La pierre au musée Colle c péda tions et gogiq activi u l a e Vie b s pierre autou tés ourgu. r de Musé ignon sacré e ne Perri Musée d d'art n de e la Puyc ousin - Dijo n Pierre Vig ou n inv. D9 reux, «Homme bro u 5.1.11 (dé pôt du mu ettant des pierres» sée des B, eaux-arts vers 1925 (cliché F, Beaune) rançois Pe rrodin),
Table des matières En guise d'introduction La pierre et les terroirs (textes de François Portet) Les artisans de la pierre - les carriers - le tailleur de pierre (textes d'agnès Bailly) - le lavier Les outils du travail de la pierre (textes d'agnès Bailly) Les gestes du tailleur de pierre (textes d'agnès Bailly, dossier réalisé p. 3 p. 5 p. 8 p. 10 p. 12 p. 13 avec la collaboration de M. Linier, professeur à la section "taille de pierre" du lycée des Marcs d'or à Dijon, et de ses élèves) La sculpture sur pierre : l'oeuvre de Pierre Vigoureux Le travail de restauration d'une sculpture en pierre (textes d'agnès Bailly p. 20 p. 34 d'après le travail du restaurateur Emmanuel Delaval) p. 40 Activités pédagogiques autour de la pierre au Musée de la Vie bourguignonne Coordonnées des musées et informations pratiques Bibliographie Droits d'auteur et crédits photographiques. p. 47 p. 48 p. 49 p. 50 2
En guise d'introduction... Elément structurant du paysage, la pierre est travaillée par l'homme de diverses manières. Ce dossier souhaite faire le point sur les différents thèmes explorés au musée de la Vie bourguignonne autour de la pierre, à partir des collections conservées et en partie présentées au deuxième étage. A travers la sculpture, les collections du Musée d'art sacré seront aussi abordées. La pierre et les terroirs. Le matériau est compris ici comme un élément " marqueur " de l'identité bourguignonne, thème introductif à la description du travail de la pierre. Son abondance, sa qualité, du Nord au Sud et d'est en Ouest, conditionnent l'utilisation que les hommes vont être amenés à en faire Les artisans de la pierre : carrier, tailleur de pierre, lavier, sont évoqués à travers l'exposition des outils d'un tailleur de pierre, Jean-Marie FORT (1903-1984), en activité de 1927 à 1968 à Aignay-le-duc, Côte-d'Or. La présentation propose une lecture chronologique des différentes étapes du travail de la pierre, de la carrière à la réalisation finale. Jean Pierre, lavier de Saône-et-Loire, a réalisé pour le musée de la Vie bourguignonne une maquette d'une construction au toit de lave : Il s'agit de l'entrée de cour du Château de La Serrée à Mesmont (Côted'Or). Enfin, une vitrine est consacrée à l'évocation du cantonnier, officier municipal chargé de l'entretien des chemins vicinaux. 3
La sculpture de la pierre. D'un côté de la galerie du deuxième étage déambule une procession de santons de pierre polychrome réalisés par le sculpteur Pierre Vigoureux (1884-1965) qui campe les Bourguignons dans leur activité quotidienne. Ils sont l'occasion d'aborder le métier de sculpteur, représenté également par une statuette de l'ymagier de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (1464-1404), Claus Sluter (Harlem vers 1350-Dijon 1406), par Henri Bouchard (1875-1960). Le rôle du musée. Outre la documentation, l'enrichissement des collections, et leur conservation, tout musée de France a l'obligation de prendre soin des collections, notamment à travers leur restauration, si leur état le nécessite. Le service des publics du musée de la Vie bourguignonne a élaboré un document pédagogique sur le travail de restauration d'une sculpture en pierre, conservée au musée d'art sacré, associé au musée de la Vie bourguignonne. Henri Bouchard, Statuette de Claus Sluter, réduction de la statue en bronze conservée cour de Bar, Palais des Etats de Bourgogne, Dijon, 1911 (cliché Jean-Claude Grosse), Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 99.9.1 4
La pierre et les terroirs Les géographes ont distingué deux parties dans cette région : un pays ouvert de villages groupés, au nord de la région, lié à la présence du calcaire jurassique et, plus au sud, un pays d'habitat dispersé et de bocage lié aux terrains imperméables, liassiques. Les villages du Châtillonnais, de l'auxerrois, du Tonnerrois, mais aussi des côtes viticoles jusqu'au sud, se manifestent suivant les mots de Roger Dion "par leurs silhouettes massives et tassées, à l'horizon des champs découverts". Ce sont, par exemple ces villages situés sur les plateaux jurassiques auxquels est accolé le suffixe "le Sec". Plus au sud, les rentes, fermes, gaignages, métairies, locateries sont dispersées sur le territoire communal. Entre le bourg, centre des échanges commerciaux et le hameau, regroupement de quelques exploitations, il n'y a plus de véritable village. L'opposition entre villages groupés au nord et communes composées d'écarts au sud n'est pas strictement calquée sur la géographie physique, puisqu'on retrouve le calcaire en Nivernais, dans certaines parties du Charolais et en Mâconnais. Au centre de la Bourgogne, l'habitat du Morvan granitique est dispersé en de nombreux écarts associant le préfixe "chez" ou "huis" au patronyme d'une lignée qui y était installée. La Bourgogne jurassique : le nord de la région, les côtes viticoles, la partie viticole de la Nièvre, utilise massivement la pierre dans son habitat. Meurgers bordant les vignes ou certains champs qu'il fallait protéger de la dent animale, cabottes, cadoles des vignerons ou des cantonniers, tous ces ouvrages en pierre sèche témoignent de l'abondance du matériau en surface et de l'habitude chez les paysans des constructions à sec. Du Châtillonnais au Mâconnais, cet art de la pierre sèche est exploité dans les puissantes couvertures de dalles calcaires : les laves couvrant les maisons rurales. Il existe une très grande variété de calcaires mis en oeuvre dans les bâtiments ruraux, tant par leur coloration -des calcaires crayeux ou grisés du nord, rosés et crème du Dijonnais aux pierres dorées du Brionnais- que dans leur structure et dans la façon dont ils sont mis en oeuvre : à peine dégrossis et disposés en lits ici, ou parfaitement appareillés là. En règle générale, les encadrements d'ouvertures, les arcs surmontant les portes de granges, les cheminées, sculptés par des tailleurs de pierre, sont particulièrement soignés : dressés, bouchardés et ciselés. Les chaînes d'angles des murs sont réalisées en pierre également taillées. 5 Des mortiers de chaux et de sable font la liaison entre les lits de pierre.
