- MAYOTTEObservatoire des Mammifères Marins Bilan d activité Juillet 2004 Août 2005 Novembre 2005
- MAYOTTE- Observatoire des Mammifères Marins Bilan d activité Juillet 2004 Août 2005 Auteurs : Jeremy KISZKA : Chargé de mission pour l Observatoire des Mammifères Marins (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage & Direction de l Agriculture et de la Forêt) Alban JAMON : Chargé de mission environnement marin (Service Environnement, Direction de l Agriculture et de la Forêt) Robin ROLLAND : Chef du Service Environnement (Direction de l Agriculture et de la Forêt) Franck CHARLIER : Chef du Service Départemental de l Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage & Chef de la Brigade Nature de Mayotte Avec la collaboration de : Ismaël OUSSENI & Kamal SOUDJOUDANE : Brigade Nature de Mayotte (DAF-ONCFS) Didier FRAY : Agent en logistique pour les Services Environnement et des Pêches et de l Aquaculture (DAF) Peter ERSTS : Chargé de mission à l American Museum of Natural History, New York Pr. Vincent RIDOUX : Professeur à l Université de la Rochelle (Laboratoire de Biologie et Environnements Marins) et Directeur du Centre de Recherche sur les Mammifères Marins de la Rochelle. Conseiller scientifique de l OMM. Suggestion de citation : KISZKA, J., JAMON, A., ROLLAND, R. & CHARLIER, F., 2005. Mayotte : Observatoire des Mammifères Marins. Bilan d activité (juillet 2004 août 2005). Rapport de l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte (Direction de l Agriculture et de la Forêt & Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). 41 pp + Annexes. 2
Sommaire I- L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte 1-1 Objectifs généraux 6 1-2 Moyens et actualité 7 1-3 Evolution Bilan 7 II- Connaissance écologique des mammifères marins 2-1 Introduction 9 2-2 Distribution et statut des cétacés dans le lagon de Mayotte et sa proche périphérie 10 2.2.1 Données d observation opportunistes 10 2.2.2 Collaboration avec les opérateurs écotouristiques 12 2.2.3 Campagne hivernale OMM 2004 : synopsis 14 2.2.4 Campagne estivale OMM 2004-2005 : synopsis 18 2.2.5 Observations à l échelle régionale 21 2-3 Statut de la population hivernante de baleines à bosse 21 2.3.1 Mission 2004 : objectifs et résultats 21 2.3.2 Bilan global de la mission 22 2.3.3 Observations focales sur les baleines à bosse 23 2.3.4 Observations depuis la terre 23 2.3.5 Collecte de données photographiques et génétiques 24 2.3.6 Eléments de conclusion 25 2-4 Bases écologiques de la conservation du dugong 26 2.4.1 Objectifs et méthodologie 26 2.4.2 Résultats de la première campagne 27 2-5 La pratique des biopsies sur les cétacés : un outil de connaissance particulier 29 2-6 Autres actions 30 2.6.1 Contribution au lancement de l inventaire ZNIEFF 30 2.6.2 Conservation des mammifères marins et Aires Marines Protégées (AMP) 31 2.6.3 L OMM et son intégration dans la connaissance du patrimoine naturel de Mayotte 32 2.6.4 Evaluation des deux arrêtés relatifs à la conservation des mammifères marins à Mayotte 32 3
III- Communication - Sensibilisation 3-1 Conférences publiques et manifestations 33 3.1.1 Conférences au Conseil Général de Mayotte 33 3.1.2 Participation aux fêtes de la Science et aux Journées de l Environnement 34 3.1.3 Participation à des congrès internationaux 34 3-2 Outils pédagogiques 35 3.2.1 Plaquette d information sur la réglementation d approche des mammifères marins 35 3.2.2 Mise en place d une lettre d information électronique (Newsletter) 36 3.2.3 Projet de site Internet 36 3-3 Communication à la presse et aux médias 36 IV- Actions pour la conservation des espèces 4.1 Mise en place de l arrêté n 60/DAF relatif à la réglementation d approche des mammifères marins dans les eaux de Mayotte 37 4.2 Mise en place de l arrêté n 106/04/AM du 28 juillet 2004 relatif aux véhicules nautiques à moteur (VNM) 37 4.3 Evaluation préliminaire de ces deux arrêtés 38 Conclusion et perspectives générales 39 Références bibliographiques 40 4
Annexes 1- Convention entre la DAF et l ONCFS dans le cadre de l OMM 2- (1) Convention entre la DAF, l ONCFS et l Université de la Rochelle (2) Bilan de la mission de Pr. Vincent RIDOUX à Mayotte, janvier 2005 3- Liste du matériel de l OMM 4- Evaluation des actions réalisées par l OMM 5- Photo-identification des baleines à bosse, grands dauphins et dauphins à bosse à Mayotte (Juillet-Octobre 2004) 6- Présentation effectuée au congrès de l European Cetacean Society, La Rochelle, avril 2005 7- Résumé de la présentation au congrès de la Biennal Conference on the Biology of Marine Mammals, San Diego, décembre 2005 8- Arrêté relatif à la réglementation d approche des mammifères marins à Mayotte (AP n 60/DAF du 28 juillet 2004) 9- Note de synthèse sur l évaluation préliminaire des arrêtés préfectoraux contribuant à la conservation des mammifères marins à Mayotte 10- Posters présentés aux fêtes de la Science 11- Poster présenté aux Journées de l Environnement 12- Plaquette sur la réglementation de l approche des mammifères marins 13- Premier numéro de Lambwara, newsletter de l OMM 14- Revue de presse 15- Publication sur le dugong réalisée par l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte et l association Megaptera 5
I- L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte 1-1 Objectifs généraux L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte (OMM) a été créé en 1997 dans le cadre du programme de «protection et mise en valeur d espaces naturels d intérêts écologiques majeurs» du Fonds Français pour l Environnement Mondial (FFEM). Ce programme a également initié l Observatoire des Récifs Coralliens (ORC) et l Observatoire des Tortues Marines (OTM). Depuis 1998, un suivi des populations de mammifères marins fréquentant les eaux de Mayotte est réalisé par l OMM, complété par des missions d appui scientifique. La figure 1 présente l organigramme de l OMM. Coordination administrative et scientifique Direction de l Agriculture et de la Forêt Convention Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage Soutien financier Ministère de l Ecologie et du Développement Durable OMM Soutien financier Collectivité Départementale de Mayotte Usagers du lagon et professionnels de l écotourisme Partenaires divers Communauté scientifique Réseau associatif Figure 1 : Organigramme de l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte. L OMM assure la centralisation des observations réalisées, l analyse des données et la diffusion de ces résultats à différents niveaux (médias, articles de vulgarisation scientifique, rapports et publications scientifiques). Les principales missions actuellement conduites par l OMM sont : - L inventaire taxonomique des espèces rencontrées dans les eaux de Mayotte, - Le suivi de la répartition spatio-temporelle, de l habitat préférentiel et des activités diurnes des baleines à bosse, - L intégration de Mayotte dans un réseau international d étude des baleines à bosse (ISACH 1 ) notamment au travers de l actuelle coopération scientifique avec l American Museum of Natural History (New York), 1 ISACH : Indo-South Atlantic Consortium on Humpback Whales 6
- L étude de l écologie des petits cétacés (distribution spatio-temporelle, habitat préférentiel, écologie alimentaire, impact des activités humaines) et leur utilisation en tant que bio-indicateur de l état de santé du milieu marin à travers différentes investigations (étude des polluants, impact de la pêche ), - La contribution à la mise en place de réglementations relatives aux mammifères marins, - Le développement et le soutien d actions de sensibilisation et d information (conférences, médias, vulgarisation scientifique, création et diffusion de la réglementation d approche des mammifères marins). 1-2 Moyens et actualité Comme le traduit l organigramme (Figure 1), qui présente la structure et les principaux acteurs de cet observatoire thématique, l OMM est une structure souple et capable d évoluer de manière permanente. La convention établie entre la DAF et l ONCFS, renouvelée le 30 mai 2005 (Annexe 1) en constitue néanmoins le cadre principal. Une convention établie entre la DAF, l ONCFS et l Université de la Rochelle (datant du 31 mai 2005) précise l encadrement scientifique de l OMM (Annexe 2.1). Un compte rendu de visite de la première mission de Pr. Vincent RIDOUX est placé en Annexe 2.2. D un point de vue financier, outre les agents de l ONCFS et de la DAF et les frais de fonctionnement habituels, l observatoire est principalement soutenu par les crédits alloués par le Ministère de l Ecologie et du Développement Durable (MEDD) et par la Collectivité Départementale de Mayotte (CDM). Ces moyens financiers sont mis en œuvre sous forme de subventions (principalement allouées à l ONCFS) ou de commandes directes de la DAF auprès de partenaires ou prestataires divers. A titre d illustration, le tableau ci-dessous présente les principaux engagements financiers réalisés en 2004 et 2005 par l OMM. Tableau 1 : Récapitulatif des principales actions entreprises par l OMM et de leur coût pour les années 2004 et 2005. Objectif Partenaire/ Prestataire Montant () Gestion Source 2004 2005 -Etude dugong -Dauphins côtiers -Baleines à bosse -Dauphins pélagiques -Matériel divers -Communication - Plaquette com. - Etude dugong - OMM-divers - Espèces résidentes - Sensibilisation Mayotte ULM Opérateurs AMNH ONCFS Archipel ONCFS ONCFS Opérateurs Vice-rectorat 3000 16 300 28 100 1960 25 394 19 686 8 000 15 000 DAF-SE DAF-SE MEDD MEDD MEDD MEDD CDM MEDD MEDD MEDD/CDM Les moyens et matériels dédiés à l OMM sont listés pour information en Annexe 3. 1-3 Evolution - Bilan Le dernier bilan d activité de l OMM (Wickel et al., 2004) dressait un bilan des actions réalisées durant les six premières années d existence de l OMM et proposait plusieurs axes 7
d évolution. Un projet de réorganisation et un plan d actions décliné en 4 grands volets et 24 actions principales étaient ainsi développés : Connaissance : 11 actions Conservation : 3 actions Communication : 3 actions Fonctionnement OMM : 7 actions L évaluation de ce plan d actions est présenté en Annexe 4. On retiendra que 16 actions au total ont été finalisées et qu une n a été réalisée que partiellement, 6 autres sont en cours de réalisation et 1 doit être considérée comme non réalisée. Certaines actions n avaient pas été programmées mais ont toutefois été effectuées ou sont en cours de réalisation. C est notamment le cas pour la collecte d échantillons de mammifères marins par biopsies (pour des études génétiques, immunologiques, toxicologiques et écologiques) et l acquisition de matériel acoustique qui permet d enregistrer les émissions sonores des mammifères marins. Plusieurs partenariats ont été développés par l OMM en 2004 et 2005, dont un nouveau avec l Université de la Rochelle. L association «Megaptera», dédiée à l observation, la connaissance et la protection des mammifères marins n a pas été partenaire de l OMM entre 2004 et 2005 en raison de programmes non partagés. Il conviendra de développer de nouvelles actions avec cette structure, notamment dans le domaine de la sensibilisation du public (en particulier avec les scolaires). A noter toutefois qu une conférence sur les baleines à bosse, organisée par l association des Naturalistes de Mayotte le vendredi 16 septembre 2005 a permis d associer l OMM et Megaptera. En effet, cette conférence à été co-présentée par deux membres de l association, en particulier sur la présentation de la baleine à bosse, et par le chargé de mission de l OMM, présentant les actions et résultats de recherche sur cette espèce à Mayotte. 8
