Dossier pédagogique n Histoire Avoir 20 ans dans les Aurès Un film de René Vautier France, 1972 Coopération DHR Dossier réalisé par Axel Duc pour Zérodeconduite.net, Se^ptembre 2013. Ce dossier est strictement réservé aux établissements acquéreurs du DVD «Avoir 20 ans dans les Aurès» auprès de l Agence Cinéma Education, 3 rue Louis Loucheur 75017 Paris http://www.zerodeconduite.net/boutique Pour tout renseignement : info@zerodeconduite.net / 01 40 34 92 08 Une correction, une remarque, une suggestion? N hésitez pas à nous contacter : info@zerodeconduite.net 1 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
SOMMAIRE DU DOSSIER Sommaire p. 2 Introduction p. 3 Dans les programmes p. 5 Fiche technique p. 6 Séquencier p. 7 n Activité n 1 (Histoire) La Guerre d Algérie et ses acteurs p. 11 1- Rôle et méthodes de l Armée française 2- Un FLN peu visible mais omniprésent 3- La radicalisation des partisans de l Algérie française : le putsch des généraux n Activité n 2 (Histoire / Histoire des arts) Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux p. 41 Question préliminaire 1- La guerre vue à travers les yeux des appelés 2- L histoire de Noël Favrelière, révélatrice de l engagement d une minorité des Français en faveur du FLN et de la décolonisation 3- Une condamnation de l Armée française 4- L audacieuse ébauche d une vision algérienne du conflit et l enjeu des "vraies" images Pour aller plus loin p. 72 2 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
INTRODUCTION Lorsqu Avoir 20 ans dans les Aurès reçoit le Prix de la critique internationale à Cannes en 1972, dix ans après la fin de la guerre d Algérie, les tensions restent vives : René Vautier doit entamer une grève de la faim en janvier 1973 pour obtenir la fin de la censure préalable et le droit de diffuser son film, et bien des projections publiques sont perturbées par des manifestants se réclamant de l ex-oas un cinéma parisien subit même un attentat. On est malgré tout loin de l accueil réservé quelques années auparavant à La Bataille d Alger de Gillo Pontecorvo (1966), qui endura l autocensure des exploitants de salles et des diffuseurs institutionnels sous la menace des associations de pieds-noirs et d anciens combattants jusqu en 2004! Il faut dire que mai 1968 était passé par là, qu une nouvelle génération arrivait sur la scène publique qui n avait pas eu à prendre position sur "les événements d Algérie", et que le contexte s avérait donc un peu moins sensible. Avec ce film de fiction, René Vautier accède enfin aux salles, lui qui avait auparavant subi la censure d État pour Algérie en flammes (1958) comme d ailleurs tous les films évoquant de près ou de loin le sujet avant 1962 : ainsi Le petit soldat de Jean-Luc Godard en 1960, Muriel ou le temps d un retour d Alain Resnais ou Adieu Philippine de Jacques Rozier en 1962 Vautier a jusqu ici tourné quasiment exclusivement des documentaires, fidèle à son adage : «écrire l histoire en images, tout de suite!». Adepte du cinéma-vérité, il a ainsi dénoncé le colonialisme français dans Afrique 1950 (N&B, 20, 1950), et d ores et déjà pris parti pour le FLN et le GPRA dans Une nation, l Algérie (N&B, 1954, 20 ) et Algérie en flammes (couleur, 1955, 25 ). Censuré par les autorités françaises, condamné et emprisonné en 1951/52, il passe du côté des maquisards de l ALN en 1956 et tourne dans les Aurès en 1957/58, avant d être blessé par l Armée française on n a d ailleurs jamais pu retirer les morceaux de sa caméra incrustés dans son crâne suite à l explosion, trop proches de la zone cervicale! Soigné en RDA, il y monte Algérie en flammes, que le FLN se chargera de diffuser tout en écartant un réalisateur trop gênant puisque français : il passe vingt-cinq mois en prison en Tunisie en 1958/60, sans en connaître les raisons. Peu rancunier, mais surtout sous le coup de multiples condamnations en France pour l aide apportée aux "terroristes algériens", il retourne travailler à Alger entre 1962 et 1966, auprès du tout jeune Centre Audiovisuel, où il forme les apprentis cinéastes du nouvel État, tels Mohammed Lakhdar-Amina. Gracié en 1966, il rentre en Bretagne et entreprend alors le travail préparatoire d Avoir 20 ans dans les Aurès, rompant avec ses habitudes pour ce premier long-métrage de fiction. Il venait en effet de lire Le Désert à l aube, de Noël Favrelière, paru aux éditions de Minuit en 1960 ; ce jeune rappelé d Algérie avait déserté en 1956 et rejoint les rangs de l ALN accompagné d un prisonnier promis à l exécution. Ce témoignage convainc le réalisateur que seule une représentation de la guerre "reflétant l état d esprit des appelés" du contingent (cf. le prologue, chapitre 1) permettra de dessiller les yeux des Français sur le sujet ; ce que lui confirme d ailleurs le général de Bollardière, connu pour avoir dénoncé l usage de la torture par l Armée française, qu il interroge à cette époque et qui lui dit : "quant aux jeunes du contingent, dont on parle très peu, ils mettront longtemps à se remettre de cette guerre. Il m arrive tous les jours d en rencontrer, qui m avouent avoir gardé un tenace et horrible souvenir de ce qu on les a contraints de faire" la citation figurera en exergue du film. Adopter le point de vue des appelés constitue pour l époque une grande originalité, puisque le réalisateur est le premier à le faire. Conscient toutefois qu il n est pas possible de se contenter d adapter l histoire de Favrelière, qui n est au fond qu une exception, Vautier recueille alors les témoignages de plus de six cents appelés ou rappelés d Algérie, soit près de huit cents heures sur cassette audio, qui constitueront son matériau de base. En 1971, il charge un groupe de jeunes gens qui à l exception de Philippe Léotard ne sont pas, ou pas encore, des comédiens de métier d assimiler ces témoignages pour en tirer les dialogues du film qu il prévoit de tourner, et qui doit constituer un équilibre parfait entre documentaire et fiction. Il a rédigé un scénario sommaire, mais laisse à ses acteurs le soin d improviser pour reconstituer au plus près la vérité des situations, qui l intéresse davantage que leur parfaite exactitude. L aspect réaliste du film est d ailleurs assuré par d autres moyens : le format 16mm et sa texture à gros grains, qu on associe instinctivement au reportage ; la prise de son directe, qui rend certains dialogues quasiment inaudibles ; les décors naturels de Tunisie, aux abords de la frontière algérienne ; la précision ethnologique de certaines images (les costumes berbères, le mode de vie de la famille bédouine de la fin du film) ou les chants berbères qui accompagnent certaines scènes ; le jeu spontané des jeunes acteurs, qui ne sonne pas toujours juste, mais authentique ; sans même parler des inserts de rushes tournés dix ans auparavant pendant le conflit en Algérie (chars sur la ligne Morice, villages détruits) ou en Tunisie (charnier de Sakiet Sidi Youssef) : l intrusion dans la continuité filmée de ces archives nimbe les autres images de leur criante véracité. Pourtant, le film ne nie pas son caractère de reconstitution, et ne manque d ailleurs pas des mérites formels propres au cinéma de fiction ; certaines techniques 3 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
cinématographiques l y ancrent indubitablement : le recours au suspense dans le scénario, renforcé par des effets de montage (l attente de l hélicoptère d évacuation sanitaire dans la première moitié du film ; l incertitude sur le sort que connaîtront les fuyards Nono et Youssef dans la deuxième) ; l usage du retour en arrière (flashback) à plusieurs reprises ; la mise en scène très cinégénique de l errance dans le désert qui apparente le film à certains westerns, etc. Dans la même veine, la faiblesse des moyens dont dispose le réalisateur révèle rapidement qu il s agit d une mise en scène : on entend par exemple régulièrement des hélicoptères, sans jamais les voir Peut-on alors considérer Avoir 20 ans dans les Aurès comme un film d Histoire? Certes oui, et à plus d un titre. C est tout d abord une œuvre qui a fait date pour l historiographie de la guerre d Algérie et la perception du conflit par les Français, dix ans après les accords d Évian ; elle convient donc parfaitement pour la question des mémoires que le programme de Terminale de 2012 nous invite à traiter. Le film témoigne à la fois d une grande innovation la parole y est donnée à des appelés pour qui l Algérie française ne représente pas un enjeu particulier, et d un certain manque de recul en ce début des années 1970 : il ne cherche pas à être exhaustif sur les spécificités du conflit, et certains thèmes désormais classiques dans ce genre cinématographique y sont notoirement peu ou pas traités (la torture, le terrorisme, la guerre urbaine, ) : on pourra ainsi montrer qu il est bien de son époque, à la fois par son engagement et ses omissions, y compris pourquoi pas en le comparant à d autres œuvres (L Ennemi intime, de F.E. Siri, par exemple). On y trouve toutefois une évocation précise de certains faits "historiques" : les tactiques de l Armée française dans les zones rurales (le quadrillage, les opérations aéroportées, la ligne Morice) ou le putsch des généraux d avril 1961, par exemple, ce qui permet d illustrer la guerre telle qu elle doit être enseignée en Troisième comme en Première ; et ce d autant que René Vautier choisit de situer son action sur une semaine d avril 1961, donc plutôt vers la fin du conflit entamé en novembre 1954 avec les attentats de la Toussaint Rouge comme acte de naissance du Front de Libération Nationale. Les "opérations de maintien de l ordre" en Algérie française duraient depuis déjà plus de 6 ans ; et la présence militaire avait été renforcée depuis février 1956 par les appelés du contingent qui effectuaient leur service de 18 mois de plus en plus fréquemment prolongé à 28, voire 30 mois sous les drapeaux dans les départements d Afrique du Nord. La situation militaire semblait plutôt à l avantage de l Armée française, surtout après l éradication des "terroristes" du FLN des milieux urbains (par exemple avec la bataille d Alger, en 1957) ; les opérations consistaient essentiellement en raids héliportés et en patrouilles dans les zones rurales, comme ici dans les Aurès, afin de pourchasser les fellaghas de l ALN (l Armée du FLN) dans leurs cachettes et les couper du soutien des villageois. Politiquement, pourtant, le FLN s implantait peu à peu : le GPRA (gouvernement provisoire créé en 1958) siégeait à Tunis depuis 1959, et depuis septembre 1959, le général De Gaulle, Président de la République française, avait évoqué la possibilité d une autodétermination des Algériens, ce qui revenait à reconnaître de fait qu il faudrait un jour négocier avec le FLN les Français y avaient souscrit par référendum en janvier 1961. Cette nouvelle orientation avait alors radicalisé les partisans du maintien de l Algérie française Français d Algérie ou officiers de l Armée, tels le lieutenant Perrin ici comme l avaient déjà prouvé la semaine de barricades d Alger (janvier 1960) ou la création de l Organisation Armée Secrète (OAS) en février 1961. Au-delà de sa valeur historique, ce film nous permet aussi d essayer de comprendre le mécanisme de dépersonnalisation des appelés qui ont pris part à la guerre ; nous y assistons à l effacement progressif des individualités des membres du commando et à la résurgence de l instinct de meute, rendu plus tangible avec l immobilisation du groupe au début du film : rongé tout entier par le mal qui touche pourtant le seul Robert, dont la jambe se gangrène faute de soins, il tombe définitivement dans les rets du lieutenant Perrin, qui en bon officier sait utiliser la cohésion d un groupe de copains, la souffrance, la peur et la ruse pour faire de ses hommes de «vrais» soldats. Ces jeunes Bretons antimilitaristes, qui n auraient jamais pensé pouvoir tirer sur qui que ce soit et éprouvaient même une certaine inclination en faveur du FLN, se transforment en soudards contre leur gré, mais avec d autant plus de férocité. Le film touche ainsi à l universel par ce qu il nous dit de la nature humaine, plus de quinze ans avant le Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (1987) sur un thème très similaire. Voilà qui fait d Avoir 20 ans dans les Aurès un film indispensable. 4 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DANS LES PROGRAMMES Enseignement Niveau Dans les programmes n Histoire 3 ème Thème 2 - DES COLONIES AUX ÉTATS NOUVELLEMENT INDÉPENDANTS CONNAISSANCES Dès le lendemain du conflit mondial grandissent des revendications qui débouchent sur les indépendances. ( ) DÉMARCHES L étude est conduite à partir d un exemple au choix : l Inde, l Algérie, un pays d Afrique subsaharienne. Elle porte sur le processus de la décolonisation, ( ). n Histoire 1 ère ES/L Thème 4 COLONISATION ET DÉCOLONISATION Question 2- La Décolonisation. Étude de cas : la Guerre d Algérie n Histoire 1 ère S Thème 3 LA RÉPUBLIQUE FACE AUX ENJEUX DU XXème SIÈCLE Question 3- La République face à la question coloniale ( ) : - La Guerre d Algérie n Histoire T le ES/L Thème 1 LE RAPPORT DES SOCIÉTÉS À LEUR PASSÉ Question 2- Les mémoires : lecture historique Une étude au choix parmi les deux suivantes : - L'historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France ; - L'historien et les mémoires de la guerre d'algérie. L étude de ce film pourra de manière très profitable être intégrée dans un projet interdisciplinaire en partenariat avec l enseignement de l histoire des arts. 5 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
FICHE TECHNIQUE DU FILM Avoir 20 ans dans les Aurès Un film de : René Vautier Scénariste : René Vautier Photographie : Pierre Clément / Daniel Turban Musique : Pierre Tisserand / Yves Branellec Production : U.P.C.B. (Unité de Production Cinématographique de Bretagne) Avec : Alexandre ARCADY (Nono) ; Hamid DJELLOULI (Youssef) ; Philippe LÉOTARD (le lieutenant Perrin) ; Michel ELIAS (Robert, l'instituteur) ; Jacques CANCELIER (Coco) ; Jean-Michel RIBES (le curé) ; Alain SCOFF (Lomic) ; Jean-Jacques MOREAU (Jacques) ; Yves BRANELLEC (Youenn) ; Philippe BRIZARD (la Marie) ; Charles TRÉTOUT (Charles) ; Pierre VAUTIER (Pierrick) ; Alain VAUTIER (Lanick) ; Bernard RAMEL (Nanard) Année de production : 1972 Langue : français Pays : France / Algérie Durée : 98 minutes Éditeur : DHR Synopsis : En avril 1961, le commando du lieutenant Perrin (Philippe Léotard), en mission dans le massif des Aurès (sud algérien, à la frontière tunisienne), tombe dans une embuscade de l'aln. Réfugiés dans une grotte dans l attente d un hélicoptère de secours, les hommes se remémorent la façon dont leur officier est parvenu à transformer leur groupe de jeunes bretons rebelles et antimilitaristes en redoutables tueurs de fellaghas, prêts à piller, torturer, assassiner et violer. Seul Nono (Alexandre Arcady) tient bon ; il décide de libérer leur prisonnier promis à la mort le lendemain et de s'enfuir avec lui. Tous deux se lancent alors dans la traversée du massif, espérant gagner la Tunisie avant qu on ne les rattrape. 6 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
SÉQUENCIER DU FILM Ch.DVD Durée Descriptif de la séquence Activité(s) d exploitation 1 2:46 Générique sur la chanson Nous aussi nous marchions de Pierre Tisserand. "Vous allez voir la chronique de 7 jours de la vie du commando du lieutenant Perrin, dit "commando de Bretons" ou encore "commando des cheveux longs". Cette chronique filmée est en quelque sorte le condensé de 800 heures de témoignages de 600 appelés ou rappelés de la guerre d Algérie. À l heure où les généraux, les politiciens et les agents secrets donnent chacun leur version de ce que fut la guerre d Algérie, nous avons pensé qu il était utile de refléter l état d esprit des appelés, de ceux-là dont le général de Bollardière interviewé, disait : "quant aux jeunes du contingent, dont on parle très peu, ils mettront du temps à se remettre de cette guerre. Il m arrive tous les jours d en rencontrer, qui m avouent avoir gardé un tenace et horrible souvenir de ce qu on les a contraints de faire." La véracité de chaque scène de ce film peut être certifiée par un minimum de 5 témoins." 2 7:18 Guidé par un prisonnier qu on contraint à le faire, le commando Perrin parcourt nonchalamment le massif désertique des Aurès. Il est soudain la cible de tirs hostiles. Le soldat Lomic est abattu alors qu il grimpait vers la cache de l ALN. À son tour, Robert, l instituteur, prend une balle dans la jambe. Tandis que Nono l aide à redescendre, les autres s acharnent à tirer sur la planque, et un homme finit par en sortir les bras en l air. Deux femmes sont tuées alors qu elles tentaient de s enfuir : "et alors? s exclame le lieutenant Perrin, de toute façon, c est des fell!". 3 10:39 Le commando trouve refuge dans les ruines d un ancien village berbère à moitié troglodytique. Coco, le radio, cherche sans succès à joindre le QG pour faire venir un hélicoptère d évacuation sanitaire. Tandis qu il s escrime sur sa radio, Nono se rend au chevet de Robert. Celui-ci se remémore leurs divergences : le pacifiste "Nono les-mains-blanches" qui "ne mettr[a] pas une seule balle dans [s]on fusil" et qu on "n obligera pas à tuer", et lui, Robert, membre d un syndicat chrétien, qui "devait" aller en Algérie pour "ne pas se couper des masses" et faire en sorte que le peuple algérien n ait pas face à lui qu une "armée raciste", mais des "fils de prolétaires" à qui on ne "réussira[it] pas à faire faire de saloperies". Il réalise pourtant que le lieutenant Perrin a trouvé "la manière de les mener". Retour en arrière - Les douze Bretons débraillés arrivent au "camp des insoumis" où les attend Perrin, qui a fait l Indochine et leur tient un discours de vérité : il veut faire de ce groupe d appelés "contestataires", qu on a envoyés "pourrir ici", un "commando de chasse", quitte à faire fi de la discipline. "Tu nous as bien eus, hein, lieutenant?", dit l instituteur à Perrin venu à son chevet ; "le jeu était faussé au départ, j avais tous les atouts", lui répond celui-ci en lui expliquant comment pour un groupe de copains en uniforme, les "autres tout autour", deviennent "les ennemis, forcément". Retour en arrière Le groupe barbote dans un oued. Activité n 1, 1-c Activité n 2, qst prélimaire Activité n 2, 1-a Activité n 2, 1-c Activité n 2, 3-a Activité n 1, 1-d Activité n 1, 1-f Activité n 1, 2-a Activité n 2, 1-e Activité n 2, 1-f Activité n 2, 2-c Activité n 2, 3-c Activité n 1, 1-a Activité n 1, 1-c Activité n 1, 1-l Activité n 1, 2-f Activité n 2, 1-d Activité n 2, 1-e Activité n 2, 2-e Activité n 2, 3-c 7 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
SÉQUENCIER DU FILM 4 10:03 Le commando remonte le cours de l oued ; on s aperçoit soudain de la disparition de Coco. Les hommes s emparent d un jeune homme assis dans les parages et le battent à mort. Coco, qui s était perdu, réapparaît. "Pour un qu ils enterrent, il y en a dix qui voudront nous tirer dessus. C est nous qui la semons, la graine de fellaghas", analyse avec justesse l un des membres du commando après avoir évoqué les "corps, les crânes, les os qu on a laissés derrière nous". S ensuit une séquence d interviews où les soldats, goguenards et penauds tout à la fois, avouent avoir pris goût à tuer, violer, piller. Retours en arrière - Les images de ces crimes viennent s intercaler. Au chevet de l instituteur, Perrin raconte comment il a fait éventrer un traître harki pour "obliger [les autres] à se mouiller, et aussi pour habituer les gars à pas faire de sensiblerie" ; à Nono qui lui fait remarquer que bien des appelés reviennent à moitié fous au pays, il rétorque : "ça, c est une affaire de gouvernement. Moi, j ai à faire la guerre, c est pour ça que je suis là". 5 7:30 "Et pis merde, enfin, on a pas demandé à v nir ici, nous! Alors s ils touchent un seul cheveu d un seul gars du groupe, on en bousille cent, fell ou pas fell. Y finiront bien par comprendre" s exclame Charles. Retour en arrière - Un des soldats explique en voix-off comment chaque embuscade de l ALN est suivie de la destruction d un village qu ils désignent : la population a deux heures pour fuir avant que les chars et l artillerie n entrent en action. Sur fond de chant berbère défilent les images de villages rasés et de cadavres de vieillards, de femmes et d enfants. Coco vient annoncer qu il y a eu "un putsch à Alger et que les généraux ont pris le pouvoir" ; la confusion est totale : les parachutistes se sont ralliés aux généraux Challe et Salan, mais les appelés de l aérodrome ont enfermé leur commandant qui s y apprêtait : l hélicoptère ne peut pas décoller. 6 10:21 Pour avoir plus d informations sur le coup d État, Robert allume son transistor, qui retransmet le discours de Challe proclamant l état de siège. Les jeunes gens, qui n attendent que "la quille", s esclaffent devant les relents militaristes et nationalistes des discours qui s enchaînent. Robert, qui pressent le risque de guerre civile et celui de voir le conflit se prolonger, demande à ses camarades de décider ce qu ils doivent faire du lieutenant pour qui "l Armée au pouvoir, ce serait [le] rêve". Lorsque celui-ci revient et se félicite de défiler bientôt sur les Champs-Élysées, ses hommes le mettent aux arrêts. Libérés de toute hiérarchie militaire, ils élisent Coco pour général. Le nouvel "officier supérieur" interdit la guerre : les hommes quittent l uniforme puis appellent à la fraternisation à la cantonade, sous le regard amusé de Nono qui ne prend pas part à la mascarade et leur fait remarquer que de toute façon "les fellaghas du coin ne parlent pas français" Activité n 1, 1-a Activité n 1, 1-c Activité n 1, 1-d Activité n 1, 1-f Activité n 1, 1-h Activité n 1, 2-b Activité n 1, 2-d Activité n 1, 2-f Activité n 1, 3-b Activité n 2, 1-d Activité n 2, 1-e Activité n 2, 1-f Activité n 2, 3-b Activité n 2, 3-c Activité n 2, 4-a Activité n 2, 4-c Activité n 1, 1-g Activité n 1, 1-h Activité n 1, 1-k Activité n 1, 1-m Activité n 2, 1-e Activité n 2, 4-a Activité n 2, 4-b Activité n 2, 4-c Activité n 2, 4-d Activité n 1, 3-c Activité n 1, 3-e Activité n 1, 3-f Activité n 2, 1-g 8 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
