«Le rôle des migrants



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Transcription:

Séminaire de Figuig : «Le rôle des migrants dans le développement de la Région de l Oriental» 29 et 30 octobre 2013, à Figuig. Un séminaire sur «Le rôle des migrants dans le développement de la Région de l Oriental» a été organisé les 29 et 30 octobre 2013 à Figuig. Il réunissait des participants d horizons divers, tous en lien avec le développement de la Région de l Oriental : associations de migrants originaires de l Oriental en provenance de divers pays d Europe, associations de développement local des diverses Provinces de l Oriental, ainsi que des administrations (notamment le Ministère de l Agriculture) et des collectivités locales. Organisé conjointement par l association Migrations & Développement (M&D 1 ) et par la Fédération des Associations de Figuig en France (FAF 2 ), avec le soutien de l Agence de l Oriental 3, de la Commune de Figuig 4 et de l ADS 5, le séminaire s est tenu dans la ville de Figuig, au Sud-Est de la Région, un lieu où les associations de migrants, regroupées au sein de la FAF, sont particulièrement actives en lien avec les multiples associations locales. Mais l ensemble du territoire de la Région de l Oriental était concerné : des partenaires de toutes les localités, ainsi que des associations de migrants en provenance de toutes ses zones ont participé à ses travaux : d Oujda, de Berkane, Jerada, Nador, Driouch, Taourirt et Figuig. En lien avec l action d ensemble de l Agence de l Oriental, le séminaire avait pour objectif de dynamiser le développement de cette région en mobilisant la ressource humaine qui en est issue, celle qui a émigré dans les grandes villes du Maroc et à l international. La Région de l Oriental est en effet une de celles dont la diaspora est la plus importante du Maroc. C est 1 http://www.migdev.org/ M&D est une organisation de solidarité internationale créée en 1986 par des migrants marocains. De droit français, M&D qui mène une action de soutien au développement local essentiellement sur la Région du Souss Massa Drâa et intervient en France dans des démarches d intégration. 2 http://www.faf-mf.org/ La FAF est une organisation de solidarité internationale de droit français qui intervient en France pour des actions d intégration et au Maroc sur l oasis de Figuig pour des actions de développemet. 3 http://www.oriental.ma/ 4 http://www.ville-figuig.info/index.php/2013-08-03-10-08-23/commune-de-figuig 5 http://www.ads.gov.ma/ 1

cette richesse humaine, dispersée dans les grandes villes du Maroc et dans plusieurs pays d Europe et du monde, qu il s agit de mobiliser, à travers leurs transferts de compétences, de fonds, de réseaux, pour agir avec elle sur le développement du territoire de l Oriental. Le séminaire a donné aux participants l occasion de débats, rencontres, échanges ainsi que de visiter des projets de développement menés sur l oasis, pour illustrer sur des cas concrets le thème du séminaire et apprendre des expériences des uns et des autres en partageant les enseignements des actions engagées. 1. Le thème du Séminaire : comment dynamiser l action des migrants dans le développement de la Région de l Oriental? Les participants ont été invités à réfléchir ensemble autour des questions suivantes : - comment intégrer les initiatives collectives et individuelles des migrants dans les plans et stratégies tant au niveau local, régional et national? - comment bâtir une coordination entre migrants et les acteurs locaux? Pendant deux journées de réunions et de visites de terrain, plus de 130 participants 6 ont fait connaissance, échangé sur leurs pratiques et sur les collaborations qui pouvaient se tisser entre acteurs locaux et associations de migrants. Nous avons noté la présence de Mme Djamila KHELLAF, Maire-Adjointe de la Mairie Aubervilliers 7 (Département de la Seine-Saint-Denis, France), qui a illustré dans son intervention les liens dynamiques que la population migrante peut contribuer à nouer entre les collectivités locales du Nord et du Sud. Le premier objectif du séminaire était de faire prendre conscience aux acteurs d ici et de làbas que des interactions sont possibles pour agir sur les différentes dimensions du développement. Au-delà, il était de faire avancer concrètement des coopérations entre les territoires en favorisant la connaissance et la coopération entre acteurs d ici et de là-bas. A terme, l objectif est bien que des perspectives d actions se décident, que les associations de 6 Plus de 130 personnes ont participé aux travaux du séminaire. Elles venaient de 14 associations de migrants (de France, Belgique, Hollande), de 18 associations de développement local au Maroc (en provenance d Oujda, Jerada, Nador, Taourirt, Figuig), des élus locaux (dont la Maire-Adjointe de la Commune d Aubervilliers 93, le Président de la Commune de Figuig ), des responsables des administrations décentralisées, des étudiants de l Université d Oujda 7 http://www.aubervilliers.fr/ La ville d Aubervilliers, proche de Paris, compte 67.000 habitants, dont 37% de la population est étrangère. Les migrants marocains comptent pour 9% de la population. 2

