LES INCENDIES DE SECHOIRS DE TOURNESOL Le séchage du tournesol présente des risques particuliers. Les chiffres publiés parla Mutualité Agricole montrent que la fréquence des sinistres rapportée aux quantités traitées est supérieure à celle qu 'occasionne le séchage du mais ; circonstance aggravante, lecoûtdes sinistres dus au tournesol est plus élevé. 'impact économique de ces sinistres a conduit les organisations professionnelles à engager un programme de maîtrise des risques. Le CETIOM en a supervise la partie scientifique, en identifiant les circonstances des déclenchements d'incendie, par enquête auprès d'organismes stockeurs sinistres, et en recherchant les causes objectives de l'inflammation du tournesol. Cet aspect du problème a été traité par le Centre d'etudes et de Recherches de Charbonnages de France (CERCHAR). LE TOURNESOL EST DANGEREUX Abordant ce problème, le CER- CHAR a d'abord imaginé d'étudier le comportement du grain dans un séchoir simulé par une cuve de 1 m 3 afin de rechercher les conditions pouvant entraîner une auto-inflammation. Les accidents semblant plus fréquents pendant des campagnes de récolte pluvieuses, on a choisi d'expérimenter sur du grain très humide : 35 % de teneur en eau, dans deux cas extrêmes de fonctionnement du séchoir : -température anormalement élevée : I00 C, mais débit d'air normal : 1 000 m 3 par heure et par m > de grain, -température normale : 70 C mais débit d'air très faible : 180 litres par heure, représentatif d'une zone d'obstruction du séchoir. Deux résultats ont été mis en évidence : -le tournesol séché avec un débit
EVOLUTION DE LA TEMPERATURE EN FONCTION DU TEMPS GRAINES DE TOURNESOL A 27 % D'HUMIDITE TEMPERATURE (*C) 70 -r STOCKAGE AEROBIE 60 4- -=* *,! I g O O 50 4-46L (24,8%) 40 + TEMPERATURE DE LETUVE 30 4-20 10 24 48 72 96 120 TEMPS (HEURES» 144 168 192 216 d'air de l 000 m 3 par heure et par m 3 de grain à 100 C peut être maintenu plusieurs heures à cette température sans s'enflammer. S'il y a oxydation, la chaleur dégagée est évacuée par le courant d'air, -une absorption intense d'oxygène a lieu dans les conditions de séchage lent, accompagné d'un dégagement de gaz carbonique, conséquences de phénomènes d'oxydation et de fermentation. La température ne s'élève pas : la chaleur dégagée est absorbée par l'évaporation de l'eau. De l'hydtogène est détecté, à une concentration significative : 0,5 %. Son origine ne peut être que fermentai re. DEUX PHENOMENES PRINCIPAUX SONT SOURCES D'ACCIDENTS -dégagement d'hydrogène au cours du préstockage et dégazage dans le séchoir ou fermentation dans une zone obstruée du séchoir ; ignition par une source extérieure ; -auto-inflammation de dépôts gras dans le séchoir. Ces hypothèses concordent parfaitement avec les résultats d'une enquête que le CETIOM a réalisé auprès d'organismes stockeurs victimes de sinistres. Sur dix huit incendies recensés en 1984, voici quelles étaient les causes invoquées : obstruction du séchoir 6 cas 10
EVOLUTIONS DES CONCENTRATIONS DES GAZ EN FONCTION DU TEMPS GRAINES DE TOURNESOL CONCEMTRA"nON% N2.CO2 90 accumulation de poussières 5 cas mise en route du séchoir (gaz de fermentation) 5 cas utilisation de la surgénération 3 cas aspiration de poussières sur le brûleur 3 cas humidité très élevée 2 cas surséchage 1 cas botrytis 1 cas cause inconnue 1 cas. L'obstruction du séchoir, l'accumulation de poussières grasses et les accidents à la mise en route du GRAINES NETTOYEES 48 % HUMIDITE CUVE ANAEROBIE ( 46 L ) 35 C t I i 1-48 TEMPS (HEURES) 02, H2 72 96 30 20 séchoir, vraisemblableemnt dus aux gaz de fermentation figurent parmi les explications les plus fréquemment citées. La température excessive de l'air séchant dans le cas de l'utilisaion de la surgénération est une situation dangereuse. Les autres causes ne sont pas spécifiques du produit : les poussières aspirées sur le brûleur constituent autant d'allumettes envoyées dans la colonne de séchage si le générateur n'est pas muni d'un échangeur. Le produit surséché devient particulièrement inflammable. QUELQUES PRECAUTIONS PERMETTENT DE SUPPRIMER LES CAUSES DE RISQUE Le tournesol peut se sécher sans problème, à la condition de respecter un certain nombre de précautions. On ne traitera pas ici des dispositifs permettant de réduire les conséquences d'un incendie, système d'alerte automatique, de vidange rapide du séchoir, etc, qui ne sont pas spécifiques du tournesol. L'obstruction du séchoir doit être impérativement évitée. Ceci implique : -de prénettoyer le tournesol avant séchage. Ce point est primordial. Le débit du prénettoyeur doit être suffisant. Même si elle n'est pas très efficace, l'installation permet au moins d'aérer les lots et de disloquer partiellement les blocs de grains agglomérés. -de nettoyer régulièrement le séchoir pour dégager les zones obstruées et retirer les dépôts gras. L'opération sera impérativement réalisée après traitement de lots brisés. Une bonne solution est d'utiliser un nettoyeur à eau sous pression, si l'installation a été conçue pour évacuer l'eau usée. C'est la technique qui a été retenue pour l'huilerie de National Sun Industry 12