SÉQUENCIER DU FILM 7 8:20 La situation empêche l arrivée de l hélicoptère, alors que l état de la jambe de Robert empire. La nuit passe. Le moral des troupes va s amenuisant, à l instar des vivres, tandis que la radio diffuse inlassablement le discours du 23 avril du Président De Gaulle. Les hommes finissent par enterrer Lomic dans un trou du désert. Même le curé ne trouve rien à dire. Une autre nuit passe. 8 6:02 À la radio, les hommes suivent l échec progressif du putsch "devant la résistance opiniâtre opposée par le contingent et la fermeté de Paris", malgré le soutien d une partie des Français d Algérie. De Gaulle appelle alors à rétablir la discipline, et "en premier lieu, le respect absolu de la hiérarchie" : on libère le lieutenant Perrin, qui ne cache pas son amertume. Tandis que l hélico arrive, Perrin fait liquider un des deux prisonniers, leur guide. Le commando est de retour à son camp de base, près d un puits dont la pompe est actionnée grâce à une éolienne. Les hommes font leur toilette ; Perrin fait attacher le prisonnier à l éolienne, en plein soleil, dans l espoir d en tirer des informations. Son sort est toutefois scellé : la "corvée de bois" est prévue pour le lendemain matin. Les habitants du village voisin venus abreuver leurs bêtes assistent à la scène sans intervenir. 9 13:12 Parce que Nono a offert à boire au prisonnier, Perrin lui impose la garde de nuit. La tension entre les deux hommes monte tandis que le caporal entretient son arme tout en provoquant le lieutenant : "l Armée me l a donnée en bon état, et je la rendrai en bon état ; et j espère sans une tache de sang". Celui-ci fustige cette attitude hypocrite : "Fous le camp [ ] Tu nous dégoûtes!" Pendant la nuit, Nono détache le prisonnier et s enfuit avec lui. Les deux hommes courent à en perdre haleine dans la montagne ; pour instaurer la confiance, Nono a donné son arme au fellagha, qui le croit communiste ou fou. Au matin, Perrin lance ses hommes aux trousses de Nono et du prisonnier : "c est l honneur du commando qui est en jeu!". Nono et son compagnon continuent à courir sous un soleil de plomb, mais sont contraints de trouver un abri lorsque un hélicoptère à leur recherche les survole. La blessure à la cheville causée par les entraves de l ex-prisonnier commence à s infecter. Cette pause permet à l homme de se présenter : il s appelle Youssef. Si la confiance s installe peu à peu, la communication reste quasi-impossible ; les deux hommes parviennent toutefois à s entendre sur le terme de leur cavale : Tunis. Le départ est fixé au soleil couchant. 10 10:20 Ils repartent après la prière de Youssef. Lors d un arrêt, comme il refuse de toucher au bœuf en boîte que lui propose Nono, ce dernier la jette. Les deux fuyards s épuisent à grimper et descendre dans des ravines. Ils sont contraints de se cacher au passage d une colonne motorisée : il s agit du commando Perrin. Nanard les découvre fortuitement, mais ne les dénonce pas et revient même leur donner une gourde pleine. L état de Youssef va en empirant : il s évanouit régulièrement et ne peut plus suivre Nono, qui part seul chercher de l aide. Activité n 1, 3-g Activité n 1, 3-h Activité n 2, 1-d Activité n 2, 1-f Activité n 1, 1-g Activité n 1, 1-i Activité n 1, 1-l Activité n 1, 3-i Activité n 2, 1-f Activité n 2, 1-g Activité n 2, 2-b Activité n 2, 2-c Activité n 2, 3-c Activité n 1, 1-f Activité n 1, 1-g Activité n 1, 1-l Activité n 2, 2-a Activité n 2, 2-b Activité n 2, 2-c Activité n 2, 2-d Activité n 2, 3-b Activité n 2, 3-c Activité n 2, 3-d Activité n 2, 1-e Activité n 2, 2-b 9 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
SÉQUENCIER DU FILM 11 10:47 À bout de forces, il parvient jusqu à une tente bédouine. Une vieille femme, une jeune fille et quatre enfants l accueillent craintivement alors qu il est sur le point d être repéré par un hélicoptère. Après avoir bu et mangé, caché sous un burnous, il part retrouver Youssef accompagné de la jeune fille, Zohra, et d un garçon, Amar. Tandis que la jeune fille applique un emplâtre sur la plaie purulente du blessé, Nono explique au garçon, fasciné, le fonctionnement de son arme. Au moment du départ des deux enfants, il offre son insigne de caporal parachutiste à la jeune fille, qui l avait trouvé joli. Il explique à Youssef qu après avoir passé la journée à l ombre, il ira lui chercher une monture afin de rejoindre la frontière tunisienne. 12 2:47 Le soir, Nono découvre les cadavres de la famille qui l avait secouru la veille. Zohra a visiblement été violée. Amar, qui n était que blessé, s empare du pistolet-mitrailleur et tire sur le déserteur qu il prend pour l un des assaillants ; il l abat. Plus tard, le lieutenant Perrin harangue ses hommes afin de "venger Nono", mort d une balle dans le dos. 13 1:15 L épilogue nous apprend que le 29 avril, le commando décida de "mettre la crosse en l air" et fut dissous ; que Robert fut amputé de la jambe ; et que le commandant Perrin se trouve au Tchad au titre de "conseiller". Générique de fin sur la chanson Le pied dans la m Activité n 1, 2-e Activité n 1, 2-f Activité n 2, 2-b Activité n 2, 2-c Activité n 2, 4-a Activité n 2, 4-b Activité n 1, 1-g Activité n 1, 1-l Activité n 2, 3-b Activité n 2, 3-c Activité n 2, 2-b 10 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Il a été bien longtemps d autant plus difficile de comprendre les enjeux du la guerre d Algérie que sa mémoire en était censurée (État français), travestie (Armée française), tue (ex-appelés français), exploitée à des fins de propagande (État algérien, FLN, pieds-noirs, ex-oas) ou oblitérée (harkis, ex-mouvements concurrents du FLN). Pour beaucoup de Français, les "événements" avaient seulement mis aux prises l Armée française et les combattants du Front de Libération Nationale ; il a fallu plusieurs décennies pour que les historiens (entre autres Benjamin Stora, Guy Pervillé, ) finissent par dessiner le profil d une guerre complexe où venaient s emboîter de multiples affrontements, opposants des belligérants variés aux intérêts souvent divergents, aussi bien militaires (Armée française, ALN de l intérieur, ALN de l extérieur), que civils dont certains ont même fini par choisir la lute armée (OAS). Guy Pervillé a résumé la situation dans une formule lapidaire : "La guerre d Algérie a été une double guerre civile autant qu une guerre entre deux peuples étrangers." (contribution au colloque "La guerre d Algérie au miroir des décolonisations françaises", Sorbonne, novembre 2000). À ce titre, Avoir 20 ans dans les Aurès n a pas la prétention de rétablir une image exacte du conflit dans toutes ses composantes : il était trop tôt (moins de dix ans après les Accords d Évian), et ce n était de toute façon pas le propos de René Vautier, pourtant peu suspect d être mal informé ou désinformé par une quelconque propagande, lui qui avait travaillé des deux côtés du front : comme l affirme son prologue, il voulait adopter le point de vue des appelés, qui constituent l essentiel de ses protagonistes. Pourtant, certains personnages incarnent d autres acteurs : le lieutenant Perrin l Armée d active, Youssef l ALN, la famille bédouine la population d Algérie Quant aux partisans de l Algérie française (dont l'oas), on les entend à la radio dans les chapitres consacrés au putsch des généraux (n 4 à 7). Cette activité a pour objectif de repérer avec les élèves ces divers acteurs et leurs intérêts particuliers. 1- Rôle et méthodes de l Armée française a- Montrez que le lieutenant Perrin est le seul soldat de métier visible dans le film. Quel est son parcours? 11 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 b- Quel est le statut des Bretons? Que font-ils en Algérie? Pourquoi réclament-ils sans cesse "la quille"? c- Pourquoi ce groupe se trouve-t-il sous les ordres du lieutenant Perrin? Était-ce le quotidien de tous les appelés du contingent? d- Y a-t-il des musulmans d Algérie dans les rangs de l Armée française? Comment les appelle-t-on? Sont-ils là de leur plein gré? D après vos recherches, certains musulmans ont-ils combattu volontairement aux côtés de la France? Quel enseignement tirer de la lecture du graphique du document 1? 12 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 e- Décrivez l uniforme de l Armée française d Afrique du Nord au début des années 1960. f- De quel armement sont équipés les soldats ici, des fantassins? g- Lisez le témoignage du document 2 et montrez que le personnage du lieutenant Perrin campe un officier français de la guerre de d Algérie réaliste. 13 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 h- Dans le document 2, les appelés participent-ils aux exactions contre la population civile? Et dans le film? Comment l expliquer, à votre avis? i- D après le document 3, comment l Armée française justifiait-elle le recours aux violences en Algérie? Montrez que le film illustre certains aspects de cette tactique. j- Le recours à des "commandos de chasse" comme celui du lieutenant Perrin est-il réaliste? Faites par exemple des recherches sur le commando Georges. Comparez la photographie du document 4a et le film sur les procédés employés. 14 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 k- Quels objectifs militaires poursuit l Armée française lorsqu elle détruit des villages comme on peut le voir au chapitre 5? l- Le théâtre d opération de l Armée étant immense, de quelles technologies bien représentées dans le film les troupes françaises étaient-elles dépendantes? Comparez aux photographies du document 4. m- Où Nono et Youssef envisagent-ils de fuir au chapitre 9? Quels intérêts le FLN y avait-il? D après les documents 5 et 6, expliquez pourquoi l Armée surveillait particulièrement la frontière algériano-tunisienne. À quel moment du film voit-on les installations chargées de cette surveillance? 15 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 2- Un FLN peu visible mais omniprésent a- À quel moment voit-on des combattants de l Armée de Libération Nationale (ALN), la branche militaire du FLN, dans le film? Portent-ils un uniforme? Où se cachent-ils? b- Que révèle de la lutte du FLN la présence d un drapeau lors de la scène d inhumation des ossements au chapitre 4 (24:10)? Expliquez-en les symboles. c- Quels termes les Français emploient-ils pour désigner les combattants de l ALN? Que signifient-ils? 16 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 d- Comment le FLN finance-t-il son activité? e- Comment expliquer l absence d hommes dans la famille bédouine au chapitre 11? f- Peut-on dire que l attitude du jeune garçon bédouin (Amar) à la fin du film confirme la phrase d un soldat au chapitre 4 alors qu il vient d abattre un gosse : "de toute façon, dans dix ans ça fait un fellouze"? 17 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 3- La radicalisation des partisans de l Algérie française : le putsch des généraux a- Quels chapitres du film sont consacrés à l épisode de la tentative ratée de coup d État? b- D après vos recherches, quelle est l origine du "putsch des généraux"? Quand et comment commence-t-il? Qui en prend la tête d après Coco? Citez d autres officiers de haut rang impliqués dans l événement. c- Qu annonce l ordre de commandement militaire des putschistes qu on entend en premier sur le transistor de Robert (début du chapitre 6)? En le confrontant à l appel passé sur Radio-Alger par le général Challe reproduit au document 8, montrez qu il s agit bien d une tentative de coup d État. 18 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 d- Le discours qu on entend ensuite ("Je veux d abord rendre hommage à notre magnifique armée d Algérie") est un ancien discours de Jacques Soustelle le 17 mai 1958 : donnez quelques éléments biographiques sur le personnage et montrez qu il est progressivement entré en dissidence avec les autorités républicaines sur la question algérienne. Qu est-ce que l OAS qu il a dirigée? e- Montrez avec les phrases entendues à la radio qu un risque de guerre civile pèse sur la France. f- Les discours sont acclamés par une foule de Français d Algérie rassemblés à Alger. Quel est le point de vue de cette partie de la population? 19 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 1 La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 g- Relevez dans le document 9 les phrases tirées du fameux discours du 23 avril du général De Gaulle, Président de la République, qu on entend en fond sonore au chapitre 7. Commentez-les. h- Qui prononce les paroles suivantes, entendues au chapitre 7 : "dès que les sirènes retentiront, allez-y, à pied ou en voiture, convaincre des soldats trompés de leur lourde erreur ; il faut que le bon sens vienne de l âme populaire et que chacun se sente une part de la nation"? i- D après le transistor au chapitre 8, comment prend fin la tentative de putsch? Qu exige immédiatement De Gaulle? Qu est-ce que cela révèle de sa position personnelle quant à la guerre en Algérie? 20 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 21 avril 1959. Des fuyards sont aperçus partant du petit village. Rassemblement de toute la population des villages alentour. Soudains des cris perçants de femmes. Dans une baraque, un attroupement de militaires se forme. Je m approche. Le capitaine donne des ordres à un rallié qui torture une vieille femme d une soixantaine d années environ. [ ] Un sergent appelé lui fait avaler de l eau par un tube placé dans la bouche. De tout son poids, le rallié appuie sur son ventre. La femme pousse des cris atroces de douleur. [ ] Elle gémit, n en peut plus. Sans doute, n a-t-elle pas parlé. Peut-être ne sait-elle rien ou, si elle sait, pourquoi le diraitelle? [ ] Dehors, un homme, âgé approximativement de 50 ans, est tenu collé au mur, les bras en l air. Un autre rallié lui assène des coups de marteau sur son crâne aux cheveux blancs. Ce qui me dégoûte le plus, c est le capitaine qui le regarde avec un air indifférent et même de contentement. [ ] Beaucoup de gars sont écœurés, cependant d autres rient. Le capitaine laisse faire, reste impassible, indifférent, raciste jusqu au dernier degré : «Avec ces gens, c est comme cela qu il faut y aller». Témoignage d Albert Nallet, favorable à l indépendance de l Algérie, appelé de mai 1957 à août 1959 in B.Stora et T.Quemeneur, Algérie, 1954-1962, les Arènes, 2010 Document 1- Effectifs comparés des combattants musulmans engagés dans la guerre d Algérie Document 2- Témoignage d Albert Nallet sur les méthodes de l Armée française en Algérie 21 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 [ ] J en arrive à la partie la plus délicate de mon rapport. Je n ai garde d oublier le terrorisme, ses atrocités, ses égorgements, ses mutilations sadiques. Il nous tend un piège qui s appelle le contre-terrorisme. Par contre-terrorisme, j entends la caricature de la lutte contre le terrorisme. [ ] Le contre-terrorisme ne se contente pas de menées parallèles à l Armée et à l Administration. Il s infiltre dans l Armée et dans l Administration. Sous prétexte d efficacité, il affiche dans ses actes le mépris de la vie humaine. Trop de "fuyards" sont abattus au cours d une "corvée de bois". Trop de "disparus" sont la conclusion d un interrogatoire "poussé". Des hommes sont arrêtés au mépris même des pouvoirs spéciaux, sans que les autorités régulières le sachent. Des hommes relaxés par les tribunaux civils ou militaires sont réinternés au sortir du tribunal. [ ] Je me suis demandé quelles étaient les causes de ce pourrissement. Il en est une qui me paraît déterminante. C est le manque absolu de coordination entre les autorités responsables des grands services publics d une part et les chefs de l Armée d autre part. Ne mâchons pas les mots : il règne en Algérie un état de siège hypocrite [qui] gangrène les rapports entre militaires et civils et creuse le fossé entre Européens et musulmans. Extrait du rapport individuel de Robert Delavignette (membre de la Commission de sauvegarde des droits et libertés de l Assemblée Nationale) au gouvernement, publié dans Le Monde, décembre 1957 Photographies d Arthur Smet, engagé en 1955, sergent-chef au 8 e régiment de parachutistes, photographe autodidacte attaché au colonel Bigeard de 1959 à 1963 Fonds public de l ECPAD (Fort d Ivry) Document 4a- Procès-verbal de fin d opération du commando Georges, province de Saïda, 1959 Document 4b- Opération du commando Cobra dans les monts des Ksour avec l appui aérien des hélicoptères Sikorsky H34, secteur d Aïn Sefra, 1960-61 Document 3- Extraits du rapport Delavignette (1957) 22 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 5- Carte générale de l Algérie en guerre, période 1954-195 Document 6- Les fortifications de la frontière algériano-tunisienne en 1959 23 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 7- Plan tiré d Avoir 20 ans dans les Aurès [32 28] 24 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès Document 8- Appel du général Challe aux forces françaises, 22 avril 1961
DOCUMENTS La Guerre d Algérie et ses acteurs Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire. Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des cadres de certaines unités spécialisées, l'adhésion enflammée d'une partie de la population de souche européenne qu'égarent les craintes et les mythes, l'impuissance des responsables submergés par la conjuration militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et ne comprennent la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national. Car l'immense effort de redressement de la France, entamé depuis le fond de l'abîme, le 18 juin 1940, mené ensuite jusqu'à ce qu'en dépit de tout la victoire fût remportée, l'indépendance assurée, la République restaurée ; repris depuis trois ans, afin de refaire l'état, de maintenir l'unité nationale, de reconstituer notre puissance, de rétablir notre rang au-dehors, de poursuivre notre œuvre outre-mer à travers une nécessaire décolonisation, tout cela risque d'être rendu vain, à la veille même de la réussite, par l'aventure odieuse et stupide des insurgés en Algérie. Voici l'état bafoué, la Nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par qui? Hélas! Hélas! Par des hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir et d'obéir. Au nom de la France, j'ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route à ces hommeslà, en attendant de les réduire. J'interdis à tout Français et, d'abord, à tout soldat d'exécuter aucun de leurs ordres. L'argument suivant lequel il pourrait être localement nécessaire d'accepter leur commandement sous prétexte d'obligations opérationnelles ou administratives ne saurait tromper personne. Les seuls chefs, civils et militaires, qui aient le droit d'assumer les responsabilités sont ceux qui ont été régulièrement nommés pour cela et que, précisément, les insurgés empêchent de le faire. L'avenir des usurpateurs ne doit être que celui que leur destine la rigueur des lois. Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse sur la République, ayant pris l'avis officiel du Conseil constitutionnel, du Premier ministre, du président du Sénat, du président de l'assemblée nationale, j'ai décidé de mettre en œuvre l'article 16 de notre Constitution. À partir d'aujourd'hui, je prendrai, au besoin directement, les mesures qui paraîtront exigées par les circonstances. Par là même, je m'affirme, pour aujourd'hui et pour demain, en la légitimité française républicaine que la nation m'a conférée, que je maintien quoi qu'il arrive, jusqu'au terme de mon mandat ou jusqu'à ce que me manquent, soit les forces, soit la vie, et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle demeure après moi. Françaises, Français! Voyez où risque d'aller la France, par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir. Françaises, Français! Aidez-moi! 25 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès Document 9- Discours télédiffusé du général De Gaulle, 23 avril 1961
