 2003). Le principe du régulateur automatique (par opposition au régulateur computationnel) est qu il utilise le cadre conceptuel des quantités couplées et le langage mathématique de la dynamique. Le fonctionnement du système entier est uniforme et non décomposable et, contrairement à un régulateur computationnel, tout est contraint par le temps. C est Maxwell qui en 1868 a fait le lien entre la dynamique et ces régulateurs de Watt (sur la base d équation différentielles non linéaires du second ordre). L intérêt de ce type de modèles est, outre l absence de caractère séquentiel, le fait que le changement d un seul paramètre parmi tous les autres modifie la dynamique totale et affecte la valeur de toutes les variables et, ce, en temps réel. La théorie des systèmes dynamiques permet également d intégrer les processus non linéaires et donc les modèles chaotiques et fractals (pour revue cf. Port and Van Gelder, 1995, Chanciner, 2008). Les systèmes cognitifs de niveau supérieur sont conçus comme des complexes de changements continus et mutuellement contraignants en train de se dérouler (Van Gelder, 20003). Ces modèles dynamiques, non représentationnels sont compatibles avec le connexionnisme et, bien que non représentationnels, ils peuvent intégrer des représentations. Une application de ces systèmes dynamiques est la théorie oscillatoire motivationnelle et, plus largement, la théorie du champ décisionnel. Ces systèmes dynamiques, à multiples variables, peuvent aussi être décrits, dans leurs évolutions, par des théories mathématiques comme la théorie des catastrophes de Thom (1977), qui modélise les processus de création et de modification des formes, les conflits entre attracteurs ; les discontinuités phénoménologiques et les renversements de situations ou de comportements (ce que veut dire étymologiquement le mot catas-

44 336 J. Vion-Dury trophe) par le biais d une géométrie de type topologique. C est dans cet esprit qu une modélisation des processus perceptifs et cognitifs est développée à partir de la géométrie différentielle et des espaces fibrés (Petitot, 2002) constituant ainsi une sorte de «neuro-topologie» La physique quantique Nous avons formulé plus haut ( 2.2.2) une critique à propos du physicalisme qui ignore un développement parmi les plus récents et les plus significatifs de la physique que constitue la physique quantique. Nous avons signalé également que les modèles computationnels devraient à un moment prendre en compte dans le futur la possibilité théorique des ordinateurs quantiques. Nous voudrions attirer l attention sur le fait que la mécanique quantique peut nous apporter des concepts nouveaux pour penser les processus cérébraux parmi les plus difficiles à concevoir comme l attention et la conscience. Différentes propositions pour situer la conscience au niveau quantique ont été faites notamment par Eccles (1989) et Penrose (1995) qui, si elles n ont pas convaincu, ont au moins eu le mérite de poser le problème. Nous renvoyons le lecteur de cet article à la synthèse de Schwartz et coll (2004) ou au livre de Bitbol (2000) pour de plus amples renseignements. Cependant il nous semble nécessaire d insister sur trois autres points. Il est possible de décrire les processus de perception de stimuli ambigus comme l évolution d un système quantique instable à deux états (Atmanspacher, 2003) 28. Par rapport la mécanique classique, la mécanique quantique modifie complètement notre vision de la physique (cf tableau n 1). On notera le changement radical de la position de l expérimentateur qui n est plus impartial et extérieur à des objets du monde existant par eux-mêmes, mais 27 Cette approche tente de modéliser les processus relatifs à la phénoménologie de la perception décrits par Husserl. Elle prend place dans un programme de naturalisation de la phénoménologie (cf. 7.1). 28 Ce type de description semble correspondre à l expérience d écoute d un son non familier, par exemple, au cours de laquelle une très courte période d indétermination initiale est assez proche de l idée qu on peut se faire d un vecteur d état non réduit (données non publiées ; Groupe de Recherches Neuro-expérientielles du Réseau Philosophie et Neurosciences, INCM, CNRS, Marseille, 2008).

45 Mécanisation ou incarnation 337 qui est complètement inséré dans le dispositif expérimental d attestation. Ceci est applicable à la description quantique des processus conscients. L idée centrale de la mécanique quantique n est pas de décrire le «monde là dehors» sans référence à nos pensées (ce que fait la physique classique), mais de décrire, d une part, nos activités d agents recherchant et acquérant un savoir et, d autre part, le savoir que nous acquérons ainsi. Notons aussi l importance épistémologique de l invalidation du principe de bivalence (tableau 1) sous certaines conditions 29 Même si la tendance actuelle pour comprendre les processus cognitifs et la conscience opte plutôt pour le niveau des synchronisations de réseaux neuronaux, nous ne savons toujours pas quel est le niveau de l apparition des processus de pensée : seulement neuronal (et le rôle de la glie?), sub-cellulaire, mésoscopique (populations neuronales de taille variée, syncitium glial?), voire quantique (Andler, 2001). En effet, d une part, l activation des neurones est le fait de courants électriques (décrits macroscopiquement avec des électrodes et des ampèremètres) et, d autre part, ces courants sont constitués de flux d électrons, lesquels sont en fait des particules dont la description peut être faite par le formalisme quantique. La question est de savoir si dans le cas de l esprit, les théories de la décohérence 30 qui permettraient d expliquer le passage du niveau quantique au niveau physique standard doivent être appliquées et quand, et si les processus de conscience, par exemple, relèvent du niveau quantique ou du niveau macroscopique. Au bout du compte rien n indique que le niveau cellulaire ou réticulaire (réseaux de neurones synchronisés) d explication de la conscience soit le bon niveau d analyse. 29 L oxymore est la forme littéraire de l invalidation de la bivalence se traduisant par la non disjonction de propositions: «cette obscure clarté qui tombe des étoiles» : on ne peut logiquement avoir en même temps la clarté et l obscurité. Et pourtant cela a un sens. 30 Les théories de la décohérence tentent d expliquer le passage des phénomènes du niveau quantique au niveau macroscopique. Ceci suppose que la théorie quantique est plus fondamentale que la théorie physique classique. La théorie de la décohérence postule que dans un système physique quelconque, les caractéristiques quantiques deviennent négligeables en raison des interactions entre les différents composants du système physique qui n est plus descriptible qu en mécanique statistique. Voir : Paty, 2003 : 50-53

