Influence d s sur un ravageur de plein champ et sur ses ennemis naturels La mouche du chou Delia radicum (Insecte Diptère, Anthomyidae) est le principal ravageur des cultures de Crucifères (choux, navets, rutabagas, radis) dans l Ouest de la France. Les mouches femelles fécondées pondent leurs œufs en paquets, au collet des plantes ou sur le sol à proximité. Des œufs éclosent des larves («vers blancs») qui se développent en se nourrissant des racines. Les larves provoquent alors un dépérissement des plantes, en particulier si celles-ci sont jeunes. La mouche du chou possède plusieurs ennemis naturellement présents, en particulier des insectes coléoptères staphylinidae Aleochara bipustulata et Aleochara bilineata. Ces insectes se nourrissent des œufs et des jeunes larves de la mouche du chou et peuvent parasiter les pupes. Ils sont considérés comme ayant un rôle majeur dans le contrôle des populations de la mouche. Des travaux antérieurs ont montré, en laboratoire et au champ, que l ajout de certaines molécules odorantes au pied des choux permettait de diminuer de moitié le nombre d œufs pondus par la mouche et d attirer les insectes prédateurs de la mouche (Antonin Ferry,. Ecologie chimique appliquée à la lutte contre la mouche du chou. Thèse de l Université de Rennes ). L objectif de ce travail était de vérifier l effet de ces s pour limiter la ponte de la mouche et pour attirer les prédateurs. Description du site d étude : Les expériences ont été réalisées en plein champ, sur une parcelle (m x m) en agriculture biologique, à Cancale (Ille-et-Vilaine, France) (Figure ). Des choux brocolis en minimottes ont été plantés au stade - feuilles, le avril. Aucun traitement herbicide, ni insecticide n a été effectué durant toute la durée de l essai. Seul des binages mécaniques ont été réalisés pour éviter le développement trop important des mauvaises herbes. Les plants ont été séparés de cm entre eux au sein de chaque rang ; les rangs étaient espacés de 8 cm. La parcelle a été divisée en blocs alignés. Chaque bloc était composé aléatoirement d une petite parcelle (non traitée) et d une petite parcelle traitée avec l. Chaque petite parcelle mesurait, m sur, m. Les blocs étaient séparés entre eux par une bande non cultivée de m, les petites parcelles séparées entre elles par une bande non cultivée de m. Figure : Parcelles le mai
Méthode de suivi: Deux pièges Barber ont été disposés en diagonale au sein de chaque petite parcelle, afin de piéger les insectes présents. Chaque piège était constitué d un entonnoir de cm de diamètre affleurant le sol et débouchant dans un pilulier rempli à moitié par de l alcool à %. Chaque piège était recouvert d un couvercle en plastique surélevé de à quelques centimètres du sol (Figure ). Les piluliers ont été renouvelés une fois par semaine (le mardi). Les animaux piégés dans le pilulier ont été identifiés et on a réalisé le comptage du nombre de coléoptères Aleochara bipustulata et A. bilineata (Figure ). Figure : Piège Barber (photo S. Dourlot) et son pilulier. Figure : Aleochara bilineata (photo S. Dourlot) Des feutrines ont été disposées au pied des choux, afin de compter les œufs de mouche. Une feutrine est constituée de bandes de feutre enroulées en plusieurs couches et fermées par un scratch (Figure ). Les mouches y déposent leurs œufs (Figure ). Les comptages ont été effectués une fois par semaine (le mardi). 8 feutrines étaient disposées aléatoirement au pied de 8 plants de choux dans chaque petite parcelle. Les œufs comptés ont été ensuite éliminés. Le suivi a débuté le avril et s est terminé le. Figure : Paquet d œufs de mouche sur feutrine. Figure : Feutrine (photo S. Dourlot). Traitements «avec» et s Un petit pot en plastique a été disposé à côté de chaque feutrine. Le traitement «avec» a consisté à remplir les pots de cm de morceaux de navets ou rutabagas pourris (anciennement infestés par des larves de mouches d élevage du laboratoire des Insectes Parasitoïdes de Rennes, et présentant un aspect ocre-brun de pourriture molle) (Figure ). Ces pots ont constitué les sources d s dans les parcelles nommées. Le contenu des pots était renouvelé deux fois par semaine (le mardi et le samedi). Les traitements ont débuté le avril. Dans les parcelles, les pots sont restés vides durant la totalité de l essai. Figure : Feutrine et pot contenant l' de navet pourri (photo S. Dourlot).
