LA PAUVRETÉ CHEZ LES PERSONNES HANDICAPÉES Par Chantal Lavallée Parrainage civique des MRC d Acton et des Maskoutains Août 2010
Les personnes handicapées, tout comme les familles où elles vivent, sont fortement touchées par la pauvreté. Par rapport au reste de la population, leur revenu personnel est plus faible et elles sont plus susceptibles de vivre sous le seuil de faible revenu, surtout lorsqu il s agit de femmes. Certaines données indiquent également que leur situation, comparée à celle d autres Canadiens, se serait détériorée au cours des dernières années, les écarts entre les deux groupes continuant de se creuser. Les personnes handicapées et leur famille font donc toujours face à des obstacles réels en ce qui concerne leur sécurité financière. Cette condition de pauvreté affecte l ensemble de leur existence et compromet sérieusement leur participation sociale. Il est donc essentiel d agir contre cette pauvreté des personnes et de leur famille, pour qu elles aient accès, en toute équité, à un milieu favorable à leur santé, à leur épanouissement et à l exercice de leurs rôles sociaux. 1 QUELQUES CHIFFRES En 2001, le tiers (33 %) des personnes handicapées faisait partie d un ménage vivant sous le seuil de faible revenu comparativement à 17 % des autres citoyens et citoyennes. En effet, 63 % des femmes handicapées vivaient, en 2000, avec un revenu personnel total inférieur à 15 000 $, alors que pour les autres femmes, ce taux était de 49 %. Pour ce qui est des hommes handicapés, la proportion est de 43 %, comparativement à 30 % pour les autres hommes. Tout genre confondu, il apparaît que plus de la moitié des personnes handicapées âgées de 15 ans et plus (54 %) ont déclaré un revenu personnel inférieur à 15 000 $ pour l année 2000, comparativement à 40 % pour les autres personnes. 2 LE LOGEMENT En 2008, les Québécois consacraient en moyenne 17.6% de leur revenu à se loger selon un sondage effectué par la revue Affaires Plus. 3 Les personnes avec incapacité sont près de deux fois plus nombreuses que les personnes sans incapacité à consacrer 30 % et plus de leur revenu pour le domicile. 4 LES LOISIRS La pratique d activités de loisirs est un élément important à considérer dans le processus d intégration sociale des individus, notamment parce qu elle peut permettre à ces derniers d entrer en contact avec les autres, d accroître et de développer les interactions sociales. Longtemps considérés comme un luxe, les loisirs ont connu une certaine démocratisation quant à leur accès. Cependant, le revenu a un impact majeur sur la participation aux loisirs des
personnes avec incapacité. Les résultats de l Enquête québécoise sur les limitations d activité (EPLA) montrent que les personnes avec incapacité dont le revenu est élevé rapportent un plus haut taux de pratique d activités de loisirs. Le tiers des personnes avec incapacité (33 %) souhaiteraient avoir davantage d activités pour occuper leurs loisirs. Parmi ceux-ci, 45 % mentionnent les coûts trop élevés comme obstacle à leur participation à des activités de loisirs. 5 LE TRAVAIL En 2001 au Québec, 40 % des personnes avec incapacité en âge de travailler (15 à 64 ans) étaient actives sur le marché du travail (occupant un emploi ou au chômage) comparativement à 78 % des personnes sans incapacité du même âge. Près de 45 % des hommes avec incapacité sont actifs sur le marché du travail comparativement à 84 % des hommes sans incapacité du même âge. Chez les femmes avec incapacité, ce taux n est que de 36 % en comparaison d un taux de 71 % chez les femmes sans incapacité. Ainsi, en 2001 au Québec, le taux de chômage s établissait à 14 % chez les personnes avec incapacité, soit 1,4 fois plus élevé que celui observé chez les personnes sans incapacité (10 %). Le taux de chômage des hommes avec incapacité est, en proportion, plus élevé que celui observé chez les hommes sans incapacité (14 % c. 10 %). Il en est de même chez les femmes avec incapacité où le taux de chômage est de 13 % comparativement à 9 % chez les femmes sans incapacité. En 2001, 22 % des personnes avec incapacité au chômage disaient qu en raison de leur état, elles se sont vu refuser un emploi, 18 % ont été mis à pied, 11 % se sont fait refuser des cours de formation et 8 % se sont fait refuser une promotion dans les cinq années précédant l enquête. Les personnes avec incapacité sont proportionnellement plus nombreuses (34 %) à compter sur des transferts gouvernementaux (pension, assurance-emploi, etc.) comme principale source de revenus, soit près de trois fois plus que les personnes sans incapacité (12 %). 