ÉCOUTE -MOI FRANÇOISE COURVOISIER ÉQUIPE ARTISTIQUE CASTOU PATRICIA MOLLET-MERCIER PHILIPPE MATHEY, PHILIPPE BÉGNEU NICOLAS LE ROY THÉÂTRE LE POCHE www.lepoche.ch - 022 310 37 59 location Service culturel Migros 19 AVRIL > 9 MAI 2012 CRÉATION VISUELLE JEAN-MARC HUMM, LA FONDERIE / PHOTOGRAPHIE AUGUSTIN REBETEZ LE POCHE GENÈVE EST SUBVENTIONNÉ PAR LA VILLE DE GENÈVE (DÉPARTEMENT DE LA CULTURE) LA RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE. IL EST GÉRÉ PAR LA FONDATION D ART DRAMATIQUE (FAD) Castou, comédienne
ÉCOUTE-MOI ( création ) 19 AVRIL > 9 MAI 2012 Texte & mise en scène Françoise Courvoisier Collaboration artistique Philippe Bégneu Son Nicolas Le Roy Jeu Castou Philippe Mathey Patricia Mollet-Mercier Production Le Poche Genève Images disponibles, libres de droits Castou / Photographie Augustin Rebetez
FICHE PÉDAGOGIQUE ÉCOUTE-MOI Genre : Théâtre contemporain Auteure : Françoise Courvoisier Objets d étude : La quête de sens La marginalité, la différence L art brut Registre : Théâtre de situations Forme : Dialogues en prose Synopsis : Une femme se retire du monde pour redécouvrir les choses simples de la vie. Dans une cave qui lui sert à la fois de logement et d atelier, elle fabrique des drôles d objets à l abri des regards. Sa retraite sera bientôt perturbée par l intrusion d une jeune fille en manque d affection et celle d un vieux rocker mythomane. Extrait : «Vous voyez ce mur? J y ai passé des milliers d heures. Dans chacune de ces étoiles, j ai mis tout ce que j avais à offrir. J en ai éprouvé un plaisir, une jubilation. qui pourrait ressembler à du bonheur, oui». Création : Théâtre Le Poche, 19 avril 2012 Durée du spectacle : 1h15
ÉCOUTE-MOI entretien avec Françoise Courvoisier, réalisé par Anouk Molendijk, Scènes Magazine, avril 2012 Au tout début des répétitions d Écoute-moi, Françoise Courvoisier, directrice du Poche, a accepté de nous rencontrer pour un entretien sur sa dernière création, dont elle signe à la fois l écriture et la mise en scène. Ce spectacle, relatant l histoire d une femme qui s est exilée du monde pour fabriquer des objets curieux dans sa cave, est parti de son envie d à nouveau travailler avec la Castou. Comment est né le projet Écoute-moi? Écoute-moi est né à la fois du désir de prolonger ma collaboration avec la Castou (Catherine Burkhardt) et d une révélation suscitée par les photographies de Mario del Curto sur l art brut. J avais travaillé avec Castou une première fois sur Racines d Arnold Wesker, où elle jouait le rôle d une mère issue d un milieu simple. J avais réalisé avec elle un travail d une grande profondeur, tout en délicatesse. Nous avions toutes deux été ravies de cette expérience. Nous avons à nouveau collaboré pour une pièce de Viala, où elle jouait une pensionnaire revêche et désagréable d un EMS (Petit-Bois), tout à l opposé d elle! J ai beaucoup apprécié sa flexibilité, ainsi que son immense modestie. Elle aime travailler et a gardé un grand émerveillement par rapport au métier. Pour ce qui est du sujet, j avais trouvé dans un livre sur l art brut de Mario del Curto l histoire de quelqu un qui décide de décrocher du monde. J ai ainsi créé le personnage que jouera Castou, qui a eu un passé glorieux et qui pourtant s installe dans une cave, avec très peu de confort. Elle fera de cette cave un atelier, où elle créera de ses mains des objets singuliers. Elle sera rattrapée par une jeune fille qui l admire, puis un vieux rocker. Comment avez-vous donné forme à ces personnages? Vous êtes-vous inspirée des acteurs qui allaient les interpréter? Mes personnages sont faits d un mélange de personnes que j ai pu rencontrer. Par exemple, le vieux rocker, c est un mélange de Michel Viala et de Jean-Pierre Kalfon. J aime l idée que les gens ne sont pas ce que l on croit. J essaie ainsi d exploiter la part d ombre des acteurs, et de ne pas leur donner des rôles trop évidents. Lorsque l acteur est à mi-chemin entre luimême et le personnage, cela donne quelque chose de plus intéressant. J avais pensé à la Castou et à Patricia Mollet-Mercier, et le rocker s est imposé de lui-même au cours de l écriture. Philippe Mathey, qui l interprétera, est un grand acteur : il peut autant avoir l air splendide que plongé dans une profonde déchéance. Comment évolue l écriture d Écoute-moi avec le passage à la scène? Pour cette pièce plus que pour mes précédentes, j ai envie de développer des climats. On vient de commencer les répétitions, et je n arrête pas de couper dans le texte. Il ne faut pas avoir peur d être simple. Je recherche la densité, et j ai envie de travailler sur des situations. Comment s intègre la dimension artistique avec le travail manuel du personnage de Castou? La pièce comporte-t-elle un message sur l art? Je n ai pas envie de dire que la femme que joue Castou fait de l art. Elle fabrique de drôles d objets, sans notion d esthétique. Ce qu elle va faire sera l aventure des répétitions. Je voulais voir Castou être dans le «faire» plus que dans le «paraître», et d ailleurs elle et Patricia Mollet-Mercier sont très douées de leurs doigts! Pourriez-vous nous dire en conclusion quel pourrait être le propos de cette pièce? J ai trouvé intéressant de mettre à la scène quelqu un qui va vers un total dépouillement, qui a fait le choix de freiner d un coup, et qui retrouve le bonheur de faire des choses élémentaires. Ce travail artisanal est évidemment une quête de sens.