II- Connaissance écologique des mammifères marins 2.1 Introduction Peu de connaissances fondamentales sur les mammifères marins ont réellement été acquises à Mayotte sur le statut de leurs populations. Le volet «connaissance» apparaît encore prioritaire, notamment pour motiver et justifier au mieux les mesures de gestion et de conservation. Entre juillet 2004 et août 2005, plusieurs programmes d études ont ainsi été développés par l OMM, permettant d apporter une contribution aux questions scientifiques précises comme : 1- Quelle est la diversité d espèces de mammifères marins à Mayotte? 2- Quelle est l abondance des principales espèces? 3- Comment se répartissent les différentes espèces sur le plan spatial et temporel? 4- Quels sont les habitats que les différentes espèces occupent préférentiellement? 5- Quelles sont les activités des mammifères marins, en relation avec le type d environnement qu ils fréquentent? 6- Quelles sont les menaces susceptibles d affecter les populations résidentes ou migratrices? Ces informations sont en effet considérées comme fondamentales et préalables à toute action dans l étude de populations. Elles permettent de mettre en place des programmes plus ciblés et répondant plus précisément à certaines attentes du scientifique et du gestionnaire. Des données acoustiques ont également été collectées pour analyses ultérieures. Des biopsies ont été effectuées sur différentes espèces pour des analyses génétiques, écotoxicologiques, immunologiques et écologiques. La constitution d une telle base de données permettra, notamment, d engager des programmes d études appliqués faisant appel à des techniques plus élaborées. L OMM a organisé quatre campagnes complémentaires en 2004 et 2005 : 1- Distribution, diversité et abondance relative des cétacés dans les eaux de Mayotte durant l hiver austral, avec une attention toute particulière sur la baleine à bosse ; 2- Utilisation de l espace lagonaire et activités diurnes des couples femelle-petit de baleines à bosse : implications pour la gestion de l écotourisme baleinier ; 3- Diversité, utilisation de l espace, abondance et activités diurnes des delphinidés (et leurs variations saisonnières) fréquentant le lagon de Mayotte et sa proche périphérie ; 4- Distribution et abondance du dugong dans le lagon de Mayotte. La seconde campagne se déroule sur deux années (2004 et 2005). Les résultats préliminaires sont présentés au chapitre «Statut de la population hivernante de baleines à bosse». Les données collectées n ont pas été suffisantes pour répondre en totalité aux questions scientifiques initiales. Les objectifs et les premiers résultats sont présentés dans le présent rapport. Quelques perspectives et recommandations sont également proposées. 9
2.2 Distribution et statut des cétacés dans le lagon de Mayotte et sa proche périphérie 2.2.1 Données d observation opportunistes L OMM recueille régulièrement des données dites «opportunistes» de la part des usagers du lagon. Ces données ne peuvent être utilisées pour répondre à certaines questions scientifiques du fait qu elles ne sont pas collectées par des spécialistes et qu elles ne sont pas associées à un effort d observation permettant de pondérer l effort de recherche et le nombre d observations/individus observés (ceci permettant de calculer des indices d occurrence/d abondance relative). Ceci interdit l analyse approfondie de l habitat, de l abondance relative et de la distribution spatio-temporelle des espèces. Toutefois, ces données permettent de poursuivre l inventaire des mammifères marins et d apprécier, au moins de manière qualitative, les caractéristiques générales du peuplement. La collecte de telles données permet également d impliquer la société civile (usagers du lagon, professionnels de la mer, associations) dans les actions de l OMM. La collecte d observations opportunistes constitue pourtant la base de données principale de l OMM entre 1997 et 2003, car les campagnes d observation spécialement dédiées sont restées très ponctuelles durant cette période. Depuis juillet 2004, ce mode de collecte de données n a pas été privilégié, sauf pour des observations d espèces moins courantes réalisées par des observateurs confirmés. Ces observations (collectées par 7 correspondants) sont présentées à la figure 2, avec un total de 45 observations. La répartition spécifique est la suivante : 12 observations de dugongs (Dugong dugon), 8 de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae), 3 de dauphins à long bec (Stenella longirostris), 3 de dauphins à bosse (Sousa plumbea), 3 de dauphins de Risso (Grampus griseus), 2 de grands dauphins du large (Tursiops truncatus), 2 de grands dauphins de l Indo-Pacifique (Tursiops aduncus), 2 de péponocéphales (Peponocephala electra), 2 de globicéphales tropicaux (Globicephala macrorhynchus), 2 d orques (Orcinus orca), 2 de cachalots (Physeter macrocephalus), 1 d orque pygmée (Feresa attenuata), 1 de cachalot nain (Kogia simus), 1 de dauphins de Fraser (Lagenodelphis hosei) et 1 d un probable mésoplodon japonais (Mesoplodon ginkgodens). La diversité des espèces signalées est à souligner et la récolte de ces données «opportunistes» mérite d être poursuivie et exploitée. Même si ces données ne peuvent être employées pour étudier la distribution spatiotemporelle ou encore l habitat des espèces, elles contribuent à la connaissance de la diversité du peuplement. Toutefois, les contributions quantitatives de chaque espèce (n observations) ne reflètent probablement pas la composition du peuplement de mammifères marins de Mayotte. En terme de nouvelles espèces, les observations opportunistes permettent d ajouter trois espèces à la liste publiée en 2004 (Wickel et al., 2004). Il s agit en particulier du cachalot nain (un individu solitaire), de l orque pygmée (groupe de quatre individus) et du mésoplodon japonais (un individu solitaire). Pour cette dernière, la confirmation n est pas établie, en l absence de clichés de qualité. Il pourrait s agir de la première observation d un individu vivant dans l océan Indien (un échouage confirmé au Sri Lanka et probablement une capture dans le même secteur ; repris par Sathasivam, 2004). De manière anecdotique, on peut également souligner la capture intentionnelle probable d un dugong dans les eaux de Petite Terre en juillet 2004, dont la viande a apparemment été vendue sur le marché de Mamoudzou. Enfin, deux delphinidés indéterminés ont été retrouvés échoués en Petite Terre. L un s est échoué sur la plage de Moya (probablement un dauphin à long bec) et l autre a été retrouvé flottant près du quai de Dzaoudzi (individu d environ 80 cm, probablement un nouveau-né de petit delphinidé). En juillet 2005, un dauphin à long bec adulte de 150 cm a été retrouvé mort dans la mangrove de Mangajou (commune de Sada, ouest). Des échantillons de graisse, de muscle, de foie, de rein et des 10
dents ont été prélevés et congelés. Le 9 août 2005, un jeune péponocéphale de 160 cm s est échoué vivant sur la plage d Acoua, dans le nord de l île. Après une prise en charge par l OMM et la Brigade Nature, l animal est mort quelques heures après l échouage. L individu était très émacié et présentait des signes d emphysème alvéolaire (Jauniaux, com. pers.). Des prélèvements divers ont été collectés et l ensemble du squelette a été conservé. Enfin, un autre dauphin à long bec dans un mauvais état de conservation a été retrouvé à proximité de la mangrove de Tsingoni. Une autopsie sommaire a été réalisée mais n a révélée aucune lésion significative. Quelques prélèvements pour analyses biologiques ont été réalisés. Figure 2 : Distribution spatiale des observations opportunistes de mammifères marins dans les eaux de Mayotte entre juillet 2004 et août 2005. Légende : Dugong Dauphin à long bec Baleine à bosse Péponocéphale Grand dauphin de l Indo-Pacifique Orque 5 2 Dauphin à bosse 2 Dauphin de Risso Globicéphale tropical Orque pygmée Cachalot Cachalot nain Dauphin de Fraser Grand dauphin océanique Jeremy KISZKA Matthias DEUSS Figure 3 : Orques pygmées (gauche) observés lors d une sortie non spécifique et cachalot immature (droite) signalé par des plaisanciers. 11
2.2.2 Collaboration avec les opérateurs écotouristiques Plusieurs opérateurs écotouristiques proposent, toute l année, des sorties en mer pour l observation des mammifères marins. Durant l hiver austral, le principal attrait est la baleine à bosse mais tout au long de l année, les sorties se focalisent sur l observation des dauphins (essentiellement les grands dauphins, les dauphins à long bec et tachetés). Etant donné l effort d observation important qui est exercé dans ce cadre sur une grande partie du lagon et sa périphérie (dû à la rapidité de leurs embarcations, Figure 4), des conventions financières établies entre la DAF (crédit MEDD) et deux d entres eux (Mayotte Découverte et Sea Blue Safari) ont été signées pour répondre à trois objectifs : a. Améliorer la connaissance sur la diversité des espèces dans les eaux de Mayotte ; b. Connaître plus précisément la distribution spatio-temporelle des espèces en relation avec leur environnement ; c. Sensibiliser les opérateurs à l intérêt des travaux de recherche et les impliquer dans la vie de l OMM de manière opérationnelle. Jeremy KISZKA, OMM Yannick STEPHAN, Mayotte Découverte Figure 4 : Embarcations utilisées par les opérateurs écotouristiques durant le programme de collecte de données. Des GPS (modèle Garmin Geko 201) ont été fournis aux opérateurs, permettant de positionner les observations de mammifères marins et de renseigner l effort d observation (Figure 5). Ce dernier est quantifié grâce au paramétrage d une trace (un point GPS pris automatiquement toutes les 5 secondes). Toutes les informations ont été intégrées dans une base de données et les traces ont été stockées sous le logiciel Expert GPS. Figure 5 : GPS Gecko Garmin 201 utilisés par l OMM et fournis aux opérateurs dans le cadre du programme (2004-2005). 12
La figure 6 présente des exemples de parcours (en particulier en phase d effort d observation) effectués par les opérateurs, qu il s agisse de Mayotte Découverte ou de Sea Blue Safari. Ils permettent de constater que ces opérateurs fréquentent de manière aléatoire le lagon de manière à trouver des mammifères marins. Les parcours étaient aussi bien effectués dans le nord, l est que dans le sud de l île, à l intérieur comme à l extérieur du lagon. Aucune prospection n a été effectuée dans l ouest, ce secteur étant très éloigné du port d attache de Mamoudzou. Figure 6 : Exemples de parcours effectués par les opérateurs écotouristiques dans le cadre des sorties non spécifiques. 214 données d observations ont été collectées par les deux opérateurs : baleine à bosse (34%), delphinidés du genre Stenella (48%) et dauphins côtiers des genres Tursiops et plus minoritairement Sousa. Douze espèces de mammifères marins ont été recensées au total, dont certaines espèces assez rares comme le grand cachalot, le cachalot nain ou encore le dauphin de Risso. La collecte de ces données a donc permis de poursuivre l inventaire des mammifères marins à Mayotte et d affiner les informations sur la distribution et la fréquence de rencontre de plusieurs espèces. Toutefois, la priorité des opérateurs, à savoir la clientèle embarquée sur les navires, a régulièrement occulté la collecte des données. En effet, à plusieurs reprises, des fiches de données étaient incomplètes et les GPS mal paramétrés pour collecter les données d effort d observation. Cette opération est donc recommandable pour collecter des données préliminaires sur un site d étude (diversité, distribution et fréquences de rencontre/abondance relative). La poursuite éventuelle de ce programme nécessitera, le cas échéant, le respect plus rigoureux d un certain nombre de paramètres. Quoiqu il en soit, ce type de programme permet d entreprendre des échanges réguliers avec des professionnels de la mer et d assurer la fonction d observatoire en impliquant la société civile. Parallèlement, l OMM a collaboré avec les deux mêmes opérateurs pour effectuer des sorties spécifiques sur les mammifères marins. En effet, 20 sorties en mer ont été commandées auprès des deux opérateurs (soit un total de 40 sorties). Ces sorties consistaient à louer l embarcation des opérateurs avec leur pilote pour effectuer des campagnes spécifiques sur les dauphins côtiers, soulageant ainsi la mobilisation des pilotes et moyens nautiques en régie. Ces sorties se sont déroulées de novembre 2004 à juillet 2005 et consistaient en des prospections à l intérieur ou à l extérieur du lagon pour effectuer un suivi des populations de dauphins (essentiellement sur le grand dauphin et le dauphin à long bec). Les résultats de ce programme se cumulent avec les sorties en mer effectuées en régie par l OMM avec l embarcation Electra de l ONCFS dans le cadre du programme d étude des dauphins, présenté dans la partie 2.2.4 du présent rapport. 13
