L ABC DE L ALIMENTATION DES JEUNES ENFANTS Miriam Santschi Externe Université de Sherbrooke Juin 2000 Superviseure de stage Dre Renée-Claude Duval Pédiatre CHUL Version révisée no.5 Janvier 2006
TABLE DES MATIERES A. LE LAIT - ALLAITEMENT MATERNEL - PREPARATIONS LACTÉES - LAIT DE VACHE B. LES ALIMENTS SOLIDES C. VITAMINES ET MINÉRAUX - FER - VITAMINE D - FLUOR - VITAMINE B12 D. TRUCS ET PETITS CONSEILS - EAU - JUS - LE FAMEUX BIBERON - L ENFANT CONSTIPÉ E. L ANÉMIE FERRIPRIVE
Pour plusieurs, avoir un régime alimentaire sain n est pas très sorcier; chacun connaît les grandes lignes d une alimentation équilibrée, même si les suivre n est pas toujours aussi évident. Cependant, quand on s arrête à l alimentation des très jeunes enfants, on se rend bien vite compte qu il en est tout autrement et on a rapidement l impression de se retrouver devant un véritable casse-tête : quoi donner? quand? quelles quantités? Autant de questions auxquelles il est cependant relativement simple de répondre avec quelques principes de base. A. LE LAIT Le lait constitue l élément principal de l alimentation de tous les enfants au cours de leur première année de vie. Malgré le fait que les aliments solides prennent de plus en plus de place après les 6 premiers mois de vie, le lait reste l aliment de base jusqu à leur premier anniversaire. Ici, beaucoup de choix différents s offrent : le lait maternel, les préparations lactées en vente libre et les laits spécialisés disponibles sur prescription médicale. Avec tout l éventail disponible sur le marché, il n est pas toujours facile de s y retrouver; les lignes qui suivent contiennent quelques informations générales sur chacun d entre eux. ALLAITEMENT MATERNEL : L allaitement maternel est utilisé depuis la nuit des temps pour nourrir les nouveau-nés, bien avant que ses différents bienfaits aient été connus. Malgré toute la panoplie de nouvelles préparations lactées disponibles sur le marché, l allaitement est loin de perdre sa popularité.heureusement!!! Avantages de l allaitement : 1. Favorise le lien mère-enfant. 2. Lait toujours stérile, à la bonne température, certifié bio! 3. Sa composition s adapte aux besoins du bébé - le colostrom sécrété peu après l accouchement contient beaucoup d anticorps ainsi que des protéines, vitamines et minéraux en quantités plus importantes que le lait mature. - plus tard, le lait est habituellement moins concentré au début du boire, permettant ainsi au bébé d étancher sa soif et il contient plus de matières grasses à la fin des tétés ce qui va nourrir l enfant.
4. Contient beaucoup d anticorps : - protège contre les infections, surtout au plan respiratoire et gastrointestinal. - protège également contre certaines maladies allergiques, surtout au niveau alimentaire : L allaitement exclusif jusqu à l âge de 6 mois est d ailleurs fortement recommandé dans les familles avec une histoire d atopie. Très occasionnellement, un nourrisson pourra manifester des réactions allergiques malgré un allaitement exclusif; il faudra alors, sous supervision médicale, déterminer quel aliment de la diète maternelle est allergène pour le bébé et l éviter! Un suivi en diététique est recommandé dans ce cas. Actuellement, aucune preuve scientifique ne soutient l utilisation d une diète d exclusion préventive en l absence de symptômes (diagnostic médical) chez le bébé. 5. Très bien adapté à l immaturité de tube digestif du nouveau-né : le lait maternel est plus facile à digérer et plus facilement absorbé. 6. Pour les prématurés, le lait maternel est très favorable. Effectivement, il diminuerait l incidence de l ictère du prématuré et des hypoglycémies, en plus de permettre aux bébés de retrouver plus rapidement leur poids de naissance. 7. Le lait maternel contient des acides linoléique et linolénique, des acides gras essentiels. Récemment, des études ont démontré la variabilité de la proportion des acides gras oméga-3 dans le lait maternel selon la consommation de poissons par les mères. En plus d avoir une fonction anti-inflammatoire, ces acides jouent un rôle fortement positif sur le développement du cerveau et de la rétine. 8. Le lait maternel contient également les vitamines et minéraux adaptés aux besoins de l enfant. 9. Plus économique! 10. Aide la mère à retrouver sa taille (contraction de l utérus / utilisation des réserves de graisses pour produire le lait) Contre-indications à l allaitement (elles sont rares) : 1. Nourrissons atteints d une erreur innée du métabolisme, telle que la galactosémie congénitale 2. Mères infectées par le VIH 3. Mères avec cancer du sein
