Agir ensemble pour éduquer au développement durable



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Transcription:

Agir ensemble pour éduquer au développement durable Actes de la Conférence Internationale de Bordeaux 27, 28, 29 octobre 2008 Comité national français Décennie des Nations Unies de l Éducation pour un Développement Durable par Michel RICARD avec la collaboration de Jacqueline DENIS-LEMPEREUR

1 Actes de la Conférence internationale Agir Ensemble pour Éduquer au Développement Durable Bordeaux, 27 au 29 octobre 2008 par Michel RICARD avec la collaboration de Jacqueline DENIS-LEMPEREUR

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3 AVANT-PROPOS Les problèmes soulevés par l impact des activités humaines sur notre environnement, et leurs conséquences sur l'avenir de nos sociétés, ne peuvent trouver de réponses satisfaisantes et durables que dans un changement radical de nos comportements. Ce changement appelle des démarches nouvelles d'éducation, de formation et d'information de l'ensemble des citoyens : d abord construite par l école dont la fonction demeure irremplaçable, l'éducation doit être développée tout au long de la vie et adaptée aux nouveaux enjeux de notre Société afin d'atteindre le but recherché : faire du développement durable le fondement même de nos actions. Pour que l'éducation amène chacun à adopter ces nouveaux comportements en accord avec le développement durable, il est primordial que ces enjeux soient clairement présentés et leurs contenus diffusés au travers de démarches corrélées d'éducation, de formation et d'information adaptées à la diversité des publics. C est donc une démarche éducative permanente, progressive, évolutive et multiforme qu il convient de favoriser afin que chacun, à tout âge, assimile mieux les informations touchant aux questions environnementales, socio-économiques et culturelles et s approprie leurs logiques et leurs enjeux dans une perspective de développement durable. Cette éducation doit s'inscrire dans le long terme de manière à ce que l'appropriation soit réelle et durable afin d'amener nos sociétés à des comportements plus respectueux des ressources de notre planète et plus axés sur l'équité, l'égalité et la solidarité entre les personnes comme entre les générations. Les changements de comportements ne peuvent pas se décréter, ni être instantanément assimilés, et la seule sensibilisation au développement durable, aussi forte soit elle, ne peut suffire à atteindre le but recherché. Malgré la nécessité d'agir vite afin d'adopter rapidement des changements de comportement en accord avec le développement durable, cette éducation doit reposer sur un effort continu et concerté de l'ensemble des acteurs et doit être mise en œuvre selon une stratégie construite et adoptée de manière partenariale. Ceci implique également que cette démarche soit évaluée en permanence, au moyen d'indicateurs spécifiques afin d'identifier avec précision les avancées et d'adapter les actions éducatives aux évolutions de nos sociétés. Depuis quatre années, le Comité français de la Décennie s'est employé à mettre en pratique les préconisations de la Décennie des Nations Unies et a bénéficié, pour cela, de l'appui des partenaires institutionnels, mais également de la participation active des collectivités, des entreprises et de la société civile. Que ce soit dans le cadre de l'unesco, au travers de la commission française, ou de l'unece en tant que membre du comité directeur issu de la stratégie de Vilnius dont la France est signataire, le Comité français a participé activement à l'ensemble des travaux s'inscrivant dans le cadre de la Décennie. Le colloque de juin 2006 à Paris, au siège de l'unesco, et la conférence de Bordeaux d'octobre 2008 sont deux étapes importantes, au plan national comme au plan international, de la première phase de la Décennie dont le point d'orgue sera la conférence mondiale de l'unesco sur l'éducation pour le développement durable qui se tiendra du 31 avril au 2 mars 2009 à Bonn, Allemagne.

4 Cette conférence " aura quatre objectifs principaux : - Mettre en évidence la contribution essentielle de l EDD à l'éducation dans son ensemble - Promouvoir les échanges internationaux sur l EDD - Dresser un premier bilan de la Décennie depuis son lancement en 2005; - Élaborer des stratégies pour la suite de la Décennie jusqu'en 2014. Nul doute que la France, au travers du Comité français de la Décennie et de la Commission française pour l'unesco, continuera à s'inscrire dans une démarche tout aussi volontariste et contribuera ainsi à faire de cette Décennie la voie privilégiée pour amener chacun à mettre en accord ses comportements avec les exigences du Développement durable. Professeur Michel RICARD Université Michel de Montaigne Bordeaux 3

5 SOMMAIRE 1 AVANT-PROPOS 3 PROGRAMME DU COLLOQUE 9 DISCOURS ET INTERVENTIONS Michel RICARD, président du Comité national français de la Décennie 11 Alain JUPPÉ, ancien Premier ministre, maire de Bordeaux 13 Alain ROUSSET, député, président de la région Aquitaine, président de l Association des Régions de France 15 Mark RICHMOND, directeur de la division de l'unesco pour la coordination des priorités des Nations Unies en matière d éducation 17 Andreas KARAMANOS, professeur à l'université d'athènes, président du comité directeur de la Décennie de l'éducation pour un Développement durable de la Commission Économique des Nations Unies pour l'europe 20 Elisabeth BITTNER, direction générale de l'éducation, Commission Européenne 25 Tsunashige SHIROTORI, Premier secrétaire de la délégation permanente du Japon à l'unesco. 28 Jean-Michel VALANTIN, haut fonctionnaire au Développement durable, ministère de l'éducation nationale. 29 Alastair BLYTH, analyste principal à la direction de l éducation, OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) 32 Jean-Louis BERGEY, délégué régional, Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME). 34 Roland GÉRARD, co-président du Collectif français pour l'éducation à l'environnement et au développement durable (CFEEDD) 36 Hubert HÉMARD, Directeur Marketing, Communication et Développement durable, Monoprix 39 Fatimata DIA TOURÉ, directrice de l'institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie (IEPF, Organisation internationale de la Francophonie (OIF). 41 Jean-Louis ÉTIENNE, médecin explorateur 44 Patrick VIVERET, philosophe et politologue 48 Michèle PAPPALARDO, commissaire générale au développement durable, ministère de l'écologie, de l'énergie, du Développement durable et de l'aménagement du Territoire. 52 1 Cette version des Actes de la Conférence internationale de Bordeaux est en Français, une version en langue anglaise est également diponible sous forme papier et sous forme électronique.

6 SESSIONS THÉMATIQUES 2 Session 1 : État d avancement et perspectives de la Décennie de l Éducation pour un Développement durable dans les pays de l Union européenne 57 Session 2 : Comment l enseignant s insère-t-il dans un continuum éducatif avec les autres acteurs porteurs du projet de société de développement durable 77 Session 3 : L éducation au développement durable dans le monde francophone 99 Session 4 :Le rôle des médias dans l éducation et l information au développement durable 131 Session 5 : Les outils pédagogiques au service de l éducation au développement durable : bilan de l existant et nouveaux dispositifs 161 Session 6 : La France et l éducation au développement durable : bilan 2005-2008 par acteurs et propositions pour la 2ème partie de la Décennie 191 Session 7 : La coordination territoriale et la mise en œuvre de l éducation au développement durable : exemple des collectivités d Aquitaine 219 Session 8 : L éducation au développement durable dans le bassin euro-méditerranéen 263 Session 9 : L éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables 281 SESSIONS SPÉCIALES Présentations des communications orales - L éducation au Développement durable en milieu scolaire 311 - L éducation au Développement durable dans l Enseignement supérieur 327 - Le partenariat dans l'edd en milieu scolaire 347 - Quelques facettes de l'edd dans diverses parties du monde 369 La sensibilisation du grand public : par Jamie GOURMAUD (Journaliste scientifique, FR3) et Eric GORMAN (Cap Sciences Aquitaine) 375 La Francophonie et l EDD 389 SÉANCE PLÉNIÈRE DE CLÔTURE: 11h30-13h00 (amphithéâtre A) Recommandations finales 413 2 La liste des participants est mentionnée dans la version électronique de ce document qui figure sur le site français de la Décennie : www.decennie-france.fr

7 ANNEXES Annexe 1 - Les entreprises françaises et l'edd : bilan pour 2005-2008 et propositions pour 2009-2014 par Olivier CLASSIOT (Des Enjeux et des Hommes) 423 Annexe 2 - Bilan de l action des collectivités locales pour l éducation au développement durable par le Comité 21 431 Annexe 3 - L éducation au développement durable en France : avancées récentes et perspectives par Jacques BREGEON (CHEE-DD) 461 Annexe 4 - Session thématique sur l'éducation pour une consommation durable. Document préparatoire par Fabienne PIERRE (PNUE France) 465 ********************

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9 PROGRAMME DU COLLOQUE Lundi 27 octobre 2008! matinée : séance plénière d'ouverture Allocution de bienvenue de Michel RICARD, président du Comité national français de la Décennie Discours de Alain JUPPÉ, ancien Premier ministre, maire de Bordeaux Discours de Alain ROUSSET, député, président de la région Aquitaine et président de l Association des Régions de France Intervention de Tsunashige SHIROTORI, premier secrétaire de la délégation permanente du Japon à l'unesco. Intervention de Jean-Louis BERGEY, délégué régional de l'agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Intervention de Roland GÉRARD, co-président du Collectif français pour l'éducation à l'environnement et au développement durable (CFEEDD) Intervention de Jean-Michel VALANTIN, haut fonctionnaire au Développement durable, ministère de l'éducation nationale. Intervention de Alastair BLYTH, analyste principal à la direction de l éducation, OCDE (Organisation de coopération et de développement Économiques) Intervention de Elisabeth BITTNER, direction générale de l'éducation et de la Culture, Commission Européenne Intervention de Fatimata DIA TOURÉ, directrice de l'institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie (IEPF, Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Discours de Andreas KARAMANOS, professeur à l'université d'athènes, président du comité directeur de la Décennie de l'edd de la Commission Économique des Nations Unies pour l'europe. Discours de Mark RICHMOND, directeur de la division de l'unesco pour la coordination des priorités des Nations Unies en matière d éducation. (Matinée d'ouverture animée par Jean-Louis CAFFIER, Journaliste à LCI)! après midi : travaux par sessions thématiques! Session 1 : État d avancement et perspectives de la Décennie de l Éducation pour le Développement durable dans les pays de l Union européenne Session 2 : Comment l enseignant s insère-t-il dans un continuum éducatif avec les autres acteurs porteurs du projet de société de développement durable Session 3 : L'EDD dans le monde francophone Session 4 : Le rôle des médias dans l éducation et l information au développement durable Session 5 : Les outils pédagogiques au service de l éducation au développement durable : bilan de l existant et nouveaux dispositifs. Session spéciale : Réunion des points focaux des Balkans, du Caucase et des Carpates pour la Décennie organisée par l'unesco-bresce! soirée : buffet convivial Buffet convivial autour de vins de Bordeaux, légumes bio et fromages de l'aquitaine (Animée par la fanfare "Los Teoporos" des étudiants de l'université Bordeaux 2).

10 Mardi 28 octobre 2008! matinée : travaux par sessions thématiques Session 6 : La France et l éducation au développement durable : bilan 2005-2008 par acteurs et propositions pour la deuxième partie de la Décennie 2009-2014. Session 7 : La coordination territoriale et la mise en œuvre de l éducation au développement durable : exemple des collectivités d Aquitaine. Session 8 : L éducation au développement durable dans le bassin euroméditerranéen. Session 9 : L éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables. Session spéciale : La sensibilisation au développement durable et le rôle des médias dans l éducation et l information du public.! après-midi : travaux par sessions thématiques Session 6 (suite et fin) : La France et l éducation au développement durable : bilan 2005-2008 par acteurs et propositions pour la deuxième partie de la Décennie 2009-2014. Session 7 (suite et fin) : La coordination territoriale et la mise en œuvre de l éducation au développement durable : exemple des collectivités d Aquitaine.! soirée : session spéciale "Francophonie" Session spéciale : L'EDD dans les pays francophones : témoignages et exemples. Mercredi 29 octobre 2008! matinée : communications orales et restitution des travaux en plénière Présentation des communications orales sur l'edd - L éducation au Développement durable dans l enseignement supérieur - Le partenariat dans l éducation au Développement durable en milieu scolaire - Les multiples facettes de l'edd dans les diverses parties du monde Restitution des travaux en séance plénière! après-midi : adoption des recommandations et discours de clôture Adoption des recommandations de la conférence en séance plénière Discours de clôture Andreas KARAMANOS, président du comité directeur de la DEDD de l'unece Jean-Louis ÉTIENNE, médecin explorateur Patrick VIVERET, philosophe et politologue Michèle PAPPALARDO, commissaire générale au développement durable, ministère de l'écologie, de l'énergie, du Développement durable et de l'aménagement du Territoire. ********************

11 Propos Introductifs par Michel RICARD Président du Comité français de la Décennie des Nations Unies de l Éducation pour un Développement durable Monsieur le Premier ministre, Maire de Bordeaux, Monsieur le Député, Président de la Région Aquitaine, Monsieur le représentant du Directeur général de l'unesco, Mesdames, Messieurs, Au nom du Comité français de la Décennie, je suis très heureux de vous accueillir pour cette Conférence internationale. Nous nous retrouvons tous les deux ans depuis 2004 et, depuis cette période, la diversité des pays ne cesse de croître pour passer de 32 pays lors de la première manifestation au Muséum National d'histoire Naturelle à Paris en 2004, à 45 pays en 2006 à l'unesco et 74 pays aujourd hui à Bordeaux. Cet élargissement de la représentation internationale va de pair avec la diversité des experts qui représentent désormais l'ensemble des acteurs de la Société : le monde de l'éducation certes, mais aussi les artisans de l'éducation, de la formation et de l'information au développement durable appartenant à la société civile, aux collectivités territoriales et à l'entreprise. Cette Conférence revêt une importance particulière dans la mesure où elle se situe dans le cadre français de la discussion du Grenelle, au moment où la France préside l Union européenne, deux mois avant le Forum international sur l'éducation au développement durable qui se tiendra au Japon en décembre 2008 et, surtout, cinq mois avant la Conférence mondiale à mi-parcours de la Décennie des Nations Unies organisée par l Allemagne et l UNESCO à Bonn (Allemagne) à la fin mars 2009. Lors de cette Conférence, nous ferons divers bilans qui permettront de témoigner des avancées réalisées au plan national, européen et international. Tout d'abord, le bilan de l'action de la France et ses acteurs, l État certes mais aussi les collectivités, les entreprises et la société civile avec les associations et les ONG. Ensuite, le bilan des actions des états membres de l'union européenne avec l'aide du réseau ENSI, des membres de la Francophonie avec l'organisation Internationale de la Francophonie et l'iepf, mais également des pays du Bassin méditerranéen ainsi que des autres pays représentés au sein de cette conférence. Cette manifestation est donc importante puisqu'elle apportera à la fois des résultats sur les démarches entreprises en matière d'éducation, de formation et d'information au développement durable pour la période 2005-2009 et, à partir de ces résultats, fera un certain nombre de propositions pour la deuxième moitié de la Décennie de 2009 à 2014. Pour terminer cette brève introduction, je souhaitais insister sur l appui des collectivités et des entreprises sans lequel il n aurait pas été possible de réaliser cette Conférence. Cet appui, comme celui de l État et des collectivités territoriales, témoigne de la réalité des démarches de synergie et de coopération entre l ensemble des acteurs pour aller vers un développement durable qui concerne tous les citoyens, dans leur vie de tous les jours, quelles que soient les activités qu ils mènent. La présence à Bordeaux de représentants de l'ensemble des acteurs nationaux et, dans une moindre mesure des acteurs européens et internationaux, confirme l'évolution très positive

12 que nous constatons depuis le lancement de la Décennie: l'éducation au développement durable procède d'une mobilisation de tous, de plus en plus associés dans une démarche partenariale visant à faire du développement durable une réalité. Je vous remercie de votre présence et de votre active participation à cette conférence. Je vous donne rendez-vous, à l'issue des travaux, à la séance finale de restitution qui retiendra les recommandations finales. ************************

13 Discours de Alain JUPPÉ Ancien Premier ministre, Maire de Bordeaux Mesdames et Messieurs, Soyez les bienvenus à Bordeaux! Notre ville est heureuse d accueillir les représentants de 76 pays, et cela sous le patronage des plus grandes organisations internationales, notamment l UNESCO chargée de la mise en œuvre de la Décennie 2005-2015 des Nations Unies pour l éducation pour un développement durable. Je salue également les représentants des Nations Unies, de l OCDE, de l Union européenne qui sont parmi nous. Je remercie tout particulièrement le Professeur Michel RICARD, le Président du Comité français de la Décennie, qui a organisé avec son équipe cette manifestation d importance. Nos collectivités, la Ville de Bordeaux, la Communauté urbaine, le Conseil régional et le Conseil général d Aquitaine, ont tenu à soutenir cette initiative. Elles se sont réunies pour préparer ensemble les ateliers qui auront lieu demain et qui montreront leur implication en matière d éducation au développement durable. Je suis personnellement très impliqué dans ce combat. Tous les matins, nous entendons parler de la crise financière et économique mais cela ne doit pas nous dissimuler que, derrière cette crise qui passera comme toutes les crises, se préparent des mutations plus fondamentales auxquelles nous devons faire face, et en particulier cette révolution écologique qui doit nous amener à changer radicalement nos modes de production, de consommation, nos comportements. Le XXIe siècle sera le siècle de la réconciliation de l homme avec la planète ou de l extinction d un nombre croissant d espèces végétales et animales. Hubert REEVES, à Bordeaux, s'est même demandé si l espèce humaine ne ferait pas partie de cette prochaine extinction. Il nous faut donc réagir, comme aimait à le dire un bordelais illustre, Jacques ELLUL, du global au local. Le global est l action des grandes institutions internationales et des grands accords planétaires, mais aussi la mobilisation des États dont on redécouvre, par les temps qui courent, toute l importance. Je me réjouis particulièrement que le Grenelle de l Environnement, lancé en 2007 lorsque je fus le moins durable des ministres du Développement durable, ait abouti à un vote quasiment unanime à l Assemblée nationale sur un texte fondateur qui sera complété, je l espère, par un texte mettant en place les moyens adéquats. J attache une attention particulière dans ce dispositif à tout ce qui concerne la réhabilitation de l habitat ancien, un sujet auquel les maires sont particulièrement sensibles. Le local, ce sont nos villes et elles sont très engagées dans ce combat. 50 % de la population de la planète vit aujourd hui dans les villes, 80 % dans les pays en développement. Abdou DIOUF, le Secrétaire général de l Organisation Internationale de la Francophonie, disait la semaine dernière à Québec que le XXIe siècle sera un siècle urbain. Les villes sont donc en première ligne et doivent agir. Nous avons agi ici, à Bordeaux et dans notre Communauté urbaine, en nous attaquant d abord à l une des principales sources d émission de gaz à effet de serre, à savoir les déplacements. Nous avons développé une politique des transports collectifs qui est saluée comme une réussite, avec un tramway qui circule sur 45 kilomètres de ligne et qui sera étendu au cours des années à venir. Par ailleurs, nous avons une politique d encouragement aux déplacements doux, le vélo peuple ainsi toutes les rues de Bordeaux et de son agglomération. Nous nous sommes aussi attaqués à la réalisation de plans «climat». Chacune de nos collectivités a adopté le sien, Bordeaux adoptant actuellement celui de la Ville dans le cadre

14 d un Agenda 21 qui sera soumis au Conseil municipal au mois de décembre prochain. Dans ce dispositif, nous attachons une importance capitale à tout ce qui concerne l éducation. J ai été ravi de vous entendre parler de l éducation des médias aux questions du développement durable. Les progrès sont très spectaculaires et aujourd hui, que ce soit à la radio, la télévision ou dans la presse écrite, nous voyons régulièrement des rubriques consacrées à ces questions sous la plume de journalistes compétents. Je voudrais donc saluer l action que vous avez menée dans ce domaine. L éducation est celle de nos jeunes et à la CUB, j avais lancé, il y a quelques années, une expérience dans les écoles de l agglomération bordelaise pour sensibiliser les enfants à toutes les problématiques du développement durable. Cette expérience a été un succès et se développe aujourd hui dans plusieurs dizaines d écoles de la Communauté urbaine, la Ville y tenant évidemment toute sa place. Nous nous sommes aussi adressés au grand public que nous avons cherché à sensibiliser. Ainsi, pour préparer notre plan «climat» et notre Agenda 21, nous avons lancé dans la ville toute une action de sensibilisation en tenant, quartier par quartier, des ateliers du développement durable, en organisant au niveau de la ville des conférences éco-citoyennes où nous avons fait venir certains spécialistes. Puis, nous avons voulu aller à la rencontre de nos concitoyens en lançant une expérience qui a été très réussie, celle d une maison éco-citoyenne qui se déplace dans les quartiers de Bordeaux et offre à la population une banque de données, des conférences et des dialogues pour sensibiliser les uns et les autres aux grandes questions du développement durable et surtout aux initiatives individuelles pouvant être prises pour contribuer à ce combat planétaire. Nous avons ainsi réalisé une thermographie de la ville et nous mettons à la disposition des habitants la thermographie de leur logement, ce qui provoque souvent des réactions de surprise et génère beaucoup de questions. Bordeaux n a pas la prétention d être exemplaire, mais a le souci d être mobilisée et de continuer à agir dans ce grand combat. L élément décisif, au-delà de ce que peuvent faire les États dans le cadre des grandes conventions internationales, de ce que peut faire l Union européenne qui est très en pointe dans ce domaine, notamment dans l édiction de normes, de ce que peuvent faire nos gouvernements ou nos collectivités locales, reste les comportements individuels qui, finalement, nous permettront ou pas de relever le défi. Le développement durable est l ambition de laisser une planète viable et vivable. Qui peut le mieux nous y inciter que nos enfants eux-mêmes puisqu ils sont les principaux intéressés? C est pourquoi l action éducative est, pour moi, une priorité. Je suis très ému quand je me rends dans des écoles de Bordeaux et que je demande aux enfants dès la grande section de maternelle ou dès l école élémentaire ce qu ils pourraient faire pour que la planète continue à vivre harmonieusement. Les réponses sont souvent pertinentes, surprenantes et montrent un degré de prise de conscience et une volonté de se mobiliser qui peuvent nous donner espérance. C est la raison pour laquelle je suis persuadé que cette Conférence émettra aussi un message de confiance et d espérance dans notre chance à relever le défi qui nous est lancé. Je vous souhaite trois jours de travail denses et fructueux à Bordeaux. Permettez-moi d assortir ce souhait d un autre souhait, c est-à-dire que vous puissiez avoir la possibilité de vous évader des quatre murs de cette salle de congrès pour vous promener un peu dans la ville et découvrir Bordeaux. En général, quand on l a vue une fois, on y revient parce que c est une belle ville dans laquelle on jouit d une qualité de vie assez exceptionnelle qui, je l espère, sera durable. ************************

15 Discours de Alain ROUSSET Député, Président de la Région Aquitaine, Président de l Association des Régions de France A mon tour, je salue les représentants des 76 pays qui nous font l honneur de venir ici à Bordeaux, en Aquitaine, de l UNESCO, des Nations Unies, de l OCDE, de la Communauté européenne, et Monsieur le Professeur RICARD, Président du Comité français de la Décennie, pour l organisation de cet évènement. Je veux vous dire mon plaisir et l honneur que je ressens de venir devant une telle Conférence sur un thème aussi important et vital, mais aussi avec autant de personnalités venues du monde entier. Le libellé de cette Conférence est si vaste et exprime, en même temps, la matrice de ce que sont le droit à l environnement et l enjeu de l environnement et du développement durable aujourd hui. Je partage les propos d Alain JUPPÉ sur le fond de ce combat parce qu aujourd hui, nous voyons dériver notre planète vers les effets les plus détestables et certainement les plus lâches de la responsabilité humaine dans certains domaines, que ce soit la biodiversité, la pollution, le traitement de l air, de l eau ou du sol. Il y a urgence à une immense mobilisation et seule l éducation peut y pourvoir. La France, à travers le Grenelle, s est engagée avec l ensemble des collectivités et des acteurs économiques et sociaux dans cette action. Les Régions ont pris leur part dans le Grenelle et accompagneront l ensemble de ce mouvement. Comme les autres collectivités, elles avaient parfois pris les devants, notamment sur le transport collectif. Jamais il n y a eu, comme pour le transport urbain, un effort aussi considérable de l amélioration des transports ferrés régionaux avec les programmes engagés d acquisition de matériels, de rénovation des voies, d installation de voies nouvelles. L Aquitaine débat actuellement avec ses voisines sur le plus grand chantier ferroviaire d Europe, une ligne à grande vitesse qui accueillerait aussi le transport ferré de marchandises de l Espagne jusqu à l Europe du nord. C est à la fois un défi gigantesque d aménagement du territoire, et un défi économique et environnemental. Derrière le Grenelle, il y a un enjeu sociétal, d emplois et industriel. Les Allemands ont, les premiers, parlé de politique industrielle écologique et je crois, pour m en être entretenu avec Jean-Louis BORLOO, qu avec et après le Grenelle, il y a un enjeu considérable d emplois, d éco-activité, d éco-innovation et de recherche. Le Région Aquitaine, depuis quelques années, a pris l initiative de lancer un appel à projets d éco-innovation qui rencontre un succès exceptionnel et, chaque année, voit grossir le nombre d entreprises qui y participent. Cet appel à projets concerne aussi bien les process de production visant à ne rejeter aucun déchet dans la rivière, dans l air ou dans l environnement de l entreprise, que concevoir autrement l ensemble des biens et produits qui sont autour de nous, c est-à-dire l éco-conception des produits de notre société y compris les biens nous semblant parfois les plus éloignés du développement durable. Je pense à l aéronautique et à d autres sujets y compris dans le domaine militaire. Cela revient, d une certaine manière, à éco-concevoir ce que nous consommerons, ce qui sera notre vie. Près d ici, l'entreprise SAFRAN conçoit, d une manière totalement révolutionnaire, les moteurs des avions de demain et qui feront diminuer de 50 % la consommation de kérosène. Beaucoup d autres activités se lancent dans ce domaine, mais aussi dans celui du tissu ou de la métallurgie. Nos laboratoires, ici comme ailleurs, réfléchissent aux produits de demain. Alain JUPPÉ a évoqué Jacques ELLUL et il se trouve que j étais Maire de la Ville de Pessac où ce dernier a vécu. Nous avons à rendre hommage à sa mémoire, il nous a sollicités et nous sollicite encore beaucoup aujourd hui. Il a mis en cause la notion de progrès et il ne

16 nous faut peut-être pas aller jusqu à tout ce qu il déclinait de sa pensée, mais nous avons assurément à interroger le progrès. Réinterroger le progrès revient à interroger et interpeller les jeunes. L éducation relève aussi du lieu où l on vit et le premier devoir des collectivités est de réfléchir à des lieux qui soient, eux-mêmes, des exemples. Cela s appelle la Haute Qualité Environnementale, l intégration des technologies nouvelles d énergie dans les lycées et leur fonctionnement qui, sur le plan de la vie des élèves, la quantité d eau et de papier qu ils utilisent, la façon avec laquelle ils voient leur environnement, est en soi un élément de progrès environnemental. Dans ce cadre, nous avons initié un réseau régional de l éducation à l environnement et avons associé l ensemble des lycéens au plan «climat» régional qui vise à intéresser les élèves à moins consommer d eau, de chaleur, à être plus attentifs dans leurs comportements individuels et à renvoyer à leurs parents ce que l éducation leur a apporté. L Aquitaine a ceci de particulier, en France et en Europe, d être la région française la plus touchée par le réchauffement climatique. Au 20ième siècle, l on compte 1,1 degré de plus, soit 30 % de plus que la moyenne nationale, et je ne suis pas en mesure aujourd hui d en exprimer la cause. Est-ce le couloir à camions qu est la région parce que située entre l Espagne, la péninsule ibérique et l Europe du nord? Sont-ce les courants marins qui rejetteraient davantage d air chaud ici? Toujours est-il que nous sommes confrontés à ce défi et que même notre célèbre viticulture doit s y adapter. Avec le réseau aquitain de l éducation à l environnement, l Agenda 21 dans l ensemble des lycées, et parce que la lutte pour un environnement durable coûte cher, nous avons engagé plus de 100 millions d euros pour réduire de 10 %, d ici 2013, l émission de gaz à effet de serre. A travers des groupes de travail, des décisions d investissements, des comportements différents, nos collectivités se mobilisent au côté de l État, du Grenelle, pour se fixer des obligations et éduquer pour parvenir à renforcer la biodiversité, à lutter contre l émission de gaz à effet de serre, même s il faut parfois accélérer la recherche dans un certain nombre de domaines, notamment pour tout ce qui concerne les biocarburants. L Association des Régions de France (ARF) a eu l occasion de lancer, avec l École des Mines de Paris, une étude comparative sur le bilan carbone des biocarburants. L analyse prouve qu il faut avoir un bilan global, qu il ne sert à rien d utiliser du maïs, du blé ou du soja pour faire des biocarburants si, derrière, l utilisation du sol a un impact environnemental encore plus grave, qu il ne sert à rien d utiliser un biocarburant de deuxième génération si, derrière, les retombées sont encore plus dramatiques. Il est donc nécessaire de continuer à lancer nos équipes de recherche sur l énergie de demain qui doit être non consommatrice de produits ayant des conséquences sur l environnement, et non consommatrice de déchets. Le fait d éduquer aujourd hui nos enfants dans ce domaine peut peut-être éveiller un certain nombre de carrières scientifiques qui nous amèneront à des résultats importants. Pour terminer, il ne faut pas simplement que les pays du Nord réfléchissent à ce thème, mais qu ils aient aussi, dans leurs comportements de coopération avec les pays du Sud, une attitude positive. Il y a, sur le plan des méthodes agraires et agricoles, des transferts industriels, certaines précautions à prendre et, peut-être, certaines analyses critiques. Chacun sait qu au moment où le Sahel était massacré par la famine, il exportait des fleurs coupées en Europe du Nord et cela se passe encore aujourd hui en Afrique. Des normes sont à fixer par nos États, y compris sur ce plan, et les organisations internationales ont à être attentives à ces conséquences. «Penser global, agir local», Alain JUPPÉ évoquait cette phrase précédemment, je ne peux que reprendre à mon compte ces propos évoqués par de grands penseurs dans l histoire de notre pays. C est, en tout cas, un enjeu considérable et vital pour notre société et cela passe assurément par la combativité des plus jeunes. ************************

17 Discours 3 de Mark RICHMOND Directeur de la division de l'unesco pour la coordination des priorités des Nations Unies en matière d éducation Mesdames et Messieurs, C'est avec beaucoup de plaisir que je participe à l'ouverture de la conférence internationale de Bordeaux sur l'éducation pour un développement durable. Au nom du Directeur général, je tiens à adresser nos sincères félicitations au Professeur Michel RICARD qui en tant que Président du Comité français de la Décennie des Nations Unies pour l'edd, a organisé cette importante rencontre. Je suis heureux de voir que des spécialistes en éducation, en environnement et en développement durable, venant de France, d'europe et de pays francophones vont partager leurs différentes expériences pour faire un bilan des actions entre 2005 et 2008 ainsi que pour suggérer des stratégies pour la deuxième moitié de la Décennie. La Décennie 2005-2014 de l Éducation pour un Développement durable est un réseau de partenariat et de coopération qui réunit une grande diversité d intérêts et de préoccupations. C est un instrument, de mobilisation et de soutien. C est également une occasion pour les gouvernements, pour les organisations internationales, pour la société civile, pour le secteur privé et les collectivités territoriales du monde entier de prouver leur engagement d apprendre à vivre de manière durable. En conceptualisant l Éducation pour un Développement durable EDD, l UNESCO a mis en exergue quatre grands concepts. Premièrement, il y a un besoin évident pour une meilleure prise en compte de l éducation, et pas seulement d une éducation relative à l EDD mais pour l EDD, avec tout ce qu implique cette distinction ; de plus, tous les types, niveaux et actions sont concernés Deuxièmement, nous avons souligné le besoin de prendre en compte, par le biais de l éducation, les trois piliers du développement durable, - l économique, le social et l environnemental -, sans oublier la dimension culturelle. Troisièmement, l UNESCO a attiré l attention, à maintes reprises, sur les relations Nord/Sud et Sud/Sud comme un des fondements de l EDD. Et, quatrièmement, nous avons insisté sur la nécessité d une large vision qui engloberait l ensemble des partenaires dans cette entreprise commune qui prendrait en compte leurs intérêts spécifiques, leurs préoccupations et leurs orientations. Me vient à l esprit la comparaison avec un orchestre dont les différents instruments et les diverses sections apportent des contributions différentes mais qui, au travers de leurs combinaisons et leurs interactions, composent un morceau de musique harmonieux. Pour l UNESCO, l éducation pour un développement durable fournit une vision large et pluraliste qui se rassemble autour de références partagées et de buts communs. Nous pensons qu une telle approche inclusive stimule et améliore la qualité de l éducation une éducation qui prend en compte les défis des sociétés du 21 siècle, une éducation qui renforce les individus à prendre leurs responsabilités, et une éducation qui favorise l exercice de la citoyenneté au plan local, national et international. Je souhaiterais vous faire part de quelques exemples de la diversité de l implémentation de l EDD dans différentes parties du monde. En Afrique, nous travaillons avec le PNUE et les universités africaines pour favoriser la conservation de l environnement dans l enseignement supérieur. En Europe et en Amérique du Nord, l accent est mis notamment sur la consommation durable et le style de vie durable. Dans les pays arabes, la préoccupation principale est celle de la formation des enseignants et sur les programmes d éducation. En 3 Le discours original est en Anglais et la version présentée a fait l'objet d'une traduction.

18 Asie et dans le Pacifique, un gros travail été accompli pour mettre en place des dispositifs nationaux et améliorer les capacités de suivi et de développement des indicateurs de l EDD au niveau national. En Amérique latine et dans les Caraïbes, l accent a été mis sur l introduction des thèmes du développement durable dans les outils pédagogiques. Ce ne sont que quelques exemples, mais chacun montre que l EDD nous concerne tous. Il nous apporte la possibilité de coopérer tous ensemble de manière interdépendante, quels que soient les pays et les régions, afin que chacun puisse contribuer à la construction d un monde meilleur. En tant que responsable désigné de cette Décennie, l UNESCO a la responsabilité de coordonner les efforts des gouvernements, des partenaires, des éducateurs pour intégrer l EDD à tous les niveaux des systèmes éducationnels, qu ils soient formels ou non formels. Une des leçons apprises depuis le début de la Décennie, en provenance de tous les pays du globe, est que les enseignants sont la pierre d angle de la mise en œuvre des programmes d EDD. Les enseignants travaillent toujours au niveau «local» et, afin d amener l EDD approprié et répondant aux attentes des apprenants, ils doivent se référer à des situations, à des contextes et à des valeurs locales tout en soulignant l appartenance commune à un curriculum. Ainsi, une implémentation efficace de la Décennie nécessite l engagement d une communauté mondiale de 70 millions d enseignants et un nombre incalculable d éducateurs du monde professionnel qui enseignent la pédagogie, les contenus et les bonnes pratiques se rapportant à l EDD. La formation initiale des nouveaux enseignants et leur travail au sein de la classe relatif à l EDD sont essentiels pour s assurer que les valeurs, les principes et pratiques du développement durable sont bien intégrés aux programmes d éducation. C est avec les enseignants et les éducateurs que nous pouvons revisiter nos méthodes d enseignement et d apprentissage et s assurer ainsi que les citoyens de demain, nos enfants, seront pourvus des capacités et du sens critique nécessaires à une société durable. De plus, il est important de faciliter et de renforcer les échanges d informations et de bonne pratiques entre les institutions en charge de la formation des enseignants. Les enseignants et l éducation des enseignants sont de la première importance dans la mise en œuvre d une contribution programmatique de l EDD et à la base de la promotion d une éducation de qualité au travers de l EDD. En tant que facilitateur de la Décennie, l UNESCO aide les pays et les institutions régionales à développer des politiques, des projets et des stratégies pour l EDD répondant à leurs différentes situations et préoccupations. Cet engagement devrait être pris en compte dans le cadre de réseaux développés consensuellement au plan national. Ceci est un changement considérable qui nécessite l appui et la collaboration, non seulement des gouvernements nationaux mais également de leurs partenaires, tant au plan bilatéral que multilatéral. En même temps, nous ne pouvons pas attendre que tous les dispositifs soient mis en place avant d agir. Nous devons faciliter et encourager l utilisation de la perspective que fournit l EDD dans les processus d éducation et de formation. L éducation doit montrer maintenant sa pertinence à relever les paris de nos sociétés et nous devons apprendre les uns des autres ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ceci n est pas pour prôner une approche ad hoc mais, en ayant la vision d un usage cohérent de l EDD, nous devons profiter au mieux des opportunités qui existent. La conférence de Bordeaux représente une forte opportunité de faire le bilan des avancées et de dégager les perspectives d action des divers acteurs présents. En même temps, c est une initiative particulièrement bienvenue au moment où se prépare le bilan à mi-parcours de la Décennie qui interviendra lors de la conférence mondiale de Bonn en 2009 et la publication du rapport à mi-parcours qui sera soumis à l assemblée générale des Nations Unies en 2010. Il est important de prendre en compte les perspectives régionales et subrégionales qui servent souvent de lien et d incitation entre le local et le global. L on doit toujours garder à l esprit le contexte global. La crise financière et économique

19 actuelle nous fournissent de nombreuses informations sur la réalité de l interdépendance globale. Je souhaiterais insister sur le fait que cette situation entraînée par la crise rend inévitable la nécessité d une vision globale du développement durable et de l EDD. Une telle interdépendance peut être considérée comme «mauvaise» dans le sens où nous sommes tous dans le même bateau et que nous coulerons tous au fond de l océan si le bateau prend l eau. Mais nous devons également nous rappeler que cette situation est «bonne» dans la mesure où le tout est plus fort que la somme des parties qui le constituent et que de multiples bénéfices résultent de notre coopération, de nos partenariats et de nos collaborations. L interdépendance est au cœur du problème mais également au cœur de la solution et c est à ce niveau que l UNESCO est amené à jouer un rôle central comme un catalyseur d une «bonne» interdépendance. Ainsi, au moment où les aspects économiques, environnementaux, sociaux et culturels du développement durable et les stratégies d éducation deviennent étroitement imbriquées, l UNESCO poursuivra son rôle de leader intellectuel, de forum de débats et de rencontres afin d aider les pays comme la communauté internationale à se diriger dans ce que nous pensons être la bonne direction. Le rôle de l UNESCO comme coordinateur et facilitateur est crucial et il est de son rôle de rappeler que la Décennie est un engagement que les pays doivent concrétiser en priorité au travers de leurs priorités et de leurs démarches. Il faut certes s assurer que chacun d entre nous a sa propre responsabilité individuelle mais également réaliser que ce n est qu en travaillant tous ensembles que les plus grands progrès pourront être accomplis, aidés en cela par les directives et les responsables gouvernementaux, même s il faut également rappeler que le développement durable et l EDD sont des entreprises fondamentalement démocratiques. En conclusion, je souhaiterais remercier la France, pays d accueil de l UNESCO, d avoir organisé cette conférence, et remercier également la ville historique de Bordeaux, pour son accueil. Auparavant, j ai insisté sur la nécessité de garder à l esprit la globalité de la démarche, mais il est également important de galvaniser chaque communauté, à tous les niveaux, afin de promouvoir l EDD. Il est encourageant de constater la présence de tant de participants à cette conférence et cette forte participation est la preuve d une forte mobilisation pour une entreprise vitale. Merci. ************************

20 Discours de Andreas KARAMANOS Professeur à l'université d'agronomie d'athènes, Président du comité directeur de l'éducation pour un Développement durable de la Commission Économique des Nations Unies pour l'europe (CEE-ONU) Monsieur le Premier Ministre et Maire de Bordeaux, Monsieur le Président de la Région Aquitaine, Délégués, Mesdames et Messieurs Je suis très honoré de m'adresser à le Conférence International de Bordeaux sur l Éducation au Développement Durable en représentant, comme Président, la Comité Directeur de la Commission Économique pour l Europe de l EDD. Je voudrais exprimer ma gratitude aux organisateurs de la conférence, en particulier à mon collègue distingué, le Professeur Michel Ricard, Président du Comité français de la Décennie, pour leur invitation ainsi que pour leur accueil chaleureux. Cette Conférence, qui accueille les acteurs français et étrangers de l EDD - enseignants de l Université et de l'école, hommes d État, autorités locales, scientifiques, étudiants et élèves, représentants du secteur privé, des ONG et des médias - fournit une chance unique d échanger des expériences et discuter des problèmes pratiques qui se présentent lors de la mise en œuvre de l EDD. Aujourd'hui je vais vous exposer une description brève et concise de la Stratégie régionale pour l EDD de la Commission Économique pour l Europe. Ensuite, je vais mentionner le cours de la mise en œuvre de la Stratégie et désigner les points critiques à envisager audelà. La notion de développement durable constitue le but principal et le modèle de développement des sociétés contemporaines, du moins au niveau verbal. Il s agit d un mode de développement qui satisfait aux besoins courants de la société sans mettre en danger la possibilité des générations suivantes de satisfaire aux leurs. Par conséquent, il est conditionné non seulement par la protection de l environnement au moyen d une gestion raisonnée des ressources naturelles, mais aussi par la bonne santé financière, la justice et la cohérence sociale. De prime abord les termes de «durabilité» et de «développement» semblent contradictoires, puisque l accélération du rythme de développement implique une plus grande exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, ce qui signifie un abaissement de la durabilité et vice-versa. Étant donné que les besoins de développement s intensifient non seulement à cause de l augmentation continue de la population de la terre, mais aussi à cause des exigences augmentées dans la direction de l amélioration des conditions de la qualité de vie, les gouvernements politiques sont obligés d'aborder dans l avenir le plus proche le dilemme «développement» ou «durabilité» en gardant un équilibre délicat entre les deux notions et en évitant les exagérations d'un côté ou de l'autre. Décidément, la notion de durabilité est dynamique: elle évolue. C est pourquoi l évolution d une société durable devrait être considérée comme un processus continu d apprentissage, au cours duquel les problèmes et des dilemmes seraient envisagés, des solutions et des réponses seraient données et, éventuellement, transformées au fur et à mesure que les expériences s'accumulent. Par conséquent, les buts de l éducation pour un développement durable (EDD) doivent finalement contenir l'obtention de connaissances et d'aptitudes, la compréhension profonde des problèmes, l'édification de comportements et de valeurs. Il est donc évident que l EDD dépasse les limites de l'évolution environnementale et se prolonge dans des domaines d'ordre social et économique ayant affaire à la solidarité et à la

21 lutte contre la pauvreté, aux droits de l Homme, au multiculturalisme, à l égalité des sexes, à la santé, à la responsabilité collective, à l économie, aux modèles de production et de consommation etc. L EDD est un processus de formation continue, à partir de l enfance et de l édification de valeurs, de comportements et d attitudes face à la vie, jusqu à l enseignement supérieur et l éducation des adultes. Plus précisément, elle doit correspondre à tous les niveaux de l éducation ordinaire et, de plus, se prolonger dans les formes qui la dépassent. Ce qui importe, en tout cas, c'est la collaboration de l Etat, de l administration locale et des partenaires sociaux. C est au cours de la réunion au sommet des Nations Unies à Rio, en 1992 sur l environnement et le développement, que l importance de l éducation en tant qu instrument de durabilité a été pour la première fois soulignée, et que le terme d «EDD» a été formulé. Dès lors, plusieurs efforts importants ont eu lieu pour la promotion de l EDD. C est l ONU et ses agences (UNESCO, UNECE, UNEP, UNICEF) qui y ont tenu le rôle principal, mais nous devons aussi mentionner des initiatives interétatiques régionales, des réseaux d Universités et d ONG. Au cours du cinquième Congrès «Environnement pour l Europe» (Kiev, 2003) les Ministres de l Environnement des pays de l UNECE (Commission Économique pour l Europe des Nations Unies) ont demandé l élaboration de la mise en œuvre d une Stratégie de l EDD aux 55 pays membres en coordination avec l effort parallèle de l UNESCO pour la décennie 2005-2014. La Stratégie, élaborée par des gouvernements, des institutions d'enseignement, des ONG, et d'autres groupes en collaboration a été approuvée à l unanimité au cours de la réunion transministérielle de Vilnius (en mars 2005) et dès lors elle constitue l instrument de base de la mise en oeuvre de l'edd dans tous les pays membres. LES POINTS PRINCIPAUX DE LA STRATÉGIE La mise en œuvre au niveau national La Stratégie doit être traduite dans toutes les langues des pays membres. Chaque pays doit avoir son propre coordinateur national et les éléments du développement durable doivent être introduits à tous les grades de l'éducation. La collaboration de diverses administrations publiques (Ministères de l Éducation, de l Environnement, ) et locales, de partenaires sociaux, d entreprises, est particulièrement importante pour l introduction et l efficacité de EDD à tous les stades de l éducation ainsi qu au processus de formation continue. La préparation, en procédure participative, de Plans Nationaux de la mise en œuvre de l EDD par un instrument coordinateur indiqué par chaque pays est absolument nécessaire. Les collaborations internationales Elles répondent à la philosophie pour un développement durable qui demande la compréhension mutuelle, le respect des valeurs culturelles et les relations amicales entre les pays. Les collaborations au niveau régional doivent être cherchées à cause des problèmes communs, mais aussi à cause de l efficacité des groupes de travail, des réseaux d institutions universitaires ou de centres de recherches, autant que des ONG internationales déjà créés. Des collaborations de ce genre couvrent mutuellement les déficiences éventuelles relatives aux infrastructures, au matériel éducatif et au personnel compétent. Les actions ciblées De caractère politique, régulateur et fonctionnel Création de programmes EDD pour tous les niveaux de l éducation, introduction de la notion de développement durable à l éducation initiale (à savoir aux programmes d'études universitaires) des enseignants de tous les échelons, élaboration de programmes de formation continue des enseignants déjà en activité, élaboration du matériel pédagogique.

22 De Sensibilisation du public Informer la société de la nécessité de développement durable. Un moyen important à ce sujet c est la formation continue dans le domaine public autant que privé, dans le domaine de l industrie, des transports et de l agriculture. D'accroissement de la compétence du système de l'éducation L éducation initiale ou la formation continue des enseignants de tous les grades en ce qui concerne l EDD en constitue un élément fondamental. De création d'outils et de matériel éducatif adaptés Elle concerne tous les degrés de l éducation - formel, non formel ou informel - au sujet de thèmes généraux autant que spécialisés, appliqués à l enseignement ou à l autoformation et elle est adressée aux enseignants autant qu aux enseignés. L emploi de moyens électroniques et audiovisuels, de ressources multimédia et l encouragement de l éducation à distance constituent un moyen important d amélioration de la compétence du processus éducatif. De promotion de la recherche dans le cadre de l EDD Il y a urgence de recherche, mais d autre part un vaste champ s y offre dans plusieurs domaines relatifs à l EDD, tels le contenu éducatif, la méthodologie de l enseignement, les outils d'évaluation, l édification de comportements et de valeurs, la mise en œuvre de technologies d information et communication (TIC) etc. Les résultats de la recherche doivent immédiatement être mis en valeur dans le système de l'éducation. L'évaluation de la mise en œuvre Calendrier Bien que la mise en œuvre de la Stratégie soit un processus continu, trois phases de développement ont été indiquées afin de nous permettre d en suivre le cours plus facilement : 1) Première phase (jusqu en 2007) : C est la phase initiale, pendant laquelle chaque pays devra évaluer la situation actuelle, identifier des déficiences éventuelles, envisager des moyens pour les affronter et entamer des activités préparatoires (par exemple, la traduction de la Stratégie, la nomination d un coordinateur national, le développement d un plan national d action, le développement de méthodes d évaluation et d indicateurs qualitatifs au sujet de la mise en oeuvre de la Stratégie, etc. 2) Deuxième phase (jusqu en 2010) : Mettre en marche la réalisation des prévisions de la Stratégie et inspection du cours de développement de certaines actions précises déjà en cours. 3) Troisième phase (jusqu en 2015 et au-delà) : La mise en oeuvre de l EDD doit avoir fait preuve d un progrès considérable. Élaboration d indicateurs Un système d indicateurs est nécessaire pour faciliter l évaluation quantitative et qualitative du cours de la réalisation de la Stratégie. Le développement du système a été confié à un groupe d'experts. Coordination de la mise en œuvre de la Stratégie Un Comité Directeur a été constitué, composé de membres désignés par les Gouvernements des 55 pays de l UNECE. Les organisations internationales (Union Européenne, UNESCO, OCDE, Conseil de l Europe, Centres Régionaux de l Environnement, Bureau Européen de l Environnement, ) ainsi que les ONG (European ECO-Forum, ENSI, BIOM ) désignent leurs représentants en qualité d observateurs. Le Comité est dirigé par un Président élu par les membres pour deux ans et il est soutenu par un secrétariat fourni par l UNECE. Ses réunions ont lieu une fois par an à Genève. Le Comité est chargé de la promotion et de la coordination de la mise en oeuvre de la Stratégie en connexion avec des actions internationales analogues. En plus il est chargé d'acter les progrès de la mise en

23 oeuvre, de l établissement de priorités, du règlement de problèmes, de l organisation des groupes de travail... Le Comité Directeur a constitué un Bureau, composé du Président du Comité et de cinq membres désignés par le Comité, qui s occupe de questions d'actualité. Il se réunit deux fois par an et met le Comité au courant de ses activités. On ne saurait pas manquer de mentionner que le fonctionnement et la soutenance administrative des instruments en question ne sont pas subventionnés par le budget de l O.N.U. mais par des donations financières en argent et en espèce de la part des Etatsmembres. LES DÉVELOPPEMENTS RÉALISÉS À CE JOUR Le Comité Directeur de l'unece s'est réuni pour la première fois les 13 et 14 décembre 2005, puis les 5 et 6 décembre 2006 et le 31 mars et le 1er avril 2008. Au cours de ces séances, le Comité a pu ainsi suivre le cours de la mise en œuvre de la Stratégie par les Etats-membres de l UNECE et l'implémentation des bonnes pratiques, promouvoir des collaborations d activités analogues au niveau régional, ou encore approuver la constitution d un système d évaluation du cours de la Stratégie moyennant un nombre d indicateurs. À la suite d efforts systématiques le Comité a en outre imposé une séance spéciale pour l EDD au cours du Congrès «Un Environnement pour l'europe» (Belgrade, 10-12 octobre 2007), il s est occupé de la compétence du processus de l Éducation dans le cadre de l EDD et a élaboré un Plan d Action pour la mise en œuvre de la deuxième phase de la Stratégie (2008-2010). Plus particulièrement, lors du Congrès de Belgrade on a remarqué une participation impressionnante de Ministres, Secrétaires généraux et délégués nationaux à la séance spéciale de l EDD (présidée par le vice-ministre de l Éducation de la Grèce. Mgr S. Taliadouros). La Déclaration commune des Ministres encourage tous les pays à intensifier leurs efforts au profit de la mise en œuvre de la Stratégie. En plus, l amélioration de la compétence du processus de l éducation, l accélération de la transformation de l éducation environnementale à l EDD, la promotion des outils nécessaires et de la diffusion de bonnes pratiques ont été considérées comme des domaines de priorité. Le programme d'évaluation du processus de mise en œuvre de la Stratégie au moyen des indicateurs est près de son achèvement durant l année 2008. Le groupe d experts a proposé un nombre d indicateurs et il est en train de formuler des instructions détaillées qui faciliteront la mise en oeuvre du système. 36 pays ont déjà évalué de façon expérimentale la mise en œuvre de la Stratégie au niveau national avec un succès considérable. La mise en oeuvre complète du système dans tous les pays est prévue pour l année 2010. Un catalogue de «bonnes pratiques» appliquées par 49 pays et Organisations dans le cadre de l EDD a été publié par l UNECE et présenté à son site électronique (www.unece.org/env/esd). Pendant cette même période le Bureau a été convoqué huit fois afin de préparer les sujets de discussion des séances du Comité Directeur en participant activement au processus d organisation du Congrès de Belgrade. POSTFACE En guise de conclusion je vais vous exposer quelques extraits de la vision de la Stratégie qui contient toute la philosophie de l EDD, ce but crucial et décisif pour l avenir de notre planète : «Nous rêvons d une région qui adopte des valeurs de la solidarité, égalité et le respect mutuel entre les peuples, les pays et les générations. Une région qui se caractérise par le développement durable, y compris la vitalité économique, la justice, la cohésion sociale, la protection de l environnement et la gestion durable des ressources naturelles L éducation est non seulement un droit de l Homme, mais également une condition sine qua non du

24 développement durable et un outil indispensable à une bonne gouvernance, à des décisions éclairées et à la promotion de la démocratie. En conséquence, l EDD peut contribuer à la réalisation de notre dessein Elle peut favoriser un changement des mentalités et ce faisant permettre la création d un monde plus sûr, plus salubre et plus prospère, où la qualité de vie est meilleure». C est ce changement de mentalité et d attitude face à la vie que nous sommes invités à enseigner aux jeunes générations au moyen de l EDD. Il s agirait du meilleur des investissements possibles au profit de l avenir de notre planète. ************************

25 Discours 4 de Elisabeth BITTNER, Direction générale de l'éducation et de la Culture, Commission Européenne Mesdames et Messieurs, C est avec un grand plaisir que je participe à cette conférence et que je m adresse à vous pour parler d un sujet qui nous tient à cœur. Il y a un large consensus en Europe sur le rôle clé de l éducation et de la formation pour induire les changements nécessaires à la réalisation des objectifs de l EDD. Les pays membres de l Union européenne ont pour responsabilité première d éduquer et de former leurs citoyens, et c est le rôle de la Commission d aider les états membres grâce à la Méthode Ouverte de Coordination (Open Method of Coordination) qui permet de faciliter la mise en place d un environnement propice pour la réalisation des buts et des objectifs de la Décennie des Nations Unies. Les autres méthodes de coopération sont le renforcement des formations entre enseignants, le maintien et l encouragement du dialogue entre la Commission et les divers acteurs et, également, un meilleur suivi de la Commission. Au niveau de l Union européenne, l agenda de Lisbonne a permis de mettre en œuvre un programme de travail commun. Le réseau stratégique «Éducation et formation 2010», accepté lors du conseil de Barcelone en 2002, a servi de chapeau à l ensemble des politiques d éducation et des programmes de soutien s y rapportant. Au plan opérationnel, le programme 2007-2013 d éducation tout au long de la vie (Lifelong Learning Programme 2007-2013) est un outil majeur ayant pour rôle de développer le rôle des systèmes d éducation et de formation et d apporter un soutien financier adéquat. Les actions génériques de ce programme incluent le financement de la mobilité individuelle, les partenariats, les projets et les réseaux, les outils pédagogiques et les crédits pour les actions et la diffusion des résultats. «Éducation et formation 2010» a permis de mettre en chantier plusieurs initiatives importantes au cours des dernières années et a financé de nombreux projets d éducation concernant le programme d éducation tout au long de la vie et de l ESF. De nombreux projets d EDD et d échanges partenariaux ont été également financés grâce à ce programme. Les initiatives se rapportant à l EDD sont les suivantes : le rapport sur l équité et l efficacité, les recommandations sur les compétences clé pour l'éducation tout au long de la vie, le rapport sur la qualité de l'éducation des enseignants en Europe, les deux rapports sur l'apprentissage des adultes et, enfin, le rapport sur l'éducation scolaire adopté durant l'été 2008. Ce rapport est un agenda pour une future coopération dans trois principaux secteurs : compétences clé, équité, et personnel enseignant. Du point de vue de l'union européenne, la coopération européenne peut avoir une forte valeur ajoutée pour ces divers sujets. Permettez-moi d'attirer votre attention sur le concept des compétences clé. L'EDD est un concept étroitement lié avec ces valeurs de bases individuelles que sont l'intégrité et la responsabilité et nous devons mettre l'accent sur l'importance des compétences clé et sur leur prise en compte dans tous les niveaux de la formation. Ce sont des éléments de base 4 Le discours original est en Anglais et la version présentée a fait l'objet d'une traduction.

26 de la vie qui incluent le sens de l'initiative, la pensée critique, la résolution des problèmes 5 et qui sont étroitement liés à l'edd. Si nous devons progresser en Europe, il est indispensable de suivre une politique car certains états membres sont à la traîne dans un secteur ou dans un autre. Dans une perspective européenne, les principales préoccupations concernent ce que j'appellerais les manques d'équité et les manques de qualité. En dépit de tous les efforts, il subsiste un défi majeur pour :! s'assurer que tous les systèmes deviennent plus équitables lors de l'amélioration des niveaux de compétence;! accélérer les progrès dans la prise en compte des indicateurs et des références de l'agenda de Lisbonne. L'éducation des plus petits n'est pas satisfaisante, les résultats obtenus dans les lycées et les compétences clé continuent à être un problème dans une grande partie de l'europe. Les données montrent que dans l'europe des 27, une personne sur six âgée de 18 à 24 ans quitte encore l'école avec un niveau au plus égal à celui du collège et ne participe ensuite en aucune façon à quelque autre processus d'éducation ou de formation que ce soit. Le pourcentage est de 15,6% et les prévisions de l'eu pour 2010 sont de 10%. Il faut donc : améliorer la formation des enseignants, améliorer leurs compétences et développer leur capacité de décision et d'action au niveau régional, national et local; utiliser les capacités de l'enseignement supérieur pour agir sur les orientations que doit prendre l'europe. Aussi longtemps que des obstacles basiques liés à ces défis ne seront pas franchis, il ne sera pas possible de réussir une implantation large et complète de l'edd. D'un autre côté, les objectifs de la Décennie ont connu un certain nombre de résultats et je souhaiterais résumer le premier rapport de la Commission sur le développement durable : plusieurs pays ont élaboré leur propre programme national ou leur propre stratégie pour l'edd et certains ont développé des recommandations et des plans d'action; la majorité des états membres se réfère à des objectifs, principes et engagements inclus dans la déclaration du Millénaire et à l'implémentation de la stratégie de l'unece pour l'edd; tous les états membres ont de manière explicite inclus les principes de l'éducation au développement durable dans leurs curriculums. Les aspects sociaux et économiques des programmes sont plus particulièrement pris en compte dans l'enseignement secondaire ou dans la formation des adultes. l'edd fait partie de la formation durant leur service de la plupart des enseignants de l'ue, avec une tendance à y inclure également la citoyenneté, les droits de l'homme, l'inter culturalité en ne se limitant pas au dialogue environnemental. en outre, les enseignements universitaires pour les enseignants et les centres d'excellence liés à l'edd ont été mis en place. Un inventaire récent de la Commission sur les pratiques innovantes des états membres et des pays de la commission économique européenne souligne l'existence d'une activité substantielle dans le domaine de l'edd, soulignant ainsi une inflexion de l'éducation environnementale vers l'edd. L'innovation des contenus est l'élément le plus récurrent dans les pratiques incluant les thèmes liés à la globalisation (droits de l'homme, relations Nord-Sud, ), à des modes de 5 http://ec.europa.eu/education/policies/2010/objectives_en.html#basic

27 vie plus sains (alimentation plus saine par exemple) et à la consommation d'énergie favorisant les énergies renouvelables. L'innovation dans la manière dont les informations souligne l'émergence du rôle des nouvelles technologies. La mise en place de nouveaux partenariats et de nouveaux réseaux ont facilité la création de réseaux entre les universités au niveau national comme au niveau international, y compris les communautés d'entrepreneurs et d'experts au travers d'une grande variété de thèmes les concernant. L'innovation développée à un niveau institutionnel requiert d'impliquer les ministères dans ces divers projets au travers de labels nationaux par exemple. Je souhaiterais conclure par quelques considérations : L'Europe a fait de considérables projets en matière d'edd, mais doit toutefois développer dans l'avenir de nouvelles compétences dans le secteur de l'éducation en redéfinissant le rôle et le profil des enseignants et des formateurs. La politique en matière d'éducation doit renforcer les capacités à mettre en place l'edd en développant des cadres au sein desquels sera plus largement développée l'edd. La création de nouveaux partenariats entre le monde de l'éducation et de la formation et celui des affaires et de la société civile renforcera le dialogue qui doit être permanent afin d'instaurer des liens tangibles entre les pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. L'Europe a développé avec succès un certain nombre de bonnes pratiques. Ceci est un résultat important, toutefois ces exemples doivent être partagés entre les divers pays. Le défi consiste à inclure en priorité ces bonnes pratiques dans les systèmes existants, du primaire à l'enseignement supérieur. L'année 2009, dédiée à la créativité et à l'innovation, permettra d'approfondir la stratégie de la commission avec l'accent mis sur la politique d'éducation comme axe central de cette politique. Cette "Année" peut être une excellente occasion de promouvoir l'edd, pour stimuler les débats sur les divers volets de l'edd et de mettre l'accent sur les approches pratiques. Ceci peut constituer un terreau fertile pour l'innovation en EDD et je voudrais vous inviter à saisir l'occasion de cette année 2009. Je vous souhaite une excellente conférence. Merci. ***********************

28 Discours 6 de Tsunashige SHIROTORI Premier secrétaire de la délégation permanente du Japon à l'unesco Excellences, Mesdames et Messieurs, Je remercie le Professeur Michel RICARD de m'avoir offert la possibilité, lors de cette cérémonie d'ouverture, d'avoir l'honneur de vous présenter brièvement le forum international de Tokyo 2008 sur l'éducation au développement durable. Ce forum international sur l'edd se tiendra à Tokyo du 2 au 5 décembre 2008. Il est organisé par l'unesco, par le ministère de l'éducation japonais ainsi que par la commission nationale japonaise auprès de l'unesco. Le forum comprend deux parties. Une partie est consacrée à la revue des actions en matière d'edd dans la région Asie-Pacifique avec l'accent mis sur les bonnes pratiques et sur les outils pédagogiques. L'autre partie se rapporte à une approche plus globale avec la participation d'acteurs provenant d'aires géographiques plus élargies et traitant de trois thèmes : la formulation de projets basés sur des coopérations amicales; le développement de partenariats; la recherche et l'innovation en matière d'edd. L'Humanité fait face à de graves défis au plan global et au plan régional. Les catastrophes, diverses, le changement climatique, les tensions entre civilisations, les crises financières je ne peux pas tous les citer - sont autant de sujets de préoccupation qui appellent des solutions urgentes qui ne peuvent être trouvées que par des actions communes faisant appel à l'implication des secteurs public et privé et à tous les niveaux de partenariat, pays, régions, communautés, individus. Par chance, un certain nombre d'avancées ont été déjà réalisées et un certain nombre d'autres sont en cours, mais nombre d'entre elles ont été réalisées de manière individuelle alors qu'il est nécessaire de mener des actions interdépendantes. Toutefois, quoiqu'il en soit, il faut croire en l'edd. Nous, les citoyens,, doivent réaliser que c'est une question qui nous concerne tous, qui concerne le futur de l'humanité et qu'il faut mener ces actions sans se soucier des différences d'environnement économique ou social. Par conséquent, Lors du forum international de Tokyo, et afin de mettre en œuvre des actions concrètes, nous essayerons d'identifier des projets stratégiques qui correspondent aux besoins des diverses régions prises en compte, aux diverses communautés et aux divers partenaires, mais également en portant notre attention au partenariat avec les secteur privé et la société civile afin d'explorer les possibilités de coopération globale en matière d'edd, et également de nous pencher sur la recherche touchant à l'edd. Le Professeur RICARD, a accepté de participer et d'intervenir à l'une des sessions de ce forum. Cette participation permettra d'enrichir les débats du forum de Tokyo en présentant les résultats des travaux de cette conférence de Bordeaux. Nous sommes extrêmement heureux d'être présent aujourd'hui et de participer à cette conférence avec tant d'acteurs et partenaires en EDD, provenant de divers pays de diverses origines. Ce sera pour moi un grand plaisir de me joindre aux sessions qui vont débuter cette après-midi et j'attends avec impatience la restitution des résultats des diverses sessions lors de la séance finale, en particulier ceux traitant des partenariats en matière d'edd. Vous remerciant de votre attention, je souhaite que cette conférence atteigne ses objectifs. *********************** 6 Le discours original est en Anglais et la version présentée a fait l'objet d'une traduction.

29 Discours de Jean-Michel VALANTIN Haut fonctionnaire au Développement durable, ministère de l Éducation nationale J aimerais remercier la Municipalité de Bordeaux et la Région Aquitaine, Monsieur le Président du Comité de la Décennie pour l éducation au développement durable, Mesdames et Messieurs les représentants des institutions internationales, Mesdames et Messieurs les représentants des nombreux pays présents ici aujourd hui. Si nous sommes réunis, c est aussi pour apprécier les progrès effectués dans le champ de l éducation au développement durable. Ce champ, largement ouvert en France par le Comité national de la Décennie des Nations Unies pour l éducation au développement durable, constitue un enjeu essentiel pour faire entrer le 21ième siècle dans de nouvelles dynamiques. A ce sujet, je tiens à saluer particulièrement le remarquable travail du Professeur Michel RICARD en tant que Président du Comité de la Décennie. Comme le disaient Monsieur le Maire de Bordeaux et Monsieur le Président de la Région Aquitaine, sans éducation, le développement durable ne pourra s implanter durablement. Aussi, le ministère de l Éducation nationale est particulièrement engagé dans cette politique éducative par le biais de la généralisation de l éducation au développement durable à laquelle le ministre de l Éducation nationale est particulièrement attaché. En outre, bien qu il ne puisse être parmi nous, le Directeur général de l Enseignement scolaire m a expressément demandé de rappeler l importance toute particulière qu il accorde à vos travaux et son intérêt personnel pour ces questions car notre ministère en est devenu l un des acteurs essentiels. Permettez-moi de vous donner quelques éléments de contexte car tout le monde ne connaît pas forcément parfaitement l institution relativement développée qu est l Éducation nationale en France. L Éducation nationale compte 850 000 enseignants et près de 12 millions d élèves, et le territoire français est divisé en 30 académies. La mission du ministère vise à amener les élèves à devenir des citoyens accomplis et responsables. Les évolutions de notre temps l amène donc naturellement à intégrer les problématiques de développement durable. Pendant trente ans, il faut bien le dire, l Éducation nationale a traité ces questions de manière assez lointaine. Elles ont été heureusement assurées par tout un réseau de partenaires, notamment d associations spécialisées, car le ministère avait du mal à complètement y entrer. Les choses ont cependant changé en profondeur depuis quelques années. Entre 2004 et 2007, le ministère de l Éducation nationale est entré dans une politique de généralisation de l éducation au développement durable. En outre, l année scolaire 2007/2008 a été marquée par l entrée de l éducation au développement durable dans une phase accélérée de sa généralisation tandis que de nombreux travaux de fond, lancés notamment dans le cadre du Grenelle de l Environnement, en particulier par le biais du groupe de travail interministériel et inter catégoriel de l atelier «Éducation» présidé par Jacques BRÉGEON, ont produit des rapports importants. Je salue, à cette occasion, les personnes qui ont participé à cet atelier et qui sont présentes dans la salle. Pour l Éducation nationale, il s agit donc de former nos élèves à la complexité des enjeux du XXIe siècle, d en faire des citoyens capables de faire des choix raisonnés et de les assumer. Permettez-moi de rappeler les principes de cette éducation. Avant toute chose, il s agit de se rappeler que le développement durable, défini en 1987 dans le rapport de Madame BRUNDTLAND, Présidente de la Commission mondiale sur l environnement et le développement durable, est énoncé comme étant un développement qui répond aux besoins

30 des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. En embrassant la complexité des relations entre l environnement, la vie sociale et les pratiques économiques, le développement durable est donc, par nature, transversal. Il articule ainsi la préservation de l environnement, la diffusion et la pérennisation de pratiques sociales et solidaires et une économie qui intègre, plus que jamais, les notions d équité. Dans un monde de ressources limitées qu elles soient minérales ou agricoles, il est nécessaire de comprendre le monde dans son actuelle complexité. C est de cette complexité dont s empare l Éducation nationale et c est pour cette raison que l éducation au développement durable est présente dans le socle commun de connaissances et de compétences, ce document qui établit ce qu il est indispensable de maîtriser pour un élève au moment où il quitte le système scolaire, et ce afin de mener pleinement son existence de citoyen. Le socle commun de connaissances et de compétences est divisé en sept piliers. L éducation au développement durable est présente en particulier, mais pas uniquement, dans le pilier 3 «culture scientifique et technique», le pilier 5 «culture humaniste» et dans le pilier 6 «compétences sociales et civiques». Le ministère de l Éducation nationale a décidé de faire entrer les problématiques du développement durable dans l ensemble des programmes d enseignement. Ce travail a commencé dès 2004, en particulier dans les programmes d Histoire-Géographie, de Sciences de la vie et de la terre, de Physique-Chimie, se poursuit et s approfondit. A titre d exemple, les programmes du premier degré récemment revus permettent d initier les élèves à ces notions dès le CE2. Pour nos amis étrangers, cela signifie entre sept et huit ans. Par ailleurs, les nouveaux programmes de géographie de 5 ème qui seront mis en application l année prochaine sont intégralement dédiés aux thèmes «humanité et développement durable». Dès que les programmes d enseignement changent, cela signifie que l ensemble des élèves concernés reçoit cette éducation. De nombreux thèmes de convergence comme l eau ou l énergie sont proposés afin que les enseignants puissent orienter leurs enseignements tout en facilitant les approches interdisciplinaires, toujours dans le souci de cette transversalité. Toutefois, l éducation au développement durable ne se limite pas aux enseignements. Comme l établit la circulaire de mars 2007, l éducation au développement durable concerne aussi le fonctionnement même des établissements. Ces derniers peuvent entrer désormais en démarche globale de développement durable que nous surnommons dans notre jargon «E3D». Chaque projet d établissement peut ainsi intégrer la dimension pédagogique propre aux enseignements disciplinaires et interdisciplinaires, la vie scolaire, les actions éducatives et la gestion durable en un tout cohérent en termes de développement durable. Les écoles et les établissements sont le lieu de travail et de vie où le développement durable peut être concrètement mis en œuvre. Lorsqu il entre en démarche globale de développement durable, l établissement scolaire constitue l unité privilégiée de cette stratégie. Depuis 2005, les premières expérimentations de la démarche globale de développement durable des établissements scolaires ont cédé la place à une généralisation bien engagée. Plusieurs centaines d établissements sont désormais concernés et, à terme, tous doivent entrer dans cette démarche. La Direction générale de l Enseignement scolaire travaille d ailleurs actuellement à l élaboration d un guide de l établissement en démarche de développement durable destiné à faciliter la mise en œuvre de cette démarche par les équipes éducatives et par les élèves. Les enseignants sont les principaux acteurs de l éducation au développement durable. Ils doivent donc bénéficier d une formation initiale et continue à l éducation au développement durable. Il convient de rappeler, entre autres, le programme national de pilotage de mars dernier qui établit le lien scientifique et pédagogique entre les géosciences et l éducation au développement durable, et qui a permis de former de nombreux personnels d enseignement

31 et d encadrement. En effet, la formation concerne non seulement les professeurs, mais aussi les personnels d encadrement. Ainsi, l École supérieure de l Éducation nationale proposera prochainement des formations à l EDD et, dans un nombre croissant des 30 Académies qui couvrent le territoire, les formations «éducation au développement durable» sont de plus en plus interdisciplinaires et multi catégorielles. Ainsi, les personnels d enseignement, les personnels d encadrement et les personnels techniques peuvent être formés ensemble aux problématiques du développement durable, en appréhender ensemble la complexité et la transversalité pour mieux les transposer au sein des écoles et des établissements. Enfin, ces formations se font en partenariat avec des acteurs reconnus qui ne sont pas du monde éducatif. Les ressources pédagogiques sont une problématique essentielle. Le Centre national de Documentation pédagogique et le réseau des Centres régionaux et départementaux de Documentation pédagogique, en particulier le pôle national de ressources pour l éducation au développement durable d Amiens, sont des producteurs essentiels et de qualité, mais ils ne sont pas les seuls. En effet, dans les académies, des partenaires de grande qualité proposent aussi de nombreuses ressources qui intègrent clairement la dimension transversale de cette éducation. Pour les enseignants, il est nécessaire d accéder aux ressources pédagogiques propres aux démarches transversales de l EDD. Ces ressources sont nécessaires pour leur enseignement, mais aussi pour leur autoformation. Un travail en ce sens est mené par le ministère, le Centre national de Documentation pédagogique et le pôle national d Amiens, pour l éducation au développement durable. L EDD est particulièrement soutenu par les partenariats qui se multiplient, que ce soit avec les services déconcentrés de l État, les établissements publics, les associations agréées, les collectivités locales ou les entreprises. Je tiens à rappeler qu il existe déjà, entre autres, plus de 12 plans régionaux d éducation au développement durable qui associent les Académies, les collectivités territoriales, les réseaux associatifs et les entreprises. Sans ces partenariats, l éducation au développement durable perdrait de sa dimension transversale. Il est donc important de les renforcer car c est tous ensemble, en coordonnant toutes les dimensions de l éducation au développement durable, les dimensions scolaires et non scolaires, que nous pourrons ainsi réussir le développement durable. Je vous remercie. ***********************

32 Discours 7 de Alastair BLYTH Analyste principal, Direction de l Éducation, OCDE Professeur RICARD, je vous remercie de m'avoir invité à m'adresser aux participants à cette conférence et j'espère que ces trois jours seront riches en discussions et en résultats. Ainsi que cela a déjà été dit, l'éducation pour un développement durable a pour finalité de construire un futur durable pour les présentes générations comme pour les générations futures. Elle vise à préparer toutes les personnes à vivre une vie agréable, maintenant et dans le futur et à préserver les acquis indispensables à un développement social, économique, culturel et personnel. Comme cela a été également dit, les enseignants sont la pierre angulaire de cette démarche d'edd, qui concerne à la fois les enseignants et les apprenants. A l'ocde, Organisation de la Coopération et de Développement économique, nous avons 30 pays membres et notre fonction est d'être un forum politique où l'on débat d'intérêts communs et de politiques. Nous avons également des relations avec 70 pays, à la fois au niveau national et au niveau local. L'OCDE a travaillé dans divers champs de l'edd au cours des 20 années écoulées. Nous avons notamment pris en compte la démarche d'éducation tout au long de la vie ainsi que les compétences nécessaires à une économie de connaissance au moment où les compétences évoluent pour inclure certaines spécificités comme le travail en équipe et les capacités à résoudre les problèmes. Au cours des cinq années écoulées, l'ocde a travaillé sur les compétences destinées à préserver les acquis, y compris ceux visant à développer le capital social comme l'amélioration des relations sociales dans, parmi et entre les communautés. Concernant la sensibilisation à l'environnement, l'ocde a contribué à la création de ENSI (Environmental School Initiatives) en 1986. L'OCDE continue à travailler sur l'edd. La réunion annuelle des experts en développement durable continue à travailler sur les questions relatives à l'edd. Le comité de l'ocde sur la politique de consommation va poursuivre son travail en abordant la question de la consommation durable. Et, dans le même temps, le directoire sur l'éducation passe en revue les approches nationales et les réseaux définissant et implémentant l'edd. Nous poursuivons également nos analyses sur les avancées de PISA 2006, un programme sur les acquis internationaux des étudiants dont certains aspects portent sur la sensibilisation des étudiants à la protection de l'environnement. Nous travaillons également sur le leadership scolaire et sur les compétences nécessaires aux enseignants. Nous espérons publier un rapport sur l'enseignement supérieur et le développement durable d'ici la fin 2008. Ce document traite de certains des défis que doit relever l'implémentation de la stratégie de l'edd : par exemple, l'absence de leadership dans les institutions d'enseignement supérieur et dans les gouvernements, mais également la faible importance accordée à ces questions par les étudiants ainsi que par certains employeurs qui recrutent ces étudiants. Cependant, le rôle des institutions d'enseignement supérieur dans le développement durable des communautés a été souligné dans certains travaux de l'ocde qui rappelle combien les universités sont des acteurs clés des économies régionales en fournissant aux entreprises locales des cadres nécessaires aux activités de recherche et d'innovation indispensables à la compétition globale, mais également en apportant aux communautés et 7 Le discours original est en Anglais et la version présentée a fait l'objet d'une traduction.

33 aux entreprises des formateurs de talent. Ceci est une manière de penser global et d'agir au plan local. Nous nous intéressons également aux infrastructures au travers d'un projet destiné à évaluer les performances des constructions et le rôle joué par l'environnement scolaire. Nous publions des études de cas pour illustrer cette thématique dans notre compendium où la durabilité, qui inclut performance environnementale, sécurité, besoins spécifiques en matière d'éducation, est un des critères essentiels de sélection par un jury international. Ceci vise non seulement à montrer ce qui a été fait mais également ce qui peut être fait et inspirer les autres pour des réalisations ultérieures. Les bâtiments destinés à l'éducation, à l'exemple de tout bâtiment, contribuent de manière substantielle aux émissions de carbone à la fois par leur construction, leur entretien et leur utilisation. De même, leur localisation peut générer un trafic routier plus ou moins important avec une utilisation conséquente d'énergie et d'émission de carbone. Notre programme de travail 2009-2010 se penchera sur les bénéfices des installations en accord avec les principes du développement durable. Certains bénéfices peuvent être plus facilement quantifiables que d'autres comme rationnaliser l'utilisation des sources d'énergie et l'efficacité énergétique. Mais il y a également d'autres bénéfices comme développer la sensibilisation des étudiants à l'environnement au travers de l'interaction avec l'environnement physique, utilisable comme outil pédagogique, ou encore comme leur interaction avec leur curriculum, ou leur interaction avec les autres étudiants ou avec les personnels. Les écoles sont des endroits d'apprentissage et il est important de voir de quelle manière les questions de durabilité sont incorporées à l'environnement scolaire de manière holistique. Enfin, lors d'un récent atelier sur l'edd qui s'est tenu en septembre 2008, six semaines avant cette conférence, les participants ont analysé certains des défis posés par l'implémentation de l'edd et ont relevé l'absence de volonté politique et, par voie de conséquence, de financements adéquats. Dans le contexte économique mondial actuel, il est à craindre que l'edd arrive au dernier rang des priorités affichées, cependant un futur compatible avec le développement durable demande que l'on accorde à chacun un accès à l'éducation et que l'edd reste au premier rang des priorités. ***********************

34 Discours de Jean-Louis BERGEY Délégué régional, Agence de l Environnement et de la Maîtrise de l Energie - ADEME Monsieur le Président du Comité français de la Décennie, Mesdames et Messieurs, Je vous prie d abord de bien vouloir excuser la Présidente de l ADEME, Madame Chantal JOUANNO, qui n a pas pu venir aujourd hui en raison d obligations liées à l actualité française en matière d environnement. En son nom, je suis heureux d ouvrir ce colloque sur l éducation au développement durable, un sujet important pour l avenir de notre société. En Europe, nous nous sommes fixé l objectif de réduire de 20 % nos consommations d énergie d ici à 2020. Environ un quart du chemin, voire plus, peut être fait simplement en changeant nos habitudes dans notre milieu professionnel ou dans notre vie privée. Eteindre les ordinateurs ou les lumières, conduire de façon plus souple, chauffer juste ce qu il faut en hiver, éviter de faire entrer la chaleur en été, boucher les fuites des circuits d air comprimé dans les entreprises, sont autant de gestes indispensables pour progresser vers un monde moins gourmand en énergie et en matière. Dans le domaine des déchets, c est la même chose. Le tri ne peut être bénéfique que si les producteurs de déchets trient bien et beaucoup, mais c est encore mieux si ces trieurs deviennent des consommateurs responsables limitant les gaspillages de matière et d énergie tout au long de la chaîne de production, de consommation et de fin de vie. Je pourrais également citer les domaines de l eau et des transports dont l'amélioration dépend aussi de nos comportements. Dans tous ces secteurs, nous n y arriverons que si nous sensibilisons et éduquons les citoyens non seulement dans le système éducatif, mais aussi tout au long de la vie, sans relâche et avec obstination car nous sommes confrontés à deux obstacles majeurs. Le premier est la facilité avec laquelle l Homo sapiens peut oublier certains gestes dès que les messages s arrêtent ou que la situation se relâche. Dans les années 80 et 90, nous avons constaté une reprise des comportements de gaspillage de l énergie avec la baisse du prix du pétrole. De la même façon, en France, les 18-30 ans hors du foyer parental sont parmi les plus mauvais trieurs de déchets alors qu ils en ont parlé à l école et qu ils trient chez leurs parents. Le deuxième est que les messages sur le développement durable vont à l encontre de quatre caractéristiques fondamentales de notre société moderne, à savoir la consommation, l égoïsme, l hédonisme et l immédiateté. Or, nous proposons à nos concitoyens de consommer différemment, de consommer moins, de penser aux autres près de chez eux et de par le monde, de se contraindre aujourd hui sur certains aspects pour être moins contraints demain, de penser aux générations futures ou à leur propre futur s ils ont encore 50 ans à vivre. C est donc un changement de société que nous devons opérer, non pas pour revenir en arrière, mais pour en inventer une autre plus sobre et plus propre.tout ceci ne peut se faire sans la sensibilisation, l information et l éducation de tous et à tout âge. C est dire le chantier immense mais passionnant qui s ouvre à nous. La Décennie des Nations Unies pour l éducation en vue du développement durable est donc la bienvenue en ce moment charnière, elle est même indispensable pour impulser une dynamique planétaire. Elle ne sera cependant qu un début car le chemin sera long et difficile, mais le plaisir de la réussite n en sera que plus grand. L ADEME, établissement public de l État, fera sa part en France et dans le cadre des coopérations qu elle mène avec certains pays dans les domaines qui sont les siens, avec

35 tous les acteurs de la société. Nous avons aussi beaucoup à apprendre des pratiques des autres pays et c est pour cela que nous sommes présents à ce colloque et que nous le soutenons. J espère que ces trois jours vous apporteront également beaucoup et que vous aurez l opportunité d apprécier les charmes de la ville et de la région, de façon à ce que vous gardiez de votre séjour un souvenir durable. Je vous remercie de votre attention. ***********************

36 Discours de Roland GÉRARD Co-président du Collectif français pour l éducation à l environnement vers un développement durable C est à cause de lui et de quelques autres avec lui, en 1789, que la France est appelée terre de liberté ou patrie des Droits de l homme. Si vous allez à Paris, au carrefour de l Odéon, vous y trouverez une statue de Danton dont le socle porte cette citation : «Après le pain, l éducation est le premier besoin du peuple». Sans doute Condorcet l avait-il inspirée Nous sommes dans l urgence et beaucoup de choses ont été dites, écrites et signées, mais si peu ont été faites. Et si nous repartions de là où nous sommes pour, durant ces trois jours qui nous sont donnés, aller beaucoup plus loin ensemble? Que serions-nous sans l Histoire? Lors des années 70, la prise de conscience de la crise environnementale a commencé à devenir vraiment collective. Notre économie et notre industrie, en un mot notre développement, portaient déjà une très grave atteinte à l environnement. A Stockholm, en 1972, nous parlions de mal incalculable, de dommages considérables et du devoir solennel de protéger et d améliorer l environnement pour les générations présentes et futures. 35 ans après, avons-nous réalisé notre travail? Ceux de ma génération en étaient à l adolescence, à l heure où l on prend ses engagements pour la vie. Ce message des Nations Unies était très clair et c est dans cette clarté que de nombreux acteurs de terrain ont avancé en confiance. Au plus haut niveau, l on disait ce qu'attendaient les associations et les territoires. Au sujet de l éducation, les mots de Stockholm sont en accord avec cette prise de conscience: "Il est essentiel de dispenser un enseignement sur les questions d environnement aux jeunes générations et aux adultes". Il y a 35 ans, avonsnous seulement commencé? A Tbilissi, en 1977, lors de la conférence intergouvernementale sur l éducation relative à l environnement organisée par l UNESCO et le PNUE, l on parle de la création d une attitude réfléchie et attentive à l égard de l environnement. La conférence pose la question de fond que nous ne pourrons jamais éluder : «Nous avons à comprendre et résoudre l éternel problème de la relation entre la nature et l homme». A Tbilissi, l on disait déjà que l'éducation au développement durable était une affaire d importance mondiale : «Ces objectifs exigent d importants changements portant sur divers aspects du processus éducatif qui en retirera d ailleurs une pertinence et une efficacité sociale accrue, une meilleure articulation avec la vie, une plus grande ouverture aux problèmes concrets des collectivités. Une telle éducation implique une approche interdisciplinaire et une orientation vers la recherche de solutions de problèmes. Elle demande aussi qu une large place soit faite à la participation, c est-à-dire à l initiative individuelle et collective, et que l éducation ait un caractère permanent». Combien d initiatives étouffées depuis 31 ans par manque de moyens? De la gravité même des périls, les participants ont tiré une conclusion optimiste : «L éducation peut aider l homme à triompher de lui-même et le préparer à l exercice de ses responsabilités». Beau métier que celui d éducateur! Ils continuent : «L éducation relative à l environnement doit adopter une perspective holistique tenant compte des aspects écologiques, sociaux, culturels et autres. Elle est donc interdisciplinaire par essence». Je cite toujours : «Cela signifie que l éducation relative à l environnement permet non seulement d apprendre à connaître celui-ci, mais aussi d en tirer les leçons. Ceci, dans bien des cas, appellerait une révision de certaines méthodes pédagogiques bien établies, surtout dans l enseignement scolaire. Si l on adopte une telle approche orientée dans la solution des problèmes et vers l action, l éducation relative à l environnement prendra le caractère d une

37 formation permanente et tournée vers l avenir. De par son caractère interdisciplinaire et du fait qu elle rapproche l enseignement de l environnement et de la vie, elle pourra jouer un rôle important dans la réforme des systèmes d enseignement». Pour l instant, cela n a pas fonctionné! A Rio, nous étions encore dans cette ligne et le principe 10 s est imposé comme une évidence : «La meilleure façon de traiter les questions d environnement est d assurer la participation de tous les citoyens concernés au niveau qui convient». On parle à Rio d assurer une participation effective du public aux prises de décisions : «Les gouvernements devraient chercher à élaborer ou mettre à jour des stratégies visant à intégrer l environnement et le développement à tous les aspects de l enseignement, à tous les niveaux, et ce dans les trois années à venir, en coopération avec tous les secteurs de la société». Nous étions en 1992, aujourd'hui en 2008 en France, au nom d un secteur de la société, sur ce sujet précis, je vous dis que si cela a été fait, ce n est que dans de très rares territoires. L heure de la mobilisation générale pour la coopération, c est-à-dire être ensemble pour faire quelque chose, n a toujours pas sonné. En 1998, lors de la signature de la convention d Aarhus, celle de la participation, nous étions dans cette même ligne quand les 39 pays signataires se disaient convaincus que l application de la présente convention contribuerait à renforcer la démocratie dans la région de la Commission économique des Nations Unies pour l Europe. Renforcer la démocratie? Et si c était cela notre sujet Les pays les moins démocratiques ne sont-ils pas les plus menacés par les catastrophes écologiques? Il suffit d évoquer l histoire, il suffit de regarder notre monde aujourd hui. En France, la preuve en est apportée avec la charte de l Environnement adossée à la Constitution en 2005. " Article 1 : Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. " Article 2 : Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l amélioration de l environnement. " Article 8 : L éducation et la formation à l environnement doivent contribuer à l exercice des droits et devoirs définis dans la présente charte. L éducation à l environnement relève donc d une obligation institutionnelle. Décidément, le métier d éducateur est un précieux métier! En Europe, en 2005, avec la stratégie de Vilnius, nous sommes toujours dans le même propos. Je cite la stratégie : «L éducation en vue du développement durable devrait s inspirer de l expérience de la vie réelle et du travail en dehors de la salle de classe. Les éducateurs concernés jouent un rôle important en favorisant ce processus et en encourageant le dialogue entre les élèves et les étudiants d une part, les autorités et la société civile d autre part. De cette manière, l éducation en vue du développement durable permet à l enseignement de sortir de son isolement par rapport à la société.» Je continue : «L éducation en vue du développement durable exige une coopération et des partenariats entre toutes les parties prenantes». En 2006, l Union européenne, dans sa stratégie en faveur du développement durable, reprend le même chemin : «Le principal défi est de modifier progressivement nos modes de consommation et de production actuels qui ne sont pas durables, ainsi que la manière cloisonnée d élaborer les politiques. C est bien le comment faire la politique qui est posé ici, avec deux mots d ordre : décloisonnement et participation. Voilà caractérisée la nouvelle culture que nous avons à faire émerger.» Dans ce texte, l on évoque une citoyenneté mondiale responsable : «Est posée là la nécessité de cette citoyenneté mondiale tant ressentie à tellement d égards».

38 Voilà un peu d Histoire, mais sans l Histoire, l on aurait vite fait de tourner en rond. Quelle clarté offrons-nous aujourd hui à la jeunesse pour qu elle s engage? Ici, en France, dans les années 1880, des hommes affirmaient une évidence dans la loi : instruction pour tous, laïque, gratuite et obligatoire. Personne ne doit être laissé au bord du chemin de la culture. Aujourd hui, grâce à cela, la démocratie a avancé. Nous devons aller plus loin, le nouveau projet éducatif est là devant nous. Ensemble, nous avons à l écrire. Je voudrais dire deux mots sur notre langage puisque tout découle de là, deux mot pour une seule histoire : d abord environnement, puis développement durable. Que l on dise E, ERE, EEDD ou EDD, soyons ensemble. S il est possible que nous ne soyons pas aux mêmes fourneaux, il est en revanche certain que nous sommes dans la même cuisine. Ce nouveau projet éducatif est écologique et mondial. Ses premières lignes ont été écrites il y a 31 ans à Tbilissi, ne redisons pas au cours de ces trois jours tout ce qui a déjà été dit, écrit et signé de nombreuses fois. Soyons là maintenant dans l action au service de ceux qui sont dans l action. Maintenant, dans nos groupes et à nos claviers. Nous sommes aujourd hui dans ce cheminement vers la liberté et les Droits de l homme. Merci. ***********************

39 Discours de Hubert HÉMARD Directeur Marketing, Communication et Développement durable, Monoprix Monoprix est une entreprise qui a pris très tôt conscience qu il fallait donner les moyens à ses clients de pouvoir faire des choix de consommation durable et responsable. C était il y a 18 ans et l on mesure à quel point cet engagement était précurseur. A l époque, nombre d entreprises restaient sur un chemin rectiligne, avec pour unique cap celui de la rentabilité économique. Nous avons choisi une voie audacieuse, moins évidente et moins rapide, celle du développement durable, parce que nous étions déjà convaincus qu il nous appartenait d inventer un commerce durable de centre-ville, en nous inscrivant dans une vision d avenir. Aujourd hui, on ne peut que saluer le fait que cette thématique soit devenue un élément moteur de la stratégie des entreprises. On se réjouit que, par l impulsion du Grenelle de l Environnement, les politiques publiques aillent dans le même sens en impulsant des plans d actions concrets et ambitieux. Comment le développement durable nous a-t-il fait évoluer? Depuis 18 ans, ce choix en faveur du développement durable nous a menés loin, et nous mènera plus loin encore. Il nous a transformés, nous a fait grandir et continue à nous faire progresser chaque jour dans nos relations avec nos partenaires, nos clients et nos salariés. Le développement durable, pour nous, n est pas une formule que l on agite pour être dans l air du temps. C est l opportunité d être créatif, c est une conception unique et pionnière de notre métier de commerçant de centre-ville, conscient de ses responsabilités et des enjeux liés à son activité. C est un chemin pris en éclaireur, mais ô combien gratifiant et valorisant sur le long terme. Lancer les premiers produits bios et équitables, faire du textile avec du coton équitable et bio, se lancer dans un outil de pilotage de développement durable de nos magasins, sont autant d engagements qui nous ont profondément fait évoluer, qui ont transformé notre entreprise dans son fonctionnement, qui ont orienté nos choix d investissements et de développement. Nous produisons et vendons avec le souci constant de limiter notre impact sur l environnement, la société, le monde qui nous entoure. Aujourd hui, tous nos magasins parisiens sont approvisionnés par trains puis par véhicules roulant au GNV. Cela nous permet de réduire notre impact environnemental, de limiter 12 000 allers et retours en camions dans Paris par an, de réduire de 337 tonnes de CO2. Plus qu un simple discours corporate, c est aujourd hui une réalité dans notre entreprise à tous les échelons. Chacune des parties prenantes de notre activité peut en constater les preuves : nos clients dans nos magasins, nos salariés au siège et dans nos points de vente, nos partenaires publics et privés. Comment ce choix rejaillit-il sur nos salariés et nos clients? Si l on regarde les 18 ans qui viennent de s écouler et la manière dont le développement durable nous a transformés, on mesure à quel point la démarche a été, et reste, porteuse de sens. Nous avons très vite souhaité permettre une réelle appropriation de la démarche du Groupe par les collaborateurs de l entreprise, et faire du développement durable un moteur interne. C est ce que nous avons fait en confiant le développement à 55 acteurs relais qui représentent toutes les fonctions de l entreprise. Nous déployons des actions en faveur d une éducation au développement durable en interne (information, sensibilisation et

40 formation) pour faire changer les comportements. Elle est ainsi devenue l affaire de chacun, quel que soit le secteur de l entreprise (achats, logistique, magasins). Vis-à-vis de nos clients, chacun d entre nous présent ici peut se poser la question suivante : à qui incombe le devoir de partage, de sensibilisation du plus grand nombre? Aux pouvoirs publics? Aux entreprises? Aux acteurs privés? A certaines associations? Je pense qu il nous incombe à tous et chez Monoprix, nous y prenons notre part avec notre style, l enthousiasme qui nous est propre. 300 magasins au cœur des villes avec de nombreux clients qui ont ainsi autant d occasions concrètes d être des consommateur avec un parti pris fort pour le développement durable, de susciter l envie de chacun de s inscrire dans une consommation responsable par une offre alliant le bon rapport qualité-plaisir-prix. Nous respectons la liberté de choix de nos clients, notre rôle n est pas d éduquer ou de faire la morale, mais de donner les clés d une consommation durable. Citadins avisés, nos clients sont demandeurs d informations et de développement durable. Ils sont en quête de sens dans leurs actes d achat, ils se soucient de valeurs d éthique, du respect des normes internationales en matière de traçabilité ou de qualité. Ils veulent comprendre ce qu ils achètent. Notre métier de commerçant est aussi d appréhender ces attentes, de les anticiper et d y répondre. C est également de faire vivre l éducation au développement durable comme un plaisir, et non comme une corvée. Cela passe par une offre variée et stimulante, un discours accessible et pédagogique à mille lieues des démarches moralisatrices, culpabilisantes et rébarbatives. C est à l intelligence de nos clients que nous nous adressons, et à leur soif de comprendre que nous répondons quand nous leur expliquons notre offre de produits, le rôle des écolabels, les origines du coton biologique ou équitable. En conclusion, nous sommes fiers d être partie prenante à une éducation au développement durable, tout en gardant notre différence et notre personnalité. Nous sommes convaincus que ce choix est créateur de valeurs et de sens dans notre entreprise, pour nos salariés et nos clients. Nos clients citadins, informés et sensibles au développement durable, sont aux avant-postes de cette tendance en faveur d une consommation responsable. Ils nous mettent chaque jour au défi de l inventivité, de la délivrance d une information concrète, de plus en plus fine et précise, et nous encouragent à garder le cap et à redoubler de créativité et d énergie. Ils nous permettent d avoir toujours une longueur d avance, de trouver de l inspiration et de justifier notre signature : «On fait quoi pour vous aujourd hui? On fait quoi pour demain aujourd hui?» Merci. ***********************

41 Discours de Fatimata DIA TOURÉ Directrice de l Institut de l énergie et de l environnement de la Francophonie (IEPF) Monsieur le Président du Comité français de la Décennie, Mesdames et Messieurs les représentants des organisations et institutions nationales et internationales, Mesdames et Messieurs, Permettez-moi, au nom de Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie, le Président Abdou DIOUF, de remercier Monsieur le Professeur RICARD qui a bien voulu associer notre organisation comme partenaire à cette rencontre internationale, de féliciter cette initiative française qui s inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du programme d actions de la Décennie pour l Éducation au Développement durable, et d apporter tout le soutien de notre organisation qui, depuis le Sommet de Ouagadougou en 2004 sur la coopération solidaire pour un développement durable, développe un partenariat dynamique avec tous les acteurs pour rendre réelle la démarche globale et intégrée du développement durable. Cet engagement de l OIF vient d être confirmé à Québec lors du 12 ème sommet qui a réuni les Chefs d État de la Francophonie, et dont un des thèmes de discussion était l environnement dans ce contexte de développement durable. Je vous invite à consulter la déclaration qui en est issue sur le site de la Francophonie. Cette démarche de développement durable doit se baser, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, sur la sensibilisation, l information, la formation et l éducation au développement durable des acteurs concernés et du citoyen. Pour ma part, je voudrais partager avec vous quelques actions déroulées par notre organisation à partir des quatre missions qu elle s est fixée dans le cadre stratégique décennale de l OIF. Ces quatre missions sont : " La promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique. Il est important dans cet espace francophone de disposer d un outil de dialogue, de communication, pour jouer un rôle de force politique et contribuer à l atteinte de l objectif de développement durable en tant qu élément moteur. " La paix, la démocratie et les Droits de l homme sans lesquels le développement durable ne saurait avoir de signification pour nos populations. " L éducation-formation, l enseignement supérieur. Ils sont parmi les principaux socles de tout développement qui doit être durable et soutenu par les populations concernées. " La solidarité et le développement durable. Cette mission est fondamentale car il faut toujours être intéressé par quelque chose pour se retrouver dans un regroupement. Aujourd hui, la coopération solidaire dans les pays de l espace francophone pour le développement durable est d une utilité incontournable. Elle l est d autant dans la mondialisation actuelle où le besoin d une meilleure régulation ou d une meilleure maîtrise du système de développement est nécessaire pour toutes les communautés qui ont un rôle à jouer dans le développement durable. Ainsi, la valorisation et la promotion de l expertise francophone sur le plan technique, scientifique et autre s inscrivent dans cette dynamique et apportent un précieux concours aux différents secteurs de développement des pays francophones en développement.

42 L Institut de l énergie et de l environnement de la Francophonie existe depuis vingt ans dans cet espace francophone. Il est basé à Québec, c'est un des organes subsidiaires de l OIF et il a pour mission d accompagner les pays francophones en développement dans la gestion des questions énergétiques et environnementales pour pouvoir asseoir dans ces pays une politique de développement durable. Parallèlement, l OIF développe des programmes transversaux qui concernent les genres et les jeunes. Un développement durable ne saurait être réalité sans ces deux grands groupes d acteurs qui ont un rôle à jouer dans cette dynamique. L éducation au développement durable doit accompagner l individu tout au long de sa vie, à tous les niveaux et dans tous les domaines, d où une certaine multiplicité d acteurs concernés par cette approche. Des cadres scolaires et universitaires aux associations de consommateurs, aux ONG et autres acteurs, en passant par les entreprises industrielles, le secteur public, privé, les loisirs ou toute autre activité informelle, les actions du développement durable s articule autour des axes suivants : " La formation. " Le développement de partenariats. " L ancrage dans les territoires. " Le développement de réseaux. Pour la formation, la Francophonie en fait une préoccupation majeure, un défi inscrit dans tous les programmes et projets de la Francophonie, à l IEPF, au niveau de la direction du Développement durable solidaire, de la direction de l éducation et de la formation, et à travers les projets concrets que déroulent ces directions. Cela peut être, par exemple, l élaboration d une stratégie nationale de développement durable avec tous ses corollaires. Cette stratégie concerne aussi bien la responsabilité sociétale des entreprises dans le développement durable, les modes de production et de consommation durables, le développement durable local ou l éducation pour tous. Dans tous ces programmes, l éducation au développement durable constitue un fondement et l on ne saurait prétendre à un développement sans assurer une certaine éducation aux acteurs qui devraient être bénéficiaires de ce développement. Concernant le développement de partenariat, l OIF travaille en partenariat étroit avec ses opérateurs que sont l Agence Universitaire Francophone (AUF), l Association internationale des Maires francophones, l Assemblée parlementaire des Francophones et autres, et des structures comme la Conférence des ministres francophones pour l Éducation nationale et la Conférence francophone pour la jeunesse. Ces acteurs constituent des partenaires qui accueillent favorablement les formations que nous entreprenons dans ces secteurs, des formations adaptées aux priorités évoquées par les pays en développement en termes d énergie, d environnement, de gestion des ressources de l environnement, pour un développement durable. Le XXIe siècle sera le siècle du développement urbain. Pour cela, un programme est en cours de développement avec l Association internationale des Maires francophones. Il s agit, dans un contexte de développement durable, de voir comment les collectivités locales, les villes, les communes, à l image de ce qui se fait aujourd hui à Bordeaux, doivent s engager dans cette dynamique. Par ailleurs, nous avons des programmes concernant la stratégie nationale de développement durable, la responsabilité sociétale, l éducation pour le développement durable, en rapport avec des structures des Nations Unies. Tout ceci s inscrit dans la mise en œuvre du plan d action de Johannesburg qui constitue le tableau de bord pour le développement durable dans cette Décennie que s est fixée la communauté internationale.

43 Pour ce qui concerne l ancrage dans les territoires, qui signifie également le respect des spécificités culturelles et des problématiques environnementales qui y sont liées, la dynamique de proximité est valorisée. Ainsi, l IEPF déconcentre généralement ses formations au niveau des pays et des circonscriptions territoriales, notamment celles concernant la maîtrise des outils de gestion de l environnement, l utilisation durable de l énergie, et l information pour le développement durable. Ces outils concernent les questions environnementales, l agriculture et comment intégrer les questions d adaptation au changement climatique dans les préoccupations agricoles, comment développer une politique énergétique respectueuse de l environnement ou efficace en termes d énergie. Concernant le développement des réseaux, des liens sont quotidiennement développés avec les acteurs qui sont sur la scène internationale. Ceci constitue un des défis de l OIF car, n étant pas bailleur de fonds, l OIF a pour mission principale de travailler avec ces pays membres et avec les acteurs de l espace francophone pour mettre en place ce réseautage technique d experts. Ce réseau peut être important pour les pays en développement afin de leur permettre de comprendre ces enjeux, de connaître les ressources réelles qui existent au niveau de l espace francophone, d en bénéficier et de les utiliser sans être confrontés à certaines difficultés que nous connaissons dans l espace mondial. La Francophonie contribue à rendre plus facile à cette information par la normalisation des outils d inventaires et par la mise à disposition d informations comme le fait l IEPF avec la mise en place d un partenariat avec d autres acteurs nationaux et internationaux. Nous avons un site Internet nommé «Mediaterre» où il y a environ 23 portails thématiques et régionaux qui fournissent des informations sur le développement durable. En termes d éducation ou de formation pour le développement durable, la Francophonie est en train de jouer sa partition à partir d actions concrètes qui intéressent les pays membres de la Francophonie, les pays en développement pour les amener à pouvoir connaître ces questions, à se les approprier et à les gérer de la façon la plus rationnelle possible. C est aussi dans cette perspective que la Francophonie a organisé, en 2005, une rencontre sur la Décennie de l éducation au développement durable dans l espace francophone. A l issue de cette rencontre, les participants ont constitué un premier noyau de réflexion pour travailler en réseau. Cette manifestation s est concrétisée par une série d actions dont la mise en route d un portail Internet dédié à l éducation pour le développement durable et intégré dans le grand portail «Mediaterre», et la mise en marche réelle du réseau éducation pour le développement durable francophone. C est toujours dans cette perspective que nous sommes là aujourd hui à cette rencontre de Bordeaux. Le Comité de pilotage pourra échanger avec les acteurs francophones présents pour voir comment ébaucher les grandes lignes d un programme de travail pour les années à venir. Ce pré programme fera l objet de discussions au niveau des principales Directions de la Francophonie que sont l IEPF, la Direction de l Éducation et de la Formation, la Direction de la Solidarité et du Développement durable, ainsi qu au niveau des opérateurs comme l Agence universitaire de la Francophonie. Pour conclure, je voudrais m approprier le slogan de cette Conférence «Agir ensemble». Il faut le faire dans la synergie, la coopération, c est la seule méthodologie pour réussir l appropriation de l éducation pour le développement durable dans le but d atteindre les objectifs du millénaire que nous nous sommes fixé au niveau de la communauté internationale, mais aussi dans le but d atteindre un développement durable au grand bonheur des populations qui composent nos différentes communautés. Je vous remercie de votre attention. ***********************

44 Discours de Jean-Louis ETIENNE Médecin-explorateur Cette EDD sur laquelle nous planchons depuis longtemps mérite toute notre attention, et nous ne sommes pas en train de réfléchir sur la façon d adapter nos savoirs actuels, nos connaissances, notre culture à l accélération de la marche du monde. Nous sommes en train d inventer autre chose et nous sommes dans l urgence et l obligation d élaborer des enseignements pour préparer l humanité à piloter un meilleur futur. C est extrêmement ambitieux, très complexe en raison de l interdépendance des phénomènes majeurs auxquels nous devons nous préparer. Il faudra beaucoup de conviction, de volonté et d intelligence pour nous adapter au monde qui arrive. Il faudra surtout faire preuve de pédagogie, c est presque ce qui manque le plus et le travail est énorme, pour tous, pour les citoyens, mais aussi pour les décideurs. Il y a quelque temps, j ai eu l occasion d intervenir en tant qu invité d honneur au Parlement européen où se tenait une réunion des Maires des grandes villes du monde. Je me demandais ce que je faisais devant ce parterre de personnalités et de Maires de grandes villes qui ne me connaissaient pas. J ai alors décidé de leur faire de la pédagogie et leur parler simplement de ce qu est l effet de serre. Il y avait là, entre autres, le Maire de Chicago et son staff «Environnement» qui est venu me voir à la fin et m a remercié en me disant qu il avait compris. En fait, les hommes politiques, aujourd hui en situation de prendre des décisions, sont issus d une génération où l environnement leur est tombé dessus. Les urgences arrivent de toutes parts et pas forcément que des questions environnementales, et tout sujet mérite d être traité. Il faut donc trouver une case dans le cerveau encombré des décideurs politiques pour arriver à faire passer un message court, simple, mémorisable. La mémoire répond à une capacité de fixation et de restitution sans déformation, il faut donc trouver quelques mots qui font qu un décideur politique s approprie cette question, la fasse sienne et, dans la réflexion quotidienne, vive avec et prenne des décisions en fonction de ce qu il connaît. L épuisement des ressources nous impose de penser à un recyclage des matières premières à l infini. Puisque la quantité est finie et que la consommation se multiplie, il va falloir faire en sorte que tout repasse à la recycleuse. Chaque produit manufacturé s inscrit dans un recyclage infini sur ses composants. On retrouve là la fameuse loi de Lavoisier : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Un des meilleurs exemples est la goutte d eau. Celle-ci fait tout un chemin dans son existence, la quantité d eau disponible est toujours la même à la surface de la planète. L eau part de la mer, s évapore, repart, fait tout un circuit, et se recycle ainsi en permanence. Par chance, nous allons vers des choses de plus en plus petites donc nous consommons de moins en moins de matières et les utilisons avec de plus en plus d intelligence et de complexité. Le double défi auquel l humanité est confrontée est climatique, mais aussi énergétique. J étais l autre jour face à une promotion d élèves de l École Centrale, et je leur ai dit qu ils avaient entre leurs mains à résoudre l équation du siècle : comment passer en un siècle de 80 % de dépendance en énergie fossile à autre chose? Il va falloir être inventifs, trouver d autres moyens de produire de l énergie et il y a devant nous une renaissance énergétique prodigieuse qui fait appel à toute une mobilisation en intelligence. Il y a de quoi s enthousiasmer sur la façon d accéder à des niveaux d énergie confortables et satisfaisants, sachant que la démographie et la demande sont croissantes. A propos du réchauffement climatique, nous sommes desservis en disant «0,6 en un siècle» car cela reste quand même très peu. Quand on connaît la différence de température

45 entre l été et l hiver, entre la journée et la nuit, qui se mesure parfois en dizaines de degrés, je trouve que 0,6 dessert la cause donc il faut ramener cela à une valeur que l on connaît et c est ce que je m amuse à faire en tant que médecin. Quand la température du corps est de 37,8, ce n est jamais que 0,8 de plus. En médecine, on appelle cela une fébricule. Il faut ramener cela à la quantité de chaleur accumulée à la surface de la Terre, c est-à-dire que l ensemble des océans, des terres, de la biosphère s est réchauffé de 0,8. Il en a fallu de la chaleur accumulée pour en arriver là. Deux degrés de plus, si l on compare cela à la masse du corps, correspondent à 39. Pour faire chauffer la masse du corps de deux degrés, il faut une grande quantité d énergie. Dans le meilleur scénario possible, dans un siècle, la Terre aura deux ou trois degrés de plus, elle aura de la fièvre. Il faut donc se préparer à cela, ce sont des éléments pédagogiques causants, il va falloir trouver des images qui permettent de marquer l opinion. Ce n est pas une histoire de température, mais de quantité de chaleur accumulée. Pour refroidir cette quantité de chaleur accumulée, il va falloir du temps et c est pourquoi ce phénomène a une grande inertie. Par ailleurs, sur la préservation des écosystèmes, la nature n est pas le décor de notre existence. Elle est la plus grande mutuelle du monde où tous les habitants et toutes les espèces ont la vie en commun. Nous dépendons les uns des autres. Si l on détruit un écosystème, comme on a pu le voir en Afrique, l on a d un coup l émergence d un virus meurtrier, Ebola. On a dénaturé un écosystème, détruit une part de l hôte qui le neutralisait. Ce virus en liberté touche l homme, il est mortel. Quand un éléphant traverse la prairie, pour les zoologues, il s agit d un pachyderme, d un nid à puces pour les parasitologues, mais pour les ornithologues, c est celui qui permet, à travers son transit intestinal, de fertiliser des graines qui seront utilisées par un oiseau qui va nourrir autre chose. Il y a donc cette interdépendance dans la nature entre les espèces. La nature n est donc pas un décor, nous en faisons partie et chacun cotise de sa vie dans cette immense mutuelle. Le respect de la biodiversité est le respect de l ensemble des vies dont nous dépendons. Qui est aux manettes pour maintenir le niveau d oxygène à un niveau stable? Il faut regarder qui consomme l oxygène, qui le produit. La nature est un acteur indispensable à cet équilibre. Un peu plus d oxygène dans l air et tout va s embraser. Un peu moins et c est l hypoxie. Cela fait donc partie des grands équilibres de la nature que nous devons respecter et tous les écosystèmes participent à ce niveau d équilibre. La raison environnementale est faible, sauf quand elle est adossée soit à des raisons industrielles ou économiques, soit à des raisons de santé publique. L on peut remercier l ozone d avoir attiré l attention du monde sur un phénomène que l on ne soupçonnait pas, à savoir que l homme est capable de modifier la composition de l atmosphère. La composition des chlorofluorocarbones - CFC a détruit certaines molécules d ozone dans des conditions très particulières de froid au-dessus de l Antarctique. Ce nom "ozone" que l on ne pouvait pas retenir a fait la couverture des magazines du monde entier et cela a drainé une conscience planétaire. L ozone est un bel exemple parce qu à un moment, ce n était qu un problème de chimie atmosphérique, mais c est devenu un problème industriel, puis de santé publique. En effet, en s élargissant, ce trou a commencé à menacer les pays de l hémisphère sud qui commençaient à recevoir une douche d ultraviolets supérieurs à la normale. Il y a donc eu une mobilisation générale et, tout d un coup, l on force quelques grands industriels qui produisaient ces CFC à trouver des produits de substitution. Il s agit du protocole de Montréal et, pour la première fois, il y a une mobilisation planétaire. On arrête cette production, on trouve des produits de substitution et les choses ont changé. Aujourd hui, il commence à y avoir une réparation. L homme, pour la première fois, s est rendu compte qu il était capable de modifier la composition de l atmosphère. C est aujourd hui ce qu il se passe avec le CO2, mais le problème est beaucoup plus complexe. Ce CO2, qui est l agent coupable, est invisible, n a pas d odeur, agit à l état de traces. La composition de l atmosphère correspond à 79 % d azote pur sans action sur l effet

46 de serre, 20 % d oxygène sans action sur l effet de serre, mais 1 % de gaz dont 0,035 pour mille de gaz carbonique et c est cette petite tranche marginale de gaz carbonique qui est responsable de l effet de serre. Cette couche atmosphérique très fine autour de la Terre est comme une couche de cellophane autour d une citrouille. On est capable de renforcer la teneur de l atmosphère en CO2 donc l homme est un acteur du climat. C est beaucoup plus complexe avec le gaz carbonique car cela touche la vie de tous les citoyens, de tous les États, c est une source de revenus colossale. C est pourquoi les protocoles mis en place aujourd hui sont heureux et ce qui s est passé en France, avec le Grenelle de l Environnement, est bien. Les mesures sont difficiles à prendre, mais il faut les maintenir. Il faut trouver une suite au protocole de Kyoto, c est indispensable. Même si la période est difficile, c est dans la frugalité que l on trouve des solutions, de l intelligence, des moyens. Il faut donc profiter de cette situation pour avancer. Comme je le disais, la raison environnementale est souvent faible sauf si elle est adossée à des questions de santé publique. La santé humaine est menacée aujourd hui, non pas par les gros outils, même si l on a raison de se méfier des armes nucléaires parce qu elles sont destructrices, mais le danger est dans l infiniment petit. J évoquais le virus Ebola, mais l on ne sait rien faire contre les virus et de nouveaux virus émergent ça et là. Puis, il y a des choses invisibles : la pollution microscopique, les polluants rémanents, les pesticides, les organochlorés, les métaux lourds. En médecine, quand on veut voir l état de santé d une personne, on fait quelques examens biologiques classiques (numération sanguine, urée, glycémie, cholestérol, etc.) et si l on se mettait à regarder les pesticides, métaux lourds, œstrogènes-like, œstrogènes, l on commencerait à s inquiéter et à faire attention. Cette pollution microscopique, qui nous menace par le phénomène de bioaccumulation de ces polluants rémanents, c est-à-dire d accumulation dans l organisme, est d autant plus toxique qu elle est très résistante. Ces polluants rémanents sont liposolubles, entrent dans les cellules lipidiques. L on retrouve cette bioaccumulation toxique chez l ours polaire qui, pourtant, habite si loin des zones de civilisation. Or, les ponctions faites sur le lait de la mère des ours montrent qu il est chargé de ces organochlorés, pesticides, etc., et ceci parce qu il est en bout de chaîne. Le phytoplancton mange ces molécules, lui-même étant mangé par le zooplancton, puis par le krill qui, lui, est mangé par le poisson, lui-même mangé par la morue, elle-même mangée par le phoque, lui-même mangé par l ours. A la fin, l ours est gavé de l accumulation de tout cela, et c est ce que l on appelle la bioaccumulation. Nous sommes exposés à ces modifications, et je n entrerai pas dans d autres pollutions insidieuses, microscopiques. Il est très difficile de faire la part des choses parce que les enquêtes épidémiologiques reposent sur de petits dosages qui s installent dans le temps. Faire la corrélation est donc parfois complexe. Il faut être patients sur ces aspects, s en méfier et les prendre en compte. L enseignement est obligatoire. La vulgarisation et la pédagogie sont un travail de metteur en scène. Il faut mettre en scène la connaissance de manière à ce qu elle soit attractive, qu elle entre dans le cerveau et que les gens se l approprient. Il ne faut pas que ce soit une connaissance supplémentaire froide. Par ailleurs, il y a une nécessité de polyculture. En effet, je donne des conférences et l on vient me voir régulièrement en me disant : «Je viens de terminer une maîtrise de biologie végétale ou animale, et je veux travailler pour l environnement. Que me conseillez-vous?». Je leur dis de passer un diplôme d ingénieur ou de faire des sciences humaines, économie ou législation. En effet, l on a besoin aujourd hui de structurer, d inventer de nouvelles machines. Quand un ingénieur, dans une entreprise, travaille sur un moteur qui émet très peu de CO2, il travaille pour l environnement. Une connaissance en biologie est indispensable car cela permet de bien s imprégner du sujet, mais elle doit être étayée d une autre culture qui fasse partie de la marche du monde (législation, sciences humaines, technologie). A la Sorbonne, un double cursus est enseigné sur sciences et sciences humaines, et tous les élèves veulent travailler pour améliorer notre environnement.

47 L environnement concerne l ensemble de la panoplie de tout ce qui nous entoure, il est donc important d avoir une sorte de polyculture. La mobilisation des acteurs est importante et l on peut remercier Michel RICARD qui a organisé ces rencontres depuis longtemps. C est assez ingrat, mais il va falloir persévérer car il est absolument indispensable de le faire. Pour ne pas être pessimiste, il faut considérer que nous sommes davantage dans une période de renaissance, renaissance énergétique, renaissance dans la façon de créer de la richesse. Les principes de précaution sont une bonne chose et vont permettre d améliorer nos conditions de vie. Je préfère donc dire que nous sommes donc au point de départ d une renaissance, plutôt que d une fin du monde. ***********************

48 Discours de Patrick VIVERET Philosophe et politologue Puisque Jean-Louis ETIENNE a commencé par un appel à l intelligence et a terminé par la perspective d une renaissance, cela permet de situer notre débat par rapport à ce qui a été dit en fin de matinée en atelier sur la question du désir et de la passion. Tout ce que nous sommes en train de dire, et c est encore plus vrai quand on le situe par rapport à la question de l éducation, est dans ce triangle où le rapport entre l éducation, l intelligence et le désir se trouvent placé. Une intelligence sans désir est une intelligence qui ne fonctionne pas. D abord, la curiosité qui est un des premiers moteurs de l intelligence est un désir, une émotion. Il n y a pas de développement durable envisageable et transmissible si ce développement durable n est pas aussi désirable. Il n y a pas de renaissance possible dans la perspective que Jean-Louis ETIENNE vient d évoquer s il n y a pas du désir d humanité pour la suite de notre aventure. Si nous sommes simplement dans la peur, il n y a pas d autre perspective qu une simple survie biologique. Pour l humanité, la survie biologique est un objectif trop pauvre pour mobiliser des énergies à la hauteur des défis que nous rencontrons. Cette question du rapport entre intelligence et désir est cruciale car, lorsqu il y a dérèglement du désir, les effets de ce dérèglement ont des conséquences redoutables. On l a bien connu dans l histoire puisque c est le fameux «science sans conscience n est que ruine de l âme», mais si vous prenez les grandes formes de la barbarie interhumaine, elles ont aussi été produites avec du désir et son double qu est l angoisse. C est avec du désir que l on a pu faire la solution finale, Hiroshima, le Rwanda, etc., et non avec du besoin. Il faut bien comprendre cette différence fondamentale sur le plan anthropologique et psychologique. Le besoin est quelque chose de beaucoup plus simple parce qu il est autorégulé par la satisfaction et, une fois que vous avez satisfait un besoin, l indice de satiété se met en place et vous ne pouvez plus aller au-delà d un certain besoin. Il y a donc une autorégulation du besoin alors que le désir, parce qu il est habité par la conscience de la mort, est traversé par de l illimité. L énergie du désir est donc, sans commune mesure, beaucoup plus importante que l énergie liée au besoin. C est avec du désir, au sens propre comme au sens figuré, que l humanité est capable de déplacer des montagnes. Du même coup, lorsqu il y a un dérèglement du désir, c est ce que les Grecs avaient appelé «l ubris» (la démesure), si vous prenez la crise systémique dans laquelle nous sommes entrés, il n est pas excessif de dire qu au cœur de cette crise systémique qui n est pas seulement financière, mais qui est tout autant écologique et sociale, il y a un dérèglement du désir. Il suffit de regarder le dérèglement de nos rapports à la nature, qui est au cœur de la démesure à l origine de la crise écologique, que ce soit dans son versant dérèglement climatique et ses causes humaines, ou que ce soit dans l atteinte à la biodiversité. C est évidemment la démesure qui est au cœur de la crise financière. L ancien patron de la Banque fédérale américaine, Alan GREENSPAN qui est entré dans une longue période d autocritique avait parlé, à l époque, de l exubérance irrationnelle des marchés financiers? Le Wall Street Journal, quand il évoquait la nature même des sentiments qui animaient les marchés financiers avait eu cette phrase très éclairante : «Wall Street ne connaît que deux sentiments : l euphorie ou la panique», parlait bien de démesure. L un des anciens directeurs de la Banque Centrale de Belgique, Bernard LIETAER, rappelle que sur les 3 200 milliards quotidiens qui s échangeaient sur les marchés financiers avant le tsunami, seuls 2,7 % correspondaient à des biens et services réels. Cela aussi, c est de la démesure.

49 La démesure, cette fois dans les rapports au pouvoir et non dans les rapports à la richesse, est aussi celle qui a été à l origine, il y a vingt ans, de l implosion de l Empire soviétique. Partout où nous trouvons de la démesure, nous trouvons un désir déréglé et des conséquences de celle-ci, en termes de dégâts collatéraux, qui seront tout à fait considérables. Ils sont comparables à un phénomène de toxicomanie parce que derrière la démesure, il y a du mal-être et de la maltraitance. Si le désir est orienté dans l ordre de la possession, il crée inévitablement des conditions de rareté artificielle. Si vous prenez la personne la plus riche du monde, pourquoi en voudra-t-elle toujours plus en termes de besoins? Si nous n étions que des mammifères rationnels, des êtres de besoins auxquels on aurait ajouté une couche de rationalité, il serait totalement incompréhensible que l être le plus riche du monde veuille encore plus de richesse, ou que l être le plus puissant du monde veuille encore plus de pouvoir. Mais si nous le comprenons à travers la question du désir et si le désir est l autre nom de la lutte contre la mort, nous comprenons alors bien que l être le plus riche du monde cherche en réalité, derrière l accumulation de richesse, est une autre façon de combattre son angoisse de mort. C est une façon qui ne répond pas au problème et qui non seulement ne va pas le satisfaire, mais va en plus faire des dégâts collatéraux sur autrui tout à fait considérables. Quand les 225 personnes, chiffre officiel des Nations Unies, ont une fortune physique personnelle égale aux revenus cumulés de 2,5 milliards d êtres humains, qu est-ce qui continue à créer ce phénomène, si ce n est un dérèglement dans l ordre du désir qui produit de la démesure? Vous avez là un phénomène comparable à la toxicomanie parce que, lorsque ce désir est sur un objet qui ne correspond pas à un développement dans l ordre de l être, mais qui est dans l ordre de la possession et de l avoir, vous avez exactement ce que Gandhi résumait par sa phrase fameuse : «Il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n y en a pas assez s il s agit de satisfaire le désir de possession de chacun». Ce que Gandhi disait était parfaitement illustré à travers ce rapport des Nations Unies pour le développement de 1998. La double colonne qui avait été mise en place dans ce rapport mondial sur le développement humain avait fait apparaître que les sommes qui seraient nécessaires de mobiliser sur des questions aussi cruciales en termes de besoins vitaux que l accès à l eau potable, les soins de base, le problème de la faim ou la question du logement représentaient à peine le dixième, et plus souvent le vingtième, des sommes mobilisées sur la vente de stupéfiants, l armement ou la publicité. Quand on a d un côté des budgets aussi considérables et que, d un autre côté, on n arrive pas à trouver les sommes nécessaires pour répondre aux objectifs du millénaire des Nations Unies, on se trouve exactement dans la situation où le dérèglement du désir produit de la démesure d un côté, et où, d une autre côté, la capacité à répondre à des besoins vitaux fondamentaux n est plus assurée. Si nous avons au cœur de notre analyse l idée que dans la crise systémique actuelle dans laquelle nous sommes entrés, la question de la démesure est centrale et qu au cœur de la démesure, il y a du mal-être et de la maltraitance, nous comprenons bien que le cœur des stratégies positives, de la renaissance à laquelle Jean-Louis ETIENNE nous invitait, de ces nouveaux rendez-vous de l humanité avec elle-même, passera à la fois par ce que Jean- Louis ETIENNE appelait de la frugalité, ou ce que Pierre RABHI appelle de la sobriété, mais que ce sera lié à du mieux-être, ce que Pierre RABHI appelle de la sobriété heureuse. S il n y a pas un travail sur la question du mieux-être, si nous sommes dans la peur qui déclenche de l impuissance, s il n y a pas une possibilité d un récit positif du futur de l humanité, s il n y a pas de désir d humanité, la limitation qui est la condition sine qua non d avoir des formes de développement écologiquement et humainement soutenables ne sera pas acceptée. Nous serions dans la situation d un toxicomane à qui nous proposerions une cure de sevrage, mais s il n y a pas l espérance qu au terme de la cure de sevrage, il y aura du mieux-être, le toxicomane préfèrerait alors sa toxicomanie. L articulation entre la question de la frugalité ou de la sobriété et la question de politique et d économie du mieux-être est absolument centrale dans ces grands rendez-vous sur

50 lesquels une grande partie du devenir de l humanité va se jouer. On voit bien que la question éducative est tout à fait centrale parce que la grande question dans l ordre du désir est la capacité, à partir du moment où les besoins vitaux sont satisfaits, de passer d un désir de l ordre de l avoir et de la possession à un désir de l ordre de l être. Jean-Louis ETIENNE disait que la nature est une formidable mutuelle, mais c est une autre façon de dire que l économie du don est première dans toute économie. Si la nature se faisait payer, aucune de nos économies ne serait possible. Lorsque l on est confronté à la question de l économie du don, la question déterminante qui apparaît est celle de la qualité. Si les économistes, au lieu de partir de la question centrale de la peur de la rareté articulée autour de la question de la nourriture, étaient partis d un besoin vital encore plus évident et plus urgent que la nourriture qui est la question de la respiration, au lieu d avoir le triangle classique (rareté, production, quantification) sur lequel la plupart des économies sont construites, y compris des économies critiques comme le marxisme, le problème ne serait pas de l ordre de la production et de la rareté. Nous sommes en situation d abondance, du moins tant que l on n a pas suffisamment pollué la planète pour que l air devienne un bien rare. Nous ne sommes pas en situation de production, mais en situation d accueil ou de cocréation. C est toute la question du souffle et ce n est pas par hasard si toutes les sagesses nous disent que le difficile est d apprendre à respirer. Enfin, ce n est pas une question de quantité puisque c est la qualité de rapport à l univers qui se joue à travers le souffle. Ceci nous donne une indication fondamentale sur la nature de l éducation et du désir dans l ordre de l être, et d une intelligence renaissante qui serait tournée vers de l éducation à de la sobriété heureuse. Quand vous êtes dans le désir dans l ordre de l être, les trois grands modes de communication des êtres humains sont le rapport à la nature, le rapport à autrui et le rapport à soi-même. L une des formes de désir dans l ordre de l être dans la communication avec la nature est la beauté. Dans le rapport à autrui, ce sont l amitié, la paix et l amour. Dans le rapport à soi-même, c est la sérénité. Qui peut dire sérieusement que l humanité serait menacée par un désir illimité dans l ordre de la beauté, de la sérénité et de la paix? Il n y a évidemment pas de danger quand ce désir illimité va dans l ordre de l être. En revanche, quand ce désir illimité bascule dans l ordre de l avoir et de la possession, il produit de la rareté artificielle parce que pendant que l on continue à satisfaire les désirs de possession en termes de pouvoir ou de richesse d une petite minorité de l humanité, une autre partie se trouve attaquée, y compris dans ses besoins vitaux. Elle produit, par ailleurs, de l insatisfaction et la toxicomanie addictive qui font que, pour autant, les bénéficiaires de ce système lié à la démesure sont encore insatisfaits. Cette question de l éducation du désir et d une intelligence collective, qui soit construite sur un désir d humanité qui entend poursuivre l aventure humaine, est au cœur de la question d un agir éducatif pour le développement durable. La réponse systémique à la crise systémique passe par des changements de modes de production et de consommation, mais aussi par des postures de vie elles-mêmes. La question du mieux-être en entendant fortement le mot «être» est centrale, elle est aussi bien au cœur de nos vies personnelles qu au cœur du changement de posture de l humanité elle-même. Nous sommes une espèce extraordinairement jeune, psychiquement infantile et dans laquelle chacun d entre nous est un prématuré. En effet, le compromis qu a trouvé la nature pour nous faire naître avec notre grosse tête est de nous faire naître avant terme, même quand nous naissons à neuf mois. Les conditions d accès à l autonomie de n importe quel être humain sont beaucoup plus longues à conquérir que n importe quel animal, et le fait que nous soyons des prématurés physiques entraîne que nous soyons aussi des prématurés psychiques, c est-à-dire des êtres d une vulnérabilité affective considérable. Sur ces êtres vulnérables, physiquement et psychiquement, se greffe ce formidable cadeau de l univers à lui-même qu est la conscience, mais ce cadeau peut parfaitement devenir empoissonné. Si par un coup de baguette magique, nous avions la possibilité de donner la conscience à cette bouteille, elle se demanderait immédiatement : «D où viens-je? Où vais-je? Y a-t-il d autres bouteilles dans la salle? Suis-je la plus belle?». La mécanique même de la séparation

51 d avec l univers, d avec autrui, d avec moi-même, fait que la conscience est une exigence difficile pour l espèce humaine. La grande question de l éducation au désir, au cœur d un développement humain soutenable, est donc la question de la construction de ce que l on pourrait appeler une intelligence collective émotionnelle, la grande question posée par PASCAL des raisons du cœur, la question posée par GANDHI de l intelligence du cœur. Elle est au cœur des changements de posture, aussi bien personnels que collectifs, et permettra à l humanité, si elle se saisit de cet enjeu, de comprendre que les défis colossaux qui sont devant elle, et sur lesquels il n est pas excessif de dire qu elle pourrait risquer la sortie de route, peuvent être l occasion d une avancée considérable, d un saut qualitatif dans l histoire de l humanité ellemême. Le grand enjeu qui est devant nous est que l humanité a commencé à se constituer comme sujet négatif de sa propre histoire au moment d Hiroshima. En acquérant la capacité de s autodétruire, l humanité devenait sujet de son histoire, mais un sujet négatif. Comment allons-nous devenir des sujets positifs de notre propre histoire? La grande question du développement durable, c est-à-dire de la rencontre entre la question sociale, écologique, économique et la question d une capacité d auto gouvernance démocratique de l humanité par elle-même, est traversée en permanence par du désir d humanité, et pas simplement par de la rationalité et de la peur. «Traverser la vie le cœur fermé, c est comme faire un voyage en mer à fond de cale», une phrase magnifique d Alexander LOWEN. Nous pouvons dire cette phrase à nos enfants parce qu ils ont envie, comme nous-mêmes, que cette aventure de l humanité se poursuive. Il y a une façon de prendre les défis colossaux auxquels nous sommes confrontés, et qui créent cette opportunité de renaissance dont Jean-Louis ETIENNE vient de nous parler. ******************

52 Discours de Michèle PAPPALARDO Commissaire générale au Développement durable, Ministère de l'écologie, de l'énergie, du Développement durable et de l'aménagement du Territoire Après le discours du scientifique pédagogue et du philosophe, vous allez avoir le discours de la technocrate, c est-à-dire celle qui, après avoir entendu tout cela, pose la question : «Et maintenant, comment fait-on et que fait-on?». Le sujet de fond de cette manifestation était de savoir ce que l on pourrait dire pour un bilan sur la Décennie à mi-parcours sur l éducation au développement durable. Je me suis repositionnée quelques années précédemment, et je me disais que nous avons bien travaillé. En effet, sur le sujet du développement durable, nous avons aujourd hui une généralisation des discours, une connaissance qui a fait des progrès. D abord, le thème du développement durable est aujourd hui généralisé. Il est devenu quasiment incontournable, même inratable parce que, quel que soit le journal que vous ouvrez ou la publicité que vous regardez, il y a toujours quelque chose autour du développement durable. Je ne dis pas que c est bien ou mal, mais je dis que cela a changé par rapport à ce que l on connaissait il y a quelques années, notamment au lancement de cette idée de Décennie. Ce thème est généralisé y compris dans le discours électoral. En 2007, aucun discours de candidat à la Présidence de la République ne portait sur ces sujets d environnement et de développement durable. Aujourd hui, dans les discours des candidats américains à la présidence, beaucoup d éléments portent sur le changement climatique et l environnement. Cela ne signifie pas que les hommes politiques sont complètement au fait du sujet, mais le sujet existe, il est fortement porté. Dans la publicité, c est un argument de vente donc cela doit parler aux consommateurs. Au Salon de l Auto, l on ne peut plus vendre une voiture si l on ne parle pas de CO2 et de consommation d énergie. Ce sont des choses nouvelles, il s est passé quelque chose et nous devons en tenir compte. Au-delà du thème lui-même, c est aussi un sujet de politique et d actions. Aujourd hui, les thématiques du Grenelle sont très fortes et prenantes, et une bonne partie de nos politiques sont accrochées au diagnostic fait à l occasion du Grenelle et surtout à la feuille de route qui a suivi. La Présidence française de l Union européenne a tourné à 60 ou 70 % autour de sujets relevant de thématiques du développement durable et de protection de l environnement. Dans le programme de l Union pour la Méditerranée, une grande majorité des thématiques portent sur ces sujets. Même dans des réunions mondiales du type G8, le sujet du développement durable, du changement climatique, de l environnement, est de plus en plus présent et fort. Même pendant la période que nous connaissons aujourd hui, c est-àdire pendant la crise financière et économique que nous commençons à traverser, ces sujets du développement durable ne sont pas affaiblis et sont même renforcés. Nous avons une crise qui, pour une bonne part, tient au fait que l on a oublié le long terme, que l on a fait des investissements qui n avaient aucun rapport avec la rentabilité réelle à moyen ou long terme. On ne se préoccupait donc pas des générations futures ni même du futur de notre génération. Tout cela est exactement le contraire de ce qu il y a derrière le développement durable, et c est pourquoi je suis convaincue que nous en sortirons par le haut à travers les politiques qui sont derrière le sujet du développement durable. Par ailleurs, les sondages réguliers faits aujourd hui montrent combien ce sujet a progressé dans la conscience, mais aussi dans la connaissance de nos concitoyens.