6 ACTIVITÉ DE LA VIE QUOTIDIENNE (AVQ) Nous parlons ici d activités variées telles que se nourrir, se laver, se déplacer, s habiller, faire le ménage, etc. En 2001, les trois quarts (75 %) des Québécois de 15 ans et plus avec incapacité déclaraient avoir besoin d aide dans la réalisation d au moins une des activités quotidiennes. Parmi les personnes ayant besoin d aide, 95 % recevaient effectivement de l aide. Cependant, près du tiers (30 %) des personnes ayant besoin d aide pour les AVQ avaient des besoins d aide non comblés, c est-à-dire qu elles ne recevaient pas l aide entière requise pour au moins une des AVQ. L aide pour réaliser les AVQ peut provenir de plusieurs sources. Toutefois, selon les données de l EPLA, l aide reçue pour les AVQ par les personnes avec incapacité est fournie principalement
par des membres de la famille : 39 % bénéficient de l aide des membres de leur famille vivant avec elles et 32 % reçoivent de l aide des membres de leur famille ne vivant pas avec elles. Les adultes avec incapacité avec un revenu familial sous le seuil de pauvreté ont davantage de besoins d aide non comblés pour les AVQ que ceux avec un revenu au-dessus de ce seuil. Les personnes avec incapacité ayant des besoins d aide non comblés ont identifié les principales raisons qui expliquent cette situation. La première, mentionnée par plus de la moitié de ces personnes (54 %), cible les coûts trop élevés de l aide requise. 7 C est d ailleurs ce qu observent les associations de personnes handicapées en regard à la politique de soutien à domicile du gouvernement du Québec. Comme le financement disponible n est pas indexé adéquatement, la possibilité de répondre aux besoins n est que partielle; les personnes obtiennent de moins en moins d heures de services, d autres s en font retirer, un très grand nombre doit contribuer financièrement pour en obtenir. 8 SE NOURRIR En 2003, 14 % des personnes avec incapacité n ont «souvent ou parfois» pas mangé des aliments de la qualité à cause d un manque d argent au cours des 12 derniers mois précédant l enquête. Cette proportion est près de 2 fois plus élevée que celle observée parmi la population sans incapacité. L insécurité alimentaire atteint son maximum au sein de la population avec incapacité âgée de 15 à 34 ans : parmi celle-ci, un peu plus de 1 personne sur 4 (26 %) s est retrouvée en situation d insécurité alimentaire au cours d une période de 12 mois. Il s agit d une proportion presque 2 fois plus élevée que celle observée parmi la population sans incapacité du même âge (14 %). Les femmes avec incapacité sont proportionnellement plus nombreuses que les hommes avec incapacité à avoir vécu une situation d insécurité alimentaire au cours d une période de 12 mois (22 % c. 16 %). 6 COÛTS SUPPLÉMENTAIRES Dépenses relatives aux soins de santé et aux services sociaux. Selon l EPLA, 19 % des personnes ayant des incapacités ont déclaré avoir eu des dépenses non remboursées relatives aux soins de santé et aux services sociaux. Le montant moyen des dépenses non remboursées par personne est estimé à 477,74 $. Remboursement des dépenses relatives aux médicaments Plus de la moitié des personnes ayant des incapacités (64 %) ont déclaré avoir eu des dépenses non remboursées relatives aux médicaments, pour un montant moyen de 537,44 $ par personne. 9
BIBLIOGRAPHIE 1. Gouvernement du Québec (2009). Politique A part entière : pour un véritable exercice du droit à l égalité. Québec, 70 p. 2. BERTHELOT, Mikaël, Jocelyne CAMIRAND et Rébecca TREMBLAY (2006). L incapacité et les limitations d activités au Québec, Un portrait statistique à partir des données de l Enquête sur la participation et les limitations d activités 2001 (EPLA), Québec, Institut de la statistique du Québec, 156 p. 3. Affaire plus (octobre 2008). Les Québécois, leur argent, leur carrière. 4. Office des personnes handicapées du Québec (2006). La participation sociale des personnes handicapées au Québec : principaux constats. 92 p. 5 Office des personnes handicapées du Québec (2006). La participation sociale des personnes handicapées au Québec : les loisirs. 62 p. 6. Office des personnes handicapées du Québec (2007). La participation sociale des personnes handicapées au Québec : le travail. 101 p. 7. Office des personnes handicapées du Québec (2007). La participation sociale des personnes handicapées au Québec : les activités de la vie quotidienne. 81 p. 8. AQRIPH (2010. )Chez soi : le premier choix? L intention en regard des faits. 9. Office des personnes handicapées du Québec (2008). Les coûts liés aux besoins particuliers des personnes ayant des incapacités. 104 p.