La pierre est rarement apparente sur les bâtiments d'habitation, les enduits de sable et de chaux protégeant les murs. Dans la construction, la pierre abondante des pays calcaires, est utilisée aussi à l'intérieur pour les éviers, les étagères, les potagers qui servent à conserver la chaleur des pots, près de la cheminée. La souillarde ou bassie, petite pièce de service derrière la salle commune, comporte parfois un ou plusieurs égouttoirs à fromages en pierre. Les maçonneries de la maison de pierre sont toujours largement dimensionnées : l'épaisseur des murs isole l'habitat des variations brusques de température. En pays viticole de puissantes voûtes isolent caves ou celliers de l'extérieur. Les escaliers de pierre avec toutes les variantes possibles : parallèles, perpendiculaires à la façade, à deux volées, à deux montées... constituent de toute évidence un motif décoratif pour le logis, effet souligné par la présence d'un auvent ou d'une galerie qui intégre l'escalier. La maison en granit du Morvan est incontestablement plus austère : le matériau se prête mal à la taille, les moellons à peine dégrossis sont scellés entre eux à joints "beurrés". Encadrements de portes et fenêtres sont dressés sans être polis et bouchardés, les escaliers disparaissent des façades. Les caves voûtées se raréfient. Les linteaux de portes de granges en bois remplacent les arcs appareillés en pierre. Dans la maison du Morvan, la pierre est réduite à son rôle protecteur. En Bresse et plaine de Saône, l'absence de pierre exploitable a favorisé le maintien des constructions à pans de bois et remplissage de terre, remplacé progressivement par la brique cuite, matériau également dominant en Puisaye. 6
Dans le monde rural, la maison de pierre telle que nous la connaissons aujourd'hui a sans doute remplacé tardivement la maison de terre et de bois, couverte de paille de seigle. Les tuiliers dans les villages sont aussi chaufourniers ; ils cuisent dans leur four la pierre calcaire qui fournira la chaux pour les liants et les enduits, mais aussi la chaux agricole. Ainsi, progrès des techniques de construction et progrès agricoles vont de pair. L'extraction de la pierre à chaux et des moëllons pour la construction exigent l'ouverture de carrières dans les communes. C'est parfois aussi le tuilier qui exploite ces carrières à moëllons. Les pierres taillées qui encadrent les ouvertures, les linteaux et corbeaux de cheminées, les claveaux des arcs exigent des matériaux de plus grande qualité et les blocs sont taillés directement à la carrière par des tailleurs de pierre. Les villages bourguignons témoignent du travail des compagnons tailleurs de pierre au cours des XVIIIe et début XIXe siècles. Les maisons construites dans la seconde moitié de ce siècle attestent déjà de l'industrialisation et de la standardisation des procédés de construction : encadrements d'ouvertures appareillés en brique, arcs segmentaires assez rigides surmontant les portes de granges. La Bourgogne est un pays de pierre, de calcaire en particulier, présent presque partout, sauf en Bresse et en plaine de Saône. Le travail de la pierre a été anciennement développé, comme en témoignent les vestiges de l époque gallo-romaine, les églises romanes ou les monastères, et autres édifices inscrits dans le paysage des siècles. 7
Les artisans de la pierre : les carriers Le musée conserve une belle collection de cartes postales éditées dans le premier quart du XXe siècle, permettant d'évoquer les carrières de pierre bourguignonnes, et de retrouver quelques visages de ces carriers, travaillant en équipes, qui ont patiemment extrait la pierre à ciel ouvert. Carte postale, Groupe de carriers à Comblanchien, début du XXe siècle, Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 84.4.60. Carte postale, Groupe de carriers, début du XXe siècle, Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 87.2.6. 8
Les cartes postales permettent aussi d'observer l'outillage utilisé dans les carrières, et son évolution : ainsi sont mises côte à côte deux images des carrières de Comblanchien (Côte d'or), l'une prise en 1906, l'autre en 1926 présentant l'évolution des structures de levage. En haut : Carte postale, Carrières de Comblanchien, vers 1906, Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 87.2.16. En bas : Carte postale, Carrières de Comblanchien, vers 1906, Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 87.2.18 9
Les artisans de la pierre : le tailleur de pierre Le tailleur de pierre fait partie des figures familières de la France d autrefois comme l atteste sa représentation dans les célèbres «images d Epinal». On peut remarquer la carrure et le développement des bras et des avant-bras de l ouvrier au travail! Le tailleur de pierre représenté ici manie un pic pour évider sans doute un abreuvoir. D autres outils sont posés au premier plan : une équerre, une chasse et une massette. Le tailleur de pierre est évoqué dans des textes anciens ou plus récents. On peut citer entre autres «Le tailleur de pierres» de Lamartine, «Le pape des escargots» de Vincenot, mais aussi de nombreux romans pour la jeunesse destinés aux élèves de primaire et de collège. Les chansons mettant en scène un tailleur de pierre sont assez nombreuses dans le répertoire traditionnel. Il s agit la plupart du temps de «compagnons» tiraillés entre l amour pour une belle et la nécessité de terminer leur «Tour de France» ; l amour du métier et donc le départ sont toujours vainqueurs malgré les larmes de la jeune et jolie délaissée (1)... (1) On peut trouver certaines de ces chansons dans des recueils récents, comme par exemple ROBINE Marc, Anthologie de la chanson française, Albin Michel, Paris, 1994 Légende de l'image : Image d'epinal, Le tailleur de Pierre, Images d'épinal, 10
