CHAUDE Guillaume - Master 2 Ingénierie de la création multimédia et direction artistique de projet - 2010-11 Dossier de synthèse pour l évaluation des UE1 et UE2 de Norbert Hillaire 1 1968-69 : L éclosion du Land Art 2 Une réflexion sur les éléments, l espace et le temps 3 Dompter la force de l éphémère, un enjeu artistique et économique 4 Earthworks, quand le Land-Art voit grand 5 Focus sur 6 D autres œuvres emblématiques 7 Pour aller plus loin... Page 1 Page 2 Page 3 Page 5 Page 6 Page 11 Page 15
AND 1968-69 : L éclosion du Land Art L appellation Land Art recouvre moins un mouvement constitué que l entrecroisement des trajectoires de différents artistes qui, à la fin des années 1960, considèrent la terre à la fois comme un matériau et une surface d inscription. La réflexion sur le lieu des œuvres amorcée au début des années soixante par les artistes dit minimalistes, connaît alors un prolongement dans la création d œuvres hors des musées et des galeries. On désigne néanmoins par «Land Art» un mouvement artistique de l art contemporain né vers la fin des années 1960, dont les œuvres utilisent le cadre et les matériaux naturels, en jouant parfois avec les fluctuations météorologiques et l usure du temps. Ces œuvres visaient à utiliser ou à transformer un lieu naturel, généralement à grande échelle, en tant que développement de thématiques conceptualistes. Soumises aux éléments et donc à l érosion naturelle, certaines de ces réalisations sont appelées à disparaître avec l action du temps, pour n exister plus qu à l état de souvenir ou d images, grâce à la photographie et à la vidéo. Aucun artiste ne s est réclamé de cette étiquette jusqu à Walter de Maria, qui a inventé le terme au début des années 1960, en songeant à créer des œuvres dans les déserts de l Ouest. Dans son texte «Artyard», publié en 1963 dans le recueil «An Anthology» par le compositeur La Monte Young, il explique vouloir faire d un trou une œuvre d art. Mais ce n est qu en 1968 qu il réalise «Mile Long Drawing» dans le désert Mojave en Californie, en traçant deux lignes de dix centimètres d épaisseur séparées de 3m60 sur une longueur d un mile. Pour d autres, le Land Art voit officiellement le jour avec l exposition Earth Works présentée en 1968 à la Gallerie Dwan à New York. Cette même année, l artiste américain publie «The Sedimentation of the Mind : Earh Projects» et se dresse alors comme théoricien et première figure emblématique de cette tendance artistique, aux côtés de Robert Morris, Nancy Holt, Dennis Oppenheim, Walter De Maria, Christo et Michael Heizer. Quatre mois plus tard, en février 1969, l exposition Earth Art est présentée au Andrew Dickson White Museum of Art de New York, et confirme l importance du Land Art sur la scène de l art contemporain. Le mouvement gagne sa première exposition télévisuelle grâce au vidéaste Gerry Schum qui, en avril 1969, organise sur la chaîne allemande WDR une exposition ART télévisuelle intitulée Land Art, réunissant cette fois Richard Long, Barry Flanagan, Dennis Oppenheim,, Marinus Boezem, Jan Dibbets, Walter De Maria et Michael Heizer (ce dernier, en désaccord avec Schum, se désistera finalement). 01 / 15
Une réfléxion sur les éléments, l espace et le temps Les motivations premières du Land Art étaient de se débarrasser de l art de chevalet et des grands principes du modernisme en cherchant à lier l art et la vie, et donc d arrêter de produire des œuvres destinées à être seulement admirées dans des musées. Ces artistes travaillent souvent dans des lieux reculés (déserts, carrières abandonnées, etc), parfois à des échelles monumentales, en s inscrivant dans un site qu ils contribuent en même temps à transformer et qui ne fait plus qu un avec l œuvre. Cette tradition trouve aujourd hui un prolongement chez plusieurs artistes contemporains qui travaillent directement dans la nature. Ainsi, dans la logique du Land Art, les œuvres de Andy Goldsworthy, Nils Udo ainsi