4. Mères souffrant de certaines maladies infectieuses : tuberculose active non traitée, fièvre, typhoïde, malaria 5. Mères qui reçoivent une chimiothérapie de longue durée 6. Utilisation de médicaments antimétaboliques ou antinéoplasiques 7. Consommation de certains autres médicaments par la mère qui sont transmis dans le lait maternel et nocifs pour le nourrisson Références : 1) Medications in mother s milk, Dr Thomas W. Hale, 2004. 2) Centre Image : Hôpital Ste-Justine Contre-indications relatives 1. Infection aiguë chez la mère non présente chez le nouveau-né 2. L allaitement est déconseillé chez les mères qui consomment régulièrement des drogues illicites. L usage de la méthadone pendant l allaitement est sujet à controverse. Besoin d évaluation individuelle. 3. L hépatite C n est pas une contre-indication à l allaitement maternel. 4. L hépatite B n est pas une contre-indication si le bébé a reçu les gammaglobulines et le vaccin à la naissance (ne pas oublier les doses subséquentes!). Effets de l allaitement chez le nourrisson : 1. Ictère au lait maternel : - débute vers la fin de la première semaine de vie chez un enfant en bon état général et peut durer jusqu à l âge de deux mois; - hyperbilirubinémie indirecte, ne nécessitant habituellement pas de photothérapie, car les taux de bilirubine ne sont que modérément élevés; - peut être expliqué par la présence de certains acides gras à chaîne longue dans le lait de certaines mères qui inhibent de façon compétitive l activité de la gluconyl-transférase; - toujours s assurer que la bilirubine directe est normale sinon, il faut référer - l allaitement peut être poursuivi sans danger sauf, dans les rares cas où la bilirubine atteint des taux inquiétants; - ne nécessite habituellement aucun traitement. 2. Selles : Les enfants allaités ont habituellement des selles plus molles et plus fréquentes que les bébés alimentés avec les préparations lactées. Elles peuvent varier de 8-10 par jour à une aux 2-6 jours et dans des cas exceptionnels, 1 selle aux 10 jours a pu être observée!
Suppléments : 1. Vitamine D : Tous les bébés allaités devraient prendre des suppléments de vitamine D dès la naissance et durant toute la durée de l allaitement. 2. Vitamine B12 : Il est recommandé d ajouter un supplément de vitamine B12 chez les enfants allaités dont la mère est végétarienne et encore plus si elle est végétalienne. Idéalement, l allaitement maternel devrait être poursuivi toute la première année de vie. Cependant, dans le contexte actuel, ce n est pas toujours possible ou désiré; il faut alors éviter de trop culpabiliser les mères qui ne peuvent pas ou qui ne désirent pas le faire. Quand cela est possible, l allaitement exclusif suffit à remplir tous les besoins de l enfant jusqu à l âge de 6 mois si la mère a une diète riche en fer. Après cela, l allaitement ne suffit plus et c est alors que l ajout d aliments solides devient important. Ces derniers sont souvent introduits vers l âge de 4 à 5 mois, mais ne sont pas nécessaires avant l âge de 6 mois; les recommandations récentes de l Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vont d ailleurs en ce sens. Intolérance et allergies à certains types de laits : Ces manifestations sont la plupart du temps temporaires et disparaissent entre un et deux ans. Elles peuvent se présenter de multiples façons plus ou moins typiques. Bien souvent, il n existe par de moyen diagnostic efficace pour déterminer la présence ou non d intolérance ou d allergie (sauf pour l allergie de type IgE). Le diagnostic sera plus souvent confirmé par la réponse à un essai thérapeutique d au moins 14 jours avec une préparation lactée hydrolysée ou par une diète d exclusion de la part de la mère allaitante. Mais cela, après consultation médicale! LAIT DE VACHE : Le lait de vache n est pas recommandé avant l âge de 12 mois. Il est très bien adapté au petit de la vache, mais pas du tout à un nouveau-né. Il contient : - peu de sucre et de gras; - sept fois moins d acide linoléique (essentiel au développement du cerveau) que le lait maternel; - trop de protéines et de minéraux; - peu de fer, qui de plus est très mal absorbé.