53 Nous avons fait des progrès, nous avons évolué, mais je ne suis pas sûre que ce soit seulement grâce aux efforts déployés dans le cadre de la Décennie ou aux efforts faits par les pédagogues. Si l on a fait des progrès sur ces sujets, c est surtout parce que les faits nous ont rappelé l urgence de l action nécessaire à mener. Si l on a fait des progrès en termes de réflexion et de travail sur le changement climatique, c est parce qu il y a eu la canicule de 2003 et parce que tous les jours, l on mesure les conséquences du changement climatique, son évolution sur l ensemble des territoires. C est cela, et pas uniquement nos efforts de pédagogie et d éducation qui font que le sujet a pris sa force. En matière de biodiversité, c est au fur et à mesure que l on nous montre et l on nous démontre la disparition des espèces que le sujet prend de l ampleur et que l on commence à s intéresser aux conséquences de cette évolution. Sur la santé, c est aussi au fur et à mesure des crises que l on mesure les conséquences réelles sur la santé, et que la pédagogie se fait. Un axe supplémentaire est venu renforcer nos discours et nos réflexions sur le développement durable. C est ce que Jean-Louis ETIENNE a appelé l épuisement des ressources, c est ce que j appelle le déséquilibre entre l offre et la demande. Avec 9 milliards d humains sur la planète, il est clair que l on ne peut pas continuer à vivre comme on le fait aujourd hui et que l on a un déséquilibre qui commence aujourd hui, et qui ne fera que s amplifier, entre les ressources que nous utilisons et la consommation que l on en fait, qu elle soit seulement pour répondre à nos besoins ou à nos désirs. Aujourd hui, nous sommes et nous allons vers un déséquilibre de plus en plus grand entre offre et demande de ressources (énergie, matières premières, alimentation) qui rend nécessaires nos politiques, nos réflexions, notre connaissance de ce que pourraient être de vrais comportements et démarches de développement durable. La conclusion que je tire de ces deux types de réflexion est qu il faut que nous continuions nos efforts, que nous nous adaptions à ce contexte nouveau qui est un contexte de début de compréhension d un certain nombre de sujets donc il faut que nous fassions évoluer nos méthodes en matière d éducation au développement durable. Il ne faut certainement pas ralentir nos efforts, bien au contraire. L objectif est d aller probablement vers un peu moins de sensibilisation et vers un peu plus d explications. Il est absolument nécessaire que nos travaux, en matière d éducation au développement durable, aient pour objectif de donner des clés pour comprendre. J ai le sentiment que nos concitoyens qui sont en alerte par ce qu ils lisent, ce qu ils voient, ce qu on leur explique, par les évolutions concrètes sur leur environnement proche, sont devenus curieux, posent beaucoup de questions et sont à la recherche de réponses. Il faut absolument que notre effort soit tourné vers la réponse à cette curiosité qui se généralise et qui est nécessaire. Il n y a pas de responsabilisation et donc d actions sans information des consommateurs, des électeurs, des citoyens d une manière générale. Si vous ne savez pas combien vous consommez d énergie et si vous ne savez pas qu en consommant de l énergie, vous émettez des gaz à effet de serre, vous ne serez jamais responsabilisés ni en tant qu acteurs, ni en tant que consommateurs, ni en tant qu électeurs. Il faut donc que nous travaillions sur ces mécanismes : informer pour responsabiliser et pour qu ensuite, le citoyen puisse agir. Autour de cela, il y a toutes les formes possibles d éducation au développement durable. Une autre idée à laquelle je suis sensibilisée est qu il ne faut pas essayer de simplifier. Nous avons fait certaines erreurs, y compris récemment, et nous en ferons encore, en essayant de simplifier volontairement ou involontairement un certain nombre de sujets ou de solutions. Un jour, la solution est l éolien. Un autre jour, c est le biocarburant. Un autre, c est le solaire. Un autre, ce sont la capture et le stockage du CO2. Nous simplifions beaucoup trop les réponses que nous essayons de donner les uns et les autres, mais quand on réfléchit un peu, on s aperçoit que ce n est pas si simple. Nos concitoyens finissent par se perdre dans les discours apportés. Il faut donc de la responsabilisation, pas de simplification, pas de volonté de simplifier, mais essayer de faire comprendre la complexité du monde dans lequel nous vivons, y compris des solutions apportées. Ce sont, pour moi, deux axes de travail qu il

54 nous faut faire aujourd hui parce que les choses ont changé et que nous avons progressé sur certains thèmes. Tout cela légitime encore plus que précédemment le travail croisé de tous les vecteurs d éducation, d information et de sensibilisation au développement durable, l espèce d écosystème qui se crée entre les uns et les autres, entre tous ces acteurs à travers toute la société, dans tous les types de collèges du Grenelle. Ils sont tous porteurs d un élément de cette éducation nécessaire à l environnement et au développement durable. Je vais revenir brièvement sur les types d acteurs que j ai en tête pour montrer que nous avons un écosystème qui doit être absolument cohérent à la fois dans la démarche d explication, dans les solutions et dans le croisement des éclairages qui peuvent être portés par les uns et les autres. Il est évident que nous avons l école pour justement aller plus loin dans cette compréhension des phénomènes. Pour les comprendre vraiment, il faut acquérir les compétences dont parlait Jean-Louis ETIENNE précédemment. Si l on peut avoir une polyculture, ce serait encore mieux pour comprendre, mais on n est peut-être pas tous capables d avoir cette polyculture. En tout cas, il faut que l école nous y amène, nous y intéresse et nous fasse mieux comprendre de quoi il retourne. C est ce que fait de plus en plus l Éducation nationale aujourd hui, et c est ce que nous devons généraliser, tout en montrant comment cela est mis en œuvre dans l institution scolaire. Il faut faire en sorte que dans le fonctionnement même de l institution scolaire, le système fonctionne autour de ces démarches de développement durable. Ensuite, il faut que dans l enseignement professionnel, chacun sorte de sa forme d enseignement en sachant comment il pourra travailler dans une démarche de développement durable. Quel que soit son métier, l on doit pouvoir comprendre comment on participe d une démarche de développement durable. Aujourd hui, beaucoup de choses commencent à se faire, mais avec cette idée simple, on doit pouvoir progresser les uns et les autres. Par ailleurs, il y a aussi ceux qui n ont pas eu la chance d avoir tous ces enseignements à l école. C est là que c est le plus difficile parce que le changement climatique, par exemple, est un sujet dont les personnes âgées de quarante-cinq ans et plus n ont jamais entendu parler à l école. Apprendre quelque chose quand vous n en avez jamais entendu parler à l école, c est vraiment très difficile. Certains ont le temps de lire, de se cultiver, mais beaucoup regardent un reportage à la télévision de temps en temps. Se faire une culture sur le changement climatique de cette façon n est pas évident du tout. C est pourquoi il y a un énorme travail à faire par nombre d autres méthodes et vecteurs. Les médias ont une responsabilité énorme, et particulièrement les médias audiovisuels qui peuvent montrer les bonnes pratiques et l exemplarité. Ils commencent à le faire et c est vraiment une manière d attirer sur nos sujets les personnes qui n ont pas le temps de se plonger dans des choses plus complexes ou plus longues. Il faut éviter l explication manichéenne avec un journal de 20 heures qui vous explique en très peu de temps que telle solution est bonne, et un opposant qui explique le lendemain qu elle est mauvaise. Au bout du compte, le citoyen ne sait pas ce qu il doit en penser, n a pas eu le temps de confronter les arguments et est perdu. Il faut avoir cela en tête et essayer de comprendre, avec les différents types de médias, comment on peut éviter de mettre nos concitoyens dans cette situation frustrante et incohérente. Un autre vecteur de plus en plus important concerne toutes les actions de proximité, c est-àdire toutes les actions menées par les associations et les collectivités locales sur les territoires, l objectif étant de réfléchir à comment apporter des réponses pratiques et utilisables immédiatement par le citoyen dans son environnement, sa vie quotidienne au travail, dans ses loisirs ou à son domicile. Ces actions de proximité sont justement celles dans lesquelles nos concitoyens ont la possibilité de discuter avec des gens comme eux qui peuvent leur expliquer certaines choses, de voir de bonnes pratiques, de se dire qu ils sont

55 aussi capables de faire quelque chose et d avoir une réponse à tous ces défis planétaires qu on leur assène, leur oppose, leur met sous les yeux sans leur expliquer vraiment qu ils sont capables aussi d y participer. Autour de cette thématique, en matière d éducation au développement durable, une foultitude de choses se fait. Il faut encourager ce foisonnement, l ensemencer et continuer à le développer. Un autre type d actions concerne les actions d alerte, c est-à-dire celles qui sont faites aujourd hui par les grandes associations nationales et internationales ou par certaines personnalités capables de se faire entendre, de nous ouvrir l esprit, d attirer l attention générale de la société sur un certain nombre de thèmes importants. C est aussi un mode d éducation au développement durable qu il faut encourager, qui est naturel chez certains donc il faut le mettre en valeur. L intérêt de ces actions d alerte est d être des précurseurs. Aujourd hui, je suis frappée par le fait que des sujets qui étaient inconnus il y a quelques mois prennent de l importance d un coup, deviennent des sujets prioritaires du débat, partagés plus ou moins par les uns et les autres. Nous avons besoin de ces éléments associatifs ou de ces individus qui regardent un peu plus loin pour attirer notre attention sur des sujets nouveaux, sur les sujets de demain, sur ceux qui nous poseront des problèmes. L évolution de notre environnement fait que de nouveaux problèmes se créent, et il nous faut donc essayer d intervenir le plus vite possible. Ces actions d alerte sont très différentes des actions de proximité, mais nous avons besoin de la variété de toutes les manières et techniques d éducation possibles. Dans tout cela, l État doit surtout faciliter le développement de tous ces vecteurs, de l école jusqu à l alerte en passant par les actions de proximité, et faire en sorte que tout le monde dispose du plus d informations possibles. Du côté de l État, nous avons la responsabilité de mettre à disposition les informations sur les sujets de développement et c est ce que nous essayerons de faire, conformément à un des engagements du Grenelle, en créant un portail de l information environnementale qui permette à tous de trouver l information et de l utiliser. Je suis convaincue qu une des responsabilités de l État est de veiller à ce que cet échange d informations soit possible et facile. Pour finir, je voulais vous assurer du soutien de la France, du MEEDDAT et du Commissariat général au Développement durable pour toutes les actions menées en matière d éducation au développement durable et à l environnement dans un contexte particulier aujourd hui, celui du Grenelle. Dans le cadre du Grenelle, nous avons mis en place deux comités opérationnels sur cette thématique de l éducation au développement durable. C est le seul sujet sur lequel nous avons réussi à en faire deux, nous attendons les résultats du second et nous prendrons des décisions et des mesures d application des travaux menés dans ces deux comités opérationnels. Une place plus importante est à donner à ces thématiques d information, d éducation et de formation dans la nouvelle stratégie nationale du développement durable. Nous allons mettre en chantier une nouvelle stratégie puisque la précédente a pris fin au mois de juin. Nous continuons à l appliquer, mais il faut en élaborer une nouvelle et, dans le cadre de ces travaux, un travail particulier sera à mener sur la partie «éducation et formation». Le dernier message que je voulais faire passer concerne la Décennie de l UNESCO. Nous souhaitons continuer à travailler fortement sur ces thématiques avec l UNESCO, le message sera porté au nom de la France, notamment lors de la Conférence mondiale de mi-parcours à BONN en mars 2009 et dans tous les autres grands évènements qui jalonneront ce processus international. Nous réorganisons actuellement la Commission française pour l'unesco pour qu elle soit plus présente et active dans ces activités, qu elle fasse mieux connaître les travaux des grands programmes de l UNESCO et qu à l inverse, il y ait un échange d informations plus fort de la France vis-à-vis de l UNESCO et de ses grands programmes en matière d éducation, de sciences et de culture. Autour de cette réorganisation, nous renforcerons et conforterons notre travail dans le cadre de la Décennie.

56 Pour conclure, je voulais remercier la Ville de Bordeaux de nous avoir accueillis pendant ces trois jours, et tous ceux qui sont venus pour échanger leurs expériences. Je suis vraiment convaincue que nous ne progresserons dans tous ces domaines qu en faisant des échanges d expériences réelles, d exemples concrets. Que ce soient des succès ou des échecs, ces expériences sont utiles et c est ainsi que nous progresserons collectivement. Les travaux que nous continuerons à mener activement les uns et les autres nous permettront de progresser dans la généralisation de l éducation au développement durable, mais surtout dans la mise en œuvre de ces solutions. ***********************

57 Session 1 État d avancement et perspectives de la Décennie de l Éducation pour un Développement durable dans les pays de l Union européenne 8 Sommaire Introduction (Michel RICARD) Les actions de l'ensi (Willy SLEURS, président de Environmental School Initiatives) Les actions de l'union européenne en matière d'edd : éducation et formation (Elisabeth BITTNER, DG Éducation et Culture, Conseil européen) La stratégie de l'allemagne et la conférence mondiale de Bonn, mars 2009 (Alexander LEICHT, Commission allemande pour l'unesco) Les actions de la Grèce en matière d'edd (Andreas KARAMANOS, président du comité directeur de la Décennie de la commission économique des Nations Unies pour l'europe) La stratégie de l'unece pour l'edd : les indicateurs pour mesurer la réalité de la mise en œuvre de l'edd (Roel van RAAIJ, président du groupe d'experts de l'unece) Le suivi et l'évaluation de la DEDD et le "Global process" (Daniella TILBURY, Présidente du groupe d'expert de l'unesco sur le suivi et l'évaluation de la DEDD) Les Ateliers : - Atelier 1 : Approche institutionnelle globale de l'edd et rôle de l'école dans la Société (facilitateurs : Michela AYER et Eugenia FLOGAITIS) - Atelier 2 : Une approche systémique des changements de curriculum dans les institutions éducationnelles.(facilitateurs : Maryse CLARY et Guy TURCHANY) - Atelier 3 : Compétences pour l'éducation professionnelle en EDD (facilitateurs : Mercè JUNYENT et Regina STEINER) - Atelier 4: L'apprentissage social pour parvenir au développement durable (facilitateurs : Roel van RAAIJ, Antoine HEIDEVELD et Ingrid MULÀ). Conclusions et recommandations (Christine AFFOLTER, secrétaire générale de ENSI) Animatrice : Christine AFFOLTER (Environment and School Initiative -ENSI) Introduction par Michel RICARD (Président du Comité français de la Décennie) Le comité français de la Décennie avait mandaté le réseau ENSI (Environmental and School Initiatives) pour réaliser ce bilan en prévision de la conférence à mi-parcours de la Décennie qui se tiendra à Bonn (Allemagne) du 31 mars au 2 avril 2009. et avait contribué au financement de cette initiative en association avec ENSI. 8 Ce document reprend, de manière synthétique, les échanges, conclusions et recommandations issues de la session consacrée à l'edd dans l'union européenne. Le rapport original, en Anglais, se trouve sur le site de ENSI www.ensi.org et sur le site du comité français de la Décennie www.decennie-france.fr

58 ENSI est un réseau international qui a pour but d'aider au développement des activités d'éducation dans le domaine de l'environnement et à la compréhension des concepts qui s'y rattachent en s'appuyant sur des activités de recherche et d'échanges développées au plan international depuis 1986. ENSI rassemble les acteurs, institutions et initiatives se rapportant à l'enseignement scolaire et constitue, de ce point de vue, la seule organisation internationale pour l'éducation à l'environnement et l'éducation au développement durable dont les membres sont appointés par leur gouvernement et désignés pour représenter leur pays dans les diverses manifestations internationales. La session a été préparée par Christine AFFOLTER, vice-présidente du réseau ENSI. Le rapport intégral final a été rédigé, par Daniella TILBURY et Ingrid MULA. Les actions de l'ensi par Willy SLEURS (Président de Environmental School Initiative - ENSI) L organisation ENSI a été fondée en 1986 comme une action décentralisée pour la recherche et l innovation dans l enseignement. Cela s est fait au moment où dans plusieurs pays de l OCDE, les éducations adjectives comme elles sont souvent indiquées dans le monde anglo-saxon ont été introduites dans les écoles. Il s agit, par exemple, de l éducation relative à l environnement, à la santé et à la paix. ENSI constitue avant tout un groupe de chercheurs enthousiastes qui développe et partage la connaissance nouvelle au sujet de l éducation en vue du développement durable. Les membres d ENSI sont désignés par les États membres et la plupart d entre eux sont rattachés à un département ministériel, une université ou à une école de hautes études. Aujourd hui, ENSI se trouve à un tournant important puisque l organisation recevra prochainement le statut d association internationale sans but lucratif. Ceci signifie qu en dehors des États membres, les ONG, universités et collèges de hautes études pourront être acceptés comme des membres d ENSI. Bien que l organisation mette l accent sur le thème de l environnement, depuis le début, les fondateurs d ENSI ont interprété le mot «environnement» dans le sens le plus large, c està-dire l environnement physique, social et économique. Plus important que de diriger le focus vers le thème de l environnement, ENSI a voulu montrer que les nouvelles éducations exigent des méthodologies pédagogiques nouvelles. Depuis le début, l organisation a souligné l importance, pour les élèves et étudiants, d apprendre des compétences ou qualités dynamiques, c est-à-dire savoir manier des situations non-structurées, définir des problèmes, prendre des positions et accepter la responsabilité de ces positions. Ce sont exactement les compétences que l on rencontre aujourd hui sur la liste des compétences proposées par la stratégie du Conseil économique et social des Nations Unies pour l éducation en vue du développement durable. Cette approche a conduit à un lien étroit entre ENSI et la Commission économique pour l Europe des Nations Unies pour ce qui concerne l implémentation de la stratégie de la Décennie des Nations Unies pour l éducation en vue du développement durable. La force et les réalisations d ENSI s'expriment aux niveaux suivants : " Initier, coordonner et supporter la recherche, particulièrement la recherche-action, et les activités au niveau du développement des écoles. " Promouvoir les échanges et coopérations internationaux, y compris la coopération avec d autres programmes et organisations internationales. " Formuler des recommandations pour les autorités politiques à propos de l éducation relative à l environnement et l éducation en vue du développement durable.

59 Avant tout, ENSI contribue à la recherche en éducation en vue du développement durable et établit, dans ce but, des réseaux globaux. Je ne vous présenterai pas toutes les réalisations de l organisation et je me limiterai à un résumé des réalisations et des produits les plus récents qui seront utilisés comme cadre de référence pour cet atelier. Il y a d abord le projet Comenius SEED 2002-2005 dans lequel ENSI a développé un cadre de référence pour les critères de qualité pour les écoles à l éducation en vue du développent durable. Les résultats à propos des critères de qualité sont publiés dans un livret traduit en une vingtaine de langues, il sera disponible bientôt en français. En 2007, dans le cadre du projet CSCT, les partenaires ont développé un cadre de référence qui formule les compétences nécessaires aux enseignants souhaitant intégrer l'edd dans leurs leçons et dans la vie scolaire. Ce cadre de référence est aujourd hui utilisé comme document de travail dans le groupe de travail de la CEE des Nations Unies qui s occupe des compétences des professeurs. En 2008, le projet SUPPORT a commencé comme un partenariat très large avec l objectif de promouvoir et améliorer la qualité de l éducation en vue du développement durable, par la formation des réseaux d écoles, d instituts de recherche et des communautés locales. La communication dans ce réseau est facilitée par l emploi de la technique informatique. L organisation est aussi très active dans le cadre de la Convention des Carpates et a lancé le projet CASALEN en coopération le PNUE avec pour but d'établir un système de supports pour encourager la coopération entre les écoles de la région des Carpates, en particulier par l organisation des écoles d été comme centres d entraînement des enseignants et des chercheurs dans le cadre de l éducation en vue du développement durable. Un projet ENSI très prometteur est celui des jeunes chercheurs. ENSI a en effet établi un réseau des jeunes chercheurs européens et australiens qui s occupe de la recherche scientifique à propos de l éducation en vue du développement durable. Ce groupe de jeunes chercheurs est très important pour générer la connaissance fondamentale nouvelle, mais aussi forme le meilleur investissement pour garantir l avenir de l organisation ENSI. Pour terminer, je m adresse particulièrement aux politiciens, aux fonctionnaires des départements ministériels et aux instituts de recherche ici présents. L expertise que ENSI a construite pendant des années est aujourd hui reconnue dans le monde entier, ce qui s exprime par la coopération très proche entre ENSI et des organisations comme l UNESCO, le PNUE, l UNDP, l OCDE, le Conseil de l Europe, l Union européenne. Aujourd hui, quinze États sont membres de la famille d ENSI, mais nous avons l ambition d élargir ce réseau. C est pourquoi je vous demande de parler avec les autorités de votre pays pour les amener à faire partie de cette grande famille de chercheurs. Nous serons à votre disposition pendant cette Conférence, ensuite également pour vous donner plus de renseignements détaillés. Les actions de l'union européenne en matière d'edd : éducation et formation par Elisabeth BITTNER (DG Éducation et Culture, Commission européenne) Le traité de Lisbonne 9 indique que l'union européenne - UE doit se pourvoir de l'économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde en se basant sur la connaissance et faisant référence au développement durable, notamment avec des emplois plus nombreux, de meilleure qualité et se référant à une meilleure cohésion sociale. 9 Conseil européen de Lisbonne, mars 2000

60 Les ministres de l'éducation ont adopté, en 2001, un rapport (Éducation et Formation 2010) sur les futurs objectifs des systèmes d'éducation et de formation qui intègre, pour la première fois, des objectifs communs à atteindre en 2010. Dans ce contexte politique, il est nécessaire de faire des efforts pour transformer l'économie et pour changer radicalement les démarches éducatives. La Commission européenne soutient les états membres par le biais d'une coordination spécifique (Open Method of Coordination) s'appuyant sur le partage d'expériences et sur la recherche d'objectifs communs et partagés. En coopération avec les états membres, la Commission européenne des directives dans ce sens et soutient la modernisation des processus d'éducation et de formation en Europe. Le programme d'apprentissage tout au long de la vie 10 (Life Long Learning programme LLL) 2007-2013 recouvre l'ensemble de ces programmes de même que ceux se rapportant à la Décennie de l'edd. Le programme Life Long Learning est un programme holistique d'éducation qui promeut également l'edd en finançant des projets spécifiques d'edd. LLL concerne toutes les formes d'éducation et d'apprentissage au travers de différentes structures et programmes : Comenius, Leonardo, Erasmus, Grundvig, Jean Monnet et autres programmes transversaux. Les actions génériques du programme LLL incluent la mobilité individuelle, les partenariats, les projets et réseaux, les bourses, les outils pédagogiques. Comme le souligne Elisabeth BITTNER", c'est une excellente opportunité to favoriser les démarches ascendantes. Importance du Lifelong Learning Programme 2007-2013 par rapport à l'edd " Directive de l'ue sur les compétences clé de l'apprentissage tout au long de la vie 11 : les principaux défis à relever concernent l'équité et les écarts de qualité. " Pratiques innovantes inventoriées par la Commission : l'inventaire des pratiques innovantes des pays de l'ue souligne la dérive constatée en raison d'un accent mis sur l'environnement aux dépens des aspects sociaux du développement durable. Le premier rapport de l'union européenne sur le Développement durable 12 constate des progrès substantiels en matière d'éducation et de formation au développement durable.. même s'il reste encore beaucoup plus à faire. La stratégie de l'allemagne et la conférence mondiale de Bonn (mars 2009) par Alexander LEICHT (Commission allemande pour l'unesco) La stratégie allemande au sein de l'europe est illustrée par quelques temps forts comme la conférence de Berlin sur l'edd en mai 2007, à l'occasion de la présidence allemande de l'union européenne. Ces temps forts furent l'occasion de faire le bilan des avancées de la Décennie de l'éducation pour un Développement durable, de constater son bon état d'avancement après deux années, mais également de regretter que l'edd reste encore marginale par rapport aux priorités affichées en matière d'éducation. 10 Pour le programme LLL: http://ec.europa.eu/education/lifelong-learning-programme/doc78_en.htm 11 http://ec.europa.eu/education/policies/2010/objectives_en.html#basic 12 http://ec.europa.eu/sustainable/news/index_en.htm#report_2007_en

61 Au plan de l'union européenne, un effort substantiel a été réalisé dans le développement et l'implémentation de la Décennie de l'edd au sein de la stratégie européenne de Développement durable (SEDD). Bien que l'edd soit présentée comme une démarche transversale au sein de cette stratégie, A. Leicht souligne le risque que la Décennie ne soit pas réellement prise en compte dans les politiques touchant aux actions concrètes et prioritaires de la SEDD. Objectifs de la Conférence de Bonn (31 mars au 2 avril 2009) 1. Mettre en exergue les contributions essentielles de l'edd à toutes les démarche d'éducation afin d'aboutir à une éducation de qualité. 2. Promouvoir les échanges internationaux sur l'edd 3. Réaliser un bilan de l'implémentation de la DEDD 4. Développer des stratégies pour le futur Enfin, il faut rappeler que le ministère fédéral allemand de l'éducation nationale et la commission allemande pour l'unesco sont responsables de l'organisation de la conférence mondiale de l'unesco sur l'edd qui se tiendra à Bonn (Allemagne) du 31 mars au 2 avril 2009. Une version préliminaire du 1 er rapport, traitant du contexte et de la mise en œuvre de la DEDD dans les divers pays, sera présentée lors de la Conférence mondiale de l'unesco sur l'éducation au Développement durable "Moving into the second half of the UN Decade" à Bonn du 31 mars au 2 avril 2009 13. Cette conférence se propose de recueillir les informations de la part des plus importants acteurs de la DEDD afin d'analyser les stratégies et les résultats de la première moitié de la Décennie. Les actions de la Grèce en matière d'edd par Andreas KARAMANOS (Président du comité directeur de l'unece pour l'edd) Consciente de l'importance de l'éducation pour soutenir le développement durable, la Grèce a développé et mis en œuvre un grand nombre d'actions, parmi lesquelles : - Création en 2006 du comité national grec de l'éducation pour un Développement durable qui se réunit régulièrement chaque année pour mettre au point et réviser le plan national d'edd; - Réflexion sur les réorientations du rôle et des buts des centres d'éducation en environnement (EE) pour évoluer vers le développement durable (EDD); - Organisation en novembre 2005, à Athènes, d'une manifestation destinée à sensibiliser à l'importance de l'edd au plan national, mais également comme lien entre les pays méditerranéens, avec le lancement officiel de la Décennie dans le bassin méditerranéen et la tenue du premier workshop sub-régional de l'unece pour l'implémentation de l'edd dans l'europe du Sud-est; - Prévision à l'horizon 2010 d'une implémentation de l'éducation pour un Développement durable dans toutes les écoles de Grèce avec la volonté d'inclure le DD dans tous les curriculums. 13 Pour plus d'information sur la conférence de Bonn: http://www.esd-world-conference-2009.org/

62 La stratégie de l'unece pour l'edd : les indicateurs pour mesurer la réalité de la mise en œuvre de l'edd par Roel van RAAIJ (Président du groupe d'experts de l'unece sur les indicateurs de la DEDD) Le mécanisme de suivi et d'évaluation a été réalisé et appliqué pour identifier les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l'edd dans les pays de l'unece 14. La stratégie de l'unece est une stratégie spécifique qui a pour but d'encourager les 56 pays membres de l'unece à développer et à incorporer l'edd dans leur système éducatif formel, informel et non formel. En application de la stratégie pour l'edd décidée à Vilnius (mars 2005), le comité directeur de l'unece a créé un groupe 15 d'experts pour développer des indicateurs mesurant la réalité de l'implémentation de la stratégie. Roel van RAAIJ explique que la première étape a consisté à traduire les objectifs de la Décennie sous forme d'indicateurs spécifiques qui pourraient refléter la réalité de chacun des objectifs à atteindre au travers d'un certain nombre d'interrogations : Quels sont nos besoins; Quelles sont nos attentes, De quelles données disposons-nous? Quelles sont les méthodes à notre disposition? Le défi majeur était à la fois celui de la récolte des rares données sur l'edd permettant de suivre et d'évaluer la stratégie, particulièrement au niveau national, et celui de trouver des méthodes d'évaluation. Il existait certes des travaux sur les indicateurs du DD, mais la conception des indicateurs pour l'edd et son évaluation était encore un nouveau volet à découvrir. Le groupe d'expert a recherché un modèle d'évaluation qui pourrait prendre en compte le processus et la réalité de l'implémentation de la stratégie. Un questionnaire avec 46 questions a été développé. Les questionnaires de l'unece et de l'unesco présentent de nombreuses similarités, toutefois ils diffèrent sur plusieurs points. Les indicateurs de l'unece ont servi à rédiger le rapport sur les progrès de la DEDD qui a été présenté à la conférence européenne de Belgrade en octobre 2007 : Learning from each other 16. 36 pays ont fourni leur rapport sur l'implémentation de la Décennie et une base de données sur les "Bonnes pratiques" a été mise en place afin d'informer sur le niveau de réalisation de la Phase 1 de la Décennie La mise en pratique d'un certain nombre de recommandations permettrait d'améliorer le suivi et l'évaluation de la DEDD. Recommandations sur la façon d'améliorer le suivi et l'évaluation de la DEDD (par Roel van RAAIJ) " Coopération élargie entre les acteurs de l'environnement et de l'éducation " Adoption d'une approche multi-acteurs " Auto-évaluation devant être considérée comme un "processus apprenant" en soi " Aider les pays dans leur exercice de reporting " Formation de points focaux nationaux à l'évaluation et au suivi " Mise en capacité des démarches de suivi et d'évaluation à tous les niveaux 14 La stratégie de l'unece peut être consultée sur le site: http://www.unece.org/env/esd/ 15 Plus d'information sur le groupe d'expert sur le site : http://www.unece.org/env/esd/sc.egi.htm 16 Informations sur la conférence de Belgrade : http://www.unece.org/env/esd/belgrade.htm

63 Le suivi et l'évaluation de la DEDD et le Global process par Daniella TILBURY (Présidente du groupe d'expert de l'unesco sur le suivi et l'évaluation de la DEDD) Daniella TILBURY, présidente du groupe d'experts de l'unesco sur le suivi global et l'évaluation de la Décennie (Monitoring and Evaluation Expert Group - MEEG), présente la DEDD comme "un mouvement mondial qui cherche à améliorer les possibilités et la qualité de l'éducation". Agir en faveur de la DEDD, poursuit-elle, va dans le sens de l'affirmation que l'éducation peut changer le monde et faciliter l'instauration d'une société équitable, pacifique et socialement juste en accord avec le développement durable. Certaines formes d'éducation sont plus en phase avec cette vision du monde car elles font appel à la pensée critique, particulièrement en matière d'apprentissage, à la pensée systémique et à la clarification des valeurs. Daniella Tilbury souligne l'importance de ces divers processus pour construire un avenir plus durable reposant sur de nouvelles valeurs sociales se référant au développement durable. Ensuite, elle revient sur l'importance de reconnaître l'ambition de la DEDD et la difficulté que représente l'edd en elle-même, deux facteurs qui doivent être pris en compte dans les démarches de suivi et d'évaluation. Finalement, Daniella Tilbury explique que l'unesco, en tant qu'agence des Nations Unies en charge de la Décennie, doit faire part des progrès réalisés dans l'implémentation de la DEDD à l'assemblée générale des Nations Unies (AGNU) en 2010 et au bureau exécutif de l UNESCO tous les deux ans. Afin d'aider à la mise en œuvre d'un processus d'évaluation et de suivi, l'unesco a créé le MEEG, composé d'experts de l'edd et de l'évaluation issus de diverses parties du globe, qui a recommandé que l'unesco publie trois rapports d'évaluation et de suivi, chacun traitant d'un thème différent. Les rapports globaux sur la DEDD! 2009: Contextes et structures de l'edd dans les différents pays! 2011: Processus et apprentissage! 2015: Impacts et résultats Le MEGG a également proposé un réseau d'évaluation et de suivi global (Global Monitoring and Evaluation Framework - GMEF) s'attachant à l'analyse des principaux apports de la DEDD et des étapes globales définies dans l'iis. Ce GMEF fait appel au self-reporting ainsi qu'au suivi participatif et à l'expertise afin de valider les données et de faire participer le plus grand nombre d'acteurs à ce processus. Le GMF s'appuie sur des questionnaires, sur l'audition des acteurs, sur du self-reporting et sur des témoignages multiples. Buts du GMEF! Sensibiliser les décideurs à la DEDD! Aider à la réflexion et à l'apprentissage! Accompagner les avancées d'un certain nombre de secteurs (éducation formelle, communauté, gouvernement, entreprises, )! Évaluer les changements à divers niveaux (contextes, structures, processus, apprentissage) ainsi qu'au niveau des résultats et des impacts.! Fournir une cartographie des avancées au plan régional comme au plan national;! Évaluer les avancées de la décennie et les enseignements résultants du processus d'implémentation.

64 Les indicateurs définis dans le GEMF doivent aider à évaluer les progrès de la DEDD. Différents types d'indicateurs ont été définis de manière à établir si la Décennie de l'edd a un véritable impact et de quelle nature : indicateurs de statut, d'aide, d'apprentissage, d'impact, de performance. Un draft du premier rapport global sur la DEDD sera présenté lors de la conférence de Bonn et apportera informations et bilans pus spécialement sur les changements intervenus grâce à l'edd au niveau régional et au niveau national. La question posée au tout début par Daniella Tilbury était de savoir si les objectifs de la Décennie de l'edd n'étaient pas trop ambitieux, notamment en tenant compte d'un certain manque de moyens pour aider à son implémentation et en considérant la complexité de la démarche. En revenant sur ce point, Daniella Tilbury précisa que ce premier rapport n'indiquerait pas de quelle manière le monde avait changé grâce à la mise en œuvre de l'edd, mais chercherait à établir si les contextes et si les systèmes éducatifs nationaux s'étaient améliorés afin de promouvoir un changement pour un futur plus durable. Les Ateliers Au cours de la session, se sont déroulés quatre ateliers destinés à approfondir un certain nombre de questions se rapportant à l'edd telles qu'elles peuvent avoir été abordées au sein des différents pays européens. Les ateliers ont traité des questions suivantes :! Atelier 1 : Approche institutionnelle globale de l'edd et rôle de l'école dans la Société (facilitateurs : Michela Mayer et Eugenia Flogaitis)! Atelier 2 : Une approche systémique des changements de curriculum dans les institutions éducationnelles (facilitateurs : Maryse Clary et Guy Turchany)! Atelier 3: Compétences pour l'éducation professionnelle en EDD (facilitateurs : Mercè Junyent et Regina Steiner)! Atelier 4: L'apprentissage social pour parvenir au développement durable (facilitateurs : Roel van Raaij, Antoine Heideveld et Ingrid Mulà). Les résultats des ateliers ont ensuite été présentés par les rapporteurs lors d'une séance finale. Ces conclusions ont ensuite été reprises en séance plénière de restitution et ont contribué à la rédaction des recommandations finales. Atelier 1 : Approche institutionnelle globale de l'edd et rôle de l'école dans la Société. (facilitateurs : Michela MAYER et Eugenia FLOGAITIS) L'approche institutionnelle globale est un concept relativement récent qui pose des questions sur les routines institutionnelles existantes et sur les structures. La Commission Économique Européenne des Nations Unies (UNECE) décrit "l'approche institutionnelle globale" comme une approche dans laquelle tous les aspects d'une institution (opérations internes et relations externes) sont reconsidérés au regard des principes du Développement Durable (DD) et de l'éducation pour un Développement Durable (EDD). Chaque institution doit décider par elle-même de ses propres actions concernant les trois sphères qui se recouvrent : campus, curriculum, communauté.

65 Au coeur de l'approche institutionnelle globale, l'edd est reconnu comme un processus qui contribue à faire des institutions des "institutions apprenantes" qui ont ainsi l'occasion de s'enrichir au travers de leurs objectifs, de leurs procédures et de leurs actions. Ces institutions sont également renforcées par des collaborations internes et externes stratégies d'apprentissage, stratégies prospectivistes,... Questions abordées lors de l'atelier 1! Quelle preuve avons-nous que l'approche institutionnelle globale est considérée comme valable dans les systèmes d'éducation européens et non européens?! Dans quelle mesure cette approche a-t-elle été adoptée par les diverses institutions?! Quels changements au sein des institutions sont-ils nécessaires pour transformer les institutions d'éducation en "institutions apprenantes" et en "centres d'apprentissage social" pour les communautés locales?! Quels enseignements tirés des expériences et des exemples de bonne pratique.! Quelles recommandations peut-on apporter aux écoles et aux universités qui sont déjà engagées dans le processus?! Quelles recommandations, au plan national et international, peut-on faire aux autorités en charge de l'éducation dans les pays de l'ue? Points clés soulevés lors des discussions de l'atelier 1 Éléments fondamentaux de l'approche institutionnelle globale! La capacité à agir ensemble : les enseignants doivent trouver le moyen de travailler ensemble, mais ils doivent également rechercher des opportunités pour interagir avec la société civile, décideurs politiques, personnels divers, parents et autres acteurs.! Mise en réseau et recherche.! Démarches à la fois ascendantes et descendantes. Nécessité d'une approche institutionnelle globale! Engagement politique et soutien institutionnel;! Mesures et outils spécifiques pour former les éducateurs;! Éviter le marginalisation des institutions qui adoptent cette approche;! Adopter une attitude anthropocentrée : les apprenants sont au centre du système;! Légitimer les apprenants au travers de la participation et de l'appropriation;! Conserver l'appropriation du processus à un niveau très basique en collaborant avec les communautés locales, en recherchant des partenariats public-privé, en adoptant le principe de subsidiarité dans une ambiance de démocratie ouverte.! Comprendre que l'edd diffère de l'ee et ne doit pas oublier la Nature ou les limites de nos ressources, mais conserver la société civile et la démocratie au centre de la démarche. Elle concerne également les modes de vie et la consommation durables.

66 Atelier 2 : Une approche systémique des changements de curriculum dans les institutions éducationnelles. (facilitateurs : Maryse Clary et Guy Turchany) Introduction par Maryse CLARY Aujourd hui, la crise écologique est devenue une crise sociale. Nous avons à faire face aux changements climatiques, mais il y a aussi des émeutes de la faim qui se développement de par le monde. Dans les pays où s accumulent richesse et profit, nous avons à faire face à une crise financière et à un dérèglement du système. Aussi, nous n avons plus le choix parce que nous sommes à un point de rupture de la planète. Il s agit donc de décider collectivement, d engager une profonde mutation qui permette de combiner, dans un développement durable, les enjeux sociaux, économiques et écologiques. Le développement durable concernant essentiellement les relations des personnes entre elles et des personnes avec leur environnement, l éducation peut être considérée comme faisant partie intégrante d une stratégie de développement durable. Elle joue un rôle essentiel dans un contexte de plus en plus marqué par l interdépendance croissante entre les peuples et par la globalisation des problèmes. Les problèmes liés au développement durable sont caractérisés par leur complexité. Or, il faut connaître et comprendre cette complexité pour ne pas tomber dans la simplification qui est la porte ouverte à toutes les déviances. Il s agit même d initier à la complexité comme un problème éthique, et de relever le défi de la complexité du réel et non réduire à des pensées simples. L on va jusqu à parler de pensées écologisées. Il y a nécessité d une pensée qui relie ce qui est disjoint et compartimenté, qui respecte le divers tout en reconnaissant l un, et qui essaye de discerner des interdépendances, et d une pensée systémique qui conçoit la relation entre le tout et ses parties. L éducation au développement durable se trouve en rupture par rapport aux savoirs traditionnels. Elle se structure, contrairement aux savoirs traditionnels qui s organisent autour de paradigmes, autour de problèmes concrets à résoudre, en fonction du contexte et de la manière dont on veut agir. L évolution cognitive ne va pas vers la mise en place de connaissances de plus en plus abstraites mais, à l inverse, vers leur mise en contexte. Le savoir devient donc un lieu de complémentarité entre des savoirs académiques disciplinaires, des savoirs interdisciplinaires, des savoirs de terrain, des savoirs qui émanent de la vie quotidienne. Dans la connaissance, la notion de négociation devient alors fondamentale. Cette nouvelle approche scientifique est fondée sur un principe d incertitude. Comme le dit Edgar MORIN, nous naviguons dans un océan d incertitudes à travers des îlots de certitudes. Ce principe d incertitude a pour corollaire une éthique de responsabilité. Pour comprendre ces réalités complexes, il apparaît nécessaire de développer une stratégie d interface pour laquelle la démarche systémique apparaît fondamentale et correspond plus à un mode de pensée qu à une technique. La pensée devient globalisante, la causalité devient multiple et circulaire et, surtout, on introduit l irréversibilité du temps. La démarche systémique permet d organiser les connaissances en vue d une plus grande efficacité de l action. Elle englobe la totalité des éléments du système, mais aussi leurs interactions et leurs interdépendances. Elle permet de mieux comprendre, de mieux décrire la complexité organisée. Elle nous permet de s élever pour mieux voir, de relier pour mieux comprendre, de situer pour mieux agir. Quelles implications pédagogiques cela entraîne-t-il? Cela passe par la réalisation de projets qui privilégient le propre territoire parce que c est dans une confrontation avec le réel

67 que se développe l éducation au développement durable. Ce n est que dans une situation d action que l on peut aborder complètement la complexité des problèmes. Comme nous l avons déjà dit, l EDD ne peut être sous l exclusive responsabilité des établissements scolaires. Elle doit s ouvrir beaucoup plus largement à la diversité des partenaires et l on peut mettre l accent sur le rôle fondamental des communautés locales. En effet, le mouvement tendant vers le développement durable ne peut aboutir que s il y a participation active des gens. Cette approche de la complexité met en lumière le caractère complémentaire des sciences expérimentales et des sciences sociales, mais aussi nous permet de surmonter la séparation entre sciences et valeurs. Dans l atelier, nous allons aussi nous poser un certain nombre de questions et essayer d y répondre. Les programmes des pays européens et la pratique des enseignants font-ils que se développe une approche systémique dans l EDD? Les établissements d éducation intègrentils des thèmes de la vie réelle, les concepts clés du développement durable, de nouvelles méthodologies d enseignement et d apprentissage dans leurs programmes? Quel support est prévu pour la pédagogie de projets ou pour des travaux de terrain à l école? Quels partenaires, quelles collaborations avec les entreprises locales, les ONG, les politiques, les médias? Résultats de l atelier 2 : Aujourd hui, la crise écologique est devenue une crise sociale. Nous avons à faire face aux changements climatiques, mais il y a aussi des émeutes de la faim qui se développent de par le monde. Dans les pays où s accumulent richesse et profit, nous avons à faire face à une crise financière et à un dérèglement du système. Aussi, nous n avons plus le choix parce que nous sommes à un point de rupture de la planète. Il s agit donc de décider collectivement, d engager une profonde mutation qui permette de combiner, dans un développement durable, les enjeux sociaux, économiques et écologiques. Le développement durable concernant essentiellement les relations des personnes entre elles et des personnes avec leur environnement, l éducation peut être considérée comme faisant partie intégrante d une stratégie de développement durable. Elle joue un rôle essentiel dans un contexte de plus en plus marqué par l interdépendance croissante entre les peuples et par la globalisation des problèmes. Les problèmes liés au développement durable sont caractérisés par leur complexité. Or, il faut connaître et comprendre cette complexité pour ne pas tomber dans la simplification qui est la porte ouverte à toutes les déviances. Il s agit même d initier à la complexité comme un problème éthique, et de relever le défi de la complexité du réel et non réduire à des pensées simples. L on va jusqu à parler de pensées écologisées. Il y a nécessité d une pensée qui relie ce qui est disjoint et compartimenté, qui respecte le divers tout en reconnaissant l un, et qui essaye de discerner des interdépendances, et d une pensée systémique qui conçoit la relation entre le tout et ses parties. L éducation au développement durable se trouve en rupture par rapport aux savoirs traditionnels. Elle se structure, contrairement aux savoirs traditionnels qui s organisent autour de paradigmes, autour de problèmes concrets à résoudre, en fonction du contexte et de la manière dont on veut agir. L évolution cognitive ne va pas vers la mise en place de connaissances de plus en plus abstraites mais, à l inverse, vers leur mise en contexte. Le savoir devient donc un lieu de complémentarité entre des savoirs académiques disciplinaires, des savoirs interdisciplinaires, des savoirs de terrain, des savoirs qui émanent de la vie quotidienne. Dans la connaissance, la notion de négociation devient alors fondamentale.

68 Cette nouvelle approche scientifique est fondée sur un principe d incertitude. Comme le dit Edgar MORIN, nous naviguons dans un océan d incertitudes à travers des îlots de certitudes. Ce principe d incertitude a pour corollaire une éthique de responsabilité. Pour comprendre ces réalités complexes, il semble nécessaire de développer une stratégie d interface pour laquelle la démarche systémique apparaît fondamentale et correspond plus à un mode de pensée qu à une technique. La pensée devient globalisante, la causalité devient multiple et circulaire et, surtout, on introduit l irréversibilité du temps. La démarche systémique permet d organiser les connaissances en vue d une plus grande efficacité de l action. Elle englobe la totalité des éléments du système, mais aussi leurs interactions et leurs interdépendances. Elle permet de mieux comprendre, de mieux décrire la complexité organisée. Elle nous permet de s élever pour mieux voir, de relier pour mieux comprendre, de situer pour mieux agir. Quelles implications pédagogiques cela entraîne-t-il? Cela passe par la réalisation de projets qui privilégient le propre territoire parce que c est dans une confrontation avec le réel que se développe l éducation au développement durable. Ce n est que dans une situation d action que l on peut aborder complètement la complexité des problèmes. Comme nous l avons déjà dit, l EDD ne peut être sous l exclusive responsabilité des établissements scolaires. Elle doit s ouvrir beaucoup plus largement à la diversité des partenaires et l on peut mettre l accent sur le rôle fondamental des communautés locales. En effet, le mouvement tendant vers le développement durable ne peut aboutir que s il y a participation active des gens. Cette approche de la complexité met en lumière le caractère complémentaire des sciences expérimentales et des sciences sociales, mais aussi nous permet de surmonter la séparation entre sciences et valeurs. Questions abordées lors de l atelier 2! Quelle preuve d'une approche systémique de l'edd dans les processus d'éducation?! Programmes et pédagogie intègrent-ils les concepts de l'edd de même que les nouvelles méthodes d'enseignement et d'apprentissage?! Quels sont, en milieu scolaire, les niveaux habituels de soutien pour les projets d'éducation en EDD et les travaux de terrain?! Quelles collaborations entre école, entreprises locales, ONG, société civile et media? Points clés soulevés lors des discussions de l atelier 2! Le concept de développement durable! L'approche systémique! Le travail de projet pour un apprentissage actif! La méthode de la mise en réseau! Les partenariats locaux! Dépasser le cadre de l'établissement scolaire! Définir de nouveaux rôles pour les élèves comme être des citoyens actifs et des écomanageurs! Les valeurs du développement durable

69 Atelier 3 : Compétences pour l'éducation professionnelle en EDD. (facilitateurs : Mercè JUNYENT et Regina STEINER) Dans cet atelier, ont été présentées quelques idées qui devraient nous permettre d aborder la notion de l importance de la compétence professionnelle en éducation pour un développement durable, mais aussi poser certaines questions avec l intention de relever certains points clés et d aboutir à quelques recommandations pour la Conférence. Ont été utilisées principalement les références contenues dans le rapport de l UNESCO «L éducation, un trésor est caché dedans», les recommandations du Parlement européen, la Décennie des Nations Unies et les contributions du groupe de travail sur l'éducation des enseignants et le développement durable (Working group on Teacher Education & Sustainable Development, de l'iau - International Association of Universities). Aujourd hui, il existe de nombreux documents sur les critères et compétences pour le développement durable, mais peu sur les compétences des enseignants pour l EDD. L une des études les plus complètes concerne le projet CSCT qui présente un cadre pour la formation des enseignants à l éducation pour le développement durable, mais nous l aborderons ultérieurement. Dans le rapport UNESCO, le concept d éducation tout au long de la vie apparaît comme ligne d entrée dans le siècle pour guider quatre démarches - apprendre à connaître, faire, vivre ensemble, être - qui doivent inspirer et orienter les réformes pédagogiques, l élaboration des programmes, les nouvelles politiques pédagogiques. Il est essentiel d acquérir non seulement une qualification professionnelle, mais aussi une compétence pour faire face à de nombreuses situations et travailler en équipe. Une autre perspective importante est donnée par le document sur les compétences clés pour l éducation et la formation tout au long de la vie. Il y a ici un nouveau "Paradigme éducationnel" basé sur les compétences. Une autre référence importante pour notre travail est le "programme PEACE". Ce projet a identifié trois catégories de compétences dont nous avons besoin pour réussir dans la vie et contribuer au bon fonctionnement de la société. La caractéristique essentielle est la pensée réflexive et l action. L'évaluation du programme PEACE du Parlement européen (résolution du 20 mai 2008) a rapporté ces compétences clés et les stratégies pour l'avenir. D autre part, nous connaissons la conception globale prônée par la Décennie de l éducation pour un Développement durable, mais le défi le plus grand pour l éducation pour le développement durable engendre une différence. La mise en œuvre de l éducation pour le développement durable devrait produire une variété de changements éducationnels pertinents pour s assurer que les objectifs et les stratégies soient accomplis. La route pour arriver à l'edd n est pas facile. Débats et analyses de l approche à l EDD identifient ces points comme des éléments rendant difficile l appropriation d une éducation pour le DD. L EDD est nécessairement considérée comme une éducation scolaire, et il y a un manque d approche institutionnelle globale, un manque d approche systémique. Dans les écoles de formation, l éducation au développement durable ne fait pas partie de la formation initiale des enseignants. Il y a donc une absence de définition commune des compétences liées à l éducation pour le développement durable. Comme cela a été dit lors de la 6 ème Conférence ministérielle «Environnement pour l Europe», le manque de compétences spécifique des enseignants constitue souvent un obstacle à l amélioration de la qualité de l éducation. Ce développement devrait être une priorité de la mise en œuvre de la stratégie de la l'ue pour l éducation au développement durable.

70 La plupart des pays ont déjà pris des mesures appréciables, mais la question des compétences appropriées reste un préalable important. À ce stade, des études ont été réalisées sur la question des compétences, mais nous voulons citer le projet CSCT pour l intégration des compétences en matière d éducation pour le développement durable dans la formation des enseignants. Ce projet offre le cadre conceptuel commun d un programme d éducation au développement durable basé sur les compétences, et dispensant une formation initiale et continue aux enseignants. Cinq domaines de compétences ont été identifiés : savoirs, émotions, éthique et valeurs, pensée systémique et actions. Ces cinq domaines ont été classés en trois dimensions professionnelles :! L enseignant en tant que personne, l enseignant n est pas un simple instructeur.! L enseignant dans l institution pédagogique, comme partie d une institution qui a une vision globale de la façon d apprendre.! L enseignant dans la société, impliqué dans la dynamique d une société qui s efforce de faire face aux problèmes de durabilité. Ces dimensions professionnelles sont en concordance avec les dimensions professionnelles identifiées dans les critères de qualité pour l'enseignement scolaire. L éducation pour le développement durable vise une approche différente et plus constructive de l enseignement. Pour notre part, nous considérons trois compétences globales : l enseignement et la communication, la réflexion et la vision, les réseaux. Nous avons besoin de la création de réseaux avec des partenaires internes ou externes à l école, ceci étant vraiment nécessaire pour créer un cadre pédagogique animé par une spirale dynamique de vision, de planification, d action et de réflexion et les cinq domaines de compétences. L éducation pour le développement durable n appelle pas un nouveau sujet ou un travail supplémentaire, mais une nouvelle vision d enseigner et d apprendre, une approche systémique aux problèmes réels de la vie, de nouvelles compétences dans l éducation. Voici les questions que nous proposons pour notre groupe de travail : - Quels progrès ont été faits au cours des quatre années de la Décennie d un point de vue des compétences des enseignants en éducation pour le développement durable? - Quel est le statu quo dans les pays représentants? - Quels sont les chances et les défis? - Que faut-il pour construire ou améliorer cela? - Quelle orientation peut-on donner pour la formation des enseignants? - Quelles recommandations peut-on offrir aux autorités responsables de la formation des enseignants? Résultats de l atelier 3 : La plupart des pays ont réalisé des avancées significatives dans l'implémentation de l'edd mais, même s'il existe une importante documentation sur les critères et compétences en DD, il existe peu d'études sur les compétences en EDD. Un bon exemple de compétences en EDD est celui du projet CSCT 17 qui constitue le cadre d'un curriculum basé sur les compétences en EDD pour la formation des enseignants et leur travail en classe. 17 Pour toute information voir : http://www.csct-project.org/

71 Le projet CSCT : modèle dynamique à l'intention des enseignants en EDD Ce modèle propose 5 grands domaines de compétences: - la connaissance; - la pensée systémique; - les émotions; - l'éthique et les valeurs; - l'action. Ces compétences doivent être menées à bien afin de répondre aux missions de l'edd : - enseigner (et communiquer); - réfléchir et avoir une vision du futur; - mettre en réseau. Ces compétences visent également à intégrer trois dimensions chez l'enseignant : - agir en tant qu'individu; - agir en tant que membre d'une institution éducationnelle; - agir en tant que composante de la société. L'EDD ne demande ni sujets spécifiques ni travail supplémentaire, mais : une nouvelle vision de l'enseignement et de l'apprentissage; une approche systémique des problèmes concrets de notre société; de nouvelles compétences pédagogiques.

72 Questions abordées lors de l atelier 3! Quels progrès ont été accomplis dans la première moitié de la DEDD en termes de compétence professionnelle des enseignants?! Quel est le statu quo dans nos pays respectifs quelles sont les possibilités et quels sont les challenges?! Que doit-on cibler à l'avenir et que devons-nous améliorer?! Quels conseils pouvons-nous apporter aux enseignants en matière d'éducation et de formation en EDD?! Quelles recommandations pouvons-nous fournir aux autorités en charge de l'éducation des enseignants? Points clés soulevés lors des discussions de l atelier 3 Quelques bons exemples d'insertion de l'edd dans les actions d'éducation! Développer et multiplier les recherches en EDD dans des écoles pilotes.! Utiliser les approches d'apprentissage actif dans les programmes d'edd, en adoptant des expériences pilotes dans les classes et partager ces expériences avec les équipes de formation des enseignants.! Organiser des workshops à l'intention de l'ensemble des acteurs de la vie de l'établissement scolaire : enseignants, personnel, élèves, parents, et solliciter le soutien des partenaires socio-économiques. Quelques réflexions lors de l atelier 3! Il y a carence en formateurs compétents en EDD pour les enseignants.! Alors que les approches et les concepts en EDD varient selon les pays il n'y a ni réelle coopération ni véritable échange.! Le potentiel en EDD semble plus important dans l'enseignement primaire alors que plus tard l'edd repose plus sur des études de cas plus difficiles à relier à l'edd.! Il y a des différences entre les pays dans la réalité des approches ascendantes et descendantes : l'aspect positif est que la demande vient du sein de la société.! Bien que l'edd ait des implications dans tous les compartiments du secteur de l'éducation, la plus forte pression s'exerce sur les enseignants qui sont considérés comme le coeur de l'edd.! L'utilisation de bonnes pratiques pour inciter à l'edd peut créer des tensions qui peuvent stimuler l'enseignant, mais qui peuvent également amener l'enseignant à abandonner initiative et créativité.! La responsabilité des enseignants en EDD est forte et c'est la raison pour laquelle ils doivent être encouragés et soutenus dans leur démarche d'edd pour éviter toute démotivation ou tout sentiment de culpabilité.! La formation des enseignants doit inclure une partie d apprentissage en liaison avec les professionnels du secteur économique.! Il est important que les enseignants puissent bénéficier des retours des élèves.! L'EDD est socialement pertinent et nécessaire et doit se référer à des situations concrètes et actuelles comprenant signification et sens.! Il y a un manque de résultats qualitatifs pour les pratiques et processus en EDD.

73 Atelier 4 : L'apprentissage social pour parvenir au développement durable (facilitateurs : Roel Van RAAIJ, Antoine HEIDEVELD et Ingrid MULÀ). Les propos de R. Van Raaij ont essentiellement porté sur le rôle des ONG, des collectivités, des entreprises et sur la manière dont ils mettent en oeuvre l'edd en leur sein et en partenariat avec les autres acteurs. Le workshop a été intitulé "apprentissage social et informel" en référence à la fois à la stratégie de l'unece et à celle de l'unesco. L'EDD concerne à la fois l'éducation formelle, non formelle et informelle, mais il s'agit en fait plus d'apprentissage que d'éducation. L'EDD s'inscrit dans une large perspective portant sur toute la vie et non sur le seul système d'éducation formelle. Cependant, la plupart des ressources éducatives concernent l'éducation formelle et relativement peu les autres secteurs de l'éducation. Dans la Décennie de l'edd, il y a également la notion "d'éducation tout au long de la vie et à tous les âges de la vie". Aux Pays-Bas, le programme "Apprendre le développement durable" comporte plusieurs thèmes. - Le premier est l'apprentissage individuel qui est destiné à apporter des compétences individuelles. - Le second thème traite de l'organisation de l'apprentissage qui est destiné à apprendre ensemble afin d'améliorer les compétences de l individu, mais également les compétences de l'organisme auquel il appartient. - Le troisième thème est celui de la société apprenante avec différents acteurs : ONG, collectivités, entreprises apprennent ensemble les unes des autres, sous différentes perspectives. Le dernier concept est celui de l'apprentissage social : les parties prenantes, autour de sujets d'intérêt commun, échangent des idées des vues, des valeurs, des connaissances, des solutions à divers problèmes. L'apprentissage social nécessite une structuration et une mise en œuvre se référant à une démarche intentionnelle et pas nécessairement naturelle. L'apprentissage social demande suivi et évaluation afin de bien prendre en considération les interactions dans les processus participatifs. L'idée de société apprenante (learning society) inclut le concept d'apprentissage social (social learning) : c'est un processus par lequel les diverses parties prenantes apprennent ensemble en référence à un sujet ou intérêt commun, échangent des idées, des vues, des problèmes ainsi que d'éventuelles solutions. Ce n'est pas une démarche spontanée et elle doit être construite et gérée selon une approche réfléchie et partenariale. Caractéristiques de l'apprentissage social! Incertitude! Réflexion! Interaction! Partage! Respect! Empathie! Émancipation par l'apprentissage

74 Questions abordées dans l'atelier 4. Quelles preuves de l'existence en Europe de nouvelles stratégies et de nouvelles alliances se rapportant à l'apprentissage social en DD?. Quelles bonnes pratiques éducatives ont été instaurées ou composent une part de notre compréhension de l'apprentissage social du DD?. Quelles recommandations peut-on faire pour promouvoir l'apprentissage social lors de la DEDD Points clés soulevés lors des discussions de l'atelier 4! Le terme "apprentissage social" n'est pas reconnu par la plupart des participants car les termes "médiation" et "participation" sont plus souvent utilisés à la place.! Dans la plupart des pays, des exemples d'apprentissage social sont devenus plus communs. Certains ont été mis en exergue lors du workshop par les participants.! Les problèmes de DD doivent être abordés selon des approches nouvelles ou peu explorées. Les processus d'apprentissage social semblent avoir potentiellement une signification et une valeur pour toutes les parties prenantes. Cependant, l'apprentissage social ne semble pas prioritaire dans les démarches d'éducation.! L'approche la plus commune est celle menée par les autorités gouvernementales selon un processus descendant. Les ministères de l'éducation ne peuvent pas seuls promouvoir l'apprentissage social.! Les autres organisations doivent être encouragées à explorer et promouvoir l' apprentissage social, spécialement celles concernées par l'éducation tout au long de la vie. Conclusions & Recommandations Ce paragraphe présente les recommandations pour la future implémentation de la DEDD. Les recommandations ont été rédigées par les participants aux workshops en référence à la conférence de Bonn qui doit dégager des pistes pour la deuxième moitié de la Décennie. Approche stratégique pour stimuler l'innovation lors de la 2e moitié de la DEDD! Les communautés et autorités locales devraient contribuer au changement des locaux scolaires afin de les rendre "l'institution dans son ensemble" plus cohérente avec la stratégie de l'edd.! Les communications, les partenariats et les réseaux entre établissements académiques et entreprises devraient être renforcés et généralisés.! Les méthodes d'enseignement et d'apprentissage devraient être améliorées, en partant de la formation d'enseignant, afin de renforcer les approches systémiques dans les curriculums.! La sensibilisation du public doit être améliorée pour assurer l'existence d'un appui du public à des changements institutionnels en faveur de l'edd.! Les réseaux doivent être développés afin d'échanger les expériences, de promouvoir le partenariat au sein de la société civile et de comparer les pratiques au niveau national et international.! Les compétences professionnelles doivent s'inscrire dans une stratégie intégrant les futurs besoins en compétences professionnelles des enseignants en éducation formelle en DD.! La contextualisation en termes de priorité nationale est une composante essentielle d'une EDD globale et effective.! Appuyer la promotion, le soutien et le principe de l'apprentissage social.

75 L'approche institutionnelle globale de l'edd et le rôle de l'école dans la Société Un changement des curriculums à réaliser au sein de l'institution selon une approche systémique Afin d'intégrer l'éducation pour un Développement durable dans les curriculums et les pratiques pédagogiques sur une plus large échelle, il faut arriver à un changement des curriculums au sein de l'institution, et notamment porter plus d'attention à certains aspects de l'enseignement et de l'apprentissage! Rechercher les voies pour mieux définir les valeurs de l' Éducation pour le Développement Durable et de l'approche systémique, par exemple expliciter les processus requis pour intégrer l'épistémologie de l'éducation pour le Développement Durable dans la formation des enseignants;! Développer des projets d'apprentissage basés sur des exemples de Développement Durable et comprenant un programme intégré de travail interdisciplinaire et transdisciplinaire (réunions d'enseignants, réunions dans les classes, temps de réflexion).! Attribuer de nouveaux rôles aux élèves afin qu'ils deviennent des apprenants actifs responsables de leurs décisions et encourager le co-apprentissage et les approches basées sur le dialogue entre enseignants et élèves. Renforcement des compétences professionnelles en Éducation pour le Développement durable! L'accent doit être mis sur les démarches de formation professionnelle initiale et continue afin d'encourager les collègues à développer des pratiques plus concrètes, plus créatives et moins théoriques.! La formation des enseignants doit s'appuyer sur des concepts et des initiatives préexistants (éco-écoles, écoles globales) pour évoluer vers des approches globales concernant l'institution dans son ensemble.! La formation des enseignants doit prendre en compte les approches systémiques de l'enseignement et de l'apprentissage avec une prise en compte de l'évaluation des méthodologies et des stratégies ainsi que des contenus et des thèmes du Développement Durable.! La réflexion doit être approfondie sur le degré auquel les compétences professionnelles des enseignants en Éducation pour le Développement Durable doivent être formulées au niveau des politiques d'éducation et de quelle manière ils peuvent prendre part aux processus de développement professionnel.! Une démarche stratégique doit également concerner les relations entre compétences en Éducation pour le Développement Durable et les démarches se rapportant à l'éducation tout au long de la vie.

76 L'apprentissage social comme moyen d'atteindre le Développement Durable! La Décennie de l'éducation pour le Développement Durable est une plateforme essentielle pour promouvoir l'apprentissage social et être sûr que les ressources sont utilisées en priorité pour une politique de Développement Durable. L'éducation sociale peut être soutenue par la promotion de l'éducation croisée entre les différents secteurs de la société et une meilleure synergie avec les démarches d'éducation tout au long de la vie et les organisations qui les mettent en œuvre.! L' Éducation pour le Développement Durable permet de recueillir des informations sur les initiatives en éducation sociale des divers pays et d'utiliser ces informations pour informer les décideurs politiques et fournir des exemples de pratiques existantes aux gouvernements nationaux.! Il est important de d'aboutir à une meilleure compréhension des bénéfices de l'éducation sociale et des processus éducatifs mis en œuvre. L'éducation sociale nécessite beaucoup de temps et de ressources et il est donc nécessaire d'associer ses valeurs additionnelles et ses gains au processus global d'éducation pour le Développement Durable. *******************

77 Session 2 Comment l enseignant s insère-t-il dans un continuum éducatif avec les autres acteurs porteurs du projet de société de développement durable? Sommaire Introduction (Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble, France) Présentation d'actions d'edd menées en France dans les Régions - Les actions en Provence-Alpes-Côte d'azur (Annick DELHAYE, Viceprésidente de la région Provence-Alpes-Côte d'azur PACA, en charge du développement durable) - Les actions en Franche-Comté (Christophe BERGEROT, Chargé de mission développement durable à la Région Franche-Comté, en charge des Agendas 21 dans les lycées) Débat avec la salle Animatrice : Renée-Paule BLOCHET (Formatrice EDD, académie de Grenoble) Introduction par Pascal BOYRIES IA-IPR académie de Grenoble Bonjour, je suis Inspecteur d Académie, Inspecteur pédagogique régional en Histoire- Géographie dans l Académie de Grenoble. Je suis aussi en charge du dossier EDD pour l Éducation nationale dans cette Académie, et j ai eu la charge de ce même dossier dans l Académie de Toulouse entre 2005 et 2007. Sur ce dossier, je travaille avec Pierre JOZIN, IPR de Sciences de la Vie et de la Terre. Je vais d abord vous rappeler les valeurs promues par la Décennie du Développement durable, en particulier le projet de société des Nations Unies de la Décennie 2005-2014. Il s agit donc d une éducation tout au long de la vie pour former des citoyens plus engagés, plus participatifs, capables d œuvrer à une utilisation raisonnée des ressources naturelles de la planète, capables d améliorer leur environnement, capables d améliorer les rapports économiques et sociaux. Selon moi, un des termes clés dans cette introduction est le terme «citoyen». Pour l Éducation nationale, l EDD est une priorité éducative qui a été affirmée par l ensemble des circulaires sorties ces dernières années. La première date de janvier 2004, traite de l éducation à l environnement pour un développement durable et enclenche la généralisation en proposant un certain nombre de pistes. La deuxième est de mars 2007, parle d éducation au développement durable et fournit trois grandes stratégies : l entrée par les programmes, les E3D (éducations en démarche de développement durable), la formation des personnels. Par ailleurs, l EDD est présente dans le socle commun de connaissances et de compétences, lequel concerne essentiellement le collège. On ne le trouve pas au lycée même s il y a, au travers des actions conduites dans le collège, un impact sur ce qui se passe au lycée. L objectif de l EDD dans l Éducation nationale est de dispenser une formation citoyenne pour une évolution des comportements. Cela se retrouve à travers certains éléments présents en

78 particulier dans la circulaire de 2007, notamment : comprendre l unité et la complexité du monde, former à une démarche scientifique et prospective, éduquer au doute, former à l esprit critique, éduquer à un choix responsable. En termes de stratégies, il y a d abord l entrée par les programmes dans les disciplines, afin de fournir aux élèves une culture scientifique solide dans différentes disciplines. Par ailleurs, les établissements en démarche de développement durable permettent de mettre en synergie tout ce qu il se passe dans l établissement, tant sur la mise en pratique, les gestes et actions que sur la réflexion éducative qui se fait au sein des disciplines ou des projets et avec l ensemble des acteurs. Il y a également la nécessité d une co-disciplinarité pour éviter un cloisonnement qui pourrait être très néfaste, ou une lecture sur une seule discipline qui serait forcément incomplète. Les vecteurs de ces entrées sont les cours, les dispositifs et parcours transversaux du collège. Toute une série de dispositifs, pour la plupart intégrés dans l emploi du temps des élèves et des enseignants, permet ainsi aux enseignants de faire de la co-disciplinarité et de mettre en œuvre le développement durable en dehors du cours disciplinaire. Les projets peuvent fonctionner à plusieurs échelles. Il peut s agir du projet d un enseignant réalisé en général avec un partenaire, d une équipe et de partenaires, ou de l établissement. Dans ce cas, on entre dans la logique d un établissement en démarche de développement durable, ou dans une logique plus restreinte d un établissement éco-responsable ou en Agenda 21. Pour que ceci fonctionne, il est nécessaire que les enseignants et l ensemble du personnel de l établissement soient formés. Dans toutes les Académies, sont proposées des formations disciplinaires et transdisciplinaires au développement durable et à l éducation au développement durable. Cela dit, il existe deux lectures différentes dans l Éducation nationale entre le premier et le second degré au niveau des enseignements. En effet, même si les professeurs des écoles ont un niveau licence et une spécialisation disciplinaire, il y a quand même une formation spécialisée chez les enseignants du second degré que du premier. Puis, grâce au travail sur la discipline dans leur travail éducatif de tous les jours, cette spécialisation se conforte. En revanche, le professeur des écoles travaille dans la transdisciplinarité en permanence avec ses élèves. Il a la maîtrise totale de l élève dès l instant où il entre dans sa salle de classe jusqu au moment où il en sort, et quelles que soient les disciplines. Dans le secondaire, cette transdisciplinarité est plus délicate à mettre en œuvre parce que l élève passe d une classe à l autre et qu il peut y avoir une césure totale dans le passage d une classe à une autre si les enseignants ne communiquent pas entre eux. L on peut même avoir des discours dissonants ou discordants entre un espace disciplinaire et un autre. Il peut y avoir également des différences au niveau du public. En effet, entre l élève du premier degré et celui du second degré, les différences dans le développement éducatif sont assez importantes et il est évident que l on ne peut apporter le même niveau d informations scientifiques et de culture scientifique à tous les niveaux. L on travaillera donc sur les mêmes objets mais de manière différente sur l ensemble du cursus de l élève. Puis, il y a aussi une graduation dans l esprit critique. Au collège, en éducation civique, une formation à cet esprit critique est dispensée, mais à partir d éléments apportés. Au lycée, l élève doit apporter sa propre opinion et travailler sur son opinion en complément des opinions qu il peut rencontrer à l extérieur. Cette formation à l esprit critique est essentielle, surtout sur ce dossier «développement durable». Au regard de ces cultures différentes entre le premier et le second degré, l attitude vis-à-vis du partenaire sera différente. Dans le premier degré, l on est plutôt sur une logique de délégation de services alors que dans le second degré, l on est plutôt sur une logique de prestation de services. Ainsi, il arrive souvent que, dans le premier degré, l enseignant

79 délègue l action au partenaire qui prend la main alors que, dans le second degré, cela s inscrit davantage dans un projet éducatif. Il y a néanmoins des nuances considérables selon les enseignants, les Académies, les départements. L école défend donc le projet de société de la Décennie 2005-2014 et s est donné les outils pour le mettre en œuvre. Tous les élèves ont au moins une sensibilisation au développement durable, mais ce terme «sensibilisation» pose problème parce que certains élèves ont encore besoin de cette sensibilisation quand ils arrivent dans l école, d autres reçoivent une sensibilisation dans le premier degré, dans le second, au collège, au lycée, et il peut y avoir un phénomène de saturation si l on reste au niveau de la sensibilisation en permanence, pouvant jusqu à entraîner une forme de rejet de la part de certains élèves. L école est-elle l espace central dans l éducation au développement durable? En effet, l on a l impression que l école est un peu le nœud gordien à l endroit par où tout passe et s étend. L école propose une éducation formelle au développement durable, mais il y a d autres espaces éducatifs - notamment domicile, lieux de culture, espaces de loisirs, lieux de travail - l école étant elle-même un lieu pour les enseignants et les personnels qui y travaillent. Entre ces espaces, vous avez ce que j appelle l espace interstitiel (la rue, par exemple) et dans lequel des flots d informations et des éléments éducatifs sont proposés aux élèves. Par ailleurs, il existe un certain nombre d acteurs : les familles, les collectivités territoriales, les agences de l État, les associations, les médias et les entreprises, chacun ayant un espace d intervention particulier. La famille intervient surtout sur le domicile, les entreprises surtout sur le lieu de travail, les médias sur le domicile mais aussi beaucoup sur les espaces interstitiels, les collectivités territoriales sur tous ces lieux. Ceci dit, elles passent beaucoup sur l école, l école étant un élément fondamental pour la plupart des collectivités territoriales. L école travaille beaucoup avec les Conseils régionaux, les Conseils généraux et certaines mairies. Il en va de même pour les agences de l État qui interviennent sur l ensemble de ces espaces et sont des partenaires privilégiés de l école ou interviennent au sein de l école pour diffuser des idées, notions et concepts du développement durable. Par ailleurs, les associations interviennent beaucoup sur les lieux de culture et les espaces de loisirs, mais aussi dans les espaces interstitiels, et interviennent aussi sur l école. L on a donc une concentration des intérêts vers le milieu scolaire et, à partir de cela, il y a comme l idée d une diffusion vers le domicile, les espaces interstitiels, les espaces de loisirs et, plus tard, vers les espaces de travail. De ce fait, l école est soumise à de fortes pressions de l ensemble des acteurs sociaux. C est peut-être dû au fait que le public scolaire est un public malléable. L élève étant en construction, les actions que l on aura sur lui peuvent avoir une répercussion sur l ensemble de sa vie. C est peut-être aussi dû au fait que, durant ce temps scolaire, le public est captif donc on peut agir sur lui de façon plus simple, plus prégnante et plus active. Peut-être y a-t-il aussi, de la part des différents intervenants, une impression de vide, comme si l école n en faisait pas suffisamment dans le domaine du développement durable. Il y a aussi une volonté de certains acteurs d imposer leur lecture du développement durable et les actions à conduire dans ce domaine. Des tensions apparaissent donc entre l école et ceux qui souhaitent intervenir au sein de cette école. Ainsi, l on propose à l école des outils et mallettes pédagogiques et pour ma part, en tant que représentant de l État, j ai toujours une petite alerte quand un partenaire propose une mallette pédagogique. En effet, nous ne mettons pas tous la même chose derrière le terme «pédagogique». On lui propose aussi des diagnostics, des conseils, des conférences qui s appuient parfois sur des valeurs auxquelles l école ne peut absolument pas adhérer. Les

80 trois grands travers que l on rencontre sont le catastrophisme, le dogmatisme et le syncrétisme, le développement durable devenant une espèce de religion avec des rites qu il faut perpétuer et des gestes dont le sens n est pas explicité ou débattu. Selon moi, l école est là pour combattre ce risque de travers. Face à ces pressions et à ces travers, il y a parfois un phénomène de rejet du système éducatif ou de l école vis-à-vis de ces partenaires. Du coup, l école érige des protections. Ainsi, les associations se déclarent auprès des Inspections académiques ou des rectorats pour pouvoir intervenir dans l école. Des listes noires et bleues sont établies, souvent plutôt informelles. Par ailleurs, l école fait un gros effort de formation des enseignants pour leur faire prendre conscience de ces pressions et leur rappeler l importance des valeurs éducatives, mais aussi l importance de travailler avec des partenaires. L école ne peut pas fonctionner toute seule, mais il est nécessaire d éviter certains travers. Nous avons parfois des enseignants pas suffisamment éclairés ou, au contraire, très militants. Ils peuvent donc adhérer, de façon aveugle, aux discours proposés par le partenaire. Dans ce cas, l on n est plus dans une construction éducative. Il est vrai qu il est difficile pour un enseignant militant dans une association de ne plus être militant face à ses élèves. Or, face à ses élèves, il doit être dans une posture d éducateur, ce qui n est pas un glissement aisé. Nous sortons de la phase des pionniers mais pendant longtemps, les professeurs qui ont fait du développement durable étaient des pionniers donc des militants. Par ailleurs, il y a les enseignants qui se considèrent insuffisamment formés ou informés et délèguent au partenaire extérieur, ce dernier pouvant alors avoir certains travers. Il existe un phénomène de rejet du développement durable dans une partie du monde éducatif au sein duquel l enjeu éducatif n a pas été bien saisi. Le développement durable apparaît comme un processus visant à faire apprendre aux élèves un certain nombre de gestes à faire et non comme une éducation à apporter. Parfois, certains acteurs ont une vision qui n est pas exemplaire et qui repose sur une lecture dogmatique, mais ils ne réalisent pas qu en tant qu éducateurs, ils doivent former les élèves à décoder les clés pour qu ils puissent réagir face à ces différentes lectures et se construire leur propre opinion. Les associations sont très sollicitées par l école. Dans certains cas, seule une association intervient, ce qui me gêne un peu. Dans d autres cas, plusieurs associations participent et cela me semble beaucoup plus intéressant. Cela permet d avoir plusieurs lectures d une problématique de développement durable. Les collectivités territoriales interviennent énormément, ne serait-ce que comme financeurs puisque les mairies ont en charge les écoles, les Conseils généraux ont en charge les collèges et les Conseils régionaux ont en charge les lycées. Vis-à-vis des interventions de ces collectivités territoriales, il y a parfois des phénomènes de méfiance. Il y a cependant un besoin et les collectivités territoriales financent beaucoup de projets, elles sont donc essentielles, mais il se peut qu elles arrivent avec leur lecture du développement durable qui peut être légèrement décalée par rapport à celle que développe l Éducation nationale. Les Agences de l État interviennent également, et inspirent une plus grande confiance car l on est dans une entrée étatique. Elles sont cependant moins sollicitées que les collectivités territoriales. Elles financent aussi des projets, mais interviennent de façon moins prégnante. Pour ce qui concerne les entreprises, il y a deux tendances. D une part, certains enseignants rejettent le milieu de l entreprise donc les sollicitent peu. D autre part, certains enseignants, de par leur origine disciplinaire ou certains dispositifs comme la découverte professionnelle en classe de 3ème, lancent des projets autour du développement durable et découvrent le monde de l entreprise. En fait, le rejet est souvent basé sur une méconnaissance du milieu de l entreprise. Dès l instant où il y a cette découverte, les entreprises interviennent dans le milieu éducatif et apportent leur lecture du développement durable. Pour ma part, je vois peu d enseignants qui, dans leurs cours, travaillent sur les sites des entreprises. Or, la plupart des entreprises, en partie celles des firmes transnationales, ont un volet développement durable très intéressant.

81 Les universités ont toute la confiance de l école, mais elles sont peu sollicitées sauf sur quelques actions très ponctuelles. Les universitaires interviennent davantage au niveau de la formation des formateurs qu au niveau de l école. Il y a certes un problème de disponibilité, mais les enseignants pensent peu à solliciter le milieu universitaire. Les parents ont un rôle fondamental dans l éducation des élèves donc des enfants. Certains sont trop présents dans l école, sont militants et veulent imposer leur lecture donc on s en méfie un peu. D autres sont plutôt dégagés et délèguent à l école l ensemble des apprentissages et de la réflexion éducative. L on voit donc l importance attachée à l école et aux valeurs éducatives à travers l école par les différents acteurs de la société dans le domaine du développement durable. Cette école est perçue comme un espace central de la mise en place de l éducation au développement durable. Est-ce le cas pour tous les acteurs? L on voit que les parents sont un peu en marge de cette lecture. L école est-elle véritablement un espace central? Est-ce parce que les acteurs considèrent l école comme un espace central qu elle l est réellement? Quoi qu il en soit, des interactions se font entre les différents partenaires. Comment faire pour qu il y ait une cohérence dans l éducation apportée et dans le continuum éducatif entre l espace scolaire et l espace extrascolaire? Il existe certains points de rupture dans les lectures du développement durable qui portent souvent sur une lecture différente des termes. Ainsi, derrière le terme «éducation», chacun ne met pas la même chose y compris au sein même du système éducatif. Pour certains enseignants, l éducation signifie apprendre aux élèves, mais pas du tout leur apprendre à construire un esprit critique pour qu ils soient ensuite des citoyens acteurs et prennent des décisions réfléchies en fonction des différents éléments qu ils auront analysés. Pour certains partenaires, l éducation signifie uniquement dire aux élèves ce qu il faut faire. L idée de la validité de l information revient assez fréquemment. Qu est-ce qu une information valide? L est-elle toujours? Une information valide pour certains acteurs ne l est pas pour d autres. Or, la plupart des acteurs, quand ils apportent un projet dans l école, présentent les informations comme étant construites à partir d informations valides. Ceci génère un décalage et entraîne des dissonances et discordances dans les démarches. Il arrive que l on génère de l angoisse, en faisant peur aux élèves pour les amener à réagir, ce à quoi je m oppose fermement. Dès qu un partenaire arrive avec cette lecture, cela bloque forcément. La proposition d un discours univoque peut aussi créer un blocage, je préfère que plusieurs discours soient proposés et que l on réfléchisse sur ces différents discours. Par ailleurs, les partenaires peuvent être plus ou moins rigoureux dans leur fonctionnement, dans les données à partir desquelles ils vont travailler, dans la définition des termes. Pour certains partenaires, l objectif prime sur tout le reste donc il faut que les attitudes changent à tout prix, les moyens ayant très peu d importance. Pour ma part, en tant qu éducateur et responsable éducatif, les moyens ont une importance considérable. Enfin, quand il n y a pas accord sur les valeurs, cela coince complètement. Quand il y a un hiatus entre les valeurs du partenaire et celles de l Éducation nationale, les objectifs et les fondamentaux ne sont pas compatibles donc cela ne peut pas fonctionner. Il faut donc parvenir à faire prendre conscience de tout cela à l ensemble des acteurs à l intérieur de l école. Cela se fait au travers de l organisation, je vous présente celle de l Académie de Grenoble, mais nombre d Académies fonctionnent de la même façon. Le responsable ordonnateur est le recteur. Ensuite, pour piloter la formation et avoir un discours cohérent, il y a deux IA-IPR (SVT et Histoire-Géographie). Il y a également une chargée de mission, un groupe de formateurs, des relais d établissement, c est-à-dire un professeur dans chaque établissement chargé de faire circuler l information et de la faire remonter, et les professeurs qui mettent en place sur le terrain. Sur Grenoble, il y a aussi des relais départementaux qui, selon le fonctionnement avec le premier degré, ont une prégnance plus

82 ou moins forte. L IA-DDEN (Inspecteur d Académie, directeur des services départementaux de l Éducation nationale) a un rôle clé puisqu il va permettre que le développement durable se développe dans le premier degré. Pour mettre un peu de liant entre tous ces acteurs, il existe une liste de diffusion académique, des sites académiques et tout ce qui concerne la formation. La formation des personnels porte beaucoup sur les enjeux éducatifs au sens très large du terme. Il s agit de bien faire comprendre aux enseignants que nous sommes dans une éducation et que l on entre par les programmes. Pour que l éducation soit possible et que le débat, la discussion et la prise de décisions soient possibles, il faut une solide culture scientifique, des temps de réflexion, de débat et de mise en application à travers les projets. Un établissement scolaire est un ensemble de personnes et une des difficultés de l Éducation nationale est que de nombre d entre elles y sont en transit. Les élèves restent, en moyenne, quatre ans au collège, trois ans au lycée. Certains enseignants sont bien implantés dans leur établissement, mais il y a aussi une circulation des enseignants titulaires. Une partie des enseignants sont non titulaires et tournent donc tous les ans, ce qui modifie les équilibres à l intérieur de l établissement. Il y a aussi les personnels non-éducatifs, nommés ainsi même s ils ont un rôle éducatif à travers leur exemplarité. Il s agit de tous les personnels non enseignants (personnel administratif, d entretien) qui sont au contact des élèves et, selon leur attitude envers les élèves et l attitude des élèves vis-à-vis d eux, l on peut passer à côté de la formation. Le grand classique est la mise en place du tri des papiers auprès des élèves, mais sans impliquer les agents. Sur certains projets, il est nécessaire de prendre en compte l ensemble de la communauté, y compris toutes les personnes qui ne dépendent plus de l Éducation nationale, mais des collectivités territoriales. Quid de la formation de ces personnels et de leur implication? Sur l ensemble de l école, quelle exemplarité? S il s agit d informer ou d éduquer, il faut que cela passe par l exemple. Pour qu il y ait cette cohérence, il faut travailler à une complémentarité du discours. Il existe ainsi, au niveau des Académies, certaines conventions visant à se mettre d accord sur des modalités communes d actions. Ainsi, les projets ne sont pas saupoudrés entre les différents acteurs. L agence de l eau prend plus particulièrement tout ce qui concerne l eau, la Région tous les projets spécifiques à la région. Cela permet de répartir le fonctionnement, de faire des économies d échelles et d être plus efficace. Ces espaces permettent aussi de mieux se connaître et sortir un peu de la représentation que l on a de l autre, ce qui est fondamental pour travailler ensemble. Nous travaillons beaucoup et nous sommes très forts dans ce domaine dans l Éducation nationale sur des représentations de l entreprise, du milieu associatif, des collectivités territoriales. L intérêt de ces espaces de concertation est déjà d apprendre à connaître l autre. Il est nécessaire d avoir une définition claire de la place et des objectifs de chacun et qu une complémentarité se mette en place. Il est important d éviter que l école soit un sanctuaire où l on basculerait dans le syncrétisme en ce qui concerne le développement durable. Il est donc fondamental de confronter les points de vue entre les différents partenaires du système éducatif et le monde éducatif, et d arriver à un consensus sur des valeurs communes. Pour cela, il faut favoriser les moments de rencontre et les établissements ou les rectorats mettent en place un certain nombre d espaces de rencontres. Il y a certes toutes les réunions avec les différents acteurs, mais les établissements en démarche de développement durable, à travers les comités de pilotage, sont aussi des lieux de rencontre importants. En effet, dans les comités de pilotage, il y a souvent des acteurs autres que l Éducation nationale.

83 Un partenaire a une place particulière : les parents. L on retrouve le parent militant qui a une forte initiative, qui est très engagé, mais qui veut imposer sa lecture. Il y a le contradicteur qui considère que le développement durable n est pas l essentiel. Puis, il y a le parent neutre, absent ou totalement confiant qui, finalement, est une cible secondaire. À travers l éducation apportée à l'enfant, on vise aussi à modifier les comportements du cercle familial. Comment impliquer les parents? C est un problème que rencontrent la plupart des établissements en démarche de développement durable. Les parents ont d autres préoccupations, il y a un problème de définition du temps. Cela peut passer par l invitation à des manifestations ponctuelles et, dans ce cas, les parents sont relativement présents. Avec Renée-Paule BLOCHET et André BOLLARD, nous avons relevé un certain nombre de questions. Il nous semble que l une d elles soit centrale : quelles formes de gouvernance entre les acteurs éducatifs pour permettre ce continuum éducatif? L école est-elle réellement au centre de ce continuum éducatif en ce qui concerne le développement durable? Si oui, comment faire pour que tout le monde fonctionne ensemble? Si non, comment faire pour qu il y ait un continuum éducatif? Y a-t-il accord entre les différents acteurs sur les valeurs liées au développement durable véhiculées par l école? Quelle place donner aux parents? Comment les intégrer dans ce fonctionnement et leur rappeler leurs valeurs d éducateurs sur ces questions? Quel dispositif mettre en place pour que l enfant, qui sera un adulte, peut-être même un décideur, soit dans une cohérence éducative avec un discours qui ne soit pas forcément univoque, mais dans lequel il n y ait pas trop d éléments contradictoires? Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, Académie de Grenoble Cette introduction permet de poser deux choses, à savoir les éléments et les acteurs du débat autour du mot «continuum éducatif», autour de l enfant qui, à certains moments, est élève et, à d autres, est «enfant de» ou «adhérent à». Comment être dans une cohérence éducative vis-à-vis de cet enfant dans une situation mondiale, environnementale, sociétale, économique qui nous pousse par son urgence. Mais ce n est pas parce que nous sommes dans l urgence que nous devons, pour autant, en perdre la raison. Ce qui vient d être présenté offre une vision de la situation de ce continuum, un état des lieux. Je vous propose donc de la compléter, de l infirmer ou de la confirmer par votre propre approche, que vous soyez personnel éducatif dans l Éducation nationale, associatif, membre d une collectivité territoriale ou d une entreprise. Ensuite, nous pourrons ainsi faire émerger des questions phares pour travailler ensemble à des propositions qui pourraient être retenues par ce groupe et proposées lors de la présentation des propositions finales. Les actions en Provence-Alpes-Côte d'azur (PACA) par Annick DELHAYE (Vice-présidente de la région PACA en charge du développement durable) Au niveau de la Région PACA, nous avons gardé le terme «éducation à l environnement et au développement durable - EEDD». J espère qu à terme nous pourrons dire «éducation au développement durable - EDD», mais il nous a semblé important que l environnement ne soit pas oublié. Nous suscitons de la part des acteurs de terrain des projets, que nous espérons innovants. Ainsi, les universités, et particulièrement les laboratoires de recherche de l université de Provence, travaillent avec nous sur une recherche-action avec les acteurs de terrain. Il s agit d un projet tripartite (ADEME, Région PACA et les universités) concernant la Région.

84 Par ailleurs, nous structurons le paysage régional de l éducation à l environnement en soutenant l émergence de réseaux associatifs thématiques : par exemple, le réseau MER ou des réseaux structurants comme la plateforme régionale de concertation de l éducation à l environnement. Cette plateforme regroupe tous les acteurs de terrain sur le territoire afin de permettre de leur avoir une culture commune dans ce domaine. Les différents acteurs sont les deux rectorats (Nice et Aix-Marseille), les organismes déconcentrés de l État (la DIREN, la DRAF, la DRJS, l ADEME, l Agence de l Eau), les six Conseils généraux du département, les réseaux éducatifs territoriaux et les parcs naturels régionaux. Nous accompagnons les programmes pédagogiques dans le cadre de la gestion collective et intégrée d espaces naturels, ainsi que quinze associations conventionnées. Nous avons sensibilisé plus de 120 000 élèves en 2007, plus de 150 000 personnes hors scolaire. Par ailleurs, nous avons mené environ 6 000 actions sur le territoire. Nous avons co-construit les orientations de notre politique régionale de l éducation à l environnement pour un développement durable et au développement durable, et ce afin de donner une lisibilité de l action régionale. Nous avons défini des priorités et rationalisé nos interventions, avons articulé cela avec les partenaires institutionnels et associatifs et procédons à une évaluation de notre politique régionale en EEDD. Pour avoir cette lisibilité régionale, en mars 2007, nous avons pris une délibération cadre de la politique régionale de l EEDD qui favorise l appropriation des enjeux du développement durable. Nous avons entendu l objectif de susciter des changements de comportements et avons cette culture commune entre l Éducation nationale et la Région. Enfin, nous favorisons l émergence de pratiques individuelles et collectives adaptées aux spécificités territoriales. Notre région est un peu spécifique avec la Méditerranée, nous n avons pas les mêmes enjeux, par exemple, que dans le Nord-Pas-de-Calais. Nous avons plusieurs axes d intervention et favorisons la construction, par les acteurs des territoires, de projets de qualité en EEDD dans le respect de l équité territoriale. Nous favorisons les projets pilotes d envergure régionale plus particulièrement, et tenons à mettre en œuvre un processus d évaluation pour que tout ceci soit dans une démarche de progrès. Pour conclure, l introduction de Pascal BOYRIES montre que les collectivités territoriales sont très sollicitées car l Éducation nationale n a pas les moyens de sa politique en EDD ou en EEDD. Pour ma part, je dispose d un budget de 2 millions d euros pour aider les acteurs de terrain. Il a par ailleurs fort bien décrit ce qu il se passe au sein de l Éducation nationale, mais aussi avec les acteurs de terrain, collectivités territoriales et milieu associatif. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, Académie de Grenoble Je note un objectif commun qu est l éducation, une nécessité qu est la concertation. Les acteurs sont très nombreux et nous sommes à un moment historique où tous ces acteurs qui, jusque-là, ont pu intervenir de façon séparée, chacun sur son domaine, se retrouvent aujourd hui avec un objectif commun, un domaine conjoint et l obligation de travailler ensemble avec un facteur temps réduit qu est le temps diurne de l enfant. Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Sur la question des moyens, l Éducation nationale a l impression de mettre beaucoup de moyens dans le développement durable. En effet, toutes les formations mises en place représentent du temps d enseignants donc des salaires d enseignants. Beaucoup de moyens sont donc donnés par l Éducation nationale, mais ils sont difficiles à chiffrer et ne passent pas par des intermédiaires sonnants et trébuchants visibles directement. Françoise BOISSOU, Ancienne IA-IPR SCT, Académies de Poitiers et de Paris A l époque où j'étais IA-IPR, Poitiers était une Académie pilote, mais aussi la Région et l Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Poitiers (IUFM). La Région Poitou- Charentes mène une activité de développement durable en direction des lycées puisqu il est

85 créé un certain nombre de lycées Haute Qualité Environnementale. Au-delà de cela, la région a une réelle politique Haute Qualité Environnementale (HQE) puisqu elle intègre, outre les budgets des lycées pour lesquels 10 % sont laissés à la liberté des élèves et des enseignants, un développement de la filière «bois». Pour ma part, j aurais aimé entendre dans les exposés précédents qu éducation ne signifie pas instruction. En effet, éduquer à l environnement, éduquer pour le développement durable signifie éduquer à des valeurs qui doivent être partagées, qui appartiennent à la culture commune. Selon moi, un mot très fort qui reviendrait souvent dans cette éducation aux valeurs est le mot «laïcité». Il me semble que le développement durable est encore un terrain de la laïcité qui éviterait les sectarismes, les militantismes et les gourous de tout genre que l on peut rencontrer. Expliquer un projet de développement durable quel qu il soit, y compris dans une relation nord-sud, éduquer aux valeurs, agir sur un projet pratique, tout ceci développe chez nos jeunes un sens de la responsabilité, de l éco-responsabilité, qui en fait des citoyens du monde. Ce sont bien des valeurs, certes celles de la France et de l école républicaine, mais aussi peut-être celles du Nord-Sud. Les actions en Franche-Comté par Christophe BERGEROT (Chargé de mission développement durable à la Région Franche-Comté, en charge des Agendas 21 dans les lycées) Je précise que la moitié des lycées de la Région Franche-Comté sont en Agenda 21 sur impulsion de la Région. Pascal BOYRIES disait que la plupart des élèves ou des enfants sont maintenant sensibilisés au développement durable mais, pour intervenir dans les lycées et discuter avec nombre d enseignants et de proviseurs, je pense qu il y a une sorte de passage à vide entre les élèves des écoles primaires que l on sent très sensibilisés et les élèves du collège. Quand l on revient au lycée avec cette démarche et peut-être plus de liberté au niveau des programmes ou des projets, l on reparle alors de développement durable. Je suis intervenu moi-même sur l approche Qualité Environnementale dans les bâtiments et il est vrai que les élèves étaient totalement surpris qu on leur parle de développement durable et d énergie dans les bâtiments. Il y avait une sorte d incompréhension donc je pense qu il faut tenir compte de cela. Les élèves ont été sensibilisés, mais ils ont perdu un peu de cette sensibilisation. Par ailleurs, pour ce qui concerne le lien entre les collectivités territoriales et les lycées, depuis plus de vingt ans, une confiance s est installée entre les Régions et les proviseurs et intendants. Il est nécessaire maintenant que la confiance s installe entre les Régions, les Conseils généraux et les enseignants. Ces derniers ont encore une crainte de mainmise du politique local sur la pédagogie et l éducation. Lors que nous intervenons dans les lycées, nous annonçons clairement que nous n avons pas compétence pédagogique, que nous sommes là pour accompagner les enseignants. La pédagogie doit être le lien avec les enseignants, mais ce n est pas le rôle de la Région. Le développement durable ne s impose pas. Notre approche est de faire un appel à candidatures et les lycées qui veulent y répondre le font. Cette approche participative basée sur le volontariat est importante. Si cela devient une circulaire obligatoire au niveau de l Éducation nationale, je crains que l on ne perde la notion première du développement durable. Pour ma part, je ne parle plus d éducation à l environnement et au développement durable parce que dans le développement durable, l on trouve l environnement, l économie et le social donc tout y est. Pour conclure, il ne faut pas oublier toute une partie des enfants qui ne vont pas au lycée, à savoir les apprentis. Nous réfléchissons actuellement pour voir comment éduquer au

86 développement durable tous les CFA qui ne sont pas sous la tutelle de l Éducation nationale, mais où il y a aussi des élèves à qui il est nécessaire d apprendre cet acte citoyen, mais aussi les lycées privés. En effet, même si la notion de laïcité est importante dans le développement durable, les lycées privés concernent aussi une partie des élèves et il ne faut pas que ces élèves soient exclus de la notion de développement durable. Frédéric ELEUCHE, Professeur d Histoire-Géographie - SNALC CSEN Je suis de la région PACA, et je représente ici le Syndicat national des lycées et collèges. J ai assisté, il y a quelque temps, à une réunion qui n avait rien de syndicale, où il y avait plusieurs dizaines de professeurs d histoire et de géographie. Un professeur d université nous a parlé du film d Al Gore et nous a appris qu un instituteur anglais avait refusé de passer ce film à ses élèves et qu il était allé devant un tribunal. Ce Tribunal anglais avait reconnu, scientifiquement parlant, que plus de la moitié des éléments annoncés par Al Gore étaient faux. En tant que SNALC, nous sommes tout à fait d accord pour que l éducation au développement durable soit intégrée dans les programmes, mais j ai été surpris par le fait qu il a suffi de l intervention de ce professeur d université pour révéler, parmi nombre de collègues qui étaient présents, des réactions très vives. Manifestement, il y a en effet une saturation, un rejet, de ce que certains ont pu appeler du politiquement correct. Ils n osaient pas dire ce qu ils pensaient vraiment de l éducation au développement durable et, parce qu un professeur d université avaient ouvert une brèche, nombre de collègues s y sont lancés. Selon moi, il ne faut pas sous-estimer ce phénomène de rejet. Pour terminer, je voudrais savoir pourquoi Monsieur BOYRIES n a pas cité, parmi toutes les actions de l Éducation nationale, ce que peut faire le Comité d éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) dont l élection est obligatoire dans les Conseils d administration en application du Décret du 30 août 1985 modifié. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Le CESC est un organe interne à l établissement et rassemble tous les partenaires susceptibles d apporter leur contribution à une éducation à la santé et à la citoyenneté des élèves. Le CESC a, pendant longtemps, été cantonné à l éducation à la santé avec tout un versant sur la formation à la prévention des conduites à risques et des conduites addictives. De plus en plus, cet espace de partenariat à l intérieur des établissements scolaires s ouvre à d autres formes d actions qui, pour certaines, déclinent un volet éducation au développement durable. Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble L on s aperçoit, en parcourant les établissements, que l implication du CESC varie considérablement d un établissement à l autre. Globalement, il est très peu sollicité, y compris par les comités de pilotage des établissements en Agenda 21, éco-responsables ou en démarche de développement durable. De la même manière, le CVL (Comité de la vie lycéenne) est également sous sollicité alors qu il devrait être aussi en première ligne. Les choses se mettent en place, mais il est vrai qu il y a là des carences et qu un gros travail reste à faire. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Une des problématiques soulevées est l utilisation, par le monde enseignant, d informations ou d outils ayant fait l objet d une validation scientifique. Le film d Al Gore, comme d autres outils, a pu être contesté. L on est sur un sujet, le réchauffement climatique, dont les causes ne sont pas partagées. Qu est-ce qui peut amener un enseignant du premier ou du second degré à faire le choix d un outil qu il considérera pédagogique dans la mesure où il fera émerger un échange, un débat, une réflexion, rechercher des solutions alternatives? Comment faire pour choisir cet outil qui peut avoir des détenteurs, mais aussi des détracteurs?

87 Didier MULNET, Université d Auvergne Le problème du film d Al Gore n est pas un problème d utilisation dans le sens où vous l entendez. Le film d Al Gore n est pas un documentaire, mais un film réalisé pour convaincre un public politique américain. L utiliser dans le cadre de l enseignement suppose simplement que l on sache l utiliser. Il s agit de ce que l on appelle une question socialement vive. Ce n est pas utiliser le film d Al Gore qui est dangereux, mais c est mal l utiliser. Sur le plan du débat scientifique, vous trouverez sur le site Web le compte-rendu du procès qui a été fait à Al Gore. Neuf points ont été relevés sur l ensemble du film, deux ont été déjoués depuis, sept font encore l objet d un débat. Quand l on est sur un sujet non stabilisé scientifiquement, il faut avoir une attitude et une prudence. Le problème qui est soulevé là concerne la formation des enseignants à utiliser des films de ce type. Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Cela sera aussi un des enjeux auxquels les enseignants seront confrontés dans les années à venir. Comme les élèves seront dans le développement durable de la petite section de maternelle à l université, l on risque d avoir un phénomène de saturation et de rejet. Il est important que l ensemble des acteurs ait cette question pour éviter ce phénomène de rejet. Annick DELHAYE, Vice-présidente Développement durable, Région PACA J aimerais que l on n emploie pas le mot «élèves», mais plutôt le mot «jeunes» ou «enfants». L objet de cette session est le continuum éducatif et, comme cela a été dit, l élève est aussi le «fils de», va au centre de loisirs le mercredi, fait partie d une association sportive ou culturelle donc tous les acteurs du territoire sont des acteurs de l EDD. Un intervenant (enseignant du premier degré, Gironde) Je travaille pour un centre d éducation au développement durable sous l égide des PEP. Quelle est la position de l Éducation nationale face à des critiques croissantes concernant l idée du développement durable qui n émanent pas de gourous, mais de professeurs ou d économistes illustres et qui consistent à dire que le mot «développement» n est pas compatible avec l idée de durabilité? Je pense en particulier aux acteurs de la décroissance, à tout ce mouvement qui grandit. Les critiques du développement durable grandissent et l on se retrouve face aux enseignants qui se posent des questions autour de cela. Ils entendent des théories dire qu il est impossible, dans un monde fini, de continuer à se développer, ou concevoir la durabilité en faisant du green business. Quels seraient les arguments pour répondre à ce genre de critique? Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble L éducation au développement durable n est pas là pour dire aux élèves ce qui est juste et ce qui est faux, mais pour leur donner des clés de lecture pour qu ils décident eux-mêmes s ils adhèrent ou non à tel ou tel argument. Pour ma part, j attends des enseignants qu ils présentent aux élèves des textes ou des documents d acteurs de la décroissance parce qu ils existent. L idée de décroissance est partie de l empreinte écologique de Mathis Wackernagel qui a montré, dans le développement, que si l on croise l empreinte écologique et l IDH (indice de développement humain), l on s aperçoit que les États du Nord ont un fort IDH et une grosse empreinte écologique, que certains États, en particulier d Afrique subsaharienne, ont une faible empreinte écologique et un faible IDH, que des États notamment d Amérique latine sont en intermédiaire. Il dit que la consommation d espace est de 2 hectares par individu, qu un IDH décent est de 0,8. On a donc là une zone qui serait la zone idéale de développement, mais il n y a aucun État dans cette zone. Ceci pose la question du développement car les pays d Afrique ne doivent pas augmenter leur empreinte écologique, mais leur IDH. En revanche, les pays d Europe occidentale ou d Amérique du Nord doivent, tout en maintenant leur IDH,

88 réduire considérablement leur empreinte écologique. C est une lecture du développement durable, et cela pose la question de ce qu est le développement. Selon cette lecture, le développement pour certaines États est de réduire leur empreinte écologique donc, d une certaine manière, peut-être d entrer en décroissance. Notre vocation dans l Éducation nationale n est pas de dire si ceci est bien ou non, mais de montrer l ensemble des panels. Il est évident que nous n aborderons pas ces questions avec un élève de cycle 2 ou 3 du premier degré. En collège, cela peut poser problème mais en lycée, cela peut être tout à fait abordé à travers les sciences économiques et sociales, mais aussi l Histoire-Géographie. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Par ailleurs, il n est pas exceptionnel, en particulier au lycée, que la formule puisse être mise en question. L objectif de cette éducation est d éveiller l esprit critique pour que le jeune puisse se faire sa propre opinion et se positionner par rapport à des choix à faire dans peu de temps. Les jeunes, quoi qu on en dise, s impliquent assez vite dans la vie sociale ou dans la vie de leur commune ou canton. Mohammed GAMIZI, professeur à l université de Marrakech En tant que partenaires universitaires, en fait, nous sommes à la fois dedans et dehors. En effet, nous avons des étudiants à l intérieur de l université donc nous travaillons avec eux en termes d éducation au développement durable. Dans le même temps, nous sommes partenaires dans d autres établissements secondaires ou primaires. Je confirme que nous sommes très peu sollicités. Nous manquons de passerelles entre Université et autres établissements d enseignement pour assurer une certaine vulgarisation. Un enseignant-chercheur ne peut pas se permettre de faire des fiches pédagogiques pour une thématique donnée s il n y a pas un éducateur à côté. C est donc cette passerelle qu il serait nécessaire de développer. Par ailleurs, je suis directeur du Muséum d histoire naturelle de Marrakech et j interviens dans la catégorie «espaces culturels». Ce partenariat est important pour l école et les universités. La notion d éducation au développement durable s inscrit parfaitement dans les objectifs et les actions que mènent les musées d histoire naturelle. Nous brassons un ensemble de thématiques, des collections, de la documentation scientifique et il est très intéressant de mettre cela en valeur vis-à-vis des apprenants à travers des expositions ou des ateliers pratiques. Pour notre part, nous sommes allés dans les écoles faire des jardins scolaires et des ateliers pratiques sur les eaux souterraines ou la pollution. J insiste sur l importance de former sur une démarche scientifique. Notre apport, en tant qu universitaires, est d appuyer, de renforcer les capacités des collègues enseignants dans le cadre de cette démarche scientifique. Qu importe le support, dans le cadre de cette rigueur scientifique, l apprenant pourra apprendre à avoir sa propre lecture. Au niveau du Maroc, l ouverture faite avec l université consiste à réserver 30 % des programmes d enseignement à des thématiques régionales. Cette ouverture nous a permis, à nous universitaires, de développer dans des manuels des thématiques touchant la région. Il est bien de parler à un collégien de la Sibérie, par exemple, mais il est bien aussi de parler de lacs, de réserves, de parcs qui se situent juste à côté. Une intervenante, Conseil général de l Oise J accompagne trois collèges volontaires en démarche d Agenda 21 scolaire. Il s agit d un programme construit en cohérence éducative avec l Inspection académique et l ADEME. Dans ce cadre, le Conseil général, l Inspection académique et l ADEME s accordent pour limiter les discours univoques, ne pas instaurer un climat de peur, travailler à partir des représentations des uns et des autres et non imposer un discours didactique. Par ailleurs, nous travaillons en cohérence avec les porteurs de projets dans les établissements (enseignants ou chefs d établissement).

89 Les acteurs locaux sont donc en cohérence les uns avec les autres. En revanche, au sein du collège, l on note un manque de reconnaissance des enseignants qui s investissent dans ce type de programme. En effet, ils y consacrent un grand nombre d heures, mais ne sont pas rémunérés en conséquence. Quelle rémunération pour les temps de concertation et de préparation nécessaires pour mettre un établissement en démarche de développement durable? J ajoute que la reconnaissance peut être financière, médiatique et hiérarchique. Par ailleurs, l on souhaite développer l esprit critique de l élève, mais semble y avoir une peur de cet esprit critique de la part des enseignants. Lors de la formation de ces enseignants, qu est-il prévu en termes d accompagnement pour qu ils soient confrontés à l esprit critique des élèves? Quelle est l évaluation d une telle formation sur l impact réel en cours? Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Pour l Éducation nationale, l entrée première concerne les programmes. Ainsi, toute la lecture du programme de 5 ème en Histoire-Géographie qui sera mis en place en septembre 2010 est le développement durable. Le temps qui pose souci est celui des projets. Quelle implication et quel financement du temps des enseignants pour le temps des projets? Nous sommes là dans le choix des équipes éducatives puisque, dans la logique actuelle, nous sommes plutôt sur un développement de l autonomie des établissements, en particulier au travers des contrats d objectifs que les établissements ont obligation maintenant de mettre en place. Dans ce cadre, l établissement se doit de fixer des priorités et peut donc mettre en synergie les projets liés au développement durable. Ainsi, certains établissements inscrivent des problématiques de développement durable dans leur contrat d objectifs. Certaines Académies attribuent des moyens aux établissements en fonction de leur contrat d objectifs. D autres n affectent pas de moyens car elles considèrent que l établissement fait des choix d orientation et définit des priorités à partir de son enveloppe budgétaire. Il y a donc des écarts entre les Académies donc des réponses différentes. Il existe de nombreux dispositifs qui permettent le fonctionnement des projets. Puis, l intervention financière des partenaires que sont les Régions et les Conseils généraux permet d abonder aussi des ressources. Selon moi, le problème est moins financier que sur le plan temporel. Quel temps injectera l enseignant dans son implication sur le développement durable? Jusqu à quel niveau peut-il le faire? En tant que cadre de l Éducation nationale, mon souci est que nous sommes sur une logique d heures supplémentaires d enseignement ou d heures supplémentaires années. Ces heures sont rémunérées et défiscalisées, mais il faut que l enseignant ait le temps car cette implication prend du temps. Il est donc nécessaire de faire des choix, de trouver un équilibre, de fixer des priorités. Ces choix se font au niveau des institutions, mais aussi des individus, des établissements, des différents territoires mobilisés. Un intervenant de la salle La procédure est beaucoup plus lourde que cela dans les établissements. D abord, certains établissements refusent d inscrire cette thématique dans leur projet d établissement. Or, si ce n est pas inscrit dans ce projet, cela ne peut pas fonctionner. Par ailleurs, même si c est inscrit dans le projet d établissement, encore faut-il que le chef d établissement attribue un certain nombre de HSE (Heures supplémentaires d enseignement) ou de HTS (Heures à taux spécifiques). La rémunération financière se situe à ce niveau, mais les HSA (Heures supplémentaires années) n ont jamais servi à ce type de projet. Laurence AMICI, Professeur relais, Lycée Jean Rostand de Strasbourg J ajoute qu aucun moyen n est donné, que tout repose sur le bénévolat. Vous disiez qu il fallait faire attention que les enseignants ne soient pas militants, mais s ils ne l étaient pas, comment engageraient-ils leur temps et cette non-rémunération en heures supplémentaires? L on nous demande de faire des choses, mais il n y a pas de moyens

90 harmonisés sur le territoire. En effet, c est vraiment selon les dispositifs des établissements, des rectorats et des Académies. Une façon d être reconnue est également la reconnaissance par la hiérarchie. Or, parfois, elle est moindre aussi. Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Au niveau de l académie de Grenoble, nous avons réuni récemment les professeurs relais et c est une des premières questions que nous avons abordées puisque, sur cette question, nous faisons appel à leur militantisme. Quelques chefs d établissement sont très impliqués et ont donné des heures aux professeurs relais mais ailleurs, nous faisons effectivement appel au militantisme. Il s agit plutôt là de l éducateur militant dans son établissement et cela me rappelle l éducation populaire des années 60 ou 70 où des enseignants passaient leurs vacances à faire des stages de théâtre ou de musique. Ensuite, ils réinvestissaient cela face à leurs élèves tout au long de l année scolaire. Nous revenons à ce militantisme et, d une certaine manière, c est une bonne chose. Dans le même temps, en tant que représentant de l Éducation nationale, cela me met mal à l aise parce que cela devient une modalité de fonctionnement. Quant à la peur de l enseignant face à l esprit critique développé par le jeune, la réponse est simple, un gros travail de formation est à faire dans ce sens. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Dans le même temps, cela touche à un fondamental de la posture de l enseignant. Il est rassuré, et l on sait la difficulté à être à l aise, par la maîtrise d une information ou d un message à faire passer. Éduquer au développement durable est se mettre soi-même en difficulté au moins à deux niveaux. Premièrement, c est une éducation qui va vers la mise en route d un esprit critique. Deuxièmement, cette éducation s inscrit dans le principe d incertitude. L on est là dans une posture complexe pour celui qui fait passer le message, qui serait rassuré par une information maîtrisée ou un message cadré qu il n a pas toujours. C est pourquoi cela peut générer de l inconfort et peut-être de la peur, d où notre souci dans la formation des enseignants et des formateurs de travailler à cette approche de l éducation au choix citoyen responsable dans un contexte d incertitude sinon de doute. Cela change complètement de l image que l on a pu se faire de l enseignant maître de ses savoirs, ses savoir-faire et ses savoir-être. Anne CALVET, professeur Histoire-Géographie, formatrice IUFM en EDD, Académie de Toulouse Une des questions est de savoir si l école est au cœur du continuum et je fais partie des personnes qui en sont persuadées, ne serait-ce que parce que nous travaillons sur les générations futures. Selon moi, il existe actuellement un réel accord sur les valeurs autour de l EDD parmi les différents acteurs de l EDD. L EDD est une notion rassembleuse et c est tout son intérêt. Pour travailler avec nombre de partenaires, il me semble qu il y a actuellement une réelle reconnaissance de la réflexion de l EDD sur la notion qui apparaît comme une caution éducative et scientifique. Nous avons parlé de saturation, de polémique, de peur des enseignants. Il est vrai que c est troublant pour les enseignants parce qu il n y a pas de vérité, d objectif scientifique absolu. Selon moi, en formation et même quand on réfléchit sur cette notion, il faut se poser deux questions, celle de notre propre représentation sur le DD et sur l EDD, celle de la posture que nous avons face aux élèves. J ai vu une chose intéressante réalisée par les professeurs de géographie de l UFM de Marseille qui ont réfléchi sur certains points. Quelle lecture personnelle avons-nous de la notion? Où nous plaçons-nous? Il y a trois sphères dans l EDD donc sommes-nous plus

91 proches ou d une autre? Par rapport à la question de la posture, sommes-nous des certificateurs qui allons imposer une norme? Sommes-nous des analystes qui allons réfléchir sur la représentation que l on peut avoir du DD? Sommes-nous des citoyens qui allons mettre en avant le débat, le choix politique? Tout ceci fait partie de ce qu il est nécessaire de faire en formation et n importe quel enseignant qui souhaite toucher à ces notions doit réfléchir à cela. Par rapport au programme de géographie de 5 ème à venir, dans la présentation des programmes en juin dernier avant leur publication, on parlait du concept EDD. Or, dans le programme publié maintenant, l on voit «notion» et plus «concept». Ceci signifie que nous ne sommes pas dans un concept établi scientifiquement posé, mais bien dans un débat. Par ailleurs, sur la rencontre et la passerelle entre les acteurs de l EDD au sens large et les acteurs de l école, comment faire pour créer des lieux et des moments de croisement? Les Conseils régionaux, par exemple, touchent à l EDD dans trois directions différentes : la direction de l éducation avec les lycées, des bâtiments scolaires et de l environnement ou du développement durable. Déjà entre eux, il n est pas évident qu ils parviennent à se rencontrer sur le sujet de l EDD. Pour notre part, nous arrivons en voulant rencontrer les trois en même temps pour leur demander comment travailler ensemble. Une des réponses ne serait-elle pas de réfléchir à des formations largement intercatégorielles, en particulier avec le CNFPT (Centre national de la Fonction publique territoriale) qui est maintenant l acteur principal de formation des agents? Sur la question du fonctionnement des E3D dans les établissements, comment faire de l E3D sur du temps non scolaire alors que les enseignants fonctionnent encore sur des 15 ou 18 heures d enseignement? Une des réponses est de ne pas vouloir pousser la machine audelà de ce qu elle peut faire. Il faut utiliser l existant quand il existe, notamment le CESC qui est sous-utilisé, le CVL ou tout ce qui est lié au Conseil d administration. Je vois difficilement comment s engager dans des E3D quand on n a pas au moins un chef d établissement, un gestionnaire, quelques enseignants et parents qui ont envie d aller dans ce sens. Enfin, la question de l implication des parents me semble très problématique dans le second degré. Ils sont entre attitude consumériste et attitude très réactive voire agressive, et il y a vraiment là un grand enjeu qui dépasse largement la question de l EDD. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Cet enjeu dépasse largement la question, mais est au cœur de notre débat. En effet, si nous voulons éviter au jeune le grand écart et le mal-être entre le monde de la maison, son monde culturel, familial, ses racines et le monde de l apprentissage, il y a une nécessité de continuum éducatif. Comment faire des passerelles entre le monde personnel, le monde social et le monde de l apprenant pour structurer le jeune? Gaëlle LE BLOA, Animatrice espace de concertation multi-partenarial, Région PACA Cet espace rassemble des services établissements publics de l État, des collectivités locales et des structures associatives, et nous envisageons d y intégrer le monde de l entreprise très prochainement. La première partie de l exposé de Pascale BOYRIES m a beaucoup interrogée. Elle montre un monde idéal, un cadre, des objectifs et une stratégie clairs, mais je n ai pas le même sentiment sur le terrain. Par exemple, nous co-construisons des fiches action avec des enseignants, des représentants de l'action culturelle, de l éducation agricole, des collectivités locales et des associations. L une d elles concernait le développement des démarches écoresponsables des Agendas 21, avec un préalable de développement d une culture commune. En effet, nous sentions bien qu il fallait travailler sur cette notion de culture commune. La première étape a été d apporter un cadre car tout le monde s est mis d accord sur le fait que, sur le terrain, les signes politiques pour développement l EDD n étaient pas encore véritablement présents.

92 Je ne connais pas bien les textes de l Éducation nationale, mais dans les nouveaux programmes de l école, cette éducation à l environnement est-elle véritablement intégrée? Au niveau de la stratégie, les espaces de projets sont-ils suffisamment portés? Au niveau des démarches E3D, y a-t-il les moyens, même en termes de temps, pour que ces méthodes qui sont lourdes et modifient véritablement le fonctionnement des établissements soient à la portée de chaque établissement sur le terrain? Par ailleurs, une des questions de l exposé était de savoir si l école était l espace central de l éducation au développement durable. En Région PACA, pour ce qui concerne le terme «éducation», nous prenons la définition donnée dans le cadre de l UNESCO des Nations Unies : sensibilisation, information, formation, éducation à l environnement. Mais si l on prend le terme «éducation» au sens large, j aurais tendance à dire que l école n est peutêtre pas au centre de l éducation au développement durable. Il faudrait, notamment en France où l on ressent fortement l Éducation nationale derrière cette approche d éducation au développement durable, que nous y réfléchissions. Si nous voulons faire évoluer notre fonctionnement avec la société, il faut agir sur les enfants mais aussi sur les adultes, dans le monde de l entreprise, dans le cadre des loisirs et je me demande si tout cela est vraiment du ressort de l Éducation nationale. Une des réponses que nous avons trouvées en région PACA est la plateforme régionale de concertation. Elle est encore expérimentale, fonctionne bien mais a aussi ses défauts. Il faudrait peut-être qu au niveau national, soient développés des plans nationaux d actions multi-partenariaux. Annick DELHAYE, Vice-présidente Développement durable, Région PACA Sur la région PACA, la transversalité existe grâce au développement durable puisqu il y a les trois piliers (économique, social et environnemental). Nous travaillons en concertation avec mes collègues qui sont impliqués dans les lycées, l éducation et les services, et avons mis en place un référentiel de développement durable Qualité Environnementale qui est maintenant intégré au niveau des lycées. Par ailleurs, nous avons mis en place des Agendas 21 lycéens. Sur la base du volontariat, 9 lycées étaient volontaires l année dernière suite à l appel à projets. Ils ont été accompagnés une première année par une assistance à maîtrise d ouvrage pour établir le diagnostic, et ceci en partenariat avec les académies de Nice et de Marseille et la DRAF. Cette année, nous avons relancé un appel à projets et avons de nouveau neuf lycées, mais aussi un CFA. Pour les ouvriers et techniciens dans les lycées qui sont maintenant du ressort de la Région, nous mettons en place des formations, soit avec le CNFPT soit en formation interne. Il manque effectivement que toute la communauté éducative soit impliquée dans le développement durable, et je regrette que ne soient impliqués quasiment que les professeurs de SVT et d Histoire-Géographie. Le développement durable est un domaine transversal, il faudrait que les professeurs de toutes les disciplines soient impliqués. Sur les lycées ayant des internats, nous avons mis en place le tri des déchets et proposons du compostage avec les déchets organiques. Il n est toutefois pas suffisant de n avoir que les lycées, le continuum éducatif concerne bien tous les acteurs tout au long de la vie. Pour nous, au Conseil régional, il est essentiel que tous les acteurs soient impliqués et c est pour cette raison que nous allons intégrer les entreprises à la plateforme de concertation. Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Je précise que la première partie de mon exposé a pour objectif de montrer qu au niveau national, la lecture est claire, ce qui n était pas le cas il y a quelques années. Ceci permet d avoir un discours cohérent au sein de l Éducation nationale vers les enseignants qui, parfois, ont été formés sur une culture un peu différente.

93 Par ailleurs, pour ce qui concerne la place de l école dans cette éducation, comme l école est souvent utilisée, à travers les enfants, comme un vecteur vers les adultes, l idée revêt un peu cette double utilisation. L on forme les enfants mais, à travers eux, l on forme aussi les adultes et c est cela qui m incite à placer l école au centre. Par rapport aux disciplines impliquées, l on trouve effectivement nombre de professeurs de SVT et d Histoire-Géographie, mais je crois que c est un reste de l éducation à l environnement que l on avait ces dernières années. Lors de réunions organisées avec mes correspondants départementaux récemment, il était assez intéressant de regarder la répartition dans les départements. Je prends, dans ces départements, deux exemples complètement opposés :! Agglomération de Grenoble : 90 % de professeurs de SVT.! Sud Ardèche Sud Drôme : 15 % de professeurs de SVT, 20 % de professeurs d Histoire-Géographie, le reste étant des professeurs de STI, Lettres, Mathématiques, Physique-Chimie, Technologie, disciplines industrielles, des CPE, des documentalistes. Ceci montre que l on arrive maintenant dans une lecture transversale. Par ailleurs, les professeurs de Sciences économiques et sociales sont peu nombreux, mais très actifs. André BOLLARD (IUFM, Académie de Grenoble) Je ne vais pas faire une conclusion, mais une transition. J ai noté dans les débats qui ont suivi l intervention de Pascal BOYRIES trois types de questions : celle des questions préalables, des moyens et des objectifs. Je résume la question des questions préalables. Y a-t-il continuum? Selon ce que j ai entendu, je vois plutôt une constellation d espaces-temps et non un concept linéaire. La vision de l EDD ou de l EEDD par les différents partenaires est-elle toujours éducative au sens que l Éducation nationale la conçoit? Se posent aussi des questions sur le périmètre du concept ou de la notion de développement durable, et il est vrai que nous avons à faire nous-mêmes une éducation au doute et à la pratiquer. Il ne faut pas oublier que notre propre imaginaire et notre langage sont colonisés par l histoire et par les mots. Sur la question des moyens, nous avons vu qu elle était très largement mâtinée de différents types de conflits : la crainte du politique, de la saturation, le rejet, le découragement, la méfiance. J ai plutôt vu dans la situation non pas un continuum, mais un discontinuum parce que l ensemble est plutôt fait de ruptures auxquelles il faudrait administrer ce que j appellerais des injections multipoints. Il s agit d injections d évaluation, de temps, et notamment de temps de militantisme. Il conviendrait d associer l université, la culture, de concevoir l approche du continuum en termes de polycentrisme éducatif et non pas voir l école comme centre du dispositif. Enfin, je terminerai par une question très peu évoquée, à savoir la question des objectifs. Je résumerais de manière un peu triviale l intervention concernant la région PACA en notant la diversité des actions, mais aussi les gros moyens. Un chiffre à faire pâlir l Éducation nationale a été annoncé, mais pourquoi ces moyens? Avons-nous les mêmes objectifs? Cette question n a pas encore été débattue. Annick DELHAYE, Vice-présidente Développement durable, Région PACA Pour notre part, nous avons construit ces objectifs avec les différents partenaires dont l Éducation nationale. Si nous voulons que cela fonctionne, nous ne pouvons pas faire seuls, il faut construire avec les acteurs de terrain. Nous avons d ailleurs un document d objectifs partagés que nous avons co-construit pendant trois ans avec tous les acteurs du territoire. Ensuite, c est à chaque acteur de terrain de se l approprier sur son territoire.

94 Jacques DESBORDES, Instituteur Je connais mieux le premier degré donc je ne parlerai que de cela. Il me semble que l éducation au développement durable est une des grandes chances de l école qui a là un outil formidable pour s ouvrir au monde et ne plus avoir peur de ce monde extérieur, un monde qu elle a longtemps renié et laissé en dehors des murs de l école. À mon avis, les enseignants ne sont pas formés pour parler à d autres adultes. En effet, jusqu à présent, les enseignants étaient formés pour parler aux enfants. Or, dans la présentation de Pascal BOYRIES, l on a bien vu l importance de tous les intervenants extérieurs (collectivités territoriales, associations, entreprises). J ai quelques témoignages de cette difficulté dans ma pratique quotidienne puisque j ai la chance d avoir en charge un centre d éducation au développement durable et à la citoyenneté. L on voit bien que les enseignants ont une certaine volonté en la matière, mais ne savent pas comment maîtriser les intervenants extérieurs. Par ailleurs, il se trouve que je suis girondin et, dans le document du Conseil régional Aquitaine qui nous a été remis, je lis qu une convention signée entre la Communauté urbaine de Bordeaux, le Conseil général de la Gironde et le Conseil régional permettra d assurer une continuité de démarche d Agendas 21 scolaires de l école au lycée. Selon moi, dans cette convention, il manque un facteur important : l Éducation nationale. J ai comme un brin d inquiétude. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Un brin d inquiétude qui rappelle les questions posées précédemment : objectifs partagés? Objectifs communs? Objectifs différents? Quels sont les objectifs des différents partenaires impliqués? Pascal BOYRIES, IA-IPR académie de Grenoble Dans les documents présentés, il y avait deux outils que nous avions fabriqués avec les collègues de Toulouse. Il s agissait de fiches de travail avec des partenariats où le partenaire définissait ses objectifs et ce qu il comptait faire, de même pour l enseignant. Des outils de ce type sont à produire pour aider les professeurs qui ont du mal à discuter avec d autres adultes à établir quelque chose de clair, à formaliser les choses pour que cela facilite le débat et la discussion. Jacques DESBORDES, Instituteur Il me semble qu il est nécessaire d aller aussi vers la notion de formation des enseignants car elle est dramatiquement absente. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Ceci est un des éléments pour la posture des enseignants devant les jeunes. En termes de mémoire de notre atelier, la formation des personnels enseignants dans leur relation pédagogique, notamment pour monter des projets pédagogiques avec d autres adultes du monde socioprofessionnel, socioculturel et civile, est un élément indispensable. Eric ALBEROLA, Enseignant section Techniciens supérieurs, enseignement catholique Narbonne Je tiens à remercier la personne qui a dit qu il ne fallait pas oublier, dans les procédures d Agendas 21, l enseignement catholique sous contrat d association avec l État qui représente 20 % des élèves de ce pays. Par ailleurs, concernant la transmission, l on a parlé des enfants qui forment les parents. Selon moi, il s agit là d un renversement de la fonction de transmission. Mesure-t-on les conséquences psycho-éducatives de ce postulat, notamment dans les familles de milieu populaire ou défavorisé qui sont en difficulté au niveau de l éducation de leurs enfants?

95 N est-ce pas un signe de la peur ou de l échec de l Éducation nationale à construire avec les parents la coéducation dont parlent la FCPE et d autres? Pour ce qui concerne le continuum éducatif, l on est quand même beaucoup tourné vers l Éducation nationale. Il m arrive souvent de construire des projets avec les élèves et la solution de facilité est de s adresser à des publics dits captifs ou contraints. Dans notre beau pays qu est la France, il y a un gros manque en matière de politique «jeunesse». Ainsi, ont quasiment disparu les associations et les structures qui «encadraient» notre jeunesse (scouts, patronages, Jeunesses communistes, etc.). Aujourd hui, il y a un vrai problème. En effet, entre la famille et l école, il y a tout ce temps libre et de loisirs où il n y a plus grandchose. Tous les ans, je fais des enquêtes pour voir le taux d engagement des jeunes aujourd hui dans les associations, je peux vous dire que ce n est pas brillant. Il y a donc un vrai travail à faire dans l école et en dehors de l école pour les sensibiliser au développement durable ou à bien d autres aspects de la vie en société. Pour terminer, je serai un peu provocateur. L on nous a parlé d une partie du corps enseignant qui serait réticent ou qui en aurait assez de la nouvelle tarte à la crème que constituerait le développement durable. Après les parents démissionnaires, après les Arabes intégristes, après les Africains qui n auraient pas su entrer dans l histoire, après les jeunes délinquants des quartiers, après les citoyens consommateurs irresponsables, je trouve que l on cherche un peu vite à désigner des boucs émissaires et à culpabiliser des individus ou des groupes. Pendant que l on fait cela, l on ne s interroge pas trop sur les causes qui font que l on en arrive là. L on parle beaucoup des consommateurs irresponsables en s attardant sur le terme «irresponsables», mais l on ne se demande pas si la fonction de l homme est uniquement d être un consommateur. Renée-Paule BLOCHET, Formatrice EDD, académie de Grenoble Cette intervention nous invite à des espaces de solutions alternatives. En effet, l on peut retenir que l espace «école», que ce soit un espace lieu, temps ou organisationnel, est sursollicité puisque le public y est captif. Pour informer, intéresser et peut-être convaincre, il faut un public à un endroit donné, dans des conditions facilitant l échange ou au moins la réceptivité. Du coup, l école est sursollicitée sur le temps diurne de l enfant. Cela pose certains problèmes, notamment la difficulté des enseignants à organiser tout cela parce qu ils ont aussi des choses à transmettre. Cela permet de repérer aussi le vide de ce que Pascal BOYRIES nommait les espaces interstitiels qui effectivement étaient auparavant bien remplis. Ces espaces interstitiels étaient investis par des associations et structures, mais qui avaient chacune leur domaine, leur champ et leurs modalités d intervention et leur temps spécifique. Aujourd hui, pour ce qui est de l éducation au développement durable, tout le monde voudrait intervenir sur le même sujet, auprès du même public, sur le même temps. C est peut-être ce qui pose question et, dans la précédente intervention, il semblerait qu il y ait des éléments de réponse. Une intervenante de la salle L on se demandait pourquoi il y avait autant de professeurs de SVT, mais je rappelle qu au départ, l écologie était une science, une branche de l enseignement scientifique. C était la science de l habitat, de l environnement, du milieu dans lequel vivaient les animaux, les végétaux et l homme parmi les animaux. En termes de glissement sémantique, nous sommes passés de l écologie à l environnement, à l étude de l environnement et au développement durable.

