la reconnaissance mutuelle en matière pénale



Documents pareils
Les autorités judiciaires françaises n ont pas mis en œuvre de politique nationale de prévention dans ce domaine.

TABLE DES MATIERES. Section 1 : Retrait Section 2 : Renonciation Section 3 : Nullité

Groupe de travail. Renforcer la confiance mutuelle RAPPORT

COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES LIVRE VERT

Loi fédérale sur l agrément et la surveillance des réviseurs

l L immense majorité des condamnations concernent des délits

Loi fédérale sur l agrément et la surveillance des réviseurs

Examen de fin de stage judiciaire Programme de révision

CERTIFICATS DE SÉCURITÉ Qu est-ce qu un certificat de sécurité?

La responsabilité pénale dans l entreprise

Congo. Loi règlementant l exercice de la profession de commerçant en République du Congo

Algérie. Loi relative aux associations

La fraude fiscale : Une procédure pénale dérogatoire au droit commun. Par Roman Pinösch Avocat au barreau de Paris

Règlement d INTERPOL sur le traitement des données

LE DOCUMENT UNIQUE DE DELEGATION

TRIBUNAL DE POLICE ET SANCTIONS PENALES : PEINES PRINCIPALES, SUBSIDIAIRES & ACCESSOIRES

La politique belge en matière de traite des êtres humains. Etat des lieux, évaluation et options futures

Avons ordonné et ordonnons:

«La prison est la seule solution pour préserver la société.»

ARTICLE 90 DU DECRET DU 19 DECEMBRE 1991 MODIFIE

Impact des règles de protection des données Sur l industrie financière. Dominique Dedieu ddedieu@farthouat.com

LOI N /AN BURKINA FASO IV E REPUBLIQUE PORTANT REGLEMENTATION DE LA PROFESSION DE COMMERÇANT AU BURKINA FASO

TABLE DES MATIÈRES TITRE I L AUTEUR DE L INFRACTION PÉNALE

PROGRAMME DE TRAITEMENT DE LA TOXICOMANIE DE LA COUR DU QUÉBEC À MONTRÉAL (PTTCQ)

Circulaire de la DACG n CRIM 08-01/G1 du 3 janvier 2008 relative au secret de la défense nationale NOR : JUSD C

Hong Kong: Sociétés offshore à Hong Kong :

L appréhension pénale du terrorisme Plan détaillé de la dissertation ENM 2014

COURTIER EN ASSURANCE I. CONDITIONS REQUISES. A. Age et nationalité 23/07/2012

Responsabilité civile et pénale de l instituteur

) Découvrez les métiers de la Justice. Informez-vous sur

CONVENTION D AIDE MUTUELLE JUDICIAIRE D EXEQUATUR DES JUGEMENTS ET D EXTRADITION ENTRE LA FRANCE ET LE MAROC DU 5 OCTOBRE1957

Plan d Action de Ouagadougou contre la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, tel qu adopté par la Conférence

Institut d études judiciaires Préparation à l examen d accès au C.R.F.P.A.

Je suis honnorée de m' addresser à vous à l'occasion du Onzième Congrès des Nations Unis pour la Prevention du Crime et la Justice Penale.

Une saisie européenne des avoirs bancaires Éléments de procédure

Conférence des Cours constitutionnelles européennes XIIème Congrès

Cour européenne des droits de l homme. Questions & Réponses

Responsabilité civile des administrateurs et des réviseurs d une société anonyme : questions choisies

INTERMEDIAIRES EN ASSURANCES

Mise sur le marché des engrais en Europe. Paris, le 9 septembre Vincent Delvaux

PROJET EUROMED JUSTICE III. Droit pénal et droit pénitentiaire. Deuxième réunion du GT 3 GT 3.2

Statuts : Etoile Saint Amandoise.

