Quels services financiers pour les plus pauvres?



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Transcription:

Quels services financiers pour les plus pauvres? Cette préoccupation devient de plus en plus importante dans l objectif de renforcer l économie rurale ; elle a toujours été présente dans le champ du développement pour appuyer différentes stratégies basées d abord sur une meilleure productivité agricole, puis sur l organisation du monde rural, sur le développement des AGR féminines Toutes ces stratégies devaient concourir à un meilleur développement et à la réduction de la pauvreté. Des services financiers ont rarement été offerts dans le seul but d un financement pour réduire la pauvreté avec une conceptualisation d un système spécifique orienté vers les plus pauvres, doté d une très large ouverture en termes d accès et d utilisation du crédit et de facilité le remboursement. Souvent, les conditions d accès au crédit excluent les plus pauvres, les extrêmement pauvres. Les services financiers s adressent-ils à cette catégorie de personnes? Qui veut prêter son argent aux plus pauvres? Le système de sécurisation de l argent qui a aussi un coût financier ne s ouvre pas aux plus démunis qui constituent aujourd hui une proportion importante de la population au Niger. Le crédit rural au Niger a fait son apparition à la fin des années 60 et devait appuyer prioritairement une agriculture de rente en quête de modernisation. Ce crédit s adressait exclusivement aux exploitants et surtout aux coopérateurs sous forme de crédit de campagne et de crédit de commercialisation. L échec de cette entreprise est dû à la nature des organisations ciblées qui jouent un double rôle, au plan économique et au plan politique. La position sociale de certains membres les incite parfois au non remboursement, de façon consciente ou inconsciente car le crédit rural entrave leur propre développement en tant que prêteur et renforce leur personnalité politique à travers les crédits illicites qu ils peuvent octroyer aux membres de leurs partis politiques. Ces rapports sociaux de dépendance économique et sociale entre le prêteur et l emprunteur, sont quelque part perturbés, ce qui met en cause les intérêts de quelques individus coopérateurs. Le non-remboursement par ces personnes influentes engendre le même comportement chez les autres membres des coopératives et la fin du système se trouve ainsi amorcée. Ce système a peut-être contribué à l amélioration de la productivité agricole, mais il n a pas permis la réduction de la pauvreté des plus pauvres qui ont peu participé à cette dynamique coopérative. La participation des plus vulnérables à ce genre d institutions locales est moindre. Un fort degré de pauvreté limite la possibilité de participer aux organisations qui exigent la mobilisation des contributions autres que physiques. Les institutions de micro-finance qui tentent d offrir des services de proximité et de ramener le niveau de gestion le plus proche des populations à travers les mutuelles villageoises est novateur dans le contexte socioculturel rural ; mais, les conditions de leur accès, de leur gestion ne sont pas facilement accessibles aux ruraux, en général, à cause du faible taux d instruction et d alphabétisation ; les procédures sont, de ce fait, connues par un petit nombre de personnes qui informent plus ou moins les autres. Les règles de jeu étant prédéfinies et souvent imposées, les pauvres ne comprennent pas toujours les tenants et les aboutissements des IMF Certains projets ont dû ajouter à toutes leurs procédures et conditions d accès au crédit, celle d apprendre par cœur des procédures de l institution afin de s assurer qu un plus grand nombre des membres les maîtrisent. Mais réciter les procédures, et les comprendre puis les accepter sont deux choses différentes.