46 338 J. Vion-Dury 6. QUAND LA CLINIQUE QUESTIONNE LES PARADIGMES DES (NEURO)SCIENCES COGNITIVES Le cerveau se moque des positions théoriques des uns et des autres ; il se contente d exister. Et, le plus souvent, la clinique nous ramène à une réalité concrète qui nous oblige à réfléchir autrement. Une des limites des neurosciences cognitives est que, si elles s attachent à analyser des processus psychologiques modélisables sous la forme de calculs logiques et de manipulations de symboles effectués dans des modules théoriques éventuellement localisés dans une matière cérébrale, elles ont d immenses difficultés à réaliser, nous l avons vu, l analyse des processus affectifs, sauf à les circonscrire à des émotions comprises (et décrites) le plus souvent assez sommairement 31. Les modèles proposés plus haut, pour autant qu ils soient justes, doivent pouvoir subir une sorte de validation par la pathologie cérébrale (ou mentale). Une autre manière de dire les choses est que les hypothèses des neurosciences cognitives, si elles sont valides, ne devraient pas être fragilisées par l analyse des processus pathologiques ou d autres approches ignorées La leçon des déments Constatant que les patients atteints de maladie d Alzheimer, une fois diagnostiqués comme tels par les outils classiques de la neuropsychologie, évoluent de manière fluctuante avec des moments où des modules qui semblaient altérés semblent à nouveau fonctionner, au moins de manière partielle (comme c est parfois le cas de patients qui avaient perdu l usage du langage et qui, à l approche de leur mort, étaient à nouveau capables de communiquer par ce canal), Ploton (2008) propose un modèle qui permet de prendre en compte à la fois les positions des neurosciences cognitives et les positions de la psychodynamique. Il considère que l appareil psychique humain s organise en 4 plans : a) Le plan cognitif en lien avec la rationalité structurée par la tem- 31 Il suffit de lire le «Traité des passions de l âme» de Descartes pour avoir un panorama étonnant du nombre et de le subtilité de nos états émotionnels et affectifs.

47 Mécanisation ou incarnation 339 poralité relative des évènements. C est le plan des opérations logiques de l intelligence cognitive. Son étude relève des neurosciences cognitives et de la neuropsychologie. b) Le plan subjectif (appareil psychique), structuré de manière analogique, non rationnelle sans organisation linéaire du temps. C est le plan du travail associatif, de la vie fantasmatique, de l estime de soi. C est dans ce plan que se régulerait la vie psychique consciente et inconsciente. Il est le lieu des analogies et des métaphores (des condensations, des déplacements). C est le champ d étude de la psychodynamique (psychanalyse). c) Le plan affectif (des affects), en lien avec les processus d attachement, de plaisir, de déplaisir, des émotions, de la thymie (les humeurs). Plan du conatus (motivation / démotivation), il est celui où s organisent l étayage et la construction de l identité profonde. Ce plan possède un fonctionnement préverbal, pré-cognitif. Son étude relève plutôt de l éthologie. d) Le plan psychobiologique (grands équilibres biologiques) responsable des régulations biologiques, des grands équilibres, de la protection de la vie, dans lequel la mécanique d expression des gènes s instancie. C est le champ de la psycho-somatique. Même si pour des raisons didactiques les 4 plans sont présentés dans un ordre donné, nulle hiérarchie entre eux, mais un entremêlement constant, complexe, durable. Ce modèle n imagine pas des fonctions cognitives déconnectées des fonctions subjectives et des émotions et de l humeur, pas plus que des régulations émotionnelles ou neuroendocriniennes ou végétatives. On peut discuter, selon sa formation initiale, la pertinence de ces plans. Pour le sujet qui nous occupe, cette approche a le mérite de présenter autrement le fonctionnement de l esprit. La spécificité de ce modèle est d insister sur la présence d interactions multiples entre tous les plans et la possibilité de comprendre la survenue de «délestages» quand, comme c est le cas dans la maladie d Alzheimer, l appareil cognitif est altéré ou déficitaire (éventuellement de manière provisoire et réversible) et que le plan affectif (par exemple) permet de maintenir des activités absolument vitales. Cette conception du fonctionnement mental retrouve la notion de compensation telle qu elle avait été décrite par Goldstein (1983). Elle a le mérite aussi de relier le fonctionnement psychique (variable, voire oscillant dans le temps) à sa contre-