Les victimes et auteur-e (s) de violences domestiques dans la procédure pénale

Archivage électronique - Règle technique d exigences et de mesures pour la certification des PSDC

I. - Les principales caractéristiques du Droit Pénal chinois

SURVEILLANCE ÉLECTRONIQUE

Centre de Recherche sur l Information Scientifique et Technique. Par Mme BOUDER Hadjira Attachée de Recherche

4./4/14 DE DROIT AÉRIEN. (Montréal, 26 CONVENTION SURVENANT. (12 pages) DCTC_WP_DCTC_

Les Recommandations du GAFI

Textes abrogés : Notes de l administration pénitentiaire du 15 juillet 2002 et 29 mars 2004 Circulaire AP9206GA3 du 26 novembre 1992

Les données à caractère personnel

Textes de référence : Table des matières

En devenant majeur-e, vous devenez responsable de vos actes, c est-à-dire que vous en mesurez toutes les conséquences.

Loi fédérale sur le transfert international des biens culturels

TITRE PRELIMINAIRE : TERMINOLOGIE ARTICLE PREMIER. Au sens de la présente ordonnance, il faut entendre par :

Stratégie nationale en matière de cyber sécurité

Mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme - Belgique

DOCUMENT D OUVERTURE DE COMPTE POUR PERSONNES MORALES

PROTOCOLE RELATIF À L ARRANGEMENT DE MADRID CONCERNANT L ENREGISTREMENT INTERNATIONAL DES MARQUES

le Fichier central des chèques (FCC) et le Fichier national des chèques irréguliers (FNCI),

Forum associatif Coulounieix Chamiers 7 septembre 2013 Aspects juridiques et droit des associations

1. Informations générales 124

Convention européenne des droits de l homme

Loi fédérale sur la transplantation d organes, de tissus et de cellules

ACCORD ENTRE LA COMMISSION BANCAIRE ET LA BANQUE NATIONALE DE ROUMANIE

Loi n du 22 juin 2010 régissant l artisanat en République du Congo

L application du règlement sur la reconnaissance mutuelle aux procédures d autorisation préalable

PROVINCE REGIONAL DE CALTANISSETTA C EST SIMPLE AUTOCERTIFIER

Décision-cadre 2002/475/JAI du Conseil (13 juin 2002)

Intermédiaires en Assurance

CIRCULAIRE AUX BANQUES COMMERCIALES ET AUX BANQUES D ÉPARGNE ET DE LOGEMENT

LICENCE SNCF OPEN DATA

STATUTS TITRE PREMIER CONSTITUTION ET OBJET DE LA SOCIÉTÉ

Douzième Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale

DISPOSITIF FEMMES EN TRES GRAND DANGER BILAN D UNE ANNÉE D EXPÉRIMENTATION

Loi fédérale sur la mise en œuvre des recommandations du Groupe d action financière, révisées en 2012

Guide d accompagnement à l intention des entreprises désirant obtenir ou renouveler une autorisation pour contracter/souscontracter avec un organisme

N 110 S É N A T. 7 mai 2014 PROPOSITION DE LOI. relative aux comptes bancaires inactifs et aux contrats d assurance vie en déshérence.

RECUEIL DE LEGISLATION. A N décembre S o m m a i r e

ANNEXE A LA CIRCULAIRE SUR LE CONTROLE INTERNE ET L AUDIT INTERNE TABLE DES MATIERES

Liste des recommandations

Programme d appui aux investissements des PME

LOI N DU 23 DECEMBRE 1998 RELATIVE AU DOMAINE FONCIER RURAL Modifiée par la loi n du 14 août 2004

Déclaration conjointe de la CoESS et d UNI-Europa sur l harmonisation européenne des législations gouvernant le secteur de la sécurité privée

OPPORTUNITÉS LES SOLUTIONS «TAILOR-MADE»

CONSEILLER EN INVESTISSEMENTS FINANCIERS. 1. La définition de l activité des CIF

e cycle de rapports mutuels d évaluation Analyse horizontale CONSEIL DE L EUROPE COUNCIL OF EUROPE

ASSEMBLÉE NATIONALE PROJET DE LOI

Note à Messieurs les : Objet : Lignes directrices sur les mesures de vigilance à l égard de la clientèle

REQUÊTE EN REGLEMENT COLLECTIF DE DETTES. ( article 1675 /4 du Code judiciaire) Au Juge des Saisies près le Tribunal de 1 ère Instance de Bruxelles.

