Le mécénat bancaire : entre visée communicationnelle et objectifs artistiques



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Transcription:

Aurélie Steunou Master 2 pro Conduite de projets culturels- connaissance des publics Le mécénat bancaire : entre visée communicationnelle et objectifs artistiques Fondation Groupe Banque Populaire et Fondation BNP Paribas Emmanuel Wallon 2007-2008

Sommaire Introduction... 3 I. Le choix de la fondation... 4 A. Définition et statut... 4 B. Un mécénat pour quelle image de marque?... 5 II. Les apports du mécénat bancaire... 6 A. Les actions et l engagement de BNP Paribas et Banque Populaire pour l art et la culture... 6 B. Le point de vue des artistes :... 8 Conclusion... 10 Bibliographie... 11 Annexes... 13 2

Introduction Dans les années 1980, en France se développe un mécénat d entreprise tourné vers la création artistique. Au cours des années 1990, les entrepreneurs se réorientent vers un mécénat de solidarité qui reste encore aujourd hui le premier secteur avec 46% des actions soutenues par les entreprises 1. La culture maintient son importance en étant à la deuxième place avec 32 % des actions 2. La fondation BNP Paribas et celle du groupe Banque Populaire ne cessent de renforcer une tendance, celle d allier des projets croisés culturesolidarité-social ou encore d élargir leur champ dit «culturel». A la fin de l année 2004, les spécialistes s interrogeaient sur la nature de l engouement des créations de fondations d entreprises. La loi Aillagon du 1 er août 2003 représente-t-elle un effet de mode ou courant de fond? En 2005, «structurer le mécénat d entreprise de façon à le rendre plus lisible est le premier motif avancé par un tiers des fondations d entreprise.» 3 Après la loi Aillagon, en 2004 et 2005, les entreprises ont créé 5 fois plus de fondations par rapport à 2003 : plus de 20 en 2004 et 2005 contre en 5 en 2003 4, toutes ces fondations affirment que même sans ces nouveaux avantages fiscaux, les fondations auraient, malgré tout, vu le jour. La fondation d entreprise traduit une volonté affirmée de l entrepreneur, de manifester son engagement dans le mécénat. L État a pris, par son histoire, une part considérable dans le développement et le financement de la vie culturelle et artistique nationale. Néanmoins, force est de constater que son seul soutien financier ne suffit plus et que le développement d une économie libérale a contraint le gouvernement à solliciter un autre type de financement. Le développement du mécénat est vu par certains comme un désengagement de l Etat et par d autres une solution. Par conséquent, dès 2002, Jacques Chirac dans son discours sur les objectifs de la réforme de 2003, rappelle qu il faut «libérer l initiative [ ]. C est ensuite encourager et impliquer dans notre vie culturelle tous les acteurs de la société civile : particuliers, associations, fondations, entreprises.». 5 Nous nous concentrerons sur les actions culturelles du groupe Banque Populaire et BNP Paribas car le secteur d activité des fondateurs le plus représenté est celui des Banques et Assurances 6. Nous nous interrogerons sur le rôle de la fondation qui représente un instrument «d image de marque» et un engagement identifiable et pérenne. 1 Admical, Répertoire du mécénat d'admical 2007, 16 ème édition, 2007, p. 37. 2 Ibid. 3 Contact, la lettre mensuelle de la Fondation de France, avril 2005, numéro spécial, p. 2. 4 L essor du mécénat culturel en France, témoignages et pratiques, ministère de la culture et de la communication et CA, 2006, pp.138-141. 5 Discours prononcé par Jacques Chirac, au Palais Royal le 8 avril 2002 sur les objectifs de la réforme sur le mécénat du 1 er août 2003. loi Aillagon. 6 annexe 1. 3