éléments de correction 1- Rôle et méthodes de l Armée française a- Montrez que le lieutenant Perrin est le seul soldat de métier visible dans le film. Quel est son parcours? Perrin porte le grade de lieutenant, il est officier, et seuls les militaires de métier peuvent être officiers d active. Il arbore le béret rouge des parachutistes. Son parcours est évoqué au chapitre 3 lorsqu il accueille les Bretons : "j ai fait l Indochine", c'est-à-dire la guerre d Indochine, entre 1946 et 1954. On devine que sa carrière, compte-tenu de son âge, a pu commencer durant la Seconde Guerre mondiale, soit du côté des FFL, soit dans la Résistance intérieure, comme beaucoup d officiers de l époque, qui avaient ensuite pris du galon en Indochine. Sa façon simple de se comporter avec ses hommes et sa manière de s exprimer, populaire dans les formules, familière voire vulgaire par moments, révèlent qu il s agit d un homme du peuple, de même que son grade d officier subalterne le plus bas dans la hiérarchie : il ne s agit pas d un militaire de bonne famille qui aurait fait des études militaires pour sortir lieutenant frais émoulu de Saint-Cyr, mais bien d un baroudeur qui a conquis ses galons pour ses faits d armes. Sa mission créer et encadrer un commando de chasse en totale autonomie dans une région perdue dénote à la fois son courage et son expérience dans l encadrement des hommes : on perçoit l ancien adjudant sous le grade de lieutenant Il considère effectivement son action comme un métier qui doit être fait. Dans son monologue du chapitre 4, Perrin explique que c est son "métier" de connaître les soldats, que ce n est pas son "boulot" de s occuper de ce que deviennent les appelés rendus à la vie civile. C est un homme de devoir, qui aime le travail bien fait : "moi, j ai à faire la guerre, c est pour ça que je suis là" (chap.4) ; prêt à tout pour remplir sa mission, quoi qu il en pense et quoi qu il lui en coûte : "Nous on va jusqu au bout de c qu on fait, c est p t-être des conn ries, d accord, mais au moins on y croit, on les fait, on les fait jusqu au bout en tout cas" dit-il à Nono au chapitre 9. b- Quel est le statut des Bretons? Que font-ils en Algérie? Pourquoi réclament-ils sans cesse "la quille"? Les douze hommes du commando, y compris le sergent (Robert, l instituteur) et le caporal (Nono) sont des appelés du contingent, effectuant leur service militaire. Depuis février 1956, suite à sa visite à Alger le 6, où il fut reçu sous les huées et les jets de tomates des Algérois qui lui reprochait d avoir envisagé une paix négociée, et dans l impossibilité de trouver une majorité parlementaire sur une ligne libérale concernant l Algérie, le tout récent Président du Conseil Guy Mollet prend la décision de renforcer la présence militaire française en y envoyant les appelés sous les drapeaux. La conséquence de cette politique répressive est de doubler le nombre de militaires sur place. 26 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Les appelés réclament "la quille", c'est-à-dire en argot leur libération des obligations du service national, car si sa durée officielle était de 18 mois depuis 1950, les autorités avaient décidé compte-tenu de la situation de le prolonger jusqu à 30 mois, sous la forme d une mobilisation partielle des classes déjà sous les drapeaux (on parle des "rappelés"). c- Pourquoi ce groupe se trouve-t-il sous les ordres du lieutenant Perrin? Était-ce le quotidien de tous les appelés du contingent? Leur cas est particulier : ces Bretons "contestataires", considérés comme des "contacts dangereux pour la troupe" (Perrin au chap.3) car "antimilitaristes" (chap.4) sont en fait des objecteurs de conscience à une époque où le statut n existait pas. "Vous dégoûtez l Armée", leur explique Perrin, car ils sont subversifs ce que la longueur peu réglementaire de leurs cheveux laissent d emblée supposer et risquent d affaiblir un dispositif que les militaires d active observent déjà avec méfiance et dédain : il n est pas facile pour des hommes rompus à l entraînement et à la discipline de prendre en charge des jeunes gens ordinaires et d en faire de "vrais soldats". C est pourquoi on les envoie dans un camp de redressement, le "camp des insoumis" mentionné dès le prologue du chapitre 1, et de nouveau dans le flashback du chapitre 3. Ce n est pas le quotidien de tous les appelés, et sans doute cet éloignement, au sens propre (les Aurès sont loin de tout) comme au figuré (l Armée n a plus aucun regard sur eux) explique-t-il en partie les manières relâchées des hommes et leurs débordements. d- Y a-t-il des musulmans d Algérie dans les rangs de l Armée française? Comment les appelle-t-on? Sont-ils là de leur plein gré? D après vos recherches, certains musulmans ont-ils combattu volontairement aux côtés de la France? Quel enseignement tirer de la lecture du graphique du document 1? Au début du chapitre 2, Perrin fait enfiler une veste militaire à un jeune homme en djellaba, puis lui confie une arme déchargée et le charge de guider le groupe ; son statut n est pas très clair : sans doute est-ce un prisonnier réquisitionné à qui on a fait miroiter la vie sauve en échange de son ralliement le témoignage d Albert Nallet au document 2 confirme d ailleurs l existence fréquente de "ralliés". Au chapitre 4, le lieutenant raconte l histoire d un de ses anciens commandos, "moitié harkis, moitié rappelés" et du sort qu il a réservé à "l un de harkis [qui] renseignait les fellouzes" : un Algérien qui jouait donc double jeu. Le terme de harki est un terme générique, qui désigne en fait plusieurs groupes de musulmans d Algérie qui combattaient dans l Armée et sous l uniforme français, sans être soldats toutefois ; il s agissait de supplétifs de l Armée, c'est-à-dire d hommes sous contrat mensuel renouvelable, sans statut militaire ce qui ne les rend pas très fiables aux yeux de l Armée, comme Perrin nous le fait comprendre. On en dénombre 4 groupes principaux : les moghaznis (supplétifs des SAS), les Groupes d Autodéfense (ou GAD, villageois armés chargés de la sécurité de leur douar), les groupes mobiles de sécurité (ou GMS, groupes de police rurale) et les Unités Territoriales (UT, formées de réservistes issus des départements français d Afrique du Nord). Il faut leur ajouter les engagés algériens dans l Armée d active et les appelés effectuant leur service militaire. 27 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Tous n étaient pas volontaires, comme on peut le constater avec le jeune homme du chapitre 2 que Perrin s empressera de faire disparaître au chapitre 8. N oublions pas que les jeunes gens de vingt ans étaient de toute façon assujettis au service militaire comme n importe quel citoyen français : ces appelés pouvaient se trouver en fâcheuse posture Toutefois, une partie de la population musulmane d Algérie a pris le parti de la France, espérant une paix négociée et de sensibles améliorations de leur statut. C est particulièrement vrai chez les notables. On remarque d ailleurs sur le document 1 qu il y a eu toujours plus de soldats musulmans d Algérie sous le drapeau français que dans les rangs de l ALN : 80000 pour 50000 en janvier 1958 ce qui fut l apogée de l ALN ; 200000 pour 40000 en 1960 ; etc. On se doit néanmoins de relativiser un peu ces chiffres, car certains harkis jouaient double jeu (comme nous le raconte Perrin à propos d un de ses hommes qui a trahi le commando ; c est également le thème du film de Philippe Faucon La Trahison) e- Décrivez l uniforme de l Armée française d Afrique du Nord au début des années 1960. L uniforme de campagne réglementaire est celui du lieutenant Perrin : pantalon de treillis ajusté, veste dans le même tissu de camouflage, béret ou chapeau de brousse, paire de godillots en cuir. (cf. doc.4b) Celui des appelés est un peu moins net, car ils récupèrent des pièces d uniforme déjà portées, pas toujours à leur taille (on remarque que certains flottent dans leur pantalon ou leur veste). Ils ont le même équipement, d ailleurs évoqué par deux des chansons du film : la chanson du générique, Nous aussi nous marchions (cf. doc.10), mentionne le "treillis et les chaussures à clous", et la chanson Le pied dans la m l uniforme du "bidasse" : "giberne", "godillots ou pataugas", "veste militaire", "treillis". Certains arborent une casquette plutôt que le chapeau de brousse. On peut toutefois noter un relatif relâchement dans la tenue : baskets aux pieds de Robert, chaussettes rouges, ; il fait sans doute partie des méthodes de Perrin de l accepter, comme gage de bonne volonté envers ses hommes. 28 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction f- De quel armement sont équipés les soldats ici, des fantassins? L armement personnel est ici peu visible. Certains ont un poignard à la ceinture (Perrin le mentionne dans un récit au chapitre 4) et le lieutenant est seul à disposer d un pistolet d ordonnance. Au chapitre 2, on voit Lomic dégoupiller une grenade. On observe surtout les pistolets-mitrailleurs (les PM), tel celui que Nono entretient au chapitre 9 : un PM MAT-49, fabriqué par la Manufacture d Armes de Tulle, qui équipe l Armée française depuis le début des années 1950. Dès le chapitre 2, on peut observer aussi un fusil-mitrailleur (c'est-à-dire la mitrailleuse de campagne avec laquelle les deux femmes sont abattues) ; il s agit du FM MAC 24/29 (Manufacture d Armes de Châtellerault), utilisé des années 1920 jusqu à la fin des années 1950. On le revoit bien au chapitre 4, lorsque Pierrick et Lanick exécutent un enfant à distance. De façon générale, il s agit d un équipement léger, propre à des hommes en patrouille ; ils doivent faire appel à d autres troupes pour des opérations nécessitant un armement plus lourd (comme au chapitre 5, "les chars et l artillerie" pour détruire un village). g- Lisez le témoignage du document 2 et montrez que le personnage du lieutenant Perrin campe un officier français de la guerre de d Algérie réaliste. On note évidemment une certaine proximité entre l officier réel et l officier de fiction dont le personnage a été inspiré par des modèles tels que ce capitaine. Il faut bien sûr tenir compte de l antimilitarisme virulent de René Vautier (cf. Activité n 2, 3), mais les deux hommes sont favorables à l emploi de la violence contre les civils et au non-respect des règles de la guerre (conventions de Genève sur les prisonniers par exemple) si cela leur permet de prendre l avantage tactique. Ainsi, le capitaine d Albert Nallet reste "impassible", "indifférent", et donne même l "ordre" de torturer ; Perrin, quant à lui, fait au chapitre 5 le récit édifiant du jour où il a "fait travailler au nerf de bœuf" un de ses harkis suspect d être un traître, avant de lui "ouvrir le ventre au poignard" et de faire verser du gros sel dans la plaie ; au chapitre 8, à peine libéré par ses hommes, il ordonne la "liquid[ation]" d un prisonnier dont il n a "plus besoin" ; au chapitre 9, il fait "crucifier" Youssef à l éolienne avant d ordonner une "corvée de bois" pour le lendemain ; on devine enfin, au chapitre 12, quelle est la "seule façon de traiter ces gens-là" qu il imagine. Ce thème est davantage développé dans l Activité n 2, 3-c. 29 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction h- Dans le document 2, les appelés participent-ils aux exactions contre la population civile? Et dans le film? Comment l expliquer, à votre avis? Albert Nallet a vu des appelés prendre part aux exactions ("Un sergent appelé lui fait avaler de l eau par un tube placé dans la bouche"). De même, dans le film, presque tous les hommes commettent des crimes : au chapitre 4, ils battent un jeune homme innocent à mort ; abattent un "gosse" d une dizaine d années ; violent une jeune femme ; pillent les villages ; Le lieutenant les décrit d ailleurs comme "des pilleurs, des voleurs, des violeurs, des bandits". Plusieurs facteurs peuvent l expliquer (cf. Activité n 2, 1-e) : la peur et le besoin de renforcer la sécurité du groupe (cf. la phrase de Charles au chapitre 5 "s ils touchent à un seul cheveu d un seul gars du groupe, on en bousille cent, fell ou pas fell. Y finiront bien par comprendre") ; la perte de repères moraux (cf. au chapitre 5, Nanard : "le bien, le mal, c est pas ça") ; le goût pris pour la violence (cf. au chapitre 5, "on vise et on y prend goût") ; i- D après le document 3, comment l Armée française justifiait-elle le recours aux violences en Algérie? Montrez que le film illustre certains aspects de cette tactique. Le rapport Delavignette explique que l Armée française veut "lutte[r] contre le terrorisme" du FLN en employant les mêmes armes que lui : c est le "contreterrorisme". Elle a en effet tiré les leçons de sa défaite en Indochine, où les succès militaires n ont pas permis la victoire finale car la guérilla tenait la population sous sa coupe : il s agit donc d exercer sur la population algérienne une terreur plus grande que celle du FLN. D une certaine façon, il faut mener une guerre psychologique, ce qui a été sera d ailleurs théorisé quelques années plus tard, en 1961, dans l ouvrage La Guerre moderne du colonel Roger Trinquier : fort de son expérience indochinoise et algérienne il était membre de l état-major de la 10 e division de parachutiste du général Massu il préconise la guerre subversive ; on parle également de guerre contre-insurrectionnelle. Elle implique "le mépris de la vie humaine". L auteur du rapport fait allusion à des pratiques illustrées par le film : on abat de prétendus "fuyards" (le prisonnier au chapitre 8), on ordonne des "corvées de bois" (Youssef qui s est pourtant rendu est ainsi promis à la mort au chapitre 9), on mène des "interrogatoires" poussés (Youssef est torturé car "il peut parler")». On peut suivre Delavignette dans sa conclusion sur "le manque absolu de coordination entre les autorités responsables des grands services publics d une part et les chefs de l Armée d autre part" : on voit bien que le lieutenant Perrin est seul à décider des actes de son commando, exerçant une violence en-dehors de toute "légalité républicaine", qu il confesse mépriser au chapitre 8. 30 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction j- Le recours à des "commandos de chasse" comme celui du lieutenant Perrin est-il réaliste? Faites par exemple des recherches sur le commando Georges. Comparez la photographie du document 4a et le film sur les procédés employés. Après l exclusion du FLN des zones urbaines en 1957 par un ratissage systématique (cf. surtout la bataille d Alger), des commandos de ce type sont mis en place dans les zones rurales à partir de 1958. Il s agit d un principe de la guerre contre-insurrectionnelle : prendre des risques, quadriller le territoire par des patrouilles pour ne pas donner l impression d avoir peur, protéger la population et ne pas s en couper en restant dans des casernes au risque de laisser le champ libre à l adversaire. Le prototype en est le Commando Georges : en 1959 le colonel Marcel Bigeard permet à un de ses lieutenants, Georges Grillot, de créer à Saïda un commando de chasse composé de soldats ralliés, anciens fellaghas prisonniers. Il est organisé sur le même modèle que l ALN, et chargé d en traquer les katibas, les bandes, dans leurs caches de montagne comme dans les Aurès et de les débusquer. Une comptabilité des victimes est établie, comme on peut l observer sur la photographie du document 4a, et dans le film au chapitre 3 lorsque Perrin fait son rapport ("un prisonnier, trois hommes tués"). Son efficacité fut reconnue et récompensée par de multiples distinctions. k- Quels objectifs militaires poursuit l Armée française lorsqu elle détruit des villages comme on peut le voir au chapitre 5? Les représailles sont le premier motif, puisqu un village est détruit "à chaque fois qu on se faisait tirer dessus". Mais l Armée cherche aussi à mener la stratégie de la terre brûlée : il s agit de couper l ALN de ses bases de ravitaillement et de ses moyens de subsistance (cf. au chapitre 2, lorsque Perrin demande à ses hommes de brûler les médicaments trouvés dans la cache). Cela explique aussi les déplacements population (cf. les images de femmes et d enfants fuyant leur village au chapitre 5) : on cherche à couper les fellaghas de leur famille, et à provoquer le découragement tant chez les combattants que chez les civils. Là encore, cette tactique de guerre subversive est une leçon héritée d Indochine. 31 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction l- Le théâtre d opération de l Armée étant immense (cf. carte du document 5), de quelles technologies bien représentées dans le film les troupes françaises étaient-elles dépendantes? Comparez aux photographies du document 4. Tout particulièrement dans les régions montagneuses et peu accessibles par la route, les troupes mobiles sont dépendantes de la radio, comme on peut le constater dès le chapitre 3, lorsque Coco s évertue à joindre le PC du bataillon ; les images des communications avec "Julot" "à la vacation en-bas" sont récurrentes, et ce n est que lorsque la communication est correctement rétablie que la situation se résout pour le commando avec l arrivée de l hélicoptère (chapitre 8). On remarque d ailleurs sur la photographie 4a les longues antennes qui ornent le blindé, à l arrière-plan à droite, et permettent des communications à longue distance. L hélicoptère est l autre technologie devenue absolument essentielle dans le dispositif militaire français durant la guerre d Algérie : on ne cesse d en parler dans les premiers chapitres (pour l évacuation du blessé), on l entend arriver au chapitre 8 pour libérer le commando, on l entend à plusieurs reprises à la recherche des deux fuyards aux chapitres 9, 10 et 11, et on peut même deviner à l absence de traces au sol autour de la scène du massacre au chapitre 12 que la mort venait du ciel pour la famille bédouine. Plus généralement, les moyens aériens se développent, y compris l aviation de chasse et les bombardiers comme ceux qui sont parfois chargés de raser des villages au chapitre 5 (cf. Activité n 2, 4-d, Sakiet Sidi Youssef). En effet les opérations aéroportées sont désormais vitales, puisqu elles signifient vitesse et effet de surprise, évitent la circulation sur des routes peu sûres, et donnent parfois un avantage stratégique lorsqu elles sont coordonnées avec des mouvements de troupes au sol. Les photographies prise par Arthur Smet au document 4 nous le montrent : on aperçoit sur la photographie a l hélicoptère qui a amené les gendarmes chargés de faire le bilan de l opération ; et sur la photographie b, on distingue très bien le modèle Sikorsky H34, de fabrication américaine, qu utilisait alors l Armée m- Où Nono et Youssef envisagent-ils de fuir au chapitre 9? Quels intérêts le FLN y avait-il? D après les documents 5 et 6, expliquez pourquoi l Armée surveillait particulièrement la frontière algériano-tunisienne. À quel moment du film voit-on les installations chargées de cette surveillance? Ils décident de fuir vers Tunis ; en effet la frontière tunisienne n est qu à une cinquantaine de kilomètres, puisque les Aurès sont situés entre Khenchela et Tebessa sur la carte du doc.6. Depuis 1959, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) dirigé par Ferhat Abbas, créé le 19 septembre 1958 au Caire, y avait déplacé son siège. Ils y seront en sol étranger, hors de portée de l Armée française, et pour Youssef, sous la protection de ses supérieurs du FLN. Il est vrai que la frontière tunisienne, depuis l indépendance du pays en 1956, était très surveillée, car des armes y transitaient, et des opérations étaient menées par l ALN extérieure depuis ce "pays frère" (cf. sur le doc.6 les camps de l ALN juste de l autre côté de la frontière : Khasserine, Tadjerouine, Ghardimaou, ). Il y avait donc une nécessité vitale pour l Armée française à la fermer : il s agit de la fameuse ligne Morice, un réseau barbelé et électrifié ininterrompu, et renforcée de la ligne Challe au nord. Cette ligne est visible au chapitre 5, où Vautier nous montre des images filmées depuis le côté tunisien de la frontière en 1957 : on voit des chars circulant devant la ligne de fortifications (cf. document 7). 