NOM : Classe : PROGRAMME D HISTOIRE DE TROISIÈME (partie I, chap. I) : La Première Guerre mondiale : vers une guerre totale (1914-1918) Affiche de propagande et Grande guerre Domaine artistique : arts du visuel Thématique : Arts, ruptures, continuités Objectifs : - Etudier une affiche de propagande (3 étapes en histoire : présentation, description, analyse). - Identifier les représentations de l ennemi, comprendre la composition des affiches de la Grande guerre, leurs emprunts (influences culturelles ici) et leur postérité. - Préparer l épreuve de l histoire des arts (formes et techniques, significations et usages). Détruisez cette bête furieuse / Engagez-vous dans l armée américaine Fiche d identité de l œuvre d art Titre : Destroy this mad brute (Détruisez cette bête folle/furieuse) Date : 1917 Auteur : Harry R. Hopps (1869-1937), artiste et illustrateur américain Commanditaire : gouvernement américain Nature : affiche Genre : propagande Technique : lithographie Dimensions : 107 X 71 cm Source : manuel scolaire de troisième, édition Belin, 2012, p. 35 M. Haddak, collège Voltaire, Sarcelles, 95 200
QUESTIONNAIRE I/ PRÉSENTEZ L AFFICHE NGADS (nature, genre, auteur, source, date) Quel est le contexte historique de l image (que se passe-t-il aux États-Unis et dans le monde en 1917)? II/ DÉCRIVEZ L AFFICHE Qui est représenté comme une «bête»? À quoi le reconnaît-on? Qui est la femme? Que lui arrive-t-il? Quel est l effet recherché (sentiments)? Quels sont les deux territoires indiqués ou représentés sur l image? Repérez les plans de l image.
III/ ANALYSEZ L AFFICHE Quels sont les buts de l illustrateur? Soyez précis. Quel est l objectif de l affiche pour le gouvernement américain? À qui s adresse-t-il? Pourquoi peut-on dire, à partir de cette image et de vos connaissances, que le premier conflit mondial est une guerre totale?
La postérité de l affiche : On peut trouver certaines similitudes entre l affiche de 1917 et d autres œuvres du XXe ou du XXIe siècle. Voici ci-dessous trois illustrations tirées de différents supports. 1 2 3 1. On peut se demander si l affiche de cinéma montrant le gorille King-Kong, film réalisé en 1933 par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, ne reprend pas en partie certains éléments de l affiche de 1917. Il est frappant de constater que sur l affiche du film, la bête gigantesque tient dans sa main une femme effrayée par la brutalité de l animal qui défie la puissance américaine. 2. L'héroïne Sylvia Hollis est capturée par le roi des hommes-singes dans Le Rayon U, bande-dessinée d'edgar P. Jacobs (le célèbre auteur des aventures de Blake et Mortimer) et parue initialement en 1943 dans l hebdomadaire belge Bravo. Dans cette œuvre, les singes symbolisent la force brute et la nature sauvage opposées à la science de l homme blanc et à la civilisation. Cet intérêt pour les figures exotiques et monstrueuses est à replacer dans le contexte des expositions coloniales très en vogue de la fin du XIXe siècle aux années 1940. Des zoos humains, aujourd hui impensables, avaient même été conçus pour exciter l imagination des spectateurs européens ou américains. 3. Aux États-Unis, cette Une du célèbre magazine de mode féminin Vogue a fait polémique en mars 2008. On y voit une star de la NBA, Lebron James, dégageant une forte puissance et tenant d une main ferme la top-modèle brésilienne Gisèle Bundchen, souriante et nullement effrayée. Pour certains critiques, la photographe Annie Leibovitz se serait largement inspirée de l affiche de Harry R. Hopps de 1917. L image aurait selon eux une connotation raciste. M. Haddak, collège Voltaire, Sarcelles, 95 200