que la plupart des œuvres de Richard Long sont souvent éphémères et ne deviennent durables que via la photographie. Avec les artistes du Land Art, la nature n est plus simplement représentée mais c est au cœur d elle-même (in situ) que les créateurs travaillent. Les œuvres ainsi créées sortent du circuit des musées et du marché de l art, pour s offrir comme une invitation à éprouver une véritable expérience liée au monde physique. Les artistes utilisent les matériaux de la nature (bois, terre, pierres, sable, rocher, etc.) et creusent, déplacent, transportent, accumulent, griffent, tracent, plantent. Certains élargissent le champ de réflexion en introduisant des produits manufacturés (Walter De Maria avec Lightning Field ; Christo et Jeanne-Claude avec The Umbrellas ; Christo et Jeanne-Claude avec Surrounded Islands ; Jean Veram est ses peintures sur les montagnes du désert du Tibesti). Croquis de travail de Christo pour Surrounded Islands 02 / 15
Dompter la force de l éphémère, un enjeu artistique et économique Sur le plan économique, les œuvres du Land Art sont difficilement exploitables directement. De ce fait elles (ou tout du moins leur représentations) circulent sous forme d enregistrements vidéo et de photographies, de mise en page de livre, de conférences ou encore de projets et de dessins dans les galeries et dans les musées. Elles peuvent aussi être concrétisées par des cartes qui restituent les coordonnées de l intervention. Les artistes travaillant souvent dans des lieux éloignés difficiles d accès, la photographie retrouve un rôle essentiel pour montrer, illustrer, remémorer mais aussi financer ces projets. Des croquis, des reportages et des vidéos sont présentés au public et permettent ainsi aux artistes de vivre et de réaliser d autres œuvres. C est ainsi que dans les années 1970, certaines œuvres comment à réintégrér les musées et expositions, d abord par l image puis par des installations dans les espaces intérieurs, comme Ligne d ardoises de Richard Long au Centre d arts plastiques contemporains de Bordeaux en 1985. Il y a dans ce retour vers les murs des musées un mouvement très paradoxal de la part d un art qui avait initialement entrepris de s en affranchir. Au delà de la question financière, l éphémérité des œuvres met en perspective trois pistes de réflexion : Ligne d ardoises - 1985 Richard Long La première concerne la façon de «vivre» les œuvres, et s inscrit dans l idée de la nécessité d éprouver ce que Walter Benjamin définit comme leur «aura». Si la simple prouesse technique de leur existence peut impressionner, les reproductions sur papier des œuvres du Land Art ne suffisent pas pour ressentir la force des volumes, l aspiration des vides ou le vertige des dimensions, sorte de communion avec l œuvre que seule une visite insitu permet d éprouver. Dès lors, ressentir «l ici et maintenant» devient d autant plus crucial que le spectateur sait que l œuvre qu il observe est appelée à disparaitre ou, tout du moins, à changer définitivement de gueule sous l effet de l érosion. Pourtant, la grande majorité des spectateurs n ont accès les œuvres du Land Art qu à travers les photographies et autres vidéos. C est là un autre paradoxe de ce mouvement. 03 / 15
La seconde, plus discutable, est celle d une certaine recomposition de la fonction rituelle de l art. En effet les œuvres du Land Art appellent, de par leur isolement géographique, à un effort du spectateur pour se déplacer vers des lieux où l environnement naturel souvent immaculé peut jouer un rôle de cocon propice au recueillement. On peut y lire une tentative de recomposer un lien spirituel entre la nature et l humain par processus initiatique. La troisième est celle de l illustration d une certaine fragilité de la vie humaine. En imprimant une trace sur le paysage, certaines œuvres sont appelées à traverser des périodes bien plus longues que l échelle d une vie humaine et nous proposent donc un regard introspectif sur notre propre éphémérité. Double Negative de Michal-Heizer, située en plein désert du Névada. 04 / 15