32 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction 2- Un FLN peu visible mais omniprésent a- À quel moment voit-on des combattants de l Armée de Libération Nationale (ALN), la branche militaire du FLN, dans le film? Portent-ils un uniforme? Où se cachent-ils? On voit très peu de fellaghas. C est sans doute le cas au chapitre 2 de l homme en djellaba contraint de guider le groupe, qu on retrouve prisonnier aux chapitres suivants (3 à 8), acceptant une cigarette et suivant attentivement les conversations il parle français avant d être exécuté au chapitre 8. Il s agit surtout de ceux qui tirent sur le commando au chapitre 2 : Youssef (qui se rend et est fait prisonnier), un autre homme tué durant la fusillade et deux femmes abattues au fusil mitrailleur (Perrin considère qu il s agit de toutes façons de "fell ", comme il le dit pour dédouaner ses hommes). Civils ayant choisi de porter les armes, ils portent d autant moins l uniforme qu il s agit pour eux de se fondre dans le décor et de passer inaperçus : hommes et femmes sont en djellabas, celui qui est abattu juste après la mort de Lomic est en burnous. Seul Youssef, qui est peut-être un officier de l ALN, porte un semblant d uniforme (treillis, pataugas), sans doute récupéré à l Armée française : il a pu le prendre sur le cadavre d une victime. On assiste au chapitre 2 à une embuscade menée depuis une grotte dans le massif des Aurès : l ALN mettait en effet en œuvre une tactique de maquis retirés dans des zones difficilement accessibles surtout après son éviction des villes en 1957/8 (bataille d Alger). Sa force était de laisser planer le danger à tout instant, comme on s en aperçoit au chapitre 6, lorsque tous crient à la cantonade leur volonté de paix ("la pace!", "ne tirez plus") : ils savent donc bien que les "fellaghas du coin" les écoutent à proximité ; de même au chapitre 9, quand Youssef réapparaît après s être mis à l abri, Nono s exclame : "Ah, c est toi? Ben où t étais passé? J ai cru que tu t étais barré avec tes copains" : il lui semble évident que les fellaghas peuvent rôder partout et rester invisibles. b- Que révèle de la lutte du FLN la présence d un drapeau lors de la scène d inhumation des ossements au chapitre 4 (24 10)? Expliquez-en les symboles. On voit des gens enterrer le "soldat inconnu" : des ossements anonymes, crânes ou autres, sont mis en terre avec des aromates sous un arbre recouvert d un drapeau, qu un homme grave. Ces images ont été tournées par René Vautier en 1957. Il s agit du drapeau officiel du FLN, donc du symbole de son objectif ultime : l indépendance nationale. Il est devenu drapeau national en 1962. Ses symboles tels qu on les interprète traditionnellement : la référence à l islam (le vert, le croissant, l étoile à 5 branches pour les 5 piliers de l Islam), la volonté de paix (le blanc), l allusion au sang des martyrs (le rouge). 33 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction c- Quels termes les Français emploient-ils pour désigner les combattants de l ALN? Que signifient-ils? Le vocabulaire employé dans le film pour désigner les combattants algériens est assez limité, puisque la dénomination des adversaires se limite à "fellagha" et à ses déclinaisons : "fell " ou "fellouze". Le terme désigne en arabe littéral du Maghreb des bandits de grand chemin, des coupeurs de route. Ce terme dépréciatif s explique facilement si on se souvient que les autorités françaises considéraient que les combattants de l ALN étaient des criminels relevant du droit pénal français, puisque l Algérie formait trois départements rattachés à la métropole. On ne leur accordait donc pas, dans le vocabulaire, le statut d adversaires, mais celui de "terroristes" (sans doute la traduction la plus appropriée du mot) ce que les méthodes employées (attentats à la bombe, assassinats, ) venaient d ailleurs confirmer aux yeux du plus grand nombre. d- Comment le FLN finance-t-il son activité? Au chapitre 4, les soldats se partagent un butin (le "fric des fellouzes") pris sur un "collecteur de fonds" du FLN : le réseau avait organisé le paiement d un impôt obligatoire, souvent sous le coup de l intimidation plus que de la conviction, en Algérie comme en métropole. e- Comment expliquer l absence d hommes dans la famille bédouine au chapitre 11? On devine que tous les hommes en âge de combattre, adultes ou adolescents, soit se sont réfugiés et cachés pour échapper aux réquisitions de l ALN ou de l Armée française, soit sont partis se battre, quel que soit le camp (ALN, harkis). Il est plus probable qu ils soient engagés aux côtés du FLN, bien que les femmes accueillent le soldat français sans savoir s il est de leur côté, car elles portent ensuite secours à Youssef et s engagent à lui fournir "un âne ou un chameau" (chap.11) pour l aider à atteindre la frontière. f- Peut-on dire que l attitude du jeune garçon bédouin (Amar) à la fin du film confirme la phrase d un soldat au chapitre 4 alors qu il vient d abattre un gosse : "de toute façon, dans dix ans ça fait un fellouze"? Amar fait preuve de fascination pour le pistolet-mitrailleur de Nono au chapitre 11 : il le manipule, le démonte et le remonte dans la tente, le porte tout le long du trajet jusqu à Youssef, demande à Nono "comment ça marche? " et conclut "c est bien" lorsque celui-ci lui en a fait la démonstration, fait mine de le conserver en partant, et l utilise pour abattre Nono qui l a abandonné près de lui en revenant à la tente le soir. On peut y voir la fascination morbide d une enfance marquée par les armes et la mort, la volonté de devenir un combattant comme son père et ses oncles ou ses frères aînés qu il perçoit comme des héros de ses yeux d enfant, peut-être même la volonté de venger ces hommes s ils sont morts c est ce qu exprime en voixoff Robert au chapitre 4 : "c est con, pour chaque corps qu ils retrouvent, qu ils enterrent, y en a dix qui voudront nous tirer dessus : c est nous qui la semons la graine de fellagha!". 34 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction 3- La radicalisation des partisans de l Algérie française : le putsch des généraux a- Quels chapitres du film sont consacrés à l épisode de la tentative ratée de coup d État? 4 chapitres lui sont intégralement consacrés : du chapitre 5 (l arrivée de Coco dans l abri à 36 43 : "eh les gars! J y comprends rien! J viens d les avoir : l instit, c est quoi un putsch?") au chapitre 8 (59 : Perrin est détaché à l arrivée de l hélicoptère). L action continue (dialogues, enterrement de Lomic, ), mais sous l effet du coup de force (remise en cause de la discipline, longue attente d un hélico, ) ; le fond sonore est assuré quasiment sans interruption par les discours et les reportages diffusés au transistor. b- D après vos recherches, quelle est l origine du "putsch des généraux"? Quand et comment commence-t-il? Qui en prend la tête d après Coco? Citez d autres officiers de haut rang impliqués dans l événement. Le contexte est celui d une rupture progressive entre les plus hautes autorités militaires et les autorités civiles en ce qui concerne l avenir de l Algérie ce qu au fond R. Delavignette déplorait déjà dans son rapport de 1957 (cf. doc.3) ; on peut rappeler quelques événements antérieurs : - en septembre 1959 : De Gaulle mentionne pour la première fois la possibilité de l "autodétermination" des Algériens ; - en janvier 1960 : le limogeage du général Massu, très populaire auprès des Algérois, provoque l insurrection de la "Semaine des barricades" ; - au début du mois de mars 1960, au cours d'une «tournée des popotes» auprès des militaires d'algérie, De Gaulle fait un pas de plus vers la décolonisation en annonçant une «Algérie algérienne liée à la France» ; - en juin 1960, l Affaire Si Salah : en mai 1959, Si Salah (Mohamed Zamou, ancien militant du MTLD, un des premiers maquisards de Kabylie), responsable par intérim de la Wilaya IV du FLN, dressant le constat que «le peuple a trop souffert [ et] est en voie de nous abandonner", décide de donner suite à la proposition de «paix des braves» formulée par De Gaulle en octobre 1958, et se rend secrètement à l'élysée le 10 juin 1960, où il négocie directement avec De Gaulle un cessez-le-feu. Mais de retour en Kabylie, il est arrêté et destitué par un de ses lieutenants qui a fait allégeance au GPRA. Les autorités françaises ne font rien pour le récupérer, au grand dam du général Challe qui avait entrevu la victoire. Il meurt en juillet 1961 à Maillot (Kabylie), dans une embuscade tendue par un commando de chasse de l'armée française, de même que dans les mois qui suivent tous les témoins de son entrevue avec De Gaulle. Certains officiers français qui avaient vu dans ces négociations un prélude à la victoire, en voulaient beaucoup au général De Gaulle de n'avoir pas su y donner suite ; il s agissait pour eux d élargir la brèche entre les combattants de l'aln de l'intérieur et le GPRA de Tunis et de négocier le maintien d une Algérie associée à la France en évitant l indépendance pure et simple, consacrant par là une victoire militaire française et une défaite dans l honneur des combattants algériens ; - le 4 novembre 1960, De Gaulle évoque pour la première fois une «République algérienne» ; - le 8 janvier 1961, le peuple français approuve par référendum le principe de l'autodétermination des Algériens quelle que soit leur condition (75,25% de oui en métropole et 69,09% en Algérie, où les musulmans ont voté aux côtés des colons) ; 35 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction - le 30 mars 1961, le gouvernement annonce officiellement l'ouverture de pourparlers avec les représentants du GPRA ; - surtout, dans sa conférence de presse le 11 avril 1961, De Gaulle parle désormais de l'algérie comme d'un «État souverain». Cette déclaration laisse l impression d une décolonisation hâtive, sous l effet de l impatience de l'opinion publique qui, en métropole, a hâte d'en finir avec une guerre de sept ans où de nombreux jeunes gens ont déjà perdu la vie. Coco cite au chapitre 4 "Challe et Salan". On entend à la radio d autres noms (Zeller, Jouhaud, Godard). En effet, dans la nuit du 21 avril 1961, les généraux Challe, Zeller et Jouhaud, bientôt rejoints par le général Salan, et sous l influence de plusieurs autres officiers supérieurs (quelques colonels, comme Godard, ou le commandant Denoix de Saint-Marc) prennent le contrôle d Alger et font arrêter les représentants du gouvernement ; ils refusent toutefois d armer les pieds-noirs qui souhaitent se rallier au coup de force. Les quatre généraux forment un «Conseil supérieur de l'algérie». Mais ils n'arrivent pas à rallier d autres officiers de haut rang pourtant susceptibles de partager leurs convictions (Massu, Bigeard, ). Tous les quatre ont appartenu aux plus hautes sphères militaires en Algérie : Raoul Salan, en tant que commandant en chef depuis 1956, cumulait pouvoirs civils et militaires, et joua un grand rôle dans la journée du 13 mai permettant le retour de De Gaulle aux affaires, avant d être remplacé en décembre 1958 ; Maurice Challe fut commandant en chef de décembre 1958 à avril 1960, et la mise en œuvre de son plan de destruction des katibas de l ALN par des commandos de chasse (59-61) connut un grand succès ; Edmond Jouhaud dirigea la région aérienne d Alger de 1957 à 1960, et fut l adjoint de Salan ; André Zeller fut à plusieurs reprises chef d État major de l Armée entre 1954 et 1959. c- Qu annonce l ordre de commandement militaire des putschistes qu on entend en premier sur le transistor de Robert (début du chapitre 6)? En le confrontant à l appel passé sur Radio-Alger par le général Challe reproduit au document 8, montrez qu il s agit bien d une tentative de coup d État. On entend : "les individus ayant participé directement à l entreprise d abandon de l Algérie et du Sahara seront mis en état d arrestation et déférés devant un tribunal militaire qui sera incessamment créé pour en connaître les crimes [ ]. Toute résistance sera brisée d où qu elle vienne". Il s agit bien d une menace contre n importe quelle autorité, y compris civile les individus en question ne peuvent être que De Gaulle et son gouvernement! L institution d un tribunal militaire, quoique régulière en Algérie où l Armée disposait depuis 1956 des "pouvoirs spéciaux" de police, suggère clairement que la junte militaire instaure l état d urgence, suspendant ainsi les libertés publiques. Le discours du général Challe présenté au document 8 fait allusion aux causes justifiant selon lui le coup de force : Affaire Si Salah («il a refusé de faire la paix avec certains rebelles de l intérieur, prêts à cesser les combats»), dédain apparent pour les sacrifices et les victoires de l Armée française («pour que nos morts ne soient pas morts pour rien»), risque de vengeance contre les fidèles à la France («voudriez-vous [ ] abandonner nos frères musulmans et européens [ ] à la vengeance des rebelles?"), risque politique dans le cadre de la guerre froide (le FLN qui n est jamais nommé est qualifié d "organisation totalitaire" ; "voudriez-vous que Mers-el-Kébir et Alger soient demain des bases soviétiques?"). On constate qu il s agit d un coup d État, puisque le discours est imprimé sur le papier à liseré tricolore réservé aux discours officiels en temps de guerre (ordre de mobilisation, etc. ), ici indument utilisé ; en outre, le gouvernement de Michel Debré et le Président De Gaulle sont qualifiés de "gouvernement d abandon" (le même terme que celui employé à la radio), et il est clairement demandé 36 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction aux soldats de ne plus lui obéir, ne reconnaissant plus que l autorité des mutins on va même jusqu à les exonérer du sentiment de "déshonneur" qu ils pourraient légitimement ressentir. d- Le discours qu on entend ensuite ("Je veux d abord rendre hommage à notre magnifique armée d Algérie", etc.) est un ancien discours de Jacques Soustelle le 17 mai 1958 : donnez quelques éléments biographiques sur le personnage et montrez qu il est progressivement entré en dissidence avec les autorités républicaines sur la question algérienne. Qu est-ce que l OAS qu il a dirigée? Pour le remercier d avoir voté l'investiture de son cabinet le 18 juin 1954, le Président du Conseil Pierre Mendès France nomme le 26 janvier 1955 le député gaulliste et ancien résistant Jacques Soustelle gouverneur général de l'algérie. Celui-ci est connu pour ses positions libérales, et donc très mal accueilli à son arrivée le 15 février par les Français d Algérie. Pourtant, cet ethnologue de formation, partisan de l'assimilation, devient rapidement un adversaire résolu du FLN et la coqueluche des milieux français d Algérie. Ainsi, lorsque Guy Mollet le remplace en février 1956, sa visite à Alger le 6 février tourne à l émeute (Journée des tomates). Redevenu député, Soustelle fonde et préside en mars 1956 l'union pour le salut et le renouveau de l'algérie française (USRAF), un mouvement qui rassemble les partisans les plus déterminés de "l'algérie française". En mai 1958, sans participer directement au soulèvement du 13 mai, Soustelle contribue à rallier au gaullisme une partie de la population d Alger, où il s'est rendu en échappant à la surveillance de la police : il y prononce le fameux discours dont on entend des bribes à la radio au chapitre 6. Même si De Gaulle s'en méfie, il est nommé ministre de l'information dans le dernier gouvernement de la Quatrième République. Ses interventions à l Assemblée sur la guerre d'algérie sont très nombreuses (vote des pouvoirs spéciaux le 9 mars 1956, appui à la politique de rigueur menée par son successeur Lacoste, crise de Suez, situation militaire en Algérie) ; il prône une politique de fermeté et de guerre contre le FLN dans ses fréquentes interpellations et propose inlassablement une politique d'intégration. Habib Bourguiba et la Tunisie deviennent une de ses cibles en 1958 du fait de leur soutien au FLN et à l'aln (affaire de Sakiet Sidi Youssef ; cf. Activité n 2, 4-d), et il refuse l'internationalisation du conflit. Soustelle participe à la fondation de l'unr, le nouveau parti gaulliste dont il est membre du comité central. Après l'élection de De Gaulle à la présidence de la République, il est nommé ministre délégué auprès du Premier Ministre Michel Debré, chargé des DOM-TOM et du Sahara. Le 5 février 1960, au lendemain de la semaine des barricades à Alger, il est évincé à l'occasion d'un remaniement ministériel : il s'oppose en effet de plus en plus durement à la politique algérienne du général De Gaulle qui s'est prononcé pour l'autodétermination. Après l'échec du putsch des généraux, Soustelle prend le parti des ultras de l'algérie française en intégrant l OAS aux côtés de Salan et d autres hommes ayant connu un parcours similaire au sien (Georges Bidault, ). En décembre 1961, il s'enfuit à l'étranger pour échapper aux poursuites "pour atteinte à l'autorité de l'état", et vit sept ans en exil dans plusieurs pays européens. N ayant pas été pénalement condamné, il se porte candidat aux législatives à Lyon en 1967, puis rentre en France en octobre 1968 à la suite de la loi d'amnistie. L Organisation Armée Secrète (OAS) est une organisation politico-militaire clandestine vouée à la conservation de l Algérie française fondée en février 1961 par les activistes nationalistes Jean-Jacques Susini (homme politique) et Pierre Lagaillarde (avocat). Constituée pour l essentiel de militaires et de Français d Algérie qui ont vécu la politique du général De Gaulle (référendum du 8 janvier 1961sur l autodétermination en Algérie) comme une trahison, elle vise, tout en prétendant 37 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction imiter le modèle de la Résistance intérieure française de la Seconde Guerre mondiale, à exercer une pression croissante tant sur les indépendantistes algériens que sur les autorités civiles, en employant les mêmes moyens que le FLN : à partir de mai 1961, elle fait le choix du terrorisme et perpètre des centaines d attentats à Alger et en métropole, faisant des milliers de victimes. Ses attentats ciblent des personnalités politiques et administratives du gouvernement légal français, des intellectuels ou des organes de presse favorables à une négociation avec le FLN, en Algérie comme en métropole, ainsi que la population musulmane, soupçonnée de soutenir le FLN. Plutôt soutenue par les Français d Algérie, elle est rejetée par l opinion publique de métropole pour sa violence aveugle. e- Montrez avec les phrases entendues à la radio qu un risque de guerre civile pèse sur la France. On entend au chapitre 6 : "La victoire de la France en Algérie est totale. Nous sommes prêts sous vos ordres à l étendre de l autre côté de la Méditerranée" : on peut supposer qu il s agit d un officier stimulé par le putsch. D ailleurs, Perrin le confirme lorsque, mis au courant des événements, il prédit à ses hommes : "dans quinze jours on défile sur les Champs Élysées". De fait, le 21 avril, quelques tentatives de soulèvements ont eu lieu dans des casernes de métropole, et quelques tentatives d attentats à Paris ; elles furent rapidement contenues par les arrestations adéquates. Mais il est évident que certains avaient commencé à s exclure d une légalité républicaine à qui ils ne reconnaissaient plus aucune légitimité, ce qui est le fondement-même des guerres civiles ; on le perçoit bien lorsqu au chapitre 8, Perrin ironise sur "les tenants de la légalité républicaine" et parle à ses hommes de "vos chefs" comme s ils n étaient pas les siens. Dans le camp adverse, la fermeté ne vient pas seulement des autorités (cf. questions g et i ci-dessous), mais aussi d une partie de la population prête à se dresser contre les rebelles, comme en témoigne le discours des grévistes du 24 avril dont on entend un extrait et qui dit "exiger du gouvernement que de sévères sanctions soient prises contre [les généraux félons]". f- Les discours sont acclamés par une foule de Français d Algérie rassemblés à Alger. Quel est le point de vue de cette partie de la population? Les Français d Algérie, qu on commence à appeler les "pieds-noirs" sont des colons installés sur place depuis les années 1830 pour les plus anciens, soit trois à quatre générations, comme le dit un orateur : "nous sommes depuis trois générations sur cette terre française!" ; d autres sont arrivés plus récemment (on entend un homme à l accent corse dire "voilà trente ans que je suis là"). Le territoire algérien avait néanmoins la particularité de n être pas une colonie au sens strict du terme, mais une colonie de peuplement constituée de trois départements (Alger, Oran et Constantine), le Sahara bénéficiant d un statut particulier ; les citoyens qui y vivaient étaient donc en France, ce qui a une importance psychologique indéniable sur leur perception du territoire. 