F-Gif-sur-Yvette: Matériel informatique de sauvegarde 2008/S AVIS DE MARCHÉ. Fournitures

LA CONTREFAÇON NOTIONS ESSENTIELLES

Demande formelle de l entreprise ou de l association économique

Le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice

INSTRUMENTS DE PAIEMENT ET DE CRÉDIT

la gestion des dossiers

Transcription:

Le futur de la reconnaissance mutuelle en matière pénale au sein de l Union européenne Prof. Dr. Gert Vermeulen Conférence doctorale Université de Poitiers 21 janvier 2010 1

Affiliations et lignes de recherche principales doctorat en droit (pénal européen entraide mineure) Université de Gand professeur en droit pénal directeur du département de droit pénal et de criminologie directeur des instituts de recherche IRCP (recherche internationale sur la politique criminelle) projects/expertises surtout pour l UE, l ONU, le CoE GofS (recherche en matière de gestion de la sécurité) Université de Maastricht professeur extraordinaire (à partir de septembre 2010) en matière de collection et appréciation transfrontalière ou internationale de la preuve AIDP président de la groupe binationale Belgo-Luxembourgeoise UBLDP membre du comité de direction 2

Approche - structure la coopération traditionnelle (+ améliorisations) la reconnaissance mutuelle (RM) comparaison avec les mécanismes de coopération judiciaire traditionnels base légale différente: décisions-cadre différences sur les plan de la nature et du contenu état des lieux par domaine/phase de coopération lien conceptuel avec l approchement des législations pénales matérielles des états membres (Ems) futur (y inclus le lien avec la recherche scientifique) 3

Coopération traditionnelle terme générique pour différentes formes de coopération entre des (autorités judiciaires compétentes des) états un état requérant et un état requis - dans divers stades d un processus pénal, en vue d éviter la perturbence d un déroulement adéquat de celui-ci à cause de l existence des frontières et des principes de souveraineté et territorialité ceux-ci néanmoins constituants les contours contraignants de la coopération inter-étatique,

Formes traditionnelles l extradition l entraide judiciaire dite mineure la transmission des poursuites l exécution des décisions étrangères amendes décisions de confiscation disqualifications peines privatives de liberté dans l état de nationalité/d origine du détenu (sur sa propre initiative), dans son intérêt dans d autres états

Caractéristiques traditionnelles un fonctionnement lourd et lent, à cause de la position souveraine de l état requis - se référant fortement à son droit et ses standards internes le canal de transmission des requêtes les faits donnant lieu à coopération: restrictions liées à la gravité des faits l exigence de la double incrimination leur nature: politiques, fiscales, militaires, etc. d autres motifs de refus de la coopération absence de délai pour l intervention de la coopération réserves et déclarations exéquatre pour l exécution des mesures contraignantes

Améliorisations (1990-2000) les instruments eux-mêmes demeurant traditionnels, sans se substituer aux instruments préexistants (compléments) surtout dans le secteur de l entraide mineure réduction des motifs de refus et du recours aux réserves généralisation du principe des contacts directs entre autorités judiciaire passage de locus regit actum à forum regit actum exécution de requêtes dès que possible, en tenant compte des échéances indiquées par l état requérant modernisations (auditions par vidéo/téléconférences, interceptions des télécommunications, observation de comptes bancaires, équipes communes d enquête, etc.)

RM en tant que but politique de l UE Conseil européen de Tampere (1999) pierre angulaire de la coopération judiciaire pénale Programme de mesures à implémenter la RM (2000) la reconnaissance de l autorité de chose jugée des décisions soit positive (prise en compte; individualisation ), soit négative (ne bis in idem), casier judiciaire européen décisions présentencielles gels des avoirs et de la preuve, mandat d arrêts, décisions de poursuite décisions sentencielles amendes, transfèrement de détenus, confiscations; décisions post-sentencielles disqualifications; régistre européen de disqualifications 8

Base légale différente: décision-cadres remplacement des (provisions des) conventions préexistantes doctrine d actes contraires & hiérachie de normes juridiques? pratique légalisée par la CJE (Advocaten voor de Wereld) contraignantes pour les EMs contrairement aux conventions (discrétion de ratification) mais: pas de sanction en cas de non-transposition requérant une transposition/implémentation en droit interne des EMs règle: dans les 2 années suivant leur publication dans le JO 9