48 340 J. Vion-Dury partie biologique, c est-à-dire à tout notre système végétatif et neuro-endocrinien 32 : elle permet en quelque sorte d en saisir l incarnation. Elle développe aussi la notion d adaptation à l environnement par modification des processus pour éviter ce que Goldstein appelle les réactions de catastrophe Ceux qui vont mourir Tout praticien a fait l expérience de ces moments difficiles au cours desquels la subjectivité du patient (comme celle du médecin d ailleurs) s invite bruyamment dans la procédure diagnostique ou thérapeutique. D une certaine manière, la clinique neurologique ou psychiatrique questionne sérieusement le postulat objectiviste dans ses capacités à rendre compte de ce que sont les dysfonctionnements réels non pas d un système cognitif mais d une personne qui est là, en face de nous, à un moment donné de sa trajectoire de vie. Ceci est particulièrement vrai, par exemple, pour la douleur chronique (Tammam, 2008), mais aussi pour les démences, champ d action privilégié de la neuropsychologie et des neurosciences cognitives appliquées à la clinique ou pour toutes les pathologies neurologiques et psychiatriques incurables dans lesquelles, finalement, le but de médecin n est pas de guérir la maladie, mais d aider le patient à mieux la vivre. Car il existe un paradoxe dans la médecine. Quand il s agit de traiter, de guérir une maladie, le corps médical se positionne dans une visée objectiviste, imposant le plus souvent au malade, quoiqu il en dise, des procédures diagnostiques, des traitements et des attitudes qui tiennent en fait assez peu compte de sa subjectivité et de son vécu, puisqu il s agit d éliminer la maladie et d obtenir un résultat tangible. Mais quand les choses vont mal, quand les méthodes objectives ont échoué et que le malade se sait devoir retourner plus ou moins rapidement vers la glèbe, alors tout change. Ce qui importe est son mieux être, sa qualité de vie. C est-à-dire que l on met au centre de la thérapeutique, ou du soin, la subjectivité. Le malade qui finalement se connaît assez bien 32 C est ce qu ont fait également Damasio et Edelman, mais aucun n a intégré dans leur modèle les approches psychodynamiques (psychanalyse).

49 Mécanisation ou incarnation 341 lui même, sauf s il est dans le coma, suggère, décide, ordonne, sur des critères qui sont le plus souvent en aucune manière objectifs (Mino et coll, 2008). Cela vaut tout autant pour les maladies neurodégénératives que pour le cancer de la prostate (par exemple), mais n a pas exactement les mêmes conséquences épistémologiques, du point de vue des neurosciences cognitives. Ainsi, en médecine tout conspire au bout du compte à ce que la subjectivité soit en permanence en position oscillante avec l objectivité. La médecine introduit le ver de la subjectivité à l intérieur de la pomme de l objectivisme et du scientisme comme elle introduit de la scientificité dans le chaos non rationnel de l expérience bouleversante de la maladie. Comment accepter philosophiquement que la subjectivité soit dans un cas niée et, dans l autre, primordiale. Il y a là un problème épistémologique autant qu éthique. Et le neurologue ou le psychiatre qui choisit d accompagner un moribond peut-il, une fois qu il a compris l importance de cette subjectivité, faire une neurologie quantitative et critériologique ou une neuropsychologie modulariste et localiste comme si de rien n était? Ainsi, décrire un patient atteint d une pathologie cérébrale sans tenir compte de sa subjectivité constitue un coup de force épistémologique et éthique, c est-à-dire nie la personne (et son histoire complexe) au profit de la réparation hypothétique d une série de mécanismes quantifiables plus ou moins perturbés. Si ce raisonnement est vrai en neurologie et en psychiatrie clinique, si la prise en compte de la subjectivité est une condition d une bonne compréhension du sujet malade et de sa pathologie, en quoi le fait de s intéresser au sujet sain nécessiterait de se détourner justement de la subjectivité de celui-ci dans une approche plus fondamentale? 6.3. L écueil de la musique Alors que les principales théories de la cognition sont basées sur une computation à partir de systèmes logico-sémantiques fondés sur le langage et considèrent la pensée comme finalement le produit de cette computation, la question est de savoir si l on ne pourrait pas trouver une modalité de la pensée qui échapperait à la logique psycholinguistique et mettrait en quelque sorte en porte-à-faux les théories majoritaires des

50 342 J. Vion-Dury sciences cognitives. Si notre pensée est de nature psycholinguistique et, d une certaine manière, de nature propositionnelle, comment intégrer le fait clinique que certains patients présentent des troubles de la mémoire verbale, sans altération de la mémoire musicale, ou, d autres, un manque de la note (au cours du chant) sans manque du mot. Comment expliquer que certains patients disent que, pour eux, dans certains moments, ils orientent leur pensée dans un autre mode (ou un autre monde), musical? Comment tenir compte de l altération extrêmement fréquente de l écoute musicale et de la dégradation des expériences musicales chez des patients cérébrolésés 33 qui, par ailleurs n ont pas de dégradation apparente de l écoute verbale? On pourrait toujours soutenir la présence de modules spécifiques à la musique et conservés chez ces patients. Mais compte tenu du fait que ce qui est en cause c est toute une vie musicale ou la «bascule» vers un autre mode d être, une conception modulaire serait-elle pertinente pour décrire la complexité de ce type d expérience? Il nous faut nous interroger aussi sur le fait que les déments qui ne parlent plus et dont la pensée «linguistique» est en quelque sorte trouée ou suspendue, trouvent apaisement et amélioration dans le contact avec la musique. Comme le suggère Sachs (2006), notre système auditif, notre système nerveux sont accordés à la musique et, selon lui, notre espèce est non seulement une espèce linguistique, mais, plus encore, une espèce musicale. Et, étonnamment, les (neuro)sciences cognitives n abordent pas le problème de la musique autrement que comme quelque chose en lien avec le langage au prétexte que ce qui est commun est le système auditif 34. Il nous semble que, d une certaine manière, l impensé ou le «mal pensé» quant à la musique nous empêche de prendre en compte certaines dimensions de l esprit qui ne seraient qu en accord partiel avec les théories des sciences cognitives. Limiter l impact de la musique aux processus émotionnels, moteurs ou communicationnels nous semble peut-être in- 33 Comme par exemple les patients avec séquelles de traumatisme crânien léger à modéré ou de méningo-encéphalites (observations personnelles). 34 C est comme si on considérait que les fonctions de miction et de reproduction sont superposables au prétexte que, chez le mâle, le pénis sert aux deux, sans tenir compte notamment de la différence d état fonctionnel dans chacun des deux cas.

