SPEECH/03/306 Romano Prodi Président de la Commission européenne Le vecteur d'énergie de l'avenir Conférence sur l'économie de l'hydrogène Bruxelles, le 16 juin 2003
Chers orateurs et invités, Mesdames et Messieurs, Nous allons vivre aujourd'hui une journée très importante. Elle est importante parce que vous allez débattre de questions technologiques cruciales -- des questions aux implications politiques, économiques et sociales de très vaste portée. C'est également une journée consacrée à la vision, à la planification et à la conception, à l'engagement social. Il nous faut faire preuve de vision car nous traitons d'objectifs à long terme tels que la protection de l'environnement et l'indépendance stratégique de notre approvisionnement en énergie. Il nous faut réfléchir en termes de planification et de conception, non seulement parce que la discussion doit nous permettre de déterminer où nous voulons être dans vingt ou trente ans, mais aussi parce que nous entamons un processus en vue d'y parvenir efficacement et en temps voulu. Il nous faut par ailleurs faire preuve d'engagement social car nous cherchons toujours à combiner les approches descendantes et ascendantes dans l'union européenne. Nous déployons de grands efforts pour montrer la voie afin que les aspirations de nos peuples puissent devenir réalité. Aujourd'hui, nous nous penchons sur un élément très simple, en fait le plus simple de tous -- l'hydrogène. Cet élément simple offre des perspectives importantes pour le stockage, le transport et la production d'une énergie propre dans un avenir relativement proche. L'hydrogène constitue aussi le point focal d'une révolution de l'énergie -- la révolution de l'hydrogène. Pourquoi avons-nous besoin d'une révolution? La raison est très simple, mais beaucoup ont encore du mal à l'accepter. Notre approche actuelle en matière d'énergie repose essentiellement sur les combustibles fossiles et nucléaires. Cela ne peut pas durer éternellement. Mais la vraie question n'est pas de savoir si les réserves de pétrole, de charbon, de gaz naturel et d'uranium seront un jour épuisées tandis que nos besoins en énergie continueront d'augmenter. Il s'agit plutôt de savoir si nous avons suffisamment d'air, de terre et de mers pour éliminer les déchets gazeux, liquides et solides provenant des combustibles fossiles et nucléaires utilisés pour produire de l'énergie. La réponse est clairement "non". Malgré toute l'efficacité de nos moteurs automobiles et de nos centrales électriques, si nous continuons à consommer de l'énergie au rythme actuel, et si les millions d'individus des pays émergeants font de même -- la situation ne sera pas viable du point de vue environnemental. 2
La solution rationnelle serait de nous tourner résolument vers les énergies renouvelables -- à condition que nous puissions trouver le moyen de les stocker. En effet, les énergies renouvelables sont intermittentes. Le soleil ne brille pas en permanence, même à Bruxelles, et le vent ne souffle pas toujours. Aujourd'hui, l'hydrogène fait figure de candidat idéal, mais son potentiel doit encore être attesté. C'est pourquoi votre débat sur l'hydrogène est à même de rendre possible un engagement fort en faveur des énergies renouvelables. Cet engagement a évolué peu à peu. Il y a quelque temps, nous avons commencé par fixer un objectif -- générer 22 % de l'électricité de l'europe à partir de sources d'énergie renouvelables dès 2010. C'est le maximum que nous puissions atteindre avec la technologie actuelle. Cet objectif est difficile à réaliser. Mais il est encore beaucoup trop modeste si nous voulons répondre aux objectifs de durabilité fixés à Kyoto et acquérir une indépendance stratégique en termes d'approvisionnement énergétique. Et si nous voulons faire mieux que cet objectif, il faudra une révolution -- passer à l'économie de l'hydrogène. Une autre étape importante a été l'établissement d'un budget ambitieux pour le développement durable et les énergies renouvelables dans le sixième programme-cadre de recherche et de développement, donnant lieu à une augmentation substantielle des fonds à hauteur de 2,1 milliards d'euros. Cette mesure permettra notamment de financer un certain nombre de technologies hautement innovatrices pour produire de l'hydrogène, le stocker sans danger et le convertir efficacement en énergie. Nous ne prétendons pas avoir tiré le bon numéro mais de nombreuses options restent ouvertes. Nous veillerons également à faire progresser la recherche