Il est également la cause principale d anémie ferriprive d origine alimentaire chez les enfants de 6 à 24 mois et de pertes de sang occultes dans les selles chez le même groupe d âge. Le lait de vache 3,25% peut être introduit vers l âge de 12 mois si l enfant mange de tout, mais on devrait limiter la quantité à 20 onces par jour. Le lait 2% n est pas recommandé avant l âge de 2 ans. TABLEAU 1 : La composition des laits Lait maternel Préparations lactées Lait de vache (en moyenne) Calories (kcal/100 ml) 74,7 67 70,1 Protéines (g/100ml) 1,1 1,5 3,3 Carbohydrates (g/100ml) 7,0 7,2 4,8 Gras (g/100 ml) 3,8 3,6 3,7 Minéraux (g /100 ml) 0,21 0,24 0,72 Fer (mg/100 ml) 0,02 à 0,08 1,2 0,025 à 0,075 % d absorption de fer 50% 6% 5 10% B. LES ALIMENTS SOLIDES Bien sûr, le lait à lui seul, ne peut suffire à remplir tous les besoins nutritionnels d un enfant. D un autre côté, on peut facilement imaginer qu un jeune enfant ne peut pas passer d une alimentation composée uniquement de lait au Guide alimentaire canadien à un an! Ici aussi, quelques règles simples suffiront pour comprendre les différentes étapes de l alimentation d un bébé. Jusqu à l âge de 6 mois, une alimentation composée exclusivement de lait peut être suffisante pour remplir les besoins nutritionnels d un enfant. Après 6 mois, il faut ajouter des solides pour remplir ses besoins, principalement de fer. Quand peut-on débuter les solides? Vers 4 à 5 mois, le bébé est prêt à débuter une alimentation solide : il produit assez de salive et sa coordination neuromusculaire est bien développée lui permettant ainsi d avaler correctement. Les parents peuvent aussi choisir d ajouter des solides parce que leur enfant ne semble pas satisfait après ses boires. S il prend plus de 35 oz de lait par jour et ne semble toujours pas satisfait et qu il a plus de 3 mois, on peut considérer ajouter les solides. Toutefois, se rappeler des dernières recommandations de l OMS : pas besoin de solides avant 6 mois!
Avant ou après le lait? Jusqu à l âge de 6 mois, il est recommandé de donner les solides après le biberon ou le sein. Après l âge de 6 à 9 mois, on peut commencer par les solides et compléter avec le lait. Principes d introduction des aliments : 1. Il faut toujours introduire un seul aliment à la fois. On donnera les mélanges quand l enfant aura mangé chaque constituant séparément. Cela compte autant pour les céréales que pour les fruits et légumes. On donnera donc des céréales à base d un seul grain avant d en donner de plus complexes. 2. Il faut également commencer par des petites quantités (1 c. à thé, 1 2 fois par jour), puis augmenter de façon graduelle. Il faut donner le même aliment pendant 3 4 jours avant d en ajouter un nouveau. 3. Ordre d introduction : Généralement, les solides sont toujours introduits dans le même ordre : 1. céréales (enrichies de fer) 6 mois (parfois à 4 mois) 2. légumes 2 3 semaines plus tard 3. fruits 2 3 semaines plus tard 4. viandes > 6 mois Quelques petits conseils : a) Oeufs : jaune d œuf blanc d œuf > 6 mois > 12 mois Ne jamais donner d œuf cru, parce qu il y a risque de transmission de salmonelle. Contrairement aux anciennes recommandations, il n est plus nécessaire d avoir servi un œuf entier à l enfant avant le premier vaccin RRO à 12 mois. Par contre, le vaccin contre la grippe (influenza) recommandé à l automne chez tous les nourrissons de 6 à 23 mois, est contre-indiqué en cas d allergie de type anaphylactique aux œufs Pour le moment, il est souhaitable de faire un test cutané de dépistage pour l allergie aux œufs chez les jeunes enfants très atopiques (eczéma sévère, allergie IgE médiée au lait), avant d administrer le vaccin,
quoique ceci n est pas une ligne directrice officielle et dépend de la disponibilité des ressources locales! b) Sel / sucre Aucun ajout de sel et sucre avant l âge de 1 an et même après, il faut y aller avec modération. Au fur et à mesure que l enfant va vieillir et apprendre à manger de tout, on peut apporter une nouvelle diversité en changeant la texture des aliments. Autour de 9 mois, il va commencer à apprécier les purées moins fines et à découvrir qu il est beaucoup plus amusant de manger avec les doigts qu avec une cuillère! Quand il aura atteint l âge d un an, il est prêt à manger la même chose que le reste de la famille.en autant que leurs habitudes alimentaires soient adéquates!!! Aliments à éviter : 1. Ne pas donner de miel et de sirop de maïs avant 1 an à cause du risque de botulisme. 2. Pas de betteraves, navets et épinards avant l âge de 9 mois. En effet, ils contiennent beaucoup de nitrates et peuvent être toxiques pour le jeune enfant. L eau de cuisson des carottes est également riche en nitrates donc à proscrire. 3. Les aliments très allergènes (noix, beurre d arachide, poissons, fruits de mer) ne devraient être débutés que vers l âge de 2 ans, mais cela sera retardé à 4 ans dans les familles où il y a beaucoup d allergies. 4. On évitera aussi les aliments très gras ou contenant beaucoup de sel, sucre, colorants ou additifs. 5. ATTENTION : risque d étouffement (jusqu à 4 ans) avec : - fruits crus avec pelure - légumes crus - raisins frais entiers (les couper en deux) - pop corn - bonbons - saucisses (les couper sur le sens de la longueur).