En Bourgogne, le métier de tailleur de pierre est présent, comme celui des carriers auxquels il est souvent associé, et vers 1925 Pierre Vigoureux (1884-1965) en a immortalisé le travail à travers quelques scènes, parmis lesquelles ce "groupe de tailleurs de pierre" : Pierre Vigoureux, " Groupe de tailleurs de pierre ", vers 1925, (cliché François Perrodin), Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 94.91.1 11
Les artisans de la pierre : le lavier Dans le nord de la Bourgogne, les maisons étaient souvent construites en pierres "de la cave au faîtage". La pierre de construction est mise en oeuvre par le maçon, tandis que la pierre de couverture était mise en oeuvre par le lavier. Benoît Delarozière attribue au latin " lapis-lapidis " l'origine du mot "lave" (1). Ce terme est fortement ancré dans la mémoire bourguignonne, en particulier dans la toponymie du plateau qui domine Dijon. On désigne par ce nom une plaque de faible épaisseur, détachée de la couche supérieure d'un banc de roche calcaire d'origine jurassique. Très courants dans certaines parties de la Bourgogne dès le Moyen-Age et jusqu'au XIXe siècle, les toits en lave sont très pesants : 600 kg par m² au bas de la pente et 400 kg par m² au faîtage, d'où la nécessité d'une charpente très robuste, toujours réalisée en chêne. Jean Pierre, lavier en Saône-et-Loire, a réalisé pour le musée de la Vie bourguignonne une maquette d'une construction au toit de lave : Il s'agit de l'entrée de cour du Château de La Serrée à Mesmont (Côte-d'Or), composée au centre d'un portail en bois avec arc en plein cintre, et à droite d'un portillon de service. De part et d'autre de l'entrée, s'élève un bâtiment muni d'une porte. L'ensemble en pierre est couvert de laves (2). Artisan serrurier, Jean Pierre s'est consacré à la restauration des toits de lave de Bourgogne et de Franche-Comté, avec une passion non dissimulée, à partir de 1969. Son premier chantier, fut celui de l'église de Cléssé, sur la demande d'un architecte des monuments historiques. Il a relaté son travail et sa passion dans un ouvrage, paru en 1988, intitulé " Toits de laves, mémoires de Pierre " (3). (1) " Lave et laviers de Bourgogne ", dans Lithiques, du minéral au mental, n 6 : Pierres de Bourgogne (1), Paris, Créaphis,, 1989, p. 21-32. (2) Musée de la Vie bourguignonne, n inv. 96.12.1.1. à 3. La ferme du Château de la Serrée à Mesmont (21), construite sur l'emplacement d'une villa romaine, est la propriété de Monsieur Lacaille, âgé de 80 ans vers 1988. Les toitures de laves ont été restaurées en 1980. Reproduction réalisée pour le MVB à l'échelle 7/100è (0,70 m pour 10 m), avec 1 ml maquette : 14,3 ml réels, et 1 kg maquette : 2900 kg réels. 12 (3) Chez L'auteur, Clessé, 1988.
Les outils du travail de la pierre En 1977, en prévision de l'ouverture du musée de la Vie bourguignonne, est acquis l'atelier de JeanMarie Fort, tailleur de pierre exerçant à Aignay-le-Duc (Côte-d'Or) de 1927 à 1968. En tout, ce sont plus de 130 objets aux noms connus des seuls artisans de la pierre qui rejoignent les collections du musée. En 1995, la majeure partie de la collection est exposée pour évoquer les différentes étapes du travail de la pierre au 2e étage du musée. Des recherches sont alors menées par l'équipe scientifique et le service pédagogique pour retrouver le nom des outils, ainsi que leur mode d'utilisation. Les travaux de la pierre nécessitent une grande variété d'outils. Les pages suivantes en présentent quelques exemples, classés selon leur usage et/ou leur mode d'utilisation. Mais chaque catégorie peut regrouper des dizaines de variantes (de forme, de taille...) adaptées aux différents travaux. 13
A) Les outils à percussion lancée : Ils frappent directement le bloc de pierre. Ils servent surtout à dégrossir. 1) le pic : pour dégrossir les blocs de pierre. 2) le marteau taillant : taille préparatoire. 3) la polka : pour dégrossir les évidements. 4) le marteau grain d'orge : pour dégrossir les blocs et pour la taille définitive des faces cachées. 5) la boucharde : pour égaliser les grosses aspérités ou, à l'inverse, rendre granuleuse une face sciée mécaniquement. 14
B) Les outils à percussion posée avec percuteur : Frappés à l'aide d'un percuteur, ils permettent de dégager les formes désirées. 6) la chasse : pour "chasser" (= enlever) des morceaux de pierre. 7) les ciseaux : pour délimiter les évidements, faire les tailles décoratives, graver et sculpter. 8) la gradine : pour aplanir des surfaces, finir les parties peu accessibles ou fragiles. 9) la gouge : pour réaliser les arrondis concaves (moulures) et pour dégager les formes creuses en sculpture. 15
C) Les percuteurs : Ils servent à frapper les outils précédents. La forme et le poids des percuteurs sont variables. Ils sont adaptés à l'outil percuté et au travail à réaliser. 10) le maillet : il a un corps en bois. 11) la massette : elle a un corps métallique. 16
D) Compas et équerres : 12) les compas permettent de relever des mesures (largeur, épaisseur..) ; ils sont métalliques et à pointes sèches. 13) l'équerre est aussi métallique ; évidée à l'intérieur, elle permet de vérifier la forme des blocs par rapport à une première face pendant les travaux de taille. 17
E) Les outils à percussion posée sans percuteur : Ils sont utilisés pour réaliser les finitions. 14) la ripe : pour égaliser une surface. 15) la râpe à pierre : pour terminer des moulures. 16) le chemin de fer : pour égaliser, surtout les grandes surfaces. 17) la sciotte : pour réaliser des découpes ou des rainures, délimiter les moulures, découper des plaques de faible épaisseur. 18) le foret : il en existe différents modèles : avec vilebrequin, à archet, à corde, etc ; il est équipé de différents types de mèches. 19) enfin les abrasifs servent à polir : égrisage (ou égrésage), adoucissage, ponçage, lustrage. Les abrasifs ne sont pas illustrés. 18