I. Le choix de la fondation A. Définition et statut C est le 23 juillet 1987, que le mot «fondation» apparaît dans la loi française, la définissant comme : «l acte par lequel une ou plusieurs personnes physiques ou morales décident de l affectation irrévocable de biens, droits, ressources à la réalisation d une œuvre d intérêt général et à but non lucratif.» 7. Au cours des années 1990, des textes, notamment avec la loi du 4 juillet 1990, précisent le régime, les statuts, et les objectifs de la fondation et surtout créent ceux de la fondation d entreprise qui «jouit de la capacité juridique à compter de la publication au journal officiel de l autorisation qui lui confère ce statut.» 8 En France, il n existe qu environ 2 000 fondations contre 800 000 associations, en 2001. Ce déséquilibre repose en partie sur une législation avec une procédure d autorisation administrative contraignante et des mesures fiscales peu incitatives. La France accuse un certain retard sur les autres pays, tant en nombre de fondations qu en moyens d interventions. Alors que dans les pays anglo-saxons, la fondation pallie souvent à l absence de l Etat providence, les fondations se développent de plus en plus, par exemple : en 2001, plus de 12 000 aux Etats-Unis, 3 000 charity trust britanniques, ainsi qu un développement important, ces dernières années, en Allemagne, Italie, Espagne ou encore les pays Scandinaves 9. Il existe trois types de fondations en France : reconnue d utilité publique comme, par exemple, la Fondation Cartier pour l'art contemporain ; fondation abritée comme, par exemple, sous l égide de la Fondation de France pour BNP Paribas et la fondation d entreprise comme celle du groupe Banque Populaire. Qu est-ce que ces statuts juridiques changent réellement? Cela influence-t-il la «politique de mécénat» de l entreprise? Les choix, l engagement et les moyens sont-ils dépendants de ces statuts juridiques? Jacques Chirac définissait ainsi la fondation Cartier : «La fondation a pour vocation d encourager, d aider la création contemporaine et d en diffuser la connaissance.» 10, la fondation d utilité publique transmet son dossier au Ministère de l Intérieur, qui le transmet au ministère concerné par l objet d intérêt, puis est remis au Conseil d Etat. BNP Paribas : la fondation sous l égide de la Fondation de France est gérée dans les mêmes conditions et les mêmes privilèges fiscaux que celle d utilité publique, le champs d actions doit être rattaché à une cause générale et le bien commun. Le fondateur décide de sa politique de mécénat, il peut transmettre à la Fondation de France une somme d argent, la pleine propriété d immeubles, des titres, des tableaux, donner des droits d auteurs, des revenus. Groupe Banque Populaire : la fondation d entreprise est une entité juridique, réservée aux sociétés civiles ou commerciales, aux établissements publics à caractère industriel et commercial, aux coopératives ou aux mutuelles. Comme tout type de fondation, la fondation d entreprise a pour vocation d affecter des biens, droits ou ressources à la réalisation d une œuvre d intérêt général et à but non lucratif. La création de cette fondation est soumise à une procédure qui fait intervenir le préfet du département du siège de la future fondation ainsi que le ministère de l Intérieur, pour approbation. La fondation d entreprise est créée pour une période de cinq ans renouvelable, pendant laquelle elle doit consacrer au minimum 150 000 à son programme d actions. La fondation d entreprise peut être financée par des ressources annuelles apportées par la ou les entreprises fondatrices et par leurs salariés. 7 Article 18 de la loi du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat. 8 Article 19.1 de la loi du 4 juillet 1990 créant les fondations d entreprise et modifiant les dispositions de la loi du 23 juillet 1987. 9 France Direction des journaux officiels, Mécénat, associations et fondations, Paris, France Direction des journaux officiels, 2004, p. 159. 10 Fondation Cartier pour l art contemporain, Cartier, Actes Sud, 2004. 4