C. VITAMINES ET MINERAUX : 1. FER : - Le fer est la carence nutritionnelle la plus fréquente chez les enfants de 6 24 mois (voir anémie ferriprive) - un enfant né à terme a des réserves suffisantes jusqu à l âge de 4 mois et une anémie peut se développer vers l âge de 6 mois si sa diète est déficiente en fer. Les prématurés, par contre, ont des réserves beaucoup moins importantes. - Recommandations : - Enfant nourri avec un préparation lactée : toujours donner une formule enrichie de fer. - Enfant allaité : - s il est né à terme : donner des suppléments de fer à partir de 6 mois, les céréales pour nourrisson enrichies de fer suffisent habituellement. - Prématuré : 1 à 2 mg/kg/jour de fer élémentaire de l âge de 2 mois à 1 an. - Préparations sur le marché : - Fer-in-sol (15 mg de fer élémentaire / 1,0 cc) 2. Vitamine D : - La vitamine D est essentielle à la croissance osseuse. Si elle est déficiente, les enfants vont développer du rachitisme - Tous les enfants allaités devraient recevoir 400 Ul de vitamine D par jour - Le lait maternel est très pauvre en vitamine D - Recommandations : - Enfant allaité : donner un supplément de vitamine D pour toute la durée de l allaitement. - Enfant au lait maternisé : pas besoin de suppléments, toutes les formules en contiennent.
- Préparations sur le marché : - D-Vi-Sol D-O Vit PédiaVit D (400 UI vitamine D / 1,0 cc) - Tri-vi-sol Tri-O-Vit PédiaVit ACD (1500 UI vitamine A, 30 mg vitamine C et 400 UI vitamine D / 1,0cc) 3. Fluor - Le fluor diminue de moitié l incidence des caries dentaires. Son action étant topique, on ne l administre pas avant l apparition des dents. - Quand il est donné en trop grande quantité (plus de 0,05 à 0,07 mg / kg de poids corporel), il tache de façon irréversible les dents : fluorose. - Les suppléments de fluor ne devraient être administrés qu à compter de 6 mois et seulement si les conditions suivantes s appliquent : - le fluor dans l eau de consommation est à moins de 0,3 ppm - l enfant ne se brosse pas les dents (ou ne les fait pas brosser par ses parents) au moins 2 fois par jour - le dentiste (ou autre professionnel de la santé) considère que l enfant est plus susceptible à la carie. - Doses suggérées : 6 mois à 3 ans : 0,25 mg die 3 à 6 ans : 0,50 mg die 6 à 16 ans : 1 mg die - Les suppléments de fluor devraient être administrés dans des préparations qui maximisent leur effet topique. Les gouttes, si utilisées, doivent être diluées dans l eau et il faut les laisser tomber sur les dents. - Si le fluor dans l eau de consommation est plus de 0,3 ppm : aucun supplément recommandé. - Préparations sur le marché (exemples) - Tri-vi-sol avec fluor PédiaVit minimum ACD (0,25 mg fluor / 1,0 cc) - D-Vi-Sol avec fluor (0,25 mg fluor / 1,0 cc) - Application locale de fluor par les dentistes. 4. Vitamine B12 :
Les suppléments de vitamines B12 ne sont recommandés que chez les bébés allaités dont la mère est végétarienne et encore plus si elle est végétalienne. 5. Calcium : Les besoins en calcium passent de 210 mg/jour à 500 mg/jour entre 0 et 12 mois. C est l une des raisons pour lesquelles les compagnies ont développé des formules dites de transition à utiliser à partir de l âge de 6 mois et ce jusqu à 18 mois. 6. Autres : Pour ce qui concerne les autres vitamines, dont les vitamines A et C, aucun supplément n est nécessaire. Les préparations lactées en contiennent toutes en quantités suffisantes. Pour les enfants nourris au sein, une alimentation équilibrée chez la mère est suffisante pour fournir toutes les vitamines et minéraux nécessaires à l enfant (sauf la vitamine D). TRUCS ET PETITS CONSEILS 1. EAU : L eau peut être offerte relativement tôt aux jeunes enfants. En effet on peut donner de l eau en petites quantités entre les boires à un enfant âgé de seulement quelques semaines (minimum 6 semaines). A ce moment, elle est surtout utilisée pour étancher la soif lors de journées chaudes ou en cas de fièvre ou de diarrhées. On devrait cependant toujours éviter d en donner dans l heure qui précède le boire afin de ne pas diminuer son appétit. De plus, jusqu à l âge de 4 mois, l eau doit toujours être bouillie 5 minutes peu importe son origine. Pour l enfant plus âgé, l eau est l aliment de choix pour étancher sa soif. En effet, elle ne diminue pas l appétit des jeunes enfants, contrairement au jus, en plus d être un bon moyen pour éviter la constipation. L eau est donc à prioriser dans une alimentation équilibrée. 2. JUS : Les jus de fruits peuvent être débutés vers l âge de 6 mois, mais ils ne sont pas essentiels. Il est conseillé de choisir des jus de fruits frais non sucrés. La consommation de jus devrait cependant être limitée à 4 onces par jour et celui-ci devrait toujours être dilué