19
Les gestes du tailleur de pierre En 2000, Agnès Bailly, professeur certifié d'histoire géographie, détachée pour le service pédagogique du Musée de la vie Bourguignonne Perrin de Puycousin, réalise une malle pédagogique conçue à partir des collections du musée. Elle se présente comme une caisse à outils du tailleur de pierre ou du sculpteur. L objectif principal de cette mallette est de sensibiliser les élèves aux techniques et aux savoirfaire traditionnels. Pour qu un outil ne soit pas un objet mort, il est indispensable qu on puisse y associer un geste et se représenter son action sur la matière. Le tailleur de pierre utilise aujourd hui un outillage modernisé, en particulier à percussion pneumatique. Les progrès de la métallurgie lui offrent des outils plus résistants. Cependant les gestes traditionnels demeurent à la base de son apprentissage et un certain nombre d activités liées par exemple à la restauration des monuments historiques imposent toujours le recours aux outils anciens. Les tailleurs de pierre, qui semblaient menacés par le «modernisme», sont de nouveau très présents et actifs dans les villes : travaux sur les églises, nettoyage d un bâtiment ancien, rénovation d un centre ville... Les savoir-faire rencontrés à travers le programme d histoire ou d art plastique, dans les textes littéraires ou dans les chansons traditionnelles, dans l éducation au patrimoine, restent donc une réalité vivante qu il est souhaitable de faire connaître et comprendre. La malle comprend, entre autre, un classeur présentant les outils et les gestes du tailleur de pierre, réalisé en collaboration avec la classe de M. Linier, professeur de taille de pierre, qui a aussi taillé les échantillons figurant dans la mallette. Les photographies de gestes ont été réalisées au Lycée des Marcs d Or de Dijon, avec l'aimable collaboration des élèves de la section "taille de pierre " (Clichés F. Perrodin). Le contenu du classeur est reproduit ici. 20
Le marteau taillant Outil en fer, il possède deux tranchants droits parallèles au manche. Les deux tranchants peuvent être égaux ou inégaux, en particulier quand l un a été détérioré : le forgeron l a raccourci pour rattraper la cassure. Les plus gros étaient utilisés par les carriers pour dégrossir les blocs. Il permet : - d enlever des épaisseurs en excédent (travail de la pierre tendre) - de parfaire après dégrossissage la face d une pierre tendre (surtout) - d obtenir une taille de finition pré sentant un aspect particulier ou taille layée. 21
La bretture et le rustique La bretture présente les mêmes caractéristiques que le marteau taillant mais ses tranchants sont dentés : on parle de tranchants brettés. Le nombre et la taille des dents sont variables, les dents sont égales entre elles. La bretture à grosses dents ainsi que celle destinée au travail des pierres dures et fermes sont nommées rustique. Cet outil permet : -d enlever des épaisseurs excédentaires par petits éclats ; - puis de régulariser en l aplanissant la même face ; - parfois d exécuter une finition décorative avec une bretture à dents très fines. 22
La boucharde C est un marteau de tailleur de pierre en fer aciéré dont les extrémités sont dotées d une série de dents taillées en pointes de diamant. Le nombre de dents est variable : de 4 à 400 pour certaines bouchardes anciennes! Les bouchardes les plus couramment utilisées aujourd hui comptent de 16 à 144 dents. - Les bouchardes anciennes étaient forgées,et leur affûtage permettait de réduire des inégalités parfois importantes. - Les bouchardes actuelles sont coulées et elles servent surtout à rendre un aspect granuleux à des pierres que le sciage mécanique a rendues trop lisses. L opération de bouchardage est une opération très délicate, nécessitant un long apprentissage pour : - ne pas endommager les arêtes - ne pas abîmer le bloc de pierre (fissures dues à des chocs trop violents par exemple). 23
La broche La broche ou poinçon de tailleur de pierre est formée d une tige de fer de section circulaire ou octogonale terminée par une pointe aciérée de forme pyramidale à quatre faces. La tête est souvent prévue pour être percutée par une massette en fer doux ou par un maillet en bois. L angle d affûtage varie selon la dureté de la pierre à travailler. La broche est utilisée pour les opérations d équarissement et d ébauche, et pour le dégrossissage des moulures sur les pierres dures et froides. Le travail est ensuite affiné au ciseau grain d orge puis au ciseau ordinaire. La broche reste l un des instruments traditionnels de taille de pierre le plus employé. 24
La chasse La chasse de tailleur de pierre se compose d une tige de fer aciéré, en général de section polygonale régulière. Son extrémité active est forgée en queue d aronde et se termine par un méplat en biseau. Sa tête très dure est prévue pour une percussion sèche avec une massette de fer. Elle est utilisée pour " chasser " des morceaux de pierre, et est surtout efficace sur des pierres dures. Elle sert souvent à affiner ou à compléter le travail du marteau têtu. 25
Le ciseau à pierre tendre Les ciseaux à pierre tendre ont un manche en bois et présentent un tranchant aciéré à double biseau. Il permet : - de dégrossir et d aplanir une face ; - d exécuter des tailles et des ciselures décoratives ; - d exécuter des refouillements, des évidements, des gravures. Refouillement : action de creuser pour faire des ornements, sur un chapiteau par exemple. Les graveurs utilisent variantes des ciseaux. les gravelets, Les sculpteurs sur pierre utilisent une très grande variété de ciseaux, en particulier des ciseaux de taille moyenne et petite. 26