Elle peut également recevoir des subventions publiques ou des rétributions pour services rendus. B. Un mécénat pour quelle image de marque? Faire connaître et vanter un produit ou un service ne peuvent aujourd hui suffire à constituer la communication de l entreprise. Il faut trouver un moyen de vendre une image distincte et positive de l entreprise, la rajeunir et la développer, la dynamiser tant dans le temps que dans la diversité des domaines soutenus. Un mécénat pour une image «citoyenne» et «institutionnelle» de l entreprise? Concrètement, «autrefois, l entreprise c était gagner de l argent. En 1988, l entreprise c est un véritable citoyen. Elle prend le relais du particulier» 11. Le mécénat se présente comme un véritable outil de valorisation de l image de l entreprise. Le choix du ou des domaines soutenus marquent et renforcent l identité de l entreprise 12. Le mécénat nécessite une stratégie pour exister, la fondation représente cette stratégie avec un programme structuré et un engagement dans la durée. Même si le conseil est de trouver une thématique unique, fédératrice mais déclinable, il n en ressort pas moins qu aujourd hui les thématiques d actions sont certes déclinées, mais aussi éparses. La communication institutionnelle a donc pour but d amener le public à associer l entreprise à des valeurs positives. Les objectifs sont clairs : favoriser les ventes des produits par une meilleure image, convaincre et rassurer les partenaires, favoriser les bienveillances des pouvoirs publics, informer, séduire, impressionner, motiver, rassembler Les cibles sont tout aussi variées : clients, futurs clients, partenaires, instances publiques, investisseurs et actionnaires, associations de consommateurs, syndicats, médias, leaders opinions, employés, concurrents Les objectifs de BNP PARIBAS : Donner une image jeune et innovante : avec, notamment, son soutien aux arts de la scène, à la danse contemporaine, les nouveaux arts du cirque, le jazz. Les arts de la scène sont les moins soutenus par le mécénat. BNP PARIBAS fait donc la différence, prend des risques mais marque son identité inventive, à la fois pour séduire ses clients, les instances publiques, les médias et impressionner les concurrents et les actionnaires. Donner une image de valorisation du patrimoine : par exemple, en créant les albums de la collection permanente de musées ou de monuments, depuis 1987. De plus, depuis 1994, en partenariat avec le Ministère de la Culture et de la Communication et la collaboration avec Musée de France, BNP PARIBAS participe aux restaurations d œuvres d art (les peintures de Natoire, Goya, Pérugin, restaurations au Château de Versailles ). L idée du respect et de la préservation de notre patrimoine est mise en avant comme pour faire écho à une entreprise sûre qui «prend soin» des comptes de ses clients et futurs clients. Une communication évènementielle : en apportant son appui à des festivals de musique, comme la Folle journée de Nantes ou celui de Lille aux Pianos Jacobins, Egalement avec la lecture en soutenant les prix du jeune écrivain ou du jeune écrivain francophone créé en 1984. Une communication qui semble montrer que BNP PARIBAS fait confiance même aux plus jeunes, qui n ont pas beaucoup d expérience ou beaucoup de moyens, si l on parle des produits banquiers. 11 Extrait de l interview de Claude Bébear, Président du groupe Axa-Midi par Nicolas Rousseau, Autrement, n 100, sept 1988, p.200. 12 Stéphane Godlewski-Segrestan, Mécénat d entreprise et stratégie, Le mécénat à l heure des fondations d entreprise, Dunod, 1991, pp. 29-41. 5

