Premier bilan des groupes «marionnettes» et «montage vidéo» L hôpital de jour pour adolescents de l ASM13 accueille pour des soins de longue durée des patients ayant tous présenté des troubles psychiques sévères de la petite enfance. Ces états nécessitent une prise en charge globale articulant une dimension éducative, pédagogique et psychothérapique. C est ainsi que notre dispositif vise, grâce à l action coordonnée d une équipe pluridisciplinaire, à permettre un réinvestissement progressif de tous les secteurs de la vie psychique, et à accompagner le mieux possible un processus développemental. Pour ce faire, l approche groupale est assez largement privilégiée : Chaque jeune, faisant l objet d un emploi du temps, articulant temps pédagogiques, et activités en groupe offrant des médiations très diverses. Le groupe, en favorisant l ouverture aux autres, les jeux identificatoires, l expression sous toutes ses formes, est un outil particulièrement pertinent, dans sa valeur mobilisatrice. Si cela est vrai pour tout adolescent, la prime de plaisir liée au jeu, à la création, à la découverte, est ici essentielle chez des patients dont le système de défense tend à exclure radicalement l autre et la réalité extérieure. C est dans cet esprit que l équipe a souhaité initier deux «ateliers» qui semblaient susceptibles de répondre assez bien à ces critères : 1. L un, est un atelier vidéo, faisant appel à un équipement technique permettant à un groupe de jeunes de créer des films, d apprendre une technique nouvelle, et de maîtriser toutes les étapes de la fabrication d un film : Scénario, tournage, sélection des séquences, montage, sonorisation, jusqu à la projection du film. Cette activité, au delà de l apprentissage purement technique et de l intérêt évident qu elle peut susciter pour un jeune publique, nous semble susceptible de mobiliser toute une série de capacités articulant mise en récit, inscription dans une temporalité, élaboration de scénarii faisant appel à l imagination, regard sur le monde, expression esthétique 2. L autre est un atelier marionnette, susceptible de favoriser la créativité, la mise en représentation, l expression des conflits ou des émotions, dans une mise en scène partagée à plusieurs. S il est encore trop tôt pour prétendre à une véritable évaluation clinique des effets de ces actions, il semble qu un premier bilan soit maintenant possible : Ces deux ateliers ont fortement suscité l intérêt des jeunes, qui ont très vite exprimé le souhait de pouvoir s y inscrire. 1
Ce type de médiation a permis, pour l un comme pour l autre la création «d objets» dans lesquels chacun a pu apporter une «part de lui-même», en s impliquant, en partageant, en apportant ses compétences, dans un objectif commun. Ces deux médiations nous semblent aussi offrir des développements possibles, qui pourraient prendre diverses formes, susceptibles de valoriser l action d entreprendre, de s impliquer dans un projet commun. Voici maintenant les premiers bilans que les co-animateurs de ces ateliers ont pu faire : 1) L atelier montage-vidéo Grâce à la fondation «Entreprendre pour Aider», l Hôpital de Jour a pu s équiper d un matériel vidéo complet comprenant : un logiciel de montage vidéo semi professionnel, deux postes informatiques permettant de réaliser ces montages, et un équipement de vidéo projection comprenant vidéo projecteur, écran déroulant, et matériel de sonorisation. Nous avons ainsi la possibilité de proposer des projections de films ou vidéos dans une pièce située au-sous sol de l Hôpital De Jour. Actuellement, chaque vendredi, de 15h00 à 16h30, sont projetés films ou documentaires. L origine du projet : À l origine, l atelier «montage vidéo» a été imaginé en équipe : réaliser un film relatant une année de vie à l HDJ. Il y a plus d un an, en vue du début des travaux à l HDJ, les adolescents et les soignants ont souhaité mettre en image et raconter les changements et les transformations qu ils allaient vivre ensemble. Garder une trace de cette histoire collective et de tous les changements qu elle entrainerait. C est ainsi qu un groupe de jeunes a commencé à filmer des séquences vidéos, à partir du mois d avril 2012 (le tournage s est terminé au printemps 2013), à organiser un «récit du quotidien», et à réaliser un montage de ces séquences, pour produire, dans un premier temps une sorte de «bande annonce» : Il s agissait d une vidéo d une douzaine de minutes anticipant et annonçant le «long métrage» en cours de réalisation. Cela leur a permis d apprendre à créer un scénario à plusieurs et de se familiariser avec les techniques du montage vidéo. Le 29 juin 2013, à l occasion de la fête d inauguration des nouveaux locaux de l HDJ, les familles ont pu assister à la projection de cette «bande-annonce» qui a eu un franc succès! L activité du groupe montage : Depuis, l atelier montage accueille actuellement 7 jeunes avec la possibilité d intégrer dans le groupe un huitième adolescent en cours d année. Il fonctionne chaque mercredi de 13h30 à 16h30. 2
