Association Tin Tua ------------------- Département Education de Base Service CBN BURKINA FASO -------------------- Unité Progrès Justice L expérience des centres Banma Nuara. Introduction L Association Tin Tua est une organisation non Gouvernementale basée dans la région Est du Burkina Faso qui signifie «développons nous, nous mêmes». Avant sa création en 1989, elle a été précédée par le programme d alphabétisation au Gulmu qui a démarré en 1986. Après sa création, il fallait penser à la relève car le premier bureau exécutif était composé en majorité de fonctionnaires en activité ou à la retraite. Il fallait faire de telle sorte qu un jour les dirigeants de cette organisation dont la création a été voulue par des paysans alphabétisés, puissent être choisis parmi les néoalphabétisés qui en manifesteraient non seulement le désir, mais aussi se montreraient capables d assurer cette direction. Pour ce faire, il fallait penser à la formation des ressources humaines, à la création d une sorte d école des cadres de l Association. La solution préconisée a été qu après l alphabétisation en langue nationale, les néo-alphabétisés puissent apprendre une langue de plus grande diffusion, en l occurrence le français, langue officielle et de communication internationale, mais aussi des affaires et véhicule interethnique dans un pays fortement multilingue. I- La méthode Pour la concrétisation de cette volonté, il fallait surmonter deux difficultés : - Il n existait pas une méthode d apprentissage du français pour adultes, adaptée au contexte socio- culturel des néo alphabétisés en gulimancema. - De plus les candidat (e) s à cette formation ne pourraient disposer que de 3 à 5 mois par année pour cet apprentissage. Or pour enseigner une langue seconde il faut combattre chez les apprenants d une manière générale et chez les adultes en particulier, des habitudes linguistiques déjà fortement ancrées qui sont celles de la langue première. Il faut vaincre des habitudes d audition et de phonation, voire remplacer des structures mentales déjà établies par de nouvelles habitudes pour anticiper et lutter efficacement contre le fameux problème des interférences. C est ainsi que la méthode a été conçue et élaborée en 1991 à Fada N Gourma par une équipe composée d un conseiller pédagogique, d un instituteur, de deux étudiants et de deux formateurs de jeunes agriculteurs (FJA) sous la direction du concepteur. 1
II. L expérimentation de la méthode Après l élaboration de la méthode en 1991, elle a été expérimentée en 1992 à Fada N Gourma Parmi les nombreux candidats qui voulaient apprendre le français, 40 personnes ont été retenues. Les 3 premiers mois d enseignement oral de la langue ont été un succès au delà de toutes les attentes. Ce succès est sans doute dû au fait que les apprenants étaient plongés dans un bain de langue (car on n entendait que le français pendant les leçons de langage) dans la mesure où le formateur ne parlait pas la langue d alphabétisation. Certes, l objectif premier pour l ouverture de ce centre était l apprentissage du français, mais la période de la formation a été mise à profit pour : Renforcer la maîtrise de l expression écrite de la langue d alphabétisation Renforcer les connaissances en mathématiques et gestion des unités économiques villageoises. Enseigner l histoire du Gulmu, du Burkina ainsi que la géographie en partant des observations concrètes. Enseigner l hygiène et les principes élémentaires de santé communautaire Enseigner en matière d agriculture, d élevage et d environnement ce qu un paysan leader doit connaître et pratiquer. Comprendre comment fonctionne l organisation politique administrative et judiciaire du pays. Connaître les principes d organisation et de fonctionnement démocratique des groupements et associations Les enseignements autres que le français ont été assurés par des personnes ressources des services déconcentrés de l Etat. Après la deuxième année de formation qui a duré 5 mois, les évaluateurs de l IPB ont crédité l ensemble de la classe du niveau de cours élémentaire 2 e année. Ces résultats nous ont poussé à chercher à vérifier deux choses : Faire administrer des cours de niveau CM1 et CM2 à quelques uns des meilleurs pour voir s ils réussiront au CEP. Recruter une autre promotion et lui assurer trois sessions de 5 mois de formation. En effet sur les 4 de la 1 ère promotion qui se sont présentés au CEP, 3 furent admis en 1995 et le 4 e en 1996. 2
