Etude de cas Modernisation de la gestion des déchets urbains Manoukra est une ville importante d un pays en transition de la zone méditerranéenne. Peuplée d un million et demi d habitants, cette agglomération s étend sur une superficie totale de 28000 hectares, et la surface urbanisée est de 8000 hectares. L agglomération est constituée d un secteur urbain dense qui regroupe 997000 habitants, et d un secteur «semi-urbain», d habitat plus dispersé, qui représente une population de 520000 habitants. Le secteur urbain dense est constitué à 20% de logements résidentiels (haut niveau de vie), à 50% d habitat social ou économique (niveau de vie moyen), et à 30% d habitat précaire (faible niveau de vie). Le secteur semi-urbain comprend 60% d habitat «familial» (niveau de vie moyen) et 40% d habitat «spontané» (faible niveau de vie). Sous l effet de la croissance démographique, mais aussi de l exode rural, la population de la ville de Manoukra a connu une croissance rapide, qui va encore perdurer dans le proche avenir : Année Population 2010 1 430 000 2015 1 517 000 2020 1 590 000 2025 1 658 000 2030 1 715 000 L'activité industrielle de Manoukra est diversifiée : industries textiles, chimiques, mécaniques, et métallurgiques. La ville dispose actuellement de deux zones industrielles ; dans l une d elles est implantée une importante cimenterie. Le secteur tertiaire est en croissance rapide. La ville est également un lieu touristique fréquenté. Cette ville est confrontée à une augmentation forte et continue des déchets produits par ses habitants. Cette augmentation est due, non seulement à la croissance démographique et au développement des activités économiques, mais aussi au changement des habitudes de consommation de la population. La municipalité de Manoukra a décidé de faire appel à un consultant pour l aider à définir un projet cohérent et réaliste de gestion de ses résidus solides urbains. Ce projet doit permettre à la collectivité : - de mettre en place une stratégie locale de gestion pérenne des déchets urbains, qui tienne 1
compte de la situation existante, de la structure urbaine et de l évolution de celle-ci ; - de proposer une méthodologie pour la mise en place d un schéma de collecte et de traitement des déchets qui permette de tirer parti de leur fraction valorisable et de les traiter d une façon respectueuse de la santé et de l environnement ; - de construire un scénario et d évaluer les flux matières correspondant aux différentes options envisagées. Le mode de ramassage des déchets dépend du type d habitat : en général, les déchets ménagers dans les habitats précaires et spontanés ne sont pas intégrés dans le réseau de collecte communal. Ils sont rejetés par les ménages hors de leur zone d habitation ou ramenés à la décharge la plus proche de leur domicile. Ces «décharges» ou «dépôts d ordures» selon les terminologies habituelles sont aussi nombreux que les quartiers comptent de terrain vacants, impropres ou non à la construction. Cette pratique dans ces types d habitat témoigne des défaillances de la gestion publique des déchets ménagers par la collectivité. Une étude de caractérisation des déchets a été effectuée, en utilisant le protocole «Modecom» de l ADEME ; à partir de l échantillonnage réalisé dans les différents secteurs d habitation, la composition moyenne s est établie comme suit (en masse) : On remarque que les éléments putrescibles constituent la fraction la plus importante. En raison de cette grande proportion de matières organiques, la densité moyenne des déchets se révèle très supérieure à celle que l on constate dans les pays développés : 590 kg/m3. Une analyse plus approfondie de la production de déchets urbains dans l agglomération de Manoukra montre la présence d autres catégories de résidus : à côté des ordures ménagères et des déchets issus des activités économiques (administrations, commerces, artisans, ), on trouve aussi les déchets végétaux provenant de l entretien des espaces verts, les déchets des marchés municipaux, les déchets d activités de soins, les déchets encombrants, les déchets dangereux, etc. Les quantités correspondant à ces différentes catégories font l objet de l estimation suivante à l échelle de l agglomération : 2
- ordures ménagères - déchets commerciaux - déchets encombrants - végétaux 0,57 kg/habitant/jour 0,10 kg/habitant/jour 15 kg/habitant/an 18 kg/habitant/an Actuellement, les ordures ménagères et de manière générale les déchets urbains ramassés par les services municipaux de la ville de Manoukra ne sont pas traités correctement. S ils sont collectés à hauteur de 80%, ils ne sont pas valorisés, mais seulement déversés dans une décharge brute, où de nombreux chiffonniers pratiquent un tri sauvage des déchets. Toutefois, des travailleurs du «secteur informel» parcourent la ville avec des charrettes et récupèrent dans les rues et les poubelles des quantités importantes de déchets recyclables (jusqu à 10% des déchets produits localement), qu ils remettent à des «grossistes». Les déchets sont évacués vers la décharge brute d Adouka, située à une douzaine de kilomètres du centre-ville. Sur cette décharge, on recense plusieurs centaines de «récupérateurs» ou chiffonniers, hommes, femmes et enfants : munis de crocs en ferraille, ces derniers fouillent les ordures pour récupérer certains types de déchets tels que les plastiques et les métaux. Ces récupérateurs mettent souvent leur vie en danger, il arrive qu ils soient écrasés par les bulldozers et les camions, puis enterrés sous les déchets. La décharge reçoit tous types de déchets (déchets médicaux non triés, piquants ou tranchants, produits irritants, produits gazeux ou chimiques dangereux) : les récupérateurs sont exposés aux infections microbiennes et virales, aux blessures et aux piqûres qui 3
peuvent être fatales, de même qu aux lésions pulmonaires et cutanées. L absence de dispositif de récupération des lixiviats et des eaux de percolation facilite la migration dans le sol des éléments polluants qui peuvent atteindre rapidement la nappe phréatique peu profonde dans cette zone. Par ailleurs, la décharge concentre une forte proportion de métaux lourds tels que le plomb, le zinc, le cadmium et le chrome. L'accumulation des déchets répand dans l'atmosphère des odeurs nauséabondes, causées par la chaleur et une humidité élevée qui accélèrent la décomposition des déchets par fermentation anaérobie. Cette dernière produit du méthane, gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique. La décharge présente des risques d explosion, à cause du mélange d air et de la forte concentration en méthane de l ordre de 5 à 15%. L incinération pratiquée à certains endroits de la décharge, bien qu elle soit interdite, favorise la formation dans l'atmosphère d'autres gaz comme l'oxyde d'azote, le dioxyde d'azote, l'oxyde de carbone et le dioxyde de carbone, qui contribuent également au réchauffement climatique et à la pollution atmosphérique. Sur la base des informations qui vous sont fournies, il vous est demandé : - De définir les lignes directrices d une politique de gestion des résidus urbains pour la ville de Manoukra, qui garantisse à la fois un niveau satisfaisant de protection de la santé et de sauvegarde de l environnement. - De proposer un schéma d organisation de la collecte et du traitement des déchets dans l agglomération de Manoukra qui réponde à l objectif précédemment défini, et qui tienne compte du contexte et des spécificités locales. - De décrire succinctement les équipements et moyens de traitement des déchets qui seraient nécessaires pour la mise en place de ce schéma. - De quantifier succinctement les flux physiques de déchets entrant dans les différentes filières de traitement, ainsi que les flux de matières sortant, et de donner 4
des indications sur le dimensionnement des différents équipements techniques dont vous aurez proposé l investissement. 5