Différences sur les plan de la nature et du contenu état d émission - état d exécution pas seulement terminologie nouvelle symbolisme important judiciarisation formelle (quasi-totale) coopération basée sur l émission/l exécution d ordonnances (certificat) ou de vrais mandats européens ne plus d exéquatre/de conversion/d imposition de procédures locales au moins au début du développement de la RM (p.e. MAE et rapport explicatif) entretemps: changement d attitude ne plus d exigence de double incrimination pour une liste standardisée de 32 délits définis selon la loi interne de l état requis (punissable 3 ans+) entretemps: changement d attitude (p.e. MOP) 10

Etat des lieux (1) substitution des DCs aux instruments préexistants, mais application continuée de ceux-ci entre EMs et états tiers (CoE) approche progressif: la RM ne se substituera totalement aux mécanismes préexistants qu à terme entretemps: coexistance extradition DC 13-6-2002 relative au mandat d'arrêt européen (MAE) entraide mineure DC 2003 gel des avoirs et des preuves DC 2008 mandat d obtention des preuves (MOP) DC 2009 mandat de surveillance présentencielle transfèrement de poursuites DC 2009 résolution de conflits de jurisdiction projet de DC 2010 transfèrement de poursuites à travers de différentes formes de coopération DC 2009 décisions dans l absence de la personne concernée 11

Etat des lieux (2) transfèrement de l exécution de jugements étrangers DC 2007 sanctions pécuniaires (amendes +) DC 2003 gel d éléments de preuve et de biens confiscables DC 2006 décisions de confiscation DC 2008 peines privatives de liberté DC 2008 mesures et sanctions de probations et alternatives DC 2008 prise en compte de convictions antérieures DC organisation/contenu d échange d informations de casier judiciaire décision ECRIS 12

L approchement des législations internes sur le plan du droit pénal matériel également par décisions-cadres toute une liste de délits pour lesquels des standards minimales ont été établis en ce qui concerne l incrimination (éléments constitutifs) absence totale de lien logique ou de plus-valeur réelle pour la confidence mutuelle entre les EMs en tant que requise pour une opération adéquate de la RM les peines (y inclus pour les personnes morales) non pas sur le plan du droit pénal formel ce qui précisément (plus que le droit matériel) pourrait augmenter une confiance mutuelle entre les EMs 13

Futur (1) liens avec ma recherche scientifique example: 5 projets récents pour la CE, DG JLS dont 3 réalisés ainsi que publiés The EU level offence classification system (EULOCS): A benchmark for enhanced internal coherence of the EU s criminal policy EU minimum procedural rights in criminal proceedings EU cross-border gathering and use of evidence in criminal matters dont 2 à réaliser en 2010-2011 le future cadre jurique et instutionnel de la coopération judicaire en matière pénale au sein de l UE des standards minimum contraignantes en ce qui concerne les conditions de détention et les législations en matière d exécution de peines dans les EMs de l UE 14

Futur (2) RM totale dans le secteur de l entraide mineure, y compris l aspect de reconnaissance de la preuve étrangère MOP également pour des preuves nouvelles et en-temps-réelle? libre circulation de la preuve étrangère? projet de référence: EU cross-border gathering and use of evidence in criminal matters en conséquence: coopération fondamentalement moderne basée sur le principe de confiance mutuelle aveugle? questions restantes (1) confiance politique vs confiance réelle en tant que base de RM? nécessité urgente d éléver les guaranties procédurales ou même: RM de guaranties procédurales? ou même: RM de la législation offrant plus de guaranties? projets de référence: EU minimum procedural rights in criminal proceedings + des standards minimum pour la détention et l exécution de peines 15

Futur (3) questions restantes (2) definition des délits RM sur base de définitions génériques? projet de référence: EULOCS: EU Level Offence Classification System inventaire complêt de tout instrument juridique appartenant à l acquis de l UE en matière de JAI (y inclus < du CoE, de l ONU) (environs 300) distinction pour divers types de délits entre la partie qu a été définie de façon commun (la définition y figurant: en tant que la base future pour la RM!) et la partie potentiellement incrimée de façon différente au niveau domestique compatibilité définitionnelle et classificationnelle avec 27 juridictions + organes communs (Europol, Eurojust, OLAF...) 16

Questions & discussion 17