La recherche de l adéquation sociale des IMF constitue encore un défi pour les opérateurs de développement. Les actions devant les amener vers une adaptation puis une appropriation du système sont peu développées et ils perçoivent les IMF comme étant «l institution des autres voir AFD». Les membres n ont pas intégré les valeurs et principes qui soustendent le système, d où un dysfonctionnement ; les détournements, les abus de pouvoir de la part des membres des organes de gestion s incrustent dans ce système rural du fait de la faible capacité de contrôle des adhérents, qui n arrivent pas à s approprier l institution. Le pouvoir est ici récupéré par ceux qui savent décoder le mystère de l écriture. Les assemblées des membres ne se tiennent pas ou sont très rares, car ceux qui sont tenus de les initier ne font rien. Le crédit, comme les avantages de plusieurs actions de projet, est prioritairement accessible, accordé et géré par des personnes qui jouent un rôle important dans l arène du pouvoir local du fait de leur rôle communautaire. Il est important de séparer les centres de gestion du crédit et les centres de gestion des pouvoirs locaux pour assurer la transparence et les conditions d un contrôle interne nécessaire pour l instauration d un climat de confiance entre membres, base du développement d un système de micro finance. Les projets devraient mettre en place un mécanisme qui prévoit les fréquences, les conditions de prise en charge, d organisation, de convocation de l assemblée qui impose la tenue effective et régulière de ces rencontres des membres pour décider de la vie de la mutuelle. Les procédures doivent être simples et faciles i.e. non contraignantes sur le plan économique. Les circuits endogènes nés de la dynamique interne qui épousent de fait la structure des économies locales semblent de plus en plus porteurs et attirent l attention de certaines agences de développement. Care international a dans le cadre d un appui aux femmes testé, à leur demande, un système d épargne et de crédit MMD (Mata Masu Dubara 1 ) basé sur la tontine traditionnelle. Ce système consiste à regrouper des femmes qui se choisissent sur la base de la confiance pour épargner et s octroyer des crédits selon une fréquence et des conditions déterminées par elles. Les facteurs sociaux de réussite de ce système résident dans : Les membres d un groupe de tontine appartiennent à la même classe d âge, ont le même sexe et contribuent pour le même montant ; ce qui rend la transparence et le contrôle interne possible : La transparence dans la gestion implique tous les membres et fonctionne comme un système d auto évaluation continu. Elle ne laisse pas de place à un système de contrôle sous la forme d un organe spécifique et «l idée de contrôle est spontanément difficilement acceptable.car elle indique souvent pour eux une idée de défiance à l égard des personnalités qu ils ont choisie. Ceci est donc considéré comme une atteinte à l honneur des responsables. Le contrôle doit donc prendre des formes culturellement acceptables donc différentes dans chaque pays. Il doit être si possible non culpabilisant» 2. Le contrôle 1 Nom hausa du 2 Dominique Gentil : «les pratiques coopératives en milieu rural africain» l harmattan 1994

externe, c est à dire fait par des membres qui ne sont pas de la communauté (animatrices du projet) est toujours accepté, de même que le suivi interne ; Le système est simple et flexible dans l organisation des membres et adapté aux personnes non lettrées ; il laisse assez de liberté d adhésion aux autres membres de la communauté. Ces institutions ont une tendance à se multiplier de façon «spontanée». Ce qui justifie leur simplicité et démontre l adéquation sociale. Le consensus est un mode électif très utilisé au sein de ces structures et qui s avère très performant au niveau communautaire. Quelle validité peut-il avoir au niveau inter communautaire lorsqu il s agira de les fusionner? Les groupes MMD ont une grande capacité de résolution des conflits internes qui ne laissent pas de trace au fonctionnement et qui n altère pas leur durabilité et leur crédibilité. La solidarité et la cohésion des femmes s exercent aussi sur le plan communautaire sous la forme d une assurance «multirisques» et de caisse de prêts communautaires (préfinancement des contributions financières exigées par les projets ) ; ce phénomène a incité CARE pour le test d un regroupement inter communautaire des femmes pour la gestion d une ligne de crédit. Le projet Tahoua crédit de CARE financé par l Agence Française de Développement prouve que la mise en réseau des groupements MMD est une réalité qui n altère pas leur solidarité, mais qui la renforce davantage. La Coopération Danoise expérimente à l Est du pays une mise en réseau des groupes MMD. Est-ce l amorce d un processus d intermédiation avec les structures formelles? Les différentes évaluations du système MMD ont relevé ce qui suit en terme de contribution du système á la réduction de la pauvreté : Un impact positif sur la sécurisation des conditions de vie des ménages (SCVM) des membres des groupements MMD. En effet, pour les femmes membres, la caisse MMD constitue un moyen essentiel pour influer sur le niveau de vulnérabilité de leurs ménages ; L étude confirme que le MMD a eu un impact positif sur la situation économique des femmes en leur permettant de changer d échelle au sein de la même catégorie socio-économique avec des conditions améliorées de vie et de travail ; mais les femmes extrêmement vulnérables sont peu représentées dans les groupements ; ce qui a incité CARE a s orienter vers la recherche d un système MMD pour femmes extrêmement vulnérables et pour les femmes pastorales. Actuellement des groupes de femmes existent avec de faibles cotisations (5 f CFA par semaine). Actuellement certains de ces groupes ont triplé et même quadruplé leur montant de cotisation.(en 2 ans) Le MMD donne plus de poids aux femmes au sein des ménages, mais pas au niveau communautaire où, il demeure toujours faible ; grâce au poids économique que les femmes ont acquis elles sont plus considérées, informées et même consultées dans les décisions concernant la vie du ménage (mariage des enfants, investissements divers, dépenses familiales). Cependant leur poids politique demeure très faible, bien que les groupements MMD aient placé les