96 Ce rappel historique interpelle l interdisciplinarité. En effet, l écologie était une branche des sciences de la nature, il était donc normal que les professeurs de SVT l enseignent. Le rapport Brundtland et les trois piliers interpellent, par exemple, les sciences économiques et sociales. Il est donc tout à fait normal que de ce public professoral captif, l on passe à une interdisciplinarité. Toutefois, comme cela fait trente ans qu ils font de l écologie, les professeurs de sciences naturelles sont obligés de modifier leurs pratiques par rapport à la connaissance du milieu et de l environnement. D ailleurs, dans les programmes, l environnement concerne l homme dans l environnement, les actions de l homme sur l environnement et l on rejoint bien la géographie humaine et les sciences économiques et sociales quand on s intéresse, par exemple, aux villes. Par ailleurs, je suis atterrée d entendre que tout le monde a peur, aussi bien le professeur que le citoyen. On parle de développement durable partout donc, selon moi, cette notion complètement édulcorée n a plus de sens pour quiconque, et la peur vient du scientisme ambiant. J ai la sensation que ni nos collègues instituteurs, pas toujours formés en sciences, ni nos professeurs, ni nos élèves qui déclinent de plus en plus l orientation vers les études scientifiques, ne comprennent ce qu est la science. Je vais mettre en exergue un terme qui n a pas été utilisé dans l atelier : la notion de principe de précaution qui est en train d anéantir la notion de progrès scientifique. Prenons l exemple de la vaccination contre l hépatite qui créerait la sclérose en plaques. Peut-on analyser ce qu est un vaccin? Peut-on analyser ce qu est la sclérose en plaques? Peut-on se demander quelle est la part du risque et la part du bien? Peut-on en vouloir à Sarah Palin parce qu elle est créationniste et que le créationnisme est en train de dépasser l évolutionnisme? Les professeurs formés à la science seraient-ils formés au doute? Le doute est scientifiquement porteur de recherche, mais si l on considère que la science est pure, dure, exacte et définitive, on est alors dans le scientisme. Selon moi, la peur des professeurs, des citoyens et de tous vient d un manque de science. Conclusion par Renée-Paule BLOCHET Formatrice EDD, académie de Grenoble Cette session a été conçue et réfléchie en complémentarité par rapport à la session sur le bilan de l'edd en France et dans les pays de l'union européenne, dans la mesure où elle s intéressait au rôle de l école dans la société et donc au rôle de l enseignant. Nous avons, pour notre part, plutôt travaillé sur la place de l école et, de ce fait, celle de l enseignant dans le continuum éducatif qui donne sens à un projet de société durable. Dans le groupe, il y a d abord eu certains constats à partir desquels la réflexion s est articulée. D abord, la perception d un continuum s articule autour de deux approches. Premièrement, celle de différents espaces porteurs d éducation pour un même public. En clair, un public jeune peut avoir affaire à différents espaces éducatifs (domicile, école, milieu associatif, milieu sportif, médias et tous les espaces interstitiels induits). Deuxièmement, l on peut envisager la notion de continuum dans une perspective plus linéaire, à savoir un continuum éducatif tout au long de la vie. Nous nous sommes donc intéressés à la notion de continuum éducatif à travers ces deux approches, spatiale et temporelle. Le groupe a fait émerger un certain nombre d items plutôt positifs et qui vont dans le sens d un réel continuum éducatif porteur d un projet de société durable. D abord, il y a l évidente et forte implication de tous les acteurs de ce projet de société qu'est la mise en oeuvre du développement durable au travers des démarches d'éducation, au premier rang desquelles les acteurs de l Éducation nationale, les collectivités territoriales, les

97 services déconcentrés de l État, les porteurs et acteurs du monde associatif. Dans le même temps, ce continuum éducatif se met en place à un moment de l histoire du monde articulée autour d un changement culturel important. Il a été pointé que l éducation au développement durable n était certainement pas étrangère à ce changement culturel, peut-être même qu elle générait un changement culturel tant au sein de l Éducation nationale qu au sein des différentes structures, associations ou collectivités partenaires de l école. En positif, il y a aussi le sentiment d un retour pour chacun des acteurs, quel que soit l espace dans lequel ils travaillent, à des moments forts du militantisme, en particulier ceux des acteurs de l éducation permanente. Un autre constat positif réside dans la volonté d implication des universités et du monde des chercheurs, avec toutefois la difficulté soulignée de l approche du public jeune, et en particulier la difficulté que peuvent vivre les universitaires à vulgariser les objets de leurs recherches qui, pourtant, pourraient éclairer de façon pertinente l approche scientifique de l éducation au développement durable. Nous voyons également au positif une aide importante autour de la structuration du paysage partenarial. Nous avons parlé de différentes formes de structuration mises en œuvre par des divers partenaires. Dans l atelier, nous avons fait état des plateformes de concertation régionales à partir de l exemple de la région Provence-Alpes-Côte-D azur, des espaces régionaux de concertation en Rhône-Alpes ou des comités régionaux en Midi-Pyrénées. Ces plateformes, comités ou espaces permettent la mise en synergie et l échange des différents acteurs. Les choses avancent, mais nous avons souligné la difficulté et la lenteur pour faire évoluer les pratiques. Au négatif, ce qui empêche un continuum éducatif et un projet de société durable de se mettre en place de façon plus rapide, c est l importance des représentations des uns et des autres et tous les phénomènes de rejet qu elles peuvent générer. Un autre problème est la difficulté à impliquer les parents des jeunes. Nous avons un regret dans le groupe, celui de l absence du monde de l entreprise dont l approche aurait été nécessaire à une véritable analyse du continuum éducatif dans lequel ils sont acteurs. À partir de ces constats, nous avons envisagé quelques propositions. Le continuum existe, mais il reste à parfaire, d abord au sein de l Éducation nationale. Nous avons souligné l importance de la formation des enseignants, en particulier la formation à la pédagogie de projets qui intègre l articulation de la réflexion autour d une problématique de recherche de solutions alternatives, mais en partenariat. Puis, nous avons noté la nécessaire extension de l éducation au développement durable à tous les publics scolaires. Il en est ainsi des publics qui n étaient pas souvent ciblés comme ceux des handicapés, des SEGPA, des sections d éducation spécialisée. Une autre proposition concerne la nécessité de créer des espaces et/ou des temps de concertation entre les différents partenaires comme dans les plateformes. Ces espaces, audelà d être des espaces de paroles, devraient pour aider au continuum éducatif déboucher sur des conventions formalisées, de manière à mieux se connaître, à construire une culture commune, à s entendre entre partenaires sur les enjeux de cette société que chacun appelle de ses vœux, mais aussi sur des objectifs de travail, du nécessaire partage des tâches. Il s agit donc de se mettre d accord sur qui fait quoi, quels sont les acteurs, les intervenants et, en particulier, les intervenants reconnus. Nous avons aussi parlé de validation, de confiance pour monter des actions communes et des formations pluri-partenariales à partir de référentiels de formation, donc de compétences à atteindre pour les adultes impliqués dans les projets, ces référentiels étant à élaborer de façon concertée. Enfin, un continuum reste à parfaire autour de deux points. Premièrement, il est nécessaire de renforcer les liens avec l université qui peut apporter des données, des formations

98 solides, compléter les démarches scientifiques abordées dans les projets pédagogiques dans les écoles, collèges et lycées. Deuxièmement, il s agit de développer des espaces d actions sur le développement durable en dehors de l éducation nationale et des espaces d éducation du jeune pour toucher tous les publics, sans oublier le public senior. En effet, il a bien été dit dans le groupe que l élève était également «enfant de», «petit-enfant de». Il a donc une vie personnelle privée dans laquelle il doit également se retrouver. ************************

99 Session 3 L éducation au développement durable dans le monde francophone Sommaire Regard des acteurs du Sud sur l'edd en Europe (Michael ATCHIA, UNEP/IUBS/AFICS-M) EDD basée sur l éducation aux droits fondamentaux de l enfant : portrait de la situation vécue par les enfants du grand Nord québécois et de l Afrique sahélienne (Pauline CÔTÉ, professeure et chercheuse au LÉADRE, Université du Québec à Rimouski) Évaluation des axes stratégiques et des actions d'edd dans la sous-région "Afrique Centrale" à travers la mise en place du Réseau d Éducation Environnementale pour le Développement Durable en Afrique Centrale - REEDDAC (Hega MARTIN, Project Manager, Parc National des MONTS de CRISTAL, WCS Gabon) La solidarité internationale est le parent pauvre du développement durable (Paul VERMANDE, Agence Universitaire de la Francophonie, AUF)) Présentation d un projet au Brésil (Julie LE PHUEZ, ministère de l'éducation, Brésil) Les conflits environnementaux liés aux rejets des eaux usées dans les milieux naturels : État des lieux et situation en Algérie (Hassini TSAKI, Université d'oran, Algérie) Conclusion (Michel MOMBRUN, Réseaux francophones) Animateur : Hega MARTIN (Project Manager, Parc National des MONTS de CRISTAL, WCS Gabon) en collaboration avec Michel MOMBRUN (Réseaux francophones) et Boufeldja BENABDALLAH (OIF/IEPF). Introduction par Hega MARTIN, Michel MOMBRUN et Boufeldja BENABDALLAH Hega MARTIN, Project manager, WCS, Gabon Je suis responsable d un programme d'éducation à l'environnement et à la conservation dans les forêts au Gabon, notamment le réseau des 13 parcs nationaux. Nous mettons en place actuellement un programme d'edd que je vous présenterai au cours de cette session. Michel MOMBRUN, Réseaux francophones Je ne travaille plus avec l UNITAR depuis peu, et ce pour des raisons de fin d'activité professionnelle, ce qui ne m'empêche pas de continuer à fonctionner dans l'ensemble des réseaux francophones, avec une activité au moins aussi importante qu'auparavant. Je participe en particulier à une démarche d'edd qui s'inscrit aujourd'hui au niveau de la Région Ile-de-France, dans le département de l'essonne. Dans ce cadre, nous sommes en relation avec plusieurs pays francophones d Afrique, d'amérique du Sud et d'europe centrale. Je participerai avec beaucoup de plaisir à ces échanges pour lesquels j ai une expérience d'une quinzaine d'années maintenant. Boufeldja BENABDALLAH, OIF/EPF Je suis à la Francophonie, à l'institut de l'énergie et de l'environnement de la francophonie (IEPF) basé à Québec depuis une douzaine d'années. Je suis en charge du programme

100 «Stratégie nationale de développement durable». Je suis impliqué, avec de nombreux collègues sur ces questions de renforcement de capacité. Qui dit renforcement de capacité dit éducation, formation. C'est dans cette perspective que nous sommes heureux d'être présents à cette conférence pour recueillir les avis et savoir comment la Francophonie peut dessiner une intervention d'ampleur pour 2009-2010. Nous avons déjà un noyau de réflexion, mais nous voudrions aussi partir d'ici avec des idées, pour continuer le travail qui se fait par vous, par les gens qui connaissent, qui sont dans le métier. Merci. Hega MARTIN, Project manager, WCS, Gabon Notre session concerne essentiellement l'edd dans le monde francophone et il s'agit donc d'évaluer ce qui a été fait sur le terrain dans les pays francophones, quels sont les outils qui ont été développés, les partenariats qui ont été créés pour renforcer cette éducation au développement durable. Nous espérons que les projections qui vont être faites vous apporteront quelque chose et permettront d'enrichir le débat, et ce afin de faire des propositions concrètes pour les cinq prochaines années, pour que la francophonie se positionne véritablement comme un partenaire incontournable dans cet espace, afin de faire avancer l éducation au développement durable. Regard des acteurs du Sud sur l'edd en Europe par Michael ATCHIA (UNEP/IUBS/AFICS-M) Ma présentation portera sur une approche des perspectives du Sud comparées à ce qui se fait en Europe durable en Europe et sur les interrelations avec l accent mis sur l île Maurice qui, il y a deux semaines, à l'unesco Paris, a lancé un projet «Ile Maurice, île durable», un projet énorme qui vise à transformer l'ensemble du pays en une île durable. Ce n'est pas seulement l EDD, mais c'est beaucoup plus que cela. C'est un peu dans cette perspective que je vais faire mes commentaires. Le Sud a beaucoup d'idées sur les finalités de l éducation au développement (je préfère - soutenable, soutenu)... En 1993, lorsque j'étais directeur de programme aux Nations Unies à Nairobi, j avais imaginé remplacer «Environment Education» par «sustainable developpement education». J'avais proposé cela à l'unesco, mais ils ont trouvé que SDE n était pas traductible en français. Ils l'ont transformé en ESD «Education au développement durable», c'est resté, puis, en 1997, l EDD a pris de l essor. J'ai vu les finalités du développement durable quand je l ai défini - cela date quand même d il y a quelques années comme une vision élargie du bien-être humain à travers l'intégration du mode de vie socioculturel à l'économie et à l'industrie. Cela intégré à la gouvernance, à la recherche scientifique et finalement à l'éducation. La gouvernance, nos pays - je parle de l'afrique francophone ou anglophone - souffrent d'un problème énorme de gouvernance. Ce n'est pas nouveau pour vous. Chez nous, nous avons ciblé la gouvernance du pays comme étant le problème numéro un. C'est-à-dire que nous pouvons arriver à toutes les résolutions que vous voulez, s'il n'y a pas une bonne gouvernance, cela ne marchera pas. Deuxièmement, et je suis heureux de constater la mise en œuvre en Europe d'une éducation directement utile à la vie quotidienne. Ce que disait le maire de Bordeaux ce matin est tout à fait vrai : le développement durable touche la vie de tout le monde. Par exemple à «Maurice, île durable», il faudrait que tous les aspects de la vie soient touchés. Je pose également la question de l'équité dans le monde, la question de vivre en paix, la question d équité entre continents, nations, individus et générations. Pas de développement durable sans équité. Ce serait le sujet d'un débat entier en lui-même. Je ne l'aborderai pas ici. L'équité entre continents n'est qu'un voeu pieux pour ce qui concerne l'afrique. J'ai quelques commentaires. J'ai déjà eu cette discussion au sein d'instances internationales, mais je

101 voudrais dire à l'europe que l'afrique est le continent habité le plus pauvre du monde. Les causes profondes de cette pauvreté sont certes la guerre, la corruption, mais quelles sont les causes liées à l'europe? Nous avons eu un exemple terrible ce matin quand une personne nous a parlé des fleurs qui étaient exportées dans une situation de crise. Le mot-clé pour moi, c'est une cohérence dans la politique de l'europe et de nos pays. L'union européenne dans son ensemble, la France en particulier, ont-elles les finalités que j ai définies tout à l'heure? Cette présentation examine le pourcentage d'énergie venant de sources non fossiles. La France est bien placée : 70 % nucléaire, que vous soyez pour ou contre le nucléaire, il est là, 12 % d'hydro. Elle est très bien positionnée. Nous avons fait la conférence des îles, il y a quelques années de cela, à la Barbade puis à Maurice 10 ans après. Certaines de nos îles dépourvues de pétrole dépendent totalement de l'importation. Que faisons-nous aujourd'hui à Maurice? Nous faisons appel à l'électricité éolienne, etc., mais aussi à l'éthanol issu du sucre car le prix du sucre a baissé et qu'il est plus intéressant pour nous de transformer le sucre en éthanol plutôt que d'importer de l essence. Au Brésil, tous les véhicules gouvernementaux ont obligation d'utiliser l'éthanol et il n'y pas de taxe sur l'éthanol qui est moins cher que le pétrole et cela incite les gens à l'utiliser. Nous allons essayer d'utiliser ces dispositifs à Maurice pour favoriser l'éthanol et arriver à notre indépendance énergétique. Vous connaissez bien cette équation et vous savez à quel point elle s'adapte aux pays africains. Bio, éoliennes, solaire, géo, marémotrice, hydro, et nucléaire en interrogation. Plus les énergies nouvelles. Nous n'allons pas parler de l hydrogène aujourd'hui, ce n'est pas le moment de parler des techniques. Mais je propose que les énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon ne devraient servir, à partir de 2010, que pour la transition. Or, les économies basées entièrement sur le fossile sont d abord, comme les USA l ont compris, dépendantes du Moyen-Orient, du Venezuela, etc. Dans nos pays, nous pouvons nous en sortir si nous adoptons cette équation de diversité de ressources en énergie. Un chercheur du CNRS a dit qu en 2020, la production énergétique à partir du solaire en France ne représentera que 3 % de la production électrique. A Maurice c'est plus facile d'aller plus vite. Conservation versus innovation dans l'industrie, la défense, l'économie, le cadre légal. Je prends l'exemple d'un industriel de Lagos avait entièrement importé, il y a quelques années, une usine du Nord ouest de l'angleterre où elle était déclarée inutilisable, parce que trop polluante. Ceci est l'exemple à ne pas suivre : nous n'allons pas continuer à importer chez nous des technologies qui sont condamnées ailleurs. Sur quelles bases réelles l économie de marché repose-t-elle? Nous n'allons pas reparler de la crise des subprimes, mais, vue du Sud, l Europe est perçue comme étant presque aussi artificielle que les Etats-Unis du point de vue des dépenses virtuelles. Je vous ai proposé le mot «cohérence» comme mot-clé. Un élément de réponse à ce manque de cohérence, c'est l'éducation, la formation, le développement durable bâti sur cet heureux alliage pour la France, pour nous aussi, l'énorme héritage culturel, scientifique et technologique et les besoins du monde futur. Il y a quelques années de cela au Japon, j ai proposé un nouvel indice le «national sustainable developpement priority», priorités nationales du développement durable. Quelles sont les priorités de chaque nation dans le développement durable? Une des priorités, c est souvent l'indépendance énergétique. Cela aide les pays à pouvoir définir la gouvernance, revenir à la gouvernance. C'est peut-être la conclusion essentielle que je vais proposer. Pour ceux qui notent les conclusions de ce séminaire, je propose cela comme une recommandation - parce que c'est vrai pour la France, c'est vrai pour nos pays, c'est vrai pour l'île Maurice - de définir nos priorités nationales de développement durable, trois ou quatre. Au Japon par exemple, les priorités sont très différentes de celles des autres pays. Une des priorités était l'accès aux ressources marines dont les Japonais dépendent beaucoup pour leur alimentation. Alors que ce n'est pas exactement le cas dans d'autres pays. En outre, il y aura un avantage économique incomparable pour ces pays qui développeront en priorité

102 une capacité de production d'énergie renouvelable pour les 6,4 milliards de terriens. Est-ce que ce sera un des pays développés, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, etc.? Mais ce sera peut-être le Brésil, l'afrique du Sud, peut-être un des pays de la Francophonie, ou plus probablement un consortium de pays. Alors pour terminer je souhaite rappeler que le développement durable, soutenable, stable, ne peut coexister avec une économie de marché virtuelle sans règles, menée par des traders aventureux qui déterminent le baromètre du pays et les actions des décideurs. L'intégration en profondeur dans le cursus scolaire et universitaire de l'éducation et la formation au développement durable, la recherche des technologies et des modes de vie développés à l'échelle humaine doivent être renforcés. L'autosuffisance devient l'objectif primordial de la civilisation. EED basée sur l éducation aux droits fondamentaux de l enfant : portrait de la situation vécue par les enfants du Grand nord québécois et de l Afrique sahélienne par Pauline CÔTÉ (Professeure et chercheur au LÉADRE, Université du Québec à Rimouski) Je vais vous présenter une recherche internationale. Normalement, je devrais la présenter avec mon collègue Abdou Harouna, responsable de l'équipe du Niger qui n'a malheureusement pas pu venir à Bordeaux. C'est une recherche nord/sud sur l'éducation aux droits fondamentaux selon la Convention des Nations Unies relative aux droits des enfants. Il s agit des différences et des ressemblances entre les situations vécues par les enfants du Grand Nord québécois et de l'afrique sahélienne. Abdou est président-directeur d'une grande ONG au Niger, dans la région sahélienne, nous allons le voir tout à l'heure avec les cartes, sur l'éducation au développement durable, avec les populations Touareg. Nous, nous travaillons dans le Grand Nord québécois. Je suis professeur à l'université du Québec à Rimouski, c est l'université la plus orientale du Québec. Nous travaillons avec ma collègue Sonia Fournier qui va faire une communication demain soir. Le thème sur lequel Sonia travaille, c est «Comprendre et prévenir la violence de masse dans une perspective d'éducation au développement durable, image, mémoire et culture de la paix». Nous travaillons ensemble depuis plus de deux ans dans le cadre d'une demande de chair institutionnelle de l'unesco à notre université, qui est en lien avec plusieurs autres chaires de l'unesco en EDD dont celle de Charles Hopkins qui est titulaire de la chaire à l'université York. Nous travaillons aussi avec Madame LY-TALL qui est africaine et marocaine, et travaille également dans le cadre d'une chaire de l'unesco sur le DD en lien avec le genre et les droits humains. Dans notre recherche, nous partons du principe qu'il n'y a pas de développement durable sans paix, il n'y a pas de paix sans développement durable. Nous travaillons avec les enfants du Grand Nord québécois, les Inuits. Tout à l'heure, vous verrez une carte de l'afrique saharienne et sahélienne, l'éducation, l'environnement, l'éducation au développement durable, paix et développement, droit des enfants, Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant. Naître et grandir dans le Grand Nord québécois, dans la baie de l Ungava, au nord du 50 ème parallèle représente pour les enfants et leurs parents, majoritairement Inuits, un véritable défi environnemental, éducationnel, humanitaire et sociétal, se basant sur une longue liste de cas de statistiques troublantes révélés par la commission des droits de la personne et la direction de la protection de la jeunesse au Québec. Nous présentons dans notre recherche la situation difficile de l'éducation des enfants du Nord québécois en analogie avec celle tout aussi complexe des enfants du sudsaharien au Niger. Notre analyse comparée se fait en lien avec les 54 articles de la Convention relative aux droits de l'enfant adoptée le 20 novembre 1989 par l'assemblée générale des Nations unies.

103 Dans notre recherche, dans le Grand Nord québécois, les grands traits ont décrit la géographie, la démographie, l'éducation, la santé, la vie familiale et associative. Le Grand Nord québécois, c'est dans la baie de l'ungava où nous avons une équipe de recherche formée de plusieurs de mes stagiaires en éducation. Nous travaillons vraiment dans tous ces villages complètement au nord. Notre université se trouve un peu avant la fin de la pointe de la péninsule gaspésienne. C est à 1 000 kilomètres de Montréal, plus à l'est, avant les provinces maritimes. Je vais parler un petit rapidement des 14 villages dans le Grand Nord québécois. Nous allons voir des photos un peu plus loin. Ces villages couvrent une superficie de plus de 7 000 km!. Finalement, nous étudions le Grand Sud et le Grand Nord. La population a crû de 350 % en 40 ans, et en 2007, elle atteint entre 10 000 et 11 000 habitants dont 90 % sont Inuits. Le territoire compte 14 villages installés le long des côtes de la baie d Hudson et de la baie d Ungava. L inuktitut est la langue maternelle et la langue d'enseignement de la maternelle à la deuxième année inclusive. A partir de la troisième année, les parents ont le choix de faire éduquer leurs enfants en anglais ou en français. Pour vous donner une idée des paysages, la luminosité est présente 24 heures sur 24, donc la situation d'enseignement est vraiment particulière. En 2001, 62 % des plus de 15 ans ne détenaient pas de diplôme d'études secondaires. Le taux de réussite aux examens du Ministère de l'éducation, des loisirs et des sports du Québec oscille autour de 20 % seulement. En 2001, le tiers des 15 à 25 ans fréquentait l'école à temps plein. Le taux de suicide est en croissance importante. Il serait de 156 décès pour 100 000 habitants. C est le pire taux au Canada. Au Québec, qui est pourtant la pire province, il est à 19. Le Nunavik enregistre l'espérance de vie la plus faible du Canada, soit 66,7 ans pour les hommes et les femmes. La région se trouve ainsi entre la République Dominicaine, 67 ans, et l'egypte, 66,5 ans. Ce sont des pays classés 111 ème et 112 ème sur 191. Le taux de mortalité infantile est quatre fois supérieur à l'ensemble du Québec, environ 20 morts par 1 000 naissances. Le taux de mortalité des jeunes enfants est six fois supérieur, environ 10 décès pour 1 000 bébés. Il me semble que plus de 10,5 % des adolescentes sont enceintes, soit plus de cinq fois le taux du Québec entier. Je ne sais pas si j avais décrit un peu plus loin toutes les statistiques de criminalité, d'abus et maltraitance. Ce sont des caractéristiques de l'éducation qui influe énormément sur notre façon d'enseigner, ainsi que les problèmes de drogue, d alcool, culture, identité. Je vais revenir sur ces critères-là, je vais vous montrer la méthodologie d'analyse comparative que nous utilisons à partir de la Convention des Nations unies relatives aux droits de l'enfant. Je vais vous parler de l'afrique saharienne, et surtout sahélienne, la géographie, la démographie et la population, l'éducation, les typologies des situations des enfants et des jeunes du milieu rural au milieu urbain. Nous travaillons vraiment dans le Sud du Sahara. Les pays limitrophes sont l'algérie, le Mali, la Libye, le Burkina Faso. Nous parrainons une école dans la région de l Ahir. C'est une école pour les touaregs, ils viennent y étudier et y sont pensionnaires. Nous avons construit l'école, nous avons des enseignants du Niger qui travaillent là, des stagiaires aussi qui vont dans cette école. Officiellement, la République du Niger est un pays enclavé d'afrique occidentale à 700 kilomètres de l'océan. La superficie du Niger est de 2,3 fois la France, sa capitale est Niamey. C est un véritable trait d union entre l'afrique du Nord et l'afrique Noire. Je vais passer aux paysages. La population est de 11,1 millions d'habitants, avec plusieurs groupes ethniques. La population est composée de musulmans, de sunnites. Mon collègue devait présenter toute cette partie. L'ethnie principale, ce sont les Haoussa. Il y a une vingtaine de langues nationales. Nous nous servons des études de l'unicef «Tiers-monde, caractéristique du système d'éducation jeunesse, de la situation problématique, les typologies d'enfants». Je vous présente vraiment les grandes lignes de la recherche qui totalise plusieurs rapports : «Enfants et travailleurs», «les enfants et les jeunes en rupture familiale», «les enfants et les jeunes mendiants», «les enfants de la rue», «les enfants dans les écoles coraniques», «les enfants et les jeunes désoeuvrés dans les quartiers». Ceux-là sont exclus du système scolaire.

104 Je vais juste vous présenter la méthodologie, parce que les résultats sont en cours. Nous partons de la Convention des Nations unies, avec six modules qui représentent chacun différents articles de la Convention. Puis nous faisons la comparaison entre les enfants du Grand Nord et les enfants du Grand Sud quant à ces articles de droit. Le droit de l'enfant à une identité, le droit de l'enfant à une famille. C'est dans la catégorie du module «Le droit de l'enfant à un nom, à une citoyenneté et à une famille». Je ne vais pas entrer dans le détail de la méthodologie. Cela concerne le droit relatif au développement, les articles 17, 28, 29. La Convention des Nations unies comprend 52 articles et nous nous basons complètement sur ces articles. «Le droit de l'enfant aux loisirs, au repos et au jeu», «Le droit de l'enfant à la survie». Ensuite, il y a les «droits de l'enfant à la protection». Ce module regroupe les droits relatifs à la protection des enfants contre l'exploitation économique ou sexuelle, contre les abus, les mauvais traitements, la négligence, la délinquance, les conflits armés impliquant les enfants et contre l'enlèvement». Nous les décomposons en différents articles : la protection de l'enfant contre l'enlèvement et les séparations arbitraires de ses parents. Cet article est très important dans le Grand Nord québécois quand on sait que les enfants ont été sortis du Grand Nord pour venir dans des écoles spéciales où ils ont été vraiment très maltraités. «La protection des enfants en situation particulière : les enfants réfugiés, handicapés, immigrés, les enfants autochtones, bien entendu». Puis le dernier module «Le droit de l'enfant aux libertés fondamentales». Ce module comprend les droits de l'enfant à l intégrité, à la vie, le droit à la liberté d'expression, la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'association. Je ne parlerai pas des résultats, puisqu'ils sont en cours, mais qui seront présentés à Montréal au mois de mai 2009 lors du colloque WEEC qui est la suite du colloque de Durban. Hega MARTIN, Project manager, WCS, Gabon Il y aura évidemment le cinquième WEEC qui aura lieu à Québec en mai 2009. Je pense que nous aurons beaucoup plus d'informations sur cette recherche qui est très intéressante. Quand on fait l'étude comparative, on voit la situation des enfants dans les deux contextes. Il en ressort vraiment des leçons très intéressantes. Évaluation des axes stratégiques et des actions d'edd dans la sous-région "Afrique Centrale" à travers la mise en place du Réseau d Éducation Environnementale pour le Développement Durable en Afrique Centrale (REEDDAC) 2005-2008 par Hega MARTIN (Project manager, WCS, Gabon) Je vais aborder l'edd avec le marketing social pour la conservation de la faune dans le parc national des Monts de Cristal. Ce thème a été choisi parce que nous nous rendons compte que la conservation, le développement durable est l'un des domaines sur lequel on communique le moins alors que nous savons tous l'impact que la publicité a sur nos habitudes, sur nos comportements. Il était donc question pour nous d'essayer de voir comment on pourrait utiliser les techniques de communication du marketing pour pouvoir amener les gens à comprendre un certain nombre de choses et à pouvoir changer le comportement, notamment en ce qui concerne les connaissances, les attitudes et les pratiques. Cette idée vient du fait que le 30 août 2002, le chef d État du Gabon a créé un réseau de 13 parcs nationaux, qui devient pour nous un défi de conservation. Malgré les activités entreprises dans les écoles, il nous fallait trouver des stratégies pour pouvoir véritablement communiquer sur ce réseau, notamment sur des problématiques précises. Le but est d'enrichir les connaissances, de développer de nouvelles attitudes pour changer les comportements en utilisant les techniques du marketing social pour un développement

105 durable. Voici un peu le but que nous nous sommes fixé dans cette démarche, dans cette recherche. Le problème auquel nous nous sommes attaqués est la consommation de la viande de brousse. Pourquoi? Parce qu'en fait, nous arrivions à un niveau où il y avait ceux qui pensaient qu'il fallait complètement interdire la chasse pour préserver la biodiversité, avec cependant le risque d'entraîner un déséquilibre social sur le plan culturel et quelquefois économique. D'autres pensaient qu'il fallait plutôt laisser les gens chasser comme ils voulaient, c'est-à-dire la chasse commerciale. C'est vrai qu on pouvait avoir une forte valeur ajoutée économique pour les commerçants, mais il s'ensuivrait un déséquilibre social et une perte de la biodiversité. Pourquoi? Parce que la viande de brousse est exportée vers les villes, il y avait donc un risque que l'on puisse avoir de la famine. Parce que les personnes qui chassaient la viande de brousse derrière leurs cases aujourd'hui font des dizaines de kilomètres pour la chasser. Cela veut dire qu'il y a un manque. Et souvent, ces personnes n'ont aucune autre ressource, parce qu'il n'y a pas de magasins, pas de boutiques. Il n'y a absolument rien. La seule ressource alimentaire quelquefois, c'est la viande de brousse et quelquefois aussi des légumes. Le site de l'étude est le parc national des Monts de Cristal, sur cet axe que vous voyez entre les deux blocs du parc. Nous avons essayé de toucher près de 7 000 personnes, avec 11 écoles pour environ 2 000 élèves, sur 28 villages, sur un an de sensibilisation. C est véritablement une campagne en termes de publicité. La méthodologie est la suivante. Nous avons commencé par tout ce qui est littérature. Effectivement pour avoir un message cohérent, il faut connaître à qui l on s'adresse, il faut bien identifier la cible, connaître ses habitudes culturelles, sociales, son histoire pour pouvoir comprendre la relation que cette population a avec la nature. Il ne s'agit pas d'importer des pratiques qui viennent d'autres provinces, d'autres villes pour pouvoir les imposer, mais il faut comprendre le contexte, le milieu. Pour cela, une recherche systématique a été faite sur la région, tant sur le plan géographique, démographique, anthropologique pour comprendre un peu la relation que la population a avec la nature. Après avoir obtenu ces informations, comme notre méthode se veut participative, nous avons organisé des réunions, ce que l'on appelle des réunions avec des parties présentes. Tous les acteurs de la région, entreprises, chefs de population locale, chasseurs, administrateurs, forces de l'ordre, tout le monde était présent pour identifier quelles étaient les véritables menaces qui pesaient sur le parc national. Ceci a conduit à l'élaboration de ce modèle conceptuel. En rouge, nous voyons les principales menaces que les acteurs euxmêmes ont identifiées sur la préservation de cette biodiversité, de ce parc national. Les menaces qui ont été fortement reconnues par tous les acteurs étaient le braconnage, l'exploitation forestière illégale, l'exploitation minière et l'agriculture. Nous avons donc obtenu des rencontres avec les différents groupes de personnes qui étaient impliquées dans ces activités, c'est-à-dire les chasseurs, les agriculteurs, etc., pour essayer de comprendre leurs activités, comprendre pourquoi ils étaient attachés à ce genre d'activité et quelles pourraient être pour eux les alternatives à ces activités qui sont en train de menacer la biodiversité. Ensuite, à partir des résultats de ces rencontres, il a fallu élaborer un questionnaire, faire une enquête pour permettre d'avoir une carte d'identité de la population. Pour cela, nous avons donc fait un questionnaire de près de 66 questions, nous avons mobilisé à peu près 14 enquêteurs pour un peu plus de deux semaines d enquête. Il a donc fallu les former à ces différentes techniques d enquête pour comprendre cette relation. Les résultats nous ont permis d'élaborer des objectifs spécifiques, qui nous permettraient véritablement d avoir un but précis, c'est-à-dire un objectif clair, que l'on peut mesurer, qui doit être spécifique, réaliste aussi. C'est-à-dire savoir si nous pouvons réduire la consommation de la viande de brousse, sur quelle durée. Que voulons-nous que les personnes puissent connaître en termes de connaissances, en termes d'attitude. Pouvons-nous changer leurs façons de penser, leurs comportements vis-à-vis de l'environnement dans lequel ils vivent. Pour cela, en fonction de l'étude préalable qui a été faite, nous avons identifié des activités qui

106 permettaient de tenir notre campagne sur un an. Ces activités devaient tenir compte du contexte. Nous avons donc organisé des jeux traditionnels, des jeux de rencontre, de football. Nous avons fait des affiches. Mais toutes ces activités étaient liées aux résultats, à l'analyse des enquêtes qui ont été faites, pour que les personnes se reconnaissent dans la campagne de sensibilisation. Les personnes ont elles-mêmes choisi la mascotte, c'est-à-dire l'emblème de cette campagne de sensibilisation. Je vous avoue qu'au départ, moi j'aurais choisi le gorille. Mais après l'enquête, nous nous sommes rendus compte que les personnes avaient choisi le pangolin géant. Pour eux, c'était un animal qui ne dévastait pas les plantations, qui n'altérait pas leurs cultures, etc. Cela a été une surprise pour nous, mais il fallait en tenir compte parce que si on prenait un animal autre que celui choisi par les populations, sur le plan de la communication, il y aurait eu un blocage, parce que les gens ne se seraient pas reconnus dans cet emblème. Voici quelques supports de communication : des dépliants, des nappes de table par exemple qui ont eu un grand succès parce que les gens après le travail se retrouvent autour d'une table, boivent une bière. Il y a un message. Sur toutes les nappes de table qui existent autour de la région, un match de football, etc. Il y a même eu un sermon religieux, parce que nous avons constaté que 70 % de la population dans cette région était d'obédience chrétienne. Donc forcément, nous avons utilisé ce moyen de communication pour apporter notre message. Quelques résultats. Par exemple, si vous prenez le cas des animaux protégés, avant la campagne, 29 % des personnes pouvaient citer cinq animaux protégés, après cette campagne, il y en avait 47 %. Pour nous, en termes d évaluation, c est très bien, parce que nous faisons beaucoup de campagnes de sensibilisation, nous faisons de l éducation, de l information, mais nous n arrivons pas à évaluer l impact de notre action de sensibilisation. C est donc une méthodologie très importante, parce qu en dehors du parc national, à environ 600 kilomètres, il y avait ce que nous appelons des villages contrôle, dans lesquels il n y a pas eu de campagne. Ceci nous a donc permis de comparer et nous a montré qu effectivement, cette campagne de sensibilisation a eu tout cet impact. En termes d attitude aussi. Ici par exemple, nous pouvons voir qu au départ, 52 % pensait que la principale menace pour le pangolin géant était la chasse abusive. On passe de 52 % à 67 %. Cela signifie donc qu au fur et à mesure de la campagne, les gens ont acquis une certaine connaissance et ont commencé à avoir des attitudes différentes. Ils n étaient en effet pas très nombreux à s imaginer que le pangolin géant était en voie de disparition. Mais ils l ont compris après la campagne, et au fur et à mesure qu il y avait des réponses, nous constations un certain changement. Par contre, nous avons eu un gros problème sur les pratiques, les comportements. Il y avait des questions telles que «Seriez-vous capable de ne plus acheter de viande de brousse au marché?». A ce niveau, les chiffres étaient stagnants parce que les gens avaient du mal à changer ce comportement et il fallait que nous comprenions pourquoi. Le constat est le suivant : en termes de connaissances, d attitudes, nous avons observé un grand changement, mais en termes de pratiques de comportement, les gens ont du mal à faire le pas. Pourquoi? Notre objectif est de conserver et pour conserver, nous devons donc réduire les menaces. Pourquoi les personnes n arrivent-elles pas à arrêter de manger de la viande de brousse? Il y a des barrières institutionnelles, culturelles, un tas de barrières. Nous avons été amenés à comprendre qu en dehors de la sensibilisation, en dehors du fait de donner des connaissances aux gens ou de leur apporter de nouvelles informations, il y a des barrières qui souvent ne dépendent pas de ces personnes. Pour cela, nous devons essayer de nous attaquer à ces barrières-là. Une des principales barrières est la pauvreté : 76 % des personnes de la région sont sans emploi. Pour nous, cela a été très important pour comprendre cette relation à la nature. S il avait des emplois, pourraient-ils changer de comportement? Cela signifie que les efforts d éducation au développement durable que nous pouvons faire doivent se faire dans une certaine synergie, dans un contexte. Ce n est pas une activité isolée, c est un tout où chaque partenaire doit apporter sa part.

107 Autre barrière, la législation. En termes de ressources, certains animaux sont protégés par la loi, d autres pas, il est donc possible de les chasser. Il y a une période d ouverture et de fermeture de la chasse. Pendant la période d ouverture, dans l espace, certaines aires sont protégées, d autres pas. Voilà donc toute la complexité de ce problème. Donc au lieu d interdire ou de laisser les personnes faire ce qu elles veulent, il faut arriver à une gestion durable des ressources, en donnant aux populations le sentiment de fierté de leurs forêts. Généralement, cette chasse commerciale vient des grandes villes, ce sont elles qui appauvrissent les villages dans une approche participative. Cela entraîne donc un équilibre de la biodiversité, donc un gain pour la conservation, un équilibre social parce qu il y aura moins de conflit et puis un certain bien-être. Un équilibre économique parce que les gens pourront avoir un pouvoir d achat acceptable, parce qu en fait les grands commerçants viennent de la ville. Les populations ne sont pas souvent impliquées. Dans ce contexte, nous avons essayé de mettre en place un réseau national des acteurs, des éducateurs au développement durable dans chaque pays de l Afrique centrale. Et dans la sous-région, à Libreville, depuis 2006, nous avons mis en place un réseau sous-régional des éducateurs à l environnement, le REDDAC. Il compte aujourd hui près de 60 membres qui travaillent tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines, dans les écoles ou pour le grand public. Nous espérons tous les deux ans tenir un forum dans chaque pays de la sous-région. Nous pensons que nous tiendrons à Brazzaville un colloque dans ce sens où l objectif sera de définir une stratégie sous régionale pour la lutte contre le braconnage. Je voudrais remercier tous nos partenaires car nous avons mis tout le monde à contribution, que ce soit les opérateurs économiques, les administrations, les populations locales. Merci. La solidarité internationale est le parent pauvre du développement durable par Paul VERMANDE (Agence Universitaire de la Francophonie, AUF) La solidarité internationale est une valeur qui reçoit un accueil très favorable dans la population et l opinion publique, notamment en Europe, mais elle apparaît très peu dans les colloques. Je définirai la solidarité internationale ainsi : tenir compte de la présence dans le monde de toutes les populations, de leurs cultures, de leurs biens, de leurs activités et agir en partenaire, et pas seulement en les assistant ou en étant des prédateurs soutirant leurs richesses (minerais, bois, etc.). Un fait révélateur : il y a quelques mois je participais à un grand colloque pas très loin d ici et aucune des sept personnalités qui ont pris la parole à l ouverture n a abordé l aspect international du développement durable. Toutes parlaient des problèmes d économie d énergie, d eau, du réchauffement climatique. Pourquoi ces 7 personnalités (préfet, président de région, maire, directeur d école) n en parlaient-elles pas? Est-ce pour des raisons de clientélisme à l égard de leurs élus, pour répondre d abord aux questions immédiates de leurs administrés, une politique à court terme ou un manque d attention aux pays du Sud? Qu est-ce qui se passe au Sud? il y a environ 1 milliard de personnes qui n ont pas de quoi se nourrir correctement et qui veulent tout simplement vivre, disposer d un logement pour pouvoir se soigner, accéder à l éducation pour les enfants et les adultes à travers des actions d alphabétisation, avoir accès à l eau. Le sous-développement existe toujours et les responsabilités sont très largement partagées : l Occident et les pays occidentaux y ont une part assez importante. J ai travaillé 6 ans en Haïti et je peux vous dire qu entre le pillage fait par la France au XVIII e et XIX e siècle et celui fait par les Américains au cours du XX e siècle, le pays a été largement dévasté. Notre développement peut-il être durable alors que celui du Sud est à peine amorcé? Je citerai Lévi-Strauss «un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le respect des autres êtres avant l amour-propre». Dans le train, je lisais la revue

108 Futuribles d'octobre 2008, qui incluait un commentaire du livre d Edgar Morin, Vers l abyme? : «nous sommes au cœur d une crise planétaire, l écosystème terre ne peut plus réguler ses problèmes vitaux qu ils soient physiques, socioéconomiques et humains [ ] L idée du développement, même durable, conduit au désastre». Nous insistons beaucoup trop sur des indicateurs quantitatifs alors que dans la vie il y a également beaucoup d aspects qualitatifs. D où vient l idée de solidarité internationale? Je m appuie sur un exposé fait il y a une dizaine de jour par une dame qui a beaucoup de responsabilités en la matière et qui nous disait que cela avait commencé à la fin du XIX e siècle par la lutte contre la colonisation, venant aussi bien de colonisés qui avaient pu être formés et qui avaient alerté leurs peuples sur la nécessité de réagir qu au sein des pays occidentaux où existaient, malgré tout, des réticences par rapport à ce phénomène de colonisation. Ensuite, il y a eu la conférence de Bakou, après la Révolution russe, puis des mouvements de libération, à la fin de la Première guerre mondiale, et, en 1955, la conférence de Bandung qui était celle des pays non-alignés du tiers-monde et des tiers-mondistes. En France, la guerre d Algérie a eu une très forte importance et, en mai 68, nous avons vu se développer de nombreux mouvements de solidarité au niveau international. Plus récemment, les suites de la décolonisation ont amené d autres mouvements de solidarité comme les ONG, etc. Ce mouvement de solidarité internationale est arrivé presque toujours après des guerres, des luttes ou des conflits d où l idée de mettre en place des organismes internationaux qui devraient être des instances de concertation et de régulation entre les nations. Je vous donnerai une définition, tirée du site www.vedura.fr qui travaille sur le développement durable : «L équité sociale est l enjeu fondamental du développement durable, l équité sociale repose sur les principes fondamentaux des droits de l homme et des libertés individuelles. Elle a pour principe la solidarité entre les pays développés et les pays dits en voie de développement, entre toutes les générations, elle vise à lutter contre la pauvreté et l exclusion (la santé, l éducation, l emploi, le handicap, l alimentation, l accès au logement).» Quels vont être les acteurs possibles pour prendre en charge les différents aspects de la solidarité internationale? Ma réponse ne sera pas exhaustive, mais résultera de mon expérience : j ai enseigné 7 ans en Algérie, dans les années 70, puis j ai dirigé, pendant 6 ans, une école d ingénieur au Cameroun, dans les années 80, et j ai terminé ma carrière, juste avant 2000, par 6 années passées en Haïti. J ai donc eu pas mal de contacts avec les différents organismes internationaux.! L Unesco fait des choses intéressantes et j ai eu beaucoup de contacts avec des jeunes de pays du tiers-monde, présents dans des clubs Unesco qui leurs permettent de faire une démarche intéressante de prise de contact avec des jeunes des pays occidentaux.! J ai côtoyé beaucoup d autres organismes (l Unicef, le PNUE, le PNAM ) qui essaient de travailler dans une perspective de développement et de solidarité mais, d une part, les jeunes des pays occidentaux sont peu informés et, d autre part et surtout, la crédibilité des experts de tous ces organismes dans les pays du tiers-monde et du Sud n est pas énorme car leurs salaires et train de vie les coupent de relations fraternelles avec les populations et surtout les jeunes de ces pays.! Le FMI et la Banque mondiale. Je vous donnerai 2 chiffres : pour l année 2006, le budget du Programme des nations unies pour l environnement (PNUE), instance suprême des Nations Unies pour traiter des problèmes environnementaux, était de 60 millions de dollars. Vous comparez ce chiffre à ceux que vous avez entendu ces dernières semaines et vous constaterez qu ils ne peuvent pas faire grand-chose. La Banque mondiale, elle, a tout de même levé pour 14 milliards de dollars au cours de la même année 2006.! L Union européenne fait un travail intéressant sur les questions d environnement et maintenant de plus en plus dans le domaine de la solidarité, mais elle a été très préoccupée par la situation des pays de l Europe de l Est et du Centre. Elle a tout de même désormais une attention portée aux pays du Sud. Je participe actuellement à un

109 programme développé par l Union européenne qui consiste à rattacher les chercheurs africains (et notamment de l Afrique subsaharienne) à des programmes de recherches en environnement et en changement climatique à l appel du 7 e PCRD, programme mis en place pour 6 années. Ce sont des milliards d euros et j ai vraiment senti que les commissaires européens voulaient absolument intégrer l Afrique et les chercheurs africains dans cette démarche.! La Francophonie : il existe 4 programmes prioritaires, dont celui intitulé «Coopération au service du développement durable et de la solidarité». Le site web Médiaterre, qui comprend de nombreuses informations, est très intéressant car il permet des échanges entre des jeunes du Nord et du Sud. Je suis animateur et coordinateur pour l Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) d un des réseaux du programme «Environnement et développement durable solidaire». Nous lançons tous les 2 ans un appel à recherche, comme par exemple, sur la pêche sur la côte d Afrique de l Ouest, sur le piégeage du carbone sur les terres Un projet de recherche, lorsqu il est proposé, n est pas examiné s il n y a pas un ou deux acteurs (centres de recherche ou université) du Sud présents dans le staff du projet présenté. Les financements pour la francophonie restent trop faibles.! Les acteurs de la solidarité internationale en France : pour les pouvoirs publics, nous ne sommes qu à 0,4 % de l aide publique au développement. Les lois sur l immigration tendent à discréditer les personnes qui viennent du Sud, mais il y a quelques avancées comme le Grenelle de l environnement ou la Charte de l environnement. Je parle surtout d environnement car nous ne voyons pas tellement la solidarité internationale poindre son nez. Pour les collectivités locales, il existe un Conseil international pour les initiatives écologiques locales et Citées unies, grand organisme qui rassemble les municipalités qui veulent mener des projets ensemble au Nord et au Sud, etc. Les grandes entreprises ont des investissements socialement responsables : les projets internationaux n y sont pas très importants, mais il y a un début d actions.! Pour les ONG, les associations et syndicats, la solidarité est inscrite dans leurs statuts ou leurs démarches et je pense que ce sont les plus actifs en la matière : ils font de l éducation, mènent des projets, mettent en relation des gens du Nord et du Sud, souvent avec des moyens dérisoires et en se reposant sur des bénévoles une fois sur deux. Ma première recommandation sera de soutenir un partenariat fort avec les ONG, les associations et les syndicats. Ma deuxième recommandation sera «que faire?». Vous avez sans doute suivi la démarche conduite par le GIEC et Al Gore sur les changements climatiques. Le problème de la solidarité internationale est aussi grave que celui du changement climatique et du réchauffement de la planète. Si cet aspect de solidarité n existe pas, nous assisterons à des déplacements de populations entraînant des conflits difficiles à maîtriser. Je proposerai donc que des analyses et des recherches soient menées avec des partenaires de nombreux pays pour étudier les actions visant à une meilleure efficacité de la solidarité internationale. Troisième recommandation : sensibiliser et former les enfants dès que possible, leur faire poser des actes dans la durée et au-delà de la charité - qui n est pas de la solidarité. Faut-il envoyer des livres dans les écoles du tiers-monde ou leur envoyer de l argent? Dans les associations avec lesquelles je travaille, l'on a tranché : nous n envoyons que de l argent qui permet aux imprimeries locales de travailler et aux personnes sur place de choisir ce qu elles veulent. Pour former les enfants, utilisons Internet. J ai fait plusieurs expériences avec Mosaïques du monde : nous installions Internet dans les écoles primaires et jumelions des écoles primaires du Nord et du Sud. Les jeunes échangeaient, pouvaient se voir grâce à la webcam et il n était pas nécessaire d organiser un voyage trs coüteux. C est un moyen de formation et d échanges très importants, comme cela a déjà été évoqué ce matin. Quatrième recommandation : obtenir les financements nécessaires pour une démarche dont la majorité des citoyens se déclare partie prenante. Ce sont des problèmes de gouvernance

110 dans chacun des pays. Malgré les critiques émises à l égard de certaines expertises, je pense qu il faut les renforcer pour aboutir à une politique commune à l ensemble de l humanité. Je demanderai simplement aux experts d avoir une attitude, et peut-être aussi des revenus, plus modestes. Il y a une semaine, j ai animé les Rencontres nationales des acteurs de la solidarité avec Haïti, nous avons réfléchi à la solidarité à mettre en place entre la France et Haïti, en 2008, pour renforcer les réseaux existants dans les associations franco-haïtiennes, aider à la réflexion sur les partenariats à développer sur le terrain, débattre sur les problématiques concernant Haïti (santé, école, commerce équitable, etc.). En France, sur 250 associations travaillant avec Haïti, 100 ont adhéré à notre collectif. Je terminerai par une citation de Gandhi «Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde» et vous dirai «merci empile» qui, en créole haïtien, signifie «quand on empile les choses, c est qu il y en a beaucoup». Présentation d un projet au Brésil par Julie LE PHUEZ BRANCANTE MACHADO (Ministère de l'éducation nationale, Brésil) Le projet dont je vais vous parler est un projet brésilien du ministère de l éducation qui existe déjà depuis 2003. C est un système de conférences dans les écoles, donc de démocratie participative. Je suis ici pour vous en parler, partager ce projet avec vous puisque nous sommes en phase d invitation, nous proposons à tous les pays du monde aujourd hui, de rejoindre ce projet avec nous et de partager l expérience dans leurs écoles. Il s agit en fait de conférences que l on propose à toutes les communautés scolaires mais aussi aux communautés d enfants des rues, aux communautés d indiens, aux communautés d enfants d anciens esclaves. On s adresse à tous les enfants, on essaye de toucher tous les enfants de 11 ans à 14 ans pour qu ils puissent ensemble s asseoir autour d un matériel pédagogique que l on prépare et que nous envoyons aux écoles et aux communautés. Les professeurs, les parents, etc sont invités à venir discuter avec les enfants sur un thème global à toutes les écoles par exemple le réchauffement climatique. On demande aux enfants de réfléchir sur ces thèmes puis de proposer une action au sein de leur communauté et d élire un délégué pour représenter le projet dans leur école. Ensuite ces délégués se retrouvent pour discuter tous ensemble. Au Brésil, 700 enfants viennent représenter les projets d école et de communauté. Les délégués se retrouvent au niveau des états puis au niveau national pour discuter de leur projet ensemble, ils prennent des décisions au niveau local et global et donc c est un concept très intéressant. Nous avons un projet de coopération technique avec les pays de langue portugaise et avec l Amérique du sud, plutôt de langue espagnole. Nous sommes également très intéressés par la Francophonie et l on aimerait proposer aux pays francophones de participer à ce projet et de permettre à leurs enfants de pouvoir décider ensemble, de prendre des responsabilités, de leur donner la parole à travers des outils pédagogiques que l on a mis en place. Chaque pays ensuite est bien sûr tout à fait libre de créer son propre matériel, le matériel brésilien fonctionne bien enfin chaque pays ensuite va devoir adapter à ses besoins, à sa réalité donc voilà de quoi il s agit. Les objectifs c est de promouvoir l échange d expérience internationale qui contribue à faire face à des questions socio-environnementales donc globales et puis bien sûr à travers l éducation scolaire et la participation de la société. Le but aussi est de rendre possible le fait que le plus grand nombre de jeunes, de professeurs, de communautés s approprient localement des engagements planétaires et en assumant des responsabilités pour les sociétés durables et en diffusant, en approfondissant les thèmes fondamentaux pour la reconnaissance de la diversité, c est un thème que l on utilise beaucoup, la culture de la paix aussi bien sûr, la survie de la planète. Et puis aussi

111 évidemment dans le cadre de la Décennie de renforcer l implantation de cette décennie de l éducation pour le développement durable dans le monde en faisant participer un maximum d enfants à ces sujets qui touchent au développement durable. Aujourd hui, ce moment de crise économique est peut-être opportun pour avoir une réflexion sur la responsabilité individuelle et collective de chacun. Je pense que le thème de notre projet rentre bien dans l actualité et ça peut-être très intéressant de faire en sorte que les enfants soient les acteurs. Au Brésil, nous parlons beaucoup d acteurs du présent et pas seulement du futur, il faut que les enfants dès maintenant commencent à penser à tout ça et prennent des responsabilités et prennent conscience de ce qu il se passe dès maintenant parce que c est aujourd hui qu il faut essayer de faire changer les choses et pas demain. Quelqu un parlait d échanges Internet tout à l heure, nous avons aussi une communauté d apprentissage sur Internet donc nous permettons aux enfants, en tout cas au Brésil et on prévoit de le faire à un niveau international par la suite, de pouvoir échanger leurs expériences et leurs projets dans leur communauté sur internet donc au Brésil ça fonctionne très bien on a déjà eu deux conférences qui se sont produites. La prochaine conférence nationale au Brésil aura lieu en avril 2009 et nous espérons recevoir de nombreux observateurs internationaux pour voir comment ça se déroule chez nous et puis on espère influencer une grande partie des pays pour qu ils puissent un petit peu reproduire à leur façon, à leur manière ce type de conférences dans leurs écoles. C est un procédé qui permet de souder un peu les écoles aux autres entités de la société, donc on engage les enfants déjà à prendre des responsabilités, avoir une voix au sein de leur pays. Pour cela, on leur offre des outils de communication qui sont importants. A travers les journaux, on explique aux enfants comment se faire entendre, comment faire en sorte que leurs voix soient écoutées au même titre que celles des adultes. On leur explique comment fonctionnent les journaux, la radio, on les fait participer à tout cela. On crée des ateliers pour leur expliquer comment ça se passe et il est toujours très intéressant et très surprenant de voir à quel point les enfants sont toujours capables de prendre des décisions d adultes alors qu on s imagine qu il nous revient toujours à nous adultes de décider pour eux. Ils sont tout à fait capables de comprendre ce qui se passe et de décider eux-mêmes, de prendre leurs responsabilités et c est quelque chose d assez émouvant. Au Brésil, quand ils se retrouvent à Brasilia pour la conférence nationale pendant cinq jours, on leur demande de créer une charte des responsabilités à l'exemple de ce qui existe en France, à travers la fondation Charles Léopold Mayer qui nous appuie beaucoup. Cette charte rédigée par les enfants est remise au Président Lula pour la conférence internationale qui aura lieu en 2010 à Brasilia. On aura certainement une charte internationale des responsabilités des enfants à l issue de cette conférence et on espère que cette charte sera remise aux organes de l ONU et que, par la suite, ce type d expérience sera pris en charge par les organisations internationales. Nous espérons que les pays de la Francophonie seront intéressés par ce projet. Nous avons très envie de travailler avec les pays d Afrique, les pays du Sud et nous comptons aussi beaucoup sur la France. J espère que nous réussirons à créer des réseaux car nous avons besoin de contacts et de soutien et nous serons très contents de pouvoir parler un peu plus de notre projet et continuer. Les conflits environnementaux liés aux rejets des eaux usées dans les milieux naturels. État des lieux et situation en Algérie par Hassini TSAKI (Professeur, Université d'oran, Algérie) Je ferai tout d abord le constat que c est dans les pays du Sud que se jouent au quotidien et où s exerceront encore davantage dans le futur les plus grands drames écologiques, les accidents environnementaux provoqués et les atteintes sanitaires sur les populations socialement les plus exposées de la planète.

112 Le périple du porte-avion français "Clémenceau" et de ses 105 tonnes d amiante à liquider sur les rivages d un pays du sud est encore dans notre mémoire, ainsi que les produits hautement toxiques rejetés à proximité d un des principaux ports de Côte d Ivoire et qui a causé plusieurs dizaines de morts de personnes, sont parmi les évènements que nous portons encore dans notre mémoire. Ils présagent déjà que dans le futur, nous serons portés à constater des incidences, certainement des conflits internationaux basés sur des atteintes sur la qualité de l environnement des pays mal préparés et laissés pour compte de l humanité. Il est aujourd hui notoirement admis que la gestion de l environnement dans les pays du sud souffre en premier d un déficit important en communication. Ce domaine semble être réservé à certaines personnalités, ONG, institutions des pays du nord où la question de l environnement est quelque peu surmédiatisée. Or, il nous semble que le devoir et la possibilité que les pays du sud avec leur perception des choses par rapport à leur réalité peuvent aussi avoir droit de citer. Notre contribution particulière à cette rencontre porte sur un Etat qui se passe en rive sud de la Méditerranée et qui concerne la préservation de la Méditerranée, mais aussi de territoires continentaux. L intitulé se présente comme suit, ce sont les conflits environnementaux liés aux rejets des eaux usées dans les milieux naturels et on vous propose donc un état de la situation et un état des lieux. La méthodologie qui a été suivie pour essayer d approcher cet aspect des choses se présente comme suit : tout d abord un exposé sur la place et le rôle de l eau dans les civilisations de l homme, la gestion environnementale de l eau comme étant un enjeu majeur du développement durable et, pour le cas de l état des lieux consacré à l Algérie, l eau et la modernité, un aperçu sur l urbanisation rapide et inachevée de l Algérie moderne et surtout des difficultés des pouvoirs publics dans la maîtrise des flux migratoires et de leurs conséquences sur l environnement. Pour parler des civilisations de l homme et de la place de l eau dans ces civilisations, nous allons parler tout d abord du rôle précurseur des patrimoines naturels et des ressources hydriques des fleuves, le Tigre et l Euphrate, dans l efficience de la civilisation mésopotamienne. En effet, cette première civilisation de l humanité qui, il y a 5 000 ans, avait consacré désormais, dans la société des hommes, l écriture comme moyen de communication et de développement, ne pouvait exister sans les eaux. C était pour l humanité à cette époque non seulement le premier pas technologique de Neil Armstrong sur la Lune, mais le début de la marche de l homme vers son développement et surtout le développement de son intelligence. Ces moments ont été les balbutiements du développement de la société humaine où l homme commençait déjà à être un acteur de son sort. Cette nouvelle conjoncture, encouragée alors par des paysages physiques et un climat favorable, provoqua chez l homme de l époque une véritable mue pour le transformer de chasseur en agriculteur, et faire de lui désormais un acteur de son propre destin. Je vous présente une carte de l ancienne Mésopotamie avec les débits mensuels des fleuves, le Tigre et l Euphrate, qui sont des gisements et des puissances pratiquement incroyables. Par mois, nous avons des milliards de m3 d eau et cette ressource qui n est pas fossile, qui est renouvelable puisqu elle fait partie de l hydrologie d une nature ou d un pays, représente la véritable richesse inépuisable. A côté, nous avons un certain nombre de plaques sumériennes qui attestent de ces premières traces des écritures humaines et qui sont datées de plusieurs siècles avant Jésus- Christ. Tout à côté, la civilisation égyptienne, ou ce qu on pourrait appeler plus justement la civilisation afro-égyptienne, a marqué par son influence enrichissante et innovante

113 l ensemble des pays des cités méditerranéennes, de par son rôle médiateur des civilisations africaines profondes et des civilisations asiatiques. C est une civilisation qui s est perpétuée pratiquement pendant et durant 3 500 ans. Ce n est pas une courte période dans l échelle de l homme et tout cela n est possible ou n a été possible que grâce à cette ressource merveilleuse qu est l eau et à ce fleuve merveilleux qu est le Nil, l un des plus grands fleuves du monde qui prend sa source en Centrafrique et qui poursuit sa course sur 6 000 kilomètres. Enfin, pas très loin de Bordeaux ou de France, on a encore ces vestiges, mais qui sont encore contemporains, des cités du Moyen-âge européen telles ces cités d Andalousie où l eau était fêtée avec faste. Un certain nombre de reliques ou de témoignages montrent que l homme de cette époque, non seulement avait réussi une maîtrise de cette ressource, mais en tirait un plaisir, une certaine jovialité, parce que c était la réussite de la société humaine qui arrivait à prendre en charge une ressource et à en faire un moyen de développement et d enrichissement. Il est maintenant incontestablement admis qu aussi bien la Renaissance européenne que les civilisations grecques et romaines, se sont fortement nourries de la civilisation égyptienne comme de la civilisation mésopotamienne qui ont été aussi des médiateurs des civilisations extrêmes orientales. A ce propos, un philosophe européen avait déjà dit, dans un de ses ouvrages en 1977, que ce qu il est convenu d appeler l Occident n est rien d autre et a pris naissance en Mésopotamie ou en Egypte. Il poursuit encore en donnant la définition étymologique de l Europe. Le terme Europe, étymologiquement, désigne un Occident. Tout cela pour conclure que la civilisation de l Homme est unitaire. Il n y a pas de nord, il n y a pas de sud, il n y a pas d est, il n y a pas d ouest. Toutes les connaissances, tous les savoirs ou toutes les maîtrises se transmettent et en font un tout. Lors des discussions préalables qui ont suivi la première partie de ces exposés, nous avons fait un certain nombre de constats. On a parlé effectivement du Nord, du Sud, de la colonisation, de la néo-colonisation, mais je crois qu il est important maintenant, si les consciences sont assez prêtes, de faire des dépassements, d essayer de constituer un patrimoine humain. Dans le cadre des derniers évènements planétaires, on parle de réchauffement climatique global, de la crise de l eau qui est certainement à attendre dans les années à venir, on parle de nomadisme écologique ou climatique pour demain. A ce propos, nous voulions parler plus précisément de cette eau qui nous semble une des ressources sur laquelle l humanité devrait prendre un certain nombre de recommandations et essayer de les suivre car c est un enjeu majeur pour le futur et surtout pour l environnement. L Algérie a connu trois grandes périodes de migration que beaucoup d entre vous connaissent pour ce qui est de la dernière qui est liée à l aspect sécuritaire du pays. Ce pays était en guerre civile et beaucoup de populations de l intérieur du pays étaient sommées ou tenues de devoir se rapprocher des grandes villes. A ce moment, un certain nombre d agglomérations ou de nouvelles cités se sont constituées très vite autour des quelques villes qui étaient au nord. Cela a posé un certain nombre de problèmes de gestion, notamment celui de la gestion de l eau. Il y a la gestion de l eau comme ressource d alimentation où l Etat a pu intervenir très vite en faisant un certain nombre d opérations d adduction, mais le gros problème est celui du traitement ou du suivi de l eau usée. Le pays n étant pas du tout prêt, cela cause un certain nombre de problèmes. Cette population qui était, il y a trente ans, évaluée ou estimée à 14 millions d habitants se retrouve maintenant avec 33 millions d habitants. Cette population qui, il y a trente ans, vivait surtout dans les campagnes, est maintenant urbaine à 90 %. Elle vit plutôt autour des villes car c est tout un tissu d habitations et d agglomérations qui se sont agglomérées autour de certains centres et cela pose un problème de surcharge de population, et notamment un problème de ressources en eau. Pour ce qui est des ressources en eau, ce pays qui est un peu financièrement riche par rapport à ses gisements de pétrole et de gaz a pu régler le problème par décision de mise en

114 place et d achat d un certain nombre de procédés de désalinisation. Si je prends le cas de la ville d Oran qui totalise environ 2 millions d habitants, il y a quelques années, 90 000 m3/jour de ressources étaient utilisés. La ville est passée à 180 000 m3/jour, mais malheureusement on a pu très vite doubler en faisant des procédés de désalinisation mais le traitement des eaux ne se fait pas ou se fait insuffisamment. Pour un pays de cette taille, il faudrait peutêtre 300 à 400 stations d épuration. Il en existe une centaine en Tunisie, une cinquantaine seulement en Algérie. Les rapports de superficie et de population ne sont pas du tout les mêmes. Ces eaux usées apportent et constituent un problème majeur pour l environnement. La ville d Oran utilise près de 180 000 m3/jour d eau, et les rejette certainement. Cette eau usée est rejetée dans le milieu naturel, pour 85 % elle est dirigée vers la mer Méditerranée où il y aussi des habitations, des estivants et des plages. Nous connaissons un certain nombre de problèmes d ordre sanitaire de certaines plages par rapport à cela. L autre quantité d eau, près de 15 %, est déversée vers le milieu naturel et généralement vers des marais salés qui ne sont donc pas exploités par l agriculture ou par tout type d occupation agricole ou sylvicole. Malheureusement, ces sites sont des sites de transit d un certain nombre d oiseaux migrateurs qui traversent la Méditerranée, qui parfois restent en transit quelques jours ou quelques semaines au niveau de ces zones humides. Par le rejet de ces eaux usées sur ces marais, il y a modification des biotopes, destruction d un certain nombre de caractères de durabilité de ces biotopes. Ces territoires seront donc en perte ou en érosion de la biodiversité. Pour ce qui est de la collaboration scientifique, la collaboration ou la solidarité internationales, je crois qu il y a un problème de communication. Il n y a pas de solidarité, mais je crois qu il n y a pas de dialogue. Nous n avons pas de dialogue, le Nord se constitue comme le Nord, le Sud se constitue comme le Sud et nous avons un dialogue de sourds. Des choses évidentes pourraient être faites, mais elles ne l ont jamais été. Il y a eu, en juillet, la proclamation de l UPM dans lequel il y a un certain nombre d espoirs que le dialogue soit sincère, constructif et mutuel. Après dix années, si l on faisait un bilan du dernier protocole de Barcelone, quelle serait la conclusion? Y a-t-il eu un effort de véritable collaboration entre les pays du nord de la Méditerranée et les pays du sud. Personnellement, je ne le pense pas. Il y a eu uniquement l aspect maîtrise des migrations clandestines qui a peut-être avancé et pas totalement puisqu il y a encore des jeunes gens d Afrique, des enfants, des mères et des hommes qui meurent quotidiennement. Comment les appeler? Les naufragés de la globalisation, les naufragés du non dialogue nord-sud. Ce sont des enfants et le drame est que tout le monde s est habitué à cela, c est devenu banal maintenant, on n en parle même plus. Ce sont des milliers de gens qui meurent entre les Iles Canaries, le Détroit de Gibraltar, les côtes libyennes. Le traité de Barcelone devait prendre en charge et installer une véritable collaboration entre pays du Nord et du Sud autour de la Méditerranée. Dix ans après, le problème de la pauvreté demeure. Nous ne pouvons pas traiter le problème de l environnement sans traiter le problème de la solidarité par rapport au problème de la pauvreté. Il faut donc espérer que l Union pour la Méditerranée apportera des solutions à la gestion de l environnement dans la région, et essentiellement en Méditerranée. On a l impression que la Méditerranée est énorme, mais ce n est pas très grand. C est une petite mer qui continue à accuser un certain nombre d atteintes. Nous savons qu un certain nombre d espèces marines ont déjà disparu ou ne sont plus signalées par un certain nombre de biologistes. Le phoque moine qu on signalait encore il y a une dizaine d années dans les rives sud méditerranéennes n est plus signalé par les équipes du professeur Zitouni BOUTIBA de l'université d'oran, ici présent, et qui travaille sur le phoque moine et sur la pollution marine dans la région de la rive sud méditerranéenne. Nous savons qu un certain nombre d espèces sont déjà menacées, nous travaillons avec le professeur BOUTIBA et son équipe sur ces aspects de pollution marine et nous avons des données montrant qu un

115 certain nombre de ressources, de poissons, de crustacés sont déjà plus ou moins atteintes. La Méditerranée ne doit pas être une poubelle, même pour les eaux usées. L objet de ma recommandation est qu il y ait une véritable collaboration sincère et scientifique et que, dans la prise en charge des problèmes de la Méditerranée, le Nord et le Sud bougent pour qu il y ait une véritable synergie entre le potentiel de ces pays pour essayer de régler ces problèmes. Boufeldja BENABDALLAH, OIF/IEPF Débat avec la salle Une question pour les deux derniers conférenciers : quelles ont été les incidences de vos expériences et recherches sur l éducation sur le développement durable? Quelle est la démarche actuelle que vous imaginez ou êtes en train d imaginer en la matière? Pour Héga Martin, pensez-vous faire une plaquette de la duplication de votre approche de sensibilisation pour que nous puissions la diffuser dans les pays du Sud? J ai écouté les recommandations de Paul VERMANDE mais d après vous, qui sillonnez la planète, quel serait un projet, vraiment tangible, à faire démarrer demain pour travailler dans cet espace de solidarité? Robert LITZLER, AQPERE Concernant l'intervention de Michael ATCHIA, Je vais essayer de faire une comparaison entre le Québec et l Île Maurice. Vous parliez de l éthanol. Nous en faisons également, nous cultivons aussi du maïs pour produire du bio fuel, malheureusement la plantation du maïs pour générer de l éthanol fait appel à des quantités faramineuses de pesticides, contraires au développement durable alors que les déchets forestiers pourraient permettre la préparation d éthanol cellulosique. Ce n est peut-être pas la meilleure solution, mais, au moins, elle permettrait de préserver des territoires agricoles pour faire de la plantation utile à la population et qui ne sert pas nécessairement à nourrir les animaux. J adhère absolument à ce qui a été dit par Paul VERMANDE et je pense que si nous voulons créer une solidarité nationale, il faut avancer pas-à-pas. Ainsi, à la suite du Forum Planet ERE 3 à Ouagadougou, le président Compaoré a accepté de favoriser le jumelage des écoles du Burkina Faso et du Canada. C est bien de faire de la coopération internationale au niveau de la petite enfance en jumelant les écoles maternelles, de continuer au niveau du primaire et du secondaire, et de considérer également les écoles professionnelles et les universités pour que les chercheurs Nord et Sud puissent effectivement coopérer ensemble. C est donc tout l espace de l éducation de la petite enfance à l université qui nous permettra d avancer davantage dans le cours de ce XIX e siècle. Ao BOKARNI, sociologie environnementaliste Je suis Ao BOKARNI, sociologue environnementaliste. Je suis membre du réseau des chercheurs et praticiens de la paix.et j ai fait ma thèse de doctorat sur les impacts des barrages du fleuve Sénégal sur les femmes. Ce fleuve traverse le Sahel, prend sa source en Guinée, passe par le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. J aurai tout d abord une question pour Hega MARTIN, à propos de votre expérience sur la protection de l environnement au niveau de la faune, en particulier. Vous nous avez dit qu en demandant la protection de certains animaux, un certain déséquilibre social allait être créé. Mais on sait très bien que des expériences dans certains pays, notamment en Afrique du Sud ou même en Europe, pour protéger des animaux et arrêter la chasse ont conduit à des déséquilibres écologiques notamment par la prolifération

116 de certains animaux, devenus de ce fait nuisibles. Je crois qu il y a eu des expériences de ce type avec les loups en France, mais également en Afrique et en Inde avec les singes. N y a- t-il pas un équilibre fait par la nature et si nous nous en écartons trop, ne créons-nous pas d autres problèmes? Vous avez bien montré que toute enquête ou recherche sociale entraînait une prise de conscience mais je me demande si nous n avons pas trop hâte de voir les résultats de notre travail. Des habitudes alimentaires qui remontent à des milliers d années ne peuvent tout de même pas être changées en quelques mois. Vous sembliez montrer du doigt les gens qui venaient acheter de la ville, mais le principal problème n est-il pas celui de la pauvreté? Lorsqu on va en Afrique, on dit souvent «Laissez les arbres pour protéger l environnement», alors que le paysan africain qui coupe cet arbre peut se faire du bois de chauffage ou du charbon de bois pour le vendre et nourrir pendant quelques jours, une semaine ou un mois, sa famille, il est dans l immédiateté. La principale source de dégradation de l environnement n est-elle pas la pauvreté dans les pays du tiers-monde dont l Afrique? Paul VERMANDE parle de la solidarité internationale. Comment peut-on parler de solidarité internationale quand, à des rencontres aussi importantes que celle-ci ou d autres qui se passent au Canada ou aux États-Unis, on refuse systématiquement les visas à des chercheurs, des fonctionnaires pour venir contribuer, sous prétexte qu ils vont rester dans ces pays. Comment dans ces conditions peut-on parler de solidarité internationale? Pourquoi de fait-on pas des recherches adéquates pour arrêter le paludisme qui tue environ 1 million d enfants dans le monde alors que pour 15 dollars canadiens ces maladies pourraient être arrêtées? La solidarité internationale ne nécessite-t-elle pas simplement d éviter d enlever le pain de la bouche des gens? Que ce soit au Niger ou chez les Indiens amérindiens, les personnes ont subi les mêmes misères : l occupation, le pillage des ressources de leur zone de vie, l enfermement de leur population. Je me demande quand nous arrêterons de dire que l Afrique est le continent le plus pauvre au monde car si l Afrique était pauvre les Occidentaux ne s y seraient pas rendus, ni les Chinois aujourd hui. C est en manque de tout que les Occidentaux sont sortis d Europe pour venir en Afrique ou en Amérique et je dis souvent que l échec du développement de l Afrique, c est pour le moment l échec du développement des pays occidentaux qui à la conférence de Berlin ont partagé l Afrique morceaux par morceaux. Aujourd hui, au Nigeria, complètement pillé de son pétrole, on assiste à des scènes de terrorisme de jeunes qui se révoltent et prennent les armes, et c est la même chose en Somalie Est-ce que la solidarité internationale ne nécessite pas simplement que les pays occidentaux commencent à laisser tranquilles les pays du tiers-monde, en particulier l Afrique et cessent d enlever le pain de la bouche de leurs enfants? Pauline CÔTÉ, Université du Québec à Rimouski, Canada J aurais le goût d être aussi enflammée, mais cela sera difficile! Je vais pourtant continuer dans le même sens et enfoncer le clou. Je répondrai à une question très directe posée par Boufeldja BENABDALLAH qui demandait quels étaient les effets de nos recherches et comment nous travaillions pour rendre visibles nos actions en direction du développement durable. J ai commencé ma carrière au Rwanda avec un professeur rwandais. Je savais bien que c était très difficile d organiser un colloque sur le Rwanda car ce qui m intéresse, c est de travailler sur les conflits qui peuvent se produire et peuvent aller jusqu à des génocides. Au Québec, j ai beaucoup travaillé sur les droits des enfants, car l enfant est complètement ignoré dans la convention des Nations Unies. Il n y a pas de chaire de l Unesco sur le sujet. En 2006, nous avons donc organisé un grand colloque international et interdisciplinaire sur le génocide de 1994 au Rwanda. Il s agissait de faire venir tous les responsables des pays risquant des conflits ou des situations de génocides en Afrique, surtout. Nous avons

117 demandé une subvention de 250 000 dollars et avons pu faire venir 70 Africains, dont Héga MARTIN. Ma participation l année précédente au Forum planétaire 3 au Burkina-Faso a été une véritable découverte et nous sommes encore dans la résonance de ce dernier auquel tant de personnes ont participé. Notre projet de jumelage des écoles du Québec en éducation relative à l environnement avec les écoles du Burkina Faso s inscrit dans la suite et va demander un grand investissement. C est pourquoi il serait utile que beaucoup de personnes participent à la rencontre de jeudi pour nous aider. Quelles ont été les suites du colloque sur le Rwanda qui a réuni environ 150 personnes, majoritairement des différents pays d Afrique? Le but était de pouvoir discuter ensemble des raisons qui amènent à des conflits extrêmes comme le génocide du Rwanda. Nous partions des expériences faites dans les écoles du Québec pour parler de la violence. Ce colloque interdisciplinaire qui abordait les aspects psychologiques, éducationnels, historiques, les médias, la sémiologie, a donné suite à un réseau international de 144 chercheurs, majoritairement africains, que je coordonne, le Réseau international pour une culture de paix, pour la compréhension et la prévention des génocides et des conflits. Plusieurs projets en Afrique sont nés de ce réseau, toujours dans la même ligne d esprit : aller chercher l argent et faire les colloques en Afrique ; ce sont nous, les Occidentaux, qui nous déplaçons en Afrique car nous avons l argent pour le faire. Nous organiserons un colloque, au Maroc, l année prochaine en relation avec les chaires de l Unesco. Nous avons énormément de liens avec le Burkina Faso et des liens privilégiés avec le Rwanda. Les clubs de l Unesco sont très actifs au Burundi et au Rwanda et nous travaillons avec des équipes rescapées du génocide. En République démocratique du Congo, tout l est du pays est en guerre avec des scènes de violences quotidiennes extrêmes, des viols de milliers de femmes. Nous travaillons avec une équipe de recherche sur les discriminations dont sont victimes les pygmées au Congo ou dans les pays limitrophes au Rwanda. Au Québec, je rapportais récemment dans un colloque que, dans le cadre d une grande manifestation, les pygmées avaient été invités à faire des conférences et ont été logés dans le jardin zoologique dans des tentes. C est assez terrible et dénote de violences parfois évidentes et d autres fois plus subtiles. En Côte d Ivoire, je travaille plutôt dans mes fonctions universitaires en tant que directrice de thèses de doctorat. Hega MARTIN, Project manager, WCS, Gabon En ce qui concerne la duplication de la méthodologie, cela fait précisément partie des recommandations en ce qui concerne la formation. Depuis plus de 10 ans que je travaille dans l éducation et la sensibilisation environnementale en Afrique centrale, nous avons des problèmes concernant l évaluation. Nos bailleurs et nos partenaires nous interrogent à chaque fois sur l impact de nos actions auprès des enfants. Cette méthodologie vient de l Université anglaise de Kent : c est une approche participative sur laquelle nous avons travaillé durant deux années. Nous avons fait une formation en Angleterre, puis nous sommes partis sur le terrain, avons mené notre recherche et apporté des résultats. Aujourd hui, ce n est pas encore inscrit dans la filière normale de formation, mais l Arizona, le Mexique, la Chine ont demandé ce programme. Ce qui est intéressant, c est l évaluation : comment savoir s il y a un impact en termes de connaissances et de pratiques? Il y a 2 semaines, j étais à Mulhouse pour un colloque sur la conservation des primates et les personnes se sont rendu compte qu elles faisaient beaucoup d activités en termes d éducation dans les écoles, dans les zoos mais arrivaient difficilement à les évaluer par rapport aux objectifs attendus. Je vais vous rassurer : nous ferons une duplication de ce réseau en Afrique centrale, tant au niveau des parcs et aires protégés car ce sont des zones isolées donc il y a moins d influences au niveau de la démarche que, plus tard, au niveau des villes en fonction des problématiques. C est pourquoi en termes de recommandations, je souhaiterais que la formation, notamment en ce qui concerne la francophonie, mette l accent sur ce point. Nous, les acteurs du Sud, pouvons avoir les idées, mais sur le plan scientifique il existe une approche que nous pourrions utiliser pour avoir véritablement des résultats efficaces.

118 À quel niveau se situe le déséquilibre social dont parlait madame? On constate aujourd hui que les villages deviennent des greniers : des commerçants viennent des villes, prélèvent des animaux et vont les vendre en ville. Ensuite, les populations villageoises ont du mal à s alimenter car elles doivent aller beaucoup plus loin pour chercher la viande de brousse. Dans les villes, on a le choix : on peut manger du poulet, de la viande ou du poisson. Mais dans certains villages, je vous assure qu il n y a pas de boutiques et la seule ressource en protéines animales est la viande de brousse. Si d ici 10 ans on ne prend pas garde, il y aura un gros problème alimentaire dans les villages car pour les personnes qui sont en ville la viande de brousse est presque un luxe. Si cette chasse commerciale se poursuit ainsi, il y aura un déséquilibre alimentaire pour les populations rurales qui n ont que cette ressource. J ai mené ce projet pendant 2 ans, mais ce n est pas en 2 ans que les personnes vont changer. Il faut un suivi et le gros problème que nous avons en matière de développement durable ou de conservation est le manque de moyens. Toutes nos stratégies ne sont pas à long terme. Lorsque nous avons fait une enquête sur les problèmes de conservation en Afrique centrale, dans la plupart des organismes pour lesquels je travaille, l éducation ne représente pas 10 % en termes de budget financier, de mobilisation de personnel et en termes de dépenses d énergie. Car, ces problèmes de conservation ne prennent pas réellement en compte la dimension éducative. Or, vous avez beau conserver, tant que les populations qui vivent en harmonie avec ce milieu ne comprennent pas ou ne sont pas en accord avec vous, vous échouez. Il faut absolument impliquer ces populations dans les démarches de conservation. Le dernier élément concerne la pauvreté des villages : on ne va pas demander à un peuple de forestiers de devenir un peuple d éleveurs. Une démarche à long terme doit apprendre à gérer : on demande aux exploitants forestiers de faire de l aménagement durable mais on demande aux populations locales d arrêter de chasser. Non, il faut aménager, créer des terroirs, mettre en place des comités dans les villages pour bloquer tous les commerçants qui viennent des villes pour puiser dans leurs ressources naturelles. Nous parlions d échanges tout à l heure : ils sont effectivement très importants non seulement en termes d outils didactiques, mais aussi sur les adaptations peuvent êtes faites pour les pays du Sud. L échange dans ce sens peut développer la compréhension des jeunes notamment : j ai un contact avec un collège d Ariège dans le cadre d un programme de jumelage des écoles malheureusement il n y a pas Internet, la fracture numérique existe mais on essaie de faire des échanges à travers le courrier des ambassades pour que les élèves puissent savoir ce qui se passe au Nord ou au Sud. Les élèves aiment beaucoup découvrir ce qui se passe ailleurs. Autre recommandation : les réseaux. Je vous assure qu ils sont extrêmement importants en termes de motivation, d échanges et d innovations. Sans réseau, nos connaissances seraient très limitées et nous aurions beaucoup d idées perçues ou de préjugés difficiles à combattre. Faciliter la participation au colloque, l obtention des visas et les déplacements sont également des aspects très importants ainsi que l implication des politiques. Je vous assure que, surtout dans nos pays, il est extrêmement important d impliquer les politiques. Un intervenant Par respect de la solidarité internationale, je vais essayer d être bref. J ai pris un découvert en banque pour me payer mon billet d avion et venir ici. La sujétion de réaliser des colloques en Afrique est importante et le réseau auquel j appartiens WEEC a fait un grand colloque international à Durban en 2007puis en Inde à Ahmedabad en 2008. Nous avons aussi bougé dans les pays africains et du Sud. Je voudrais faire le commentaire suivant : vaincre l apartheid était sans doute l exemple le plus extraordinaire de solidarité internationale. Aujourd hui, il n a peut-être pas de crises suffisamment importantes pour que nous puissions tous nous y rallier. Peut-être que le développement durable est un sujet qui permet de rallier les gens. J ai vécu la lutte contre l apartheid : tous les jeunes du monde s y sont ralliés et nous avons gagné. C est extraordinaire!

119 Un commentaire encore au sujet du mais et de l éthanol : je suis absolument pour ceux qui sont opposés à l utilisation du maïs pour la nourriture afin de faire de l éthanol. Sur les pesticides, vous êtes sans doute mieux informé que moi. Par contre, pour la canne à sucre, nous n avons pas besoin de tant de pesticides car c est une herbe qui pousse facilement sans eux. On peut nettoyer les champs manuellement, donc l utilisation de la canne à sucre pour produire l éthanol me semble très raisonnable. De toute façon, nos pays ont besoin d énergie. Nous revenons donc à cette formule «éolienne solaire + éthanol». Je pense que vous êtes d accord avec moi sur ce besoin de trouver de l énergie pour être indépendant. Je suis d accord lorsqu on dit que l Afrique est pauvre en PNB, peu importent les raisons qui ont amené à cette situation aujourd hui. Qu il s agisse de voyages, d investissement, nous avons un manque de ressources financières. Paul VERMANDE, Agence Universitaire de la Francophonie, AUF Dans les pays occidentaux, nous accordons de plus en plus une attention aux problèmes d environnement et au réchauffement climatique. Nous avons des moyens d information qui permettent d en mesurer les conséquences. Par contre, sur la solidarité internationale, il y a vraiment un manque. Le monde est déséquilibré actuellement et nous avons du mal à faire une démarche de solidarité, sauf au moment des tsunamis, des catastrophes où assez spontanément la population peut aider à répondre à des situations d urgence. En préparant ce colloque et en visitant les expositions, j ai constaté que des personnes s en préoccupaient : j ai pris, par exemple, sur un stand un document édité par le CRDP de Franche-Comté Pour une éducation au développement et à la solidarité internationale, très bien fait, qui est un guide pédagogique pour les écoles, les collèges et les lycées et en dehors du temps scolaire. De même, l ADEME a édité une plaquette sur le développement durable qui comporte 2 pages pour dire toute l importance de se tenir à l écoute du monde. On m a posé une question très directe : que faut-il faire immédiatement? Dans les pays occidentaux, j ai proposé que la sensibilisation des jeunes aux problèmes de solidarité internationale soit renforcée : échanges par Internet Des choses sont encore à inventer qui pourraient s inscrire dans des projets pédagogiques, des projets d école, de classe. C est encore à déterminer. Dans les pays du Sud, j ai envie de dire qu il n y a pas un projet tangible à faire demain pour faire avancer le développement durable : c est vraiment chaque pays qui doit déterminer ce qui lui semble important dans l immédiat. Je vous ai donné un exemple sur Haïti : il y a quelques années, chacune des 250 associations avait son école, un petit centre de santé et un groupement paysan. Ils ne voulaient alors entendre parler que de leur petit projet : ils se cotisaient, faisaient des fêtes afin de pouvoir envoyer de l argent. Nous avons appelé cela de l assistanat et avons rayé cette façon de travailler pour faire du partenariat. Nous ne faisons plus rien tant que nos partenaires en Haïti ne nous précisent pas ce qu ils veulent et l importance de leurs besoins. Nous sommes parfois amenés à discuter, mais il y a un vrai dialogue qui s engage et c est important. Si vous voulez financer des projets sur Haïti, j ai beaucoup de demandes possibles mais c est aux Haïtiens de les recommander et ceci dans tous les secteurs (santé, éducation, commerce équitable, etc.). Actuellement, il y a des acteurs qui n ont pas les moyens de mettre en place des projets car la mission des Nations Unies pour la stabilité d Haïti est composée de militaires qui reçoivent 700 millions de dollars par an pour maintenir une stabilité qui n est pas évidente. C est aux pays et aux partenaires de définir leurs priorités nationales. Annie DE WIEST (Directrice DD, communauté française de Wallonie) Je suis Directrice du Développement durable pour la communauté française Wallonie Bruxelles, la partie francophone de la Belgique et nous sommes compétents dans les domaines de l éducation et de la culture. Nous sommes très heureux d être ici et je voulais répondre aux questions que Boufeldja BENABDALLAH avait lancées.

120 L éducation au développement durable dépasse maintenant largement le champ de l éducation. Nous sommes dans des domaines d intervention beaucoup plus vastes que l environnement, nous sommes dans la citoyenneté, les rapports nord-sud, la paix. A cet égard, il est important, à mi-parcours, d avoir des propositions concrètes à faire particulièrement dans l espace francophone. On a souligné à quel point le portail "ww.mediaterre.org" est intéressant et j invite tous les partenaires qui sont ici à se mobiliser pour y mettre de l information. Il serait intéressant de mettre aussi des bases de données d expériences qui fonctionnent, des acquis théoriques également et que l on s informe mutuellement des obstacles que nous rencontrons lors de nos tentatives de mise en œuvre de dynamiques d éducation en développement durable. En termes de propositions concrètes, j aimerais parler de la nécessité et de la pertinence d échanger les modules de formation. En effet, la formation des formateurs et des jeunes est très importante, ainsi que le maillage qui permet la mobilisation et les échanges. Pour terminer, l éducation au développement durable c est parler de la jeunesse, mais il y aussi une moitié de la planète qui s appelle les femmes. Il est très important de pouvoir mobiliser les femmes car elles sont souvent les premières victimes des catastrophes écologiques. Par ailleurs, les femmes sont quand même des consommatrices, elles sont souvent responsables des achats donc il est important de mobiliser davantage les femmes qui sont très mobilisables, mais il faut aussi les mettre à la table des discussions et notamment au niveau des décisions locales. Lamine KADI, Université de Mostaganem, Algérie Nous sommes dans un atelier qui s intitule «EDD dans la Francophonie». Y a-t-il déjà eu une comparaison de ce qui se fait dans l espace francophone en matière d EDD et de solidarité par rapport aux autres acteurs internationaux? La Francophonie est-elle plus ou moins en avance, plus ou moins engagée? Pouvons-nous avoir des perspectives sur cette question? Par ailleurs, nous avons été interpellés par Paul VERMANDE sur la solidarité internationale. Nous pouvons en débattre pendant des heures, mais nous pensons, du point de vue du Sud, que la meilleure solidarité est de donner les moyens aux populations concernées de changer elles-mêmes leurs conditions. Pour cela, il y a deux conditionnalités très fortes. Premièrement la démocratie que l on appelle pudiquement la gouvernance. Une œuvre de solidarité très utile serait, dans les pays du Nord, de mettre en œuvre les conditions de la mise en place de démocratie réelle dans les pays du Sud. Comment combattre aujourd hui le cynisme des gouvernements occidentaux qui consiste à maintenir en place des régimes que tout le monde sait qu ils ne sont pas démocratiques, et ce uniquement pour des intérêts économiques évidents? Pourquoi la démocratie? Tout simplement parce que c est le préalable à la mise en place de systèmes efficaces dans tous les domaines, que ce soit dans l économie, la recherche, l éducation, la formation. Cela permettrait le retour des cerveaux des pays du sud dans leur pays respectif, et de faire œuvre utile dans ces pays. Cela permettrait également de mettre en place les facteurs de développement qui sont pratiquement identifiés : l accès à l énergie, à l eau, à l éducation. Par ailleurs, investir dans la connaissance, c est réorienter l aide des agences internationales de développement et des organismes internationaux vers le financement des délocalisations d universités du Nord dans le Sud. Un mouvement de délocalisation s est amorcé, cela se fait actuellement parce qu il y a un marché dans certains pays émergeants, mais si des financements arrivent derrière, cela peut se faire également dans les pays les moins avancés et cela permettrait de créer des premiers noyaux de centres de savoirs et de connaissances, et d avoir un effet d entraînement vers une société de la connaissance, vers une amorce de développement. Ce sont les deux principales conditionnalités que je voulais évoquer.

121 Comme projet concret, il y a une initiative que nous préparons en Algérie dans le cadre du NEPAD, le nouveau cadre de partenariat pour le développement de l Afrique. Il s agit de la création d une université africaine du développement durable, et d une mutualisation des ressources de certaines universités africaines et d universités du Nord. Par ailleurs, une initiative est en cours de maturation en collaboration entre l IEPF et l AUF, à savoir la création de centres d excellence sur des thématiques dédiées au développement durable. Voilà ce que je voulais apporter comme contribution à ce débat. Ceci dit, apporter la démocratie ce n est surtout pas comme on le fait actuellement. Apporter la démocratie en Irak ou au Darfour parce qu il y a des matières premières ce n est pas de cela dont je parle mais c est effectivement permettre aux populations concernées d achever leurs aspirations démocratiques. Avec la récession économique qui s annonce, le développement durable ne va-t-il devenir le parent pauvre des questions internationales? Florent BAARSCH, REFEDD et Médiaterre Je suis Président du réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD), mais je vais quitter cette étiquette en fait parce que je suis membre du comité jeune «Médiaterre». Premièrement, je voulais remercier la personne qui est intervenue tout à l heure en remettant les jeunes au centre des processus de décisions parce qu on parle d éducation et finalement les premières personnes qui sont concernées par l éducation que l on est en train de créer aujourd hui, ce sont les jeunes, c est-à-dire moi qui suis étudiant ou ceux qui sont au lycée, collège ou en primaire. Pour revenir aux propositions concrètes, la semaine dernière s est tenu le sommet de la Francophonie. La Francophonie a rassemblé en marge de ce sommet trente jeunes francophones à qui l on a demandé de réfléchir sur les quatre sujets du sommet de la francophonie, et notamment l environnement. Je faisais partie de ce forum et, avec une trentaine d autres jeunes francophones, nous avons réfléchi à ce que nous pourrions proposer pour les deux ans à venir, à une sorte de programme d actions qui sont des propositions concrètes. Nous voulons, en fait, être concrets parce que nous sommes trop jeunes pour partir dans des grands discours. Dans ces propositions faites, l éducation au développement durable nous semble fondamentale, et notamment le fait de participer à la création d un grand programme d éducation au développement durable avec l IEPF et l AUF, pour voir tout ce qui se fait dans les différents pays francophones, rassembler tout ce qui se fait et essayer de faire un grand programme à destination des pays d Afrique notamment. Je sais que les jeunes volontaires de l environnement au Togo, en Côte d Ivoire sont très actifs dans ce domaine, mais ils manquent de ressources intellectuelles, d expertise mais aussi de moyens financiers. Il s agirait d aider à leur formation, former les formateurs pour qu il y en ait davantage et qu ils puissent ensuite aller dans différentes écoles pour faire cette éducation au développement durable. Deuxièmement, il s agit de la formation des jeunes qui sont très influents dans les associations aux questions d environnement. Cet été, avec la Francophonie, nous avons été formés aux questions de développement durable, mais nous souhaitons pouvoir démocratiser cette formation que nous avons reçue parce qu elle est vraiment indispensable. Il serait vraiment important qu un maximum de jeunes dans les pays du Sud puissent être formés à ces questions d environnement, de protection de l environnement, de développement durable. C est ce sur quoi nous travaillons actuellement au sein du comité jeunes parce que cela nous semble vraiment indispensable. La formation c est important, l éducation c est encore mieux parce que notamment dans les pays du Sud, les jeunes n ont pas forcément accès à l information comme nous, notamment avec Internet et les médias. pas

122 Il me semble fondamental de pouvoir recentrer le débat sur les propositions concrètes parce que le sujet est important, surtout l éducation au développement durable à destination des pays d Afrique puisqu il ne faut pas oublier que ce seront les premières victimes du réchauffement et des changements climatiques. Ils en sont déjà les premières victimes et il serait bien que l on s intéresse à cette question dès maintenant. Corinne VIALLE, Enseignante, Comité Syndical de la Francophonie pour l Éducation et la Formation Cet atelier nous intéressait tout particulièrement parce que l EDD est une question centrale pour le Comité syndical. Le prix des améliorations que l on pourra enregistrer dans le domaine de l'edd est celui des efforts que nous pourrons faire les uns et les autres pour que, solidairement, en prenant en compte ce que chacun peut apporter dans ce domaine, nous puissions faire des collaborations, des coopérations, des co-formations et des partenariats qui permettront d avancer. Il a été souligné que le rôle des ONG et des syndicats dans ce domaine était assez en pointe parce qu ils permettent d aller au plus près des problèmes que l on veut traiter. De grandes structures traitent de ces questions et s y intéressent mais, en même temps, un travail de proximité peut être mis en place par des organismes qui prennent en charge ces questions, y compris en termes de droits humains et de démocratie. La langue française, et cela a été rappelé au sommet des chefs d États à Québec, nous semble un outil important pour se comprendre et mieux travailler ensemble pour que ces valeurs de paix et de démocratie puissent se travailler collectivement. Il me semble qu à travers les expériences diverses mises en place, il y a quand même des questions sur lesquelles il faudrait que nous avancions, à savoir d une part une grille d élaboration des projets parce qu ils sont multiples mais parfois ils ne sont pas montés de la bonne façon. Il s agirait donc d outils à mettre en commun. Par ailleurs, il s agirait de pistes pour construire ces projets et de faire profiter les uns et les autres des expériences communes, des succès, des problèmes qui se sont posés. Ensuite, il faudrait des grilles de validation de ces projets. De plus, il me semble qu il manque un aspect essentiel, à savoir une évaluation de ces projets. En effet, qui dit projet ou éducation dit aussi mesure des efforts et des progressions. C est peut-être une des pistes sur lesquelles nous pourrions travailler. Vous avez évoqué la mise en synergie des outils. Cela nous semble aussi nécessaire, Mediaterre peut être un portail pour cela, mais il ne faut pas oublier qu il y a la fracture numérique et que cela ne peut pas être le seul outil. Enfin, je voudrais souligner que le nerf de la guerre reste quand même la question des financements des actions. Dans ce domaine, l on peut regretter que les fonds attribués pour la Francophonie sont en baisse. Nous souhaitions le souligner pour le regretter et pour dire que nous souhaiterions qu il y ait d autres possibilités de travailler tous ensemble pour une EDD, dans une solidarité qui soit partagée. Isabelle d'orgeval, CNEA - Conseil National de l enseignement Agricole Privé Dans les lycées agricoles, nous avons une longue expérience des actions de coopérations internationales. Dans les lycées agricoles privés, nous avons essayé avec une trentaine de lycées de faire vivre en tâtonnant, en marchant plus ou moins bien, un réseau de partenariat avec des collèges agricoles à Madagascar. Nous avons essayé vraiment de dépasser le caritatif ou le traditionnel bol de riz, etc. que l on a trop souvent dans l enseignement catholique pour développer de vrais partenariats sur les programmes et les méthodes. Nous arrivons vraiment à des échanges et, ainsi, les jeunes Malgaches viennent de nous envoyer un clip où, à travers un mélange de danse traditionnelle, de Hip-hop, de rap et autres, ils décrivent aux jeunes Français comment ils vivent l agriculture dans leur pays. La balle est maintenant dans notre pour que les jeunes Français renvoient quelque chose.

123 Ce sont parfois des actions modestes au niveau éducation au développement et, en même temps, nous servons de relais financier puisque nous avons envoyé ce clip vidéo à l Union Européenne et parvenons à décrocher des financements grâce à cela. Des journées comme celle d aujourd hui servent aussi à trouver des idées, des euros et un peu de convivialité, et c est très bien aussi. Hega MARTIN, Project manager, WCS, Gabon Ce n est pas modeste, Sœur Emmanuelle avait dit que même une goutte d eau dans la mer n est pas perdue. Toute action dans ce sens, quelle que soit sa dimension, a sa place. Il faut vraiment croire en ce genre d initiatives. Julie LE PHUEZ, Ministère de l'éducation nationale, Brésil Pour répondre à la question sur la transversalité de l apprentissage, avec les adultes, nous travaillons énormément sur ce principe. Nous pensons qu une génération peut apprendre avec une autre donc ce n est pas seulement quelque chose qui va des adultes vers les enfants, mais aussi des enfants vers les adultes. Nous responsabilisons les enfants pour qu ils emmènent leurs actions au sein de leur famille et de leur communauté. Nous leur fournissons le matériel pour qu ils aient des propres réflexions, mais leurs actions vont être menées ensuite dans leur communauté. Ce sont donc eux qui vont plus ou moins obliger à faire travailler les parents, les adultes, les professeurs. C est un aspect sur lequel nous aimons beaucoup travailler et qui est très important. Il n est pas rare de voir des grands-parents qui viennent participer dans les écoles avec leurs petits-enfants et qui partagent leur savoir-faire, leurs connaissances. Les enfants, de leur côté, leur enseignent comment fonctionne l Internet, comment communiquer à travers des moyens différents. C est donc quelque chose que nous enseignons aux enfants, mais pas seulement en leur montrant comment faire mais en les faisant faire, en les intégrant vraiment dans l action. Commentaires par Michel MOMBRUN Je vais apporter des éléments de réponse à quelques questions qui ont été posées et qui sont importantes, en commençant par la crise de cette bulle spéculative financière. Dans l ensemble des mouvements financiers qui ont lieu aujourd hui à travers les bourses, l économie réelle ne représente que 3 %. Cette économie réelle est celle qui consiste à échanger et à payer les biens et les services produits par les uns et achetés par les autres. Le reste, c est une bulle spéculative d échanges et d achats d actions de toute nature. Ce qui a explosé, ce n est pas l économie mondiale, mais la bulle spéculative qui représente 97 % de l ensemble des échanges mondiaux aujourd hui. Malheureusement, quand cela arrive à cette dimension et que la confiance s est perdue entre tous ceux qui se font de l argent uniquement en achetant et échangeant des actions, cela finit par avoir une conséquence directe sur l économie réelle. Il est vrai que l on risque de trinquer tous pendant un bon nombre d années. Cela sera-t-il négatif pour le développement durable? Cela devrait être au contraire une accélération puisque après la crise et l urgence écologique, après la crise sociale sans précédent, après les émeutes de la faim, après les crises de l eau, de la sècheresse et la bulle financière qui explose, on a fait le tour de piste complet. Tous les ingrédients, depuis quinze, vingt, trente ans, nous le montrent et comme le disait en termes familiers je traduis les propos du rapport Brundtland si l on poursuit sur ces logiques actuelles, on va dans le mur et le mur est à 50 cm. Il faut changer de cap, il faut réinventer un autre mode de fonctionnement, de gérer, d agir, de penser. Il faut inventer un nouveau mode de développement qui puisse être soutenable pour la planète, supportable pour notre petite planète, vivable et viable pour l ensemble des activités humaines.

124 La bulle financière et ce crack devraient être un élément d accélération du changement, d accélération des démarches d invention de ce nouveau mode de développement nécessairement plus solidaire, nécessairement plus équitable, nécessairement plus viable sur cette petite planète qui est le seul support que la vie connaisse pour pouvoir se développer, et la vie humaine en particulier. On peut avoir des craintes parce que tous ceux qui sont aux manettes des décisions politiques économiques, je ne suis pas convaincu qu il soit des convaincus de la nécessité du mode de changement de nos modes de développement de production et de consommation. Ils vivent cela non pas comme étant une interpellation sur le fond d un changement de paradigme et comme une nécessité de changer l ensemble des données de notre mode de fonctionnement dans l ensemble de nos pays de la planète, mais comme une crise. C est comme dans la santé, j ai une crise de fièvre, je prends une aspirine, je me soigne et tout redevient comme avant. Un certain nombre pense que cela va revenir comme avant. On sait bien que non, le changement climatique ne redeviendra pas comme avant, c est parti, on est dedans. La perte de la biodiversité, c est parti, on ne reviendra pas à l état initial. Cela évolue, cela se transforme avec certainement toute une série de grandes catastrophes humaines, sociales qui ont un coût financier énorme et il y en aura d autres. Malheureusement, le coup est parti. L on peut éviter que cela ne s aggrave, arrêter le mouvement de progression, mais c est un peu plus difficile. Nous sommes en plein dans notre sujet d éducation pour un développement durable parce qu il s agit de changement, et l éducation a pour objectif premier de changer. Il y a 50 ans, j entrais à l École Normale d Instituteurs et l on nous apprenait beaucoup de choses à l époque pour devenir des enseignants, des éducateurs. On nous apprenait cette phrase : «Il y a éducation chaque fois que la personne est parvenue à se construire». C est étonnant parce que c est la même chose pour le développement durable, cela ne se décrète pas le développement durable, cela se construit avec chacun, hommes et femmes, tous acteurs de la construction d un nouveau mode de vivre ensemble, d un art de vivre ensemble. C est la même chose en fin de compte. On est dans un cheminement pour la construction, l invention d un mode de développement qui est absolument identique dans notre démarche de la pensée que celui de la construction de l être humain. Qu est-ce que la construction de l être humain? Ce sont deux choses essentielles. Sa capacité, par la possibilité de se construire, d accéder à un épanouissement lui permettant de conquérir son autonomie, sa liberté, son lien avec les autres êtres humains pour ensemble constituer un milieu de vie, un écosystème de vie avec les autres espèces vivantes dont nous sommes partie prenante. Et c est là un élément extrêmement important qu il ne faut pas oublier. L éducation, cela ne s octroie pas, cela ne s enseigne pas, cela est une démarche qui doit permettre à chacun, individuellement et collectivement, de se construire, individuellement comme personne, collectivement comme membre d une communauté humaine, là où nous vivons, sur un terroir, sur un lieu d habitat, de vie et d échanges. C est cela qui fait à la fois l énorme richesse de la démarche d éducation, mais c est une énorme difficulté qu on a entendue sans arrêt dans vos propos. Je reviens sur une de ces difficultés qui fait partie des questions qui ont été posées. Comment évaluer les résultats de l éducation? L éducation est un investissement qui a la caractéristique d avoir un retour sur investissement particulièrement long. Les financiers vous diraient qu un retour sur investissement est difficile à moyen terme, possible à long terme. Il n est pas facile de mesurer les résultats de l éducation 20 ans ou 50 ans plus tard. En plus, la production de l éducation, ce sont essentiellement des coûts évités : coûts écologiques, coûts sociaux,

125 coûts humains, coûts financiers. Ils ne se voient pas bien les coûts évités. La preuve, ils ont été évités. On a donc dans nos grilles d analyse, de lecture, d évaluation à travailler sur notre capacité à évaluer les coûts évités puisque c est cela la production d éducation, ce sont les coûts évités. Comment convaincre quelqu un qui finance l éducation que c est essentiel parce que cela aura des retours dans 10 ans, 20 ans ou 50 ans et qu en plus, cela ne sera pas facile à voir. C est l équation dans laquelle on est et qu il ne faut pas perdre de vue. Il faudrait être capable de pouvoir dire s il n y avait pas eu éducation, ce qui se serait peut-être produit. On ne pourra pas le dire puisque grâce à l éducation, on aura évité que cela se passe. On est donc dans quelque chose qui n est pas simple du tout, mais sur lequel il nous faut impérativement travailler. Or, quand il y a éducation, il y a construction de l autonomie, de la capacité à se prendre en charge, de la capacité à échanger avec d autres. Je dois là vous livrer quelque chose qui était sous-jacent dans nombre d interventions, mais qui est une expérience concrète. Dans la province du Kerala, en Inde, Amartya Sen, pendant 35 ans, a travaillé à partir d une population qui était dans une situation de grande misère et pauvreté en améliorant deux choses, l éducation, la capacité d accéder à l autonomie, être un être humain productif et la santé, être en situation physique de pouvoir vivre et échanger avec les autres. Amartya Sen a prouvé cela pendant 35 années, il a eu le Prix Nobel d économie pour l ensemble de son œuvre. Il est parvenu à faire qu une population puisse accéder à une capacité endogène, c est-à-dire vivre sans apport extérieur, ni d argent, ni de technologie, et acquérir la capacité de son propre développement en ayant choisi les modalités de son propre développement. Il y a là un élément de réponse sur des questions posées par les uns et les autres. On n a pas à aller porter l éducation et le mode de développement dont on penserait qu il serait le meilleur. La preuve, regardez, on va dans le mur! Amartya Sen a mis au point un autre indicateur de mesure pour le développement qu il a appelé l indice synthétique de développement humain dont s est largement inspiré par la suite le PNUD pour faire l indice de développement humain. Que dit cet indice de développement humain? Il ne prend pas comme repère l ensemble du volume des activités financières d un pays pour mesurer son produit intérieur brut (PIB) qui est exclusivement économique, financier et quantitatif, mais il prend la capacité d un pays en évaluant l ensemble de ses richesses, de son capital humain, de son capital social, de son capital de santé, de son capital de ressources naturelles pour évaluer quelle était la capacité des populations sur ce territoire à pouvoir lui-même assurer son propre développement endogène. On a dans l éducation à ne pas perdre de vue cela. La capacité de la personne à se construire elle-même avec d autres dans la communauté humaine, c est cela d abord, et cela s adresse à un public d êtres humains faits de chair et de sang, faits d affectif, faits de relations, faits de spiritualité, faits de l héritage d une culture quelquefois extrêmement ancienne. Ne sommes-nous pas tous, ou la plupart d entre nous, héritiers des cultures méditerranéennes qui ont inventé des formes de démocratie, qui ont inventé le citoyen, qui ont inventé l éducation et qui ont réfléchi dessus? On en est les héritiers et l on ne bâtira pas une culture, une éducation pour un développement durable sans tenir compte de l ensemble de ces racines dont on est les héritiers. N est-on pas les héritiers de cette évolution, de l ensemble du vivant qui, depuis 4,5 milliards d années, se sont peu à peu constitués et dont on est l un des aboutissements les plus complexes, donc les plus fragiles? L éducation est donc au cœur de l ensemble de nos préoccupations mais aujourd hui, quand on parle d éducation pour un développement durable, on oublie la définition à laquelle on s est tous ralliés, même si elle ne nous plaît pas forcément intellectuellement. Vous connaissez cela : «Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des

126 générations futures à répondre à ses propres besoins», mais la suite est extrêmement importante. Deux notions sont dans ce concept de besoins : répondre aux besoins des plus démunis à qui il convient d accorder la plus grande des priorités et je vous propose que l éducation pour un développement durable et le développement durable se rappellent prioritairement ce morceau de la définition du développement durable faite dans le rapport Brundtland installé officiellement à Rio en 92. Répondre aux besoins des plus démunis à qui il convient d accorder la plus grande des priorités, c est valable dans tous les pays de la planète. Pour certains, les plus démunis c est 80 ou 90 % de la population. Pour d autres, dans des pays privilégiés et riches comme les nôtres, c est 20 à 30 % de la population. Je vous cite quelque chose de très concret et de très récent qui nous a amenés à imaginer une action d éducation au développement durable qui prenne des formes un peu différentes, voire totalement différentes. En France, en 2007, selon des statistiques fournies par Electricité et Gaz de France (EDF et GDF), principaux fournisseurs d énergie à l ensemble des foyers français, il y a une moyenne de 25 % des familles qui n ont pas pu régler leurs notes d électricité et de chauffage, qui ont dû faire appel soit à des échelonnements de paiement sur plus d un an, soit à des aides de tarifs préférentiels sociaux payés par les collectivités publiques, soit à la facture payée intégralement par les Fonds de solidarité départementaux et les Caisses communales d action sociale des communes et les organismes caritatifs qui s y sont additionnés. Certains départements, certaines villes vont jusqu à des pourcentages de 45 à 50 %. Quelle est la réponse de l éducation au développement durable en matière d énergie si ce n est d abord de répondre à cela? C est dans la définition du développement durable que nous avons tous acceptée : "répondre aux besoins du présent, en particulier des populations les plus démunies". Que devrait-on tous faire en France, pays riche, cinquième puissance mondiale, pays privilégié en matière de développement durable? Apporter une réponse à ces familles. Quelle réponse donne-t-on aujourd hui? Exclusivement financière et économique. On essaie, pour certaines familles en difficulté, de payer la facture à leur place. Pendant ce temps, ils continuent à chauffer la rue à 60 %, émettre des gaz à effet de serre, se réchauffer avec des chaudières au fioul. On propose de fausses solutions qui ne résout rien. La réponse à la précarité énergétique en France est une réponse d éducation écologique, sociale, économique, incontournable. Ce sont justement les trois piliers du développement durable. Il n y a pas d autres réponses à la précarité énergétique qui est la même que la précarité pour payer l eau de plus en plus chère, et que les mêmes familles n arrivent pas à payer, que la précarité de l emploi auquel ils n ont pas accès parce qu ils sont au chômage, que la précarité du logement parce qu ils n accèdent pas à un logement sain pour pouvoir y vivre. C est la même chose, et c est 25 % de la population en France! La réponse aux besoins des plus démunis est prioritaire si l on veut pouvoir, en matière d éducation et de construction de ce mode de développement, aboutir à quelque chose. Cela veut dire que l ensemble des interventions et présentations faites aujourd hui sont toutes éminemment importantes, la plupart justement s adressaient aux populations les plus démunies, pas nécessairement dans notre hexagone français mais sur l ensemble des pays de la planète. On sait très bien tous et j utilise cette forme volontairement : réponse à la solidarité. On sait que l on est dans une interdépendance totale. Aujourd hui dans l espace, ce que l on fait de bien ou de mal en matière d énergie, de biodiversité, de protection de l environnement, ici à Bordeaux ou à l autre bout de la planète, en Malaisie, en Chine, en Amérique du Sud ou en Afrique, on en subira tous les conséquences. Interdépendants dans l espace, quoi qu on fasse de bien ou de mal, on en est tous les tributaires demain. Le drame c est que ceux qui sont à l origine et la cause des catastrophes écologiques les pires

127 aujourd hui, ne sont pas ceux qui en subissent les inconvénients. Il y a une injustice quelque part qui est un peu terrible. Cette interdépendance qui a quelque chose de très négatif et d un peu dur, il n y a qu un seul mot qui répond à l interdépendance, c est justement la solidarité. Et quand bien même on ne serait pas généreux, et quand bien même on ne voudrait pas permettre à tel ou tel de pouvoir accéder à un début de développement et un cadre de vie sain, mais c est l intérêt de ceux qui aujourd hui ont les moyens d être solidaires parce qu on ne se sauvera pas tout seul. Quand il y a la moitié ou les deux tiers de l humanité qui sont dans cette situation de non-développement ou de non-accès aux services essentiels, il est clair qu on ne pourra pas se sortir tout seul d affaire dans nos pays riches. Qu on le veuille ou non, les pays riches ont l obligation, s ils sont a minima un peu intelligents, de jouer le jeu de la solidarité. Pour ceux qui ne se contentent pas de regarder leur portefeuille et la quantité d euros ou de dollars qu ils ont, le choix humain incontournable est de miser sur cette solidarité d autant plus que la plupart des réponses qui nous permettront de résoudre nos propres problèmes dans les pays riches et développés ne viendront pas de nos pays riches et développés, mais des pays en développement. En effet, comme ils sont confrontés à ces situations difficiles, ils sont en capacité beaucoup moins formatée qu on ne l est dans nos pays riches à inventer les réponses qui nous seront précieuses pour nous sortir d affaire chez nous. En cela, la solidarité est bien totalement réciproque et on a autant à espérer de tous les pays en développement et de leurs peuples qu ils ont à espérer de nous-mêmes. Je suis sans états d âme, et j ai la possibilité d avoir une totale liberté de parole parce que je n ai plus d organismes à qui j ai des comptes à rendre, j utilise alors cette totale liberté de parole pour m exprimer. L ensemble des démarches du développement durable consistent à changer l ensemble de nos modes de production, de consommation, de pensée et de vivre ensemble. Le développement durable essaie d apporter ce renouvellement avec son petit filet de propositions, d actions susceptibles de se reproduire petit à petit. Mais si au moins dans le même temps, sinon avant, on n éradique pas toutes les causes qui nous ont menés dans l impasse, le développement durable et l éducation au développement durable que nous menons n ont aucune chance d aboutir. J ai souvent dans mes projections l image d un tonneau, un beau grand tonneau cerclé qui, dans le bas du tonneau, fuit de toutes parts. D autres l attaquent à la hache, prélèvent de l eau, cela fuit de partout et le tonneau est toujours pratiquement vide. Au-dessus du tonneau, il y a le petit filet de l arrosoir qui verse le développement durable. Le petit arrosoir qui essaie de remplir le tonneau n a qu une chance pour que le tonneau soit plein un jour, c est d éradiquer toutes les fuites et tous les prélèvements intempestifs qui sont là. Il n y a pas d action d éducation au développement durable, il n y a pas de possibilité d avoir et de mettre en place un développement durable si au moins dans le même temps, on n éradique pas toutes les causes qui nous ont menés à cette situation. Il faut regarder ces causes en face, il faut que l on en assume collectivement la responsabilité, quand bien même individuellement on n y aurait pas été associé. Il y a là ce travail important à faire, chacun dans son pays mais solidairement, chacun avec tous les peuples de la planète, parce qu on a quand même une responsabilité clairement différenciée dans ces situations, comme le disent les textes des Nations Unies. En synthèse, mais pas de fin ni de conclusion, tous nos processus d éducation doivent à la fois se rappeler qu on est dans une perspective de changement et le changement est sans doute la chose la plus difficile pour l être humain. C est une remise à plat de nos habitudes, de nos pratiques, c est long et difficile. Aussi, il est urgent de s y mettre avec une dose de volonté, de volonté d oser faire extrêmement importante quelles que soient les difficultés auxquelles on s affronte. Les démarches de réponse que l on a à apporter ne doivent jamais oublier que la réponse aux populations les plus démunies est totalement prioritaire.

128 Là où je suis actuellement en Essonne, nous menons une action sur l ensemble du département, et certains me disent : «Mais ceux qui ont des maisons et qui voudraient faire des chauffe-eau solaires, vous ne voulez pas les aider?». Il ne manquerait plus les propriétaires de maison individuelle ne se mettent pas à mettre un chauffe-eau solaire et du photovoltaïque! Ils en ont la culture pour y accéder, ils ont les moyens financiers pour pouvoir le financer. Nous n allons quand même pas nous, militants ou équipes professionnelles qui travaillons là-dessus, passer notre temps auprès de ceux qui, de toute façon, ont les moyens de s en sortir. On privilégie d abord l écologie sociale et familiale, la réponse à la précarité énergétique. On privilégie d abord les monographies sur le vivant dans les écoles. Au début du siècle, toutes les écoles de France se sont mises à faire spontanément, avec leur instituteur qui était souvent secrétaire de mairie, les monographies de l histoire locale et du patrimoine local. Ces milliers de monographies de tous les villages de France ont constitué un patrimoine extraordinairement important qui a en quelque sorte réintégré, pour chacun, son histoire et son passé dans sa vie d aujourd hui. Ces monographies ont une richesse tellement importante qu elles ont été à la base des lois que le monde entier envie sur la protection de notre patrimoine architectural. Aujourd hui, l enjeu n est plus seulement ce patrimoine et cette histoire, mais celui de l espèce humaine capable ou non de continuer à vivre sur cette planète. L enjeu aujourd hui est de refaire des monographies non pas sur le patrimoine et l histoire, mais de refaire l école avec une immense ambition éducative qui associerait tous les acteurs, les enfants, les enseignants, les parents d élèves, les collectivités locales, les associations pour faire ces monographies du vivant en nous réinsérant, espèce humaine, dans ce vivant avec une immense humilité parce qu on en fait partie comme tout le monde, et l immense ambition de faire en sorte que l on protège cette biodiversité nécessaire à notre propre survie. Il y a donc des ambitions d éducation de cette nature qu il faut aborder de plein fouet. Je termine sur ce mot de Sénèque datant de 2000 ans : «Ce n est pas parce que les choses sont difficiles qu on n ose pas, c est parce qu on n ose pas que les choses sont difficiles». Conclusion par Hega MARTIN (Project manager, WCS, Gabon) L objectif de cette session était d évaluer toutes les initiatives conduites dans le monde de la francophonie, cette dernière étant très vaste notamment par sa diversité culturelle. C est une dimension essentielle puisqu elle a servi d exemple dans les démarches et devra encourager les résultats positifs déjà obtenus. Nous avons eu environ quarante à cinquante participants et sur les dix-huit présentations prévues, nous avons pu en présenter douze. Il s agit d initiatives prises localement, avec beaucoup de courage car les difficultés sont souvent très importantes. Nous avons pu retenir quelques résultats en termes de projets à proposer dans l espace francophone. Nous partons du principe que la première mission d éducation au développement durable concerne la lutte contre la pauvreté et l exclusion. Ce point fort a été souligné par tous les intervenants dans les échanges et les réactions pour que l on comprenne bien qu il ne s agit pas d une démarche isolée, mais d une démarche qui entre dans un tout et dans un contexte bien précis. La première proposition est d appeler les États via la CONFEMEN, Conférence des ministres de l Éducation nationale, à appuyer l EDD, et peut-être renforcer cet aspect en prévoyant une rencontre ou une séance de travail en 2009. La francophonie est vaste, il y a des pays en voie de développement et des pays sous-développés. Le renforcement des modes de gouvernance et des pratiques pédagogiques est donc très important dans la mesure où le rythme d avancement et la manière dont les différents peuples appréhendent ou intègrent

129 cette notion sont divers et se font souvent à des degrés différents. Après trois ans de la mise en place de cette Décennie, combien de pays ont suivi, ratifié, ne fut-ce que suscité un débat national sur ce thème? Il y en a très peu. Il faut inventorier les outils disponibles et les mutualiser. Il y a plusieurs initiatives, mais elles sont généralement dispersées. Par conséquent, il serait important de faire l inventaire des acquis pour qu en mutualisant l existant nous puissions avancer sur des bases saines, et pour que ceux qui prennent des initiatives ne refassent pas les mêmes erreurs que les autres. Il est nécessaire de monter des projets pour donner la parole aux plus démunis, notamment pour les pays en voie de développement ou sous-développés. Il y a beaucoup de démunis, et nombre de projets clé en main sont apportés par les organisations internationales, par certaines institutions. L évaluation démontre que les projets n aboutissent pas car on n a pas pris la peine de donner en premier la parole à ces personnes concernées. Il faut identifier et valoriser les savoirs locaux, patrimoine de l expertise populaire d une grande richesse. Lorsque l on donne la possibilité à un vieillard d aller dans une école pour apprendre aux jeunes la façon dont cela se passait dans les temps anciens, il y a des savoirs à retirer. La francophonie peut enrichir cela pour que cela puisse être une base et permettre non seulement de revaloriser les seniors, mais aussi démontrer aux jeunes que le monde n a pas toujours été ce qu il est aujourd hui. Il convient d élaborer des critères simples pour l évaluation des actions qui est souvent un gros problème avec les partenaires dans les programmes. L on fait de l éducation, de la sensibilisation, l on informe, mais quel est l impact? Comment savoir que le message qui a été porté a été entendu? Comment savoir que la personne qui a été informée a été sensible au message? Comment savoir que la personne qui a été sensible au message a pu poser un acte pratique? Il faut impliquer les comités de base, et les femmes en premier lieu. Nous savons le poids des femmes dans la société notamment africaine, et ce sont souvent des personnes marginalisées. C est souvent pris en compte dans certains projets où cette approche est une exigence, un critère pour l obtention de subventions. Dans nos propositions, nous recommandons fortement que cela soit maintenu. Il est nécessaire d inventorier les projets de recherche en matière d EDD. En dehors des outils disponibles, il y a certes les savoirs locaux, mais comment introduire ces outils et savoirs locaux dans une recherche scientifique? Il faut quantifier ces ressources et valoriser sur le plan scientifique ces savoirs locaux qui sont souvent empiriques. Il faudrait donc entreprendre des démarches dans la recherche scientifique au niveau universitaire. Il convient aussi de monter une base de données sur les projets et les bonnes pratiques. Nous avons vu, par exemple, avec le site "Médiaterre" mis en place par la Francophonie qu il était possible d utiliser Internet ou d autres sources afin d avoir un capital où les jeunes, les moins jeunes, les anciens puissent chercher des informations, des outils existants pour faciliter cette mutualisation. Il faut développer un projet sur le renforcement de la solidarité, appuyé par les universitaires et les experts reconnus au sein de l Agence Universitaire de la Francophonie - AUF et de l Institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie -IEPF. Il convient d appuyer l approche retenue par les parlementaires francophones, notamment du sud, c est-à-dire l implication des élus locaux. C est très important, surtout dans nos pays. Ensuite, il faut monter davantage de projets en formation en appui aux comités de base, formation formelle ou informelle. Il faut appuyer la démarche de mise en place du réseau francophone. Le networking est essentiel dans ce genre de démarche.

130 Il faut utiliser l image et les formes d expression au service de l EDD, notamment la communication, la télévision, la peinture, etc. Toutes les formes de communication possibles doivent être retenues parce que les publics sont divers et ont des cultures différentes. Il convient aussi de renforcer les partenariats dans le territoire. Les pays en voie de développement ont besoin de se développer et les entreprises ont un poids énorme en termes d emplois. Il ne faut pas les exclure, mais plutôt les intégrer dans ce processus, notamment par l approche d études d impact environnemental pour tous les projets. Il faut tenir compte des questions des droits de l homme et des enfants, valoriser l appartenance à une culture, à un territoire. Dans la démarche pédagogique, insuffler à ces peuples la fierté de leur terroir, de leurs forêts, de leur milieu culturel, est nécessaire pour qu ils se reconnaissent et retrouvent leur dignité. C est une source de motivation permettant à ces personnes de s intégrer dans ce processus. Il convient d accélérer la mise en place des comités nationaux. Depuis 2005, combien de pays de la francophonie ont mis en place un comité national? Sur les huit pays d Afrique centrale, je ne connais qu un comité qui ait été mis en place par le Gouvernement et qui soit prêt à fonctionner. Le rythme est assez lent, et c est une recommandation forte pour que cela puisse se faire dans les années à venir. ***********************

131 Session 4 Le rôle des médias dans l éducation et l information au développement durable Sommaire Introduction (Patrice CAVELIER, Secrétaire général de Radio France) L évolution des médias, notamment dans le domaine économique (Véronique SMÉE, Rédactrice en chef de Novethic, Caisse des Dépôts et des Consignations) La place de l environnement dans les médias (Carine MAYO, Journaliste, présidente de l Association des Journalistes écrivains pour la nature et l écologie - JNE) Ethique et déontologie des journalistes (Jean-Luc MARTIN- LAGARDETTE, Journaliste, rédacteur en chef du magazine Ouvertures.net) La formation au développement durable des journalistes (Christophe DELOIRE, Directeur du Centre de Formation des Journalistes - CFJ) La formation sur le développement durable pour les journalistes de France Télévisions et le développement durable à l antenne : le cas de RFO (Didier DESORMEAUX, journaliste, responsable du département «Information et édition multisupports» à l Université France Télévisions) L éducation, la formation, l information et la sensibilisation sur le développement durable dans la presse Jeunesse (Françoise RECAMIER, Responsable des partenariats développement durable, Groupe Bayard Jeunesse) Conclusion (Jean-Louis CAFFIER, journaliste à LCI, président de l association Climat, Energie, Humanité, Médias). Animatrice : Jacqueline DENIS-LEMPEREUR : Journaliste scientifique, Comité français de la Décennie Avant-propos par Jacqueline DENIS-LEMPEREUR (Journaliste scientifique, Comité français de la Décennie) Comment l éducation au sens large, c est-à-dire englobant la formation, l information et la sensibilisation, peut-elle aider l ensemble des citoyens à toutes les étapes de leur vie, à être capables et responsables pour gérer le présent tout en étant préparés à faire face à un futur incertain dans une société complexe et en perpétuelle mutation? Tel est le défi qui se présente à nous dans cet atelier. Nous avons une feuille de route : à mi-parcours de la Décennie de l'éducation pour un Développement Durable (DEDD), il s agit de mettre en évidence les évolutions constatées depuis 2005, depuis notamment le colloque «Avancées et propositions en matière d éducation pour un développement durable» organisé par le Comité français de la Décennie en juin 2006 au siège de l UNESCO. Mais il s agit également, à partir de ces constatations de regarder vers l avenir et de faire des propositions pour la deuxième partie de la Décennie.

132 Introduction par Patrice CAVELIER (Secrétaire général de Radio France) Je voudrais d abord revenir sur le titre de cette conférence «Agir ensemble pour éduquer au développement durable» Depuis que je participe aux réunions du Comité français de la Décennie, je me suis souvent interrogé sur ce verbe «éduquer». Revient-il bien aux journalistes d «éduquer» nos concitoyens? Je rappelle que la mission de la radio publique repose sur un triptyque : informer, éduquer, distraire. 526 pour ; 4 contre. Le vote, mardi 21 octobre, du projet de loi sur le Grenelle de l'environnement a scellé un moment de quasi-unanimité en France, comme l'assemblée nationale en connaît rarement. Cela montre sans doute que l heure est venue pour la France d initier une forme de révolution verte. Si les objectifs commencent à faire consensus, calendriers et moyens promettent toutefois encore quelques débats bien animés. En matière d éducation, de formation et d information, le rôle des médias est bien évidemment fondamental et, dans le domaine du développement durable en particulier, Radio France est consciente de l importance d unir ses efforts à ceux des pouvoirs publics, des entreprises, du milieu associatif afin d améliorer dans une certaine mesure les politiques nationales et internationales et, par là même et avant tout éclairer la prise de conscience des citoyens sur ce sujet difficile Difficile d abord, par sa terminologie Sur ce point, les résultats d un sondage Ipsos/Dexia paru, il y a quelques mois, dans le quotidien français «Le Monde» montrait que moins d un Français sur deux a une idée «très précise» ou «assez précise» de ce qu est le développement durable. Le concept même de «développement durable» regroupe un grand nombre de problématiques et manque, de mon point de vue, de repères et de normes délimitées : les citoyens peinent, me semble-t-il, à lui donner une dimension matérielle. Difficile, ce sujet l est également parce qu il remet en cause bien des réflexes, des habitudes, et nos modes de pensée et qu il implique de les réformer. Il s agit ici de rompre avec la philosophie des «trente Glorieuses», incarnation par excellence de la croissance à «tout prix» et symbole de la gabegie qui a fait qu en un siècle, nous avons consommé 100.000 ans d énergies fossiles. Difficile enfin parce que mal connu. Si commerce équitable, tourisme solidaire, produits «bio», biocarburants connaissent depuis quelques années une croissance exponentielle, et si l opinion publique s émeut et se mobilise fortement lors de catastrophes industrielles ou naturelles, qui mettent ponctuellement en lumière les questions d environnement, le caractère «durable» du questionnement et de l engagement des citoyens est loin d être atteint. Le manque d information de la population est régulièrement mis en évidence. Un travail important d explication reste encore à accomplir auprès des Français, sur ce que recouvre le «développement durable» même si, depuis deux ans, des progrès notables ont déjà été réalisés. Je pense notamment que les débats autour du «Grenelle de l environnement» ont constitué une véritable tribune pour parler de ce sujet et sensibiliser une grande partie de nos concitoyens. Dans cette éducation au «développement durable», sorte de cours d instruction civique à l échelle internationale, les médias doivent aider les citoyens à prendre conscience des périls qui menacent notre planète : c est ainsi que nous nous réaliserons en tant que citoyens du monde, même si à titre personnel, je n aime pas trop cette terminologie, mais elle a au moins le mérite de résumer notre devenir, notre avenir commun. Toutefois, comme l a dit Francis Balle 18, «il peut arriver, dans nos démocraties, que le journaliste ne remplisse pas sa mission, parce qu il prétend jouer un rôle qui n est pas le 18 Professeur de Science politique à l Université Panthéon-Assas à Paris, ancien membre du Conseil Supérieur de l Audiovisuel en France. Conférence de Carême à Notre Dame de Paris, dimanche 11 mars 2007.

133 sien : celui de la Pythie de Delphes, chargée de transmettre les oracles des dieux, plutôt que celui de la vigie, apparemment moins glorieux, chargée de surveiller le large» S il paraît naturel et fondamental que tout journaliste prenne en compte, dans l exercice de son métier, la complexité et l interdépendance de l ensemble des processus touchant au développement durable, cela suppose toutefois, en amont, de développer la prise de conscience et les connaissances des professionnels des médias dans ce domaine. Cette prise de conscience doit nécessairement passer par la généralisation des démarches spécifiques d éducation et de formation qui leur sont destinées. Je souhaiterais revenir en premier lieu sur le rôle des médias en général, et en matière d éducation pour le développement durable en particulier. Trop souvent, il nous arrive d entendre de la part d acteurs publics ou privés, travaillant sur les problématiques liées au développement durable, que les journalistes devraient se faire le relais de l urgence des mesures à mettre en œuvre pour préserver la planète, pour changer les habitudes des consommateurs, etc. Il me paraît à cet égard important de souligner et de revenir sur le fait que la mission première du journaliste (et je ne parle pas ici, sciemment des producteurs d émission, mais bien des journalistes) - quel que soit le média dans lequel il travaille et particulièrement s il travaille dans le service public - est d informer et non d éduquer. Un «média» est au sens strict, un agent de transmission : or, un média de transmission - ou de communication est, par nature, un agent neutre. Dans ce contexte, le rôle du journaliste consiste donc à rassembler les faits, les informations, à les organiser et à proposer des analyses. Il donne donc à penser le monde. Le journaliste est censé présenter des faits objectifs afin que le citoyen libre se forge librement sa propre opinion. Une analyse de l état actuel des médias, particulièrement en cette époque de mondialisation, illustre les nouveaux défis concernant leur rôle et leur place dans une société des savoirs partagés. Les nouveaux médias deviennent des bases de données, des lieux de dialogue, de partage de l information, dans lequel chacun peut puiser comme il le souhaite, ce qu il souhaite et quand il le veut. L impact de ces nouveaux médias sur la société des savoirs et de la connaissance est ainsi lié à la possibilité d une plus grande appropriation par ceux qui les utilisent. En outre, les innovations technologiques favorisent le développement de projets de communication collectifs. Elles permettent de relier des partenaires éloignés. En matière de développement durable, le rôle des médias est, là encore, d informer : informer sur les enjeux liés au développement durable, informer sur les réflexions engagées - à l échelle locale, nationale, européenne ou internationale - dans les organismes spécialisés sur ces questions, informer des politiques mises en œuvre par les différents Etats mais également, et surtout, informer - par des messages simples, clairs et scientifiquement vérifiés des gestes citoyens à accomplir pour un «développement durable». Avec ses 13 millions d auditeurs quotidiens, la radio publique française, Radio France, a tout naturellement un rôle essentiel à jouer dans cette réflexion collective, et toutes les chaînes de Radio France ont pris la mesure de l enjeu. Au-delà de leur fonction informative qui les amène à relayer des catastrophes telles que Seveso, Three Mile Island, Amoco-Cadiz, Tchernobyl, AZF ou, récemment encore, la marée noire provoquée par le Fedra à Gibraltar, nos antennes ont pris conscience de leur fonction éducative et formatrice ; elles ont pris conscience qu un travail de fond est également nécessaire pour ne pas seulement traiter l actualité au quotidien mais également dégager, dans la durée, des problématiques et donner à nos contenus éditoriaux, une fonction également pédagogique. Des rendez-vous comme «CO2 mon amour» sur France Inter, les chroniques «Planète citoyenne», «Planète environnement» ou «Planète mer» sur France Info et pendant

134 longtemps, les chroniques d Hubert Reeves sur France Culture sont devenues incontournables pour comprendre les enjeux de l eau, de l énergie, des forêts, de l incidence de l environnement sur les questions de santé et d économie. Aujourd hui, les mesures d'audience montrent que ces émissions citoyennes remportent de plus en plus de succès auprès des auditeurs : à titre d exemple, l émission de Denis CHEISSOUX, «CO 2 mon amour», diffusée le samedi à 14h sur France Inter, a enregistré au premier semestre 2008 une importante hausse de son audience avec près de 260.000 auditeurs supplémentaires. Loin de vouloir «ghettoïser» le sujet et de le cantonner à de simples tranches horaires quotidiennes voire hebdomadaires, nos chaînes souhaitent être des espaces de débat que nous considérons sans équivalent dans le paysage médiatique et audiovisuel français. Elles expliquent et mettent en avant le fait que chacun peut et doit participer au développement durable - entreprises, collectivités mais aussi particuliers - chacun à son niveau, dans sa vie professionnelle et personnelle et que chacun a la possibilité d agir concrètement et à sa mesure, pour protéger l environnement. A ce titre, notre réseau de proximité France Bleu en particulier, avec ses 41 stations locales, relaie et encourage de plus en plus des initiatives locales et associatives sur tout le territoire métropolitain. Une fois cela dit, je voudrais toutefois vous préciser que nous ne considérons pas pour autant notre action comme exemplaire. L humilité reste de rigueur car même si de réels progrès ont été accomplis, un long chemin reste encore à parcourir. Et sur cette route, encore une fois, c est seulement un travail associant l ensemble des acteurs politiques, économiques, associatifs et de nos concitoyens qui nous permettra de traduire dans les faits nos exigences. Nous sommes bien engagés dans une course de fond et non dans un 100 mètres. Nous l avons dit plus haut, pour informer correctement, un minimum de connaissance et de culture du sujet est nécessaire au travail du journaliste. Comment parler d économie, de nucléaire, de politique étrangère, sans avoir une culture générale solide dans ces domaines? Il en va bien évidemment de même pour les questions relevant de l écologie et du développement durable. C est une évidence, la formation des journalistes aux problématiques du développement durable est une condition sine qua non afin de donner aux journalistes «les clés» qui pourront leur permettre - à leur tour - de mieux informer leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Cette formation doit faire partie du tronc commun de l enseignement dispensé par les écoles de journalisme, au même titre que les grandes disciplines traditionnelles. Toute entreprise de média devrait également permettre à ses collaborateurs d antenne, - tout au long de la vie professionnelle - de pouvoir se former et de se perfectionner sur ces questions dans le cadre de la formation permanente. Nous le constatons tous les jours, la question du développement durable n est pas réservée à des spécialistes. Elle nous touche tous : à la maison, dans l entreprise, dans nos déplacements qu ils soient professionnels ou pour les loisirs. A ce jour, timidement, les cursus des principales écoles de journalisme commencent à faire référence à ces questions, au travers notamment - de l économie. Mais il faut aller, me semble-t-il, bien au-delà. Le développement durable englobe beaucoup d autres sphères de la société. Enfin, réserver le traitement des questions du développement durable dans les médias à des journalistes spécialistes n est pas la panacée, tant les sujets liés à ces questions sont multiples. Ces sujets sont complexes, et ils évoluent nécessairement dans le temps grâce aux nouvelles découvertes scientifiques et à la prise de conscience accélérée des citoyens -

135 auditeurs, lecteurs, téléspectateurs. Les journalistes doivent donc constamment remettre à jour leurs connaissances dans tous les domaines, y compris celui du développement durable. La question de la formation continue n est encore malheureusement pas suffisamment prise en considération, non seulement par les entreprises, mais me semble-t-il, également par les premiers intéressés eux-mêmes : les salariés, au rang desquels nous trouvons bien évidemment les journalistes. Au-delà du développement ou du maintien de l employabilité sur le marché du travail, la formation professionnelle appliquée au développement durable est plus que nécessaire tant les sphères et sujets relevant de ces questions sont vastes et évolutifs. Managers et dirigeants d entreprise de médias doivent - de ce point de vue - être aux avantpostes pour proposer à leurs équipes des formations permettant aux collaborateurs travaillant dans l éditorial (journalistes et producteurs d émission) d être parfaitement en phase avec les changements de notre monde. Je l ai dit, il reste encore du chemin à parcourir et je ne doute pas que l ensemble des débats de ces trois journées, et le nôtre cet après-midi, nous permettront de faire quelques pas supplémentaires. Je voudrais, sous forme de conclusion à mon propos introductif, vous livrer cette citation bien connue d Antoine de Saint-Exupéry que j ai retrouvée récemment dans un article du quotidien Le Figaro, consacré au développement durable, et qui, d une manière sans doute un peu idéaliste résume notre situation et notre responsabilité commune : «Nous n héritons pas de la Terre de nos ancêtres. Nous l empruntons à nos enfants.» L évolution des médias, notamment dans le domaine économique par Véronique SMEE (Rédactrice en chef de Novethic) L information sur le développement durable n est pas une information comme une autre. Elle se heurte d autant plus aux contraintes des médias : l audience, le court terme, parfois le spectacle. Le développement durable concerne des enjeux complexes, majeurs pour l avenir de la planète, ce qui rend difficile le travail des médias. Donner une information objective, en évitant le catastrophisme ou la culpabilisation, tout en impliquant les citoyens: le défi est considérable. Novethic est un site qui a été créé en 2001 par la Caisse des Dépôts et Consignations. C est un centre de ressources qui produit de l information sur le développement durable et sur les fonds éthiques et qui se veut un carrefour entre la société civile et les acteurs économiques et politiques. En 7 ans, nous avons observé une évolution extrêmement rapide et foisonnante des médias sur ces questions. Les médias généralistes ont commencé à relayer le développement durable avec le Sommet de Johannesburg en 2002, ensuite l écologie est montée en puissance jusqu à la médiatisation des travaux du GIEC et de la question climatique. Les ONG ont bénéficié d une plus forte visibilité et d une plus grande crédibilité dans leurs alertes. Il y a des aspects extrêmement positifs, le côté négatif restant l aspect trop souvent émotionnel pour traiter ces sujets, notamment lorsqu il s agit de catastrophes naturelles ou de pertes des ressources, qui renvoient à une certaine impuissance. Les médias ne donnent pas suffisamment de place au rôle de consom acteurs et d écocitoyens et n arrivent pas à impliquer vraiment les gens Autre point sur lequel il faudrait progresser : les médias s intéressent peu aux impacts sociaux et sociétaux des activités économiques, impacts pourtant essentiels, notamment dans les pays émergents. Le volet social est traité à la marge, généralement dans ses

136 aspects liés à l environnement (réfugiés climatiques, travail des enfants ) ou sous l angle du commerce équitable. Enfin, si les médias spécialisés dans le développement durable parviennent à fournir un bon niveau d information sur ces questions, leur public est généralement restreint aux «convaincus» ou aux professionnels du développement durable. Le risque est bien réel pour la communauté développement durable de ne parler qu à elle-même! Sur le volet économique, un changement est apparu avec la publication des premiers rapports développement durable des entreprises, la notion de responsabilité sociale et la prise en compte des parties prenantes (public, salariés, consommateurs).enfin, le processus inédit du Grenelle a été largement couvert par les médias et a contribué à la prise de conscience écologique. Pour autant, ces évolutions aussi remarquables soient-elles, comportent plusieurs aspects négatifs qui restent à améliorer. Les médias devraient ancrer ces sujets dans une vision globale et expliquer les enjeux de société liés au développement durable, ne pas se contenter de relayer une addition de «petits gestes» ou d adopter un ton parfois culpabilisant. Sur le bio par exemple, les médias ne font sans doute pas assez de pédagogie et n aident pas les consommateurs à faire la différence entre marketing et vraies démarches. Avec pour conséquence de brouiller la confiance du public, et d induire une perte de repère dans son pouvoir de consom acteur. On observe toujours un aspect trop spectaculaire dans certaines émissions, avec le risque que le public se sente dépassé et ne comprenne pas comment agir. Les informations tendent à se focaliser sur des évènements ponctuels, au lieu de suivre les questions à long terme, d expliquer les causes des phénomènes climatiques, du stress hydrique, de l épuisement des ressources naturelles, etc. Les médias font trop souvent appel à l émotion et au sensationnalisme, notamment dans la manière dont ils couvrent les catastrophes naturelles ou la disparition des espèces, par exemple. Sur Internet, on assiste à une multiplication de sites et d agrégateurs de contenus qui diffusent l information sans aucune hiérarchie, mélangent articles, communiqués de presse et publicité. Autant de pratiques qui donnent une vision biaisée du sujet, d autant que le développement durable est aussi un enjeu de communication «corporate». Les journalistes spécialisés sont noyés de communiqués et de conférences en tout genre, leur rôle de filtre de l information est de plus en plus difficile. L information donnée par les entreprises n est pas toujours vérifiable, notamment sur leurs impacts locaux dans les pays émergents, les réalités des chaînes de sous-traitance, le travail des enfants, etc. Journalistes et ONG auraient un intérêt commun à interpeller les entreprises via ces informations extra financières. Je regrette que l entreprise soit encore la face cachée du développement durable alors que c est un élément-clé en termes de diminution des impacts environnementaux et sociétaux. La place de l environnement dans les médias par Carine MAYO (Journaliste, présidente de l Association des journalistes écrivains pour la nature et l écologie) L idée que les journalistes ont un rôle important à jouer dans la sensibilisation de la population aux problèmes de l écologie n est pas nouvelle. C est même sur ce constat que notre association de Journalistes écrivains pour la nature et l écologie (JNE) s est constituée, il y a bientôt 40 ans. Première association de journalistes à se préoccuper de ce thème dans le monde, elle a été créée par Pierre Pellerin qui écrivait alors dans La Vie des Bêtes, Jean Carlier de RTL, et d autres, à une époque où la protection de la nature et de l environnement était un sujet peu visible dans la presse. Les JNE ont fait partie de ces lanceurs d alerte qui ont expliqué les atteintes portées à la planète et l idée que les ressources qu elle nous procurait n étaient pas infinies.

