Martigny, le 30 septembre 2010 Formation Guides du Patrimoine Géologie aménagement risques Notes du cours de Pascal Tissières 1. Quels sont les risques liés à la géologie? Figure 1 : Types de mouvements de terrain (source Geolep) 1.1 Glissements de terrain Historique Les glissements de terrain les plus importants sont anciens : ils datent de la dernière déglaciation. Ils peuvent affecter d'immenses territoires. Ex. : Glissement de la Frasse/Leysin : superficie : 100 ha (1 km2), épaisseur moyenne : 40 m.
2 Classification Les glissements sont classés selon deux critères : leur vitesse annuelle : moins de 2 cm/an; 2 10 cm/an; plus de 10 cm/an; leur épaisseur : moins de 2 m; 2 10 m; plus de 10 m. Figure 2 : Glissement de type rotationnel (source Geolep) La vitesse du glissement dépend des eaux souterraines et de l'alimentation des nappes par les précipitations : une longue période de pluies réactive un glissement.
3 L'épaisseur dépend de la nature des roches : contraste entre la moraine et le substratum rocheux ou contraste entre les roches à haute teneur en argiles et les roches plus résistantes (grès, calcaires). Impact sur les constructions Un glissement de terrain peut endommager, voire détruire un bâtiment si les conditions suivantes sont remplies : le plan de glissement cisaille les fondations (glissement superficiel); les vitesses de glissement et leur direction ne sont pas homogènes sous le bâtiment (= dislocation du bâtiment). Les conduites d'eaux (eau potable, eaux usées) sont très sensibles aux glissements. Protection contre les glissements Il n'est pas possible de se prémunir à l'échelle d'une seule parcelle contre un glissement rapide. Le glissement doit être analysé dans son ensemble; parfois, il est stabilisé par une galerie de drainage des eaux souterraines qui capte les eaux sur le plan de glissement. Les glissements font d'ordinaire l'objet d'un suivi topographique par un géomètre : ils sont aussi contrôlés par des mesures inclinométriques par un géologue. 1.2 Eboulements, chutes de pierres Historique Les reliques d'éboulements non datés sont visibles à : collines de Chiètres près de StMaurice; cône d'yvorne. Dans la région voisine, c'est l'éboulement des Crêtaux audessus de Riddes qui est le plus important (août 1985, 1986, 1987, 1988). Classification Les chutes de pierres sont classées selon leur énergie (kj) et les éboulements selon leur volume. Certains dépassent le million de m 3 (1946 Six des Eaux Froides : 6 mio m 3 ). Ils sont d'ordinaire imprévisibles, parce que le facteur déclenchant est souvent météorologique (fortes pluies, cycles geldégel). En revanche, une recrudescence des chutes de pierres peut annoncer un éboulement majeur.
4 Impact sur les constructions (chutes de pierres) Les bâtiments résistent mal aux chutes de pierres, car il faut que l'énergie des pierres soit détruite par un mur qui absorbe mal les chocs. Figure 3 : Principe de fonctionnement des filets parepierres (source Geobrugg) Protection Trois types de protection sont envisageables : filets métalliques (100 1'000 kj); digues en terre (1'000 10'000 kj); digues en terre armée (audelà de 5'000 kj).
5 100 kj équivaut à l'énergie d'un bloc de 5 tonnes (environ 2 m 3 ) tombant d'une hauteur de 2 m. 1.3 Séismes Historique 11.3.1584 : Aigle (VD) (EMS : 8; Richter : 6.4); 19.2.1822 : Chautagne (S) (MSK : 7.5); 25.7.1855 : Viège (VS) (EMS : 9; Richter : 6.4); 30.12.1879 : Chablais (S) (MSK : 7); 25.1.1946 : Ayent (VS) (EMS : 8, Richter : 6.1); 30.5.1946 : Sierre (VS) (EMS : 7; Richter : 6.0); 15.7.1996 : Annecy (MSK : 7.5). Classification Les séismes sont classés selon une échelle décrivant les dégâts, l'ems, l'european macrosismical scale (1 à 12), l'échelle MSK (MedvedevSponheuerKarnik) ou selon une échelle donnant l'énergie libérée à la source, la magnitude de Richter. L'échelle de Richter est logarithmique; par l'augmentation d'une unité, l'énergie s'accroit d'un facteur 30. Impact sur les constructions Le séisme exerce une sollicitation horizontale sur le bâtiment. Plus le bâtiment est lourd et haut, plus l'effet du séisme est grand. Selon la nature du sol, l'effet du séisme est fortement amplifié (= effet de site). Protection des bâtiments contre les séismes Il y a deux manières de se protéger contre les séismes : soit incorporer dans le bâtiment des éléments résistants transmettant les efforts aux fondations (= murs de refend);
6 Figure 4 : Assainissement du bâtiment de la Police à Sion (source Planat) soit isoler le bâtiment des mouvements du sol en posant le bâtiment sur des appuis mobiles.
7 Figure 5 : Réservoir de 1'000 tonnes de gaz liquéfié à Visp (source Planat) 2. Quels sont les risques liés à l'eau? 2.1 Inondations Historique Juin 1935 : Rhône : Vouvry, Noville inondés; Septembre 1948 : Septembre 1993 : Rhône : Charrat inondé; Saltina : Brigue inondé; Octobre 2000 : Rhône : Saillon inondé.
8 Classification Les inondations sont classées selon deux critères : la vitesse de l'eau; l'épaisseur de la lame d'eau. Impact sur les constructions L'inondation érode les fondations des bâtiments, là où les vitesses de l'eau sont rapides. La lame d'eau endommage tout matériau sensible à l'eau (bois, plâtre) et évidemment le mobilier. Protection Comme pour les glissements, la protection est gérée de manière globale par les travaux sur les cours d'eau : rehaussement des digues; approfondissement du lit; élargissement du lit. Figure 6 : Pont levant sur la Saltina à Brigue (source Planat)
9 2.2 Coulées de boues laves torrentielles Historique Février 1990 : Thésys / Champéry; Août 1995 : Nant du Pissot / Villeneuve (environ 50'000 m 3 ). Classification Les coulées se déplacent à une vitesse dépassant d'ordinaire 20 km/h et leur densité est élevée (jusqu'à 2.3). Elles se forment dans un lit de torrent obstrué par des sédiments; sur un versant où des sources mettent en pression le terrain ("ovaille"); sur un versant rendu vulnérable par la fonte du pergélisol. Impact sur les constructions Les coulées de boue combinent les effets liés à une haute vitesse à une masse importante. Elles emportent tout ce qui se trouve sur leur passage, comme une lave. Protection Sur les torrents sujets à coulées de boues, on crée des seuils pour freiner la vitesse d'écoulement et des "dépotoirs" (= surface inondable bordée par des digues) pour retenir la charge solide du torrent.