Le ciseau à pierre dure Entièrement métallique, il s élargit dans sa partie supérieure quand il est frappé par un maillet en bois ou il a une tête tronconique quand le percuteur est une massette métallique.. Il a les mêmes utilisations que le ciseau à pierre tendre, mais est adapté à des roches dures ou très dures. Comme pour le ciseau à pierre tendre, toutes sortes de variantes existent, et la plupart portent un nom particulier, souvent ancien : ciselet, charrue, bédane ou bec d âne... 27
La gradine. La gradine présente un tranchant denté et le plus souvent un manche en bois. Le nombre de dents peut varier de 2 à 22. Ses caractéristiques sont proches de celles du ciseau. assez La gradine est utilisée par les tailleurs de pierre et les sculpteurs. Elle permet : - de dégrossir, dégager ou aplanir des surfaces déjà délimitées par des ciselures ; - de finir des parties inaccessibles ou particulièrement fragiles (surtout pour les gradines à dents fines). 28
La gouge Sa forme générale est celle d un ciseau, mais son tranchant est arrondi en arc de cercle alors que celui d'un ciseau est plat. Son tranchant est affûté des deux côtés, au contraire de celui d une gouge à bois qui n est affûtée que d un côté. Elle permet : - dans des pierres fermes, d approcher les arrondis après un dégrossissage au ciseau ; - dans des pierres tendres ou très tendres, de dégager des parties concaves délimitées au gravelet (voir «ciseau à pierre tendre»). L ouvrier doit posséder toute une gamme de gouges de différents diamètres. 29
Les percuteurs Deux sortes de percuteurs sont utilisés, en fonction des outils : le maillet et la massette : Le maillet est un percuteur en bois. La massette possède un corps métallique et un manche en bois dur. Son corps peut être trapézoïdal ou cylindrique, toujours en bois dur, avec un manche cylindrique souvent en bois un peu moins dur. Le corps de la massette peut prendre des formes assez diverses : rectangulaire, cintré, à extrémités évasées, sphéroïdal... Le maillet s use au point de contact avec les outils percutés ; c est la touche propre à chaque tailleur de pierre, qui n aime généralement pas prêter son maillet. C est le principal percuteur utilisé actuellement pour la taille de pierre et la sculpture. 30
Les traces Chaque outil laisse sur la pierre une trace spécifique. La plupart des traces disparaissent au cours des opérations successives. La photographie ci-dessous vous permet de comparer trois outils et la trace qu ils laissent sur le bloc de pierre. a) la chasse b) la gradine c) le ciseau à pierre tendre 31
Le chemin de fer Le corps de l outil est constitué d un bois résistant. Dans sa partie supérieure, il présente une poignée, généralement constituée par un évidemment rectangulaire aux bords arrondis. Les chemins de fer à double sens de travail présentent parfois deux poignées, ou une seule grosse pour les deux mains. La partie active de l outil est constituée d une série de lames d acier enchâssées dans la partie inférieure de l outil. Les caractéristiques des lames permettent différencier les différentes variantes de cet outil de - selon la forme : denté, sans dents ou lisse - selon la disposition des lames : - à lames inclinées divergentes (c'est la disposition la plus courante aujourd hui), - à lames inclinées parallèles ou rabotin, assez courant, - à double inclinaison de lame : les lames sont inclinées dans un sens jusqu'à la moitié de l outil et dans le sens opposé pour le reste, - à lames verticales divergentes. C est surtout un outil de finition. Il permet de supprimer les inégalités restant après le passage des autres instruments. Il est très efficace sur les grandes surfaces, et en particulier pour la pierre tendre. 32
La sciotte C est une sorte de petite scie, bien adaptée pour des sciages réduits en taille de pierre. Les sciottes à pierre tendre ont une lame trapézoïdale à dents en forme de triangle équilatéral. Les sciottes à pierre dure ont une lame rectangulaire qui n est ni affûtée, ni dentée. Ce type de sciotte fonctionne avec un abrasif, sable siliceux fin, poudre d émeri ou de quartz, et de l eau. Ces sciottes sont souvent assez lourdes pour être efficaces. La sciotte est utilisée pour réaliser des découpes ou des rainures de faible profondeur. Les marbriers délimitent aussi les moulures creuses et les engravures à la sciotte à pierre dure afin d éviter les ébréchures aux arêtes. 33
La sculpture sur pierre Les santons de Pierre Vigoureux Pierre Vigoureux est un sculpteur bourguignon né à Avallon en 1884 et mort à Nogent-sur-Marne le 25 octobre 1965. Elève à l Ecole des Arts Décoratifs de Paris, il expose pour la première fois en 1906 et travaille surtout entre les deux guerres. Décoré de la Croix de Guerre pendant la première Guerre Mondiale, il exécute après 1918 différents monuments commémoratifs, dont «Le Poilu», monument aux morts d Avallon réalisé en 1920, qui est le seul de France à représenter un soldat sans arme. Directeur de l Ecole des Beaux-Arts de Dijon de 1935 à 1942, il est le professeur de Henri Vincenot, écrivain et sculpteur bourguignon, dont des oeuvres sont aussi exposées au Musée de la Vie Bourguignonne. Il se retire en 1942 dans la région de Vezelay. Pierre Vigoureux, " homme portant un cochon sur son dos", n inv. 90.20.2 ; "Le rémouleur", n inv. 94.91.2 ; "La moisson", inv. 94.91.4 ; "Scène de cave", n inv. D95.1.13 (dépôt du musée des BeauxArts, Beaune), vers 1925, (cliché François Perrodin) Musée de la Vie bourguignonne. 34