Earthworks, quand le Land Art voit GRAND! On doit l expression Earthworks (traduction littérale de terrassements) à qui la reprend au génie civil et au titre du roman de Brian Aldiss de 1966. Ce terme connaîtra une certaine fortune critique, notamment lorsqu il fut repris pour intituler l importante exposition qui eut lieu à la Dwan Gallery en 1968 à New York. Au sein du Land Art, cette expression désigne les œuvres les plus imposantes, réalisées avec des équipements de construction. Ces Earthworks constituent des altérations durables du paysage, alors que la plupart des œuvres du Land Art relèvent plutôt de l art éphémère, vouées à plus ou moins longue échéance à la disparition sous l effet des éléments naturels. Ces constructions minérales massives subissent aussi le passage du temps, mais à une autre échelle que celle de l Homme. Les15m de large pour 457m de long et 240.000 tonnes de rocher déplacés de la Double Negative (Michael Heizer, 1964) illustrent le gigantisme de ces œuvres qui invitent une nouvelle fois à réfléchir sur notre place, notre dimension et notre influence sur l environnement naturel. «L araignée d eau» de Michale Heizer (un des cinq éléments de son Earthwork Effigy Tumuly) s étire sur 209 mètres de longueur. 05 / 15
Focus sur... Considéré par beaucoup comme le théoricien du mouvement Land Art, Robert Smithson (1938-1973) est un artiste américain qui s est montré particulièrement prolifique dans la réalisation de Earthworks aux dimensions extraordinaires. Les réalisations de Smithson ne tentent pas d ajouter de nouveaux éléments à l environnement, ni ne cherchent à établir un dialogue entre l artificiel et le naturel. Pour cet artiste, la nature n est jamais achevée et il se donne le droit d intervenir en direct sur le processus de transformation. Smithson n utilisait pratiquement que des matériaux trouvés sur place, aussi le terme employé pour ses travaux. Ses constructions, conçues comme des projets de récupération des sols, s inspirent des formes des pyramides antiques ou des labyrinthes médiévaux, mais à l évidence sans aucune fonction utilitaire. Elles demeurent sculpturales. En complément du «site» réel de chacune de ses œuvres, Smithson avait pour habitude de fournir ce qu il appelait un «non-site», composé d un film, d un texte et de photographies. Nous allons nous intéresser à six œuvres de l artiste, particulièrement représentatives de sa démarche. Asphalt Rundown Cette œuvre a été créée aux environs de Rome en 1969 à l aide d un camion chargé d asphalte qui a déchargé son contenu du haut d une colline, jouant ainsi avec les qualités de l asphalte, un matériau en qui l artiste voyait une sorte de piège à énergie. Pour Smithson, les routes constituées avec ce matériau se transformaient en un lieu de passage, en voies entropiques permettant un flux continu de personnes et d engins. On peut voir ici un rapport avec la technique du dripping utilisée par Jackson Pollock.Smithson cherche ici la désintégration, le glissement, la coulée, l avalanche et le mouvement de flot. Asphalt Rundown - 06 / 15
Selon lui, le paysage reste entropique car son intérêt est fixé sur la localisation des zones industrielles abandonnées et désolées. Dans d autres œuvres il approfondira son exploration de la coulée, en utilisant des matériaux tels que la boue, le fumier, l asphalte, le béton et la glace, tous très lent lors de leur écoulement, résistants aux traînées faciles et aux taches molles et spongieuses (qui donnent l idée de paresse) typiques des peintures de New York dans les années 1960. Partially Buried Woodshed En janvier 1970 dans l Ohio, Smithson décharge vingt camions chargés de terre sur une cabane abandonnée jusqu à ce que la poutre centrale cède sous le poids du matériau. C est une façon de montrer la nature en train de reprendre