Par Alain Soulan Mon premier 100 km sur route! Bien avant que le fameux viaduc ne médiatise la vile de Milau, je m étais intéressé à ce chef lieu de l Aveyron, comptant plus de 22000 habitants, pour une toute autre spécialité : ses 100 km! En effet, à la lecture en 1986 de l Encyclopédie Pratique du Jogging (487 pages, quand même!) de Serge Cotereau, je m étais promis une chose : si je dois faire un jour un 100 km sur route, ce sera Millau! Et ce jour est arrivé le 24 septembre dernier. Me voici à Millau, avec Marcel Baril, Yves et Monique Richard, dans le Parc de la Victoire. Il est 9h. Monique nous quitte pour se positionner avec son vélo au 6 ème km, point de regroupement des accompagnateurs cyclistes. Le temps est parfait. Les conditions sont idéales. 9h55. Ambiance musicale style marathon du Médoc. Fanfare locale. 10h00. C est parti! Nous restons groupés, Marcel, Yves et moi, et tenons un bon 12km/h. Pour la première fois, des meneurs d alure sont dans la course: de 9h00 à 16h00. Nous passons le meneur 10h mais ne tentons pas de suivre le meneur 9h. En voyant les résultats des précédents 100 km de Millau, très peu passent en dessous de 10 h. Il doit y avoir quelque chose qui nous échappe! 10h. Quoi, 10 km/h de moyenne!. Cela devrait être à notre portée et puis, il n est pas question de se faire prendre par
la nuit (l éclairage est obligatoire la nuit et nous n avons pas tous des frontales!). Nous nous devons de faire moins de 10h! Nous remontons la rive droite du Tarn. 6 ème km. Le nombre de cyclistes est impressionnant. Ils se répartissent sur près d un km. Presque tous les coureurs sont accompagnés. Monique est là. Et nous voilà maintenant 4 à partager l efort (car pour le cycliste, ce n est pas non plus de tout repos!). Marcel est en forme. Il discute avec d autres coureurs. Moi, je suis concentré sur les petites douleurs que je ressens par-ci, par-là, notamment au genou gauche, veillant à ne pas trop allonger la fouée. Nous voici au Rosier. 21 km. On retourne sur Millau, en suivant cette fois la rive gauche du Tarn. Le parcours présente maintenant des côtes, certes courtes mais bien soutenues. Je continue sur un rythme de 12 km/h. Les positions de chacun se stabilisent. Michel et Yves apprécient moins les côtes. Du coup, je me retrouve seul. Millau. Parc de la Victoire. Un marathon. 3h31. Tout va bien. Le moral est bon. Direction Saint-Affrique. Les coureurs se croisent dans les rues de Millau. Yves et Monique arivent. Tout a l air de bien se passer. En revanche, je ne vois pas Marcel. Son épaule (mise à mal par une récente chute de VTT) l a rappelé à l ordre. Peu après la sortie, le Viaduc dans toute sa majesté! Mais il va falloir le mériter : un «mur» se présente : 5 à 8 % pendant près de 2 km. Au sommet, les 50 km sont franchis. Le Viaduc est au-dessus de ma tête. 4h15 de course. Tout va encore bien! Mais les ravitaillements commencent à paraître espacés. Tous les 6 kms environ. Les coureurs aussi. Chacun roule pour soi. La fameuse côte de Tiergues m atend. Elle est raide mais passe finalement bien. Au sommet, je croise le premier qui est déjà sur le chemin du retour! Il n a que 16 km de plus dans les jambes!... Descente raide sur Saint-Affrique. Mes muscles aimeraient bien un petit massage! Saint- Affrique. 