2.2.3 Campagne hivernale OMM 2004 : synopsis Outre les campagnes d études sur les couples femelle-petit de baleines à bosse avec l American Museum of Natural History, l OMM a entrepris de juillet à octobre 2004 l étude hivernale de la distribution, de l abondance relative et de la diversité des mammifères marins. Parallèlement, la photo-identification, permettant d étudier le degré de fidélité au site par les individus de certaines espèces et leur abondance, à été largement employée. Une base de donnée importante d identification individuelle a été créée pour les baleines à bosse et intégrée au réseau ISACH. Par ailleurs, les identifications individuelles des grands dauphins de lagon et des dauphins à bosse ont été largement collectées (Figure 7, Annexe 5). Figure 7 : Photographies de nageoires dorsales de grand dauphin de l Indo-Pacifique (gauche) et de dauphin à bosse (droite) (hiver austral 2004). 18 sorties en mer ont été effectuées entre juillet et octobre 2004, à cumuler aux 18 sorties effectuées dans le cadre du programme d étude des couples femelle-baleineau, réalisées en partenariat avec l AMNH. Plus de 54 heures ont ainsi été passées à explorer les eaux intérieures du lagon et les zones au delà du récif barrière. L effort d observation a uniquement été exercé dans des conditions de mer et de visibilité convenables (< 3 Beaufort). 109 observations de mammifères marins appartenant à 10 espèces différentes ont été réalisées, dont le dauphin à long bec (Stenella longirostris, n=35 observations), la baleine à bosse (n=34), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (Tursiops aduncus, n=17), le dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata, n=15), le dauphin à bosse de l Indo-Pacifique (Sousa plumbea, n=3), le péponocéphale (Peponocephala electra, n=1), le pseudorque (Pseudorca crassidens, n=1), le cachalot nain (Kogia simus, n=1), le dauphin de Risso (Grampus griseus, n=1) et le dugong (Dugong dugon, n=1). La répartition spécifique en fonction de la famille des différentes espèces rencontrées est présentée à la figure 8. En dépit d une présence importante de la baleine à bosse dans les rencontres effectuées, les delphinidés sont très majoritaires (67%). Ceci peut être attribué d une part à la grande diversité d espèces qui constituent cette famille et qui sont présentes à Mayotte et, d autre part, à l abondance de celles-ci, en particulier pour les espèces appartenant au genre Stenella. La distribution spatiale des données met en évidence une distribution des différentes espèces non uniforme, qu il s agisse de la baleine à bosse ou des autres espèces comme les delphinidés (Figures 9 à 11). 14
Dauphin à long bec Balaenopteridae Delphinidae Kogidae Dugongidae Dauphin tacheté pantropical Grand dauphin Dauphin à bosse Péponocéphale Pseudorque Dauphin de Risso Figure 8 : Répartition spécifique des espèces rencontrées entre juillet et octobre 2004 en fonction de la famille (graphique de gauche) et répartition spécifique des delphinidés (graphique de droite). Observations baleines à bosse Classification par groupe (hiver 2004) Compétitif (1) Mère/baleineau/escorte (1) Mère/baleineau (19) Non compétitif (2) Paire (7) Solitaire (4) Figure 9 : Distribution spatiale des baleines à bosse entre août et octobre 2004. Les résultats permettent de préciser le rôle de Mayotte pour plusieurs groupes d espèces : a- Mayotte est une zone de mise-bas et d élevage pour les baleines à bosse ; b- Il existe des espèces côtières inféodées au milieu lagonaire peu profond (en particulier le grand dauphin) ; c- Il existe des espèces de récif barrière et de complexe récifo-lagonaire, occupant essentiellement la zone de pente externe du récif barrière (dauphin à long bec et dauphin tacheté pantropical) ; 15
d- Des espèces typiquement océaniques (pseudorque, cachalot nain, dauphin de Risso) occupent les abords océaniques de l île et certains tendent à s approcher, au moins périodiquement, du récif barrière. Observations de delphinidés Hiver 2004 Stenella attenuata (15) Stenella longirostris (35) Tursiops aduncus (17) Figure 10 : Distribution spatiale des observations de delphinidés du genre Stenella et du grand dauphin de l Indo- Pacifique entre juillet et octobre 2004. Autres espèces rencontrées hiver 2004 Sousa plumbea (3) Pseudorca crassidens (1) Peponocephala electra (1) Kogia simus (1) Grampus griseus (1) Dugong dugon (1) Figure 11 : Distribution spatiale des observations des autres espèces de mammifères marins entre juillet et octobre 2004. La richesse spécifique est relativement importante, en particulier sur les abords externes du récif barrière (8 espèces observées). Dans le lagon, seules quatre espèces ont été observées : le grand dauphin, la baleine à bosse, le dauphin à bosse et le dugong (ces deux dernières étant rares, avec respectivement 3 et 1 observations effectuées). Les observations de baleines à bosse se concentrent essentiellement dans le nord (complexe récifo-lagonaire) et le sud de l île (intérieur du lagon), très peu en zone océanique profonde. Les abords adjacents à la passe de Saziley Sud concentrent de nombreuses observations. Peu d observations ont été notées dans l ouest du lagon en raison d un faible effort de recherche exercé dans cette zone. Les groupes sont constitués à 59% de femelles accompagnées de leur baleineau, de paires (21%), d individus solitaires (11%), de groupes non compétitifs (5%), de groupes compétitifs (2%) et de couples «femelle-baleineau» 16
escortés (2%). L hypothèse nulle d une composition homogène des groupes est rejetée (X² ; p<0,001). Les delphinidés montrent des tailles de groupes très variables, en particulier pour les espèces du genre Stenella. La taille des groupes est systématiquement notée sauf à une occasion (groupe de grands dauphins) où elle n a pu être déterminée. Les groupes de dauphins à long bec comprennent de nombreux individus (µ=83,4 ;±86,8 ; Med=60 ; Min=3 ; Max=400, n=35). C est, de loin, le delphinidé le plus abondant et le plus largement réparti autour de l île, en particulier le long de la pente externe du récif barrière, à proximité de certaines passes ou encore sur le complexe récifo-lagonaire dans le nord-ouest de l île. Quelques observations ont également été effectuées dans le sud-ouest, près de la passe bateau et du récif barrière effondré. L espèce était régulièrement observée en compagnie du dauphin tacheté pantropical (n=10 groupes pluri-spécifiques), troisième espèce la plus fréquente. Le dauphin tacheté pantropical est essentiellement observé le long du récif barrière et sur la zone du complexe récifo-lagonaire du nord-ouest. Cette espèce montre un habitat préférentiel très proche de celui du dauphin à long bec, ce qui explique leur association fréquente. Les tailles de groupes chez cette espèce sont supérieures à celles des dauphins à long bec (µ=93, ;±83,5 ; Med=50 ; Min=10 ; Max=300, n=15). Le grand dauphin de l Indo-Pacifique (T. aduncus) est la deuxième espèce la plus fréquemment rencontrée. Les observations sont essentiellement effectuées dans le lagon, en particulier le long du récif frangeant mais également dans la zone du complexe récifolagonaire du nord-ouest. Les groupes sont constitués de peu d individus (µ=5,9, ;±3,4 ; Med=5 ; Min=2 ; Max=12, n=15). Les autres espèces de mammifères marins, en particulier les delphinidés, apparaissent relativement rares. Toutefois, peu de prospections ont été effectuées entre juillet et octobre 2004, notamment sur la pente insulaire où la diversité semble plus importante (sorties hors du programme avec l AMNH). Pour tous les delphinidés rencontrés, des jeunes voire des néonates sont observés dans les groupes. Aucune tendance particulière de composition des groupes ne peut être dégagée, sauf pour le grand dauphin où les groupes constitués de femelles et de jeunes semblent prédominants. Des comportements liés à la reproduction ont été observés à plusieurs reprises en hiver, mais pas en été. La photo-identification a été employée pour plusieurs espèces, en particulier la baleine à bosse, le grand dauphin et le dauphin à bosse. Le catalogue des individus de baleines à bosse, de certains grands dauphins et des dauphins à bosse recensés est présenté en Annexes 5. Pour les autres espèces, comme le péponocéphale ou le dauphin à long bec, le traitement des photographies est en cours mais nécessitera de nombreuses analyses du fait du nombre considérable d images collectées. Paradoxalement, le taux de recapture des individus (notamment chez les dauphins à long bec et tachetés) est trop faible pour envisager des estimations d abondance. Des campagnes de photo-identification plus importantes sont donc nécessaires. Pour le péponocéphale, le taux de marquage est tel qu il permettra d engager plusieurs types d analyses fidélité au site, abondance). Toutefois, les taux de recapture sont encore relativement faibles et une estimation d abondance ne pourra être effectuée que si le volume d individus capturés une fois est représentatif et significatif mais également si le taux de recapture est parallèlement important. 17