ses droits de façon complète sur l homme et ses constructions par la destruction. Spiral Jetty Partially Buried Woodshed - Certainement l œuvre la plus connue de, la construction de Spiral Jetty a débuté en avril1970 à Great Salt Lake dans l Utah. 625 personnes et 292 automoteurs à dix roues ont été nécessaires pour porter la charge des 6 783 tonnes de terre jusqu au lac. Des engins de construction (Caterpillar 955) ont ensuite déversé et tassé les roches dans les lignes directives de Smithson. Le spirale ainsi formée s étire sur 500 mètres (depuis le sommet de la crête jusqu au bout de la boucle), pour une largeur d environ 5 mètres. lors de la réalisation de Spiral Jetty Initialement choisi pour la couleur rouge du lac salé, il est important de noter que le lieu d implantation de l œuvre a influé dans la conception du projet : la forme de la spirale fait référence à un mythique tourbillon censé apparaître au centre du lac. Mais la spirale reflète également la formation circulaire des cristaux de sel qui recouvrent les rochers. 07 / 15
Comme la majorité des œuvres du Land Art, Spyral Jetty fut confrontée aux aléas climatiques et météorologiques : l œuvre fut engloutie par une brusque montée des eaux en 1972. Le travail a donc été changé par son environnement, reflétant la fascination de Smithson pour l entropie, l inévitable transformation des forces de la nature. Épisodiquement on peut donc voir Spiral Jetty émerger de l eau, et certains voient dans ce jeu entre la structure et les éléments le témoignage de la dominance de la nature sur l homme. Spiral Jetty - Broken Circle Située à Emmen aux Pays-Bas, cette œuvre a été commandée pour l exposition internationale temporaire «Sonsbeek 71». Smithson ayant pris conscience qu il était préférable de ne pas déranger l agriculture dans un pays aussi densément peuplé, il obtient de construire son œuvre sur une carrière désaffectée. Cela correspond d ailleurs à son penchant pour les lieux dits entropiques. Pendant les travaux pour aplanir le terrain, l artiste extrait un imposant rocher dont il veut initialement se débarrasser car il constitue un point focal indésirable à l œuvre. Mais l entreprise se révèle compliquée par la masse du rocher. Ce n est qu un peu plus tard que Smithson décide Broken Circle - de conserver le rocher qui confère à l œuvre une dimension temporelle puisqu il est un témoin d un âge reculé de la terre. Par ailleurs, il contribue à faire coïncider l œuvre avec son environnement puisqu on trouve dans la région des tombes primitives, nommées «lits des Huns», construites avec de tels rochers. Broken Circle est une avancée de terre positive, tournant dans le sens des aiguilles d une montre. Dans la logique d un Smithson fasciné par les miroirs, leur dédoublement et leur redoublement, ce «Cercle Brisé» est une sorte d impossibilité puisque le ciel se réfléchit sur la terre. Une nouvelle fois, on note une influence de l environnement sur le processus de création. L œuvre fait en effet référence aux digues construites par les hollandais dans le cadre du plan «Delta» et devrait correspondre au site et à son inscription dans le pays ainsi qu à sa mémoire (En 1953, la Hollande est durement touchée par un raz-de-marée recouvrant 150 000 hectares de terre. Le «plan Delta» a alors été mis en œuvre pour reconstruire les digues et protéger le pays). 08 / 15