Résultats et discussion L objectif de ce travail était de vérifier l effet d de navet pourri sur la ponte de la mouche du chou et sur la présence des prédateurs des œufs de la mouche en plein champ. Durant cet essai, on a constaté la faible incidence de la mouche du chou : le nombre d œufs retrouvés au pied des choux était faible (Figure )., toujours en dessous du seuil critique d infestation pour les agriculteurs ( œufs par plant). Il n y a pas eu de dégâts visibles liés à la mouche du chou au cours de cet essai. Aucune différence significative n a été observée entre les traitements (avec ou sans ) en ce qui concerne le nombre d œufs de mouche par plant. Nombre moyen d'oeufs par plant +/-SE sem -avr -avr -mai -mai 8-mai -mai - 8- - - Figure : Nombre moyen d œufs de mouche du chou retrouvés par feutrine, en fonction du traitement ( de navet pourri VS ) en plein champ. Au total au cours des semaines d essai, individus Aleochara ont été piégés ; Aleochara bipustulata était l espèce dominante. Le nombre moyen d Aleochara bipustulata capturés par piège n était pas différent avec ou sans (,99 ±, avec VS,±, sans ) ; même constat avec d Aleochara bilineata (,8±, avec VS,±,, sans ).
9 8 sem Nombre moyen d'individus par piège +/- SE -avr -avr -mai -mai 8-mai -mai - 8- - - Figure 8 : Nombre moyen d Aleochara bipustulata piégés par Barber, en fonction du traitement ( de navet pourri VS ) en plein champ Nombre moyen d'individus par piège +/-SE 9 8 sem -avr -avr -mai -mai 8-mai -mai - 8- - - Figure 9 : Nombre moyen d Aleochara bilineata piégés par Barber, en fonction du traitement ( de navet pourri VS ) en plein champ L objectif de ce travail était de vérifier l effet d de navet pourri sur la ponte de la mouche du chou et sur la présence des prédateurs des œufs de la mouche en plein champ. Dans notre expérience, l de navet pourri n a pas joué un rôle attractif vis-à-vis des prédateurs Aleochara et n a pas limité la ponte de la mouche de façon significative.
Ces résultats peuvent être liés à la faible incidence de la mouche du chou durant cet essai. En effet, on a constaté un faible nombre d œufs retrouvés au pied des choux ; ce nombre est toujours resté en dessous du seuil critique d infestation pour les agriculteurs ( œufs par plant). Il n y a pas eu de dégâts visibles liés à la mouche du chou au cours de cet essai. Des observations supplémentaires ont permis de constater que la récolte des choux brocolis début juillet a été comparable dans les parcelles et traitées avec l de navet pourri, mais aussi comparable à celle d une parcelle proche des parcelles expérimentales et traitée au SUCCESS (insecticide autorisé en agriculture biologique pour lutter contre la mouche du chou). Cela montre que l insecticide utilisé par le producteur n était pas nécessaire. L absence d effets de l de navet pourri peut être aussi liée à la source d difficile à contrôler. Il était difficile d avoir des morceaux de navet ou de rutabaga pourri homogènes, d un plant à l autre et d une semaine à l autre. L émission d a pu aussi varier selon les conditions météorologiques ; en effet, les fortes températures et la sécheresse n ont peut être pas permis une bonne émission d s, même si les sources d s étaient renouvelées deux fois par semaine. De nombreux autres facteurs sont susceptibles d être intervenus : des facteurs liés aux choux, aux autres êtres vivants présents dans la parcelle et observés au cours de l essai (altises, mildiou, pigeons, chenilles de piérides, pucerons cendrés ). Il est probablement nécessaire de considérer la complexité importante de cet écosystème. Au vu de ces résultats, il serait intéressant d approfondir les travaux dans cette voie en améliorant le contrôle des s ou alors de rechercher et tester d autres méthodes de protection contre la mouche du chou, avec l aide des professionnels.