Dans l atelier les jeunes sont divisés en deux sous-groupes qui travaillent chacun sur un ordinateur équipé d un logiciel de montage semi-professionnel. Lors de la réalisation de la bande-annonce, les adolescents avaient déjà commencé à se familiariser avec ce nouvel outil informatique et avec les opérations de base du travail de montage (importations d images, traces sonores et musique, disposition d images et de traces sonores sur les pistes de montage, insertion de textes). Parallèlement, les éducateurs, co-animateurs du groupe, ont dû participer à une formation sur l usage du logiciel pour pouvoir à leur tour accompagner les adolescents dans l apprentissage du travail de montage-vidéo. L évolution de l atelier : Depuis la rentrée de septembre, le groupe s est remis au travail pour la réalisation cette fois, du «long-métrage» qui s intitulera «La vie en chantier». Actuellement, ce film va bientôt être finalisé et sera présenté, avec l accord des jeunes, lors de l inauguration officielle de l Hôpital de Jour, prévue courant janvier 2014. Cette expérience a beaucoup mobilisé les adolescents qui se sont investis dans toutes les étapes de la conception. Certains ont même acquis maintenant une assez bonne maîtrise de la technique. À partir de février 2014, les adolescents ont exprimé le souhait de s engager dans un travail plus personnel : chaque jeune pourrait réaliser, avec l aide du groupe, son propre film, devenant ainsi à tour de rôle, le «réalisateur» : partant d une idée originale personnelle, chaque adolescent pourra ainsi impliquer les autres jeunes de l atelier dans les différentes phases de son travail : dans l écriture du scénario, dans l activité de reprise, avec la possibilité de faire jouer à d autres un rôle dans son petit film. S il est encore trop tôt pour faire un bilan de cet atelier, nous constatons que les jeunes qui y participent s y sont beaucoup impliqués, et que cette médiation pourra offrir de multiples développements, au fil des années. 2) Le groupe Marionnettes Nous avons commencé le groupe marionnette en Septembre, après un temps nécessaire de préparation pour démarrer ce groupe où j ai participé à une formation avec l association : «Marionnette et Thérapie» ainsi qu à une réunion avec l ensemble de l équipe de l hôpital de jour pour réfléchir et définir quels jeunes pourraient bénéficier de cet atelier. Ce groupe est co-animé par une infirmière et une art-thérapeute. Il accueille 5 patients et il aura la possibilité d en accueillir 2 ou 3 autres au cours de l année. Il a lieu une fois par semaine et se déroule sur deux heures. L objectif de ce groupe est la création de marionnette à main prenante et la mise en représentation, seul ou à plusieurs, de scénarii en utilisant le jeu derrière le castelet, permettant un travail sur l expression des émotions ou des conflits. 3
Le temps de fabrication : Dans l atelier d art-plastique, une grande table rassemble le groupe de jeunes La fabrication de chaque marionnette commence. A partir d une boule de polystyrène sur laquelle on rajoute divers matériaux, il s agira de façonner les volumes du visage. Puis couche par couche de la bande plâtrée est appliquée, poncée, pour préciser l expression de chaque marionnette. Un processus de création qui permettra à chaque jeune de donner naissance à un personnage individué. Nous proposons ainsi un travail très individuel qui par le «faire ensemble» va petit à petit marquer l appartenance et l existence de ce groupe. Nous avons, pour cette première marionnette, choisi un procédé de fabrication qui nous a pris 4 à 5 séances, c est le temps nécessaire aux patients pour penser, imaginer un personnage, pour vivre chaque étape de la transformation de la marionnette. Après le choix des cheveux, de l expression des yeux et des vêtements, la marionnette existe et nous passons à l étape de lui donner l épaisseur d un personnage. Chacun doit s approprier sa marionnette pour pouvoir dans un second temps lui faire dire ce qu il va vouloir dire au groupe. Pour cela nous allons ensuite travailler sur la construction de l identité de la marionnette. Il faut la manipuler, apprendre à se déplacer avec, regarder celles des autres pour que les patients puissent petit à petit échanger de marionnette à marionnette. 4
Le temps du jeu L atelier est transformé. Plus de table. Un grand rideau sépare l espace, des projecteurs éclairent le lieu d où les marionnettes parlent. Un grand espace est libéré et en début de séance il permet de faire des mises en route collectives où il est question de bouger dans l espace, de se rencontrer, d échanger des gestuelles par deux ou par trois qui aideront à la rencontre des marionnettes derrière le rideau dans l espace scénique. Quand le jeu des marionnettes commence les chaises des spectateurs déterminent la place de ceux qui écoutent, de ceux à qui l on parle sans les voir et la lumière éclaire le rideau derrière lequel s expriment les jeunes par le biais des marionnettes qui jouent des mises en scènes improvisées. Le groupe est constitué de jeunes qui ont une aisance verbale et d autres pour qui le langage est encore peu utilisé pour exprimer une pensée adressée. Nous avons commencé par de courts passages individuels puis à deux. Depuis peu, des bouts d histoires improvisées commencent, quelquefois une marionnette peut choisir d en inviter une autre derrière le rideau. On peut dire que les personnages se cherchent encore et que le groupe se crée. Mais il est question de laisser la parole émerger et donc nous accueillons encore les blancs et les passages furtifs de certains, mêlés à des récits improvisés pour d autres. Au fur et à mesure des jeux scéniques, le besoin d un décor, de la création d accessoires, d objets aidant, soutenant le dialogue est apparu, nous utilisons alors la fin de la séance pour les fabriquer. Une marionnette garde son identité au fil des séances et des semaines, la rencontre et le dialogue avec d autres personnages peut par contre amener d autres facettes de son caractère ou la modifier. 5
L avenir : Continuer à approfondir les personnages, favoriser les dialogues à plusieurs. Travailler sur l expression des émotions. Nous avons vu apparaître la nécessité d un personnage «neutre» pouvant intervenir dans plusieurs situations. Cette marionnette créée collectivement sera la marionnette du groupe qui pourra être utilisée comme personnage ayant plusieurs rôles. L année sera rythmée par la création de plusieurs marionnettes avec des techniques différentes ce qui permettra de faire vivre à chacun des personnages différents. Il est possible qu un film soit réalisé, montrant le jeu des marionnettes. Mara VOLPI Éducatrice Véronique HUMBERT Art Thérapeute Michaël QUERRIEN Éducateur Marie DUMORTIER Infirmière Bertrand ETIENNE Pédopsychiatre 6