Bien qu elle ait d abord été construite pour être temporaire, la population locale a demandé à ce que Broken Circle devienne permanente. Smithson rédige alors une série de recommandations afin que son œuvre survive correctement à l épreuve du temps. Aujourd hui l œuvre suit pleinement son destin de pièce du Land Art : sa forme a évolué avec le temps et la force les éléments, l eau ayant partiellement recouvert la jetée Spiral Hill Réalisé conjointement au Broken Circle auquel elle est intimement liée, cette œuvre peut être vue comme une parodie de la Tour de Babel. Elle fait 23 mètres de diamètre à sa base. Les principaux matériaux qui la constituent sont : la terre, la terre arable noire et le sable blanc pour le chemin en spirale. La terre, matériau principal, est choisie pour sa charge symbolique archaïque : «Aussi le retour à la terre nourricière indique-t-il la résurgence d un sentiment très archaïque.». On remarque le jeu entre Broken Circle, invisible de loin pour qui se trouve à son niveau, et l élévation de Spiral Hill. Amarillo Ramp Spiral Hill - Cette œuvre a été construite sur un terrain acheté par l artiste au Nord-Ouest de l Utah. Quatre énormes buses ont été spécialement construites pour cette œuvre de 6 mètres de long et de 2,5 mètres de haut. Elles se font face par paires autour d un espace vide dont le centre est matérialisé par un cercle en ciment qui affleure au niveau du sol. Elles sont orientées en fonction des solstices d été et d hiver. explique ainsi sa démarche : ««Durant environ dix jours, le soleil se lève dans la canalisation Sud-est et peut être vu à travers celle du Nord-ouest. Au solstice d été, le lever Amarillo Ramp - et le coucher du soleil sont dans l alignement des tuyaux nord-est/ sud-est et nord-ouest/sud-est». Des trous ont été creusés à la surface des buses de manières à ce qu elles forment des constellations. Leurs tailles dépendent de l importance des étoiles et les taches de lumière qui percent l intérieur des buses reproduisent leurs figures qui se déplacent le jour avec le mouvement du soleil et la nuit avec celui de la lune. La forme est celle d un serpent qui se mort la queue. est mort tragiquement dans le crash de son avion alors qu il voulait prendre cette œuvre en photo. 09 / 15
Un travail sur l échelle Ces œuvres révèlent le fort intérêt de l artiste pour les problèmes d échelle. Broken Circle, Spiral Hill, ou Spiral Jetty supposent un point de vue en surplomb pour être vues dans leur ensemble : «La taille détermine un objet, mais l échelle détermine l art. ( ) L échelle dépend de la capacité de chacun à prendre conscience des réalités perceptives. Quand on refuse de dégager l échelle de la taille, on reste avec un objet ou un langage qui apparaît certain. Pour moi l échelle agit grâce à l incertitude.» (). Spiral jetty vue du ciel... 10 / 15
s e u q ti a m lé b m e s e vr u œ s e tr u D a 1967 A line Made by Walking - Richard Long Lorsqu en 1967, Richard Long réalise ce «geste inaugural» de marcher le long d une ligne imaginaire sur la terre («A Line Made By Walking»), il affirme une véritable pensée du territoire qu il matérialise par la graphie de ses déplacements à l intérieur de celui-ci. Face au tracé aléatoire de la promenade ou de la dérive, l artiste laisse dans le paysage l empreinte de son corps, étrangement figurée par une ligne, comme un stigmate de son passage et de ses va-et-vient. C est ainsi que les cartes et les photographies de Richard Long sont, pour nous, avec exactitude et précision, la marche de Long, mais dans un autre espace et dans une autre échelle. L œuvre se situe alors dans cette juxtaposition et cette fragmentation des objets, points de vue, séquences elle est «décentrée», multipliable à l infini par la représentation. A line made by walking - Richard Long 1970 - Double Negative - Michael Heizer En 1969 dans la région désertique du Nevada aux Etats-Unis, Michael Heizer creuse Rift et Isolated Mass Circumflex, qu il considère comme des «sculptures négatives». A la différence de ces œuvres éphémères qui n ont d existence réelle que photographique, Double Negative, commencée en 1969, perdurera. Longue de 457 mètres, l œuvre se compose de deux gigantesques entailles pratiquées au bulldozer et à la dynamite dans le Mormon Mesa, situé dans le Nevada. L œuvre consiste en deux gigantesques tranchées de plusieurs dizaines de mètres, formées par le déplacement de 240 000 tonnes de terre de part et d autre d un ravin. «Double Négative», par sa rigueur géométrique en parfaite antithèse avec les formes accidentelles et organiques du paysage, s impose au sein de la nature comme artifice : en effet, qu y a-t-il de moins naturel que la Double Negative - Michael Heizer ligne, le rectangle, ou le carré? Sorte de «négation de la sculpture», semblable au tracé cartographique d une galerie de Denis Oppenheim ou de l empreinte de Richard Long sur le sol, l œuvre de Michael Heizer n est pas construite dans la masse, mais bien dessinée, figurant ainsi un plan, et agissant comme une «organisation du lieu.» 11 / 15