38 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Fort de leur nombre on les estime à environ un million ils veulent à tout pris rester en Algérie, comme le rappelle l orateur au fort accent pied-noir qui veut "rapprocher définitivement les deux bords de la Méditerranée", ou l homme interrogé qui dit : "y a personne qui me fera jamais partir, même pas à la nage, je sais pas nager". Les soldats savent instinctivement que leur camarade pied-noir Hernandez (cf. chap.6) se rangera donc du côté des mutins. Il faut dire qu ils avaient largement contribué à rappeler De Gaulle au pouvoir lors de la crise du 13 mai 1958, et se sentent donc trahis par celui-ci lorsqu il engage l évolution de sa politique vers l autodétermination, puis l indépendance. Ils soutiennent assez naturellement le putsch qui leur promet le statu quo. g- Relevez dans le document 9 les phrases tirées du fameux discours du 23 avril du général De Gaulle, Président de la République, qu on entend en fond sonore au chapitre 7. Commentez-les. Les phrases entendues dans le film sont les suivantes : "Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire. [ ] Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. [ ] et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle demeure après moi. Françaises, Français! Voyez où risque d'aller la France, par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir. Françaises, Français! Aidez-moi! " Le réalisateur choisit de ne garder de ce discours très célèbre que quelques phrases du début et de la fin. Ce sont celles qui ont sans doute le plus marqué la mémoire collective des Français, tant par leur style que par leur contenu. Ainsi, le terme "pronunciamento", d origine portugaise, désigne le procédé par lequel une Armée cherche à renverser un gouvernement ; mais en l utilisant plutôt que le terme d origine allemande putsch, De Gaulle ridiculise le coup de force, l apparentant à la vieille tradition de coups d État à répétition des territoires ibériques et latino-américains. Le terme "quarteron", qui frappe par sa connotation péjorative, est ici employé abusivement ce qu un professionnel de la langue française comme De Gaulle ne pouvait ignorer puisqu il désigne traditionnellement un individu né de l union entre un blanc et un mulâtre (qui ne possède donc qu un quart de sang "de couleur") ; cet emploi décalé, intuitivement compréhensible, suggérant un attelage mal apparié qui ne compte qu un petit nombre de montures conduites par le "groupe d officiers partisans, ambitieux et fanatiques" dont il est question ensuite, suffit à le décrédibiliser. On notera également le rythme de la phrase habilement balancée par la symétrie : "ce pouvoir a une apparence"/"il a une réalité" ; le ton déclamatoire ; l emploi de l anaphore "Françaises, Français" : De Gaulle, en grand orateur, sait manier l intensité dramatique. Il indique également aux Français de façon voilée le risque de chaos qui les menace s il ne peut assurer l exercice de la "légitimité républicaine" qui lui a été confiée et dont il demande confirmation ("Aidez-moi!") : il ne pourra alors plus continuer l œuvre de redressement de la France dont il a fait son programme ("ce qu elle était en train de redevenir"). 39 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction h- Qui prononce les paroles suivantes, entendues au chapitre 7 : "dès que les sirènes retentiront, allez-y, à pied ou en voiture, convaincre des soldats trompés de leur lourde erreur ; il faut que le bon sens vienne de l âme populaire et que chacun se sente une part de la nation"? Il s agit du Premier Ministre Michel Debré, qui a prononcé ce discours dans la nuit du 23 au 24 avril 61, effrayé par le risque de voir atterrir des parachutistes ou des légionnaires venus parachever le putsch en métropole ; méfiant envers l Armée, il avait eu l idée, qui peut paraître aujourd hui un peu saugrenue, voire ridicule, de demander de l aide à la population cela n a guère été suivie d effets. De toute façon, des chars avaient été positionnés devant l Assemblée Nationale, et des troupes fidèles sur les aéroports et aérodromes. i- D après le transistor au chapitre 8, comment prend fin la tentative de putsch? Qu exige immédiatement De Gaulle? Qu est-ce que cela révèle de sa position personnelle quant à la guerre en Algérie? Comme l annonce le Président De Gaulle dans son discours du 23 avril (doc.9), l article 16 de la Constitution est invoqué : le Président dispose, face à la crise, de pouvoirs exceptionnels limités dans le temps. C est bien de cela que parle le speaker au début du chapitre 8 lorsqu il évoque la "fermeté de Paris". En tant que chef des Armées, le Président ordonne immédiatement de "déférer devant la justice militaire les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller, ainsi que le colonel Godard". Mais l échec du coup de force s explique surtout par le manque de troupes. Le speaker évoque la "résistance opiniâtre opposée par le contingent", dont le film se fait ici l écho avec le cas du commando qui met le lieutenant Perrin aux arrêts : que ce soit par respect pour la légalité républicaine (ici, Robert ; dans la réalité la plupart des officiers et des sous-officiers) ou par désintérêt pour les débats autour du destin de l Algérie française (la majorité des appelés, qui n avaient "pas demandé à venir ici", comme le dit Charles au chapitre 5), très peu de troupes se sont ralliées aux généraux rebelles, en-dehors de quelques régiments d active (par exemple le 1er REP de la 10 e division). On peut aussi évoquer les réactions en métropole. On entend à la radio l information selon laquelle "les dockers du port de Dieppe se sont mis en grève samedi pour 24 heures pour protester contre la rébellion militaire en Algérie", et l appel aux "travailleurs de chez Renault, ouvriers, employés, maîtrise, techniciens et cadres" à "manifester leur volonté de faire échec au coup de force des factieux". En effet, le lundi 24 avril, les syndicats organisent symboliquement une grève générale qui est massivement suivie ; elle porte le coup de grâce à l'insurrection algéroise. On entend le speaker décrire les derniers événements : la fuite de Zeller en civil, et des trois autres dans un GMC. Le 25, le gouvernement reprend en main la radio d'alger ; Hélie Denoix de Saint Marc, Maurice Challe et André Zeller se livrent aux autorités. Les hommes du 1er REP, résignés, repartent à la guerre en chantant : "Non, je ne regrette rien...". Raoul Salan et Edmond Jouhaud, eux, rentrent dans la clandestinité et prennent la tête de l'oas créée deux mois plus tôt. 40 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Sans avoir été victime de la censure d État, Avoir 20 ans dans les Aurès a longtemps souffert d une réputation sulfureuse qui a limité sa diffusion en salles comme à la télévision. René Vautier avait en effet souhaité réaliser un film engagé, à l image de ses prises de position personnelles une quinzaine d années plus tôt (cf. introduction générale), et se doutait d ailleurs en adaptant librement le récit de Noël Favrelière qu il aurait à faire avec "Dame Anastasie", comme le chante Pierre Tisserand dans la chanson qui ouvre le générique (cf. texte au document 10), et sans doute aussi à tous les dépositaires de la mémoire "officielle", "les généraux, les politiciens et les agents secrets", encore seuls habilités à l époque à donner "leur version de ce que fut la guerre d Algérie", comme il l écrit dans le texte liminaire du générique. Le pari du réalisateur de fournir une version inédite, celle des appelés et sans doute la sienne, au demeurant relevait du défi : comment restituer des faits "vrais", faute de pouvoir donner à voir des faits réels, sans prêter le flanc aux inévitables accusations d exagération, d erreur, voire de trahison? La méthode employée se veut scientifique : comme pour un sondage d opinion, le panel d anciens combattants interrogés est suffisamment large ("600 appelés ou rappelés") pour être représentatif ; les images de fiction ne sont fondées que sur ces témoignages ; et les images d époque insérées viennent soutenir le réalisme de l ensemble, dans une démarche qui s apparente à celle du documentaire-fiction contemporain, et qui vise à donner la parole à tous les oubliés de l Histoire, les petits qui n ont le talent, ni l accès aux media, ni le statut nécessaire pour évoquer "leur" guerre d Algérie celle qui ne fut pas qu une opération de "pacification". Cette activité vise donc à détailler les thèmes mémoriels abordés par le film et particulièrement audacieux pour l époque, ainsi qu à sensibiliser les élèves au statut des images. A- Le face-à-face des deux Grands Quel terme audacieux pour 1972 est employé dans le texte du chapitre 1 et aurait pu faire interdire le film? À partir de quand les autorités françaises ont-elles accepté l usage de ce terme? 1- La guerre vue à travers les yeux des appelés a- Réécoutez la chanson Nous aussi nous marchions de Pierre Tisserand au début du chapitre 1 du film avec le texte sous les yeux (document 10) : quel jeu de mot l auteur fait-il sur le terme "engagé"? Quel est l enjeu du parallèle effectué entre la génération 1956-1962 et l époque où René Vautier tourne Avoir 20 ans dans les Aurès? Que semble-t-il regretter? 41 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 b- Comparez le film au témoignage de l officier A. Frémont (document 11), et montrez que le réalisateur a su adopter la perspective des appelés. c- D après le prologue, quelle démarche a adoptée René Vautier pour que ses acteurs ne jouent pas un scénario, mais interprètent des situations les plus véridiques possible? d- Comment sont qualifiés les appelés bretons dans le film? Quels sont leurs sentiments envers la guerre d Algérie? Qui sont leurs meneurs, et quelles sont leurs convictions? Montrez à l aide du document 12 que cet état d esprit pouvait s expliquer. 42 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 e- Montrez que les soldats ne restent pas fidèles à leurs convictions. Comment le film explique-t-il ce revirement? f- Comment qualifier l état psychologique des appelés en Algérie? Le retour à la vie civile a-t-il été facile? g- Montrez qu en dépit de leur participation aux exactions, les appelés ne se reconnaissent pas pour autant dans l Armée française. 43 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 2- L histoire de Noël Favrelière, révélatrice de l engagement d une minorité des Français en faveur du FLN et de la décolonisation a- Quelle chanson fredonne insolemment Nono au lieutenant Perrin au chapitre 9? Et quel air sifflote Nanard lorsqu il découvre par hasard Nono et Youssef au chapitre 10? À quel patrimoine politique appartiennent ces deux refrains? Qu en déduire? b- Montrez que le film suggère furtivement l échec de la politique d assimilation française en Algérie, à l instar du général De Gaulle dans une lettre secrète à ses collaborateurs en décembre 1959 (cf. doc.14). Pourquoi mentionner dans l épilogue la carrière du lieutenant Perrin au Tchad? c- Faites des recherches sur Noël Favrelière et son histoire. Quelles furent les motivations de ses actes? Qu en reste-t-il dans le personnage de Nono, dans le film? Comparez avec le témoignage d un autre appelé, Ugo Iannucci, au document 15. 44 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 3- Une condamnation de l Armée française a- Qui est le général de Bollardière, auteur de la citation qui figure au prologue? Donnez quelques indications biographiques à son sujet permettant d expliquer que René Vautier se réfère à ce haut-gradé. b- Montrez que le lieutenant Perrin manipule ses hommes. c- Quelles méthodes d action sont prônées par le lieutenant Perrin? Avec quels objectifs? Comment se justifie-t-il face à Robert ou à Nono? Montrez à l aide du document 2 que le personnage de fiction est réaliste. 45 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 d- Réécoutez la chanson Bien l bonjour, mon lieutenant, qu on entend au chapitre 7 (le texte est disponible au document 16) : expliquez les divers événements égrenés par la litanie. Tous correspondent-ils à des défaites de l Armée française? En quoi peut-on affirmer qu ils consacrent un certain déclin de l Armée française? 4- L audacieuse ébauche d une vision algérienne du conflit et l enjeu des "vraies" images a- Montrez que le réalisateur a le souci de ne pas réaliser un film exclusivement franco-centré. Quels moyens utilise-t-il pour cela? b- En quoi peut-on affirmer que René Vautier fait preuve d un intérêt quasi-ethnologique pour la population algérienne? 46 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
Activité 2 Un "docufiction" engagé : la mémoire et ses enjeux Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 c- Regardez les images suivantes : au chapitre 4, la scène d inhumation des ossements anonymes (23:42 à 24:11), au chapitre 5 la longue scène des villages détruits (31:08 à 36:43). En quoi diffèrent-elles des autres images du film? Vous semblent-elles contemporaines de celles tournées en 1971? Quand le réalisateur les a-t-il tournées, à votre avis? Pourquoi les intégrer ici? Quel effet produisent-elles sur l ensemble du film?... d- Observez le tableau Massacre de Sakiet, III du peintre communiste français André Fougeron au document 18 : qu y voit-on? Où dans le film peut-on observer des images similaires? Ces images ont été tournées par René Vautier à Sakiet Sidi Youssef : expliquez ce qui s y est passé en effectuant des recherches. Pourquoi l opinion internationale en a été particulièrement émue?... 47 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 C'était un beau pays que je ne nomm'rai pas / On y passait trente mois ou de vie à trépas / C'était un beau pays près de la Tunisie / Mais à cause des ciseaux de Dame Anastasie / Je ne peux le nommer. // Apprenez toutefois / Qu'on y perdait son temps en même temps que la foi / Qu'il y avait du sable, des pitons et des rocs / Et que ça n'était pas non plus loin du Maroc Nous aussi nous marchions et toujours ventre à terre, / On dit crapahuter en langage militaire / Nous aussi nous marchions profondément humains / Des beaux mots plein la gueule, des fusils plein les mains Seul'ment à cette époque, et les temps ont changé / On disait d'un chanteur qu'il était engagé / Quand vêtu d'un treillis et de chaussures à clous / Il était comme nous, dans la merd' jusqu'au cou. / Que faisaient en ce temps les rythmeurs condottiere / Qui crient "Paix au Viet Nam!" à l'abri d'leurs frontières / On n'entendait alors qu'un sinistre silence / Aucune chansonnette pour faire des turbulences Car eux aussi marchaient, et parfois ventr'à terre, / On dit crapahuter en langage militaire / Oui, eux aussi marchaient, profondément humains, / Des beaux mots plein la gueule, des fusils plein les mains Ce fut un étrange voyage, pour beaucoup le premier grand voyage de leur vie, au pays de filles voilées et cachées, l horizon hostile et splendide et nous le fusil à l épaule et la grenade à la ceinture. Nous avons tous, je crois, passionnément aimé et détesté ce pays [ ]. Le racisme était la loi La population algérienne, par ses mœurs, ses comportements, sa culture, restait totalement impénétrable aux jeunes Français de 1956-1962. Eux se sentaient parfaitement innocents d une guerre qu ils détestaient. Armand Frémont, in Jean-Pierre RIOUX, La guerre d Algérie et les Français, Fayard, 1990 Document 11- Extrait du témoignage d Armand Frémont, sous-lieutenant durant la guerre d Algérie Document 10- Chanson "Nous aussi nous marchions", écrite et interprétée par Pierre Tisserand. Générique d Avoir 20 ans dans les Aurès 48 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 12- Le manifeste des 121 Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s est ouverte il y a six ans. De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s est affirmée et qu il importe de ressaisir, quelle que soit l issue des événements. Pour les Algériens, la lutte, poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C est une guerre d indépendance nationale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature? Ce n est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n a été menacé. Il y a plus : elle est menée contre des hommes que l État affecte de considérer comme Français, mais qui, eux, luttent précisément pour cesser de l être. Il ne suffirait même pas de dire qu il s agit d une guerre de conquête, guerre impérialiste, accompagnée par surcroît de racisme. Il y a de cela dans toute guerre, et l équivoque persiste. En fait, par une décision qui constituait un abus fondamental, l État a d abord mobilisé des classes entières de citoyens à seule fin d accomplir ce qu il désignait lui-même comme une besogne de police contre une population opprimée, laquelle ne s est révoltée que par un souci de dignité élémentaire, puisqu elle exige d être enfin reconnue comme communauté indépendante. Ni guerre de conquête, ni guerre de «défense nationale», ni guerre civile, la guerre d Algérie est peu à peu devenue une action propre à l armée et à une caste qui refusent de céder devant un soulèvement dont même le pouvoir civil, se rendant compte de l effondrement général des empires coloniaux, semble prêt à reconnaître le sens. C est, aujourd hui, principalement la volonté de l armée qui entretient ce combat criminel et absurde, et cette armée, par le rôle politique que plusieurs de ses hauts représentants lui font jouer, agissant parfois ouvertement et violemment en dehors de toute légalité, trahissant les fins que l ensemble du pays lui confie, compromet et risque de pervertir la nation même, en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe? C est dans ces conditions que beaucoup de Français en sont venus à remettre en cause le sens de valeurs et d obligations traditionnelles. Qu est-ce que le civisme lorsque, dans certaines circonstances, il devient soumission honteuse? N y a-t-il pas des cas où le refus est un devoir sacré, où la «trahison» signifie le respect courageux du vrai? Et lorsque, par la volonté de ceux qui l utilisent comme instrument de domination raciste ou idéologique, l armée s affirme en état de révolte ouverte ou latente contre les institutions démocratiques, la révolte contre l armée ne prend-elle pas un sens nouveau? Le cas de conscience s est trouvé posé dès le début de la guerre. Celle-ci se prolongeant, il est normal que ce cas de conscience se soit résolu concrètement par des actes toujours plus nombreux d insoumission, de désertion, aussi bien que de protection et d aide aux combattants algériens. Mouvements libres qui se sont développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide et, à la fin, malgré leur désaveu. Encore une fois, en dehors des cadres et des mots d ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d action et des moyens de lutte en rapport avec une situation 49 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables. Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu il est désormais impossible de présenter comme des faits divers de l aventure individuelle ; considérant qu eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à se décider personnellement face à des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l équivoque des mots et des valeurs, déclarent : - Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. - Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. - La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. Appel à l insoumission rédigé par Maurice Blanchot et signé par 121 intellectuels, universitaires et artistes, publié dans Vérité-Liberté le 6 septembre 1960 Document 13- Plans tirés du chapitre 5 du DVD d Avoir 20 ans dans les Aurès a- pétroglyphes au plafond de l édifice berbère où le commando trouve refuge [30:07] b- stèle funéraire berbère [35:40] 50 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 14- Lettre du général De Gaulle à ses collaborateurs, 26 décembre 1959 Nous employons en Algérie 500 000 hommes au service d ordre armé. Les rebelles emploient au maximum 30 ou 40 000 hommes à l insurrection armée. Nous appuyons nos forces de moyens matériels écrasants par rapport à ceux de la rébellion (aviation, hélicoptères, camions, armements, concours de la marine ). En qualité militaire, nos cadres, nos états-majors, notre commandement sont incomparablement mieux formés que les malheureux analphabètes de l insurrection. Nous dépensons chaque année 1 000 milliards sous toutes sortes de formes pour la lutte en Algérie. Le FLN dépense environ 30 milliards. Par le combat, les exécutions sommaires, les exécutions légales, nous tuons dix fois plus d adversaires que ceux-ci ne nous tuent de musulmans (de toutes espèces) ou de Français. Nous détenons dans les camps et les prisons 80 000 adversaires tandis que le FLN n en détient pour ainsi dire pas. La crainte est dans notre âme beaucoup plus que celle des fellaghas. Nos moyens de propagande : radio, journaux, affiches, tracts, argent, écoles, secours sanitaires, centres de formation, sont d une puissance beaucoup plus grande que celle des moyens FLN. Notre influence et notre action diplomatiques sont hors de toute proportion avec celles du GPRA, etc. Et cependant, malgré toutes les affirmations, promesses et illusions, l ensemble de la population musulmane n a pas du tout «basculé» de notre côté, ni en Algérie, ni dans la métropole, ni à l étranger. A en croire les rêveurs ou les fumistes, il suffirait d être les plus forts pour que les musulmans nous rallient. Quelles forces supplémentaires nous faudrait- donc pour qu ils le fassent! Il est parfaitement vrai que notre écrasante supériorité militaire finit par réduire la plus grande partie des bandes. Mais moralement et politiquement, c est moins que jamais vers nous que se tournent les musulmans algériens. Prétendre qu ils sont français, ou qu ils veulent l être, c est une épouvantable dérision. Se bercer de l idée que la solution politique c est l intégration ou la francisation, qui ne sont et ne peuvent être que notre domination par la force que les gens d Alger et nombre de bons militaires appellent «l Algérie française», c est une lamentable sottise. Or, étant donné l état réel des esprits musulmans et celui de tous les peuples de la terre, étant donné les 150 000 hommes morts en combattant contre nous en Algérie, il est tout simplement fou de croire que notre domination forcée ait quelque avenir que ce soit. Signé : le général de Gaulle, 26 décembre 1959 51 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 15- Témoignage d Ugo Iannucci, appelé en Algérie en 1958 Document 16- Chanson Bien l bonjour, de René Vautier, Bernard Ramel et Yves Branellec, tirée d Avoir 20 ans dans les Aurès J aurais aimé avoir vingt ans pendant l Occupation, ce qui m aurait permis, comme mon père et mes frères aînés, de participer à la Résistance. Mais je n avais que sept ans en 1940 Ma guerre à moi fut celle d Algérie, alors qualifiée par les gouvernants d "opérations de maintien de l ordre"! [ ] En Algérie, les exactions nombreuses ont été commises honteusement, en contradiction avec nos principes fondamentaux et combattues tant dans la société civile qu à moindre échelle, dans l armée ou dans l administration française. [ ] Or, les tortures et les actes de barbarie commis par l adversaire ne peuvent justifier ni les déplacements de populations, ni les exécutions sommaires ou les viols, ni l institutionnalisation de la torture au sein de l Armée d un pays qui se proclame celui des droits de l homme. [ ] À mon retour, comme la plupart des appelés, je m étais réfugié dans le silence. Bien l'bonjour, mon lieutenant, vos petites guéguerres, vos petites guéguerres, / Bien l 'bonjour, mon lieutenant, vos petites guéguerres ont fait leur temps L'Indochine est à Ho Chi Minh, au Laos tu l'as eu dans l'os, Côte-d Ivoire tu t'es fait avoir, à Suez y a Nasser qui t'baise, la Guinée tu l'as eu dans l'nez, Diên Biên Phu lu l'as eu dans l'cul, et les Aurès, tu l'as dans les fesses! Bien l'bonjour, mon lieutenant, vos petites guéguerres, vos petites guéguerres, / Bien l'bonjour, mon lieutenant, vos petites guéguerres ont fait leur temps. Document 17- Plans de visages tirés d Avoir 20 ans dans les Aurès Ugo Iannucci, Soldat dans les gorges de Palestro, Aleas, 2002 a- [35:11] b- [89:56] 52 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
DOCUMENTS Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier France, 1972 Document 18- André Fougeron, Massacre de Sakiet III, 1958, huile sur toile, Tate Modern, Londres, 97x195cm 53 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Question préliminaire Quel terme audacieux pour 1972 est employé dans le texte du chapitre 1 et aurait pu faire interdire le film? À partir de quand les autorités françaises ont-elles accepté l usage de ce terme? La "guerre d Algérie" est mentionnée dès le 2ème paragraphe du texte liminaire, à une époque où les autorités ne parlaient encore que des "événements d Algérie" : la France n avait en effet officiellement mené que des "opérations de maintien de l ordre" sur un territoire français ; il ne pouvait donc s agir d une guerre. Cette version officielle perdurera près de trente ans, tant sous les gouvernements de droite que de gauche, dirigés par des hommes qui avaient tous pris part au conflit (tels François Mitterrand, Président de la République de 1981 à 1995, ancien ministre de l Intérieur ou de la Justice entre 1954 et 1958 et responsable à ce titre de la radicalisation du conflit). Le terme a été officiellement admis par la loi du 18 octobre 1999, grâce à la volonté conjointe du Président RPR Jacques Chirac et du Premier Ministre PS Lionel Jospin, durant la 3 e cohabitation de la V e République ; ces deux hommes incarnaient alors une génération d hommes politiques qui n étaient pas aux affaires entre 1954 et 1962 bien que le Président Chirac ait effectué son service militaire en 1956/57 en Algérie. 1- La guerre vue à travers les yeux des appelés a- Réécoutez la chanson Nous aussi nous marchions de Pierre Tisserand au début du chapitre 1 du film avec le texte sous les yeux (document 10) : quel jeu de mot l auteur fait-il sur le terme "engagé"? Quel est l enjeu du parallèle effectué entre la génération 1956-1962 et l époque où René Vautier tourne Avoir 20 ans dans les Aurès, en 1971? Que semble-t-il regretter? Le terme "engagé" est à double sens. Dans la chanson ("On disait d'un chanteur qu'il était engagé / Quand vêtu d'un treillis et de chaussures à clous / Il était comme nous, dans la merd' jusqu'au cou"), il s agit du sens militaire : un soldat volontaire, qui s est engagé dans l Armée. Ils étaient moins nombreux que les appelés, mais subissaient le même sort En 1972, en revanche, on dit d un chanteur qu il est engagé au sens d artiste engagé, c est à dire qui défend une cause politique, religieuse, sociale, par son œuvre ici, ses chansons. 54 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Quand Pierre Tisserand écrit "Que faisaient en ce temps les rythmeurs condottiere / Qui crient "Paix au Viet Nam!" à l'abri d'leurs frontières", il fait allusion au contexte de la Guerre du Viêtnam, qui fait rage depuis le début des années 1960 et a vu progressivement les troupes des États-Unis s enliser dans un conflit sans fin, sans victoire possible en dépit de la supériorité militaire de l Armée américaine à l instar de la France en Algérie ; l opposition à cet engagement américain prenait la forme de manifestations étudiantes appuyées par des artistes engagés, les "rythmeurs" dont il est ici question, tels les chanteurs Joan Baez, Jimi Hendrix ou Bob Dylan. Le parallèle s impose d autant plus que les GI s étaient de jeunes gens mobilisés comme les appelés d Algérie. Tisserand semble regretter qu il n y ait pas eu plus d artistes engagés contre la guerre d Algérie, que tous les artistes qui en avaient l âge à commencer par lui, né en 1936 aient obéi à l ordre de mobilisation ("eux aussi marchaient, et parfois ventr'à terre"), leurs plaintes n empêchant pas qu ils participent aux combats ("Des beaux mots plein la gueule, des fusils plein les mains" ). Il conclut : "On n'entendait alors qu'un sinistre silence / Aucune chansonnette pour faire des turbulences"! Il faut dire que le contexte se prête à la comparaison ; au moment de la pré-production d Avoir 20 ans dans les Aurès (1968-1970), les œuvres engagées se multipliaient aux États-Unis suite à la révélation au grand public, en janvier 1971, du massacre de My Lai (mars 1968) ; ainsi, le film-documentaire Winter Soldier de Fred Aronow, tourné à Detroit en février 1971, qui montrait une réunion de vétérans du Viêtnam racontant les atrocités qu ils avaient commises et expliquant comment de jeunes Américains ordinaires s étaient transformés en machines à tuer, adoptait la même démarche que celle de René Vautier. b- Comparez le film au témoignage de l officier A. Frémont (document 11), et montrez que le réalisateur a su adopter la perspective des appelés. Frémont parle du "premier grand voyage de leur vie" pour bien des appelés ; dans le film, les Bretons débarquent de leur Bretagne natale. Ils sont paysans, ouvriers, petits fonctionnaires (Robert est instituteur), comme certaines allusions fugaces le laissent entendre : Robert parle de "fils de prolos" au chapitre 3, le récit de Nanard sur son "vieux" et son "oignon" au chapitre 4 laisse deviner le paysan. Ils n ont pas dû, à vingt ans, beaucoup sortir de leur bourg. Frémont décrit l "horizon hostile et splendide" de l Algérie, ici sans cesse incarné par le désert des Aurès, tout particulièrement dans les scènes de fuite à partir du chapitre 9. Frémont évoque les deux armes dont dispose un soldat du rang : le "fusil" et la "grenade" ; dans le film, on a déjà vu combien les soldats comptent sur leur arme (le pistolet-mitrailleur), seul rempart contre la mort. 55 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction "Le racisme était la loi", écrit Frémont. Vautier le laisse entendre à plusieurs reprises : ainsi, au début du chapitre 7, Nanard dit à un autre soldat "les fell, c est pas de mecs qui sont faits comme nous à l intérieur! T as qu à voir, y a les bonshommes qui pissent assis et les bonnes femmes qui pissent debout". Les hommes font généralement preuve d indifférence envers des gens incompréhensibles et qui leur font peur (cf. au chapitre 8, près du puits). Ne parlant pas un mot d arabe, ils méconnaissent une population qui leur reste "totalement impénétrable", comme l écrit Frémont. Les jeunes appelés "se sentaient parfaitement innocents" de cette guerre ; de même ici, les soldats ne cessent de demander "la quille" pour revenir à la vie civile, sans jamais s inquiéter du fait que les crimes commis pourraient peser sur leur conscience (cf. au chapitre 5 "les deux prisonniers, y a pas de problème, on leur fait couic", suggère Jacques très sérieusement). c- D après le prologue, quelle démarche a adoptée René Vautier pour que ses acteurs ne jouent pas un scénario, mais interprètent des situations les plus véridiques possible? René Vautier écrit : "la véracité de chaque scène de ce film peut être certifiée par un minimum de 5 témoins" parmi les 600 appelés ou rappelés qu il a interviewés. Il parle de "chronique" qui "reflète l état d esprit des appelés". Il ne s agit donc pas de 5 témoins qui ont pris part au même événement au même moment, mais qui ont assisté à des faits similaires durant le conflit, ce qui permet au réalisateur de généraliser en rédigeant un scénario fictif réaliste il laisse même le soin à ses acteurs de créer les dialogues, souvent en reprenant des phrases tirées des témoignages-audio. Le manque de spontanéité est parfois perceptible (cf. l intervention de Charles au chapitre 5 : "s ils touchent un cheveu d un seul gars du groupe ") mais cela ne dénature pas le fond du propos ; à d autres moments, au contraire, on sent bien que le réalisateur les a laissés totalement improviser pour reconstituer ce que fut la fraternité des petits commandos de ce type (cf. au chapitre 6, les réactions lorsqu ils écoutent le poste de radio). d- Comment sont qualifiés les appelés bretons dans le film? Quels sont leurs sentiments envers la guerre d Algérie? Qui sont leurs meneurs, et quelles sont leurs convictions? Montrez à l aide du document 12 que cet état d esprit pouvait s expliquer. Dès l introduction, les Bretons sont qualifiés d "insoumis", terme qui revient au chapitre 3 quand Robert évoque le "camp des insoumis, des contacts dangereux pour la troupe" ; Perrin les qualifie de "contestataires", ce dont témoigne la longueur peu réglementaire de leurs cheveux (cf. Lomic ou Nono), bien longs pour l époque et pour l Armée! : le commando est également surnommé "commando des cheveux longs" (cf. chap.1). Débraillés beaucoup ont la chemise ouverte, voire sont carrément torse nu, ils ne cessent de prendre la parole sans autorisation pour ironiser, et vont même jusqu à chanter "la gueule soûle" pour provoquer le lieutenant. Au chapitre 4, celui-ci revient sur leur profil : "Bretons entêtés antimilitaristes", "idéalistes". 56 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction On apprend également par Perrin qu ils ont pris part à des "manifestations contre la guerre d Algérie" (chap.3), qu ils sont évidemment pressés de quitter : "la quille!", réclament-ils sans cesse. Robert considère que l Armée française est "raciste" (chap.3). Leur antimilitarisme viscéral s est certes émoussé, mais Nono y reste fidèle lorsqu il ironise au chapitre 3 sur le bilan de l escarmouche : "les femmes et les enfants d abord" ; leur pacifisme est visible à travers Nono qui refuse catégoriquement de tirer (cf. chap.3) de même lorsque Robert, délirant un peu, avoue à Perrin qu il a libéré un cheval que celui-ci lui avait ordonné de tuer au chapitre 7. Les meneurs sont essentiellement ceux dont on apprend les noms ou les surnoms : Robert l instituteur (sergent), membre d un syndicat chrétien de gauche, convaincu que le "peuple algérien" doit être confronté à des "fils de prolétaires" plutôt qu à l Armée, car on ne pourra pas leur "faire faire de saloperies" (cf. chap.3), ce qu il s imagine pouvoir garantir par sa seule présence de petit intellectuel qui ne s est pas "coupé des masses" (cf. chap.3) et exerçant sur les autres une relative autorité morale (cf. son intervention au chapitre 6 pour empêcher le lieutenant de rallier le putsch) ; le "curé", en fait un séminariste, dont les interventions désabusées sont néanmoins écoutées (cf. au chapitre 7, son insistance à faire enterrer Lomic) : les autres se tournent souvent vers lui pour quêter une approbation ("pas d accord, curé?" demande ainsi celui qui veut détourner l argent pris aux fellaghas au chapitre 5) ; Coco, enfin, le joyeux drille qui anime la troupe, exerce aussi une influence c est d ailleurs lui qu on élit général pour rire au chapitre 6. Cet état d esprit d insoumission et d hostilité à l engagement armé français en Algérie se répandait au début des années 1960, comme le prouve le Manifeste des 121 (doc.12), qui fait suite à l ouverture le 5 septembre 1960 du Procès Jeanson celui des "porteurs de valises" du réseau éponyme. Le texte attaque frontalement l Armée : "la guerre d Algérie est peu à peu devenue une action propre à l armée [ ] C est, aujourd hui, principalement la volonté de l armée qui entretient ce combat criminel et absurde, et cette armée, par le rôle politique que plusieurs de ses hauts représentants lui font jouer, agissant parfois ouvertement et violemment en dehors de toute légalité, trahissant les fins que l ensemble du pays lui confie, compromet et risque de pervertir la nation même, en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe?" : un tabou vient de tomber Si on trouve parmi les signataires des personnalités engagées résolument et depuis longtemps à gauche, voire à l extrême-gauche (Jean-Paul Sartre, Claude Roy, ), d autres personnalités qui ne se sont engagées que ponctuellement, comme Claude Simon ou Françoise Sagan, ont aussi accepté de le signer : cela prouve la capacité de ralliement de divers courants d'opinions sur la question, et montre que l antimilitarisme de nos Bretons n a somme toute rien d exceptionnel, car il est latent. 57 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction e- Montrez que les soldats ne restent pas fidèles à leurs convictions. Comment le film explique-t-il ce revirement? Au chapitre 3, Robert explique qu "il fallait qu [il] y aille", contrairement à "Nono-les-mains-blanches", et que le lieutenant Perrin "a commencé à [les] avoir dès le camp où on [les] a laissés glander trois mois" ; lorsqu il s adresse à Perrin, il lui dit : "Tu nous a bien eus, hein, mon lieutenant? Tous, même moi". En effet, le sage instituteur prend conscience d être tombé dans le piège de l autodéfense ; on le voit même tirer au PM et tuer un des fellaghas au chapitre 2 sur quoi Nono ironise : "La France égalise : t es content?". De façon plus générale, les soldats prennent part à des atrocités : au chapitre 4, un jeune homme innocent est battu à mort ; un "gosse" est abattu et Pierrick et Lanick commentent : "au début, on tire n importe où parce qu on a la trouille. Et puis on y prend goût" ; une femme est violée successivement par Jacques et Coco, qui commente : "bon d accord, au début on la forçait un peu, mais à la fin j t assure, elle m a caressé la nuque Ou bien j ai peut-être rêvé? " ; Nanard raconte le vol d une bijouterie où il a "piqué une montre-bracelet" pour son "vieux" ; les hommes se partagent un butin de bijoux volés dans un village, puis le "fric des fellouzes piqué sur leur collecteur de fonds" qu ils ne déclarent pas "au PC du bataillon" où il ne profiterait qu aux secrétaires, afin de "se payer pas mal de bibine", ce que même le curé approuve ("j pense que s cuiter, c est quand-même beaucoup moins grave comme péché que forniquer"). On peut conclure avec leur officier : "plus besoin de les pousser" ; ils sont bel et bien devenus "des tueurs, des violeurs, des voleurs, des bandits". Le film nous propose des pistes de réflexion plutôt que des explications. René Vautier s attarde sur la nécessité de sauver sa peau dans un milieu hostile ; ainsi lors du premier accrochage auquel ils sont confrontés, au chapitre 4, à propos de quoi Robert explique : "à ce moment-là, on répond, tu comprends? On a la pétoche, et puis on répond". Le lieutenant généralise ce réflexe à tout le groupe lorsqu il dit : "quand on a un uniforme et qu on fait partie d un groupe, surtout dans un pays où les gens ont pas la même couleur de peau que vous, c qui existe, c est les copains, le groupe, puis tout autour les autres, les ennemis, forcément" ; et Charles le confirme au chapitre 5 : "Et pis merde, on a pas demandé à venir ici, nous ; alors s ils touchent un seul cheveu d un seul gars du groupe, on en bousille cent, fell ou pas fell! Y finiront bien par comprendre". Perrin a en effet réussi à créer une telle unité dans le commando qu il vit en autonomie, une meute suivant son mâle dominant (cf. la soumission et la fidélité de Coco au chap.3 quand il transmet un bilan positif de l échauffourée : "Faut pas alourdir le compte-rendu pour le lieutenant"). De fait, il n y a plus guère d individualités ; le spectateur ne connaît d ailleurs que très peu d hommes du commando par leur nom ou leur surnom, en-dehors de l instit, du curé, de Nono et de Coco. Le groupe vit et pense comme une entité unique avide de satisfaire des besoins élémentaires (il est question à plusieurs reprises de "pisser" et "chier" ; de manger au chapitre 7). Cette dépersonnalisation des êtres se fait au bénéfice de la cohésion du commando, dont tous les stratèges depuis l antiquité savent qu elle est une des conditions de la victoire ; et le réalisateur nous donne à voir cette camaraderie vitale dans les images du bain dans la rivière qu on voit dès le chapitre 2 (plans fixes), puis surtout au chapitre 3 et de nouveau au chapitre 10 (en plans de coupe, pour évoquer la fraternité qui justifie l aide que Nanard apporte à Nono, alors qu ils sont à la recherche des fuyards, en lui fournissant de l eau). Cette dépersonnalisation s apparente à une déshumanisation, qui explique en partie l absence de sentiments dont ils font preuve dans leurs actes. En filmant avec insistance les pétroglyphes sur le plafond de l abri où Robert comprend progressivement qu il perd sa jambe, le réalisateur semble même furtive- 58 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction ment évoquer la perte de leurs illusions, et au fond, de leur jeunesse : ce petit édifice dont les formes géométriques s apparentent à celles des stèles funéraires berbères (cf. documents 13 a et b) devient le tombeau de l innocence des jeunes gens. f- Comment qualifier l état psychologique des soldats appelés en Algérie? Le retour à la vie civile peut-il être facile? Les hommes font preuve de détachement, d indifférence, ils semblent revenus de tout, comme on peut le constater à l absence de réaction à la mort de leur camarade Lomic qui vient de sauter sur une grenade au chapitre 2, à l absence d hésitation lorsque Perrin ordonne de "liquider" le prisonnier au chapitre 8, ou à la désinvolture avec laquelle les hommes allongés à l ombre observent Youssef crucifié à l éolienne en plein soleil ("eh les mecs, le fellouze là-bas, il commence à tirer une drôle de tronche" s amuse même l un d eux au chapitre 8). Ils n ont visiblement plus aucune éthique, leurs repères moraux sont brouillés ; c est le sens de l interview de Nanard au chapitre 4 : "mon vieux, lui, y croit au bien, au mal, comme on apprend à l école ( ) mais c est pas ça la vie, le bien, le mal, c est pas ça. Mon vieux y s est fait avoir, mon vieux il est cocu ( ) il est paumé, il comprend plus rien maintenant". Le personnage qui l incarne le mieux est celui du "curé", qui joue avec la morale chrétienne qu il est sensé défendre ; particulièrement au chap.8, lorsqu il répond à Nono qui l interpelle au sujet de Youssef crucifié à l éolienne ("eh curé, ça te rappelle rien?") : "Ouais. Finalement, il y a une curieuse similitude entre la destinée du peuple arabe et du peuple juif. C est tout? Ouais. Tout le reste, c est de la politique". Lui qui en vient à blasphémer (il embrasse son crucifix pour tirer plus juste au chapitre 2) est en réalité en train de perdre la foi (cf. au chapitre 7 quand il refuse de dire un mot à l enterrement de son camarade Lomic : "Je suis pas qualifié pour. D ailleurs je crois que je le serai jamais"). Cet état d esprit incompatible avec une vie policée de civil inquiète Nono, qui interpelle Perrin au chapitre 4 : "Vous savez c qu ils d viennent, vos p tits gars, quand ils rentrent en France? Oui, je sais, faut en interner la moitié dans des asiles pour qu ils redeviennent de civils". Chacun sait donc déjà qu il existe une forme de schizophrénie entre les deux faces (civil et appelé) d un même homme on ne parlait pas encore de stress post-traumatique C est d ailleurs le propos du général de Bollardière dans la phrase citée en exergue du film : "quant aux jeunes du contingent, dont on parle très peu, ils mettront longtemps à se remettre de cette guerre. Il m arrive tous les jours d en rencontrer, qui m avouent avoir gardé un tenace et horrible souvenir de ce qu on les a contraints de faire". 