La promotion test recrutée en 1994 a été présentée au CEP en 1997 et sur les 16 présentés il y avait 12 admis. Vu ces résultats encourageant, l Association a envisagé l ouverture de plusieurs centres et d étendre l expérimentation aux enfants d âge scolaire (6 à 8 ans) III. L ouverture des centres Banma Nuara (caractéristiques, contenu des programmes et performances des élèves ) Aujourd hui, nous distinguons 3 types de centres Banma Nuara (CBN). Banma Nuara signifie «la connaissance éveille, émancipe.» - Les Centres Banma Nuara 1 (CBN1) pour les enfants d âge scolaire et qui correspondent aux écoles satellites au niveau de l Etat - Les Centres Banma Nuara 2 (CBN2) Adultes qui accueillent des néoalphabétisés dont l âge varie entre 16 et 30 ans - Les Centres Banma Nuara 2 jeunes (CBN2 jeunes) qui accueillent des adolescents (e) s déclarés alphabétisés dont l âge est compris entre 10 et 15 ans. L ouverture de cette 3 e catégorie de CBN a été motivée par le fait qu il existe des jeunes de cette tranche d âge qui ne sont pas pris en compte par le système formel, qui se sont inscrits dans les centres d alphabétisation et qui sont déclarés alphabétisés. A) Les centres Banma Nuara 1 (CBN1) Le programme des CBN 1 s étale sur 5 ans à raison de huit (8) mois par session soit de novembre à juin. 1 ère année - L alphabétisation en langue nationale (lecture, écriture) - Le français purement oral (langage avec un support audio-visuel) - Les exercices sensoriels en langue nationale - L éducation morale et civique en langue nationale - Les activités pratiques de production - Les mathématiques en langue nationale 2 e année - Le français oral (langage avec un support audio-visuel) - Le français écrit : lecture et écriture en s appuyant sur les acquis de l alphabétisation - L enseignement de la grammaire- conjugaison- orthographe en français - Le renforcement des acquis de l alphabétisation en langue nationale - Les mathématiques en langue nationale - L enseignement de l éducation morale et civique - L enseignement des exercices sensoriels - Les activités pratiques de production (langue nationale et français) 3
3 e année - Toutes les disciplines inscrites au programme des écoles classiques au CE1 et au CE2 en français - Lecture, production et exploitation de textes en langue nationale - Les travaux pratiques de production en langue nationale et en français 4 e année - Toutes les disciplines inscrites au programme des écoles classiques au CM 1 en français - Lecture, production et exploitation de textes dans la langue nationale d alphabétisation - Les travaux pratiques de production en langue nationale et en français 5 e année - Programme du CM2 des écoles primaires - Lecture, production et exploitation de textes dans la langue d alphabétisation - Les travaux pratiques de production en langue nationale et en français La langue nationale d alphabétisation en 1 ère et en 2 e année est utilisée comme matière et langue d enseignement. A partir de la 3 e année intervient le transfert et le français prend le relais de la langue nationale comme matière et langue d enseignement. La langue nationale est maintenue comme matière d enseignement. Donc, le bilinguisme utilisé dans les CBN est un bilinguisme additif. 4
B) Les centres Banma Nuara 2 (CBN2) (jeunes et adultes) Les CBN2 ont un programme qui s étale sur quatre (4) ans à raison de cinq (5) mois par session soit de janvier à mai. 1 ère année - Le français oral (langage avec un support audio-visuel) - Les mathématiques en langue nationale (programme CM) - Le renforcement des acquis de l alphabétisation (lecture et exploitation de texte, gestion) - Les disciplines d éveil en langue nationale (Histoire, géographie, sciences de la vie et de la terre) - L apprentissage des métiers (la mécanique des 2 roues, le tissage, la couture, la coiffure, fabrication artisanale du savon, la teinture, l art culinaire ) - L intervention des services techniques (santé, action sociale, agriculture, élevage, environnement) - L intervention de l administration (la préfecture, la police, la douane, la gendarmerie) 2 e année - Le français oral (langage avec support audio-visuel) - La lecture/écriture en français (en s appuyant sur les acquis de l alphabétisation) - L enseignement de la grammaire- conjugaison- orthographe en français - La lecture, production et l exploitation de textes en langue nationale - Gestion en langue nationale - Les disciplines d éveil en langue nationale - Le calcul programme CM en langue nationale - L intervention des services techniques et administratifs - L apprentissage des métiers 3 e année - Toutes les disciplines inscrites au programme CM 1 des écoles classiques en français - La lecture, production et l exploitation de textes en langue nationale - L intervention des services techniques et administratifs - L apprentissage des métiers 4 e année - Toutes les disciplines inscrites au programme CM 2 des écoles classiques en français - La lecture, production et l exploitation de textes en langue nationale - L apprentissage des métiers - L intervention des services techniques et administratifs Pour l exécution des programmes dans les CBN Tin Tua utilise les documents conçus par elle même ou simplement les documents utilisés dans les écoles primaires classiques à partir de la troisième année. 5