1977 - Lightning Field - Walter de Maria En 1977 De Maria a installé 400 piliers en fer dans le désert du Nouveau Mexique. Ces piliers font 4,57 à 8,15 m de haut, entreespacés de 67 mètres l un de l autre. Leurs apparences changent de couleurs selon le temps et la lumière. Le Nouveau Mexique est une région à fort risque d orages. Ces piliers attirent la foudre et créés des toiles d éclairs. L artiste a pris le soin d installer des postes d observation pour profiter de l œuvre. Dans la logique théorique du Land Art, Lighthning Field est une œuvre qui se vit et s apprécie à travers le temps grâce aux variations d éclairage fournis par les soleils levants ou couchants, les ciels couverts ou Lightning fields - Walter de Maria dégagés, l aube ou les crépuscules. Par ailleurs, si l installation est permanente, elle ne trouve son sens complet que lorsqu éclatent des orages, autrement dit lors de quelques rares moments décidés par la nature. L œuvre ne vit donc à son paroxysme que lorsque la nature accepte de se prêter au jeu, les éléments intervenant autant que l artiste dans la construction de cette œuvre. 1985 - Effigy Tumuli - Michael Heizer Cette oeuvre construite entre 1983 à 1985 est un ensemble de cinq earthworks en forme d animaux, en hommage à la tradition des tumulis des indiens d Amérique. On y trouve une araignée d eau de 209m de long, une tortue de 200m, un poisson-chat de 230m, une grenouille de 100m et un serpent de 630m. L araignée d eau, le poisson et la grenouille ont été entièrement bâtis avec de la terre, de l herbe et des arbustes, alors que le serpent et la tortue épousent la topographie du lieu. Effigy Tumuli est une des plus grandes œuvres d arts américaines et nécessite d être observé depuis les airs. Le site appartient à la Ottawa Silica Company, qui commanda ces immenses sculptures à Michael Heizer en 1983. Depuis l été 2010, les visiteurs du site ne peuvent plus se promener sur les œuvres car les passages commencaient à en dégrader la structure. Effigy Tumuli - Michael Heizer 12 / 15
1971 à? - Star Axis - Charles Ross Star Axis est une œuvre architectonique construire en suivant la géométrie des étoiles, ainsi que l alignement de la terre et des astres ramenés à l échelle humaine. Les dimensions initialement prévues représentaient une structure de 11 étages de haut pour 150 m de long. Le nom de la sculpture se réfère à l alignement terre/étoile polaire. Ce EarthWork comporte cinq éléments principaux. La pyramide solaire marque les déplacements quotidiens et saisonniers du soleil à travers un «champ d ombre». De l intérieur de la «chambre de l heure» une heure de rotation de la Terre peut être observée, et de l intérieur de la «Chambre équatoriale» les Star Axis - Charles Ross étoiles qui se déplacent directement au-dessus de l équateur peut être observées. Le tunnel sous la Star est précisément aligné avec l axe de la Terre. La volonté de l artiste est de permettre au spectateur de se promener à travers les couches de temps céleste. Entamée en 1971, la construction de Star-Axis se poursuit actuellement au Nouveau-Mexique. 1972 à? - Roden Crater - James Turrell James Turrell a acheté en 1979 le Roden Crater, un cratère de volcan dans le désert peint en Arizona, à cent kilomètres de Flagstaff où il habite. Sous le Roden Crater, Turrell a construit un réseau de galeries souterraines permettant d accéder à des chambres creusées en des points déterminés du cratère. Ces chambres qui sont des Sky Spaces, donnent à voir certains fragments du ciel, le jour et la nuit. Cette démarche s inscrit dans la continuité des «Kiva Hopi», cavités destinées aux connexions cosmiques. Ce projet s est construit en collaboration avec le chef d une tribu Hopi voisine, Gene Sequakaptawa. Les Sky Spaces de Turrell, installations à ciel ouvert, sont inspirées par cette rencontre entre le ciel et la terre, par cette navigation dans l espace. Le site de Roden Crater 13 / 15