51 Mécanisation ou incarnation 343 suffisant (Peretz et Litji, 2006). En tout cas, une approche rigoureuse inviterait à se demander comment la philosophie de la musique pourrait déplacer ou enrichir certains concepts de la philosophie de l esprit. Posons nous ainsi la question d un J.S.Bach ou d un Mozart composant. Sans doute, en référence à leur époque et aux règles de la musique de leur temps, utilisent-ils des symboles connus, plus ou moins implicites (certains types de cadences par exemple) et plus généralement des processus de rhétorique musicale, par ailleurs bien connus. On a même pu trouver, dans la même logique que pour le langage, des structures de base conduisant à construire une sémiologie de la musique (Nattiez, 1975) dans une démarche dérivée du structuralisme linguistique. Et, d ailleurs, on remarque très vite, quand de médiocres compositeurs se limitent à une combinatoire de symboles musicaux ou de figures musicales à la mode à une époque, à quel point leur musique est ennuyeuse sinon insupportable (musiques de supermarché). Imaginons donc J.S.Bach inventant une fugue avec toute la rigueur des règles prescrites pour cette forme musicale. A un moment, le symbole rhétorique qui entrait dans une relation de dénotation en quelque sorte culturelle (par exemple une gamme chromatique mineure), s efface pour laisser place à quelque chose d entièrement nouveau, qui ne dénote rien de connu à l époque. La computation musicale qu aurait pu, éventuellement, produire un médiocre compositeur ne prend plus place et la «pensée musicale» apparaît, générant un objet musical original, qui prend sens sans dénoter, sans faire référence à quelque chose de connu, sans symboliser quoi que ce soit, mais en même temps correspond à un vécu partageable. Le sens est alors immanent à la musique (il ne renvoie à rien ; Sève, 2002) et n émerge pas de l organisation structurale du discours musical. Ainsi, si la musique ne dénote pas, n a pas de référence externe, ou en tout cas est en mesure par moments de ne pas avoir de référence externe (si elle est hors de toute convention rhétorique), si son sens est immanent et non transcendant, et si l on admet qu il s agit d une pensée au titre de production cérébrale, alors cette pensée est (quand on ne considère que la musique instrumentale) hors langage. C est-à-dire qu elle est une pensée de l ineffable (Jankélevitch, 1983). De ce qui ne peut être dit. Elle est aussi sans doute une pensée émotionnelle, communicationnelle, corporelle. Mais nous voudrions soutenir que cette production de l esprit, combinatoire plus que computationnelle, mais souvent non représenta-

52 344 J. Vion-Dury tionnelle, sans double articulation, émergente, évocatrice ou exemplificatrice, mais largement non symbolique (cf. la musique de Stravinsky, ou «l entretien des muses» de Rameau) met en porte-à-faux la conception majoritaire de l esprit que promeuvent les (neuro)sciences et la philosophie cognitives (cf. Vion-Dury, 2008b). Si la musique est «l idée concrète» de B. de Schloezer (1947), comment la penser à partir des neurosciences cognitives et la philosophie de l esprit? Sans doute notre argumentaire nécessite d être peaufiné, mais la composition ou l expérience musicales posent des problèmes théoriques à notre sens très fondamentaux en philosophie de l esprit (comme d ailleurs toutes les expériences esthétiques) qui nous semblent devoir ne pas être éludés. 7. LA REVENDICATION PHÉNOMÉNOLOGIQUE : LA PRISE EN COMPTE DE LA SUBJECTIVITE ET DE L INCARNATION Dans le paragraphe précédent nous avons signalé que la prise en compte de la subjectivité dans le domaine des neurosciences cliniques s avérait incontournable et, d une certaine manière, dans une sorte de flux inverse de celui de la diffusion des conceptions du cognitivisme dans les neurosciences, pouvait irriguer, depuis la clinique, la réflexion des neurosciences cognitives et de la psychologie cognitive. Il existe aussi un argument épistémologique majeur qui oblige à tenir compte des phénomènes subjectifs dans les processus qui relèvent de l esprit. Les théories physicalistes de l esprit, nous l avons vu, sont incapables de rendre compte, en raison de leur structure épistémologique, de l aspect qualitatif ou conscient de la vie psychique (voir pour revue Depraz, 2001, et Fisette et Poirier, 2003). C est ce que l on appelle le fossé explicatif (Levine, 2003) Subjectivité, phénoménologie et neurophénoménologie Les insuffisances des sciences cognitives évoquées plus haut, leur attitude d observation qui situe l objet d analyse (le cerveau de l autre) en quelque sorte à l extérieur (approche en troisième personne), comme l insuccès actuel de toute tentative d explication de la conscience («the hard