2.2.4 Campagnes estivales OMM 2004-2005 : synopsis Pour la première fois à Mayotte, des campagnes systématiques sur les cétacés ont été conduites durant l été austral. Les objectifs étaient de : a- Déterminer la distribution, l abondance relative et l habitat des cétacés résidents autour de l île de Mayotte, avec un effort d observation à la fois concentré dans le lagon mais aussi à l extérieur, que ce soit près du récif barrière ou en zone océanique de la pente insulaire ; b- Etudier l abondance, les activités diurnes, la distribution spatio-temporelle et l habitat préférentiel des grands dauphins de lagon et des dauphins à bosse d une part, et des dauphins dits «pélagiques», en particulier les dauphins à long bec et tacheté ainsi que le péponocéphale. Des parcours aléatoires dans les eaux lagonaires et à l extérieur ont été effectuées en fonction des conditions climatiques, soit un effort total de plus de 158 heures de prospection entre novembre 2004 et août 2005. Un total de 17 espèces de mammifères marins a été observé entre novembre 2004 et août 2005 (183 observations) dont : le dauphin à long bec (n=89 observations), le dauphin tacheté pantropical (n=43), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (n=26), le péponocéphale (n=5), le mésoplodon de Blainville (n=4), la baleine à bosse (n=3), le dauphin à bosse (n=2), le grand dauphin océanique (Tursiops truncatus, n=2), le pseudorque (n=1), le globicéphale tropical (n=1), le dauphin de Risso (n=1), le dauphin de Fraser (n=1), l orque pygmée (n=1), le mésoplodon de Longman (n=1), le grand cachalot (n=1), le cachalot nain (n=1) et le dugong (n=1). La diversité spécifique est exceptionnelle et regroupe à la fois des espèces côtières et de lagon ainsi que des espèces typiquement océaniques. La répartition par genres et par espèces (pour les delphinidés) est présenté à la figure 12. Delphinidae Dugongidae Kogidae Physeteridae Ziphiidae Balaenopteridae Dauphin à long bec Dauphin tacheté pantropical Grand dauphin Péponocéphale Autres delphinidés Figure 12 : Répartition spécifique des espèces rencontrées entre juillet et octobre 2004 en fonction de la famille (graphique de gauche) et répartition spécifique des delphinidés (graphique de droite). Les dauphins du genre Stenella sont très majoritaires en terme de fréquence de rencontre à l extérieur du lagon (Figure 13), alors que dans le lagon, le grand dauphin de l Indo-Pacifique est l espèce de très loin la mieux représentée. Pour ce qui est du dauphin à long bec, les tailles de groupe observées sont légèrement supérieures à celles observées durant l hiver austral (µ=96,8 ; SD=97,2 ; min=3 ; max=400). Elles ne varient pas pour le dauphin tacheté (µ=92,3 ; SD=70,1 ; min=3 ; max=300). Comme c est le cas pour les données de la saison hivernale, les deux espèces étaient très fréquemment observées en association (n=23). Les tailles de groupe pour le grand dauphin de l Indo-Pacifique ne varient pas par rapport à la 18
saison hivernale (µ=6,6 ; SD=3,7 ; min=1 ; max=12). L étude menée a montré une grande fidélité au site et un domaine vital relativement étendu. La structure des groupes montre une présence très marquée de femelles avec leur jeune. Cette composition des groupes semble plus hétérogène en hiver où les mâles seraient également bien représentés. Pour les trois delphinidés les plus fréquents, il apparaît que la présence de nouveaux-nés s observe tout au long de l année, ce qui suggère l absence de saisonnalité dans les mises bas. La distribution spatiale des différentes espèces met en évidence un partage des habitats très marqué, ce qui confirme les observations effectuées en hiver (pour les delphinidés). Les dauphins du genre Stenella sont très associés à la pente externe du récif barrière et au complexe récifo-lagonaire au nord. Le grand dauphin a été rencontré en association forte avec le récif frangeant et sur le complexe récifo-lagonaire (Figure 14). Des suivis focaux ont été menés sur le grand dauphin, le dauphin à long bec et le péponocéphale. Ils permettent d affiner les données sur l utilisation de l espèce et d étudier la relations entre activités de surface et habitat. Ces suivis ont permis de fournir des données préliminaires pour ces trois espèces, avec un volume de données pour le grand dauphin pouvant être exploité pour une publication scientifique. Observations de delphinidés (Stenella sp.) été 2004/2005 Stenella longirostris (80) Stenella attenuata (43) Observations de delphinidés côtiers été 2004/2005 Tursiops aduncus (26) Sousa plumbea (2) Figure 13 : Distribution spatiale des observations des delphinidés du genre Stenella entre novembre 2004 et août 2005. Figure 14 : Distribution spatiale des observations de grands dauphins de l Indo- Pacifique et de dauphins à bosse entre novembre 2004 et août 2005. 19
Les autres espèces observées étaient relativement peu fréquentes (Figure 15), mais il apparaît que le péponocéphale est fidèle aux eaux de Mayotte et que le groupe rencontré est relativement stable (mêmes individus identifiés grâce à la photo-identification). La campagne a également permis d observer la présence du mésoplodon de Blainville et l identification de deux nouvelles espèces pour la faune mammalogique marine de Mayotte, à savoir l orque pygmée et le mésoplodon de Longman. Autres espèces rencontrées été 2004/2005 Dugong dugon (1) Feresa attenuata (1) Globicephala macrorhynchus (1) Grampus griseus (1) Indopacetus pacificus (1) Kogia simus (1) Lagenodelphis hosei (1) Megaptera novaeangliae (3) Mesoplodon densirostris (4) Peponocephala electra (5) Physeter macrocephalus (1) Pseudorca crassidens (1) Tursiops truncatus (2) Figure 15 : Distribution spatiale des observations des autres espèces de mammifères marins entre novembre 2004 et août 2005. Cette campagne a permis de collecter des données sur la distribution spatio-temporelle des différentes espèces présentes durant l été austral ainsi que des informations jusqu alors jamais collectées à Mayotte sur les activités diurnes, l habitat préférentiel et l abondance des différentes espèces. Le volume considérable de données de photo-identification permettra d estimer ultérieurement l abondance du grand dauphin de l Indo-Pacifique et de mener des études approfondies sur la structure sociale des groupes (associations inter-individuelles, composition des groupes). Par ailleurs, des biopsies (échantillons de peau et de graisse) ont été collectées pour analyses biologiques et écologiques (polluants, génétique, régime alimentaire). Durant le programme de la saison estivale, les espèces échantillonnées étaient le dauphin à long bec (n=34), le dauphin tacheté pantropical (n=16), le péponocéphale (n=10), le grand dauphin de l Indo-Pacifique (n=9), le dauphin de Fraser (n=7), le grand dauphin océanique (n=2), le globicéphale tropical (n=1) et le cachalot (n=1). Vis à vis de la pratique de cette technique, une étude préliminaire a été menée pour estimer l impact de ces biopsies sur le comportement des espèces ciblées (réactions comportementales). Les résultats de cette étude sont présentés en Annexe 7 du présent rapport. 20
Enfin, des enregistrements de sons ont été effectués de manière opportuniste grâce à un hydrophone C54XR (Cetacean Research Technology) et un enregistreur Marantz PMD670 (fichiers au format MP3). Des enregistrements ont été effectués sur le dauphin à long bec, le grand dauphin de l Indo-Pacifique, le péponocéphale et le mésoplodon de Longman. La quantité de sons collectés n est pas suffisante pour réaliser des analyses spécifiques. Toutefois, l enregistrement du mésoplodon de Longman fera l objet d une analyse (et d une publication) grâce à la bonne qualité de celui-ci et du fait qu il s agit du premier enregistrement existant des clics de cette espèce. 2.2.5 Observations à l échelle régionale Aucune campagne spécifique n a été entreprise dans les eaux adjacentes au site de Mayotte, en particulier dans le cadre d un programme de coopération régionale. Quelques observations opportunistes ont été collectées à Mohéli en septembre 2004 par un représentant de l OMM lors d une excursion en voilier d une semaine : baleines à bosse (densité importante notée), dauphins à long bec, dauphins tachetés pantropicaux, dauphins de Fraser (un groupe d une centaine d individus observé entre Anjouan et Mayotte). Un mésoplodon indéterminé a été furtivement observé entre Mohéli et Anjouan. Il apparaîtrait important de préciser le statut des populations de mammifères marins de Mayotte dans un contexte plus régional. Des thématiques plus spécifiques pourraient ainsi être développées. Il apparaît en particulier important de déterminer le statut des espèces dans les eaux françaises, dans le contexte de l engagement de la France auprès de la Commission Baleinière Internationale. Certaines menaces, telle l utilisation de sonars basse fréquence (probablement utilisés sous peu pour la recherche de sources pétrolières à proximité de l île de Juan de Nova), apparaissent, sans que l on connaisse le degré d exposition des populations de cétacés. En terme de coopération régionale, l OMM a été sollicité par l association Globice Réunion pour participer à la mise en place d un projet de suivi des populations côtières de dauphins. Par ailleurs, cette association, en accord avec le Muséum d Histoire Naturelle de St Denis et d autres partenaires, a proposé à l OMM de dispenser une formation sur le suivi en mer des mammifères marins. D autre part, le Turtle and Dugong Conservation Program (Programme de conservation des tortues marines et du dugong, Dar es Salam, Tanzanie) a sollicité l OMM pour participer à la mise en place de campagnes de survols aériens pour le recensement du dugong en Tanzanie. Enfin, les Seychelles (Seychelles Fishing Authority) ont sollicité l OMM pour présenter leurs actions (diffusion d une présentation sous forme d un diaporama) dans le cadre de la mise en place d un éventuel observatoire des mammifères marins aux Seychelles. 2.3 Statut de la population hivernante de baleines à bosse 2.3.1 Mission 2004 : objectifs et résultats Plusieurs objectifs scientifiques ont été définis en lien avec l American Museum of Natural History de New York. L objectif général de la mission est la connaissance du statut de la population hivernante de baleines à bosse, à travers l étude de la répartition spatiotemporelle, l utilisation de l espace en relation avec les variables environnementales, la génétique (diversité, statut du site de Mayotte à l échelle régionale de l océan Indien occidental) et le comportement (en particulier les rythmes de migration, les mouvements inter-sites de l océan Indien occidental). L approche envisagée à Mayotte est, depuis l origine en 1997, intégrée dans une approche régionale. Ceci permet de définir l importance relative de Mayotte en tant que site de reproduction pour la baleine à bosse et son statut. 21
Lors de cette nouvelle campagne, de nouveaux objectifs ont été retenus : a- Conduite d une étude focale sur les couples femelle-baleineau de baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) dans la partie sud du lagon de Mayotte (Figure 15 présentant l échantillonnage de la zone) dans le but de déterminer leurs mouvements diurnes, leur distribution et leur habitat préférentiel et ce, dans une perspective future de meilleure gestion des activités écotouristiques ; b- Visite de l îlot M tsamboro en tant que plate-forme terrestre potentielle d observation des mammifères marins dans le nord jusqu au Banc de l Iris ; c- Poursuite de la collecte de données photographiques (photo-identification) et génétiques initiée en 1996 dans le cadre du réseau ISACH (Indo-South Atlantic Consortium on Humpback Whales : www.isach.org). 2.3.2 Bilan de la mission Malgré un nombre limité de baleines à bosse durant la mission et des conditions climatiques souvent défavorables, le programme doit être considéré comme un succès. La campagne d observation a commencé le 14 septembre 2004, avec 18 jours d effort en mer sur 28 potentiellement utilisables. Un total de 111 heures d effort d observation a été réalisé. Sur ces 111 heures, plus de 43 ont été employées à rechercher les cétacés, 4,25 à effectuer des clichés pour la photo-identification et 13,4 heures à effectuer des suivis focaux des couples femelle-baleineau. Il est important de noter que 36,47 heures ont été passées à transiter entre le port de Mamoudzou et la zone de recherche dans le sud du lagon. 4 autres espèces de mammifères marins ont été rencontrées durant la mission de 2004. Il s agit du péponocéphale (Peponocephala electra), du grand dauphin (Tursiops aduncus), du dauphin à long bec (Stenella longirostris) et du dauphin tacheté pantropical (Stenella attenuata). Figure 16 : Localisation des cinq transects utilisés durant la mission 2004. 22
