Magalie BARBIER RAPPORT DE STAGE ECHANGE AVEC L IFMSA Out going : 1er au 31 juillet 2011 Hôpital Enrique Garces, service des Urgences, Quito, Ecuador In coming : 2 au 31 janvier 2012 Accueil d un étudiant panaméen à l hôpital Henri Mondor J ai toujours considéré les voyages comme un plaisir et une chance. C est une manière d ouvrir son esprit et de découvrir diverses cultures à travers le monde. J ai choisi d effectuer mon stage avec l IFMSA à la fin de ma troisième année d étude de médecine parce que je voulais
améliorer à la fois mes connaissances en médecine et mon niveau en espagnol. J ai fait mon stage en juillet 2011, dans le service des urgences d un hôpital public de Quito, la capital de l Equateur : l hôpital Enrique Garcès. Je vivais dans une famille d accueil, chez une étudiante qui était «interne» (en sixième année en Equateur). J ai ensuite reçu un étudiant du Panama qui était en stage en infectiologie à l hôpital Henri Mondor près de Paris, hôpital dans lequel j étudie. Je vais en premier lieu vous parler de mon expérience à Quito. Avant le décollage, j étais assez inquiète à propos de mon niveau en espagnol car je n avais pas pratiqué la langue depuis des années. J y suis allée très paisiblement, avec pour unique but de profiter et de recevoir un maximum. J ai pris ma blouse, deux petits «guides de l externe», mon stéthoscope, et c était parti! Parce que je partais sur mon temps de vacances, ce stage ne pouvait qu avoir des retombées positives. D autant que, n étant qu en fin de troisième année, j avais et j ai toujours tant à apprendre! J étais contente d avoir été affectée dans le service des urgences, service que je n avais pas encore eu l occasion de fréquenter en France, et qui m a toujours attirée. Cet hôpital public est un des plus importants de la ville. Il est situé dans la partie sud, là où vit la majorité des personnes pauvres (il y a une importante frontière Nord-Sud à Quito, tant sur le plan social que géographique). Dans ce service, il y a différentes salles : tri, infirmerie, salle des constantes, sutures et plâtres, traitement, réanimation, chambre des hommes et chambre des femmes. Chaque jour, j arrivais à l hôpital à 7 heures, et j y restais jusqu à treize heures. Je pouvais ainsi voir beaucoup de choses en six heures. Parfois, je restais avec l interne dans la salle des «sutures et plâtres» ; d autres jours j allais au tri, où je pouvais avoir une vue d ensemble sur la sémiologie fondamentale. En fait, j étais libre d aller où je désirais dans le service, et les médecins étaient très aimables et accessibles ; je pouvais ainsi aisément leur poser des questions. Nous sommes mêmes sortis en boite un soir avec toute l équipe médicale! J ai fait mes premiers points de suture le troisième jour de stage, et on m a rapidement laissée seule pour recoudre les patients : de jour en jour j améliorais ma technique de couture pardon, suture! Des plaies aux doigts causées par des machines industrielles, des chutes par état d ébriété, des accidents de la route... bref, une salle de traumatologie comme on en a dans chaque pays du monde! Mon rôle était de les nettoyer avant de décider de la prise en charge. Ces plaies étaient aussi dues à des agressions dans la rue, par des voleurs ou agresseurs, à la main où avec une arme à feu. J ai alors mis un visage sur les «mises en garde» des guides touristiques concernant Quito. J ai même vu une balle perdue dans le pénis d un jeune homme! Lors de ma nuit de garde première garde d une longue série dans ma vie professionnelle une jeune femme est arrivée droguée sous scopolamine. C est une drogue très employée en Amérique Latine, les voleurs l utilisent en mettant la poudre sur un bout de papier qu ils vous font sentir. Cette drogue est si forte qu une inspiration suffit pour vous faire perdre conscience, à partir de là, tout peut arriver Ce n est pas l utilisation qu on connaît en France (pour la désobstruction pulmonaire en soins palliatifs)!