dans l eau. En effet, les jus diminuent l appétit de l enfant et ainsi sa consommation d autres aliments essentiels dont le lait et les solides, ce qui à long terme peut causer des carences alimentaires. Finalement, quand ils sont pris en grande quantité, les jus peuvent causer une diarrhée osmotique et ainsi être une source importante de déshydratation. Ce n est donc pas la meilleure chose à donner à un enfant lors des canicules estivales ou lorsqu il souffre d une gastro-entérite! 3. LE FAMEUX BIBERON : La question qui revient fréquemment au sujet du biberon c est : quand le cesser et comment y arriver? Habituellement, un enfant ne devrait plus avoir de biberon à 18 mois. L Académie américaine de pédiatrie recommande de commencer le sevrage vers 9 mois et de le compléter à 1 an. L enfant est alors assez vieux pour boire au gobelet et même au verre. Cependant, ce n est pas toujours facile de lui enlever cet objet si rassurant pour lui et si pratique pour les parents : moins de gâchis et surtout pas de crises! Mais un sevrage graduel se passe relativement bien dans la majorité des cas. On peut commencer par présenter le gobelet lors des repas. On peut également donner les autres liquides dans le gobelet ou le verre dès leur introduction, habituant ainsi l enfant très jeune à cette nouvelle façon de boire. De plus, il faut éviter de coucher les enfants avec leur biberon (aussi vrai pour le jus que pour le lait). Cela augmente le risque de caries dentaires, mais favorise également les otites moyennes aiguës (OMA). En position couchée, le lait peut se retrouver derrière le tympan puisqu il peut facilement atteindre les trompes d Eustache. Cela crée un milieu très favorable à la multiplication bactérienne et à l OMA. Pour les enfants auxquels il est difficile de se défaire de cette habitude, remplacer le lait par l eau diminue l incidence des caries et d OMA et peut être une bonne étape de transition. Cependant, même le biberon d eau devra être cessé un jour!!! 4. L ENFANT CONSTIPÉ : La constipation est un problème fréquemment rencontré en pédiatrie. Elle peut être un facteur de risque de plusieurs autres problèmes dont les infections urinaires, l énurésie et l encoprésie. De plus, elle est une cause fréquente de douleur abdominale chronique. Que faire? - Enfant allaité : - présente très rarement des troubles de constipation. - il faut alors allaiter plus souvent. - Enfant nourri par des préparations lactées, âgé de plus de 6 semaines : - Offrir un peu d eau (15 cc) entre les repas
- Éviter le lait de soya (si pas d allergie franche aux protéines bovines) et le lait de vache - Aucune preuve scientifique pour soutenir la croyance qu une préparation lactée pauvre en fer puisse diminuer la constipation. - Si le bébé a plus de 2 mois, on peut offrir 1 once de jus de pruneaux dilué avec 1 once d eau tiède par jour - Enfant qui mange des solides : - Diminuer la consommation de : - riz - banane - lait : maximum 20 onces par jour - Augmenter la consommation de : - céréales à grains entiers - fruits et légumes - jus de fruits (raisins et pruneaux) non dilués - et surtout, d eau. Souvent un changement au niveau de l alimentation est suffisant pour éviter la constipation. Cependant, quand celle-ci est bien installée, des traitements supplémentaires sont souvent nécessaires, mais rappelez-vous bien que si la diète n est pas adéquate, la constipation reviendra au galop dès que les traitements seront cessés! Une diète riche en fibres et en eau va prévenir les récidives. D. L ANEMIE FERRIPRIVE L anémie ferriprive est le problème hématologique le plus fréquent en pédiatrie et elle est le plus souvent d origine alimentaire. Elle se développe entre 6 et 24 mois. Etiologie : Cause #1 : SURCONSOMMATION DE LAIT DE VACHE - le lait de vache contient peu de fer - le fer est mal absorbé (environ 10% par rapport à 50% pour le lait maternel) - le lait de vache cause également des pertes occultes de sang au niveau gastrointestinal en raison de la caséine (grosse protéine difficile à digérer et irritante pour le tube digestif ce qui peut engendrer des micro-saignements) - les enfants ont souvent moins d appétit et ils mangent ainsi moins d aliments riches en fer