2.3.3 Observations focales sur les baleines à bosse Un total de 24 groupes de baleines à bosse a été rencontré durant la mission et 9 suivis focaux ont pu être réalisés. Sur ces 24 groupes, 18 sont des couples femelle-baleineau. Le taux de rencontre de ces couples femelle-baleineau est de 0,16 par heure, contre 0,41 en 2002. Ceci semble lié à un départ prématuré des baleines à bosse de Mayotte en 2004, au moins dans cette partie du lagon. Toutefois, il est important de souligner que les données collectées à la fois en 2002 et en 2004 par l OMM ainsi qu en 2004 lors de la campagne OMM/AMNH, mettent en évidence l importance de la passe Saziley sud pour les baleines à bosse et autres cétacés (en particulier le grand dauphin et le dauphin à long bec). L effort d observation a été homogénéisé dans la zone d étude grâce à la mise en place et au suivi de cinq transects (Figure 16). Ces transects permettent d assurer une couverture homogène de la zone d étude. Toutefois, l effort d observation a été enregistré de manière régulière (à intervalle de 4 secondes) grâce à un GPS portable. Ces données d effort permettent de représenter cartographiquement l effort effectivement exercé dans le sud du lagon de Mayotte. Le suivi focal des couples femelle-baleineau fut initialement prévu toutes les trois observations de couple. Toutefois, en raison d un faible nombre de couples dans la zone, les suivis focaux ont été entrepris dès que l occasion s en présentait (à chaque observation). Ils consistaient à enregistrer le comportement de femelles et de leurs jeunes durant trois pas de temps de 30 minutes par couple suivi (soit 1h30 par couple distinct par jour). Le bateau était maintenu à une distance de 25 à 50 mètres des couples suivis, dans le but de ne pas interférer dans leur comportement et leur rythme ventilatoire. Neuf suivis focaux ont été réalisés et ne peuvent donc pas être exploités dans le cadre d une publication scientifique. Toutefois, la méthodologie étant novatrice et les données préliminaires suffisamment intéressantes, une communication scientifique a été présentée lors du congrès annuel de l European Cetacean Society, tenu en avril 2005 à la Rochelle, France (co-présentation OMM/AMNH). La présentation «poster» effectuée est présentée en Annexe 6. 2.3.4 Observations depuis la terre Les observations de mammifères marins depuis la terre ferme permettent de collecter des données d observation pour un faible coût. Ce type d observations est régulièrement adopté dans d autres sites d étude à travers le monde. Elles permettent d appliquer des protocoles recouvrant différentes problématiques (utilisation de l espace, abondance relative, impact des activités humaines ), délicates à effectuer en mer avec une embarcation. Durant cette mission de 2004, l îlot M tsamboro (Figure 17) a été visité afin de déterminer son potentiel. Il s avère que les conditions d observation sont optimales puisque le point culminant (273 m) couvre toute la zone nord de Mayotte, du récif nord à l Iris. Cependant, l accès au site s avère très difficile, en particulier avec du matériel. La mise en place d une base d observation impose des ravitaillements importants, en particulier en eau (d une équipe d au moins 4 personnes pour permettre un relais des observateurs et l efficacité de la couverture d observation) dans des conditions de sécurité difficiles. Durant la mission, un autre îlot (île M bouini, dans le sud) a été visité pour les mêmes raisons. Il s agit d un site très intéressant pour l observation des baleines à bosse et autres mammifères marins sur l ensemble de la partie sud du lagon (incluant les passes de Saziley et Bateau). 23
Figure 17 : L îlot M tzamboro et le site d observation visité en octobre 2004. Robin ROLLAND 2.3.5 Collecte de données photographiques et génétiques L identification individuelle a été entreprise dès que possible pour les baleines à bosse ainsi que pour les grands dauphins et les péponocéphales. La figure 18 présente le nombre d individus de baleine à bosse identifiés individuellement et son évolution numérique au cours de la mission. Figure 18 : Relation entre les rencontres de baleines (bleu), le nombre d individus rencontrés (rose) et les nouvelles identifications d individus (vert) durant la mission de 2004. Un total de six couples femelle-baleineau a été identifié. Douze des dix-huit observations de couples femelle-baleineau font référence à un même binôme. La photo-identification chez les petits cétacés a été très concluante, en particulier chez le grand dauphin et le péponocéphale. Pour cette dernière espèce, on constate qu il est possible de poursuivre un programme d identification individuelle (d ailleurs entrepris durant le programme d étude «dauphins pélagiques de Mayotte»). Il est également important de 24
noter que l identification d une baleine à bosse par la photographie ne prend en moyenne que 10 minutes, alors que cette opération prenait beaucoup plus de temps auparavant. Ceci serait dû d une part à l expérience des pilotes en matière d approche des baleines mais surtout au fait que l embarcation de recherche soit maintenant équipée de moteurs silencieux à quatre temps. 2.3.6 Eléments de conclusion 1. Cette mission a permis de récolter de nombreuses données et le protocole s est avéré efficace. Cette méthode a fait l objet d une communication scientifique (Ersts et al., 2005 ; Annexe 6). 2. L îlot M bouini s avère être un site d intérêt potentiel pour l observation depuis la terre des baleines à bosse et des autres mammifères marins côtiers. Une station d observation nécessiterait la présence de quatre personnes en permanence. Cette station permettrait d appréhender la distribution spatio-temporelle des mammifères marins, leur abondance relative et l impact de l écotourisme sur le comportement des baleines à bosse. De plus, cette station permettrait également de gérer la présence des embarcations écotouristiques à travers la mise en place d un réseau de régulation de l afflux sur les groupes de baleines avec les opérateurs. L embarcation de l OMM, lorsqu elle conduit parallèlement sa campagne de recensement (photoidentification, prélèvements génétiques), pourrait également être dirigée par l équipe terrestre vers les groupes de mammifères marins. Ceci pourrait limiter le temps de recherche des mammifères marins. De manière plus opportuniste, cette station à terre pourrait permettre de surveiller (au moins le jour) les plages environnantes, souvent lieux du braconnage des tortues marines. La présence de ce poste à terre pourrait également permettre de fournir d autres types d informations telles que sur la fréquentation de la zone sud du lagon de Mayotte par les embarcations de pêche. Elle pourrait également permettre de valoriser le site de Mayotte à l échelle régionale (en particulier du fait de l implication récente de l OMM dans le réseau ISACH). Des membres de ISACH pourraient participer à la mission (observateurs avertis potentiels) et s auto financer. 3. Il pourrait être envisagé un échange entre l OMM et le public au travers d activités de collecte de données. Pour cela, un réseau impliquant touristes, opérateurs écotouristiques et autres usagers du lagon permettrait de collecter des photos de baleines à bosse de manière à compléter les données d identification individuelle. En effet, l utilisation massive actuelle des appareils numériques permet un transfert aisé de l information, permettant à la fois la collecte des informations et la sensibilisation des usagers du lagon à la connaissance et à la conservation de la biodiversité. 25
2.4 Bases écologiques de la conservation du dugong 2.4.1 Objectifs et méthodologie Le dugong semble probablement l espèce de mammifères marins la plus menacée de disparition à Mayotte (Kiszka et al., 2004). Régionalement, c est à dire à l échelle de l Afrique de l est, cette espèce est également très menacée, en particulier par la destruction de ses habitats, la chasse, les captures accidentelles dans les engins de pêche ou encore la pollution (Marsh et al., 2001). Une étude récente montre que le dugong était une espèce commune avant les années 1980 à Mayotte (Kiszka, 2005a, Annexe 15). Pourtant, cette espèce était régulièrement chassée pour sa chair. Des personnes âgées se souviennent que deux à trois dugongs se retrouvaient chaque semaine exposés sur le marché de Mamoudzou pour la vente de leur viande! D autres mentionnent que les dugongs étaient visibles en nombre depuis le boulevard des crabes, en Petite Terre, broutant sur les herbiers de phanérogames. De manière à déterminer le statut du dugong dans le lagon de Mayotte, un programme de suivi par survols aériens est en cours de réalisation par l OMM. En effet, cette méthode est le seule reconnue valable pour l étude de la distribution et l abondance des dugongs. Ceci est dû à leur faible probabilité de détection en mer depuis un bateau. L étude des populations de dugongs depuis les airs a été entreprise dans de nombreux autres secteurs de l aire de répartition de l espèce (Rathbun et al., 1988 ; Chambers et al., 1989 ; de Iongh, 1995 ; Marsh, 1995). Un ULM de type Pétrel 912 (Mayotte ULM), au départ de l aéroport de Pamandzi, a été employé pour voler à une altitude moyenne de 350 mètres (Figure 19). Des transects ont été définis au préalable (Figure 20) pour échantillonner de la manière la plus représentative possible la zone d étude, à savoir l ensemble du lagon. Cette méthode permet de calculer a posteriori des densités de dugongs pour l ensemble de la zone et même d estimer une abondance absolue (Burnham et al., 1980). Le positionnement des transects doit idéalement être perpendiculaire à un gradient théorique de densité d individus, soit des transects perpendiculaires à la côte si l on admet que les dugongs vivent essentiellement dans les eaux côtières peu profondes (Yoshida et al., 1997). Figure 19 : Appareil ULM utilisé dans le cadre de la campagne de recensement du dugong dans le lagon. 26
a b Figure 20 : Echantillonnage de l ensemble du lagon, du récif frangeant à l isobathe des 300 mètres à l extérieur du lagon (Figure 20a) et échantillonnage des récifs frangeant et barrière pour le survols des herbiers de phanérogames (Figure 20b). Les ronds noirs présentent la localisation des observations selon le type de couverture d effort. Une couverture aérienne de l ensemble du lagon a été effectuée, du récif frangeant à l isobathe des 300 mètres, à l extérieur du récif barrière. L observateur, positionné à droite du pilote balaie une bande d une largeur d environ 400 mètres de largeur le long du transect. Considérant que la visibilité à la surface de l eau est de 200 mètres pour une altitude de 137 mètres (Marsh et al., 1996) et que nous avons volé à une altitude moyenne de 350 mètres, nous avons considéré que notre couverture sur le transect était de 500 mètres lors de bonnes conditions climatiques (< 3 Beaufort). Les vols avaient une durée allant de 50 minutes à 3h30 et visaient à réaliser intégralement un transect complet (exemple : transect sud et est, cf. Figure 20a ou transect récif barrière, cf. Figure 20b). Suite à la couverture globale du lagon, nous avons focalisé les survols sur les herbiers de phanérogames, présents essentiellement sur le platier du récif barrière et sur le récif frangeant (Figure 20). A marée haute, les dugongs s alimentent sur les herbiers dont les surfaces sont assez fragmentaires et étroites dans le lagon, ce qui permet de mieux les cibler. Toutefois, la répartition de ces herbiers est encore peu connue (cartographie en cours) et il est possible que nous n ayons pas échantillonné d herbiers à forte attractivité pour le dugong. Deux couvertures de l ensemble de ces zones ont été effectuées entre juillet et octobre 2005. 2.4.2 Résultats de la campagne L objectif de la première campagne de survol n était pas de fournir des données d abondance absolue, mais au moins de fournir des indices relatifs à l abondance relative de 27