Les objectifs pour Banque Populaire : Contrairement à la Fondation BNP Paribas, je n ai pas réussi à obtenir beaucoup d informations, leurs actions de mécénat sont à l image de leur organisation bancaire, tout s organise pas région. Elle s est davantage concentrée sur l idée de projet, de talent et de carrière. L esprit d entreprendre et d accompagner 13 sur le moyen long terme sont des arguments mis en avant, cependant, dans les faits, l action de Banque Populaire est diffuse et paraît peu structurée, donc peu «lisible». Le mécénat semblent être construit de «tentatives culturelles», qui sont plus ou moins en lien avec l image de l entreprise. Par exemple, avec leurs actions dans le domaine de la musique en organisant des lauréats du : «Jury Musique» en récompensant des jeunes musiciens comme Amaury Loeytaux, 23 ans, violoniste. Un mécénat qui prend peu de risque, on se demande si la fondation n est pas «un simple guichet», plutôt qu un «terrain d échanges» comme peuvent l être d autres fondations d entreprises. Le mécénat de Banque Populaire rime avec développement régional culturel, en promouvant des orchestres régionaux, par exemple. Le mécénat de Banque Populaire est en adéquation avec son image, dans le sens où son rayonnement est national, voire régional et non pas international comme BNP Paribas. Le mécénat représente une forme de communication évènementielle et s attache à prendre en charge un événement par un soutien de compétences, matériel ou financier sans contre partie financière. Le caractère philanthropique et altruiste doit généralement primer sur ces actions Où commence le mécénat, où s arrête la publicité? II. Les apports du mécénat bancaire A. Les actions et l engagement de BNP Paribas et Banque Populaire pour l art et la culture Même si ces deux fondations agissent dans le secteur bancaire, leurs actions de mécénat divergent. Est-ce synonyme d un engagement ou d une politique de communication différente? La fondation Banque Populaire existe depuis plus de dix ans ; une fondation qui se tourne essentiellement vers un développement régional. Un appui qui peut lancer ou du moins aider financièrement un musicien. L engagement de la fondation tourne autour de trois grands axes propres à l image de marque de Banque Populaire : favoriser l initiative, jouer un rôle de découvreur, rechercher l excellence. Cette entité devient inévitablement un engagement dans la durée. Le mécénat de ce groupe s organise par une sélection de candidats, le conseil d administration de la fondation décide, sur proposition d un jury qualifié, et procède au choix final des lauréats et accorde des bourses ou subventions. Les bourses sont perçues dans la durée, de un à trois ans, pouvant permettre de sortir un disque ou de monter un concert... La fondation mise également sur un rôle de producteur, en commandant une œuvre musicale et en s engageant à la faire jouer. Chaque région détient «sa spécialité» 14 :. Banque Populaire de l Ouest se focalise sur la musique. Banque Populaire du Centre Atlantique se concentre sur la valorisation et la protection du patrimoine. Banque Populaire du Sud s attache à la photographie, la musique ainsi qu au club des partenaires des Estivales. Banque Populaire du Sud-Ouest soutient le patrimoine 13 Courriel du 12 janvier 2008, de Catherine Gros, Fondation Banque Populaire. 14 Admical, Répertoire du mécénat d'admical 2007, 16 ème édition, 2007, pp. 132-133. 6

En pratique, l action de Banque Populaire est plus éparse, les actions, les partenariats semblent être davantage des occasions, des «actions de circonstances», plus qu une démarche engagée, comme BNP Paribas. Le programme culture de la fondation BNP Paribas concerne : les musées, les arts de la scène, la littérature, et la musique. BNP Paribas porte son aide sur des arts contemporains comme la danse, arts du cirque, jazz, des secteurs relativement peu soutenus. 1. Répartition du budget culturel de la Fondation entre les différentes disciplines soutenues 15 : 45% 40% 35% 30% 25% 20% 15% 10% 5% 0% 2005 2006 2007 Musées (restauration) Danse, cirque contemporain Musique (classique, baroque, jazz) Littérature (PJE/PJEF) Cet histogramme nous montre que les priorités de soutien se sont modifiées. En effet, en 2005, la musique représentait 43% du budget culturel contre 31% en 2007. Les budgets consacrés à la danse et aux musées ont tous deux augmentés en trois ans avec 38% pour la danse et 28 % pour les musées, en 2007. Seul le secteur de la littérature reste inchangé depuis 2005, avec 3% du budget de la Fondation. Cette constance s explique peut-être en partie, par le coût identique des prix du Jeune Ecrivain et du Jeune Ecrivain francophone. Cette répartition par secteurs se réalise-t-elle en fonction d une mode ou par des «coups de cœur» de Martine Tridde 16? 2. Répartition du budget mécénat de la Fondation entre les différents thèmes retenus 17 : 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% 2005 2006 2007 Culture Solidarité 15 Entretien le 7 janvier 2008 avec Sophie Rémy, fondation BNP Paribas. Etude réalisée suite au questionnaire Enquête sur le Mécénat en Poitou-Charentes (2007) 16 Déléguée générale de la Fondation BNP Paribas. 17 Entretien le 7 janvier 2008 avec Sophie Rémy, fondation BNP Paribas. Etude réalisée suite au questionnaire Enquête sur le Mécénat en Poitou-Charentes (2007) 7