CORRECTION QUESTIONNAIRE I/ PRÉSENTEZ L AFFICHE NGADS (nature, genre, auteur, source, date) Affiche de propagande de l'américain Harry R. Hopps (1867-1937), tirée du manuel scolaire de 3 e Belin (2012). Elle est datée de 1917. Quel est le contexte historique de l image (que se passe-t-il aux États-Unis et dans le monde en 1917)? L Europe est en guerre depuis 1914. En avril 1917, les États-Unis rejoignent l Entente (Royaume-Uni, France, Italie) après la reprise début 1917 des attaques de sous-marins allemands contre des navires de commerce appartenant à des pays neutres. L opinion américaine était déjà très sensible après la destruction du navire britannique Lusitania en mai 1915 (plus de 1 000 passagers décédés dont près de 130 Américains), au large de l Irlande. Par ailleurs, la Russie connaît des troubles révolutionnaires qui affaiblissent le camp de la Triple-Entente. Les communistes au pouvoir en octobre 1917 négocient pour faire la paix avec l Allemagne (effective en mars 1918 : paix de Brest-Litovsk). II/ DÉCRIVEZ L AFFICHE Qui est représenté comme une «bête»? À quoi le reconnaît-on? C est un Allemand aisément reconnaissable avec son casque à pointe (A) sur lequel est écrit en anglais «militarism» (les ambitions militaires de l Allemagne sont souvent mises en avant par ses adversaires pour expliquer le déclenchement de la guerre). Quant à l animalisation des ennemis, c est un procédé souvent usité pendant ce conflit. La moustache (B) rappelle celle du kaiser (empereur) Guillaume II. A B L empereur allemand Guillaume II (1859-1941)
Qui est la femme? Que lui arrive-t-il? Plusieurs hypothèses : - Une civile américaine? - Une civile européenne? - L allégorie de la liberté? - Marianne (symbole de la France)? Enlevée par le singe, en partie déshabillée, elle semble sur le point de s évanouir. On remarquera le rôle de la femme, faible et soumise, qu il convient de protéger de la violence germanique. Statue de la Liberté, New-York city Quel est l effet recherché (sentiments)? Il s agit de développer la peur et la haine à l égard des Allemands assimilés à des brutes. On les accusait à l époque d avoir commis des «atrocités» contre les civils dans les territoires qu ils occupaient comme en Belgique ou dans le nord de la France (rumeurs de massacres de masse, de viols ). Quels sont les deux territoires indiqués ou représentés sur l image? - Probablement l Europe en guerre derrière le singe (on voit une ville détruite, en feu). - Les États-Unis au premier plan. Repérez les plans de l image. Au 3 e plan, on distingue une ville détruite (probablement en Europe). La lumière rougeoyante pourrait s expliquer par les flammes au loin, signes des violences de guerre. Au 2 nd plan, on observe un plan d eau représentant sans doute l Océan Atlantique. Au 1 er plan, un singe fixant le spectateur (il est sur le sol américain!). Il porte dans une main un gourdin (ou massue) avec inscrit dessus le mot allemand «Kultur» (culture) et dans l autre, une femme qu il a brutalisée.
III/ ANALYSEZ L AFFICHE Quels sont les buts de l illustrateur? Soyez précis. Il veut associer dans l esprit des spectateurs l image d une Allemagne «brutale». Le gourdin est accompagné du mot Kultur pour signifier que les Allemands sont plus proches de la sauvagerie que de la civilisation. Il s agit d inquiéter aussi le spectateur américain, éloigné des théâtres militaires européens. La guerre se rapprocherait des rivages américains. Quel est l objectif de l affiche pour le gouvernement américain? À qui s adresse-t-il? Il s agit d appeler les hommes à s enrôler dans l armée américaine. Il n y a pas de conscription (service militaire obligatoire) comme en France. Célèbre affiche américaine de 1917 Autre affiche réalisée par Louis Raemaekers, dessinateur néerlandais et propagandiste antiallemand très connu à l époque. On peut voir un cowboy américain viser avec son arme le Kaiser Guillaume II qui menace une réfugiée européenne, victime de la barbarie allemande. La civilisation chrétienne est aussi évoquée avec la croix. L Europe souffre ici comme le Christ (thème religieux de la Passion). À l arrière-plan, on peut observer la Statue de la liberté.