James Harold Jennings photographié par Mario del Curto (in Les Clandestins, Collection de l Art Brut, Lausanne)
LA PART D'OMBRE entretien avec Françoise Courvoisier, réalisé par Frédéric Schreyer, Cahiers du Poche n 9 Après les percutants Combats d une Reine de Grisélidis Réal, succès au Festival d Avignon 2010 puis au Poche et en tournée cet automne, Françoise Courvoisier signe à la fois la mise en scène et le texte de son nouveau spectacle : Écoute-moi. À huit mois des répétitions, elle nous parle de sa pièce, en cours d écriture, et de son rapport au théâtre. Comment se déroulent les répétitions avec les acteurs? Avez-vous une méthode particulière? Pendant les répétitions, on peut distinguer deux phases, deux étapes de travail distinctes mais complémentaires. La première devrait donner à l acteur un espace de liberté et de confiance propre à l élan créatif, afin qu il puisse se déployer, mettre au service du spectacle sa singularité, son talent et son inventivité. La deuxième, qui peut aussi se dérouler en alternance avec la première, répond à la nécessité de fixer un cadre, de donner à l ensemble du spectacle une homogénéité, une atmosphère propre. Cette étape peut entraîner le metteur en scène à «diriger», voire «contrarier» les comédiens. Certains ont besoin qu on leur pose des limites, d autres qu on les pousse hors de leurs retranchements... ( ) Les comédiens, ont-ils une influence sur la manière dont vous écrivez? Oui. Lorsque j écris un texte, je pense à des acteurs. En écrivant, j ai en tête non seulement leur visage, leur voix, mais aussi leur part d ombre, ces zones plus souterraines... Par exemple dans Écoute-moi, je ne veux pas écrire un rôle sur mesure pour la Castou (Catherine Burkhardt), où elle serait elle-même de A jusqu à Z! Je souhaite plutôt faire ressortir une part secrète qui m intrigue, que je crois deviner en elle. Est-ce que vous pouvez en dire un peu plus? Je me suis inspirée de personnes que je connais, des renoncements auxquels elles se sont soumises alors qu elles étaient pleinement intégrées à la société. Le personnage qu incarnera Castou est une femme qui a un passé bourgeois, qui a connu «la réussite» mais qui a décidé un jour de tout arrêter. De changer de camp. Elle se retrouve quasi clocharde. Une phrase de Grisélidis Réal (Les Combats d une reine) donne un sens à cette démarche : «Vous ne pouvez pas savoir la liberté qu on a quand on se trouve tout en bas de l échelle!». Vos pièces témoignent souvent d un attrait pour les figures marginales, pour ces gens que l on cherche, le plus souvent, à cacher ou à faire taire. Est-ce un acte politique que de leur accorder le premier rôle? Même si le terme «acte politique» me paraît un peu exagéré, je pense qu effectivement, rien n est innocent au théâtre. À partir du moment où l on monte une pièce et qu on la présente, on transmet forcément un message. Qu on le veuille ou non. La manière dont les auteurs évoquent certaines choses, la façon qu ils ont de s y intéresser ou de ne pas s y intéresser, de les valoriser ou de les ignorer, est forcément révélatrice d un mode de pensée. Je crois que l on se dévoile beaucoup par ce que l on fait dire à ses personnages, même si on évite le premier degré, voire le deuxième... Le sens jaillit malgré nous. Je ne souhaite pas faire du théâtre politique à proprement parler mais oui, il s agit bien d une forme d engagement lorsque je donne la part belle à des êtres en marge. Les «marginaux» ne sont pas suffisamment respectés dans notre société. À Genève, je croise souvent un clochard assez fascinant qui porte de grandes tuniques un peu moyenâgeuses et pousse un caddy bourré d objets insolites. On ne sait pas s il s agit de déchets ou d objets précieux. S il est fou ou s il ne l est pas. S il fait semblant de l être ou s il l est vraiment. Tout est tellement plus compliqué que ce que cela semble au premier abord.