53 Mécanisation ou incarnation 345 problem») interrogent. Ces insuffisances ont conduit nombre de philosophes, dans la lignée de la phénoménologie husserlienne, comme Merleau-Ponty, à prendre en compte l expérience subjective, en «première personne», en insistant notamment sur la distinction corps/chair (Körper/Leib) et en s interrogeant sur les conditions de la perception du monde. Comme l indique Merleau-Ponty, la plus importante acquisition de la phénoménologie est sans doute d avoir joint l extrême subjectivisme et l extrême objectivisme dans sa notion du monde ou de la rationalité (Merleau-Ponty, 1945 ; p. XV). Heidegger et Merleau-Ponty, contre la tradition cartésienne (dont on a vu qu elle promouvait une conception représentationnelle de l esprit) ont proposé de considérer comment l être humain dans son entier est en relation avec le monde, ou plus exactement quel est son être-au-monde, (Dreyfus, 1983). Ce changement radical de perspective suppose d intégrer, comme le dit Merleau-Ponty dans la citation ci-dessus la subjectivité et l objectivité dans la même démarche. C est ainsi que Roy (2004) appelle revendication phénoménologique «l exigence d introduire un niveau de description en première personne de la dimension consciente des propriétés cognitives assimilées à des propriétés phénoménologiques spécifiques». Car il s agit ici de tenter de surmonter le déficit dans l explication des qualia que ne peuvent résoudre les théories du physicalisme réductionniste qui n abordent ces problèmes qu en 3 ème personne. L intérêt de cette investigation phénoménologique au sein d une théorie naturaliste de la cognition est d introduire des descriptions aussi pures et rigoureuses que possible des propriétés phénoménologiques conscientes qui accompagnent la mise en œuvre des processus cognitifs (Roy, 2004). En réalité les propositions husserliennes initiales (anti naturalistes) sont remises en cause par le programme de naturalisation de la phénoménologie, mais, en même temps, elles servent de socle et de cadre conceptuel à l analyse fine et rigoureuse (phénoménologique) de l expérience subjective (Roy et coll, 2002). Dans cette ligne de pensée, parmi les nombreux travaux réalisés, ceux de travaux de Varéla et Thomson ont conduit à une approche empirique et théorique spécifique, la neurophénoménologie (Thomson et coll, 2005), qui, enracinée dans la phénoménologie, intègre les données des sciences cognitives pour tenter de contribuer à la réduction du fossé ex-

54 346 J. Vion-Dury plicatif entre le domaine de l expérience subjective en première personne et le domaine de l analyse en troisième personne du cerveau, des comportements, et de la conscience. La neurophénoménologie propose la notion «d énaction» 35, qui correspond à un point de vue non objectiviste et souligne que la cognition est l avènement conjoint d un corps et d un esprit, à partir de l histoire des diverses actions qu accomplit un être dans le monde. Dès lors: a) les organismes sont des agents autonomes qui engendrent et maintiennent activement leur identité et définissent leurs propres domaines cognitifs ; b) le système nerveux est un système autonome, fonctionnant dans les conditions thermodynamiques éloignées de l équilibre, favorables aux processus d autopoïese et d émergence. C est une structure autoréférentielle organisée en réseau de relations possédant une dynamique récursive, récurrente et ré-entrante, définissant le système comme une unité 36. Il engendre et maintient ses propres configurations d activités en utilisant le réseau des neurones en interaction ; c) les structures cognitives émergent des couplages sensorimoteurs récurrents entre le corps, le système nerveux et l environnement ; d) l organisme construit ainsi son propre point de vue sur le monde. Cette conception, très directement inspirée par la pensée de Merleau-Ponty, fait de nous des êtres incarnés et non «des agents cognitifs parachutés dans un monde pré-donné» (Varela et coll., 1993, p 234). La neurophénoménologie ne rejette ni les résultats ni les théories des sciences cognitives. Elle en amende le caractère réductionniste au profit d une vision nettement moins mécaniste et déterministe, en demandant d insérer dans les neurosciences un versant expérientiel susceptible d enrichir les descriptions objectives. Comme l indique N.Depraz (2006), ce qui importe dans la neurophénoménologie, c est la co-productivité (non la simple corrélation isomorphique en extériorité) des descriptions subjectives vécues (en première personne) et des analyses objectives externes (en troisième personne). 35 «To enact»= décréter, représenter (tragédie), susciter, faire advenir (Varela et coll. 1993). 36 Il s agit d un point de vue holiste, très différent du point de vue analytique. On notera par ailleurs une certaine proximité avec a) les modèles dynamiques et b) les réflexions engagées à partir de la mécanique quantique et l interprétation de l école de Copenhague.