Les prématurés et les bébés de petit poids à la naissance sont plus à risque parce qu ils ont moins de réserves de fer. - Manifestations cliniques : - Pâleur; - irritabilité, léthargie; - retard de développement psychomoteur, troubles de comportement; - pica; - anorexie - Analyses de laboratoire : - Si l enfant est dans le groupe d âge touché et présente une histoire classique de surconsommation de lait de vache, seulement une FSC est nécessaire. L enfant présentera alors une anémie avec une diminution du VGM. - Le fer sérique et la ferritine sont abaissés tous deux et on observe une augmentation des free erythrocyte protoporphyrins. - Traitement : 1. Diminuer la quantité de lait de vache consommée à 480-600 ml (16-20 oz.) par jour, ce qui assure une quantité adéquate de vitamine D; permettre 4-8 oz des autres produits laitiers (yogourt > fromage) 2. Augmenter la consommation d aliments riches en fer : céréales enrichies de fer, viandes, foie, légumineuses, légumes verts, 3. Suppléments de fer : - 3-6 mg de fer élémentaire par jour pour 3 mois. Eviter de donner avec du lait puisque ce dernier va en diminuer l absorption. Favoriser une source de vitamine C (agrumes, tomates ) en même temps car cela augmente l absorption du fer et ne pas oublier de brosser les dents après car le fer tache les dents!!! - la réponse au traitement de fer est un élément diagnostic important. Ainsi on observe une réticulocytose en 48 72 h, l hémoglobine revient à des valeurs normales environ 30 jours plus tard et les réserves en fer sont complètes en 1 3 mois. Si l enfant ne répond pas au traitement de fer, c est-à-dire s il n y a pas de réticulocytose en 72h et/ou pas d augmentation du taux d hémoglobine après un mois de traitement, il y a indication de faire un bilan. Un bilan s implique d ailleurs d emblée si l enfant a plus de deux ans ou s il a une histoire familiale de thalassémie ou des éléments au questionnaire ou à l examen nous orientant vers une perte de sang occulte ou une maladie
chronique. Il faut alors penser à la thalassémie, à l intoxication au plomb et aux maladies chroniques pouvant causer des pertes de sang occulte ou une anémie inflammatoire (ex :maladie de Crohn, chez l enfant plus vieux). CONCLUSION Pour terminer, il serait louable que tous les parents connaissent tous ces principes d alimentation par cœur et les appliquent à la lettre pour leur enfant. Il faut cependant se rappeler que, pour eux aussi, c est quelque chose de totalement nouveau et souvent leurs bases en alimentation du nouveau-né sont très élémentaires. Il faut donc adapter l information qu on leur donne à l âge et aux caractéristiques propres de leur enfant. Il ne faut pas oublier qu une alimentation équilibrée chez l enfant commence par l éducation et l enseignement des parents.
BIBLIOGRAPHIE Doré N., Le Henaff D. (2003-2004). Mieux vivre avec son enfant. M.A.S.470 p. ABCDaire du suivi pédiatrique, guide de référence pour le praticien, document préparé par le bureau d éducation médicale continue de l Université de Montréal en collaboration avec l Hôpital Ste-Justine Palardy, M., Gossard, D., Santé cardiovasculaire: les miracles de l oméga-3, MedActuel FMC, août 2004, pages12 à15. Baribeau, H., Lucas, M., Lepage, M.(2002). Santé la Gaspésie. 191 p. Institut de nutrition pour bébés Heinz, Documentation, Vol. 21, numéro 1, 2004. Le fer ne cause pas la constipation des nourrissons. Anglade L. (1992). Le p tit nourri-source. C.L.S.C. Mercier ouest. 118 p. Lambert-lagacé L. (1996). Comment nourrir son enfant. Les Editions de l homme, 303 p. Nelson E. (2000). Textbook of Pediatrics. 16 th edition. WB Saunders company. Pp. 149-168; 1469-1471. Weber M. (1996). Dictionnaire de thérapeutique pédiatrique. Les Presses de l université de Montréal, pp. 23-35; 102-103. Baribeau,H., Lucas,M., Lepage, M.(2002). Santé la Gaspésie. 191 p. Santé Canada, Société canadienne de Pédiatrie, Les Diététistes du Canada, (1998) La nutrition du nourrisson né à terme et en santé 55 p. Ladouceur, D. Les préparations lactées enrichies de fer un apport nutritionnel fiable. Le Clinicien, janvier 2002, p. 49-53. Programme de surveillance de la Société canadienne de Pédiatrie (2002). Rachitisme par carence en vitamine D.