NB : il faut noter qu en plus de ce programme, chaque centre mène des activités culturelles et sportives. Pour cette campagne 2003-2004 Tin Tua a ouvert 9 CBN1 avec 20 classes, 7 CBN2 jeunes, 25 CBN2 adultes. C) Performances des élèves des Centres Banma Nuara (CBN) En dehors des évaluations comparées des performances des élèves des différentes classes de plusieurs types d écoles, ce sont les résultats aux examens de fin de cycle primaire qui servent pour le moment de référence pour juger de la qualité d un système d enseignement de base. C est pour cette raison que nous donnons ci-après les résultats aux Certificat d Etudes Primaires de 1999 à 2003. Résultats au CEP dans les CBN ( 1999 à 2004 ) Année Inscrits Présentés Admis Pourcentage H F T H F T H F T 1998-1999 10 10 20 10 10 20 10 10 20 100% 1999-2000 58 42 100 54 39 93 30 12 42 45,16% 2000-2001 40 25 65 34 25 59 24 13 37 62,71% 2001-2002 72 27 99 72 27 99 66 15 81 81,81% 2002-2003 232 147 379 197 129 326 170 87 257 78,83% 2003-2004 30 36 66 28 33 61 20 24 44 72,13% Les meilleurs élèves admis au CEP à la session 2003 au niveau de tout le Burkina vient de Kodjoani (CBN1 de Tin Tua). Quand à la province de la Tapoa, le 1 er de toute la province vient du CBN2 jeunes de Kantchari. Les sortants des CBN 1 et CBN2 jeunes sont inscrits dans les lycées et collèges et généralement sont les meilleurs. -Exemples concrets : Yonli Dialenli Jean Paul inscrit en 5 e au centre de Formation Professionnel de Fada (CFP), a obtenu 15,60 de moyenne ; il a reçu le meilleur prix de sa classe, le meilleur prix de son cycle, le meilleur prix de son établissement. Parmi les 3 meilleurs élèves récompensés au CEG de Bilanga cette année, 2 sont des sortants CBN. Parmi les premiers sortants inscrits au collège, 6 se sont présentés au BEPC en 2004 et 4 sont admis dont une fille (les deux ont échoué après le 2 e tours) Au Lycée Provincial de Bogandé, en 6 e les 3 premiers sont des sortants CBN dont les moyennes annuelles sont respectivement de18, 92 ; 18,42 ; 17,66 6
Au CEG de Manni, le 1 er de la classe de 6 e est un sortant CBN avec 15,95 de moyenne Au CEG de Piéla, le 1 er de la classe de 5 e est un sortant CBN avec 17,12 de moyenne Au Lycée privé de Diapaga, le 1 er et le 3 e de la classe de 6 e sont des sortants CBN avec respectivement 17,32 et 15,35 de moyenne Etc. Parmi les sortants CBN2 certains sont des employés de Tin Tua dans les diema (union de groupement) et au niveau siège : animateur, secrétaire comptable, gérante de cybercafé, opératrice de saisies et même des responsables de service et qui également s inscrivent parallèlement en cours du soir pour améliorer leur niveau. Parmi eux, il y a une secrétaire qui a obtenu le BEPC en 2003 à travers les cours du soir. D autres ont opté d exercer des métiers. Parmi eux, il y a des tailleurs, des menuisiers, des tisseuses, des coiffeuses, des mécaniciens auto Certains aussi ont monté des projets et sont des responsables d association Exemples : Lankoandé Jacilo de Bilanga et Lompo Yacouba André de Partiaga Pour les sortants CBN2 jeunes qui ont dépassé l âge d aller au collège, Tin Tua a ouvert un centre agricole en Février 2004 où les apprenants sont entrain de se spécialiser en agriculture, élevage, artisanat utile.. III. La contribution de la population à la formation dans les CBN Pour l organisation des formations dans les CBN, la communauté est fortement impliquée. Cette implication se traduit par : Le recrutement des apprenants La contribution à l implantation des centres (agrégats, main d œuvre non qualifié, main d œuvre qualifiée pour l implantation des CBN2) L hébergement des formateurs La contribution à la restauration des formateurs La participation à l identification des contenus des formations L intervention pour dispenser certains cours comme l histoire du milieu, l apprentissage des métiers aux apprenants La participation à la formation des apprenants aux activités culturelles (danse traditionnelle, chant traditionnel) Le suivi des centres par des comités de gestion La contribution financière des apprenants à leur formation La prise en charge des fournitures par les apprenants dans les CBN2 7
La mise en place des cantines par la communauté IV. L espace d intervention Les centres Banma Nuara sont ouverts dans 4 provinces de la région Est par Tin Tua : Gourma, Tapoa, Gnagna, Komondiari En plus de cela, d autres structures s intéressent à la méthode tant au niveau du Burkina que des pays voisins : Burkina : COOPAKE (Kénédougou), U D O (Kénédougou), Association Kollesmen (Seno), Association Songtaaba (Kouritenga), Association Namalg Yoba Dapélogo (Kouritenga), ASUDEC (Bougouriba), Association des femmes de Zabré (AFZ) (Boulgou), Association Ton Niangologo (Comoé), ASES (yatenga), Programme de Post Alphabétisation de la Sissili (Sissili / Ziro), ARFA (Gourma), Voisins Mondiaux (Gnagna), OCADES (Gourma), le PERCOMM (dans 8 provinces ), AAP ( Dano), UGVA Arbinda, Association Andal et Pinnal, Les différentes langues d alphabétisation de ces apprenants sont le jula, le fulfuldé, le mooré, le Dagara, le Bissa, le Nouni, le Gulmancema. La même méthode est utilisée dans les écoles satellites ouverts par l Etat burkinabé, Au niveau des pays voisins, certaines structures s intéressent à la méthode : AFASA (Togo), PADIC Boukoumbé (Bénin), PADIC Matéry (Bénin), PADIC Cobly (Bénin), Jura Afrique (Bénin), ONG Potalmen (Benin), Mission Catholique de Makalondi (Niger), RAFIA (Togo) 8