Nous remarquons que le budget de la culture diminue nettement au profit d une augmentation du budget consacré à la solidarité. En 2005, la culture obtenait 76% du budget contre 41%,en 2007, soit une diminution de 35%. Comme nous l avons souligné, en introduction, le budget de la culture est en deuxième position, mais cette diminution est en partie liée à des mécénats «croisés» culture-solidarité-social. Un des axes de développement les plus spectaculaires du mécénat actuel. 18 Comme, par exemple, depuis deux ans, le Projet Banlieues qui a permis la création de 4 antennes de micro-crédit en zone urbaine sensible, et entre autres, le soutien à 84 projets d'associations locales d'insertion sociale 19. Ces changements sont en résonance avec les attentes de la société, BNP Paribas veut être là où personne ne les attend. Stratégie promotionnelle ou investissement de fond? B. Le point de vue des artistes : Il paraît essentiel d avoir le point de vue des artistes soutenus par le mécénat de BNP Paribas et Banque Populaire. Après avoir contacté une vingtaine d artistes ou compagnies, j ai seulement reçu cinq réponses, de la part d artistes de BNP Paribas. La renommée de l entreprise joue-t-elle sur celle de l artiste? L entreprise représente-elle un simple «guichet» ou bien plus? Au-delà de l aspect financier, qu est-ce que le mécénat apporte? Nous devons relativiser les réponses données par les artistes, leurs témoignages sont positifs, mais est-ce vraiment la réalité? Béatrice Massin, chorégraphe, compagnie Fêtes Galantes, et Albane Ahrens, chargée du développement de la compagnie Kistou Dubois, réaffirmaient cet engouement à la Biennale Internationale de Spectacle (BIS) le mercredi 16 janvier, en présence, entre autres, de Martine Tridde, considérée comme «l âme de la fondation» 20. L action et la personnalité de celle-ci sont souvent mises en avant, un vrai échange se créée entre la déléguée générale de la fondation et les artistes : «Martine Tridde a un vrai sens de l accompagnement artistique, participe à nos questionnement et cheminement.» 21 Au cours des différents entretiens, les mêmes mots ont été utilisés plusieurs fois, comme : curiosité, créativité, relation humaine, engagement, accompagnement, partenaire, et de chance 22. Céline Maufra, chargée de diffusion de la compagnie Feria Musica, reçoit une aide de 30 000 euros par an affectée à la diffusion : «L aide financière de la Fondation nous a permis de soutenir des projets financièrement plus fragiles en prenant à notre charge une partie des frais de transport.». Les compagnies présentent leur projet à BNP Paribas, souvent conscientes du rayonnement international dont bénéficie cette entreprise : «Ce fut pour nous un tremplin extraordinaire pour l ouverture à l international de notre compagnie.» 23. Philippes Combes 24 et Béatrice Massin, font le même constat, le rayonnement international de BNP Paribas permet d être plus visible à l étranger, mais apporte également un nouvel argumentaire par rapport aux aides de l Etat. Les conventions sont de trois ans, et peuvent être renouvelées, par ailleurs, contrairement à certaines aides publiques 25, les compagnies mettent en avant le fait que grâce à ce mécénat, elles peuvent parfois planifier à plus long terme des évènements. Le mécénat semble plus apprécié que le sponsoring, car c est un engagement dans la durée, ce qui permet aux 18 Admical, Répertoire du mécénat d'admical 2007, 16 ème édition, 2007, p. 67. 19 Communiqués de Presse BNP Paribas du 17 janvier 2008. 20 Entretien le 9 janvier 2008 avec Céline Maufra, chargée de diffusion de la compagnie Feria Musica. 21 Entretien du 11 janvier 2008, Béatrice Massin, chorégraphe, compagnie Fêtes Galantes. 22 Entretien du 21 janvier 2008 avec Manuel Rochemann, pianiste. 23 Entretien du 9 janvier 2008 avec Céline Maufra, chargée de diffusion de la compagnie Feria Musica. 24 Entretien du 10 janvier 2008, chorégraphe de la compagnie Cave Canem. 25 Ibid. «Des soutiens comme Culture France se font que pour un événement dans l année en cours et non pas un an à l avance.» 8