Le musée de la Vie Bourguignonne conserve et présente au public une cinquantaine de ces oeuvres, de petits personnages très curieux, appelés " santons ". En 1925, le couturier Paul Poiret (1879-1944) passe commande auprès de Vigoureux d'un " carousel ", ensemble de 47 figures en bois représentatives des petits métiers de Paris. L'oeuvre est nommée «le Manège de la Vie Parisienne». De là sans doute lui vient l'idée de sculpter, dans la pierre tendre de l'oise, ces petits «santons» très expressifs mais pas du tout caricaturés. Ces petites figurines taillées dans une belle pierre blanche, et souvent rehaussées de couleurs, évoquent des scènes, ou des personnages campés dans leur activité quotidienne. Sa démarche était d abord de dégager l attitude et la vérité du geste tout en évitant la mignardise, l anecdote conventionnelle. Le musée de société trouve un intérêt autant dans la qualité plastique de ces oeuvres que dans leur témoignage sur la vie quotidienne des bourguignons dans la première moitié du Xxe siècle. Les fiches d'inventaire de la collection des santons de Vigoureux ont été entièrement transférées sur la base Joconde de la DMF pour être accessibles au plus grand nombre : http://www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/pres.htm Pierre Vigoureux, "Le fendeur de bois", n inv. D95.1.8 (dépôt du musée des Beaux-Arts, Beaune) ; " Le tonnelier", n inv. D95.2.21 (dépôt du Musée national d'art Moderne, Paris) ; "Le piocheur", n inv. D95.2.20 (dépôt du Musée national d'art Moderne, Paris) ; «Les porteurs», inv. D95.2.16 (dépôt du Musée national d'art Moderne, Paris), vers 1925, (cliché François Perrodin) Musée de la Vie bourguignonne. 35
Le travail du sculpteur 1 ) L idée : Une esquisse : (définition de l Encyclopédie Larousse) : «C est le premier travail par lequel l artiste, au moyen du crayon, de la plume, du pinceau, de la cire, de la terre, fixe son idée et arrête l aspect général du sujet, mais qui n est nullement un commencement d exécution du sujet lui-même. Elle rend l aspect général et guide ensuite l artiste dans l exécution de l œuvre elle-même.» Une sculpture est un relief en ronde bosse (par opposition à un bas-relief qui est sculpté en faible saillie sur un fond plat) : il faut donc une vue précise de chaque face, sans oublier dessus et dessous! Il y a donc 6 faces pour un volume simple. 36
Le travail du sculpteur 2 ) La préparation du travail : Souvent, le sculpteur va réaliser un premier essai, une maquette, en taille réelle ou en modèle réduit (pour les oeuvres de grande taille surtout). La matière utilisée est souvent l'argile, parce qu'elle est facile à travailler, et qu'elle permet la correction de son travail, c'est à dire les " repentirs ". La technique utilisée est celle du modelage et non celle de la sculpture, car on peut enlever mais aussi ajouter de la matière. Pierre Vigoureux, " Les moines bâtiseurs ", vers 1925, Musée de la Vie bourguignonne (cliché François Perrodin), inv. 90.20.3 37
3 ) Le choix du support et du bloc : Le support dépend : - de la destination de l œuvre (extérieur ou intérieur) - de sa taille - du choix esthétique et des préférences du sculpteur (pierre dure ou tendre, métal, bois...). P. Vigoureux utilise souvent une pierre tendre de l Oise (calcaire), facile à travailler.le volume de la sculpture détermine la forme du bloc de pierre de base, plus grand que l objet final. Parallélépipède rectangle " en hauteur " Cube Parallélépipède rectangle " allongé " 38
4 ) La sculpture : La taille des outils dépend du format de l œuvre à réaliser! Pour les «santons» ils seront fins. Ce seront par exemple des ciseaux, des gradines, des gouges, frappés par un maillet ou une massette, et des râpes à pierre. Le travail de sculpture se fait par étapes successives : 1) dégager la forme «géométrique» simple de base pour chaque face, et l esquisser sur le bloc, 2) travailler cette forme pour mettre en place les grandes lignes : les lignes seront très simplifiées. 3) indiquer les détails caractéristiques avec plus ou moins de précision. Le choix de ces détails caractéristiques est très important : il détermine la première impression du spectateur. 4)La finition sera plus ou moins poussée selon le résultat recherché. 39
Le travail de restauration d'une sculpture en pierre La restauration d'une oeuvre d'art. Exemple de la restauration de la statue de saint Paul du Musée d Art Sacré, par Emmanuel Delaval, restaurateur de sculptures. Avant restauration Après restauration Anonyme, Statue de saint Paul, XVIème siècle, Musée d Art sacré de Dijon, (cliché Emmanuel Delaval), n inv. 995.2.1 40
La restauration d une œuvre d art est un moment privilégié pour mieux comprendre son histoire. Le conservateur de musée veille au déroulement de la restauration dont il est le maître d'oeuvre. C'est lui qui détermine, en tenant compte du " projet muséographique " du musée dont il a la charge, les priorités des restaurations à venir. La restauration elle-même ne peut être réalisée que par un restaurateur. En effet, celui-ci va manipuler l œuvre, l étudier sous tous les angles, et dresser un «constat d état», qui est en quelque sorte son «bilan de santé» avant de commencer le travail de restauration proprement dit. Il s efforce ainsi de reconstituer l histoire de l œuvre à travers les réparations, ajouts ou transformations qu elle a pu subir. Partant de l état actuel, il remonte par étapes successives vers l état originel de l œuvre. 41