à Enderlin dans le Dakota du Nord, où le tournesol est séché avant d'être trituré. Ainsi l'efficacité du séchoir a été améliorée et il n'y a plus d'incendie. En cas de nouvel investissement, on s'assurera que le séchoir est facilement visitable et que les dièdres de reparution d'air dans le grain sont espacées de 15 cm environ. En cas d'arrêt du séchoir, on procédera à des extractions régulières, par exemple deux t'ois pur heure, pour remuer le grain et limiter les prises en masse. 11 faut éviter de léser les graines : on veillera donc à ce que les circuits de manutention avant séchoir ne soient pas trop brisants. Pour réduire les risques dûs à la fermentation, il convient : -de prohiber le préstockage du tournesol en tas, avant le séchage. Une ventilation bien conduite permet de préstocker sans échauffement. Si on dispose de cellules étanches, on peut recourir à la conservation sous gaz carbonique. Mais la meilleure solution reste une bonne gestion des apports, ce qui évite d'être débordé par des livraisons temporairement trop abondantes. Une information des agriculteurs sur le choix des variétés selon la région, sur les possibilités de ressuyage de la récolte après une période humide, peut y aider. Cette action n'est bien sûr pas facile, surtout dans les régions où la concurrence entre organismes est sévère. Cependant, certaines coopératives ont décidé de refuser les livraisons à plus de 25 % d'humidité. -de procéder, à la mise en route du séchoir, à une ventilation d'une demi-heure au minimum avant d'allumer le brûleur. On notera que la ventilation n'est efficace que si le séchoir est rempli, -de maintenir la ventilation en cas d'arrêt de l'alimentation du séchoir. 11 ne faut pas que les particules enflammées puissent pénétrer dans la colonne de grain : -les prises d'air des ventilateurs doivent être le plus possible isolées des sources de poussières. Si nécessaire, on les protégera par des cloisons, ou on les déplacera, -le couplage de l'arrêt de la ventilation pendant l'extraction du grain qui limite les émissions de poussières, existe sur certains types de séchoirs. C'est un dispositif intéressant. -si la chambre de combustion d'un séchoir au fuel ou si un brûleur à gaz sont dégradés, des particules de métal incandescent peuvent être introduites dans le grain. 11 convient donc d'entretenir régulièrement le séchoir. La température de l'air séchant ne doit pas dépasser 70 C ; 60 C en cas de lot brisé ; -la régulation de température doit être régulièrement contrôlée. 11 faut en particulier veiller à ce que la température de l'air séchant soit homogène et que la température de
certains filets d'air ne dépasse largement la consigne, -il ne faut jamais utiliser la suvgénération. Pour réduire le surséchage : -si un lot sec est admis dans le séchoir parmi des lots humides, il sera surséché si les réglages ne sont pas modifiés. L'homégénéisation des lots par mélange et court préstockage réduira ce risque. LE FACTEUR HUMAIN EST PRIMORDIAL Les consignes de sécurité seront appliquées si le personnel est bien formé, et s'il n'est pas débordé. C'est une raison supplémentaire qui milite en faveur de la gestion des apports. Les conséquences d'un incendie peuvent être limitées. Il convient tout d'abord de détecter l'incendie le plus rapidement possible, li existe plusieurs systèmes automatiques, basés sur différents principes : fusion d'un fil en nylon, sondes de température ponctuelles, ou détecteur de fumées. Les sondes de température sont les plus répandues, et certainement les plus efficaces si leur implantation a été bien raisonnée. Les détecteurs de fumées doivent encore être améliorés, notamment pour éviter les alarmes intempestives, mais devraient se révéler très performants. Tous les séchoirs neufs devraient être équipés d'un système de détection automatique. Cependant, il ne faut pas négliger la possibilité de détection par le personnel. L'éclairage des cheminées, la nuit, aide à visualiser l'apparition de fumée. -l'incendie détecté, il convient d'agir le plus rapidement possible. Il est donc totalement exclu de laisser un séchoir fonctionner sans surveillance. L'arrêt du séchoir doit être immédiat. S'il existe un système de sécurité, il déclenche l'arrêt. Certains séchoirs neufs sont équipés de systèmes d'extinction automatiques couplés à une installation de détection. Ils garantissent un niveau élevé de sécurité. Cependant la solution de la vidange rapide du séchoir, très simple, est extrêmement efficace. Le mieux est de vidanger sur l'extérieur du silo, en inversant le sens de marche du reddler d'évacuation du grain. A défaut, mais la solution est beaucoup plus risquée, le grain sera dirigé vers une cellule, ce qui permettra d'attaquer le feu à son origine. Pendant l'opération, il convient de créer le moins d'appel d'air possible. Ainsi, l'alimentation du séchoir en grain humide ne doit pas être interrompue. Pour les séchoirs neufs, une très bonne solution est de prévoir une possibilité de vidange rapide par ouverture de volets, le grain tombant dans une fosse, elle-même dotée d'une vidange. Quelques séchoirs commencent à être ainsi équipés : une vidange de 400 quintaux de tournesol en une minute et 40 secondes a été chronométrée à la coopérative d'anglure (51). La structure du séchoir doit alors être renforcée pour qu'il résiste à la vidange. Le personnel doit être efficace et donc formé à la sécurité incendie. Il faut que les pompiers aient été préalablement informés sur le fonctionnement des séchoirs, le plan des installations, les produits séchés. Ainsi, toutes les conditions seront réunies pour que leur intervention soit efficace. 16 D'après R. Burghart. R. L.