Les «devoirs à la maison», une question au cœur des pratiques pédagogiques Parmi les trois domaines d activités proposés aux élèves volontaires dans le cadre de l accompagnement éducatif, «l aide aux devoirs et aux leçons» est le plus plébiscité par les élèves ou tout au moins leurs familles : 55% des inscriptions en moyenne concernent ce domaine dans les quatre départements de l académie. «L accompagnement ainsi offert à tous les élèves volontaires peut s avérer très profitable aux élèves rencontrant des difficultés, notamment lorsqu ils ne bénéficient pas chez eux de conditions d étude favorables. Ce dispositif contribue ainsi à l égalité des chances entre tous les élèves.» B.O. n 25 du 19 juin 2008. Le recours croissant des familles aux officines privées doit interroger tous les intervenants de la communauté scolaire ; si, comme on le lit souvent dans les bulletins, l échec est dû au «manque de travail personnel», encore faut-il s assurer que tout a été mis en œuvre pour faire comprendre les enjeux et les finalités des devoirs à la maison. Il nous a dès lors semblé intéressant de réfléchir ensemble, dans un cadre pluridisciplinaire, à cette question des «devoirs à la maison». Il ne s agit pas ici de débattre de leur légitimité car nous savons tous que le travail personnel de l élève fait partie de la culture implicite du système éducatif mais bien de s inscrire dans une perspective de recherche d une meilleure équité : Notre objectif est ici double : élaborer, dans un premier temps, un rapide état des lieux du «travail scolaire donné à faire à la maison» pour mieux formuler dans un second temps des préconisations sur la question des «devoirs à faire à la maison». Si cette question est bien l affaire de tous, élèves, professeurs, parents, autres intervenants dans et en dehors de l école, elle est avant tout, celle des professionnels de l enseignement. 1. Les «devoirs à la maison» : état des lieux «Faire ses devoirs» : le sens des mots Est-ce parce qu ils font plus leurs devoirs que les élèves ont de meilleurs résultats ou les élèves ayant de bons résultats ont-ils tendance à faire davantage leurs devoirs? Telle est la question. Selon les chercheurs, le fait que les meilleurs élèves soient ceux qui consacrent le plus de temps aux devoirs à la maison ne permet pas de discerner la cause de la conséquence. On ignore si c'est parce qu ils consacrent du temps à cette activité qu'ils ont de bons résultats ou l'inverse. Les élèves en difficulté aussi passent de longs moments sur leurs devoirs, justement parce qu'ils ont des difficultés à les faire. De même, les devoirs amènent-ils les élèves à avoir Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-1 -
une attitude moins favorable à l'égard de l'école ou bien favorisent-ils une attitude plus positive? Des certitudes existent pourtant : - «Faire ses devoirs», c est s acquitter d une tâche que l on doit faire. - C est aussi une appropriation et/ou un réinvestissement des contenus proposés en cours, réalisés en dehors de la classe, en autonomie plus ou moins grande. - C est enfin une forme de ritualisation, d habitudes de travail personnel, d activités intellectuelles qui sont indispensables à une «carrière d élève réussie». Les élèves qui ont compris (ou appris) cet enjeu implicite sont déjà en position de réussite vis-à-vis de l école et font leurs devoirs consciencieusement avec des objectifs qui dépassent la stricte obligation. Les quatre types de «devoirs» les plus courants demandés par les professeurs à leurs élèves Les devoirs de pratique dont le but est, comme leur nom l indique, de mettre en pratique ce qui a été appris en classe, de l assimiler, d en reproduire les mécanismes. Ce sont les plus courants ; ils consistent en apprentissage des leçons et en exercice d application. Les devoirs de préparation, qui visent à donner aux élèves une approche du sujet prochainement étudié en classe. Les devoirs de poursuite, dont l objet est de faire réutiliser des notions, savoirs ou concepts vus en classe dans d autres situations. Ces devoirs sont motivants pour les élèves performants. Les devoirs de créativité qui relèvent davantage de la recherche personnelle de l élève. À quoi sert cette catégorisation? À permettre à l enseignant de clarifier ses choix et donc les objectifs qu il assigne aux différents travaux qu il donne à faire à ses élèves. Il peut dès lors mieux expliquer à ses élèves ce qu il attend de ce «travail à la maison», c'est-à-dire lui donner du sens. Les devoirs : une démarche individuelle propre à chaque enseignant Une question le