Tableau 1a Préparations lactées à base de lait de vache (sans prescription) Constituants lait maternel Laits pour nourrissons Avec lactose Sans lactose Enrichi d amidon de riz et avec lactose Produit Mead Johnson Ross Nestlé Mead Johnson Ross Mead Johnson Noms : Enfamil A+ Similac Advance Bon Départ avec Oméga-3 et 6 Enfalac LF Similac Advance LF Enfamil A+ pour bébés qui régurgitent Nutriments : Sucre 100% lactose 100% lactose 100% lactose 70% lactose 30% maltodextrine 100% extraits de sirop de maïs 50% de sirop de maïs 50% de sucrose 66% Lactose 20% Amidon de riz 14% Maltodextrine Protéines 60% lactosérum 40% caséine 60% lactosérum 40% caséine 48% lactosérum 52% caséine 100% protéines de lactosérum, partiellement hydrolysées 18% lactosérum 82% caséine 18% lactosérum 82% caséine 18% lactosérum 82% caséine Lipides a) Type d huiles utilisées Matières grasses du lait maternel 45% huile de palme 20% huile de soya 20% huile de coco 15% huile de tournesol 28% huile de soya 30% huile de coco 42% huile de tournesol 47% huile de palme 26% huile de soya 21% huile de copra 6% huile de carthame 0,32% DHA 0,64% ARA Mélange de 4 huiles (idem Enfamil A +) Mélange de 3 huiles (idem Similac Advance) Mélange de 4 huiles (idem Enfamil A+) % poids total DHA/ARA dans les acides gras 0,20% DHA 0,40% ARA 0,32% DHA 0,64% ARA 0,15% DHA 0,40% ARA N. B. Nestlé offre aussi une autre préparation, Bon Départ régulier, sans supplément d oméga-3 et 6 Pas de supplément DHA / ARA Pas de supplément DHA / ARA 0,32 % DHA 0,64 % ARA Fer (mg/100 ml) 0,02 à 0,08 1,2 1,2 1,0 1,2 1,2 1,2
Tableau 1b Préparations lactées à base de lait de vache pour les 6 à 18 mois (sans prescription) Constituants lait maternel Laits de transition pour les 6 à 18 mois Produit Mead Johnson Ross Nestlé Noms : Enfamil Prochaine étape Similac Advance 2 ième étape Bon Départ 2 avec Oméga-3 et 6 Nutriments : Sucre 100% lactose 50% lactose 50% extraits de sirop de maïs 100% lactose 70% lactose 30% maltodextrine de maïs Protéines 60% lactosérum 40% caséine 18% lactosérum 82% caséine 48 % lactosérum 52% caséine 100% lactosérum partiellement hydrolysé Lipides Matières grasses du lait maternel Mélange de 4 huiles (idem Enfamil A +) Mélange de 3 huiles (idem Similac Advance) Mélange de 4 huiles (idem Bon Départ avec Oméga-3 et 6) donc 0,32% DHA 0,64% ARA Fer (mg/100 ml) 0.02 à 0,08 1,2 1,2 1,0 Particularités Procure la meilleure alimentation aux nourrissons. Besoin de supplément de vitamine D Contient 50% plus de calcium que la formule pour nourrissons Pas de supplément d oméga- 3 et 6 Contient 50% plus de calcium que la formule pour nourrissons Pas de supplément d oméga- 3 et 6 Contient 50% plus de calcium que la formule pour nourrissons N.B. Nestlé offre aussi un Bon Départ transition (sans supplément d oméga et sans hydrolysat partiel de lactosérum) dont le coût est moindre
Tableau 2 Préparations lactées à base de protéines de soya (sans prescription) Produit Mead Johnson Laits pour nourrissons Laits de transition Pour les 6 à 18 mois Ross Nestlé Ross Nestlé Noms : Enfalac Prosobee Isomil Alsoy avec oméga-3 et 6 Isomil Étape 2 Alsoy 2 Nutriments : Sucre 100% extraits de sirop de mais sirop de mais sucrose 80% maltodextrine 20% saccharose sirop de mais sucrose 68% maltodextrine 32% saccharose Protéines 100% protéines de soya 100% protéines de soya 100% protéines de soya 100% protéines de soya 100% protéines de soya Lipides Fer (mg/100 ml) Mélange de 4 huiles (idem Enfamil A+) Mélange de 3 huiles (idem Similac Advance) Mélange de 4 huiles et supplément de 0,32% DHA 0,64% ARA Mélange de 3 huiles (idem Similac Advance) 1,2 1,2 1,2 1,2 1,2 Mélange de 4 huiles (idem Bon Départ sans oméga) Particularités : Sans lactose ni sucrose Sans lactose Sans lactose Sans lactose Sans lactose A noter : Contient 29% plus de calcium que la formule pour nourrissons Idem Indications : Régime végétarien ou galactosémie Idem Idem Idem Idem