Dans cet hôpital, les chefs permettent à leurs étudiants de pratiquer des gestes, et leur donnent des responsabilités ; j ai ainsi pu bénéficier de ce système, bien que n étant pas dans mon pays. J ai réalisé des prises de sang, des gaz du sang, des injections intra-musculaires et intraveineuses, et mes deux premiers lavages gastriques suite à des ingestions médicamenteuses volontaires. Bien entendu, comme tout bon étudiant en médecine, j étais souvent envoyée en mission ECG. Cependant la machine était légèrement différente des nôtres, et m amusait au début, avant que je m impatiente lorsque les électrodes qui étaient toujours les mêmes pour tous les patients, et chaque fois un peu plus remplies de gel ne collaient pas! Comme le traumatologue de garde était souvent dans la même salle que moi, je l aidais à mettre les plâtres et j ai appris sur sa spécialité : les fractures typiques, lire les radios, comment réaliser les infiltrations, et même des actes relevant des consultations externes comme retirer des clous. Comme j étais libre d aller à n importe endroit où il y avait des choses intéressantes à apprendre, j allais parfois au tri. Là, j ai pu réviser l examen clinique et les pathologies : cardiaques, pulmonaires, abdominales, neurologiques J étais impressionnée de la vitesse avec laquelle le médecin trouvait le diagnostic et orientait le patient, mais aussi des symptômes typiques. J ai alors réalisé que la clinique est belle et bien la plus importante dans notre profession, surtout dans cet hôpital où les moyens sont pauvres et où chaque examen complémentaire doit être murement justifié. Pour sur, je me souviendrai du signe de Mc Burney, de Murfy, et de Lasègue! La plupart des patients venaient pour appendicite, infections urinaires, sciatiques, et rhumes. Parfois, les urgentistes me montraient des cas intéressant dans la salle de réanimation où j ai vu le premier mort de ma vie comme une onde de Pardee à l ECG ou des gasps chez un patient empoisonné. Pratiquer dans un hôpital situé en zone tropicale équatoriale même! m a aussi permis de voir un parasite cutané rare, ce qui était très intéressant, non pas pour mes yeux, mais pour mon savoir! Si loin de mon univers franco-français, j ai pu remarquer quelques différences concernant les moyens de traitement. Evidemment, la médecine théorique est universelle, mais l argent reçu pour la pratiquer ne l est pas. En Equateur, le diagnostic de l appendicite est basé uniquement sur la clinique et la biologie ; l examen de référence, le scanner, n est jamais utilisé car son coût est trop élevé. Les médicaments et les tubes de prélèvement biologiques ne sont pas fournis par l hôpital et doivent être achetés à la pharmacie par la famille (et si il n y en a pas, il faut trouver une bonne âme pour le faire ; c est ainsi que j ai pu prendre service à une dame). J ai aussi assisté à une réunion entre les urgentistes et les cardiologues sur la prise en charge de l infarctus du myocarde, dans le but de coordonner les équipes. Ils parlaient justement du manque de moyen dans l hôpital Enrique Garcès, qui est pourtant un des plus grands hôpitaux de la capitale! En effet, la coronarographie n était accessible que le mardi et le vendredi : comme si le patient pouvait choisir le jour de son arrêt cardiaque! Dans un registre plus amusant : les plâtres étaient parfois faits aux urgences avec des morceaux de carton, les pochettes pour ranger les feuilles des patients étaient en fait deux radiographies collées par la tranche, les gaz du sang effectués avec le poignet du patient en extension sur n importe quel objet, une bouteille d eau par exemple. Autre «curiosité», les infirmières portaient un petit chapeau, comme dans les anciens films français! A Quito, il est aussi important de savoir interpréter les gaz du sang tout en sachant qu on se situe 3 000 mètres d altitude. La pression partielle artérielle en oxygène normale n est alors pas de 100 mmhg mais 60 mmhg pour une saturation de 100% : ne croyez donc pas que tous vos patients désaturent! Dans cette ville assez dangereuse, deux gardes sont postés devant l entrée de chaque service, ce qui est quelque peu déconcertant la première fois. Mais petit à petit, ils deviennent nos amis! Concernant les patients, les chambres leur laissent peu d intimité, et une amie qui travaillait à la maternité de Quito m a dit que les femmes parfois très jeunes- étaient quatorze dans une même chambre. Chambre dans laquelle on pratique l examen gynécologique et les accouchements.