La statue de Saint Paul : Nature de l œuvre : Il s agit d une statue sculptée en ronde bosse (c'est à dire détachée du mur), polychrome (= de plusieurs couleurs) en pierre d Asnières-lès-Dijon, calcaire blanc fin, de provenance locale. La sculpture est donc vraisemblablement bourguignonne. Sujet de l œuvre : La statue représente saint Paul dont l attribut (...emblème caractéristique...) personnel est une épée, instrument de son martyre (...les tourments et la mort qu un croyant endure pour sa religion...). Pour saint Etienne, mort lapidé, l attribut est une pierre. Description de l œuvre : La statue est monolithe (..faite dans un seul bloc de pierre). Saint Paul est représenté pieds nus, vêtu d une longue robe ceinturée et boutonnée sur le devant et drapé dans un manteau. Dans la main droite, il tient un livre ouvert sur la page duquel est posé un fermoir ; dans la main gauche, il tient une épée dans son fourreau. AVANT RESTAURATION : robe repeinte en gris boutonnières peu visibles manteau jaune-brun fourreau d épée noir à courroie ocre livre gris à tranche et couverture grises grande barbe bien symétrique tête inclinée et rentrée dans les épaules attitude un peu plaintive APRES RESTAURATION : robe bleue à motifs d or boutonnières contrastantes manteau rouge (couleur de martyre) fourreau orange à courroie verte livre clair à tranche dorée et couverture verte barbe cassée tête droite attitude plus énergique 42
Présentation du travail de restauration : Le restaurateur qui travaille pour un Musée n obéit pas aux mêmes préoccupations que s il travaille pour un antiquaire (commerçant spécialisé dans la vente et l achat de meubles et d objets d art anciens) ou un collectionneur privé. Ces derniers souhaitent en général une «belle pièce», indemne de cassures ou de défauts trop visibles, et le restaurateur sera chargé de les masquer ou de les «réparer», pour garantir la valeur marchande de la pièce. C est ainsi qu un antiquaire a refait une grande barbe en plâtre pour cacher la barbe cassée de la statue de saint Paul. Le Musée a pour mission de favoriser la lecture de l objet, en dégageant son intérêt artistique, culturel ou historique ; les «défauts» ou les détériorations font partie de son histoire. La restauration vise surtout à rendre l objet plus lisible, à mettre en évidence ses particularités et à lui assurer la meilleure conservation possible. Il s agit de préserver la valeur patrimoniale de la pièce. a valeur marchande d une œuvre d art ou d un objet est sa valeur dans le commerce, en fonction de son intérêt, de sa rareté ou de la mode par exemple. La valeur patrimoniale d une œuvre ou d un objet est sa valeur scientifique, culturelle, artistique, comme témoin. Certains objets peuvent être dépourvus de toute valeur marchande, mais avoir une grande valeur patrimoniale ; c est le cas par exemple pour une grande partie des vestiges archéologiques. Pour les oeuvres d art, la valeur marchande et la valeur patrimoniale peuvent entrer en concurrence. C est la cause de nombreux vols, dans les églises rurales par exemple. C est une des raisons qui peuvent pousser des communes à mettre des oeuvres d art en dépôt au Musée d Art Sacré. 43
La restauration de la statue de saint Paul: Le devis d intervention du restaurateur fait apparaître deux types de travaux : 1) La suppression de 3 couches successives de repeints / suppression de la barbe en plâtre complétée par l antiquaire. Les repeints sont les couches successives de peintures appliquées pour réparer ou cacher le décor précédent. Des «réparations» successives ont été effectuées sur l'objet pour plusieurs raisons : - réparer à moindre coût ( barbe cassée par exemple) - donner une «nouvelle jeunesse» à une vieille statue «défraîchie» - la remettre «au goût du jour» en adaptant l image du saint à l évolution de la sensibilité (en couvrant des couleurs jugées peut-être trop vives par exemple)... 2) Le refixage de la polychromie / remise en place de la tête et réfection des mastics à l encolure / retouche de l ensemble à l aquarelle et vaporisation d un film de protection. La deuxième série d opérations a pour but de : - retrouver l aspect originel de l œuvre ou s en rapprocher le plus possible... - réparer aussi discrètement que possible des cassures ou les parties détériorées - préserver le travail effectué, en particulier ici les couleurs fragiles en utilisant les possibilités techniques actuelles (film de protection en bombe).... 44
Le dos de la statue : Le revers c est-à-dire le dos de la statue, n est pas sculpté dans sa partie centrale, des épaules aux pieds : cette partie est plate et présente des traces d outils. Cette partie de l œuvre n a donc pas été totalement terminée. On peut en conclure que cette statue était destinée à être adossée à une paroi. Le milieu du revers, invisible de partout, n a donc pas été l objet d une finition. Les traces sont celles d un ciseau ( outil à lame plate à double biseau qui laisse une marque en creux «lisse») et d une gradine ( outil voisin du ciseau mais à lame dentée dont les rainures sont bien visibles sur les épaules par exemple). Partout ailleurs, les traces d outils ont été atténuées et ont disparu sous la polychromie. Le sculpteur a terminé son travail en utilisant des outils permettant d obtenir un grain fin (ciseau à pierre ou gradine fine) afin de bien «ancrer» la polychromie ; en effet, la peinture n adhérerait pas sur un support parfaitement lisse et poli. Cette statue date du début du XVIème siècle. Les critères esthétiques de l époque privilégient un aspect final imitant la réalité. Ces traces sont normalement invisibles. Le travail de restauration permet donc aussi d obtenir des renseignements sur l outillage ou les techniques utilisés. Ces derniers ont bien sûr varié selon les époques, mais aussi selon les lieux géographiques. 45