137 C est donc logiquement que l association a publié sa première enquête sur la place de l environnement dans les médias, il y a dix ans, pilotée par Claude-Marie Vadrot alors président de l association et journaliste au Journal du Dimanche. L objectif était d analyser le décalage entre les attentes du public et le traitement des sujets d environnement par les médias. Cette enquête donnait aussi largement la place à des témoignages de journalistes, membres de notre association. Depuis, plusieurs éditions de cette enquête ont vu le jour. Dans la dernière édition, en cours de finalisation, nous avons choisi de donner la parole à nos 260 membres et de centrer notre débat sur la question : «Le Grenelle de l environnement a-t-il changé quelque chose dans votre pratique journalistique?» Pourquoi ce choix? Parce que c est l actualité la plus saillante de l année qui vient de s écouler dans notre domaine, même si, comme l ont fait remarquer plusieurs journalistes de l association, d autres faits marquants ont eu lieu ces derniers mois : le rapport du GIEC, le film d Al Gore et leur prix Nobel commun, ainsi que l éventualité de la candidature aux élections présidentielles de Nicolas Hulot, qui a fait couler beaucoup d encre. Mais est-ce l urgence de la crise? Est-ce la conjonction de tous ces phénomènes? Il semble que notre société soit plus à l écoute du message écologique, même s il est difficile d en connaître l origine et même si certains, y compris au sein de notre association, trouvent que cela ne va pas assez vite. Avant de donner la parole à nos membres journalistes, nous avons observé la presse. Voici ce que nous avons retenu. En ce qui concerne la télévision, l observation du journal télévisé de 20h de TF1 et de France 2 et celui de Soir 3, de fin mars à fin avril, au moment de la Semaine du développement durable a été riche d enseignement. Il semble que les télévisions aient eu du mal à trouver des sujets pour illustrer ce concept, car elles n y ont accordé que très peu de place. Peut-être est-ce le format court des sujets (1 minute 30 secondes pour la plupart, notamment sur TF1), qui rend difficile la mise en perspective des trois piliers du développement durable, économique, social et environnemental, à moins que ce ne soit un sujet qui inspire peu les rédacteurs en chef. On note pour cette période du printemps de grandes différences suivant les chaînes. TF1 est, comme en 2005, de loin celle qui accorde le plus de place à l environnement avec souvent plusieurs sujets par jour, notamment sur la nature de proximité quitte à produire deux reportages quasi identiques sur des couples de faucons nichant au sommet de cathédrales à quelques jours d intervalle. Sur France 2, on privilégie les sujets sur l environnement au quotidien et dans Soir 3, il y a assez peu de sujets sur l environnement, mais quand il y en a, ils sont développés plus longuement. Ce fut le cas notamment pour les OGM au printemps dernier, car nous étions en plein moment du vote de la loi OGM. L examen de ces journaux télévisés ces dernières semaines d octobre 2008 a confirmé cette tendance à des sujets proches de la vie quotidienne et consensuels, même si l on peut noter l introduction d enquêtes dans le JT de TF1, avec notamment un sujet de 3.30 minutes sur le risque nucléaire en France. L on peut également remarquer que le vote de la loi Grenelle ces dernières semaines a très peu intéressé le petit écran et que l enjeu écologique face à la crise économique a été peu traité dans les journaux télévisés. Cela ne signifie pas pour autant que la télévision se désintéresse de l environnement. On peut saluer l apparition de «Report-Terre» sur France 5, cette série d émissions qui envoie des jeunes filmer les meilleures initiatives européennes en matière d écologie en Europe, ou encore l émission de débats «Ce soir ou jamais» sur France 3 qui intègre souvent des thématiques environnementales, ainsi que le magazine «Ô, ma planète» produit par Dominique Martin-Ferrari, membre de notre association qui sera diffusé sur RFO à partir de novembre. Et la télévision sur Internet n est pas en reste avec Gaïa Network, Terre TV, Alternative Channel, Ze media vert, de même que la webradio Fréquence Terre, qui lance à partir de fin octobre 2008 une série d émissions consacrées à l environnement aux USA. Toujours en ce qui concerne les radios, notons que France Culture a créé une semaine spéciale Grenelle de l environnement en octobre et que RTL lance l expédition RTL en

138 envoyant des reporters aux quatre coins du globe pour analyser les conséquences de la crise écologique et du changement climatique sur notre avenir. En outre, Virginie Garin, la journaliste chargée de suivre l environnement sur cette antenne, nous écrit : «Le Grenelle a augmenté incontestablement le rythme des sujets Environnement traités à l'antenne, offrant de multiples accroches concrètes (Eco prêts, taxes poids lourd, normes habitat, pesticides...).dans ma chronique quotidienne (6h50), je parle régulièrement de sujets liés au Grenelle.» Quant à la presse écrite, elle n est pas en reste avec la création des pages Planète au Monde, ou encore des numéros spéciaux du Nouvel Observateur, de Capital, de VSD ou plus étonnant de magazines comme Femme Actuelle. Car la nouveauté, c est sans doute que la préoccupation de l environnement touche des formes de presse qui y accordaient peu d importance avant : la presse économique, même si c est une tendance déjà amorcée depuis quelque temps, mais aussi la presse féminine, les journaux parentaux qui s adressent aux jeunes mamans, les journaux de santé Autre conséquence nouvelle sur la presse de cette prise en compte de l écologie : les entreprises de presse commencent à faire désormais attention à leur empreinte environnementale. Notons le passage de Géo sur papier au label FSC (Forest Stewardship Council), le recrutement d un «Monsieur Développement durable» à Prisma Presse ainsi que la mise en place annoncée d un recyclage effectif du papier, la réalisation d un bilan carbone, d abord à VSD, puis pour l ensemble du groupe Prisma. Et ce ne sont que des exemples parmi d autres. Après cette description du paysage médiatique dans lequel évoluent les journalistes, revenons à la question centrale de notre enquête que nous avons posée à nos membres. «Le Grenelle de l Environnement a t-il changé quelque chose à votre pratique journalistique?» Pour ceux qui travaillent au sein de magazines spécialisés, nos confrères de La Maison écologique, de Terre Sauvage, de la presse consacrée au jardinage, aux animaux, au bio ou encore Denis Cheissoux producteur de l émission «CO2 mon amour» sur France Inter, le Grenelle de l environnement n a rien changé à leur pratique. Ils continuent à jouer leur rôle précurseur d observation pointue des thématiques qu ils ont à traiter. Une autre frange de confrères se refuse à attribuer une importance quelconque au Grenelle de l environnement qui leur apparaît comme une mascarade politique. Certains confrères font état d un net changement dans leurs journaux. Ainsi, Olivier Nouaillas du magazine La Vie écrit : «Les sujets d'environnement montent désormais en "Une". Et à l'occasion de la nouvelle formule de La Vie (janvier 2008), une rubrique régulière d'écologie "'pratique" (1 page minimum, parfois deux, voire trois) a été créée dans la partie magazine de l'hebdo qui vient s'ajouter aux papiers d'actu de la première partie.» De même, Marie Verdier journaliste à La Croix note : «Il est vrai que le Grenelle a amplifié une tendance antérieure imputable au thème du changement climatique qui a pris une nouvelle ampleur à partir de début 2007 au moment de la publication du rapport du GIEC, puis des négociations internationales sur l après- Kyoto. L'actualité européenne avec le paquet énergie-climat, la réduction des émissions de CO2 des voitures, etc. a en permanence entretenu le thème de l'environnement parmi les enjeux politiques et économiques. Ce sont en fait l'ensemble des journalistes, comme dans le reste de la population, qui se sentent à titre personnel plus concernés par les questions d'environnement, de pollution, de produits écolo... Ces sujets recevaient déjà un accueil favorable auparavant. La nouveauté c'est qu'ils s'imposent plus quand ils sont mis en balance avec d'autres sujets dans l'actualité.» La presse catholique n est pas la seule à accorder plus de place à l environnement. Notons ce témoignage intéressant, de Nadia Loddo, journaliste au quotidien gratuit Metro : «Le Grenelle de l Environnement a été responsable de la création de mon poste! Je travaille

139 chez Metro depuis deux ans et deux mois. Au début, je m occupais des pages actualités (monde, France, politique) et de la rubrique hebdomadaire dédiée à l environnement : Ma planète. Cette rubrique a été lancée à la rentrée 2006 par l ancien rédacteur en chef adjoint François Bourboulon. Très vite je m y suis intéressée et j en ai pris la responsabilité. Un an après, face à l importance croissante des sujets attenant à l écologie et à l imposante actu du Grenelle de l environnement, ma rédaction en chef a décidé de créer un poste de reporter environnement. Par là, elle souhaitait donner plus de transversalité aux sujets verts dans le journal papier et sur metrofrance.com : je couvre maintenant tout ce qui concerne l environnement et le développement durable, des pages politiques aux pages médias. Je suis à Metro la première journaliste bi-média et thématique.» Ce qui est nouveau également, c est que la plupart des journalistes mettent en avant la plus grande légitimité que leur a apportée le fait que les médias s emparent de la thématique du Grenelle. Voici un échantillon de leurs témoignages : «Les rédac chefs commencent à comprendre les questions écologiques, il est donc plus facile de les vendre sans avoir à plaider pendant des heures.» «J'ai la nette impression que l'écologie est prise davantage au sérieux par les sources diverses que j'ai eues à interviewer» «Je dirai qu'il y a encore 4 ou 5 ans, je passais pour une militante, un peu monomaniaque, limite"'emmerdeuse" ou "rabat-joie" et dans la rédaction certains pensaient "ras le bol de l'environnement". Je les comprends, la vie serait tellement plus belle, si on pouvait ne pas parler de pollutions et autres dégradations de la nature! J'avais l'impression que les "gens" cherchaient à mettre ces questions "qui dérangent" sur la touche, en espérant ainsi les marginaliser.» «Le Grenelle a légitimé nos propositions de sujets ou d'angle dans cette tonalité par rapport à notre direction de la rédaction. Il nous a aidés à "faire passer" des sujets ou à leur donner de l'ampleur. Mais modestement... nous voudrions faire plus encore! Il aide aussi au quotidien par rapport à certains copains non sensibilisés à nous faire passer du statut d "écolos gentils voir rétrogrades" à "citoyens anticipateurs".» Ces témoignages contrastent nettement avec ceux de notre première enquête, en 1998, dans laquelle 45% des membres des JNE interrogés estimaient qu ils ne seraient pas remplacés en tant que journalistes spécialisés s ils venaient à quitter leur rédaction! Plusieurs journalistes soulignent, voire déplorent la prééminence des sujets en lien avec le dérèglement climatique, au détriment de sujets sur l érosion de la biodiversité, la nature, la mer et les océans. Un changement semble toutefois s amorcer chez les journalistes spécialisés en Santé, et l une de nos membres écrit : «ils commencent à s'intéresser aux problèmes des pesticides, des perturbateurs endocriniens, de la pollution dans les maisons... Jamais ces sujets dont je leur parlais avant ne retenaient leur attention, aujourd'hui, ils écoutent et veulent savoir.» Cela corrobore le fait que plusieurs journalistes couvrant les domaines de la santé et du bien-être aient rejoint notre association durant l année qui vient de s écouler, ce qui est nouveau. Autre nouveauté, le fait que l écologie et la politique soient plus étroitement mêlés. Patrick Piro, de Politis note que le Grenelle a finalement politisé le champ écologique, dans le sens où il a mis en tension, et donc contrasté, une écologie politique qui ambitionne de changer la société et ses fondements (et qui reste bien sûr hors institution), et une écologie d accompagnement «désidéologisée», simple montée en puissance de la croissance verte.» Dans le même registre, une autre journaliste témoigne : «nous travaillons plus souvent de conserve avec les journalistes politiques, bien que ceux-ci considèrent toujours que leur journalisme est plus noble que celui lié aux questions environnementales.» Reste ensuite à apprécier la qualité de ce qui est fait : est-ce qu il s agit d un simple verdissement de l information ou d une prise en compte en profondeur de l environnement? Une journaliste de l association note : «certains médias jusqu'ici "étanches" aux sujets environnementaux sont plus sensibles aux questions d'écologie pratique et diluent du "vert" un peu partout. Mais sur le traitement des questions, on ne peut toujours pas aller au fond

140 des choses. Il faut se contenter de courts formats, d'approches concrètes pour le lecteur, très "vie quotidienne".» Dans le même registre, un autre de nos membres écrit : «ce n'est pas tout de pouvoir davantage parler d'un sujet, mais sommes-nous libres de donner au public des clés pour le mûrir au-delà des comptes-rendus anecdotiques? On ne commence à penser qu'en phase terminale de crise mais pas avant et apparemment en écologie, ce n'est pas encore assez grave, pour faire sortir les grandes idées.» A l inverse, certains journalistes notent une meilleure information du public qui semble plus «éduqué» aux questions d environnement. «Les demandes des rédacteurs en chef sont plus pointues» remarque une journaliste. De son côté, Dominique Martin-Ferrari note une «demande plus forte des dossiers jadis considérés comme ardus (grandes Conventions, réchauffement, biodiversité ) ainsi qu une meilleure compréhension des relations local/global, et un glissement du développement durable vers l écologie citoyenne, les problèmes de gouvernance, d éthique» Mais cet engouement pour l environnement dans les médias peut connaître des retours de bâton. L histoire récente est pleine de ces brusques prises de conscience (dans les années 70 puis au moment du Sommet de Rio en 1992), suivies de retombées. Et même si, de notre point de vue, les crises écologique, financière et alimentaire sont liées, il est difficile de prévoir l enseignement qu en tirera notre société dans les mois à venir. En outre, il serait faux de croire que notre travail de journalistes s en trouve facilité. Plusieurs membres de l association relèvent l accroissement du volume d informations à vérifier ainsi que «la démultiplication des communiqués de presse «greenwashants» qui commencent tous invariablement par "à l'occasion du Grenelle,...". Cela entraîne plus de travail pour vérifier des infos qui n'intéresseraient personne en temps ordinaire mais qui font mouche parce qu'il y a le mot Grenelle dedans.» Ainsi Virginie Garin de RTL relate sa récente mésaventure : «La traduction parlementaire des mesures écologiques a attisé la concurrence entre les médias et la volonté de diffuser avant les autres le futur bonus malus ou la future taxe... j'ai dû passer beaucoup de temps pour vérifier toutes ces infos venant d'autres médias qui étaient régulièrement démenties.» Notre société se trouve à un carrefour de son histoire, et il appartient aux journalistes, d accompagner ce changement, de donner aux citoyens les clés pour comprendre les évolutions du monde et de notre planète, ce qu Olivier Nouaillas, de La Vie, résume très bien : "Depuis le Grenelle de l'environnement, il est globalement plus facile de parler et de publier des sujets d'environnement". Il est vrai aussi que certains médias ont tendance à ne privilégier que des sujets consensuels (écologie pratique sous forme de conseils). Certes, il faut répondre à cette demande des citoyens de se comporter individuellement de façon éco-responsable. Mais le "local ne doit pas occulter le "global". Et les sujets conflictuels et préoccupants pour l'avenir de la planète (réchauffement climatique, OGM, pollutions de l'eau notamment) restent nombreux. Ils continuent de mettre en jeu des rapports de force, des lobbys puissants. D'où l'importance pour les JNE de continuer à défendre une information exigeante, contradictoire, faisant appel à l'enquête, au reportage et à l'investigation.» C est ce que nous allons essayer de faire, dans nos médias, sur le site Internet de notre association et en continuant à suivre de près la façon dont la presse traite les sujets d environnement et de développement durable.» Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Je remarque que vous parlez surtout d environnement, bien plus que de développement durable. Carine MAYO, JNE Dans la plupart des médias, le développement durable est un thème qui a du mal à émerger. C est peut-être vrai aussi au niveau des journalistes.

141 Jean-Louis CAFFIER, LCI La perception des journalistes face au changement est une question particulièrement intéressante. Est-on face à un verdissement de l information ou à une véritable prise en compte? J ai tendance à privilégier la première réponse. On est en train de beaucoup verdir l information, l actualité, mais je ne pense pas qu il y ait encore de réelle prise en compte en profondeur dans toutes les dimensions du sujet. Pourtant l'on sent bien monter dans toutes les études une préoccupation de plus en plus globale, qui dépasse de loin le cadre environnemental habituel pour gagner le cadre économique et financier. La France a été le premier pays au monde à se doter d un ministère avec une surface d intervention aussi large. Je rappelle que le ministère français (MEEDDAT), c est non seulement l écologie, le développement durable, mais aussi l énergie, les transports et l aménagement du territoire Je rappelle que dans le Pacte de Nicolas Hulot qui a été signé ou presque par tous les candidats à la présidence de la République en 2007, était prévu un poste de vice-premier ministre, chargé de gérer toutes ces questions de façon transversale. Posons-nous une question en tant que journalistes spécialistes des médias : a-t-on parallèlement mené une démarche identique, dans les journaux, à la radios et à la télévision? A-t-on adopté ce type de démarches? Absolument pas. Les journalistes Environnement continuent à travailler sur leurs sujets environnementaux, qui ont certes le mérite d exister. Mais on ne prend pas le développement durable en compte dans le traitement global de l information. Il y a urgence car l'on n a pas du tout compris ce qui se passait. Éthique et déontologie des journalistes par Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE (Journaliste, Rédacteur en Chef du magazine Ouvertures.net) Le développement durable est une notion plus complexe et profonde que la simple notion d environnement. Les questions de la pauvreté, de la justice sociale, de guerres, de logement, de santé, du droit des autochtones font partie du panier qui a accompagné la naissance du développement durable, et sont inter-reliées. Le développement durable est une question politique majeure, et c est un concept qui mérite d évoluer. Les sujets se rapportant au développement durable se sont multipliés dans les médias (tous supports confondus) ces dernières années. Quand je proposais de tels sujets en conférence de rédaction il y a quinze ans, je devais me battre bec et ongles. Aujourd hui, il ne se passe pas un jour sans que l on n assiste à des reportages sur le réchauffement climatique ou sur les économies d énergie. Malheureusement, le chemin est encore long pour un traitement complet du développement durable. En effet, mes confrères évoquent essentiellement les questions environnementales ou énergétiques. Les questions sur la gouvernance, le débat démocratique, l expertise indépendante, la santé, le social, la pauvreté sont beaucoup moins connues et abordées. On commence seulement à évoquer le commerce équitable et les microcrédits. Mais cela reste anecdotique. Mais surtout, les actualités ne sont pas analysées sous le triptyque développement durable. Les grands journaux, qui sont encore les plus lus par les décideurs, qui sont encore les prescripteurs d opinion les plus efficaces, tiennent toujours bien trop peu compte des informations politiquement sensibles ou marginales, minoritaires, contestataires ou contradictoires (sauf en environnement). Ils fonctionnent en assez étroite relation avec les institutions et les pouvoirs au risque d occulter la novation et les voies de progrès (qui, au départ, gênent toujours plus ou moins, les acteurs en place). Les freins à une meilleure prise en compte du développement durable dans la presse sont : - un manque de formation des journalistes à la déontologie et à l épistémologie journalistiques ainsi qu au développement durable ;

142 - le manque d indépendance des journalistes par rapport à leurs employeurs qui sont par ailleurs des acteurs économiques et sur lesquels ils ne peuvent donc ni investiguer ni porter de critiques. - la quasi-absence de régulation déontologique journalistique. Une légère prise de conscience émerge avec les sociétés de journalistes, la création de postes de médiateurs et de comités d éthique. Mais ces structures restent internes aux organes de presse et ont encore assez peu de pouvoirs. Cette lacune facilite le laxisme, l à peu près, les rumeurs, les pouvoirs institutionnels et économiques en place. J ai observé que le manque d objectivité (ou la trop grande partialité) et l arbitraire des journalistes avaient toujours des conséquences en termes d injustices et de souffrances. Beaucoup l ignorent. Pour améliorer cette démarche, il serait bon de former les journalistes à la déontologie journalistique et aux trois composantes du développement durable. De même, la création d une instance de régulation composée à la fois d éditeurs de presse, de journalistes et de représentants de la société civile serait souhaitable (un projet de Conseil de presse est en cours en France). Cette instance nationale, pourrait être saisie et se saisir pour traiter les cas de dérives journalistiques. Rien à voir avec un conseil de l ordre ni avec un CSA (Conseil supérieur de l audiovisuel), ce serait plutôt un observatoire et un médiateur qui permettrait un meilleur traitement du débat, essentiel en démocratie, sur l indépendance et la qualité du journalisme. Enfin, il serait bon d organiser des scènes de débats publics sur les questions de société animés par des professionnels de la controverse et menées selon des règles d argumentation précises et rigoureuses (ex. conférences de citoyens ; action de l association Vivagora, etc.), avec suivi pédagogique et exploitation des synthèses. Pour mémoire, je rappelle que la Déclaration de Rio, qui a mondialement lancé le concept de développement durable, demande aux États et aux peuples, non seulement de se soucier d écologie, mais de vouloir également : éliminer la pauvreté, accorder une priorité spéciale aux pays en développement, réduire et éliminer les modes de production et de consommation non viables, promouvoir un système économique international ouvert et favorable propre à engendrer une croissance économique et un développement durable dans tous les pays, reconnaître les connaissances du milieu et des pratiques traditionnelles des populations autochtones, etc. Début septembre, une conférence organisée par l UNESCO a déploré l incapacité de la communauté internationale de respecter les objectifs de développement du millénaire (ODM) en matière d assainissement des eaux usées. Malgré les promesses des États signataires depuis des décennies, 2,6 milliards de personnes n ont toujours pas accès à l assainissement. Or le défaut d évacuation et d épuration des eaux usées rend malades 7 millions de personnes dans le monde et en tue près de 1,7 millions (dont 90 % d enfants). Débat avec la salle Céline CONRARDY, Réseau français des étudiants pour le développement durable REFEDD J ai entendu qu il serait utile d avoir un tronc commun sur le sujet dans les écoles de journalisme. Je voulais signaler que nous avons réalisé une enquête auprès de 15 000 étudiants français de l enseignement supérieur dans laquelle vous trouverez la proposition d un tronc commun «développement durable» dans toutes les filières d enseignement. Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Ce document figure sur notre site (www.decennie-france.fr). En effet, dans le cadre de la préparation de cette Conférence de Bordeaux, nous avions proposé un premier

143 questionnaire aux étudiants pour connaître leurs souhaits en la matière. Finalement, cela les a entraînés plus loin et ils ont abouti à ce rapport tout à fait intéressant. Céline CONRARDY, REFEDD Je voulais rebondir sur la proposition de Madame SMEE quant à des intérêts communs entre journalistes et ONG pour interpeller les entreprises sur leur rapport de développement durable. Ceci pourrait nous intéresser en tant que futurs professionnels. Aussi, je vous invite à nous contacter pour développer l action. Véronique SMEE, NOVETHIC J ai abordé cela car c est quelque chose que nous pratiquons parce que c est le cœur même des sujets que nous traitons. Il y a, bien souvent, un intérêt commun entre journalistes et experts d ONG à scruter ces informations. Peu de journalistes le font, mais ces informations peuvent interpeller réellement les entreprises. Même s il s agit de communication, il est aussi intéressant de voir la façon dont les entreprises communiquent. A travers ces rapports, elles disent toujours quelque chose et c est à partir de ce matériau que l on peut les interpeller sur des questions bien précises. Sébastien DARCY, journaliste Sur la façon dont les journalistes doivent intégrer l environnement dans leur manière de faire les reportages, il a beaucoup été question de développement durable, le mot «écologie» n ayant même pas été prononcé. J ai en tête un livre écrit par Hervé KEMPF, spécialiste de l environnement qui travaille au journal Le Monde, intitulé «Comment les riches détruisent la planète». Il explique que le développement durable est une arme sémantique pour faire que rien ne change et que le système productiviste se perpétue. Moi-même, j emploie le moins possible le mot «développement durable» dans mes articles. Pourtant, je reçois nombre de communiqués traitant du développement durable : Veolia qui fait de l incinération, Renault des 4x4,. Pour avoir des journalistes qui savent de quoi ils parlent, qui soient inspirés, n y aurait-il pas besoin de s émanciper, de décoloniser l imaginaire par rapport à toutes les mythologies dont nous sommes imprégnés? Si je fais un rapide flashback dans l histoire, à partir des années 60-70, une pensée écologiste émerge. L on dit alors que la croissance infinie sur une planète aux ressources finies est impossible. Puis, il y a eu cette croyance incroyable au progrès. Finalement, il y a eu la course au productivisme, l affrontement des blocs, etc. Aujourd hui, nous sommes dans le mur et si nous sommes tous là aujourd hui, c est parce que nous sommes dans l urgence, parce qu il faut tout changer du jour au lendemain. C est d ailleurs un peu ce qu a fait le Grenelle. Comment dire à ces personnes qui ont une certaine culture, qui sont dans le journalisme depuis des années, qu il faut changer leur perception du monde? Personnellement, j ai travaillé dans deux journaux différents. Dans ces deux régions différentes, il y avait un projet d autoroute. Les «anciens» journalistes disaient : «Qui sont ces écologistes qui veulent empêcher la construction de cette autoroute? Nous n allons pas leur donner la parole». Aujourd hui, avec le Grenelle, ces écologistes auront peut-être davantage la parole. Peut-être que cette idée de décoloniser l imaginaire, y compris pour les journalistes, passerait par une meilleure ouverture d esprit, une meilleure polarisation envers tous ces réseaux associatifs, tous ces scientifiques de l ombre, lanceurs d alertes. J ai une question pour Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE : comment s apprend la curiosité? Comment apprend-t-on à remettre en question ses présupposés? Peut-être que cette idée de décoloniser l imaginaire, y compris pour les journalistes, passerait par une meilleure ouverture d esprit, une meilleure polarisation envers tous ces réseaux associatifs, tous ces scientifiques de l ombre, lanceurs d alertes.

144 J ai une question pour Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE : comment s apprend la curiosité? Comment apprend-t-on à remettre en question ses présupposés? Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, journaliste Le développement durable aujourd hui a trop souvent une consonance moralisante, moralisatrice. On doit respecter la planète, ne plus jeter ses déchets n importe comment, on doit penser aux générations futures. Comment faire que cette notion soit sexy? Je propose d aller au-delà de la morale jusqu à la philosophie et l art, jusqu à l humain. Imaginez un développement imprégné de la joie de connaître et de comprendre. Il manque la joie de comprendre que la nature est quelque chose de complexe et de merveilleux. Certains, comme Nicolas HULOT, le font très bien. Le problème, ce sont les déchets, la pollution. En fait, l on n a pas envie de voir nos déchets, de les regarder, de les traiter. Cela ne plaît à personne, surtout ceux qui salissent le domaine des autres et qui s en moquent car, chez eux, c est tout propre. Il y a donc un problème politique, un problème de conscience, un problème de responsabilité. S occuper des conséquences de nos productions, c est s intéresser à tout ce cycle de la nature (production, ingestion, digestion, émission) et c est comprendre que la nature a de nombreuses solutions. Les gens sont intéressés quand on leur propose des éco-actes, des éco-gestes. Quand on parle de l épuration par les plantes, de merveilleux sujets sont à faire sur cela et les gens sont fascinés. Si l on mettait l accent sur ce décryptage, il y aurait une sorte d émerveillement. Celui qui est émerveillé respecte forcément ce qui l émerveille, et n attendra pas qu on lui dise que c est son devoir de penser aux générations futures. De plus en plus, en comprenant la nature, il sera renvoyé à lui-même. L on revient donc vers l humain, vers nous-mêmes au milieu de la nature. L on comprend alors que le développement durable, le respect de l écologie, c est la découverte de ce que nous sommes, individuellement mais aussi au milieu des autres. Une activité durable est une activité aiguillonnée par cette découverte de la beauté qui nous renvoie à nous-mêmes dans le monde, et qui ne peut conduire qu à des comportements harmonieux donc à un développement indéfiniment durable. Il faut enseigner la curiosité, l émerveillement plutôt que l affrontement, la culpabilisation, et tout le monde en bénéficiera. Jean-Louis CAFFIER, LCI Pour répondre à la question, je dirais qu il faut absolument revenir à quelques fondamentaux. Il est nécessaire de faire du développement durable aujourd hui parce que nous avons un problème, et que nous ne l avons pas encore bien maîtrisé. A-t-on un problème en liaison avec notre développement et la Terre? Quelle est l importance de ce problème? Quelles réponses apporte-t-on? Avant de proposer des solutions, il faut bien connaître la nature du problème. Selon moi, la question climatique et énergétique n est absolument pas maîtrisée, ni dans l opinion publique, ni chez les politiques, ni chez les journalistes ou les producteurs d émissions. Il suffit de regarder l évolution du climat et des gaz à effet de serre depuis une centaine d années et les perspectives en matière d énergie pour comprendre que si l on n arrête pas très vite de continuer sur cette voie, nous traverserons à une vitesse vertigineuse le fameux mur où nous sommes déjà. Un travail d éducation, d information, de transmission de données est à faire pour permettre à chacun de mesurer l importance de ce problème, si l on admet que l on en a un, et pour adopter ensuite les bonnes réponses.

145 Pourquoi -20 % de CO2 à l horizon 2020? C est bien, mais cela repose sur quoi? Je rappelle que le rapport du GIEC annonçait 30 % minimum, et qu il vaudrait mieux faire 40 %. Si l on n a pas les notions de base, on ne réussira pas à faire passer les nouveaux comportements qui peuvent être développés sur les antennes. Pascal BOURGOIS, Maison de la Nature et de l Environnement Bordeaux Aquitaine Nous avons effectivement un problème avec les mots et le vocabulaire (environnement, écologie, développement durable). Par exemple, «Maison de la Nature et de l Environnement», on se disait récemment que c était un peu vieillot, un peu dépassé, et qu il fallait aller vers le développement durable. Par ailleurs, nous avons un projet d université populaire de l environnement. Un moment, nous nous demandions comment la nommer : environnement ou développement durable. Finalement, parmi les associations, en ce qui concerne le terme «développement durable», il commence à y avoir une espèce de saturation. Le terme a été tellement détourné qu aujourd hui il a un effet repoussoir. Il n a pas encore pénétré chez les électeurs, auditeurs des médias ou autres qu il est déjà complètement usé, fini. Il faudrait en trouver un autre, mais l on n y arrive pas. Véronique SMEE, NOVETHIC C est vrai, mais nous n avons pas trouvé de meilleur terme pour le définir. Par ailleurs, en tant que journaliste, je confirme que ce sont 300 mails par jour dont 80 % de communiqués de presse d entreprises qui, sous prétexte qu elles font du traitement de déchets ou de l éolien, se disent en démarche de développement durable. Telle entreprise fait certes de l éolien, mais elle peut maltraiter ses salariés par ailleurs, ne pas être très éthique ou avoir une gouvernance pour le moins discutable. Les entreprises vertes ne sont pas des entreprises «développement durable». Il existe en ce moment, sur ces sujets, un glissement terrible. Le mot «développement durable» est donc effectivement galvaudé, mais nous n en avons pas d autres. Peut-être qu en anglais, l idée de «soutenable» est plus intéressante. Carine MAYO, JNE Au sein de notre association, nous n aimons pas trop le terme de développement durable, nous tenons beaucoup à notre E qui veut dire «écologie». Nous aurions préféré «développement soutenable», mais il manque la place de l humain. Par ailleurs, dans le journalisme, la difficulté réside dans le fait que nos journaux sont très cloisonnés. Nous, journalistes spécialisés en environnement, essayons de décloisonner notre approche, mais ce n est pas facile puisque les journaux dans lesquels nous écrivons sont souvent très cloisonnés. Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, journaliste Le sous-titre d Ouvertures, le média que j ai lancé et qui essaye d être représentatif de cette évolution, est «La lettre de l honnête homme du XXIe siècle». Il s agit donc de l homme qui essaye de comprendre ce qu il est important de savoir pour mener une bonne vie. Albert DE PETIGNY, Editions Pour Penser à l Endroit Je profite de l occasion pour parler d un projet autour duquel une trentaine de signataires se sont réunis pour faire un appel à la réflexion autour d un média de type audio-numérique pour les enfants sur les sujets qui concernent à la fois l environnement et le développement durable. Quand vous êtes parents d enfants de trois à dix ans, que vous allumez la radio, que vous voulez mettre une Web-radio pour leur faire écouter de la musique et qu en même temps, il y ait un contenu sensible sur ces questions, vous ne trouvez pas grand-chose.

146 El Kebir ALAOUI, Programme des Nations Unies pour le Développement, Maroc Je voudrais revenir au cœur du métier des médias et rappeler quelques points que nous avons très peu abordés : les médias et la publicité, les médias et leur force de communication (hors journalisme). Par rapport à la problématique de l usage de sémantiques aussi compliquées telles que le mot «développement durable», nombre d entreprises voudraient se cacher derrière ce mot et faire de la publicité, très souvent mensongère. Ainsi, l on a vu beaucoup de publicités de 4X4 fortement associées à la nature. Sous l angle éthique, quel serait le rôle des médias pour remédier à ce problème? Quelles sont les pistes d actions pour aller vers les annonceurs, les concepteurs, les agences de communication, les médias publics? Comment les médias peuvent-ils agir pour réduire ce genre de publicité à contre-courant de l environnement? Nous voyons de nombreux cas où les multinationales communiquent dans les pays avertis d une manière totalement différente. La publicité sur les lessives, par exemple, dès que l on dépasse les barrières Sud, l on parle de «mousse» alors que cela a de forts impacts sur l environnement. Ce sont autant de choses sur lesquelles il faudrait réfléchir, y compris en intégrant les rives Sud de la Méditerranée. Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Dans le cadre du Grenelle Environnement, le Comité opérationnel 34 qui s est mis en place en septembre et qui traite d information et de communication est présidé par Hervé BROSSARD, Président de l Association des Agences-Conseil en Communication. Jean-Louis CAFFIER, LCI Dans ce cadre, il y a plusieurs pistes. D abord, il y a des lois, notamment pour les publicités sur les voitures ou les 4X4. 96 ou 98 % des publicités pour voitures ne respectent pas la loi, notamment pour ce qui concerne l indication des émissions de CO2. Puis, une réflexion est menée sur l aspect publicitaire en parallèle de l étiquetage des produits, notamment en ce qui concerne le bilan carbone. C est compliqué car si l on doit faire un bilan carbone des différents produits, cela demande beaucoup d argent et des moyens d études pour avoir les bonnes données. Patrice CAVELIER, Radio France Concernant les médias publics, je ne vous parlerai que de la radio publique. Pour nous, à Radio France, la chose est simplifiée puisque nous avons l interdiction de faire de la publicité commerciale, nous ne pouvons faire que de la publicité dite d intérêt général. J ajoute que le temps de publicité maximal sur les antennes qui ont de la publicité est inférieur à 12 minutes par jour. Didier DESORMEAUX, France Télévisions A propos de la publicité, il existe une charte d engagement des médias en France (Bureau de vérification de la publicité). Un intervenant Par ailleurs, une association nommée «Ecollectif», regroupant des agences de communication, des annonceurs, des villes et autres, s est créée il y a quelques mois. Un intervenant, journaliste Les dépenses publicitaires sont en augmentation flagrante (+50 % depuis dix ans), et ont atteint 39 milliards en France. Pour les journalistes, c est très compliqué. Personnellement, je travaille actuellement sur la centrale nucléaire de Blaye et je peux vous garantir que la publicité d AREVA aura davantage d impact que mon petit article. Les journalistes essayent de dire certaines choses sur l environnement, mais les publicitaires usent de la «stratégie du tapis de bombe.»

147 Si l on veut que les médias soient plus libres face à la publicité, il faut que chaque citoyen soit conscient de son rôle de consommateur de médias. Tant que les gens seront passifs face à l information et ne comprendront pas que l information de qualité a un coût, nous aurons un gros problème. Je suis très pessimiste sur ce point parce qu il existe maintenant des journaux gratuits financés exclusivement par la publicité. Chantal DEMONGIN, Direction régionale de l Environnement d'aquitaine Nous sommes dans un atelier consacré au rôle des médias dans l éducation et l information au développement durable. Nous avons certes beaucoup parlé de développement durable, mais très peu d éducation. Selon moi, ce n est pas par hasard. Pendant quelques années, j ai été responsable de communication et j ai toujours eu d énormes difficultés à communiquer sur ce sujet de l éducation relative à l environnement pour un développement durable. Comment sensibiliser les journalistes à ce sujet? Il ne s agit pas de donner des conseils aux gens, ni de culpabiliser les gens. La difficulté est vraiment de parvenir à faire passer des messages. Pour un journaliste, l éducation ne concerne que les jeunes, ne peut se faire que dans le milieu scolaire. Quand un journaliste couvre une action, il faut essentiellement de la description (classe, action, exposition), mais tout le travail de fond qui a été mené n est absolument pas retranscrit dans les articles de presse. Comment faire pour qu enfin, dans la presse régionale et dans la presse locale, l on puisse lire des articles sur l éducation à l environnement? Un intervenant (représentant de parents d élèves) Je suis représentant de parents d élèves de l enseignement libre de la région du Languedoc- Roussillon. Nous organisons deux journées d information pour les enseignants et les élèves (pour les collèges, les lycées ainsi que pour les classes post-bac) et une soirée pour les parents d élèves. Je veux bien qu il y ait des querelles sémantiques sur la portée des mots, sur les expressions employées, sur les titres donnés, mais c est aussi à nous de mettre ce que nous voulons derrière et de ne pas nous laisser imposer un modèle type. La voie associative nous permet, à nous citoyens, de nous exprimer et c est peut-être par là qu une des pistes est à employer. Carine MAYO, JNE Aujourd hui, les journalistes travaillent de plus en plus dans l urgence. On leur demande de faire vite lorsqu ils vont couvrir un évènement. S ils n ont pas quelques clés pour comprendre ce qui s est passé autour de cet évènement, ils auront tendance à ne pas en voir toutes les dimensions. Ce n est pas une excuse, mais c est une réalité. Une intervenante C est peut-être aussi un sujet délicat. En effet, dans le Grenelle de l Environnement, il n y avait pas l éducation à l environnement dans les premiers groupes de travail. Jean-Louis CAFFIER, LCI L éducation est un peu l oubliée du Grenelle pour le moment. Cela viendra peut-être, il y a eu des oublis, des corrections, des rectifications. Carine MAYO, JNE Si l on parle de l éducation au sens de l Éducation nationale, l on pourrait aussi s interroger sur la place que l on réserve à l enfant.

148 La formation au développement durable des journalistes par Christophe DELOIRE (Directeur du Centre de Formation des Journalistes - CFJ) La première difficulté du développement durable est d aborder des choses à terme de vingt ou trente ans. Les journalistes, par nature, ne sont pas habitués à parler d avenir. Il y a donc une forme de prévention sur ces sujets, compréhensible dans la logique journalistique. Deuxièmement, les journalistes aiment l actualité, ce qui se voit, qui va vite, qui bouge, qui émeut. Les journalistes français, qui s inspirent de plus en plus du journalisme anglo-saxon, s éloignent de plus en plus d une certaine tradition d analyse. Cela leur pose un problème quand il s agit d avoir des grilles de lecture sur des évènements demandant plus d intelligence au sens premier du terme. Par ailleurs, il y a une question fondamentale du journalisme politique en France. La politique est partout sauf dans les services politiques où il n est question que de combats électoraux. Les grandes questions n y sont jamais évoquées et l on s aperçoit que lorsque des questions fondamentales se posent, les discussions sont plus pertinentes au café du coin qu à la conférence de rédaction. Selon moi, quelques révolutions seraient à mener. Il faut d abord que nous parvenions à développer le journalisme scientifique. Pour les écoles de journalisme, c est une vraie problématique car nous sommes plutôt dans une tradition d une veine littéraire et politique. Pour les épreuves du concours, certaines questions de culture générale sont préparées par des anciens. Elles sont toutes très «Lagarde et Michard» ou très politiques, il ne faut donc pas s étonner s il y a une surreprésentation des instituts d études politiques parmi les candidats admis. Plutôt que d être dans un journalisme qui entend révéler des détails et qui est lié aux schémas mentaux des journalistes, mais aussi parfois aux contraintes économiques du journalisme aujourd hui, nous devons développer, en tant qu organisme de formation, la polyvalence académique. Notre problème dans les écoles de journalisme est que nous sommes des écoles d application. Ainsi, au CFJ, le concours est ouvert à bac+2, mais le niveau des personnes à l entrée est en moyenne de bac+5. Nous considérons donc qu ils ont des savoirs académiques satisfaisants, et surtout qu ils viennent pour apprendre à rédiger des articles, faire des sujets de télévision ou de radio. Petit à petit, nous mettons en place des enseignements «teintés», mais la difficulté est de trouver des journalistes qui aient des compétences diverses. Le développement durable est une matière qui réclame des compétences en droit, en sciences, en économie, en politique et, malheureusement aujourd hui, il est très difficile de trouver des personnes qui aient toutes ces compétences. S agissant du développement durable, les journalistes ont souvent tendance à considérer qu ils ne sont que journalistes, qu ils n ont pas de pays et ne sont pas citoyens. La crise que nous vivons les oblige à réfléchir et à réintroduire en eux le citoyen qu ils sont aussi. Les écoles de journalisme ont été accusées de produire des clones. Cette critique est aujourd hui tout à fait erronée. Au contraire, nous appelons chacun des journalistes à se regarder en train d agir, mais l un des problèmes des journalistes est qu ils n ont pas le temps de réfléchir à leurs pratiques et le critère de vérité devient trop souvent ce que pense le voisin. Ainsi, ce qu écrit le journal voisin ou ce que raconte la chaîne de télévision concurrente devient parole d évangile, et cela aboutit à un énorme mimétisme dans la presse française, parfois dans l audiovisuelle. Nous sommes une école de journalisme qui fonctionne bien, mais nous nous ouvrons de plus en plus. C est pour cette raison que nous avons signé des conventions avec d autres grandes écoles dans des registres différents. Ainsi, nous essayons d avancer sur ces sujets, sachant que, comme pour tous les nouveaux sujets, il est difficile d avancer car il faut trouver des personnes pédagogues et compétentes. Celles-ci sont peu nombreuses et donc très affairées puisque le sujet est en train de prospérer.

149 Concernant le développement durable, nous proposons des séminaires d une durée d une semaine de journalisme économique à contenus autres que celui du business, des séminaires médecine, santé et développement durable. Peut-être faudra-t-il arriver à imposer cette formation. Il s agit d une semaine de formation, mais tout au long de l année, nous faisons appel à l intelligence des jeunes gens et les incitons à ne pas prêter trop de crédibilité à ce qui est écrit ailleurs dans les journaux, à réfléchir par eux-mêmes et à essayer de peser ce qui est essentiel et ce qui est accessoire. Jean-Louis CAFFIER évoquait le fait qu il y avait des modifications institutionnelles dans l État, mais très peu dans les journaux. De l extérieur, on peut se dire que les sujets les plus intéressants doivent émerger. Dans ce cadre, les questions de structures des journaux sont fondamentales Faut-il que des services «développement durable» soient créés? Faut-il plutôt faire en sorte que dans chaque service, il y ait un correspondant «développement durable»? Cela mérite une réflexion importante parce que c est une question fondamentale pour le débouché journalistique. Par ailleurs, les journaux, pour vivre, ont besoin d être vendus, les télévisions d être regardées, les radios d être écoutées. Il est donc nécessaire de trouver des moyens pour parler de développement durable, et il faut que les journalistes parviennent à trouver des moyens pour rendre tout cela intéressant. Ce n est pas en prenant des postures morales et de donneurs de leçons que cela fonctionnera. Les journalistes auront à faire preuve de créativité et d inventivité. La première phase serait peut-être d intéresser les journalistes, de leur dire qu il y a là un champ en friches à labourer et qu ils auraient tort de ne pas y aller. Débora MASCHWITZ, Journaliste en Argentine Un journaliste n est pas intéressé uniquement par les sujets, mais aussi par les présentations. A qui s adresser? Pourquoi? Les journalistes ne trouvent pas les acteurs pour parler de l environnement et tombent parfois sur des expériences ordinaires. Peut-être ne trouvent-ils pas dans l économie ou la politique, les acteurs adéquats pour parler de l environnement? Christophe DELOIRE, CFJ Ceci est vrai pour toutes les matières. Il est parfois plus facile de parler de personnalités que de répondre à son fils qui demanderait : «Pourquoi il pleut?». Il faudrait que les journalistes aillent vers des questions qui ont l air plus simples, mais qui sont plus fondamentales et auxquelles il est plus difficile de répondre. A mon sens, ceci demande une révolution intellectuelle. Jean-Louis CAFFIER, LCI Les sujets qui nous intéressent sont forcément polémiques, mais le débat scientifique est quand même organisé. En ce qui me concerne, j essaye de respecter la manière dont ce débat est organisé, à travers notamment les publications scientifiques. En effet, un comité de lecture constitué de spécialistes de différentes disciplines dit si tel article est publiable ou pas. Céline AUGIER, Service d Education à l environnement de la Ville d Argenteuil En 2008, nous fêtons les 10 ans du service d Education à l environnement et 7 personnes travaillent à la Ville pour l éducation à l environnement du public. Je me heurte souvent à des journalistes qui me répondent que si je ne fais pas un évènementiel, il leur est impossible de communiquer sur ce que je fais. Nous misons sur du travail de fond, notamment avec les enfants, je n ai donc pas forcément envie de valoriser trois élèves d une classe, ce qui est souvent ce que les journalistes me proposent. Pour nourrir la réflexion sur la façon de communiquer sur l éducation à l environnement, le développement durable, comment parler du fond et pas seulement sur de l évènementiel sensationnel?

150 Christophe DELOIRE, CFJ Nombre de choses se sont passées dans les dix dernières années en termes de communication. Les journalistes sont là pour relayer, ils veulent souvent une belle histoire, des personnages. Si l on veut, en tant qu association, faire connaître certaines choses, il existe heureusement Internet. Aujourd hui, quand l on crée certaines choses, l on peut en parler plus facilement qu il y a dix ou quinze ans. Tarek MRABET, ministère de l Environnement de Tunisie Nous parlons là du rôle des médias dans l éducation et l information au développement durable. De la part des médias, il n y a pas suffisamment de prise en compte du développement durable en tant que concept et valeur. Est-ce la volonté des décideurs d exclure les médias de cette prise en compte? Y a-t-il une absence d intérêt de la part des médias? Au regard du défi actuel, la problématique est de taille et ne situe pas uniquement au niveau des missions d information et d éducation de la part des médias, mais devrait plutôt se situer au niveau des politiques de rédaction. Par ailleurs, quand on parle de formation, s agit-il d une formation concernant tous les journalistes, ou les rédacteurs en chef en premier lieu? En principe, l on aurait besoin d une charte d engagement des médias pour le développement durable. Jean-Louis CAFFIER, LCI En effet, l éducation ou la sensibilisation ne passe pas seulement par l information. Pourquoi dans les jeux télévisés par exemple, ne pas poser des questions sur le climat, l énergie, la biodiversité? Pour l avenir, l on pourrait imaginer des séries qui ne soient pas uniquement consacrées à la police, mais à des ONG travaillant sur un type de développement dans un pays du monde. Par ailleurs, la formation doit concerner tout le monde, mais je vous communiquerai toutes les précisions dans ma conclusion. La formation sur le développement durable pour les journalistes de France Télévisions et le développement durable à l antenne : le cas de RFO par Didier DESORMEAUX Journaliste, responsable du département «Information et édition multisupports» à l Université France Télévisions France Télévision est actuellement en pleine restructuration, et nous avons créé en début d année l université France Télévisions qui concerne la totalité des salariés du Groupe. Pour ma part, j ai en charge le département "Information et édition multi-supports" qui concerne plus de 2 500 journalistes. France Télévisions étant un Groupe public, nous sommes donc signataires de la charte de développement durable des établissements publics. Nous avons ainsi engagé toute notre responsabilité vis-à-vis des générations futures et de leur implication dans le développement durable. Nous avons à rendre des comptes sur notre production en matière d informations et de savoirs sur le développement durable. Nous avons créé une Fondation France Télévision. Nous avons eu 500 projets, en avons retenu 32 pour 0,5 million d euros de subventions, certains étant liés au développement durable. Au niveau des émissions télévisées, sur France 2, nous avons passé «Vue du ciel» de Yann ARTHUS-BERTRAND. Nous avons réuni plus de 4 millions de téléspectateurs par émission, ce qui est considérable. Par ailleurs, l émission «Rendez-vous en terre inconnue»

151 a permis de faire passer certains messages. L émission «Envoyé spécial» fait régulièrement des reportages sur ces questions, mais il y a aussi, entre autres, «Des Racines et des Ailes», «Thalassa», «C est pas sorcier». Sur France 4, l émission «Taratata» invite régulièrement des gens sur ces questions. Au niveau de l information, sur France 3, pour ce qui concerne les éditions régionales, certaines initiatives sont prises. Je ne vais pas tout vous lister, mais au niveau de l information de proximité, des émissions existent. Paradoxalement, c est plus difficile dans les grosses agglomérations que dans les régions moins urbaines. France 5 propose de nombreuses émissions, notamment des émissions de jeunesse comme «Bob le bricoleur» ou «Mission Nature». France 5 s est impliquée avec la télévision suisse romande pour mettre à disposition, via le Net, plus de 100 vidéos pour les scolaires pour avoir accès à un certain nombre de documents sur l environnement et le développement durable. Enfin, RFO fait un effort très important. Cette chaîne est sur des territoires où il y a des biodiversités plus riches qu en métropole. Des émissions sont très régulièrement diffusées : «Archipel», «Temps de parole», «Civilités», «Passeport pour l eau», etc. Pour ce qui est de la formation continue, nous avons une position très originale à l intérieur de l ensemble des groupes de presse. En effet, nous avons mis en place des plans de formation très rigoureux, et avons fait un effort pour que le développement durable fasse partie des cursus de formation. Nous avons associé l évolution de carrière à la formation continue, avons mis en avant la notion de responsabilité. Par ailleurs, nous avons décidé de faire un effort au niveau de l approche de l actualité. Ainsi, pour qu une personne puisse accéder au titre de journaliste spécialisé, elle a obligatoirement un cursus de six semaines à suivre. Les gens y apprennent, dans un premier temps, à chercher l information. Ensuite, ils passent une semaine sur la vulgarisation. Nous avons mis en place un système d unités de valeurs obligatoires. Nous puisons dans les «paniers» qui nous sont offerts par le CPJ, l Ecole de Lille et d autres écoles reconnues. A propos du développement durable, en 2004, nous avions quatre formations (OGM, climat, régions et environnement, catastrophes naturelles). Trois ans plus tard, nous en avions sept. Aujourd hui, nous en avons onze. Tout ceci nécessite d avoir de bons contacts, de bonnes informations, de bons experts d universités ou d ailleurs. Nous avons passé des partenariats, entre autres, avec les services de l environnement tels que la DRIRE, mais aussi avec l université de Brest pour parler de l eau. Cela permet ainsi d avoir une culture générale journalistique. Par ailleurs, les cadres doivent aussi suivre un certain nombre de formations obligatoires. Pour l instant, cela concerne essentiellement France 3, soit 1 500 journalistes. Nous faisons actuellement monter cela en puissance avec RFO, puis ce sera avec les rédactions de France 2. C est une prise de conscience que de se dire que le savoir acquis, quand on était dans les écoles de journalisme, ne suffit plus et qu il est absolument nécessaire de se confronter à une formation permanente. Certains indices montrent qu au sein des débats dans les rédactions, il y a une certaine intelligence qui permet de ne pas réagir de suite à l évènement, mais de prendre le temps pour être plus avant sur la question. Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, journaliste Cela concerne-t-il essentiellement l environnement et l écologie, ou le développement durable et tous ses aspects (social, gouvernance, justice sociale, pauvreté, logement, etc.)? Didier DESORMEAUX, France Télévisions Nous avons passé un partenariat avec la DRIRE, la Préfecture de Grenoble, la Croix-Rouge, les services environnementaux. Nous essayons d être interdisciplinaires et de montrer qu il y a une déclinaison du problème sur toutes ces questions.

152 Aujourd hui, il y a une obligation légale du service public de rendre compte le mieux possible, de répercuter les informations officielles en cas de catastrophes majeures. Cela concerne les blessés, les morts, l évacuation, l organisation, la sécurité. De toute façon, sans journalistes spécialisés, nous sommes obligés d envisager le problème dans sa globalité. Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, Journaliste Selon moi, nous n avons pas mis suffisamment l accent sur la question du débat public sur les questions environnementales, de développement durable, sociales, sanitaires. Aujourd hui, éduquer ne signifie pas simplement faire descendre un savoir de haut en bas, mais signifie savoir écouter ceux à qui l on parle, prendre en compte leurs préoccupations, leurs sensibilités. A l avenir, il faudrait que la presse d information soit plus consciente qu elle peut faire cela. Des grands moments de débat public autour de grands thèmes ont existé, on les voit moins aujourd hui et ils sont souvent trop cadrés, ne laissent pas suffisamment de diversité d expression, ne sont pas assez accompagnés de chiffres, d informations validées. Le public apprendra d autant mieux qu il pourra dire ce qu il a envie de dire. El Kebir ALAOUI, PNUD Maroc Puisque nous sommes sur le répertoire académique et des formations, je voudrais dire un mot en relation avec l écoute et une meilleure connaissance des audiences et des médias, à savoir dans le domaine de la recherche sur les connaissances, les attitudes, les perceptions des audiences selon les diverses classifications qu il faudrait mettre en place et qui pourrait être fortement connectées à tout l aspect formation. Quand on poussera les journalistes à mieux connaître le public à qui ils s adressent, ils feront peut-être plus attention au message qu ils développent. Ce pourrait être une recommandation immédiate dans la mesure où très peu de recherches et de méthodologies sont maintenant à la portée des scientifiques, notamment des spécialistes des médias dans le domaine du développement durable. Didier DESORMEAUX, France Télévisions Sur le débat public, une émission comme celle présentée par TADDEI répond à cet esprit de réunir un plateau avec des scientifiques. Sur la nature des messages, pendant deux ans, nous avons travaillé avec Hervé BRUSINI sur une démarche qualité, et nous sommes repassés au revisionnage critique. Nous avons fait travailler tout le monde sur la qualité du message qui était transmis. Il ne servait à rien de dire si un reportage était bon ou mauvais, mais nous demandions au journaliste si son reportage était compréhensible ou pas. Nous avons édité un abécédaire de ce travail que nous avons donné aux 3 000 personnes concernées pour que tout le monde parle le même langage et ait la même méthode de base. L éducation, la formation, l information et la sensibilisation sur le développement durable dans la presse Jeunesse par Françoise RECAMIER Responsable des partenariats Développement durable - Groupe Bayard Jeunesse Quand l on s adresse à un jeune public, on est obligé de descendre de son étage d adulte pour communiquer avec des enfants. Chez Bayard Jeunesse, nous avons des magazines qui s adressent aux enfants de 18 mois jusqu au lycée. Selon les tranches, nous abordons les choses différemment. Même à travers une belle histoire, on peut faire passer beaucoup de choses, notamment par l illustration. Nous sommes donc en permanence obligés de faire appel à notre créativité, à différentes formes pour aborder les sujets.

153 La sortie du film d Al Gore et le rapport du GIEC sur le climat ont été des déclencheurs sociétaux forts qui ont permis d accélérer les choses en interne, notamment au travers de partenariats avec l ADEME. De nouvelles rubriques se créent dans différents magazines. Dans le magazine «Enfant Magazine» qui s adresse aux jeunes parents, il y a une rubrique qui met en scène des parents qui sont acteurs. La créativité et l accès à l information sont, pour nous, essentiels. Il faut trouver les façons attirantes d aborder ces sujets, trouver les angles, ne pas être trop bavards mais savoir aller à l essentiel. Nous avons fait des enquêtes auprès de nos abonnés et quand nous avons abordé la question du développement, ils nous ont répondu qu au niveau rédactionnel, nous étions déjà très présents sur ces sujets. Notre volonté est d aller plus loin et nous sommes engagés dans une démarche pour faire le bilan carbone de notre activité économique et notre activité industrielle. Cela ne nous amènera certainement pas à tout changer du jour au lendemain, mais nous avancerons sur ce chemin. Selon moi, ce qui panique les gens autour des questions du développement durable, c est l impression que c est un état de fait alors que l idée est que nous sommes dans un cheminement qui démarre. Nous avons à cheminer ensemble, notamment au travers de partenariats, nous devons y aller, fonctionner différemment. Quand on s adresse aux jeunes, il ne faut pas être négatif. Il est nécessaire d aborder les choses, mais il faut les présenter sous un angle positif. Ainsi, nous avons fait un hors série du magazine «Image Doc» intitulée «La planète, notre trésor». Si nous voulons protéger notre planète, il faut se dire que c est un trésor. Avant de démarrer sur les problèmes de climat, de déchets, nous avons préféré préparer les enfants par un portrait de notre planète avec les différents milieux, les hommes qui y vivent, comment ils ont réussi à y vivre. Ensuite, il faut avoir les images pour expliquer tout cela, mais les enfants peuvent tout à fait comprendre ces sujets. Nous venons de sortir un kit pédagogique sur l éducation au développement durable qui propose aux enseignants du primaire douze posters sur les problématiques du climat, des déchets, etc. Il propose également des manipulations pour essayer de comprendre scientifiquement ce qu il se passe. Ensuite, cela permet d aller plus loin au niveau expérimental et de développer certaines choses. Nous avons travaillé avec les enseignants pour trouver des repères pédagogiques qui donnent des pistes aux enseignants pour savoir à quel moment de leur programme scolaire ils pourraient aborder ce thème. Par ailleurs, nous avons proposé des défis pour agir avec, à chaque fois, un défi par thématique (climat, biodiversité, etc.) avec des gestes accessibles à des enfants de 8-12 ans. L information est nécessaire, mais tant qu on ne l a pas comprise et intégrée, je ne suis pas sûre qu elle reste vraiment. De façon plus globale chez Bayard, les choses bougent en interne. Ainsi, l année dernière, pour une action de communication à laquelle Bayard s est investi avec différents magazines au moment de la 2 ème semaine des déchets organisée par l ADEME. Nous avions intégré des documents pédagogiques de l ADEME qui étaient offerts à tous les parents de jeunes enfants abonnés à «Enfant Magazine» et à «Youpi». Dans ce cadre, l ADEME a remis à Bayard le trophée «Planète gagnante pour l entreprise». Ce petit déclic a poussé en interne pour que les choses avancent. Ainsi, à la rentrée, il y a eu ce que l on a appelé l Université Bayard. Entre 12 et 14 heures, des conférences sont proposées à tous les salariés, journalistes ou non.

154 Un cycle de conférences a été appelé «Ecologie, le kit des idées claires» avec des ingénieurs de l ADEME. Ces conférences ont porté sur le réchauffement climatique, les labels, la réduction des déchets, les énergies renouvelables. Enfin, nous nous sommes engagés à une action de bilan carbone sur nos activités de Bayard Jeunesse. Cela va nous amener à voir, tout au long de la chaîne, les leviers sur lesquels nous pourrions agir et qui nous permettraient d améliorer la situation. Ceci sensibilisera nombre de personnes en interne, depuis la DRH jusqu à la fabrication et autres. Au-delà d une information journalistique, tout cela permettra de sensibiliser plus largement par des prises de conscience concrètes. Yves RAMBAUD, Directeur des Relations Institutionnelles RFO En fait, nous cumulons deux choses. Tout d abord, nous sommes les rediffuseurs des émissions qui sont celles des chaînes du service public (France 2, France 3, France 4, France 5). Il y a donc une densité d émissions liées au développement durable. Par ailleurs, comme nous sommes dans des écosystèmes très sensibles et que les modes de vie modernes ont gagné nos territoires, nous sommes beaucoup plus fragiles. Les effets sont plus forts, plus rapides et plus visibles ; il faut donc réagir très vite. La radio est un média intéressant parce qu il est rapide et très interactif. Pour nos émissions, nous nous appuyons sur l ADEME et sur d autres spécialistes et les auditeurs interviennent spontanément, participent au débat, posent les bonnes questions. Il est vrai que nous subissons les effets du réchauffement de la planète beaucoup plus fréquemment et de façon très forte puisque des cyclones viennent nous visiter régulièrement et de façon de plus en plus puissante. Les leçons sont retenues peut-être davantage qu elles ne peuvent l être ailleurs. Ce sont certes des phénomènes naturels, ils ne sont pas liés uniquement au réchauffement de la température du globe, mais nous sentons cette puissance monter et nous le ressentons plus fortement qu ailleurs. Pour apporter une contribution, si nous voulons atteindre le cœur du public, je pense que l interactivité et le dialogue avec l auditeur sont les formes les plus positives et permettent d entrer dans le cœur du sujet. Il est nécessaire d avoir des spécialistes, les journalistes étant plutôt là comme «passeurs de plats» que comme spécialistes des questions environnementales. Un intervenant Face au manque de développement durable, nous craignons la multiplicité des catastrophes naturelles pour les décennies à venir. Nous constatons malheureusement, au sein des médias, un dysfonctionnement et un état de panique dans la gestion des crises dues aux catastrophes naturelles. Il faut accorder davantage d intérêt à la formation des journalistes pour qu il y ait toujours des équipes qui, en cas de catastrophe naturelle, soient là pour soutenir les citoyens. Propositions Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Avant de passer la parole à Jean-Louis CAFFIER pour la conclusion, j aimerais recueillir quelques propositions. Un intervenant On parle de développement durable, des générations futures, et j aimerais revenir sur cette proposition autour d un média de type radio pour les enfants. Cela permettrait de les sensibiliser sur ces questions, de diffuser un contenu musical, sans avoir la vocation de leur vendre quelque chose.

155 Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, journaliste Pour aller dans le sens d une meilleure qualité, de plus de rigueur et d exigences dans le travail des journalistes, je propose d améliorer la gestion du droit de réponse et de le faire évoluer vers une intégration des réponses et des propositions des publics à un même niveau de dignité rédactionnelle. Il ne faut pas se satisfaire uniquement d un droit de réponse ou d un courrier des lecteurs, mais il faut faire en sorte qu il y ait des enquêtes participatives, une association des lecteurs, pour améliorer le travail des journalistes, mais il faut que cela soit géré d une façon positive, intéressante et dynamique. Un intervenant Il faudrait peut-être aussi que les médias et les enseignants passent à l enseignement de l histoire des sciences et des technologies. Nous avons de très belles émissions sur l histoire, les grands personnages de l histoire, les guerres, les grands conflits, la résistance, mais en France, l histoire des sciences et technologies est un parent pauvre. Si l on expliquait cela davantage au grand public, cela favoriserait peut-être une prise de conscience. Jacques WERCKMANN, CNRS La gestion de la crise de Tchernobyl par les médias a toujours été une interrogation pour moi. Il m a semblé que cette gestion était complètement verrouillée par l État. Il me semble qu il y a un problème de confiance en cas catastrophe. Quel degré de confiance a le public dans une information officielle? Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Lors de l accident de Tchernobyl, j étais encore journaliste, je travaillais pour «Science et Vie». Cette catastrophe n a pas été traitée par la plupart des journalistes de la façon qu il fallait parce qu il y avait un manque de connaissances scientifiques. Tous les journalistes ne jonglaient pas avec les becquerels, les rem! A «Science et Vie», comme nous connaissions le responsable du Service central de protection contre les radiations ionisantes (SCPRI), le professeur PELLERIN, nous avons préféré interroger d autres scientifiques qui nous ont confirmé qu en Alsace, un laboratoire avait repéré de la radioactivité dans l air. Cette méconnaissance scientifique du problème a fait que les journalistes de la grande presse étaient désarmés. Ils ne savaient pas vers qui se tourner et se contentaient la plupart du temps de reproduire les informations qu on leur donnait. De nombreux journalistes non spécialisés m ont téléphoné à ce moment-là. Entre confrères, il est normal de s entraider face à ce type de situation. Jean-Louis CAFFIER, LCI J étais à France Info et il est vrai que nous avions du mal à obtenir les bonnes informations. Il y a eu beaucoup de mensonges dans cette affaire, comment gérer cela? Il y avait le mensonge de l État français, mais aussi celui de l Union soviétique qui avait complètement minimisé l affaire. Nous sommes des journalistes, nous essayons d étudier les dépêches et les mails que nous recevons, nous essayons de les recouper, mais dans certains cas, c est très compliqué. L important dans cette affaire est que maintenant, il y a beaucoup plus de vigilance. Cela a peut-être renforcé la sécurité dans les centrales nucléaires françaises, et cela a créé un autre mouvement qui montre que le mensonge dans ces affaires n est jamais payant à long terme. Une intervenante Vous avez parlé d émissions pour les enfants. C est important, mais je crois que les enfants n ont pas à éduquer les parents. L enfant doit être sensibilisé, informé, mais l on met beaucoup de responsabilité sur le dos des enfants. En termes d éducation, j insiste sur le rôle des parents à éduquer les enfants. N y aurait-il pas la possibilité d une émission qui impliquerait des adultes, mais pas uniquement les enfants?

156 Jacqueline DENIS-LEMPEREUR, Comité français de la Décennie Il n est pas question de n impliquer que les enfants. L émission de radio pour les enfants dont nous avons parlé ne traiterait pas que du développement durable. El Kebir ALAOUI, PNUD Maroc Je voudrais faire le pont Sud-Nord et faire un appel à une solidarité média pour la Méditerranée. Il faudrait voir quelles sont les possibilités d échanges dans des domaines bien précis, notamment dans ceux de la recherche, des connaissances des audiences, des techniques de mesure et d analyse d audiences, mais aussi les possibilités d ouvrir l espace médiatique, la grand hub européen, à des petites associations du Sud qui n ont pas la possibilité de s exprimer. Céline AUGIER, Responsable Education à l environnement, Ville d Argenteuil La pédagogie c est l art de répéter, et j ai envie de remercier les médias. En effet, quand nous faisons des actions de terrain avec des enfants, s ils voient une émission ou s ils tombent sur «Images Doc» et qu ils nous ramènent le magazine ou qu ils nous racontent l émission, le croisement des informations crée le socle qui fait que, pour eux, c est vrai, il faut le faire. Selon moi, la démarche d action consiste à croiser les différentes sources d information. L enseignant fait appel à des partenaires parce qu il ne veut pas être seul à dispenser un savoir qui engendrera un comportement voire un changement de comportement. Quand les médias sont dans le bateau commun, je les remercie. Une intervenante L on pourrait peut-être élargir les formations, et ce pour élargir aussi le spectre des journalistes. Il serait bien d inviter plusieurs journalistes de télévision et de radio internationales, européennes pour qu ils suivent les mêmes formations. Françoise RECAMIER, Groupe Bayard Jeunesse Il y a peut-être urgence en France à développer le niveau de compétences scientifiques du citoyen lambda et des journalistes. La société devient de plus en plus complexe, mais il faut accepter qu un développement de l intelligence soit nécessaire. Il faudrait savoir l aiguiser par un appétit de curiosité, montrer que c est intéressant. Tout cela est un cheminement tout au long de la vie. Carine MAYO, JNE Il faudrait aussi former les rédacteurs en chef et les patrons de presse car ils sont souvent plutôt guidés par la rentabilité. Si je compare ce qui se fait à France Télévision par rapport à Prisma Presse en termes de formation, Prisma Presse ne propose que des stages pour devenir performant sur Internet parce que c est le média de demain. Jean-Luc MARTIN-LAGARDETTE, journaliste Ne pourrait-on pas imaginer une sorte de kit pour les journalistes comportant les questions essentielles à se poser pour chaque information? Il s agirait d une sorte d outil intellectuel, de grille de lecture, de lunettes «développement durable», pour que le journaliste se pose les grandes questions avant de traiter n importe quel sujet. Didier DESORMEAUX, France Télévisions Dans le même esprit, j ai écrit un livre intitulé «Construire le reportage télévisé». Nous étions deux à travailler sur ce livre, nous avons repris les fondamentaux : pourquoi me questionne-on? Quelle est ma source d information? Comment je la recoupe? Ce livre en est à la troisième édition, il s est vendu à 6 000 exemplaires, il a été traduit en anglais et en russe. C est pour dire que cela répond à un vrai besoin.

157 Conclusion par Jean-Louis CAFFIER (Journaliste LCI, Président de l association Climat, Énergie, Humanité, Médias) Je vais reprendre les propositions, mais elles sont déjà exprimées dans le cadre du Comité de pilotage du Grenelle. J y interviens en tant que co-fondateur et Président de l Association Climat, Énergie, Humanité, Médias. Nous l avons créée, il y a quatre ans, avec Jean-Marc JANCOVICI, Hervé LE TREUT (climatologue) et de grands spécialistes de l énergie en France, Jean-Louis BAL sur les énergies renouvelables, Bertrand BARRET sur le nucléaire et Yves MATTHIEU sur les énergies fossiles. Nous nous sommes demandé pourquoi l on ne parlait pas, de manière transversale, de ces questions dans les médias. La réponse est que les rédacteurs en chef n y connaissent rien donc notre cible était les chefs de service, rédacteurs en chef, journalistes leaders, présentateurs connus. Nous avons donc développé cette association, et nous sommes tous bénévoles. Depuis trois ans, nous avons invité David PUJADAS, Audrey PULVAR, Carole GAESSLER. Cette année, nous aurons certainement Gilles LECLERC, Laurent BIGNOLAS et d autres. Nous essayons de mélanger les radios, les télévisions, etc. J ai été invité, dans ce cadre, à participer au Grenelle de l Environnement sur le comité de pilotage sur l information et la formation. Nous sommes convaincus, et nous ferons des propositions très concrètes, de la nécessité d étendre la formation de l ensemble de la profession, de revoir les bases d un certain nombre de choses. Nous parlions des liens avec la Méditerranée tout à l heure. Il se trouve que nous allons peut-être faire une filiale de notre association au Maroc qui passerait par la Fondation «Mohamed VI pour la protection de l environnement». Nous avons invité la Secrétaire générale, Madame ALAOUI, qui viendra certainement cette année pour voir si elle peut faire la même chose dans son pays. Par ailleurs, nous allons proposer aussi cette démarche au niveau européen. Nous avons déjà fait des petits car un journaliste de l Est Républicain à Nancy a développé une initiative du même type sur la biodiversité. Enfin, nous allons essayer d initier le même principe sur les océans. Les formations que nous proposons sont gratuites. C est complètement financé par quelques mécènes (ADEME, SNCF, le Groupe Banque Populaire). Sur le Comité de pilotage du Grenelle, nous allons proposer, pour les grands patrons de médias, de faire la même chose que ce que nous avons fait tous les ans avec notre association. Nous allons proposer une formation initiale plus importante sur les questions du climat, de l énergie, des ressources, de l eau, de l alimentation et de la biodiversité. Ensuite, nous allons essayer de mettre en place un plan d urgence de formation de tous les journalistes de tous les médias français. Nous allons chercher des financements parce que nous sommes 38 000 journalistes en France. Puis, pour ce qui concerne les décideurs médias, nous voudrions aussi élargir cette formation aux politiques et faire un grand «raout» à Paris avec des gens qui parlent à ces élus qui vont décider de la loi Grenelle II. Nous pensons qu ils ne sont pas suffisamment informés des réalités des enjeux. Il est nécessaire de bien remettre les enjeux, les échelles et les échéances à leur juste niveau. En effet, même si je suis persuadé que l on a progressé dans la prise de conscience, on est encore très loin des réalités. Il faut savoir que le scénario catastrophe du GIEC, c està-dire +6 % à l horizon 2100, se base sur 2,6 % d augmentation des émissions de gaz à effet de serre. En 2007, et l on n en a absolument pas parlé durant la crise financière, on était à 3,5 %. L on oublie ces chiffres, mais pendant la crise financière, la crise climatique ne continue pas, mais s amplifie. La crise actuelle ne doit pas faire oublier toutes les autres parce qu elles sont sans doute beaucoup plus graves.

158 Synthèse des débats par Jacqueline DENIS-LEMPEREUR Journaliste scientifique L atelier consacré aux médias a été particulièrement riche et a donné lieu à une participation très active de la salle. Chacun s est accordé sur le rôle fondamental des médias qui se doivent d aider à la prise de conscience des citoyens sur ce sujet difficile du développement durable, à la fois par sa terminologie mais aussi parce qu il remet en cause bien des réflexes, des habitudes et des modes de pensée. Les intervenants ont insisté sur le manque d information de la population, nécessitant un travail important d explication même si, depuis deux ans, des progrès notables ont été réalisés. En effet, depuis le début de la Décennie, la prise en compte du développement durable par les médias a nettement progressé, aidée en cela par la publication des rapports du GIEC, la diffusion du film d Al Gore et, plus récemment, par le Grenelle de l Environnement et toutes les informations qui en ont découlé. Actuellement, les sujets traitant de développement durable débordent largement de la grande presse. En effet, on le retrouve maintenant traité dans la presse féminine, santé, parentale, économique. Beaucoup reste néanmoins à faire et, ainsi, si les médias veulent être crédibles, ils se doivent d être exemplaires et de s engager eux-mêmes dans des politiques de développement durable. Les messages qu ils doivent diffuser doivent être simples, clairs et scientifiquement vérifiés. Le service public, radio ou télévision, a une responsabilité particulière dans la fonction d éducation et de formation, une plus grande responsabilité que le reste des médias. Il est à noter que les émissions traitant de développement durable rencontrent de plus en plus de succès auprès des auditeurs et téléspectateurs, enregistrent une hausse notable de leur audience. Ainsi, l émission «Vu du ciel» de Yann Arthus Bertrand a réuni 4 millions de téléspectateurs. Patrice Cavelier, Secrétaire général de Radio-France, participait à notre débat et a insisté sur le fait que le long chemin qui restait à parcourir nécessitait l implication de l ensemble des acteurs, qu ils soient politiques, économiques, associatifs, mais également des citoyens eux-mêmes. Le développement durable doit être décloisonné dans les médias, et ne pas se cantonner au seul environnement mais aborder également le volet social et sociétal. Pour séduire le grand public, qui est le plus petit dénominateur commun de la société, les sujets doivent être attrayants, source de plaisir et non de moralisation ou de culpabilisation. Cette information sur le développement durable doit être positive, combiner intellect, émotions et expériences pratiques, et permettre surtout de passer à l acte. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de dialogue des médias avec leur public, plus facile à réaliser avec les radios. De façon générale, il a été demandé de se diriger vers une information plus participative. Parmi les suggestions, un intervenant a proposé la création d une radio responsable et porteuse de messages positifs destinés aux enfants et aux jeunes, ce qui n existe pas actuellement. Le rôle des nouveaux médias qui deviennent des bases de données, des lieux de dialogue et de partage des informations a été souligné, en insistant sur le fait qu il y règne souvent un manque de hiérarchisation des informations ne permettant pas toujours de faire le tri entre les communiqués de presse, les publicités et les articles. Toutefois, ce qui a semblé encore plus primordial dans ce groupe concerne la formation des journalistes et des professionnels des médias aux problématiques de développement durable. Cela devrait absolument faire partie du tronc commun de l enseignement dispensé par les écoles de journalisme au même titre que les grandes disciplines traditionnelles, mais

159 il n y a pas que la formation initiale. En effet, toute entreprise de média devrait permettre à ses collaborateurs de se former et se perfectionner sur ce thème tout au long de sa vie professionnelle, et d être ainsi en phase avec les changements de notre société. Les cursus des principales écoles de journalisme commencent à faire référence à ces questions. Lors du colloque que le Comité de la Décennie avait organisé en juin 2006 à l UNESCO, Didier Désormeaux de France Télévisions avait expliqué que le développement durable était intégré dans les formations des journalistes de France 3, soit 1 500 journalistes. Depuis, le département qu il dirige s est élargi à tous les journalistes de France Télévisions, soit 2 500 personnes. En 2004, quatre formations de cinq jours portaient sur le développement durable. Il y en avait sept en 2007, et onze en 2008. La formation des journalistes à la déontologie et aux trois composantes du développement durable a été évoquée, mais aussi le projet d un Conseil de presse, une sorte d instance de régulation dont il existe une centaine dans le monde (Québec, Suisse, Grande-Bretagne). Un autre point essentiel est le manque de formation scientifique des journalistes pour traiter les sujets de développement durable, les journalistes ayant plutôt une tradition littéraire que scientifique. C est pourquoi il est préconisé un plan d urgence pour former les professionnels des médias, plus particulièrement sur les questions touchant au climat, à l énergie, aux ressources et à la biodiversité. Enfin, il ne sert à rien de former les journalistes si leurs patrons ne sont pas conscients des enjeux et refusent les articles proposés. Il conviendrait donc de concevoir des sessions de formation très courtes, d une demi-journée, pour les rédacteurs en chef et les patrons de presse qui ont des agendas particulièrement chargés. J ajoute qu en relisant les actes du colloque de 2006, j ai repéré que nous préconisions à l issue de l atelier consacré aux médias la création d un ministère d État au développement durable et la suppression de la publicité sur les télévisions du service public. Nous avons visiblement été entendus et j espère que nos propositions d aujourd hui auront le même avenir. ************************

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161 Session 5 Les outils pédagogiques au service de l éducation au développement durable : bilan de l existant et nouveaux dispositifs Sommaire Introduction (Cécile LLANTIA, Centre National de Documentation pédagogique SCÉRÉN/CNDP) Les actions de l'agence Europe-Éducation-Formation France E3F (Sonia DUBOURG-LAVROFF, Directrice de l'agence E3F) Quelques outils en matière d'edd (Elodie TEXIER, Union Nationale des Centres Permanents d'initiatives Pour l'environnement UNCPIE) Présentation de Terra Project (Anne MARLEIX, PDG Strass Productions) Présentation de quelques outils pédagogiques (Vincent LEVEQUE, Editeur, Strass Productions) Les ressources et outils pédagogiques à l'éducation nationale (Jean-Michel VALANTIN, Haut fonctionnaire au développement durable, ministère de l Éducation nationale) Présentation des productions du SCÉRÉN (Cécile LLANTIA, Chargée de mission pour les sciences humaines à la Direction de l édition du CNDP) Le programme sectoriel européen Comenius (Didier FERASSE, Responsable Service Enseignement scolaire de l Agence Europe-Education-Formation France Le réseau des établissements agricoles en démarche de développement durable (Christian Peltier, Enseignant dans l enseignement agricole) Les lycées agricoles et l'edd : exemple du lycée de Saint-Herblain (Léna LEDUCQ, Animatrice régionale DD en Pays de Loire) Dispositif partenarial entre le parc naturel régional de l'avesnois et une inspection académique du Nord-Pas de Calais (Delphine DUTRÉMÉE, Parc régional de l Avesnois, et Marie-Françoise GAUDON, IEN, Chargée de mission DD, Nord) La médiation des chercheurs et leur responsabilité (Maurice FAY, Institut de recherche pour le développement) Conclusion (Patrick LE PROVOST, SCÉRÉN/CNDP) Animateur : Patrick LE PROVOST (SCÉRÉN/CNDP) Introduction par Cécile LLANTIA Centre National de Documentation Pédagogique SCÉRÉN/CNDP Nos débats montreront certainement la diversité des ressources en termes d outils pédagogiques, mais aussi celle des publics à qui ces outils s adressent. En effet, en tant qu enseignants, nous savons que même dans le public scolaire, nous avons face à nous des gens qui ne viennent pas des mêmes horizons. L enjeu ressources est centré sur le milieu scolaire, mais concerne aussi l éducation tout au long de la vie et, plus généralement, le grand public et, là aussi, nous avons plusieurs échelles de ressources et de publics; par ailleurs, les gens sont ancrés dans des territoires différents donc, forcément, les discours varieront. J espère que cet atelier permettra de mettre en avant cette diversité des ressources.

162 Les actions de l Agence Europe-Education-Formation France - E3F par Sonia DUBOURG-LAVROFF Directrice de l Agence Europe-Education-Formation France - E3F Je dirige une agence qui gère, pour la France, les grands programmes d éducation et de formation tout au long de la vie, ce qui comprend quatre programmes sectoriels : Erasmus, Coméenius, Grundtvig et Leonardo. L agence gère également d autres dispositifs comme Europa et délivre un label européen des langues en particulier. Ce bras armé de l Union européenne a pour mission de mettre en œuvre ces programmes grâce à des financements nous distribuerons ainsi près de 90 millions d euros cette année - mais aussi par l ingénierie puisque nous sommes une équipe de 80 personnes formées pour aider à monter des projets européens dans le domaine de l éducation et de la formation. Le thème du développement durable est au cœur de notre projet, mais il n est pas exclusif puisque nous sommes dans une perspective éducative avec nombre de thématiques liées à l éducation et à la formation d autant plus diverses que nous touchons à tous les types d apprenants et d éducateurs. Avant d entrer dans le détail, je me permets de faire référence à notre site Internet (www.europe-education-formation.fr) où vous trouverez des informations générales sur les programmes, mais également des outils. Le développement durable est une thématique prioritaire dans les programmes d éducation tout au long de la vie. Concrètement, quand des projets proposés au financement ont un lien avec le développement durable, les experts les considèrent comme prioritaires. Ils ne seront pas automatiquement sélectionnés car la sélection se fait sur d autres critères, mais c est une priorité sachant que le développement durable peut, selon le public auquel il s adresse, prendre des formes diverses. Comme vous associez cette thématique aux territoires, je me permets d insister sur l intérêt de former les élus locaux au développement durable. Dans ce cadre, le député européen Jean-Marie Beaupy a présenté en octobre 2008 un rapport intitulé «Gouvernance et partenariat aux niveaux national et régional et bases pour des projets dans le domaine de la politique régionale». Dans ce rapport, il préconise la création d un Erasmus pour les élus locaux. L idée est donc que les élus locaux doivent pouvoir se rencontrer à travers l Europe et participer à des échanges, des rencontres, des séminaires, se déplacer pour aller à l expérience des autres élus locaux. Dans le domaine du développement durable, cela me semble très intéressant parce que cela donne la possibilité de toucher au plus près les réalisations concrètes d autres collectivités. La mobilité des élus locaux peut se faire chez nous avec Grundtvig et la politique régionale européenne peut financer cette mobilité des élus locaux. Dans le programme Leonardo, nous avons une formation d élus intitulée «Elus d Europe». C est un programme géré par nous et coordonné par l association «Idées Nouvelles Europe» qui vise très précisément la mobilité des élus locaux. En l espèce, il s agit d une mobilité organisée pour une trentaine d élus français qui vont à la rencontre d autres collectivités européennes, en particulier la municipalité de Rome. Toujours pour ce qui concerne Leonardo, nous avons sélectionné un projet lancé par le lycée agricole d Amiens qui a pour objectif la mobilité d une dizaine d enseignants français en Roumanie et en Hongrie sur la thématique du développement durable. A noter que le développement durable est aussi un axe fort et prioritaire du ministère de l Agriculture. Pour ces enseignants, l immersion dans des systèmes scolaires différents du nôtre, mais habités par une même problématique est tout à fait enrichissante et permet de confronter les pédagogies mises en place par les uns et les autres.

163 Nous avons également un programme dédié à l éducation des adultes qui fait l objet d une très grande prise en compte par le milieu associatif (associations d insertion, d aide aux minorités, de lutte contre les divers types de discrimination, etc.). Ce programme fait participer les apprenants locaux et des représentants de la société civile à une approche sur le développement durable. Il est d une durée de 36 mois et basé sur les expériences mutuelles de ces apprenants européens sur les questions de développement durable. Dans ce cadre, un certain nombre de projets sont mis en œuvre avec des productions variées de matériels éducatifs et un enrichissement mutuel grâce à des échanges de savoirs, de bonnes pratiques et le développement de nouveaux savoir-faire. Ceux-ci doivent donner lieu à une valorisation et à une diffusion des résultats, l idée étant de mesurer l impact de ce projet dans le domaine du développement durable. En ce qui concerne ERASMUS, des flux de mobilité d étudiants, d enseignants et de personnels administratifs sont mis en œuvre selon des motivations qui varient d un établissement à l autre. C est au cœur même de la politique européenne et internationale de l établissement que doit s inscrire les demandes de mobilité. Voilà rapidement brossée la façon dont l Europe contribue à votre thématique. Nous avons la particularité, puisque nous mettons en œuvre des mobilités européennes, d être sans frontières et totalement polyphoniques et poly-compétents, et ce parce que l agence travaille avec de multiples partenaires. Nous travaillons avec les collectivités territoriales et reconnaissons, bien entendu, leur rôle essentiel dans le financement des mobilités européennes. Notre enjeu aujourd hui est de trouver des cohérences entre les politiques régionales de soutien aux mobilités et celle de l Europe qui relève de la tutelle des Etats puisque nous sommes dans le domaine de la subsidiarité européenne en matière d éducation et de formation. Marie SARAZIN, Enseignement catholique Nous travaillons E3F sur un projet européen sur le développement durable et avons nos premières journées les 24 et 25 octobre à Paris. Nous n en sommes qu aux balbutiements et espérons que nous pourrons réunir sept pays européens autour de cette problématique. Pour le moment, il y a la Roumanie, l Italie, L Estonie et la France. Quelques outils en matière d'edd par Elodie TEXIER Union Nationale des Centres Permanents d'initiatives Pour l'environnement UNCPIE Je suis chargée de mission à l éducation à l environnement à l'uncpie qui est membre du collectif CFEEDD qui regroupe des réseaux associatifs d éducation à l environnement dans l éducation populaire, de protection de la nature et des syndicats d enseignants. Le premier outil qui vient à l esprit quand on parle d EDD est un dispositif réalisé par un réseau d éducation à l environnement nommé «Réseau-école». Cet outil est vendu avec une formation pour trois personnes et son intérêt est d avoir été élaboré avec des éducateurs mais aussi avec Eco Emballages, une entreprise qui travaille sur les déchets. Un autre outil fabriqué en partenariat, Caléo, concerne le changement climatique et est destiné à de grands primaires et des collégiens. A cet âge, il n est pas facile de saisir les enjeux, ni le rôle qu ils peuvent avoir dans ce domaine. Cet outil a été créé par des CPIE en Picardie avec le soutien de l ADEME et d EDF. Il s agissait donc d un partenariat public privé et l on voit bien l importance de ce partenariat aussi bien au plan technique que financier. EDF, par exemple, apporte des données qu il aurait été difficile d obtenir (production électrique, consommation énergétique, etc.).

164 Quand on parle d outil pédagogique, l on pense que cela concerne les enfants, mais il existe aussi des outils pour les adultes. Ainsi, un outil très intéressant, nommé Tri-Cycle, a été valorisé pendant la semaine de réduction des déchets. Il s agit d un vélo que l on installe dans un supermarché et qui offre trois types d animation. Il permet au consommateur d avoir une vision critique en se préoccupant de ce qu il y a dans son caddy, et de faire attention à sa consommation de déchets au moment de ses achats. Par ailleurs, cet outil, parce qu il a été développé avec des super marchés, est un outil de médiation avec les commerçants. Il existe aussi une base de données sur les outils d éducation au développement, ainsi qu une plateforme qui est un peu l équivalent du CFEEDD, mais qui concerne la solidarité internationale et le développement. Enfin, il est important également de mutualiser nos moyens et de ne pas être redondants. Ainsi, la Ligue de l Enseignement a fait un travail sur l empreinte écologique et a créé un jeu destiné aux enfants de 10 à 12 ans pour qu ils s approprient ce concept et puissent agir sur leur propre empreinte. Pour ce qui est du partenariat, et plus particulièrement avec l Education nationale dont les actions sont encouragées par les circulaires 2004 et 2007, il existe des malles pédagogiques. Ainsi, le CPIE du Cotentin a créé une malle de documents du territoire sur le développement durable qui est mise à la disposition des enseignants pour qu ils puissent travailler sur ce thème dans leur région. Il existe d autres types de malles que les associations prêtent aux enseignants. Puis, il y a également le partenariat dans la création d outils, mais c est moins homogène et cela dépend beaucoup des régions et des Académies. Dans les Académies, des enseignants sont en charge de l EDD donc nous pouvons les inviter à participer à la construction d outils. De même, nous pouvons demander aux Académies de valider la qualité d un outil, mais cela demande du temps. Par ailleurs, l Éducation nationale a créé un agrément pour les associations complémentaires de l enseignement public, ce qui participe à aider l enseignant dans son choix d outils ou de relations de partenariat avec les associations. Au niveau national, c est plus difficile. D abord, les subventions diminuent, mais nous savons que la situation n est pas très simple. Mais au niveau du discours, on sent aussi une plus grande réticence. Ainsi, dans le dernier discours de Monsieur DARCOS sur l Education à l environnement, il n est pas fait référence aux partenariats. Nous regrettons de ne pas sentir une réelle volonté au niveau national de travailler avec des partenaires associatifs. Il est important que l école s ouvre sur le territoire parce que le développement durable concerne avant tout des problématiques de terrain, de territoire. Si nous voulons les résoudre, il est nécessaire que les élèves sachent ce qu il y a sur leur territoire, connaissent les acteurs économiques, sociaux et associatifs et cela passe par les partenariats. Pour conclure, un grand nombre d outils pédagogiques sont disponibles. Un des problèmes est de savoir comment les repérer, faudrait-il une base de donnés? Comment valider la qualité d un outil qui serait sur cette base de données? En fait, cela existe déjà, notamment des moteurs de recherche très pertinents. Je pense, par exemple, à celui du "Réseau-IDée asbl" de Belgique francophone (http://www.reseau-idee.be). Il y a aussi le problème de l affichage et de la communication pour faire connaître éventuellement ces portails. Enfin, vient la question de l évaluation des outils. Pour le moment, la clé c est l enseignant, c est lui qui décide. C est très bien ainsi, mais l on devrait pouvoir l aider. Paola BRUZZONE, administratrice du GRAINE Ile-de-France Le partenariat et les outils pédagogiques me font penser à un travail que nous avons mené dans le cadre de l université virtuelle EDD, l UVED, pour faire un recensement des outils

165 pédagogiques existant dans les différentes universités et grandes écoles membres de ce réseau. Nous nous sommes demandés comment présenter tout cela. Il ne s agit certes pas d outils pédagogiques en direction d enfants, mais d étudiants en licence ou en master, mais nous nous posons aussi ce type de question. Cet axe est peut-être une piste à creuser. Elodie TEXIER, UNCPIE En fait, nous souhaitons faire ce moteur de recherche pour les outils du réseau des CPIE. En interne, c est intéressant pour nos éducateurs, mais cela a des limites et c est pourquoi je pose la question de ces moteurs de recherche et de la validation des outils qui y figurent. Par ailleurs, je suis désolée, mais j ai oublié de parler des collectivités locales pour le financement des outils qui, pour la plupart, existent grâce à leur soutien. Philippe SANCHEZ, Direction régionale de la Jeunesse et des sports, Aquitaine Nous avons beaucoup parlé de l éducation par le biais de l Éducation nationale. Pour notre part, nous avons un volet relativement important de par notre contact avec l ensemble des associations sportives qui sont également au contact des jeunes et qui sont susceptibles de promouvoir une forme d éducation, sportive bien sûr, mais également à l environnement. Que pensez-vous de la pertinence de l ensemble de ces outils dans un autre cadre que celui de la classe et des élèves? Elodie TEXIER, UNCPIE La plupart de ces outils sont utilisables dans un autre contexte, que ce soit en centres de loisirs ou en animations sportives. On peut tout à fait traiter des déchets en organisant une journée canoë-kayak, par exemple. Il faut un animateur encadrant qui ait envie et les capacités de le faire, et ces outils sont assez simples d appropriation. Sinon, il existe des formations pour pouvoir utiliser ces outils. Céline BROSSARD, Directrice du Centre de découverte du monde marin de Nice Nous intervenons en milieu scolaire, mais nous proposons aussi des activités aux jeunes pendant les temps de vacances. A ce titre, nous avons la spécialité de proposer sur le temps de vacances une activité d éducation à l environnement en utilisant un outil sportif comme moyen de découverte. Nous utilisons donc ces outils dans les deux cas, et chaque éducateur se les approprie et les utilise sous différentes formes. Jean-Paul ROBIN, syndicat SNES FSU J observe la très grande abondance de documents pédagogiques dans le domaine du primaire et du collège. Par ailleurs, dans les universités ou les écoles supérieures, un certain nombre d outils ou de cours se mettent en place. Le grand absent semble être ce qui relève du lycée. Pourquoi les associations s intéressent-elles moins à ce niveau? Qu entendezvous faire en termes de partenariat sur ce terrain? Comment peut-on avancer sur ce terrain par trop déserté? Elodie TEXIER, UNCPIE Les lycéens et les collégiens ont un emploi du temps tronçonné en heures. Or, faire un travail d animation sur une heure est très compliqué, il faudrait au moins deux heures voire une demi-journée. Les collèges et lycées étant organisés ainsi, les associations, ne pouvant pas intervenir facilement sur ces créneaux, ne privilégient pas ces niveaux pour développer des activités d éducation à l environnement. Il faudrait que des temps soient réservés à la pluridisciplinarité, ce qui se fait dans l enseignement agricole. Sans aller jusqu à une demijournée par semaine, il faudrait avancer pour avoir des créneaux plus larges. Paola BRUZZONE, GRAINE Ile-de-France Nous sommes intervenus dans des collèges et lycées et, effectivement, les contraintes d emploi du temps sont très lourdes. Le partenariat avec des universités et des centres de recherche qui peuvent intervenir dans des périodes plus courtes est peut-être possible. Par

166 ailleurs, dans les collèges, nous utilisions les temps réservés pour les clubs et ateliers scientifiques et techniques. Patrick LE PROVOST, SCÉREN/CNDP Vous avez distingué les deux types de partenariat, à savoir le partenariat d usage et le partenariat de création. Sur ce dernier, entre l UNCPIE et le CNDP, nous avons tenté de monter un partenariat pour produire une revue spécialisée sur l EDD. C était tout à fait dans l esprit des textes de l Éducation nationale, mais l on rejoint là le problème du financement. Certains produits ambitieux coûtent cher et ne sont pas forcément faciles à équilibrer. Même si un éditeur public comme le CNDP n est pas toujours obligé d équilibrer ses produits, il est quand même obligé de ne pas perdre trop d argent. Il y a la solution des sponsors, mais c est un sujet délicat puisque nous ne pouvons pas choisir n importe quel sponsor car ce n est pas forcément neutre. Présentation de Terra Project par Anne MARLEIX PDG Strass Productions En quoi les TICE revêtent un intérêt particulier pour faciliter le développement des dimensions éducatives constitutives des fondements de l EDD? C est le cœur de notre métier puisque au sein de la structure Terra Project, nous sommes éditeurs spécialisés en outils pédagogiques et outils de sensibilisation pour le développement durable depuis une dizaine d années, dans deux grands champs, l un étant le secteur scolaire, l autre en direction du grand public. Tout d abord, le domaine de l EDD est très vaste et l ensemble des considérations scientifiques, sociales et économiques sont totalement interconnectées. La description des liens complexes entre ces différents domaines et les activités humaines et leur interaction avec les milieux naturels nécessite bien d autres médias que l écrit. C est pourquoi nous faisons appel à des images, des images en mouvements, des banques de données interconnectées, de la vidéo, des simulations, des systèmes d informations géographiques et d autres éléments qui constituent l univers du multimédia. On peut noter que, sans l informatique, la notion même de développement durable n aurait sans doute pas vu le jour de façon aussi émergeante. C est à la fois un outil et un champ d action et de réflexion relativement récents, l un se nourrissant de l autre et l un s appuyant sur l autre. Il n y aurait peut-être pas eu véritablement d aussi fortes consciences de la nécessité d un développement durable sans l outil informatique. Aujourd hui, on se trouve face à une grande quantité d informations à la disposition des enseignants. Comment trier cette information? Comment lui redonner une dimension éducative? En effet, il ne s agit pas simplement de puiser à l infini dans le web des informations qui ne seraient pas validées. Il y a donc toute une phase de validation et de transformation de ces informations pour en faire des supports qui aient validité éducative. Aujourd hui, les enseignants sont de mois en moins démunis face à cette quantité d informations puisque des dispositifs et des outils ont été mis en place. Il y a aussi un grand nombre de sites ou d outils spécialisés dans lesquels on retrouve des informations validées. Nous sommes donc dans une phase 2 de la mise en corrélation entre les utilisateurs et les données brutes planétaires sur le domaine du développement durable. Quelles sont les spécificités de l EDD auxquelles les outils TICE permettent d apporter des réponses plus pertinentes? En quoi les TICE ont-elles une spécificité qui leur est propre? Les TICE facilitent l accès à l information et à son interconnexion. Ils favorisent aussi les mises en relation des multiples composantes qui constituent la complexité du domaine de l EDD et permettent ainsi une approche systémique. Elles constituent une aide intéressante pour faciliter l articulation entre le global et le local, entre le particulier et le général. Ce sont

167 également des outils qui privilégient la contextualisation. Les TICE, en cela, sont particulièrement intéressantes puisqu elles permettent des mises en perspective pour aborder les questions sous différentes échelles, des échelles thématiques mais aussi des échelles de temps et d espace. Les TICE facilitent les projets transversaux, répondent parfaitement bien aux conditions requises pour rendre plus facile la transdisciplinarité exigée. Elles permettent, en effet, de passer d une discipline à une autre donc, au cœur même des TICE, la transdisciplinarité est permanente. Comme elles offrent des fonctions spécifiques telles que gestion de niveaux, gestion des parcours individualisés, modules d auto-évaluation, exercices interactifs, paramétrage des éléments qu on manipule, simulation, modélisation, les TICE permettent de mieux aborder la complexité des questions et des réponses envisagées. Ensuite, grâce aux TICE, l on peut développer une approche critique et une mise en œuvre de l importance des choix et de la responsabilité de chacun dans ses choix. En effet, face à un outil interactif, on est devant des choix à opérer. La responsabilité dans ses choix est une des définitions possibles de l interactivité. C est aussi un élément intéressant pour l EDD car les TICE mettent l élève en permanence en position de choix. Le futur citoyen prend conscience d être un acteur du développement durable. Ainsi, dans une simulation où il a des choix à opérer, l élève devient acteur de sa manipulation et il voit directement, par les choix auxquels il procède, les conséquences de ses actes. Dans ce contexte d utilisation, l élève est aussi amené à manipuler et à prendre connaissance de l ensemble des médias, ce qui lui permet d acquérir une plus grande maîtrise de ces derniers et, par le fait, de développer son sens critique face à l information. Ainsi, il a forcément une plus grande conscience des problèmes qui touchent la planète dans son ensemble. Enfin, en favorisant les échanges, les TICE permettent l élaboration de projets conjoints avec d autres écoles au sein d un même territoire ou entre plusieurs territoires, en France ou à l étranger. Ces pratiques facilitent l ouverture de l élève sur le monde et la prise de conscience de la nécessité de développement d une solidarité mondiale. Qui mieux qu Internet permet ce contact et ce déploiement? Par les facilités qu elles offrent pour le développement de projets internationaux, les TICE favorisent aussi une participation effective de chacun des acteurs à cette solidarité. C est un des critères qui nous fait dire que les TICE sont véritablement un outil privilégié dans le développement de l EDD. Enfin, en reliant les usagers isolés tels que les habitants de certaines zones décentrées, des élèves en difficulté, handicapés, ces nouvelles technologies contribuent à réduire les écarts entre les jeunes et les professeurs du monde entier. Je voudrais illustrer ces éléments de réflexion par quelques exemples d outils que nous avons développés. Ces outils ont été développés dans le cadre de partenariats larges et assez pluriels puisque nous avons associé des partenaires publics tels que des ministères, des organismes internationaux comme l UNESCO, le PNUE, la FAO et des partenaires scientifiques tels que l Institut de recherche sur le développement, des partenaires privés comme d autres éditeurs (Editions Belin), des partenaires privés non éditeurs qui sont là à titre de sponsors ou de fournisseurs de contenus comme Eco Emballages et des partenaires publics tels que l ADEME qui sont aussi garants des contenus que nous développons et nous apportent un soutien en sponsoring. Je passe la parole à Vincent LEVEQUE, éditeur au sein de la structure, pour qu il vous présente quelques-uns de ces outils.

168 Présentation de quelques outils pédagogiques par Vincent LEVEQUE Éditeur, Strass Productions Le premier exemple est une série de 6 CD-ROM autour de grands thèmes du développement durable (biodiversité, mobilité, santé, société face aux risques, ressources et développement durable, villes durables). Ces CD-ROM strictement pédagogiques ont été soutenus par la direction des nouvelles technologies au ministère de l Éducation nationale, ont été coordonnées par des Inspecteurs généraux et des Inspecteurs d'académie et écrits, en termes d exercices, par des enseignants et des Inspecteurs d'académie. Tout cela a été réalisé dans une approche transdisciplinaire qui essaye de s attacher à ces problématiques en mêlant l histoire, la géographie et les Sciences de la Vie et de la Terre - SVT. Cela a été compliqué car ce projet a réuni 35 auteurs de trois disciplines différentes, chacun dépendant de leur Inspection respective. Un autre exemple d outil qui sera bientôt disponible est un site Internet qui met gratuitement et librement à disposition une bonne partie des ressources réalisées par Strass Productions et Terra Project, et dont l accès est réservé aux enseignants. C est un site où l enseignant pourra créer des groupes, affecter à différents groupes des documents qu il aura lui-même sélectionnés, créer ses propres séquences dans son enseignement et les diffuser à ses élèves avec un contrôle total. Par ailleurs, Strass Productions est également studio de développement de jeux vidéo sur plusieurs plateformes (PC, Mac, Nintendo DS, Nintendo Wii, PlayStation 2, Xbox). Dans ce cadre, nous avons réalisé plusieurs jeux, notamment l Odyssée sibérienne avec Nicolas VANIER et Ushuaia en coédition avec MyScape. En conclusion, dans le domaine du jeu vidéo, nous entendons beaucoup parler du ludoéducatif, du serious games, et à Strass Productions, nous nous demandons si, sur ces nouveaux supports, nous ne pourrions pas appliquer certains contenus validés pédagogiquement autour du développement durable. Il faut savoir que certains gros éditeurs de jeux sortent actuellement certains outils. Ainsi, Ubisoft sort une collection de trois jeux intitulée «Planète Nature» sur Nintendo DS et Nintendo Wii, mettant en avant un aspect ludoéducatif. Anne MARLEIX, Strass productions J ajoute que la partie concernant les produits grand public a démarré, chez nous, par une collection de 5 CD-ROM en coédition avec l UNESCO. Par ailleurs, que ce soit dans l école ou hors du territoire de l école, il existe aujourd hui une multiplicité de supports qu il est intéressant d utiliser. Ils sont d ailleurs très utilisés par la jeunesse, il est donc intéressant de les mettre à profit pour développer l EDD. Chekib TiJANI, Conseiller en communication environnementale, Coopération allemande en Tunisie Le ministère tunisien de l Environnement a adopté et traduit un des produits de Strass Productions en langue arabe et l a renvoyé à Strass Productions pour qu elle le publie ellemême auprès des utilisateurs en langue arabe. François BESANCENOT, Enseignant à Paris IV Sorbonne Comment choisissez-vous le contenu de vos jeux et outils pédagogiques? Vous avez dit qu il y avait concertation avec plusieurs acteurs et qu il était difficile de mettre tout le monde d accord. Comment faites-vous la synthèse de toutes les idées que vous recevez? Comment concevez-vous ensuite vos produits sur le plan du contenu? Anne MARLEIX, Strass productions A l origine d un projet, il y a toujours une décision éditoriale. Nous décidons de mettre en œuvre une thématique ou une problématique à partir d une analyse des priorités ou des

169 besoins. Quand nous avons défini le contour de ce projet éditorial, nous regardons quels sont les différents partenaires qui peuvent nous accompagner et nous les contactons. Nous faisons la même chose au plan scientifique en allant chercher les partenaires sur lesquels nous allons pouvoir nous appuyer pour nous fournir un contenu validé que nous retraitons ensuite en contenu multimédia. Il arrive parfois que des projets soient mis en suspens parce que nous n avons pas trouvé les partenaires ou le pool de partenaires suffisant pour les développer.par ailleurs, lors des rencontres que nous avons avec les partenaires avec lesquels nous travaillons, l on nous suggère d autres thématiques. J ajoute que dans le site EDD qui sera mis en ligne en novembre 2008, nous allons ouvrir assez largement la place aux collectivités territoriales. Une grande partie des contenus est traitée par études de cas et il y en a plusieurs centaines proposées à l échelle nationale et internationale. Notre souhait est de développer sur le territoire français des études de cas sur des problématiques locales, donc avec des partenaires locaux, et de mettre en place des partenariats internationaux, comme celui que nous avons avec la Tunisie, pour le développement de ces outils dans leurs dimensions multilingues et territoriales. Une intervenante Par quel biais développez-vous la communication à l égard du public? Comment vos produits sont-ils connus? Comment les diffusez-vous? Anne MARLEIX, Strass productions Nous sommes en déficit à ce niveau, en raison de la taille de notre structure. Nous sommes une entreprise de moins de 20 personnes et, considérant la diversité des technologies que nous maîtrisons, c est relativement peu. Nous communiquons par le biais d évènements comme celui d aujourd hui, et de tout ce qui est en relation avec le développement durable. Nous sommes assez clairement identifiés comme acteurs de ce domaine. Pour la diffusion, nous passons par des diffuseurs spécialisés soit dans le secteur du grand public soit dans le secteur des établissements scolaires. Les ressources et outils pédagogiques à l'éducation nationale par Jean-Michel VALANTIN Haut fonctionnaire au développement durable de la DGESCO, ministère de l Éducation nationale Dans l Éducation nationale, nous sommes actuellement en phase de généralisation de l EDD. Les problématiques du développement durable entrent dans les contenus disciplinaires des programmes d enseignement, la formation des enseignants et des personnels d encadrement et dans la vie des établissements. La logique de cette politique actuelle de généralisation est donc d intégrer les problématiques du développement durable dans ses trois grandes dimensions. C est le seul moyen à notre disposition, et il n est pas des moindres, pour que nos 12 millions d élèves puissent être formés aux problématiques du développement durable. Resserrons-nous sur la question des ressources et des outils pédagogiques, mais avant, pendant un petit instant, je vais vous raconter ma vie. Je travaille au ministère de l Education nationale où, deux à trois fois par semaine, m arrivent par la Poste des mallettes pédagogiques, des CD-ROM pédagogiques, des livres, des revues, des e-mails, des PDF sur l EDD ou sur l EE ou sur l EEDD. Par ailleurs, je reçois des gens qui ont d excellentes idées. J ouvre les mallettes, les revues, les livres, j essaye de lire les CD-ROM, et je me rends compte là que l on a encore un peu de chemin à parcourir. Ce qui est intéressant dans notre discussion c est que nous parlons tous d éducation, donc d un processus long, complexe, qui fonctionne sur le principe de la concaténation. Nous savons tous que l éducation n est pas quelque chose de simple.

170 Quand je reçois mon flux tendu de ressources et d outils pédagogiques, je fais deux tas à côté de mon bureau avec, d un côté, les éco-gestes (éteindre la lumière en sortant, etc.). C est très bien, mais nous sommes là dans le comportementalisme, et non dans l éducatif. Les éco-gestes sont une dimension non négligeable, mais qui ne concernent pas forcément l école à proprement parler. En revanche, nous avons les autres ressources et outils pédagogiques. Sur ce point, je tiens à remercier Elodie TEXIER parce qu à mon avis, elle a passé quelques heures pour faire la typologie qu elle a présentée car, elle aussi, doit avoir quelques piles à côté de son bureau. Nous recevons d excellentes ressources, mais de quoi parle-t-on? De plus, je ne parle là que de la dimension scolaire, mais il y a aussi tout ce qui ne se passe pas dans l école. Il y a toutes les interventions dans les centres de vacances, les centres aérés, ce que font les collectivités et associations qui ont besoin de supports pédagogiques au sens d outils qui permettent d intervenir devant des jeunes voire des très jeunes. Il faut donc des outils qui permettent d intervenir devant des élèves. Ces outils, qui ne sont pas forcément les mêmes mais qui peuvent l être, doivent aussi permettre de préparer les cours ou les interventions. Enfin, il y a tout ce qui permet à l enseignant ou à l éducateur de se former lui-même, d être en démarche d auto-formation. Aussi, quand nous parlons de ressources et d outils pédagogiques, nous parlons au moins de trois problématiques différentes. Par rapport à tous les outils et ressources que l on m adresse, ayant eu la chance de faire quelques études, en lisant, je peux repérer des choses de grande qualité. J en repère aussi qui me font «blanchir» prématurément. Ceci nous amène à la grande question évoquée plusieurs fois, à savoir la validité scientifique du contenu des ressources et outils pédagogiques. L EDD, au sein de l institution qu est l Education nationale, est une affaire très récente. Elle date officiellement, en tant que politique publique, de 2004. Or, elle connaît un développement exponentiel qui en fait un phénomène tout à fait atypique au sein de l Education nationale. Nous sommes actuellement dans une phase très intéressante où nous sommes confrontés à une demande d EDD qui ne fait qu augmenter, à des problématiques qui s imposent d elles-mêmes et à la nécessité de mettre au point des ressources et des outils qui permettent de prendre en compte la dimension disciplinaire, la dimension interdisciplinaire puisque l EDD se fonde littéralement sur l appréhension et la compréhension de la complexité du monde contemporain, le tout de manière transversale. Aussi, produire des ressources pédagogiques adaptées à ces problématiques transversales avec des contenus scientifiques et pédagogiques valides n est pas une mince affaire ; néanmoins, un certain nombre d acteurs ont commencé à se mobiliser. En tant qu un des hauts fonctionnaires au développement durable du ministère de l Education nationale, je ne peux que saluer le travail accompli par le CNDP et le réseau des CRDP, mais aussi par d autres acteurs comme un certain nombre d associations et d établissements publics tels que l ADEME ou d autres. Une chose est certaine, énormément de très bonnes ressources demeurent inconnues du monde enseignant et ceci nous amène à la troisième grande problématique. Après avoir défini à qui l'on s adresse, après avoir défini qu il faut des contenus scientifiques et pédagogiques validés, il faut aussi que ces ressources doivent accéder aux enseignants et que les enseignants doivent y accéder, ce qui n est pas forcément le plus simple. Sur ce point, certaines choses comme les partenariats et l utilisation des technologies de l information et de la communication sont des pistes et des moyens tout à fait efficaces. Pour que cette efficacité continue de se renforcer, nous voyons des établissements publics, des associations et d autres ministères venir à nous ministère de l Éducation nationale - pour nous dire qu ils sont prêts à produire des ressources pédagogiques, mais qu il faudrait que l on se mette d accord sur ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas.

171 Ceci me ramène à la question de l actuelle prolifération des ressources. En fait, cette problématique est double car elle est nationale et locale. Au niveau national, il est possible de s entendre avec les partenaires qui sont d accord sur un certain nombre de critères. Au niveau local, ces critères sont importants à connaître, mais il est aussi important de savoir que, dans les Académies et les territoires, il existe énormément d outils. Il est donc important de les recenser et de les proposer aux enseignants. Nous sommes actuellement en train d entrer dans une nouvelle époque de la production de ressources pédagogiques, celle qui permet d avoir des ressources qui font entrer les élèves et les éducateurs dans la complexité, dont le contenu scientifique répond à la nécessité d interdisciplinarité, et qui permettra aussi l autoformation à ces nouvelles problématiques. L EDD est tout sauf simple parce que c est un nouveau regard non seulement sur le monde et les interdépendances, mais aussi un nouveau regard sur le métier que l enseignant exerce et un nouveau regard que l enseignant porte sur le métier qu il fait. C est aussi un nouveau regard que les administrations qui valident un certain nombre de contenus scientifiques portent sur leurs missions et leur propre fonctionnement. En effet, quand l on reçoit au ministère certaines propositions de partenariats pour produire des ressources ou outils pédagogiques, cela nous amène aussi à nous dire que le monde est en train de changer et qu il faut changer avec lui. Chantal CALLIER-BENEST, DIREN Franche-Comté Quand vous parlez de ressources pédagogiques au niveau régional, il faut quand même savoir que de plus en plus, dans les régions, des structurations en termes d éducation à l environnement sont faites. En France, la plupart des acteurs se réfèrent aux GRAINE. Au sein de ces GRAINE, des ressources ont été inventoriées et il suffit d aller sur les sites de chacun des GRAINE ou autre instance pour y avoir accès. En Franche-Comté, nous travaillons très bien avec le CRDP qui a fait un travail remarquable ces dernières années. Je terminerai par une note un peu moins optimiste parce que nous vivons des dificilles. En effet, en termes de partenariats, alors que depuis vingt-cinq ans, nous avons toujours mené un bon partenariat, la dernière réunion à laquelle j ai assisté au comité de pilotage EEDD au rectorat, suite à votre séminaire national, m a quand même fait très froid dans le dos. J ai appris que les associations seraient peut-être mises de côté, qu on ne les inviterait plus. L on m a dit que je serai, pour la DIREN, la privilégiée de l académie de Besançon parce que je serais la seule qui resterait. Quel privilège et quelle ouverture de l école! Dans le même temps, le Directeur du CRDP de Franche-Comté a eu un retour de bâton. En effet, alors que nous avons un magnifique programme d éducation à l énergie financé par des crédits du fonds européen et que nous étions en train de poursuivre cela, l on apprend que les choses seront peut-être arrêtées parce qu il existe de profondes tensions et que l ADEME se retirerait dans les financements. J espère que les choses vont évoluer positivement car j avoue que la semaine dernière, j étais quand même un peu déboussolée. Nous sommes sortis de cette réunion un peu catastrophés. J aimerais que vous me rassuriez. Jean-Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Effectivement, le travail des GRAINE est bien connu, en particulier parce que les GRAINE s imposent des critères de sélection importants. Pour ce qui concerne l académie de Besançon, je ne sais que vous dire. Chantal CALLIER-BENEST, DIREN Franche-Comté Votre discours n est pas celui qui m inquiète le plus, mais c est celui du ministère de l'éducation nationale.

172 Jean-Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Selon moi, il y a des malentendus. Comme vous le disiez très justement, toute une structuration se fait actuellement au niveau régional et au niveau académique. Il s agit maintenant de trouver les bonnes articulations entre les structures régionales et académiques. Il ne s agit nullement de s exclure les uns les autres, ce serait totalement hors de propos, mais il faut juste que les différentes instances apprennent à se coordonner. Chantal CALLIER-BENEST, DIREN Franche-Comté Il nous a été annoncé que le comité de pilotage ne recevrait plus les CPIE. Par ailleurs, avec le CRDP, nous ne ferons plus notre programme d éducation à l énergie. Tout du moins, il ne sera pas financé aussi bien donc nous ne pourrons peut-être pas produire la deuxième phase de l éducation à l énergie. Nous devions organiser un colloque à Montbéliard sur l énergie et nous sommes en train de l annuler. Jean-Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Je peux tenter de collecter des informations sur ce sujet, mais je pense qu il y a un malentendu et je suis très sincèrement surpris. Patrick LE PROVOST, SCÉREN/CNDP En tout cas, il n y a pas de volonté de blocage au niveau du réseau SCÉRÉN sur ces travaux. Nous essayerons de nous renseigner sur ce problème. Je vous remercie de votre témoignage, mais nous ne pouvons pas poursuivre la discussion sur ce point. Myriam BOUVERAT (Fondation éducation au développement de Suisse romande) Je voulais remercier Monsieur VALANTIN de son analyse critique, nous faisons actuellement exactement la même analyse. Selon moi, l on ne sait pas vraiment produire des documents EDD si l on doit tenir compte de tous ces critères. Nous avons effectivement du matériel d associations, venant principalement de France d ailleurs puisque nous n avons pas un bassin suffisamment important pour pouvoir produire nous-mêmes des documents. Nous devons être extrêmement stricts par rapport à la production de documents pédagogiques pour arriver réellement à implanter une EDD. Actuellement, nous avons des documents soit partiels, soit incomplets et je pense que nous devrions avoir des critères communs dans la production et la validation de matériels pédagogiques, non seulement au niveau de la France mais aussi au niveau européen. Il serait nécessaire que nous soyons, si possible, d accord sur ces critères de base. Sébastien CHAILLEUX (Scoutisme français, représentant au Conseil national de la Jeunesse) Dans un grand nombre de lycées agricoles, en plus des délégués de classe traditionnels, il existe des délégués au développement durable dans chaque classe, ce qui permet aux lycéens de s approprier les problématiques du DD et d agir concrètement au niveau de leur établissement. J aimerais savoir si l Education a déjà envisagé de mettre en place une démarche participative similaire. Jean-Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Je me permets déjà de saluer le travail fabuleux effectué depuis quelques années dans l enseignement agricole. Beaucoup d avance a été prise sur nombre de problématiques et de dimensions de l EDD, et nous essayons actuellement de mettre au point un système d échange de bonnes pratiques. Les éco-délégués prolifèrent, de façon très sérieuse, dans les établissements. D ailleurs, cette problématique du DD est en train de s implanter à une très grande vitesse dans le tissu des écoles et des établissements scolaires généraux, techniques et professionnels. Nous sommes dans un mouvement de fond et ces éco-délégués sont amenés à jouer un rôle de plus en plus important.

173 Présentation des productions du SCÉRÉN par Cécile LLANTIA Chargée de mission pour les sciences humaines à la Direction de l édition du CNDP Notre travail est un travail à la fois d impulsion éditoriale, il s agit de proposer des ressources en matière d EDD, et de pilotage et de mise en cohérence de la production du réseau. Le SCÉRÉN est le Service Culture Edition Ressources pour l Education Nationale. Nous avons vocation au pédagogique mais aussi au culturel. Nous sommes un réseau et avons une structure nationale qui s appelle le CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique) qui coordonne un réseau dont tous les établissements sont indépendants. Nous sommes 31 centres régionaux et plusieurs d entre vous ont eu affaire à ces centres, notamment en matière de partenariat. Quand un partenariat se décide avec un centre, très souvent, Patrick LE PROVOST et moi-même sommes contactés, de sorte qu une troisième personne soit impliquée dans ce partenariat. L Éducation nationale s intéresse de plus en plus aux questions d EDD. Le CNDP et les CRDP se sont intéressés depuis pluieurs d années aux questions d EDD et se sont impliqués en fonction des évolutions, ce qui peut aussi vous expliquer pourquoi un certain nombre de produits que vous trouverez au fond de nos bibliothèques puisqu un des tâches du réseau SCEREN c est de proposer de la documentation et pas seulement de vendre des outils pédagogiques - vous paraîtront un petit peu datés puisque nous suivons les évolutions de l EDD en passant de l EEDD à l EDD. D ailleurs, une de nos grosses problématiques est de coller à ces évolutions rapides de l Education nationale dans ce domaine. Si je dois revenir à notre vocation essentielle, cela va paraître évident, mais il est parfois bon d'énoncer des évidences, il s agit bien de répondre à des besoins nés de l application des programmes scolaires. J insiste beaucoup sur cela parce qu il y a parfois des malentendus avec des partenaires qui ne comprennent pas pourquoi une ressource sera refusée quand elle vient de l extérieur, et qui diront que nous somme fermés. Nous ne sommes pas fermés, mais nous avons un problème d adaptation à la demande des programmes. Une ressource peut être très bonne, mais tout simplement pas adaptée à la demande des programmes. Ces programmes insistent, pour l EDD, sur une notion qui nous pose bien des problèmes à nous éditeurs, à savoir l inter ou la transdisciplinarité. L enseignant est quand même très attaché à sa discipline et quand on lui dit qu on va lui vendre un produit qui fait à la fois le Français, les Mathématiques, l Histoire-Géographie, les SVT, la Technologie, il a du mal à se repérer. Un des premiers gros paris est d arriver à faire de l EDD quelque chose qui ne soit pas simplement à destination des professeurs d Histoire-Géographie et de SVT, mais qui réussisse à irriguer dans la totalité de l Éducation nationale. Nos ressources vont donc prendre en compte ce problème, tout en sachant qu il y a aussi des approches disciplinaires parce que les programmes ont fait entrer l EDD à l intérieur d eux-mêmes. Dans un deuxième temps, un des enjeux de l EDD est la complexité. Etant dans le champ de l Histoire-Géographie, j ai beaucoup entendu au cours de mes études qu enseigner la géographie c était aussi enseigner la complexité. Il n est pas évident d enseigner la complexité. Quand vous êtes face à des élèves qui ont un certain nombre d idées préconçues et bien arrêtées, il n est pas facile de réussir à montrer qu on n est pas obligé d avoir toujours un avis sur tout. Notre idée est vraiment de poser les termes du débat, d objectiver les choses, de fabriquer des outils d analyse et d exercice de l esprit critique dans le cadre d une éducation à la citoyenneté et de la formation du citoyen d aujourd hui et de demain. Les lycées notamment sont très sollicités par la démocratie à l intérieur des lycées et cela fait partie de notre travail de les former à cette démocratie qu ils expérimentent déjà au sein même de l école. Il y a vraiment un enjeu qui est lié aussi au fait qu'à l extérieur de l'école, les problématiques de la gouvernance évoluent vers une consultation de plus en plus importante des citoyens qui ont de plus en plus leur mot à dire et qui sont de plus en plus exigeants quand on ne les

174 a pas entendus. Il ne s agit pas de transformer la France en un gigantesque café du commerce, mais bien d avoir des gens capables de construire une pensée à la fois critique, analytique et ouverte. Il ne faut pas oublier qu il y a des enjeux de tolérance et de connaissance de l altérité dans tout cela. Aussi, quand on est face à une ressource et qu on se pose tous ces problèmes, il n est pas facile de taper juste. Pour ma part, je ne suis pas du tout contre les éco-gestes, mais la démarche de l école est d arriver à faire en sorte qu il y ait une adhésion des gens à des pratiques qui seront intériorisées, vécues, analysées et choisies, et non pas plaquées. Nous sommes vraiment dans une démarche de construction, dans une forme de constructivisme au niveau pédagogique qui passe par le renseignement de l élève, son accès à un certain nombre d informations analysées. Le réseau SCÉRÉN a tout cela en tête quand il essaye de fabriquer une ressource. En matière d EDD, l on est face, notamment en Histoire-Géographie et en sciences, à un changement rarement vu des programmes en même temps. Nous avons un gros renouvellement des programmes et, du coup, des problématiques. Ce renouvellement très important est aussi un bouleversement dans l école parce que l on n aura pas du tout les mêmes approches de ces questions. Nous avons quand même, pour la première fois, un programme de géographie en 5 ème qui fait une place intégrale à l EDD. Une des marques de fabrique du SCÉRÉN est d être sous la tutelle du ministère de l Education nationale. Aussi, nous proposons des ressources validées par l Education nationale et c est la raison pour laquelle les enseignants nous font confiance. Comment réussissons-nous à avoir des validations? En ce moment, nous menons de très gros travaux de pilotage conjoint avec l Inspection générale. Nous rencontrons des experts qui sont souvent des IPR, donc très liés aux programmes et à l Education nationale, et nous avons une politique d auteurs. Dans un deuxième temps, je voudrais revenir sur la nature de ces ressources. Je rappelle que lecndp est un établissement public qui a pour particularité de ne être en concurrence avec les éditeurs privés. Nous ne faisons donc pas de manuels scolaires, nous n avons pas le droit de faire des ressources pour l élève, nous faisons des ressources pour l enseignant. Arrivons-nous à faire des ressources durables? Je réponds non parce que nous sommes obligés d actualiser énormément nos ressources, surtout dans ce secteur où cela change à très grande vitesse. Nous sommes actuellement dans un véritable développement de cette offre avec deux axes de développement. Cela concerne d abord des ressources d auto-formation pour les enseignants. C est très important car, quand l enseignant a quitté l IUFM, il a un certain nombre de possibilités de se former dans le cadre de la formation continue, mais la formation continue ne pourra pas lui apporter l actualité de tout ce qu il devra savoir dans les quarante ans de sa carrière future. Nous avons donc un rôle fondamental en matière d auto-formation à la fois par la diffusion d expériences de séquences pédagogiques, qu elles soient écrites ou filmées, et de ressources d auto-formation pour amener la culture universitaire vers les enseignants. Nous avons des petites collections qui répondent très bien à cela, notamment une collection du CRDP de Montpellier intitulée «Questions ouvertes» qui va sortir un numéro sur le DD en partenariat avec AGROPOLIS. Nous avons aussi la collection «Ressources Formation», mais aussi les revues TDC et «Idées» qui proposent régulièrement de faire accéder les enseignants à de la mise au point universitaire, scientifique, sous la forme d articles. Ensuite, nous avons un deuxième type de grandes ressources qui est la ressource que l enseignant va utiliser dans sa classe avec ses élèves. Nous aurons là des images vidéo, des ressources textuelles ou statistiques ou des collections de films. C est un peu notre marque de fabrique, notamment au CNDP parce que nous avons des moyens plus importants que les CRDP en matière d audiovisuel avec un gros service de production audiovisuel qui a fait beaucoup de choses avec France 5, cela fait partie d une de

175 nos possibilités et d un de nos savoir-faire importants. Par ailleurs, nous sommes capables d adapter ces films à la demande des enseignants. Nous pouvons faire des modules très courts et séquencer de façon très précise, pour que l enseignant puisse s y repérer. En dehors de cela, nous avons le pôle national de compétences d Amiens, avec un site Internet avec des contenus qui propose des ressources qu il a recensées et qui ont été validées. En effet, ce pôle national de compétences est pensé en accord avec le comité de pilotage qui comprend des membres de l Inspection générale et des universitaires. Pour terminer, sur la question des partenariats, l existence des CRDP est très porteuse pour nous. En effet, il est toujours plus facile de se parler localement qu à l échelle nationale. Michel CHAUMET, Directeur du CRDP d Aquitaine Le CRDP d Aquitaine vient de publier ce que nous appelons «Le grand livre vert», comprendre le développement durable. Je voudrais expliquer ce qui nous a amenés à faire cet outil dont nous espérons qu il remplira nombre de services pour les enseignants. En tant qu établissement public dépendant du ministère de l Education nationale, nous avions l obligation de répondre aux besoins des enseignants qui sont définis par des programmes. Nous nous sommes inspirés essentiellement des programmes concernant l EDD et, de ce point de vue, il y a un grand vide par rapport à l exigence qu il nous semblait nécessaire de développer. Il s agissait, en l occurrence, d avoir une synthèse sur ce qu est le développement durable. Tout le monde parle du développement durable, mais je vous mets au défi de trouver quelqu un qui soit capable, en trois mots, d expliquer ce qu est le développement durable. C est de cette question que nous sommes partis pour faire ce livre qui a été compliqué à faire, avec beaucoup d auteurs. C est toujours compliqué sur le développement durable parce que c est une notion très complexe, notamment parce que nous sommes aussi sur de l interdisciplinarité. Il faut certainement du Français, des Arts, de la Philosophie, mais nous nous sommes contentés modestement d essayer de répondre aux besoins des collègues d Histoire-Géographie et de SVT officiellement chargés de ces questions. Pour l essentiel, ce sont essentiellement ces collègues qui en ont la charge et j espère bien, en disant cela, faire un peu de provocations pour vous faire réagir. Par ailleurs, nous sommes à un moment de généralisation donc il nous faut des outils qui s adressent non pas à des spécialistes, mais à nos collègues qui doivent traiter de ces questions mais n ont pas véritablement les éléments pour le faire. Nous nous sommes adressés, pour la partie de synthèse traitant de la question «Qu est-ce que le développement durable», à Yvette VEYRET. Il faut bien faire des choix et nous avons estimé que ce n était peut-être pas le meilleur, mais en tout cas le moins mauvais. Elle a quelques références et, dans la communauté scientifique nationale voire internationale, elle est reconnue. C est ma fierté, en tant que Directeur de CRDP, de m être adressé à elle et je défends ce choix. De plus, ce choix a été entériné par l IPR référent de l académie de Bordeaux, ce qui est donc une validation institutionnelle la plus haute au niveau de l Académie. Par ailleurs, quatre études de thèmes (l eau, la santé, la ville et le littoral) ont été prises en charge par des collègues professeurs d Histoire-Géographie et de SVT. Au niveau des arts plastiques, certains tableaux de Monnet ont été utilisés pour traiter du développement durable. Pour ma part, une question m a beaucoup intéressé : La Rome antique est-elle une ville durable? La réponse est dans le livre. Bensaïd LOTFI, Directeur au ministère de l Environnement et du Développement durable de Tunisie Dans le domaine du développement durable, nous sommes confrontés à des situations très complexes qui nécessitent des compétences multidisciplinaires. Nous parlons de thématiques différentes qui sont liées à la protection de l environnement et au

176 développement durable comme la maîtrise de l énergie, la biodiversité et d autres thématiques importantes. Tout ce qui a été dit à propos des différents critères qu il faut avoir sur les supports et produits pédagogiques est important, mais une chose très importante est à prévoir, à savoir la progression dans ces supports. En effet, il y a des cibles à des niveaux différents et il faut avoir en tête cette progression pour faire passer le message correctement. Il faut également tenir compte du contexte local et régional parce que si nous parlons à des jeunes qui sont autour du littoral, ce n est pas la même chose que de parler à des jeunes qui sont à l intérieur du pays. MOUNGUENGUI Gil Avery, Collectif des ONG environnementales du Gabon La problématique de l EDD nous implique beaucoup au Gabon dans la mesure où nous avons réservé 11 % de notre territoire national à la création de parcs nationaux. Je vais parler non seulement au nom de mon pays, mais aussi de la sous-région du bassin du Congo. Le bassin du Congo est une zone très importante en matière de biodiversité non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour l ensemble de la planète. Nous sommes confrontés à ces problèmes de développement durable dans la mesure où ces aires protégées ont trouvé des populations locales présentes et dans la mesure où la présence de ces aires protégées va impliquer des restrictions pour ces populations. Pour régler ce problème, nous avons pensé qu il ne fallait pas que des restrictions mais aussi des opportunités pour ces populations. Cela implique beaucoup d éducation, de communication et de recherche d alternatives pour ces zones. J ai beaucoup entendu parler de prolifération d outils et de généralisation au niveau du système éducatif français. Je vais essayer de donner une coloration internationale à la discussion parce que nous ne sommes malheureusement pas tous au même niveau. Chez nous, nos ONG ont beaucoup travaillé dans le sens de l éducation informelle en allant dans les zones rurales pour essayer d inculquer des comportements responsables aux populations. Si ces zones sont restées intactes, c est que les populations avaient déjà des habitudes saines. Il fallait donc les éduquer sur la nécessité de ne pas succomber aux besoins d argent, notamment aux comportements qui viennent de la ville. Ensuite, nous avons constaté que les jeunes des zones urbaines n étaient pas très informés sur le sujet. Aussi, nous avons réfléchi à la mise place de curricula en matière d éducation environnementale car, comme cela a été dit, la difficulté ne réside pas dans les outils, mais dans le fait que les outils soient adaptés aux programmes. Nous avons donc commencé par tenter d élaborer les programmes et je note, sur ce sujet, qu il y a très peu d échanges Nord- Sud et même Sud-Sud. Nous sommes partis de rien, nous avons fait des petites formations de formateurs au niveau local, nous avons commencé à voir les problématiques prioritaires et nous avons élaboré un document. Nous ne sommes pas partis de quelque chose qui aurait été conçu ailleurs alors que nous aurions pu profiter des travaux déjà réalisés notamment au Nord. Nous sommes maintenant dans une phase de formalisation de ce curriculum et de généralisation au niveau national. Qui dit généralisation dit implémentation par les instances nationales et cela signifie bouleversement des politiques et de l école. Nous avons essayé de créer des synergies avec toutes les ONG nationales et, maintenant, il nous faut des outils. En effet, nous avons un programme, mais il faut que les enseignants puissent transmettre ces savoirs dans les classes, il faut leur faciliter la tâche parce qu ils ont des programmes déjà bien chargés. Je suis étonné de vous entendre dire qu il y a une prolifération d outils parce nous cherchons des outils, nous n en avons pas, nous n avons pas de manuels, nous n avons que des outils au niveau informel. Aussi, si nous pouvions établir cet échange, cela peut nous permettre de contextualiser les outils déjà réalisés en France ou ailleurs avec les besoins de nos régions. Même si les écosystèmes diffèrent, les problèmes environnementaux sont des problèmes internationaux.

177 Je souhaite pouvoir réaliser cet échange d informations entre ce qui est déjà réalisé et les zones où l on a un besoin pressant. Nous sommes à la recherche de ces partenariats, notamment en matière de partage d outils, d expériences et de communication permanente. Nous cherchons des gens à qui proposer ce que nous faisons pour avoir des orientations, sans de partenariat financier qui est une question plus compliquéé. Des représentants du ministère de l Education nationale française sont présents ici et il serait bien que nous puissions avoir, à travers la coopération française, des relations pour pouvoir influencer nos politiques nationales afin que l EDD soit intégrée dans nos programmes. Nous avons la ressource, la nature, le potentiel, mais nous avons peut-être d autres priorités ou avons peut-être des regards ailleurs. Nous sommes un grand pays pétrolier donc la réflexion porte sur ce sujet. Il y a des minerais de fer et de manganèse et très peu se préoccupent de ces questions. Il est de notre intérêt, avec l appui de la communauté internationale, de rappeler à nos dirigeants qu au-delà de l argent, il faudrait commencer à intégrer l EDD dans les mentalités. Je prends la parole en mon nom et au nom de la sous-région pour dire qu il est nécessaire qu il y ait des échanges Nord-Sud et Sud-Sud sur ce qui a déjà été fait, sur ce qu il y a lieu de faire pour que votre expérience nous serve et que nous avancions ensemble. Patrick LE PROVOST, SCÉREN/CNDP Je vous remercie de nous avoir fait sortir de notre hexagone national et des éventuelles frictions qu il peut y avoir. J espère que votre appel sera entendu. D ailleurs, il est plus facile de favoriser les échanges sur les usages, les pratiques que sur les produits pédagogiques parce que la diffusion des produits est souvent plus compliquée que leur création. Nous sommes souvent déçus quand nous voulons diffuser un outil, surtout s il est gratuit d ailleurs. Jean-Paul ROBIN, SNES-FSU Je voudrais adresser mes remerciements à Cécile LLANTIA pour son intervention. Quand on circule dans ces nombreux colloques sur l EDD, l on entend beaucoup parler des productions faites par tel partenaire associatif ou par telle entreprise, mais l on entend trop peu parler des nombreuses publications faites par l Education nationale pour l Education nationale. Elle a dressé un tableau riche de toutes ces réalisations et je tenais à le souligner parce que je crois qu on oublie la masse de travail qui est réalisé et qui est assez fortement en adéquation avec ce qu attendent les enseignants. Par ailleurs, j ai eu parfois le sentiment de n entendre parler que des professeurs d histoiregéographie. Ils sont tous certes remarquables, les professeurs de SVT le sont tout autant, mais je crois que nous aurons effectivement gagné sur ce terrain de l EDD lorsque le dernier professeur de mathématiques aura été intégré à une équipe interdisciplinaire sur le développement durable. Vous avez évoqué les arts et je crois qu on ne peut pas rester en EDD sans une approche sensible particulièrement forte. Sur ce point, les collègues des disciplines artistiques ont donc un rôle essentiel à jouer et doivent être intégrés à ces équipes. Enfin, dans le cadre du CNDP, du SCÉRÉN, des CRDP, initiez-vous des groupes de travail interdisciplinaires pour que se construise en permanence cette dynamique collective, codisciplinaire, mais évidemment en partenariat avec toute une série d acteurs? Jean Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Pour rebondir, un phénomène qui intervient dans des Académies de plus en plus nombreuses est l offre de formation qui est à la fois interdisciplinaire et aussi pluricatégorielle. Les formations sont ainsi élargies à un autre public que le public enseignant, c est-à-dire les personnels d encadrement et les personnels techniques, pour que les différents secteurs de la communauté éducative puissent partager une culture commune du développement durable qui ainsi sera d autant mieux ramenée dans les établissements.