Pour certains, Roden Crater est une œuvre qui peut se réclamer du Land Art, si on considère le soleil, le ciel et les étoiles en interaction avec le site, comme éléments plastiques. Mais pour d autres, cette sculpture Turrell ne modifie pas le site dans sa structure, mais organise notre vision dans le site pratiquement intact. Le Roden Crater, comme les autres oeuvres de Turrell, peuvent alors êtres considérées comme des machines de vision, des caméras intemporelles. 1970 à? - City - Michael Heizer Sky Spaces, les intérieur de Roden Crater - James Turell City est une œuvre située dans Garden Valley, une vallée désertique dans les régions rurales du comté de Lincoln dans l État américain du Nevada. Commencé en 1972 et est toujours en cours par Michael Heizer, aujourd hui assisté de 12 personnes. Comme pour Double Negative, les dimensions de City sont gigantesques. Avec ses 2 km de longueur er ses 400 m de largeur City est l une des plus grandes sculptures jamais créées. Hiezer utilise la de terre, des rochers et du béton comme matériaux de construction, qu il assemble avec de la machinerie lourde de chantier. L ouvrage comporte cinq phases, chacune constituée d un certain nombre de structures appelées complexes, dont certaines atteignent 25m de haut. Heizer tente de synthétiser dans une même œuvres l esthétique des monuments anciens, les principes du minimalisme et la technologie industrielle. Pour ce travail il puise son inspiration dans des sources variées qui vont de l esthétique des sites précolombiens comme La Venta à l application des principes du modernisme. Le coût de la Ville est financé par plusieurs clients, y compris la Dia Art Foundation et la Fondation Lannan, avec un coût total estimé à des dizaines de millions de dollars. Le site de construction est situé sur une grande parcelle de terrain privé appartenant à l artiste et qui restera fermée au public jusqu à son achèvement. City, l imposant projet de Michael Heizer 14 / 15
Pour aller plus loin... Sources / bibliographie http://monumenta.com/ http://fr.wikipedia.org http://www.edit-revue.com/?article=99 http://www.daringdesigns.com/earthworks.htm#dblneg http://doublenegative.tarasen.net/ http://www.robertsmithson.com http://www.diaart.org/sites/main/lightningfield http://doublenegative.tarasen.net/effigy_tumuli.html http://ludb.clui.org/ex/i/az3128/ http://www.staraxis.org/ http://www.lasersol.com/art/turrell/rodenmenu.html http://doublenegative.tarasen.net/city.html http://spiral-jetty.blogspot.com http://archive.monumenta.com/2008/content/view/112/lang,fr/ http://www.landarts.fr/ http://stephan.barron.free.fr/technoromantisme/turrel.html Dossier composé et mis en page par Guillaume CHAUDE Cours de Master 1 Communication et culture 2008-09 : Anthropologie des arts et techniques à l âge moderne et contemporain N. HILLAIRE L oeuvre d art dans l espace publique N.HILLAIRE Expositions à venir Dans un monde de la dématérialisation où prolifèrent des mondes virtuels toujours plus convaincants, le Land Art se montre plus vivant que jamais. À l heure de la rédaction de ce dossier, deux expositions lui sont consacrées : «L effet Smithson» - du 10 Mars au 3 juillet 2011 au Utah Museum of Fine Arts de Salt Lake City «The Final Freedom, from the Pioneers of Land Art in the 1960s to Nature in Cyberspace» - du 15 Avril au 16 Octobre 2011 au Ludwig Museum de Coblence (Koblenz Allemagne). 15 / 15