artistes de prévoir, et de développer des projets, alors que le sponsoring reste sporadique et surtout : «les contreparties demandées n étaient pas réalistes» 26 me confie Céline Maufra. Trois artistes 27 ont ajouté que le financement privé, pouvait être parfois un argument de plus pour obtenir une subvention publique. L apport financier est certes présent, et non négligeable, mais les artistes interviewés soulignent tous, l importance de l échange, du dialogue, de l écoute et de l accompagnement : «Ce n est pas correspondre à l image de BNP, c est continuer à tracer sa route. C est soutenir et être à côté d une démarche spécifique artistique» 28. Les artistes ainsi que les entreprises mécènes semblent s accorder sur un fait essentiel : le mécénat représente un plus, un complément mais ne peut et ne veut pas remplacer le soutien public. Compagnie Fêtes Galantes Spectacle : Un voyage d'hiver Vendredi 8 février 08-20h30 à La Rochelle Photo de Jean-Pierre Maurin Manuel Rochemann, pianiste 26 Entretien du 9 janvier 2008 avec Céline Maufra, chargée de diffusion de la compagnie Feria Musica. 27 Béatrice Massin, Céline Maufra et Anita Mathieu. 28 Entretien du 11 janvier 2008, Béatrice Massin, chorégraphe, compagnie Fêtes Galantes. 9

Conclusion D emblée, nous pouvons avancer que comme la demande et l offre culturelle s intensifient, la diversification des ressources financières et techniques deviennent un enjeu majeur pour les professionnels de la culture. Le mécénat est à considérer, aujourd hui, non pas comme un acteur du développement culturel et artistique, mais davantage comme un complément qui devient de plus en plus présent dans notre société et en supplément aux aides publics. De plus le mécénat ne se résume pas à un apport financier, cela peut-être également un apport en nature, technologique, de compétences La tendance actuelle au développement du mécénat va-t-elle continuer? En 2005, 1 milliard d euros consacré au mécénat d entreprise en France alors qu il y a seulement 18% des entreprises de plus de 200 salariées 29 qui font du mécénat en France. Le mécénat est encore en plein essor, il connaît des mutations dans ses champs d actions, par exemple avec les croisements culture/social, ou avec l environnement qui devient de plus en plus un service à part entière dans les entreprises avec des programmes de développement durable «sur mesure». Il est évident que le mécénat en terme d image est très intéressant, «le retour sur l image de marque» est moins coûteux et parfois même plus efficace que de la publicité, car il donne un aspect de citoyenneté à l entreprise. Nous pouvons remarquer que pour le mécénat, la réflexion s oriente davantage sur le choix des thèmes soutenus que sur la question de la place du logo qui, par exemple, reste primordial dans le parrainage. Le mécénat correspond davantage à une communication qui marque une «légitimation et une moralisation de l image». Reste à savoir pourquoi l image de l entreprise reste négative 30? Le mécénat est-il au service de l entreprise ou des artistes? L entreprise a-t-elle ou doit-elle avoir un rôle de «bonne ou mauvaise morale» dans notre société? Le mécénat peut-il réhabiliter l image d une entreprise? Quoiqu il en soit, le mécénat participe à l image de l entreprise et cette image «nourrit», de fait, les enjeux et les objectifs d une entreprise. Il ne faut pas perdre de vue que le mécénat est un plus, à la fois pour les artistes et pour les entreprises mécènes, il faut donc peut-être le considérer comme un potentiel terrain d échanges. 29 Admical, Répertoire du mécénat d'admical 2007, 16 ème édition, 2007, p. 27. 30 Problèmes économiques, N o spécial : L'entreprise : défis et enjeux, N o 2.918, 28 février 2007, 64 p. 10