Le travail de restauration effectué de nos jours doit être réversible, afin de pouvoir être amélioré en fonction des progrès des techniques. Par exemple, si le restaurateur doit procéder à une " restitution " des couleurs d'origine, il va d'abord passer sur l'objet un verni protecteur. Ainsi, les " repeints " pourront eux aussi être supprimés si besoin. Le restaurateur, dans son rapport d intervention, consigne soigneusement toutes les étapes de son travail, les décrit ou les photographie, indique la nature des produits ou des techniques utilisés. Il rend ainsi plus facile toute intervention ultérieure ou toute étude de l œuvre. Une fois restaurée, la pièce est conservée dans des conditions favorables pour éviter qu elle ne s abîme à nouveau : à l abri de l humidité, des variations de température, du soleil etc. On parle alors de conservation préventive. Dans les réserves et dans les salles d'exposition, le conservateur de musée tente au quotidien de réunir les conditions climatiques les mieux appropriées pour la conservation des collections. 46
Autour de la taille de pierre, le service des publics propose... Des visites guidées Les dimanches à 15 h. et 16 h., sont proposées des visites du musée, accessibles à tous sans inscription. Pour connaître le programme exact de ces visites, mis à jour tous les mois, contacter le service des publics, Sur rendez-vous pour les groupes, le service des publics propose aussi des visites sur le thème de l'artisanat traditionnel en Bourgogne : le travail de la pierre (l'exploitation des carrières, les outils...), le travail de la terre (la poterie, les tuileries...), le travail du bois (le charbonnier, le sabotier, le sculpteur (Henri Vincenot)...) Une malle pédagogique " la taille de pierre " Deux exemplaires sont disponibles : - le premier est présenté au musée de la Vie bourguignonne dans le cadre des animations guidées, - le second est placé à la disposition des enseignants au Centre Régional de Documentation Pédagogique de Dijon qui en assure le prêt. Des documents pédagogiques - Le tailleur de pierre et ses outils - La sculpture sur pierre - Le travail de restauration 47
Informations Horaires d'ouverture du musée du 2 mai au 30 septembre de 9h00 à 18h00 du 1er octobre du 30 avril de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00 Des ateliers pour les enfants de 8 et 12 ans pour toute l'année scolaire les mercredis après-midi (hors vacances scolaires), de 14h00 à 15h30 ou de 15h30 à 17h00 Des animations pendant l'année : pour la Fête du pain d'épice, le Printemps des Musées et dans le cadre de certaines expositions temporaires... Renseignements : tel : 03 80 44 12 69 ou 03 80 44 12 76 fax : 03 80 44 12 78 17 rue Sainte Anne 21000 Dijon cmilliere@ville-dijon.fr 48
Pour en savoir plus... BERRY M., FOURNIER P.-C., " Les couvertures en laves ", Revue des Monuments historiques de la France, N 1, 1959. DUCHET-SUCHAUX, G., PASTOUREAU, M., La Bible et les saints, Paris : Flammarion, 1990. BESSAC, J-C., L outillage traditionnel du tailleur de pierre, Paris : CNRS éditions, 1993. FELLER, P., TOURET, F., L outil : dialogue de l homme avec la matière. Rhode-St-Genèse (Belgique) : A de Visscher, 1978. BLONDEL M., " Les cavaliers ", dans Lithiques, du minéral au mental, n 7 : Pierres de Bourgogne (2), Paris : Créaphis, 1990, p. 104109. COMTE, H., Des outils et des hommes, J.C. Godefroy, 1997. DELAROZIERE B., " Lave et laviers de Bourgogne ", dans Lithiques, du minéral au mental, n 6 : Pierres de Bourgogne (1), Paris : Créaphis, 1989, p. 21-32. Dictionnaire d histoire et de géographie ecclésiastiques, tome 14, Paris : Letouzey et Ané 1960. L'homme et la Pierre dans l'ain, catalogue de l'exposition itinérante 1988-1989, Bourg en Bresse : Conservation départementale du musée des Pays de l'ain, 1988. LAVEISSIERE, S. Dictionnaire des artistes et des ouvriers d art de Bourgogne, tome.1, Paris : F. de Nobele,1980. PIERRE J., Toits de Lave, mémoires de Pierre, chez l'auteur : 71 260 Clessé, 1988. VELTER, A., LAMOTHE, M-J., Le livre de l outil. éd. Messidor, 1986. 49
Droits d'auteur et crédits photographiques : Ce dossier a été préparé par Sophie Jolivet, chargée de l'inventaire des collections, sous la direction de Madeleine Blondel, conservatrice en chef, à partir des travaux de l'équipe scientifique et du service des publics du musée de la Vie Bourguignonne. Les textes apparaissant en bleu sont dûs à la plume de M. François Portet, conseiller à l'ethnologie auprès de la direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes Les textes en bordeaux sont ceux de madame Agnès Bailly, professeur certifié d'histoire géographie, détachée pour le service pédagogique du Musée de la vie Bourguignonne Perrin de Puycousin, qui a également réalisé les livrets d'accompagnement à la visite des malles pédagogiques disponibles au musée et au CRDP. Les dossiers documentaires réunis autour des collections du Musée, ainsi que les fiches d inventaire de certaines oeuvres ont également été utilisées. Le document sur la restauration de la statue de saint Paul a été réalisé à partir du dossier de restauration établi par le restaurateur Emmanuel Delaval, et avec son accord. Les photographies reproduites ont été réalisées par lui au cours de son travail. Les photographies des oeuvres de Pierre Vigoureux sont de François Perrodin. Les photographies du travail de la pierre ont été réalisées en 2000 par François Perrodin, à la section " taille de pierre " du lycée Les Marcs d'or à Dijon, avec la collaboration de Monsieur Lignier, professeur à la section «taille de pierre», qui a aussi taillé les échantillons figurant dans la mallette. Nous adressons tous nos remerciements aux auteurs pour leur collaboration et leur gentillesse. 50