178 Cécile LLANTIA, CNDP J ajoute que nous avons vraiment élargi le champ des disciplines concernées par l EDD et nous sommes très vigilants sur ce point. Je n avais pas l impression d avoir mis particulièrement la Géographie en avant, mais il est vrai que c est un peu dans l air du temps. Ceci dit, le but est vraiment que les enseignants travaillent en inter et en pluridisciplinarité. Le programme sectoriel européen Comenius par Didier FERASSE Responsable adjoint Service Enseignement scolaire de l Agence E3F Je prends la suite de Sonia Dubourg-Lavroff, Directrice de l Agence Europe-Education- Formation France (E3F), pour présenter un des quatre programmes sectoriels d éducation et de formation tout au long de la vie : le programme sectoriel Comenius. Je suis responsable adjoint du service enseignement scolaire qui couvre à la fois le programme sectoriel Comenius et les visites d études. Quatorze personnes travaillent sur neuf actions différentes du programme Comenius. Le programme Comenius a d abord deux objectifs essentiels, assurer et favoriser l implication et la dimension européenne dans les projets et faire en sorte de sensibiliser et de faire prendre conscience à tous les acteurs impliqués dans les actions ou les projets des diversités culturelles et linguistiques qui existent dans cet espace européen composé de 31 pays : les 27 pays de l Union européenne, les 3 pays de l AELE, le Lichtenstein, la Norvège et l Islande et un pays candidat, la Turquie. Tout cet espace est accessible à tous les acteurs de l enseignement scolaire, depuis le niveau préscolaire en passant par l école élémentaire, le collège et le lycée. Le programme Comenius s arrête à la fin du secondaire pour toutes les actions qui le concernent. A travers les réalisations, il s agit d améliorer et d accroître les mobilités de tous les acteurs concernés, c est-à-dire tous les acteurs de l enseignement scolaire, les élèves d abord avec une large implication faite aux élèves dans le cadre de la programmation 2007-2013 puisque l objectif au niveau européen est d impliquer plus de 3 millions d élèves, les enseignants, les personnels non enseignants, les personnels de direction, les inspecteurs, les conseillers pédagogiques et toutes les personnes qui travaillent de près ou de loin avec les établissements d enseignement scolaire. Il s agit aussi d augmenter le nombre de partenariats entre établissements, d encourager l apprentissage des langues vivantes étrangères, de soutenir et d encourager l utilisation des nouvelles technologies de l information et de la communication et de donner une dimension européenne à la formation des enseignants tout en ayant une diversité d approches pédagogiques et de gestion des établissements dans les différents pays. Je vais vous présenter quatre grands axes qui constituent les actions Comenius : les mobilités individuelles, les partenariats, les projets et les réseaux. En matière de mobilités individuelles, les possibilités sont assez nombreuses pour les élèves dans le cadre de projets de partenariats, pour les personnels enseignants et non enseignants dans le cadre de la formation continue. A l heure actuelle, une base de donnés européenne permet d accéder à des sessions et des actions de formation continue dans beaucoup de domaines et sur des thématiques extrêmement variées. La thématique «Education au Développement durable» en fait partie, mais ce n est pas la thématique qui représente le plus de sessions ou d actions proposées. Une des orientations à promouvoir et à impulser serait d encourager les structures qui organisent ou qui peuvent organiser des sessions de formation à se positionner au sein du catalogue européen des formations continues pour proposer des sessions de formation continue sur cette thématique. Il est possible de le faire en permanence et ces propositions de sessions de

179 formation continue, après définition d un déroulement, d un contenu et d objectifs à établir puis à atteindre, sont validées et proposées à tous les acteurs des pays européens précédemment cités afin qu ils se rencontrent pour une durée qui peut être de quelques jours à six semaines au maximum et qu ils travaillent sur un élément donné ou un sujet commun pour aller vers des actions ensemble. Parmi les activités de mobilités individuelles, il y a bien sûr les actions d assistanat, envoi d assistants à l étranger et accueil d assistants dans les établissements d enseignement. Chaque année, environ 300 personnes sont concernées, ce qui permet d intégrer non seulement la culture et la langue des personnes concernées et de leur pays d origine dans les établissements, mais aussi de faire en sorte qu ils puissent aborder un certain nombre de sujets avec les élèves en dehors des disciplines habituellement enseignées. Ceci permet de travailler avec les jeunes et les élèves sur des éléments comme ceux liés au développement durable. Toutes les spécialités sont ouvertes et les étudiants peuvent se positionner sur une période d assistanat de trois à dix mois. Ainsi, un jeune qui termine un cycle en biologie peut demander à être assistant dans un établissement français et participer aux séquences pédagogiques dans sa spécialité ou dans sa langue, voire les deux. Concernant les partenariats, il s agit d établir des partenariats au minimum bilatéraux mais cela ne concerne plus que 5 % des enveloppes budgétaires Comenius qui nous sont destinées. Pour la France, l enveloppe Comenius est de 14 millions d euros. Sont provilégiés ont les partenariats multilatéraux avec au moins trois établissements de trois pays différents. En matière d'edd, nous remarquons depuis plusieurs années déjà qu il y a une prise en main de la thématique par les établissements qui s engagent ou s impliquent dans des partenariats. Sur les 5 à 600 candidatures que nous recevons tous les ans, nous pouvons dire que, depuis trois à quatre ans maintenant, le nombre de thématiques et de sujets de projets qui sont retenus augmentent en ce qui concerne le développement durable. Les établissements du ministère de l Agriculture ont été les premiers à s emparer de cette thématique et à la proposer au sein de partenariats. En fait, depuis qu un certain nombre de programmes et de référentiels ont intégré le développement durable dans l enseignement, le nombre de projets qui lui sont consacrés a augmenté. Parmi les thèmes qui reviennent dans les sujets de partenariats, nous avons tout d abord la formation et l écocitoyenneté, l aménagement et la protection de l environnement, l utilisation et la préservation des ressources, les énergies renouvelables, le recyclage et la réutilisation, le tourisme, rural notamment, l alimentation et la santé, la production (agricole, sylvicole), l adaptation des normes au niveau européen, les relations entre producteurs et consommateurs et commercialisation et services. Pour aller vers davantage de réflexions et de projets visant la mise en place de pratiques innovantes et pédagogiques au niveau européen, il existe deux actions Comenius précises. D abord, les projets multilatéraux visent à développer, à promouvoir et à diffuser de nouveaux programmes d enseignement, des contenus de formation pour les enseignants, des matériels et des méthodes pédagogiques d enseignement. Ces projets peuvent conduire à une réflexion précise entre partenaires européens, au moins trois pendant trois ans, pour aller vers la construction ou l élaboration d outils qui peuvent ensuite être validés. Ensuite, des réseaux multilatéraux peuvent être constitués sur une thématique donnée. Il s agit là de travailler sur une même thématique à au moins dix établissements de dix pays différents. Il s agit donc d établir un réseau et de travailler ensemble pour aller vers un certain nombre de réflexions dans un contexte européen. Le travail intégré dans les programmes, les référentiels et les pistes proposées sont des outils qui permettent de faire avancer les choses. Les mobilités individuelles peuvent participer à cela, et les actions de formation continue et les différentes sessions proposées chaque année peuvent aller également dans ce sens. Il s agit de mettre à disposition d une notion comme le développement durable trois éléments à établir au niveau européen entre

180 partenaires : être ensemble, vivre certains moments ensemble et travailler ensemble afin de faire progresser une thématique. Les agences entre elles participent également à la durabilité de certains aspects de leur travail. Je ne citerai qu un outil, nommé "Quality and Sustainability", qui reprend la notion de durabilité pour les projets et les partenariats. Il s agit de comprendre comment faire en sorte, après avoir été soutenu financièrement au sein d une action, de poursuivre les choses, d aller au-delà, de rebondir vers d autres actions ou d imaginer un certain nombre de possibilités ensemble suite à un partenariat ou une mobilité individuelle. Ce site, accessible en tapant simplement QAS, est hébergé en Suède et c est le résultat d un travail entre les agences britannique, tchèque, suédoise et française. Dominique LEFEVRE, CRDP, Académie d Amiens Le programme Comenius est une excellente opportunité pour les établissements secondaires et s ouvre effectivement sur un très grand nombre de partenariats aussi bien à l étranger qu en France. En effet, sauf erreur, ces projets Comenius en établissement scolaire se font avec d autres partenaires, l établissement scolaire n est pas seul. Didier FERASSE, Agence E3F Il s agit, au maximum, de deux établissements français par action. Par ailleurs, les partenaires associés ont toujours existé, peuvent être intégrés, n ont pas forcément droit à tous les financements ou à toutes les mobilités financées dans le cadre de la subvention versée, mais participent aux activités développées par les partenaires impliqués. Dominique LEFEVRE, CRDP, Académie d Amiens En tant qu enseignant, ayant développé un projet Comenius il y a quelques années, je peux assurer qu il s agit d une magnifique opportunité pour un établissement scolaire qui s ouvre en même temps sur l extérieur. Ce projet a pu résoudre à l époque un problème qui se pose souvent à l'enseignant pour développer des projets, celui des financements. L Agence E3F apporte des crédits importants pour aider au développement de ces projets, ce qui permet des mobilités. Il est très intéressant, quand on est enseignant, de pouvoir se rencontrer autour d une thématique dans certains pays. Didier FERASSE, Agence E3F La plupart des subventions sont maintenant versées sous forme de forfait et toutes les actions peuvent intégrer des cofinancements possibles. Quand il est question de synergie avec les partenaires locaux (collectivités territoriales et autres), il est possible de faire face à des projets de dimension importante. Ainsi, nous avons des partenariats actuellement qui représentent déjà plus de dix pays impliqués. Les activités développées au sein de ces partenariats donnent lieu à certains impacts au niveau local et régional. Le réseau des établissements agricoles en démarche de développement durable par Christian Peltier Enseignant dans l enseignement agricole Je suis enseignant dans l enseignement agricole depuis plus de vingt ans et, depuis le 1 er septembre, chargé d animer un réseau en construction qui est le réseau des établissements agricoles en démarche de développement durable. Je ne vais pas vous refaire l historique de l enseignement agricole, mais vos rappeler pourquoi l enseignement agricole est un peu spécifique et quels sont les enjeux forts sur lesquels nous essayons de travailler aujourd hui. Depuis les années 60, la spécificité forte de l enseignement agricole est d avoir cinq missions. En effet, il a une mission de formation comme on la retrouve à l Education nationale, mais aussi quatre autres missions ayant un rôle important aujourd hui pour aborder les questions d EDD.

181 Comme depuis les années 90 l enseignement agricole a commencé à mettre en place des projets en direction des exploitations agricoles et, depuis 2003, des établissements avec 25 sites pilote à chaque fois, ces missions classiques ont été progressivement interrogées au travers de la notion de développement durable. Il s agit d abord de la coopération internationale, de l ouverture des jeunes vers d autres réalités dans les pays du sud en particulier. Ce dépaysement est source d éducation, d approfondissement et aussi de révélations parfois pour les enseignants qui accompagnent et surtout pour les jeunes. Ensuite, l on trouve les missions de développement sur les exploitations et, plus généralement, en lien avec les dynamiques du territoire. L enseignement agricole est très ouvert sur les territoires, va encore beaucoup sur le terrain au sens large du terme, et place les jeunes dans des cours classiques mais aussi face à des réalités complexes qui demandent la construction d outils. Ils ne sont pas toujours construits comme ils devraient l être mais, au moins, il y a cette entrée forte. Puis, au niveau de l insertion, nos publics sont des jeunes en formation initiale, mais aussi en formation continue par apprentissage. L insertion est donc aussi une des forces de l enseignement agricole. Nous travaillons sur l insertion professionnelle et sur l insertion plus large du citoyen dans le monde dans lequel il va vivre demain. Ensuite, en termes d animation, depuis les années 60, l enseignement agricole a un enseignement un peu particulier qui est l éducation socioculturelle. L entrée par le culturel dans le développement durable s est faite avec ces enseignants qui ont une habitude des pratiques territoriales. Depuis le milieu des années 90, la préoccupation du développement durable a gagné par contagion tous les secteurs de l enseignement agricole, pas tous les enseignants mais tous les jeunes. J attire l attention sur les dangers du militantisme parfois et la nécessité de remettre tout cela à sa vraie place. Si l on croise ces cinq missions avec les enjeux nationaux du développement durable, l on voit qu une conception de l EDD s est construite et est inhérente à l histoire de l enseignement agricole. Une de nos forces est de mêler et de lier dans la pluridisciplinarité les sciences humaines et les sciences de l ingénieur ou les «sciences dures». En tant que professeur d histoiregéographie, j ai eu grand plaisir à travailler avec des agronomes mais aussi avec des collègues d économie ou de biologie. Le plus grand plaisir, c est quand on n est pas d accord, quand on n a pas la même vision et qu on essaie de construire l objet sur lequel on va travailler ensemble avec les jeunes. Pour ce qui est de l enseignement des questions socialement vives, je pense que le modèle républicain du XIXe a ses forces, mais qu il aurait sans doute besoin d être toiletté. Quand on travaille sur des questions vives, on ne travaille pas sur des savoirs fixés, mais sur des savoirs en débat. Il faut certes la référence scientifique, mais nous ne sommes pas tout à fait dans ce modèle. Cela ne se fait pas partout dans l enseignement agricole, mais ce sont des préoccupations dans les réseaux pédagogiques et thématiques qui accompagnent. Par ailleurs, dans les établissements agricoles, nous avons beaucoup d internes. Ce sont des petites sociétés qui vivent ensemble cinq jours sur sept pendant les périodes scolaires. Il y a donc objet à éducation en dehors de la classe, le mercredi après-midi, le soir. Nous sommes un modèle qui se rapproche davantage de la vraie vie ou de la vraie société et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour faire de «l éducation à». Cela influe évidemment notre conception de l Éducation pour un développement durable. Nous essayons de travailler au passage de l éducation à l environnement, voire vers le développement durable, à quelque chose de plus large, c est-à-dire le projet global de l établissement en développement durable.

182 Les lycées agricoles et l'edd : exemple du Lycée de Saint-Herblain par Léna LEDUCQ Animatrice régionale DD en Pays de Loire Je poursuis en vous présentant l exemple du lycée de Saint-Herblain car il est assez représentatif de la situation des lycées agricoles. Ce sont des petites sociétés mais avec des territoires et des terres dont il faut s occuper, et un environnement avec lequel il faut vivre. La plupart de temps, nos lycées agricoles sont en territoire périurbain avec une vocation agricole donc il peut y avoir des conflits. Au lycée de Saint-Herblain, nous sommes en démarche globale DD depuis 2000 et avons initié un Agenda 21 depuis 2005. C est assez compliqué, notamment car nous avions beaucoup d enseignants qui étaient très moteurs mais aussi très exigeants dans la démarche. Il s agissait de passer d une démarche ponctuelle de projets environnementaux à quelque chose qui englobe les trois centres, à savoir le lycée, le CFA et le CFPPA, ainsi qu un chantier d insertion, les 35 hectares de l ensemble, et ceci en co-construction avec l ensemble des partenaires et des apprenants. L intérêt était d arriver à une cohérence de tout ce qui pouvait se faire en interne, à quelque chose qui soit crédible en interne par rapport au discours que l on pouvait porter en développement durable. Parler du social, de l économie plurielle ou de la cohésion alors que, derrière, les comportements de l équipe ou des personnels pouvaient ne pas être en cohérence pouvait avoir un effet boomerang assez méchant. Il s agissait aussi de travailler sur la lisibilité en interne et en externe, et faire savoir tout ce travail nous a aussi aidés pour la survie de nos formations. Nous travaillons aussi ce gage de qualité au niveau des valeurs pour pouvoir faire durer les actions dans le temps. Nous sommes partis sur une démarche de projet avec un diagnostic sur les trois enjeux métiers. Pour les métiers de l enseignement, il s agissait de créer une communauté éducative capable de former des éco-citoyens responsables et compétents, en considérant que même les personnels du self faisaient partie d une communauté éducative et en travaillant aussi avec les parents des apprenants. Il s agissait ensuite de travailler sur l organisation et le fonctionnement de l établissement, c est-à-dire faire le choix de la responsabilité globale dans les pratiques quotidiennes. Puis, nous avons travaillé sur l ancrage aux territoires. En effet, nous ne sommes pas hors sol ni dans une bulle tranquille, mais nous travaillons par rapport à un territoire qui est notre bassin de recrutement mais pas seulement. Nous avons travaillé avec beaucoup de partenaires (la DIREN, l Agence de l eau, Nantes Métropole, l Agglomération), et sur les piliers du développement durable (l environnement, l économie, le social). Par ailleurs, nous avons aussi travaillé en coopération puisque nous avons fait des échanges. Ainsi, France Europea, un réseau de dix pays, va se tenir sur les thématiques du développement durable. Après ce diagnostic, il s est agi de la co-construction et la mise en place d une évaluation des actions menées. Pour pouvoir tenir tout cela, nous avons mis en place des structures pour pouvoir récupérer ce partage et ces débats. Questionner et co-construire permet de motiver les apprenants, l ensemble des métiers de la communauté éducative et les partenaires par rapport à notre établissement. Jean Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Pour rebondir sur votre intervention, je tiens à rappeler l existence du livre du ministère de l Agriculture et de la Pêche qui s intitule «l Enseignement agricole en marche vers le développement durable», un ouvrage important dont nous nous inspirons beaucoup.

183 Maurice FAY, IRD Dans la même direction, DGER, il y a aussi un volet «recherche» dont vous avez peu parlé. Considérez-vous que ce soit un élément important? Christian PELTIER, Enseignement agricole Dans notre mission, nous avons une partie «animation» et une partie «formation, recherche, développement». Des établissements ont plus ou moins avancé, mais ne sont pas encore arrivés à construire sciemment le projet de développement durable de l établissement. En fait, il faut que nous relisions notre projet de développement classique au travers du développement durable. Il ne faut pas que nous ayons un Agenda 21 d un côté, et le projet de l établissement de l autre. Il n est pas simple de passer ce cap, et nous ne pourrons pas le faire sans une recherche-action, sans des spécialistes de la pédagogie car elle est au cœur de cette démarche de co-construction, et sans des personnes qui travaillent sur la sociologie des organisations, sur les changements de comportements. Dans le cadre du ministère de l Agriculture, des structures et des établissements d appui peuvent nous apporter cela, mais nous allons aussi le chercher à l extérieur. Dispositif partenarial entre un le parc naturel régional de l'avesnois et une inspection académique du Nord - Pas de Calais par Delphine DUTRÉMÉE Parc régional de l Avesnois Le Parc naturel régional de l Avesnois est situé au sud du Nord - Pas de Calais, un territoire très rural avec une réserve de biodiversité à l échelle de la région et une identité assez forte de ses savoir-faire. Je vais vous présenter les éléments de contexte de notre expérimentation. Pourquoi un parc régional travaille-t-il avec l éducation nationale? Pour résumer, un parc est un territoire structuré autour d un projet de territoire. A partir de là, un label lui est attribué. Nous avons des missions d accueil, d éducation et d information des publics, mais aussi des missions d expérimentation. C est pourquoi, depuis les années 70, date de création des parcs naturels régionaux, nous travaillons avec les acteurs locaux dans le giron de l éducation à l environnement, aux territoires, etc. Dans ce cadre, en 2001, le ministre de l Education nationale et le Président de la Fédération des parcs ont formalisé ce travail au travers d une charte. Elle a été déclinée localement en 2007 par la signature d une convention entre le Président du Parc naturel régional et le Directeur des services départementaux de l Education nationale. Nous sommes donc dans un contexte de partenariat au service de l EDD. Notre but est d apporter, au travers de ce partenariat, une plus-value au projet. Pour le parc, c est l occasion de tester concrètement sur le terrain, dans les écoles. Pour l Éducation nationale, c est l occasion d avoir un coordinateur, un facilitateur sur un territoire qui travaille déjà avec tout un réseau de partenaires. Ensemble, nous nous sommes posé quelques questions. Comment donner du sens à ce concept de développement durable? Comment créer les conditions pour que les élèves et les enseignants s approprient ce concept? Comment former les éco-citoyens de demain? A partir de là, nous avons eu l idée de nous appuyer sur l Agenda 21, une démarche ratifiée lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992. Le principe était de faire vraiment de l établissement scolaire et de son environnement un laboratoire d expérimentation du développement durable. Autrement dit, il s agissait de faire de l établissement scolaire un outil pédagogique d apprentissage du développement durable. Je vous présente donc notre programme intitulé «Les Ecologiques». En soi, un partenariat Education nationale et Parc est loin de couvrir toutes les thématiques et toute la dimension d un Agenda 21. Aussi, nous avons commencé par la constitution d un

184 comité de pilotage pluridisciplinaire composé de représentants de l Éducation nationale et de partenaires institutionnels et associatifs. Il s agit donc des Inspecteurs des circonscriptions du territoire, des conseillers pédagogiques, des représentants des communes du territoire, des partenaires comme l ADEME, la DIREN, les Espaces Info Energie, la DRDJS, Atmo Nord-Pas-de-Calais, les CPIE, le CAUE, le Conseil régional, le Conseil général, l Agence de l eau, le SCÉRÉN/CRDP, le Parc naturel des Hauts Pays, l IUFM, les associations locales d éducation à l environnement et au développement durable, le GRAINE, le Comité 21, le réseau Ecole et Nature, le COREN (homologue en Belgique), etc. Nous avons voulu appliquer les principes du développement durable dès la base, c est-à-dire que nous avons mis en œuvre la gouvernance pour la création d outils. Ainsi, lorsque nous co-construisons un outil, nous avons cinq écoles en expérimentation, l outil est expérimenté dans les écoles et les enseignants rapportent leur expérience devant le comité de pilotage. Par ailleurs, ce comité de pilotage a une volonté d exemplarité. Nous y essayons de nous mettre concrètement au covoiturage, au buffet bio, à la construction de malles pédagogiques avec du matériel de récupération, etc. Au niveau du programme, nous avons un guide pratique à destination des enseignants. Par ailleurs, le parc, identifié comme accompagnateur et coordinateur de la démarche, accompagne, au sein de chaque école, le comité de pilotage composé de la communauté éducative étendue et de représentants des parents d élèves, des municipalités, des élèves, de l Inspection et du Parc. Une démarche d Agenda 21 suppose des étapes bien définies (état des lieux, écodiagnostic, etc.). Ce n est pas le Parc qui vient réaliser l état des lieux dans l école, mais ce sont les enseignants au travers de séquences pédagogiques avec les enfants. Pour cela, il a fallu les outiller donc nous avons réalisé une malle éco-diagnostic. Par la suite, lors de la mise œuvre de actions, les écoles fonctionneront forcément par thématiques prioritaires et, à ce moment, les malles pédagogiques deviendront immatérielles parce que nous n avons pas la volonté de recréer l existant, mais d utiliser et de valoriser ce qui existe déjà. Pour ce qui est du bilan de la méthode utilisée pour la construction de l outil, nous avons une très bonne implication de tous les partenaires. Il y a par ailleurs une bonne appropriation de l outil, mais cela prend du temps. Dans les écoles, il y a une vraie volonté des enseignants de travailler sous cet aspect avec une appréhension vraiment globale. Par ailleurs, les municipalités sont présentes dans les comités de pilotage au sein de chaque école. Il est peut-être parfois plus difficile de mobiliser les parents. Au niveau de l évaluation, il a été décidé par le comité de pilotage que l évaluation des élèves est une compétence des enseignants et qu elle y restera. En revanche, nous avons la volonté de réaliser une évaluation de la démarche qui s inscrit pour trois ans dans l école et il faut analyser si ces actions ont été pertinentes et efficaces. Ceci dit, nous n en sommes pas là car les écoles qui expérimentent rédigent actuellement leur programme d actions. Pour ce qui concerne le développement sur le territoire, nous proposons à huit nouvelles écoles d intégrer la démarche d ici les vacances de Noël et il est question d un transfert de l outil à l échelle régionale, ce qui suppose l identification et la formation de partenaires accompagnateurs. Une intervenante Avez-vous un espace où vous partagez tout cela (site Internet du Parc de l Avesnois ou celui de l Inspection académique)? Marie-France GODON, IEN Chargée de mission départementale DD, Nord Nous commençons à publier des articles, nous avons été retenus par l AEF, nous avons un bulletin départemental. Par ailleurs, nous avons déposé l outil au CRDP car nous souhaitons qu il puisse être transférable.

185 Il a été dit précédemment qu il était difficile pour un enseignant de rester dans sa discipline mais, dans le premier degré, nous n avons pas ce souci. Nous avons l enfant dans sa polyvalence et c est aussi une communauté de vie comme au lycée agricole. En revanche, notre souci est que cela soit éclaté de par les écoles, mais tous les partenaires sont là. Dans nos recommandations, nous insistons sur le fait de ne pas brûler les étapes. En effet, les écoles qui ont voulu aller trop vite sont allées droit dans le mur. Les écoles qui veulent utiliser l outil ne peuvent pas croire qu il s agit d un outil de consommation et que l on va faire, grâce à lui, un Agenda 21 scolaire. Delphine DUTRÉMÉE, Parc régional de l Avesnois Pour compléter, cet outil est ancré avesnois, c est-à-dire qu à l intérieur, au niveau du diagnostic, on parle de pierres bleues, de briques, je ne pense pas que ce soit les matériaux de construction partout en France. Il y a donc un transfert à réaliser, un ancrage territorial nécessaire. La médiation des chercheurs et leur responsabilité par Maurice FAY Institut de recherche pour le développement - IRD Je vais parler d éducation pour le développement tout en me disant que cette tautologie aurait peut-être mérité de ne pas exister. En fait, je n aurais pu parler que d éducation. En effet, que serait une éducation qui ne travaille pas pour le développement? Avant de parler des clubs jeunes, je parlerai un peu de mon expérience. J ai travaillé à l institut de recherche pour le développement notamment sur des projets de culture scientifique. Auparavant, je travaillais à la galerie de l évolution au Muséum d histoire naturelle où j ai contribué à mettre en place un certain nombre de documents audiovisuels. J ai travaillé une dizaine d années au CNDP en tant que chef de projet sur la création d outils pour ce que l on appelait l éducation scientifique. Je tiens à souligner que j ai toujours eu beaucoup d attention au fait que ces produits qui étaient créés avec des enseignants le soient en liaison avec des chercheurs, des scientifiques, mais aussi avec des chercheurs en éducation et des gens qui faisaient de la formation de formateurs et de professeurs. Avant le CNDP, j ai travaillé une dizaine d années en Afrique, au Niger et en Côte d Ivoire, sur deux expériences pédagogiques qui consistaient à utiliser l outil audiovisuel pour pallier pour pallier le manque de formation des professeurs de façon à ce que les jeunes puissent avoir une éducation moderne orientée vers le développement de leur pays et de leur région. Les clubs jeunes sont des ateliers pour l Éducation nationale. Ce sont des ateliers scientifiques qui travaillent avec un chercheur référent au moins, de l IRD ou d un autre institut, sur une question. L essentiel est de travailler autour d une question en faisant la bibliographie, donc en essayant de voir ce qui a été déjà écrit sans vouloir refaire le monde, et en allant sur le terrain. Ensuite, il s agit de pouvoir communiquer son travail aux autres. C est une étape très importante parce qu en le communiquant aux autres, on fait profiter de son travail autour de soi et cela nous oblige à revenir à nos chères études parce qu en général, ce qui nous semblait clair à un moment, lorsqu il faut l expliquer aux autres, nécessite d être remis sur le chantier. Une centaine de clubs jeunes ont fonctionné depuis 1999, quelques-uns en France, d autres dans les départements et territoires d outremer, en Afrique et en Amérique latine. L IRD, travaille en partenariat avec les pays de la zone tropicale, toujours dans l interdisciplinarité ou la pluridisciplinarité ou la transdisciplinarité, c est-à-dire que l on associe toujours, sur des thèmes qui sont liés au développement, depuis le climat, l halieutique, l océanographie, la pédologie, l ethnologie, l anthropologie, etc., des gens des sciences sociales et des gens des sciences de la vie et de la terre. C est important car cela fait pratiquement partie des obligations par rapport à une réflexion sur le développement ou par rapport à une éducation moderne.

186 L IRD a aussi participé à la formation de professeurs au travers des plans d actions académiques, que ce soit avec l Académie de Créteil, d Amiens, de Montpellier et dans d autres Académies. Nous avons plus particulièrement mis en place une convention avec le CRDP et le Rectorat d Amiens dans le cadre des clubs de jeunes, de l information des professeurs. Je cite particulièrement le séminaire des villes du nord et du sud puisqu il y a eu une implication forte des chercheurs de l IRD dans ce séminaire, et il me semble que la dimension nord-sud est une dimension qu il faut souligner. De quoi parlons-nous quand nous parlons d'éducation à l'environnement? Selon moi, le mot «environnement» devrait porter un «s». En effet, nos environnements sont multiples. Ils sont écologiques au sens scientifique du terme de l écologie. L on en parle certes beaucoup, l on ne parle même que de cela. Ils sont aussi dans le domaine des sciences humaines, des relations humaines. L on ne parle que de cela aussi, mais on ne le dit jamais vraiment. Pour ma part, je milite pour qu il y ait quatre piliers au développement durable, le quatrième étant évidemment les aspects culturels et donc les aspects d éducation. L on m a demandé, à plusieurs reprises, de parler de développement durable de façon plus ou moins globale ou planétaire dans les établissements scolaires depuis l école élémentaire jusqu en classe de seconde voire de première. La question était de définir le lien entre ce que l on peut faire localement dans un établissement ou auprès de sa famille et le lien général qui pose problème. C est très simple, ce que peuvent faire les élèves pour le développement durable c est apprendre, c est l éducation, c est la base. Il est facile pour moi de le dire quand je viens de l extérieur de l établissement, mais ô combien c est quand même important. Par rapport à la nature à laquelle on fait si souvent référence, qu est-ce qui est plus culturel que la nature? Qu est-ce que la nature si ce n est une représentation culturelle d un certain nombre de choses? J ai une référence qui me semble être solide, ce sont les objectifs du millénaire. J ai exercé dans un institut de recherche qui travaille au niveau international et je passe sur cet aspect pour ne pas parler ni de la pauvreté, ni de la faim, ni de l éducation, ni de l égalité entre les sexes. Quels sont les liens avec la recherche? Je ne vais évidemment pas développer le fait que les chercheurs interrogent pour essayer de mieux comprendre le monde. Ils nous apprennent que nous devons agir à différentes échelles. Nous avons parlé de territoires, de local et de global, mais il ne faut pas oublier qu entre le local et le global, il y a des milliers d échelles de territoires selon que l on regarde un aspect écologique, humain, ou que l on pense à l eau. Ce sont des choses qui s emboîtent, se superposent, se confrontent, s affrontent, créent des conflits parfois. Les jeunes sont très sensibles à cela et peuvent très bien entrer dans cette démarche parce qu ils la comprennent. C est ce qu ils voient autour d eux, ce qu ils entendent autour d eux à longueur de journée, dans les médias ou à la télévision. Les instituts de recherche français ont une formidable volonté de communiquer, de dire ce qu ils apprennent, de dire quelles sont leurs interrogations. J entends souvent deux discours. - D un côté, à l intérieur des centres de recherche français, se tiennent des réunions mensuelles des responsables de l information et de la communication. Je peux vous dire qu ils ont envie de collaborer avec l Éducation nationale de façon à ce que ce qui se passe dans les centres de recherche puisse avoir plus d impacts sur la société que ce qu ils parviennent à faire avec leurs moyens de production. - De l autre côté, j entends des gens de l Éducation nationale dire qu il serait bien de travailler davantage avec les instituts de recherche. C est tout à fait possible, il faut mettre en place des modalités et des dispositifs pour que cette concertation soit régulière, même si ce seront parfois des confrontations un peu musclées. Nous ne sommes pas forcément sur les mêmes positions, mais il ne faut pas avoir peur de prendre ce risque.

187 Je note aussi la nécessité, mais je n y reviendrai pas, du dialogue tout particulier avec les pays des sud parce que l EDD ne peut pas être une affaire de nordistes. Si nous regardons tout cela, un certain nombre de concepts apparaissent. Je fais le tri entre ce que l on peut considérer scientifiquement comme étant des concepts et ce qui est des idées ou des projets. Nous avons beaucoup parlé de l approche systémique et de la complexité. La complexité est certes difficile à enseigner, mais pourquoi ne pas s y exercer? Il suffit de trouver des situations dans lesquelles les jeunes s exercent et se confrontent à cette complexité. Les clubs jeunes en étaient un exemple. Ainsi, l on va travailler une question et s apercevoir qu elle a des ramifications dans tous les sens, que le géographe avec lequel on est en train de travailler n est pas suffisant, qu il faut faire appel à un économiste, un historien, un géophysicien ou un géologue. La complexité est quelque chose à laquelle on se confronte et qu il est très difficile de l enseigner. L on dit que le développement durable c est compliqué, mais il existe des expériences fabuleuses dans le domaine de l éducation. Il en est ainsi de thématiques comme la santé, l alimentation, la biodiversité, les écosystèmes, les sols, les risques, l énergie. Il y a tout un mouvement d éducation à l intérieur de l Éducation nationale et auprès des associations. De ce fait, ces termes qui sont constitutifs des questions de développement dans la durée existent donc il faut s y appuyer pour faire des choses en construisant des projets avec les jeunes, et pas simplement dans une attitude d enseignement. Il reste à dégager du temps, mais je pense qu on pourrait le faire. On peut donner un discours dogmatique à 100 personnes avec un micro et un PowerPoint. Cela fait gagner du temps parce que pendant que l on donne ce discours dogmatique à autant de personnes, cela dégage du temps pour faire des ateliers qui intéresseront beaucoup les jeunes. Là encore, l on ferait bien de s interroger sur ce dispositif une classe et un professeur, ou une classe et des professeurs qui se succèdent. Je ne peux pas terminer sans dire de communiquer dans tous les sens. Il est important, pour les jeunes en particulier, mais pour les professeurs aussi, de dire aux autres ce qu ils ont fait. On peut toujours se dire que ce que l on a fait n est pas bien, que l on pourrait faire mieux, que ce n est pas général, que l on n a regardé qu une toute petite question, mais cela ne fait rien. On l a fait, on l a bien fait et l on est en mesure de prendre d autres questions plus complexes par la suite. Je dis toujours que l on ne parle que de l enseignement, que d éduquer, mais l on ne parle jamais d apprendre. Aujourd hui, j ai tort parce que, depuis ce matin, j ai entendu à plusieurs reprises le fait qu apprendre était une chose importante. A mon avis, c est au cœur de la question qui nous préoccupe de l éducation au développement durable. Regarder le monde aujourd hui dans la perspective du développement durable, c est un changement considérable. Si l on regardait le monde de l éducation au travers du terme «apprendre» plutôt que «d enseigner», cela changerait les choses de la même manière. Apprendre, c est le cœur. Les concertations et les partenariats obligent à l évolution et nous avons eu plusieurs témoignages sur ce point. Pour terminer, il me semble que nous avons beaucoup à réfléchir aujourd hui sur les articulations, les liens, les confrontations entre différents secteurs qui sont parcellisés et ont constitué leur environnement, leur monde. Je pense aux secteurs de la production, de la recherche, de l éducation, de la formation, de l information, la consommation. Il y a là des continuums, mais il y a aussi des fractures et il faut absolument s interroger sur la possibilité de faire communiquer ces différents univers. Pour vous donner quelques exemples, une classe entière du lycée Jules Guesde de Montpellier a travaillé l année dernière à une réflexion sur le réchauffement climatique avec cinq professeurs (mathématiques, histoire-géographie, SVT, anglais et physique-chimie). Ils

188 ont travaillé avec quatre chercheurs (un glaciologue, deux pédologues et un agronome). Les élèves ont développé dix thèmes autour de cette question centrale du réchauffement climatique avec deux terrains d étude, l un dans les Alpes sur la fonte des glaciers et l évolution du rythme des avalanches, l autre en Camargue sur la question des sols salés, une question importante notamment par rapport à la montée de l eau des mers qui fera qu un certain nombre de terres littorales seront de plus en plus salées, et ce sont des terres qui nourrissent une grande partie de certains pays. Ils ont présenté leurs posters en anglais au Congrès mondial de l eau à Montpellier, et il y avait sur le stand des posters d un club de jeunes de Quito qui avaient travaillé sur la fonte des glaciers et qui n ont malheureusement que très peu communiqué avec eux pour des raisons de contraintes horaires, de décalage horaire. J espère qu ils le feront au cours de cette année. Par ailleurs, des élèves d Amiens et de Vaujours sont venus présenter leurs travaux au Congrès mondial sur la biodiversité qui a eu lieu à l UNESCO en 2005. Ils avaient été en atelier pendant une journée à l IRD et en visioconférence avec le Sénégal, Madagascar et le Cameroun. Ils sont venus donner leurs conclusions à la séance plénière de l UNESCO où ils ont été invités à la tribune. Je peux vous assurer que lorsque des jeunes qui ont mené un travail d études, créé des posters et échangé avec les autres se retrouvent confrontés à des adultes, cela donne une sacrée motivation. Conclusion et synthèse par Patrick LE PROVOST SCÉRÉN/CNDP J ai essayé, au fil de cette session, de trouver quelques fils conducteurs à nos réflexions en partant de quelques mots clés : publics, partenariats, échanges, démarche. Pour ce qui concerne les publics, nous avons vu qu il fallait adapter les outils et les ressources aux publics visés. Il existe différents types de publics et nous en avons eu plusieurs exemples. On sensibilise le grand public, on éduque les élèves dans le système éducatif, on forme les cadres, qu il s agisse des chefs d établissements de l Éducation nationale ou des élus locaux, on forme aussi les enseignants qui encadrent les élèves. Pour toutes ces actions, il faut des outils adaptés aux publics parce que, parfois, des outils sont un peu à cheval entre différents publics et l on ne sait pas bien quels publics ils visaient au départ. Il faut donc y penser en amont. Ensuite, sur les partenariats, nous avons compris qu il s agissait d un sujet parfois sensible, mais nous avons eu aussi des exemples de partenariats tout à fait réussis, qu il s agisse de partenariats public/privé, public/monde associatif, privé/monde associatif ou les trois ensemble. Il est nécessaire d améliorer la complémentarité des différents types de partenaires, une complémentarité que l on travaille depuis longtemps, de tisser des liens fonctionnels entre les différents mondes qui ne s adressent pas toujours au même public. Quand ils veulent s adresser au même public, il faut que cela entre dans un certain cadre et l Education nationale travaille à construire ce cadre. Ensuite, il a été question des échanges de ressources et de bonnes pratiques, et notamment dans le cadre européen. Concernant les échanges, je retiens l accès aux ressources d une manière générale. Notre collègue du Gabon nous a dit avoir un réel problème d accès aux ressources, mais c est aussi le cas en France. En effet, des outils sont méconnus, et il est nécessaire de faire connaître les bons outils. Il faut déjà définir ce qu est un bon outil, et s assurer que tout le monde en est connaissance. En ce qui concerne la démarche, le point essentiel est qu un outil d EDD doit s inscrire dans une démarche globale. Cela a été dit dans plusieurs cas, notamment dans l enseignement agricole où c était particulièrement clair dans l exposé, mais cette idée est transférable dans

189 tous les cadres. Nous avons parlé de démarche d établissement 3D comme on dit dans l Education nationale, de démarche où l on intègre le thème de la gouvernance, où l on rend les élèves ou les citoyens acteurs de la démarche. Cela nécessite une approche systémique, une approche de la complexité et un ancrage dans le territoire, ce qui veut dire que l outil initial n est pas forcément transférable tel quel ailleurs. Il va donc nécessiter une appropriation et que les gens soient acteurs, qu ils construisent eux-mêmes leur outil en s inspirant d un autre, d où l importance des échanges. Pour conclure, un bon outil pour l EDD ne peut pas être du prêt-à-consommer, mais c est une aide pour affronter la complexité et ouvrir le débat. En forme de synthèse, l'on pourrait faire remarquer que le titre de la session pouvait porter une certaine ambiguïté que nous avons levée dès le début. En effet, les outils sont aussi les dispositifs. Ensuite, nous ne nous adressions pas qu au monde de l Éducation nationale car il est aussi possible, et même préférable, de faire preuve de pédagogie vis-à-vis du grand public. Nous devions donc parler des outils et des dispositifs pour un ensemble de publics variés. Le champ de l Éducation nationale a quand même été très prégnant, et nous en avons souvent parlé au fil de la session, ainsi que du milieu scolaire d une manière générale. L atelier a regroupé 80 participants, ce qui montre que le thème des outils interpelle toujours nombre d acteurs de l EDD issus de milieux différents. C est pourquoi la session s est organisée autour d une dizaine d interventions choisies pour offrir une palette assez représentative de la production des acteurs impliqués dans la production d outils pour l EDD. Au niveau européen, a été présenté le rôle de l Agence Europe Education Formation France E3F. Au niveau Français, étaient représentés le ministère de l Éducation nationale, des acteurs du ministère de l Agriculture et des collectivités territoriales avec un exemple de partenariat du parc de l Avesnois Nord avec l Éducation nationale. Le monde associatif était présent avec le CFEEDD, ainsi que l édition privée avec l éditeur "Terra Project", l Edition publique, le CNDP (Centre national de Documentation pédagogique) et son réseau le SCÉRÉN (Services, Culture, Édition, Ressources pour l'éducation nationale), le monde de la recherche avec un représentant de l Institut de la recherche pour le développement (IRD). Les exposés ont été ponctués par de nombreuses interventions de la salle, avec des échanges riches, denses et vifs parfois. Cela a montré qu il y avait une très grande diversité des ressources déjà existantes, peut-être même une trop grande disparité. En effet, nous avons vu immédiatement que se posait le problème de l adéquation des outils par rapport aux publics. Parmi les demandes qui ont émergé au fil des discussions et des interventions, nous avons retenu quatre demandes nous paraissant très importantes. La première est de pouvoir disposer d outils reposant sur des informations scientifiques de qualité, surtout pour les thématiques qui appellent au débat. C est particulièrement vrai pour le monde de l Éducation nationale, mais aussi pour tous les publics. La deuxième demande est de palier au relatif manque de ressources pour le public scolaire des collèges et des lycées en comparaison de la profusion des ressources destinées aux écoles primaires. Cette profusion n est peut-être qu apparente parce qu il y a parfois un problème de pertinence, mais il est vrai qu il y a davantage de propositions de ressources pour le niveau primaire en France que pour les niveaux des collèges et lycées. Il faut des ressources adaptées dans le monde de l Éducation nationale aux critères de l institution. Nous ne nous limitons pas à l apprentissage d écogestes, nous savons bien que l EDD nécessite des ressources qui abordent la complexité et permettent une intégration par l élève et une participation active. La troisième demande est d harmoniser les critères d évaluation et de validation des ressources au niveau européen dans la mesure où nombre de projets tendent à se développer à l international. Pour statuer sur la pertinence d un projet, les critères de

190 validation diffèrent parfois entre les pays voire entre le niveau européen et les critères que l on peut trouver dans telle ou telle institution de tel pays. La quatrième demande est de favoriser, aussi bien au niveau local qu international, les échanges des bonnes pratiques et l accès aux ressources. Nous avons eu le témoignage d un collègue, formateur au Gabon. Il découvre qu il y a une grande richesse de ressources sur le sol français, mais il a du mal à y accéder. Cependant, au sein même de l hexagone, bon nombre d acteurs ignorent souvent qu une ressource qui leur conviendrait parfaitement a été faite à l autre bout de la France. A partir de ces constats, nous avons dégagé quatre mots clés : publics, partenariats, échanges et démarches. Derrière le mot clé «publics», se trouve la première recommandation qui est d adapter les outils aux publics visés. L outil doit être conçu, dès son origine, en fonction de sa destination. Cela paraît évident, mais lorsque l on voit passer certains outils proposés en matière d EDD, il y a souvent un problème de ciblage. Le même outil ne peut pas servir à la fois pour le grand public et pour le monde éducatif, sauf s il y a une déclinaison au sein de l outil qui le permette. Pour le deuxième mot clé «partenariats», il s agit d améliorer les synergies potentielles entre les différents partenaires. Pour cela, il faut prendre en compte les attentes et les besoins spécifiques de chaque secteur, en relation évidemment avec le ciblage au niveau du public. Le troisième mot clé «échanges» vise à faciliter l accès aux outils et aux bonnes pratiques du global au local. Une recommandation serait de ne pas oublier que l Internet est très pratique pour cela, mais qu il y a encore des endroits où l on n y a pas accès. Pour commencer, cet accès aux outils et aux bonnes pratiques devrait se généraliser de façon à ce que l on puisse bénéficier de ce qui a été fait de bien dans les pays voisins. Enfin, pour ce qui concerne le mot clé «démarches», il convient d inscrire les outils dans une démarche globale, une démarche qui intègre la compréhension des enjeux et favorise une réelle appropriation des savoirs et des pratiques. Il n est pas question de plaquer des vœux pieux dans un dispositif ou un outil pour un public visé. Le développement durable est complexe, il faut donc oser affronter cette complexité et faire en sorte que le public cible s intègre dans la démarche. Pour conclure, un outil pour l éducation au développement durable ne peut, en aucun cas, être du prêt à consommer, mais doit être une aide pour affronter la complexité. Je précise que les quatre recommandations exposées n étaient pas classées par ordre de préférence croissant ni décroissant, mais s il fallait en mettre une en premier lieu, l intégration de l outil pédagogique dans une démarche globale me paraît être la plus importante. *********************

191 Session 6 La France et l éducation au développement durable : bilan 2005-2008 par acteurs, propositions pour la deuxième partie de la Décennie 2009-2014 Sommaire Introduction (Jean-Michel VALANTIN, ministère de l'éducation nationale) Bilan de la contribution des collectivités à l éducation au développement durable - Antoine CHARLOT, Comité 21 - Bernard GERARD, Responsable du Centre de la mer et du Développement durable, Ville du Havre - Annick DELHAYE, Vice-présidente Développement durable, Région PACA - Julie CHABAUD, Responsable mission Agenda 21, Conseil général de Gironde Bilan du volet «Entreprises» - Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes - Daniel CATZARAS, La Poste - Jean-Pierre MONGENDRE, La Lyonnaise des Eaux - Pierre-Erik ANDRIANARISOA, Caisse d Épargne Bilan concernant la société civile - Roland GÉRARD, co-président du CFEEDD Bilan de l État - Jacques BRÉGEON, président du CHEEDD Débat avec la salle Conclusion, Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Animateur : Olivier CLASSIOT (Des Enjeux et des Hommes) Introduction par Jean-Michel VALANTIN Ministère de l Éducation nationale/dgesco L éducation au développement durable pour l Éducation nationale pose deux questions, la question éducative et celle du développement durable dans le système éducatif. Le développement durable apparaît donc comme une notion transversale et complexe. La question depuis 2004 pour le ministère de l Éducation nationale est de savoir comment traduire cette transversalité et cette complexité à l intérieur de son fonctionnement. Je parle de 2004 car, pendant plus de trente ans, l Éducation nationale n a rien fait et ce travail éducatif a été assuré dans le cadre des partenariats, en particulier avec les associations d éducation à l environnement pour (ou vers) un développement durable. Depuis 2004, le ministère de l Éducation nationale a décidé de faire entrer ces problématiques et il le fait par le biais de sa propre ingénierie, c est-à-dire dans les programmes d enseignement, les formations des enseignants et des personnels d encadrement, et dans la vie des établissements. La formation des enseignants et des personnels d encadrement est mise au défi par l éducation au développement durable. Dans la mesure où l année 2004 est récente, il faut mettre au point les dispositifs nécessaires à cette formation. En outre, la formation est classiquement disciplinaire puisque les enseignants, qui sont au cœur de toute cette affaire,

192 sont des enseignants de disciplines. La question est donc d aider les enseignants à se former au développement durable de manière à la fois disciplinaire et transversale, ce qui signifie interdisciplinaire. Comme la question au développement durable est aussi la question du développement durable dans le système éducatif, l on voit émerger dans des Académies de plus en plus nombreuses une offre de formation pluridisciplinaire et multi-catégorielle, ce qui permet de créer une culture commune du développement durable pour les différentes catégories de personnels de l Éducation nationale. Enfin, depuis 2007, l Éducation nationale est entrée en phase de généralisation de l éducation au développement durable, c est-à-dire dans une phase où ces problématiques sont intégrées de manière volontariste dans les différents secteurs et étages du système. Les choses ont commencé, elles vont très vite, elles ne vont pas se faire en un ou deux ans car l Éducation nationale, c est 1,5 million de fonctionnaires dont 850 000 enseignants, 12 millions d élèves, 60 000 écoles et 15 000 établissements secondaires. L on parle donc d un maillage social et territorial dont l échelle est telle qu il ne suffit pas de dire que l on va faire pour que les choses soient faites. De même, l entrée des problématiques de DD dans les programmes d enseignement est un travail qui a commencé, est en cours, et se perpétue. Je tiens aussi préciser que l'edd a bénéficié du partenariat avec les collectivités territoriales, les services déconcentrés de l État, les entreprises et associations agréées, les établissements publics. Ce travail, bien entendu, ne s arrête pas, mais il s agit, dans système qui évolue très vite, de bien préciser les modalités de partenariat de chacun. Ce qui est visé par la généralisation de l'edd reste la formation du citoyen au 21e siècle qui est actuellement un élève, et ceci afin qu il puisse appréhender et comprendre la complexité du monde contemporain et faire des choix adéquats par rapport à cette complexité. C est pour cela notamment que les démarches interdisciplinaires au sein des établissements sont encouragées. Si nous prenons la problématique de l eau, elle est parfaitement abordable tant en géographie qu en physique, chimie, sciences de la vie et de la terre et lettres. La question reste vraiment l intégration des problématiques de DD dans les différents processus propres au système éducatif. Les élèves et les enseignants, et bien d autres, passent l essentiel de leur journée au sein des écoles et des établissements. Il est donc important de faire des établissements le lieu de vie, d expérimentation, d actions du développement durable pour que cet espace de vie soit aussi un espace d apprentissage du développement durable, de la transversalité, de la complexité. C est aussi en vivant ce qui est appris et en mettant en cohérence les apprentissages, la vie concrète et les actions quotidiennes que cette politique de généralisation de l éducation au développement durable prend tout son sens. Vous allez me demander ce qu est un élève, c est-à-dire un citoyen en devenir, qui apprend le développement durable. Les grands principes du développement durable d un point de vue scolaire sont d articuler à la fois la démarche scientifique, le sens critique, l éthique et le civisme. En cela, l éducation au développement durable s inscrit totalement dans la lignée républicaine, dans la vocation profondément républicaine de l école, tout en permettant à l école de s adapter aux évolutions du monde contemporain. Au-delà, l éducation au développement durable permet aussi d ouvrir un horizon, elle est aussi une philosophie de l action. Actuellement, de nombreux diagnostics permettent de voir que nous sommes entrés dans une période troublée. Ce ne sont pas les jeunes de cinq, six, dix, douze ou quinze ans qui vont résoudre la crise climatique, c est nous. Les élèves de cinq, dix ou quinze ans vont apprendre et comprendre les enjeux de la crise climatique, de la crise de l eau ou des interactions entre les conditions sociales, les conditions climatiques ou les conditions hydriques. Ils vont apprendre qu il est possible d avoir des raisonnements sociaux, économiques, culturels, civiques qui permettent de répondre à cela.

193 Aussi, l éducation au développement durable ouvre un horizon bien au-delà du catastrophisme vers un 21e siècle qui doit être le siècle du développement durable. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Certains points évoqués dans cette introduction sont très intéressants. Cela bouge, mais cela bouge-t-il partout? C est une des questions à laquelle nous allons répondre dans ce bilan. L on parle de généraliser, d être capable d insuffler le développement durable à tous les niveaux. Qu en est-il dans les différentes sphères que nous étudierons dans ce bilan? L on parle de partenariat. Comment faire mieux ensemble en voyant déjà ce qui existe? Vous avez parlé du citoyen du 21ième siècle, mais je voudrais que l on découvre ce que l on fait du citoyen d aujourd hui, celui qui travaille dans une entreprise, qui est un élu local, qui est un enseignant, qui est dans le monde associatif et va sensibiliser d autres personnes. Le bilan a été préparé par quatre équipes et je souhaitais remercier le Comité 21 représenté par Antoine CHARLOT et les autres personnes de l équipe qui l ont aidé à préparer ce travail, notamment Christine DELHAYE et Anne LEMAIRE. Je remercie également Jacques BREGEON qui s exprimera au nom du groupe de travail interministériel sur l'edd et Roland GÉRARD qui représente le CFEDD. Antoine CHARLOT, Comité 21 Contribution des collectivités à l'edd Le Comité 21 travaille depuis cinq ans sur la thématique de l'edd avec la particularité d associer l ensemble des acteurs à l éducation au développement durable avec l idée de mobiliser l ensemble des acteurs qui se trouvent sur un territoire avec, bien sûr, la collectivité en tant que chef de file et animatrice mais aussi les entreprises, les associations, les établissements publics, les établissements scolaires. Cette logique se retrouve dans notre programme d éducation au développement durable puisqu il s agit de voir comment, sur un territoire, l ensemble des acteurs peut contribuer à l éducation au développement durable tout au long de la vie, et en s adressant à l ensemble des acteurs qu ils soient citoyens en devenir ou citoyens d aujourd hui. Pour réaliser ce bilan, il faut d abord savoir qu en 2007, nous avions réalisé une étude sur la contribution des collectivités à l'edd. C est donc l occasion, pour cette session, de faire un bilan un an après sur l avancée de l éducation au développement durable et de voir comment les collectivités, toutes échelles confondues, intègrent cette dimension de l éducation et de la pédagogie du développement durable au sein de leurs programmes. Pour faire ce bilan, nous avons mobilisé nos 150 collectivités adhérentes au Comité 21 et les réseaux de collectivités afin de pouvoir toucher un maximum de collectivités. Nous avons notamment sollicité l Association des Maires de France, l Association des Maires des grandes villes de France, les Départements et Régions de France, les communes d Outremer qui ont une particularité spécifique et sont souvent moins avancées sur ces sujets. Depuis deux ans, le développement durable est entré dans la communication publique, on le voit au niveau national avec différentes campagnes. Au niveau des collectivités, l on s aperçoit que depuis deux ou trois ans, le développement durable dans la communication s inscrit de plus en plus. Il s agit évidemment de faire de la politique, les collectivités font aujourd hui du marketing territorial. Cela devient un enjeu politique très fort, nous l avons vu aux dernières élections municipales, mais il s agit surtout, quand on interroge les collectivités, de ne pas agir seules. A quoi servirait un agenda 21, à quoi servirait une politique territoriale de développement durable si les entreprises, les associations et citoyens qui se trouvent sur le territoire consomment, rejettent, agissent de la même façon et, du coup, ne contribuent pas aux objectifs de la politique territoriale?

194 C est donc dans cet esprit que les collectivités inscrivent aujourd hui la pédagogie et l éducation dans leur stratégie, l objectif étant de convaincre et de séduire. Comment séduire les entreprises et les citoyens pour qu ils puissent contribuer à la politique territoriale et décliner cela sur leurs propres pratiques au quotidien? La première étape est de convaincre l interne, les agents, les élus parfois un peu récalcitrants en matière de développement durable. Il faut les amener à comprendre les enjeux en matière de changement climatique, le facteur 4, le GIEC, les travaux sur la biodiversité, sur la solidarité internationale, sur la cohésion sociale. Ce sont des données complexes qu il faut prendre en compte petit à petit, décliner sur les compétences des collectivités. Il faut aussi comprendre la méthode de travail en matière de développement durable car il nécessite toujours plus de prospectives, de transversalité, de concertations, d évaluations. Ce sont des méthodes nouvelles qui posent parfois problème au sein de la collectivité. Lorsque l on parle d évaluation, cela fait peur donc il faut beaucoup de pédagogie et de dialogue pour amener chacun des acteurs internes à prendre en compte le développement durable. C est nouveau et les premiers agendas 21 que l on avait il y a une dizaine d années négligeaient totalement cette phase d apprentissage, de formation, d appropriation du développement durable. Cela se déclinait en un programme d actions qui n était pas forcément réellement applicable ou réellement porté par chacun des acteurs et des équipes internes à la collectivité. Depuis deux ou trois ans, les collectivités prennent le temps de cette formation, de cet apprentissage, ce qui garantit réellement l efficacité des politiques publiques. Cette mobilisation se traduit de différentes manières et l on retrouve nombre de sessions de sensibilisation et de formation. L agenda 21 et le Comité 21 en font, mais l on retrouve cela aussi à la traduction des métiers de chacun au regard du développement durable. Aujourd hui, le CNFPT a enfin investi cette question et intégré le développement durable dans ses formations, notamment en Aquitaine puisque le CNFPT propose aujourd hui des parcours au sein de la Région Aquitaine pour s approprier le développement durable et toucher du doigt ce que peut être le développement durable. La formation et la sensibilisation ne peuvent plus suffire, il faut organiser des voyages d études. Des collectivités en organisent certes, mais ils sont souvent pour les élus et les Directeurs. Aussi, une catégorie de personnes au sein des équipes internes n a pas droit à toucher du doigt et à voir ce que peut être le développement durable à travers ces voyages d études. Il faut organiser des débats car, en effet, certaines collectivités estiment qu un intervenant, un expert du développement durable ne suffit pas à sensibiliser. Il faut que les agents et les élus s auto-sensibilisent, discutent, se parlent et expliquent leur vision du développement durable. Par exemple, la Ville de Rezé à côté de Nantes organise des débats intitulés «Les agents parlent aux agents». Ils construisent ensemble leur vision du développement durable et il est très important de se construire sa vision du développement durable. On peut revenir sur les principes de Brundtland, du Sommet de la Terre de Rio, mais pour autant, il faut vraiment décliner cela sur sa façon de travailler, sur ses propres ambitions et objectifs. Des ambassadeurs, des référents en matière de développement durable sont nécessaires et les collectivités l ont bien compris. Il faut, dans chacune des Directions, mettre en place des référents, ce qui permet de décliner le développement durable dans chacune des Directions. Par ailleurs, les élus ont pris en compte la nécessité d appartenir à des réseaux. Aujourd hui, les élus participent à des commissions au développement durable au sein des réseaux de collectivités, de réseaux spécialisés dans le développement durable, ce qui permet de faire du «buzz» en matière de développement durable, mais aussi de se l approprier un peu mieux et de voir ce qui est fait ailleurs. Nous regrettons cependant que cette sensibilisation et cette formation ne soient pas inscrites dans la durée. Aujourd hui, il y a un turn-over important des élus et des agents au sein des collectivités donc il faut constamment inscrire cette formation, cette sensibilisation et cette

195 mobilisation de chacun dans la durée, mais ce n est pas encore bien fait au niveau des collectivités. Par ailleurs, cette formation-sensibilisation n oblige pas toujours à l action. L on est arrivé aujourd hui à cette prise de conscience, les collectivités l ont bien saisie. Pour autant, elle n arrive pas à la mise en œuvre opérationnelle du développement durable par chacun en interne. Pourtant, il existe des outils très simples, notamment le Code des Marchés Publics qui permet aujourd hui d introduire des critères sociaux et environnementaux et permettrait de commencer des petites actions très simples comme l alimentation biologique dans la restauration, le commerce équitable, les produits dépourvus de produits phytosanitaires dans la gestion des espaces verts. Tout cela permettrait, grâce à l action, de changer les pratiques petit à petit et de mobiliser chacun sur le devenir de son métier. Puis, des collectivités profitent d appels à projets, de concours pour proposer des projets concrets. A partir du moment où certains projets sont sélectionnés, elles les mettent en œuvre, ont une enveloppe pour cela. La Ville du Havre a organisé un concours intitulé «Innovation et développement durable», Bernard GÉRARD nous explique cette démarche. Bernard GÉRARD, Ville du Havre Depuis 2006, nous organisons un concours destiné aux agents de la collectivité sur le thème de l innovation pour le développement durable. L idée est de mobiliser l interne, l ensemble des personnels, quelles que soient leur catégorie et leur place dans la structure, pour en faire des relais vers le grand public. Un de nos objectifs était d aider les agents de la collectivité à s informer, s éduquer et se former sur les différents aspects du développement durable et d en faire des relais pour aller vers le grand public. Il s agit de 3 000 personnes de la collectivité, chacune chez elles dans leur lieu de vie personnel est amenée à en parler. L idée était de privilégier des projets portés par des agents appartenant à des structures différentes, de constituer des équipes totalement variées dans leur composition et leur culture. Ainsi, nous mêlions des agents de catégories A, B et C appartenant à des services et des Directions différentes. Il n y a aucune orientation, il s agit d un concours «développement durable». Il est demandé aux agents d être innovants, de traiter d aspects et de problématiques qui aideront la collectivité à s inscrire dans le champ du développement durable. Le jury est externe, nous avons fait appel aux industriels et aux autres institutionnels présents sur le territoire. Je parle de territoire car, très vite, nous nous sommes aperçus que nous dépassions largement le cadre de la collectivité. Les différents projets présentés par chacun des participants au concours montraient que le champ de la collectivité était un peu restreint et qu il fallait ouvrir sur un autre territoire qui est celui de l estuaire. Une trentaine de projets sont proposés par an, trois à cinq sont élus. Les porteurs de projet seront en charge de la réalisation du projet si cela concerne directement leur service ou Direction, mais ils peuvent être amenés à contrôler l évolution ou la mise en œuvre s ils appartiennent à des Directions ou services différents. Il ne s agit pas seulement de lancer des projets, mais il faut aussi assurer leur suivi. Même s ils sont pilotés par des personnes, nous avons mis en place des indicateurs de suivi de ces projets. Antoine CHARLOT, Comité 21 Aujourd'hui, il y a un manque d'évaluation et ce n est pas lié uniquement à l'éducation. L évaluation fait peur et freine les collectivités à mettre en place des indicateurs pour mesurer l'efficacité de leur action. Pour tout ce qui concerne les actions d éducation et de formation, il faut pouvoir mesurer l'évolution des comportements et des pratiques. Au-delà des équipes internes, les collectivités invitent de plus en plus les citoyens à prendre part à leur responsabilité en matière de développement durable sur le territoire. A ce niveau,

196 les outils se multiplient avec de plus en plus de campagnes d'information, d'expositions. Le journal municipal intègre, dans la plupart des cas, une rubrique sur le développement durable, des guides sont édités, le site Internet des collectivités ont généralement une rubrique "développement durable". Les collectivités organisent des projections (ex : le film d'al Gore). Pour autant, on s'aperçoit que ces campagnes peinent à mobiliser et à inviter le citoyen à agir de façon concrète en matière de développement durable. D'ailleurs, si l'on regarde l'ensemble des sondages en matière d'appropriation du développement durable par les citoyens, ils disent tous connaître le développement durable mais si on leur demande de citer le premier acteur qui doit agir en matière de développement durable, ils ne se citent pas eux-mêmes. Ils citent généralement la collectivité et l'état, mais ne s interrogent pas sur leurs propres pratiques au quotidien. Il faut passer de la prise de conscience à l'action et sur les quelques initiatives intéressantes notamment au niveau des jeunes, on s'aperçoit que les Agendas 21 scolaires ou les établissements en démarche de développement durable constituent une première approche pour passer de la simple sensibilisation à ce que l on pourrait appeler la formation-action dans laquelle l'élève devient acteur du développement durable au sein de son établissement. L élève, notamment pour les Agendas 21 scolaires, fera le diagnostic de son établissement, organisera la concertation pour aboutir à un plan d'actions, mettra en œuvre ce plan d'actions et l'évaluera. Ces Agendas 21 scolaires constituent donc pour les jeunes une première approche pour mettre en œuvre concrètement le développement durable. Deux initiatives de ce type sont représentées ici, d'abord la région Provence-Alpes-Côte- D azur qui, aujourd'hui, soutient et invite les lycées à mettre en place des Agendas 21 scolaires. Je laisse la parole à Annick Delay, Vice-présidente en charge du développement durable à la région Provence-Alpes-Côte d'azur - PACA. Annick DELHAYE, Région PACA Je suis effectivement en charge du développement durable à la région PACA, mais les Agendas 21 lycéens sont à la charge de plusieurs délégations, celle du développement durable et celle d un collègue Vice-président en charge des lycées. Nous co-animons donc ces Agendas 21 scolaires. La Région a lancé un appel à projets auprès de ses 183 lycées et sur l'ensemble des projets reçus l'année dernière, elle a retenu neuf lycées pour faire une expérimentation d Agenda 21 lycéen. L objectif est bien que toute la communauté éducative soit actrice du développement durable au sein du lycée. Ainsi, le diagnostic de l'établissement en matière de développement durable est réalisé conjointement par les élèves et par la communauté éducative. Ce diagnostic, qui doit être partagé par tous, donne lieu ensuite à un plan d'actions qui doit être mis en œuvre. Ce plan d'actions peut concerner, par exemple, la restauration biologique. Dans la région, 56 lycées bénéficient d'ores et déjà de la restauration biologique à raison d'une fois par mois, tout simplement parce que l'approvisionnement auprès des producteurs biologiques est insuffisant. Le plan d'actions peut concerner la problématique de l'énergie qui constitue souvent le domaine numéro un des plans d'actions proposés. Les transports et la façon dont les lycéens se rendent au lycée font également partie des préoccupations majeures. Les lycées choisissent leur plan d actions et nous les aidons à le mettre en œuvre. Dans les lycées, comme d'ailleurs dans nos institutions, nous avons de plus en plus de difficultés avec le temps. Aussi, pour aider les lycées à mettre en œuvre ce diagnostic et à élaborer ces plans d'actions, nous mettons à leur disposition une AMO (Assistance à Maîtrise d'ouvrage). Nous avons souhaité mettre au point une méthodologie avec ces différents lycées expérimentaux pour pouvoir la généraliser ensuite à tous les lycées.

197 Cette année, nous avons dix nouveaux lycées et un CFA puisque les apprentis sont aussi une compétence des régions, soit un total de dix-neuf lycées et un CFA pour approfondir cette expérimentation et faire en sorte de vérifier que la méthodologie mise au point sur les neuf premiers lycées soit bien généralisable à l'ensemble des lycées. Le programme d'actions d'un lycée est établi étape par étape avec l'amo (Architecture et Maîtres d Ouvrage) ainsi qu avec les deux rectorats, Nice et d'aix-marseille. Julie CHABAUD, Conseil général de la Gironde Dans le cadre de l Agenda 21 du Conseil général de la Gironde, le fait d'amener de nouveaux acteurs à jouer dans le cadre de l'agenda 21 s'est vite imposé. Nous avons donc lancé un appel à projets pour d'autres collectivités locales et, dans un premier temps, nous avons soutenu vingt-cinq collectivités. Aujourd'hui, trente-six collectivités locales en Gironde, de tous les niveaux (communes, communautés de communes, pays, départements, région, Communauté Urbaine de Bordeaux) sont en Agendas 21. La question de l'éducation est une question qui s'est posée assez vite, notamment dans les milieux scolaires. La Communauté Urbaine de Bordeaux est partie sur les agendas 21 scolaires. La Région a commencé à réfléchir à des agendas 21 de lycées tandis que le Conseil général lançait un appel à projets pour les agendas 21 de collèges. Nous avons rédigé ensemble un cadre de référence commun pour les agendas 21 scolaires, et cela en partenariat avec l'éducation Nationale et l'ademe, sur une logique de continuum éducatif, c'est-à-dire qu'un élève qui sort d une école en Agenda 21 et qui entre dans un collège en Agenda 21, saura de quoi on lui parle. Il en est de la manière dans les lycées et même maintenant avec les universités. Dans le cadre de la coordination entre les collectivités, nous avons mis en place ce que l on appelle un agenda 21 de réseau c'est-à-dire sur des choses qui nous concernent tous, mais qui ne sont pas de la compétence en propre d un niveau de collectivité. Je pense là à l'écoconstruction ou les marchés publics. Dans le cadre de cet agenda 21 de réseau, nous avons développé un axe sur l'éducation pour un développement durable qui se traduit par six actions validées pour 2008 : Le recensement des acteurs de l'éducation pour un développement durable. Nous avons décidé de ne pas cibler donc nous avons envoyé un questionnaire demandant : Vous sentez-vous concerné par l éducation au développement durable? Comment vous sentezvous concerné? Quels seraient vos besoins? Nous avons ensuite mis en place une convention tripartite de coopération entre la Communauté urbaine de Bordeaux, le Conseil général, la Région pour mettre en place ce continuum éducatif, avec des éléments qui sont aussi dans l'agenda 21 de réseau, c'est-àdire la mise en place et l'animation d'un Conseil départemental des établissements scolaires en Agenda 21, la mise en place de cycles de formation à destination des associations accompagnatrices des agendas 21 scolaires, le lancement d'un appel à projets pour les agendas 21 de centres sociaux et CLSH. Quand on parle d'éducation pour un développement durable, on ne reste pas au niveau scolaire, mais on se place également sur du péri- et de l'extrascolaire, mais aussi sur des agendas 21 familiaux. Un autre élément est l'élaboration d'un guide pratique sur les agendas 21 de structures d'animation ou à vocation sociale puisque dans le petit recensement que nous avions fait, il ressortait que des centres sociaux et des maisons de quartier avaient besoin de ce type d'assistance. Le partenariat avec l'education Nationale est très riche. Notre grand objectif, au niveau local, est de donner envie et de faire la preuve de l'intérêt de ces démarches, mais aussi de partager une culture commune. Il ne faut pas que chacun aille inventer son développement durable dans son coin. Aussi, quand je vois E3D au niveau de l'education Nationale, j'ai du mal à comprendre et je me retrouve avec l'éducation nationale en citadelle assiégée qui

198 vient inventer un référentiel alors que c est la même chose qu un Agenda 21. Pourquoi inventer l'e3d? Sincèrement, cela n aide pas. Antoine CHARLOT, Comité 21 Cette idée du continuum éducatif en matière d'éducation au développement durable c'est aussi la raison d'être de la plateforme PACA. Annick DELHAYE, Région PACA C'est un nouveau mode de gouvernance pour le développement de l'éducation à l'environnement et au développement durable sur les territoires. Depuis 2004, tous les acteurs de l'edd de Provence-Alpes-Côte-D azur ont décidé de se retrouver pour mener une démarche globale et collective dans le domaine de l'information, la sensibilisation, la communication et l éducation au développement durable pour tous, à tous les âges, tout au long de la vie et dans toutes les sphères qu'elles soient publiques, privées, ou professionnelles. Nous avons regroupé les deux rectorats, l'ademe, l'agence de l'eau, les six départements, la Direction de la Jeunesse et des Sports, la Direction Régionale de l'agriculture et de la Forêt et la Région PACA. Pendant trois ans, ces différents acteurs se sont réunis pour coconstruire et mettre en œuvre une stratégie régionale de l'éducation au développement durable. Cette plateforme a présenté en juin dernier un document d'orientation partagé que chaque acteur doit maintenant s'approprier sur le territoire. Antoine CHARLOT, Comité 21 Pour terminer, les collectivités doivent aussi former, mobiliser, sensibiliser, les acteurs socioéconomiques du territoire. C'est probablement le plus difficile à réaliser car il existe encore une réelle barrière de langage et de coutumes entre le monde public et le monde privé, et cela freine les partenariats entre ces deux mondes. Certaines collectivités engagent néanmoins des formations, mettent en place des réseaux pour inciter les PME-PMI à moderniser leur offre, à y intégrer petit à petit le développement durable et notamment dans le cadre des achats responsables. En effet, aujourd'hui les collectivités intègrent de plus en plus de critères comme le permet le Code des Marchés Publics, mais les PME-PMI du territoire ne sont pas capables d'y répondre. De ce fait, l on se retrouve avec un marché d alimentation biologique approvisionné dans les Pays-Bas ou en Allemagne. Aujourd'hui, la Région Nord Pas-de-Calais a mis en place une plateforme d'achats responsables pour faire converger les attentes des collectivités et les offres des PME-PMI du territoire. La Région Pays-de-la-Loire forme à l'éco-conception un certain nombre d'entreprises. Ces initiatives restent cependant assez limitées et l on s'aperçoit, notamment sur la formation professionnelle, que les Régions peinent à intégrer le développement durable dans leurs formations professionnelles alors que la formation professionnelle est une compétence régionale, même pour celles qui sont dans une démarche d Agenda 21 régional. Une autre réponse des collectivités est d organiser, dans le cadre de l Agenda 21, des comités de partenaires qui permettent à ces partenaires de répondre directement aux objectifs de la stratégie territoriale. C est nouveau et cela permet de passer petit à petit d un Agenda 21 de collectivité à un Agenda 21 de territoire où chacun répond à un objectif commun, à savoir l'agenda 21 local. Bernard GÉRARD, Ville du Havre Il semble très naturel d'associer les partenaires industriels, les institutionnels, le port autonome du Havre, l'université, sur des projets d'envergure comme le Centre de la Mer et

199 du développement durable "Odyssée 21" dont je suis le Directeur de projet. Il est aussi facile de les mobiliser lorsque l on organise des rencontres internationales pour le développement durable des activités maritimes et portuaires, des manifestations annuelles qui réunissent 300 à 350 personnes sur des sujets aussi complexes que le captage du CO2, par exemple. Sur ces projets, il n y a aucune difficulté pour aller chercher ces institutionnels qui répondent de manière très positive. Cela fait partie de leur stratégie de développement que de participer aux activités locales. Nous nous sommes rendu compte qu il ne fallait pas avoir de réserves à les appeler sur d autres projets comme le concours "Innovation pour le Développement durable". Ils y participent de manière active et c est d'ailleurs très encourageant pour les participants et les porteurs de projets. Dans tous ces projets qui contribuent à mettre en place le territoire sur un chemin vertueux de développement durable, nous réfléchissons avec l'ensemble de ces partenaires pour trouver des solutions. Dans quelques semaines, nous lancerons le Grenelle de l'estuaire. La Ville ne suffit plus, nous nous sentions un peu limités donc, aujourd'hui, le territoire de l'estuaire est beaucoup plus légitime pour porter les grands enjeux du développement durable. L'idée de ce Grenelle de l'estuaire est de faire un grand lieu de réflexion pour trouver des solutions aux difficultés que nous rencontrons aujourd'hui sur le territoire en matière de développement durable. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Le terme «Agenda 21» qui a été souvent prononcé lors de ce premier bilan est un terme qui n existe pas dans le monde de l entreprise à quelques entreprises près qui sont les entreprises proches de la sphère publique. Sur le mot de base qui est la concrétisation d une démarche de DD, l on voit bien qu entre le monde privé et le monde des collectivités, l on est déjà sur des vocabulaires différents. Bilan du volet «Entreprises» par Olivier CLASSIOT «Des Enjeux et des Hommes» Pour ce bilan, j appelle trois témoins venant, cette fois, du monde de l entreprise : Pierre Erik Andrianarisoa, représentant la Caisse d Epargne, Daniel Catzaras, représentant La Poste, et Jean-Pierre Mongendre, représentant la Lyonnaise des Eaux. «Des Enjeux et des Hommes» est un cabinet qui accompagne les entreprises dans la sensibilisation, la formation de leurs collaborateurs. Nous avons eu la chance d accompagner une cinquantaine d entreprises françaises depuis cinq ans et de former plusieurs milliers de salariés soit directement, soit par le biais de relais, ce qui nous a donné une première connaissance de ce qui se passait dans les entreprises. Nous sommes évidemment allés plus loin pour préparer ce bilan puisque nous avons lancé un questionnaire auquel un certain nombre d entreprises ont répondu. Nous avons étudié leur rapport «développement durable» quand elles en avaient publié un, regardé ce qu elles disaient sur leur site Internet ou sur d autres médias qu elles diffusaient. Puis, nous avons eu la chance que certaines acceptent de nous recevoir en entretien, et ce pour vraiment comprendre ce qu elles avaient fait dans les cinq dernières années et savoir où elles en étaient aujourd hui. L année 2007 a été une année charnière, une année où le grand public a pris conscience d un certain nombre de choses via le film d Al Gore, la campagne électorale en France, et nous le sentons dans le public que nous avons en face de nous en salles de formation. Des choses ont changé dans la capacité des gens à connaître ces sujets, encore faut-il être

200 capable de faire le tri entre les différentes choses et de comprendre comment elles s agencent. Dans les entreprises, 2007 et 2008 sont des années de passage à l acte. L idée est d essayer d être concret, d aller le plus loin possible vers le concret. Le premier sujet concernant ce bilan concerne la sensibilisation. Pour mettre les mêmes mots sur les mêmes choses, nous appellerons "sensibilisation" quelque chose qui vise à déclencher une prise de conscience. «Si je suis dans mon métier, si je dois changer mes pratiques professionnelles, si je dois changer mon comportement professionnel, je suis plutôt dans la formation que dans la sensibilisation». Sur ce premier sujet qu est la sensibilisation, l on peut dire que le périmètre s élargit. Premièrement, on passe des spécialistes à l ensemble des salariés. Il n y a pas que les responsables HSE (Hygiène, Qualité, Sécurité) qui peuvent être formés ou éduqués au développement durable. Au cours des dernières années, des actions sont donc allées dans ce sens. Deuxièmement, l on est passé d un sujet souvent très pointu, environnement ou social en fonction des entreprises dans lesquelles on se situait, à une approche qui se veut plus transversale des trois dimensions du développement durable. Cela ne sert à rien de sensibiliser très fortement sur un sujet si on ne comprend pas les interactions et les interdépendances qui existent entre les sphères environnementale et sociale. L exemple des agro-carburants montre bien que si on analyse un problème en omettant une partie des problématiques, on peut aboutir à une mauvaise solution. L on passe donc de monothématiques à des choses plus transversales. Troisièmement, dans cet élargissement du périmètre, on passe d actions ponctuelles à un fil rouge. Il y a bien sûr «les cinq minutes pour la planète», «la journée de la Terre, «la semaine du développement durable», mais que fait-on pendant le reste de l année? La question dans les entreprises a donc été de passer, au cours des dernières années, d une vague de sensibilisation ponctuelle où l on expliquait des choses un peu génériques à un accompagnement dans la durée, utilisant tout un tas de leviers existants comme le journal interne ou le site Internet de l entreprise ainsi qu une animation tout au long de l année de cette sensibilisation. Le grand changement concerne également l implication des salariés. Cette sensibilisation est passée d un mode passif de «j ai des gens plus experts que moi et qui m expliquent ce qu il faut que je comprenne» à des démarches plus impliquantes. Je voudrais prendre l exemple de La Poste dont nous avons ici le représentant, mais je vous encourage à aller dialoguer avec les gens de Monoprix qui ont un stand ici et qui font également beaucoup de choses dans ce domaine. Je vais donner la parole à Daniel Catzaras pour qu il nous parle de l action menée par La Poste par rapport au commerce équitable sur le coton, et qu il nous explique comment ont été mobilisés les salariés de la Poste et les résultats que cela a engendré. Daniel CATZARAS, La Poste A la Poste, nous avons mené une action sur les vêtements des facteurs. C est un point important, notamment parce que les facteurs travaillent par tous les temps et qu il faut des vêtements ayant des qualités certaines. De plus, c est un vecteur de l image de l entreprise. La démarche utilisée dans ce domaine a été très prudente. Nous avons commencé à faire des expériences avec des vêtements en demandant à des factrices de tester un certain nombre de tenues. Nous avons une gamme d environ une dizaine de vêtements (pantalons, jupes, gilets, chemises). Ces premiers tests se sont révélés positifs donc nous avons décidé d étendre ces vêtements à l ensemble des facteurs. Nous avons 100 000 facteurs donc cela s est traduit rapidement par des quantités importantes d achat de coton équitable. En effet, notre opérateur achète près de 310 tonnes de coton équitable, soit environ 350 000 pièces.

201 Nous prévoyons environ trois changements de tenue par an et par facteur, et cela représente 11 % dans ce domaine au niveau national. Cette démarche très intéressante est très facilement passée auprès du personnel, d autant qu elle a permis d harmoniser les tenues des facteurs au niveau national qui, dans le passé, étaient plutôt hétéroclites. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes L intéressant dans cet exemple est d avoir proposé aux factrices de choisir si elles voulaient ou non prendre ces produits du commerce équitable. C était un vrai choix parce qu il y avait un petit delta dans la quantité de vêtements auxquels elles avaient droit pour leur vestiaire pour l année. Je souhaitais prendre cet exemple pour illustrer le côté impliquant des salariés qui ont pu concrètement traduire dans un choix professionnel ce qu ils avaient compris. La deuxième partie du bilan au niveau des entreprises est très importante et fait complètement écho à ce que l on a entendu sur les collectivités. Les entreprises ont compris qu il était important de mettre le développement durable au cœur de leur métier, que de faire du développement durable et donc de la sensibilisation, de l éducation, de la formation en parallèle avec leur métier n avait pas de sens parce que lorsque les priorités changent, que les tensions augmentent, ce sont les choses un peu annexes qui sont éludées rapidement. Mettre le développement durable au cœur de leur métier signifie, pour les entreprises, qu il faut que le développement durable soit dans la stratégie de l entreprise, mais aussi au cœur des métiers. Il est certes intéressant de parler d écogestes et de choses que chacun peut faire quel que soit son métier, mais il est aussi voire plus important de voir comment chacun dans son métier peut concrétiser le développement durable. Sur ces sujets, un acheteur ne fera pas la même chose qu une personne qui fait du marketing ou qui est dans la prospective de recherche. Dans les entreprises, au cours des dernières années, l on a gardé cette sensibilisation qui a évolué, mais on a également passé un cap qui est celui de la formation des salariés. Il faut que les salariés soient formés au développement durable pour être capables de traduire cela concrètement dans leur métier. On est donc dans la formation-action, les salariés ont compris des choses et s entraînent très concrètement dans cette phase d éducation au développement durable à les traduire dans leurs gestes quotidiens, c est-à-dire dans leurs pratiques professionnelles. Par ailleurs, l on est passé dans un système dans lequel on va créer des plans d actions pour répondre à ces enjeux. L on va donc mobiliser beaucoup plus fortement les collaborateurs, ce qui a donné lieu à de nouvelles initiatives, par exemple un système d innovation et de boîte à idées avec laquelle on sollicite les collaborateurs sur ce qu il est possible de faire pour aller dans le sens du développement durable dans leur métier. Qui est spécialiste de son métier, si ce n est chacun d entre nous dans notre entreprise et chacun dans sa sphère. On est donc loin des hautes sphères, des Directions au développement durable, mais l on est dans le concret et dans ce que chacun peut faire à son niveau. Ces idées ainsi collectées se sont traduites par des plans d actions concrets. Une autre chose importante dans cette évolution est que l on est sur une démarche d innovation. Jusqu à présent, le développement durable est passé dans les entreprises par des démarches d amélioration continue. Aujourd hui, l on est confronté à de tels enjeux qu il est nécessaire de faire différemment. Ceci suppose de demander aux salariés de faire preuve de créativité, mais aussi de travailler avec d autres personnes notamment à l extérieur, l important étant d inscrire le développement durable au cœur des métiers. Jean-Pierre MONGENDRE, Lyonnaise des Eaux A la Lyonnaise des Eaux, nous sommes partenaires des collectivités locales depuis 125 ans, avons 14 millions de clients, avons en charge la gestion des services d eau,

202 d assainissement et, plus globalement, la gestion des milieux naturels, ce qui montre l importance de notre responsabilité d entreprise. Nous faisions de la sensibilisation au développement durable dans le cadre de nos métiers depuis des années par le système de sensibilisation de nos clients, du grand public (classes d eau, portes ouvertes). En 2006, quand nous avons lancé notre charte Développement durable que nous avons inscrite complètement dans notre processus managérial, nous avons souhaité lancer une opération de sensibilisation au développement durable de l ensemble de nos 8 000 salariés, et pas uniquement des cadres. Au fur et à mesure des formations, nous sommes passés d une sensibilisation assez générale à une réelle formation, une inscription véritablement dans les actions métier et un ancrage dans le concret. Ceci est passé par le système de boîte à idées et n importe quel salarié, quelle que soit la nature de sa contribution dans l entreprise, pouvait effectivement proposer des actions et les mettre en pratique au quotidien mais également par des ruptures et des innovations dans le cadre de nos propositions aux collectivités. Il y a quatre ans, le fait de parler de bilan carbone, de contribution au changement climatique dans nos métiers, paraissait très étonnant. Aujourd hui, proposer un bilan carbone ou une évaluation des émissions de gaz à effet de serre dans les contrats que nous proposons est tout à fait courant. Il y a donc effectivement une inscription concrète du développement durable dans nos activités, une innovation dans nos offres et des modifications comportementales très fortes. Une des premières actions que nous avons voulu mener concernait la réduction des émissions de gaz à effet de serre de nos véhicules. Les véhicules de la Lyonnaise des Eaux ne représentent certes pas une part énorme par rapport au parc national, mais nous considérons qu il n y a pas de petit contributeur ni de petites économies en matière d évaluation des émissions de gaz à effet de serre. Cette action a eu un effet impliquant pour les 2/3 de nos salariés qui utilisent un véhicule de service. Cette action nous a aidés à traduire notre offre et à l adapter aux évolutions du contexte, aux demandes des collectivités locales, aux demandes de nos clients. L eau, dans les Agendas 21 des collectivités locales, occupe une place très importante. Cela s est traduit aussi par une multiplicité d écogestes qu il ne faut pas négliger. En effet, pour nos 8 000 salariés, le fait de faire du développement durable assez haut de gamme peut avoir un effet boomerang, la majorité des gens considérant cette démarche trop intellectuelle ou trop à long terme, mais ne sachant pas quoi faire réellement au quotidien. C est à cette question «Que fais-je pour le développement durable en tant que citoyen et salarié d une entreprise citoyenne?» qu il faut répondre. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Entre l'exemple de la Lyonnaise des Eaux et le fait de rassembler tous les salariés pour leur projeter le film d Al Gore, il y a une énorme différence : il est beaucoup plus compliqué de changer les métiers et de traduire dans chacun ce que signifie le développement durable. Le troisième point de ce bilan concerne la professionnalisation de la mobilisation des équipes qui passe par trois choses. Premièrement, les Directions «développement durable» ont progressivement un accès aux dirigeants qui est facilité. Si l on regarde l histoire, traditionnellement, le Directeur du développement durable était souvent placé en dessous de la Direction de la Communication, ce qui montrait bien que l enjeu était essentiellement un enjeu d image et il fallait parler aux agences de notation et aux indices ISR. Aujourd hui, pour que le Directeur «développement durable» puisse faire bouger les choses en interne et puisse jouer ce rôle de levier, il faut qu il puisse interagir avec les autres Directions. Cela change à la fois le rattachement hiérarchique, mais aussi le profil car il faut une personne capable d interagir avec les

203 Directeurs des autres domaines de l entreprise. L on constate donc de plus en plus de transversalité et de poids donné au porteur de la démarche en interne. Deuxièmement, l on structure les choses. Tout comme un agenda 21 est structuré dans une collectivité, les entreprises ont créé des outils méthodologiques pour être capables de dire ce que signifie concrètement que de faire du développement durable, notamment au niveau de leurs métiers. Cela a plutôt commencé chez les industriels, puis dans d autres domaines. Ainsi, l on a mis en place des référentiels qui traduisent concrètement ce que veut dire le développement durable dans les différents métiers, décrivent des pratiques concrètes et permettent même aux acteurs de s évaluer sur leurs performances en matière de développement durable. Dans cette professionnalisation, l on a donc de la méthodologie et des outils concrets qui permettent à l entreprise de savoir où elle en est, de se comparer d un site industriel à un autre, de faire une compilation à l échelle d un pays ou d une business unit dans un groupe. Dans un groupe, l on a différents métiers, il est donc intéressant d avoir de la visibilité par rapport à cela. Enfin, le troisième point nous intéresse particulièrement aujourd hui. En effet, dans cette professionnalisation, l on a fait appel à des relais. Il ne suffit pas d avoir entre 2 et 12 personnes dans la Direction «Développement durable». Pour une entreprise qui a parfois des centaines de milliers de salariés dans le monde entier, il faut s appuyer sur des personnes qui seront des relais sur le terrain. Il faut être capable de former ces personnes, de les outiller et c est donc la professionnalisation de ces personnes qui est à l ordre du jour et sur laquelle les entreprises se penchent. Je voulais faire témoigner la Caisse d Épargne où il existe une démarche nommée «Bénéfice futur», et que Pierre-Erik ANDRIANARISOA puisse nous dire quelques mots sur la façon dont ces interlocuteurs sur le terrain sont préparés et formés. Pierre-Erik ANDRIANARISOA, Caisse d Épargne L on pourrait se dire qu une banque ne pollue pas beaucoup. Elle produit des comptes, des résultats, et l on pourrait se demander ce qu est le développement durable pour une banque. Tout ce qui a été dit précédemment est particulièrement juste. Nous sommes passés de la sensibilisation à l imprégnation dans les métiers. Une banque doit-elle favoriser les financements verts ou d efficacité énergétique? Une banque doit-elle participer à la lutte contre l exclusion bancaire? Une banque doit-elle aider les gens à donner du sens à leur épargne? Une banque doit-elle accompagner des projets de solidarité territoriale, surtout quand on est une banque de proximité comme la Caisse d Épargne avec 14 000 agences? Par ailleurs, cette banque est décentralisée, c est-à-dire qu il y a 17 banques Caisse d Epargne sur le territoire et ce sont des banques de plein exercice. Au niveau national, nous avons un rôle à la fois d accompagnement et de mobilisation sachant que dans chacune ces 17 banques, nous avons un responsable développement durable. Son rôle est de remonter des informations et des données très concrètes car nous nous sommes engagés dans un bilan carbone. Pour réaliser ce bilan, nous avons besoin de données très techniques qu il faut remonter, arriver à consolider et à harmoniser pour suivre nos objectifs en matière de réduction de nos émissions de CO2. Nous nous sommes engagés à réduire de 3 % par an nos émissions de CO2 et si nous continuons sur cette lancée, d ici 2050, elles seront divisées par quatre. Nous avons donc ces hommes et femmes qui nous relayent l information, et nous les réunissons trois à quatre fois par an pour leur donner des informations du siège, des informations de transversalité sur ce qui se passe sur la place (informations de benchmark). Ces RDD ont une sorte de boussole. Il s agit du programme «Bénéfice futur» qui est structuré autour de quatre éléments fondamentaux :

204 1. La lutte contre le changement climatique sachant que pour une banque, ses émissions de CO2 sont surtout indirectes. C est surtout au travers les financements qu elle fait que l on trouve ses émissions. Ses émissions directes ne concernent que les transports et les bâtiments, ce qui est faible, mais il est important qu il y ait la mise en mouvement des personnels en interne. 2. Le développement de l investissement socialement responsable, ce qui signifie proposer des produits sélectionnés par des agences de notation extra-financières comme Vigéo qui est l une des plus connues et sur laquelle nous nous appuyons. De cette façon, les épargnants savent qu ils placent leur argent dans des entreprises qui ont un comportement de responsabilité sociale d entreprise. 3. Moderniser notre rôle de banquier solidaire et cela concerne toutes nos actions philanthropiques. 4. Promouvoir un marketing responsable, et c est là où nous sommes les plus ancrés sur nos métiers. Il s agit d étiqueter nos produits et, sur ce point, nous sommes assez en avance puisqu il n y a pas d autre exemple en Europe. A chaque fois qu on lance un produit financier ou qu on en offre un à un client, ce produit doit être étiqueté selon ses risques financiers. Si nous l avions fait, il y a dix ans, nous ne serions pas dans la situation actuelle. D autre part, il s agit de mesurer si les sociétés dans lesquelles nous investissons ont ce comportement de responsabilité sociale d entreprise, et si nos produits sont émetteurs de CO2. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Comment prépare-t-on ces relais? Comment ces personnes sont-elles formées? Existe-t-il un module de préparation pour une personne amenée à devenir un relais demain? Pierre-Erik ANDRIANARISOA, Caisse d Épargne Nous avons un module de e-learning, un logiciel qui regroupe une cinquantaine de questions récurrentes en lien avec le développement durable. Les relais sont des salariés et relayent eux-mêmes ensuite auprès de leur Caisse d Épargne. Pour donner un chiffre, entre les responsables «développement durable» de nos banques et ceux appartenant à nos filiales, nous avons 45 responsables développement durable. Chacun d entre eux est chargé de relayer cet e-learning et nous sommes à un déploiement d environ 12 à 15 % de l ensemble des collaborateurs de la branche Caisse d Épargne. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Concernant les publics externes, bien évidemment, les collectivités, les associations, l Etat sont chargés de sensibiliser le citoyen, mais l entreprise a aussi un rôle à jouer. Qu est-ce qui a évolué? Où en est-on aujourd hui? Nous sommes passés d une éducation citoyenne avec de grandes thématiques sur lesquelles l entreprise participe à l éducation du citoyen, parfois en partenariat avec une association, parfois parce que l Etat, via l ADEME, a lancé une campagne, à quelque chose de différent. Aujourd hui, justement parce que les entreprises essaient de traduire le développement durable dans leurs métiers, et donc dans les produits ou les services qu elles offrent, ces produits ou services deviennent le véhicule de cette éducation et de cette formation. L entreprise veut que le consommateur choisisse son produit parce qu il est plus performant en matière de développement durable, et pas seulement que le client ait conscience que la planète va mal et qu il prenne le produit du concurrent. C est sur cela que certaines entreprises travaillent actuellement. Vous avez sans doute entendu parler des initiatives en cours dans la grande distribution en matière d étiquetage des produits de grande consommation. Nous venons de l évoquer pour les produits financiers avec la Caisse d Epargne qui, en effet, est en avance sur ces thématiques. L on essaye de donner des points de repère simples et ce n est pas facile parce qu il y a nombre de labels, d informations, etc.

205 Par ailleurs, concernant la formation des salariés, l on va devoir prendre appui sur le salarié pour interagir avec le public externe (client, usager). L on fera donc des salariés les ambassadeurs de leur entreprise et l on se repose la même question que pour les relais internes. Comment former le salarié? Comment l aider à être capable de tenir ce rôle de relais correctement? Je donne souvent l exemple de la caissière de supermarché. Soit elle n est pas capable d expliquer pourquoi il y a une question sur les sacs jetables, soit elle est capable de l expliquer et de répondre aux objections que le client pourrait avoir. Elle n est donc pas seulement caissière, mais devient l ambassadrice de la démarche de son entreprise et l on voit bien comment cela peut avoir un impact très fort en interne. Nous avons fait ce tour d horizon sur les publics internes ou externes. Quelles sont les limites que nous avons pu noter? D abord, pour que cette éducation fonctionne, il faut qu il n y ait pas d incohérence. Si la Direction de l entreprise ne dit pas que c est au cœur, important et que cela fait partie du métier, cela restera à côté du vrai métier et les salariés feront cela quand ils en auront le temps. Le soutien de la Direction et la cohérence sont donc très importants. Ensuite, se pose la question de la mesure. Aujourd hui, nous ne sommes pas vraiment capables de mesurer l impact d une action de sensibilisation ou de formation. A quoi a-t-elle servi? A-t-elle été utile? Il s agit de créer des outils de mesure et des démarches portent actuellement sur cela. Nous avons déjà abordé la formation des relais, mais qui a le droit d être relais? Comment habiliter une personne pour lui donner ce rôle de relais? Il ne suffit pas de connaître le sujet technique, il faut aussi être un animateur. Comment préparer les personnes à jouer ce rôle? Enfin, concernant la sensibilisation et l éducation aujourd hui, nous ne pouvons plus former les personnes en tuyaux d orgue, et ceci même à l intérieur de l entreprise. Par exemple, pour que l éco-conception et la formation que l on va mettre en oeuvre aient un impact concret dans l entreprise, il est indispensable de rassembler les différents métiers et parfois même les fournisseurs qui sont en amont. C est donc une nouvelle façon de former parce que l on n est pas qu entre spécialistes. J en termine avec ce bilan sur les entreprises et je remercie nos témoins à qui nous donnerons la parole ultérieurement pour qu ils nous présentent plus densément leur démarche. Bilan concernant la société civile et l'edd par Roland GÉRARD CFEEDD Le CFEEDD (Collectif Français pour l Éducation vers un Développement Durable) est une association loi 1901 qui a déposé ses statuts en 2002. Elle avait déjà organisé en 2000 les premières Assises nationales de l éducation à l environnement à Lille qui ont abouti à un plan national d actions, ainsi que le deuxième Forum international francophone de l éducation à l environnement qui s est déroulé à l UNESCO en 2001. Ce collectif réunit la sphère associative, la sphère syndicale, des associations dans leur diversité (éducation à l environnement, protection de la nature, gestion des espaces naturels régionaux, éducation populaire, parents d élèves, mouvements sportifs) et les syndicats de l enseignement. L ambition du CFEDD est de constituer une plateforme légitime, représentative pour que la société civile puisse organiser son discours, se mettre d accord sur certaines choses et venir jouer son rôle dans cette relation qu entretiennent ces quatre sphères d acteurs que sont l Etat, les entreprises, les collectivités et la société civile. Pour réaliser ce bilan, nous nous sommes appuyés sur une enquête, même s il n est pas facile de mobiliser les acteurs. Nous avons eu peu de retours car ces acteurs n ont pas le temps, sont pris par nombre de tâches. Dans les associations, l on est à réfléchir à licencier

206 du personnel plutôt qu à recruter, même si le travail est de plus en plus important au regard de la demande sociale. Par ailleurs, nous nous sommes appuyés sur une réunion des 19 réseaux territoriaux (réseaux départementaux, réseaux GRAINE, ARIENA en Alsace, REB en Bretagne, Ecole et Nature) qui a eu lieu en octobre. Cela a été l occasion d interroger une trentaine d acteurs sur la question des leviers et des freins en matière d éducation au développement durable. La Décennie n a pas donné le coup d accélérateur attendu. Qui peut dire aujourd hui si plus de citoyens sont touchés par l EDD? Je vous livre le sentiment du terrain, cela demande vérification et nous serions ravis qu une mission d observation soit réellement déclenchée en relation avec les territoires qui ont déjà démarré ces travaux d observation. La question de la prise en compte de l existant est extrêmement importante, je vous présente deux exemples pas très positifs. Premièrement, la prise en compte des dynamiques territoriales par le niveau national est très inférieure de ce qu elle pourrait être. Je souhaite vous présenter les plans régionaux de la Guyane, de la Bretagne, des Pays de la Loire, de PACA, ainsi que la convention cadre régionale du Languedoc-Roussillon. Dans les territoires, nombre de choses ont été réalisées et nous avons le sentiment, au niveau de la société civile, que le niveau national n en fait pas grand cas. Deuxièmement, le Collectif français a pourtant fait nombre de choses, mais ne se retrouve pas dans le premier round du Grenelle, l éducation n y est pas vraiment prise en compte. Ensuite, le fait d avoir deux COMOP (comités opérationnels), l un sur l éducation, l autre sur la sensibilisation et la formation, n est pas une réelle prise en compte de notre éducation à l environnement vers un développement durable tel que nous la ressentons sur les territoires. Pour ce qui concerne la question de la cohérence, nous sommes face à une avalanche de déclarations et de textes avec, dans le même temps, une réduction des moyens octroyés à ceux qui agissent sur le terrain. Ils doivent, en plus de ne pas avoir de moyens, supporter des déclarations qui laisseraient entendre à la population que tout va bien. Nous avons de graves interrogations sur l essence même de notre pratique éducative. L'on m a rapporté récemment que des opérateurs proposaient des montages diapos (une heure, 60 élèves) permettant de faire six séances dans la journée. Est-ce bien cela qu il faut faire? Aujourd hui, la société civile est en attente, elle fait un triste bilan. Les associations qui pratiquent l EEDD connaissent de graves difficultés car les financements sont trop faibles et très tardifs. Ainsi, le Collectif français pour l éducation à l environnement n a aucune assurance sur son financement 2008 par le ministère de l Écologie. Certains jeunes veulent travailler dans l EDD, mais il n y a pas de filière professionnelle dans ce domaine en France. La formation BEATEP, avec une spécialisation «environnement», existait depuis plus de dix ans, était vraiment intéressante et a été supprimée du jour au lendemain sans concertation avec les acteurs de terrain. Par ailleurs, des licences professionnelles tentent de se mettre en place dans les universités, mais ne voient pas le jour. L EDD mise aux marchés publics est actuellement un drame. En effet, les associations ne connaissent pas les mécanismes d appel d offres ni la façon d y répondre. Par ailleurs, cela met les associations en concurrence et dénature complètement le projet d éducation à l environnement puisque c est la marchandisation de l éducation qui est en marche avec ces appels d offres. Aujourd hui, nous n avons pas de plan d actions national reconnu par tous. C est dommage car, déjà en 2000, la société civile produisait un plan d actions avec l aide de l État, des collectivités et quelques entreprises.

207 Nous ne pouvons pas évoquer un bilan sans parler de Boult-aux-Bois, un centre de classes d environnement qui était un peu mythique en France parce que c était le berceau de la Hulotte, un des must français en matière d éducation à la nature et à l environnement. Au lieu d exister dans tous les départements, ce qui aurait dû être le cas, cela a disparu dans les Ardennes. L on note donc une régression des classes d environnement, je vous invite à lire le rapport du Député Pavy qui constate que la disparition des classes d environnement est annoncée. Nous constatons que, dans les propos de ceux qui parlent d éducation à l environnement vers le développement durable, il est question de moins en moins de nature. Il en est de même dans les pratiques. N est-ce pas une arrivée de l affichage du clinquant de l écran? Il est nécessaire de préférer le travail éducatif de fond sur le terrain. La pratique de terrain est rendue difficile, notamment par rapport à la sécurité. Il est vrai qu il y a eu de nombreux drames, mais il n y a pas que cela. Cette pratique du terrain est rendue difficile par une quantité d'obstacles, nous n aborderons cependant pas maintenant leur inventaire, mais nous répéterons seulement que les pédagogies actives ne sont pas favorisées. Sommes-nous en train de connaître une rupture historique? Ne sommes-nous pas en train de quitter la ligne «traçabilité»? La question est grave et je mets cela à votre réflexion. Nous ressentons une perte de clarté sur ce que nous avons à faire. Si l on veut que les jeunes générations s engagent, la clarté est importante. Est-on encore dans le désir d une meilleure relation avec la nature? Est-on encore dans le désir d une participation citoyenne? Nous sommes dans des paradoxes importants avec, d un côté, le manque de moyens, une situation financière préoccupante, une diversité dans le paysage associatif en danger parce que les grosses organisations prennent le dessus et, d un autre côté, une forte demande sociale. Aujourd hui, les populations sont en attente d actions concrètes, ont envie qu ils se passent des choses dans ce domaine. Les acteurs de terrain ont observé que si le contexte politique territorial est favorable, si un dialogue est installé, les choses avancent et c est vraiment ce qu attendent les acteurs. La question de l Éducation nationale revient souvent, et notamment son manque de moyens. Par ailleurs, nous observons une fermeture par rapport aux acteurs associatifs avec parfois des Inspecteurs qui prennent la décision de fermer les établissements aux acteurs. De plus, cette question de politique éducative semble défavorable à la culture de projets. Nous avons l impression actuellement qu une entrée plutôt disciplinaire prend le dessus alors que nous continuons de penser que la bonne entrée est l entrée interdisciplinaire, l action, le projet et la pédagogie active. D un autre côté, les acteurs considèrent que quelque chose décolle avec la démarche E3D, que l Éducation nationale est en train de mettre en route quelque chose de très intéressant. Un ensemble de partenaires se réunissent autour de cette question des établissements en démarche de développement durable et nous avons là quelque chose de très intéressant. La question des dispositifs d aide à l emploi reste entière. La façon dont a été menée la question des emplois jeunes est une catastrophe, cela crée un stress terrible dans les associations. La fonction d employeur est difficile à vivre pour les associations car aujourd hui il faut supprimer des emplois, alors que nous ne sommes pas des professionnels de l embauche. Ensuite, nous avons souligné les difficultés économiques, la concurrence tarifaire, la professionnalisation inégale. Sur ces points, les référentiels de qualité sont une solution, les acteurs de terrain le sentent. Nous sentons une menace sur la coopération et le faire ensemble. En effet, quand on met les associations en concurrence sur les appels d offres, elles ne vont pas mutualiser, partager, se conseiller.

208 D un autre côté, nous avons cette forte culture de réseau. C est viscéral, ce sont trente ans d histoire. Si certains peuvent parler de réseau longtemps sans utiliser le mot «partage», nous ne pourrons pas nous y retrouver. Ensuite, il faut porter une parole politique car c est un grand manque dans les territoires. Les gens sont des gens d actions, mènent leurs actions avec les enfants, les adultes, dans les centres de loisirs, dans les formations. Ils sont éducateurs donc ils ne contextualisent pas toujours suffisamment pour observer les rapports de force. Il y a un manque d existence politique de l éducation à l environnement vers un développement durable (EEDD) dans les territoires, mais aussi au niveau national. Il y a un manque de reconnaissance et de lisibilité. Quand des acteurs mettent des choses en images, il est vraiment intéressant de voir comme c est réussi. En ce moment, un conflit terrible existe entre le visible et le réel, le visible étant en train de gagner à outrance contre le réel. Si les personnes qui font des choses ne les rendent pas visibles, elles disparaîtront. Du côté positif, quand le contexte est favorable, cela fonctionne. Cela ne tient pas seulement à un responsable politique, mais à un tissu. Il faut que ce soit forcément une démarche concertée, dans une culture de la complexité. Les associations se retournent maintenant sur leur projet éducatif. Puisqu on les rend concurrentielles entre elles, elles retournent vers leur projet et vont encore plus profondément dans le sens et l engagement citoyen. Il est essentiel de développer les relations entre les associations et les pouvoirs publics. Les acteurs associatifs croient au rôle de l État dans tout cela, ils sont tous profondément citoyens républicains. L embauche d animateurs par les collectivités pose problème à certains associatifs quand ce n est pas discuté. Des équipes dans les collectivités font un travail remarquable et sont attachées au tissu associatif, mais certaines municipalités font des embauches et tuent des dynamiques associatives. Je m amuse parfois à dire que nous avons besoin maintenant de personnes qui parlent deux langages. Si l on est sur le terrain, si l on dit qu il faut aller voir dans les fermes, dans les champs et les prés, qu il faut mettre les gens au contact, il faut parler «plouc». Mais maintenant, il faut aussi parler politique. Petit à petit, ceux qui auront ce double langage, en restant toutefois avec une parole unique, pourront faire avancer les choses. Par ailleurs, il est nécessaire d avoir des accords-cadres, des chartes, des plans d actions régionaux, départementaux, nationaux. Il existe des dynamiques collectives extraordinaires. Pour exemple, le Collectif de Basse- Normandie organise actuellement les Assises nationales de l année prochaine et il est plaisant de voir l enthousiasme des acteurs. Cela existe dans nombre de territoires donc il y a de l espoir. Il y a une créativité réelle dans le monde associatif, des choses neuves sortent, méritent d être mieux connues et d'être visibles. Pour finir, l éducation au développement durable qui s appuie sur une pratique de terrain est une démarche essentielle. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Si l on écoute les deux premières présentations, on entend que cela bouge, qu entre collectivités locales et entreprises, il y a beaucoup de choses récurrentes dans les problèmes posés et dans les solutions que l on met en œuvre. On parle de référentiels, de former des relais, etc. L intéressant dans ce qui vient d être dit est que la question posée est de savoir comment s organiser pour répondre à cela, comment partager l effort à faire et les ressources qui peuvent y être attribuées, quels sont les moyens et quelles sont les modalités. Il y a quelques années, les entreprises disaient avoir sensibilisé leurs collaborateurs grâce à une page d information mise sur l intranet ou grâce à la diffusion d un dépliant.

209 Que signifie sensibiliser? Quelles sont les modalités, quelle pédagogie, comment faire pour éduquer les gens et comment faire en sorte qu il y ait un avant et un après, sont les vraies questions quand on s interroge sur l'eedd La dernière présentation posait une question importante sur ce que font l Etat et les ministères. Pour ce dernier bilan, je passe la parole à Jacques BRÉGEON qui a présidé le groupe de travail interministériel sur l'edd et qui va nous faire une synthèse de ces travaux. Bilan concernant l'action de l État pour l'edd par Jacques BREGEON CHEEDD Je rappelle, que si j ai été amené à présider un groupe de travail interministériel sur l'edd, pour autant je ne suis pas fonctionnaire. Je suis un citoyen engagé qui a développé, depuis plusieurs années, des actions dans le domaine de l'edd, notamment pour les dirigeants et futurs dirigeants à travers le collège des hautes études de l environnement et du développement durable et l école centrale et la conférence des hautes écoles. Je voudrais aussi rappeler l ampleur des enjeux. Ces enjeux sont colossaux et nous imposent de nous organiser pour la mutation de la société. La finalité de la loi Grenelle est de favoriser, dynamiser la mutation de la société vers une société de développement durable. Et dans ce jeu, il est évident que l éducation a un rôle premier. Face aux enjeux du monde (climat, biodiversité, énergie, démographie, sécurité alimentaire), nous avons élaboré, depuis trente ans, une réponse aussi cohérente que possible qui s appelle le développement durable. En réponse aux enjeux, la société est placée devant les défis du développement durable, dont le premier est l éducation. Dans cette affaire, le temps joue un rôle considérable, les grands enjeux évoluant à une vitesse phénoménale, je pense aux enjeux climatiques et à la biodiversité. Les processus sociaux doivent être complètement dynamisés et nous devons réinventer l organisation de notre société pour être efficace et rapide. Les processus caractérisant le monde de l éducation sont hors course. Nous n avons plus le temps d attendre que les processus instaurés depuis des décennies produisent leurs effets. Il faut bousculer la société. Par ailleurs, malgré tous les progrès constatés dans les entreprises et les services de l Etat, nous restons un microcosme. Il ne faudrait pas que notre vision de la société et de son évolution soit déformée parce que nous sommes dans ce microcosme et que nous regardons la société à travers ce filtre. La réalité est qu il y a un effort considérable de formation et de sensibilisation à produire et cet effort se doit d être le plus efficace possible. Au sortir des tables rondes du Grenelle de l été 2007, on a pu constater que, bien qu'il y ait eu peu de choses sur l éducation, les ministres concernés ont cherché à constituer un groupe de travail pour voir quelle pouvait être la traduction opérationnelle du Grenelle dans la sphère éducative. A la suite de quoi, près de 80 personnes ont travaillé, entre novembre 2007 et janvier 2008, pour produire un rapport à la fin janvier 2008. Il s agissait de donner un catalogue d actions, aussi concrètes que possible, pour mettre en œuvre le Grenelle dans la sphère éducative en prenant en compte tous les acquis. Autre aspect, la commande ne concernait que la sphère éducative, et non l ensemble de la société, alors que l'edd est une éducation citoyenne qui concerne tout le monde. Cette éducation se fait par des canaux qui ne sont pas seulement ceux de l école mais ceux aussi des médias en général, des familles. Par conséquent, nous ne pouvons pas limiter l éducation au développement durable à la seule sphère éducative. Notre première recommandation, donc, a été de demander au gouvernement la création d un comité opérationnel sur la sensibilisation et la communication, notamment dans la dimension médiatique. Les faits ont suivi, au cours du mois de juillet, avec la mise en place du colloque n 34. Je voudrais rappeler sur ce point que le fameux socle commun des connaissances et des compétences, qui est la charte de l éducation, intègre la dimension développement durable au plus haut niveau : compréhension des enjeux et des cultures, attention nécessaire aux droits de l homme, nécessité du

210 développement et de la protection de l environnement, etc. Malgré tout, entre ce qui est dit et ce qui est fait, il peut y avoir des écarts. Nous avons charpenté des propositions autour de principes. Le premier principe est de dire que l éducation au développement durable est la politique RH de la stratégie nationale de développement durable, ce qui a été un peu oublié. En 2003, dans la mise en place de la stratégie de développement durable, nous avons oublié le volet RH, or toute stratégie doit commencer par les RH. Deuxième aspect, en matière d éducation au développement durable, nous sommes passés de l ère expérimentation, qui prévalait pendant l absence de l Etat, à une ère nouvelle de généralisation par l intégration et le partenariat, c'est-à-dire que l Education Nationale et les autres ministères concernés par l éducation sont rentrés dans la volonté d intégrer, changeant ainsi la nature et l échelle de ces problèmes. Autre principe, le fait de faire progresser les choses par la démarche du développement durable. Nous sommes un certain nombre à préférer que cette démarche baptisée E3D, établissement en démarche de développement durable, prenne le nom d Agenda 21 Scolaire parce que cela est mieux compris par le public. Par rapport à ce degré d urgence, il ne faut pas égarer le public par des appellations qui ne restent comprises que par le public concerné. Il nous faut passer à un âge de communication et de clarté et je pense que l Agenda 21 est l expression la plus compréhensible pour désigner une stratégie de développement durable. Cette démarche d Agenda 21 doit être le moteur de la prise en compte du développement durable, aussi bien du côté du contenu éducatif que du côté des pratiques et du vécu des établissements qui deviennent, en effet, les lieux de travaux pratiques du développement durable. La dimension pédagogique se fait par l intégration disciplinaire et il nous paraît nécessaire que tous les professeurs, quelle que soit leur discipline, fassent l effort de compréhension du développement durable et de son intégration dans sa discipline. Cela passe également par des espaces-temps réservés à des approches pluridisciplinaires, ce qui manque un peu aujourd hui. La troisième dimension dans cette intégration pédagogique est le partenariat avec les acteurs, ce que permettent les démarches de l Agenda 21. Les associations ont fourni un travail assidu, de fond, pendant des décennies sur une mission qui a été, et qui est toujours, l éducation au développement durable. Roland Gérard soulignait la nécessité d être proche de la nature et de garder le contact avec la nature. Mais il ne faut pas oublier non plus que nous sommes passés de l environnement au développement durable. Le développement durable est une philosophie pour l action, une nouvelle manière de penser et une nouvelle manière d agir qui intègre le champ de l environnement, mais un environnement revu sous l éclairage du développement durable. Le mouvement associatif spécialisé doit alors s adapter à ce nouveau contexte, passer de l environnement au développement durable, et passer à un autre type de public. En effet, qui va former les 1.000.000 de professeurs de l Education Nationale? Bien sûr, les ressources internes du ministère sont mobilisables et d excellente qualité, je pense au CNDP et à l UVEDD Université Virtuelle de l Environnement et du Développement Durable. Il y a des agences, des organismes et des produits pédagogiques disponibles pour accompagner le mouvement, mais il en faut beaucoup plus, et notamment en termes de formation des formateurs. Cependant, il ne faudrait pas que les enseignants attendent d être sollicités par leur hiérarchie pour participer à un séminaire de formation au développement durable. Que ce soit l Education Nationale ou tout autre organisation en France, compte-tenu de l ampleur des enjeux et de l urgence, et du fait que nous sommes non seulement des citoyens mais aussi des responsables et que nous sommes des parents, les générations futures qui nous intéressent ce sont d abord nos enfants. Les grands problèmes qui se posent aujourd'hui et dans l'avenir à nos sociétés sont cruciaux et il n est pas question pour nous, responsables, d attendre que notre employeur veuille bien programmer une cession de formation continue pour nous, c est à nous de faire l effort. En tant qu enseignant, nous avons peut-être une responsabilité supplémentaire, un devoir de le faire. Les institutions doivent donner le cadre

211 et apporter les moyens, notamment des moyens matériels efficaces, mais c est à nous, citoyens, de nous mobiliser. Nous avions également proposé, en termes de financement et de soutien aux acteurs, la création d une fondation pour l éducation au développement durable. Cela a été repris par le ministre de l Éducation qui a indiqué, le 8 octobre 2008, que «l éducation au développement durable sera intégrée à l occasion de la réforme du lycée ; les filières de formation seront développées, notamment dans la formation professionnelle, pour les métiers qui sont au plus près du concret afin que ces métiers intègrent le développement durable ; une charte nationale, applicable à tous les établissements, sera proposée pour qu ils intègrent, dans leur fonctionnement, des processus de développement durable, notamment sur les achats, sur la restauration et sur les déplacements ; les enseignants seront formés en passant par des moyens modernes, notamment par la formation en ligne et par une plateforme d échanges des bonnes pratiques ; une fondation pour l éducation au développement durable sera créée à laquelle sont appelés tous les acteurs». Je terminerai par le Grenelle. Oui, nous avons été déçus, l été 2007, par le faible contenu du Grenelle des propositions touchant à l éducation. Cela a été en partie corrigé par le groupe de travail interministériel, auquel un certain nombre d entre vous ont participé, avec la production d un rapport et d un ensemble de mesures concrètes qui commencent à avoir un début d application aujourd hui. Ainsi, au sein du ministère de l Éducation nationale, le renouvellement d une mission confiée à deux inspecteurs généraux ayant rédigé le rapport de 2003 sur l EEDD, Gérard Bonhoure et Michel Hagnerelle, la création d une délégation au développement durable, même s il est vrai que cela aurait pu se faire bien plus vite et bien plus tôt. Le Grenelle contient, dans sa version législative, non plus les propositions de table ronde d il y a un an mais le fait que l éducation au développement durable est portée par toutes les disciplines et que l enseignement agricole doit intégrer davantage d enseignements sur le thème de la biodiversité, de la génétique, des bonnes pratiques environnementales. Concernant l enseignement supérieur, les universités et les grandes écoles sont appelées à mettre en œuvre, dès la rentrée prochaine, des programmes de campus vert et à se faire labelliser «développement durable». Sur ce point, la conférence des grandes écoles a élaboré un référentiel stratégique d intégration du développement durable non seulement en matière de gestion des campus, mais aussi dans la formation initiale et continue, la recherche, la gouvernance des écoles. Concernant les professions de santé et l aménagement de l espace, compte tenu de cette problématique santé-environnement, la loi Grenelle incite fortement le secteur de la santé, de l aménagement et de l architecture à intégrer ces préoccupations dans les formations initiales et continues. Ensuite, l article 48 du Grenelle concerne l accompagnement, par la formation continue et professionnelle, de la transition de la société vers une société de développement durable. Il est également demandé qu à travers les formations des métiers les plus concernés par le sujet, soient apportées et renforcées des formations sur l environnement et la compréhension des écosystèmes, que soient apportées des méthodologies, qui ont un domaine d application énorme comme l éco-conception ou l analyse des cycles de vie. Pour finir, on a bien compris, au niveau de l Etat, que cette politique de développement durable devra passer par la formation des dirigeants. Or aujourd hui, c est une des graves lacunes de notre pays. Nous avons des gens sur le terrain qui sont très investis dans le développement durable, non seulement par ce qu ils disent mais par ce qu ils font, et nous avons aujourd hui au sommet de notre organisation, que ce soit les structures d Etat, les organismes publics variés, les collectivités, les entreprises, trop peu de dirigeants qui soient au fait du développement durable. Nous avons là un effort tout à fait important, qu il faut, bien sûr, continuer au niveau du terrain, mais il faut que la tête soit aussi en phase. Et aujourd hui, c est un des plus grands défis de notre société.

212 Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes La façon d analyser les choses change en fonction de l univers dont on vient. Certaines choses sont récurrentes, il y a une direction, une volonté. Par ailleurs, de vraies questions en matière d'éducation au DD se posent. Comment mettre de la cohérence dans tout cela? Comment créer de la complémentarité? Comment partager les bonnes pratiques et ce qu il y a à faire? Jean-Paul ROBIN, SNES-FSU Débat avec la salle Sur les questions des inégalités, Jean-Michel VALANTIN a souligné comment la question de la généralisation relative à l éducation au développement durable était importante. Je crois qu elle est particulièrement importante, justement, en termes de rupture de diminution des inégalités. On change d ère dans le sens que tout le monde aura accès à cette éducation au développement durable et ne sera pas lié uniquement à quelques associations, à quelques organisations diverses. Je retiens également le mot de culture commune. Chacun aura ainsi accès à cette culture commune qui permettra à tous d avancer et de discuter ensemble. Je m interroge sur ce que nous appelons le paradoxe 21, c'est-à-dire sur les contradictions qu il y a entre une éducation au développement durable, qui exige l interdisciplinarité et une démarche de projet, et les difficultés que l on a à mettre sur pied ceci. Dans la proposition du ministère de l Éducation nationale relative à la réorganisation du Lycée, pas le moindre espace n apparaît sur l interdisciplinarité, sur le projet, sur ce type de démarche originale. Nous restons enfermés dans une démarche particulièrement tournée vers le passé. Je voudrais simplement proposer quatre pistes : partenariat ; territoire, qui est un élément tout à fait déterminant de la réflexion que nous devons mener ensemble ; évaluation, (plusieurs interventions, particulièrement des entreprises, ont évoqué l importance de dégager des indicateurs) et démocratie participative, parce qu il ne faut pas oublier que l éducation a avant tout une visée émancipatrice et, si l on perd cette perspective, nous ne serons plus dans l éducation mais dans le dressage. Un intervenant, professeur d Histoire-Géographie Je suis dans un établissement qui est en démarche d Agenda 21 de développement durable et je souhaite apporter un témoignage. Jacques Brégeon a dit très justement qu il ne fallait pas attendre que les formations arrivent. Cependant, dans la pratique, nous faisons beaucoup de bénévolat. Dans mon établissement, nous sommes engagés dans une démarche d Agenda 21 depuis juin et depuis le mois de juin, je suis en bénévolat systématique. Effectivement, je suis un citoyen conscient de mes responsabilités, professeur d Histoire, Géographie et d Éducation civique, et j ai envie que mes démarches aboutissent, cependant ma famille et mes proches en pâtissent aussi. Donc on ne peut pas demander que la base fournisse tout, tout le temps. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Sur la question de l interdisciplinarité, a-t-on des exemples de collectivités locales et d entreprises qui ont réussi à créer des synergies ou des projets communs sur ce thème, au niveau du comité 21? Antoine CHARLOT, Comité 21 Sur l Education Nationale, pas spécialement. Aujourd hui, des collectivités font des partenariats avec certaines entreprises pour former soit des collectivités, soit des associations, soit des entreprises du territoire. Je pense notamment à la Caisse d Epargne

213 avec la Ville de Marmande qui a fait un partenariat pour essayer d informer l ensemble des entreprises du territoire à la responsabilité sociale et sociétale des petites entreprises qui n ont pas forcément accès à des outils de formation. Nous avons également les parcs naturels régionaux qui prennent de plus en plus cette responsabilité et qui développent, en partenariat avec des chambres de commerce et de métier, des outils de certification ISO1401, de management environnemental, de bilan carbone, et qui les mettent à disposition gratuitement pour les entreprises du territoire, et notamment les PME-PMI. Il est vrai, comme je le précisais tout à l heure, qu on reste encore sur deux mondes séparés et qui pourtant interagissent sur un même territoire. Il y a toute une discussion au départ liée directement à la taxe professionnelle et l implantation même de l entreprise, mais à partir du moment où l entreprise s implante, il y a deux mondes qui font leur chemin et qui, finalement, ne se côtoient pas. Pour le coup, c est plus un problème des collectivités et non pas des entreprises. Toutes les entreprises que je rencontre sur le territoire sont prêtes à travailler avec la collectivité et à participer à l élaboration de la stratégie territoriale, notamment en matière de développement durable. Mais il est vrai que la plupart des collectivités freinent encore sur ce genre de dialogue. Jacques BRÉGEON, CHEEDD Concernant les temps des processus, je dirai que la société telle qu elle est organisée aujourd hui, c est très bien, avec des processus qui sont très raisonnables et très logiques. Je constate simplement que si nous respectons les temps sociaux de notre société d aujourd hui, on court à l'échec. On ne peut plus jouer avec les anciennes règles du jeu. Il faut que les acteurs, chacun dans son domaine, trouvent les voies d une meilleure efficacité. Il faut aller vite parce qu il y a trois ans, Jean Jouzel, président du GIEC, disait que la fonte définitive de la banquise était pour 2070. L année suivante, on nous a dit que c était pour 2050. Maintenant, à l intérieur du GIEC, des équipes nous disent que c est pour 2025. Raccourcir, chaque année, les échéances de dix ou quinze ans, c est prodigieux! Nous n en sommes pas conscients parce que nous sommes dans un environnement extrêmement protégé, mais nous avons aujourd hui des pertes de biodiversité colossale qui sont à l échelle de ce qui était constaté par les paléontologues pour pouvoir faire les séparations des étages géologiques. Nous sommes dans la sixième extermination biologique. Donc soyons conscients de cette nécessité d aller vite. A nous, aux responsables, de trouver les bons processus. En ce qui concerne le bénévolat, je suis d accord avec vous. Malheureusement, tous ceux qui sont présents dans la salle sont bénévoles un degré plus ou moins important. Nous avons le devoir de l être parce que si nous attendons que la société nous récompense pour le travail que nous faisons aujourd hui, nous pouvons attendre longtemps. Et cela est vrai pour les entreprises aussi. Certaines entreprises pionnières prennent des risques et avancent, des PME remarquablement innovantes. Et ces gens ne sont pas couverts et souvent pas reconnus. Ils ne sont pas payés pour être innovants et pour montrer le chemin. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Pour compléter sur ce point, vous posez la question des moyens à votre niveau. Pour donner un exemple très simple, aujourd hui, dans les entreprises, quelqu un qui sera un relais, un ambassadeur développement durable peut, ou non, voir ce sujet faire partie de sa fiche de poste, de son évaluation de fin d année, des primes qu il aura peut-être, etc. Ce sont des choses qui sont en train de se mettre en place dans les entreprises, certaines d entre elles l ont déjà fait. Mais un autre sujet intéressant, dans les entreprises, le budget formation est une enveloppe qui existe et dont on doit simplement choisir l attribution, donc si la formation des salariés au développement durable est importante, pourquoi est-ce que cela ne fait pas partie des plans de formation 2009? Typiquement, dans les entreprises, nous avons ce moyen et nous devons lui donner l importance qu il mérite.

214 Jacques BRÉGEON, CHEEDD Tout à l heure, nous disions qu il faut former les enseignants mais il faut former les formateurs. La formation continue est le cheval de Troie. Il ne s agit pas de proposer des formations en développement durable, il s agit que toutes les formations continues, dans tous les domaines, intègrent le développement durable. Et pour cela, comme dans les écoles, il faut former les formateurs. A ce moment, nous aurons une société de développement durable. Jean-Michel VALANTIN, MEN/DGESCO Le concept d établissement en démarche globale de développement durable a été élaboré entre 2005 et 2007 au sein de l Education Nationale et il permet d intégrer, au projet d établissement, des enseignements disciplinaires, les projets interdisciplinaires, la vie scolaire et la gestion de l établissement. Quand ces différentes dimensions sont intégrées, nous avons un établissement en démarche globale de développement durable, E3D. Ensuite, dans les territoires, ces démarches peuvent se décliner de nombreuses façons et éventuellement s appeler Agenda 21 scolaire. Donc il n y a aucun conflit entre les différentes appellations et déclinaisons. La seule chose à laquelle il faut être totalement attentif est qu un établissement scolaire, une école, a pour raison d être, et non pour mission, l enseignement. Donc quand une démarche de développement durable est implantée dans une école ou dans un établissement, elle ne peut que s appuyer sur la dimension pédagogique et ne pas l oublier. Roland GÉRARD, CFEEDD Concernant le bénévolat, dans les territoires, il faut des gens en contact avec des gens comme vous, qui vous simplifient la tâche à longueur de temps parce qu ils ont des contacts, ils connaissent les financements et les outils et ils ont des partenaires et ils vont vous résoudre, peut-être, 50% de votre travail. Ce métier d éducateur à l environnement, d animateur de réseau territorial de l éducation à l environnement, on doit le laisser émerger. Sur l évaluation, on passe beaucoup de temps à faire des évaluations individuelles, peut-être qu il faut penser aussi maintenant à évaluer l émancipation de cette personne, le degré de liberté par rapport à son opinion et le milieu. Il faut évaluer aussi le groupe, c'est-à-dire la capacité de la personne à s associer. On n aura pas de projet collectif si on n apprend pas aux jeunes à s associer aux autres, à écouter les autres et à vivre le collectif. Troisièmement, il faut évaluer l impact qu on a sur les milieux. Françoise BOISSOU, CNED En Poitou-Charentes, nous avions créé un Institut de formation et de recherche à l éducation à l environnement en association avec l IUFM, la Région et le rectorat. Je voudrais parler au nom du Centre national d'enseignement à distance - CNED, en tant que directrice de l enseignement scolaire, et revenir sur les propos de Jacques Brégeon sur le e-learning et l enseignement à distance. Le CNED, qui est connu comme établissement pour les scolaires et peu connu pour la formation tout au long de la vie et la formation continue, travaille avec les CNFPT et avec des entreprises. Dans le cadre de la formation en entreprise et du droit à la formation tout au long de la vie, il existe des modules d environnement, comme la gestion de l eau et les risques liés à l eau, au plan d occupation des sols et aux inondations en partenariat avec les universitaires et la région de Montpellier. Les entreprises, les collectivités et les individus peuvent trouver dans l e-learning une façon de se former tout au long de la vie. Céline KURIC, étudiante J ai été surveillante d externat pendant toutes mes études, je termine un Master coopération et développement et je reviens d une expérience passée au Pérou. Selon Monsieur Valantin, les enfants ne participent pas au changement climatique et on se doit, nous adultes, de leur enseigner et de les sensibiliser, etc. Je ne suis pas tout à fait d accord. Aujourd hui, nos

215 enfants, nos jeunes sont les premiers consommateurs dans notre société. Ce sont eux qui guident aussi les choix de leurs parents. Qui dit consommateur, dit consom acteur, c est-àdire avoir conscience et être un acteur du développement, en tant qu enfant et adolescent. Pour moi, il ne s agit pas de sensibiliser les jeunes seulement à nos problèmes environnementaux mais aussi à tout ce qui est solidarité, conscience forte et citoyenne des problèmes qui nous entourent. Pourquoi, alors qu on essaye de réformer le cadre scolaire et le contenu des enseignements, ne pas inviter ces enfants et ces jeunes qui sont tout à fait à même de proposer des solutions autour de la table? Sur le terrain, dans le cadre d un projet, si les jeunes et les enfants participent à l élaboration du projet c est un succès garanti. Dans la mesure où l on reconsidère le rôle et la position de l enfant dans notre société, ce qui est pour moi fondamental, il est temps de penser l enfant comme un acteur et non pas comme un réceptacle. Si on est animé par cette volonté d organiser nos jeunes et de les faire participer, pourquoi l Education Nationale ne travaille pas plus avec la société civile? Anne CALVET, professeur d Histoire-Géographie Je fais de la formation en EDD depuis longtemps à l académie de Toulouse et j appartiens au groupe académique de réflexion sur la génération de l EDD. Si l on veut généraliser l EDD, et dans l urgence, il serait intéressant de se pencher sur trois mots clés. Le premier est la cohérence. Pour ma sphère, l Education Nationale, il me semble que nous n en sommes pas encore là, même au niveau des programmes. Les programmes disciplinaires d Histoire-Géographie pour le collège de cette année ne sont pas cohérents avec les programmes de SVT de l année précédente, tant dans la programmation sur l ensemble du collège que des notions et des problématiques. Le deuxième mot clé est l organisation. Si l on veut sortir du bénévolat, ce qui me paraît incontournable, et en particulier sur les E3D, un gros travail d organisation est à faire. Comment se fait-il que les temps scolaires transversaux, comme les IDD, sont en voie de disparition? Comment se fait-il qu on n ait pas un temps scolaire de l adulte qui prenne en compte l obligation de travailler, par exemple, sur une demi-journée et non sur une heure de temps scolaire? Comment se fait-il que les inspecteurs académiques rencontrent aussi peu les acteurs territoriaux, comme les Conseils généraux? Pourquoi n y a-t-il pas de réflexion collective, valide sur les indicateurs d E3D? Le troisième mot clé est le décloisonnement. Je vais parler de la formation tant initiale que continue. Comment faire pour privilégier une formation inter-catégorielle? C est extrêmement difficile car cela n est pas prévu ainsi dans les formations académiques et cela est d autant plus difficile que les ATOS ne sont plus formés par l Education Nationale mais par les collectivités territoriales. Comment faire pour monter des formations communes CNFPT/Education Nationale qui soient à la fois inter-catégorielles et inter-structurelles pour que les partenaires et l Education Nationale aient les mêmes mots du développement durable, les mêmes objectifs? Comment faire aussi pour qu il y ait de la multi-formation et des multi-formateurs qui se préparent ensemble et puissent agir ensemble? Roland GÉRARD, CFEEDD Concernant le rôle des jeunes, l idée de fond est que ce ne sont pas les jeunes qui sont actuellement élèves qui sont en charge des prises de décision. L on ne peut pas demander à des jeunes de cinq ou vingt ans de s emparer de ces problématiques comme d autres adultes peuvent s en emparer. Nous avons de plus en plus d exemples d enfants qui commencent à ressentir de l anxiété par rapport aux problèmes du monde contemporain. En revanche, l un des buts majeurs de l éducation au développement durable est de permettre une compréhension et de rappeler qu il est possible d agir. Par exemple, l opération «l école agit pour le développement durable» lancée par le ministère de l Éducation nationale donne la possibilité aux élèves et à leurs éducateurs de proposer des

216 projets très concrets qui croisent les enseignements et le rapport avec l extérieur, de manière à leur apprendre à être acteurs du développement durable. Concernant la question de la coopération et de la solidarité internationale, il est plus que temps que l éducation au développement durable et les questions de l éducation à la solidarité internationale se croisent et se renforcent mutuellement. Simplement, on a du mal à tout faire en même temps, il faut nous accorder un peu de temps. Enfin, la temporalité éducative n est pas une temporalité de l urgence. Il est impératif de commencer à former les élèves aujourd hui pour qu ils soient les citoyens de demain. Mais les responsabilités propres aux adultes d aujourd hui, et les décisions à prendre aujourd hui, ne doivent pas être déléguées aux adultes de demain sous le prétexte qu ils ont eu un bon enseignement en EDD. Jacques BRÉGEON, CHEEDD Sur le temps des processus, à l école centrale Paris et nous avons engagé la démarche et il a fallu quatre ans pour passer de la prise de conscience du directeur de l école, qui était d une culture industrielle, à la mise en œuvre de l Agenda 21 de l école centrale qui passe par l intégration de la révision du programme de l ingénieur. Nous avons fait un séminaire de formation continue pour tous les professeurs et pour tous les directeurs de laboratoire volontaires. Cela a été un succès. Ensuite, la directrice des études a été auditrice au collège des hautes études de l environnement et du développement durable que j anime. Après avoir suivi cette année de formation, elle a travaillé avec le corps professoral et avec les parties prenantes de l école à la révision du cursus de l ingénieur centralien. Il a fallu deux ans, en effet, pour passer de l ancien cursus au nouveau. Olivier CLASSIOT, Des Enjeux et des Hommes Nombre de questions soulevées sont centrées sur des problématiques cohérentes. Nous allons donc nous séparer en quatre groupes reprenant les acteurs que sont les entreprises, les collectivités, l Etat et la société civile. Je propose que les différents animateurs de ces groupes, avec votre aide, identifient un ou plusieurs thèmes qui vous apparaissent essentiels à approfondir et sur lesquels nous devrions, tous ensemble, faire des recommandations à la fin de cette journée. Conclusion par Olivier CLASSIOT «Des Enjeux et des Hommes» Au cours de cette session, nous avons pu de réunir l ensemble des acteurs que sont les collectivités locales, les entreprises, la société civile et le monde de l Éducation nationale. Le bilan, très fouillé, a été nourri des apports de ces différents acteurs : Comité 21 pour les collectivités locales, «Des enjeux et des hommes» pour les entreprises, groupe de travail interministériel sur l éducation au développement durable et le CFEEDD. Ensuite, nous avons travaillé ensemble au choix de thèmes majeurs et à l élaboration des solutions. Pour être honnête, nous avons modifié l agenda de la journée pour être vraiment capable de travailler ensemble car les personnes avaient cette attente très forte. Il est ressorti quatre thèmes majeurs sur lesquels nous avons travaillé. D abord, celui de la cohérence dans le temps des actions de l éducation, mais aussi au niveau du territoire entre les différents acteurs ayant des actions pouvant être, dans un monde idéal, complémentaires. Ensuite, le deuxième point qui est celui de l évaluation : comment mesurer la contribution d une action d évaluation, son efficacité? Comment trouver des indicateurs adaptés au pilotage et au suivi de ce type d actions d éducation?

217 Le troisième thème est celui de la mobilisation avec un focus particulier sur les relais, les acteurs de cette éducation, et ce qu ils soient en collectivité locale, en entreprise, dans l Éducation nationale. Le dernier point concerne le dialogue et le partenariat. Comment favoriser le partage de bonnes pratiques? Comment favoriser les partenariats pour faire avancer de manière plus efficace l éducation au développement durable? Notre fil rouge, celui des moyens, était un point récurrent. Il s agit de l argent, mais aussi du temps. Sur la cohérence et l évaluation, deux propositions majeures sur six ressortent. La première proposition est de généraliser des plateformes de concertation pour l éducation au développement durable au niveau régional et de les associer aux Conseils économiques et sociaux qui recevraient, à ce moment, compétence en matière d éducation au développement durable. Il s agirait de plateformes pertinentes au niveau local, multi-acteurs, ce qui permettrait de donner de la visibilité et de l importance à l éducation au développement durable, mais aussi permettrait l élaboration d un plan d actions, un suivi, une évaluation. Ainsi, nous ouvrons le cercle de concertation à d autres acteurs, y compris les entreprises et les collectivités. La deuxième proposition est de mettre en place un dispositif d évaluation des actions d éducation dans lequel l évaluation serait incluse dès le départ, ferait partie du cahier des charges de tout projet d éducation, dans lequel une boucle de retour serait systématiquement mise en place pour que le public puisse, lui aussi, apporter des commentaires, des critiques et des recommandations pour que l on soit bien dans une boucle d amélioration continue comme cela existe dans d autres univers. Cela s appuierait évidemment sur ce qui existe, notamment sur les critères existant au niveau européen, l objectif n étant pas de réinventer la roue, et cela s appuierait sur un référentiel avec des indicateurs adaptés. Dans le groupe, nous avons longuement parlé de ce qu est un indicateur de performance sur une action de formation et d éducation. Ce n est pas un indicateur quantitatif comme cela peut être le cas sur d autres aspects du développement durable. La difficulté est d apprécier l impact, la plus-value de l action d éducation. Quand on doit louer du temps d un instituteur ou du budget d une entreprise pour former et éduquer un enfant ou un salarié, il faut pouvoir mesurer le bénéfice à la clé. Sur notre troisième thème, la mobilisation, deux propositions se rejoignent. La première est de créer un référentiel de compétences sur l éducation au développement durable. Nous avons insisté sur le fait qu il n y a pas que le savoir, mais aussi des compétences qui feront des personnes relais de bons animateurs. Dans ce référentiel de compétences, il y aura évidemment des savoirs dans les trois dimensions du développement durable. En effet, nous sommes parfois face à des personnes très spécialisées sur un domaine, mais avec une maturité moins forte sur les autres dimensions du développement durable. Mais il y aura aussi les savoir-faire. Il faut que ce référentiel soit partageable par les autres acteurs et qu une entreprise qui souhaite former ces salariés puisse s appuyer sur ce référentiel de compétences. Deuxièmement, ce référentiel de compétences serait appuyé sur un programme de formation de formateurs dans lequel il y aurait une habilitation. Nous sommes donc bien dans le fait de créer de la confiance, un niveau de qualité reconnaissable par l extérieur sur les gens porteurs de l action d éducation. Cette formation serait accessible à tous (formation initiale, continue, DIF), ce qui permettrait de maintenir la compétence dans le temps. En effet, le développement durable est un domaine qui bouge très vite, il est donc nécessaire de pouvoir remettre ses compétences à niveau. Par ailleurs, cette formation partirait d une valorisation des acquis de l expérience. Si un formateur, notamment dans le monde associatif, intervient sur ces sujets depuis longtemps doit pouvoir valoriser les expériences acquises au cours de sa carrière.