Bibliographie Ouvrages : - Le Jurisculture, «mieux gérer l entreprise culturelle», N 103, janvier 2008, 16 p. - Association pour le développement du mécénat industriel et commercial, Répertoire du mécénat d'entreprise 2007, Paris, ADMICAL, 2007, 600 p. - Problèmes économiques, N o spécial : «L'entreprise : défis et enjeux», N o 2.918, 28 février 2007, 64 p. - Nielsen, Karen, Mécénat : mode d'emploi, Paris, Economica, 2007, 274 p. - Zürcher Bernard et Lisbonne Karine, L'art avec pertes ou profit?, Paris, Flammarion, 2007, 280 p. - Ministère de la Culture et de la Communication, L essor du mécénat culturel en France, témoignages et pratiques, Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, 2006, 141 p. - Walliser, Björn, Le parrainage : sponsoring et mécénat, Paris, Dunod, 2006, 128 p. - Le mécénat, une opportunité ou un leurre? Faut-il avoir du financement privé de la culture?, actes du colloque international, Nantes, La Scène, 2005, 57 p. - France Direction des journaux officiels, Mécénat, associations et fondations, Paris, France Direction des journaux officiels, 2004, 251 p. - Devlin Graham, Hoyle Sue, Le financement de la culture en France et en Grande- Bretagne, Paris, L Harmattan, 2001, 97 p. - SAUVANET Nathalie, Le Mécénat culturel en Europe, Paris, ADMICAL, 1998. 61 p. - Godlewsky-Segrestan Stéphane, Mécénat d'entreprise et stratégie : le mécénat à l'heure des fondations d'entreprise, Paris, Dunod, 1991, 167 p. Entretiens : - Entretien du 7 janvier 2008 avec Sophie Rémy, fondation BNP Paribas. - Entretien du 9 janvier 2008 avec Céline Maufra, chargée de diffusion de la compagnie Feria Musica. - Entretien du 10 janvier 2008 avec Philippe Combes, chorégraphe de la compagnie Cave Canem. - Entretien du 11 janvier 2008, Béatrice Massin, chorégraphe, compagnie Fêtes Galantes. - Entretien du 21 janvier 2008 avec Manuel Rochemann, pianiste. - Entretien du 25 janvier 2008 avec Anita Mathieu, Rencontres Chorégraphiques Internationales (RCI) de Seine-Saint-Denis. 11

Rapports en ligne : - Panorama 2006 des Fondations d'entreprise - Créer sa fondation d'entreprise : quelles motivations? http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/politique/mecenat/etudefondations.pdf - Loi 1 er août 2003 : http://www.legifrance.gouv.fr/waspad/untextedejorf?numjo=mccx0300015l - Actes du colloque "Mécénat et management, une rencontre insolite" http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/politique/mecenat/actesjuin05.pdf - Etude fondations d'entreprises : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/politique/mecenat/etudefondationsentrep.pdf - Connaître les fondations : http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/politique/mecenat/connaitrefondations.pdf - Les chiffres clés du mécénat d'entreprise. Résultat de l'enquête ADMICAL CSA, mars 2006. http://www.admical.asso.fr/editor/files/chiffres_cles_mecenat_2005.pdf 12

Annexes Annexe 1 : Ernst & Young, Panorama 2006 des fondations d entreprise, Créer sa fondation d entreprise : quelles motivations?, p. 3. 13

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