Régime seigneurial et monnaie de carte



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Perspectives. Les Orientations générales de la politique monétaire en Afrique du Sud. Ediab Ali. que monétaire

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Consignes Imprimez d abord le questionnaire. Répondez à la main puis faites vérifier vos réponses par votre enseignant. Histoire nationale Régime seigneurial et monnaie de carte Malgré une volonté de peuplement le développement de la colonie ne s'est pas fait aisément. Par Michel Girard Bien que disparu depuis fort longtemps, le régime seigneurial a laissé d'importantes traces sur le visage agricole et l'aspect géographique du territoire québécois. Qu'il suffise de penser aux terres étroites, cultivées perpendiculairement au fleuve Saint-Laurent, ou à la toponymie de certaines régions. Importé de France, ce système se voulait un instrument de colonisation et de développement d'un territoire pour le moins hostile à l'implantation humaine. Ce régime, solidement implanté dans les régions du nord-ouest de la France, avait aussi comme effet secondaire de transposer en Amérique la hiérarchie socio-économique française avec ses droits, devoirs et privilèges, mais cette implantation ne s'est pas passée sans heurt. Les droits et les devoirs Dans ce système, le roi, même à un océan de distance, concède au seigneur des terres, ou censives, que celui-ci attribue à son tour aux paysans. Il reviendra à ces derniers de les exploiter, de les transformer en une entreprise viable. Les deux

parties de ce «contrat» ont des droits et devoirs à respecter. Pour le paysan, il s'agit essentiellement de cultiver la terre, si gracieusement accordée, et de verser une partie du fruit de son travail au seigneur. En fait, un tel système est avantageux pour le seigneur puisqu'en plus de cette rente, le cens, il se voit octroyer le monopole de la pêche. De plus, ses paysans doivent obligatoirement utiliser son moulin pour y moudre le grain tout en versant la banalité, soit un quatorzième du grain moulu. Le seigneur perçoit également un impôt sur la vente des terres qu'il a préalablement distribuées. Les seigneurs exercent donc une domination et forment l'élite politique de la Nouvelle-France. Malgré cette obligation de rente qui lui pend au-dessus de la tête, il semble que la famille paysanne vit mieux que celle de France, qui possède pourtant une tradition agricole établie. D'ailleurs, une des particularités des terres concédées en Nouvelle-France est le fait qu'elles sont beaucoup plus vastes que celles des paysans de la mère-patrie. Toutefois, cet avantage a aussi un mauvais côté, soit que ces terres sont difficiles à défricher dans leur totalité. D'autre part, les paysans ne bénéficient pas d'un grand marché qui leur permettrait d'écouler leur surplus. Puisqu'il est impossible de se spécialiser dans une seule production, cela forcera les gens à développer une certaine forme d'autosuffisance alimentaire. Ce faisant, la censive devient une unité relativement autarcique où l'on retrouve de petites cultures de céréales, un potager ainsi qu'un peu de bétail. Une difficile installation L'installation des premiers colons est laborieuse. Les seigneuries sont très souvent situées dans des lieux isolés et plusieurs d'entre elles sont attaquées par les Iroquois. De plus, le roi ordonne régulièrement que l'on développe les terres laissées en friche. Si c'est une excellente chose que d'ordonner le défrichement de la terre, c'en est une autre de le réaliser. Il s'agit d'une lourde tâche qui relève du tour de force, sinon du tour de rein! Certes, les tribus semi-nomades ont pratiqué une culture de

brûlis, mais lorsqu'elles ne produisent plus, ces terres sont abandonnées et jamais amendées. Le défrichement exige de la main-d œuvre en bonne quantité. Le difficile développement des seigneuries pourrait aussi être en partie attribué à la cupidité ou à la mauvaise volonté de certains seigneurs. Il faut comprendre que ces seigneurs retirent leur richesse du travail des paysans, ce qui, en théorie du moins, devrait également enrichir ces derniers. Dans la réalité, il semble que ce système ait des ratés. C'est là une évidence, mais les revenus seigneuriaux enrichissent ceux qui les perçoivent et représentent un boulet pour ceux qui les acquittent. Pour un paysan, cette rente représente environ 20% de sa production. Malgré cela, le pouvoir royal annonce régulièrement son intention de «faire établir le pays». Il arrive même que dans les ordonnances, on fixe un délai. Une fois ce temps expiré, si les habitants ne tiennent pas «feu et lieu» sur les terres concédées, ils seront dépouillés de leur propriété. Encore une fois, il revient à l'intendant de veiller à l'exécution d'un tel arrêt. Certains seigneurs, avares de terre, exigent parfois des droits de redevance similaires à ceux que doivent verser des habitants déjà solidement établis. Évidemment une telle attitude est tout à fait nuisible et constitue un obstacle à la colonisation. Le pouvoir royal décide donc de mener le combat sur deux fronts. Le roi ordonne aux seigneurs de mettre des habitants sur ces terres, et ce, «sans exiger d'eux aucune somme d'argent pour raison des dites concessions», sinon, le gouverneur et l'intendant se substitueront au seigneur et accorderont les terres à des paysans. En 1707, l'intendant Jacques Raudot s'adresse au ministre de la Marine, responsable des colonies, afin d'amener certains changements. Il est très intéressant d'entendre l'intendant, ce «fonctionnaire» du roi, parler d'injustices commises par les seigneurs et réclamer une réduction des rentes qui leur sont versées. Raudot laisse