bases d une participation communautaire dans le village, à travers leur capacité à financer des activités collectives à caractère social et économique. Le MMD a un impact essentiel et positif sur le capital social des groupements. Les groupements MMD ont acquis une dynamique organisationnelle, des connaissances et un savoir-faire en épargne et en crédit. Les activités MMD ont suscité des besoins en formation et en services sociaux. Il semble que la participation des femmes aux activités initiées par le MMD les a amenées à exprimer des besoins en formation technique pour une meilleure pratique des activités d agriculture, d élevage ou d autres AGR ; Les groupements accordent aussi de l importance à une meilleure connaissance des questions de santé, de nutrition et d alphabétisation. Quelques groupements ont manifesté leur besoin d information sur la société civile (droit matrimonial, état civil, droit électoral, démocratie ) Souvent les épargnes mobilisées par la caisse MMD ne couvrent pas les besoins réels de financement, et les femmes des groupements MMD espèrent toujours un crédit externe ; ce besoin pourrait s expliquer par la nécessité pour les membres de réaliser des activités de plus grande envergure. La pertinence du MMD réside à travers : (i) la relative autonomie de gestion et le fort sentiment d appropriation de l action par les membres ; (ii) les épargnes des membres qui sont directement gérées par elles ; (iii) la validité du système de résolution des conflits internes ; (iv) la mobilisation permanente des membres et la solidarité qui les unit ; (v) l accès facile et discret au crédit ; (vi) la méthodologie essentiellement fondée sur la valorisation et l amélioration d un système traditionnel connu et accepté de tous ; (vii) la simplicité du système qui permet une facile réplication ; (viii) la prise en compte de la vie sociale des membres à travers l entraide et la solidarité dans les situations d'urgence (mariage, baptême, décès, maladie, etc.) ; (ix) la souplesse dans les conditions de remboursement des crédits ; (x) la possibilité pour plusieurs femmes extrêmement vulnérables de cotiser pour le versement d une part ; (xi) la sécurisation des biens productifs ou transportables par rapport aux prédations obligées ou volontaires des hommes L UE soutient un projet de crédit qui s adresse en priorité aux bénéficiaires d un autre projet d «Appui au Sécurité Alimentaire par la Petite Irrigation». Quelle durabilité? Celle du PPOAF? Ce système ne vise pas forcément la pauvreté. Comment UE et ces états membres peuvent travailler différemment pour augmenter l efficacité de la coopération au développement en attaquant la pauvreté en milieu rural? La pauvreté étant très liée à la vulnérabilité, il est impossible de lutter contre la pauvreté à travers la seule action de crédit, car la pauvreté n est pas simplement économique. Un premier travail relatif à la diminution du degré de vulnérabilité ( en termes de plus de capacité d adaptation aux risques) est nécessaire pour rendre viable toute action de crédit. Autrement, la première crise ou le premier choc alimentaire engendre la fin du service financier du fait du non remboursement des crédits par une frange des adhérents qui, en temps normal paye toujours ses crédits ; Dans une action de crédit quels sont les segments à risque? Les riches ou les pauvres? Les hommes ou les femmes? Pour favoriser le développement d institutions financières durables en milieu rural les donateurs et les gouvernements devraient soutenir les approches qui s ancrent sur le substrat culturel des communautés concernées afin qu elles puissent s en approprier, facteur sine qua non de la durabilité des dites institutions. Cette approche est un

processus de long terme et la stratégie de sa mise en œuvre prudente, participative et itérative.