migrants et les acteurs de leur territoire nouent des contacts pour mener ensemble des projets communs Le séminaire a alterné les séances plénières, le travail en atelier, et les visites de terrain. La séance du soir a permis de découvrir un film sur l eau : «La soif du monde» de Yann-Arthus Bertrand et de faire connaissance avec la musique populaire locale (Dendoune et Alaoui). Ce Rapport sur le Séminaire est destiné à capitaliser les apports des différents participants et de mutualiser les échanges qui ont eu lieu entre eux. On trouvera à la fin du Rapport les principales conclusions tirées de l ensemble des travaux menés pendant ces 2 journées. 2. Le cadre de la réflexion Lors de la séance d ouverture, les organisateurs ont présenté le séminaire et insisté sur ses objectifs : débattre et échanger sur la dynamique territoriale de la Région de l Oriental. La question du développement de la Région a été abordée sous un angle particulier : à partir de ses ressources humaines qui ont émigré. Et c est sur cet axe que les participants ont travaillé ensemble, en échangeant tout particulièrement sur la question : comment articuler les besoins et demandes du territoire avec les actions des migrants qui veulent agir en soutien à son développement? L expérience de Migrations & Développement, menée depuis 27 ans sur la Région du Souss Massa Drâa, dans une région qui, comme l Oriental, a fourni une très forte population de migrants nationaux et internationaux, livre deux enseignements essentiels : 1- il y a de multiples façons pour les migrants de soutenir le développement du territoire ; ces actions peuvent porter sur les biens collectifs (eau, santé, éducation, culture ) ou sur des investissements individuels (dans l agriculture, dans le tourisme ), qui s articulent avec la dynamique économique et sociale locale. 2- ces actions des migrants doivent nécessairement se mener avec les acteurs du territoire, sans quoi elles sont vouées à l échec. La diversité des actions que peuvent mener les migrants, permet de faire une distinction en deux grandes catégories: 1/ Regroupés en association, les migrants peuvent soutenir des projets collectifs de développement, depuis des projets au niveau du village (par exemple pour la mise en place de l adduction d eau potable, pour des actions sur l école, sur la santé, sur la culture...) jusqu au niveau de la Commune (par exemple participation des migrants aux concertations du Plan Communal de Développement et intégration des projets collectifs portés par les 3

migrants dans les stratégies du territoire). Ils peuvent aussi soutenir des institutions sociales au Maroc (pour les handicapés, pour la formation, pour la culture ou le sport ). Ces actions de solidarité posent la question des relations entre les acteurs locaux au Maroc et les associations de migrants. Celles-ci peuvent être en lien avec des collectivités locales de France et d autres pays de l Europe, comme par exemple la coopération décentralisée entre la Municipalité de Figuig et le Conseil Général de la Seine Saint-Denis. Comment coordonner les actions des Associations villageoises, des associations de femmes, des coopératives, des Administrations et des Communes, avec les migrants et leurs associations? L expérience à M&D montre que c est autour de projets élaborés et menés en commun dans le respect de chacun à sa place, que peut se faire cette coordination. 2/ Nous savons aussi que les migrants peuvent agir en tant qu individus. Ils peuvent s engager sur leur territoire d origine par des investissements dans des activités économiques (tourisme, agriculture...), ou en soutien aux actions des coopératives présentes dans la région d origine (par exemple pour commercialiser les produits de ces coopératives dans leur région ou pays d accueil), ou sur la location de terres agricoles détenues par des migrants qui ne peuvent exploiter leur terre et souhaitent la louer à des villageois, ou prendre des parts dans une entreprise locale. Ou toute autre forme que les acteurs peuvent inventer, dans une large gamme d actions Ces actions de type économique posent, comme les actions collectives, la question des relations entre migrants et acteurs locaux : administrations, notamment sur l accès au foncier, sur la sécurisation des titres de propriété, banques pour la recherche de financements... Comment les responsables locaux peuvent informer les migrants des opportunités d investissements, des dispositifs de soutien aux initiatives économiques? Dans les deux cas, le lien avec l ensemble des acteurs locaux est primordial, dans un esprit d information, de coordination et de coopération. C est pourquoi ce séminaire rassemble l ensemble des acteurs du territoire et les associations de migrants. 3. Les visites de terrain Elles ont concerné trois dimensions : a/ les infrastructures (projet d assainissement), b/ la culture (projet de bibliothèque) et c/ l économie (relance des cultures dans l oasis). a/ Infrastructures : visite du projet assainissement «Hammam Fougani» (Commune de Figuig) 4