55 Mécanisation ou incarnation 347 Mais le problème central reste celui de l incarnation d une pensée (non localisée?) dans un corps localisé et fini.toujours dans la tradition phénoménologique, la thèse de Henry (2000) va encore plus loin, à partir de la constatation de cette confusion entre, d une part, le corps (mondain, matériel) décrit par les sciences (en troisième personne) et, d autre part, la chair, vécue, qui s éprouve soi-même, souffre, subit, jouit (en première personne). L originalité d Henry consiste à réinterprèter le cogito cartésien puis à proposer une philosophie (phénoménologique) de l incarnation. Pour Henry, l incarnation, l autorévélation de la vie dans la chair, pas à pas, instant par instant, nous offre un paradigme novateur, centré sur une philosophie de la vie. Dans cette autorévélation, il y a un moment, dans l enfance de chacun, ou dans l enfance de l humanité, où la conscience apparaît, non pas esprit séparé du corps, mais vie sentie, éprouvée, subie, partagée. Sans doute pourrait-on demander si l on ne déplace pas le problème d un cran, de l incompréhension de la conscience à l incompréhension de la vie. Mais cette perspective nous arrache à la sécheresse de la «mécanisation» de l esprit que déplore Dupuy (2004) et nous conduit à nous penser incarné comme être-pour-les-autres, et à- l autre, incarné comme être-au-monde. Les conséquences épistémiques et éthiques sont alors radicalement différentes des conséquences épistémiques et éthiques de la conception computationnelle de l esprit Etats de conscience : le trou conceptuel Limiter notre conscience aux processus rationnels émergeant dans le langage et rapportées par lui n est pas satisfaisant. Ainsi notre conscience ne se limite pas à la réflexivité, c est-à-dire la conscience que l on a d être conscient. Cette conscience réflexive, médiate, attentive constitue en quelque sorte une couche «superficielle», l enveloppe, de notre conscience au sens large, c est-à-dire de ce qui, dans notre vie, n est pas inconscient. Un second niveau est celui d une vigilance ouverte, d un accueil panoramique, d une conscience de base minimale, graduelle et ouverte (Depraz 2006, p 11 et 12). C est ce que l on dénomme «awareness». Ce second niveau, cette conscience pré-réflexive, couche profonde de notre expérience subjective est multimodale, pré-conceptuelle et précognitive. Elle est présente avant toute séparation de nos modalités sen-

56 348 J. Vion-Dury sorielles. L accès à la conscience pré-réflexive est possible par des méthodes d explicitation, phénoménologiques, qui peuvent même être utilisées dans certaines psychothérapies (Petitmengin, 2007). En revanche ces méthodes ne permettent probablement pas l accès à l inconscient (au sens freudien), dont elles ne révèlent seulement que certaines de ses manifestations. Les méthodes d explicitation de l expérience consciente pré-réflexive sont partiellement inspirées des techniques bouddhistes de méditation. Or, les neuroscientifiques disposent de quelques informations sur les corrélats neurophysiologiques des expériences de méditation bouddhiste qui constituent en eux-mêmes des états de conscience modifiée, même s ils ne sont pas superposables aux expériences d explicitation de la conscience pré-réflexive, citées au paragraphe précédent (Lutz et coll, 2004). Nous insisterons également sur un état de conscience modifiée très connu, le plus souvent caricaturé, mais utilisé de manière très large en clinique (comme psychothérapie et méthode analgésique notamment): il s agit de l hypnose. «L hypnose est un état passager d attention modifiée chez le sujet, état qui peut être produit par une autre personne et dans lequel divers phénomènes peuvent apparaître spontanément ou en réponse à des stimuli verbaux ou autres. Ces phénomènes comprennent un changement dans la conscience et la mémoire, une sensibilité accrue à la suggestion et l apparition chez le sujet de réponses et d idées qui ne lui sont pas familières dans son état d esprit habituel» (Chertok, 2008). On voit dans ce cas qu il s agit bien de la mobilisation différente de certaines «fonctions» cognitives. L état d hypnose se traduit par une modification des activités EEG, tout en n étant équivalent ni à un état de veille attentive, ni à un état de sommeil à ondes lentes, ni à un état de sommeil paradoxal. L hypnose constitue un état de vigilance particulier. Cet état particulier conduit à des modifications d ordre affectif mais aussi cognitif très considérables (pour revue cf Chertok, 2008; Roustang, 2003). Ces états de conscience modifiée, d une part, ont un impact considérable sur les processus cognitifs et, d autre part, nous permettent d envisager le fonctionnement de l esprit très différemment par rapport à ce que nous proposent les (neuro)sciences cognitives. Ils soulignent l importance de l expérience subjective et de sa description. En tout état de

57 Mécanisation ou incarnation 349 cause ils ne peuvent être ignorés par une philosophie et une épistémologie qui se penchent sur l organisation et le fonctionnement de l esprit humain. 8. CONCLUSIONS A la fin de ce parcours il nous semble licite de constater que le paradigme cognitiviste, computationnel-représentationnel, a largement inspiré les neurosciences cognitives fondamentales et cliniques, même si il a été considérablement amendé par le connexionnisme. L héritage qu il nous lègue concerne la métaphore du cerveau-ordinateur, l importance de la prégnance du paradigme informationnel et la conception modulaire de l esprit. En fait un des problèmes principaux posés semble, on l a vu, le niveau, local ou global, où se déroulent les processus mentaux. Ce débat est ancien dans la neurophysiologie. Il n a rien perdu de son acuité, et même si la conception localiste (atomiste et associationniste) prévaut actuellement sur la conception holiste, elle commence à soulever de nombreuses critiques. Sur le plan philosophique, la situation est la suivante. D un côté, le dualisme corps-esprit rejeté par la très grande majorité des philosophes et chercheurs du domaine, pour des raisons métaphysiques (ontologiques) et parce qu incapable de résoudre le problème de la causalité mentale, c està-dire d expliquer comment les évènements mentaux (désir de faire du piano par exemple) influent sur les évènements physiques (motricité des doigts). De l autre, un monisme matérialiste, qui tout aussi incapable de résoudre le problème de la causalité mentale et qui, paradoxalement, prend même parfois un aspect de dualisme des propriétés (fonctionnalisme). La prolifération des propositions philosophiques et scientifiques montre, à l évidence, qu aucune théorie n est satisfaisante. Si l on se limite à rester dans le paradigme de la philosophie de l esprit et des neurosciences cognitives, tel qu il nous est proposé actuellement, la question du dualisme versus le monisme reste en réalité entière et rien, dans l ensemble des résultats de l ensemble des sciences s intéressant au cerveau et à l esprit, et hors de la pétition de principe philosophique (ou idéologique), rien donc ne nous permet d éliminer l une ou l autre de ces deux positions. Et serait-ce alors une particulière exigence scientifique (irréa-