plus souvent absente des politiques d établissement Alors même que la pratique du «travail à la maison» fait partie de la réalité quotidienne des élèves et des enseignants, elle n est pas en débat au sein des équipes et ne s inscrit qu exceptionnellement dans une politique d établissement : ce sont les choix individuels qui guident les pratiques. Un manque de coordination aux dépens des élèves La liberté pédagogique de chaque enseignant conduit le plus souvent à un manque flagrant de coordination aux dépens des élèves. Au collège et au lycée, l emploi du temps consacré au travail à la maison doit conjuguer une dizaine de calendriers disciplinaires, avec chacun ses propres exigences et échéances ; leur seul point commun est souvent l accumulation des interrogations et évaluations diverses à certains moments clés du trimestre, créant de véritables effets de surcharge. Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-2 -
Une lisibilité brouillée pour tous La diversification des pratiques au sein d un même établissement entre les différents professeurs d une même discipline ou d une même classe ne favorise pas l implication parentale ni même la tâche des enseignants ou ASEN qui prennent en charge l aide aux devoirs ou autre ATP et aide individualisée. Le sens des devoirs ne va pas de soi pour tout le monde ; le fait que les devoirs ne s inscrivent pas dans une politique d ensemble qui précise les buts ainsi que les modalités d apprentissage et d évaluation ne simplifie pas la pratique. Élèves, parents ou intervenants doivent dès lors chercher à comprendre le rôle et contenu des devoirs en fonction de chaque enseignant. De malentendus en dysfonctionnement «Pour le prochain cours, apprenez votre leçon!» Si nombre d enseignants sont prêts à renoncer aux devoirs, tous estiment les leçons indispensables pour entraîner la mémoire et consolider les connaissances. Mais, l omniprésence des leçons dans le travail à la maison n empêche pas le fait que ce soit l exercice pour lequel les élèves éprouvent le plus de difficultés. L apprentissage de la leçon est même généralement une commande en début d année que les professeurs ne réitèrent pas souvent par la suite. Il existe pourtant un véritable flou dans la tête des élèves autour de l expression «apprendre sa leçon». D une part, cette expression ne recouvre pas nécessairement les mêmes attentes (ce qu il faut apprendre) d une discipline à une autre, d un professeur à un autre. Elle ne renvoie pas non plus aux mêmes objectifs (apprendre pour quoi faire?). Or chacun sait que l on ne peut pas espérer gagner à un jeu de société par exemple si l on n en connaît pas les règles D autre part, apprendre une leçon correspond à une activité intellectuelle très complexe qui exige la mise en œuvre de tout un ensemble de capacités que chaque élève doit apprendre à maîtriser, au moins en partie, pour que son travail soit réellement efficace : apprendre à apprendre sa leçon est donc un travail à faire en classe! Il faut enfin tenir compte des stratégies d apprentissage propres à chacun : fournir une même méthode à tous ne permet pas toujours de résoudre les problèmes. Il s agit bien d amener chacun à construire sa propre stratégie. «Et n oubliez pas de faire l exercice X page Y!» Bien souvent commence au prononcé de cette injonction un malentendu entre l élève et son professeur : - Pour l élève, l exercice demandé est une fin en soi (sauf s il a de lui-même la capacité à établir des liens que l énoncé n impose pas) - Pour le professeur, il s agit d un exercice qui, à partir d un support spécifique, et dans un contexte précis doit permettre de développer une compétence que l on pourra réinvestir dans un autre contexte et que l on peut qualifier de générique. Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-3 -
2. Des pistes de travail pour chacun et pour tous Apprendre en classe à faire les devoirs chez soi est une exigence de l école républicaine Une évidence : améliorer la cohérence entre le travail en classe et les devoirs à la maison Il est indispensable que les devoirs s inscrivent dans une politique d établissement qui précise et unifie les buts ainsi que les modalités d apprentissage et d évaluation. La question des devoirs à la maison est de ce fait un thème de réflexion dont doit se saisir le Conseil pédagogique afin de rechercher une mise en œuvre cohérente et lisible pour les élèves et leurs familles. L objectif est que parents, enfants et enseignants partagent le sens des devoirs et les conditions dans lesquelles ils doivent être faits. Prendre quelques