218 Le dernier thème est celui du partage, du dialogue et du partenariat et comporte deux propositions. La première proposition est de promouvoir des réseaux qui soient multi-acteurs. Nous sommes très habitués à nous retrouver entre nous, mais il faut favoriser des rencontres sur ces sujets entre acteurs différents. Concernant les outils, nous avons envisagé de monter une base de données très riche qui recouperait les bonnes pratiques de chacun, mais nous savons que plus nous allons vers des choses centralisées, plus c est difficile. Aujourd hui, il existe des choses qui relèvent du moteur de recherche et qui permettraient d aller chercher l information là où elle est et où elle est bien gérée, plutôt que de vouloir fusionner l ensemble des outils, ce qui ne nous paraît pas la meilleure solution en termes d efficacité. Par ailleurs, dès lors que nous allons parler de partenariat, que nous allons croiser les faisceaux d analyse du développement durable, il est nécessaire d encadrer cela. Aussi, notre proposition concerne une charte éthique dans laquelle nous préciserons les compétences de chacun, les rôles de chacun et où nous écrirons quelque chose du domaine des valeurs, de l éthique et de la façon dont nous souhaitons travailler ensemble pour que chacun se sente à l aise sur ce rapprochement. Nous avons des choses à nous apporter, mais il faut que ce soit fait dans un cadre dans lequel chacun se sente partie prenante et respecté. *******************

219 Session 7 La coordination territoriale et la mise en œuvre de l éducation au développement durable : exemple des collectivités d Aquitaine 19 Sommaire Introduction par Michel RICARD, Président du Comité français de la Décennie Intervention de Jacques RESPAUD, Vice-président, Conseil général de Gironde Comment répondre à la nécessité d informer et de sensibiliser le plus large public grâce à la coordination territoriale? par Jean-Louis BERGEY, Délégué régional, ADEME Aquitaine Présentations : - Hervé CAZENABE, Directeur GRAINE Aquitaine - Chantal DEMONGIN, DIREN Aquitaine - Laurent SALIN, Chargé de mission prévention, Conseil général de Gironde - Bernard DARGUENCE, Communauté urbaine de Bordeaux - Sandrine PICHOT, Conseillère à l espace Info-Énergie de Mérignac Ateliers : - Atelier 1 : Comment répondre à la nécessité d informer et de sensibiliser le plus large public grâce à la coordination territoriale? (Modérateur et rapporteur: Jean-Louis BERGEY, ADEME) - Atelier 2 : La coordination des démarches Agenda 21 dans les milieux scolaire et universitaire (Modératrice : Christine DELHAYE, Comité 21; rapporteure : Julie CHABAUD, Conseil Général de Gironde) - Atelier 3 : Coment sensibiliser au développement durable à travers les évènements et manifestations en organisant la coopération territoriale et le travail en réseau? (Modérateur : Richard COCONNIER, Théâtre National Bordeaux Aquitaine; rapporteur : Dominique BOYER, Ville de Bordeaux) Conclusion des ateliers Animatrice : Danielle NOCHER, Directrice de la rédaction du magazine "Valeurs Vertes" Introduction par Michel RICARD Président du Comité français de la Décennie Le développement durable passe par l'éducation, la formation et l information et je souhaite que nous ayons et que vous ayez un débat qui englobe l'ensemble de ces démarches. Il faut également intégrer la dimension du nécessaire continuum éducatif de la plus tendre enfance à l'âge le plus avancé de la vie l'éducation au développement durable ne se résume pas à l'enseignement scolaire même s il est vrai que l'enseignement scolaire représente le début, la base indispensable pour tout jeune afin celui-ci soit en mesure d'appréhender, de comprendre et d utiliser toutes les informations, toutes les données auxquelles il aura accès par la suite. 19 Cette session a été organisée par les collectivités territoriales d'aquitaine - Conseil Régional, Conseil Général de la Gironde, Communauté Urbaine de Bordeaux et Ville de Bordeaux avec la coopération de la délégation régionale de l'ademe et du réseau GRAINE Aquitaine.

220 C est cette démarche inscrite dans la durée, indispensable pour que chacun puisse devenir un écocitoyen responsable, qui est la clé d un véritable développement durable. Nous sommes dans une société qui évolue extrêmement rapidement, aussi bien dans ses aspects socio économiques, culturels qu environnementaux. Il faut donc que chaque citoyen - acteur individuel ou dans les divers cadres au sein desquels il exerce ses activités État, collectivités, associations, entreprises - ait à sa disposition des informations qui lui permettent d'être en parfait accord avec la réalité du monde dans lequel il vit. Il faut que toutes ces informations qu'il utilisera dans sa vie de tous les jours - aussi bien dans sa vie professionnelle, sa vie sociale, sa vie de loisirs, sa vie familiale - lui permettent également de réfléchir au travers de ce lien intergénérationnel indispensable justement à cette succession de générations et à la possibilité qu'auront les générations futures de connaître une vie "aussi agréable" que celle que nous avons. Quand je dis aussi agréable, cela ne veut pas dire que cette vie est parfaite, mais quand on voit ce qui pourrait se profiler à l'avenir, les jours gris ne sont peut-être pas les jours présents, mais sont peut-être les jours à venir. Il faut donc absolument se mettre en situation de prévoir, de mettre en place des stratégies prospectives permettant justement de maintenir le niveau de vie, la qualité de vie, même si très certainement, et cela ressort de l'ensemble des débats - nous en reparlerons mercredi lors de la séance de synthèse - nous sommes dans une situation sociétale qui fait qu'il faudra certainement repenser nos références de qualité de vie et ne plus baser uniquement notre vie sur une société de consommation qui est essentiellement la base de notre société actuelle. Pour en revenir au débat de manière plus ciblée, au départ, l'axiome était de dire qu un état, pris isolément ou sein de l Union européenne, donne un cadre réglementaire et que c est au sein de ce cadre que viennent s'insérer les acteurs. Les acteurs principaux de notre société, ce sont les collectivités territoriales, celles qui sont à divers niveaux avec leurs compétences qui sont propres, qui se recouvrent très partiellement, qui permettent justement ce relais important entre les diverses actions. Les collectivités sont vraiment les acteurs de terrain. En développement durable, nous avons coutume de dire que ceux qui ont la crédibilité, la légitimité en matière de développement durable, ce sont ceux qui agissent sur le terrain. Mon propos n'est pas de dire que l'action sur le terrain est une action basique, primaire, etc. Pas du tout, mais ce sont les gens qui réfléchissent à des actions concrètes, qui se traduisent dans la réalité des faits, qui sont suivies d'évaluation. Ensuite, on rebondit à partir des enseignements de ces évaluations sur une prospective qui permet de mieux appréhender l'avenir. Trois thèmes ont été choisis pour expliquer cette démarche des collectivités. Tout d'abord, un thème qui est particulièrement présent, en particulier en Gironde. En effet, il ne faut pas oublier que la Gironde, au travers de l'application de ces agendas 21, est dans le peloton de tête des départements français. Donc tout d'abord un débat qui portera sur l'éducation au développement durable. Christine Delhaye vous en parlera avec sa compétence qui est reconnue. Ensuite, les problèmes d'information et de communication. Il est évident que cet aspect information, prise de conscience, responsabilisation du citoyen au travers de toutes les données que nous pouvons lui apporter sous diverses formes est extrêmement important, particulièrement dès lors qu'il s'agit d'apporter des éléments contribuant aux changements de comportement. Enfin, une troisième partie - même si cette démarche n'a pas été suivie d'un effet aussi positif que celui que l'on aurait souhaité prendra un exemple pour montrer la force de la coordination entre les diverses collectivités et la force de cette synergie qui est mise en place, donc toute la démarche qui traite de la candidature «Bordeaux 2013». Voilà très rapidement le cadre qui a été donné à cette démarche, cette longue journée va permettre d'avancer plus avant dans la réflexion et dans la proposition. Je vous remercie.

221 Danielle NOCHER, Valeurs vertes Nous sommes dans cette grande session, avec un sujet passionnant et, puisque nous nous réunissons sous l'égide des Nations Unies, je vous rappellerai simplement la mémoire de René Dubos qui rédigea avec Barbara Ward "Nous n'avons qu'une Terre". C'était un livre aux possibilités philosophiques infinies, qui pourrait servir de feuille de route à notre monde désemparé. C'est lui qui a prononcé cette fameuse phrase «Penser global, agir local». Aujourd'hui, elle prend toute sa dimension, en particulier lorsqu'il s'agit de quelque chose d'essentiel pour notre avenir d'éducation au développement durable. Le thème de cette session est la coordination territoriale et la mise en oeuvre de l'éducation au développement durable, avec l exemple des collectivités d'aquitaine. Il est très intéressant de voir que le développement durable n'est pas qu'un concept décidé d en haut, mais que dans chaque région, chaque ville et chaque foyer, tout citoyen peut l'incarner pour aller vers un meilleur avenir. Nous allons commencer par donner la parole à Monsieur Jacques Respaud. Il est viceprésident du Conseil général de Gironde en charge du patrimoine. Le patrimoine en Gironde est un patrimoine assez extraordinaire parce que cela va des vins aux châteaux, aux technologies de pointe. Et en même temps, des grands noms ont traversé cette région et ont fondé la pensée occidentale, je pense à Montaigne, à Montesquieu, et même à des gens comme Elie Faure et Elisée Reclus. Intervention de Jacques RESPAUD Vice-président du Conseil général de Gironde C'est pour nous une grande chance de pouvoir accueillir cette manifestation et bénéficier ainsi de l'expérience de plus de 70 pays. Ceci est d'autant plus important pour nous que le thème de l'éducation au développement durable pour tous et pour tous les âges de la vie, représente justement une des priorités du département de la Gironde. Elle constitue une des six finalités affirmées de notre charte pour un pacte social, citoyen et durable qui est le cadre de référence de l'action de notre institution Conseil Général. Nous avons souhaité pouvoir consacrer toute une journée à l'échange d'expériences et de réflexions constructives sur le thème de la coordination territoriale en faveur de l'éducation pour le développement durable, pour tous les publics et tout au long de la vie. Il semble aujourd'hui indispensable que les acteurs locaux s'associent dans une même volonté de répondre aux nouveaux enjeux du monde et d agir pour une société plus responsable, respectueuse et solidaire où chacun puisse trouver sa place. Il y a bien sûr nombre de symposiums internationaux, des cadres législatifs, mais l'action locale coordonnée présente également une efficacité liée à son pragmatisme, à son adaptabilité, à sa réactivité. Mobilisatrice, elle permet de rendre les enjeux lisibles mais aussi de montrer ce que l'on peut faire individuellement et collectivement, à la mesure de ses moyens dans une dynamique continue d ouverture et d'apprentissage. Ces enjeux nous amènent à créer de nouveaux lieux de concertation, à créer de nouvelles modalités d'action et de décisions axées sur la collaboration institutionnelle de l'ensemble des parties intéressées. De nombreuses expériences, ici et ailleurs, vont venir étayer et enrichir nos réflexions. Tout d'abord, je souhaite vous dire quelques mots de la mobilisation girondine assez unique qui illustre bien le fil rouge de notre journée. En Gironde, 36 collectivités, communes - groupements de communes, en particulier Communauté urbaine de Bordeaux, pays, départements - sont engagés en agenda 21 local et collaborent au sein d'un Conseil départemental des agendas 21 locaux depuis trois ans. En 2008, ce réseau a décidé de franchir une nouvelle étape en construisant un programme d'action collective et concertée en faveur du développement durable, c'est-à-dire en quelque sorte un agenda 21 de réseau. L'éducation en faveur d'un développement durable pour tous les publics est une des trois orientations de ce programme concerté. Il s'appuie notamment, en ce qui concerne le milieu

222 scolaire, sur une coordination de dispositif, de soutien et d'accompagnement des agendas 21 scolaires, en partenariat avec les collectivités d'agenda 21, bien sûr, avec l'education nationale. Un autre aspect de la collaboration inter institutionnelle dont je viens de parler, est celui de l'intégration et la cohérence territoriale. La résonance s'organise entre établissements de tous niveaux mais aussi et surtout peut-être entre d'une part le milieu scolaire, et d'autre part le milieu périscolaire. Et au-delà encore, en direction de tous les publics à partir des centres sociaux, des associations culturelles et sportives, etc. Parce que comme cela été dit en introduction, le scolaire n'est qu'une petite partie de la vie de l'enfant. Il faut donc s'intéresser à une démarche d'ensemble, et cette notion d'éducation développement durable doit concerner d'autres lieux que l'école. Le Conseil régional, le Conseil général de la Gironde, la communauté urbaine de Bordeaux ont souhaité ensemble aller plus loin dans la démarche en mutualisant l'ensemble de leurs outils et les savoir-faire en matière d'éducation pour un développement durable. Ce partenariat s'est concrétisé officiellement par la signature d'une convention tripartite d'objectifs communs, sachant que la communauté urbaine va surtout s'occuper d'éducation du développement durable dans les écoles. Le Conseil général dans son milieu de compétences, les collèges, les lycées pour la région Aquitaine. Ce partenariat qui s'est concrétisé par une convention tripartite fait que ces collectivités se sont rassemblées autour d'un cadre de référence commun qui a été établi, et d'ambitions partagées en milieu scolaire. Elles se sont dotées ainsi d'un outil commun de dialogue avec les partenaires de l'education nationale, avec les associations et avec toutes les autres parties prenantes au local. L'idée est de permettre une lisibilité, une cohérence de l'action publique aux différents échelons territoriaux de l'école primaire jusqu'à la fin du secondaire. Au-delà des recettes, des bonnes actions, je souhaite que les différents témoignages de la journée puissent nous aider à replacer les débats autour de l'éducation pour un développement durable dans un contexte global de nécessaire révolution culturelle pour répondre aux nouveaux enjeux du monde, véritable projet de société responsable, respectueuse, solidaire, en référence au principe de la Décennie de l'unesco. Je souhaite que les travaux en atelier soient productifs, que se dégagent en fin de journée des pistes stratégiques et opérationnelles pour mettre en oeuvre largement une coordination territoriale des acteurs en faveur de l'éducation pour un développement durable pour tous. Danielle NOCHER A travers votre témoignage, nous voyons que des échelons de territoires parfois concurrents sont en train de se réunir à travers le développement durable, confirmant en cela que ce sujet permet de dépasser les clivages. Il est nécessaire de s'unir pour avoir cette nouvelle vision du développement durable qui, au final, sera très politique, mais dans le sens pythagoricien du terme. Je vais maintenant passer la parole à Jean-Louis Bergey, délégué régional de l ADEME. Comment répondre à la nécessité d informer et de sensibiliser le plus large public grâce à la coordination territoriale? par Jean-Louis BERGEY Délégué régional de l'ademe Aquitaine Je suis le délégué régional de l ADEME, l Agence de l Environnement et la Maîtrise de l Énergie, un établissement public sous la tutelle principale du ministère du Développement durable, mais aussi du ministère de la Recherche. Nous intervenons sur six domaines que sont la prévention et la valorisation des déchets, l économie d énergie et le développement des énergies renouvelables, le développement du transport propre, la remise en état des sites pollués, la qualité de l air extérieur et intérieur, et deux autres missions un peu plus légères en temps et en financement, l une sur la qualité des sols, l autre sur le bruit.

223 L atelier s intitule «comment répondre à la nécessité d informer et de sensibiliser le plus large public grâce à la coordination territoriale?». Si certains d entre vous ne sont pas familiers du système administratif français, il faut savoir qu il y a dans le système administratif les communes, les intercommunalités, les départements, les régions. Il n y a pas de relations hiérarchiques entre les unes et les autres. Par ailleurs, entre les intercommunalités et les départements, l on peut aussi mettre les pays pour simplifier un peu le paysage. Enfin, il y a bien sûr l Etat et l Europe. Tous ces niveaux interviennent à divers titres en matière d information, de sensibilisation, d éducation et l idée de cet atelier était de montrer, à partir de l exemple aquitain, comment l on pouvait se coordonner pour faire les choses les plus intelligentes possible. A côté de ces niveaux administratifs, il y a tout le tissu associatif qui est représenté ici et qui est un intervenant important en matière d éducation au développement durable. L Aquitaine compte cinq départements, un peu plus de trois millions d habitants, 640 000 jeunes scolarisés dans les premier et deuxième degrés et l enseignement supérieur. En effet, il est important d éduquer aussi ceux qui seront les cadres de demain et qui auront des responsabilités pour qu ils soient sensibles à cette approche de changement de société. Dans le privé, près d un emploi salarié sur deux peut être touché directement ou indirectement par le changement climatique. On les trouve dans l agriculture, la sylviculture, l industrie agroalimentaire, le tourisme, les métiers autour de la forêt, un secteur qui peut être touché par le réchauffement climatique sachant que le Sud-ouest est la région dont la température a le plus augmenté durant le 20e siècle par rapport à la moyenne nationale. Les actions du GRAINE en Aquitaine par Hervé CAZENABE, Directeur de GRAINE Aquitaine GRAINE Aquitaine est une association loi 1901 dont l objet est d animer un réseau régional d éducation à l environnement. Elle a, en son sein, des personnes individuelles mais également des structures d éducation à l environnement créées territorialement et réparties sur toute la région Aquitaine. Ces associations interviennent beaucoup sur les problématiques d éducation à l environnement, de sensibilisation à la nature, d enjeux sur la biodiversité, mais aussi sur la problématique de l énergie, des transports. Certaines associations sont plutôt dans le champ de l éducation populaire, c est-à-dire l animation socioculturelle, et ont pris de plus en plus une compétence sur les questions relatives au développement durable. Ces associations se répartissent sur tous les départements de l Aquitaine, la Gironde, les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, la Dordogne et le Lot-et-Garonne. Nous avons également quelques adhérents que sont des collectivités locales ou territoriales, et des parcs naturels régionaux. En Aquitaine aujourd hui, nous avons deux parcs naturels régionaux, celui des Landes de Gascogne et celui du Haut Périgord Limousin, qui participent aussi aux actions du GRAINE parce qu ils ont dans leur mission cette sensibilisation à la population au territoire, sur les aspects culturels, économiques et environnementaux. Nous travaillons avec d autres partenaires sur le développement de projets. Il en est ainsi des services de l Etat, c est-à-dire la Direction Régionale de l Environnement, Jeunesse et Sports ou le ministère de l Agriculture, mais aussi l ADEME, les collectivités territoriales, le Conseil régional et les cinq Conseils généraux. La vocation de GRAINE Aquitaine est d animer un réseau. Sa première mission est d informer sur les questions d éducation à l environnement vers un développement durable. Cela se traduit par des sites Internet portant sur l association, mais aussi sur les métiers et formations liés à l environnement via un site Internet "Orfée" qui recense les acteurs et les outils de l éducation à l environnement en Aquitaine.

224 Nous avons une lettre d information destinée aux adhérents et, depuis peu, une revue de l éducation à l environnement sur le territoire Aquitain, «Plume d Orfée». Par ailleurs, nous sommes chargés de l accueil du grand public, mais aussi des porteurs de projet pour les accompagner dans leur projet d animation, d éducation à l environnement, et du public en recherche de reconversion professionnelle. La deuxième mission du GRAINE est d organiser des formations professionnelles. Nous avons longtemps organisé le BEATEP, le Brevet d Etat d Animateur Technicien de l Education Populaire délivré par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Tout comme le Brevet d Etat d Éducateur sportif, il a disparu au profit d un seul diplôme nommé le BPJEPS, le Brevet Professionnel Jeunesse Education Populaire et Sports, un diplôme de niveau IV destiné à former des animateurs professionnels. Aujourd hui, nous organisons encore une formation professionnelle d animateur environnement, mais aussi un certain nombre de formations courtes dans le cadre de la formation continue des animateurs sur des thématiques spécifiques telles que l agenda 21 ou la consommation éco-responsabilité. Ce volet formation se complète par des participations à des formations que nous n organisons pas, mais sur lesquelles nous sommes partenaires. Il en est ainsi pour l enseignement agricole sur les BTS et les licences professionnelles, mais aussi avec Bordeaux 3 sur un certain nombre de formations notamment un master et le certificat d écologie humaine. Jean-Louis BERGEY, ADEME : L un des différents outils que vous avez, notamment vis-àvis des associations ou du milieu enseignant, se nomme «Planète précieuse». Pouvezvous nous en dire davantage? Hervé CAZENABE «Planète précieuse» s inscrit dans notre troisième mission, c'est-à-dire une mission qui essaye de favoriser l échange, la mutualisation de pratiques et le développement de projets à l échelle régionale. «Planète précieuse» est un dispositif qui propose un module de sensibilisation au développement durable pour les collégiens et les lycéens aquitains. Il a été conçu par GRAINE Aquitaine et ses partenaires et a la particularité de s appuyer sur le réseau GRAINE. En effet, plutôt que d embaucher des animateurs pour faire le tour de la région et intervenir dans les établissements scolaires, nous avons préféré former les animateurs de nos structures adhérentes. Ainsi, nous essayons de privilégier des logiques de territoire puisque ce sont les associations ancrées localement qui répondent aux demandes des établissements scolaires. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Lorsqu un enseignant ou un établissement scolaire veut utiliser «Planète précieuse», comment cela se passe-t-il? Hervé CAZENABE «Planète précieuse» est un module de sensibilisation proposé aux collégiens et aux lycéens. Il s organise en quatre phases. Une première phase va amener les élèves à faire l inventaire de leur représentation du développement durable, c'est-à-dire ce qu ils pensent du développement durable, ce qu ils pensent être les enjeux du développement durable. Ensuite, nous les mettons situation sur un jeu de rôles. Ils seront par groupe de cinq ou six et auront un territoire à gérer. Ils auront tous les mêmes besoins à satisfaire, mais pas tous les mêmes capacités de production. Ils chercheront ainsi à gérer leur territoire, à consommer de l énergie, auront à réfléchir aux modes de transport, aux potentialités de leur territoire en fonction des productions qu ils peuvent développer et seront obligés d établir des relations d échanges avec les autres territoires pour satisfaire leurs besoins (se loger, se nourrir, se déplacer, se soigner, se cultiver, etc.). Au début, il est intéressant de voir que le réflexe est d essayer d enrichir le plus son territoire. Or, en faisant cela, les participants ne font qu augmenter des gradients sur la consommation

225 d énergie ou la pollution. Aussi, il leur fait réfléchir à d autres solutions pour envisager un développement durable, tout en satisfaisant à leurs besoins. Ce jeu de rôles a pour fonction essentielle de créer du débat au sein des classes de collèges ou de lycées, de façon à leur faire toucher du doigt la problématique du développement durable et la dimension un peu systémique, complexe, transversale des réflexions qu il faut avoir. Il ne faut pas juste se limiter à une réflexion qui serait sur la protection de l environnement ou sur les logiques de production, mais il faut bien associer l ensemble des besoins et des contraintes pour un développement harmonieux du territoire. La troisième phase est la phase de débat général lié au jeu de rôle que les élèves ont vécu et sur ce qu ils ressentent de la notion de développement durable. L idée n est pas de faire un cours magistral sur l ensemble, mais cela permet des apports de connaissances. Dans le jeu, des flashs d information perturbent le fonctionnement normal : la hausse du cours du pétrole, le crac boursier, etc. Cela permet des apports de connaissances sur l impact, mais il peut y avoir aussi des choses autour de l énergie renouvelable, donc sur des principes un peu techniques de l éolien, et sur la faisabilité de l installation de ces équipements sur un territoire. Le quatrième temps, après cette réflexion globale sur l organisation d une société et la durabilité de son histoire, vise à amener les collégiens ou les lycéens à réfléchir à ce qu ils peuvent faire à leur échelle. Cela permet de leur montrer que le développement durable ne se joue pas forcément au niveau du G8 ou de nos gouvernants, mais qu il y a aussi une part de responsabilité de tous les citoyens. Nous proposons aux élèves d avoir cette réflexion et de les accompagner sur des projets concrets qu ils réaliseront dans les écoles. Pour exemples, il y a eu la mise en place d un plan de gestion des déchets sur un collège, l organisation par les élèves d une journée des écodélégués de l enseignement agricole où ils ont réfléchi à l animation de cette journée pour sensibiliser les écodélégués, un accompagnement pour mettre en place les prémices d un agenda 21 scolaire sur un établissement, des réflexions autour de la consommation responsable, des choses autour de la biodiversité en danger autour de l établissement. Jean-Louis BERGEY, ADEME :«Planète précieuse» est donc une méthode. J imagine que vous proposez un livret pour l enseignant ou l animateur, de l information et de la documentation. Hervé CAZENABE Concrètement, un classeur ressource est à la disposition des animateurs et des enseignants. Il existe un livret de présentation pour les enseignants, et non pas pour les animateurs puisqu il s agit des animateurs que nous formons. En effet, un animateur «lambda» ne pourrait pas intervenir dans le cadre du dispositif «Planète précieuse». Nous labellisons, en quelque sorte, des animateurs pour qu ils puissent intervenir. Dans ce dispositif, nous avons aussi essayé de mettre en place un réseau d animateurs, c est-à-dire qu en plus de la formation initiale, nous proposons une logique de formation continue, de rencontres et d échanges d expériences. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Les enseignants qui font la demande relèvent-ils essentiellement de matières scientifiques? Ce dispositif concerne-t-il tous les types de lycées : lycées d enseignement professionnel, d enseignement général, lycées agricoles? Hervé CAZENABE Au début, lorsque nous avons lancé le projet, nous pensions plutôt aux professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre. Ils représentent environ 40 % des sollicitations, mais tous les enseignants trouvent un intérêt dans ce dispositif qui s adresse à l ensemble des enseignements (enseignement professionnel, enseignement technique, enseignement général et apprentissage).

226 Jean-Louis BERGEY, ADEME : En quoi la coordination instaurée dans GRAINE est-elle intéressante pour vous. Est-elle satisfaisante? Faut-il l améliorer? Hervé CAZENABE Ce dispositif connaît un succès aujourd hui puisqu en trois ans, nous avons fait plus de 1 200 interventions, touché 30 000 élèves, 400 lycées et 800 collèges. Ce dispositif est gratuit pour l établissement puisque l ADEME, le Conseil régional et les cinq Conseils généraux y participent financièrement au dispositif. Par ailleurs, nous avons mis en place un comité de pilotage «Planète précieuse» avec l ensemble des partenaires (techniques, financiers et pédagogiques), auquel participe aussi le rectorat. Ce comité de pilotage qui rassemblait d abord des financeurs est devenu un véritable outil technique et le vrai lieu de réflexion de l évolution du dispositif. Chaque partenaire contribue à l évolution du dispositif, à l évolution dans les messages, aux spécificités départementales. Le comité de pilotage de ce dispositif est donc devenu un vrai lieu d échange et de réflexion sur les enjeux de l éducation à l environnement dans la région. Jean-Louis BERGEY, ADEME : GRAINE Aquitaine est-il connu des collectivités? Hervé CAZENABE, GRAINE Aquitaine Nous avons sans doute un problème de communication. Nous commençons à travailler de plus en plus avec les collectivités locales, nous sommes notamment en train de mettre en place un dispositif, suite à une commande de l ADEME, sur les déplacements scolaires. Le bénéficiaire reste l écolier, mais le public ciblé est plutôt les élus locaux, les techniciens, les parents d élèves, le personnel qui travaille dans les écoles. Dans le cadre de «Planète précieuse», le travail ciblait les établissements scolaires, et nous évoluons actuellement vers ces publics avec les dispositifs d agendas 21 scolaires. En fait, il y a bien la question des bénéficiaires et celle du public cible. Nous travaillons à la communication pour nous faire connaître des élus, des techniciens et parents d élèves. Il est vrai qu en tant que tête de réseau régional, nous travaillons davantage avec les collectivités comme la Région ou les Départements parce qu il nous semble qu à l échelle locale, ce sont les structures adhérentes du réseau qui doivent développer des contacts privilégiés avec leur mairie ou leur communauté de communes. Il faut souligner que dans le cadre du dispositif comme celui de «Planète précieuse», nous n avons pas l équivalent pour les primaires parce que, dans l organisation technique et dans les partenariats financiers, monter un projet avec six ou sept interlocuteurs n est déjà pas simple. Par ailleurs, la prérogative des écoles primaires est plutôt dédiée aux communes en France. Aussi, monter ce dispositif avec un financement de toutes les communes serait vraiment compliqué. J ajoute que des outils autres que «Planète précieuse», existent pour les enseignants du primaire, des collèges et lycées, certains étant bien faits parce qu ils sont élaborés par des enseignants. Enfin, sur ce sujet, intervient aussi tout un réseau associatif. Les actions de la DIREN en Aquitaine par Chantal DEMONGIN DIREN Aquitaine La Direction Régionale de l Environnement - DIREN a d abord pour mission de faire connaître toutes les données qui existent en matière d environnement. En effet, toutes les DIREN possèdent des informations extrêmement riches et multiples sur des domaines divers comme le paysage, les sites classés inscrits, les espaces protégés, les espèces protégées, ces données étant disponibles sur le site Internet de la DIREN. Elles sont mises à jour régulièrement et sont extrêmement demandées, en particulier par les bureaux d études, les étudiants, les associations et tout autre public.

227 Notre deuxième mission est de réussir la planification régionale. C est peut-être un bien grand mot, mais la DIREN doit être sur des dossiers importants, dire que l environnement est là et qu il faut le prendre en compte. Il peut s agir, entre autres, de dossiers d urbanisme ou de grands aménagements, et nous essayons de donner un avis et des conseils. Par ailleurs, une des premières tâches de l Etat est de veiller au respect des lois. Cet aspect est aussi une partie importante de nos missions, et cela concerne les lois en matière d environnement, de cadre de vie, d urbanisme, d eau, de sites, de paysages, de publicité. La quatrième partie de nos missions est de promouvoir un partenariat actif. Notre cible principale n est pas le grand public, mais des associations, des élus et des établissements scolaires. Nous n agissons pas sur le terrain, nous n allons pas dans les classes pour faire des animations. Ce serait impossible car je suis seule pour toute la région Aquitaine, mais des structures prennent cet aspect en charge. Pour ma part, j ai plutôt un rôle de coordination et de médiation. Il s agit de mettre en relation des personnes, de faire rencontrer des associations et des élus, des associations et des enseignants, etc. Je suis certes seule, mais je travaille avec des centaines de personnes donc je me sens riche dans ce métier, je ne m ennuie jamais. Selon moi, dans ce domaine d éducation à l environnement, le partenariat est vraiment indispensable. Les demandes évoluent parce qu il existe maintenant un réseau d acteurs d éducation à l environnement vraiment très important en Aquitaine avec 200 à 300 associations et structures diverses. En Aquitaine, il y a une petite originalité puisque nous avons Ecole et Nature qui est le grand réseau national et GRAINE Aquitaine. Dans les départements, existent depuis plusieurs années les centres de ressources départementaux d éducation à l environnement qui ont les mêmes missions que le GRAINE au niveau. Venant compléter ce réseau, les CPIE (Centres Permanents d Initiative pour l Environnement) existent depuis au moins trente ans. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Vous avez cité le Comité Aquitaine «Éducation à l environnement». En quoi est-ce un outil de coordination territoriale? CHANTAL DEMONGIN, DIREN Aquitaine Le Comité aquitain d éducation à l environnement est un réseau informel, très vivant, mais il n est pas facile à animer et à coordonner. En 2003, il y avait un contexte national et régional assez favorable, la stratégie du développement durable et toutes les circulaires de l Éducation nationale. Nous étions déjà tout un réseau autour d opérations telles que "1 000 défis pour ma planète", "Science en fête". Au niveau des administrations, il y a l Agriculture, les premiers depuis plus de vingt ans à avoir mis en place des dispositifs d éducation à l environnement, le rectorat, Jeunesse et Sports, la DRIRE (Direction Régionale d Industrie de Recherches et Environnement), l Environnement, l ADEME, l Agence de l eau, les cinq Conseils généraux, le Conseil Régional et le tissu associatif représenté par GRAINE Aquitaine. En 2003, nous étions trois : l ADEME, le rectorat et la DIREN. A nous trois, nous avons lancé cette initiative et, très vite, la famille s est agrandie et nous nous retrouvons trois ou quatre fois par an. En Aquitaine, comme dans toutes les régions, l éducation à l environnement concernait les associations. L administration est arrivée ensuite avec les collectivités territoriales régionales et locales. Nous avons nos préoccupations, nos propres missions, nos propres politiques, mais surtout des préoccupations communes qui étaient, jusqu alors, un peu éparpillées sur le territoire. Nous étions tous à des phases différentes d action, et l intérêt de ce comité a été de définir ensemble les principaux dossiers, d échanger sur des projets, sur nos préoccupations et d essayer de mettre en commun des actions pour éviter l éparpillement.

228 Jean-Louis BERGEY, ADEME : Pouvez-vous citer un exemple concret montrant l intérêt du comité? CHANTAL DEMONGIN, DIREN Aquitaine Le premier thème du Comité a été celui de la formation en matière d éducation à l environnement, et nos premières actions ont été de mettre en commun nos idées et questionnements. Nous avons démarré dans les Pyrénées-Atlantiques et depuis, grâce aux résultats concrets sur le terrain, l équivalent du Comité régional existe dans ce département. Les partenaires ont l habitude de se rencontrer et ont mené des actions en matière de formation envers des publics différents, auprès notamment d animateurs, de directeurs de centres sportifs et de centres de vacances qui n étaient pas un public privilégié pour la DIREN. En termes de coordination, ce dispositif datant de cinq ans a connu des débuts difficiles, mais cela s est amélioré, et l'avenir devrait conforter cette amélioration si l'on est attentif à ce que tout le monde soit informé de tout au même moment, y compris les personnes qui ne viennent pas. Ensuite, il faudrait peut-être mener davantage d actions communes, ce qui n est pas simple parce que chacun a ses responsabilités, sa politique et son travail. La notion de temps dans un réseau est extrêmement importante donc nous organisons à plusieurs, au sein de ce comité, des petits groupes de travail avec des institutions intéressées. Par exemple, un groupe de travail a réfléchi sur la création d un portail régional d éducation à l environnement. Le portail existe maintenant, il faut motiver les personnes pour le faire vivre, mais cela relève plutôt de problèmes liés à la vie d un réseau. Mathieu LEROUX, Chargé de mission Education à l environnement au Conseil régional d Aquitaine En décembre 2005, en assemblée plénière du Conseil régional, a été voté un règlement d intervention sur l éducation à l environnement, sur la mise en place d un dispositif prévoyant d aider directement des associations identifiées comme têtes de réseaux au niveau régional pour des actions d éducation à l environnement. Il s agit d associations apparues comme exemplaires dans leur savoir-faire en matière d éducation à l environnement et dont l éducation à l environnement est leur mission principale, d associations fédératrices d autres structures à une échelle plus locale et d associations en capacité de développer des partenariats plus larges. Aujourd hui, 19 associations font partie de ce réseau et la Région Aquitaine a pour mission de faire en sorte que ces structures se rassemblent autour de réunions de travail. En 2008, deux thèmes ont été abordés, d une part l emploi dans ces structures qui reste un problème important, la formation du personnel ou la formation initiale, d autre part la lisibilité de toutes ces associations au niveau régional. D autres ateliers sont prévus afin de donner une lisibilité globale de ce qui existe au niveau régional en termes d éducation à l environnement. L objectif de la Région est vraiment de s appuyer sur les associations pour qu elles mettent en œuvre des projets communs et mutualisent des savoir-faire, des compétences, des outils, et qu elles puissent ensuite faire passer des messages et mettre en œuvre des outils au niveau local. Les actions du Conseil général de Gironde par Laurent SALIN, Chargé de mission prévention, Conseil général de la Gironde Jusqu en 2004, le Conseil général n avait pas de compétences obligatoires sur les déchets, mais, avant même cette date, il a souhaité prendre cette compétence pour réfléchir sur le plan départemental qui autrefois était géré par les administrations de l Etat. La gestion des déchets se décompose à plusieurs niveaux et c est ce qui en fait sa richesse. Au plan local, il y a la collecte opérationnelle gérée par les Communautés de communes ou

229 les syndicats mixtes. Ce sont vraiment les acteurs au quotidien de la gestion des déchets, mais il est nécessaire de donner des objectifs à court et moyen termes en matière de gestion des déchets. C est pourquoi la loi a prévu la création d un plan départemental qui fixe les objectifs en matière de traitement des déchets et de valorisation. Le Conseil Général a souhaité, dès 2004, prendre cette compétence qui n était pas obligatoire, mais qui a permis de créer le Conseil départemental des déchets. Ce dernier regroupait tous les syndicats et toutes les Communautés de communes en charge des déchets, mais aussi les associations de protection de l environnement, associations de défense des consommateurs, les chambres consulaires et les intervenants privés des déchets. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Par essence, c est un organe de concertation puisque le Conseil général a ce rôle de pilote du plan départemental, les communes et les groupements de communes ayant la tâche de collecter et de traiter au quotidien les déchets. Pouvez-vous nous dire ce que le Conseil général a mené en termes d information et de sensibilisation? En amont du plan départemental, via le Conseil départemental des déchets qui n était pas une instance obligatoire, des réunions publiques ont eu lieu sur le thème de la mobilisation générale pour rédiger au niveau départemental un Livre Blanc. Cela a permis de donner les grandes lignes du plan départemental et, à tous les Girondins, de s exprimer. Tous les acteurs du département étaient présents pendant ces réunions publiques décentralisées, cela a permis de créer le plan départemental qui, jusque-là, était un document technique et administratif. Nous avons pu intégrer les attentes des associations et des particuliers, et axer ce plan sur la valorisation et la prévention des déchets qui étaient encore peu développées. La sensibilisation des publics s est donc faite essentiellement au travers de ces réunions en vue de préparer le plan départemental, mais aussi de plaquettes d information et du site Internet du Conseil général. Ces documents ont été repris localement lors de la coorganisation des réunions publiques. Ensuite, dans le cadre du Conseil départemental des déchets et de la Commission consultative du plan, un groupe «prévention et sensibilisation» a été créé. Il était composé des syndicats et communautés de communes qui étaient moteurs en matière de sensibilisation sur les déchets, mais aussi des associations. Nous avons créé ensemble un guide sur les déchets qui a été distribué via les collectivités, sur demande auprès du Conseil général ou de manière dématérialisée sur le site. Ce guide est novateur, non pas pour sa partie sur le tri mais sur sa partie «prévention» qui porte sur «acheter différemment» donc sur la sensibilisation des personnes aux changements de comportements impactant fortement la production de déchets. En 2007, nous avons mené une opération sur la suppression des sacs de caisse en partenariat avec la grande distribution, mais aussi avec les petits commerces dont certains, assez courageusement et à leurs frais, ont fait des démarches intéressantes. Tout s est fait dans la transparence et nous avons 217 signataires de la charte et 80 % des supermarchés et hypermarchés de la Gironde. Nous avons toujours voulu que les documentations produites dans le cadre du groupe «prévention» soient disponibles pour les communautés et syndicats de communes. Nous avions proposé des CDROM à tous, ils ont donc pu intégrer cette information dans les «journaux du tri» et sur leur site Internet. Il y a donc toujours eu un relais, que l on attend amplifier pour la campagne à venir. En effet, en 2008, une campagne de communication intitulée «Les Écomatismes» sera lancée le 3 novembre, et aura pour cible les 18-35 ans. Nous avons fait une étude d opinion sur le département et il en est ressorti que les 18-35 ans sont les mauvais élèves en matière de gestion des déchets. Nous avons donc lancé un concours qui a été remporté par une agence ayant choisi d orienter la campagne vers la communication des 18-35 ans, en s appuyant sur Internet, le cinéma et la chaîne de télévision girondine TV7. Cette campagne sera diffusée pendant un mois dans les cinémas de Gironde, sur TV7, sur la radio et aura un site Internet dédié. Tous ces médias sont dématérialisés et nous tendons vers un bilan

230 carbone zéro de la campagne pour être cohérents avec les pistes que nous donnons dans le plan de prévention. Par ailleurs, tous nos partenaires pourront utiliser ces médias via leur site Internet puisque les huit spots créés autour des écomatismes sont téléchargeables. J ajoute que les huit vidéos découlent du guide qui avait été créé puisque nous souhaitions traiter de la prévention des déchets. Elles portent sur le compostage, sur le réflexe de prendre son cabas pour faire son marché, sur le réflexe de réparer ou de donner avant de jeter, etc. La prévention est aussi la réduction en amont de la production des déchets et de leur nocivité, nous avons donc un écomatisme sur la nocivité des déchets et sur le fait d apporter en déchetterie tout ce qui est nocif. Le héros choisi est un présentateur sur TV7. Nous souhaitions une personne girondine afin d orienter vraiment la campagne sur le département. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Nous parlons de coordination avec les structures intercommunales, la Région n intervenant pas puisqu elle a compétence sur le plan des déchets dangereux. Comment se passe cette coordination entre le niveau départemental et le niveau intercommunal? Laurent SALIN, CG 33 Avec l évolution des techniques, chaque syndicat a son site Internet, ce qui permet de communiquer facilement. Sur la prochaine campagne, le lien entre le Conseil général et les structures du département apparaîtra encore plus clairement. L on est passé à de la communication à une véritable éducation visant un changement de comportement durable. Nous avons remarqué que les Girondins ont vraiment conscience de l urgence environnementale. Ils souhaitent maintenant des gestes pratiques à réaliser au quotidien et c est ce que nous leur proposerons avec la campagne. Dans le cadre des études d opinion que nous avons menées, nous avons un état zéro en matière de prévention. Nous souhaitons pouvoir évaluer cette communication pour mesurer son impact. Aussi, suite à la prochaine campagne, nous referons une étude d opinion qui montrera s il y a eu des changements de comportement. Un exemple intéressant sera celui du tri sélectif, actuellement absent, et pour lequel l équipement va arriver sous peu sur l ensemble de Bordeaux. Toutefois, même sans mettre en œuvre le tri, vous pouvez avoir des actes de prévention (compostage, changements au niveau de la consommation, etc.) qui peuvent faire l'objet de campagnes d'information... Les actions de la Communauté Urbaine de Bordeaux CUB par Bernard DARGUENCE Chef du Département logistique interne, Communauté urbaine de Bordeaux La CUB est une structure de coopération intercommunale qui regroupe 27 communes. La population est d environ 670 000 habitants, avec la ville de Bordeaux représentant un tiers de cette population. Les compétences de la Communauté urbaine ont été fixées par une loi de décembre 1966 qui a créé un certain nombre de Communautés urbaines et déterminé des compétences. Ces dernières concernent la voirie, la collecte des déchets, le stationnement, les transports, l urbanisme, l habitat, l eau, l assainissement. La Communauté urbaine a donc la responsabilité des transports urbains sur son périmètre. L objet de mon intervention est de vous présenter la coordination que nous avons pu mettre en place avec les autres autorités organisatrices de transports que sont la Région pour ce qui concerne le réseau TER, et le Département de la Gironde pour ce qui est des transports interurbains. Aujourd hui, le réseau de transport urbain compte 95 lignes d autobus, 3 lignes de tramway et, sur l année 2007, 85 millions de voyages ont été réalisés sur ce réseau que l on appelle TBC (Tram et Bus de la CUB). En 2001, nous étions à 60 millions de voyages mais avec l arrivée du tramway, il y a eu une forte montée en puissance.

231 Parallèlement, entre 2006 et 2007, il y a eu 13 % d augmentation d utilisation des trains TER en Aquitaine. Des personnes qui n habitent pas la CUB viennent y travailler ou étudier et un travail particulier a été mené pour tenter de coordonner tout cela au travers d'un dispositif qui existe depuis la fin des années 90, c est-à-dire que nous avons mis en place avec la Région et le Département de la Gironde un dispositif qui permet aux usagers d utiliser le TER et le réseau communautaire au niveau de la CUB par le biais d abonnements qui permettent d enchaîner les deux modes de déplacement. Aujourd hui, les différentes autorités organisatrices se sont coordonnées depuis 2004 pour mettre en place un dispositif qui s appelle «Modalis». Cela se traduit concrètement par ce que l on appelle l inter-modalité, une pratique qui consiste à enchaîner successivement deux modes de transport et, pour cela, nous mettons en place une tarification combinée. Il existe aussi de la multi-modalité qui consiste, pour un même déplacement, à pouvoir utiliser différents modes de transport au choix de l usager et où nous sommes dans le cadre d une tarification combinée. Concrètement, il s agit d une carte de transport et, pour l usager, cela représente une simplification des démarches puisqu il n a qu un opérateur. Par ailleurs, concernant les prix des titres que nous appelons monomodaux, des réductions tarifaires vont jusqu à 25 %. Aujourd hui, la gamme tarifaire «Modalis» est incomplète. Nous avons ciblé prioritairement les abonnements au niveau des scolaires. Ensuite, nous avons essentiellement des abonnements hebdomadaires ou mensuels. Des étapes restent à franchir avant de pouvoir développer des abonnements annuels, même si depuis 2008 il existe un abonnement «jeunes» entre Trans-Gironde et TBC qui s adresse à tous les usagers de moins de 28 ans. Il s agit d un abonnement annuel ou mensuel sur lequel il y a des réductions tarifaires. Derrière «Modalis», sont mises en place certaines choses en termes de coordination. Au départ, une étude a été menée conjointement par les trois autorités organisatrices en termes d identité visuelle et graphique, avec un financement commun et à parité entre les différentes autorités organisatrices. Par ailleurs, chaque entité a un dispositif de système billettique, mais qui n a pas les mêmes fonctionnalités donc une charte d interopérabilité a été signée en 2002, ceci afin de favoriser les déplacements en transport en commun et pour qu il y ait un engagement des différentes collectivités sur le développement de l inter-modalité. En fonction de l évolution de la gamme tarifaire, il faut donc que l on adapte, chacun de son côté, nos systèmes billettiques. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Les systèmes bloquent-ils aujourd hui l interopérabilité complète? Bernard DARGUENCE, CUB Nous voulions mettre en place conjointement (Région, Département et CUB) le titre «jeunes» en septembre 2008. Or, l incompatibilité des systèmes billettiques nous a empêchés de le faire donc cela prendra davantage de temps. Nous souhaitons évidemment offrir la possibilité d un abonnement unique sur les trois opérateurs et depuis deux ans, nous menons une étude de faisabilité de tarification intégrée financée à parité par les différentes autorités organisatrices. Par exemple, sur le périmètre des transports urbains, il s agirait de pouvoir utiliser librement le train, le réseau Trans- Gironde ou le réseau TBC, pour un tarif unique. Cette étude devrait aboutir à la fin de l année, et cela nécessitera une décision des différentes autorités organisatrices pour savoir si elles souhaitent se lancer dans ce dispositif. Il existe cependant des obstacles techniques car, aujourd hui, même si cette coordination existe, chaque entité reste maîtresse de sa gamme tarifaire. La mise en place d une tarification unique nécessite une coordination plus approfondie. Il y a des obstacles en termes de compensation en termes de répartition des recettes entre les différentes entités, il nous faut définir des clés de répartition sachant que nous n avons pas les mêmes fréquentations ni les mêmes recettes entre les différentes structures.

232 Jean-Louis BERGEY, ADEME : Vous avez également fait référence à un quatrième opérateur, la SNCF. Comment la SNCF s inscrit-elle dans ce dispositif? Bernard DARGUENCE, CUB La SNCF est exploitante du réseau, comme nous avons notre exploitant sur le réseau TBC et comme le Conseil général a un exploitant sur le réseau Trans-Gironde. La SNCF a ses contraintes nationales et, en termes de tarification, une grande partie de la tarification régionale découle de la tarification nationale. Pour cela, nous avons parfois certaines difficultés à faire évoluer certains dispositifs. Il y a donc très clairement une volonté pour offrir un service à l usager, mais des difficultés subsistent encore et Il existe peu d expériences en France alors que revanche, à l étranger, il existe des systèmes de tarification unique sur des territoires assez importants. Sur la coordination, nous avons un dispositif assez classique, avec un comité de pilotage qui se réunit au moins une fois par an pour faire évoluer le dispositif «Modalis». En termes de perspectives, indépendamment du titre unique, nous voudrions favoriser l usage des transports en commun pour les utilisateurs occasionnels. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Pensez-vous que cette coordination par laquelle vous essayez d améliorer le dispositif a également entraîné les gens à utiliser davantage les transports en commun? Bernard DARGUENCE, CUB Par rapport à notre réseau, cela représente peu de voyages. Sur les 85 millions de voyages, en termes de retour des données billettiques sur le réseau TBC, nous sommes à 1 % de voyages réalisés avec le titre «Modalis». C est peu représentatif, mais il y a une montée en puissance de ce dispositif et il nous faut développer et améliorer la communication. Une communication institutionnelle entre les trois autorités organisatrices a été mise en place au moment de «Modalis», mais cela n a pas été refait depuis. Il faudrait donc poursuivre dans cette démarche et favoriser cette communication institutionnelle. Par ailleurs, chaque exploitant met aussi en place une communication commerciale auprès de ses usagers, mais elle n est pas forcément coordonnée entre les différents exploitants. La campagne que nous faisons sur «Modalis» porte explicitement sur le dispositif et sur l intérêt d utiliser les transports en commun. La coordination ne se situe pas uniquement en termes de tarification, il y a aussi une volonté en termes de coordination de l offre. En effet, il est très intéressant de mettre en place un dispositif tarifaire en faveur des usagers et nous travaillons donc sur un développement des pôles d échange où il y a un rabattement d un certain nombre de lignes Trans-Gironde, ce qui permet la correspondance avec le réseau urbain. Il en est de même avec les gares, avec pour exemple la halte multimodale de Cenon ouverte récemment. Certains trains s arrêtent à Cenon où est proposée une correspondance avec le tramway. Cette gare accueille aujourd hui environ 1 000 voyageurs par jour et dans quatre à cinq ans, 6 000 voyageurs sont prévus sur la gare de Cenon, une commune périphérique à Bordeaux sur la rive droite. Elle se situe sur la ligne Bordeaux- Paris, pour faire simple, avec une desserte de TER. Au niveau de la région, il y a une volonté de développer ainsi des gares autour de Bordeaux, et de faire un rabattement des usagers. Les Espaces Info Énergie : l'exemple de Mérignac par Sandrine PICHOT Conseillère à l Espace Info-Énergie de Mérignac L Espace Info Énergie est un lieu d accueil et de conseil à destination des particuliers qui ont un projet de rénovation ou de construction de leur logement individuel. Ils viennent donc à l Espace Info Energie pour trouver des solutions.

233 Je voudrais d abord revenir sur la mise en place du réseau des espaces Info énergie. En 2001, l ADEME a mis en place ce réseau et a cherché des partenaires auprès des collectivités territoriales. En Aquitaine, la Région Aquitaine, le Conseil général et la Ville de Mérignac financent l association CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie). Il s agit d une association de défense des consommateurs et des locataires. Elle est nationale, a de petites entités départementales et locales, et porte 30 000 adhérents au niveau national, dont 1 300 en Gironde. Dans 90 % des cas, les gens qui viennent nous voir ont un projet de construction ou de rénovation ou bien pour savoir si elles ne consomment pas trop d énergie, si elles peuvent faire quelque chose au quotidien pour l environnement. Je suis en poste depuis janvier 2003 à l Espace Info Énergie. Au début, je faisais beaucoup de sensibilisation sur le domaine de l environnement, notamment sur le chauffe-eau solaire car il existait alors des primes de la Région Aquitaine sur le chauffe-eau solaire. Depuis 2005/2006, les particuliers ont un peu changé leur type de questions. Ils viennent vraiment avec un projet déjà précis. Ils se sont informés, sont allés sur Internet, ont fait plusieurs devis. Ils viennent me voir avec des devis, des plans de maison très détaillés pour savoir ce qu ils doivent faire, où ils doivent poser les radiateurs, avec quels types de matériaux ils doivent isoler leur logement. Jean-Louis BERGEY, ADEME : Avez-vous l impression parfois que vous donnez davantage que de l information, c'est-à-dire que vous faites réfléchir les gens et qu ils auront des comportements différents après vous avoir vue? L on est plutôt sur de l éducation que sur de l information. Sandrine PICHOT, Espace Info-Énergie L'on essaie de trouver une solution pour chaque situation. Quand les gens viennent me voir, ils ont trois problématiques : l isolation, le type de chauffage et les énergies renouvelables. Je leur explique chacun des systèmes, je vois avec eux celui qui correspond le mieux à leur situation, aussi bien familiale que financière. J essaie vraiment de leur apporter un conseil personnalisé et de leur expliquer les différents choix qui s offrent à eux pour qu ensuite, ils fassent le bon choix. Les gens ont changé leur regard, leur comportement sur un certain nombre de choses car ils entendent beaucoup parler d environnement par les médias. Quand ils viennent, ils sont déjà sensibilisés, mais ils sont un peu perdus devant l'afflux des informations. Ils viennent donc me voir pour remettre un peu les choses à plat. La première motivation des particuliers reste les aides financières, surtout depuis 2005/2006 en raison du crédit d impôt. Quand les personnes me sollicitent, je leur propose un rendez-vous et leur demande de venir avec les plans de leur maison, leurs factures d énergie et éventuellement des devis. Si je vois qu ils sont partis pour mettre du photovoltaïque parce que cela fait joli et que les voisins vont voir qu ils ont mis des énergies renouvelables sur leur toit, je leur conseille de penser d abord à l isolation de leur maison. La demande a complètement explosé depuis 2006 avec environ 800 personnes par an reçues en entretien individuel, ce qui représente près de deux tiers du temps. Nous consacrons ensuite un tiers du temps à tout ce qui est actions d animation et de communication. Il s agit de se faire connaître en tant qu Espace Info Énergie, de parler de la CLCV. Cela veut dire concrètement de participer à des foires et salons au niveau de la Gironde, et de faire des interventions sous forme de conférences ou d ateliers pratiques. Cette année, sur Bordeaux, nous sommes intervenus auprès d un personnel militaire sur les gestes à faire au quotidien pour économiser l énergie. Nous étudions toutes les demandes et si une commune nous appelle pour faire une conférence, nous répondons. J ajoute que c est un service complètement neutre, indépendant et gratuit.

234 Nos activités concernent également la communication. Nous passons parfois dans la presse locale. Nous travaillons également avec les municipalités, comme avec la Ville de Mérignac pour faire le guide de l environnement ainsi qu une fiche technique sur la construction écologique ou encore, lors de la semaine de l éco-mobilité, pour aborder les transports doux autres que la voiture. Nous organisons d autres activités, notamment des animations de stands sur des salons ou des conférences. Enfin, nous créons autour de nous un réseau de professionnels pour connaître un peu les dernières techniques et technologies. Nous proposons également des activités de visites de sites. C est intéressant parce que des particuliers, qui ont mis en place un chauffe-eau solaire, ouvrent la porte de leur maison pour montrer à d autres particuliers ce qu est un chauffe-eau solaire. Les personnes discutent ainsi avec le propriétaire, et éventuellement avec l entreprise si elle est présente. En 2003, nous avions eu 200 contacts. Aujourd hui, nous avons atteint notre rythme de croisière avec 800 contacts par an (visites, contacts téléphoniques, courriers et e-mails). Pour ce qui est du nombre de personnes sensibilisées lors des salons, il est difficile d effectuer un comptage précis, mais nous devons avoisiner les 1 000 personnes par an. La première motivation des particuliers reste les aides financières, surtout depuis 2005/2006 avec le crédit d impôt. Quand les personnes me sollicitent, je leur propose un rendez-vous et leur demande de venir avec les plans de la maison, les factures d énergie et éventuellement des devis. Si je comprends qu ils vont mettre du photovoltaïque car cela fait joli et que les voisins vont voir qu ils ont mis des énergies renouvelables sur leur toit, je leur conseille de penser d abord à l isolation de leur maison. Une évaluation sur l Aquitaine a été faite en 2006 et a montré qu un conseiller Info Énergie générait 500 000 " de travaux en application des recommandations faites. L ADEME cofinance ces espaces Info Énergie et, en 2007, nous avions décidé avec le Conseil régional de rationaliser les demandes. Nous avons fait un plan jusqu en 2010 et retenu un certain nombre d espaces Info-Énergie dans la région. Il y a des augmentations du nombre de conseillers, mais pas forcément du nombre des points d accueil. Nous ne pouvons pas trop les multiplier parce que cela représente un budget important et qu il faudrait d autres co-financeurs (Conseil général et/ou collectivités). Par ailleurs, notre aide est destinée à s arrêter un jour, c est-à-dire que les collectivités doivent prendre le relais. Quand nous avons commencé à mettre en place ces espaces, 2001 n était pas une période très attirante pour les personnes qui voulaient faire des économies d énergie. La situation a changé, notamment avec l adoption de la loi Grenelle 1 qui amène un certain nombre d obligations voire d incitations telles que le prêt à taux zéro. Nous pouvons penser que nous allons avoir une augmentation des demandes des particuliers. Comment ferons-nous face à cette demande? Nous mettrons des espaces de ce type dans des endroits où il y aura de la demande, en sachant certaines zones dans la région n ont pas encore une utilisation optimale de l espace Info Énergie. Isabelle FARBOS, Habitat Santé Environnement Nous avons abordé nombre de sujets, mais je suis très surprise que nous n ayons pas mentionné la notion de santé. L enjeu de tous les changements de comportements nécessaires reste quand même la survie de l espèce humaine. Quels outils allez-vous utiliser pour que les gens se sentent concernés au quotidien? Jean-Louis BERGEY, ADEME : Nous parlerons sans doute de santé et d environnement au cours de cette journée, mais ce n est pas un des thèmes principaux retenus. En effet, il a fallu faire des choix et nous Nous avons essayé de prendre des exemples très différents pour montrer comment la coordination entre les divers acteurs du territoire pouvait s organiser. Nous n avons pas spécifiquement parlé santé, mais nous en avons parlé indirectement. Si nous produisons moins de déchets, cela veut dire que nous allons en mettre moins en décharge, que nous allons moins en

235 incinérer. Si nous prenons les transports collectifs plutôt que les transports urbains, ce qui veut dire que nous améliorons la qualité de l air. Moins nous consommons d énergie fossile, plus nous améliorons la qualité de notre milieu, à tous les sens du terme. Le problème, ce n est pas simplement la survie de l espèce humaine, c est globalement la vie sur Terre de l ensemble des espèces vivantes. Nous pourrions dire que nous avons parlé du développement durable, mais pas de social ou de sociétal. Or, nous en parlons aussi lorsque nous abordons les questions d économie d énergie. Nous avons aussi une action, avec les Conseils généraux, sur la précarité énergétique dans les familles en difficulté. Dans l atelier Agenda 21, ils ont certainement parlé de social. Quand l on parle de développement durable, l on aborde tous les sujets de la société. Les ateliers Sur trois thèmes abordés lors d'ateliers qui ont duré toute la journée, il s agissait de présenter et de débattre autour des expériences et réalisations d Aquitaine (en matinée), enrichies de témoignages d autres territoires de France et d ailleurs (en après-midi). Atelier 1 Comment répondre à la nécessité d'informer sensibiliser le plus large public par la coordination territoriale Modérateur et rapporteur : Jean-Louis BERGEY (ADEME) L Aquitaine c est : près de 3 millions d Aquitains, près de 640 000 jeunes scolarisés (1er et 2nd degré et enseignement supérieur), deux emplois sur 3 en lien avec le climat, la région française la plus fortement touchée par le réchauffement climatique (+1,1 au 20ème siècle), un patrimoine environnemental de qualité Tous ces éléments expliquent qu'il y ait une nécessité d agir et de poursuivre la prise de conscience collective des enjeux du développement durable. L éducation à l environnement vers un développement durable de tous les citoyens constitue un volet indispensable pour donner à chacun les moyens de devenir un véritable écocitoyen, de faire évoluer ses comportements, de développer un sentiment de solidarité et de responsabilité. Cette démarche est clairement identifiée : - dans l article 8 de la Charte de l environnement : «L éducation et la formation à l environnement doivent contribuer à l exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte», - dans la Stratégie nationale de développement durable, programme d actions «Le citoyen, acteur du développement durable». En Aquitaine, les partenaires institutionnels et associatifs de l éducation à l environnement ont souhaité renforcer la convergence des initiatives menées. La sensibilisation, l information, l éducation et la formation vers un développement durable ne peuvent réussir que si les partenaires travaillent main dans la main. " Une envie de travailler ensemble Photographie de l action d éducation à l environnement en 2004 en Aquitaine. - Les services de l'état proposent le dispositif «1000 Défis pour la planète» : soutenir par l attribution d un label et de crédits des projets d éducation à l environnement. - Le Conseil général de Gironde implique les collégiens par le biais de Billet courant vert : subventions accordées à des associations et structures d éducation à l environnement

236 qui réaliseront des interventions auprès des collégiens. - L ADEME (Agence de l environnement et de la maîtrise de l énergie) développe au niveau national le dispositif Planète Précieuse (un réseau d animateurs, une exposition et des ateliers pour les collégiens et lycéens) et bénéficie du soutien du Conseil régional dans le cadre du Programme régional aquitain de l environnement. - La Communauté urbaine de Bordeaux expérimente la démarche d Agenda 21 dans 5 écoles primaires. La situation en 2008 - Le dispositif Planète Précieuse est soutenu financièrement par l ADEME, le Conseil régional et les départements d Aquitaine. Le réseau d animateurs et les institutions travaillent étroitement ensemble pour définir les objectifs annuels, décider des évolutions ; cette dynamique de partenariat est facilitée par l aspect concret du projet. - Les Agenda 21 scolaires expérimentés par la CUB se multiplient avec le soutien de l ADEME : 5 nouveaux Agenda pour 2008. Le Conseil général de Gironde et le Conseil Régional d'aquitaine développent à leur tour des dispositifs pour encourager les Agenda 21 scolaires dans les collèges et lycées. Les 3 collectivités travaillent de concert pour bâtir une action commune et cohérente, de l école au lycée en passant par le collège. La collaboration entre les institutions et avec les associations de l éducation à l environnement et de l éducation populaire s inscrit dans cette volonté de partager des références communes : mieux se connaître pour mieux travailler ensemble pour s initier et se perfectionner au développement durable. " Un engagement commun ; la charte régionale d'éducation à l'environnement et au développement durable En prolongement de la dynamique régionale, la DIREN Aquitaine, l ADEME et le Rectorat d'académie de Bordeaux ont proposé la création d'un comité réunissant les principaux acteurs institutionnels de la région : le Comité Aquitain d Education à l Environnement. L'objectif de ce comité est de dynamiser les actions d'éducation à l'environnement par le développement de partenariats entre services de l'etat, collectivités et associations d'éducation à l'environnement : développement de synergies entre partenaires, échanges d'expériences, mutualisation des ressources, recherche de cohérence des financements Le comité est composé, outre les 3 initiateurs, des membres suivants : Direction Régionale Jeunesse et Sports, Direction Régionale de l Agriculture et de la Forêt, Direction Régionale de l Industrie, de l Environnement et de la Recherche, Agence de l Eau Adour Garonne, AIRAQ, les 5 Conseils Généraux, Conseil Régional et réseau Graine Aquitaine. L engagement s est concrétisé par la rédaction de la charte régionale d éducation à l environnement pour un développement durable. La charte comprend 3 parties, la première retrace les principes fondateurs de l éducation pour un développement durable (l éthique, la solidarité, la participation, la responsabilité, la précaution, ), la deuxième énonce les 9 articles de la charte (donner une éducation à l environnement pour tous, proposer une éducation citoyenne, évaluer, développer des partenariats, sensibiliser, former, appréhender les différents thèmes environnementaux, animer une dynamique régionale) ; la troisième présente le plan d action régional dans lequel seront développés les 9 articles de la charte. " Des exemples de coopération territoriale Les Espaces Info-Énergie, un réseau régional Un Espace Info-Énergie c est quoi? C est un lieu où chaque citoyen peut obtenir des informations objectives et gratuites sur la maîtrise de l énergie et les énergies renouvelables.

237 Le réseau Aquitain s appuie sur 15 Espaces Info-Énergie (EIE) soutenus par l ADEME, le Conseil régional et les collectivités territoriales qui apportent à chaque structure une aide financière, technique et logistique. Cette collaboration a permis de passer de 11 EIE et 15 conseillers à 15 EIE et 18 conseillers. Une charte garantit la gratuité, la neutralité et l indépendance des services proposés. Le réseau des Espaces Info-Énergie permet aujourd hui de donner plus de 25 000 conseils personnalisés par an et de générer 45 M" de travaux. L expérience développée autour de la sensibilisation des particuliers aux enjeux énergétiques et les résultats obtenus ont servi de base pour créer une agence locale de l énergie : Agence locale de l énergie - Agglomération bordelaise et département de la Gironde - ALEAB 33. www.aleab33.fr La Communauté urbaine de Bordeaux, le Conseil général de Gironde, le Conseil régional d'aquitaine et l ADEME se sont regroupés pour proposer aux collectivités et aux professionnels de l habitat un outil d aide à la décision pour mettre en œuvre les actions nécessaires à une meilleure maîtrise de leurs consommations et dépenses énergétiques. Planète Précieuse, dispositif pédagogique gratuit pour les collèges et lycées. En 2001, 100 conférences réalisées et 3 000 élèves concernés. En 2007, 380 conférences réalisées et 11 000 élèves concernés. Depuis fin 2004 le dispositif a impliqué plus d acteurs institutionnels et du réseau d éducation à l environnement : ADEME, Conseil régional, Conseils généraux, Inspection pédagogique régionale, Graine Aquitaine. Cette dynamique territoriale permet de réaliser 350 interventions par an. Pour 2004-2008, ce sont 1200 interventions et plus de 30 000 jeunes sensibilisés. La coordination régionale assure la promotion et la mise à jour du dispositif, fait le choix des cibles (extension aux centres de formation des apprentis), facilite les inscriptions par le soutien financier " Aller plus loin Depuis 2008, la coordination territoriale s étend à de nouveaux projets : sensibilisation d un plus large public aux éco-manifestations culturelles et sportives, assises régionales d éducation à l environnement Les expériences en Aquitaine démontrent l efficacité de la concertation, mais ne concernent encore que certains publics. L atelier pourrait répondre à la problématique suivante : comment faciliter l accès à l information et à la sensibilisation ; comment lier les questions environnementales avec les besoins quotidiens de la population : le volet «environnement» n est pas plus ou moins important que les volets «social» et «économique»? Les enjeux de l information et de la sensibilisation doivent permettre d intégrer, naturellement et par tous, la thématique environnementale. Atelier 2 La coordination des démarches Agenda 21 dans les milieux scolaire et universitaire Modératrice : Christine DELHAYE, Comité 21 Rapporteure : Julie CHABAUD, Conseil Général de Gironde L Agenda 21 scolaire s inscrit dans la démarche de l Agenda 21 global. C est un plan d actions pour le développement durable, à l échelle de l établissement scolaire qui doit permettre de mobiliser l ensemble des acteurs qui partagent ce lieu de vie et interagissent sur son évolution : les élèves et leurs parents, la communauté éducative au sens large et les collectivités territoriales, les représentants de quartier, le personnel accompagnateur, les entreprises qui interviennent sur le site...

238 " L élaboration d un agenda 21 scolaire Pour répondre aux défis du développement durable, l éducation revêt une place cruciale pour amorcer le nécessaire changement de nos modes de consommation et de production. La coordination, l articulation et la cohérence des acteurs publics est indispensable pour une action lisible, pertinente et efficace de développement durable. Le Guide méthodologique de l Agenda 21 d établissement scolaire édité par le Comité 21 et le CRDP en collaboration avec les Ministères de l Education Nationale, de l agriculture, de l écologie et du développement durable, le Comité National des Nations Unies pour la décennie de l éducation en vue du développement durable, l UNESCO, l ADEME, etc. précise les objectifs d un Agenda 21 scolaire comme suit : «Le premier objectif d un Agenda 21 scolaire consiste à engager les jeunes et tous les acteurs de l établissement dans une démarche de progrès environnemental et social. Il n existe pas de norme ou de modèle applicable par tous les établissements et chacun d entre eux exprimera son projet selon ses priorités et ses besoins. Les enjeux à prendre en compte dans le projet d établissement et les plans d action vont différer d un établissement à l autre, selon l âge des jeunes, la localisation du site, sa taille et les moyens dont il dispose, ses composantes culturelles N oublions pas cependant que l Agenda 21 est une démarche transversale, qui met en cohérence des objectifs environnementaux, sociaux, économiques, culturels. Il contribue ainsi à alimenter l action pédagogique en offrant des traductions concrètes, partagées par les enseignants et les élèves, à de nombreux enseignements disciplinaires. En amenant les jeunes à s engager concrètement, à prendre leur part dans la réflexion, l action, le suivi, l Agenda 21 ouvre la voie d une citoyenneté active et participative. Il investit concrètement les nouveaux enjeux qui s imposent à tous : lutte contre les changements climatiques, protection des ressources non-renouvelables, renouveau des liens avec la nature et la biodiversité, lutte contre les inégalités et contre toutes les formes de discrimination, solidarité avec les populations démunies, ici et dans le monde» " Les collectivités aquitaines, facteur catalyseur des démarches Agenda 21 en milieu scolaire Le nombre et la qualité des démarches dites d'agenda 21 aquitains, qu'elles se réfèrent à cet intitulé ou à des intitulés équivalents, soulignent le dynamisme et la qualité des actions de la Région, du Département, de la CUB ou de la ville de Bordeaux. Fait rare en France, le territoire aquitain est un bel exemple du rôle déclencheur que peuvent jouer les collectivités dans la mise en place, l application et la généralisation de ces démarches dans les milieux scolaires. Les démarches à destination des écoles primaires : En Gironde, la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) a souhaité dès 2001 développer un dispositif d actions pédagogiques. L ensemble des actions et le programme proposé aux enseignants ont été conçus avec l Inspection académique et dans le respect des circulaires de l Education Nationale. L agenda 21 scolaire est naturellement la forme la plus aboutie d éducation au développement durable proposée aux écoles. Tous les acteurs de l école s inscrivent dans ce dispositif de manière définitive. La CUB a voulu qu une association, en l occurrence le CREAQ, accompagne chacun des établissements dans cette démarche. En effet, cette démarche est encore expérimentale, elle génère de nombreux questionnements. La CUB a souhaité qu un expert puisse accompagner les équipes pédagogiques et plus généralement tous les acteurs de ce programme. Pour que l école s engage en toute connaissance, la CUB envoie un guide pédagogique sur ses différentes actions et organise une première réunion avec le directeur d école et une seconde avec l équipe pédagogique afin que tous soient impliqués. Elle reste en contact permanent avec l école.

239 Aujourd hui dix établissements sont en processus d agenda 21 scolaire. Toutes les écoles ont monté leur comité de pilotage, elles ont quasiment toutes terminé leur diagnostic sur l éco-mobilité ainsi que celui sur l éco-consommation et même entamé des actions comme l école Rosa Bonheur à Bassens qui a lancé son pédibus. Suite à une décision prise en comité de pilotage, d autres écoles ont procédé à un vote démocratique, regroupant les élèves, les enseignants et les parents d élève, le personnel municipal afin de choisir les actions à mettre en place suite au diagnostic. Afin de pouvoir améliorer ce dispositif, une réunion d évaluation a été organisée avec les enseignants référents de chaque comité de pilotage. Ce moment a permis à chaque école de se rencontrer. Les groupes de travail ont pu réfléchir sur trois thèmes : - modes de gouvernance d un agenda 21 scolaire niveau élémentaire, - outils d accompagnement d un agenda 21 scolaire niveau élémentaire, - démarche méthodologique d un agenda 21 scolaire niveau élémentaire. Ces trois thèmes ont été définis suite au dépouillement d un questionnaire d évaluation remis à chacun des acteurs de l agenda 21 scolaire. En fil rouge, la question du temps à accorder à ce programme s est posé (nombre d heures à consacrer très important, absence de cadre réglementaire, formation?...). Il a été acté que le tiers du temps devant être consacré par les enseignants aux conférences pédagogiques pourrait être consacré à notre programme d agenda 21 scolaire. Autre proposition, des formations, autres que les stages au filet, liées au développement durable doivent être organisées pour les enseignants. Enfin, la CUB a relancé des agendas 21 scolaires dans 5 nouveaux établissements. Elle produira une étude sur la généralisation de ce programme au plus grand nombre. Elle s engage à faire bénéficier aux autres collectivités de l Aquitaine et dans toute la France les résultats de cette étude. Les écoles engagées dans un agenda 21 scolaire sont les suivantes : école Rosa Bonheur, (Bassens), école Joliot Curie (Bègles), école Raymond Claverie (Eysines), école Louis Pasteur (Floirac), école Jean Jaurès (Mérignac), école George Leygues (Pessac), école Les Bords de Garonne (St Louis de Montferrand), école Jean Moulin (Villenave d Ornon), école St Anne (Le Bouscat). Le dispositif "Pédagogie et développement durable" a été amendé depuis sa création pour : - Mieux répondre aux attentes des enseignants. 2 circulaires évoquent clairement le principe de l éducation au développement durable que doivent adopter les enseignants dans les écoles : la circulaire n 2004-110 du 08 juillet 2004 : généralisation de l éducation à l environnement pour un développement durable et la circulaire n 2007-077 du 29 mars 2007 : seconde phase de généralisation de l éducation au développement durable (EDD). - Favoriser l échange et le débat entre la communauté éducative, le milieu associatif et les collectivités autour des enjeux du développement durable. Pour l année scolaire 2008-2009 la CUB s est fixé les objectifs suivants : - Sensibiliser un nombre d écoliers plus important. En 2007-2008, plus d une école sur quatre à été bénéficiaire d une des actions développées dans notre dispositif. Nous souhaitons qu un établissement sur trois puisse être concerné l an prochain. - Susciter une autonomie plus grande de l enseignant dans la recherche d informations, la conduite de projets, et sa valorisation. La CUB ne financera exclusivement que les actions intégrées à un projet pédagogique.

240 - Fédérer des partenaires institutionnels et environnementaux dans la mise en œuvre technique et financière de ce dispositif. C est le principal objet des conventions jointes à cette délibération. - Encourager des actions pérennes, multi thématiques et évaluées. Les démarches à destination des collèges : Concernant les collèges girondins, le Conseil Général de la Gironde a lancé en juin 2007 un appel à projets à destination de ces établissements. Ce projet s inscrit ainsi dans le cadre de l Agenda 21 de la collectivité, et contribue à la promotion de l éducation pour un développement durable et des Agenda 21 d établissement scolaires. L appel à projets «Agenda 21 scolaires» vient compléter les dispositifs de sensibilisation à l environnement et à l écocitoyenneté du Conseil Général, pour permettre aux établissements volontaires de s engager dans une démarche globale de développement durable. Les objectifs de l appel à projets sont de : - permettre une lisibilité et une cohérence de l action publique aux différents échelons territoriaux, de l école primaire au secondaire, en articulation avec l Agenda 21 de la Gironde, - Inciter et accompagner les collèges volontaires dans la mise en place d Agenda 21 d établissements scolaires en concertation de toutes les parties prenantes de l établissement et en inscription dans le territoire girondin, en insistant notamment sur les aspects de la participation (dont la société civile ), de la transversalité et de l évaluation, par un appel à projets, forme contractuelle de recherche qualitative soumise à des critères, - favoriser l émulation et le transfert d expérience entre les collèges en Agenda 21. Un certain nombre de principes de base fondent l appel à projet : - Un Agenda 21 de collèges doit mettre les collégiens au cœur du dispositif, de la 6ème à la 3ème. Chaque étape de mise en œuvre doit pouvoir être appréhendée par chaque enfant. La démarche d Agenda 21 de collège est complémentaire avec les démarches d Agenda 21 locaux qui peuvent être portées par les collectivités du territoire (commune, intercommunalité, pays, département ), - Le Département respecte la forte identité pédagogique de l Agenda 21 de collège et l autonomie de l établissement. - Le collège respecte la nécessaire implication des collectivités dans le choix des actions à mettre en œuvre. En effet, l impact budgétaire des actions retenues ne doit pas bouleverser l égalité de traitement de tous les établissements sur un même territoire. Concrètement, ce soutien du Conseil Général de la Gironde porte sur l ingénierie pendant les 2 ans correspondant à la durée d élaboration concertée d un Agenda 21 d établissement scolaire. Au vu du projet de l établissement, une subvention maximale de 3 000 " sur deux ans sera dédiée à l accompagnement méthodologique, par une association choisie par le collège, pour la mise en place de la démarche, de l animation de la concertation des parties prenantes du diagnostic jusqu au programme d actions. La direction des collèges, les coordonnateurs collèges et la mission Agenda 21, peuvent également apporter un appui méthodologique et technique aux établissements candidats ainsi que, ponctuellement, les services du Conseil Général, d une façon plus sectorielle en fonction des thématiques prioritaires définies par le collège. La mise en synergie des démarches s envisage au sein d un Conseil Départemental des Agenda 21 d établissements scolaires afin d assurer la coordination d ensemble et de

241 favoriser les échanges d expériences et des bonnes pratiques de développement durable en Gironde. Cet outil semble également pertinent pour intégrer les évaluations des différentes démarches à l échelon girondin, de façon ascendante, descendante et transversale. Les modalités et les critères de cet appel à projets sont en cohérence avec les orientations de l Education Nationale, le guide méthodologique national, mais aussi, au niveau local, avec les démarches engagées par la CUB et la Région auprès des écoles primaires et des lycées. Elles correspondent aux finalités et aux principes d action de l Agenda 21 de la Gironde. Les démarches à destination des lycées : Parallèlement, la Région Aquitaine accompagne 10 expérimentations d agenda 21 de lycées. C est dans le cadre de l exercice de ses compétences que le Conseil régional a développé une politique en faveur de l Education pour le développement durable. Ainsi la formation et la sensibilisation des lycéens à la préservation de l environnement, la promotion de l égalité de chances et l exemplarité environnementale des établissements scolaires font parties des engagements du Conseil régional. Le lancement lors de la rentrée 2007/08 d Agenda 21 scolaire au sein de lycées aquitains permet d assurer la cohérence de l ensemble de ces actions autour d une démarche participative menée par la communauté scolaire. En amenant les jeunes à s engager concrètement, à prendre leur part dans la réflexion et l action, le Conseil régional, à travers les Agenda 21 scolaires, ouvre la voie d une citoyenneté active et participative qui investit concrètement les nouveaux enjeux qui s imposent à tous : - lutte contre les changements climatiques, - protection des ressources non renouvelables, - renouveau des liens avec la nature et la biodiversité, - lutte contre les inégalités et contre toutes les formes de discrimination, - solidarité avec les populations démunies, ici et dans le monde Partant du constat que les établissements scolaires sont bien plus qu un simple lieu d enseignement, mais constituent des lieux privilégiés pour la mise en place d actions exemplaires, en particulier sur le thème du développement durable, le Conseil Régional aquitain soutient le développement des démarches d Agenda 21 dans les lycées aquitains afin que la communauté scolaire soit formée de façon active au développement durable. Démarche expérimentale au cours de l année 2007/2008 avec neuf établissements volontaires, représentatifs des différentes filières de l enseignement et de l apprentissage répartis sur l ensemble du territoire régional, retenus en collaboration avec le Rectorat. Le Conseil régional apportera, en partenariat avec l ADEME, un soutien financier au projet d élaboration d Agenda 21 scolaires portés par les établissements sur les actions d animation et de concertation. Les établissements scolaires engagés en Aquitaine : LPO Alcide Dusolier (Nontron 24), LPO Val de Garonne (Marmande 47), LGT Gaston Fébus (Orthez 64), LP LG Elisée Reclus (Sainte-Foy-La-Grande 33), LP LGT Philippe Cousteau (Saint-André-de-Cubzac 33), LGTA CFA Hector Serres (Heugas 40), LGT Pape Clément (Pessac 33), LGT Condorcet (Bordeaux 33), LPR Saint Elisabeth (Saint-Pandelon 40). En 2009, la Région Aquitaine va proposer à 10 lycées de s engager à leur tour dans la démarche d Agenda 21 sur le thème «un plan climat pour les lycées aquitains» avec, pour objectif, la réduction de leur consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre.

242 Les démarches au sein des milieux universitaires : Le monde universitaire aquitain se montre également très actif dans la mise en œuvre d agenda 21, à l instar de l Institut EGID de l Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3. Cet établissement public a pour vocation est de former, en relation avec ses activités de recherche, des étudiants de la licence 2 au master 2 dans les domaines de la géologie, de l hydrogéologie, de l imagerie et de l écologie humaine. En mars 2007 une politique de développement durable, dans le cadre d une démarche formalisée - type agenda 21, a été approuvée par les membres de l institut et par la Présidence de l Université Bordeaux 3. L objectif du projet est de mettre en adéquation le fonctionnement de l institut avec ses activités d enseignement et de recherche dans les domaines de l environnement et du développement durable. Bien qu il vise plus particulièrement à court terme les aspects environnementaux, il intègre, à un moindre degré, les dimensions sociales et économiques associées à une telle structure. Cette opération, de type exploratoire face aux spécificités de l institut, a également pour ambition de servir de référence lors de l adoption d une politique de DD pour l ensemble de l université Bordeaux 3, voire plus largement, en association avec d autres initiatives, pour l ensemble du campus universitaire. Suite à la mise en place d un comité de pilotage constitué d une vingtaine de personnes représentant différentes compétences universitaires - étudiants, enseignants chercheurs, personnels techniques et administratifs, direction universitaire - plusieurs réunions de travail ont été conduites afin d informer l ensemble des membres du Comité et de dégager les axes d action prioritaires. Les actions réalisées ont permis : - de collecter grâce à une enquête les avis des membres de l institut (perception, niveau de sensibilisation, suggestions ) ; - de procéder, suite à un audit «eau», aux modifications techniques nécessaires pour pallier à certains dysfonctionnements ; - d engager des investigations dans le domaine de l hygiène et de la sécurité pour améliorer les procédures dans les laboratoires (étiquetage, rangement, consignes de sécurité ) ; - d initier un état des lieux «énergie» (consommations, déperditions, gaspillage.) ; - de réaliser un dossier documentaire sur les agendas 21 ; - de réaliser une première approche sur les indicateurs de qualité de vie des étudiants. Ces opérations ont pu être réalisées grâce à la contribution d étudiants dans le cadre de travaux encadrés ou de stages. Suite au bilan de fin de première année, de nouveaux engagements sont pris dans le domaine de la communication (en interne et en externe), des pollutions sonores (audit bruit), de la gestion des déchets et des indicateurs de suivi. " Les associations «accompagnatrices» des Agenda 21 scolaires Pour répondre aux besoins des établissements en démarche d'agenda 21, des associations ont mis en commun leurs compétences dans l'élaboration de la méthodologie et des outils d'accompagnement. Le rôle de l'accompagnateur est d'aider les équipes à concevoir et construire leur projet collectif. Garant des différentes étapes de mise en oeuvre de l'agenda 21, l'accompagnateur est une personne-ressource qui met à disposition des outils méthodologiques, des outils techniques et propose à l'établissement son réseau d'acteurs spécialisés.

243 Il aide l'établissement à s'approprier la méthode et à poser les jalons nécessaires à la réalisation du projet et à la pérennité de la démarche. Il a, pour objectif, d'accompagner les porteurs de projet vers l'autonomie. De façon complémentaire, des associations interviennent également pour proposer des séquences de sensibilisation thématiques, qui doivent contribuer à renforcer les actions de l établissement en matière de développement durable. La culture de réseau du milieu associatif et les structures déjà en place au niveau régional (le réseau GRAINE Aquitaine notamment) permettent à l'établissement de bénéficier de l'expérience de l'association qui l'accompagne mais aussi de celle de l'ensemble du réseau. Des temps de rencontres, des espaces virtuels de partage, la mutualisation d'outils pédagogiques et méthodologiques font évoluer constamment les modalités d'accompagnement. Les différentes initiatives autour de l'environnement et du développement durable sur le territoire aquitain permettent aussi de développer une véritable synergie entre associations, collectivités locales et communauté éducative. Un travail commun est mis en place pour favoriser la réussite des démarches d'agenda 21 scolaires. Afin de répondre aux besoins qui vont croissant, il est nécessaire d'envisager un programme de formations sur l'accompagnement des établissements en Agenda 21. De nouvelles associations pourront ainsi saisir cette opportunité pour diversifier leurs activités et développer leurs compétences sur le développement durable et la médiation.. Pour la mise en place de ces formations, le concours de tous les acteurs impliqués dans ces démarches (associations, collectivités locales, éducation nationale) est primordial. Les retours d'expériences ainsi que les évaluations des démarches d'agenda 21 en cours permettront de construire un plan de formation adéquat. " Problèmes rencontrés au sein des démarches aquitaines : La mise en place de démarches d'agenda 21 au sein d établissements scolaires et universitaires n est pas chose aisée. Parmi les aspects auxquels les collectivités sont confrontées, certains concernent : - la fédération des tous les acteurs et de tous les projets d école, en tenant compte du degré d acculturation en matière de développement durable et d appropriation de la démarche agenda des acteurs enseignants ; - la reconnaissance officielle par l Education Nationale des démarches (formation heures valorisation) et la difficulté des écoles à organiser le comité de pilotage notamment pendant le temps scolaire (problème de surveillance des élèves). Ce dispositif étant assez lourd, les enseignants doivent préparer chaque comité, hors ils ont peu voire pas de temps pour le faire, ils doivent prendre sur leur temps libre ; - l appropriation par l enseignant de cette démarche et sa traduction pédagogique interdisciplinaire, notamment grâce à l échange et la valorisation des bonnes pratiques. - la pérennisation de la démarche en continuant d innover tout en soutenant ce qui a été mis en place ; la concordance des échelles de temps différentes de quelques mois (élèves/étudiants) à plusieurs années (personnels et institutions) ; - la collaboration multipartenariale pour un continuum d information, pour inscrire l agenda 21 scolaire tout au long de la scolarité d un élève : école primaire, collège, lycée. - la mise en place d indicateurs et d outils d évaluation pour mesurer l efficacité des démarches d agenda 21 scolaires. Plusieurs questions se posent : que veut-on mesurer? comment évaluer ce mouvement d éducation pérenne? A l heure actuelle,

244 les collectivités aquitaines ne peuvent évaluer que la pertinence des méthodes proposées ; L étude de la CUB pourra apporter des éléments d évaluation des comportements induits par la démarche (quels comportements? de qui? pour quels résultats?) - La formation des intervenants en classe (association ou régie) pour accompagner les équipes à la mise en œuvre de l Agenda 21 dans l établissement " Questions soulevées à partir des expériences locales en Aquitaine : La mise en place de démarches Agenda 21 au sein d établissements scolaires et universitaires n est pas chose aisée. Parmi les aspects auxquels les collectivités sont confrontées, certains concernent : - la fédération de tous les acteurs et de tous les projets d école, en tenant compte du degré d acculturation en matière de développement durable et d appropriation de la démarche Agenda 21 des acteurs enseignants et non enseignants ; - les représentations sociales et les jeux de posture entre milieu éducatif, collectivités locales «politiques», associations, etc Craintes d instrumentalisation, de marchandisation et question de la «place» et de la légitimité d intervention de chacun des acteurs vis-à-vis des autres ; - le degré de complexité pour les écoles d organiser le comité de pilotage notamment pendant le temps scolaire. Cela entraîne un problème de surveillance des élèves. Ce dispositif étant assez lourd, les enseignants doivent préparer chaque comité, hors ils ont peu voire pas de temps pour le faire, ils doivent prendre sur leur temps libre ; - l adaptation au mieux des outils pédagogiques pour les enseignants et des outils pédagogiques pour les élèves, notamment en matière de pertinence et de facilité d utilisation ; - la pérennisation de la démarche en continuant d innover tout en soutenant ce qui a été mis en place ; la concordance des échelles de temps différentes de quelques mois (élèves/étudiants) à plusieurs années (personnels et institutions) ; - la mise en place d indicateurs et d outils d évaluation pour mesurer l efficacité des démarches d agenda 21 scolaires. Plusieurs questions se posent : que veut-on mesurer? comment évaluer ce mouvement d éducation pérenne? A l heure actuelle, les collectivités aquitaines ne peuvent évaluer que la pertinence des méthodes proposées ; - la coordination en facilitant la mise en réseaux entre les divers établissements que ce soit entre les établissements de même catégorie (maternelles, primaires, collèges, lycées) ou entre les établissements s'inscrivant dans un continuum de la maternelle au lycée sur un même territoire (intégration territoriale) ; - l'ouverture en coopérant plus largement avec les acteurs associatifs comme les GRAINE afin de construire une réelle sphère EDD en milieu scolaire et péri-scolaire. " La mise en synergie des démarches Le suivi et l accompagnement de ces différentes démarches sont le fruit d une action coordonnée des diverses collectivités concernées (CRA, CG33, CUB), en partenariat avec l ADEME, l Education Nationale et le réseau associatif local d EDD, afin de permettre une lisibilité et une cohérence de l action publique aux différents échelons territoriaux, de l école primaire au secondaire Dans ce contexte et afin de répondre aux exigences de cohérence que suscitent ces projets, les structures accompagnatrices s inscrivent dans une démarche d amélioration

245 continue et de formation collective en résonance avec les cadres de références nationaux et internationaux. Aujourd hui, les collectivités aquitaines souhaitent aller plus loin dans leur démarche en mutualisant l ensemble de leurs outils et savoir-faire en matière d éducation au développement durable des jeunes générations, et au-delà de l ensemble de la population. Ce partenariat se concrétisera officiellement lors du présent colloque par la signature d une convention tripartite d objectifs communs. Les trois collectivités souhaitent se rassembler autour d un cadre de référence commun et d ambitions partagées en matière d EDD en milieu scolaire, et se doter ainsi d un outil commun de dialogue avec les partenaires de l Education Nationale et les associations. Cet engagement interinstitutionnel permet : - la formalisation de l accompagnement coordonné des collectivités aux Agenda 21 d établissements scolaires, - l identification d un réseau de partenaires ressources pour l accompagnement des Agenda 21 scolaires ; et l élaboration d un cycle de formation à destination des accompagnateurs. - l échange et la mise en commun autour des éléments de valorisation et d évaluation des différents dispositifs. Au-delà de la mise en synergie des démarches institutionnelles, les établissements engagés favorisent, eux aussi, l échange d expériences. En effet, le Conseil Départemental des Agenda 21 locaux a permis d initier en partenariat avec le rectorat de Bordeaux, la mise en place d un réseau des établissements scolaires en Agenda 21. En outre, la Communauté Urbaine de Bordeaux - CUB ouvrira dès la prochaine rentrée, en septembre 2009, une plateforme d échange à destination des enseignants engagés dans un processus d agenda 21 scolaire avec pour ambition d assurer la coordination d ensemble et de favoriser les échanges d expériences et de bonnes pratiques, de mutualiser les outils et référentiels. Favoriser la rencontre des chefs de projets et les transferts de bonnes pratiques et de contacts locaux utiles. Atelier 3 Comment sensibiliser au développement durable à travers les évènements et manifestations en organisant la coopération territoriale et le travail en réseau? Modérateur : Richard COCONNIER, Théâtre National Bordeaux Aquitaine (TNBA) Rapporteur : Dominique BOYER (Ville de Bordeaux) Alors que la sensibilité des citoyens en matière de développement durable devient une réalité prégnante, les événements et manifestations prennent de plus en plus en compte cette dimension et cherchent à diminuer leur impact environnemental. Du fait de leur nature éphémère et de la forte concentration de personnes qu ils engendrent, ils ont souvent un impact important sur l environnement. Il s agit donc de mieux concevoir les manifestations en tenant compte des principes de l écoconception (intégrer le développement durable dès la phase de conception des produits, qu'il s'agisse de biens, de services ou de procédés) et d inciter le public à intégrer un comportement éco-citoyen pendant ses loisirs. En effet, l engagement des événements sportifs, culturels ou professionnels, véritables lieux de rassemblement populaires, représente aussi un bon moyen de sensibiliser le public aux gestes respectueux de l environnement et de diffuser les bonnes pratiques. Ainsi, de grands événements nationaux se sont inscrits dans une démarche responsable. La coupe du monde de rugby et la coupe de France de Hand Ball en 2007, ont été l occasion pour le Ministre du développement durable de lancer un appel aux organisateurs de

246 manifestations culturelles et sportives et de salons professionnels à mettre en place des démarches éco-responsables. En support, un guide de l écocommunication a été publié par l ADEME en 2007. Également, les réseaux sportifs se sont mobilisés tels que le Comité National Olympique et Sportif ou l UFOLEP, tout comme les professionnels de l événementiel avec la création du site Internet "éco-événement.org". Plus récemment, l organisation des Jeux Olympiques de Beijing a fait l objet d un rapport du Programme des Nations Unies pour l Environnement sur les investissements réalisés pour maîtriser les impacts environnementaux de l événement.» 20. Si la force de ces démarches repose sur l implication de l ensemble de la chaîne des acteurs (équipes d organisation, fournisseurs, participants, partenaires, visiteurs...), elle nécessite aussi la mobilisation des ressources locales disponibles et mobilisables, la formation et l implication des réseaux (locaux, professionnels, thématiques ou associatifs). Ainsi, différents axes peuvent être développés par les organisateurs : - la réalisation de l événement, pensée en amont pour avoir le plus faible impact sur l environnement : choix du lieu de la manifestation, éco-conception de stands, gestion des impressions, choix des filières de recyclage, réutilisation des installations et évaluation des résultats obtenus; - L implication des partenaires de l événement : fournisseurs, exposants, intervenants, financeurs à travers une ligne éditoriale volontariste; - La sensibilisation du public aux gestes participant à un développement durable, via l édition d'un guide de "l éco-participant", de messages adaptés sur les supports de communication classiques de l événement, d exposition ou présence d associations En Aquitaine, les partenaires institutionnels et associatifs ont souhaité avancer collectivement pour traiter cette dimension. La sensibilisation, l information, la construction d outils communs et le partage d expériences sont les objectifs principaux d une démarche collective menée en 2008. " Une envie de travailler ensemble En 2008, l Aquitaine compte plus de 40 collectivités engagées en Agenda 21. Les collectivités et partenaires girondins sont en réseau à travers le Conseil Départemental des Agenda 21 locaux en Gironde (CDA21), qui compte près de 30 collectivités (dont le Conseil régional, le Conseil général, la CUB, 17 communes, 11 communautés de communes, 5 pays) et une quarantaine d acteurs institutionnels, techniques et associatifs. A travers les Agenda 21 locaux, des démarches d exemplarité sont initiées et naturellement, les collectivités qui organisent des événements ont une nouvelle préoccupation : être en cohérence avec les politiques de développement durable affichées et valoriser ces moments de rencontre avec les citoyens pour sensibiliser au développement durable et à l éco-citoyenneté. Deuxième préoccupation, puisqu il s agissait de rechercher des pistes d amélioration et d innovation, autant mettre en commun nos efforts avec le monde associatif, sportif ou culturel mais aussi les professionnels de l événementiel également mobilisés. A partir d une coordination régionale, composée des acteurs à l origine de la démarche (Conseil Régional, Conseil général de Gironde, ADEME, Réseau Aquitain des Musiques 20 «le BOCOG s est employé à assurer la mise en place d installations écologiquement rationnelles, en accordant une attention particulière au rendement énergétique, à l utilisation d éco-matériaux, à la conservation de l eau et à la gestion et au contrôle de l environnement sur les chantiers de construction. Une innovation intéressante est l utilisation généralisée sur les installations de systèmes de pompes à chaleur récupérant l énergie contenue dans le sol, l air et l eau pour assurer le chauffage en hiver et le refroidissement en été». http://www.unep.org/sport_env/documents/beijingreport07/executivesummary-french.pdf

247 Actuelles, Music Action et Meduli Nature), un groupe de travail girondin s est mis en place, réunissant une quarantaine d acteurs issus d horizons variés. Collectivités (communes, communautés de communes, département, région, CUB ), partenaires institutionnels (ADEME, DRDJS, IDDAC ), têtes de réseau (CDOS, UFOLEP, RAMA, UFOLEP, Ligue de l enseignement ), organisateurs d événements (Musique de nuits, Music Action, Journades de Villandraut ). Dés février 2008, un programme d actions commun était défini pour cette «année expérimentale» : il s agissait d initier un mouvement de sensibilisation des acteurs, de repérer les démarches en cours, d accompagner quelques manifestations dites phares en Aquitaine et, à partir de toutes ces expériences, de réaliser un guide pratique très ouvert sur l expérience régionale. La collaboration entre les institutions et les acteurs organisateurs d événements s inscrit dans une volonté de partager des références communes : choix d un partenaire technique commun reconnu (Association Meduli Nature), renforcement des compétences et formation, partage d expériences, réalisation d un outil commun (socle de la définition des manifestations durables en Aquitaine) tout en s articulant avec des travaux menés à l échelle nationale. «Subsidiarité et partenariat». Specificité régionale : la solidarité et la préoccupation sociale Le développement durable est encore trop souvent compris comme relevant uniquement des préoccupations environnementales et des enjeux liés à la préservation des ressources naturelles et de la planète. Pourtant des valeurs comme la solidarité entre les générations, l équité, le bien être de tous, la cohésion sociale, sont fondamentales pour entreprendre une démarche durable. La coordination régionale a donc souhaité ajouter aux thèmes classiques des démarches éco-responsables, un volet solidarité et citoyenneté. C est la spécificité de cette démarche, qui s interroge sue des questions telles que l accessibilité financière et sociale, la rencontre des générations, la prise en compte des personnes à mobilité réduite et en situation de handicap, le partenariat avec les structures locales, le partenariat avec les structures spécialisées, la conception de volets solidaires dans le déroulement de la manifestation " Les actions engagées en 2008 : une histoire de coordination territoriale En 2008, à l échelle régionale, avec un volet plus développé en Gironde, un programme de 5 actions est mis en œuvre : - Organisation de séances de sensibilisation générale; - Organisations d ateliers pratiques thématiques pour les organisateurs de ces manifestations; - Accompagnement de 8 festivals par un régisseur développement durable en Région; - Suivi d un festival en particulier pour engager des actions plus poussées et plus innovantes; - Édition et diffusion d un guide pratique, illustré d expériences locales. Ces actions ont été mises en place grâce à la collaboration de toutes les collectivités engagées dans le conseil départemental des Agenda 21 en Gironde (CDA21), qui ont élaboré conjointement le programme et mobilisé les acteurs locaux. Le relais des collectivités a été un réel facteur de réussite parce qu elles ont mobilisé dans la proximité, mais aussi parce qu engagées en Agenda 21, elles avaient au préalable sensibilisé les acteurs locaux au développement durable.

248 Formation et mise en réseau des acteurs Trois séances de sensibilisation et 12 ateliers pratiques thématiques ont été animés par l association Meduli Nature entre avril et juillet 2008 en Gironde. Ils ont touché plus de 170 participants. L objectif de ce programme était de sensibiliser les organisateurs de manifestations de tous bords (collectivités, associations, professionnels de l événement) et de tous les domaines (sport, culture, fêtes locales ), de préférence impliqués sur des collectivités en Agenda 21. 15 séances pour faire le tour des questions liées à la prise en compte du développement durable dans la préparation, l organisation et le déroulement d un événement, autour de six grands thèmes : communication, transport et hébergement, économies et consommations d eau et d énergie, gestion et tri des déchets, achats responsables et solidarité et citoyenneté. C est à partir de ce contenu que le futur guide pratique sera construit, après que les principales recommandations auront été «testées» lors des festivals et manifestations menés par les acteurs impliqués ou accompagnés par Meduli Nature. Sur la base des acteurs repérés ou inscrits, nous avons ainsi constitué un début de réseau, qu il s agira de consolider dans les années à venir, avec l appui, évidemment, des têtes de réseau existantes. Suivi de festivals «phares» 8 festivals ont bénéficié de l intervention d un régisseur développement durable de l Association Meduli Nature. Ces festivals ont été choisis au regard de quelques critères : avoir manifesté une sensibilité et la volonté de développer leur exemplarité, être une manifestation significative au niveau régional (nombre d entrées), être membre du réseau aquitain des musiques actuelles ou se situer sur une collectivité en Agenda 21, bénéficier de l appui régional ou départemental. L objectif visait à accompagner les organisateurs à la définition d une stratégie de développement durable, en partant de ce qu ils avaient déjà initié et des quelques thématiques qu ils souhaitaient traiter : quelles actions ont déjà été initiées les années précédentes, quelles priorités d action au regard des moyens financiers et humains disponibles ou de l effet pédagogique pour les festivaliers comme pour les partenaires, la mobilisation des fournisseurs et des bénévoles, la communication a adapté Il s agissait d aider à structurer une démarche interne et établir le bilan des actions menées pour préparer les éditions suivantes. Sur les huit festivals accompagnés, quelques actions phares se dégagent : - 7 festivals sur 8 ont initié le tri des déchets (organisation et grand public), - 3 festivals sur 8 ont utilisé des verres réutilisables et ont abandonné le gobelet jetable, - 4 festivals sur 8 ont proposé des toilettes sèches avec une information spécifique et surtout, en s assurant de la bonne gestion des déchets - 5 festivals sur 8 ont incité au co-voiturage et au transport collectif. Exemplarité des collectivités engagées Parallèlement, les collectivités engagées dans ces travaux ont appliqué les principes de responsabilité aux événements qu elles ont organisés courant 2008 : - Pour la fête des collégiens et la soirée inaugurale des Scènes d Eté en Gironde, le Conseil Général a engagé des démarches de fonds concernant le transport collectif, le tri et la maîtrise des déchets, les économies d énergie, la communication responsable,

249 le recours à des produits locaux et même un objectif repas O carbone pour la fête des collégiens Une charte départementale des manifestations durables s appliquera à toutes les manifestations organisées par le Département. - Les villes de Pessac, Blanquefort, Bordeaux, Bègles ou encore les communautés de communes de l Estuaire, du Réolais et d autres membres du CDA21 se sont également engagés lors des fêtes locales. - Dans le cadre de la démarche «ADEME exemplaire», la Délégation régionale a mis en place des actions pour réduire son impact sur l'environnement au quotidien : transports, achats et services, déchets, présences sur les foires et salons de la région. Un engagement commun : le guide pratique pour des manifestations responsables La finalité de cette première année test est la réalisation et la diffusion d un guide pratique, décliné aux couleurs locales et valorisant l expérience des acteurs régionaux. L objectif de ce guide pratique est de faciliter le passage à l acte en donnant des indications à la fois théoriques (pourquoi agir, dans quel sens) et aussi pratique (comment, qui contacter, quels écueils à éviter). Le contenu est fortement basé sur le guide édité par l ADEME et la Région Poitou- Charentes, pour bien s inscrire dans une démarche nationale garantie par l ADEME, et, on l a dit, des expériences menées dans le cadre de cette année expérimentale : échanges lors des séances de sensibilisation, expériences des festivals accompagnés par Meduli Nature et par les collectivités et acteurs réunis au sein du CDA21 Concrètement ce guide apportera trois types d informations : - générales avec le guide de Poitou-Charentes (répertoire d actions développer) - pratiques, presque méthodologiques (fiches actions) - concrètes avec l illustration d expériences réalisées (fiches échanges d expériences). Il prendra la forme d un classeur numérique, boîte à outils à plusieurs entrées, et ne sera diffusé que par Internet, plus facilement actualisable. Un "prospectus" synthétique est néanmoins envisagé : il sera utilisé comme outil de sensibilisation, notamment des structures qui demandent des participations aux collectivités. " Aller plus loin : leviers et interrogations Quelles pistes peuvent être envisagées pour aller plus loin dans la mise en œuvre de démarches de développement durable au sein des diverses manifestations, quels sont les leviers auxquels l'on peut faire appel et les interrogations qu'elles suscitent? Quelle valorisation des actions entreprises sont à réaliser auprès du grand public, mais également auprès des partenaires de l événement? => Quels enjeux liés à «la communication» pour la réussite des actions, comment communiquer sur les actions mises en œuvre pendant l événement, comment engager aux gestes éco-citoyens et à la solidarité? L initiation d un réseau permettrait de mieux partager les expériences et d accompagner ceux qui se lancent ou ceux qui veulent approfondir leur engagement. Plutôt que de créer un réseau ad hoc, les propositions et les démarches actuelles vont dans le sens de l intégration de cette préoccupation dans les réseaux existants. => Quel nouveau rôle pour les têtes de réseau, quelle formation nécessaire, comment organiser les retours et l échange d expériences? La mutualisation, un moyen pour faciliter les passages à l acte et mieux maîtriser l impact financier : compétences, matériel, achats => Quoi mutualiser, quels acteurs mobiliser, quels leviers ou outils disponibles?

250 Certaines actions nécessitent des compétences, parce qu elles font appel non seulement à la bonne volonté et au bon sens, mais aussi à du matériel technique spécifique et donc à des savoirs faire professionnels particuliers, notamment dans le domaine de l énergie, mais aussi de l éco-conception de stands => Comment toucher les professionnels et techniciens du spectacle, comment mobiliser les agences de l événementiel? La mobilisation et la sensibilisation des partenaires et fournisseurs de l événement? => Quels enjeux de la mobilisation et de sensibilisation des partenaires et fournisseurs, comment développer l offre en produits responsables, comment faire évoluer les partenariats et relations avec les fournisseurs? La reconnaissance des démarches responsables : certains festivals ou manifestations s auto-proclament responsables ou éco-festival Pourtant, tous n agissent pas au même niveau et la communication pourrait être troublée par ces différences d implication. => Faut-il une «labellisation» des événements qui mènent une démarche approfondie, quelle grille de lecture commune pourrait permettre ce type de reconnaissance, quel contrôle, faut-il favoriser les démarches d auto-évaluation favorisant l engagement continu et progressif des organisations? Restitution des ateliers Sur trois thèmes abordés lors d'ateliers qui ont duré toute la journée, il s agissait de présenter et de débattre autour d expériences et de réalisations menées en Aquitaine (matin), enrichies de témoignages d autres territoires de France et d ailleurs (après-midi). A l issue des ateliers, les participants se sont retrouvés afin de participer à une séance plénière de restitution des travaux des trois ateliers, échanger sur les résultats, participer à la présentation des conclusions et retenir les propositions de recommandations finales. Avant de faire le bilan des ateliers, chaque rapporteur a expliqué comment s est déroulé son atelier et quelles idées force en ont émergé. - Atelier 1 - Rapporteur : Jean-Louis BERGEY (ADEME Aquitaine) En termes de méthodes, nous ont été présentées cinq expériences assez différentes en termes à la fois d éducation, mais aussi de sensibilisation et d information. Ensuite, nous avons eu la présentation d expériences étrangères sur des opérations diverses et variées qui soulignaient l intérêt de la concertation. Pour faire un premier résumé de ce qu évoque l éducation au développement durable chez les acteurs présents, je dirais deux choses. D abord, il y a un monde fou non pas au sens psychologique du terme, mais plutôt parce qu il y a une pluralité d acteurs publics et privés et une pluralité d informations. L ensemble crée un monde flou, c est-à-dire qu il y a des concepts, des finalités, des objectifs et du vocabulaire qui ne sont pas forcément très clairs pour tout le monde. Par ailleurs, il y a aussi une pluralité des lieux d information avec, parfois, des informations divergentes. Il est donc nécessaire d éclaircir un peu le paysage. Un point a été soulevé concernant la formation et la sensibilisation des élus et des administratifs des différentes collectivités, d abord pour qu ils connaissent le sujet du développement durable mais aussi celui de l'edd, ensuite pour qu ils sachent à qui s adresser. Il s agit là en quelque sorte d une demande de guichet unique. Cette formation et cette sensibilisation sont importantes aussi pour améliorer la transversalité au sein des collectivités. En effet, il y existe encore une organisation et une vision des choses qui sont très cloisonnées par métier. Mais cela pourrait améliorer aussi la transversalité entre collectivités afin qu elles se parlent et agissent de façon concertée.

251 Il a été noté un besoin de labelliser ces formations en développement durable afin que chacun puisse s y retrouver. Sur l aspect flou du développement durable, l idée est d avoir recours à un langage simple, clair, compréhensible, et à partir de démarches très concrètes ou de la demande des gens. Dans tout cela, nous avons noté l importance de travailler sur des choses mesurables. Par ailleurs, ce qui peut entretenir le flou c est l absence de mise en œuvre de démarches participatives. A-t-on peur de ces démarches participatives? Ouvrir les débats signifie aussi se mettre en situation difficile, en situation de remise en cause de son savoir. Une autre question était de savoir comment toucher tous les publics, et l on rejoint là la difficulté d expliquer les différentes compétences. Quel média utiliser? Pour toucher tout le monde, nous avons souligné l importance de sortir des horaires de bureau. En effet, certaines personnes ne peuvent être touchées que le soir ou le week-end. Enfin, le dernier point abordé touchait la notion du temps. Nous sommes dans une société d immédiateté, or le développement durable demande du temps. - Atelier 2 - Rapporteure : Julie CHABAUD (Conseil général de Gironde) Le thème de l atelier était la plus-value de la coordination territoriale des acteurs en matière d Agenda 21 scolaire. L atelier a travaillé sur les expériences des collectivités d Aquitaine, puis s est ouvert à l expérience d autres collectivités ou régions. Les leviers identifiés pour une coordination territoriale en matière d éducation pour un développement durable sont :! les partenariats,! la mutualisation entre les établissements en Agenda 21 dans le milieu de l Éducation nationale, mais aussi dans l enseignement agricole,! la mutualisation entre les collectivités et les établissements en démarche d Agenda 21,! la nécessité d une culture commune,! la valorisation des bonnes pratiques,! le volontarisme des collectivités locales en matière d Agenda 21 scolaire,! la formation au sein de l Éducation nationale et, plus largement, de tous les acteurs,! de ne pas oublier que les élèves sont au cœur du dispositif,! les questions relatives à une gouvernance dynamique,! la cohérence entre le niveau primaire et le niveau secondaire. Les obstacles sont liés aux démarches de développement durable Agendas 21 scolaires. Ce sont des démarches globales donc c est difficile parce que l on n a pas l habitude de ces démarches globales dans des milieux sectorisés, disciplinarisés. Les difficultés résident également dans la remise en cause des relationnels installés, d abord au sein de l établissement entre les enseignants et les enseignés, entre les directeurs et les personnels, un processus qui tend à remettre tout le monde au même niveau dans une discussion, ce qui n est facile ni à assumer ni à gérer. Cette remise en cause se retrouve également lorsque l'on considère les relations entre les différents types d acteurs censés agir dans une démarche partenariale (Education nationale, associations, entreprises, etc.). L on note ensuite la difficulté d une mise en œuvre qui demande de bien identifier ce que l on fait face à deux objectifs. D abord, l objectif pragmatique qui est celui de faire des actions qui a parfois tendance à mettre au second plan un objectif éducatif qui, pourtant, devrait être premier. Nous sommes bien là pour éduquer et amorcer un changement profond de société

252 et, finalement, des programmes d actions qui ne reposeraient que sur l aspect pragmatique peuvent parfois faire oublier le fond du sujet qu est la dimension éducative. Un autre obstacle souvent rappelé est la question du temps, avec une alerte lancée pour les associations notamment au regard de la suppression des mises à disposition de personnel. Par ailleurs, nous avons souligné le caractère anxiogène des enjeux de développement durable, notamment pour les plus petits dans le cadre des écoles. Il ne faut donc pas oublier les aspects positifs de la démarche. Une difficulté est d arriver à maintenir la dynamique dans le temps, mais aussi que l on est sur de véritables bouleversements culturels. Tout le monde est d accord a priori sur les dynamiques de développement durable, mais chacun n a pas perçu nécessairement ce que cela veut dire en matière de participation, d évaluation. Ce n est pas dans notre culture et ce peuvent être des choses difficiles pour tout le monde. Nous avons également pointé la difficulté à travailler sur une logique de "faire beaucoup de choses", mais dans une logique de moyens constants voire de moyens en baisse. Pour ce qui concerne les recommandations, nous avons essayé de faire court. Nous avons pointé essentiellement les questions de gouvernance territoriale pour que la coordination territoriale soit efficace. Nous avons eu l exemple de la Région PACA avec une plateforme d échanges multi-acteurs qui permet de définir des cadres de référence communs, des orientations communes, des actions communes. La question de la nécessité de se poser des cadres de référence est revenue très fortement. Nous avons aussi noté la nécessité de bien définir ce que l on met derrière les choses. Il y a honneur à faire de l éco-responsabilité, mais ce n est pas pour autant une démarche globale de développement durable ou un Agenda 21. Enfin, a été soulignée la question relative à la mobilisation des élus, notamment au travers d une mobilisation territoriale. - Atelier 3 - Rapporteur : Axel CREPEY (Association Meduli Nature) L objectif de l atelier était de voir comment participer à l'edd au travers des manifestations et en organisant une coopération au niveau des différents territoires. Le but de l atelier était de passer en revue ce qui était fait sur le territoire (aquitain et départemental). Pour cela, nous avons eu le témoignage de la démarche menée sur la région Aquitaine et le département de la Gironde en termes d accompagnement des organisateurs et de formation. Nous avons eu plusieurs témoignages d évènements qui avaient lancé des démarches responsables et de collectivités qui essayaient d apporter ces connaissances ou compétences à leur réseau local. Sur une manifestation responsable, il y a plusieurs axes. Il y a déjà l axe qui concerne la réalisation de l événement où l on essaye de réduire l impact de la manifestation sur l environnement. Cela demande un travail concret, notamment sur la prise en compte de critères du développement durable. Il y a aussi un axe qui concerne l implication de tous les partenaires autour des manifestations (financeurs, artistes, participants, fournisseurs). Le dernier axe concerne l'edd et la façon dont se servir de ce travail que peuvent faire les organisateurs dans la prise en compte du développement durable pour éduquer le public qui participe à ces manifestations. Les participants sont souvent des consommateurs de différentes manifestations, mais nous essayons maintenant de tendre vers le fait que les participants soient aussi acteurs et puissent, par des exemples d actions menées sur des manifestations, voir que de nouveaux comportements sont possibles. Le premier levier identifié concerne la formation et la sensibilisation des organisateurs euxmêmes. Être organisateur d une manifestation est un travail à part entière et intégrer à ce travail des critères de développement durable est un autre travail. Le levier est donc de

253 former ces organisateurs pour qu ils puissent réduire leur impact sur l environnement, intégrer des critères de solidarité et des critères sociaux. Ensuite, il s agit de tout ce travail indispensable de coordination entre les différents réseaux. A ce sujet, un groupe de travail en Gironde a été mis en place, donc à une échelle territoriale assez large. La question est de savoir comment toutes les informations disponibles, toutes les compétences partagées dans ces concertations à une échelle régionale peuvent être transférées à un niveau plus local. Quand on parle de manifestations, il ne s agit pas que de manifestations regroupant des dizaines de milliers de personnes, mais aussi de bals populaires, de petits lotos, de manifestations sportives ou de salons professionnels : il s agit donc de transférer des compétences d'un savoir-faire global à un niveau local, en s appuyant notamment sur des réseaux thématiques comme les réseaux culturels ou les fédérations de sport qui pourront transmettre les notions de manifestations responsables sur leur domaine de compétence. Un autre levier identifié est la mutualisation des compétences et des expériences. Que ce soit dans le milieu culturel ou dans le milieu sportif, il n y a pas forcément de coopérations entre les différentes structures. Mais par cette porte d entrée qu est le développement durable, les différents acteurs commencent à travailler en coopération et à essayer de mutualiser des achats de matériels, des compétences, des emplois. Par ailleurs, on parlait précédemment de l implication des partenaires d un événement et le fait de se regrouper peut aider à faire pression ou à faire avancer davantage sur le sujet tous les fournisseurs ou professionnels qui travaillent autour de l évènementiel. Plus la demande de l implication des partenaires sera forte, plus il sera facile de mettre en place des actions qui seront visibles et éduqueront le public. Ensuite, un autre levier est ressorti vis-à-vis de l accompagnement des collectivités. Les acteurs de l évènementiel ont encore besoin de ce soutien des collectivités, que ce soit un soutien technique, humain ou logistique, et il est ressorti une volonté de décloisonnement à l intérieur même des collectivités. Enfin, le dernier levier concerne la reconnaissance. En effet, quand on lance une démarche responsable sur une manifestation, cela peut avoir un impact fort en termes de sensibilisation. Il arrive toutefois qu il y ait des auto-proclamations ou une communication trop forte par rapport aux actions véritablement menées. Pour une meilleure visibilité de ce qui est fait, il serait nécessaire d avoir un outil de reconnaissance de type label, qui semble cependant assez complexe à mettre en place sur ce sujet, mais un outil de reconnaissance ou d identification des bonnes pratiques ou de ceux qui avancent dans le bon sens serait intéressant. Cela pourrait prendre la forme d une charte ou de tout autre document de cette nature. L'on a, par ailleurs, relevé quelques freins ou quelques difficultés, notamment en termes de travail supplémentaire induit. En effet, le travail des organisateurs est d organiser l événement et ils ne prenaient pas en compte tous ces critères de développement durable auparavant. La difficulté pour eux réside dans les notions, travail et investissements supplémentaires que cela peut demander, que ce soit en termes techniques, logistiques, humains et financiers. Nous avons également pointé la difficulté qu'il y a à faire intégrer l'ensemble de ces objectifs d éducation du public ou d éducation au développement durable par les différentes équipes. Des témoignages ont parlé de personnes très sensibilisées à la démarche et motivées pour avancer dans ce sens, mais qui rencontraient des freins de collègues de travail qui l étaient beaucoup moins. Comment faire pour rendre nos partenaires plus sensibles afin que l on puisse avancer tous dans le même sens? La réponse est venue d elle-même puisqu il en est ressorti que c est par la démonstration que l on amènera d autres personnes à lancer ce genre de démarche.

254 Enfin, selon le réseau (culturel ou sportif), nous avons pointé des difficultés de coopération entre les différentes structures. L aspect développement durable permet cependant cette ouverture puisque des expériences sont déjà menées par des structures qui commencent à réfléchir sur cette thématique, ce qu elles ne faisaient pas auparavant quand elles travaillaient sur d autres thématiques. # Conclusion des ateliers " Atelier 1 : Comment répondre à la nécessité d'informer/sensibiliser le plus large public par la coordination territoriale (Modérateur et rapporteur : Jean-Louis BERGEY, ADEME) Premiers constats : un «monde fou» (pluralité de l information et beaucoup d acteurs) et un «monde flou» (concept, finalités, lieux d information ), d'où la nécessité d éclaircir le paysage. - Clé n 1 : Formation et sensibilisation o Des élus et des techniciens, o Pour qu ils connaissent le sujet o Pour qu ils sachent à qui s adresser (guichet unique?) o Pour améliorer la transversalité au sein des collectivités et entre collectivités o Besoin de labelliser ces formations - Clé n 2 : clarification o Avoir un langage simple, clair, compréhensible o Partir de démarches concrètes larges (type Agenda 21) ou simples (déchets, économies d eau ) de façon à ce que chacun s y retrouve et que les résultats soient mesurables (attente du référentiel national d évaluation des Agendas 21 locaux du MEDDAT) - Clé n 3 : la participation Constat : faiblesse voir absence de la mise en œuvre de la démarche participative alors qu il s agit d une clé d enrichissement réciproque et d éducation pour un développement durable pour tous. Il faut dépasser les craintes de pertes de pouvoir, de savoir Comment toucher le public? o Difficulté d expliquer les différentes compétences des collectivités locales et institutions : qui fait quoi? o Trouver les bons relais médias o Pour toucher tout le monde, sortir des horaires de bureau - Clé n 4 : Prendre le temps o Le temps du projet o Dépasser le court-termisme du temps politique ou économique o Le temps de la maturation et de l évolution des esprits : «le temps des romans de François Mauriac plutôt que celui de 24 h Chrono» o " Atelier 2 : Coordination territoriale pour les Agenda 21 scolaires Modératrice : Christine DELHAYE, Comité 21 Rapporteure : Julie CHABAUD, Conseil Général de Gironde Sous-atelier 2.1 : expériences territoriales d Aquitaine (Alexandra Siarri, responsable du département sensibilisation à l'éco-citoyenneté, CUB) (Julie Chabaud, responsable de la Mission Agenda 21, Conseil général de Gironde) (Jean-Christophe Mazurie, chargé de mission, direction éducation, Conseil régional aquitain) Sous-atelier 2.2 : expériences territoriales hors Aquitaine (Claude Corroyer, Académie de Rouen, chef de projet EDD sur les établissements du développement durable de Haute-Normandie & Emmanuel Bon, animateur régional agriculture durable et DD, DRDAF/SRFD Haute-Normandie)

255 (Christophe Bergerot, chargé de mission développement durable à la direction de l'éducation, Conseil régional de Franche-Comté, sur les Agenda 21 scolaires lycéens) (Aurélie Steiger, Académie de Paris, professeur de SVT, formatrice EDD/E3D pour l'agenda 21 de la Cité scolaire Bergson) (Gaëlle Le Bloa, chargée de mission, plate-forme régionale de concertation de la région Provence-Alpes Côte d'azur). - Leviers identifiés et facteurs de réussite de coordination territoriale-edd en milieu scolaire : o Développer les partenariats o Cohérence des politiques publiques (Education nationale, Enseignement agricole, Jeunesse et sports, écologie ) o Inscription de l'agenda 21 au projet d'établissement o Cohérence entre le primaire et le secondaire dans une perspective de continuum éducatif de l école, au collège, du collège au lycée, etc. o Mutualisation : entre établissements en Agenda 21 (Education Nationale et enseignement agricole), et entre collectivités et établissements en Agenda 21, etc. o Les réseaux, les bases de connaissance partagées, les listes de diffusion o La formation pour tous, intercatégorielle et interdisciplinaire, et d abord peut être au sein de l éducation nationale (et pas seulement pour les plus motivés) : formation initiale et continue, de démarcher de projet, sur le travail interdisciplinaire o La valorisation des initiatives, des «bonnes pratiques» et des réalisations exemplaires o Les élèves au cœur des dispositifs en tant qu'acteurs/généraliser les éco-délégués o Développer des classes à projet/appui sur des dispositifs (ateliers scientifiques et techniques, ateliers artistiques, travaux personnels encadrés en 1ère ) o Le volontarisme des collectivités locales (souvent déterminant pour l impulsion des Agenda 21 scolaires) o Interactions entre Agenda 21 locaux et Agenda 21 scolaires : intégration territoriale des démarches globales de DD o Une gouvernance territoriale dynamique, un dialogue entre les acteurs locaux o Le partage d une culture commune, de référentiels o Formation d'animateurs associatifs à l'accompagnement d'agenda 21 scolaire o Soutien des parents d'élève - Obstacles identifiés et facteurs de blocage coordination territoriale-edd en milieu scolaire : o Résistance «culturelle» : difficulté de l approche globale dans des institutions sectorisées, disciplinarisées o Remise en cause du relationnel (hiérarchique, vertical : sachant/apprenant, directeur/agent) dans les démarches globales. Difficulté à sortir des jeux de rôles et de position institués : accepter le dialogue, le débat, liberté d expression et de projection o Important turn-over des «personnes de bonne volonté» (proposition pour l éducation nationale de créer des postes à profil EDD dans les établissements en démarche Agenda 21 scolaire, hors mouvement, qui dégagerait du temps) dans les établissements scolaires, dans les associations, dans les collectivités o Alerte sur les associations en DANGER via la suppression des mises à disposition et la tension budgétaire o Alerte sur la réduction des moyens dans l Education Nationale et la concentration sur des «savoirs fondamentaux» au lycée qui risque de rendre encore plus difficile la réalisation de projets pédagogiques interdisciplinaires permettant une véritable approche systémique dans une perspective Agenda 21 scolaire (débats en cours) + difficulté à agir avec les moyens constants voire en baisse o Difficultés de la mise en œuvre en articulant l objectif pragmatique (actions, outils ) et l objectif éducatif (qu il ne faut pas oublier en cours de route au nom du pragmatisme) o Caractère anxiogène des enjeux du DD pour les plus petits o Le TEMPS : temps des projets, temps des personnes de bonne volonté, temps des rencontres o Difficulté à maintenir une double entrée : entrée pragmatique et entrée pédagogique

256 o Difficulté à maintenir la dynamique dans le temps, la communication, la gouvernance o Difficulté à sortir des cercles des personnes les plus motivées : généralisation o Termes d un bouleversement culturel : participation, évaluation - Recommandations et axes stratégiques pour la coordination territoriale / EDD en milieu scolaire : o Un cadre de référence partagé (cadre de référence national des Agenda 21 du MEEDDAT? redéfinir les fondements de l'agenda 21 avec des valeurs communes), décliné localement en Charte, en orientations partagées multi-acteurs, en actions concertées et coordonnées question de la labellisation en différenciant les niveaux d implication de l éco-responsabilité aux démarches globales de DD type Agenda 21 o Ce qui suppose la mise en place d une gouvernance territoriale de l éducation pour un développement durable, des plateformes d échanges et de dialogue, des espaces de confiance et de rencontre des acteurs, des doutes, des propositions, des rêves $ Identifier collectivement les compétences spécifiques dont on aura besoin pour «changer le monde» et voir entre acteurs, en fonction des compétences et des moyens de chacun, qui peut faire quoi pour contribuer à ce que tous les publics, à tous les âges de vie puissent acquérir ces compétences $ Veiller à la cohérence entre ce que l on dit et ce que l on fait «pédagogie active» (vaut au niveau local pour la coordination territoriale, comme au niveau national) $ Concevoir l EDD comme un facteur de réussite scolaire (élèves plus motivés et plus attentifs ) o De la formation pour tous à tous les âges de la vie / DD o La mobilisation des élus o Identifier le rôle de chacun : collectivité : impulsion et appui financier / Education nationale : conception, animation et pédogogie / association : expertise technique et animation / entreprise : appui financier et technique " Atelier 3 : Coordination territoriale pour le lien entre culture et DD Modérateur : Richard COCONNIER, Théâtre National Bordeaux Aquitaine (TNBA) Rapporteur : Dominique BOYER (Ville de Bordeaux) Sous-Atelier 3.1.: Coordination territoriale pour la candidature Bordeaux 2013 (Richard COCONNIER, TNBA et Dominique BOYER, Ville de Bordeaux) Tout d'abord le lien entre culture et développement durable n'est pas naturel, ne va pas de soi. C'est peut-être pour cette raison que nous n'étions qu'une petite dizaine. Le lien entre culture et développement durable reste à défricher, à expliquer. C'est en cela que la présentation par Richard Coconier de la démarche menée pour le dossier de candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2013 a toute son importance. La démarche de constitution des dossiers de pré-candidature et de candidature a fait appel à l'écoute des acteurs, à la création d'une synergie entre les acteurs politiques y compris la Communauté Urbaine de Bordeaux qui n'a pas la compétence culturelle. Bordeaux 2013 a créé une dynamique, des partenariats, des projets à l'échelle humaine. - élaboration des dossiers en dynamisant des partenariats déjà existants, en en créant de nouveaux et notamment au niveau des politiques. - l'ensemble des acteurs s'est mobilisé. Les particuliers, les institutions, les acteurs culturels et économiques. - les projets étaient à l'échelle humaine car venant du terroir, et non de l'intellect, et destinés à tous. C'est en cela que la culture participe du DD dans sa dimension de solidarité (culture accessible à tous, aides aux acteurs culturels dans les diverses dimensions de leurs projets, développement des pratiques amateurs) de cohésion sociale et de création de richesse.

257 Sous atelier 3.2. : Coordination territoriale pour des manifestations responsables (Gwenaëlle TUDAL, Conseil Général de Gironde et Axel CREPEY, Association Meduli Nature) Consacré à la présentation d expériences locale, complété par des débats sur les leviers et difficultés pour une action collective en faveur de l intégration du DD dans les manifestations. - 1 er levier : formation et sensibilisation des acteurs Par la coordination des acteurs concernés qui partagent un dispositif de sensibilisation commun et reconnu par tous et en mobilisant des réseaux et les têtes de réseau : circulation de l information vers le niveau le plus local (ex : expérience de la coordination régionale, avec un dispositif approfondi en Gironde, relayé par les pays, pour toucher les manifestations communales ou intercommunales). - 2ème levier : appui sur les réseaux thématiques existants : Avec l'appui des responsables de l animation / formation de leurs adhérents notamment dans le milieu sportif et culturel (respect hiérarchie), mais aussi par la mobilisation aussi des réseaux professionnels (fournisseurs ) et action de lobbying auprès des fournisseurs : les organisateurs de manifestations ont les mêmes demandes - 3ème levier : mutualisation des compétences, de l emploi, des bénévoles : Ces nouvelles actions nécessitent de nouvelles compétences, voire de nouveaux métiers, comme celui de "Régisseur Développement Durable" (partage via groupement d employeur), la sensibilisation des équipes aux enjeux de DD - 4ème levier : accompagnement des collectivités : Pour sensibiliser, pour définir un cadre de cohérence, pour inciter sans pour autant obliger ; nécessite un décloisonnement des services des collectivités et coopération services culture, sport, et développement durable Freins : - Réticence des équipes vis-à-vis du développement durable : «ça coûte plus, cher, ça ne sert à rien» : Comment les convaincre? Des pistes : la démonstration par l exemple, la sensibilisation commune et en nombre (d autres y croient!), la réalisation de bilan des actions de DD et la communication autour de ces bilans («c'est utile car on a diminué nos impacts de manière visible» ) - Nouveaux investissements nécessaires pour les organisations : du temps, des bénévoles, des moyens financiers sur des actions nouvelles Questions : - Comment reconnaître les organisateurs qui s engagent dans des actions de DD et comment limiter les auto-déclarations? - Faut-il une charte, un label : décliner localement? Synthèse globale et interventions de clôture par Julie CHABAUD (Conseil général de Gironde) Cette session a été organisée par les collectivités d Aquitaine, partenaires de cette manifestation, à savoir le Conseil régional d Aquitaine, le Conseil général de la Gironde, la Communauté urbaine de Bordeaux, la Ville de Bordeaux avec des partenaires forts que sont l ADEME et le réseau associatif GRAINE Aquitaine. Cette session visait à parler de la spécificité de la coordination territoriale en matière d éducation pour un développement durable. Trois ateliers simultanés ont mobilisé entre 100 et 150 personnes et sur les trois thèmes abordés, il s agissait de présenter et de débattre

258 autour des expériences et des réalisations d Aquitaine, d enrichir cela d expériences menées ailleurs en France et en Europe, et de dégager les leviers, les obstacles et certaines propositions et préconisations en matière de coordination territoriale pour une éducation au développement durable pour tous les publics et à tous les âges de la vie. Le premier thème était celui de la coordination territoriale pour la sensibilisation et la formation de tous les publics. Puisque certaines propositions ont déjà été reprises, je mettrai l accent sur des choses que j ai moins entendues dans les restitutions précédentes. Le premier constat est : «Un monde fou, un monde flou». Un monde fou par rapport à la pluralité de l information et au nombre d acteurs qui sont dans la sensibilisation et l information de tous les publics. Des entreprises, du marketing jusqu aux collectivités et à l Education nationale, cela n aide pas nécessairement. Un monde flou par rapport au concept, aux finalités, aux lieux d information. Le constat de cet atelier est donc d éclaircir le paysage. Les clés retenues sont celles de la formation et de la sensibilisation pour tous, la nécessité de clarification, la nécessité de participation avec un constat qui est la faiblesse, voire l absence totale, de la mise en œuvre de la démarche participative. C est pourtant un des credo du développement durable, mais rarement inscrit dans la durée. On fait beaucoup d évènements, de consultations, de concertations, mais la participation dans la durée est insuffisamment mise en œuvre alors que c est un grand vecteur de l éducation pour un développement durable de tous les publics et à tous les âges de la vie. Ceci suppose aussi d arriver à dépasser les craintes de perte de pouvoir et de savoirs, donc de se mettre en risque. Il s agit aussi d arriver à expliquer comment, dans les collectivités, les compétences sont imbriquées. Il faut parvenir à réduire cette complexité, du moins à la rendre lisible. Il est nécessaire de trouver les bons relais médias et, afin de parvenir à toucher tout le monde, il faut sortir des horaires de bureaux, ce qui n est pas la chose la plus facile pour les administrations et l Éducation nationale. Une autre clé était de prendre le temps du projet, dépasser le court-termisme du temps politique ou économique, aller vers le temps de la maturation et de l évolution des esprits. Monsieur BERGEY disait : «Il faut retrouver le temps des romans de François Mauriac, plutôt que celui de 24 heures chrono». Le deuxième atelier était consacré à la coordination territoriale pour les agendas 21 scolaires. Les facteurs de réussite de la coordination territoriale pour l éducation pour un développement durable sont le développement des partenariats, la cohérence entre le primaire et le secondaire dans une perspective de continuum éducatif, la mutualisation entre établissements en agenda 21, Éducation nationale et Enseignement agricole, mais aussi entre collectivités en Agenda 21 et établissements. Il s agit donc de réseaux et de bases de connaissances partagées. Par ailleurs, les facteurs de réussite sont la formation pour tous, peut-être d abord au sein de l Éducation nationale et pas seulement sur la base du volontariat des plus motivés, la valorisation des initiatives, des bonnes pratiques et des réalisations exemplaires. A été aussi identifié comme un levier important, en matière d agendas 21 scolaires, le volontarisme des collectivités locales qui ont beaucoup contribué à impulser ce type de démarche. Par ailleurs, nous avons souligné l interaction entre les agendas 21 locaux et les agendas 21 scolaires, nous parlons là d intégration territoriale des démarches globales d éducation pour un développement durable, le partage d une culture commune, le fait que les élèves sont au cœur des dispositifs, et une gouvernance territoriale dynamique, un dialogue entre tous les acteurs. Pour ce qui concerne les obstacles, il s agit d abord des obstacles culturels. Il y a difficulté d une approche globale dans des institutions sectorisées, disciplinarisées. L on note aussi la remise en cause du relationnel (hiérarchique, vertical) entre le sachant, l apprenant, le directeur, l agent car une démarche globale suppose de sortir des jeux de rôle et des positions instituées. Il faut donc accepter la rencontre, le dialogue, le débat, la liberté d expression, de projection. Un autre obstacle est l important turn-over des personnes de bonne volonté. Pour l Éducation nationale, il est donc proposé de créer des postes à profil

259 éducation au développement durable, comme cela existe pour les postes européens. Il faut aussi penser à gérer ce turn-over dans les associations et les collectivités. Une alerte a été lancée pour les associations qui sont en danger via les suppressions des mises à disposition et la tension budgétaire, alors que ce sont vraiment des opérateurs locaux d éducation pour un développement durable. Une autre alerte a été lancée sur la réduction des moyens dans l Éducation nationale et la concentration sur des savoirs fondamentaux qui, en première analyse, ne semblaient pas comprendre l éducation pour un développement durable. Il y a aussi une petite alerte sur le caractère anxiogène des enjeux du développement durable pour les plus petits, il est donc nécessaire de faire attention aux types de communications. Par ailleurs, a été soulevée la difficulté de maintenir les dynamiques dans le temps, de communiquer, de sortir des cercles des personnes les plus motivées. Enfin, l on retrouve tous les termes d un bouleversement culturel, la participation et l évaluation. Les recommandations pour un axe stratégique pour la coordination territoriale en matière d éducation pour un développement durable en milieu scolaire sont un cadre de référence partagé et décliné localement en chartes, orientations partagées, actions concertées et coordonnées. Pour cela, a été évoqué le cadre national des agendas 21 du MEEDAT, mais cela faisait débat. A été soulevée aussi la question de la labellisation. Il convient de différencier les niveaux d implication dans l éducation au développement durable. Il y a de l éco-responsabilité, c est bien mais ce n est pas une démarche globale. Ceci suppose la mise en place d une gouvernance territoriale de l éducation pour un développement durable, des plateformes d échanges et de dialogues, des espaces de confiance, de rencontres des acteurs, des doutes, des propositions, des rêves. Il est nécessaire d identifier collectivement les compétences spécifiques nécessaires pour changer le monde et voir entre les acteurs en fonction des compétences et des moyens de chacun. Qui peut faire quoi pour contribuer à ce que tous les publics, à tous les âges de la vie, puissent acquérir ces compétences? Il faut veiller à la cohérence entre ce que l on dit et ce que l on fait, dans une logique de pédagogie active à tous les niveaux, concevoir l'edd comme un facteur de réussite scolaire. Les expériences présentées montrent qu il y a moins d absentéisme, que les élèves sont plus motivés, plus attentifs. Une autre recommandation est de mobiliser les élus, ainsi que de proposer de la formation pour tous et à tous les âges de la vie. Le troisième atelier était consacré à la coordination territoriale pour le lien entre la culture et le développement durable. Cet atelier a peu mobilisé en quantité parce qu apparemment le lien n est pas très facile à faire entre culture et développement durable, mais il a été de grande qualité. Autour du projet de candidature de Bordeaux 2013, capitale européenne de la culture, nous avons pu voir que la culture participe du développement durable dans sa dimension de solidarité, en matière de culture accessible à tous, d aide aux acteurs culturels dans les différentes dimensions de leurs projets, de développement des pratiques amateurs, de cohésion sociale et de création de richesses. Un sous-atelier a été mis en place autour des manifestations responsables. Les leviers identifiés sont la formation et la sensibilisation des acteurs, l appui sur les réseaux thématiques existants, la mutualisation des compétences, de l emploi et des bénévoles et l accompagnement des collectivités pour sensibiliser et définir des cadres de cohérence, inciter sans pour autant obliger. Cette question de manifestations responsables est très importante en matière d éducation pour un développement durable. Nombre de personnes vont au spectacle, dans des manifestations sportives. On est là sur des lieux de mixité sociale où il y a vraiment des messages à faire passer sur la manière de conduire une manifestation. Ce sont des vecteurs de sensibilisation et d information pour tous les publics. A été abordée également la question de la labellisation.