Ce stage m a aussi permis d appendre sur l organisation des études médicales dans divers pays. En effet, j ai parlé avec plusieurs internes et j ai rencontré des étudiants du Danemark, d Italie, de Suisse, de Cuba et des Etats-Unis. J ai alors pu comparer les diverses atmosphères des études de médecine, les modalités pour devenir diplômé, le prix des études et leur difficultés. Je dois vous avouer que les études en France ont pour avantage d être gratuites, rémunérées oui, rares sont les étudiants rémunérés et offrant une pratique médicale régulière avec des responsabilités. Cependant, concernant les deux examens sélectifs fin de première année et ECN nous ne sommes pas les plus chanceux! En Equateur, il y a cinq an d université avec pratique hospitalière à partir de la 4 ème année, un an «d internat», une septième année de «médecine rurale» puis enfin la spécialisation. Partir avec l IFMSA ne se résume pas à pratiquer la médecine dans un hôpital étranger. Vivre en immersion dans un pays pour un mois permet d apprendre une culture différente, de rencontrer des personnes du pays et de toute part. En un mot, vivre comme un travailleur local! Pendant mon séjour, j ai rencontré tant de personnes : mes deux «sœurs» avec qui je vivais, leurs amis, leur famille, les internes de l hôpital, les chefs, les patients et les autres étudiants étrangers. En effet, dès mon quatrième jour, la LEO a organisé un «social program» pour permettre à tous les étudiants IFMSA de Quito de se connaître tout en visitant une partie du pays dans un mini-bus. Nous sommes alors tous devenus amis très rapidement, et avons échangé nos numéros de téléphone. Dès le début, nous sortions autant pour visiter le centre historique que pour profiter de notre vie sociale, comme aller au café, dans les restaurants typiques, en boîte de nuit de salsa, ou «à l occidentale» - ou tout simplement pour discuter avec notre famille d accueil. Chaque week end, nous organisions une petit voyage avec les autres étudiants pour connaître et visiter le pays : randonnées en montagne, visites des autres villes, rafting dans une rivière Je me suis vraiment beaucoup amusée, et très peu reposée! De plus, je discutais toute la journée et dieu sait que je bavarde et que mes journées étaient longues! et ainsi me sentais chaque jour un peu plus immergée, m enrichissant de la vie locale, de l histoire, des coutumes, et surtout de la langue espagnole! Mon niveau d espagnol a fait un bon grâce à ce voyage! C est une si belle expérience de partager un mois de sa vie avec d autres personnes dans une vie quotidienne si différente de d habitude! J ai ensuite profité d être sur place pour visiter durant trois semaines le pays et ses merveilles avec ma mère qui m a rejoint. Nous avons, toutes les deux, même eu l occasion de diner avec la famille d accueil au complet et de sortir danser avec mes amies! J ai rempli le questionnaire d évaluation de l IFMSA à la fin de mon stage, et j ai mis 9/10, ce qui est une très bonne note comparée aux statistiques. Je pense que j ai eu beaucoup de chance, autant dans mon stage que dans mes rencontres et ma famille d accueil. Je peux vous dire que ce voyage m a apporté bien plus que ce que je n espérais. J ai appris beaucoup lors des longues matinées à l hôpital, d autant plus que je pouvais pratiquer et avoir quelques responsabilités dans une atmosphère très agréable. J ai vraiment vécu une belle et humaine expérience à Quito! Parlons maintenant de mon expérience lorsque j ai accueilli Franz, l étudiant panaméen que j ai reçu en janvier 2012. Il était au début de sa 5 ème année de médecine à Panama City, et était en