socio-économique afin de définir plus clairement les moyens d'atteindre nos objectifs politiques et industriels. Et nous élaborerons des projets de démonstration pour tester leur faisabilité et leur rentabilité. La troisième mesure a été prise il y a six mois. Il s'agissait de mettre sur pied un groupe à haut niveau sur l'hydrogène et les piles à combustible, placé sous la direction des commissaires De Palacio et Busquin. Le groupe est composé d'experts en recherche et développement dans le domaine de l'énergie, issus d'universités, d'instituts de recherche et de cercles industriels européens. Leur rapport doit être examiné aujourd'hui et demain et il devrait déboucher sur des politiques de recherche, industrielles et publiques. Toutes les parties concernées de la société civile joueront un rôle dans la conception et l'évaluation de ces politiques. 3
Sur cette base, nous pouvons définir plus clairement un agenda européen de la recherche, une stratégie de déploiement et une feuille de route européenne. Cet effort de définition des politiques reposera principalement sur les forces du marché. Mais nous sommes entièrement conscients du fait que des mesures d'incitation -- telles que le financement de la recherche, des investissements en matière d'infrastructure, des mesures fiscales et réglementaires -- seront indispensables pour lancer le processus d'innovation. D'autres autorités dans le monde empruntent une voie similaire et nous sommes totalement ouverts à la coopération internationale, que nous souhaitons encourager. Mais affirmons clairement ce qui rend le programme européen sur l'hydrogène réellement visionnaire. Notre objectif déclaré est de passer graduellement à une économie de l'hydrogène totalement intégrée et fondée sur les sources d'énergie renouvelables d'ici le milieu du siècle. Nous soutenons résolument cette vision mais nous sommes également conscients du fait que la route sera très longue. Bien que souhaitant aller aussi vite que possible, nous réalisons que des phases transitoires et des voies parallèles seront nécessaires, et plus particulièrement la coopération internationale. Par exemple, beaucoup sont favorables au passage à une économie de l'hydrogène impliquant l'utilisation de gaz naturel et la gazéification du charbon avec piégeage du dioxide de carbone. Cela n'est certainement pas totalement conforme aux objectifs environnementaux que nous avons fixés mais on peut y voir un terrain d'entente à court terme entre les écologistes et l'industrie de l'énergie, entre la vision à long terme et les besoins à court et moyen terme. Nous soutenons ces efforts et nous voulons coopérer dans le domaine de la recherche avec les États-Unis, le Japon et tout autre pays désireux de participer et disposé à partager des ressources et des programmes. Nous souhaitons que tous s'efforcent de progresser en vue de l'utilisation des technologies liées aux énergies renouvelables et de l'extraction de l'hydrogène de l'eau et de la biomasse. Dans ce contexte, nous continuerons d'insister pour la fixation de normes strictes applicables au transport et à la conservation des ressources fossiles existantes, tout en soutenant pleinement le protocole de Kyoto. En même temps, nous aspirons à un engagement de la part des responsables afin que l'accent soit davantage mis sur un partenariat entre le gouvernement, les entreprises et la société civile en vue de faciliter le passage aux sources d'énergie renouvelables. 4
À cette fin, nous lançons un partenariat européen de l'hydrogène et des piles à combustible pour stimuler et mettre en oeuvre les actions et encourager un environnement politique favorable. Nous sommes prêts à étendre ce partenariat au niveau mondial. Et nous sommes très heureux que Monsieur le secrétaire Spencer Abraham soit ici aujourd'hui pour partager notre enthousiasme. J'adresse nos chaleureux remerciements à Monsieur Abraham pour sa présence et sa contribution. Ce partenariat reposera sur les piliers que j'ai évoqués précédemment, à savoir la vision, la planification et la conception, l'engagement social -- la vision, la planification et la conception et l'engagement social de tous les experts ici présents. Vos travaux de recherche, vos propositions et vos analyses critiques permettront de transformer un rêve en réalité. Merci à vous tous de consacrer votre temps et votre énergie à cette grande cause aujourd'hui. Vous accomplissez un travail formidable et je sais que vous continuerez de le faire à l'avenir. Merci. 5