minutes en fin de séance pour expliquer les devoirs et les faire noter dans le cahier de textes ou l agenda plutôt que de les donner à l oral après la sonnerie dans le brouhaha des chaises. Articuler le travail en classe et les devoirs pour que les tâches complexes soient réalisées en présence du professeur et non en dehors de la classe. Se doter d un outil de classe (cahier de textes électronique ou autre) qui permettra à tout professeur de connaître, pour chaque jour, le travail à la maison demandé par ses collègues afin de mieux doser ses propres exigences. Établir de la même façon un calendrier de classe des évaluations importantes de manière à répartir plus harmonieusement le travail pour les élèves et notamment éviter les surcharges de fin de trimestre dont pâtissent inévitablement les apprentissages. S engager à vérifier, corriger et utiliser à un moment du cours le travail à la maison exigé des élèves afin d en souligner la nécessité Une exigence : éliminer tous les implicites Les implicites de l école correspondent à tout ce qui va de soi pour l enseignant mais pas pour l élève. Seuls les élèves en situation de réussite comprennent et réalisent ces implicites d eux-mêmes ou grâce à des aides extérieures. Ainsi, de nombreux gestes intellectuels sont nécessaires à l apprentissage mais ne sont pas appris à l école comme apprendre sa leçon. Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-4 -
Veiller à la clarté des consignes de travail : inscrites au tableau, elles doivent être claires et explicites. Si le professeur les fait lire en classe, il peut répondre à des questions éventuelles et s assurer de leur bonne compréhension. Expliciter l apprentissage attendu : mémorisation de notions, de vocabulaire, d idées clés, du plan du cours Rappeler l existence du lien entre la séance de classe et le travail demandé à la maison. S assurer que la recherche demandée dans le cadre d un devoir de préparation par exemple, demande simplement un prélèvement d information, une observation, un relevé et non pas une anticipation de compréhension. Nommer les outils nécessaires à la réalisation du travail demandé (manuel, dictionnaire, règle, compas, crayons de couleurs) ainsi que son support (cahier d exercices, de brouillon, feuille de classeur ) Préciser le temps moyen que l élève doit consacrer au travail demandé et proposer à ceux qui ne parviennent pas à le réaliser dans un temps raisonnable d être capables de dire au cours suivant ce qui les a bloqués ou ralentis. Une priorité : «donner du sens» pour les élèves Pour que les devoirs prennent sens pour les élèves, il semble essentiel de leur proposer des tâches pertinentes dont ils comprennent la finalité et les enjeux. Cette explicitation du sens, réalisée à travers des situations simples, nécessite l intégration par les élèves des points suivants : L importance de certains exercices d entraînement intellectuel ; ils acceptent bien de s entraîner dans les différentes activités sportives qu ils peuvent pratiquer! L importance d une certaine ritualisation d habitudes de travail personnel pour progresser dans le «métier» d élève. La double dimension du travail demandé à la maison : résoudre une tâche ponctuelle pour construire à plus long terme des stratégies d apprentissage qu ils pourront ensuite réutiliser dans d autres contextes. 3. Quelques références pour poursuivre cette réflexion La liste proposée ici est volontairement réduite aux quatre ouvrages et outils qui ont largement inspiré notre réflexion et la rédaction de ce texte. Chacune de ces références contient une bibliographie et/ou une sitographie complètes sur le sujet. Dominique GLASMAN, Le travail des élèves pour l école et en dehors de l école, Rapport établi à la demande du Haut Conseil de l évaluation de l école, Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-5 -
n 15, décembre 2004. (site http://cisad.adc.education.fr/hcee/documents/rapport_glasman_besson.pdf ) «As-tu fait tes devoirs?», Cahiers pédagogiques, n 468, décembre 2008 (site www.cahiers-pedagogiques.com ) Sur le site de l académie de Créteil, des fiches pratiques sur la mise en œuvre de l accompagnement éducatif sont téléchargeables ; certaines d entre elles concernent directement la question des devoirs à la maison : http://www.ac-creteil.fr/jahia/jahia/accueil/eleve/ecole-ap-ecole Le guide de bonnes pratiques pédagogiques élaboré par le collège des IPR de l académie d Orléans Tours (axe 1) http://www.ac-orleans-tours.fr/svt/infossvt/ipr/guide.pdf Académie de Rennes - Inspection pédagogique régionale janvier 2009-6 -