stage en infectiologie dans l hôpital dans lequel j étudie : l hôpital Henri Mondor. Il a choisi la France non pas parce que les gens l appelaient «France» au lieu de «Franz» ici mais pour améliorer son français et visiter l Europe, comme c était la première fois qu il y posait les pieds. Il avait aussi entendu que la pratique clinique en France avait bonne réputation, surtout pour les étudiants. Concernant la médecine, cette période a été une expérience tant pour lui que pour moi. Premièrement, nous avons eu un moment assez drôle lorsque nous avons fait un jeu de rôle pour qu il apprenne les questions basiques et le vocabulaire médical. En effet, il voulait profiter à la fois de la pratique du français et de la pratique clinique. Il a du apprendre les traductions des antibiotiques, ce qui n était pas tâche facile! Il a aussi été confronté aux différences de pratique française et américaine. Lorsqu un jour il osa poser une question pour comprendre pourquoi en France on faisait différemment par rapport au Panama (qui suit la ligne des Etats-Unis), le médecin lui a répondu : «nous faisons de la médecine française». Par chance, il n a pas entendu ce que certains médecins disent : «les américains ne savent pas examiner leurs patients!» La guerre est déclarée. Vivre avec quelqu un d un pays différent, et d une culture différente, est intéressant. Il a alors découvert le Champagne, les types de vin, le fromage, le foie gras et il en était très heureux! En effet, il a eu l aura d arriver pour le repas de Noël, que nous fêtions début janvier : quel chanceux! Comme il vivait à Panama City, où le thermomètre ne descend jamais en dessous des 15 C, il a aussi découvert les températures hivernales françaises. Il voulait voir la neige pour la première fois, mais n était pas préparé à subir le froid qui va de pair avec! De plus, il était très indépendant, et même si nous avons essayé d organiser des sorties dans Paris, il passait ses après-midi entiers à visiter seul la ville. Il restait tant de temps à marcher dans les rues et ruelles, à visiter les monuments et les musées, que je pense qu il connaît maintenant mieux Paris que moi! (Il nous a dit qu il connaissait d ailleurs mieux Paris que Panama City!). Il était tellement captivé par Paris qu il oubliait parfois de rentrer à l heure pour le diner Nous sommes aussi sortis quelques soirs, ce qui lui a permis de rencontrer mes amis (et d oublier le froid). En parlant de visites, il a fait un tour d Europe de trois semaines (Londres, Berlin, Amsterdam, Rome, Barcelone, Madrid). Je ne sais vraiment pas comment il a trouvé l énergie pour visiter tant de villes en si peu de temps, mais il l a fait et en était enchanté! C est une spécialité des habitants d Amérique Latine et du Sud paraît-il, une amie qui a reçu une Brésilienne avec l IFMSA avait elle aussi prévu ce tour d Europe. L accueil était une belle expérience, et je conseillerai chaque personne à participer au programme de l IFMSA. Bien entendu, partir soi même à l étranger est la meilleure expérience. De
plus, je pense que j ai été particulièrement chanceuse dans mon stage aux urgences à Quito et dans mes rencontres. Je me rappellerai toujours ce que j ai appris à Quito, et aurait toujours une petite pensée vers cette expérience, particulièrement en pratiquant les sutures, qui étaient là bas les premières d une longue série! J aimerais à présent passer en stage aux urgences en France pour pouvoir comparer, et appliquer ce que j ai appris depuis. Ces deux expériences m ont aussi permis d améliorer considérablement mon niveau d espagnol, et de découvrir toujours plus la culture d Amérique Latine. Je prends toujours plaisir à conter mon expérience en Equateur. J envisage d ailleurs un stage à Edimbourg pour juillet 2013 en rhumatologie pour pratiquer l anglais et revivre une expérience «d outre mer». Je peux ainsi lier mes deux passions : les voyages et la médecine. Voyager est une si belle manière d apprendre!