58 350 J. Vion-Dury liste?) que de travailler avec, en quelque sorte, deux fondements philosophiques différents, pour tenter, rigoureusement, d en saisir les possibilités respectives de validité? Ainsi, dans le cadre de l approche conventionnelle séparant le physique du mental, ne pouvant éliminer le monisme (matérialiste en général), il nous faudrait par souci de rigueur scientifique tenir pour possible (et même productive) l hypothèse d un dualisme même si nous ne pouvons, en l état, concevoir les liens entre un esprit séparé d un corps ni même envisager de la tester. Pourrait-on alors dire que le monisme est actuellement prédominant au seul titre qu il est scientifiquement concevable, ou plus simple à penser (comme les fonctions cérébrales )? Mais que penser alors de la validité d une position a priori simplificatrice (parce qu on ne peut penser l autre, ou les deux), pour aborder le redoutable problème de l esprit? Le monisme matérialiste (avec son physicalisme réductionniste) est finalement problématique, nous l avons vu, pour deux raisons principales. La première est que, majoritairement, le paradigme physicaliste standard des sciences cognitives utilise une physique «simple» qui, bien qu elle commence à intégrer le paradigme de la complexité, ignore la réalité et les conséquences scientifiques et épistémologiques de la mécanique quantique. Celle-ci, on l a vu, dissout notamment la notion classique de matière et, partant, de matérialisme standard. Par cette négligence sont ainsi refusées aux sciences cognitives des ouvertures épistémiques qui seraient particulièrement fructueuses, si l on prenait soin d éviter les transpositions brutales des concepts de la physique quantique au domaine de la philosophie de l esprit, comme on l a fait si légèrement avec la physique galiléo-newtonienne (Lurçat, 1995). La seconde raison, à notre sens rédhibitoire, est que le paradigme physicaliste standard, veut, au nom de l objectivité éliminer l expérience vécue du domaine de l analyse scientifique. Une possibilité de dépasser la problématique du monisme versus le dualisme (ou celle de l objectivisme versus le subjectivisme) est proposée par Bitbol (2000). Celui ci suggère, pour abandonner tout schéma de pensée incluant une partition entre physique et mental (et l inévitable tendance à réduire l un à l autre, ou à les faire interagir de manière discutable), de retourner à l expérience subjective selon le geste initial même de la phénoménologie husserlienne. Bitbol, soulignant l isomorphisme entre mécanique quantique et philosophie de l esprit en ce qui concerne l incomplétude descriptive et la complétude performative, suggère la pré-

59 Mécanisation ou incarnation 351 sence de deux modes d accès : l un objectif-physique (assertotif descriptif, en 3 ème personne, scientifique), l autre subjectif-expérientiel (en première personne), plus large, incluant le premier et relatif à l engagement effectif dans une vie, inassimilable par quelque ordre descriptif que ce soit. Dès lors, «non seulement les problèmes de la philosophie de l esprit se trouvent de fait résorbés par une certaine forme de vie, mais ils font partie de ceux dont la «solution» n est en principe accessible qu à condition de la vivre» (Bitbol, 2000, p 328). Ainsi, Bitbol propose une modalité d être au monde, plus vaste que l attitude scientifique, parce, qu incluant cette dernière comme un cas particulier de l expérience personnelle. Cette position, intégrant à la fois la phénoménologie, une philosophie wittgensteinienne et une réflexion scientifique de type neurophénoménologique, permet de penser autrement et à nouveaux frais les problèmes de la philosophie de l esprit et de dissoudre, si l on veut rester moniste, le difficile problème des relations entre corps et esprit (compris comme en partie lié au langage), dans une réalité d abord vécue et incarnée, puis éventuellement et (très) partiellement objectivée sous le mode scientifique, partageable en 3 ème personne. Une autre manière de dire cela est d affirmer, en fait, que la conscience existe avant les neurones, car ceux-ci n existent que parce que nous sommes capables, nous êtres conscients, de les imaginer et de les voir (Bitbol, 2008). Si nous revenons à notre question initiale, nous voyons que la conception de l esprit que promeuvent les sciences cognitives et la philosophie de l esprit est finalement une conception assez théorique de l esprit, désincarnée dans laquelle l homme n apparaît que comme un robot informatique (sophistiqué) ou un zombie (tel que le pense Denett). Cette attitude, nous l avons vu au 7.1, est appelée par Dupuy (2002, 2004) la «mécanisation de l esprit». C est en ce premier sens qu il nous semble que nous ayons à craindre des sciences cognitives : de leur idéologie sousjacente (réductionnisme réfutant les approches subjectives) et plus encore d une vulgarisation malhonnête qui escamotte la complexité des concepts et la véritable question des limites de notre science. Car selon la conception computationnelle de l esprit poussée jusqu au paradoxe, un dément n est rien de plus, au bout du compte, qu un système informatique qui a un problème irréversible d unité centrale et l embryon un «sac à cellules» dans lequel le programme cognitif n est pas encore implanté. On conçoit alors les conséquences éthiques de telles conceptions. Ajou-