l espèce dans le lagon et de définir les secteurs préférentiellement fréquentés. Toutefois, en l attente de davantage de répliquas, une estimation minimale d abondance absolue et de densité pourra être générée sur la base des données collectées grâce à la méthode du strip transect (Buckland et al., 2001). L usage de cette méthode a également permit d observer d autres espèces de mammifères marins, comme la baleine à bosse, le dauphin à long bec, le dauphin tacheté et le péponocéphale. Les survols aériens peuvent donc permettre de recenser d autres espèces et d estimer les abondances des populations. Un total de 7 observations de dugongs ont été effectuées dans le lagon, en particulier sur le récif barrière est (nord et abords extérieurs de Petite Terre), à proximité de l îlot de sable blanc de Saziley, sur le double récif barrière dans le sud-ouest (au large de Kani-Be), une femelle avec son petit a été observée dans la baie de Soulou et une autre, avec un jeune de taille supérieure, a été observée à proximité des îlots Hajangua. De manière générale, l espèce est rare et son habitat est très restrictif aux récifs frangeant et barrière. Les données collectées montrent que les dugongs sont essentiellement observés sur le platier du récif barrière à marée haute en phase de prospection alimentaire ou d alimentation. La recherche des dugongs n a pas fourni de résultats dans les secteurs à l extérieur du lagon et dans le lagon (en dehors des platiers). Il est important de noter que les deux types de couverture de l effort d observation sont complémentaires. En effet, les transects uniformes sur tout le lagon permettent de définir les types d habitats préférentiellement (échantillonnage de tous les types d habitat) utilisés alors que les transects ciblés sur les récifs frangeants et barrière peuvent permettre le recensement d un maximum d individus. A noter également que si les transects effectués sur tout le lagon peuvent fournir des informations sur les cétacés, les parcours sur les deux types de récif pourraient permettrent d étudier l attractivité des herbiers de phanérogames par les tortues vertes (Chelonia mydas) et leurs densités. Ce type de campagne permet donc d engager des activités transversales avec l Observatoire des Tortues Marines. Enfin, la quantification de l effort de pêche est également rendue possible (barques et pirogues) puisque de nombreuses embarcations ont pu être observées et notées. Ceci permettra d incrémenter les bases de données du Service des Pêches et de l Aquaculture. 28
2.5 Connaissance biologique et écologique des populations de mammifères marins : point sur la pratique des biopsies La pratique de biopsies (Figure 21) sur les cétacés est une technique permettant de collecter de nombreuses données biologiques à partir d échantillons de peau et de graisse. Cette méthode est évidemment non létale et remplace donc d anciennes méthodes de prélèvement consistant en la capture d animaux. Cette pratique est de plus en plus utilisée à travers le monde. Les données collectées peuvent fournir des informations d ordre génétique (structure des populations, identité des stocks, etc. ; voir par exemple Dalebout et al., 2001), écologique (niveau trophique et composition du régime alimentaire ; Hooker et al., 2001), toxicologique (concentration des polluants ; Marsili et al., 2004) et immunologique/histologique (réponse physiologique face aux xénobiotiques ; voir par exemple Godard et al., 2004). Vincent RIDOUX Figure 21 : Biopsie sur un groupe de dauphins de Fraser et de péponocéphales (janvier 2005). Les biopsies sont pratiquées sur des animaux présents à une distance de 5 à 20 mètres de l embarcation. Elles se pratiquent uniquement à partir des embarcations utilisées en régie et prioritairement en l absence d autres embarcations dans les environs (de manière à éviter toute mauvaise interprétation). Dans ce contexte, et pour répondre à des questions scientifiques similaires, la pratique des biopsies a été engagée par l OMM depuis 1997 sur les baleines à bosse (95 échantillons collectés) et depuis janvier 2005 sur les autres espèces de cétacés, notamment les petits delphinidés. Depuis juillet 2004, seuls 14 échantillons de peau de baleine à bosse ont été collectés. Ils seront destinés à des analyses sur l effet physiologique des polluants sur leur organisme (réponse immunologique). Ce projet sera conduit avec la collaboration scientifique de l Université de Liège (Faculté de Médecine Vétérinaire). Au 1 er octobre 2005, un total de 80 échantillons de delphinidés ont été collectés grâce à une arbalète (Barnett) munies de flèches à embouts à ardillons (produites par CETADART, Danemark) de 8 mm de diamètres pour 25 mm de longueur. Les embouts utilisés pour les grand cétacés avaient le même diamètre mais une profondeur plus importante (40 mm). La pratique de ces biopsies est soumise à autorisation, laquelle a été obtenue par la signature d un arrêté préfectoral (AP 78/DAF/2004). Une étude préliminaire sur les réactions des delphinidés face à la pratique des biopsies a été réalisée par l OMM. Elle a été soumise au comité scientifique de la Biennal Conference on the Biology of Marine Mammals, qui se tiendra à San Diego (USA) en décembre 2005. Cette étude a été acceptée pour publication (Kiszka et Charlier, 2005). Le résumé en français de cette étude est présenté en Annexe 7. 29
2.6 Autres actions 2.6.1 Contribution au lancement de l inventaire ZNIEFF Dans le cadre d un important travail portant sur une synthèse taxonomique et une première évaluation patrimoniale de la flore et de la faune sauvages (tant terrestres que marines) et des habitats naturels de Mayotte, une contribution a été naturellement demandée à l OMM. Un rapport a ainsi été rendu : «Les mammifères marins des eaux de Mayotte : statut écologique et de conservation dans le cadre de l inventaire du patrimoine naturel selon la méthodologie nationale ZNIEFF» (Kiszka, 2004). Le document final «Mayotte : biodiversité et évaluation patrimoniale (septembre 2005) sera transmis au niveau national (Ministère de l Ecologie et du Développement Durable et Muséum National d Histoire Naturelle de Paris) pour validation et intégration dans la base de données nationale. Dans un second temps, les travaux menés par l OMM pourront constituer une contribution thématique solide à la mise en place d un inventaire zoné du patrimoine naturel de Mayotte, scientifiquement validé. 2.6.2 Conservation des mammifères marins et Aires Marines Protégées (AMP) Outre l établissement en 1979 à l initiative du gouvernement des Seychelles du Sanctuaire baleinier de l océan Indien, qui interdit toute chasse commerciale des grands cétacés dans la zone comprenant les eaux de l Hémisphère nord de l océan Indien de la côte africaine à 100 E (comprenant la mer Rouge, les mers Arabes et le golfe d Oman) et les eaux de l Hémisphère sud entre 20 E et 130 E de l équateur à 55 S (IWC, 1980), la mise en place d AMP sur le plan local peut potentiellement contribuer à la protection des mammifères marins et de leurs habitats. Les AMP actuellement en vigueur à Mayotte correspondent à des arrêtés préfectoraux s appuyant principalement sur la loi de 1852 relative à la pêche. La prise en compte expresse du patrimoine naturel, a fortiori des mammifères marins, demeure marginale. Deux projets de Réserves Naturelles sont en cours d instruction officielle, mais à des stades d avancement différents. Le projet de Réserve Naturelle de l îlot M bouzi dont la publication du décret est annoncée pour la fin de l année 2005, porte sur environ 140 ha dont 60 ha marins en périphérie. Si certains mammifères marins fréquentent ponctuellement les abords de cet îlot, notamment le dugong, le dauphin à bosse et le grand dauphin, il convient de reconnaître que la vocation première de cette Réserve Naturelle ne porte pas sur cet élément du patrimoine. Le projet de Réserve Naturelle du lagon de Mayotte (Figure 22) concerne actuellement près de 12 600 ha de Domaine Public Maritime (DPM) en 6/7 secteurs complémentaires dont certains intéressants vis à vis des exigences écologiques des mammifères marins, animaux à large rayon d action et délicats à prendre en compte intégralement dans le cadre de ce projet d AMP principalement centré sur les récifs coralliens. Figure 22 : Zones identifiées pour le projet de Réserve Naturelle du lagon. 30
2.6.3 L OMM et son intégration dans la connaissance du patrimoine naturel de Mayotte Les principales missions de l Observatoire de Récifs Coralliens (ORC) mis en place en 1998, sont le suivi des peuplements benthiques et ichtyologiques ainsi que le suivi de la température de sub-surface du lagon. La sensibilité des mammifères marins aux variations de température ainsi qu à la présence/absence de proies dans leur milieu naturel souligne l importance de la prise en considération de ces facteurs sur leur répartition spatiotemporelle et leurs comportements à l intérieur et à l extérieur du lagon. Les méthodes de suivi des populations de tortues marines fournissent également des pistes d études intéressantes pour l OMM. Bien que la technique de capture/recapture par bagage semble peu envisageable pour les mammifères (en raison de la difficulté technique et du stress occasionné aux animaux), la pose de balise Argos par l Observatoire des Tortues Marines (OTM) pourrait constituer une base d étude intéressante pour le suivi de la population de dugong de Mayotte. Le type de matériel utilisé doit être adapté au mode de vie des dugongs et limiter les coûts engagés. L option de balise via le réseau GSM ou de type GPS/VHF est actuellement à l étude. Une étude portant sur la cartographie et la caractérisation des herbiers de phanérogames marines (diversité, recouvrement) a été réalisée en 2005 dans le cadre d une convention entre le CEDTM (Centre d Etude et de Découverte des Tortues Marines de la Réunion) et la DAF. Ce premier inventaire géoréférencé devrait s avérer très utile pour la connaissance de l habitat du dugong et la compréhension de sa distribution spatiale. Plusieurs campagnes de relevés bathymétriques ont été effectuées dans les eaux territoriales de Mayotte ou sont actuellement à l étude. Ainsi la campagne du Marion Dufresne en 2003 (extérieur du lagon) et de Bambou Pêche en 2004 (6 espaces remarquables du lagon en projet de Réserve Naturelle) ont fournies des données géoréférencées et permis une visualisation 3D des sites échantillonnés. Une pré-étude pour les relevés bathymétriques du lagon de Mayotte est également initiée cette année 2005. Ces campagnes bathymétriques associées aux études sur la vitalité corallienne (récifs frangeants de la «Grande Terre» de Mayotte (1989, 1997 et 2004), espaces remarquables du lagon en projet de Réserve Naturelle et îlots) pourront également contribuer à la compréhension de la répartition spatio-temporelle et de l abondance relative des mammifères marins inféodés au lagon de Mayotte. Au même titre que les missions des deux autres observatoires naturalistes (ORC, OTM), le suivi des populations de mammifères marins de Mayotte mené par l OMM constitue un outil fonctionnel pour la gestion des milieux côtiers et lagonaires à Mayotte. 2.6.3 Evaluation des deux arrêtés relatifs à la conservation des mammifères marins à Mayotte L OMM a été sollicité pour évaluer les deux arrêtés actuellement en vigueur et contribuant, au moins partiellement, à la conservation des mammifères marins (Annexe 8) : - L arrêté n 60/DAF du 28 juillet 2004 relatif à l approche des mammifères marins, qui organise l observation et la prise de vue des mammifères marins dans les eaux de Mayotte (distance d approche, comportement des embarcations, nage avec les mammifères marins) ; 31