La visite sur le terrain avait notamment pour objectif d évaluer le degré d ancrage des actions des migrants et de leurs organisations dans la dynamique de développement local. Une quinzaine de participants avait choisi de visiter ce projet. Le responsable de l Association Hammam Fougani, maître d ouvrage et porteur du projet, a décrit le cadrage partenarial de cette initiative : création de l Association, répartition des tâches entre les acteurs locaux et les habitants d une part, les migrants d autre part. Des explications techniques ont été ensuite données concernant les canalisations, les bassins d accumulation et les systèmes d épuration, ainsi que les problèmes de maintenance (ensablement, pollution des puits...). Ce projet nécessite des adaptations, concernant notamment les perspectives de reboisement autour du site d assainissement, la lutte contre l ensablement par une collaboration avec les Eaux et Forêts. Enfin, la discussion a porté sur le système de gestion du projet avec la population, et notamment le système de cotisation communautaire qui a été installé après le projet. b/ Culture : visite du projet de Bibliothèque de l Ecole El Falah. Une partie des participants au Forum, acteurs associatifs de la Région, acteurs nationaux et internationaux, accompagnés de membres de la FAF, ont rendu visite au projet de bibliothèque installée à l'école El-Falah (secteur Ouled Slimane, Commune de Figuig). Cette visite s'intègre dans le cadre du suivi du projet de création et d'équipement d'une bibliothèque dont les travaux d installation ne sont pas encore achevés. 5

Ce projet de bibliothèque prolonge des actions antérieures de la FAF, notamment le soutien à l école après les inondations en 2008. La visite a permis de discuter du rôle de la culture dans le développement, tout spécialement dans les zones rurales. c/ Economie. Projet agricole : visite d une exploitation et focus sur une fertilisation expérimentale. Une trentaine de participants avait choisi de visiter ce projet qui a suscité un intérêt certain à prendre connaissance de l oasis et de sa dynamique. Le vice-président de la FAF en France a exposé les grands axes d intervention de projet qui a pour objectifs de préserver la biodiversité de l Oasis de Figuig (et notamment sa palmeraie) en redynamisant la culture de la datte par un reverdissement des périmètres irrigués traditionnels, de favoriser le développement économique et social de Figuig, d œuvrer pour résoudre le problème d abandon des terres (jachère forcée) par la lutte contre l exode rural et l émigration. 6

La visite a été l occasion de présenter l introduction d un fertilisant biologique, dénommé Ky, avec le témoignage de deux agriculteurs bénéficiaires de la formation-expérimentation de ce produit sur leurs parcelles. 4/ Le Forum s est poursuivi par la tenue de deux ateliers 1/ le premier qui portait sur le rôle des migrants dans les programmations locales de développement (Plans Communaux de Développement) et celui des collectivités locales ; 2/ le second atelier portait sur l économie : coopératives, investissements des migrants et des acteurs locaux. Les deux ateliers ont mis en évidence le puissant attachement des migrants à leurs localités d origine dans la Région : les migrants de l intérieur comme ceux de l international conservent des liens très forts avec leurs villages ou villes d où ils sont originaires. Pour autant, tous les migrants ne sont pas des investisseurs potentiels. 4.1. Atelier n 1 : les migrants et les collectivités locales. L atelier a réuni près de 50 personnes environ. Les thèmes abordés ont porté sur les prérequis à réunir tant au Maroc que dans les pays d émigration pour impliquer les migrants dans les programmations communales. Au Maroc, il importe que les collectivités locales diffusent largement des informations sur les dispositifs de consultation et de participation prévus par la Charte communale, et notamment ceux mis en œuvre par les Plans Communaux de Développement (PCD). Cet effort d information ne s adresse pas seulement aux migrants mais à tous les citoyens des territoires concernés. Dans le cadre de la participation des populations pour l élaboration et le suivi des PCD, les collectivités locales doivent impliquer les migrants originaires de leur Commune. A tout le moins, permettre leur information qui peut passer par la mise sur le site Internet de la Commune quand il existe. Dans les pays d émigration, l accent a été mis sur la nécessité pour les migrants de s organiser en association pour pouvoir se constituer en interlocuteur pour les collectivités locales du Maroc. Il importe aussi de penser à fédérer les associations de migrants dans les plateformes existantes ou à créer. Ainsi la Plateforme Euro-Marocaine Migration, Développement, Citoyenneté, Démocratie 8 vise à coordonner les diverses associations de Marocains Résidents à l Etranger présentes en Europe. Mais d autres plateformes existes, au 8 http://www.maglor.fr/maglor/img2/fiche%20de%20preesentation%20mdcd_1.pdf 7

