DISCOURS DU PRESIDENT DE LA SOIXANTE-CINQUIEME SESSION DE L ASSEMBLEE GENERALE M. JOSEPH DEISS



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Transcription:

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA SOIXANTE-CINQUIEME SESSION DE L ASSEMBLEE GENERALE M. JOSEPH DEISS A L OCCASION DE LA RECEPTION OFFICIELLE FRIBOURG, OUVERT AU MONDE FRIBOURG 5 OCTOBRE 2010 Seul le discours prononcé fait foi

Monsieur le représentant du Conseil fédéral, Monsieur le Président du Conseil d Etat, Madame la Présidente du Grand conseil, Mesdames, Messieurs, C est un très grand plaisir que d être avec vous dans cette Aula magna de l Université de Fribourg. Le début de mon année à la Présidence de l Assemblée générale de l ONU aura été marqué de moments fribourgeois. Ils laisseront des souvenirs lumineux dans ma mémoire. Je souhaite vous remercier tout particulièrement pour la fidélité de votre amitié, la chaleur et la générosité de votre accueil. Qui ne saurait aujourd hui être convaincu de la valeur de l ONU? Ses principes et ses objectifs sont en effet les plus nobles. L Organisation des Nations Unies a pour vocation le maintien de la paix, de la sécurité et de la prospérité, et ceci en promouvant la coopération internationale et l amitié entre les peuples. Il ne saurait y avoir de sujet qui touche au bien-être de l humanité qui soit étranger aux débats de l Assemblée générale. 2

Ces valeurs, que l ONU s est donnée aux origines, sont plus que jamais valables. Notre monde est plus interdépendant, plus interconnecté. Il n est plus question d ignorer ce qui se passe autour de nous. Nombre de problèmes sont d une telle ampleur et d une telle nature qu ils affectent l ensemble des pays et leurs citoyens, qu ils en soient responsables ou pas, et qu ils le veuillent ou pas. La une des journaux ne nous le rappelle que trop souvent. Pauvreté, conflits, réchauffement climatique, crise économique et financière, migrations, pandémies, terrorisme, crime global et beaucoup d autres questions ont des conséquences qui ne peuvent être gérées à l échelon national et que l humanité ne peut affronter que grâce à des stratégies globales et communes. Nos actions doivent être fondées sur un large consensus, jouir d une grande légitimité et être issues de processus inclusifs. Je suis convaincu que l ONU et son Assemblée générale ont un rôle central à jouer pour la recherche de solutions qui satisfassent le bien commun. L ONU possède une légitimité unique pour le 3

faire, de par le nombre de ses Etats membres. Elle a en outre une expertise et une présence unique sur le terrain pour le faire. Ses actions lors de catastrophes naturelles comme le tremblement de terre en Haïti ou les inondations au Pakistan ont permis de soulager rapidement le sort de milliers d êtres humains. Je suis heureux que lors du débat général qui vient de se tenir à New York et pour lequel j avais proposé une réflexion sur la gouvernance globale, le rôle central de l ONU ait été réaffirmé par de nombreux chefs d Etat et de gouvernement. Mais nombreux ont aussi été ceux qui ont souligné le risque de marginalisation de l ONU face à l apparition de nouveaux acteurs sur la scène internationale. S il ne s agit pas de nier l importance que ces nouvelles entités comme le G20 peuvent avoir, il s agit de s assurer que les mécanismes adéquats d information, de consultation et de coopération avec l ONU soient en place. De nombreuses voix ont en outre rappelé le besoin impératif de rendre l Organisation plus efficace pour lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la gouvernance globale. 4

J entends bien que, au cours de la 65 ème session de l Assemblée générale, le débat sur les moyens de réaffirmer le rôle central de l ONU dans la gouvernance globale, soit un thème majeur à notre agenda. J ai proposé comme première mesure concrète d organiser un débat informel avant et après le sommet du G20 avec le Secrétaire-général et le pays hôte du G20. Ce sera l exemple d un premier de ces ponts qu il s agit de lancer. Mesdames et Messieurs, Permettez-moi après vous avoir parlé du rôle de l ONU, de m arrêter maintenant sur le rôle du Président de son Assemblée générale. Madame la Présidente du Grand conseil, Mes propos vont certainement vous sembler bien familiers. 5

La tâche majeure du Président est de conduire les débats de l Assemblée générale. Il doit assurer que chacun des 192 Etats membres puisse faire entendre sa voix dans les meilleures conditions possibles. Il doit agir en rassembleur et faciliter l émergence du consensus. Le Président a en outre la possibilité de mettre davantage l accent sur certains thèmes à l agenda de l Assemblée. Le Président a aussi, comme je viens de le laisser entendre, la prérogative de proposer un thème pour le débat général. Il peut également organiser des débats informels sur des thèmes de son choix. Ainsi, j ai l intention que, pendant la 65 ème session, en plus de la question de la gouvernance globale, l Assemblée générale ait à cœur de faire progresser les questions liées à la lutte contre la pauvreté et à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement ainsi que les questions touchant à l environnement et au développement durable. 6

Mesdames, Messieurs, Vous l aurez donc bien compris. Je ne suis pas à New York le représentant de la Suisse à l ONU. Nous avons une équipe de diplomates très compétents pour le faire. Mais, si en tant que Président de l Assemblée générale, je me dois d être au service de tous les Etats membres, je reste bien entendu attaché aux valeurs de mon pays et de mon canton. J ai pu constater d ailleurs au cours de mes premières semaines d activité que les attentes de la communauté onusienne par rapport à un Président, citoyen d un pays, la Suisse, connu pour sa longue pratique de la démocratie, son engagement multilatéral et son efficacité, sont immenses. J en suis fier. L ONU, en tant que creuset du droit international, est indispensable à un pays tel que le nôtre pour promouvoir ses intérêts et protéger son indépendance et sa souveraineté. L ONU donne à la Suisse, qui n est membre ni du G8 ni du G20, l accès au lieu central où s organisent le débat mondial et la gouvernance globale. 7

Je suis heureux que grâce à mon élection à la Présidence de l Assemblée générale, élection qui est une reconnaissance de l engagement et de la crédibilité de la Suisse au sein de l ONU, notre pays acquière davantage de visibilité et puisse transmettre ses valeurs fondamentales de dialogue, de consensus et d ouverture au monde. Ces valeurs sont aussi tout particulièrement celles de Fribourg. Je me plais à le souligner. Je suis arrivé sur les bords de l East River, sans complexe aucun. La dimension fribourgeoise n est pas négligeable pour accomplir une tâche de dimension planétaire. Fribourg est bien connue à l échelle internationale, notamment grâce à son Université. Il m est arrivé de rencontrer à New York des ministres et des diplomates ayant étudié sur les bancs de Miséricorde. Notre bilinguisme et notre position de pont entre deux grandes zones linguistiques et culturelles, nous ont inculqué une grande ouverture d esprit, qu il convient de cultiver. C est pour toutes ces raisons que dans mon bureau, entourant le drapeau de l ONU, il y a d un côté le 8

drapeau suisse, bien sûr, mais de l autre côté, non moins fière, la bannière noire et blanche. Mesdames, Messieurs, Fribourg, ouvert au monde, l appellation pour cette réception ne saurait être mieux trouvée. Je vous remercie. 9