260 Ces recommandations stratégiques ont été restituées en plénière à nos élus, l idée étant de savoir comment les élus pouvaient s en saisir. Les élus ont retenu la nécessité de renforcer la coopération interinstitutionnelle sur l éducation pour un développement durable et, plus largement, toutes les thématiques du développement durable qui transcendent les chapelles politiques. Ils ont également retenu la nécessité d une formalisation des cadres partenariaux, de chartes d engagement, de cadres de référence, de labels, de conventions. Ils ont souligné la nécessité d un axe fort de communication, notamment pour rendre visible la coordination interinstitutionnelle, la nécessité de messages interinstitutionnels dans des communications institutionnelles, de rénover le rapport aux médias en allant vers la confiance et le partenariat autour de la sensibilisation et de la vulgarisation pour tous les publics et à tous les âges de la vie. Il faut aussi renforcer et impliquer le rôle des élus avec des réseaux locaux d élus, partages d informations, d expériences et de formations. Les mots clés sont : cadre de référence partagé, labellisation, coopération, la mutualisation, formation, gouvernance territoriale de l éducation pour un développement durable. Pour conclure, je dirais que ces synthèses sont un peu frustrantes parce que nous sommes très sérieux. Finalement, le résumé des travaux ne rend pas compte de la passion et de l envie que l on doit pouvoir faire passer. Si nous voulons vraiment mobiliser sur l éducation pour un développement durable, il faut réapprendre à sourire quand nous présentons les choses et arriver à transmettre cette envie et cette passion qui sont au cœur de tous les vrais projets d éducation pour un développement durable. Intervention de Patrick BOBET, Responsable Agenda 21 et développement durable, Communauté Urbaine de Bordeaux - CUB Je voudrais d abord rappeler que nous avons travaillé sous la présidence scientifique de Michel RICARD et vous confirmer l intérêt et l implication très volontariste, totale et déterminée des élus du Conseil général de la Gironde, de la Ville de Bordeaux, de la Région Aquitaine et de la CUB que je représente. Cette implication volontariste de notre part est vraiment la meilleure preuve que le développement durable est indispensable parce qu il en va tout simplement de la vie de l humanité. Je crois qu il est important que nos collectivités se parlent, se connaissent et se rencontrent très souvent. Je vous remercie d être aussi nombreux à nous avoir rejoints et je suis très fier que nos quatre collectivités (la Ville de Bordeaux, la CUB, le Département et la Région) puissent travailler main dans la main. Vous avez parlé de l Aquitaine communautaire, je dirais qu elle est fertile en termes de raisonnements et d idées à apporter et que c est une terre où il fait bon vivre. Je vous remercie de votre attention. Intervention de Hervé GILLÉ Président de la commission emploi-insertion, Conseil général de Gironde Je tiens d abord à vous remercier tous pour l organisation de cette manifestation, ainsi que l ensemble des intervenants et les rapporteurs des différents ateliers. La coopération entre les collectivités locales et territoriales est aujourd hui un enjeu essentiel qu il faut savoir poser à sa juste mesure. Elle devrait nous permettre de dépasser certains clivages ou résistances que nous pouvions avoir auparavant parce que c est une nouvelle façon de mener une politique publique par rapport à cet enjeu essentiel qu est le développement durable. Pour dépasser cela, nous devons être complémentaires et avoir davantage d échanges entre nous. Aussi, nous pourrions peut-être retenir le principe d un réseau d élus des différentes collectivités qui pourrait permettre de mettre à plat nos différentes orientations et de voir de

261 quelle manière elles pourraient être complémentaires. A partir de là, nous pourrions aussi nous appuyer sur des conventionnements pour créer du sens et des modalités partagées sur l ensemble du territoire. Nous avons commencé à construire cette démarche, notamment avec la CUB et la Région sur les Agendas 21 scolaires. Il faut dépasser cette dimension et aller au-delà, ce qui pourrait nous amener sur le niveau de la communication et de l éducation, mais aussi sur le niveau d échanges que nous devons avoir et sur le sens que nous devons donner. Nous sommes sur des thèmes parfois complexes et il faut dépasser l approche du concept en termes de méthode pour parler aux gens et faire en sorte qu il y ait une bonne appropriation. Sur la communication interinstitutionnelle, nous avons encore du travail à faire. Nous l avons commencé, mais il faut, là aussi, dépasser les cadres classiques pour avoir une communication partagée de telle manière que nos citoyens sentent que nous sommes ensemble et solidaires pour mettre en place ces politiques liées au développement durable sur l ensemble du territoire. C est peut-être une petite révolution qui nécessite, au sein de nos services Communication, une volonté politique sans doute assez forte pour dépasser les cadres classiques que l on peut retrouver. Au-delà de cela, nous devons aussi sans doute travailler d une autre manière avec les médias. Avec quels médias peut-on travailler? Quels sont les médias les plus judicieux aujourd hui? Il faut que nous puissions échanger avec les médias grand public pour voir de quelle manière ils pourraient devenir des partenaires de nos politiques. Il existe bien souvent une attitude assez classique par rapport à la communication institutionnelle, une attitude un peu de méfiance, parce que les médias ont le sentiment que nous vendons notre sauce politique au travers de notre communication institutionnelle. En fait, ce sujet dépasse largement la communication politique propre aux institutions donc il faut sans doute essayer d établir de nouveaux partenariats pour toucher les uns et les autres. C est une approche un peu novatrice qui nécessitera du temps mais que ce soit avec les quotidiens, les télévisions, les radios, l ensemble des médias grand public, il faut poser les choses autrement et voir de quelle manière ils peuvent être des partenaires des politiques de développement durable à l échelle des territoires. Un autre élément important a été abordé et rejoint des préoccupations pouvant être liées malheureusement au juridique et au technique, à savoir le problème de la formation des acteurs et de la labellisation des réseaux. Aujourd hui, nous sentons bien que nous devons accompagner l ensemble des acteurs, que ce soit les élus, les techniciens, les bénévoles. Il y a donc une nécessité de mettre en place des actions de formation, ce qui veut dire un référentiel, un cahier des charges, des agréments. Il faut trouver les conditions de mettre en œuvre ces parcours de formation, il faut trouver les bons opérateurs. Ceci est un enjeu sur lequel il faudra que nous réfléchissions. Avec les partenaires avec lesquels nous travaillons, il faut que nous allions aussi vers un processus de labellisation partagé. A l échelle de la Région, du Département, de la Communauté urbaine, nous travaillons déjà avec des opérateurs et des acteurs communs donc il faut que nous arrivions à mettre en place un processus de labellisation et de reconnaissance pour que l on dépasse le cadre des marchés publics. C est aussi une question technique qui est posée parce que, derrière tout cela, il y a soit une commande publique passée par le biais des marchés publics, soit des conventionnements à passer. Il nous faut y travailler et c est un élément fort que d avoir à définir qui nous mettons derrière, qui nous allons agréer sur ce plan. Je voulais aussi aborder un point important qui a été soulevé sur les réseaux d acteurs. En tant que collectivités, nous devons veiller à bien repérer avec quels réseaux et fédérations nous travaillons. Nous pouvons avoir des acteurs de terrain, mais il ne faut pas oublier l aspect fédératif organisé au niveau des territoires. En effet, c est aussi à partir des fédérations que nous pourrons organiser la formation, diffuser des référentiels ou mettre en place des processus partagés. Ce niveau d échanges me parait donc important.

262 Voilà ce que j ai pu retenir et ce que j ai considéré comme des enjeux à notre niveau. Il me semble que c est partagé et qu il y a une réelle envie aujourd hui au niveau des collectivités pour travailler ensemble, mieux se connaître et voir comment nous pouvons construire une politique publique partagée à l échelle de nos compétences réciproques. Je vous remercie. Intervention de Michel RICARD Président du Comité français de la Décennie Les travaux de cette journée soulignent que les collectivités sont à la fois les instances les plus proches du terrain et celles qui ont les plus de moyens et de compétences pour agir à ce niveau. Par ailleurs, en tenant compte de leur diversité, elles peuvent agir de la maille la plus fine du territoire, celle de la commune, jusqu à la maille la plus large au niveau régional. Ces spécificités expliquent qu elles soient sans doute les acteurs les plus appropriés de la mise en œuvre du développement durable à la fois au travers de leurs actions et des citoyens qu elles représentent en partenariat avec l État, les entreprises et la société civile. L on a parlé souvent de partenariat et de coopération, mais également de la nécessité de savoir dépasser, transcender, les égoïsmes personnels et institutionnels pour réussir une entreprise qui ne pourra aboutir positivement et rapidement que dans la mesure où chacun s attellera à une tâche qui ne peut souffrir ni retard ni absent. Cela signifie qu il faut avoir un discours clair, que l on sache sur quoi l on travaille, dans quelle direction l on veut avancer, mais également que l on fasse appel à des acteurs formés et informés. Sur ce point, tout le monde relève malheureusement le fait qu au niveau de l enseignement, il y a une absence cruelle de formation des formateurs. Il y a donc ces problèmes de formation, de coopération et de communication. Beaucoup de travail autour du développement durable est fait au niveau des collectivités, de l État et de l Europe, et il nous faut garder un certain enthousiasme. Cet enthousiasme ne peut perdurer que dans la mesure où les acteurs institutionnels expliquent clairement leurs politiques et les avancées auxquelles elles conduisent. Ces avancées ne doivent pas être décrites abstraitement au travers de statistiques, mais doivent être concrétisées par des exemples sur le terrain, exemples replacés par rapport à des références locales, nationales et internationales. Le développement durable est, chacun en est persuadé, un processus complexe qui demande une action à tous les niveaux, de tous les instants, de la part de chacun. Nombreux sont les thèmes qui n ont pas été abordés lors de cette conférence car il est difficile de traiter en une seule manifestation, aussi studieuse et aussi dense soit-elle, l ensemble des problèmes qui touchent au développement durable, même si la réunion en un seul lieu de tant d experts permet des échanges extrêmement fructueux, des synthèses très riches et des recommandations porteuses d avenir. Toutefois, cette journée consacrée aux collectivités apportera sans doute un grand nombre d enseignements à tous les acteurs et participants de cette session en permettant de montrer que beaucoup de choses sont faites par les collectivités et que ce qui est fait en Aquitaine est un exemple pour les autres collectivités mais également pour tous les acteurs du développement durable. ************************

263 Session 8 L éducation au développement durable dans le bassin euro-méditerranéen Sommaire Préambule (Paolo Soprano, Président de la task force «consommation durable» du processus Marrakech) Introduction (Paul MIFSUD, Coordinateur du Plan d Action pour la Méditerranée) Le réseau des universités méditerranéennes pour l'éducation au développement durable (Vicky MALOTIDI, Mediterranean Information Office for Environment Culture and Sustainable Development- MIO-ECSDE) L éducation et la culture dans les pays euro-méditerranéens (Maryse CLARY, Association U Marinu) Débat avec la salle Conclusion (Philippe PYPAERT, UNESCO-BRESCE) Préambule par Paolo SOPRANO Président de la task force «consommation durable» du processus Marrakech J'appartiens au ministère de l'environnement italien et je préside, par ailleurs, la task force "Éducation pour une consommation et une production durables" du processus de Marrakech du PNUE. J'aurais aujourd'hui la présidence de cette session consacrée à l'éducation pour la consommation et la production durables dans le bassin euro-méditerranéen. Cette session a pour objet de présenter et de discuter les principales initiatives en matière de consommation et de production durables et l'état de la protection de l'environnement en Méditerranée au travers des présentations faites par certains des acteurs les plus pertinents de cette région. La première présentation, en guise d'introduction, sera faite par Paul MIFSUD, coordonnateur du plan d'action du PNUE en Méditerranée. Introduction par Paul MIFSUD Coordinateur du Plan d Action pour la Méditerranée - PAM J'aimerais en tout premier lieu débuter mon intervention en remerciant, au nom du Plan d Action pour la Méditerranée, les organisateurs de cette conférence sur l'edd de m'avoir invité à participer à cette session sur l'éducation et la consommation durables. Au cours de cette présentation, je parlerai brièvement du "Plan d'action de la Méditerranée", de la mise en œuvre de la stratégie pour la Méditerranée que nous avons développée. Je ferai également référence à l'éducation à la consommation et à la production durables et à la manière dont elle est appliquée. Ces exemples s'appliqueront, bien entendu, aux différentes situations rencontrées dans les pays méditerranéens et plus particulièrement dans les pays du sud de la Méditerranée. Comment définir le "Plan d'action de la Méditerranée"? C'est un plan d'action s'appuyant essentiellement sur diverses initiatives. Il réunit les 21 pays qui bordent la Méditerranée et ceux de la Communauté européenne, signataires de la convention de Barcelone. Tous ces

264 pays ont coopéré au cours des 30 dernières années afin de lutter ensemble contre la pollution. En 1975 en effet, ces divers pays ont réalisé qu'il fallait qu'elles joignent leurs forces pour se consacrer à la lutte contre les pollutions majeures rencontrées en Méditerranée afin de sauvegarder l'environnement. Le PAM repose sur une base légale forte car c'est avant tout une convention. Elle a été adoptée en 1976 durant la convention pour la protection de l'environnement en Méditerranée, en référence à la convention de Barcelone. Depuis 1976, les parties contractantes ont de leur côté développé un certain nombre de protocoles afin de donner du corps aux différentes dispositions de la convention : en effet, la convention est un cadre, un instrument légal. Ces protocoles traitent de diverses thématiques qui vont des rejets dans le milieu marin, à la prévention et au traitement des catastrophes, qu'il s'agisse de pollutions résultant d'activités liées à la mer, de transport maritime ou de pollutions issues du milieu terrestre qui représentent 8% de la pollution totale de la Méditerranée. Le dernier protocole est celui qui traite de l'aménagement côtier. Il est tout récent et a été adopté par toutes les parties contractantes en janvier 2008, durant la dernière réunion qui s'est tenue à Madrid. Le PAM est donc une base légale qui permet d'organiser et de coordonner l'ensemble des activités des parties contractantes. Le PAM a un secrétariat, basé à Athènes et le programme est sous la tutelle du PNUE : c'est en fait le premier programme marin développé par le PNUE en 1976 et maintenant l'on compte 13 programmes marins régionaux. Les parties contractantes du PAM se réunissent tous les deux ans afin de faire le point sur les avancées et adopter le plan d'action pour les deux années suivantes. La structure du PAM comprend, outre le secrétariat, 6 centres régionaux basés dans différents pays de la Méditerranée et 2 d'entre eux mettent l'accent sur l'éducation pour un développement durable. Une étape très importante dans l'activité du PAM a été la mise en place de la commission méditerranéenne pour le développement durable qui a permis aux pays membres du PAM de prendre en compte le développement durable. Cette commission, unique dans la région, a été créée en 1996 en réponse aux propositions de la convention. Les objectifs de cette commission sont d'apporter un forum de discussion et d'échange sur des sujets qui concernent la région méditerranéenne et de soumettre leurs recommandations lors des réunions des parties contractantes. La prochaine réunion se tiendra au Caire avec pour thème le changement climatique. A côté des représentants des parties contractantes, sont également présents des membres de la société civile, des acteurs économiques, des ONG et des collectivités locales. Récemment, les termes de référence de la commission ont été amendés afin d'inclure d'autres catégories d'acteurs comme des experts éminents, des membres de la communauté scientifique et des organisations internationales. Lors de la phase préparatoire de mise en œuvre de la stratégie, plusieurs groupes de travail ont réfléchi à ce que pouvaient être les aspects les plus importants de la stratégie. Ils ont examiné ce qui était en jeu dans la région, quels étaient les risques qui devaient être pris en compte dans une région unique au monde où existent des cultures, des traditions et des conditions sociales et environnementales si variées. Il est apparu également que l'environnement était particulièrement soumis à de nombreuses et profondes atteintes et, même de nos jours, l'environnement urbain et les ressources en eau sont encore soumis à de graves atteintes. Il était donc apparu à cette époque que la tendance n'était pas vraiment au développement durable et qu'il y avait donc une forte justification de prendre en compte ces problématiques et ces risques dans la région. La stratégie méditerranéenne de développement durable (SMDD ou MSSD) est une stratégie cadre qui a des objectifs variés. L'idée est d'adapter au niveau régional les engagements internationaux, y compris ceux de la stratégie mondiale et des Agenda 21, avec la volonté de rendre les objectifs du développement durable plus présents dans la région méditerranéenne. Nous le savons tous, la région est très diverse avec différents niveaux de développement du Nord au Sud, avec différentes cultures. Il était également

265 important de prendre en compte les problématiques communes et les approches différentielles en raison des conditions socio-économiques des divers pays. La stratégie a quatre objectifs à long terme et sept thèmes prioritaires. Nous avons souhaité que la stratégie se concentre vraiment sur ce qui est important, approprié et mobilisateur en Méditerranée, tout en gardant à l'esprit les attributions de la convention de Barcelone. Les thèmes prioritaires sont une meilleure gestion de la ressource en eau et de la demande, une utilisation rationnelle de l'énergie, un renforcement de la production d'énergie renouvelable, une politique de transport et de mobilité répondant aux exigences du développement durable, le tourisme durable, l'agriculture durable et le développement rural, le développement urbain durable, et enfin la gestion durable de la mer, des zones côtières et des ressources marines. Outre ces 7 priorités, la stratégie identifie également différentes actions qui devraient être privilégiées dans les pays afin qu'ils développent leurs objectifs propres dans le respect des ces thèmes prioritaires. Ces 7 priorités correspondent à des menaces particulières résultant de pratiques non durables et concernent des secteurs cruciaux au plan social et économique. Ces objectifs permettent, à partir d'études et à partir d'expériences recueillies au fil des années par la convention de Barcelone, d'acquérir un potentiel d'amélioration et de susciter de nouvelles actions. La stratégie de développement durable concerne également l'éducation au développement durable qui fait l'objet d'un des quatre thèmes de référence. Il est en effet acté que l'éducation et la formation pour un développement durable sont reconnues comme étant des prérequis pour améliorer la gouvernance. Une autre référence dans la stratégie pour l'edd mentionne également le renforcement des capacités et le besoin de mobiliser des ressources financières. Cette stratégie demande également l'introduction du développement durable dans les curriculums de l'école primaire jusqu'à l'université et les Grandes Écoles. Ce sont les concepts proposés par la stratégie afin que les pays prennent en compte ces éléments lors de la mise en œuvre de leurs stratégies nationales de développement durable. Une autre élément important concernant l'engagement des pays méditerranéens pour l'edd est la référence figurant dans le document de la réunion de Porotoz (Slovénie) en 2005 lors de l'adoption de la stratégie. Dans ce document, les parties contractantes déclarent que l'implémentation de la stratégie de développement durable nécessite la promotion de l'edd. La SMDD identifie un certain nombre d'obstacles à la promotion de l'edd dans les pays méditerranéens en développement. Parmi celles-ci, l'on peut plus notamment signaler l'illétrisme, particulièrement chez les femmes, qui est un réel problème dans la région et qui doit être traité si l'on veut promouvoir l'edd. Il y a toujours un décalage entre les savoirs et les compétences appris à l'école et à l'université et les besoins réels du marché de l'emploi et le ressenti est qu'il n'y a pas suffisamment d'emplois destinés aux jeunes générations issues de l'université. Les crédits de recherche et développement doivent également être comparés par rapport aux autres régions car le niveau de ces crédits est bas dans les pays en développement; l'absence de promotion et de connaissances relatives à l'edd ne favorise pas la participation des acteurs, y compris dans la société civile et parmi les décideurs et l'edd est absente chez les hauts fonctionnaires. Lorsque la SMDD a été implémentée, nous avons pris en considération cette préoccupation en aidant les autorités nationales à développer leurs propres études pour le développement durable et, dans ce processus, nous avons accordé de l'importance à l'edd. Il y a encore un grand besoin à veiller à l'existence d'un bon enseignement primaire dans tous les pays de la Méditerranée. Je dois admettre qu'il nous reste encore beaucoup à faire. La formation continue des jeunes pour qu'ils acquièrent les compétences nécessaires à l'obtention d'un emploi est également un défi majeur dans la région. Il y a plusieurs déclarations des Nations Unies qui visent à promouvoir l'edd et, sur ce sujet, il est important que, avant toute nouvelle déclaration, les pays mettent en œuvre ce qu'elles ont déjà décidé et soient d'accord avec cette approche. Pour commencer, et afin de faire référence à ces challenges, les propositions suivantes pourraient être considérées : - mettre en œuvre les

266 résolutions des Nations Unies qui paraissent pertinentes; rendre accessible à tous l'éducation du primaire à l'enseignement supérieur; établir des centres de recherche et de formation au niveau régional; impliquer plus les ONG qui peuvent jouer un rôle majeur dans la promotion de l'edd. Les défis de l'edd passent également par une éducation des gens à un mode de vie durable. Nous devons tous faire plus afin d'adopter des comportements et des styles de vie plus en accord avec le développement durable. Nous devons éduquer et motiver les gens à identifier et à adopter des pratiques durables, de remplir les objectifs du Millénaire du Développement (Millennium Development Goals) en particulier celui visant à rendre l'enseignement primaire universel, d'introduire l'éducation comme élément structurant du développement durable. Un autre défi concerne le renforcement de la sensibilisation à l'edd par le biais d'initiatives à laquelle nous participons aujourd'hui. En outre, il faut rappeler l'importance primordiale de l'engagement politique des gouvernements à promouvoir l'edd. Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» Merci pour cette présentation qui nous informe clairement qu'il existe des stratégies, des buts à long terme incluant l'edd, qu'il y a des champs d'action prioritaire et, sous-tendant la nécessité qu'il y a d'aider cette stratégie au moyen d'outils favorisant sa mise en œuvre, et le fait qu'une telle éducation pour le développement durable implique de changer nos comportements pour aller vers une nouvelle perspective culturelle. Bien entendu, il y a de nombreuses difficultés pour promouvoir l'edd dans la région méditerranéenne qui est caractérisée par de fortes diversités et des différences marquées, spécificités et différences qui sont également sources de richesse. Nous allons passer d'une approche stratégique et politique à une approche plus concrète et plus opérationnelle avec la présentation de Vicky MALOTIDI qui va vous présenter le réseau des universités méditerranéennes pour le développement durable. Le réseau des universités méditerranéennes pour l'éducation au développement durable par Vicky MALOTIDI Mediterranean Information Office for Environment Culture and Sustainable Development Tout d'abord, je souhaiterais vous présenter le MIO-ECSDE. C'est une fédération d'une centaine d'ong de l'ensemble de la Méditerranée dont l'activité traite de développement durable et d'environnement et plus particulièrement de l'environnement naturel en Méditerranée. Les activités principales de cette ONG sont la mise en réseau, le renforcement des capacités des ONG, la promotion et la rédaction de documents traitant de politique commune sur la scène méditerranéenne, collaboration internationale, sensibilisation du public par des campagnes ciblées, matériel pédagogique, formation, etc., sans oublier la promotion de l'éducation pour un développement durable dans les pays méditerranéens. L'initiative de créer un réseau d'universités méditerranéennes date de 3-4 ans. Le projet a été pour la première fois discuté lors de la conférence lançant la décennie de l'edd dans la région méditerranéenne à Athènes en novembre 2005. Cette initiative a été ensuite abordée et mise en exergue lors de divers meetings et conférences internationales comme celle organisée à Sarajevo avec l'appui de l'unesco-bresce, durant la conférence sur l'edd à Chypre ou au cours de plusieurs autres manifestations. Le principal but de ce réseau est de promouvoir l'edd dans l'enseignement supérieur au sein des diverses universités de la Méditerranée et de mettre en place un enseignement de niveau master sur l'edd et accessible au plus grand nombre. Les autres objectifs sont : créer l'occasion de mettre en place des synergies, de coordonner et de compléter les actions touchant à la promotion de l'edd dans les établissements d'enseignement supérieur en Méditerranée et, d'une manière plus générale, de contribuer ainsi à l'établissement et à la promotion des indicateurs des Nations Unies et de la stratégie d'implémentation de l'unece.

267 Le réseau des universités pour l'edd a deux grands types d'activités. Le type A concerne les universitaires qui vont développer et mettre en place un master en EDD. Ce groupe compte environ 10 universités, dans sa phase de création, mais pourra compter ultérieurement un plus grand nombre d'universités. Le type B correspond à un réseau plus large qui se consacrera à faciliter et promouvoir l'edd dans les diverses composantes de leur université : améliorer et enrichir les cours existants; promouvoir un ensemble de bonnes pratiques des membres du réseau; participer à des manifestations traitant d'edd organisés par le réseau; faciliter une approche institutionnelle globale de leur université. Nous sommes actuellement dans la phase 1 de la mise en place de ce réseau universitaire avec la rédaction du protocole d'accord pour les membres du réseau et dans la mise en place du noyau des universités partenaires. L'atelier sur le réseau universitaire qui s'est tenu en 2007, à Sarajevo, avec l'appui de l'unesco-bresce, a permis de discuter en détail et de définir la portée, les objectifs, les types d'activités et la logistique d'un tel projet. Furent également définis les caractéristiques du master, avec les détails du curriculum, les thèmes, les groupes cibles, les candidats, etc. Les thèmes du master sont définis dans les grandes lignes mais doivent encore être affinés en s'attachant aux points suivants : concepts reliés au DD; principes de base des systèmes naturels, des écosystèmes, mais également les systèmes socio-économiques; la gestion; le passage de l'éducation à l'environnement à l'edd; les schémas régionaux et internationaux; les principes et caractéristiques de l'edd avec l'accent mis sur les approches interdisciplinaires; la méthodologie dans les pratiques innovantes; l'intégration de l'edd dans les institutions d'enseignement supérieur; la communication relative à l'edd et la sensibilisation du public; l'importance des ICT dans la mise en œuvre de l'edd; les indicateurs et outils de suivi; les thèmes de recherche; l'edd comme outil de politiques durables. Les candidats à ces masters devront être diplômés de disciplines apportant un bagage scientifique approprié et incluant un bon niveau en Anglais et en informatique. Ce master étant un diplôme international, il a été acté que la langue véhiculaire, tout au moins pour les deux premières années, serait l'anglais. Ceci sera discuté plus en détail lors de la prochaine réunion qui se tiendra à Athènes en novembre 2008 avec l'appui de l'unesco-bresce et de l'université d'athènes. Les principaux sujets qui seront abordés traiteront notamment du protocole d'accord entre les universités constitutives du réseau. Les universités appartenant aux pays suivants ont manifesté leur désir de participer à cette réunion et à ce réseau : Albanie, Chypre, Egypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Liban, Maroc, Slovénie, Tunisie. Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» : Cette présentation a plus particulièrement porté sur la nécessité de rassembler les compétences et capacités afférentes à divers sujets touchant à la zone méditerranéenne et sur l'importance de promouvoir la culture du développement durable au plus haut niveau possible au moyen de l'éducation, de la formation et de toute autre activité adéquate. Je laisse maintenant la parole à Maryse CLARY de l association U Marinu. L éducation et la culture dans les pays euro-méditerranéens par Maryse CLARY Association U Marinu L'association, U Marinu, est inscrite au Programme d'action pour la Méditerranée (PAM) et fait partie du MIO-ECSCD. Au cours de cette intervention, je voudrais simplement vous faire partager nos réflexions à propos de l éducation et du dialogue des cultures autour de la Méditerranée. Tant par sa géographie et son histoire qui sont, l une et l autre, intimement liées, le bassin méditerranéen constitue une région d une exceptionnelle originalité. La mer elle-même, le relief complexe qui l entoure, le climat unique qui y règne ont fortement influencé l extraordinaire développement des civilisations sur ces rivages. Ce

268 développement, par sa longue durée comme par sa croissante intensité, a profondément marqué et transformé, et de façon, le plus souvent, irréversible, un environnement fragile et aux ressources limitées. Nulle part ailleurs la nature a autant fait les hommes et les hommes, à leur tour, ont autant pesé sur la nature. Cette mer est située entre trois continents : l Europe, l Afrique et l Asie. Et les contrées qui entourent cette étendue marine offrent des sites célèbres, du point du vue culturel, mais elles sont de plus en plus confrontées aux problèmes qui résultent des grands contrastes humains existant entre ces façades. Des menaces pèsent, conséquence de la prolifération des hommes, conséquence aussi de leur développement économique et social. La Méditerranée représente la première région touristique mondiale. Dans le bassin méditerranéen, il n est pas possible de parler de l environnement seul car développement et environnement forment un tout. Les secteurs de développement sont nombreux, les écosystèmes ne le sont pas moins et leurs interactions, particulièrement complexes, s inscrivent dans une longue durée, ce qui multiplie souvent les incertitudes et rendent difficiles les prises de position pourtant nécessaires. La Méditerranée, avec le développement des moyens actuels de transport, est devenue l équivalent d un lac d autrefois, rapprochant les divers peuples mais accentuant aussi les diversités en entraînant parfois une tension entre le local et le global. Quel avenir voulons-nous pour la Méditerranée? Qu elle devienne une ligne de rupture ou qu elle constitue un espace d espoir où les liens sont à tisser et les ponts à bâtir? Développer la solidarité avec l ensemble des pays riverains de la Méditerranée pour lutter contre l intolérance, pour préserver notre environnement, pour aller vers un mieux être, c est dans cette voie que nous, éducateurs, œuvrons : aider à transformer une interdépendance de fait en une solidarité voulue. Pour la plupart des organisations internationales, la Méditerranée n est pas reconnue en tant qu ensemble géopolitique car c est un puzzle éclaté entre l Afrique, l Asie centrale et l Europe occidentale et ce n est qu au 17 e siècle que la Méditerranée devient un nom propre. Dans le paysage mondial, la Méditerranée est considérée comme un élément perturbateur et plutôt marginal. Aujourd hui, on pourrait dire que la plénitude est devenue vide et la mer presque frontière. Et pourtant, pendant des siècles, comme le dit Edgar Morin, «cette mer fut matricielle». Elle a été le berceau de trois grandes religions monothéistes, d une multitude de civilisations. Certes, elle n a jamais été un ensemble homogène, mais le brassage des cultures y a été intense. L idée de la Méditerranée a été façonnée par l histoire culturelle et intellectuelle de chaque pays. Il faut s habituer à conjuguer la Méditerranée au pluriel et la relation à la Méditerranée est multiforme. Ce n est plus l image glorieuse et compassée d une Méditerranée mère des civilisations qui s impose à nous mais celle d une mer, laboratoire du monde à venir et à construire. Les interrogations décisives auxquelles doivent répondre les peuples de la Méditerranée sont les grands défis que le début du siècle lance aux générations futures : opposition pays riche/pays pauvre ; problème de surpopulation ; pollution tout azimut ; incapacité d imaginer une société harmonieuse, d instaurer une solidarité comme condition de l épanouissement des personnes, de prendre en compte la culture comme une réponse adéquate à la faillite sociale, humain et écologique à laquelle nous conduit la recherche effrénée du profit. La Méditerranée voit aujourd hui l aggravation de ses antagonismes religieux et le développement d antagonismes nationaux. Elle concentre en elle l affrontement de l Occident et de l Orient, du Nord et du Sud, du fondamentalisme et du modernisme, de la richesse et de la pauvreté. Et plus encore, elle subit à sa façon l ensemble des menaces globales qui pèsent sur notre planète. Le problème préliminaire est dans la nécessité d assumer et de reconnaître le paradoxe d une identité méditerranéenne en dépit des différences et des oppositions de religion, de culture, d histoire, de situation économique. Une paix méditerranéenne conçue non comme

269 un état idyllique mais comme une réalité, un processus dont les contradictions sont la source de sa créativité. Et si l aire méditerranéenne est le vrai laboratoire du 21 e siècle c est parce qu elle a retrouvé sa condition de microcosme de la planète où se posent tous les grands problèmes de notre société. Une série de programmes internationaux ont commencé à penser la Méditerranée, comme le PAM, créé en 1975 et adopté en 1976, et le regroupement des activités méditerranéennes de l UNESCO et la déclaration de Barcelone, le forum civil de Malte. La Méditerranée est un milieu écologique original, qui a permis d ailleurs de qualifier d autres milieux qui présentent des caractères semblables, mais elle est aussi le creuset de civilisations qu il faut préserver, la culture étant à la base du rapport de l individu à l environnement. La distance entre le global et le local est trop grande pour qu il puisse y avoir véritablement une interaction entre eux et ils ont besoin d espace relationnel qui les rapproche et les rende intelligibles l un à l autre. Il faut des espaces qui donnent du sens, qui soient de nature écoculturelle, et l'on peut dire que la Méditerranée est une aire écoculturelle. C'est-à-dire qu elle a une histoire faite de coopération, de conflit, de guerre et de paix, mais qui partage les éléments d une même culture ; culture que l on décèle tout d abord dans les modes de notre vie quotidienne tout autour de la Méditerranée et qui proviennent tous d une même matrice civilisationnelle mais s ils sont diversifiés. Contrairement à l état centralisé unificateur, les aires écoculturelles sont le creuset d une complexité qu il ne faut pas réduire mais appréhender dans une démarche intellectuelle multidimensionnelle. La Méditerranée, de simple concept géographique, est devenue progressivement source d un sentiment d appartenance à une communauté culturelle. L homogénéisation des processus de globalisation n efface pas les particularités et les différences, elle ne fait que les estomper. Et ce sont ces différences, considérées dans leur totalité, que nous visons un trait globalement multiculturel de la Méditerranée où les données physiques, géopolitiques, historico-culturelles s interpénètrent inextricablement. On ne peut s en tenir à une approche frontale des cultures et avec le décloisonnement du monde, la rapidité d échange des idées, des modèles culturels, il devient nécessaire, tant au niveau des pratiques sociales que des activités de recherche et d éducation, de prendre en compte les interpénétrations et la pluralité des cultures avec les conséquences qui en résultent. L éducation a une responsabilité particulière dans l édification d un monde plus solidaire. Alors, que fait notre association? Nous visons à unir les enfants de la Méditerranée, qui seront les adultes de demain, par une éducation consciente des menaces écologiques, consciente de la pluralité des cultures dans chaque société et un dialogue interculturel. Depuis 15 ans, nous organisons une manifestation, «la mer en fête», où nous accueillons, sur un bateau, des enfants. Nous organisons cette manifestation sur une semaine et nous accueillons à peu près 5.000 enfants. Cette manifestation a essaimé à Tanger, à Alger, à Tunis. Elle doit aussi se poursuivre au Liban et à Alexandrie. Que les enfants se retrouvent à Marseille, à Livourne, à Tanger, à Alger, la convivialité qui émane de ces rencontres prime : se découvrir, se connaître, appréhender l autre dans toute sa culture et sur des problématiques communes liées à leur environnement, la Méditerranée. Ce qui se passe au travers de cette rencontre est avant tout une émotion. C'est une émotion, déjà, de monter sur un bateau, de découvrir la mer et ses richesses au travers de cultures diverses, et surtout d échanger. C est faire se rencontrer les enfants, communiquer, s apprécier. C est faire découvrir ce qu on a de commun dans nos différences. C est faire sauter les préjugés qui prévalent sur chaque rive. Parallèlement à cette manifestation «mer en fête» qui est ouverte aux enfants, depuis 10 ans, nous organisons des rencontres écoculturelles méditerranéennes, que nous avons dénommé «Med Educ». Cette année y participaient 12 nationalités. Nous organisons cette rencontre pour développer une coopération entre éducateurs. Nous, nous sommes de

270 l éducation non formelle, mais nous rencontrons des éducateurs formels, des organisations non gouvernementales, viennent aussi des scientifiques, afin d échanger nos expériences et d améliorer nos approches éducatives afin de conjuguer éducation, développement durable et Méditerranée. La Méditerranée est notre territoire. Toujours dans cette optique, en 2002, à la demande de l UNESCO et sous son égide, et en partenariat avec des associations marocaines, nous avions organisé les deuxièmes rencontres transdisciplinaires de la Méditerranée, du programme UNESCO dont était sortie une déclaration pour Johannesburg. Maintenant, nous souhaiterions organiser itinérantes sur le pourtour de la Méditerranée, ouvertes à tous les responsables de l éducation, qu ils soient scientifiques, éducateurs formels, ou qu ils viennent d ONG, afin de croiser des problématiques liées à l environnement, aux cultures et au développement. Nous souhaitons aussi mettre en place un centre de ressources commun où l'on pourrait capitaliser les expériences et œuvrer à leur transférabilité, donc faire de la Méditerranée une zone de dialogue. Dans cette région qui est en train de subir des changements démographiques, sociaux, culturels, économiques, écologiques très rapides, il est urgent de poser la problématique des relations entre le développement et l environnement et de prendre des engagements en faveur d un développement durable, de continuer à conclure des partenariats et d affirmer le rôle de l éducation comme fondement de la construction d un avenir viable dans le contexte spécifique qui est le nôtre, car comme dit Jacques Berque, «il est temps de faire fructifier le dialogue entre les deux rives». Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» : Merci Maryse pour cette présentation mêlant à la fois l'histoire, la politique, la culture et l'économie dans une vaste et générale description de ces aires que vous avez appelé le microcosme de la planète, mais également pour les concepts que vous avez souligné comme le fait que, aujourd'hui, la Méditerranée n'est plus vraiment considérée comme le berceau historique, politique, économique et culturel des civilisations occidentales, mais comme une zone sujette à de multiples tensions et perturbations. De ceci émerge l'idée d'une partie du monde qui a un défi à relever, d'un laboratoire où la richesse et la diversité, comme l'a souligné Paul MIFSUD, peut nous fournir le potentiel pour expérimenter de fortes initiatives comme celles menées par votre association qui réunit les enfants des différents pays de la Méditerranée afin de réaliser une intégration basée sur des faits concrets expérimentés sur le terrain. Notre programme prévoyait également une présentation générale sur l'environnement de la Méditerranée, mais votre présentation et celle de Paul MIFSUD, coordonnateur du PAM, nous ont fourni suffisamment d'éléments pour démarrer la discussion. J'invite donc Paul MIFSUD en tant que coordonnateur de la principale institution régionale internationale (PAM) de s'associer à ce débat qui, dans un premier temps, pourrait essayer de définir comment passer de la stratégie à la politique et comment améliorer la situation actuelle. Débat avec la salle Michel MONBRUN, Réseaux francophones Je suis un acteur d une structure de mise en œuvre du développement durable et d éducation au développement durable en Essonne. J ai été de longues années un acteur au niveau national et international au sein du système des Nations Unies en matière de développement durable, auprès de l UNITAR en particulier. J ai eu le plaisir et la joie de connaître et partager l initiative qui vient d être présentée sur la «mer en fête» et qui a tellement de points communs avec ce que je souhaite exprimer maintenant.

271 L éducation au développement durable ne se décrète pas, comme le développement durable lui-même. Cela se construit sur un terreau indispensable pour que l éducation puisse germer et produire ses fruits. L éducation au développement durable doit s adresser à tous, et comme nous rappelle la définition à laquelle nous faisons tous référence, celle de Rio et du rapport Brundtland, «répondre aux besoins du présent» en précisant dans la phrase qui suit, et qu on a trop souvent oublié, que deux notions sont dans ce concept de besoin : d abord la réponse aux besoins des populations les plus démunies à qui il convient d accorder la plus grande des priorités. Je crois que là, en matière d éducation au développement durable, nous avons à resituer notre action en termes de réponse aux besoins des plus démunis. En clair, comment faire de l éducation au développement durable en préconisant de faire des économies d énergie à ceux qui n ont pas accès à l énergie? Comment faire de l éducation au développement durable en préconisant à ceux qui n ont pas accès à l eau potable d'économiser l'eau et de mâitriser sa consommation? Comment faire de l éducation au développement durable en préconisant des habitats bien isolés à ceux qui n ont pas de logement? Comment demander de préserver son environnement à ceux qui, demain, vont boire de l eau non potable qui les conduit à la mort ou à ne pas pouvoir se soigner alors qu ils n ont pas accès aux soins, ni à la prévention? L éducation au développement durable doit d abord être une réponse à l accès aux besoins et aux services les plus essentiels, faute de quoi cela n a aucun sens ni aucune chance de pouvoir aboutir parce que malheureusement, cela concerne une grande partie de la population, y compris dans les pays de la Méditerranée nord. En France, en 2007, officiellement, 25% de la population n a pas été en mesure de répondre au paiement de leur facture d électricité et de chauffage, devant faire appel à l argent public. Parmi ces 25%, près de 10% n ont plus accès à l électricité et au chauffage. Si on ne répond pas à la possibilité de ces populations à pouvoir accéder à ces services et besoins essentiels, il n y a pas d éducation possible. La première mission de l éducation au développement durable doit s inscrire comme étant une pédagogie de l action pour rendre accessible l accès à l eau, à l énergie, au logement, à la santé, une pédagogie globale d éducation qui intègre l ensemble des grands enjeux du développement durable, mais en réponse concrète à ces besoins et services. Il y a une modification fondamentale à faire dans nos cultures, dans nos approches pour cela. S il y a un réseau prioritaire à créer, c est justement en Méditerranée, un réseau des acteurs qui travaillent à la satisfaction des besoins et des services essentiels et qui l inscrivent dans une véritable action d éducation, c'est-à-dire action de la capacité pour chacun à se construire lui-même sa vie et son avenir. Ce n est pas une éducation octroyée, c est une éducation qui permet à chacun de s épanouir et de se construire. Il y a là une œuvre pédagogique extrêmement forte et il y a un tas d exemples, trop souvent peu ou mal connus, qui contribuent à cela, comme le magnifique exemple que vous venez d entendre précédemment de «la mère en fête» qui organise la rencontre des enfants qui, à partir de leurs soucis, de leur curiosité, de leurs préoccupations, se découvrent, s apprécient, s échangent et inventent le monde de demain. Il faut que les adultes fassent la même chose en refaisant la rencontre des hommes et des femmes qui répondent aux besoins les plus essentiels dans une pédagogie de l action qui permette l épanouissement, qui est l accès à l autonomie donc à la liberté, donc à la capacité de construire son propre mode développement. Il y a là un réseau essentiel en Méditerranée dont nous sommes les héritiers communs de toutes les magnifiques cultures qui nous ont précédés. Nous devons refaire la rencontre des hommes et des femmes pour bâtir ce futur. Nous devons donc interpeller fortement nos pratiques et déterminer la hiérarchie des priorités dans lesquelles il faut que nous agissions. Je viens de rappeler une priorité qui est essentielle dans les pays de la Méditerranée du Sud comme pour les pays dits riches de la Méditerranée du Nord. Ils ne sont riches que par le volume d argent mais tellement moins

272 riches dans la capacité à inventer ces démarches pour répondre à cet enjeu. Si cet enjeu n est pas humain, à quoi cela sert-il qu on se décarcasse? Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» : Merci pour cette contribution. Je comprends la nécessité de mettre en œuvre une réelle éducation au développement durable tout en intégrant deux concepts : le premier est la situation paradoxale qui consiste à parler de réduction de consommation d'énergie à des gens qui n'ont pas accès à cette énergie et de mettre en place, dans ces conditions, une éducation pour un développement durable à l'exemple des "Millennium development goals" qui ne prennent pas seulement en compte les aspects environnementaux mais aussi les composantes sociales et économiques, la lutte contre la pauvreté et la redistribution des richesses. Les deuxième concept est l'urgence d'agir et la nécessité d'identifier des priorités à nos actions en prenant en compte le nombre croissant de crises touchant l'environnemental, l'économique et le social. Ceci m'amène, lorsque l'on parle d'urgence et de priorité à m'interroger sur ce que nous pouvons faire. Comment développer de nouveaux schémas éducationnels et culturels en considérant que l'éducation ne doit pas être appréhendée seulement comme un outil formel placé au sein de l'école, mais également, comme le propose l'unesco, comme un processus s'exerçant tout au long de la vie incluant des activités extra scolaires pour aider les jeunes au moment où ceux-ci sont sollicités par l'information, la publicité, l'invitation pour de plus en plus de consommation; de même, comment développer pour les plus âgés, des démarches qui se rapportent à l' information, à la formation professionnelle, aux médias, et à la publicité. Tout cela correspond, pour moi, à une partie importante des démarches d'éducation qui doivent prendre en compte tous ces concepts importants ainsi que les buts à atteindre comme l'éradication de la pauvreté. Mais, dans le même temps, les logiques de marché, les liens étroits entre l'offre et la demande offre constamment, et chaque jour, de nouvelles raisons d'augmenter la consommation, de garder présente l'idée que le développement n'est possible qu'en s'appuyant sur une logique consumériste. Sylvia DROVS, National council for sustainable development of Montenegro Le Monténégro a été présenté comme un pays jeune, âgé seulement de deux années, qui a développé une stratégie nationale de développement durable avec son conseil et qui a élaboré un plan d'action national pour l'edd. Je souhaiterais faire quelques remarques complémentaires à celles faites précédemment et en prenant une approche sensiblement différente. Il existe une forte pression anthropique sur le littoral méditerranéen du Monténégro. Au niveau national, il y a un conflit marqué entre le ministre du développement économique et le ministre du tourisme et de la protection de l'environnement, qui est un conflit en lui-même du fait de ses attributions. Par exemple, ils sont en désaccord sur l'aménagement intégré de la zone côtière car ils divergent sur les priorités : l'économie ou l'écologie? Concernant le développement du littoral, qui a été préservé durant de nombreuses années, un changement brutal est intervenu depuis quelques années avec l'arrivée massive d'argent de Russie, d'angleterre et d'autres pays et l'achat de nombreux terrains et de nombreuses maisons sur la côte. Les perspectives pour le développement durable de cette très belle côte méditerranéenne sont très mauvaises. Pour moi la question principale est la suivante : quelle est la raison pour laquelle des gens achètent-ils ces terrains et ces maisons? Que vont-il faire des terrains qu'ils ont achetés? Il y a des scénarios très inquiétants à ce sujet et je ne suis pas la seule à me sentir concernée, car également de nombreuses personnes font référence au "développement durable" craignent que la situation devienne très critique dans quelques années, à l'exemple de la plupart des autres pays méditerranéens. Un des arguments pour excuser cette évolution est de dire : "nous sommes pauvres et nous ne pouvons pas nous payer le luxe de l'écologie"! Je pose donc la question de savoir ce que font les pays européens et pourquoi ne nous avertissent-ils pas des dangers qu'il y a à

273 gaspiller notre capital patrimonial naturel à de seules fins économiques? Nous savons ce qui a été fait précédemment dans les autres pays et nous en connaissons les conséquences. Nous sommes le dernier pays dans cette situation avec l'albanie. Dans ces conditions pourquoi ne nous recommande-t-on pas d'accorder plus d'importance à l'écologie qu'à l'économie? Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» : Merci. Permettez-moi de rappeler que le ministre de l'environnement en Italie a eu le plaisir d'apporter quelque soutien à votre pays pour la préparation de la stratégie de développement durable du Monténégro. Votre exposé soulève la question du court terme et du long terme. La situation à laquelle le Monténégro est confronté au travers de l'aménagement de son littoral a déjà été vécue dans cette partie de la côte méditerranéenne, y compris en Italie... Paul MIFSUD, Coordonateur PAM L'expérience retirée des discussions et des négociations pour le nouveau protocole relatif à l'integral Coastal Zone Management (ICZM), qui à pour vocation d'être l'instrument légal d'aide aux pays confrontés à une situation de développement intensif qui vient d'être décrite pour le Monténégro, me permet d'apporter quelques éléments. La pression pour le développement de la côte par des investisseurs concerne malheureusement tous les pays méditerranéens. Je pense qu'il est important que le Monténégro saisisse l'opportunité de ne pas répéter les fautes qui ont été faites par les autres pays concernant le développement de leur littoral. Selon nos estimations, 40% du rivage de la Méditerranée est déjà "bétonnée" et à moins de dispositions appropriées, ce pourcentage pourrait être de 50% dans les années 2020-2025. Lors des négociations de l'iczm, la question cruciale était de savoir quelle était la question à laquelle nous devions répondre : quelle partie du littoral serait réservée aux loisirs de la population? Certains pays, en fonction de leur politique de développement voulaient plus, d'autres moins. Finalement nous sommes arrivés à la conclusion que l'on devait réserver une bande de 100 m de large. Mais, comme je l'ai déjà dit, cela nous a pris beaucoup plus de temps que prévu pour arriver à un accord sur ce protocole qui représente un autre instrument légal pour les pays méditerranéens, y compris le Monténégro, pour développer une stratégie qui assure un développement durable de leur littoral. Je suis également content de pouvoir dire que les réactions que nous avons reçues est que de nombreux pays progressent vers la ratification de cet instrument légal qui, quand il sera effectif et que les pays seront d'accord pour le mettre en pratique, ils pourront appliquer ses prévisions dans leur législation nationale. Je comprends la situation du Monténégro et les propos de certains qui disent devoir saisir les opportunités pour continuer le développement mais, en même temps, je pense qu'il est important de tirer les enseignements des erreurs des autres afin de ne pas les répéter. Mohamed TAWFIC, Professeur à l université du Canal de Suez, Egypte Je voudrais faire référence au programme européen d'enseignement supérieur Tempus. Ce programme promeut la recherche universitaire entre les pays méditerranéens du Nord et du Sud. Ce serait une bonne idée que de consacrer une certaine partie du budget de ce programme à des projets relatifs à l'edd. Ceci aurait pour avantage de promouvoir l'edd sur les deux rives de la Méditerranée et d'initier un nouveau type de coopération entre ces universités. Lamine KADI, Réseau de chercheurs environnement et développement durable, AUF Je suis universitaire en Algérie et je fais partie du réseau de chercheurs environnement et développement durable de l Agence Universitaire de la Francophonie - AUF. On parle beaucoup ces temps-ci de l Euro-Méditerranée, il y a aussi l initiative récente de l union pour la Méditerranée, et dont on ne voit pas bien encore les contours précis, mais

274 dans le mot union, il y a l équivalent : la solidarité, nous avons évoqué ce concept hier au cours d une session. Je pense que ce nouveau cadre qui est en voie de constitution devrait inscrire comme objectif stratégique et objectif prioritaire le développement durable solidaire du bassin méditerranéen. Evidemment, chacun s'accorde à dire qu un des piliers pour réaliser cet objectif serait l éducation, la formation et le développement des capacités. J imagine un instrument institutionnalisé dans ce nouveau cadre et financé, en partie, par un programme ambitieux de l Union Européenne qui serait la création d une sorte de collège méditerranéen du développement durable où l EDD serait une des missions, mais implicitement répartie entre d autres thématiques. Un tel instrument permettrait de valoriser toutes les initiatives, tous les programmes qui ont déjà été lancés et qui fonctionnent encore entre la rive nord de l Europe et la rive sud, je pense au programme TEMPUS. De nombreux programmes ont permis de constituer des réseaux d universitaires, d acteurs économiques, d associations, de sociétés civiles,... et un collège méditerranéen du développement durable permettrait de valoriser cet ensemble d actions et de créer un cadre où seraient associés tous les acteurs du développement durable car le développement durable est une démarche participative qui doit nécessairement faire appel à tous les acteurs et n en exclure aucun. Cela permettrait de s adosser également à ces réseaux qui existent déjà. Ce n est que dans un tel cadre qu on pourrait appréhender objectivement tous les problèmes de développement durable, d éthique, de gouvernance, etc. Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» : Ceci nous donne l'occasion d'introduire un élément nouveau dans notre discussion : la nécessité de développer des partenariats. Recueillir ensemble différents sujets communs aux pays du Nord et du Sud tout en recueillant également des éléments de l'union européenne. De nombreux programmes et initiatives contribuent déjà à renforcer cette coopération, notamment grâce à des programmes de soutien bilatéraux visant à développer les capacités institutionnelles dans les pays du Sud de la Méditerranée. Une des conditions pour développer ces partenariats est sans doute de prendre en compte de nombreux et différents sujets de manière à appréhender l'ensemble des thèmes interdisciplinaires et d'apporter ainsi une aide aux politiciens qui ont du mal à intégrer le développement durable et raisonner sur le long terme pour les buts et objectifs. Ahmed ABDOLLAH, Fédération marocaine Léo Lagrange et représentant Léo Lagrange Afrique Puisque nous en sommes à dégager des initiatives en matière d éducation au développement durable, je voudrais partager une expérience vécue, la semaine dernière, dans le cadre d un séminaire euro-méditerranéen sur l éducation au développement durable. C est un séminaire qui a regroupé une vingtaine d associations de 7 pays euroméditerranéens. Il s agissait de profiter des dispositifs européens, tels que les programmes européens «jeunesse en action» et «euro-med jeunesse» pour monter des actions de partenariat et de développement pour lancer des procédures et des projets dans le cadre de l éducation au développement durable. Dans le cadre de la coopération décentralisée, il s agit de lancer des Agendas 21 scolaire pour l éducation au développement durable entre des pays, des partenaires, des structures scolaires, éducatives des deux rives de la Méditerranée. Céline BROSSARD, Directrice du centre de découverte du monde marin, Nice Je voulais vous faire part d une action que nous montons actuellement dans le cadre d un programme jeunesse. Nous sommes coordinateurs du réseau «Assises Jeunes et Méditerranée» qui regroupe 12 pays du pourtour méditerranéen, qui concerne des acteurs de l éducation à l environnement, aussi bien des établissements scolaires que des associations ou même des entreprises. Dans le cadre de programmes jeunesse, nous pouvons développer des échanges entre les pays, c est le cas cette année avec la Grèce où nous développons, sur une semaine, des échanges entre des jeunes Français et des jeunes Grecs. On se heurte par contre au fait que bien souvent, nous avons trop de pays. Si on veut

275 monter un échange plus conséquent, les programmes ne sont pas faits forcément pour qu on ait plusieurs pays. L autre souci est que c est l'euro-méditerrannée et que, bien souvent, les pays du sud ne sont pas intégrés dans ces programmes. Conclusion par Philippe PYPAERT UNESCO-BRESCE Pour résumer les interventions, il ressort de ces présentations et de ce débat un élément clé, énoncé par notre collègue du PNUE : les instruments sont en place pour la coopération dans le bassin méditerranéen. Il existe des stratégies, aussi bien pour l ensemble de la région qu au niveau de chacun des pays de la région méditerranéenne, soutenues par leur bureau. Il est important de souligner cela et le fait que rien ne peut bouger s il n y a pas la volonté politique de le faire. Certainement, l Union pour la Méditerranée ne vient pas chambouler tous ces instruments, mais au contraire les renforcer et les rendre plus efficaces, en tout cas c est le souhait de ceux qui ont adhéré à cette initiative politique. Cela nous donne un nouveau cadre pour imaginer des actions dans le domaine de la promotion de l éducation pour le développement durable. Les différentes présentations ont montré très clairement que certaines initiatives sont en cours à divers niveaux, notamment de la part du PNUE avec la formation des capacités au niveau institutionnel, des représentants des ministères, des personnes qui doivent énoncer ces stratégies et les mettre en œuvre. Nous avons parlé aussi de formation plus technique, plus scientifique au niveau de la gestion intégrée des zones côtières. Les autres présentations ont montré également qu il y avait des initiatives en cours au niveau des universités, des enseignants et des enfants dans les écoles. Ce qui m a frappé, aussi bien dans la présentation que dans le débat, c est le fait que même en l absence d une reconnaissance en tant que telle d une région des Nations Unies pour la Méditerranée, c est un peu en-dehors de nos clivages classiques, il y a un sens de réseau, de partenariat très fort dans la région qui se développe actuellement. C est moins formel, mais cela fonctionne. J ai beaucoup aimé l expression «ce sont des réseaux, des partenariats qui permettent à des hommes et des femmes de se rencontrer». Une dernière intervention nous a parlé d échanges entre enfants d écoles, prometteurs pour le futur. Beaucoup de réseaux ont été mentionnés : un projet de réseau d universités ; beaucoup d associations se rencontrent dans le bassin méditerranéen ; un réseau de chercheurs francophones. Une caractéristique à maintenir dans ce bassin méditerranéen est la vivacité du monde des associations, des réseaux et des partenariats. Tant que j ai la parole, je souhaiterais mentionner d autres réseaux qui nous regardent plus directement, en tant qu UNESCO : les réseaux de territoires, sous désignation internationale, comme le réseau des réserves de biosphère qui programme l homme et la biosphère, qui pose, depuis les années 70 déjà, l accent sur le rapport entre l homme et la nature, son environnement en tant que relation qui génère une culture, qui génère la civilisation, qui génère, non seulement ce que nous pouvons observer du passé très riche de cette région aussi, une possibilité d un futur différent. Cette interrogation, ce rapport entre l homme et la nature est toujours au centre de ce programme. Ce programme a désigné des aires pilotes, des aires d expérimentation dans tout le bassin méditerranéen. C est une invitation aussi à considérer ce réseau, en particulier, comme un réseau possible sur lequel travailler dans le futur sur cette question du rapport entre l Homme et son environnement. C est aussi la possibilité d expérimenter : un tourisme différent, des formes de production et de consommation plus durables, des politiques de gouvernance du territoire.

276 Il serait important de poser ces questions dans le cadre de l Union pour la Méditerranée par exemple. Les réserves de biosphère ne sont pas des aires protégées, ce sont des territoires qui contiennent des aires protégées mais elles peuvent aussi contenir des zones touristiques, des zones de production, des villes, de l agriculture. J associerais à ce réseau le réseau des sites du patrimoine mondial. A partir du moment où l'on s intéresse à des sites de paysages culturels, on est obligé, là aussi, de s interroger sur le rapport entre l homme et son environnement. Il est impossible de conserver un paysage culturel sans conserver la communauté qui y vit, sans conserver et développer ultérieurement des formes de production qui permettent de maintenir la forme résultante qu on a voulu protéger en inscrivant un tel site sur la liste du patrimoine mondial. Là aussi, certains sites très intéressants tout autour de la Méditerranée pourraient permettre, de nouveau, de travailler sur ces thématiques. Il faut s interroger également sur les questions sociales, d équité, de réduction des disparités, d élimination des marginalités. Il serait intéressant, justement, de pouvoir les associer dans des lieux très forts où il y a de l histoire, des formes très évidentes de l expression de nos cultures, de nos civilisations, différentes mais aussi très proches. Il y aurait des aspects de ce genre à développer, par exemple l alimentation méditerranéenne en analysant le rapport entre ce qu on mange, ce qu on vend, plus généralement les formes de consommation durable dans la Méditerranée. Qu est-ce qu il y a derrière une offre touristique dans cette région très riche? Qu y a-t-il derrière ce qu on mange? Qu est-ce qui nous rapproche dans nos façons de manger, de produire? Je pense à l huile d olive, à la vigne, au froment, tout ce qui a fait l histoire de nos civilisations autour de la Méditerranée. J en parle avec beaucoup d enthousiasme parce que je ne suis pas, moi-même, méditerranéen. Je viens de la Belgique, mais cela fait quelques années déjà que je vis en Italie, j ai beaucoup voyagé en Méditerranée et cela me passionne vraiment de la découvrir au travers de ses expressions culturelles qui sont l alimentation, les traditions. Là aussi, il y a énormément à valoriser pour nous rapprocher, plus que nous éloigner. Les partenariats, vous avez mentionné les Agendas 21 locaux appliqués à l école. J aimerais aussi mentionner les connaissances traditionnelles, un savoir-faire très riche. On n en parle pas assez, selon moi. Cela va des terrassements à l oasis, la capacité souvent à gérer les ressources naturelles, souvent dans des conditions difficiles ou changeantes. Le bassin méditerranéen est très riche et dans la perspective du développement durable, on peut s inspirer également de ce savoir-faire traditionnel. Des projets se développent dans ce sens, il serait intéressant aussi de les mettre en réseau, de leur donner des moments d échange et surtout leur donner un noyau qui soit une source d inspiration pour les innovateurs, pour la technologie de demain. Le troisième message qui ressort de vos interventions est la nécessité de se donner des priorités. Il est vrai que nous oublions souvent la priorité d attention aux plus démunis et à leurs besoins. Mettre en réseau les acteurs qui travaillent à la satisfaction de ces besoins et les monter dans une perspective d éducation vers l autonomie et la capacité à être acteur d un futur différent est un point de réflexion intéressant, un message clé. Certainement, on peut voir la Méditerranée comme un lieu de grande diversité et grâce à cela, un lieu de grande opportunité pour faire en sorte que les peuples, les personnes se rapprochent et travaillent dans cette perspective. Dans la présentation sur le réseau des universités, qui n est pas pensé comme un réseau nord-sud, mais qui va permettre à des personnes de se déplacer, notamment du Sud vers le Nord, il s agit avant tout de la possibilité d acquérir un regard différent sur le monde et une possibilité de changer, d échanger et d enrichir les points de vue. Il est intéressant de voir, quand on vient du Nord, comment se pose la question du manque d eau, des problèmes d énergie, de gestion des

277 déchets. Il y a des difficultés, aussi, de marginalité, de lutte contre la pauvreté sur la rive nord de la Méditerranée et il est intéressant que les gens du Sud viennent étudier cela. Par rapport à l intervention de la représentante du Monténégro, et pour reprendre la représentation du PNUE, les instruments sont en place, mais il faut une volonté politique avant tout mais également une volonté de tous les acteurs de mettre en œuvre. Le Monténégro est un cas très emblématique de cette question. Dans leur constitution, ils se déclarent avant tout un état écologique, il s agit du premier article de leur constitution. Mais, comme l a exprimé la représentante, ce qui préoccupe les politiciens, les décideurs du pays, c est avant tout le développement économique. Sur la question du tourisme, c est à ce moment qu une approche développement durable serait très importante. Il est vrai qu on peut promouvoir un développement qui donnera, à très bref terme, des avantages économiques au pays mais le développement de ce secteur, au Monténégro en particulier mais aussi dans d autres régions, est très lié au développement du secteur de l énergie et donc à l eau. La grande source d énergie dans ces pays est l eau douce. Le paradoxe, au Monténégro, serait de réussir à fournir l énergie dont le secteur du tourisme pourrait avoir besoin en détruisant d autres sources naturelles importantes. Nous avions débattu, il y a quelques années, d un projet très ambigu d une construction d une digue pour produire l énergie dont ces secteurs ont besoin en détruisant un site du patrimoine mondial, le fleuve Tara, le plus beau canyon d Europe, 1.200m de profondeur. C était vraiment très inquiétant. Vous voyez comme le cercle peut vite se refermer : on bénéficie du tourisme, mais on crée tous ces coûts énormes, et pas seulement en termes environnementaux mais en termes de possibilité de développement futur autour d autres sources et l eau est certainement un facteur très limitant aujourd hui, il le sera encore plus demain dans cette région. L approche avec courage et parfois, comme cela a été souligné, avec plus de difficultés, doit être promu, nous n avons pas tellement le choix. Paolo SOPRANO, Task force «Consommation durable» Merci. En tant que président de cette session, je souhaiterais souligner quelques concepts et poursuivre sur la question des développements contradictoires tels qu'ils ont été présentés par le Monténégro. Je souhaiterais rappeler l'idée que l'italie a proposé comme point central du programme d'environnement au cours de la dernière présidence italienne de l'union européenne : considérer l'environnement non pas comme un obstacle au développement mais comme une opportunité; essayer de se départir de l'idée que la protection de l'environnement implique des réglementations contraignantes et freine le processus de développement, mais comprendre que passer à des processus de développement plus durables représentent une occasion, pour les pays en développement comme pour les économies dites émergentes des pays de l'est de l'europe. L'éducation a un rôle majeur dans touts ces démarches et j'ai déjà dit combien il était nécessaire d'adopter une perspective à long terme, de changer les comportements de chacun en intégrant la fait que les résultats n'apparaîtront pas avant une génération et pas dans les 4-5 ans qui viennent et qui représente malheureusement l'échéance à laquelle se réfèrent les politiques qui ne considèrent que le temps de leur mandat. Une telle démarche présente de nombreuses difficultés qui ne pourront être surmontées que par une mobilisation de l'ensemble des acteurs, du simple citoyen aux décideurs de tous ordres. L'EDD a un rôle majeur à jouer et pas seulement au sein des établissements scolaires mais, bien entendu, au niveau institutionnel le plus large en faisant également appel aux acteurs sociaux et économiques de notre société.

278 L'importance de la sensibilisation, de l'offre de nouveaux modèles de vie sont fondamentaux, y compris pendant la période d'apprentissage des jeunes. L'investissement concerne essentiellement les jeunes de manière à s'inscrire dans une perspective longue qui verra nos efforts couronnés de succès. Paul MIFSUD, Coordonnateur PAM Une remarque importante de Mark RICHMOND, lors de la session d'ouverture, portait sur la solidarité. Cette notion est très importante lorsque l'on connaît les besoins des pays méditerranéens en développement. Nous savons tous quelles sont les attentes et quels sont les obstacles que rencontrent ces pays en matière de socio-économie et d'environnement et nous devons accorder notre attention à cela. Les pays du Sud de la Méditerranée doivent faire face à tant d'autres priorités, les plus urgentes étant les besoins vitaux, mais nous devons toutefois mettre en avant la durabilité. Cette démarche peut être menée parallèlement avec celle portant sur l'utilisation des ressources. Dans cette situation, la solidarité est un facteur important et il est grand temps que les nations passent des paroles aux actes. Les pays du Sud ont avancé de nombreuses idées et fait de nombreuses déclarations et il est vraiment important que la solidarité avec ces pays leur permette de mettre en pratique ces idées et ces déclarations et de progresser. C'est dans les champs de l'éducation, et d'abord dans celle des plus jeunes générations, que cette solidarité doit s'exercer afin qu'ils puissent changer leurs habitudes, leur culture, leurs attitudes. Ainsi que cela était dit, il est difficile de changer de comportements après tant d'années à agir de la même façon. Nous ne devons pas baisser les bras et il est important de viser les plus jeunes générations et je pense que les conférences comme celle à laquelle nous participons est un pas important dans cette direction. Synthèse de la session par Philippe PYPAERT UNESCO BRESCE L espace méditerranéen est un microcosme, un laboratoire du monde à venir, un espace qui n est pas du tout homogène, qui représente bien les multiples contradictions et tensions du monde actuel, mais aussi toute une série de cultures, de religions, de façon de voir le passé, le présent et le futur. En cela, il représente un espace d expérimentation de l éducation au développement durable très intéressant. Le bassin méditerranéen est aussi un lieu de très fortes identités, de sens d appartenance. Ce bassin peut donc devenir un lieu particulièrement privilégié de rapprochement entre les peuples, de tolérance, de solidarité et d expérimentations de l éducation au développement durable. Il est ressorti très fortement des présentations que les instruments légaux institutionnels sont déjà en place (conventions, stratégie méditerranéenne pour le développement durable). Le PNUE, lui-même, soutient nombre de pays dans cette région dans l élaboration de leur stratégie nationale pour le développement durable, et cherche évidemment à inclure l éducation au développement durable dans ces stratégies nationales. Dans ce contexte, le plan d action pour la Méditerranée aide à la mise en œuvre d un certain nombre d instruments. Au-delà de l aide à l élaboration des stratégies nationales, a été cité le développement des capacités dans la gestion intégrée des zones côtières, des approches récentes qui intègrent le développement durable, avec en premier lieu toute une série d actions de sensibilisation des décideurs publics. Il a été fortement souligné que la volonté politique doit toujours s accompagner de l action, ce qui n est pas assez souvent le cas dans la région.

279 L Union pour la Méditerranée est un projet qui ne vient pas remplacer tout cela, mais qui vient en renforcement notamment de l engagement des gouvernements et des décideurs dans la mise en œuvre des actions nécessaires. Les actions, notamment dans le domaine de l éducation au développement durable, sont laissées à l initiative de partenariats, de réseaux, d acteurs à différents niveaux (associations, universités, écoles, chercheurs, enseignants, agendas 21 locaux). Il y a une très grande diversité qui n est pas seulement culturelle, historique ou environnementale, mais qui tourne aussi autour de toutes ces actions et dont nous devons absolument tenir compte en élaborant des recommandations. Cette session a permis d élaborer un certain nombre de propositions pour des recommandations. Ces recommandations ne sont pas présentées par ordre de priorité, nous ferons ce travail par la suite. Il est important que l éducation au développement durable soit placée tout en haut dans l agenda de l Union pour la Méditerranée. Il faut porter une attention une attention particulière au développement durable, mais l on devrait penser à des actions spécifiques dans le domaine de l éducation au développement durable. Il est nécessaire de penser à des instruments de financement, des échanges, pour enrichir tout ce réseau d actions qui est déjà en place. J ai beaucoup aimé cette phrase : «Ces actions devraient viser avant tout et avoir comme priorité la rencontre des femmes, des hommes et des enfants dans ce bassin», en soulignant l aspect de solidarité de l éducation au développement durable et d attention aux plus démunis. Dans les actions, il faut donc porter une attention particulière au réseau d acteurs qui travaillent à la satisfaction des besoins élémentaires. Dans une perspective d éducation à l autonomie, les personnes doivent être renforcées dans leur rôle d acteurs de leur futur. J ai mentionné certains réseaux déjà établis tels que celui des réserves de biosphère du programme intergouvernemental «L homme et la biosphère» de l UNESCO, mais aussi les sites du patrimoine mondial. Il s agit d un réseau de territoire et j ai été fort intéressé par toute cette dynamique territoriale que la France, en particulier, apporte à l éducation au développement durable. Cela a du sens de proposer des territoires comme des lieux d expérimentation, surtout dans les pays ayant besoin d avancer encore énormément sur ces questions. Ces réseaux se prêtent à ce genre de travail, notamment celui sur la biosphère dans lequel l idée du développement durable est vraiment le point focal de son action depuis les années 70. Il y a ainsi une possibilité d explorer mieux le lien entre l homme et la nature, la culture aussi dans le sens où la richesse culturelle qu exprime le bassin méditerranéen provient de ce binôme. J ai noté aussi l importance de la valorisation des savoirs populaires, des savoir-faire traditionnels et dans des domaines plus divers comme la gestion des territoires, des techniques, de l approvisionnement en eau, de l agriculture, de l alimentation. Nous pourrions avoir les mêmes considérations pour le rôle d agrégation et d échanges que peuvent remplir ces connaissances, notamment en termes d alimentation entre ce que nous avons en commun, ce que nous avons comme différences, ce qui nous rapproche. Un aspect est aussi très important, à savoir les connaissances traditionnelles dans la lutte contre la désertification. C est une nécessité dans la région car il y a un patrimoine de savoirfaire qu il faut absolument conserver. Je parle de l oasis, les foggaras, les terrassements, les techniques des murs à sec, toute une série de choses qui caractérisent la Méditerranée et qui sont autant de sources d inspiration pour des interventions dans le futur. Nous avons eu une présentation détaillée du réseau des universités méditerranéennes pour le développement durable. Il doit être encouragé et soutenu, nous le voyons comme un incubateur de changements dans le système de l éducation, et en particulier des universités,

280 mais aussi comme un système de formation des formateurs et, de façon plus générale, comme instrument de mise en œuvre des stratégies nationales de développement durable dans les pays de la Méditerranée. Ce réseau d une dizaine d universités de la Méditerranée se réunira prochainement, et s engagera dans une action de définition d un curriculum commun. Il va réfléchir sur la façon de vraiment générer ces incubateurs de l éducation au développement durable dans les universités. Enfin, pour la formation des formateurs scolaires, l idée a été lancée d instaurer un collège méditerranéen pour le développement durable. Il s agit de formaliser, en soutien des réseaux, des instruments de formation des formateurs. **********************

281 Session 9 L éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables 21 Sommaire Introduction - Arab HOBALLAH (PNUE) - Michel RICARD (Comité français de la Décennie) - Paolo SOPRANO (Président de la task force «Consommation durable» du processus de Marrakech) Présentations : - Peter AVERY (OCDE) - Fabienne PIERRE (PNUE) - Victoria THORESEN (The consumer citizenship network) Interventions en session et échanges avec la salle Animateurs : Arab HOBALLAH (PNUE) et Fabienne PIERRE (PNUE) Arab HOBALLAH, PNUE Introduction par Arab HOBALLAH, Michel RICARD et Paolo SOPRANO Avant de passer la parole à Michel Ricard, notre hôte et ami dans cette réunion, je voudrais d abord le remercier de nous avoir invité et d avoir associé le Programme des Nations Unies pour l Environnement, et remercier les organisateurs pour cette belle réunion. Je voudrais aussi remercier Victoria THORESEN parce qu elle a fait un très bon travail sur le document qui sera présenté plus tard sur "Here and Now", et l on vous dira pourquoi c est Here and Now quand on parle des modes de consommation et de production, mais aussi ma collègue Fabienne PIERRE qui a beaucoup travaillé pour réaliser le document de synthèse qu'elle vous présentera. Ce document, que l'on va utiliser comme base de référence pour notre discussion, a fait l objet de nombreux échanges entre experts, dont plusieurs sont dans cette salle, et je voudrais les remercier. Dans tous les cas, nous reconnaîtrons de manière très explicite leur contribution à ce rapport une fois qu il sera publié, et j espère que ce sera un rapport qui fera date et qui sera utile pour essayer d avancer sur cette notion d éducation pour une consommation durable. Je dirai deux mots plus tard, mais il est absolument fondamental, selon notre analyse, de prendre l entrée consommation et production durable si l on veut véritablement avancer sur ce que l on appelle le développement durable. Le développement durable reste à mon sens une notion relativement abstraite, j en parle en connaissance de cause, je travaille depuis 21 La session a fait l'objet d'un document préparatoire réalisée par Fabienne PIERRE (PNUE, Paris) à la demande du comité français de la Décennie. Ce document, intitulé " Session thématique sur une consommation durable. Document préparatoire" figure en annexe.

282 quinze ans sur ce sujet, et je pense que l entrée consommation et production est très pratique, et parle aussi bien aux entrepreneurs, aux politiciens qu aux consommateurs. Nous reviendrons là-dessus plus tard, c est tout l objet de la session que nous allons avoir pendant ces quatre heures. Michel RICARD, Président du Comité français de la Décennie Je suis heureux que cette session puisse se tenir, session qui a été préparée dans le cadre d'une étroite collaboration entre le PNUE et le comité français de la Décennie. C'est également pour moi un grand plaisir de retrouver dans l assistance comme à cette tribune un grand nombre de personnes qui s'investissent depuis plusieurs années dans une démarche qui vise à rendre nos habitudes de production et de consommation plus en accord avec le développement durable. Un peu comme un ménage qui essaye de gérer son budget pour ne pas être en rouge à sa banque à la fin un mois, il faudrait que notre planète ne soit pas dans le rouge et adapte son train de vie aux ressources de notre planète dans une logique de pérennité et de solidarité. Or, actuellement, nous vivons à crédit, et dans le contexte actuel de la crise des subprimes, l'on peut sans peine imaginer à moyen terme les conséquences de comportements irraisonnés. La crise financière actuelle n est jamais que l un des avatars d'une civilisation basée sur la surconsommation. Nous sommes trop esclaves des sollicitations qui nous poussent à consommer et l'éducation au développement durable doit pouvoir amener chacun d'entre nous à des comportements plus réfléchis, Notre qualité de vie ne doit pas être mesurée à la seule aune de la quantité de produits manufacturés et de la quantité de produits consommés. L'éducation à une production et une consommation durable et responsable, qu'elle relève des démarches entreprises dans le cadre de la Décennie, du processus de Marrakech ou de toute autre initiative développée au plan régional, national ou international qui nous poussent dans une voie sans issue tant pour nous-même que pour les générations à venir. Arab HOBALLAH, PNUE Il est très important de considérer le développement durable comme un processus au travers des schémas de production et de consommation afin de passer d'une situation non durable à une situation durable. Dans cette démarche, l'edd joue un rôle majeur. Tout d'abord, si vous considérez la richesse de certaines parties du globe, les émissions de CO2 et le consumérisme des nouvelles générations, la jeunesse d'afrique, d'amérique latine et d'asie, si vous pensez à l'accroissement des richesses des Chinois, des Indiens, des Philippins, il ne reste plus beaucoup de place sur notre planète pour répondre à nos besoins et à nos demandes. C'est la raison pour laquelle il est important de travailler sur les schémas de consommations pour les mettre plus en accord avec le développement durable. Ceci est clairement démontré par les analyses scientifiques qui soulignent où nous en sommes : la tendance actuelle s'aggrave, va aller en s'aggravant encore plus puisqu'il ne nous sera pas possible de dire stop aux Chinois, Indiens, Philippins, qui veulent pouvoir répondre à leurs besoins basiques. Ainsi, même en satisfaisant les besoins basiques et en imaginant une faible augmentation de ceux-ci nous serons confrontés à une situation très alarmante et nous avons donc à reconsidérer nos modes de vie : c'est le propos des deux task forces du processus de Marrakech qui sont ici présentes, celle sur l'éducation et celle sur la consommation. L'aperçu environnemental du PNUE, les rapports de l'ocde et de la Banque Mondiale, soulignent clairement que nous n'avons pas la capacité à continuer de consommer comme nous le faisons actuellement car nous n'avons pas assez de ressources. Nous pouvons espérer en partie du génie humain pour créer, inventer, innover, mais il y a des limites à ceci. Un certain nombre de défis et d'opportunités peuvent nous donner quelque espoir, mais globalement la situation est angoissante. Tout d'abord, au cours des 50 années écoulées, en

283 nous référant à des résultats tirés de l'analyse de millions d'écosystèmes réalisés par un millier de scientifques de par le monde, nous avons provoqué un changement de nos écosystèmes bien plus rapidement qu'à tout autre période. Nous avons donc de sérieux défis à relever : les schémas de production et de consommation; l'offre et la demande; l'impact de nos activités sur la santé et l'environnement, la dégradation des ressources dont on sait qu'elles sont insuffisantes; et, enfin, cette notion importante de l'opposition entre l'intérêt personnel et commun. Il y a quelque temps, l'intérêt commun et le bien commun avaient un sens : l'individu appartenant à une communauté, à un village, savait ce qu'était le bien commun; maintenant cette notion est perdue, à l'exception des coins reculés de l'afrique, de l'asie ou de l'amazonie, et ceci est extrêmement préjudiciable pour l'environnement qui ne peut être considéré comme un bien individuel mais géré en fonction d'une approche commune. Heureusement, nous avons quelques occasions, dans la mesure où il y a eu des politiques environnementales ou touchant au développement durable, qui ont donné des résultats concrets, notamment au travers des démarches d'éducation, de sensibilisation et de formation. Également, les gens ont compris que l'environnement profite également à l'économie et que c'est une occasion pour les entreprises de s'intéresser à l'environnement, mais nous devons vérifier que leurs démarches se font en accord avec les principes du développement durable. La perception des consommateurs s'est accrue mais pas suffisamment et nous avons encore beaucoup à faire. Nous devons faire pression sur les acteurs afin que leurs investissements se fassent en accord avec le développement durable mais, comme je l'ai déjà indiqué, si nous pouvons encore compter sur le génie scientifique et social de l'homme pour inventer et innover, les limites existent. Malheureusement, chacun a ses intérêts propres et doit faire avec. Nous avons à faire face à un certain nombre de défis actuels liés aux schémas de consommation et de distribution. Nos connaissances s'accroissent et plus de connaissance permettra d'améliorer nos actions, toutefois nous en connaissons suffisamment pour agir. Nous devons donc réfléchir sérieusement à la manière dont nous pouvons renforcer le cadre d'action global concernant les gouvernements, les entreprises et les citoyens car nous ne pouvons pas traiter séparément les actions de production et de consommation avec chacun des acteurs concernés. Ceci doit être fait conjointement et simultanément ou pas du tout. Notre plus grand défi consiste à trouver la manière de répondre aux besoins et demandes de ces trois partenaires et d'aller de l'avant. Nous devons absolument changer la mentalité des gens et voir de quelle manière nous pouvons intégrer l'ensemble de ces composantes au travers de l'éducation, de la régulation et de l'incitation. L'éducation pour une consommation durable doit être abordée selon une approche très large. Nous devons développer cette éducation au sein de stratégies et prendre en compte les schémas de production/consommation, les plans nationaux, les stratégies diverses, afin de démontrer le lien entre consommation, production, et les comportements des citoyens. Nous disons beaucoup que nous n'agissons pas assez et il est important que nous trouvions le bon mécanisme pour informer le citoyen et promouvoir la responsabilité collective. Nous devons nous assurer que nous avons les bons objectifs holistiques. Nous avons à la fois besoin de mitigation et d'adaptation et nous devons travailler sur les deux, de même que sur l'efficacité des processus par rapport à l'épuisement des ressources et à la durabilité de nos ressources. L'attitude de chacun, qu'il soit à la tête d'un pays, dans une organisation des Nations Unies ou un simple citoyen qui est de dire "pourquoi moi? Laissons les autres prendre l'initiative!" est un des problèmes majeurs que nous rencontrons dans le domaine du développement durable : qui sera assez courageux pour faire le premier pas? Notre approche ne consiste pas seulement à promouvoir l'environnement à partir d'une perspective écologique, mais l'environnement pour le développement. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons arriver au développement durable par le biais de la production et de la consommation car chacun peut ainsi voir les résultats concrets au plan de la santé, du budget ou de l'environnement. Le propos du processus de Marrakech, au travers d'un

284 programme de 10 années sur la consommation et la production durables tel qu'il nous avait été demandé de le préparer à Johannesburg, débouchera sur un rapport qui sera présenté dans deux ans lors de la prochaine réunion de la Commission pour le Développement Durable (CSD) des Nations Unies. Nous avons un grand nombre de publications sur notre site (www.unep.fr). Nous sommes prêts à coopérer avec tout acteur désireux d'avancer sur cette thématique. Nous avons entrepris une analyse globale des styles de vie en essayant de définir ce qu'est exactement un style de vie durable, dans le respect des différentes cultures et en essayant d'adapter ces principes à chaque région et à chaque culture. Il y a des thèmes spécifiques au tourisme ainsi qu'aux autres secteurs et nous essayons de voir comment nous pouvons progresser vers des changements réels. Une analyse récente de HEC montre que c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité que nous trouvons face à un risque potentiel majeur que nous avons nous-mêmes suscité. Paolo SOPRANO, Président de la task force "Consommation durable" Je représente ici la task force sur I éducation à une consommation durable, une initiative de l'italie au sein du processus de Marrakech et je voudrais remercier le comité français de la Décennie des Nations Unies pour l'edd et son président, d'avoir eu l'initiative de cette session qui nous donne l'occasion de partager les résultats de notre travail. Je voudrais également remercier le PNUE pour avoir organisé cette session et plus particulièrement sa division travaillant sur les aspects économiques, industriels et technologiques. En 2005, à l'occasion de la mise en œuvre de la Décennie de l'edd, les Nations Unies ont souligné le rôle clef dans l'instauration des objectifs du développement durable et de création d'un modèle de société s'y référant. Si l'on considère l'augmentation de l'industrialisation des pays en développement et l'impact de ces activités sur l'environnement, il apparaît urgent de considérer les conséquences globales des modes de vie individuels, des choix, et de redéfinir des modèles de consommation plus en accord avec le développement durable. Les modèles de consommation habituels, en particulier dans les pays développés, sont à l'origine de la détérioration croissante de l'environnement de notre planète. Dans le même temps, une grande partie de la population de notre planète ne peut pas être considérée comme étant des consommateurs car jour après jour ils luttent pour survivre car ils n'ont pas accès aux ressources basiques comme de l'eau potable ou un minimum d'énergie. Ces besoins basiques, et notamment l'accès à l'eau potable. Pour ces raisons, la promotion d'une consommation durable et de schémas de production adaptés doivent être considérés comme relevant d'une responsabilité globale. L'éducation représente l'outil destiné à aider les individus à acquérir les compétences et les connaissances leur permettant d'être mieux informés sur les acteurs clés d'un processus conduisant à des comportements intégrant la consommation et la production durables. La task force sur l'éducation pour une consommation durable représente, dans le cadre du processus de Marrakech, un effort pour aller dans cette direction et une contribution concrète à la mise en œuvre de la Décennie des Nations Unies de l'edd. Quand l'on se réfère aux objectifs mentionnés dans le chapitre 3 de la déclaration de Johannesburg, le processus de Marrakech apparaît comme une initiative globale destinée à aider à l'implémentation de la consommation et de la production durables (SCP) et à l'élaboration d'un programme d'action de 10 ans pour soutenir des initiatives nationales et régionales afin d'accélérer l'évolution vers la SCP. Les résultats de ce processus seront exposés et discutés en 2010-2011 devant la commission du développement durable des Nations Unies (NU-CSD) au cours de ses 18 et 19 sessions. En particulier, lors de la 18 session, en 2010, seront présentées les compilations des meilleures pratiques en matière de consommation et de production durables afin de mettre en valeur les progrès accomplis. Lors de la session suivante, la CSD 19 en 2011, seront abordées les questions plus politiques avec des négociations portant sur la manière de surmonter les contraintes, obstacles et barrières rencontrés dans la mise en œuvre de ce programme décennal.

285 Afin de contribuer au processus de Marrakech, l'italie a proposé de prendre le leadership de la task force sur l'éducation pour une consommation durable. Cette task force a démarré en mai 2006 lors de la 14 session de la CSP des Nations Unies à New York. Le rôle majeur de cette task force est de se focaliser sur le rôle de l'éducation formelle et ainsi de contribuer au développement et au renforcement des schémas de production et de consommation durables en prenant l'éducation comme un outil d'implémentation à court et long terme. Les changements de comportement nécessitent l'élaboration de nouveaux modèles de développement de même que des mesures immédiates d'accompagnement dans les secteurs stratégiques. En collaboration avec le PNUE, l'unesco et le "Consumers Citizenship Network", la task force sur l'éducation pour un consommation durable a publié des guides et des recommandations un document sur l'esc. Here and now, qui est le titre de la publication, représente la première contribution concrète au processus de Marrakech. Elle met particulièrement l'accent sur les points suivants : aider les décideurs à comprendre l'importance de l'esc qui se rattache également à d'autres démarches comme la citoyenneté, la participation démocratique, la protection de l'environnement ou encore la politique énergétique et climatique; deuxièmement, fournir des recommandations à la classe politique sur la matière d'intégrer l'esc aux autres processus d'éducation et de développement; troisièmement, apporter aux éducateurs des outils pédagogiques afin qu'ils incluent l'esc dans les curricula; Here and now se compose de trois sections différentes mais intégrées. La première concerne les défis et a été rédigée à l'intention des politiques et contient l'argumentaire pour l'éducation à la consommation durable ainsi que des suggestions pour des plans d'action. La deuxième, valoriser les opportunités, est destinée aux responsables de l'éducation, aux enseignants, aux formateurs et contient des suggestions pour les programmes. La troisième section enfin, est une revue des ressources et des outils pédagogiques existant ainsi qu'une liste de sites web. La liste des niveaux, principes et objectifs qu'implique la mise en œuvre de l'esc concerne divers niveaux politiques et prend en compte un certain nombre de constats : mettre l'accent sur l'interdisciplinarité de l'éducation à la consommation; faire en sorte que les activités quotidiennes et la gestion des institutions d'éducation reflètent la priorité qu'ils accordent au développement durable, sinon l'on aura des enfants dans des bâtiments ne prenant pas en compte le développement durable; inclure les équipes, les thèmes, les modules, les cours et les diplômes se rapportant à l'esc dans des curricula formels; encourager la recherche en ESC dans les thèmes s'y rapportant; renforcer les échanges entre chercheurs, enseignants, lecteurs, formateurs, acteurs socio-économiques et autres parties prenantes; renforcer la coopération entre les professionnels des diverses disciplines afin de développer des approches intégrées de l'esc, et qui ne soient pas une sorte de réseau scientifique ou géographique, mais réellement un dispositif croisé d'éducation; faciliter l'éducation et la formation des enseignants afin qu'ils agissent de manière à renforcer des démarches prospectivistes dans les champs de l'esc; reconnaître les pensées innovantes en matière d'esc et s'assurer que l'esc respecte les connaissances traditionnelles, la diversité culturelle, et reconnaisse les modes de vie alternatifs; stimuler l'apprentissage intergénérationnel comme aspect intégré de l'esc et fournir les occasions de mettre en pratique les études théoriques par une implication sociale et un service à la communauté. Cette conférence représente une des nombreuses occasions de faire connaître les actions de la task force et notamment de diffuser le document "Here and Now". Il y a quelques jours, à Paris, l'ocde a souligné notre travail sur l'esc lors d'une conférence organisée conjointement avec le PNUE et le comité de l'ocde sur la consommation. Nous espérons pouvoir continuer notre collaboration avec l'ocde et ce comité. En 2009, se tiendra la conférence de Bonn sur l'edd organisée par l'unesco et ceci nous fournira une autre occasion de rappeler la complémentarité entre ESC et EDD et de promouvoir les échanges internationaux en matière d'esc, particulièrement entre le Nord et le Sud, afin de réaliser un

286 inventaire des processus menés dans le cadre de la Décennie de l'edd et de développer des stratégies pour le futur. Je crois que "Here and Now" constitue une substantielle et pertinente contribution à la Décennie et souligne l'importance de l'esc dans l'accomplissement des objectifs de l'éducation pour un développement durable. J'espère que les activités de la task force seront suivies par de nombreux autres acteurs et participants car, comme je l'ai dit, elle correspond à une initiative qui fait largement appel à l'action volontaire. Le travail en coopération avec les 6 autres task forces du processus de Marrakech peut être considéré comme un élément majeur à la préparation de la CSD 18 sur la production et la consommation. Ainsi que cela a été dit par Arab HOBBALAH : le développement durable est un processus global et pas seulement une liste d'objectifs. Je pense que nous devons apprendre par l'action, en soutenant le développement durable. La relation entre production et consommation est au cœur des processus des principaux mécanismes qui conditionnent notre vie au travers du marché. Si nous arrivons à changer certains des mécanismes de base dans le sens d'une amélioration des démarches de production et de consommation, je pense que nous aurons apporté beaucoup au développement durable. Le travail de l OCDE en matière d éducation à la consommation durable par Peter AVERY OECD/OCDE Nous avons plusieurs défis face à nous en matière de développement durable et de consommation. Nous avons beaucoup de travail à accomplir et nous sommes donc ouverts à toutes les coopérations pour relever ces défis. Je suis ici aujourd'hui pour vous parler du travail réalisé par l'ocde en matière d'éducation du consommateur avec une attention particulière pour l'éducation à la consommation. Tout d'abord un bref rappel sur l'ocde. C'est une organisation intragouvernementale qui réunit 30 pays de l'europe de l'ouest, le Japon, la Corée, l'australie, l'amérique du Nord, mais nous sommes en train de réfléchir à l'élargissement de cette assemblée à la Russie, au Chili, à l'estonie, à la Slovénie et à Israël. L'OCDE couvre les champs sociaux et économiques, aussi bien les taxes sur l'environnement que l'emploi ou encore les aspects sociaux divers. Nous avons environ 200 comités, l'un d'entre eux ayant pour thème les politiques de consommation. Nous réunissons dans notre comité les représentants en charge des politiques de consommation dans les pays membres de l'ocde et nous nous réunissons deux fois par an. Nos sujets de réflexion actuels sont ceux du e-commerce, de la sécurité des produits, de l'économie des consommateurs et plusieurs thèmes transversaux, incluant la consommation durable et nous faisons également un important travail sur l'éducation du consommateur. Brièvement, en ce qui concerne nos projets touchant à l'éducation du consommateur, nous avons constaté que la politique de consommation devait intégrer la protection du consommateur, mais également rechercher les moyens de mieux armer les consommateurs afin d'améliorer les marchés. Les marchés se sont largement ouverts avec la mondialisation, créant toutes sortes de nouvelles possibilités pour les consommateurs et, plus particulièrement, les avancées technologiques comme internet qui ont apporté aux consommateurs de nouvelles filières, mais également, de nouveaux problèmes. Du point de vue du consommateur nous avons constaté que la sollicitation de ces nouveaux marchés nécessite de la part des consommateurs d'être parfaitement informés. Le comité a donc décidé, dès 2007, qu'il fallait prendre la peine d'explorer ce qui existait en matière d'éducation des consommateurs dans les pays membres et ce que nous pouvions faire pour améliorer cette éducation. Les buts de notre projet sont les suivants : examiner les approches que les pays ont mises en place pour fournir une éducation aux consommateurs;

287 identifier des politiques et des programmes efficaces; développer des recommandations pour mettre en place des politiques visant à renforcer l'éducation des consommateurs. Ce travail est donc lié avec ce qui se fait par ailleurs dans diverses instances. Concernant les résultats, nous avons préparé un rapport analytique qui est vraiment approfondi. Nous avons mené une série de recherches indépendantes, mais nous avons également interrogé les pays membres sur leur politique et nous leur avons demandé de réaliser une évaluation qui mettrait en relief les bonnes comme les mauvaises pratiques. Ce rapport concerne 27 pays dont 4 pays non-membres comme le Brésil, le Chili, la Thaïlande et la Malaisie. Le rapport préliminaire vient d'être terminé. Les points clés et les observations contenus dans ce rapport mettent l'accent sur les divers aspects de l'éducation des consommateurs, avec un regard sur les buts et les objectifs. Nous pensons qu'il est important, dans toute politique, d'établir ce que sont les buts et les objectifs. Nous avons constaté que la plupart des pays s'accordaient sur la nécessité de mettre en place une éducation du consommateur, malheureusement le processus de définition des buts apparaît souvent insuffisant et fragmentaire et les stratégies peu développées et mal définies. La mise en œuvre des politiques d'évaluation, telles que les met en œuvre l'ocde, n'est pas facile à réaliser à la fois en raison de la difficulté de réaliser les mesures et de la difficulté de développer des indicateurs appropriés. La complexité du processus d'évaluation peut être surestimée, mais ce n'est pas une raison pour ne pas réaliser cette évaluation. D'une manière générale, nous constatons que les processus d'évaluation ne sont pas suffisamment réalisés par les pays et il serait nécessaire de mettre en place des subtechniques qui pourraient être développées. Dans l'étude des principales approches relatives à l'éducation du consommateur, nous avons regardé deux aspects. Le premier concerne le processus, nous avons noté l'importance de l'éducation en milieu scolaire : nous avons noté que rarement l'éducation à la consommation constituait une discipline séparée et il semble, que dans la plupart des pays, l'esc est intégrée aux autres disciplines. Une exception concerne les pays nordiques qui ont développé une discipline spécifique enseignée séparément. Dans le rapport est également présenté le fait que certains défis clé ont été identifiés par les pays eux-mêmes, incluant la nécessité d'améliorer la qualité, les problèmes liés à des ressources limitées et un important manque de motivation de la part des éducateurs et des éduqués. Sur ce point nous devons nous interroger : s'il n'y a pas de motivation, il sera difficile, à de nombreux points de vue, de progresser. Nous nous sommes également penchés sur l'éducation non formelle associée à l'éducation scolaire. C'est un aspect important, complémentaire de l'éducation formelle, et nous avons noté de bonnes initiatives au Danemark, au Portugal, en Slovaquie et en Autriche. L'éducation formelle non scolaire, importante pour les adultes, est un vrai défi et présente des difficultés car les adultes n'ont souvent pas le temps et ne sont pas particulièrement motivés. Si l'on se penche sur l'éducation du consommateur, thème par thème, nous notons que ce n'est que rarement que les différents pays ont fait figurer l'esc dans leurs politiques ou dans leurs directives. Le Royaume-Uni, la Corée, le Japon et la Hongrie sont des exceptions dans la mesure où ils ont identifié conceptuellement l'esc comme quelque chose qu'ils aimeraient faire alors qu'en fait, ils n'ont pas réellement avancé dans l'implémentation d'un plan pour l'éducation tout au long de la vie. Le Japon travaille toutefois activement dans cette direction et nous sommes curieux de voir quelles seront les avancées dans les années à venir. Au plan thématique, une des approches consiste à regarder l'éducation à la consommation au travers d'un ensemble de sujets ciblés et c'est le moyen qu'ont adopté un grand nombre de pays. Ceci inclut la consommation durable ou l'éducation sur le changement climatique ou encore la protection des consommateurs contre la fraude et la sécurité des produits. Cette démarche est fréquente et nous observons alors des programmes et des approches

288 qui concernent, pour les plus populaires, les personnes âgées, les plus jeunes, les femmes ou encore les immigrants. En ce qui concerne la manière dont doit être délivrée l'éducation au consommateur par les gouvernements, qui est notre première préoccupation, nous avons constaté une forte décentralisation et une coopération entre les diverses agences souvent faible. L'implication des ministères de l'éducation est souvent faible et les associations de consommateurs sont donc amenées à prendre le relais, mais là également les contrées nordiques se différencient. Au plan du partenariat public-privé, l'on constate une augmentation de leur importance et de leur efficacité. Des exemples intéressants existent en Australie avec des initiatives associant le gouvernement et où les institutions financières et académiques sont fortement impliquées dans la mise en œuvre de l'éducation du consommateur au travers des approches financières et en France où le secteur privé et le gouvernement, accompagnés d'autres organisations, ont développé des programmes très élaborés pour améliorer l'information sur l'efficacité énergétique et sensibiliser fortement au changement climatique. La prochaine étape pour l'ocde est la finalisation du rapport dans les prochains mois. Ensuite, la prochaine étape consistera à développer un ensemble de recommandations pour le printemps 2009. Brièvement, pour revenir à la réunion du 24 octobre 2008 commune avec le PNUE et la task force des États-Unis, nous avons réuni des membres des représentants officiels des gouvernements, des associations de consommateurs, des entreprises, des institutions académiques et des ONG. Nous sommes penchés sur l'éducation des consommateurs au plan général, mais nous avons eu une session particulière sur l'éducation pour le développement durable. Les points clé et les observations préliminaires qui ressortent de cette réunion sur l'éducation du consommateur à la consommation durable sont que le paradigme et le sujet sont importants et qu'ils ont de profondes répercussions sur le comportement des consommateurs. Il est extrêmement important de définir des valeurs dès le plus jeune âge lorsque les enfants qui vont à l'école passent beaucoup de temps avec leurs professeurs qui peuvent les influencer, parfois profondément. L'accent mis sur les valeurs de la citoyenneté est fondamental à ce stade. Information et sensibilisation sont souvent comparées. Les consommateurs reçoivent une grande quantité d'informations, mais n'ont pas la capacité à utiliser ces informations de manière critique faute d'éducation. Il est important que tous comprennent ce qu'est réellement l'éducation et de faire la distinction entre conscientisation et information. Nous avons également entendu qu'il faut faire à la fois appel à la régulation et à l'éducation dont le mélange des deux peut augmenter fortement l'efficacité de l'approche du consommateur. La régulation tendrait plutôt vers le secteur de la production quand l'éducation concernerait plutôt l'aspect consommation. Il faut que nous analysions en profondeur ce que nous pouvons faire vis-à-vis de la consommation afin de développer des politiques plus efficaces. Les outils pédagogiques ainsi que les ressources qui s'y rattachent sont souvent insuffisants. Les approches par le web sont prometteuses, mais ne peuvent représenter qu'une partie de la solution. Je souhaite féliciter le PNUE pour son travail et "Here and Now" est une démarche qui apporte des avancées remarquables sur la voie de l'esc. La formation des enseignants est inadéquate, les incitations des enseignants et des élèves pour se saisir des questions du développement durable sont faibles et les curriculums sont déjà surchargés. Ainsi, à moins que les priorités ne soient changées, la possibilité d'influencer l'étudiant au cours de ses années de formation sera limitée. C'est la raison pour laquelle les directives de "Here and Now" sont particulièrement importantes pour montrer la voie pour l'avenir car elles apportent des recommandations pratiques et décrivent la manière de les mettre en œuvre. Un autre point : les initiatives en matière d'esc sont souvent coordonnées par le ministère de l'environnement; les dimensions socio-économiques sont des composantes essentielles et doivent être prises en compte. Des approches plus inclusives sont nécessaires et les

289 associations de consommateurs plus activement sollicitées. Les stratégies de développement durable sont souvent peu explicites quand il s'agit d'éducation, elles ne sont pas bien coordonnées et souvent redondantes. C'est un aspect qui doit être mieux pris en compte d'autant plus que nos ressources sont limitées. Il faut que nous comprenions le comportement des consommateurs, ce qui le motive de manière à avoir des indications sur la manière de changer ses habitudes. Nous devons travailler avec le consommateur et non pas contre lui, ce que l'on fait peut-être trop souvent. La vision sélective du consommateur est une chose avec laquelle nous devons accepter et ce particulièrement dans le domaine de la consommation durable. Le suivi des consommateurs a prouvé son importance dans la mise en œuvre de politiques ciblées. Avons-nous besoin d une éducation à la consommation durable? par Victoria THORESEN The consumer citizenship network Nous avons écouté plusieurs présentations sur l'éducation du consommateur et je souhaiterais poser une question : y-a-t-il ici une personne qui peut se dire éducateur de consommateur Pas beaucoup, ce qui est intéressant. Y-en-a-t-il beaucoup qui peuvent se dire enseignant en environnement? Peu. Enfin, combien d'entre vous dépensent du temps et de l'énergie à enseigner l'éducation civique? Peu. J'ai cité ces trois catégories parce que ce sont des acteurs importants, peut-être les acteurs les plus importants.nous avons eu des descriptions de l'éducation à la consommation telle qu'elle a été pratiquée durant plusieurs années et l'on a mis l'accent sur d'autres aspects comme les questions sociales, les questions environnementales, Quand on parle d'éducation à la consommation durable aux gens, ils vous regardent et ils disent "Quelque part sous l'arc-en-ciel, cela ne peut pas se faire, vous ne pouvez pas changer l'attitude des gens. Les gens sont avides, égoïstes, hédonistes. Vous n'arriverez jamais à réaliser un changement radical dans le mode de vie des gens!". Cependant, je ne sais pas si je suis d'accord avec cela. La question est : pourquoi avons-nous besoin d'une consommation durable? Nous avons entendu plusieurs présentations sur ce sujet et je souhaiterais vous demander de vous rappeler que lorsque nous parlons de consommation durable nous faisons référence à des choses qui se rattachent directement à la crise financière que connaît le monde actuellement. Nous parlons de choses qui sont en lien direct avec la pauvreté, à la question de la disparité disproportionnée de la distribution des ressources, des services et des produits dans le monde; nous parlons de problèmes et de thèmes qui se rattachent à la limitation des ressources naturelles; nous parlons également d'insécurité nationale et internationale, mais également de conflits qui résultent généralement de la volonté d'accéder à certaines ressources; il est également question de dégradation de l'environnement; il est enfin question de maladies physiques et mentales et d'addictions. Quand nous parlons d'éducation à une consommation durable, nous devons nous rappeler les aspects sociaux, économiques et environnementaux. Les aspects sociaux sont parfois effrayants. Les problèmes auxquels nous devons faire face, à la fois en termes de santé et de sécurité, sont énormes. Nous savons aussi que la criminalité augmente. Dans ces conditions, pourquoi une éducation pour une consommation durable. Si nous sommes d'accord sur le fait que nous devons changer nos façons de consommer, de faire des choix, de vivre, alors pourquoi devons-nous l'apprendre? Le rapport de l'ocde mentionne que l'éducation des consommateurs s'est focalisée, plutôt bien, sur la protection du consommateur et sur les données de base de l'information des consommateurs. Il a aussi apporté un certain nombre de compétences comme sur la manière d'avoir une analyse critique, mais nous n'avons pas appris beaucoup sur les intérêts du public qui se référent à des questions sociales ou environnementales.

290 Quels sont les défis clé? J'ai choisi de prendre les défis présentés dans le rapport de l'ocde sur l'éducation du consommateur. Il y a un manque de stratégie globale. Nous devons améliorer la qualité de l'éducation. Nous devons également considérer les possibilités réduites offertes au sein de l'école. Comment pouvons-nous améliorer ceci? Comme professeur, vous subissez en permanence l'ajout de nouveaux thèmes que vous devez inclure dans les curriculums. Quel est le lien de tout ceci avec l'edd? Bien sûr, c'est une partie essentielle, mais nous pouvons également faire le même raisonnement pour d'autres thèmes. Il y a un manque de cohésion, mais également un manque de motivation. En outre, comme nous avons des ressources limitées, comment allons nous éduquer et aider des gens à apprendre sur l'esc quand il nous manque les outils que nous utilisons habituellement dans d'autres matières plus traditionnelles? Il y a plusieurs façons de faire cela. Nous devons identifier les résultats de l'apprentissage, les résultats génériques; nous devons être capable de porter un regard critique sur nousmêmes; nous devons faire preuve de responsabilité sociale et environnementale sur une large échelle, pour ma communauté, pour moi et pour ma famille, mais aussi globalement; nous devons être capables de développer des actions et de s'y impliquer; en outre les Agenda 21 progressent lentement mais sûrement. C'est une longue liste et nous ne pouvons pas la décrire en entier mais dans "Here and Now" vous trouverez une liste de compétences qui doivent être acquises à l'issue du processus d'éducation à une consommation durable. Ces compétences sont générales, mais essentielles et prennent même en compte l'utilisation d'internet et comment se passer des réclames. Toutes peuvent être appliquées aux thèmes que nous développons. Nous n'avons pas les réponses aux problèmes de demain. Si vous regardez dix années en arrière, nous devons reconnaître que nombre de problèmes et de défis auxquels sont confrontés les jeunes d'aujourd'hui en tant que consommateurs nous étaient alors totalement inconnus. Combien d'entre nous avaient à décider alors s'il choisirait du chocolat avec ou sans OGM. Ces choses-là arrivent maintenant tous les jours et nous devons développer des idées, des capacités à rechercher de nouvelles solutions pour nos étudiants ou pour nos enfants. Les thèmes de l'esc concernent aussi bien les questions liées à la qualité de la vie que des questions plus spécifiques comme les droits, la responsabilité, la santé, la sécurité ou encore le changement de modes de gestion. Connaissez-vous le mot glocal? qui signifie à la fois global et local. La méthodologie de l'esc doit être glocale, personnelle, pratique et créative. Cela signifie, dans une approche d'évaluation, nous pouvons utiliser ces quatre mots chaque fois que nous mettons en œuvre une session d'apprentissage ou de formation. Les méthodologies sont multiples, il y a beaucoup à faire et de nombreuses manières de le faire. Dans une salle de classe, vous avez toutes les possibilités, y compris emmener les gosses en dehors de celle-ci et leur faire découvrir leur voisinage afin qu'ils voient ce que font les gens car, quand ils expérimentent des exemples d'innovation sociale, ils sont inspirés à chaud et ils découvrent les choses par eux-mêmes. Je voudrais vous rappeler les principaux points de cet itinéraire - à l'exemple de l'échelle qui permet d'aller de l'autre côté de l'arc-en-ciel afin d'être sûrs que les principes dont nous parlons seront bien enseignés dans les écoles. Coment les intégrer dans les curriculums, comment encourager la recherche, comment renforcer les liens entre la société civile, l'entreprise et l'éducation? Que pouvons-nous faire? Avez-vous des idées et comment pouvons-nous les mettre en œuvre? Comment pouvons-nous convaincre les politiques d'agir? Comment renforcer les coopérations entre les disciplines, comment le réaliser ensemble et comment encourager cette nécessaire coopération? Comment intégrer ceci dans la formation des enseignants? Comment récompenser l'innovation? Est-ce que les gens ont besoin de récompenses ou

291 d'autres types de motivation? Comment faire respecter les connaissances traditionnelles et les styles de vie alternatifs et comment éviter que tout ceci soit occulté? Comment encourager l'apprentissage intergénérationnel alors que nous pouvons difficilement comprendre ce que disent les adolescents? Comment encourager, stimuler, créer des occasions pour faire aboutir nos idées et nos enseignements au sein de la communauté afin que nous puissions aider les autres à comprendre comment ils peuvent adopter des modes de vie durables? Qui peut prendre ces décisions qui conduiront au changement et que pouvons-nous faire pour être sûrs que ces recommandations que nous allons faire lors de cette réunion seront prises en compte dans l'avenir et éviter que cette conférence soit une autre conférence comme beaucoup avec quelques recommandations sur du papier? Qu'allons nous faire quand nous serons revenus chez nous? Voici toute une série de questions et je nous souhaite bonne chance pour y répondre. Interventions en session et échanges avec la salle Fabienne PIERRE, PNUE, France Je souhaiterais vous rappeler les objectifs de cette session sur l'esc. Nous avons 5 points à traiter. Le premier porte sur l'intégration de l'esc dans les institutions d'éducation et dans les curriculums sous la forme de thèmes transversaux. Ensuite, nous aborderons l'esc dans la formation professionnelle, puis l'esc en tant que moyen de sensibilisation avec un volet plus consacré à sa place dans les médias qui représentent un aspect important de la démarche. Il serait souhaitable que nous puissions également aborder la question de la coopération entre les diverses parties prenantes au niveau local. Le dernier point pourrait porter sur la façon dont on peut évaluer l'impact de l'esc. Il serait bon que nous puissions également réfléchir à la manière de mettre en œuvre "Here and Now". À la fin de la session, il serait bien que nous puissions également parler de l'esc dans la région méditerranéenne. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Le premier thème est donc celui traitant de la manière d'intégrer l'esc dans les curriculums actuels des écoles et des universités. Nous sommes à l'écoute de vos propositions constructives en essayant d'éviter les commentaires sur ce qui n'a pas marché. Khadi DIOP, Ministère de l'éducation, Dakar, Sénégal Je m appelle Khadi DIOP, je viens du Sénégal et je suis membre du Réseau francophone pour l éducation en vue du développement durable. Nous avons entendu beaucoup de choses très intéressantes sur le travail mené par le PNUE dans le cadre de l éducation pour le développement durable, de manière globale, mais surtout avec une entrée pertinente par rapport à l éducation à la consommation. Nous sommes tout à fait d accord sur la pertinence d un tel choix. Par rapport à la question qui est posée, je pense qu on nous a un peu mis dans un canevas pour l intégration de cette dimension dans les programmes, surtout quand on sait qu au niveau de l éducation, il y a trois sous-secteurs, le secteur formel, le secteur non formel et le secteur informel. Pour ce qui est du secteur formel, c est surtout dans le domaine de l enseignement scolaire que nous avons travaillé. Nous avons développé plusieurs programmes, à l instar de ce qui se fait peut-être ailleurs : éducation à l environnement, développé par le ministère de l Environnement, mais avec également une intervention du ministère de l Éducation nationale ; éducation à la vie familiale en matière de population, qui était un projet financé par les Nations Unies et qui était aussi réalisé dans le cadre du ministère de l Éducation ; éducation aux droits, etc. Ceci pour dire qu il y avait beaucoup de projets qui convergeaient vers l éducation en vue du développement durable. Et récemment j ai entendu parler de l éducation à la consommation au niveau de notre ministère de l Environnement.

292 Pendant dix ans, nous avons eu à dérouler ces programmes, nous avons eu à les évaluer et à les intégrer dans le nouveau curriculum. Nous avons pris l initiative depuis cinq ans de réécrire le curriculum de l éducation de base car nous avons constaté que les enseignants étaient trop pris par les programmes classiques pour introduire, par eux-mêmes, les innovations pédagogiques visant à intégrer l'edd. Il fallait donc que l'on qu on réorganise et que l on essaye de voir comment intégrer tous ces programmes sectoriels dans un programme global qui serait enseigné au niveau de l école. Nous avons donc pris l initiative de réécrire les programmes qui sont en vigueur chez nous depuis 1979. Donc nous avons modifié le nouveau curriculum de l éducation de base en prenant en compte tout ce qui se faisait au niveau des autres programmes sectoriels. Nous avons formé les différents acteurs, surtout les enseignants. Nous avons partagé avec la communauté éducative, les parents d élèves et les élèves, sur ces nouveaux programmes qui ont été intégrés, et ceci s est fait dans le cadre de l approfondissement de l offre éducative. Parce que nous avons des difficultés au niveau de la scolarisation, et l'on s est dit que ce sont des thèmes qui peuvent aider à élargir l accès à l éducation. Nous avons également sensibilisé les populations aux thèmes du développement durable. Nous avons maintenant un programme global au niveau du ministère, c est le nouveau curriculum de l éducation de base que nous avons commencé cette année à généraliser. Et nous l avons accompagné d une démarche de renforcement des capacités afin que les enseignants, qui sont appelés à enseigner ces programmes, soient vraiment en capacité de le faire. Comme approche pédagogique, nous avons l entrée par les compétences. Nous avons dit que ce sont des compétences qu il nous faut installer au niveau des élèves, pour qu ils puissent s approprier toutes ces choses nouvelles qui sont là pour compléter ce qui se faisait déjà au niveau de l école. Chez nous, c est donc maintenant un programme global qui cristallise toutes ces préoccupations en matière de développement durable. Myriam BOUVERAT, Fondation Éducation et Développement, Suisse Je voudrais dire que j ai de la peine à différencier l éducation à la consommation telle que vous la présentez et l éducation en vue du développement durable. Pour moi, les compétences et les thèmes présentés sont exactement les mêmes que ceux qu on utilise en Suisse pour parler d éducation en vue du développement durable. Il n y a aucune différence. Donc je trouve intéressante votre approche, mais pour nous il n y a pas de spécificité de l éducation à la consommation puisqu elle recoupe exactement ce qu on met, nous, par rapport à une éducation en vue du développement durable plus large. Michel MOMBRUN, Réseaux francophones J éprouve un certain malaise, d abord, d avoir exclusivement parlé de consommation durable, parce que je pense que l éducation dans ce domaine doit être d abord une éducation. L éducation ne consiste pas à dire «voilà ce qu il faut que tu fasses». L éducation consiste à pouvoir dire «voilà les moyens pour que tu puisses choisir de faire». Il y a une différence extrêmement importante, et j ai éprouvé ce malaise pensant qu il y avait dans la plupart des interventions un contenu permanent qui était «voilà ce qu il faut que tu fasses». Je ne partage pas cela. Ensuite, rappeler qu au sujet de l éducation, qu elle soit à la consommation ou au développement durable, j apprécie et je partage le point de vue de Myriam BOUVERAT. De permettre de développer d abord les capacités d autonomie et de responsabilité sans inciter à la consommation, en laissant à chacun le choix de faire ou de ne pas faire de la consommation. J ai envie de dire qu un citoyen doit d abord se réapproprier sa vie et son mode de vie, sa capacité de choix et de protestation, voire de résistance. Et là, je regrette que n ait pas été du tout abordé que quand on peut consommer, c est qu il y a des gens qui ont produit et qui ont vendu. Et les modes de production, et le commerce, et la publicité, où est tout cela? Le

293 citoyen pourrait être le plus responsable que l on veuille, face à ces puissances, il ne pourra rien changer fondamentalement. Alors où sont les modes de production? Où est le respect des producteurs qui produisent ces biens et ces services sans respect de l environnement, en consommant des matières premières et des énergies qui s épuisent et qui polluent, qui changent le climat? Où est la responsabilité du contrôle de ce que l on nous vend, qui est exclusivement une offre et non pas une réponse à nos besoins, et quelle est la capacité des citoyens, si faible aujourd hui, face à ces puissances d argent, de producteurs, de publicité et de commerce? Il y a là un manque flagrant dans vos exposés, parce qu on ne peut pas aborder les problèmes de la consommation en demandant aux consommateurs de faire des efforts individuels, voire collectivement, s il n y a pas une très vigoureuse action. Et je partage avec quelques-uns une très rigoureuse réglementation minimale pour imposer des choses qui aujourd hui nuisent à la santé, nuisent à l épanouissement, voire même conduisent à la mort. El Khebir ALAOUI, PNUD, Maroc La question de Michel MOMBRUN a parfaitement résumé une bonne partie de mon introduction. Si l on veut éduquer, il faudrait que l on sache éduquer à la consommation, il faudrait que l on maîtrise les prescripteurs des modes de consommation. Et ce sont là les grands spécialistes de la consommation, ceux qui créent les nouveaux styles de vie, pour ne pas citer les noms les Coca, les Pepsi et les Nike ont créé des modes de vie que l école ne peut pas remettre en cause, et le système éducatif se trouve très faible devant eux. Je pense que l éducation devrait peut-être, pour répondre à ce problème, se positionner également dans ces prescripteurs eux-mêmes. Comment former, éduquer les managers, les seniors managers ou les futurs seniors managers de ces sociétés, et s assurer que ces gens intègrent les concepts de la consommation durable, les concepts de la production durable. Et toute cette connexion avec le secteur privé que le rapport recommande devrait, à notre avis, démarrer à ce niveau et s assurer que ce qu on enseigne aux enfants à l école puisse trouver une continuité au niveau des publicités, des médias et des produits qu on offre aux enfants. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Il est très important de réaliser que nous ne sommes pas en train de parler d'anti consumérisme ni de devenir des non-consommateurs. Nous parlons de la manière d'agir pour amener les consommateurs à devenir des acteurs critiques capables de nouer le dialogue avec les producteurs, avec le gouvernement ou avec toute autre partie prenante. Mike LATCHER, UNEP A l'exception de Michel RICARD, nul n'a encore parlé de production. Pourquoi ne parlonsnous pas de production? Dans certaines communautés, Il existe des règles qui n'autorisent à consommer que ce qui a été produit par ces mêmes communautés. Ceci serait peut-être une manière de convaincre les gens de ne pas être seulement des consommateurs. J'aimerais bien que dans notre discussion nous abordions la question de la production. Arab HOBALLAH, PNUE Je souhaiterais clarifier un point. L objet de mon intervention a consisté à dire que nous sommes dans la perspective de la consommation et de la production, et que simplement ce qui suivait allait focaliser sur la consommation. Mais la responsabilisation des acteurs était très claire dans mon intervention. J ai clairement dit que l'on ne va pas demander au Chinois, à l Indonésien, etc., d arrêter de consommer, mais qu il va falloir qu on revoie les modes et que tout ceci dépend des cadres législatifs et réglementaires qu on aura dans chacun des pays. Cela a été très clairement précisé et il est donc fondamental de garder la réflexion sur les modes de consommation, sachant que l on la place dans le contexte global de consommation et production, l objet pour nous étant ici de focaliser sur la consommation parce que c est tout simplement l objet qu on a choisi. Mais il n est en aucun cas dit qu on laisse la production de côté. J ai tout un chapitre, c est moi-même qui suis responsable de

294 cette approche au niveau des Nations Unies, et croyez-moi, le niveau de la production, l en parle, et l'on en parle beaucoup. Si nous avons décidé de focaliser sur la consommation, c est parce que ce sujet n'est pas assez traité. Dans 99 % des débats, la consommation est complètement mise à l écart, on ne s occupe que de la production. Donc pour nous ce n est pas un sujet clos, il est fondamental de lier la production et la consommation, il est fondamental de responsabiliser les producteurs, de responsabiliser les politiques, il devrait y avoir le cadre législatif, les instruments de marché pour inciter. Tout cela est fondamental pour nous. Donc on ne met pas de côté, croyez-le, c est un sujet vital pour nous autant que vous l avez soulevé ici. Il y a simplement le champ sur lequel on discute ici, mais les autres sujets sont tout aussi importants, et l'on en parle beaucoup plus ailleurs. Céline PRONO, association Crysalis, France Je souhaiterais donner un exemple d initiative en matière d éducation non formelle. Crysalis est le chef de file d un consortium de neuf ONG européens et africains qui travaillent sur un projet qui permettrait de créer des programmes d éducation au développement, à mettre en place dans les écoles et universités européennes. On a plusieurs cibles, mais en ce qui concerne les étudiants, la tranche d âge des 18-25 ans, on s est beaucoup posé la question de savoir quels étudiants cibler. Et pour répondre un peu à la question de comment intégrer l éducation à la consommation responsable dans les curriculums, on s est beaucoup posé la question, et finalement on a choisi de cibler les étudiants en sciences de l éducation, pour qu il puisse y avoir à terme un effet multiplicateur, pour les sensibiliser eux d abord sur ces questions. On est dans un cadre plus large, puisque, dans l éducation au développement, on ne parle pas uniquement de la consommation responsable, mais ça fait partie des thèmes que l on aborde, et l'on s est dit qu en ciblant ces étudiants-là, qui à terme seront de futurs enseignants, futurs formateurs, peut-être qu il y aurait concrètement, d ici cinq ou dix ans, un effet vraiment dans les écoles. Marina GRUSLIN, Haute École Charlemagne & Association Cerise, Belgique Je suis enseignante depuis une vingtaine d années, donc je suis un acteur de terrain. Dans l éducation au développement durable, je travaille dans un département pédagogique où l on forme des maîtres pour différents niveaux, maternelle, primaire et secondaire également, et l'on a initié dans notre établissement en 2000 une formation en éducation au développement durable axée principalement sur les interactions entre la santé et l environnement, qui pour nous sont deux axes de motivation qui touchent nos publics cibles. En l occurrence au départ nous nous adressions à des enseignants, et puis nous avons élargi le champ parce qu il n y a pas que les enseignants, évidemment, qui sont intéressés par l éducation au développement durable, l éducation à la consommation, etc. L éducation à la consommation, je suis de l'avis de Myriam BOUVERAT, fait partie intégrante de l éducation au développement durable, c est un des axes, un des moyens. Je présenterai demain, justement, les méthodologies particulières que nous avons développées, puisque maintenant on a sept années de recul de fonctionnement. Une des pistes en tout cas, c est de faire vivre ce qu on appelle le projet pédagogique, et des démarches de socioconstructivisme. Il ne faut pas seulement dire de faire, mais il faut le faire. Il faut vraiment sortir des classes, avoir des partenariats avec les associations. Au niveau belge en tout cas, le monde associatif est très actif en construisant des mallettes pédagogiques sur l éco-consommation, il y a des réseaux sur le web d éco-consommateurs également. Donc tous ces outils dont vous avez parlé, l éducation aux médias, mais utiliser le web pour construire des outils pédagogiques, toutes ces techniques-là sont utilisées dans la formation que nous avons mise au point, et que je présenterai demain matin pour ceux qui sont intéressés. C est une des pistes en tout cas, de se lancer dans le projet pédagogique, mais de le faire vivre, et pas seulement de dire de faire. Un intervenant J ai fait une formation Bac+5 en développement durable en 86, dans un lycée agricole à Châteauroux. Nous étions vingt-et-un étudiants, nous avons fait un diagnostic de territoire

295 sur cinq communes. Nous avons fait un épais rapport que nous avons présenté devant les différents hommes politiques et responsables du département, le président du parc naturel régional de la Brême Quatre ou cinq ans après, rien. Nous avons présenté ce rapport devant le lycée agricole de Châteauroux. Alors là, je me pose la question, qu est-ce que vraiment le développement durable, dans la mesure où les jeunes agriculteurs sont encore formés à l agriculture intensive et extensive. Quand on nous parle de diagnostic de territoire, contrats territoriaux d exploitation, prendre en compte l environnement Il y a une certaine dichotomie entre le crédit, l argent, et de l autre côté le développement durable. Alors peutêtre que depuis 86 ça a évolué, je pose la question. Fabienne PIERRE, PNUE France Je vous remercie de ces interventions qui nous ramènent à la question initiale posée. J aimerais passer au thème suivant, comme ça on pourra aussi discuter à partir des remarques qui ont été faites sur la question de la production, sur laquelle Arab Hoballah a répondu. J aimerais dire que c est certes la responsabilisation des acteurs, des producteurs, des politiques, mais aussi des consommateurs dans le sens aussi où l on cherche peut-être à leur donner les moyens d agir eux aussi sur les marchés, sur ce que font les producteurs et les politiques. Donc c est aussi dans l objectif de leur donner les moyens, les informations, une marge de manœuvre peut-être un peu plus grande que celle qu ils ont actuellement. Cela nous amène à la deuxième question, qui concernait l intégration de l éducation à la consommation responsable dans les formations professionnelles, et en particulier dans les domaines du marketing, de la publicité et de la communication. Ça rejoint les commentaires que vous avez faits. Comment pourrait-on, justement, encourager le développement, l intégration de l éducation à la consommation responsable dans ce type de programmes, les écoles de commerce, les masters en marketing publicité, qui sont aussi ceux qui font la consommation de demain? Quel est le rôle des universités, des acteurs publics, des entreprises, des ONG dans ce processus d intégration de la question de la consommation durable dans ce type de formation? Si vous avez des commentaires à faire, des interventions, ils seront les bienvenus. Une intervenante Je travaille dans une association qui est porteuse de projets en environnement dans le milieu étudiant, je sors juste de l université. Par rapport à la question posée par Fabienne PIERRE, je me demande lorsque l'on essaye d insérer dans le cursus universitaire le concept de consommation durable, comment vont réagir les étudiants qui seront amenés à faire des stages dans des entreprises qui n'intègrent pas forcément le développement durable dans leur manière de produire? Arab HOBALLAH, PNUE Je comprends parfaitement votre question, d autant plus que j ai eu à y répondre devant des étudiants de HEC, ESCP et ESSEC. Il y a des entreprises qui commencent à le faire, vous trouverez des stages. Le problème est que ce n est pas très évident. On ne vous l enseigne pas dans les grandes écoles. J essaye moi-même de pousser à voir comment ça peut être intégré à l ESCP et à HEC par exemple, au point que des directeurs de doctorat à l ESCP viennent suivre certaines des conférences pour savoir comment intégrer consommation et production durables. Les meilleures réactions que j ai eues sont venues des écoles de commerce. Myriam GRUSLIN disait tout à l heure qu il faut peut-être focaliser sur les sciences de l éducation. Bien sûr que les sciences de l éducation c est fondamental, mais il faudrait essayer de toucher ceux qui demain vont gérer les entreprises et ceux qui vont aller au gouvernement. Ce sont eux qui devraient établir les règles nécessaires pour pouvoir bouger vers une production durable et une consommation durable. Donc il ne faudrait pas qu on reste dans le cadre de l enseignement, mais il faut aussi enseigner au décideur de demain comment il va changer cela. Il y a un marché émergent pour la production et la

296 consommation durables, mais malheureusement il n est qu émergent, il faut qu on le pousse un peu plus. Il est surtout en Europe et aux États-Unis, il commence à bouger ailleurs. Quand Myriam GRUSLIN disait que dans le développement durable nous intégrons la consommation, c est peut-être dans leurs deux pays, mais je parcours l Asie, l Afrique et l Amérique latine, la consommation n existe pas dans leur stratégie de développement durable, c est la production, la production plus propre, l adaptation et ainsi de suite. Mais on ne regarde pas l aspect préventif et comment le consommateur peut changer. J ai eu beaucoup de réactions de la part de ministres qui m ont dit «pourquoi voulez-vous que les citoyens ne roulent pas en 4x4 alors que les Américains roulent tous en 4x4?». Il faut trouver les arguments pour adapter une culture à une autre. Vous êtes sur un marché porteur, ne vous découragez pas. Les entreprises ont compris qu elles peuvent faire beaucoup d argent avec l environnement. C est un marché gigantesque, il avance petit à petit, et l on a besoin de gens bien informés pour que l on puisse arriver à un consommateur informé qui sache faire son choix. Dominique GANIAGE, Direction du développement durable, EDF, France Pour rebondir sur la question de l étudiante, je suis à la direction du développement durable d'électricité de France (EDF), et nous recevons une infinité de propositions de stages pour la Direction du développement durable, et nous essayons de convaincre tous ces étudiants d aller non pas dans notre direction qui est composée d'"une petite équipe, mais bien dans les services pour pousser ceux que nous nous essayons également de pousser à agir et à avoir des compétences nouvelles qu ils vont utiliser pour mettre en place des modes de production et des modes de consommation différents. Pamela PUNTENNEY, Caucus de l éducation pour la Commission du développement durable, ONU Je vais prendre une approche générale tirée de mon expérience d'éducateur travaillant au plan international. Je pense qu'un des points clé est celui de la responsabilité personnelle et des choix personnel, et de la manière dont vous les appliquez à la production et à la consommation. Nombre de décisions ne relèvent pas de notre fait. L'on nous propose des produits et nous n'avons pas le choix ou bien nous n'avons pas la possibilité de faire des choix. Dans ces conditions, que faire? Une des choses qui frappent dans votre analyse est que votre approche est assez négative alors que dans la réalité il y a tant d'aspects qui sont positifs. Les gens mettent beaucoup d'énergie pour rendre l'information disponible pour la société. Les enfants, les étudiants sont au cœur de la société et comment allez-vous les mobiliser dans ce processus qui ne doit pas être seulement informatif, mais se traduire par la réalité du changement de comportement? De nombreuses écoles de management ont des programmes associant environnement et business dans les masters et au-delà. Ces programmes sont phénoménaux et vous devriez jeter un œil sur ceux concernant la consommation. Je me sens particulièrement concernée par ce débat et je pense que Myriam BOUVERAT de Suisse nous incite à regarder la question non pas sous une approche fragmentaire mais plus largement pour travailler sur la question de "l'éco-efficacité". Le PNUE a un programme en cours intitulé "Société durable". Nombre de questions qui ont été mentionnées aujourd'hui figurent dans leur kit pédagogique et dans le curriculum qui compose une partie du programme de formation MESA (Mainstreaming Environment and Sustainability into African Universities) qui comporte des volets sur l'environnement et le développement durable. Ils ont mis en place des échanges entre les parties prenantes un processus très différent de ce qui a été présenté ici afin d'identifier les mêmes éléments que ceux que vous recherchez. Ce serait bien de prendre ces éléments en compte et de se rappeler qu'il y a encore de nombreux exemples comme celui-ci de par le monde. El Khebir ALAOUI, PNUD Maroc En réponse à la question de Fabienne PIERRE "comment améliorer l éducation à la consommation durable au niveau de la formation professionnelle", je propose que l'on

297 favorise les liens entre les associations professionnelles, par exemple l association des cimentiers, de la chimie ou de la parachimie, et de les mettre en relation avec les universités, les formations ou les écoles spécialisées dans leur domaine, et de trouver avec eux des possibilités convaincantes d introduire l éducation à la consommation durable. Ce sont ces gens-là que je qualifierais de consommateurs primaires, parce que ce sont eux qui vont, en consommant, produire de nouveaux produits qui vont aller au consommateur secondaire qui est peut-être le grand public, et qu il faudrait à mon avis viser avec beaucoup d attention. Deuxième possibilité également, c est comment, selon les politiques de chaque pays, mettre l'accent sur des priorités. Si l on prend le cas des zones arides, l une des priorités serait l eau, par exemple. Et pour s attaquer au consommateur primaire, ça serait de travailler avec les agriculteurs, comme le disait tout à l heure quelqu un. Comment aller travailler avec les petits agriculteurs, les groupements d agriculteurs, et s assurer que ces gens-là comprendraient mieux des consommations durables. Prenons l exemple d un cas du terrain des oasis, sur lesquelles nous travaillons au Maroc. Comment s assurer que les petits agriculteurs vont oublier l usage de la pompe, la pompe à eau qui est devenue un malheur, qui a totalement détruit des zones arides. Chacun maintenant dispose de sa petite pompe, on peut très vite la connecter à une batterie et tirer le maximum d eau. Donc comment travailler avec ces populations elles-mêmes, qui vont par la suite donner de nouveaux produits qui seraient durables en quelque sorte. Alicia JIMENEZ, Earth Charter secretariat, San Jose, Costa Rica Je suis d'accord avec plusieurs intervenants qui ont dit que les valeurs et les principes d'éthique sont au cœur de l'edd. Je me demande à quel cadre éthique se réfère le processus de Marrakech parce que je pense que c'est une question vitale. Quelles sont les valeurs que nous promouvons auprès des étudiants et des consommateurs pour guider leurs actions? L'UNESCO a adopté son cadre éthique pour la Décennie de l'edd et je me demandais si la task force avait fait de même ou en avait le projet? Fatma TARHOUNI, Secrétaire générale de la Commission nationale pour l UNESCO, Tunis Nous sommes pratiquement à mi-parcours de la Décennie et quand on regarde ce qui se passe, avec toutes les réflexions, les ramifications et les orientations, les exemples innombrables, l'on constate que chacun est concerné par le développement durable et que l éducation est le pivot essentiel, est à la base du développement aussi de ce comportement responsable et conscient pour que les choses changent plus ou moins. Donc dans un sens global, très global, je crois que l orientation serait de réfléchir et de mettre en oeuvre des stratégies qui mobilisent tous les acteurs dans une démarche systémique et progressive. L'on a également pris l'exemple des étudiants en sciences de l éducation et les étudiants stagiaires qui auront à diriger des entreprises. Ceci est une démarche à moyen terme, mais à plus long terme, il faut agir sur ceux qui auront à éduquer le comportement de l individu dès son premier âge. Dans une session précédente, avec les responsables de l Institut de l Énergie de la Francophonie (IEPF), a été posée la question de savoir comment inciter les décideurs politiques qui se sont engagés depuis l assemblée générale des Nations Unies en 2005 à s'engager encore plus. Peut-être à travers d autres réunions ministérielles, comme la CONFEMEN, la Conférence des ministres francophones de l'éducation nationale. Comment aussi mettre en place des stratégies nationales, pour qu il y ait tout ce travail de sensibilisation, d information, de formation, jusqu à arriver à l élément principal, à savoir l apprenant. Toutes ces questions, je crois qu on a besoin de les débattre, peut-être dans des groupes d acteurs opérationnels, pour qu on puisse aller de l avant. Le temps passe, nous sommes à mi-parcours, et je pense qu on est encore en train de se chercher. Florent BAARSCH, REFEDD, réseau français des étudiants pour le développement durable Je voudrais intervenir pour dire que certaines interventions semblent mettre en opposition production et consommation. Je crois que c est une erreur de ne parler que de

298 consommation, et c est une erreur également de ne parler que de production. Il faut parler des deux, mais en fait il ne faut pas non plus en parler. Ce que j aime à dire habituellement, c est que l éducation au développement durable n existe pas. Ce n est pas une matière, finalement ça doit faire partie de tout ce qu on peut apprendre à un élève, et spécifiquement à un étudiant dans le cas qui m intéresse plus. Ce qu il faut favoriser, c est vraiment une approche globale du développement durable, et pas seulement dire qu on va faire l éducation au développement durable, que le développement durable c est 1987 le rapport Brundtland, et rapprocher quelques concepts. Il faut vraiment que le développement durable soit intégré dans tous les cursus, pas en tant que matière, mais vraiment en tant que partie intégrante de toutes les matières. Le risque est de sectoriser un peu le développement durable, de créer des spécialistes du développement durable, ce qui finalement n a pas d utilité. Il faut que toutes les personnes qui sortent de leurs études actuellement soient formées à ces questions-là, aient une conscience environnementale, une conscience sociale qui leur permette d influer sur le changement qu on souhaite tous de la société. Ensuite Dominique GANIAGE, a dit, je crois, qu'il fallait favoriser en fait ce qu on appelle l entrisme : que des étudiants, qui soient formés et conscients de ces questions liées à l environnement, au développement durable et aux faits de société, puissent s intégrer dans de nombreuses entreprises et de nombreux services pour justement participer à ce changement. Parce que ce n est pas en restant entre personnes convaincues, en s engageant dans des ONG ou dans des associations à notre niveau qui militent pour l environnement qu on va changer les choses. Je suis persuadé que c est en entrant dans toutes les strates de la société, que ce soit le politique, les entreprises, les associations, qu on va réussir à faire un changement qui sera réel. D où l utilité de former des étudiants qui soient conscients de toutes ces questions-là, pour après les disséminer dans toutes les strates de la société. A partir de là c est l éducation non pas au développement durable, mais vraiment à cette émancipation intellectuelle qui soit environnementale et sociale, c est ça l éducation, c est ça qu on va favoriser, et j aimerais bien qu on puisse en parler aussi, parce que c est un peu toute la base du développement durable, qui n est pas une matière, mais partie intégrante de toute une société. Intervenant, Secrétaire exécutif du Conseil régional pour l éducation et l alphabétisation en Afrique Le Conseil régional pour l éducation et l alphabétisation en Afrique regroupe quinze pays en Afrique au sud du Sahara. Dans ces pays, nous avons au moins 70 à 80 % de la population qui ne sait ni lire ni écrire. D où l importance des programmes d alphabétisation. Et généralement, quand on parle d éducation, on oublie cette frange de la population. Ne pensez-vous pas qu il y ait un déficit à combler? Deuxièmement, au niveau des Nations Unies, qu est-ce qui est envisagé pour que les pays s approprient l effort qui est en train d être fourni pour l éducation au développement durable? Annelaure WITTMAN, ONG Enda Tiers Monde Vous mentionnez dans le document préparatoire à l atelier que les consommateurs en ont un peu assez de la communication sur le développement durable avec son lot de greenwashing, pourtant dans les recommandations vous indiquez comment encourager le développement de l éducation à la consommation responsable dans la formation professionnelle en ne mentionnant que des démarches liées à la communication et à la vente. Est-ce que c est une manière efficace de lutter contre le greenwashing? Ceci pose quand même la question de savoir, au-delà de ce que l on vend et de la manière dont on le vend, si la démarche proposée -qui peut effectivement avoir un impact en termes de communication - change-t-elle la nature de ce que l'on vend. Il me semble qu il y a quand même un besoin d encourager aussi l éducation à la consommation responsable y compris au niveau des disciplines qui touchent à la conception des biens de consommation. L ONG pour laquelle je travaille intervient au niveau de l Institut national des télécommunications en

299 France, qui forme des futurs ingénieurs en télécommunications. On intervient sur le thème du développement durable et de la question notamment des déchets électroniques, y compris dans les pays du Sud. Donc la question du traitement des déchets. Il me semble que c est une sensibilisation qui est importante, et qui touche un peu l origine de la consommation. Gunilla BLUMQUIST, ministère de l Environnement, Suède Je préside la task force sur les modes de vie durables et, pour répondre à la question posée par Fabienne PIERRE, il devrait y avoir une demande pour intégrer l'éducation et la formation pour une consommation durable, des recommandations vers les organismes de passation des marchés. Les membres des divers organismes pourraient fournir, à ce sujet, de bons exemples pour les compétences nécessaires et, d'autre part, les entreprises pourraient être demandeur de ces compétences afin de répondre aux besoins des consommateurs et de la société. Je souhaiterais vous informer d'un projet que nous développons en Afrique sur les modes de vie durables et qui vise à intégrer la consommation durable dans divers programmes universitaires. La raison de la création de ce projet et de faire en sorte que l'on s'y intéresse est que soit suscité en même temps un intérêt pour promouvoir le développement de nouveaux commerces, de nouvelles idées. Je pense que ce projet est très intéressant pour intégrer la consommation durable et, en même temps, développer de nouvelles pistes pour le commerce. L'éducation et l'information sont, bien entendu, des démarches essentielles, mais qui doivent également être complétées par d'autres éléments comme des infrastructures efficaces. L'on a besoin des logiciels, l'éducation et l'information, mais également des équipements, comme les infrastructures. Fabienne PIERRE, PNUE, France Pour répondre à ENDA sur la question concernant la formation en marketing. Les gens qui font les études de marché ont un rôle extrêmement important à jouer, y compris dans le développement des produits, des concepts, et pas seulement au niveau de la communication. Donc intégrer ces problématiques de consommation durable à leur formation, c est vraiment quelque chose d important. Ensuite, si on prend les écoles de publicité, il peut être aussi très intéressant d intégrer un apprentissage sur les cadres réglementaires existants, au niveau européen ou au niveau français, par exemple la directive ou la recommandation du Bureau de Vérification de la Publicité - BVP sur le développement durable. Il est très important que ces démarches existantes soient intégrées dans les écoles de publicité et de marketing, qui sont, comme vous l avez justement souligné, ceux qui communiquent et qui aussi contribuent à la fabrication des comportements de consommation. Ça me permet de revenir à la question de l éducation aux médias, de l éducation à la publicité et sur la manière dont cette éducation - qui apprend à lire, déchiffrer, comprendre un message y compris un message publicitaire, - fait partie intégrante de la question de l éducation à la consommation durable. Encore une fois, quel est le rôle des acteurs, qu il s agisse des acteurs publics, de la société civile ou éventuellement du secteur privé, dans cette prise en compte de la nécessité de comprendre et de savoir interagir avec indépendance avec les médias qui nous entourent. Arab HOBALLAH, PNUE Brièvement, je voudrais répondre à différentes questions qui ont été posées lors de cette session. Certes, on a parlé beaucoup parlé d éducation, mais éducation, information et responsabilisation vont de pair aussi bien par rapport aux consommateurs qu aux producteurs. Je reviendrai sur le cas des déchets électroniques qui est assez intéressant.