niveau local, comme le FORIM et les COSIMs régionaux en France où se côtoient les migrations de plusieurs pays d origine. Des dispositifs de coopération décentralisée qui existent en France par exemple peuvent aider à réaliser des opérations conjointes entre Communes du Sud et du Nord, à partir de migrants originaires d une localité au Maroc concentrés dans une localité en France, comme c est le cas pour la FAF avec le département de Seine St Denis. Ces coopérations décentralisées peuvent aussi s effectuer, potentiellement, d établissement public à établissement public (école, lycées, hôpital...). Ici et là-bas, il a été indiqué la nécessité de renforcer les capacités des élus des collectivités locales d une part, et des migrants et de leurs associations d autre part : la coopération transnationale ne s improvise pas et nécessite des formations. 4.2. Atelier n 2 : les migrants et l investissement, animé par Mustapha Boujrad. Cet atelier a rassemblé plus de 70 personnes qui ont participé très activement aux débats et échanges. L atelier a commencé par énoncer une série de questionnements : Les migrants laissaient souvent derrière eux des parcelles agricoles qui ne sont pas cultivées. Comment remettre en culture ces ressources, d une façon qui permettent aux villageois d augmenter leurs revenus tout en sécurisant les droits des propriétaires émigrés? Comment faire bénéficier les acteurs économiques de la Région des savoirs et compétences des migrants d Europe? Ainsi, un migrant en Belgique, qui occupe une fonction de Directeur qualité dans une grande firme agro-alimentaire dans son pays d accueil, propose de mettre son savoir-faire au service de la commercialisation des produits du terroir de la région (dattes, mandarines...) Comment reconnaitre le travail des femmes, complémentaire au travail des hommes, ou qui s y substituent quand les hommes émigrent? Pour valoriser les potentiels de la Région, notamment en termes agricoles, il faut repenser la commercialisation. Comment les migrants peuvent jouer un rôle dans la commercialisation des produits locaux vers le marché national et vers l exportation dans leur pays d accueil? Poser les questions de commercialisation au-delà des marchés locaux (le souk hebdomadaire) pose le problème de la qualité des produits et de la sécurité des relations commerciales. 8

Les coopératives actuelles sont des unités trop petites pour prendre en charge la commercialisation à l échelle nationale, a fortiori à l exportation. Il est nécessaire de créer des organisations de second niveau (GIE) pour atteindre la taille critique (par exemple pour identifier et comprendre les normes de commercialisation, pour accéder à un fonds de roulement). Comment articuler dans un jeu «gagnant-gagnant» les intérêts des migrants qui proposent des projets économiques avec ceux acteurs locaux? Entre les migrants et les acteurs locaux, il faut une reconnaissance réciproque pour élever le niveau de confiance entre ceux d ici et ceux de là-bas. Les migrants ne sont pas des «vaches à lait» que l on peut exploiter sans respect, mais, de leur côté, ils ne peuvent pas venir imposer leurs vues sans tenir compte des populations locales. Un débat très riche s est engagé sur les liens entre les coopératives (de l Economie Sociale et Solidaire) et les entreprises de «l économie dure». Chacune de ces formes d organisation a ses objectifs, ses forces et ses limites : les coopératives sont proches des producteurs dans une optique productive et sociale, mais ont des difficultés à commercialiser leurs produits (ce qui suppose la mise en œuvre de démarches qualité, de respect des normes et des délais...). Les entreprises de «l économie dure» ont de fortes capacités commerciales au niveau national et même international, mais n ont pas d objectifs sociaux et ne disposent pas du savoir et des moyens pour soutenir des démarches qualité chez les producteurs. Il faut trouver le moyen de faire jouer les complémentarités entre ces deux formes d économie. Comment articuler ces démarches de développement agricole avec les outils du Plan Maroc Vert? L Administration doit délivrer une plus large information en direction des acteurs locaux et des migrants sur ses actions, pour leur donner de la visibilité pour leurs projets d investissement : l exemple a été donné du projet de barrage à Figuig dont les retombées restent à ce jour mal connues, alors qu il pourrait entrainer des extensions de surfaces cultivées ou des remises en cultures de parcelles inexploitées actuellement. Au terme de cet atelier sur l économie, il a été souligné qu il n y a pas de développement sans développement économique. Il a été ajouté que «le problème du développement n est pas un problème de moyens mais un problème de pertinence des objectifs par rapport aux réalités et de coordination entre les acteurs». 9