Ce n est pas forcément lui le pauvre. Une phrase d Audiard le dit : «Bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière». Voilà, c est ça. Dans le tarot de Marseille, l ermite, c est le pouilleux, le solitaire, le fou... mais c est aussi le sage. Sa figure est valorisée dans la mystique et dans la Bible ; ce qui n est pas le cas dans notre société. Le théâtre peut donner la parole à ceux qui l ont perdue, ou même jamais eue. Ce rôle de porte-voix, vous le teniez déjà dans Les Combats d une reine où vous donniez la parole à une prostituée? Oui, à cela près que Grisélidis Réal n a pas eu besoin de moi pour s exprimer! Comme on le sait, elle est l auteure de plusieurs livres et son écriture est enfin reconnue à sa juste valeur. J ai peut-être un tout petit peu participé à mieux faire connaître l écrivaine, à qui la catin révolutionnaire faisait un peu d ombre, surtout à Genève : «Comment peut-on étudier à l Université les textes d une prostituée? Quel scandale!». Elle raconte beaucoup de cette lutte contre les préjugés dans La Passe imaginaire. Les Combats d une reine se basent d ailleurs sur ses propres écrits, nullement destinés aux planches à l origine. À plusieurs reprises, vous avez adapté pour la scène des textes provenant d autres domaines que celui du théâtre. Pensez-vous, comme le disait Antoine Vitez, que l on puisse «faire théâtre de tout»? Oui, je crois que l on peut faire théâtre de tout ; à condition que le metteur en scène soit passionné par son sujet. Dans ce cas, il peut faire un spectacle avec pas grand-chose, au niveau de la matière textuelle. Tout est question de désir..
FRANCOISE COURVOISIER CASTOU Françoise Courvoisier, directrice du Poche Genève depuis 2003, auteure, comédienne et metteure en scène, a créé au Poche : Racines d Arnold Wesker, Petit Bois de Michel Viala, Conversations après un enterrement de Yasmina Reza, Je l aimais d Anna Gavalda, Sang de Lars Norén, Le Répétiteur dont elle est l auteure, La Mouette d Anton Tchékhov (au Théâtre Pitoëff), Jean la Vengeance de Jérôme Robart (à La Parfumerie) et Les Combats d une reine d après les œuvres de Grisélidis Réal, créé au Festival d Avignon 2010 et repris à Genève en mars 2011, puis en tournée en France. Plusieurs de ces spectacles ont également été joués au Théâtre Le Public à Bruxelles, au Théâtre de Vidy à Lausanne, ainsi que sur d autres scènes romandes. Bien connue du public pour ses rôles dans différentes séries télévisées, dont Bigoudi, La Chronique ou encore Marilou, Catherine Burkhardt, alias Castou, s est produite pendant plus de dix ans dans la revue du Casino-Théâtre sous la direction de Gérard Carrat. Au Poche, elle fut la mère bouleversante de Racines d Arnold Wesker puis Madame Klopfenstein dans Petit Bois de Michel Viala, mis en scène par Françoise Courvoisier. On la voit aussi avec l équipe du Boulevard Romand dans Le Vison voyageur signé Ray Cooney et John Chapman et dernièrement dans L Amour foot de Robert Lamoureux, deux mises en scène de Jean- Charles Simon.
PHILIPPE MATHEY Philippe Mathey joue depuis 1984 sur toutes les scènes de Suisse romande. On se souvient notamment de son interprétation de Paul dans Rapport aux bêtes de Noëlle Revaz mis en scène par Andrea Novicov au Poche, de Van Gogh dans la pièce du même nom signée Joël Pasquier et mise en scène par Pierre Romanens, de Boudu, dans Boudu sauvé des eaux de René Fauchois, mis en scène par Raoul Pastor au Théâtre des Amis, du clochard de Poussières d étoiles, écrit et mis en scène par Françoise Courvoisier au Théâtre La Grenade. Sous sa direction, on le retrouve dans La Mouette au Théâtre Pitoëff. Visage connu de la RTS, il est également l un des héros des séries Les Pique-Meûrons, Dix et diverses fictions. PATRICIA MOLLET-MERCIER Après avoir suivi une formation de comédienne à La Manufacture, Patricia Mollet-Mercier, joue notamment dans J ai passé ma vie à chialer mais demain j arrête mis en scène par Mathieu Béguelin au Théâtre du Pommier de Neuchâtel, Stop the tempo! mis en scène par Manu Moser à l Alchimic et Un Caprice de Musset mis en scène par Alain Carré au Théâtre des Salons. Elle interprète aussi la jeune Grisélidis dans Les Combats d une reine mis en scène par Françoise Courvoisier au Festival de Liège. Récemment, on l a vue dans L Amour foot de Robert Lamoureux mis en scène par Jean Charles Simon, tourné en Suisse romande l hiver dernier.