clairement entendre que les rentes exigées, sont exagérées par rapport à la capacité de payer des paysans. La monnaie de carte Ce pauvre intendant Raudot semble avoir été confronté à de sérieux problèmes. En plus de la traditionnelle question du développement des terres, il a notamment dû jongler avec la question de la monnaie de carte. Dans un mémoire rédigé en 1706, l'intendant explique à son roi les «avantages» de ce système, fort différent de celui de la France. Sauf que les avantages qu'il décrit sont ceux de la métropole, pas de la colonie. La monnaie de carte trouve son origine dans un sérieux manque de fonds qu'a vécu la colonie. Ses dirigeants se sont alors retrouvés dans l'incapacité de payer les troupes. À l'époque, en 1684, l'intendant de Meulles a donc signé des cartes à jouer qui devaient avoir une valeur monétaire... temporaire. «Ils seront acquittez des premiers deniers que Sa Majesté nous envoyera infailliblement par les vaisseaux de la présente année...» Toutefois, lorsque Raudot rédige son mémoire, non seulement ce système est-il toujours monnaie courante, mais l'intendant, sur un ton de quasisoumission, se met presque à vanter les mérites d'une telle pratique. Pourtant, du même souffle, il parle de contrefaçon et d'une sérieuse perte de valeur lorsque vient le temps d'acheter des marchandises de France avec cette monnaie de singe. Ce qui devait arriver arriva et le merveilleux système décrit par Raudot s'écroula. Dans le Compte rendu général de la monnaie de carte publié à Paris en 1715, on affirme que cette monnaie de carte est l'une des principales causes de la ruine du commerce au Canada. Puisque cette monnaie tire son existence du nonpaiement des troupes par le roi, il est malheureux que Sa Majesté n'ait pas publié d'édit pour s'obliger à agir dans un délai raisonnable!

Un état de faiblesse Ce comportement peut surprendre car, en juillet 1711, par les arrêts de Marly, le roi semble toujours déterminé à favoriser le développement du territoire dans sa colonie. Cette attitude est tout à fait compatible avec une logique de peuplement puisqu'elle doit permettre à une plus forte population de vivre décemment. D'ailleurs, de 1660 à 1700, la population passe de 2 500 à 20 000 habitants. Malgré cette volonté, de 1663 à 1711, le problème du défrichage des terres ne se règle pas et semble vouloir s'éterniser. Triste problème, d'autant qu'à la même période, la colonie vit une grave crise monétaire. La colonisation de ce territoire, par le développement de l'agriculture, ne s'est pas accomplie aisément. Paradoxalement, si le pouvoir royal a dû intervenir par ses édits et ordonnances pour ramener ses gens dans le droit chemin, il a lui aussi erré à l'occasion, notamment lors de l'épisode de la monnaie de carte, qui contribua à la déchéance du commerce canadien. Cette mauvaise décision laissa la colonie dans un état de faiblesse et ce, quelques années seulement avant le traité d'utrecht.

Questionnaire Points 1. Quel est le surtitre de cet article? 2. Quel est le sous-titre? 3. Identifiez un intertitre. (3) 4. Cet article est un reportage. Prouvez-le. 5. Quel est le niveau d'intérêt de ce reportage? N'oubliez pas de justifier votre réponse. 6. Quel type de journaliste a écrit ce texte? 7. Qu'est-ce que la banalité? (8) 8. Quel est le sens des mots suivants? a) hostile : b) autarcique : c) laborieuse : d) cupidité :

9. Que signifie l'expression monnaie de singe? 10. Qui était Jacques Raudot? 11. Pour quelle raison a-t-on créé la monnaie de carte? (3) 12. Selon vous, le régime seigneurial était-il un bon moyen pour développer la colonie? Qualité du français Total : / 30