Tous les participants ont souligné l intérêt d une telle réunion ciblée sur l économie pour faire avancer ensemble notre compréhension des enjeux économiques dans l espace transnational et pour amorcer des coopérations entre ici et là-bas, au service de projets concrets. 5. Visite chez Mr le Gouverneur de la Province de Bouarfa. Durant la dernière demi-journée, les responsables des associations organisatrices du Séminaire ont été reçues par le Gouverneur de la Province, dans la ville de Bouarfa. L élue d Aubervilliers a participé à cette réunion. 7. De l ensemble des travaux, il est ressorti les conclusions suivantes - Les projets que peuvent initier ou soutenir les migrants sur le territoire de l Oriental (comme sur d autres territoires) ne peuvent réussir sans leur coordination avec les acteurs locaux, au niveau des administrations, des collectivités locales, et des associations et acteurs économiques. C est la condition pour que les projets soient adaptés à la région, pour la réussite de projets. - Les associations de migrants, les associations locales et les élus locaux de la Région doivent se concerter sur les projets pour que chacun se trouve valorisé dans les actions de développement : quand chacun agit sur son terrain et coopère avec les autres partenaires, il n y a pas de contradiction entre les intérêts des élus, des associations de migrants et des associations locales. C est ainsi que l on élèvera le niveau de confiance nécessaire pour engager des projets communs. - Les Plans Communaux de Développement (PCD) sont un bon outil pour impliquer les migrants de la Commune dans les projets communaux. Les Communes doivent améliorer le niveau d information sur le déroulement des PCD pour mieux faire participer les migrants, mais aussi l ensemble des citoyens. En matière économique, cela suppose d informer les migrants sur les opportunités d investissement sur leur territoire. - Les associations de migrants originaires de l Oriental ont besoin de renforcer leurs capacités pour soutenir des projets de développement dans leur village ou quartier d origine. - Les élus des Communes au Maroc doivent également renforcer leurs capacités à engager des coopérations avec les associations de migrants, et, éventuellement, des 10

opérations de Coopération décentralisées avec des collectivités locales des pays d émigration. - Il convient d organiser des formations pour les coopératives afin de développer la culture de la mutualisation (des risques et des opportunités) pour qu elles s engagent dans les démarches qualité nécessaires pour accéder au marché national et aux marchés à l exportation. La mise en place d organisations de second niveau (GIE) est nécessaire, compte tenu de la petite taille des coopératives au Maroc, au stade actuel. - Le soutien à la commercialisation concerne tant le marché interne (Maroc) et que les marchés externes (international) : les migrants de l intérieur peuvent agir sur le marché national, les migrants internationaux sur les marchés à l exportation. - Le projet de créer une structure de coordination des associations de migrants agissant sur le développement de l Oriental est sur la table. - Proposition de faire de la Journée du migrant (le 10 aout) un moment de rencontre dans chaque Commune entre associations de migrants et associations de développement local, pour favoriser les partenariats, en vue d élaborer des projets communs Y associer les coopératives pour qu elles vendent et fassent connaitre leurs produits locaux. - Une journée de travail sur le soutien que les migrants peuvent apporter pour la commercialisation des produits du terroir devrait être organisée par la Plateforme Euromarocaine. - Pour consolider les premiers acquis de ce séminaire et évaluer l avancement des actions communes, il est proposé de refaire un séminaire sur le même thème en 2014, qui pourrait se tenir dans une autre ville de la Région de l Oriental. A trouver sur le site de M&D : Site de M&D : http://www.migdev.org/ «Guide d Information sur l Investissement au Maroc : Provinces de Figuig, Oujda, Taroudannt, Tiznit et Tata». Actes du séminaire de Marseille d avril 2013 : «Investissement des MRE au Maroc et Développement des Territoires». 11