59 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction g- Montrez qu en dépit de leur participation aux exactions, les appelés ne se reconnaissent pas pour autant dans l Armée française. Les hommes réclament en permanence "la quille" et espèrent que la prise de pouvoir par l Armée d active lors du putsch les y mènera plus tôt que prévu ("parlez-nous de la quille, nom de D " s exclame un homme devant le transistor au chapitre 6). Pour des motifs variés, ils refusent de rallier le coup de force des généraux et ne se sentent en aucun cas solidaires de l Armée. En effet, Robert les met en garde : "se rallier au putsch, et adieu la quille", "il y aurait une guerre civile", "le lieutenant, ça fait pas un pli ; pour lui, l Armée au pouvoir, c est son rêve et notre rêve à nous, c est la quille!" s écrie Coco. C est sans doute ce dernier argument qui l emporte, mais on ne saurait exclure qu il y a eu chez les appelés une prise de conscience plus ou moins nette du risque de l illégalité. Perrin les qualifie d ailleurs de façon méprisante au chapitre 8 de "tenants de la légalité républicaine", qu il oppose visiblement aux vrais soldats. Leur attitude est fidèle à celle de nombreux appelés, qui le 22 ou le 23 avril, ont refusé de suivre leur officier par désintérêt ou par inquiétude (ici, ils arrêtent Perrin, de même que leurs camarades de l aérodrome qui ont arrêté le commandant), d autant qu ils ont été momentanément relevés de leur devoir d obéissance par le chef des Armées lui-même, le Président de la République (cf. doc. 9 : "j interdis [ ] à tous les soldats d exécuter aucun de leurs ordres"). Ils en ont été informés grâce aux transistors de poche, qui retransmettaient les événements au fur et à mesure, exactement comme Vautier nous le montre ici ; De Gaulle s est même félicité plus tard de ces "cinq cent mille gaillards munis de transistors" qui avaient su résister à la pression de leurs supérieurs, dans un curieux parallèle avec ceux qui avaient écouté le 18 juin 1940 un appel passé depuis Londres à la radio... 2- L histoire de Noël Favrelière, révélatrice de l engagement d une minorité des Français en faveur du FLN et de la décolonisation a- Quelle chanson fredonne insolemment Nono au lieutenant Perrin au chapitre 9? Et quel air sifflote Nanard lorsqu il découvre par hasard Nono et Youssef au chapitre 10? À quel patrimoine politique appartiennent ces deux refrains? Qu en déduire? La première est la Chanson des canuts, d Aristide Bruant (1910) qui fait référence aux révoltes des ouvriers soyeux de Lyon en 1831 et 1834 pour l augmentation du salaire minimum. Elle fut rapidement adoptée par la gauche, tout particulièrement les anarcho-syndicalistes. Le deuxième est Le Temps des cerises, de Jean-Baptiste Clément et Antoine Renard (1866/68), devenu un des hymnes de la Commune de Paris (1871) lorsque son auteur combattit aux côtés des communards. Il fut adopté par les socialistes de tous bords, en particulier les marxistes qui voyaient dans la Commune un signe précurseur de la révolution. 60 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Nous avons donc dans le film deux chansons clairement marquées à l extrême-gauche à l époque, appartenant au début des années 1960 au patrimoine historique de la gauche, symboles de lutte contre l exploitation de l homme par l homme, contre l impérialisme, a fortiori contre le système colonial ce qui ne surprend guère de la part de René Vautier. On peut supposer Nono et Nanard marqués par ces idées, empreints de ces valeurs, et donc plutôt bienveillants concernant la lutte du FLN. b- Montrez que le film suggère furtivement l échec de la politique d assimilation française en Algérie, à l instar du général De Gaulle dans une lettre secrète à ses collaborateurs en décembre 1959 (cf. doc.14). Pourquoi mentionner dans l épilogue la carrière du lieutenant Perrin au Tchad? Le film ne donne à voir aucun Français d Algérie, sans doute parce qu ils sont absents des zones les plus reculées comme les Aurès ; on n entend les piedsnoirs que par radio interposée, aux côtés de la faction séditieuse de l Armée lors du putsch des généraux (cf. l accent de celui qui parle de "rapprocher définitivement les deux rives de la Méditerranée"). La "mise en valeur" du pays revendiquée par les colons est donc très relative. Le film insiste sur l absence d échanges entre les Français et les indigènes : il n y a quasiment aucun dialogue entre eux. Seul Nono s y essaie avec un petit garçon, Hamid (cf. chap.8), mais celui-ci s enfuit quand il aperçoit Youssef attaché à l éolienne. Les autres paysans observent la scène sans intervenir. La famille bédouine de la fin donne lieu à des scènes très silencieuses aussi : seul le garçon, Amar, baragouine un peu de français ; ni sa mère ni sa sœur ne disent un mot, et Nono regrette : "ça fait un an que je suis ici, je ne sais même pas comment on dit merci en arabe". Le film cherche brièvement à expliquer que ces deux populations cohabitent sans communiquer. C est tout d abord bien sûr un effet de la peur dans ce contexte de guerre. Les soldats font également preuve d une forme de dédain envers une population "incompréhensible" (cf. doc.11) et parfois jugée à peine humaine ce que suggèrent certaines paroles (cf. chap.5 "on en bousille cent, fell ou pas fell " ; chap.7 "c est pas des mecs qui sont faits comme nous à l intérieur"). Mais c est surtout l incapacité et le manque de volonté de la France d assimiler les musulmans d Algérie comme elle l avait promis qui sont stigmatisés. Ils ne parlent pas français, même les enfants, ce qui relativise largement l œuvre scolaire dont la métropole est si fière ; ainsi, Nono s étonne au chapitre 9 : "Tu parles pas un mot de français? Pas un mot?", et l incompréhension mutuelle entre Youssef et lui constitue un des ressorts dramatiques de leur pérégrination dans le désert. Le scénariste cherche visiblement à souligner ce qu il considère comme un échec du programme colonial français après 130 ans de présence dans le pays. On note la même méconnaissance du point de vue religieux, en dépit de la bonne volonté de Nono : le réalisateur s attarde sur le fait que Youssef est un musulman pratiquant ce qui ne tenait pourtant pas une place centrale dans les revendications du FLN : il refuse de boire à la gourde de Nono de peur qu il ne s agisse de vin (chap.9), fait sa prière sous l œil moqueur de Nono ("c est ça, demande-lui de nous donner un coup de main, on en aura besoin", chap.10), refuse de toucher au contenu d une boîte de corned-beef de peur qu il n y ait du porc (chap.10). C est une façon pour Vautier de soutenir les revendications nationales du FLN en dressant le même constat que le général De Gaulle en décembre 1959 (cf. doc. 14) : "malgré toutes les affirmations, 61 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction promesses et illusions, l ensemble de la population musulmane n a pas du tout «basculé» de notre côté, ni en Algérie, ni dans la métropole, ni à l étranger.", "moralement et politiquement, c est moins que jamais vers nous que se tournent les musulmans algériens. Prétendre qu ils sont français, ou qu ils veulent l être, c est une épouvantable dérision." En fait, Vautier dénonce en filigrane une occupation coloniale essentiellement centrée sur l exploitation économique des ressources locales et de la main d œuvre, fondée sur un racisme latent. Ce système a perduré après les indépendances, comme en Afrique noire où les potentats locaux ont rapidement laissé à des entreprises françaises le soin d exploiter les matières premières ou de transformer les produits bruts, assurant leur pérennité au pouvoir grâce à des accords militaires bilatéraux avec la France, ou en s entourant de mercenaires intitulés "conseillers", comme le commandant Perrin au Tchad en 1972 (cf. l épilogue du film, chap.13) : c est le début du phénomène de la Françafrique, forme de néo-colonialisme fondé sur des réseaux socio-économico-politiques hérités de l ère coloniale, souvent assurés par les nostalgiques de la période et sécurisés par des anciens combattants proches des opinions Algérie française et de l extrême-droite nationaliste compromise dans le putsch de 1961 et l OAS. c- Faites des recherches sur Noël Favrelière et son histoire. Quelles furent les motivations de ses actes? Qu en reste-t-il dans le personnage de Nono, dans le film? Comparez avec le témoignage d un autre appelé, Ugo Iannucci, au document 15. À 20 ans, en 1954, Noël Favrelière fait son service militaire en Algérie, où il est scandalisé par le sort réservé aux indigènes musulmans. En 1956, il est rappelé et affecté au 8 e régiment de parachutiste coloniaux en Algérie, où il participe à des opérations de ratissage au cours desquelles sa compagnie tue une fillette arabe. D'autres exactions confortent son hostilité à cette guerre qui ne dit pas son nom. Chargé de garder un "rebelle" prisonnier sur le point d être exécuté, il quitte son unité accompagné de son ex-prisonnier à l aube du 19 août 1956, avec ses armes, et rejoint l'aln. Il prend part aux combats aux côtés de l'aln dans les Aurès pendant dix mois. Blessé au pied après une attaque de l'aviation française, il passe en Tunisie, où il témoigne de son geste dans la presse, et demande un visa pour les États-Unis. Le Tribunal militaire de Constantine le condamne à mort par contumace en 1958, puis en 1960, année où il publie Le Désert à l aube, édité par les éditions de Minuit. En 1962, de retour en Algérie, il rencontre Ahmed Ben Bella et Mohamed Yazid ; puis rentre clandestinement en France, où il tient une conférence de presse grâce à Jean-Paul Sartre. Accueilli en Yougoslavie à partir de 1964, il est amnistié en 1966 de ses deux condamnations à mort et retourne en France. Ici, à l instar de son modèle, Nono fait preuve de pacifisme (refus absolu de tirer et de prendre part aux exactions, cf. chapitres 3, 4, 7, 9 ["sans une tache de sang"]), et d humanisme envers les prisonniers auxquels il offre des cigarettes (cf. chap.3) ou donne à boire (cf. chap.9), et envers la population 62 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction locale avec laquelle il tente de communiquer (le petit Hamid et son pipeau au chapitre 8, les jeunes Amar et Zohra la jeune fille à qui il donne son insigne de caporal des parachutistes au chapitre 11). Il cherche aussi à jouer discrètement le rôle de conscience du groupe, comme au chapitre 2 au moment du bilan radio, où il ironise : "Trois hommes dont deux femmes", "Dommage, les traditions se perdent. Les femmes et les enfants d abord". Le cas de conscience auquel il se trouve confronté le pousse à la fraternisation avec l adversaire. On peut rapprocher son attitude de l expérience d Ugo Iannucci (cf. doc.15) lorsqu il dénonce "les exactions nombreuses", "les déplacements de populations, [ ] les exécutions sommaires ou les viols, [ ] l institutionnalisation de la torture" commis par l Armée française en Algérie, qui le contraignent à se "réfugi[er] dans le silence" face à un cas de conscience insoluble : comment choisir entre la fidélité à son "pays", et les "principes fondamentaux" que celuici défend depuis des siècles, y compris tout récemment durant la "Résistance" : "les droits de l homme"? d- Lorsque Youssef essaye de comprendre le geste de Nono au chapitre 9, quelle hypothèse formule-t-il? Est-ce crédible? Quelle a été l attitude du PCF durant la guerre d Algérie? "Tu es communiste?" demande Youssef à Nono en arabe au chapitre 9. Nul n ignorait en effet le ralliement à la cause algérienne de certains communistes, venus de métropole comme Fernand Iveton, rallié au FLN et guillotiné à Alger en 1957, ou originaires d Algérie, comme les membres du PCA, parfois surnommés "pieds-rouge". On peut citer deux célèbres cas : celui de l aspirant Henri Maillot, communiste né dans une famille pied-noir, qui a déserté en avril 1956 en détournant un camion d'armes et de munitions pour rejoindre un groupe de maquisards qui s'était constitué dans la région d'orléansville, a été condamné à mort par contumace, puis fait prisonnier avec son commando en avril 1956, torturé et abattu ; celui de Maurice Audin, lui aussi communiste pied-noir, arrêté durant la bataille d Alger et disparu. En métropole, de nombreux intellectuels communistes ou compagnons de route du PCF dénonçaient la guerre d Algérie, tels Louis Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, l avocat Jacques Vergès, etc. Les principaux porteurs de valises du Réseau Jeanson (cinquième colonne convoyant des fonds ou des faux-papiers au bénéfice du FLN) étaient communistes, comme Henri Curiel. Leur procès s était ouvert le 5 septembre 1960, donc quelques mois avant l action du film. En revanche, comme l a bien montré Jean-Pierre Vernant, le PCF s est montré très frileux dans ses prises de position. En 1956 encore c est-à-dire deux ans après le déclenchement de l insurrection nationale en Algérie il continuait à demander le maintien de l Algérie dans l Union française. La révolte des peuples coloniaux opprimés par la France et leur tentative de libération étaient considérées par la direction avec une certaine réserve ; en effet, elles ouvraient un nouveau champ d action aux entreprises de l impérialisme américain. Le Parti a tardé à reconnaître de façon explicite le droit de l Algérie à l indépendance, et est resté longtemps accroché à des formules qui impliquaient la négation ou la limitation de ce droit. 63 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction e- L instituteur, Robert, appartient à un syndicat chrétien. Quelles ont été les prises de position au sein de l Église catholique pendant la guerre d Algérie? Au chapitre 3, Robert explique qu il suit les directives du "responsable du syndicat", le "Père Trévidic", qui lui conseille d aller à la guerre "pour mettre les gars avec [lui]" et empêcher "une armée raciste" de "faire des saloperies" aux Algériens ; "il fallait que j y aille", dit-il, ce qui n allait donc pas de soi : son engagement syndical l aurait plutôt porté à déserter ou à se faire réformer. Ses analyses, fortement teintées de marxisme (cf. l allusion aux "fils de prolétaires"), de même que la présence d un prêtre à la tête d une section syndicale, rappellent le mouvement des prêtres-ouvriers, initié dans les années 1940, et qui venait d être condamné par le Pape en 1954. Si l Église de France s est montrée timorée dans l affaire algérienne, les mouvements chrétiens, en particulier la mouvance du christianisme social, se sont divisés sur la question. C est le cas de la confédération syndicale CFTC, ouvertement inspirée par la doctrine sociale de l Église, qui mit un point d honneur à ne pas laisser ce terrain à la CGT communiste ; bien que la direction fût divisée sur la question, une minorité (le groupe Reconstruction) alla même jusqu à considérer nécessaire d engager des contacts avec les nationalistes algériens sans toutefois aller jusqu à porter des valises. De nombreux autres chrétiens s engagèrent au nom de leurs convictions : les journalistes de la revue Témoignage chrétien, des prêtres, des séminaristes, des religieux comme le père André Mandouze o.p., et même les évêques d Alger, Mgr Duval, et d Oran, Mgr Lacaste, qui furent accusés de cacher des dirigeants du FLN. 64 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction 3- Une condamnation de l Armée française a- Qui est le général de Bollardière, auteur de la citation qui figure au prologue? Donnez quelques indications biographiques à son sujet permettant d expliquer que René Vautier se réfère à ce haut-gradé. Jacques Pâris de Bollardière, (1907-1986) : entré à Saint-Cyr en 1927, il se rallie aux FFL dès juin 1940 ; lieutenant-colonel en Indochine entre 1946 et 1953, il est nommé général de brigade en Algérie à partir de 1956. En 1957, il condamne publiquement "certains procédés" employés par une partie de l Armée française (la torture), ce qui lui vaut d écoper de 60 jours de mise aux arrêts. Relevé de son poste et éloigné du théâtre des opérations, il démissionne de l Armée au moment du putsch des généraux d avril 1961. Il s engage alors dans l activisme pacifiste et anti-nucléaire non-violent, au Larzac ou à Mururoa. En somme, Vautier se réfère au plus antimilitariste des militaires haut-gradés b- Montrez que le lieutenant Perrin manipule ses hommes. Perrin use de méthodes d officier éprouvées pour galvaniser le groupe, comme il l admet avec une certaine fierté : "moi je connais les gars sous l uniforme, c est mon métier" (cf. chap.4). On le constate au chapitre 3, à l arrivée des insoumis : il prône la franchise, le parler-vrai ("vos idées sont semblables, les miennes sont différentes") et ne s emporte pas quand on lui manque de respect (les gars chantent "la gueule soûle") : il les laisse croire à un véritable relâchement de la discipline ("pas de colonel, pas de commandant pour vous emmerder", "Il est possible que ce soit vous et pas moi qui le dirigiez, ce commando"). Il sait rester proche de ses hommes comme quand il vient réconforter Robert qui risque de perdre sa jambe car il connaît l importance de la solidarité dans un petit groupe comme le "commando de chasse" qu il dirige ; voilà pourquoi il a accepté la mission d en monter un avec ce groupe de Bretons indisciplinés, comme il le leur explique : "vous êtes une équipe, vous êtes unis", "je prends tout votre groupe". L Armée française avait en effet adopté depuis 1959 cette nouvelle tactique face aux bandes de rebelles. (cf. Activité n 1, 1-j) Ses méthodes fonctionnent : "tu nous as bien eus, hein, lieutenant? Même moi", lui dit Robert. Mais il est manipulateur : il mène ses hommes droit dans une embuscade pour les contraindre à réagir (cf. chap.4) ; en démiurge plein d orgueil, il prétend pouvoir contrôler leurs pulsions ("fallait même que je les freine, mais pas trop"). Il connaît les ressorts d action du groupe et en abuse : l honneur ("C est l honneur du commando qui est en jeu", chap.9), mais aussi le besoin de se protéger mutuellement ("si c est les fell qui le retrouvent avant, c est les couilles entre les dents qu on va le retrouver!", chap.9) et de venger les morts ("un seul but, un seul désir, venger Nono" chap.12). René Vautier nous dresse donc un portrait peu flatteur d un bon officier, mais dont l absence de scrupules est inquiétante. 