- L arrêté N 106/04/AM du 28 juillet 2004 relatif aux Véhicules Nautiques à Moteur (VNM), qui organise les conditions d utilisation des VNM dans le lagon de Mayotte. La note de synthèse réalisée (Kiszka, 2005b) a été présentée le 7 juillet 2005 en Commission Consultative de l Environnement et de la Protection du Patrimoine de Mayotte. L intégralité de cette synthèse est présentée en Annexe 9. 32
III- Communication Sensibilisation L information et la sensibilisation de tous les types de public apparaît comme une contribution essentielle à la stratégie pour la conservation d espaces naturels et des espèces qui y vivent. L éducation des scolaires et des populations autochtones sur le braconnage des tortues marines semble par ailleurs porter ses fruits. Toutefois, le développement volontariste de cette thématique demande des moyens, du temps et des compétences particulières, peu disponibles actuellement au sein de l OMM, et ce, depuis sa création. Quelques actions importantes de sensibilisation ont cependant été effectuées entre juillet 2004 et juillet 2005. 3.1 Conférences publiques et manifestations 3.1.1 Conférences au Conseil Général de Mayotte Deux conférences ont été réalisées à l amphithéâtre du Conseil Général (Mamoudzou). - L une a été présentée le 1er octobre 2004 et portait sur les mammifères marins de manière générale, avec plusieurs intervenants. Le Préfet de Mayotte a introduit cette manifestation. Les interventions (sous forme de diaporamas) concernaient la diversité des espèces présentes à Mayotte, les travaux réalisés sur les mammifères marins et les actions de conservation qui sont mises en œuvre par l OMM. Peter ERSTS (AMNH) a présenté plus spécifiquement les travaux de recherche qui étaient conduits sur les baleines à bosse. Près de 160 personnes ont assisté à cette conférence. - Le 13 mai 2005, une conférence a été présentée par Jeremy KISZKA sur le thème des dauphins de Mayotte et de leur suivi (Figure 23). Un diaporama a été présenté de même qu un film de 10 produit par l OMM et réalisé par un intervenant extérieur (Julien LEMEE). Près de 200 personnes ont assisté à cette manifestation organisée dans le cadre d un cycle de conférences dites «du vendredi» par l association des Naturalistes de Mayotte. Figure 23 : Conférence sur les dauphins de Mayotte présentée en mai 2005. Inzati NOURDINE 33
3.1.2 Participation aux fêtes de la Science et aux Journées de l Environnement L OMM a participé à deux manifestations ouvertes à un large public. La fête de la Science, organisée en décembre 2004 principalement suivi par un public scolaire, ont permis d exposer deux posters de l OMM (Annexe 10). L un présente une synthèse des connaissances acquises sur le statut du dugong à Mayotte et les menaces qui pèsent sur cette population. Le second illustre les actions de suivi et d étude des mammifères marins assurées par l OMM. L OMM a également participé le 7 mai 2005 à Mtsangadoua (nord de l île), aux Journées de l Environnement, dans le stand «Etat» ou étaient représentés l ONCFS et la DAF. L OMM a largement distribué la nouvelle plaquette relative à l approche des mammifères marins (arrêté préfectoral du 28 juillet 2004). Par ailleurs, un poster intitulé «Les dauphins : indicateurs de l état de santé du lagon?» a été présenté (Annexe 11). Le Service Environnement de la DAF a présenté un poster sur les trois observatoires (OMM, Observatoire des Récifs Coralliens et Observatoire des Tortues Marines). Figure 24 : Des jeunes mahorais sensibilisés à l approche des mammifères marins! Jeremy KISZKA 3.1.3 Participation à des congrès internationaux L OMM a participé au congrès international annuel de l European Cetacean Society, qui se tenait à la Rochelle en avril 2005. Une communication scientifique conjointe entre l OMM et l AMNH a été présentée sous forme d un poster (Annexe 6). Près de 550 scientifiques étaient réunis lors de cette manifestation, qui favorise les échanges entre les différents groupes et institutions de recherche sur les mammifères marins dans le Monde. Cette manifestation a permis d échanger des informations et des contacts ont pu être pris, en particulier dans le cadre de la mise en place des programmes de recherche conduits par l OMM. En août 2005, l OMM a participé au 4ème symposium de la WIOMSA (Western Indian Ocean Marine Science Association). Cette manifestation, regroupant l ensemble des experts travaillant sur les sciences de l environnement (biologie, écologie, socio-économie, gestion, décideurs politiques) de la région occidentale de l océan Indien, a eu lieu à l île Maurice. De nombreuses nations étaient représentées : Kenya, Tanzanie, Madagascar, Afrique du Sud, Mozambique, Seychelles, Maurice, France (Métropole, Réunion et Mayotte), Suède, Royaume-Uni, Etats-Unis et Canada. L événement avait lieu au centre international de conférence de Grand-Baie, à l île Maurice, du 29 août au 3 septembre 2005. Le thème central développé cette année était : «Contribution de la recherche en sciences marines pour le bien-être des populations et la réduction de la pauvreté». 34
Pour la première fois, Mayotte a participé au symposium de la WIOMSA. Cette présence a par ailleurs été souligné par le Secrétaire Général de cette organisation (Dr. Julius Francis) lors de la cérémonie d ouverture. La cérémonie d ouverture était suivie par plusieurs représentants de quatre ministères et par un représentant du Premier Ministre mauricien. L Observatoire des Mammifères Marins a été représenté pour prendre connaissance des travaux effectués sur l environnement marin dans cette région, et sur les mammifères marins en particulier, mais également pour effectuer une présentation orale sur le thème suivant (résumé) : Marine mammals as a tool for ecosystem assessment: application to the east African region Les mammifères marins en tant qu outils à la connaissance des écosystèmes marins : application à la région Est africaine Jeremy KISZKA Les mammifères marins (en particulier les cétacés et les pinnipèdes) sont des prédateurs supérieurs situés au sommet des réseaux trophiques. Ils se répartissent des zones polaires à tropicales et s alimentent de proies très variées, allant des crustacés planctoniques (baleines à fanons) aux grands cétacés (orques). Outre leur niveau trophique tout particulièrement élevé, en particulier chez les odontocètes, leur espérance de vie est longue et contribue donc à concentrer les polluants à travers la bio-accumulation. Enfin, les mammifères marins semblent adapter leur distribution (et donc leur habitat) et leur abondance en fonction de leur cycles biologiques, de la qualité du milieu et de la disponibilité en nourriture. Le statut écologique et de santé des mammifères marins ne reflète pas forcément les contraintes naturelles ou anthropiques, mais ils peuvent constituer des indicateurs sur le statut de niveaux trophiques inférieurs. Par conséquent, ils peuvent être utilisés comme des «baromètres» intéressants des écosystèmes marins, tout particulièrement dans une perspective de gestion des systèmes marins et côtiers. Les zones côtières de l Afrique de l est sont significativement impactées par les activités humaines, en l occurrence la dégradation des habitats, la pollution, la surpêche ou encore les captures accidentelles d espèces non ciblées par les engins de pêche. Par conséquent, le suivi de l état de santé des écosystèmes côtiers est nécessaire dans une perspective d exploitation durable des ressources et de conservation de la biodiversité. Cet article propose de présenter les techniques d étude des mammifères marins côtiers à des fins de suivi de leur statut écologique et de santé. Il présente en particulier les travaux menés à Mayotte dans ce cadre et la possibilité d initier un réseau régional de suivi des populations côtières de cétacés dans une perspective de suivi de l état de santé des écosystèmes côtiers d Afrique de l est. Le symposium a permis de faire connaître les activités de l OMM auprès des experts travaillant dans la région de l océan Indien occidental. Des propositions de collaboration ont par ailleurs été formulées par certains experts, et ce de manière à mieux intégrer Mayotte dans les programmes internationaux. 3.2 Outils pédagogiques 3.2.1 Plaquette d information sur la réglementation d approche des mammifères marins Un plaquette présentant les différents articles constituant l arrêté préfectoral N 60/DAF du 28 juillet 2004 (Annexe 12) a été conçue en régie par l OMM (Annexe 12). Elle a été publiée en 7000 exemplaires largement distribués aux usagers de la mer et aux professionnels du 35
tourisme. D autres plaquettes ont été réalisées par le Service Environnement de la DAF (lémuriens, coraux, tortues marines et mangrove). 3.2.2 Mise en place d une lettre d information électronique (Newsletter) Le projet de newsletter a pour objet d assurer la diffusion la plus large possible de l actualité de l OMM et ses activités. La première lettre est datée de septembre 2005 et il est prévu quatre numéros par an. Le premier numéro, préfacé par le Préfet de Mayotte, est présenté en Annexe 13. 3.2.3 Projet de site Internet De manière à diffuser au mieux et le plus largement possible l actualité de l OMM (projets en cours, problématiques, partenariats ), la création d un site Internet est en projet. Ce site permettrait notamment de présenter les acteurs de l OMM, son historique et ses objectifs, son actualité, de mettre en valeur l intérêt du site de Mayotte pour les mammifères marins (enjeux patrimoniaux et scientifiques), de présenter ses équipements, ses programmes d étude et de conservation, de sensibilisation du public et de rendre accessible ses publications (rapports, articles scientifiques, newsletter). 3.3 Communication à la presse et aux médias La nouvelle réglementation d approche des mammifères marins à Mayotte a fait l objet de diverses interventions dans les journaux locaux, la radio et un sujet sur RFO Mayotte a été diffusé (journal de 19h30). De nombreux articles de presse ont été réalisés par les deux principaux journaux de l île (le Mahorais et Mayotte Hebdo). Il reprennent notamment les annonces de conférences, le programme de recherche sur les dauphins, le programme de survol en ULM de l ensemble du lagon pour le recensement du dugong (première page du Mahorais) ou encore la découverte du mésoplodon de Longman dans les eaux de Mayotte. Un article de deux pages est également paru dans Mayotte Hebdo sur les mammifères marins, avec un accent particulier sur les programmes et travaux menés par l OMM. Une petite revue de presse non exhaustive est proposée en Annexe 14. Enfin, il est intéressant de noter que la Poste à éditer 4 timbres à l effigie de quatre espèces de mammifères marins de Mayotte, en l occurrence le dugong, le cachalot, la baleine à bosse et le dauphin à long bec. 36