Pourquoi peut-on dire, à partir de cette image et de vos connaissances, que le premier conflit mondial est une guerre totale? Cette affiche illustre la guerre totale par la mobilisation des esprits. Le document sert une politique de propagande (le fait de diffuser et de faire accepter des informations vraies ou fausses à une population) pour susciter le patriotisme et la haine de l ennemi. Au musée de Meaux visité en novembre (voir les images ci-dessous), les nombreuses affiches que le guide vous a présentées illustrent bien le fait que la guerre des images était essentielle pour mobiliser des populations, dans un conflit très violent et plus long qu escompté en 1914. Affiche de 1916 (propagande pour inciter les Français à souscrire à un emprunt d État) Affiche de 1917, sur les «atrocités» allemandes Affiche américaine de 1917 pour venir en aide aux femmes françaises
À propos du rôle des artistes : 1 Pendant la Grande guerre Comme tous les citoyens, ceux nés vers 1880 ont été mobilisés sur le front. Nombreux ne reviendront pas des combats comme le peintre allemand August Macke ou l écrivain français Charles Péguy (tué près de Meaux comme l a expliqué le guide lors de la visite des champs de bataille). Pendant la guerre, en raison de leur savoir-faire, les artistes ont été très sollicités par les États pour mobiliser les populations par la propagande. Il ne faut pas seulement considérer les célébrités de l époque mais l ensemble des caricaturistes, illustrateurs, décorateurs plus ou moins connus (voir le dossier «Les arts et la Grande guerre»). Les armées utiliseront leurs talents pour développer de nouveaux camouflages. Très peu ont pu dénoncer la guerre à cause de la censure pratiquée par les États en conflit ou en raison du contexte patriotique peu favorable aux critiques. Certains ont dû s exiler dans des pays neutres pour pouvoir s exprimer tel le graveur belge Frans Masereel en Suisse. Un arbre-observatoire, camouflage en acier, tôle peinte, dans la Somme, 1915 2 Après la guerre Si des artistes continuent de produire des œuvres de propagande comme William Orpen (ci-dessous) ou à l occasion de commandes pour les monuments aux morts, d autres, passé le temps du bellicisme, vont commencer par témoigner des violences de la guerre. Par pacifisme souvent, ils rejetteront dans leurs œuvres le conflit de 14-18 comme le peintre allemand Otto Dix ou l écrivain de même origine Erich Maria Remarque. En France, l écrivain Blaise Cendrars a raconté dans une œuvre autobiographique, La Main coupée (1946), son expérience des tranchées (il a réellement perdu sa main en septembre 1915). À l inverse des écrivains, il faut noter que les plus grands peintres comme André Derain ou Georges Braque sont restés assez «silencieux» sur la Grande guerre, n évoquant que rarement ou avec difficulté cette période à laquelle, parfois, ils ont pris part. La signature du Traité de Versailles vue par William Orpen, 1919 (manuel p. 38) La Guerre d Otto Dix, 1929-1932 (manuel p. 44)
Après 1945, la dénonciation de la guerre (et de son absurdité) s est poursuivie en se servant souvent de l expérience universelle du Premier conflit mondial. Au cinéma, il faut citer évidemment l œuvre de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire (film sorti en 1957 et la France, alors engagée dans la Guerre d Algérie, ne le projettera qu en 1975). Dans le film de Jean-Pierre Jeunet (2004), Un long dimanche de fiançailles, La chanson de Craonne (chanson populaire pacifiste née en 1915 et longtemps interdite à la radio en France : voir le cours de Mme Stiers et le site de M. Gouralnik) est entonnée par un poilu. Plus originale dans la forme, la bandedessinée avec Jacques Tardi (1993, C était la guerre des tranchées) est une des œuvres antimilitaristes les plus connues aujourd hui (on peut la consulter au CDI). Pour aller plus loin : - La leçon sur la Grande guerre. - Le site internet du Musée de Meaux. - Un intéressant parcours thématique «les peintres et la Grande guerre» qui rassemble les collections de plusieurs musées. M. Haddak, collège Voltaire, Sarcelles, 95 200