65 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction c- Quelles méthodes d action sont prônées par le lieutenant Perrin? Avec quels objectifs? Comment se justifie-t-il face à Robert ou à Nono? Montrez à l aide du document 2 que le personnage de fiction est réaliste. À travers le personnage fictif du lieutenant Perrin, le réalisateur nous présente diverses méthodes avérées durant la guerre d Algérie, et bien souvent directement inspirées par l échec en Indochine : l Armée avait alors saisi la nécessité de s adapter à une nouvelle forme de guerre, la guérilla révolutionnaire, et avait modifié en conséquence sa stratégie et ses tactiques, formant de nouveaux officiers à la "guerre contre-insurrectionnelle", ou guerre subversive, dont un des ressorts est la psychologie, tant celle des belligérants que celle des civils (cf. La Guerre moderne, Roger Trinquier, 1961). Ainsi, au chapitre 2, il ordonne de jeter "de l essence et [de] fout[re] le feu" aux médicaments trouvés dans la cache. C est la politique de la terre brûlée : il s agit de couper les fellaghas de leurs moyens de subsistance, de les réduire par une pression accrue sur leur ravitaillement. C est pourquoi dans son rapport au chapitre 3, la "destruction d une importante cache de médicaments" arrive en premier, avant le bilan humain. Au chapitre 4, il fait le récit du sort d un traître harki qui "renseignait les fellouzes", ce qui a coûté la vie à deux de ses hommes : dénudé, "attaché en crapaudine", Perrin le "fait travailler au nerf de bœuf" puis lui ouvre le ventre au poignard et fait verser du gros sel dans la blessure, "pour foutre la trouille aux harkis, les obliger à se mouiller avec [le groupe], puis aussi pour habituer les gars à pas faire de sensiblerie". L officier perçoit cet acte de barbarie comme un travail nécessaire compte-tenu des circonstances ("je suis pas un sadique"). Au chapitre 8, Perrin ordonne à deux hommes de "liquider" le prisonnier harki : il s agit d une "corvée de bois" même s il n emploie le terme que plus tard, au chapitre 9, devant Nono. Cette pratique hors de toute légalité consiste à exécuter un prisonnier sans en mentionner l existence, ou en maquillant l événement en tentative d évasion ayant mal tourné. Les parachutistes (comme Perrin) et la Légion étaient connus pour ne jamais faire de prisonniers. L autre prisonnier, Youssef, est gardé car "il peut parler", mais il est promis à la mort le lendemain après avoir subi la torture, attaché en croix à une éolienne, en plein soleil, sans boire et on ne cherche même pas à lui soutirer des informations Les objectifs de cette pratique sont de faire régner la terreur, de laisser planer l incertitude sur le sort des disparus, de ne pas faire de martyrs, d éviter un décompte trop important de victimes, de ne pas s encombrer de prisonniers difficiles à surveiller et à nourrir,... d autant qu officiellement, il n y avait pas de guerre, seulement des bandits et des rebelles qui relevaient donc du droit commun et à ce titre, auraient dû être mis en prison : c était évidemment impossible compte-tenu du nombre! L Armée française semait ainsi des cadavres derrière elle, dont le décompte ne pourra jamais être fait sans doute est-ce ce que Robert veut dire lorsqu il marmonne "Procès de Nuremberg" au chapitre 4, sur les images d ossements blanchis inhumés à la hâte, établissant un parallèle avec les charniers anonyme laissés derrière eux par les nazis. 66 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction Ces méthodes sont justifiées aux yeux de Perrin, qui s en explique un peu à Robert et Nono, en particulier aux chapitres 3 et 4. Partager ces expériences traumatisantes contribue selon lui à renforcer la cohésion du groupe, donc son efficacité : "quand on a un uniforme sur le dos et qu on fait partie d un groupe, [ ] c qui existe, c est les copains, le groupe, puis tout autour, les autres, les ennemis forcément" (chap.3) ; il emploie la même méthode avec les harkis ("il fallait le faire pour foutre la trouille aux harkis, les obliger à se mouiller avec nous" dit-il au chapitre 4). C est également une façon de faire de ses hommes de "vrais soldats", des durs-à-cuire (cf. chap.4 : "habituer les gars à pas faire de sensiblerie. Si t avais été habitué, toi, t aurais pas une balle dans la cuisse!"). Il faut de toute façon adapter ses méthodes à celles du FLN, sans tenir compte de l "optique civile" qui considérerait ses hommes comme "des tueurs, des voleurs, des violeurs, des bandits", afin de "foutre la trouille" à l ennemi : il s agit de mener une guerre psychologique, donc de laisser croire à l ennemi que les soldats français sont prêts à commettre les pires atrocités. C est pourquoi il laisse ses hommes commettre des exactions ("après, plus besoin de les pousser, tu le sais aussi bien que moi. Fallait même que je les retienne mais pas trop") : en effet, il a "à faire la guerre, c est pour ça [qu il est] là". Pour faire face à ce devoir (cf. chap.9 : "on les fait jusqu au bout"), il est parfois nécessaire de fermer les yeux sur certaines méthodes, de ne pas faire la "sainte-nitouche" (c est ce qu il reproche à Nono) et d affronter la réalité en face, sans faire le "Ponce-Pilate". Il ne paraît en tirer aucune fierté, mais il assume ses actes comme le diront nombre d officiers au soir de leur vie, tel le général Aussaresses dans la célèbre interview accordée au Monde en 2000, où il revendiquait l emploi de la torture comme une nécessité. À dire vrai, la légalité importe peu à Perrin, puisque son objectif lui semble plus grand et plus noble : il se réjouit par exemple de rallier la rébellion militaire au chapitre 6 car elle servira son dessein. Ce personnage est donc très réaliste si on le compare au capitaine du doc.2 : "Le capitaine donne des ordres à un rallié qui torture une vieille femme", "le capitaine [ ] le regarde avec un air indifférent et même de contentement", "Le capitaine laisse faire, reste impassible, indifférent, raciste jusqu au dernier degré : "Avec ces gens, c est comme cela qu il faut y aller!"" Cette dernière phrase fait particulièrement écho à celle de Perrin à la fin du film, lorsqu il appelle à venger Nono : "la balle dans le dos prouve simplement qu il y a une seule façon de se comporter avec ces gens-là." (chap.12) ; le fond raciste est perceptible. De même, le capitaine d Albert Nallet laisse ses hommes torturer des femmes, et Perrin ne dit rien quand deux d entre elles sont abattues au chapitre 2 ; le capitaine reste "impassible" et "indifférent", et Perrin dit qu il n a "pas trop" retenu ses hommes 67 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction d- Réécoutez la chanson Bien l bonjour, mon lieutenant, qu on entend aux chapitres 9/10 (le texte est disponible au document 16) : expliquez les divers événements égrenés par la litanie. Tous correspondent-ils à des défaites de l Armée française? En quoi peut-on affirmer qu ils consacrent un certain déclin de l Armée française? Tous les événements mentionnés dans la chanson ne sont pas des défaites militaires à proprement parler (sauf Diên Biên Phu), mais tous correspondent à des reculs militaires, diplomatiques et politiques de la France liés à la décolonisation et à l émergence du tiers-monde : - "Indochine" / "Laos" / "Diên Biên Phu" : allusion à la guerre d Indochine, 1946-54. Hô Chi Minh, chef du Parti Communiste Indochinois, proclame l indépendance en septembre 1945 ; le soulèvement commence à Haïphong en 1946 ; la guérilla indépendantiste Viêt Minh, menée par les communistes, est soutenue par l URSS et la Chine ; le conflit s étend aux protectorats français voisins du Laos et du Cambodge ; l indépendance est accordée au Laos et au Cambodge en 1953 ; en mai 1954, l Armée française subit une défaite à Diên Biên Phu après une longue bataille de 57 jours, et l humiliation est terrible (2300 morts, 11720 soldats prisonniers, dont 7800 ne seront jamais restitués à la France) ; cela contraint la France à négocier les Accords de Genève, signés en juillet 1954 : les indépendances du Cambodge et du Laos sont confirmées, et sont proclamées l indépendance d un Viêtnam du Nord sous direction communiste (Viêt Minh) et d un Viêtnam du Sud sous protectorat américain (empereur Bao Daï). Le départ des Français est définitif. - "Guinée" : ancienne colonie française membre de l Afrique Occidentale Française (AOF). Il s agit d une allusion au refus des Guinéens d intégrer la Communauté Française lors du référendum de septembre 1958 sous l influence de Sékou Touré ; l indépendance une fois proclamée le 2 octobre, la France de De Gaulle a immédiatement retiré ses fonctionnaires et ses troupes, perdant ainsi un point d accès stratégique à l Atlantique nord. - "Côte d Ivoire" : autre colonie de l AOF. Proclamée indépendant en août 1960, le pays a toutefois conservé des liens bilatéraux avec la France, et l Armée française y maintient des troupes. - "Suez" : allusion à l expédition franco-israélo-britannique entamée le 29 octobre 1956, suite à la nationalisation du Canal de Suez par l Égypte de Nasser ; en dépit de quelques succès militaires, sous la pression conjointe des deux Grands, la France et le RU sont contraints de rapatrier leurs troupes à partir du 15 novembre. L événement fait grand bruit et consacre le fait que la France n est désormais plus qu une puissance moyenne. - "Aurès" : les auteurs écrivent après les événements, mais anticipent un peu sur l avenir si on s en tient à l action en avril 1961 : l Algérie n est pas encore perdue 68 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction 4- L audacieuse ébauche d une vision algérienne du conflit et l enjeu des "vraies" images a- Montrez que le réalisateur a le souci de ne pas réaliser un film exclusivement franco-centré. Quels moyens utilise-t-il pour cela? Régulièrement, des images montrent des Algériens qui ne sont pas des fellaghas. On peut voir de "vrais gens" dans des scènes toutefois liées aux conséquences tragiques de la guerre : au chapitre 4 a lieu l inhumation d ossements anonymes ; au chapitre 5, sur fond de chants berbères, on observe les ruines de villages détruits par l Armée française en représailles d embuscades, des processions de femmes et d enfants en fuite avec leurs troupeaux de chèvres et de moutons, puis de retour dans les ruines pour récupérer ce qui peut l être ou se réinstaller parmi les décombres, et enfin un charnier de cadavres de femmes, d enfants et de vieillards. Au chapitre 8, des villageois et leurs enfants mènent leurs ânes et leurs dromadaires à l abreuvoir, ne dérogeant en rien à leurs habitudes séculaires en dépit de la présence des soldats du commando. Au chapitre 11, Nono est recueilli sous une tente bédouine dont on observe longuement la famille (une femme âgée, une jeune fille, un garçon et trois petits enfants) et les traditions : le thé, le repas autour du plat unique, l emplâtre sur la blessure, Surtout, il fait intervenir dans la 2 e moitié du film un personnage principal algérien, vraisemblablement berbère (car les Aurès sont peuplés de Chaouis), qui parle arabe et dont les paroles demeurent incompréhensibles pour qui ne parle pas cette langue, comme Nono et la majorité des spectateurs français il n y a d ailleurs aucun sous-titre. Le réalisateur éloigne donc peu à peu son spectateur du groupe fermé du commando Perrin et de ses instincts grégaires si typiquement français en terre étrangère, pour l ouvrir à l altérité algérienne par le biais de la compassion à l instar du trajet effectué par Nono lui-même, qui regrette : "ça fait un an que je suis là, je ne sais toujours pas dire merci en arabe". b- En quoi peut-on affirmer que René Vautier fait preuve d un intérêt quasi-ethnologique pour la population algérienne? Le réalisateur a régulièrement recours aux chants berbères interprétés par Taos Amrouche, particulièrement lors des scènes tragiques (longue scène des villages détruits au début du chapitre 5). Il fait également preuve de précision ethnologique, lorsque sa caméra s attarde sur ce qui pourrait sembler de prime abord des détails ralentissant l action : les us et coutumes (l inhumation du chapitre 4, avec des aromates sur les ossements ; les bêtes à l abreuvoir du puits au chapitre 8 ; la longue préparation du thé à la menthe par la vieille femme au chapitre 11), le cadre géographique (les longs panoramiques sur les Aurès aux chapitres 2, 5, 9 et 10), les vêtements (les tenues colorées des femmes en fuite au chapitre 5 ; la riche tenue et les bijoux de la bédouine au chapitre 11), les constructions (les pétroglyphes au plafond, chapitres 3 à 8 ; la tombe du chapitre 5 ; les villages ; la tente bédouine), et surtout les visages, sur lesquels la caméra peut s attarder plusieurs secondes : ainsi au chapitre 5, ou au 11 sur les visages de la femme et de Zohra (cf. doc.17). En réalité, ces scènes font partager le destin des Algériens au spectateur, qui assiste à un documentaire dans la fiction. 69 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction c- Regardez les images suivantes : au chapitre 4, la scène d inhumation des ossements anonymes (23:42 à 24:11), au chapitre 5 la longue scène des villages détruits (31:08 à 36:43). En quoi diffèrent-elles des autres images du film? Vous semblent-elles contemporaines de celles tournées en 1971? Quand le réalisateur les a-t-il tournées, à votre avis? Pourquoi les intégrer ici? Quel effet produisent-elles sur l ensemble du film? Ces images ont un grain plus gros, sont plus floues, ont des couleurs plus ternes ; la caméra s attarde davantage (cf. les longs panoramiques) ; le preneur d images est souvent caméra au poing ou à l épaule (comme lorsqu il filme par-dessus l épaule des gens pendant l inhumation, ou quand il entre en travelling avant dans un village détruit au chapitre 5). Il s agit visiblement d images plus anciennes ; elles datent en fait de 1957, quand René Vautier suivait les fellaghas dans les Aurès. Elles sont donc plus vieilles de 14 ans que les autres. Il les intègre pour donner à son film de fiction des accents de vérité ; elles lui évitent d organiser des reconstitutions de mauvais goût (les ossements des victimes, les cadavres d un charnier, ) et lui permettent de montrer l Armée française sur des images réelles (les chars le long de la ligne Morice au chapitre 5 ; cf. doc.7) : ces images documentaires accentuent le réalisme de la fiction en corroborant les dialogues issus des témoignages des appelés et le témoignage pourtant suspect de partialité de Noël Favrelière. d- Observez le tableau Massacre de Sakiet, III du peintre communiste français André Fougeron au document 18 : qu y voit-on? Où dans le film peut-on observer des images similaires? Ces images ont été tournées par René Vautier à Sakiet Sidi Youssef : expliquez ce qui s y est passé en effectuant des recherches. Pourquoi l opinion internationale en a été particulièrement émue? On observe sous des couvertures et aux pieds de trois soldats les cadavres de 9 personnes, dont 5 sont des enfants (cf. le nœud bleu dans les cheveux d une petite fille au centre). Le plus visible, à droite, est une femme dénudée. Ces images rappellent les longs panoramiques sur un charnier du chapitre 5 (de 35:54 à 36:43), où on remarque surtout des femmes, des vieillards, des enfants y compris des bébés livides et ensanglantés. Il s agit d images prises par Vautier à Sakiet Sidi Youssef en février 1958. Sakiet Sidi Youssef, en Tunisie (cf. carte doc.5), a été bombardé par 25 appareils de l aviation française le 8 février 1958 en représailles aux tirs de mitrailleuse dont avait été victime un avion français qui survolait la frontière. Le village était connu pour abriter des fellaghas de l ALN (par exemple, le 11 janvier, 300 fellaghas s étaient introduits en Algérie depuis Sakiet Sidi Youssef pour tendre une embuscade à une patrouille française) et servir de lieu de transit pour les armes à destination du FLN. Le bilan est de 75 morts, dont une majorité de Tunisiens, y compris 12 enfants tués dans leur salle de classe, et 70 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
éléments de correction de 150 blessés environ. Cette action choque, car l opération a été menée en aveugle par le haut-commandement (général Jouhaud), touchant la population civile et même des installations de la Croix-Rouge, dans un pays contre qui la France n est pas en guerre. C est cet événement qui va internationaliser le conflit, tant il fut médiatisé par la Tunisie de Bourguiba : l opinion publique internationale condamnant la politique française en Algérie ne cessera de prendre de l ampleur, et les tentatives d ingérences extérieures se multiplieront à commencer par l ONU, dont le Conseil de Sécurité s empare de la question suite à la plainte de la Tunisie, et qui propose une mission de bons offices américaine. 71 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES Bibliographie La question, ALLEG Henri, Les éditions de minuit, 1958 Le désert à l aube, FAVRELIÈRE Noël, Les éditions de minuit, 1960 La guerre moderne, TRINQUIER Roger, Les éditions de la Table ronde, 1961 Appelés en guerre d Algérie, STORA Benjamin, Gallimard, coll. Découvertes, 1997 Caméra citoyenne. Mémoires, VAUTIER René, Apogée, 1998 La guerre sans nom. Les appelés d Algérie, 1954-1962, ROTMAN Patrick et TAVERNIER Bertrand, Le Seuil, coll. Points, 2001 Histoire de la guerre d Algérie, 1954-1962, STORA Benjamin, La Découverte, coll. Repères, 2004 La guerre d Algérie, 1954-2004, la fin de l amnésie, STORA Benjamin et HARBI Mohammed (sous la direction de), Robert Laffont, 2004 Algérie, 1954-1962, STORA Benjamin et QUEMENEUR Tramor, Les Arènes, 2010 Filmographie Le Vent des Aurès, LAKHDAR-HAMINA Mohammed, 1966 Pendant la guerre d'algérie, un jeune paysan vaque aux travaux domestiques la journée et parcourt les montagnes la nuit pour ravitailler les maquisards de l ALN. Une nuit, il est arrêté ; sa mère quitte alors le douar pour aller inlassablement de camp en camp retrouver son fils. La Bataille d Alger (La battaglio di Algeri), PONTECORVO Gillo, 1966 En 1957, l'affrontement sanglant entre les paras du colonel Matthieu et les troupes du FLN dans la casbah d'alger. Lion d Or à Venise en 1966 ; censuré en France sous la pression des associations de rapatriés ou d anciens combattants jusqu en 2004. R.A.S., BOISSET Yves, 1973 En 1956, en plein conflit algérien, le caporal Rémy March et les soldats Alain Charpentier et Raymond Dax sont appelés dans un camp disciplinaire. Malgré leurs divergences politiques, les trois hommes se lient d'amitié face aux difficiles conditions de la guerre. Chronique des années de braise, LAKHDAR-HAMINA Mohammed, 1975 Chronique de l'expropriation des terres et de la déculturation en Algérie française entre 1939 et 1954, qui soutient la thèse que le début de la lutte armée le 1 er novembre 1954 (Toussaint Rouge) est l'aboutissement d une résistance ancienne du peuple algérien à la colonisation. Palme d'or à Cannes en 1975. L Honneur d un capitaine, SCHOENDOERFFER Pierre, 1982 L'honneur d'un capitaine est mis en cause au cours d'un débat télévisé sur la guerre d'algérie. Sa femme tente de le réhabiliter. 72 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès
RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES Full Metal Jacket, KUBRICK Stanley, 1987 Le conditionnement d'un groupe de jeunes Marines pendant la guerre du Viêt-Nam, jusqu'au baptême du feu lors de la sanglante offensive du Têt à Huê, en janvier 1968. Le parallèle avec la dépersonnalisation des appelés bretons d Avoir 20 ans dans les Aurès est flagrant. La Guerre sans nom, ROTMAN Patrick et TAVERNIER Bertrand, 1991 Trente ans après les faits, certains des 3 millions de jeunes Français appelés ou rappelés qui y ont pris part sans jamais témoigner, racontent cette guerre qui ne voulait pas dire son nom. La Trahison, FAUCON Philippe, 2005 Pendant la guerre d'algérie, le sous-lieutenant Roque, stationné dans un village de l'est algérien, assume tant bien que mal sa fonction, entre une population locale soumise à la répression et à la torture, et des soldats dont il doit entretenir le moral tout en maintenant la vigilance. L'évolution de ses rapports avec un jeune soldat musulman, Taieb, souligne les contradictions du conflit. L Ennemi intime, SIRI Florent Emilio, 2007 Algérie, 1959. Tandis que les opérations militaires s'intensifient dans les montagnes de Kabylie, un lieutenant idéaliste, Terrien, prend le commandement d'une section de l'armée française où il rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain mettent les deux hommes à l'épreuve. Sitographie avoir20ansdanslesaures.net http://www.avoir20ansdanslesaures.net/wp/ La Cinémathèque française http://www.cinematheque.fr/fr/musee-collections/actualite-collections/programmation-exposition/avoir-20-ans-dans-aures-.html CNDP http://www2.cndp.fr/tice/teledoc/mire/teledoc_renevautier.pdf dvdclassik http://www.dvdclassik.com/critique/avoir-20-ans-dans-les-aures-vautier France Télévisions http://education.francetv.fr/sithe/sithe17505_dyn/flash/savoir_plus.swfhttp://www.un.org/fr/documents/sc_vetos.shtml 73 Dossier pédagogique Avoir 20 ans dans les Aurès