71 kms. 6h35 de course. Je suis 38 ème. Il suffit de faire le chemin inverse et le 100 km sera dans la poche. Au ravitaillement, je cherche un kiné. Il a disparu. Les secouristes n ont plus le droit de masser. Bon, eh bien ce sera pour plus tard. Dans la côte de Tiergues (eh oui, il faut la monter dans les deux sens!), le soleil tape. Le prochain ravitailement est loin. Il me faut de l eau. Je quémande à deux reprises auprès d accompagnateurs d autres coureurs que je croise. La solidarité sportive n est pas un vain mot. L un me donne une petite bouteile que je garderai avec moi jusqu à l arivée. Au sommet de la côte (79 ème km), je vois un coureur se masser. Je m arête pour en faire autant. Et hop, pris par une terible crampe au molet, me voici les 4 fers en l air à hurler de douleur, incapable de faire quoi que ce soit. On accoure. On me tire sur la jambe. On me donne des granules d arnica. Et je repars à petites foulées. Dans la descente, je vais presque moins vite que lors de la montée Les crampes sont là, embusquées. Les coureurs que je croise se font de plus en plus nombreux. Petits gestes d encouragement mutuels. Sur le plat, je retrouve un rythme plus rapide mais ce n est plus le 12 km/h du début! Les ravitaillements se succèdent: soit il n y pas de kiné, soit ils sont débordés. Je perds du temps mais en vain. Je continue ma route. Le viaduc se rapproche. La côte est là. Finalement, je préfère ça à la
descente! D autant que l accompagnatrice d un coureur qui a abandonné à Saint- Affrique, (coureur avec quij avais franchi le viaduc dans l autre sens) se propose de me tenir compagnie pour la montée. Je retrouve des ailes!! 90ème km. 8h50 de course. Mais la descente fut catastrophique. A deux reprises, je me retrouve à terre, incapable de me relever en raison des crampes qui se sont propagées dans tous les muscles de la jambe (même au niveau de la voûte plantaire!!). Heureusement, dans les deux cas, des gens viennent à mon secours. L un me donne une dose d Overstim s anti-crampes. Je vois des coureurs me doubler. Il n est pas question d abandonner (pas deux abandons dans la même année!!! Cf. mon abandon au 140ème km des 175 km du trail du golfe du Morbihan). Il me reste moins de 10 km. Je termine la descente tant bien que mal, pensant un moment la descendre en marche arrière!... Et au bas de la descente, une apparition! Monique est là sur son vélo. Je ne suis plus très lucide! Yves doit être juste derrière moi? Mais je n aurais pas vu Monique me doubler? Tout se clarifie avec les explications de Monique. Yves a finalement jeté l éponge au 45 ème km, a peu près au point où nous nous retrouvons. Et ele est venue m accompagner pour les derniers km, et me fournir éventuelement un éclairage pour me permetre d ariver sans être éliminé! Eh oui, le jour commence à décliner Les fameux 10 h! Je commence à comprendre!!... Du coup, encouragé par Monique, je me sens à nouveau des ailes et je retrouve une allure digne de ce nom, faisant fi des menaces de crampe toujours présentes. La nuit est tombée. Dernière ligne droite avant de retrouver le parc de la Victoire. Le finish se fait à l intérieur du gymnase. Dernier sprint. 10h08 33. 52 ème. Mon rêve s est réalisé. Je m écroule sur une chaise. Heureusement, le super réconfort de Monique, Yves et Marcel est là. Les couleurs reviennent assez vite. Le retour à une démarche normale sera lui, un peu plus long On se réconfortera ensuite en dégustant de bonnes tranches de lard gras salé (petit clin d oeil à Yves, Marcel et Monique).
Quelques chiffres : Distance : 100 km! Dénivelé : 918 m. 1 333 inscrits. 1 022 arrivés. Meilleur temps 2005 : 7h33 (Bruno Heubi) 16 coureurs en moins de 9h. Le doyen, Bernard Petit : 84 ans 18h31 25-944 ème. Pourquoi ces crampes? Cause principale : hydratation insuffisante. Prévoir soit un accompagnateur, soit une bouteile sur soi (je n avais ni l un ni l autre). Autre cause possible : ne pas hésiter à faire un entraînement spécifique côte (je n avais fait que du vélo mais ne m étais pas imposé quelques séances dans la tour des Horizons qui auraient sans douté été utiles!)