IV- Actions pour la conservation des espèces De juillet 2004 à août 2005, plusieurs actions d ordre réglementaire, ont été mises en œuvre pour contribuer, de manière directe ou indirecte, à la préservation des populations de mammifères marins dans les eaux de Mayotte. Il convient en effet de souligner que le Préfet de Mayotte dispose par le truchement de certains articles du Code de l Environnement, d un pouvoir d adaptation du droit national, notamment vis à vis des espèces protégées. 4.1 Mise en place de l arrêté n 60/DAF relatif à la réglementation d approche des mammifères marins dans les eaux de Mayotte Cette nouvelle réglementation succède à la «Charte d approche» développée en 2000 par l OMM avec la collaboration de l association Megaptera. L arrêté a été signé par la préfecture le 28 juillet 2004. Elle répond à la forte augmentation de la fréquentation du lagon, en particulier au titre de la plaisance et du «whale watching». Plusieurs réunions d information et de concertation avec les différentes catégories d usagers ont précédé sa publication. Cet arrêté est intégralement placé en Annexe 8 (plaquette d information à destination des usagers de la mer). Dans le contexte des mesures de gestion relative au whale watching, une étude sur les réactions comportementales des mammifères marins face aux embarcations a été réalisée entre juillet et septembre 2005. Les résultats seront présentés et publiés ultérieurement. Enfin, une évaluation de la réglementation actuelle et une réflexion sur la gestion future du whale watching a été réalisée dans le même temps. La synthèse de cette réflexion paraîtra dans un rapport émis par l OMM d ici la fin 2005. 4.2 Mise en place de l arrêté n 106/04/AM du 28 juillet 2004 relatif aux véhicules nautiques à moteur (VNM) Un arrêté préfectoral de 1993 interdisait la pratique des Véhicules Nautiques à Moteur (VNM, plus couramment désigné par le terme de «Jet ski») dans les eaux de Mayotte. La pratique individuelle tolérée (quelques unités) et l installation d un professionnel dans cette activité ont influencé l évolution de la stricte réglementation en vigueur jusqu alors. Dans ce cadre, suite à diverses réunions d échange, l arrêté préfectoral n 106/04/AM du 28 juillet 2004 a été publié, modifiant substantiellement les possibilités d usage de ces engins rapides. Néanmoins, un des article interdit expressément l approche des mammifères marins par les VNM. Par ailleurs, entre le 1 er août et le 31 octobre, une très large partie du lagon est interdite à cette activité de loisir, en particulier du fait de la présence de la baleine à bosse dans le lagon à cette période (Figure 25). 37
Figure 25 : Carte de la zone d activité des Véhicules Nautiques à Moteur pendant la période du 1 er août au 31 octobre. 4.3 Evaluation préliminaire de ces deux arrêtés La note de synthèse présentée en Annexe 9 a été élaborée et présentée dans le cadre de la Commission Consultative de l Environnement et de la Protection du Patrimoine (CCEPP) du 7 juillet 2005, présidée par le Préfet. Elle dresse un premier état des réflexions menées par l OMM. Concernant la réglementation sur l approche des mammifères marins, une étude plus approfondie a été menée par l OMM entre juillet et septembre 2005. Elle consiste en la réalisation d une expertise sur les réactions comportementales à court terme des mammifères marins face à l approche des embarcations de «whale watching». Cette étude permet également d engager des réflexions sur la pertinence des arrêtés constituant l arrêté préfectoral. Enfin, l étude est complétée par une réflexion sur la gestion future de l écotourisme lié aux mammifères marins à Mayotte. Cette étude n aurait pu être réalisée sans le soutien de certains opérateurs écotouristiques. D autres arrêtés préfectoraux contribuent, directement ou non, à la conservation des mammifères marins et de leurs habitats. Il s agit notamment d un arrêté sur la réglementation de la pêche au filet, limitant considérablement l usage de ces engins dont les effets néfastes sur les populations de tortues et de mammifères marins sont bien connus (captures accidentelles). 38
Conclusion et perspectives générales L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte a connu une évolution importante depuis 2004. Les actions ont été multipliées et les moyens renforcés, de manière à contribuer de manière significative à la connaissance et à la conservation de ce patrimoine naturel exceptionnel. Mayotte se révèle être un site exceptionnel pour l étude des mammifères marins. Ce site permet une accessibilité remarquable à de nombreuses espèces, dont certaines inconnues de la communauté scientifique. Les problématiques environnementales liées à l altération des milieux littoraux et côtiers de Mayotte mettent en évidence la nécessité de poursuivre le suivi des mammifères marins à des fins de conservation et de gestion des espèces et de leurs habitats. En tant que modèles biologiques accessibles et situés au sommet des réseaux trophiques, les mammifères marins se révèlent être des sentinelles des écosystèmes marins (Wells et al., 2004). Les particularités du site de Mayotte, en tant que site atelier, doivent également permettre la mise en place de programmes plus spécifiques de recherche pour une connaissance fondamentale. Très concrètement, il est recommandé de poursuivre les travaux de recherche sur les baleines à bosse, en particulier sur les couples femelle-petit, en tant que modèle de référence. Cette catégorie de groupe est la plus rencontrée à Mayotte et son degré de vulnérabilité est probablement plus important. La connaissance des activités diurnes et de l utilisation de l espace lagonaire par les couples femelle-petit revêt donc une importance toute particulière. Par ailleurs, le lagon de Mayotte s avère être un site privilégié pour étudier le processus d élevage des baleineaux pour des objectifs plus fondamentaux de recherche. Pour ce qui est des populations de dauphins et des autres espèces probablement sédentaires (baleines à bec), Mayotte est un site qui permet une accessibilité exceptionnelle à ces modèles biologiques. Des programmes de recherche plus spécifiques sur ces modèles pourraient à la fois contribuer à la gestion de ce patrimoine naturel, mais également à conduire des études originales permettant de valoriser Mayotte en tant que site pilote/laboratoire pour l étude des mammifères marins. Les actions de communication et de sensibilisation doivent être poursuivies voire intensifiées. Nous pouvons notamment faire référence au jeune âge de la population mahoraise, cible prioritaire de l éducation à l environnement, pour sensibiliser la population à la connaissance et à la protection de son patrimoine naturel. Des actions directes en faveur des jeunes doivent donc être développés. A titre d exemple, des concours de dessin permettraient à des scolaires de partir à la découverte du lagon (projet en cours) et des conférences dans les villages ou dans les écoles permettraient de sensibiliser directement la population aux mammifères marins et plus globalement à l environnement lagonaire. Un projet conjoint avec les trois observatoires (mammifères marins, récifs coralliens, tortues marines), le Conseil Général (Direction de l Agriculture, Environnement et Territoires) et le milieu associatif permettrait de monter un projet fédérateur pour sensibiliser la population à l exceptionnel environnement marin de Mayotte, à ses menaces et à sa valorisation durable. 39
Références bibliographiques BUCKLAND, S.T., ANDERSON, D.R., BURNHAM, K.P., LAAKE, J.L., BORCHERS, D.L. & THOMAS, L., 2001. Introduction to distance sampling: Estimating abundance of biological populations. Oxford University Press, Oxford, UK. BURNHAM, K.P., ANDERSON, D.R. & LAAKE, J.L., 1980. Estimation of density from line transect sampling of biological populations. Wildlife Monograph, 72: 1-202. CHAMBERS, M.R., BANI, E. & BARKER-HUDSON, B.E.T., 1989. The status of dugongs (Dugong dugon) in Vanuatu. South Pacific Regional Environmental Programme Topic Review N 37. South Pacific Commission, Nouméa, New Caledonia. DALEBOUT, M., HOOKER, S.K. & CHRISTENSEN, I., 2001. Genetic diversity and population structure among northern bottlenose whales, Hyperoodon ampullatus, in the western north Atlantic Ocean. Canadian Journal of Zoology, 79: 478-484. DE IONGH, H.H., 1995. Aerial surveys of the dugong (Dugong dugon, Müller 1776) in coastal waters of the Lease Islands, East Indonesia. Marine and Freshwater Research, 46: 759-761. ERSTS, P.J., KISZKA, J. & ROSENBAUM, H.C., 2005. The influence of abiotic environmental variables on the distribution of humpback whale mother-calf pairs in a tropical lagoon. European Research on Cetaceans, 19: in press. GODARD, C.A.J., SMOLOWITZ, R.M., WILSON, J.Y., PAYNE, R.S. & STEGEMAN, J.J., 2004. Induction of cetacean Cytochrome P450A1 by ß-Naphthoflavone exposure of skin biopsy slices. Toxicological Sciences, 80: 268-275. HOOKER, S.K., IVERSON, S.J., OSTROM, P. & SMITH, S.C., 2001. Diet of northern bottlenose whales inferred from fatty acid and stable isotope analyses of biopsy samples. Canadian Journal of Zoology, 79: 1442-1454. KISZKA, J. & CHARLIER, F., 2005. Biopsy sampling in tropical dolphins: individual and group behavioural reactions. 16 th Biennial Conference on the Biology of Marine Mammals. San Diego, December 2005. KISZKA, J., 2004. Les mammifères marins dans les eaux de Mayotte (ocean Indien) : statut écologique et de conservation dans le cadre de l inventaire du patrimoine naturel selon la méthodologie nationale ZNIEFF. Rapport de l Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte (Direction de l Agriculture et de la Forêt & Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). 26 p. KISZKA, J., VELY, M., BERTRAND, N., WICKEL, J., BREYSSE, O. & MALECK- BERTRAND, N., 2004. Status and conservation of the dugong in the lagoon of Mayotte (Comoros). In C. Muir (Ed). Regional report on the status and conservation of the dugong in the south-western Indian Ocean. East African Ecoregion Report. WWF, UNEP. KISZKA, J., 2005a. Statut et conservation du dugong (Dugong dugon) dans le lagon de Mayotte (Comores, Canal de Mozambique). Arvicola, Tome XVI, n 2 : 49-54. KISZKA, J., 2005b. Evaluation préliminaire des arrêtés relatifs à la conservation des mammifères marins dans les eaux de Mayotte. Rapport de l Observatoire des Mammifères 40
Marins de Mayotte (Direction de l Agriculture et de la Forêt & Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) soumis à la Commission Consultative de l Environnement et de la Protection du Patrimoine Naturel (CCEPP), 7 juillet 2005. 7 p. MARSH, H., 1995. Fixed-width aerial transects for determining dugong population sizes and distribution patterns. Pages 56-62 in T.J. O Shea, B.B. Ackerman & H.F. Percival, eds. Population Biology of the Florida Manatee. Information and Technology Report 1, U.S. Department of the Interior, National Biological Service, Washington, DC. MARSH, H., CORKERON, P., LAWLER, I.R., LANYON, J.M. & PREEN, A.R., 1996. The status of the dugong in the southern Great Barrier Reef Marine Park. GBRMP Research Publication N 41. Queensland, Australia, 80 p. MARSH, H., PENROSE, H., EROS, C. & HUGHES, J., 2001. Dugong Status Report and Action Plans for Countries and Territories. UNEP/IUCN. MARSILI, L., D AGOSTINO, A., BUCALOSSI, D., MALATESTA, T. & FOSSI, M.C., 2004. Theoretical models to evaluate hazard due to organochlorine compounds (OCs) in Mediteranean striped dolphin (Stenella coeruleoalba). Chemosphere, 56: 791-801. RATHBUN, G.B., BROWNELL, R.L., RALLS, K. & ENGBRING, J., 1988. Status of dugongs in waters around Palau. Marine Mammal Science, 4: 265-270. SATHASIVAM, K., 2004. Marine mammals of India. Universities Press WWF. 180 p. WICKEL, J., ROLLAND, R., ABELLARD, O., DJANFAR, A., CHARLIER, F., ABDOU, I., ABDOU, N., 2004. L Observatoire des Mammifères Marins de Mayotte : bilan des actions réalisées après 6 années d existence et propositions d évolution. Rapport OMM-DAF. 26 p. + Annexes. YOSHIDA, H., SHIRAKIHARA, K., KISHINO, H. & SHIRAKIHARA, M., 1997. A population size estimate of the finless porpoise, Neophocaena phocaenoides, from aerial sighting surveys in Ariake Sound and Tachibana Bay, Japan. Researches on Population Ecology, 39: 239-247. 41