Tableau 3 Préparations thérapeutiques (sous prescription) Mead Johnson Ross SHS Cas particuliers Produit Enfalac Nutramigen Enfalac Pregestimil Similac Alimentum Neocate Lamb base Nutriments : Sucre 84% extraits de sirop de mais / 16% amidon de mais modifié Idem 70% sucrose / 30% amidon de tapioca 100% extraits de sirop de mais Chicken base Protéines 100% caséine fortement hydrolysée, enrichie d a.a. essentiels Idem Hydrolysat de caséine (60% d a.a. libres, 40% sous forme de petits peptides) L-acides aminés Agneau ou poulet Lipides Mélange de 4 huiles (idem Enfamil A+) Mélange de 3 huiles (soya, mais, carthame) + 55% de MCT 39% huile de carthame 28% huile de soya 33% de MCT Mélange de 3 huiles (soya, copra, carthame) Fer (mg/100 ml) 1,2 1,2 1,2 0,9 Particularités : Préparation chimique à base d acides aminés synthétiques Préparation à la maison (die) avec recette précise et addition de vitamines et minéraux essentiels A noter : Très dispendieux Très dispendieux Très dispendieux Le plus dispendieux Moins dispendieux Indications : Pour les bébés qui souffrent d allergies ou de coliques pouvant être reliés aux protéines du lait de vache Idem + certains bébés souffrant de problèmes de malabsorption des lipides ou des protéines Idem + certains bébés souffrant de problèmes de malabsorption des lipides ou des protéines Allergie sévère au lait de vache, intolérance à de multiples protéines alimentaires ou trouble grave du tractus GI Pour les bébés qui souffrent d allergies ou de coliques pouvant être reliés aux protéines du lait de vache
Tableau 4 Préparations pour prématurés (seulement dans les hôpitaux pour la plupart) Produit Mead Johnson Ross Noms : Enfamil Préma. A+ 20 Kcal / 30 ml 0,17 ou 1,22 mg fer/100 ml Similac Advance Special Care 20 20 Kcal / 30 ml 0,25 ou 1,2 mg fer/100 ml Enfamil Préma. A+ 24 Kcal / 30 ml 0,20 ou 1,50 mg fer / 100 ml Similac Advance Special Care 24 24 Kcal / 30 ml 0,3 ou 1,5 mg fer/100 ml Enfacare Préma. A+ Similac Advance Neosure 22 Particularités : 22 Kcal / 30 ml 1,3 mg fer/100 ml 22 Kcal / 30 ml 1,4 mg fer/100 ml Contiennent plus de calories que les préparations ordinaires ainsi que des sucres et matières grasses plus faciles à absorber. Tous les laits ci-haut (de Mead Johnson et Ross) contiennent des DHA et ARA mais la proportion/quantité est différente (cf formule de base) selon la compagnie. Enfacare et Néosure sont disponibles dans les pharmacies pour le prématuré qui sort de l hôpital. Il existe dans la gamme Ross des formules hypercaloriques à 24 et 27 Kcal / 30 ml mais elles sont peu utilisées; celles-ci ne contiennent donc pas de supplément d oméga et ne sont offertes que sous forme "avec peu de fer" Dans la gamme Mead Johnson, il y a aussi une formule hypercalorique à 24 Kcal / 30 ml et celle-ci est enrichie de fer (1,5 mg / 100 ml) et contient aussi les suppléments d oméga idem Enfamil A+ Indications : Pour les bébés prématurés pesant moins de 2 kg. A noter que si le bébé est né à moins de 1800 grammes et / ou moins de 34 semaines de gestation, il y a possibilité d obtenir Enfacare ou Néosure gratuitement pour 1 an