60 352 J. Vion-Dury tons que, face à un malade cérébro-lésé, comme nous l avons mentionné pour les démences, on souvent a beaucoup de mal à faire «coller», au cours de l évolution parfois erratique de la maladie, les modèles des sciences cognitives et parfois même de la neuropsychologie parce que le malade n est pas un schéma dans lequel des flèches reliant des boîtes seraient effacées, ou les boîtes abîmées, et qu ils nous faudrait des appareils conceptuels plus sophistiqués que ceux de la classique neuropsychologie. Ainsi, osons-nous poser la question suivante. Malgré les acquis considérables permis par les modèles C-E (performants en intelligence artificielle et bientôt dans les neuroprothèses), par les méthodes d analyse des réponses et comportements de groupes neuronaux (neurocalcul), par les nouvelles méthodes d imagerie fonctionnelle et d électrophysiologie, le modèle actuel dominant des (neuro)sciences cognitives comme les approches actuelles des neurosciences cognitives sont-elles vraiment pertinentes dès lors qu elles échouent à donner une explication, même embryonnaire, à la conscience et à la subjectivité? Nous voyons ainsi se dessiner la difficulté qu il y a à comprendre à la fois scientifiquement et philosophiquement les problèmes de la genèse de la pensée, c est-à-dire ce qui caractérise notre condition d hommes. La difficulté de ces problèmes est telle que, dans le tréfonds des laboratoires de neurosciences (notamment cognitives), le questionnement philosophique sur la pertinence des paradigmes utilisés jusqu alors émerge, lentement. Il ne serait pas impossible que nous fussions alors à l aube d une révolution conceptuelle qui garderait ce qu il faut (sans plus) d imagerie et d intelligence artificielle et qui s enracinerait dans une neurophénoménologie, complétée par les concepts la physique quantique et la co-productivité des descriptions subjectives vécues et des analyses objectives externes. En même temps le paradigme physicaliste et objectiviste est tellement prégnant et par ailleurs, en apparence, tellement conforté par l omniprésence des nouvelles méthodes d imagerie, qu il n est pas impossible qu il cherche à marginaliser toute approche incluant la subjectivité et la prise en compte de l incarnation. La mécanisation de l esprit n irait-elle pas alors sans une position dogmatique qui nous amèneraient aux confins d une sorte de totalitarisme? Traverso (2002) a montré comment une simplification et une déformation des thèses darwiniennes avaient contribué à la genèse des grands totalitarismes du XX ème siècle et plus particulière-

61 Mécanisation ou incarnation 353 ment à celle du nazisme. Rien n indique qu il n en sera pas de même avec les neurosciences cognitives, comme le concept d «intelligence cognitive» peut nous le faire craindre (cf Hamon et Pichot-Duclos, 2005). C est en ce second sens également que nous répondons positivement à la question de Maldamé. En somme, dans le domaine des neurosciences cognitives, nous avançons dans un brouillard intense et chacun se débat dans l obscurité de son inconnaissance. Il nous faut abandonner tout triomphalisme scientifique (ou scientiste?), pour nous arrêter et réfléchir avec humilité. Les bougies du savoir neuroscientifique nous éclairent à peine ; elles nous donnent l impression de n être pas totalement aveugles, ce qui n est d ailleurs pas négligeable. Mais elles ne nous disent même pas si nous conceptualisons et travaillons dans la bonne direction pour comprendre les véritables questions posées par l esprit. La question, qu on peut juger scandaleuse et qui, finalement, reste entière, est de savoir si nous, humains, avons les moyens conceptuels (cérébraux) d avoir accès à la compréhension de la conscience et de la pensée. Après tout, on l admet maintenant, les singes ne font pas de mécanique quantique Remerciements Ce texte a été élaboré dans le cadre a) du séminaire d Epistémologie et Phénoménologie des Neurosciences Cliniques et b) s enrichit des travaux du Groupe d Etude Neuroexpérientielle (ou groupe de Buoux), l un et l autre groupes de travail du Réseau Philosophie et Neurosciences (réseau réunissant des chercheurs de plusieurs unités CNRS de la Région PACA et de Paris). Je tiens à remercier mes collègues et amis de l équipe Langage Musique Motricité (de l Institut des Neurosciences Cognitives de la Méditerranée ; UMR-CNRS 6193) pour les nombreuses discussions qui, depuis 5 années, ont enrichi ma réflexion dans les neurosciences cognitives.

62 354 J. Vion-Dury ABSTRACT Between mecanisation and embodiment: comments about fundamental and clinical cognitive neurosciences Contemporary cognitive neurosciences display an increasing development with an extended pluridisciplinarity. Nevertheless, their philosophical foundation (physicalist monism) has some significant consequences on research programs which are favoured, neglected or rejected. Cognitive sciences have been historically constructed over the cognitivist paradigm (brain is a computer, and this computation is performed on symbols). The consequences are that neurobiologists consider the brain as an information treatment system. In clinical neurosciences these propositions are generally accepted and, in neuropsychology, the information treatment is postulated to be performed in modules localized in brain structures. Such hypotheses about mental functioning are discussed or rejected by other scientific or philosophical propositions, mainly because the current concepts in cognitive neurosciences and cognitive philosophy do not allow to solve the hard problem of consciousness. Phenomenology suggests that taking into account the subjective dimension of experience might help us to reduce these difficulties. In addition, in clinical cognitive neurosciences, to pay attention to subjective experience has ethical consequences that must not be neglected.

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