300 En ce qui concerne l Afrique, le PNUE travaille étroitement avec plusieurs pays sur la manière d'intégrer les modes de consommation et de production dans les stratégies existantes. Certains pays ont décidé d avoir des stratégies nationales de production et de consommation durables, tels que l Ile Maurice et Madagascar avec lesquels nous travaillons, mais par contre au Sénégal nous avons pris le programme que la Banque mondiale a élaboré sur la réduction de la pauvreté, et nous essayons de voir comment y intégrer l approche mode de consommation et de production durables, en parallèle avec l approche pauvreté qui est fondamentale dans ce pays. Nous essayons de voir comment prendre le point sensible et travailler sur cette question de consommation et production durables. Vous imaginez bien que lorsque l'on est touché par la pauvreté ce n est pas l approche voiture qui importe, mais l approche consommation de base qui est fondamentale ainsi que les relations avec l extérieur. L exemple pris sur les déchets électroniques est fondamental aujourd hui et montre à quel point il est très difficile de traiter de production et de consommation durables. J ai essayé de lancer un grand projet au Sénégal avec France Télécom, j ai essayé de voir avec l Asie, j essaye de voir avec Singapour, l Inde et la Chine, qui sont le centre de l électronique aujourd hui. Mais ce n est pas qu une question d écologie, ce n est pas une question de santé, c est une énorme question de commerce. C est une question de contrebande, c est une question de relations à très haut niveau dans tous les pays. Il y a un marché gigantesque de contrebande sur les ordinateurs qui viennent d Europe, qui transitent par l Angleterre et qui arrivent au Nigeria pour repartir ailleurs. Et quand vous allez en Inde ou au Bengladesh et que vous leur dites «vous savez, les ordinateurs que vous êtes en train d utiliser sont nocifs pour votre santé», les arguments sur la santé ne portent pas dans des pays où les gens meurent à 50 ans; quand vous allez au gouvernement, «mais faites des régulations, essayez de contrôler tout ceci», l'on répond que cela fournit du travail. Donc il faut leur proposer une alternative et cela ne peut se faire que sur une longue période de transition. Le problème, et là vous touchez un problème global sur le traitement les déchets électroniques dans le monde, c'est que ce n est pas que la responsabilité de l Indien ou du Bengali, mais c est aussi la responsabilité de l Américain, du Français, et de leurs gouvernements respectifs, qui ferment trop souvent les yeux sur la quantité de déchets qui transitent vers ces pays. Lorsque nous essayons de modifier un peu tout cela nous ne sommes pas toujours les bienvenus. Ce qui importe, c est de responsabiliser un maximum de personnes pour voir comment on peut y arriver, c'est difficile, mais il faut quand même persévérer. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Si nous restons sur ce programme, nous avons encore deux points à aborder, mais également nous devons élaborer des recommandations. Les deux questions sur lesquelles nous ne nous sommes pas penchés en détail sont celles concernant la coopération multiacteurs, avec la société civile, les diverses organisations et les différents outils qu'ils ont mis en œuvre; le deuxième point porte sur l'impact d'une évaluation sur l'éducation à une consommation durable. Nous devrions également essayer de trouver un consensus sur des recommandations qui mettent en valeur le fait que nous recommandons que l'éducation pour une consommation durable soit intégrée aux programmes scolaires et dans les démarches d'éducation informelle comme partie intégrale de l'éducation pour un développement durable. Michela MAYER, ESC Network, Commission UNESCO, Italie Nous avons initié un réseau travaillant sur l'éducation environnementale et sur l'edd depuis plusieurs années. Nous sommes totalement d'accord sur le fait que l'esc est une partie intégrale de l'edd et qu'il est très important de reconnaître que, depuis le début, cette question est une question de rapports de force. Ces rapports de force sont évidents dans le cas de l'esc et, dans de nombreux cas, nous oublions ce paramètre quand il s'agit d'éducation à l'environnement ou d'edd.

301 Concernant notre actuel débat, ma recommandation générale est de placer en introduction ce qui a été fait en matière d'edd. Nous avons beaucoup de données sur les évaluations et la qualité des autres démarches. Nous savons, par exemple, par l'ocde, que le programme PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) rencontre le même problème que celui que nous rencontrons actuellement et qui existe dans l'ensemble du monde : la capacité à lire, pas seulement des textes mais également de simples messages. Comment pouvons-nous étendre les compétences de chacun à lire et comprendre des messages ambigus comme ceux de la publicité? Nous prêchons pour une pensée critique et l'exemple des déchets électroniques est le parfait exemple d'une pensée complexe. Notre but est d'avoir des gens capables de prendre une décision alors qu'il est si difficile de comprendre le fond du problème et de trouver la solution adaptée. Je pense que nous devons travailler ensemble sur les critères de qualité. Nous avons des associations, nous avons déjà proposé un ensemble de critères de qualité qui peuvent aider les écoles et les ONG à évaluer leur travail en matière d'edd et ceci pourrait être appliqué à l'esc. Fatimata DIA TOURÉ, Institut de l énergie et de l environnement de la francophonie - IEPF Je voudrais apporter une contribution concernant justement cette collaboration ou coopération dans ce domaine. Préalablement, lors des diverses interventions, a été soulignée l importance d entrer dans l'edd par le biais des activités, des programmes d action, ce qui permet de ne pas se cantonner à l'enseignement pratiqué dans les écoles. On a parlé d une démarche pratique, pragmatique, qui apporte à l éducation des éléments concrets qui permettent aussi bien à l enfant, dans le secteur non formel ou informel, qu aux personnes qui sont intéressées par cette éducation-là, de mieux comprendre ce qu'est le développement durable, parce qu on va parler de consommation, on va parler de production, on va parler d agriculture. Ainsi a été mentionné le fait que l agriculteur qui, dans une oasis au Maroc devrait apprécier la disponibilité de cette eau qu il a aujourd hui grâce à une pompe qui lui permet de tirer le maximum d eau, mais qui ne doit pas oublier d'avoir une démarche durable en n'épuisant pas une ressource rare qui se tarira si la soutenabilité de son action laisse à désirer. Dans la démarche d'edd, je propose donc que la coopération se fasse certes entre toutes les différentes catégories d acteurs, mais qu'il y ait au niveau national des acteurs fondamentaux. C est le ministère de l Économie et des Finances qui généralement est responsable de toute cette programmation stratégique de développement dans les pays, et qui trop souvent n est pas intéressé ou concerné par ces formations comme le confirme le fait que l'on entre souvent dans l'edd par le ministère de l Environnement, ou bien par le ministère de l Éducation. Mais l engagement au niveau national passerait sans doute par une sensibilisation et même une formation des acteurs économistes appartenant aux ministères de l Économie et des Finances qui élaborent les différentes stratégies. Au Sénégal, on a essayé d'agir par le biais du document stratégique de réduction de la pauvreté - DSRP. On a essayé d y intégrer la stratégie de consommation et de production durables. Mais cela veut dire quoi concrètement si, au niveau par exemple du budget national, ou bien même de la prise en compte des outils ou des mesures qu on doit mettre sur la table pour accompagner cette éducation pour le développement durable ou cette éducation pour la consommation et la production durables, si l environnement institutionnel, législatif ou politique, n est pas là? L'on va vers quelque chose d important et il faudrait pour une fois qu on soit, au Nord ou au Sud, dans une dynamique visant à chercher ensemble un nouveau mode de consommation ou bien un nouveau mode de vie, il faudrait qu on puisse le faire ensemble, sans attendre. Arab Hoballah a dit que dans certains pays en développement, on lui oppose le fait que «pourquoi vous ne voulez pas que nous roulions en 4x4», alors que cette démarche se fait à l'exemple des habitudes pratiquées dans les pays du Nord... Et aujourd hui, que ce soit en

302 termes de construction, que ce soit en termes de mode de vie, les gens sont en train d aller sur une dynamique anarchique qui est à la limite obsolète par rapport à ce que nous voulons aujourd hui. Donc il faudrait déjà qu on trouve, dans la coopération ou dans la collaboration, je ne sais pas comment on l appelle, les voies et les mécanismes pour pouvoir faire prendre en charge ces questions-là par les pays eux-mêmes. Parce que la lutte pour la survie ou la lutte contre la pauvreté, le pauvre aujourd hui veut être comme celui qui a son 4x4, ou bien qui a sa grande maison, allume ses lumières quand il veut, etc. Donc je pense qu il y a tout un travail à faire au niveau du pays, et quand je dis du pays, il y a certainement le ministère de l Environnement qui aujourd hui est le plus conscient de ces enjeux-là, parce qu il travaille là-dedans, mais ce n est pas le cas pour tous les autres ministères qui sont censés travailler dans le développement durable. La proposition que je fais est donc de trouver une entrée au niveau de ces ministères de la Planification, ou de l Économie et des Finances, qui ont en charge les plans de développement économique et social des pays, et qui apprécient ou analysent ou définissent les budgets. Il faudrait aussi qu on puisse, dans les pays, inscrire au budget la nécessité d aller sur cette éducation pour un développement durable. Un autre élément sur lequel je voulais intervenir. On est en train de parler de responsabilité sociale ou sociétale pour le développement durable et il faut signaler le travail qui se fait au niveau de la communauté internationale sur ISO 26000. L'ISO 26000 doit pouvoir être aussi pris en compte dans le cadre de la formation pour le développement durable, notamment dans les universités ou les instituts qui assurent la formation des cadres supérieurs qui devraient s'attacher à ces questions. Je pense qu il est important que dans l espace francophone on suive l élaboration de cette norme-là qui sera opérationnelle en 2010, et que l'on réfléchisse à la manière dont les pays devraient intégrer ces questions dès 2010 pour ne pas avoir, dans cinq ou six ans, à repenser ou à vouloir réinstaurer ces débats alors qu on a l opportunité aujourd hui de le faire. Un intervenant de la salle Il est important d'intégrer la production, l écoproduction et la consommation durable dans l EDD, mais l'on oublie entièrement la dimension religieuse. La France est un pays laïque et cette dimension n'est pas prise en compte, mais si je prends l exemple de la Thaïlande où nous avons mené un programme que nous avons fait avec la pensée bouddhiste et ceci a aidé énormément à faire émerger la dimension environnementale. Je suggère donc que nous considérions la dimension religieuse car toutes les religions enseignent «pouvez-vous manger à votre faim quand votre frère là-bas n a rien à manger?». Une intervenante de la salle Par rapport à ce qui a été dit précédemment, je crois qu effectivement, si on reprend le titre du congrès dans lequel nous sommes, c est «Agir ensemble». Les ministres, quels qu ils soient, doivent collaborer. On nous demande de la transversalité, elle doit avoir lieu à tous les niveaux, y compris au plus haut niveau du politique. Alors avant de faire une recommandation comme celle d instaurer dans le programme d'edd une thématique supplémentaire qui serait l éducation à la consommation, il faut que du temps soit dégagé pour travailler ensemble au niveau des équipes enseignantes. Il ne sert à rien d imposer les choses d en haut si on ne dégage pas du temps, puisqu on sait que ça doit être interdisciplinaire et transversal pour que les enseignants puissent collaborer à construire ce dont on parle aujourd hui, et ce depuis presque trente ans. Si le système éducatif reste cloisonné, on n y arrivera pas. Il faut décloisonner et créer ces espaces de projets. Antoine HEIDEVELD, learning for sustainable development program, Hollande Dans ce programme, 7 ministères ont essayé d'intégrer le développement durable dans divers programmes d'éducation du primaire jusqu'à l'enseignement supérieur. En Hollande, nous avons établi, afin d'incorporer le développement durable aux programmes universitaires, une évaluation très concrète qui peut être mise en œuvre à tous les niveaux de l'institution et qui est aussi disponible pour l'enseignement primaire.

303 Je pense que, avant que nous puissions concrétiser les choses que vous avez présentées dans vos interventions, nous devrions examiner ce qui se passe dans les écoles où le temps manque pour traiter tous les thèmes et qu'il faut faire des regroupements : ainsi, je pense qu'il n'est pas bon de placer la consommation durable à côté du développement durable car vous abordez des thèmes quoi sont très voisins. En faire de faire cela, l'on devrait savoir s'il y a une réelle différence entre ces deux démarches car, si c'est le cas, l'on provoque une surcharge des programmes. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Je ne voudrais pas que vous quittiez cette session avec le sentiment qu'il y a une compétition entre l'edd et l'esc. L'ESC est une partie intégrale de l'edd et elle se focalise sur des points spécifiques qui prennent en compte le macro comme le micro. L'ESC informe les gens sur les principes, les systèmes et les processus. L'ESC aide les gens à comprendre les risques et les conséquences, la valeur symbolique de leurs choix. Mais l'esc n'est pas, en aucune manière, quelque chose de redondant ou qui prend le dessus sur l'edd. Tout ce qui a été mentionné ici sont des suggestions qui prennent en compte des situations diverses du Nord comme du Sud. Ces suggestions aideront à mettre l'accent sur les questions touchant à la consommation durable. Pour ce qui est des multi-acteurs et des religions, je pense qu'il est très intéressant d'entendre ce qui a été dit. Nous avons abordé les questions touchant à l'éthique et aux valeurs qui s'y rattachent qui constituent la base de l'éducation pour une consommation durable avec des mots comme "modération", et "équilibre". Si nous pensons vraiment que l'éducation pour une consommation durable, quelle que soit sa définition et la manière dont elle est mise en œuvre, il est important que nous proposions des recommandations finales à l'issue de cette session. Arab HOBALLAH, PNUE Nous avons identifié quelques mots clés pour résumer ce qui a été dit au cours de cette session, sachant que nous ne pouvons pas tout couvrir. Nous vous prions de bien vouloir compléter cette liste si nécessaire, mais il me semble nécessaire de limiter au maximum. En effet, plus nous serons concis, plus nous aurons de chances que cela soit pris en compte. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Nous avons essayé de faire une suggestion qui est peut-être très générale mais nous espérons qu'elle vous conviendra. L'on a beaucoup discuté sur le cadre dans lequel devrait se développer cette éducation pour une consommation durable, tant au plan formel qu'informel et non formel. La proposition est la suivante : Il faut encourager l'éducation pour une consommation durable, tant au plan formel que informel et non formel, comme partie intégrale de l'edd. L'ESC doit être encouragée comme une partie de l'edd en faisant figurer ses divers thèmes dans les curriculums et programmes existant, en favorisant la formation des enseignants, en mutualisant les outils et les bonnes pratiques en ESC, en renforçant la coopération locale multi-acteurs en relation avec l'esc. Ce sont des recommandations générales qui visent à prendre en compte ce qui a été dit lors de cette session et les différentes interventions qui ont montré qu'il y avait différentes voies et différentes approches de traiter de l'esc. Un intervenant de la salle Nous pourrions ajouter la démonstration par l exemple et encourager la commande publique responsable, notamment dans les établissements d'enseignement. En outre, ne serait-il pas intéressant de voir quel impact cette éducation à la production et à la consommation responsables a une influence sur la santé, le budget, le style de vie. Il faudrait donc, dans une démarche transversale, décloisonnée, lier la consommation à d autres approches et

304 d autres thèmes, par exemple, pour ce qui concerne la santé, il y a l obésité, la pratique d un sport. Une intervenante de la salle Il conviendrait également de redonner une place à la demande par rapport à l offre, mais pas n importe comment. Cela peut se faire par le débat, c est extrêmement important car il n y a pas de démocratie sans débat. Selon moi, une consommation démocratique nécessite un débat. L'offre suit et précède la demande et les consommateurs n'ont pas conscience d'être manipulés par ceux qui sont à l'origine de cette offre. Si, face à l'offre, nous avions une demande consciente, ce serait pratiquement une révolution. C est en ce sens que, notamment lors de la formation des enseignants, il faudrait travailler sur la métacommunication, le débat, la prise de conscience et la pédagogie de projets. Toutes ces pédagogies mettent l élève ou l apprenant au cœur de sa formation. Il devient l acteur, il se rend compte de ce qu il apprend, il choisit comment il apprend. L on parle d apprendre à apprendre, mais il faut aussi apprendre à consommer, à choisir ce que l on achète, à lire les étiquettes. L éthique de l étiquette, par exemple, se fait déjà, mais il faudrait que cela soit fait dans les classes. Par ailleurs, par rapport au trajet que fait le produit, énormément de choses sont à faire. L'idée de relier d une façon extrêmement importante la consommation à l éducation au développement durable est basique. Il faut le dire et le redire parce que les échanges sont la base de la vie et de la société. Qu est-ce que la base de l Union européenne? Ce sont les échanges de biens, de services, de personnes, de capitaux, mais il manque la prise de conscience de chaque citoyen. Robert LITZLER, Aqpere, Québec Nous avons souvent utilisé le mot cohérence dans nos débats. Nous savons très bien, c est le cas chez nous au Québec, mais c est probablement le cas aussi en France et ailleurs dans d autres pays à travers le monde, qu il y a un sous-financement universitaire. Les universités se plaignent de ne pas avoir les crédits nécessaires dont ils ont besoin, alors que c est l État qui devrait fournir les moyens dont les universités et les collèges ont besoin. Qu ont fait les directeurs d écoles et recteurs d universités pour compenser ce sousfinancement? Ils sollicitent des entreprises, ils répondent à des offres de grandes compagnies internationales, ils acceptent et, par exemple, obtiennent d année en année des redevances de ces compagnies parce qu ils ont installé des machines distributrices de boissons gazeuses qui, nous le savons, sont fondamentalement nuisibles à la santé. Si nous enseignons à nos élèves et à nos étudiants la consommation responsable, il faut retirer ces machines distributrices. Il faut demander à nos universités de prendre leurs responsabilités et de financer vraiment les besoins des universités. Sinon, il n y a pas de cohérence et l on ne pourra plus enseigner le développement durable à nos étudiants. Antoine HEIDEVELD, learning for sustainable development program, Hollande C'est une discussion très complexe et les mots ont leur importance. J'ai travaillé pendant 12 ans en éducation pour le développement durable en Hollande et je m'inquiète de deux choses concernant l'éducation pour une consommation durable. La première est liée à la confusion entre EDD et ESC. Quand vous considérez les documents relatifs à l'edd et ceux portant sur l'esc, je ne vois pas vraiment de différence significative. ceci est normal car lorsque vous faites de l'éducation au développement durable, vous faites en même temps de l'éducation sur des thèmes spécifiques comme l'esc. La deuxième chose est que la plupart des enseignants, les membres des conseils d'administration, les membres des départements d'éducation, ne souhaitent pas développer l'edd car nous allons influencer les schémas de consommation des étudiants et que ce n'est

305 pas le propos de l'éducation. Vous pensez que les mots "consommation durable" peuvent interpeller ces personnes au travers de vos propres actions et ceci me pose problème. Nous ne devons pas être en désaccord avec le contenu de ce qui doit être enseigné dans les salles de classe, mais avec la manière dont cela est perçu. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Je souhaiterais souligner un fait qui a été mentionné par plusieurs intervenants. J'ai seulement indiqué les grands titres des thèmes sans m'appesantir sur les points spécifiques par manque de temps. "Here and Now" va beaucoup plus loin en la matière. Les résultats de recherches montrent que de nombreux sujets abordés dans "Here and Now" ne sont pas pris en compte actuellement dans les institutions d'éducation, des thèmes comme le déchiffrage des médias ou encore l'aide et la sécurité en relation avec les produits. C'est exact. Ceci n'apporte pas aux gens d'information sur la manière de changer leurs habitudes alimentaires, mais cela met l'accent sur les conséquences de leurs habitudes et les aide à trouver des alternatives à leurs choix et à leur mode de vie. La question de savoir si nous devons appeler cela "éducation pour une consommation durable" est valable, mais il n'est peut-être pas vraiment pertinent de la poser ici aujourd'hui puisque, dans d'autres sphères, ceci a été plus ou moins décidé. Nous pouvons toutefois faire référence à l'esc d'une autre manière, à l'exemple de certains qui parlent de consommation citoyenne ou d'éducation à un mode de vie durable. Il ya diverses manières de nommer les choses et le titre importe peu par rapport au contenu et c'est ce qui doit nous mobiliser. Un intervenant de la salle Au niveau du renforcement de la coopération multipartenaires ou multi parties prenantes à l échelle nationale, il faudrait ajouter : «notamment en nous appuyant sur l un des grands donneurs d ordre qui s appelle le ministère des Finances ou du Budget». En effet, c est un peu le goulet d étranglement. Si nous ne le disons pas clairement, le ministère des Finances qui est le principal donneur d ordres, le principal contributeur au budget de l État, risque de se retirer. Par la suite, les arbitrages deviennent alors très difficiles. Intervenant, Institut d Écologie, Autriche Dans mon travail en tant que responsable du traitement des déchets, j'ai des clients, appartenant à des entreprises industrielles ou commerciales qui sont plus intéressés par la production ou la consommation durables que par le développement durable lui-même. Ils utilisent donc plus le vocabulaire qui se rapporte à l'esc et il est donc plus facile de travailler avec eux en usant leur vocabulaire. Pamela PUNTENNEY, Caucus de l éducation pour la Commission du DD, ONU A l'écoute de votre commentaire, il semblerait que tout soit déjà réglé, que les décisions sont déjà prises, alors qu'il faut essayer de travailler différemment de manière à ce que nous aboutissions au sccès et non pas à l'échec. Vous ne pouvez pas introduire l'esc dans les curriculums et les programmes. Les enseignants sont formés à la pédagogie, pas à des sujets spécifiques à moins qu'ils ne soient spécialisés, à l'exemple d'un professeur d'économie. L'EDD souffre de l'absence de dialogue entre les différents acteurs et, si vous souhaitez participer au processus, vous aurez plus de succès si vous vous référez à des exemples concrets. Si vous examinez l"école primaire, l'école de médecine ou tout autre catégorie d'écoles, comment verdissent-elles? Observez les comme un niveau communautaire. Une école est une communauté avec des enseignants très versés en pédagogie, or vous ne prenez pas en compte la pédagogie pour laquelle ces enseignants sont payés et les parents, qui mettent la pression sur l'école, veulent des enfants éduqués et non pas de bons consommateurs. Concernant les adolescents, vous ne changerez pas leur approche de la consommation sauf si vous créez une communauté, un environnement et que l'école devienne soucieuse de la manière de gérer l'établissement. Les adolescents

306 prendront alors conscience qu'ils vivent dans un environnement qui se soucie de consommation, d'économie d'énergie, et ils contribueront alors à cette démarche qui appartient à leur environnement. Je pense que c'est avec ce type de démarche que l'on aura le meilleur impact. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Je pense que ces commentaires sont un retour à ce que plusieurs d'entre nous ont dit dans les présentations liminaires qui correspondent à ce qui est écrit dans la première recommandation de "Here and Now" : "afin de s'assurer que les institutions d'éducation reflètent, dans leur gestion quotidienne, les priorités accordées au développement durable". Nombreux sont ceux qui ont souligné ceci et je pense que nous pouvons inclure cette idée comme une partie du début de nos recommandations. Nous sommes également ici pour discuter de l'esc par rapport à l'école et à 'éducation. J'ai travaillé au plan international sur l'élaboration de curriculums et, également, en tant que formatrice d'enseignants, je dois dire qu'il existe des enseignants qui ont été formés à la pédagogie comme des enseignants qui ont été formés à des disciplines et qui sont limités, dans de nombreux cas, par des axes de programmes qui ont été définis nationalement, régionalement ou localement et qu'ils doivent s'y référer. Notre suggestion, dans ce cas, est que l'esc soit inclus d'une quelconque manière, pas nécessairement sous la forme d'un sujet spécifique, mais peut-être sous la forme d'un thème, d'une thème transversal ou d'un principe général. Qu'en pensez-vous? Arab HOBALLAH, PNUE Je pense qu'il serait très utile d'inclure quelque chose qui parlerait de la promotion de l'approche participative à l'école, en référence à une communauté qui serait concernée par les problématiques de la consommation durable. Intervenant, Institut d Écologie, Autriche Pour répondre au "comment". En 1988, nous avons essayé d'introduire le thème environnemental dans les écoles de commerce, les écoles de médecine, les écoles d'ingénieurs et toutes nous ont dit "non, nous n'avons pas le temps d'enseigner un nouveau module". Nous avons donc adopté une autre. Nous avons donc changé pour introduire la dimension développement durable et cela fonctionne. C'est la raison pour laquelle je pense qu'il serait possible d'introduire avec succès la dimension "consommation durable". Les chargés de cours en écoles de médecine ou de commerce ne sont pas au fait de ces sujets et la formation des formateurs est donc importante. Je soutiens l'encouragement de la dimension ESC dans les écoles plutôt que l'introduction de nouveaux thèmes. Paolo SOPRANO, Président task force «Consommation durable» Sur ce point, je souhaiterais ajouter qu'il y a une relation directe entre les écoles (Grandes écoles, écoles de commerce, écoles de médecine, ) et les emplois sur le marché du travail De ce point de vue, il est important d'améliorer, avec les écoles de commerce, les entreprise et, plus largement, avec les employeurs, la perception qu'ils doivent avoir de la nécessité d'assumer leurs responsabilités sociales et environnementales. Ceci ne signifie pas qu'il faut ajouter tel ou tel module aux programmes, mais c'est une façon d'introduire de nouvelles perspectives avec de nouvelles technologies bénéfiques pour l'environnement, des technologies qui existent déjà mais qui ne sont pas prises en considération. Le défi consiste à modifier le marché de l'emploi, et c'est une demande des employeurs, et ceci implique de prendre en compte la responsabilité sociale et environnementale. Monique TRUDEL, Consultante internationale en éducation et communication à l environnement Pour ce qui concerne la coopération au niveau de l éducation à la consommation responsable, l'on a soulevé l importance d inclure les ministères des Finances et du Budget,

307 mais il y a aussi un rôle très important à jouer avec les acteurs de la société civile tels que les ONG qui, très souvent, appuient les enseignants pour passer de la théorie à l action. Une intervenante de la salle Pour compléter les partenariats, il faudrait prévoir également un accès aux ressources objectives et pas subjectives. Un outil de travail avec lequel nous fonctionnons dans la formation dont je m occupe, ce sont les écobilans. Ils donnent parfois une bonne vue globale et, sur ce point, les associations font un travail remarquable. Nous avons des exemples sur la route du coton et sur différents produits de consommation. Il n y a pas que l alimentaire, mais aussi le textile et différents objets. Olivier SIGAUT, Enseignant en gestion de l environnement, IEP, France Je ne crois pas du tout que la consommation puisse être durable ou responsable, nous sommes dans la figure de l oxymore. Les remarques qui sont faites participent de la controverse. Les gens, quand des diagnostics sont faits, arrivent avec leurs certitudes, avec un modèle économique unique qui est celui de la croissance, celui de toutes les formes de développement. Selon moi, il serait important de mettre en place dans la formation des enseignants l esprit critique et la méfiance à l égard des lobbyings. Quand j étais enseignant au ministère de l Agriculture, j avais retrouvé un jour dans mon casier une plaquette de Monsanto. En enquêtant, je me suis rendu compte que Monsanto payait des expérimentations dans l établissement et que ces expérimentations étaient faites à l insu de l administration. En tant qu enseignants, nous ne sommes pas forcément pro ou anti OGM, mais nous sommes au centre d un système de pression. Sur certaines filières, des enseignements s y prêtent, mais l entreprise n est pas là pour faire le bonheur humain. Jusqu à preuve du contraire, ce n est pas le cas, il faut donc arrêter de rêver. Le développement durable est une manière pour les entreprises aujourd hui de faire du business par d autres formes et d autres moyens. Il faut en avoir conscience. Au niveau de la formation, il ne faut pas embarrasser les professeurs avec des explications sur les modèles de consommation ou les modèles à transmettre, ils sont armés sur cela. Mais il faut développer un esprit critique, une espèce d attention et de veille sur toutes les pressions qui peuvent arriver. Sur l éducation à l environnement, c était difficile pour diverses raisons, mais l éducation au développement durable devient très problématique puisque cela autorise aujourd hui n importe quelle stratégie d entreprise pour essayer d investir n importe quel type de lieu, notamment en utilisant le cheval de Troie que sont les associations. En effet, certaines associations savent servir l intérêt des entreprises parce qu elles sont démunies financièrement. Sur ces différents points, il y a vraiment une veille à monter. Tous les pédagogues et toutes les personnes qui travaillent sur ces sujets ont conscience que ce basculement sur l éducation au développement durable pose d énormes problèmes. Lucie SAUVÉ a longtemps travaillé sur ces questions et a tiré la sonnette d alarme. Je ne suis pas tout à fait d accord avec le rejet total qu elle fait, mais il est vrai que cette sorte de paradigme est en train de se créer donc il faut vraiment le déconstruire. Michel MOMBRUN, Réseaux francophones Je voudrais d abord rappeler à quel point je suis partisan de l idée que l éducation contribue à la construction de l autonomie, de la liberté, de l autonomie de jugement et de la responsabilité du citoyen, et que l éducation n est pas un contenu qu on livre et avec lequel on formate les esprits pour qu ils aient les bons gestes tels qu on les a estimés nécessaires. Il y a donc là une conception de l éducation importante à préciser. Une personne a rappelé la nécessité de cadrer les propositions faites par des références à l éthique, c est-à-dire au sens, aux valeurs. Sur le plan éthique, est-on toujours dans la philosophie de l avoir, l avoir toujours plus, dans la concurrence les uns contre les autres?

308 Est-on plutôt dans la démarche et la philosophie de vie, de l être et du bien-être, les uns avec les autres dans la solidarité? C est dans ce deuxième cas que je retrouve toute la littérature sur laquelle reposent les valeurs du développement durable. Cela va sans dire mais, selon moi, cela va mieux en l écrivant. Je propose donc que la référence à quelques termes et valeurs soit mentionnée explicitement, en amont des propositions qui sont faites ici. Il me semble tout à fait indispensable pour cela soit encadré par ces garde-fous de sens et de valeurs qui font la possibilité d engagement des uns et des autres dans ces démarches. Arab HOBALLAH, PNUE Je suis moi-même un économiste et j ai malheureusement appris sur le terrain la façon dont on détruit un pays, et c est ce qui m a amené vers le développement durable. C est un processus, et non une fin en soi et l on a tendance à l oublier. Pour pouvoir le faire, il faut pouvoir accrocher les gens. C est pour cette raison que j ai été amené à voir les modes de consommation et de production. Pour ne rien vous cacher, j en suis déjà à une autre étape qui est l utilisation efficiente des ressources. Cela concerne les consommateurs, le business et les politiciens, et c est la nouvelle stratégie que l on est en train de développer. Si l on regarde de manière économique l utilisation des ressources, on peut encore aller mieux vers les modes de consommation et de production durables. Ce que nous cherchons dans ces questions d éducation, ce n est pas d avoir un cours à l université ou dans les écoles sur les modes de consommation et de production, ce serait encore une autre généralité. Nous serions intéressés de voir, dans des écoles de chimie, que l on intègre la façon dont on s occupe mieux d une production qui soit plus respectueuse de la santé et voir les impacts environnementaux. Au niveau des ingénieurs et des écoles d architecture, il faudrait voir comment on intègre des paramètres qui conçoivent des bâtiments qui soient moins énergivores, qui utilisent mieux l eau. Ce n est pas actuellement le cours dans la plupart des universités, mais cela commence à entrer. Pour les écoles de commerce, il y a le commerce classique, mais aussi le commerce qui prenne en compte une meilleure utilisation des ressources. Quand on démontre aux entreprises qu elles peuvent tout à fait avoir le même produit avec moins de ressources, cela semble banal, mais beaucoup n y pensent pas. Il est donc nécessaire de les pousser à le faire, et le système d éducation et le travail en partenariat peuvent être utiles en ce sens Il est nécessaire de montrer que l environnement c est aussi du business, qu économiser des ressources aide à vivre mieux, à faire de l innovation par ailleurs. Même les gouvernements n en sont pas assez conscients, il faut donc essayer de convaincre au maximum. Victoria THORESEN, The consumer citizenship network Pour parler de la recherche, une chose que nous n'avons pas mentionnée c'est que dans Here and now il y a un dossier ressource, une banque de données relative à un certain nombre de choses recueillies tout autour du globe et qui seront bientôt disponibles online. Mais, comme cela a été dit, il est indispensable de développer, de classer et d'actualiser cette ressource et de la rendre accessible à tous. Nous essayerons d'inclure ceci dans les recommandations. Fabienne PIERRE, PNUE La première modification apportée aux recommandations est de faire référence à un cadre éthique de l'esc. Dans le document préparatoire il y a une partie spécifique réservée à ce cadre éthique de l'esc et nous pourrions retenir une phrase du genre : "nous proposons de baser les valeurs de l'esc sur celles qui ont fondé l'edd, ce qui signifie que la formation de citoyens et de consommateurs responsables nécessite de prendre en compte les droits et libertés fondamentales, et d'informer ces citoyens de manière appropriée afin qu'ils puissent

309 activement participer au débat public et s orienter de manière consciencieuse sur les marchés ". Nous avons également ajouté la référence à un mode d'éducation qui intègrerait les principes et les pratiques de la consommation durable " S'assurer que les institutions de formation intègrent dans leur gestion quotidienne les priorités accordées au développement durable. Ensuite, dans la même partie qui inclut les thèmes de l'esc dans les curriculums existant, nous pouvons également mentionner le fait que cela vise à éduquer en réponse à une demande informelle et démocratique. Nous pouvons également ajouter qu'il est nécessaire d'encourager certaines dimensions de l'esc et qu'il faut fournir aux éducateurs les moyens d'agir (infrastructures, cadres, ressources, etc.), leur permettant de mettre des étudiants au centre des apprentissages. Nous pouvons également inclure des commentaires sur l'intégration de l ECD dans les formations commerciales et industrielles, particulièrement en utilisant la terminologie liée à la consommation durable et responsable de manière à ce qu'elle soit comprise par les acteurs. Concernant l'évaluation "il faudrait mutualiser les outils et les bonnes pratiques en matière d'esc et développer des indicateurs de qualité intégrant les indicateurs se rapportant à l'éthique et à ses principes. Pour ce qui est du renforcement de la coopération multi-acteurs relative à l'esc, nous pouvons souligner la coopération entre les ONG et les éducateurs qui permet l'accès aux ressources et le développement de réseau d'échanges relatifs à l'apprentissage. Enfin, nous pourrions mentionner la nécessité d'impliquer les ministères compétents, et en particulier les ministères de l'économie et des finances, en fournissant l'aide financière aux pratiques en matière d'ecd et à la recherche dans le cadre de l'ecd. Une intervenante de la salle Demander des moyens pour la recherche sur cette thématique fait concurrence, selon moi, à la demande de consacrer des moyens pour l EDD. Si cette thématique fait partie intégrante de l EDD, il est donc nécessaire de demander les moyens et les budgets pour l EDD de façon globale. Synthèse et recommandations par Fabienne PIERRE (PNUE France) Il est fondamental d'encourager le développement de l'éducation pour la consommation durable (ECD) dans l'éducation formelle, non formelle et informelle comme une partie intégrante de l EDD à travers notamment : $ Fonder l Éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables (ECD) sur les valeurs qui fondent également l éducation pour un développement durable (EDD) : la formation des citoyens et des consommateurs responsables, avertis de leurs droits fondamentaux et libertés, suffisamment informés pour participer au débat public et s orienter de manière consciencieuse sur les marchés. $ Améliorer l'intégration de l ECD dans les stratégies et les procédés de développement durable au niveau international, national et régional. $ Amener à une prise de conscience des décideurs publics et privés vers des investissements responsables dans les modèles soutenables de consommation et de production.

310 $ Impliquer les ministères compétents, et en particulier les ministères de l'économie et des finances, en fournissant l'aide financière aux pratiques en matière d'ecd et à la recherche dans le cadre de l'ecd. $ Fournir aux éducateurs les moyens d'agir (infrastructures, cadres, ressources, etc.), leur permettant de mettre des étudiants au centre des apprentissages. $ S'assurer que les institutions de formation intègrent dans leur gestion quotidienne les priorités accordées au développement durable. $ Intégrer les thèmes liés à l ECD dans des programmes scolaires afin de stimuler la réflexion critique durant toute la scolarité. $ Intégrer l ECD dans les formations commerciales et industrielles, particulièrement en utilisant terminologie liée à la consommation durable et responsable. $ Renforcer l ECD dans la formation pédagogique. $ Partager les outils et bonnes pratiques pour l'évaluation d'ecd et en développant des indicateurs de qualité. $ Renforcer la coopération locale des multi acteurs oeuvrant dans l ECD, telle que la coopération entre les ONG et les éducateurs, mais aussi en valorisant la diversité culturelle et les savoir-faire traditionnels. $ Permettre l'accès aux ressources éducatives en établissant des réseaux enseignant/apprenant basés sur l'échange. ****************

311 Session 10-1 : communications orales 22 Le partenariat dans l'éducation pour un Développement durable en milieu scolaire Sommaire Éducation en vue du développement durable : le modèle tunisien (Fatma TARHOUNI, Secrétaire générale, Commission nationale tunisienne pour l'éducation, la Science et la Culture) Éducation physique et sportive et analyse du cycle de vie : deux outils convergents pour l éducation au développement durable (Nathalie DURAND, Directrice générale de l'observatoire Sport et Développement Durable OSDD) Analyse d une politique publique à la Française : origine et actualité de l action de la France dans le domaine de l EDD (Olivier SIGAUT, Laboratoire SPIRIT, Sciences Po, Bordeaux) Analyse de la sociogenèse des politiques publiques d éducation relatives à l environnement et au développement durable en Europe (Olivier SIGAUT) Quels moyens et quels outils pédagogiques pour l EDD en Suisse romande? (Myriam BOUVERAT et Pierre GIGON, Fondation Éducation et Développement, Lausanne, Suisse) La mallette incendie : concertation et démarche participative pour créer un outil pédagogique (Pascal LUCIANI, Office de l Environnement de la Corse, Corte) La Fédération des Artisans du Monde et l'edd (Lise TREGLOZE, Fédération Artisans du Monde) Conclusion (Michel RICARD, Président du Comité français de la Décennie) Modérateur : Michel RICARD (Président du Comité français de la Décennie) Éducation en vue du développement durable : le modèle tunisien par Fatma TARHOUNI Secrétaire générale, Commission nationale tunisienne pour l'éducation, la Science et la Culture Tarhouni.Fatma@minedu.edunet.tn Les changements que connaît le monde aujourd hui et les problématiques inhérentes au rythme accéléré de l intervention humaine sont à l origine d un souci qui nous préoccupe tous, à savoir le souci d une vie de qualité et celui de la durabilité. Ces changements climatiques, cette crise financière et autres nous interpellent tous et conduisent les acteurs, un peu partout dans le monde, à rechercher des moyens pour régler ces questions ou pour faire face à ces problèmes posés. Ces acteurs sont les États, les gouvernements, les organisations internationales, nationales, régionales et locales. Nous recherchons tous des moyens pour assurer des conditions de vie meilleures et pour mettre en place des programmes et des stratégies pour un développement global et durable. Ceci passe aussi par un travail sur le comportement des individus tant au niveau de la production, de la consommation que des relations socio-environnementales afin de les inciter à avoir un comportement positif vis-à-vis de l environnement. Cela passe certainement 22 Les textes reproduits ici ont été retranscrits à partir des presentations orales faites durant le colloque. Les texts intégraux peuvent être obtenus auprès des auteurs via leur adresse mail.

312 par des savoirs nouveaux, des compétences nouvelles, ce qui laisse à penser que l éducation occupe ici une place de choix pour asseoir et ancrer de nouveaux comportements chez l individu. Il n y a pas d éducation sans développement, comme il n y a pas de développement sans éducation. L éducation se présente comme un processus d appui au développement durable. C est également un moyen privilégié pour étudier les questions posées par l environnement social et naturel et par le développement de façon générale. L éducation permet aux jeunes l acquisition de compétences de vie courante et de savoirs pour les amener à prendre en charge et à participer au développement durable. Depuis les années 90 voire même avant, la Tunisie a pris conscience de l importance stratégique du développement durable et de la sauvegarde de l environnement. Ainsi, il a été procédé à la diffusion d une culture environnementale dans tous les milieux (sociaux, ruraux, urbains, etc.) et il a été accordé une importance particulière à l éducation des jeunes au sein des institutions éducatives. Ceci a nécessité un programme d EDD et ce dernier préconise une approche pédagogique intégrative et transversale. Il est prévu d abord une approche méthodologique afin de permettre aux jeunes d adopter des comportements qui favorisent la participation réelle et positive dans les différentes questions relatives à l environnement et au développement durable. Ensuite, il y a l insertion des concepts et des valeurs liés à l environnement et au développement durable dans les programmes et les livres scolaires, mais aussi dans les contenus des enseignements. Cette approche nécessite une attention particulière sur l harmonisation de l acte éducatif avec le processus spécifique des différentes composantes du panorama du développement global dans le pays. Ainsi, il convient que l Éducation ne travaille pas de manière sclérosée, que les programmes ne soient pas fermés sur eux-mêmes, et que toutes les composantes soient prises en compte pour que cette éducation transversale et intégrative soit assurée. Cela passe par la diversification du processus d apprentissage et du développement des capacités et compétences soutenant la durabilité, et ceci prépare les jeunes à s adapter aux changements que connaît le monde, l ère nouvelle. Cela passe aussi par l articulation continue entre l acte éducatif et les exigences de la modernisation et de la vie au sein de l environnement où évoluent les apprenants. Cela nécessite aussi la rénovation des programmes scolaires de sorte qu ils intègrent certains concepts et situations qui favorisent la sensibilisation des jeunes aux aspects du développement durable. Il n y a donc pas une discipline en tant que telle, mais une éducation parsemée dans les programmes et processus pédagogiques à travers toutes les disciplines enseignées. Cela nécessite également une ouverture nuancée des livres scolaires et des supports éducatifs sur les différents aspects du développement. Compte tenu du fait que les établissements sont équipés de moyens informatiques et reliés au réseau Internet, les technologies de communication sont un support pour améliorer les processus pédagogiques en ce sens. Cela ne passe pas évidemment sans la formation et la sensibilisation des enseignants pour qu ils soient à même de pratiquer cette pédagogie difficile. En effet, il est plus facile de travailler sur des disciplines données que sur une culture à ancrer, des comportements à asseoir chez les apprenants pour que cette éducation soit dispensée avec réussite. Par ailleurs, il n y a pas que la classe, mais il y a également les clubs d activités culturelles et sociales qui se trouvent à l école ou autour de l école, dans les maisons de jeunes, dans les maisons de la culture. En parallèle, l activité se poursuit donc dans ces différents espaces où

313 est consolidé ce qui est évoqué en classe à travers l enseignement des disciplines, et ce quand le concept émerge ou quand la situation le permet. Le rôle de l école ne s inscrit pas seulement dans l acte d enseigner, mais il est aussi d éduquer et de former pour que l apprenant soit conscient de son rôle dans la réalisation des exigences du développement durable. Dans ce cadre, nous avons élaboré un guide à l attention de l enseignant, ainsi que des jeux et exercices à l attention des enfants du primaire particulièrement. L EDD est une activité intégrée dans le cheminement de l acte éducatif et dans le processus pédagogique. Elle prend appui sur des situations et des processus pédagogiques appropriés pour aborder les questions à caractère environnemental et vital, et soutient l ouverture sur un des facteurs favorisant une éducation globale et renforçant la capacité à assurer une meilleure éducation des jeunes dans les domaines liés au développement durable. Dans le cadre de la DEDD, la Tunisie a renforcé cette orientation par certaines mesures comme la création du réseau des écoles du développement durable. Cette initiative s inscrit dans la mise en œuvre du programme présidentiel relatif à la diffusion de la culture environnemental et à l opérationnalisation du partenariat écoles/environnement. Elle s inscrit également dans le programme national de mise en œuvre de la Décennie des Nations Unies pour l éducation en vue du développement durable. Les objectifs sont : le renforcement de l éducation environnementale en milieu scolaire, l éducation des jeunes pour le respect de l environnement, le renforcement du lien école/environnement, l initiation des jeunes à l adhésion au cycle de développement conformément aux exigences de la durabilité, leur initiation à la citoyenneté, l éducation des jeunes aux valeurs de droits humains, de solidarité et de coopération avec autrui. Les écoles du développement durable appartiennent à un réseau de 120 écoles. Elles doivent avoir un club d environnement équipé, un jardin environnemental, un terrain d activités extra scolaire. En termes de caractéristiques, elles doivent être agréables et bien aménagées, propres et avec des conditions sanitaires satisfaisantes, et veiller à la sauvegarde des ressources naturelles. Ces écoles sont un espace d apprentissage et d acquisition de connaissances et de compétences, d expérimentation et de manipulation sur le terrain, de communication et de partenariat, d ancrage des valeurs de solidarité et d animation à la citoyenneté. Elles sont appelées à s élargir, mais aussi à rayonner sur les écoles avoisinantes. En effet, certaines écoles avoisinantes essayent de prendre modèle et de mener quelques expériences comme les écoles du développement durable. Mon collègue du ministère de l Environnement chargé de l éducation à l environnement et au développement durable m a appris que les écoles pourvues d énergie éolienne, qui sont plutôt des écoles rurales, sont au nombre de 9 sur 120. C est aussi un champ d expérimentation et d évolution des conditions d apprentissage dans les écoles. Il s agit maintenant d encourager les établissements pour élargir l expérience, faire connaître les écoles du développement durable par les médias et par une sensibilisation générale. Quelques difficultés ont été identifiées, et sont surtout inhérentes au fait que la formation mérite encore d être renforcée. En effet, beaucoup pensent que l école est un milieu d apprentissage et d enseignement, et ont du mal avec cette ouverture et cette transversalité. L approche systémique pose un problème parce que beaucoup de protagonistes peuvent intervenir dans cette activité, à savoir la société civile, les mairies, les entreprises autour de l école, les différents ministères. Ainsi, les ministères de

314 l Environnement et de l Éducation doivent être en symbiose en permanence pour que ce programme avance et que cet effort se consolide. Pour conclure, ce système relève d une organisation systémique, l apprenant étant évidemment le pivot de la démarche et de l acte éducatif. Il est nécessaire d avoir une politique éducative qui encourage tout cela, des programmes d enseignement et des livres scolaires qui offrent la possibilité et les conditions pour que cette éducation ait lieu, une vie scolaire et des activités parallèles en relation pour que cette éducation en vue du développement durable réussisse. Éducation physique et sportive et analyse du cycle de vie : deux outils convergents pour l éducation au développement durable par Nathalie DURAND Directrice générale de l'observatoire Sport et Développement Durable OSDD nathalie.durand@osdd.fr Je vais vous présenter quelques exemples des défis du 21ième siècle déclinés dans le sport, en commençant d abord par les risques pour les générations futures. L on a eu l exemple avec la civilisation sumérienne et le problème de l irrigation de l eau qui a conduit à la fois à sa prospérité et à sa disparition. De la même manière, l on peut s interroger sur l exemple de Dubaï avec les canons à neige, soit 30 tonnes de neige par nuit, et la pénurie de l eau avoisinante. Le manque d eau est un enjeu majeur et pour les Jeux Olympiques de Pékin, il y avait 2,5 millions de visiteurs, 30 % d eau supplémentaire. Quand on sait les difficultés au niveau de l eau et le problème de la pollution de l eau à Pékin, il a fallu prendre de l eau des villages avoisinants. La question du Tibet faisait également partie des questions liées à l eau puisqu une partie de l eau venait du Tibet. Sur le réchauffement climatique, depuis 2003, la concentration de CO2 est à son plus haut niveau. Sur la crise pétrolière, le Tour de France compte 5 000 suiveurs et 2 500 véhicules, soit 1 million de litres d essence. Pour la Coupe du Monde de rugby, il y a eu 560 000 tonnes de CO2 pour les déplacements. Le tournoi seul représentait 46 000 tonnes de CO2. Pour en finir avec ces quelques exemples, il y a l exclusion sociale. Ainsi, pour construire l infrastructure des Jeux Olympiques, 1,25 million de personnes ont été déplacées. L Éducation Physique et Sportive (EPS), une discipline convergente vers l'edd Il faut comprendre les interactions avec ses collègues, le milieu naturel, gérer l espace et le temps en anticipant les configurations sportives. L'EPS est une approche systémique en elle-même car elle est incertaine, évolue au gré des données socio-environnementales et économiques : un matériel absent ou défectueux peut perturber lourdement les cours. Ensuite, il y a également les modes de raisonnement en termes d acquisition de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Il en est ainsi de la connaissance de la surface du terrain, des règles du jeu, des techniques de jeu. En termes de savoir-faire, l on peut citer courir dans un parc plutôt qu en bordure de route, réguler un effort (alimentation, hydratation, échauffement, technique, récupération). Parmi les savoir-être, les principes de précaution, de responsabilité et de solidarité s appliquent. L on retrouve ces différents savoirs à la fois au travers de l éducation physique et sportive et de l éducation au développement durable. Enfin, il y a des transpositions didactiques. Ainsi, le terrain de sport, par ce biais, peut devenir la planète. Les connaissances inhérentes à la pratique d un sport sont les défis du XXIe siècle sur la crise pétrolière, le réchauffement climatique, l exclusion sociale.

315 Les objectifs de l EDD et de l'eps Cette éducation a pour finalité de permettre à l élève de se reconnaître dans son humanité, de se situer dans le monde et de l assumer. Le but est de dynamiser la pratique sportive par sa relation et son interaction avec l ensemble des éléments (terre, eau, air) pour interpeller autant l intelligence que le sensible de l élève. C est aussi prendre conscience des défis du 21ième siècle dans le sport, en comprendre les finalités, les enjeux à partir d une approche systémique et adaptée à la complexité. C est étudier et comprendre les risques en sport, élaborer une pédagogie de projet systémique et transdisciplinaire et dialoguer avec l ensemble des parties prenantes (personnel des établissements scolaires, collectivités territoriales, personnel des infrastructures sportives). L analyse de cycle de vie Elle est définie, selon l organisation ISO, comme une méthode qui étudie les impacts environnementaux potentiels tout au long de la vie d un produit. L analyse de cycle de vie, par rapport à la leçon d éducation physique et sportive, a pour but d améliorer la pratique pédagogique de la leçon sportive par une progression du début à la fin de la leçon. Au-delà des considérations environnementales, comme le préconise l organisation ISO, nous suggérons en plus de prendre les aspects sociaux et économiques. Pour illustrer cela, nous reprenons les différentes étapes de la leçon d éducation physique et sportive en termes de transport, d infrastructures sportives, de matériel, de pédagogie, et nous croisons cela avec les données environnementales, sociales et économiques. A titre d exemple, sur le transport, l on se posera des questions sur le réchauffement climatique. Pour les infrastructures sportives, l on abordera plutôt la qualité de l air, les conditions de travail des salariés, la production d eau, l énergie. Pour le matériel, l on se questionnera sur la provenance des équipements sportifs, des matières premières. Sur ce point, l on essaye de réduire et donc, si l on n en a pas besoin, il n est pas nécessaire d en acquérir. Par ailleurs, l on réfléchit à le recycler, le réutiliser, le réparer, le récupérer et l entretenir. En termes de pédagogie, l on travaillera sur la santé physique, psychique, affective, émotionnelle, la qualité de vie, la redéfinition des besoins personnels, l interaction de l activité sportive avec les défis du XXIe siècle. Par rapport à cette analyse de cycle de vie, l on a intérêt à s appuyer sur les autres disciplines et faire de la transdisciplinarité. Au niveau des mathématiques, on peut calculer les différentes aires des terrains de sport pour calculer la consommation d espace. En français, l on peut créer un règlement sportif ou un jeu sur le bilan carbone ou l empreinte écologique. Pour l histoire et la géographie, on étudiera l histoire du sport avec ses interactions environnementales, sociales et économiques. Au niveau des sciences physiques, on pourra calculer les gaz à effet de serre. Pour ce qui est des arts plastiques, l on pourra travailler avec l élève sur une recherche bibliographique et une exposition sur le sport et le développement durable. Par ailleurs, les exemples pourraient être nombreux pour les SVT, l éducation civique, les technologies et les langues. Cette approche transdisciplinaire peut se faire assez facilement avec l ensemble des professeurs, mais cela nécessite évidemment de prendre un peu de temps. Pour conclure, l éducation physique et sportive et l analyse de cycle de vie sont deux outils convergents vers l éducation au développement durable. Pour l EPS, il s agit des modes de raisonnement, la transposition didactique et l approche systémique. L analyse de cycle de vie permet aux élèves de comprendre qu il faut agir en fonction de ces choix, qu ils soient éthiques, environnementaux, sociaux ou économiques.

316 Le socle commun des connaissances intègre vraiment la dimension du développement durable donc cet outil est vraiment un exemple concret pour appliquer ce socle commun des connaissances. L intégration de l EDD dans l Éducation Physique et Sportive - EPS Il s agit là d un changement de posture du professeur d EPS. L élève ne mesure plus seulement sa performance métrique, mais également sociétale. Ainsi, l EPS devient aux yeux de tous, en particulier des néophytes, un fabuleux outil pour permettre à tout un chacun de se mouvoir dans un esprit sain, un corps sain et une planète saine. C est également un moyen de revaloriser l éducation physique et sportive par rapport à ce type de démarche. Enfin, c est une éducation à la responsabilité et à la citoyenneté planétaire. Au sein de notre association, nous sommes sur cette réflexion depuis 1996 et avons créé l Observatoire en 2006. Nos missions sont : d accompagner et valoriser les pratiques sportives éco-responsables, de favoriser l enseignement du développement durable via l enseignement sportif, de contribuer aux démarches des Agendas 21 dans la communauté sportive française et européenne. Nous avons une banque de données sur le site www.sport-durable.com. Par ailleurs, nous proposons la confection et diffusion de guides, de la sensibilisation et de l information depuis l école primaire jusqu à l université. Enfin, nous participons à des groupes de travail. Analyse d une politique publique à la Française : origine et actualité de l action de la France dans le domaine de l EDD & Analyse de la sociogenèse des politiques publiques d éducation à l environnement et au développement durable en Europe par Olivier SIGAUT Laboratoire SPIRIT, Sciences Po, Bordeaux olivier.sigaut@laposte.net L analyse des politiques publiques est un mode d observation de l action publique nationale et internationale, la politique publique se passant à la fois au niveau de l État et de l appréhension par les acteurs locaux ou par les citoyens. Il s agit donc de percevoir le rôle de l État concrètement, d analyser les pratiques des institutions, des collectivités territoriales et des citoyens, de comprendre les groupes sociaux et les lobbyings, d analyser l émergence d un espace public, d étudier de nouvelles formes de communication et de nouveaux modes de représentation de gouvernance. Les politiques publiques travaillent sur trois champs : la sphère politique, l action publique (État, administrations et institutions) et l activité politique (citoyens). Nous observons certaines choses en termes de politiques publiques, notamment les questions de distorsion entre décision et mise en œuvre, la construction des politiques par le haut, l appropriation cognitive des politiques publiques, les opérations de traduction, les notions de codage et de transcodage, la production du sens dans les forums publics. Sur ces questions, j ai des auteurs de référence parce que cette approche est pragmatique et s opère sur le terrain. Je travaille beaucoup sur la sociogenèse de l État, c est-à-dire l histoire longue des mentalités, et sur la naissance de la biopolitique. Par ailleurs, je m intéresse aussi à la petite histoire des mentalités. En France, au départ, la nature c est l agriculture. Dans notre pays, tout l espace a été cultivé et, paradoxalement, on a longtemps refusé au monde agricole et paysan de se former. On les a laissés dans un état de dépendance, notamment parce que des textes du 1 er siècle après J.C. de Columelle disent que si un paysan est formé, il parviendra à arranger les

317 budgets et détourner de l argent du propriétaire. On retrouvera cela jusqu au XIXe siècle, le monde rural et agricole restant ainsi un monde totalement dominé. La question de la nature entrera dans le milieu bourgeois à travers les voyages et les cabinets de curiosités. Avec son ouvrage fondateur «Le Spectacle de la nature» l Abbé Pluche fera un travail de massification des connaissances de l époque sur la botanique et le savoir naturaliste. C est toujours le côté un peu décalé de ces bourgeois qui avaient du temps et observaient ce qui était autour d eux. A cette époque, l on a la construction d un corpus scientifique, notamment avec les travaux de Buffon qui avait répertorié la nature en fonction de la manière dont elle servait à l être humain. Il a écrit des choses extraordinaires : «Le cheval est le plus noble ami de l homme». Il a fait un texte sur le bœuf, aux Éditions La Pléiade, où il explique comment l homme va aliéner ce qui est autour de lui pour pouvoir en profiter. Nous sommes au 17ième siècle, et il tient un discours extraordinaire sur la manière dont l homme va atteindre à son milieu naturel. Sur la botanique et l étude de la nature, on le sait peu mais Rousseau n était pas franchement un écrivain, mais surtout un botaniste. Il a écrit un dictionnaire de botanique, a beaucoup diffusé ce savoir mais il est dommage que Les Lettres de botanique de Rousseau ne soient pas disponibles. Études de la Nature, de Bernardin de Saint-Pierre, est un ouvrage très intéressant puisqu il s agit d une réflexion sur le monde des îles et la manière dont les êtres vont déséquilibrer rapidement le fonctionnement écologique. Sur la nature dans les pratiques d autodidaxie, on verra au XIXe siècle des choses très intéressantes et notamment Pestalozzi qui inventera une sorte d école pour enfants difficiles où terre et nature deviennent des outils salvateurs. La nature, au départ, passe par les enfants en difficulté et par des grandes utopies. Pestalozzi aura un disciple nommé Karl Ritter, un très grand géographe, qui viendra voir comment il travaillait sur une relation directe au monde. En France, une des grandes utopies pédagogiques s appelle «Mettray», un village où l on formait les enfants en difficulté à partir de 1830 et qui était le lieu décrit par Jean Genet dans sa littérature. Certains travaux posent question à la société, notamment ceux de Darwin sur l évolution des espèces qui seront rapidement massifiés. Il y a aussi des questions liées à la religion puisqu elle propose sa propre lecture du monde et s opposera aux approches darwiniennes de l époque. Vers 1850, il y a une grande diffusion de la littérature de voyage et cela va beaucoup jouer sur l imaginaire des gens. Ainsi, l on découvrira le paysage, le spectacle de la nature. Je rappelle que la protection et la prise de conscience des parcs nationaux américains viennent essentiellement de la littérature et de la photographie. Au début du 19e siècle, l on trouve nombre de livres : Eduquer à l environnement, Les Eaux du jardin, amies et ennemies. Dès 1850, les gens se forment à protéger les oiseaux nécessaires pour l agriculture ou pour leur bien-être. L on aura des mouvements naturalistes très importants. Ainsi, Patrick Matagne a travaillé sur les sociétés naturalistes et la diffusion d un savoir d éducation. L on trouve La Flore bordelaise de Laterrade qui a créé la Société Linnéenne, puis Fabre qui est le grand entomologiste universellement connu, un autodidacte ayant fait quelques ouvrages pour l enseignement scolaire. Elisée Reclus, également très important pour la pensée écologique, est un géographe anarchiste de la région qui est parti aux Etats-Unis et a ramené toute la pensée américaine sur l écologie scientifique et qui a écrit cette superbe phrase : «L homme c est la nature prenant conscience d elle-même». Dès le 19e siècle, il avait donc réfléchi sur la manière

318 dont l homme modifiait ces milieux. Il y avait donc nécessité de prise de conscience et de réflexion politique. Le frère d Elisée Reclus, Onésime Reclus, participera à un manuel de l arbre fait par le Touring-Club de France qui s adresse à l enseignement sylvo-pastoral dans les écoles. En effet, au début du 20e siècle, l on va faire des coopératives scolaires où les enfants planteront des arbres pour financer leur retraite. Toute une réflexion très pratique se mettra en place, avec des diffusions par le Touring-Club de France, des institutions ou des associations. A l époque, l on a aussi une approche très artistique et esthétique sur la nature mise en scène, avec notamment Jules Renard ou Granville. Comment la nature est-elle entrée dans les manuels scolaires? En France, dès 1830, Guizot qui est franc-maçon va vraiment verrouiller l édition des manuels scolaires. Il a un ami nommé Hachette qui est agrégé de grammaire, et il va lui demander de lui produire cinq manuels. Ceux-ci seront imposés au système scolaire parce qu il y a une opposition très forte du pouvoir avec la religion qui tenait l école depuis le 17e siècle. Un travail de rationalisation va s opérer et l on verra apparaître rapidement des textes sur la botanique et les sciences naturelles dans les manuels de référence. Les grands scientifiques comme Jussieu, Lacepède, Cuvier vont participer à la rédaction des ouvrages de sciences naturelles et de zoologie et feront un travail de médiation scientifique de très grande qualité. L on verra aussi apparaître un travail de formation dans le monde agricole à partir de 1850, mais ce sera très erratique. La IIe République essayera de faire passer une formation dans le milieu rural. Napoléon III arrive et cela disparaît. Il faudra attendre la fin du 19e siècle pour qu il y ait vraiment une pratique de fond avec une réelle réflexion sur le monde agricole. Tout un travail de rationalisation du savoir va apparaître, les manuels vont devenir extrêmement codifiés. L on montrera les bonnes espèces à protéger, les mauvaises espèces, et l on aura vraiment une vision très scientifique sur les milieux naturels. Pourtant, l on est très souvent à l école primaire. Tout un savoir de diffusion du progrès scientifique sera médiatisé par le biais des manuels. Cela se terminera mal, notamment pour l enseignement agricole où l on verra arriver l analyse technique. La nature disparaîtra des manuels au profit d une vision plutôt utilitariste et même s il y a eu un retour dans les années 70, c est quelque chose dont nous ne sommes pas encore sortis. Il y des choses très intéressantes sur la nature. Ainsi, le grand livre de référence intitulé Le Tour de la France par deux enfants, écrit par Giordano Bruno, un humaniste italien qui a été brûlé parce que ce sont des francs-maçons qui ont rédigé ce livre. Au départ, il y a des choses un peu morales mais le manuel va évoluer. C est un manuel de référence puisqu il sera tiré à 11 millions d exemplaires et diffusé jusqu en 1970. Il construira beaucoup le regard que les Français porteront sur le monde. L enseignement sera très codifié dès le début du 20e siècle avec l intégration des sciences naturelles et des sciences de l observation. Si l on prend les manuels scolaires de l enseignement religieux, l on voit que l on est vraiment dans un autre champ et une autre approche. Dans une leçon de choses de l enseignement religieux, au début, il y a la maison du Bon Dieu et ensuite, une leçon sur l eau. Les profils sont donc totalement différents et vont s opposer durant tout le 19e et le 20e siècle sur le rationalisme, la ligue de l enseignement et les mouvements qui essayeront de faire passer un savoir codifié scientifique. La surprise aussi est de voir qu il y a des expérimentations pédagogiques très pointues et pertinentes. C est l époque des jardins ouvriers et l instituteur les utilise comme outils pratiques. Nombre de choses seront faites sur les jardins ouvriers entre 1880 et 1930. Par

319 exemple, dans l enseignement agricole, pour l exposition universelle l on avait codifié le fonctionnement pédagogique d un jardin scolaire et c était fait pour des millions d enfants. Les classes promenades sont mises en place à partir de 1887 sous l instigation de Ferdinand Buisson. Dans son dictionnaire pédagogique, l on trouve des pages entières sur la pédagogie de terrain et l étude du milieu. C est donc une véritable approche sensible qui est diffusée. Dans les leçons de morale, l on parle de l amour des plantes et des fleurs. Un autre mouvement est important, à savoir les planches scolaires. Elles seront dans toutes les classes et participeront à ce que Jacques Gaudi appelle la raison graphique, c est-à-dire qu elles permettront de travailler sur une appropriation subliminale d un certain nombre de valeurs et de choses, notamment sur les espèces à protéger. L on voit aussi apparaître l importance du matériel scientifique. Ainsi, dans toutes les écoles, l on aura des armoires dans lesquelles les enfants seront amenés à pratiquer. Dans l enseignement ménager, les gens auront une formation à la culture des simples, c est-à-dire au ramassage, à la collecte. Les bibliothèques de travail de l école Fresnay ont été extraordinaires avec des revues de référence pour la sensibilité à l environnement. Ainsi, avec l'uicn, un numéro sera fait sur la formation des enfants à la disparition des espèces. Dans tous ces ouvrages de diffusion scolaire, l on trouve une grande rigueur scientifique et une transmission très rapide des savoirs de recherche. Par ailleurs, il existait des cahiers de préparation des enseignants où l on trouve toute une mémoire sur la relation à la nature. La protection des oiseaux est un réseau qui sera créé à la fin du 19e siècle et donnera naissance à la Ligue de protection des oiseaux - LPO en 1912, une émanation de la Société d acclimatation. La LPO est une association d éducation populaire qui s appuie énormément sur les instituteurs. Autour de l environnement, l on note d ailleurs énormément de pratiques d éducation populaire. La grande évolution ce sont les grandes conférences internationales sur la protection des oiseaux. Tout cela donnera lieu au texte fondateur de Roger Heim qui a été Directeur du Muséum d histoire naturelle et Vice-président de l Union internationale pour la conservation de la nature créée à Fontainebleau en 1948. Roger Heim écrira en 1950 La Nécessité de l éducation à l environnement, le premier texte de la sorte. L on aura aussi un mouvement citoyen venant des Etats-Unis, un mouvement de contestation des problèmes environnementaux avec, dans les années 70, au niveau de l Union européenne, un ouvrage intitulé La Nature n en peut plus, fait par le ministère de l Éducation nationale et le ministère de l Agriculture sur la sensibilisation à l environnement. En 1971, l on a la rencontre entre le pic de production d énergie et la consommation, ce moment où l on ne pourra pas produire plus alors que la consommation continuera à augmenter, ce moment étant situé entre 2010 et 2015. En 1972, arrive le rapport du Club de Rome, la présentation qu il sera difficile pour la planète de continuer à aller à se développer. Des personnes ont travaillé sur ces questions, notamment Ignacy Sachs qui sera le père de l écodéveloppement, c est-à-dire l ancêtre du développement durable. L UNESCO développera un programme de formation et Tendances de l éducation relatives à l environnement est un livre extraordinaire de didactique de l environnement qui a été fait après la conférence de Belgrade en 1976. Ensuite, il y a eu le rapport Brundtland sur le développement soutenable que peu de personnes ont lu puisqu il a été très peu diffusé. Dans cette commission, il y avait des économistes de toute la planète, des capitalistes, des socialistes, ce qui explique la difficulté de transposition au moment où a été conçu le référentiel du développement soutenable. En France, dans les programmes scolaires, l on a depuis 1977 une mise sur agendas de l éducation à l environnement, par la suite au développement durable. Le seul problème, lorsque l on analyse les politiques publiques, est que cela se fait toujours par le haut. Ainsi,

320 aux 19e et 20e siècles, l on voit bien dans les manuels qu il y a une massification, une autonomie de l instituteur qui est capable de travailler avec son territoire et son environnement. Les enseignements à l agriculture dans les écoles normales disent qu il faut travailler avec le local et c est vrai que la rationalisation agricole et l évolution sociologique font que les politiques de l éducation à l environnement seront bloquées par cette vision venant du haut, s imposant aux gens et cela posera un problème de transposition. Pour conclure, l on a vraiment une mémoire et une pratique de politiques publiques très pertinentes et intéressantes, mais elles sont souvent été occultées ou mal traduites. Quels moyens et quels outils pédagogiques pour l EDD en Suisse romande? par Myriam BOUVERAT et Pierre GIGON Fondation Éducation et Développement, Lausanne, Suisse myriam.bouverat@globaleducation.ch La Fondation suisse d éducation pour l environnement est une institution essentiellement soutenue par l Office fédéral de l environnement. Nous gérons un portail réunissant des informations destinées aux formateurs et enseignants. Ce sont des ressources très pratiques, mais aussi des documents d actualité.la Fondation d éducation au développement est issue de l éducation au développement. Aujourd hui, nous faisons essentiellement de l éducation au développement durable en intégrant toutes les dimensions. En Suisse, nous avons 26 systèmes scolaires en raison principalement à la présence de trois voire quatre langues. Il y a actuellement une volonté d harmonisation au niveau suisse, mais cela se divise encore en deux secteurs, l un francophone, l autre alémanique. Au niveau national, il n y a pas d EDD dans l harmonisation. En revanche, l on en retrouve sur la version alémanique des plans d études où un spécialiste EDD a été engagé et est censé faire quelque chose pour que l EDD soit introduite dans les programmes scolaires. En Suisse romande, nous avons atteint la fin du processus. Nous avons actuellement un plan d études en consultation dans lequel l EDD est présente. Pour la partie romande, les cantons se sont réunis dans un espace commun pour mettre en place ce plan d études roman, et ceci se fait maintenant dans les cantons alémaniques. Au niveau fédéral, nous n avons pas de stratégie de mise en œuvre de l EDD, mais un catalogue de mesures de l éducation en vue du développement durable. Il n a commencé que l an dernier parce qu il a fallu trouver des partenaires au niveau fédéral, des ministères et différentes organisations. Le but est d introduire l EDD dans les plans d études, de former les enseignants en formation initiale et continue et d avoir des écoles EDD. Pour l heure, nous nous occupons des mesures 1 et 2, la mesure 3 interviendra d ici l année prochaine. Nous ne sommes donc pas très avancés, ceci en raison de la complexité du système suisse; par ailleurs, nous avons un dessinateur qui vulgarise certaines questions autour du développement durable et c est aussi une manière de promouvoir la notion. Le plan d études roman est organisé en domaines, classiques pour certains (langues, mathématiques, sciences de la nature, sciences de l homme et de la société, art). La nouveauté est l apparition d un domaine nommé la formation générale. Il était jusqu'ici non identifié de manière aussi visible, mais était intégré dans les autres domaines disciplinaires. Cette formation générale s appuie sur la santé, la citoyenneté, l environnement, les nouvelles technologies d information et de communication, l orientation scolaire et professionnelle. Comme en France et ailleurs, il a fallu aussi intégrer l EDD dans les domaines disciplinaires et avoir en plus un espace transdisciplinaire qu est la formation générale. A ce jour, ce plan d études est en consultation et il est fort probable que ce domaine transversal disparaisse

321 faute de temps. Dans ce plan d études, les domaines classiques et le domaine relatif à la formation générale s articulent autour du rapport à soi, du rapport aux autres et du rapport au monde. Nous ajoutons à cela toute une série de capacités transversales qui passent à travers tous ces domaines disciplinaires, et permettent de développer, sur la base de la collaboration et de la communication notamment, un esprit critique et de mettre en œuvre l éducation au développement durable. Le terme de développement durable figure dans la constitution suisse et dans le plan d études comme un but de société, et comme une thématique. Il est aussi intéressant de voir que dans le plan d études roman, l on cite le développement durable depuis peu. C était jusque-là peut-être identifiable par les personnes sensibilisées en lisant les plans d études, mais ce n était pas nommé ainsi. Pour satisfaire tous les acteurs de l école, il a fallu diviser ces différents domaines en sousdomaines, toujours dans le but d une EDD. Nous avons ajouté dernièrement l éducation à la citoyenneté puisqu il devenait difficile de la dissocier de l éducation au développement durable. Pour vulgariser tout ceci auprès des enseignants, il a fallu reprendre les dénominations habituelles des différentes éducations que l on retrouve à l école (santé, éducation aux médias, citoyenneté, etc.). Il y a deux tendances dans les plans d études au niveau de la mise en œuvre de cette formation générale. Au cours de ce séminaire, il a été demandé plusieurs fois s il fallait laisser une place identifiée à l'edd dans les grilles ou s il fallait diluer cette éducation dans les différentes disciplines. Pour nous, la question n est pas encore réglée, à savoir s il faut dégager ou non un espace projet ou un espace temps dans la grille. Je vous présente maintenant trois outils que nous utilisons pour construire des projets et des activités en éducation au développement durable. Ils sont actuellement en expérimentation dans un institut de formation des enseignants où l on utilise le schéma du développement durable comme une grille d analyse, avec un inventaire par dimension, mais aussi un inventaire spatial et temporel en tenant de cadres éthiques que sont le respect des bases de la vie et le respect des droits humains. Faire cet inventaire est déjà un gros travail pour l enseignant, mais ensuite l on peut discuter des valeurs avec lesquelles sera faite l analyse. L on n en fait donc pas quelque chose de séparé, mais l on définit les valeurs déterminant le développement durable selon les cultures. Le deuxième outil concerne des critères incontournables, et l on demande ainsi aux futurs enseignants de construire leurs activités en essayant d utiliser ces critères. Pour l instant, ce n est pas encore stabilisé et nous essayons d utiliser des termes très simples pour communiquer avec les enseignants, ne pas les décourager et leur donner des outils relativement basiques. Il en est de même pour les compétences où nous considérons que pour construire une activité en éducation au développement durable, il faut au minimum travailler différentes compétences, même si nous ne demandons pas qu elles soient toutes présentes au même niveau. En Suisse romande, pour apporter l éducation au développement durable dans les différentes écoles ou auprès des différents décideurs, nous organisons des journées pratiques autour de l acte d enseignement, des colloques en direction des décideurs et des formateurs qui travaillent au niveau des méthodes et des outils, et des forums EDD où sont débattues plutôt des questions de société qui ne sont pas encore mises en œuvre tant en termes de méthode que de pratique dans les classes. Pour être pratique, nous recensons et diffusons des outils pédagogiques, nous participons parfois au coaching de leur élaboration, nous les évaluons selon des critères EDD. L on peut recenser deux types d outils pédagogiques, ceux qui sont conçus dans une orientation EDD même s ils sont imparfaits, et ceux que l on peut utiliser moyennant quelques adaptations.

322 J ajoute que la Suisse romande étant relativement limitée en taille, le marché est très réduit. En 2001, nous avions tenté un recensement de projets et d activités qui allaient dans le sens du développement durable, mais c était trop tôt pour aborder ces questions donc nous avons très peu diffusé ce document. Aujourd hui, on nous le demande et il est épuisé. Nous mettons sur nos différents sites Internet certains documents téléchargeables, notamment des fiches pédagogiques. Nous utilisons 80 % de documents francophones (français, belges, canadiens). Nous produisons aussi des DVD-ROM en partant de films diffusés autour desquels nous construisons du matériel pédagogique. Nous avons un projet sur les changements climatiques avec une bande dessinée et des documents en ligne. Nous avons produit un kit en direction de l enseignement professionnel, mais nous avons beaucoup de peine à le diffuser au sein des écoles professionnelles. Nos deux fondations, au-delà de ces outils pédagogiques, réalisent régulièrement des dossiers de réflexion sur l éducation au développement durable dans la revue Educateur, une revue syndicale et traitant de sujets concernant l enseignant. La mallette incendie : concertation et démarche participative pour créer un outil pédagogique par Pascal LUCIANI Office de l Environnement de la Corse, Corte luciani@oec.fr Avec 15 millions d'hectares de forêts, la France est régulièrement soumise à des incendies, notamment le Sud de la France. Face à cela, une politique de prévention active doit être menée avec un axe prioritaire : l information de tous. Dans ce sens, la Collectivité territoriale de Corse, à travers l Office de l environnement, a impulsé une démarche volontariste d information et de sensibilisation des citoyens dans laquelle s inscrit la création d une mallette pédagogique sur la prévention des incendies. Cette mallette, destinée aux enseignants des classes primaires et du collège, a également vocation à être largement utilisée par les associations et organismes engagés dans l éducation au développement durable. Elle est le résultat d un processus de concertation et d une démarche participative qui a débuté avec l Institut pour la forêt méditerranéenne de la région Provence-Alpes-Côte-D azur et l Office de l environnement de la Corse, et s est poursuivi avec les pédagogues du Rectorat et les acteurs du terrain de la prévention et de la lutte contre les incendies de la région Corse. Depuis 2006, notre région s est dotée d un plan de protection des forêts et des espaces naturels contre les incendies. Ce plan, décliné en fiches-actions, a été conçu par des techniciens des services de l État, de la Collectivité Territoriale, des départements et des services de lutte. Il est le fidèle reflet de la situation que connaît notre région dans le domaine de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies de forêts. Il vise notamment à améliorer la connaissance des causes, à informer et sensibiliser les publics et à diminuer les surfaces parcourues. Ce plan a été validé par les instances politiques de la région, des départements et de la Collectivité Territoriale et s applique jusqu en 2012. Parmi les 35 fiches de ce plan, il en est une qui nous intéresse plus particulièrement aujourd hui. Elle a été rédigée, comme les autres, avec la participation des acteurs de la prévention et de la lutte contre les incendies, mais également avec l aide des représentants académiques risques majeurs et du Rectorat de Corse. Elle indique comme objectifs de diminuer les imprudences, causes d une part importante des incendies, de favoriser dès le

323 plus jeune âge l adoption de comportements et de pratiques au quotidien pour prévenir ces risques. Cela passe par l élaboration de supports pédagogiques (dépliants, CD, films), la formation suivie des enseignants pour relayer et démultiplier l action avec notamment un rapprochement avec l IUFM pour s insérer dans le cadre de la formation initiale, mais aussi dans la formation continue, la formation des intervenants habilités au sein des associations travaillant en milieu scolaire, la recherche et la mutualisation des moyens et documents à l extérieur de l île pour appuyer et développer la démarche, et l élaboration d une méthodologie d évaluation et de retours d expériences. Pour le primaire et le collège, la thématique «risques feux de forêts» présente des ramifications pluridisciplinaires (sciences, géographie, éducation civique, mathématiques, maîtrise de la langue, etc.). La mallette permet la mise en œuvre d une éducation globale formant aux risques majeurs et intégrant les conduites à tenir pour y faire face. Les trois modules proposés dans la mallette incendie se conçoivent en interaction pour que l élève développe une culture du risque, qu il s imprègne de ce problème environnemental et qu il en mesure les tenants et aboutissants. Les enseignants doivent finaliser les chapitres de chaque module par une action, et ainsi faire passer l élève de citoyen informé à citoyen informant. L élève se responsabilise et prend en charge la problématique incendie comme relevant d une préoccupation de la société et non uniquement de l école. Pour ce qui est des trois modules : Le premier niveau de prise de conscience est la découverte de l écosystème, de comprendre pour respecter. Les élèves découvrent l écosystème forestier, la diversité des réalités régionales, la variété des essences méditerranéennes, les espèces, les types, la répartition des forêts, le cycle de vie des forêts et des êtres vivants présents (naissance, croissance, reproduction, vieillissement), les relations dans l écosystème, l importance des forêts pour l ensemble des êtres vivants, le rôle des arbres dans la qualité de l air, le bois comme source de revenus économiques, la place de l homme dans la nature (agriculture, sylviculture, pastoralisme, loisirs). Le deuxième niveau de prise de conscience est de développer une culture du risque, comprendre pour se protéger. Les élèves découvrent les spécificités de la forêt méditerranéenne en termes de risques d incendie, comprennent cet aléa pour mieux mesurer les enjeux. Cela passe par l impact des saisons et des conditions climatiques sur le maquis, le rôle de l homme dans la fragilité de la forêt, les activités de nature, le tourisme, les pollutions et les comportements à risques, les risques encourus (environnementaux, humains, économiques, patrimoniaux) et le comportement à avoir. Le troisième niveau de prise de conscience est la prévention et la lutte, savoir pour anticiper et communiquer. Les élèves reviennent sur les aléas et enjeux, précisent les connaissances abordées précédemment pour informer ou pour agir. Ils apprennent le triangle du feu, les grands principes de défense des forêts contre les incendies, la météo et la propagation du feu, le débroussaillement et l aménagement, les équipements et le coût de la défense des forêts contre les incendies, les messages de prudence et le respect des consignes de sécurité, et les actions possibles après l incendie. Un livret pédagogique et une importante documentation permettent une utilisation dans les différents niveaux d enseignement en relation avec les programmes scolaires. Ce contenu a été validé par le groupe de travail interservices régional qui assure le suivi du plan de protection et par les enseignants eux-mêmes.

324 La mallette a été reconnue comme outil performant par la Direction de la défense de la Sécurité civile au niveau national. Elle a été élaborée en 2006, distribuée dans la plupart des établissements scolaires (primaires et collèges) et est présentée systématiquement lors de rencontres pédagogiques ou de formations aux risques majeurs. La vocation de cette mallette est de s inscrire dans la durée et de pérenniser une démarche pédagogique évolutive. Elle s inscrit dans le cadre d une éducation préventive qui a pour objectifs de construire au sein de l école une culture du risque, faire ainsi de l enfant d une part le relais pour sensibiliser les adultes, sa famille et les autres acteurs de la société insulaire, et contribuer ainsi au développement de sa propre écocitoyenneté, et d autre part, comme futur adulte, l inciter à avoir un comportement responsable. Je terminerai par une devise qui a guidé notre démarche et qui peut être reproductible dans bien d autres domaines : «Nous devons apprendre pour comprendre, comprendre pour aimer, et aimer pour protéger». La Fédération des Artisans du monde et l'edd par Lise TREGLOZE Fédération Artisans du monde l.tregloze@artisansdumonde.org Artisans du monde est un réseau de 160 associations locales, la première ayant été créée en 1974. C est aussi une Fédération nationale et une centrale d achats. Artisans du monde a trois activités principales par rapport au commerce équitable : la vente de produits alimentaires et artisanaux dans un réseau de distribution alternatif, une activité de plaidoyer pour un changement des règles du commerce international et une activité d éducation au commerce équitable et au développement durable. Pour ce qui concerne l activité d éducation, dans toutes les associations locales Artisans du monde, une équipe éducation fait des interventions ponctuelles sur la thématique du commerce équitable, accompagne des équipes éducatives sur la mise en place de projets et accompagne la création de clubs de jeunes Artisans du monde sur le commerce équitable. Notre Fédération et les associations locales sont agréées par l Education nationale et par la Jeunesse et les Sports. Nous sommes aussi membres de la plateforme nationale Educasol qui est la plateforme des associations au développement et à la solidarité internationale. Nous intervenons beaucoup en milieu scolaire, même si nous pensons que ce n est pas le cadre le plus adapté pour nos activités d éducation au regard de notre vision de l éducation. Nous concevons des outils pédagogiques et essayons de les diversifier (manuels pédagogiques, DVD, jeux, expositions). Ce sont des outils de travail pour l animateur et des outils d intervention directe auprès des différents publics. Nous proposons des mallettes pédagogiques qui comportent le support qui sera utilisé directement avec les jeunes (film ou exposition), un manuel pédagogique qui donnera des exemples d activités à mettre en place pour l enseignant ou l animateur. Par ailleurs, nous essayons de baser de plus en plus la conception de nos outils sur des études techniques sur les filières ou les organisations sur lesquelles nous souhaitons nous appuyer pour illustrer le commerce équitable. C est aussi l occasion de mieux travailler avec nos partenaires au Sud et de connaître leur vision dans la construction de nos outils pédagogiques. Une équipe se rassemble pour la conception de ces outils. Elle est composée d enseignants, de jeunes, d animateurs et de personnes ressources en fonction des thématiques. Je souhaitais vous présenter spécifiquement deux outils. D abord, une mallette nommée «Du développement durable au commerce équitable» où l idée n est pas spécialement de montrer en quoi l on va répondre aux différents piliers du développement durable dans les pratiques de commerce équitable, mais plutôt d illustrer en quoi le commerce équitable est

325 moteur pour la mise en place de différentes activités qui viendront contribuer à chaque dimension du développement durable. Cette mallette est composée d un film avec différentes séquences, d un manuel pédagogique pour l animateur et d une étude de filières. Ensuite, un outil plus récent qui se base sur l étude d une filière au Sénégal auprès d un de nos partenaires. Cela a donné lieu à la création d une exposition où nous avons montré notre vision du développement durable, c est-à-dire un développement économiquement efficace, écologiquement soutenable, socialement équitable, mais aussi démocratiquement fondé et culturellement diversifié. Nous avons donc repris le schéma classique en essayant de montrer et d illustrer concrètement cette notion qui peut paraître parfois abstraite. Notre activité d éducation concerne aussi la formation puisque nous sommes un organisme de formation professionnelle. Nous dispensons des formations dans notre réseau Artisans du monde : nous souhaitons les ouvrir à d autres animateurs ou intervenants sur l éducation. Nous proposons aussi des formations méthodologiques sur la façon d utiliser les outils pédagogiques et de monter des projets sur le commerce équitable avec les jeunes. Par ailleurs, nous mettons en place des cycles de formation spécialisés pour les enseignants. Ainsi, nous avons mené à plusieurs reprises une expérience dans l académie d Aix-Marseille avec un module de trois jours sur «Commerce équitable et développement durable». Je souhaite conclure sur une réflexion que nous pouvons avoir en tant qu acteurs d éducation. En effet, nous nous réjouissons certes de toutes les avancées au niveau de l éducation scolaire sur le développement durable, mais nous sommes assez sceptiques sur les formes que peuvent prendre les politiques publiques en matière de développement durable, sur la manière dont est présentée et véhiculée l éducation au développement durable. Notre demande en tant qu acteurs de terrain et sur l éducation au développement serait que ces conférences internationales soient des lieux de débat et de réflexion commune avec plusieurs acteurs pour essayer de faire avancer cette belle idée qu est le développement durable. Conclusion par Michel RICARD Toutes les démarches sont très diverses et complexes, et nous confirment que nous sommes dans une période charnière en matière d'éducation et de formation. Olivier SIGAUT nous a montré que, paradoxalement mais ceci est-il vraiment paradoxal lorsque l'on voit de quelle manière l'homme se coupe de la Nature -, nous sommes en retrait par rapport à un grand nombre d initiatives qui existaient depuis de nombreuses années. Pour prendre un exemple, la loi en France interdit de commercialiser un nombre énorme de légumes parce qu ils n entrent pas dans une loi qui a été décrétée il y a pratiquement un siècle. Cet aspect montre, tant pour les légumes oubliés que pour les espèces oubliées qui sont en train de disparaître, que nous perdons pied avec la réalité de la nature. Dans une société où nous sommes à 80 % d urbains et où la situation ne va pas s arranger, faire le bilan entre les démarches qui existaient avant et celles qui existent maintenant est déjà une nécessité. Après, la question est de savoir jusqu où l on peut aller dans l éducation, dans la prise en compte de certaines pratiques dans la distribution, dans les grandes surfaces, dans la production. Nous sommes dans une démarche où nous devons redevenir les maîtres des démarches d éducation, mais aussi des démarches qui s inscrivent en aval. Malheureusement, jusqu à présent, nous ne sommes plus les maîtres mais les sujets d une civilisation qui fait que nous échappons à toute réaction logique.

326 Olivier SIGAUT parlait du professeur Roger HEIM, un grand naturaliste, qui a été effectivement à l origine d un certain nombre d ouvrages et a préfacé le livre de Rachel Carson Le Printemps silencieux. Elle n était absolument pas connue, son livre traitait de la disparition de tout ce qui fait le charme de notre nature et chacun, en lisant ce livre, disait que la situation n était pas à ce point. On ne réalise que lorsque la réalité est face à nous, et c est tout le problème de l éducation des jeunes, comme des adultes. En effet, ce sont les adultes qui prennent les décisions actuellement et ils doivent être informés les premiers parce qu ils doivent être les leviers pour faire agir. ********************

327 Session 10-2 23 L éducation pour un développement durable dans l enseignement supérieur Sommaire Le développement durable à l ENSA de Tanger : état des lieux et perspectives (Lotfi CHRAIBI, ENSA de Tanger, Maroc) Le développement durable, mon asso et moi (Elisa BRALEY, Fédération des Associations Générales Étudiantes FAGE ) Rapport de propositions sur l'edd dans l'enseignement supérieur (Réseau des Étudiants français pour l'éducation au Développement Durable REFEDD) La démarche d'edd dans les écoles de l enseignement supérieur de la CCI du Cher (Bernard LETURGIE, Responsable Qualité et Développement durable, Département Enseignement et Formation, CCI du Cher) Enjeux, modalités et perspectives de l intégration de l EDD en formation initiale des professeurs du second degré IUFM (Didier MULNET, IUFM d'auvergne) Débat avec la salle Conclusion (Florent BAARSCH, REFEDD) Modérateur : Florent BAARSCH (REFEDD) Le développement durable à l ENSA de Tanger : état des lieux et perspectives par Lotfi CHRAIBI ENSA de Tanger, Maroc lotfichraibi@gmail.com J ai le plaisir de vous présenter une expérience qui vient de l autre rive de la Méditerranée, tout particulièrement de Tanger (Maroc) et qui concerne l EDD dans une grande école d ingénieurs, l École Nationale des Sciences Appliquées de Tanger. L ENSA de Tanger fait partie de l Université Abdelmalek Essadi, université qui regroupe l ensemble des établissements qui se trouvent au nord du Maroc entre la ville de Tanger et Tetouan. L ENSA est exactement comme le modèle INSA de France. D ailleurs, elle a été démarrée avec le concours des INSA de France dans le cadre d un programme de coopération. Elle a été créée en 1998, nous célébrons donc cette année son dixième anniversaire et c est la première grande école d ingénieurs au nord du Maroc. Elle a sorti jusqu à maintenant six promotions, plus de 350 lauréats, et regroupe actuellement 500 élèves ingénieurs. Elle bénéficie de plusieurs programmes de coopération européenne notamment avec la France, l Espagne et la Finlande. Actuellement, elle participe aux deux grands programmes nationaux de formation dans l ingénierie, le notamment le programme national de formation de 10 000 ingénieurs à l horizon 2010 et le programme de formation offshoring. Parallèlement, elle organise plusieurs cursus de formation diplômante, de formation continue au profit des entreprises de la région de Tanger. 23 Les textes reproduits ici ont été retranscrits à partir des presentations orales faites Durant le colloque. Les texts intégraux peuvent être obtenus auprès des auteurs via leur adresse mail qui est indiquée.

328 Tanger se présente depuis l an 2000 comme un nouveau pôle de développement économique du Maroc, du fait des grands projets structurants que connaît la région de Tanger notamment le grand port Tanger-Méditerranée. A côté du port, il y a plusieurs zones industrielles en projet ou déjà achevées, mais aussi des zones franches. Par ailleurs, il y a aussi la grande unité de production de Renault. L ENSA bénéficie de la proximité de cet environnement industriel, d importantes zones industrielles et zones franches, et a été créée pour répondre aux besoins en matière de formation technologique. Nous formons des ingénieurs de formation polyvalente. Actuellement, il y a quatre filières. Nous avons démarré en 2000 avec la filière Télécom, et je précise que nous avons un cycle prépa intégré comme les INSA. Ensuite, il y a eu la filière génie informatique, la filière génie système électronique et, tout récemment, avec la première promotion qui sortira en 2009, la filière génie industriel et logistique. Ce genre de formations, et particulièrement la filière génie industriel, suppose l intégration de la dimension environnementale et du management environnemental dans le cursus de la filière. C est proposé sous la forme d un cours de 25 heures concernant l EDD et le management environnemental, les objectifs sont d abord de comprendre les aspects du DD dans le management de l entreprise, de faire comprendre aux futurs cadres l importance du DD dans la vision en tant que manager. Ensuite, il s agit de comprendre les différentes étapes de la mise en place d un système de management environnemental selon la norme ISO 14000, mais aussi de voir un peu la réalité de ce qui se passe au Maroc, l aspect pratique de la démarche environnementale dans l entreprise surtout marocaine. Nous avons pu vraiment développer cet objectif grâce à des projets d études qui ont été faits par groupe et réalisés dans le cadre de ce module. Nous avons réparti la promotion en six projets et l idée, pour nous, était de faire un état des lieux du management environnemental au niveau de l entreprise marocaine. Nous avons pu voir notamment les avancées au Maroc en termes d Agenda 21, mais aussi en termes de management environnemental au sein des entreprises marocaines. Il s agit d une sorte de bilan permettant de voir combien d entreprises ont été certifiées, de voir l impact économique et l efficacité environnementale de la certification ISO, de connaître les entreprises qui ont suivi une démarche en termes de système qualité, sécurité environnement. Ce sujet est très important du fait que, généralement, chez nous, la plupart des entreprises commencent avec l ISO 9000 et pensent ensuite à intégrer la dimension environnementale à travers la norme ISO 14000 et l OHSAS 18000. Nous commençons donc à penser à ce que l on peut appeler un système de management intégré et à voir les démarches à suivre pour réussir une telle démarche. Nous traitons aussi le grand problème de la gestion des déchets, notamment les déchets industriels, et les techniques de valorisation. Par ailleurs, un grand chantier s ouvre maintenant au Maroc et concerne les énergies renouvelables, notamment les énergies éoliennes. Lors de la réalisation de ce projet, il y avait beaucoup de visites de terrain telles que des visites au parc éolien, des visites à la zone industrielle pour voir la problématique de la gestion des déchets. Il y a eu aussi le salon Maroco-Allemand «Enviro Maroc», un salon qui se tient tous les deux ans, et propose des séminaires et expositions sur la technologie allemande concernant l EDD et la protection de l environnement. L EDD, à l ENSA, a aussi un autre aspect à travers un club environnement qui a été créé en 2003 et dont le but principal est d inculquer une culture environnementale au sein de l école. Chaque année, nous avons plus de 80 adhérents élèves ingénieurs. Le club environnement est géré par un comité de pilotage élu annuellement, a des statuts internes et les étudiants travaillent dans deux commissions actives, l une concerne tout ce qui est études techniques, documentations, recherches, l autre sur la communication et les relations extérieures

329 (partenariats, contacts avec les ONG, etc.). Dans ce cadre, nous sommes très actifs au niveau de la ville, avons beaucoup de contacts, faisons beaucoup d activités en commun avec des ONG qui s intéressent à la problématique de la protection de l environnement. Enfin, ce club est encadré par un enseignant chercheur de l école. Notre mission principale est de promouvoir une culture environnementale au sein de l école et du campus universitaire, puis au niveau de la ville. Tanger est une ville riche en patrimoine écologique et culturel et, parmi ses objectifs, le club milite sur la protection des sites à intérêt biologique et écologique à Tanger. Nous avons deux grands volets d actions. Il y a d abord la sensibilisation à l éducation civique notamment dans le cadre de la valorisation du patrimoine écologique et culturel. Nous le faisons surtout avec des visites guidées thématiques, des excursions, des campagnes de sensibilisation, nous réalisons aussi des supports de communication. Ainsi, la célébration de la Journée mondiale de la forêt devient, chaque année, une activité traditionnelle et nous y participons avec des associations très actives dans la ville. Dans ce cadre, nous invitons des lycéens et enfants d écoles primaires, les amenons au site Perdicaris et animons plusieurs activités sur le terrain sur l importance de la forêt, et ce notamment pour tirer la sonnette d alarme sur l état de ce patrimoine. Un autre volet vise surtout le management environnemental au niveau de l entreprise. Notre première action, sur ce champ, est la sensibilisation des futurs cadres à l importance de la démarche environnementale. Nous organisons des séminaires, comme un séminaire ISO en 2004 au profit des élèves ingénieurs et des entreprises. Tanger est une ville qui avait une vocation touristique dans les années 70 et 80, une ville riche en patrimoine culturel et écologique, et a de plus en plus une vocation industrielle et connaît beaucoup de mutations. L idée, parce que le club milite à côté de plusieurs associations, est de militer en faveur d un développement durable, ce qui signifie qu il faut accompagner ce développement économique par un développement qui a cette étiquette de durable, et ce pour ne pas avoir un développement industriel. En effet, plusieurs zones industrielles se construisent, il ne faudrait pas que la ville de Tanger, dans dix ou quinze ans, soit comme celle de Casablanca qui rencontre énormément de problèmes en ce qui concerne la pollution et les problèmes environnementaux. Le club participe à plusieurs manifestations nationales et internationales. Ainsi, il était présent à Pollutech 2004, sur le Salon «Enviro Maroc» et sur d autres manifestations en Espagne. Une activité phare, démarrée l année dernière, concerne les Journées développement durable. Pour nous, en tant que club au sein de l université, l idée est de faire de ces journées un rendez-vous annuel pour faire découvrir au grand public les différents aspects du développement durable. Même si l on en parle dans les lycées, collèges ou écoles, le concept développement durable est encore méconnu chez la grande majorité de la population. Il s agit donc d expliquer le développement durable d une manière didactique, simple, loin de tout discours moralisateur en ce qui concerne la protection de l environnement. L idée de cet événement est aussi de créer un espace d échanges et de discussions entre les différentes composantes socio-économiques de la ville. Le public ciblé, ce sont les écoliers, les lycéens, les étudiants et la manifestation a connu plus de 450 participants. Au cours de cet évènement, se sont tenues des tables rondes et des conférences et ont été organisés différents ateliers auxquels nombre d écoliers et de lycéens ont participé. Il y a eu un atelier sur le recyclage des déchets, le recyclage du papier, un atelier «flore» avec notamment des plantations de plantes représentant le patrimoine méditerranéen, et un atelier d arts plastiques qui a connu un grand succès. L expérience du club environnement est un réel succès en tant que structure d intégration de l EDD dans l établissement, en témoignent l appui et l encouragement de la Direction. Il y a

330 aussi eu une forte implication des étudiants et le soutien de plusieurs institutions publiques et privées mais, d un autre côté, cette expérience rencontre aussi des difficultés. En effet, il y a d abord plusieurs problèmes au niveau des ressources. Même si nous avons l encouragement de la Direction, il y a cependant beaucoup de contraintes et de restrictions au niveau du budget. Ainsi, le club aspire à faire un bulletin de communication bimensuel, mais nous ne pouvons pas l imprimer donc il reste sur le net. Par ailleurs, l on note l absence d un atelier de travail permanent. Un autre aspect est important dans ce travail, à savoir la valorisation des contributions des élèves ingénieurs. Ce sont des actions bénévoles, mais elles ne sont pas prises en compte directement dans l évaluation de l étudiant. Il y a un module au niveau de la deuxième année «techniques de communication et ouverture» où une note est attribuée pour les activités, mais ce n est pas généralisé pour l ensemble des autres niveaux. Enfin, nous remarquons une faible implication des enseignants dans les activités et dans l EDD. Suite à cette expérience, l université peut être considérée comme un principal acteur de l EDD. Quand on parle de l EDD, il y a plusieurs acteurs, le tissu socio-économique, les organismes de coopération, les institutions nationales, la société civile, les établissements scolaires. Notre expérience montre que l université est sollicitée très souvent par les associations ou les établissements pour mener des activités en faveur de la protection de l environnement et du DD. Aussi, l université peut jouer vraiment un rôle de relais pour ce qui concerne l éducation au développement durable. L ENSA de Tanger peut fédérer un programme pilote pour la promotion et l intégration de l EDD. Ce programme peut viser la sensibilisation du corps enseignant au développement durable en général, l introduction des cours de développement durable et de management environnemental pour les autres filières. En tant qu école d ingénieurs, nous pouvons offrir des formations continues aux industriels en matière de DD. Par ailleurs, puisque nous avons un club actif, nous pouvons aussi réfléchir à la formation de jeunes éducateurs en DD où ils pourraient apprendre des techniques de sensibilisation, de communication, d écocitoyenneté. Ils sont les mieux placés pour le faire puisqu ils étaient lycéens et arrivent à bien comprendre ce qu il faut communiquer à l ensemble des collégiens et lycéens. Dans ce cadre, je lance un appel dans le sens où l ENSA est prête à collaborer avec des institutions et organismes pour justement concrétiser cette vision. Le développement durable, mon asso et moi par Elisa BRALEY Fédération des Associations Générales Étudiantes FAGE elisa.braley@fage.asso.fr Mon témoignage vise à éclairer les pratiques non pas de l établissement, mais des associations étudiantes qui s investissent dans le champ de l'edd. La FAGE est un réseau de près de 1 500 associations étudiantes réparties dans toute la France. Elle a pour but de faire vivre la vie étudiante, d animer les campus, de former les étudiants à la gestion associative et de débattre et proposer des campagnes tournées vers la citoyenneté, la prévention, la solidarité et le développement durable. Les associations sont déjà fortement engagées dans une démarche d éducation au développement durable à travers des campagnes d éducation à la citoyenneté, la santé, la lutte contre la discrimination, etc. Les associations sont situées au cœur de l établissement d enseignement supérieur et sont le moteur de la vie étudiante. Elles mettent en place spontanément des animations de sensibilisation, mais aussi des formations, des débats et des actions de lobbying. Ces associations sont donc actrices de l'edd dans l enseignement supérieur.

331 J ai distingué trois démarches dans les pratiques à travers le réseau de la FAGE. Premièrement, la FAGE s est positionnée sur la formation au développement durable des associations étudiantes de son réseau, avec notamment une formation quasiment globale sur le développement durable des associations étudiantes, mais aussi sur la pratique d écogestes. C est certes une petite partie du développement durable, mais c est une porte d entrée assez pratique et concrète pour les associations étudiantes et cela permet ensuite d élargir au développement durable dans sa globalité. Paradoxalement, nous avons fait le constat que les associations étudiantes s engageaient sur des projets solidaires d éducation, mais finalement, dans leurs activités au sein de leur association locale, elles avaient peu de regard introspectif sur leurs pratiques. Nous nous sommes donc intéressés à ces écogestes pour leur faire adopter des actes, et les faire réfléchir sur ce qu elles peuvent mettre en place dans leurs activités quotidiennes. Par ailleurs, le local de l association étudiante est très petit selon les universités et est pris en charge, le plus souvent, par l établissement. Il y avait donc peu ce regard introspectif pour les associations étudiantes. Nous avons donc créé une campagne qui s appelle «Le développement durable, mon asso et moi» pour donner les moyens d agir aux étudiants engagés dans une association au quotidien et élargir à la question du développement durable de manière plus globale. Pour cela, nous proposons des outils concrets, le plus possible avec les étudiants, dans une démarche participative d impliquer le public. Nous essayons de tendre vers une démarche d Agenda 21 associatif avec nos associations étudiantes. Pour cela, nous les formons dans les différentes villes avec des formateurs les plus locaux possibles, et avec l intervention d associations spécialisées, d experts du développement durable pour accompagner cette démarche. Deuxièmement, les associations étudiantes agissent et forment au développement durable dans leur territoire, essentiellement au sein de leur établissement. Cela passe par l animation, et notamment la tenue de stands de sensibilisation. C est l animation la plus facile à mettre en place, avec une présentation d outils pédagogiques distribués aux étudiants, la démonstration de bonnes pratiques, des actions un peu plus innovantes en fonction de l imagination des associations des étudiants, des jeux et un partenariat avec des associations plus spécialisées ou des agences régionales pour l environnement. Ces animations plutôt ludiques sont complétées par des conférences sur le développement durable organisées par les associations étudiantes, avec la diffusion de PowerPoint, de supports vidéos et l intervention d intervenants spécialisés à la fois pour revenir sur les bases du développement durable de manière générale, mais aussi pour voir les réflexions et perspectives qui y sont liées. Les associations étudiantes sont vraiment habituées à mettre en place ce type d animation et à faciliter le lien. Enfin, elles organisent elles-mêmes des formations d une heure et demie auprès de leurs adhérents ou autres afin de donner les moyens de réfléchir et d agir, de faire des choix ensuite en tant que citoyen mais aussi en tant qu adhérent à une association. Troisièmement, il s agit de s investir dans l éducation au développement durable par des actions de revendication, c est-à-dire de lobbying. C est aussi un champ sur lequel se positionnent les associations étudiantes, c est-à-dire qu elles revendiquent une prise de position de l établissement dans lequel elles se situent pour tendre ou accompagner, en fonction de l investissement de l établissement, vers un plan d actions tourné sur le développement durable. Plusieurs actions peuvent être menées par les associations étudiantes. Cela passe pour elles, par exemple, par faire partie des concertations ou de commissions mises en place, en tout cas ne pas être oubliées comme actrices du domaine. Cela peut être aussi des actions un peu plus revendicatrices comme à Rouen où ils ont mis en place une action qui s appelle «Nettoie ton campus». Sur une demi-journée, ils ont invité un maximum d étudiants à

332 ramasser tout ce qu ils trouvaient sur le campus, ils ont déposé cela devant la maison de l université. C était un message assez fort puisque tous les personnels administratifs et techniques, mais aussi de la Direction de l université passaient devant le tas qui représentait plus de 220 kilos de déchets. C est un exemple d action de lobbying qui peut servir à sensibiliser les étudiants et à appuyer leur action de lobbying auprès de l établissement. Nous travaillons énormément avec les élus et les associations étudiantes dans ce projet de responsabilisation des universités. Le but est de s interroger sur le comportement de l établissement à travers ses politiques et ses pratiques et de questionner les impératifs économiques, sociaux et environnementaux des activités de l établissement. Certaines associations étudiantes revendiquent également des actions cohérentes et concertées entre les différents acteurs et les partenaires de l enseignement supérieur, notamment de créer des tables rondes entre établissements, UFR, CROUS, Villes, Régions, etc. pour arriver à un Agenda 21 concerté. Il y a aussi une revendication en termes de formation. Dans les cursus de formation, la demande est qu il y ait des formations de quelques heures annuelles au sein de modules optionnels ou transversaux, ou de véritables parcours de formation. Il y a parfois une revendication sur le contenu des formations pour leur actualisation, et ce afin de prendre en compte le plus possible les enjeux actuels. Pour cela, nous travaillons avec les étudiants qui se trouvent dans les Conseils d administration des universités et des CROUS, ou avec les élus dans les CEVU (Conseils d études et de la vie universitaire) qui travaillent avec les associations étudiantes et les différents acteurs de l équipe de l établissement. Pour conclure, les associations étudiantes et les étudiants, qu ils soient issus ou non de filières avec des modules de formation sur le développement durable, sont moteurs et acteurs de l éducation au développement durable dans l enseignement supérieur en appuyant l équipe dirigeante dans sa démarche ou en créant des animations et des temps de formation. Pour les associations d étudiants, il s agit de s adresser à un large public que ce soit leurs adhérents, les étudiants de leur campus, les dirigeants, les fournisseurs et les partenaires dans l enseignement supérieur. Ce sont des interlocuteurs déjà privilégiés des étudiants et il ne faut pas oublier, dans le développement durable, d inclure le public auquel on s adresse dans la définition des projets. Ces associations étudiantes informent, sensibilisent, forment et donnent les moyens de faire des choix au quotidien, et ne sont pas à oublier comme actrices de l éducation au développement durable. Rapport de propositions sur l'edd dans l'enseignement supérieur par Florent BAARSCH Réseau des Étudiants français pour l'éducation au Développement Durable REFEDD presidence@refedd.org Le REFEDD a tout juste un an et je vais vous présenter notre rapport de propositions sur l éducation vers un développement durable de l enseignement supérieur. Ce rapport nous a été réalisé à la demande du Comité français de la Décennie. Au départ, cela devait être simplement une enquête mais, finalement, nous avons travaillé avec l association «Avenir Climatique» qui avait déjà fait une enquête auprès des étudiants que nous avons réutilisée et dépouillée pour s intéresser à cette question. Ensuite, nous avons fait quatre propositions que nous allons suivre et essayer de mettre en place le plus rapidement possible. Cette enquête a été faite auprès de 15 000 étudiants sur 282 établissements de l enseignement supérieur. Jusque-là, il n y avait jamais eu d enquête de la sorte auprès des étudiants, c est donc une vraie représentativité de ce qui peut se passer auprès des étudiants.

333 L on pourrait croire que les étudiants ne s intéressent pas au fait de société, mais l enquête montre que c est totalement faux. En effet, la question des changements climatiques est un problème pour 90 % des étudiants. Pour 75 % d entre eux, c est un problème d une telle ampleur qu il doit devenir une préoccupation croissante dans la vie. On voit qu il y a réellement une conscience réelle et à qui il faut donner des moyens pour agir. L on pourrait se demander s il y a réellement une volonté d action. En effet, l on a tous conscience que le climat se réchauffe, mais ce n est pas pour cela que l on agit. C est pour cela que nous avons prévu une question par rapport au niveau de consommation. Ainsi, les étudiants se disent prêts à consommer moins, c est-à-dire à changer leur mode de vie, à devenir acteurs du développement durable et à lutter contre le changement climatique. Les étudiants actuellement formés dans les grandes écoles ou les universités ont cependant des problèmes de connaissances. En effet, nous avons posé une question, certes relativement technique, par rapport à l essence sans plomb et au pot catalytique. On voit, aux réponses données, qu il y a un réel problème de connaissances, que ce soit pour les étudiants en école d ingénieurs, en école de commerce ou en études de sciences humaines. Ensuite, nous avons abordé l une incohérence coupable entre l importance des enjeux et leur prise en compte dans le fonctionnement des campus. En effet, dans nombre de campus universitaires ou de grandes écoles en France, on fait de très beaux cours sur le développement durable, les grands principes, sur la façon dont cela fonctionne, sur ce qu il faut changer, mais ce n est jamais pris en compte dans le fonctionnement des universités. Ainsi, dans une grande école à Paris, l on donne un cours sur le développement durable dans lequel l on apprend que l alimentation carnée a un impact important sur le réchauffement climatique, mais l on y sert, midi et soir, de la viande au restaurant de l école. Cela peut prêter à sourire, mais à force on peut perdre ses illusions voire se désespérer. Enfin, le constat n est pas si alarmant parce que 80 % des étudiants ont réellement une envie de recevoir des cours dans ce domaine. Il y a donc une conscience, une envie d agir et une envie de recevoir une formation. Le constat est alarmant entre ces incohérences de cours, de manque de connaissances, cette envie des étudiants et cette non-réponse de la part des administrations et des enseignants, mais nous sommes persuadés que des solutions existent. Je vais vous présenter nos quatre propositions, deux pour le long terme et deux pour le court terme, en commençant par le long terme. Premièrement, il s agit de développer une approche éducative transversale du développement durable et une approche systémique. En effet, l EDD n existe pas et, finalement, le développement durable doit faire partie de toutes les matières qu on peut enseigner, que ce soit à l universités ou dans les grandes écoles, que l on apprenne l ingénierie, le commerce, le droit, l économie. Cela fait partie de toutes les matières et il faut que ce soit une partie intégrante de toutes les matières. Le risque est de sectoriser le développement durable à une matière qui s appellerait le «développement durable» et ne pas le faire prendre en compte dans toutes les autres matières. Pour mettre en place cette approche éducative transversale, nous proposons de réunir annuellement un comité d enseignants par matière ou par représentant de chaque matière qui serait chargé de réfléchir à un contenu novateur et actualisé. En effet, le développement durable, la protection de l environnement, les faits sociaux sont des matières qui évoluent très rapidement et qu il est donc nécessaire d actualiser. Nous aimerions pouvoir offrir aux étudiants un contenu intelligent, intéressant et vraiment novateur. La deuxième proposition, un peu à l image des campus canadiens ou américains, serait de rendre les campus exemplaires en matière de développement durable et de protection de l environnement, car l on constate assez souvent des incohérences coupables entre le cours qui est donné, les enjeux qui existent et ce qui se passe dans le fonctionnement du campus. Nous proposons donc d abord de lever certaines barrières juridiques et administratives pour rendre les campus exemplaires. En effet, dans une université par exemple, quand l on veut

334 éteindre la bibliothèque la nuit, il faut rencontrer cinq personnes différentes donc le directeur du patrimoine et celui de la bibliothèque. Il y a ainsi tout un cycle très long et difficile, et nous souhaitons lever toutes ces barrières administratives. Il faudrait peut-être un référent développement durable par université ou par grande école en charge de ces questions. Ensuite, il faudrait mettre en place des plans verts exigeants et volontaristes. C est inscrit dans l article 48 de la Loi Grenelle 1 votée récemment à l Assemblée nationale, mais nous ne connaissons pas encore trop le contenu de ces plans verts. Nous espérons travailler avec les étudiants, les administrations et les enseignants pour qu il s agisse vraiment de plans verts exigeants, qu il y ait un contenu avec un vrai référentiel, et ce afin de pouvoir avancer sur ces questions. Enfin, il s agit surtout de soutenir, encourager et aider les initiatives étudiantes sur le campus parce que dans nombre de campus français, des associations se bougent vraiment. Il faut les soutenir parce qu elles se cassent souvent les dents sur l administration à cause de problèmes bénins. La troisième proposition, de court terme celle-ci, est d offrir un corpus obligatoire et essentiel des connaissances relatives au développement durable aux étudiants de l enseignement supérieur. Vous direz que je suis en contradiction avec moi-même puisque je suis en train de vous dire qu il faut offrir des connaissances en matière de développement durable et donc de sectoriser le développement durable. En même temps, quand on voit le manque de connaissances flagrant des étudiants et la non-volonté de certains enseignants d offrir ces connaissances, il paraît nécessaire d offrir un corpus minimal de connaissances, c est-à-dire les pré-requis pour affronter tous les sujets liés au développement durable. Cela pourrait se faire par des conférences, des forums, des débats d une journée libérée à cet effet pour permettre à tous les étudiants d appréhender les grandes questions liées au développement durable, au réchauffement climatique, à l épuisement des ressources, tout ce qui compose la crise écologique. La quatrième proposition sur laquelle nous travaillons actuellement est de renforcer le rôle des étudiants dans la prise en compte de ces nouveaux enjeux. Cela passe d abord par valoriser l engagement étudiant dans ce domaine par des crédits ECTS. Pour information, le crédit ECTS est la façon dont sont notés les étudiants. Nous aimerions ainsi qu un crédit ECTS soit attribué pour un projet étudiant, un projet de réflexion, un projet pratique qu il aurait mené au cours de l année. L on sait que ce sera difficile parce qu il faut négocier avec le ministère, donc nous avons essayé de trouver une autre approche. Ainsi, nous proposons d organiser un grand concours national de projets théoriques et pratiques. En effet, si tous les étudiants dans leur campus peuvent mener des projets en collaborant avec l administration et les enseignants, cela va permettre cette prise en compte, c est ce qu on appelle la pédagogie active, la pédagogie par l exemple. Il s agit donc de permettre à ces étudiants de travailler sur ces grands thèmes et de valoriser cela dans leur CV ou leurs expériences professionnelles. Ils pourraient être ainsi des moteurs ou des vecteurs du développement durable dans leur entreprise, leur institution ou leur association. Je me permets un aparté sur la raison de l action et la rapidité de l action. Actuellement, l on parle beaucoup de crise financière, de crise boursière. Or, cette crise nous appelle à trouver de nouvelles solutions. On connaît tous la solution puisqu il s agit du développement durable. Actuellement, c est un grand concept mou et on ne sait pas trop quoi mettre dedans. Si l on offre une formation, si l on offre à des étudiants la capacité de pouvoir donner un sens à ce concept de développement durable, le rendre plus pratique, plus pragmatique et surtout le mettre en vigueur dans le monde professionnel et dans le monde en général, je pense que l on pourra trouver une solution. La crise financière, pour beaucoup de gens, est un grand problème, mais elle peut être une chance pour les questions de développement durable et leur prise en compte, surtout pour trouver un nouveau mode de développement économique et financier plus équitable, plus juste et plus respectueux de l environnement.

335 La démarche EDD dans les écoles d enseignement supérieur de la CCI du Cher par Bernard LETURGIE Responsable Qualité et Développement durable, Département Enseignement et Formation, CCI du Cher, bleturgie@cher.cci.fr En tant que Chambre de Commerce et d industrie, nous sommes au service du développement économique de notre département pour accroître l attractivité de notre territoire. Le Cher est un territoire qui en a bien besoin parce que c est un département qui souffre de son enclavement et de son passé mono industriel, sachant que cette mono industrie était axée plutôt sur l armement. Le centre de la France à une époque napoléonienne a été choisi pour être le centre protégé pour fabriquer et bien souvent maintenir au frais des munitions. Vous savez ce qu est devenu l armement, et nos industries aujourd hui se délitent et nous peinons à trouver des axes sur le sujet. Si nous voulons exister, il nous faut trouver des niches, des idées fortes pour se singulariser d autant que notre région Centre aujourd hui une «fausse région» parce que, dans le Centre, il y a le Berry et la Touraine qui sont quelque part de vraies régions. Aujourd hui, nous sommes à Bourges et avons les pôles Orléans et Tours, des pôles forts dans la région Centre. Il s agit donc pour nous de nous singulariser. Je rappelle que les Chambres de Commerce et d Industrie sont les deuxièmes formateurs en France après l Education nationale pour la formation initiale. Nous avons des écoles aussi prestigieuses que HEC, l ESSEC qui sont gérées par les CCI en France. Par ailleurs, nous sommes premiers formateurs pour la formation professionnelle des adultes. S agissant de nos écoles, il faut savoir que pour les écoles de bac + 5 comme Hubert Curien ou l ESTACOM (Ecole Supérieure des Techniques Appliquées de la Communication), cela représente environ 400 élèves. Ensuite, nous avons toutes les formations continues auprès d adultes ou de stagiaires qui représentent environ 12 000 à 15. 000 personnes. La mise en œuvre de notre démarche développement durable au sein du pôle Enseignement formation a été pour nous un moyen efficace de déployer des bonnes pratiques, notamment parce que nous sommes auprès des entreprises, de nos étudiants et de nos ressortissants. En tant que Chambre de Commerce, nos actionnaires sont nos élus et les élus sont les entreprises, qu elles soient d industrie ou de commerce. Nous avons donc un impact particulier parmi ces partenaires qui sont, bien sûr, nos parties intéressées comme il s entend en développement durable. Pour ce qui est de nos formations, nous avons une école bac + 5, l école Hubert Curien. L école est née en 1990 d une initiative visant à sortir le territoire de son enfermement dans la mono industrie et pour attirer vers nous des élèves et des étudiants de la France entière. Hubert Curien est une école de formation en bac + 5 par apprentissage, c est-à-dire que nous travaillons par alternance, trois mois en école, trois mois en entreprise. Aujourd hui, nous pouvons afficher un taux d emploi à la sortie d école de 97,5 %. Notre autre école, l Ecole Supérieure des Techniques Appliquées de la Communication, est une école à bac + 2 BTS ou bac + 3 qui se veut plus locale que l école Hubert Curien mais qui, pour nous, est un vecteur pour communiquer sur le développement durable. Pour que nos élèves puissent effectivement être sensibles au développement durable, nous avons commencé par nous demander comment, en tant que structure, en tant que Chambre de commerce dans le département Enseignement formation, nous pourrions être conformes au développement durable. Nous avons travaillé sur le modèle SD 21000, nous avons fait cette autoévaluation accompagnée par la CAFNOR, maintenant AFNOR Certification. Nous avons donc approché cette manière avec les enjeux, les parties intéressées et, au regard des bons résultats que nous avons obtenus, nous nous sommes proposés pour la labellisation à fac millénaire qui permet d avoir un scoring sur 1000 points pour se positionner en termes de développement durable. C est une approche un peu nouvelle et nous avons été la première Chambre de Commerce à être labellisée de la sorte.

336 Pour l école Hubert Curien, nos cursus sont «ingénierie de la qualité et du développement durable», «maîtrise de l efficacité énergétique», «ingénierie du retour d expériences» et «ingénierie et gouvernance des risques». Nos objectifs sont de porter l innovation, d apporter d une part aux entreprises notre expérience pour les aider à être toujours plus performantes. Sachant que nos élèves travaillent par apprentissage, en termes d impact sur les entreprises après trois mois d école, trois mois en entreprise, il y a forcément un partenariat et une injection directe sur l entreprise. Nos étudiants sont issus de la France entière, certains viennent de la région de Bordeaux ou de Strasbourg. Ce n est certes pas très développement durable puisque cela nécessite des déplacements au niveau des étudiants, mais c est une bonne éducation puisqu un déplacement par mois en train est remboursé, ce qui est une incitation non négligeable. Dans le programme d enseignement, comme il s agit d injection et non pas systématiquement d un thème principal, l on va retrouver «concevoir et piloter des systèmes de management qualité et développement durable», «pilotage de la conduite du changement dans les approches qualité et développement durable», «élaboration de la stratégie en matière de gouvernance des risques», «développement durable et responsabilité sociétale des entreprises». Ces thématiques sont intégrées dans nos cursus et font partie intégrante de la formation, et nous n avons pas de formation développement durable en tant que telle. Le développement durable représente un engagement fort qui s est imposé à nous en tant que Chambre de commerce. C était aussi un vœu de nos élus, mais aussi des formateurs chargés de transmettre des repères et des valeurs à nos étudiants. Notre action s inscrit dans une dynamique collective au service de notre territoire, elle est entière et solidaire avec les autres acteurs pour qu ils participent à son développement. Aujourd hui, nos étudiants ont un premier réflexe, puisqu ils sont formés au développement durable, qui est de tout remettre en cause, en nous demandant comment nous pouvons vivre dans une école conçue en 1989, dont les murs ne sont pas isolés, sans thermostat, etc. Notre réponse est de leur demander de nous aider à trouver des solutions, de donner des idées pour investir, des idées pour récupérer des budgets. Le problème aujourd hui est de vivre avec le passé, ce n est pas forcément facile et c est à ces jeunes de nous dire comment faire demain pour améliorer sans tout casser. Enjeux, modalités et perspectives de l intégration de l EDD en formation initiale des professeurs du second degré (IUFM) par Didier MULNET, IUFM d Auvergne, didier.mulnet@univ-bpclermont.fr A l IUFM d Auvergne, en termes d éducation au développement durable, nous essayons de faire deux ou trois choses, d analyser les erreurs parce qu il faut regarder devant nous, c està-dire le futur donc la mastérisation. Il faut donc vraiment travailler dans cette optique. Dans le cadre actuel, il s agit de la formation professionnelle en licence avec éventuellement un peu de pré professionnalisation, quelques petits stages pardon, Je vous informe que je m intéresserai au parcours de formation des enseignants car il n était pas possible de nous intéresser à l ensemble des parcours de formation. Dans le cadre actuel, il s agit de la formation professionnelle en licence avec éventuellement un peu de pré professionnalisation avec quelques petits stages. Dans ce cadre, un étudiant normal arrive en Professeur Collège Lycée 1 ère année, il prépare un concours. Ensuite, il fait une année de PLC2 où il est en formation en alternance, en établissement scolaire et en IUFM, avec globalement deux jours et demi sur le terrain avec des classes et un jour et demi en centre de formation.

337 Je vais m intéresser maintenant à ce que l on peut faire en année de PLC2, d un point de vue complètement descriptif. Tout d abord, il faut savoir que l EDD rencontre un gros problème. En effet, ce n est pas une matière et il est beaucoup plus facile de juxtaposer des contenus pluridisciplinaires. On se partage le gâteau du développement durable, le physicien va prendre un peu d énergie, le géographe va prendre un peu de paysage et le SVT va prendre de la biodiversité. Dans cette caricature, plus rien ne sort et c est complètement sclérosant. Le seul objectif véritable est d entrer dans la transdisciplinarité, c'est-à-dire de croiser les points de vue des différentes disciplines. Facile à dire, moins facile à faire. Par ailleurs, il faut aussi respecter le fait que tout le monde n est pas au même niveau, il faut que des gens puissent prendre le chemin au niveau où ils en sont et ne pas faire du théorisme de la transdisciplinarité, sinon on aura encore une poignée d élus qui vont porter le développement durable sans permettre à d autres de pouvoir y entrer à leur rythme. C est presque une question de respect. Quels sont les objectifs de l'edd durant cette année de PLC2? Dans le référentiel universitaire, nous avons dix compétences : agir en fonctionnaire de l Etat de façon éthique et responsable, maîtriser la langue française, maîtriser les disciplines, concevoir, organiser le travail, prendre en compte la diversité des élèves, évaluer les élèves, maîtriser, travailler en équipe, se former et innover. Le développement durable doit s insérer dans l ensemble de ces compétences professionnelles, il doit s intéresser au processus d évaluation des élèves. Ce serait caricaturer ce système que de dire que le développement durable concerne, par exemple, les compétences 9 et 10. Après plusieurs années de pratiques disciplinaires, je constate que si nous allons trop vite sur le pluridisciplinaire, un élève en PLC2 a tendance à ne pas avoir envie d avancer. Ce n est pas un contexte favorable pour faire de l'edd. Les gens ont été rodés à de l instruction, à de «j avance vite, peu importe les moyens», l important est d ingurgiter très vite un certain nombre de contenus. Dans ce contexte, on se heurte à des difficultés. Quels sont les rejets? Quand je forme au développement durable, c est face à un amphi de 90 personnes pour des raisons économiques ou de mutualisation des besoins. Dans la salle, des gens prennent la parole et disent : «Vous voulez nous faire faire de la politique! Nous ne sommes pas des enseignants, ici présents, pour nous entendre dire que nous allons enseigner de la politique. Je suis professeur de physique, la politique ce n est pas mon rôle, c est une question d éthique». Certains vont nous taxer de néocolonialisme ou de caution du libéralisme ou de l ultralibéralisme ou de l alter-mondialisme. En fait, il est très difficile d avoir un discours même ouvert sans être taxé d arrière-pensées. Certaines personnes m ont même dit : «C est un nouveau catéchisme que vous nous faites là». Ce n est pas facile, ce n est pas anodin. Lors de ma première formation en amphi, il y avait des bruits de fond, et je ne comprenais pas pourquoi. Au bout d un moment, les gens m ont dit : «Il faudrait maintenant instaurer un temps de débats, nous avons besoin d expurger. Ce que vous nous dites est presque un peu trop violent». Il faut dire que la première séance l année dernière s est faite le vendredi 10 septembre, à une époque où les gens n avaient pas encore pris les classes véritablement et où ils avaient bien d autre chose à penser, ils étaient dans l angoisse de la prise en main des classes. C était trop tôt. Certains m ont dit aussi : «Je suis professeur de physique, je suis professeur de lettres, le développement durable ne me concerne pas. Puis, à titre personnel, cela ne m intéresse pas». A l inverse, parce que les formations en amphi étaient tout sauf anodines, d autres étaient entièrement militants et s énervaient de voir l apathie des autres. Il est certain que cela nécessite toute une stratégie de communication alliant l humour, les vues, pour ne pas choquer trop. Ce sont aussi beaucoup de techniques de communication pour arriver à le gérer. Tout cela pour dire qu il est beaucoup plus facile d enseigner les

338 programmes et que la majeure partie de mes collègues n ont pas du tout envie d aller dispenser ce genre d enseignement délicat. Au niveau opérationnel, notre travail est de faire en sorte que tout le monde s y mette, non pas pour des raisons militantes mais parce que cela fait partie de notre travail. Tout cela pose le problème des représentations. Quand on a face à nous des jeunes, ils ont des représentations sociales sur le secteur économique, environnemental et autres, et c est tout le problème du poids des représentations. J ai l impression que, dans l enseignement, on est toujours en train de prendre une petite boule-de-neige, d aller la coller en haut de l iceberg et de se dire que cela va faire bouger tout le «bazar», mais on oublie tout ce qui est en arrière fond, c'est-à-dire le 9/10 du volume. C est d une parfaite inutilité que de vouloir croire qu en rajoutant une petite couche de connaissances, on va changer réellement les représentations des gens. Cela nécessite toute une stratégie. Il y a certes des réponses curriculaires. A l université de Clermont-Ferrand, il y a quatre ans, je faisais du développement durable à des jeunes de SVT, il y a trois ans à des jeunes de SVT, documentation et physique, et il y a deux ans à tout le monde, et ceci parce des étudiants de PLC2 trouvaient anormal qu il n y ait que quelques matières qui aient droit à l enseignement du développement durable. Ceci dit, tout le monde n était pas d accord dans l amphi. C est peut-être même d ailleurs la particularité de ce que je vous présente, à savoir que je suis peut-être un des rares à imposer à un public contraint une formation, peut-être mauvaise, peut-être bonne, mais les 350 enseignants de l université de Clermont-Ferrand sont obligés de passer par le moule. Ceci est très différent de formation où l'on convainc des gens déjà convaincus, c est beaucoup plus facilitant mais beaucoup moins efficace à mon avis. Ceci suppose aussi le problème des nouveaux modes de formation. En amphi, face à 90 personnes, il faut reconnaître qu on ne fait pas beaucoup changer les comportements. Estce notre rôle? Mon rôle est plutôt de faire évoluer les conceptions, les représentations des gens, et non de vouloir leur inculquer des choses. Il est plutôt de leur montrer le panel des représentations des gens. Qu avons-nous choisi concrètement comme stratégie à l IUFM d Auvergne? Nous avons dit que tout le monde allait passer par le moule. Dès l instant où l'on prend cette stratégie, cela veut dire que l horaire est limité. Ce sont donc trois heures pour tout le monde et, pour globaliser les moyens, c est de l amphi chaque fois qu on le peut. Horaires limités, forts effectifs. Ceci dit, ce n est pas tout à fait vrai car il y a les formations en amphi dans la grosse antenne du Puy-de-Dôme et dans les plus petites antennes des trois autres départements, on travaille avec des effectifs multidisciplinaires de l ordre de 30-35, mais on est quand même sur des effectifs importants. L année dernière, nous l avions fait trop tôt. Nous avons donc choisi de ne le faire qu à la rentrée de Toussaint, du mois de novembre au mois de décembre. Le retour d expérience de l année dernière montre que des professeurs n étaient pas sensibles du tout, et qu il fallait que je sois manipulatoire pour arriver à les convaincre. Il s agissait notamment des professeurs d anglais. Ce n est que de la stratégie de communication, de la manipulation pure. Pour monopoliser des professeurs d anglais au développement durable, le film d Al Gore est un très bon film parce qu on part des traductions simultanées, des différences de traduction entre la bande sonore en français et l écrit anglais. Quand on travaille sur cela et qu on leur propose derrière tout l accompagnement, c est vrai qu on les convainc mais c est une façon de travailler très démagogique. Nous sommes vraiment dans le manipulatoire. Si l on intervient trop tard, le poids des disciplines a repris le dessus et, de toute façon, l ancrage pédagogique disciplinaire fait que ce n est même plus la peine de se présenter. Si on intervient trop tôt, ils ne sont pas du tout dans un ancrage pédagogique, ils sont dans la

339 gestion du lendemain de leur classe et du stress des élèves, ce qui est tout à fait normal. Nous avons donc des créneaux un peu particuliers. Pour ma part, je fais de la sensibilisation, je ne peux pas aller jusqu à un changement d attitude. Aussi, formation en novembre, à plus petits effectifs, groupes différenciés, c est en fait ce qui m a été accordé cette année. Mais cela veut dire qu on y met les moyens, et nous les avons trouvés quand il y a eu la demande des étudiants. A la fin des séances amphi de l année dernière, les étudiants nous ont demandé de dédoubler, de faire des séances à 30 de type ateliers. Cette année, nous avons dédoublé, nous serons 40 mais c est déjà sur la bonne voie. Qu avons-nous le temps de faire? Donner une vue critique de ce qu est le développement durable. Pour vous donner le SMIG du PLC2 en développement durable à l IUFM d Auvergne, il ne faut pas faire de confusion entre développement et croissance, c est la discussion sur le Substainable et le durable. Il faut une petite heure pour arriver à bien cerner tout cela. Après, il s agit de faire percevoir ce qu est l éducation. C est tout sauf du formatage, ce n est pas de l instruction, c est l éducation au choix, l éducation à la complexité, le refus du catastrophisme sans déni des faits scientifiques. Ceci correspond à ce que nous faisons dans une autre heure. Dans la troisième heure, nous n avons que le temps d aborder les pistes d enseignement en disant qu il y a deux objectifs. D abord, il s agit d enseigner le développement durable dans sa discipline. Ensuite, il y a un objectif opérationnel qui n est pas de l ordre de l enseignement, mais plutôt de l ordre de l instruction. C est la mise en conformité de ses actes, de ce que l on professe et l'on arrive à ce qui concerne l Agenda 21. C est cependant une formation assez anxiogène. On dit aussi que tous les coups sont permis, c'est-à-dire l usage des films, de la bande dessinée, l usage des jeux de rôle. En fait, on laisse entendre qu on pourrait l utiliser mais, faute de temps, on ne montre pas le «Comment on peut l utiliser». Il y a donc un volet sur lequel il faut vraiment s appuyer, à savoir la formation de formateurs, pour faire en sorte que les formateurs disciplinaires aient déjà eux-mêmes le minimum de connaissances sur la question et puissent se poser la question «Qu est-ce que le développement durable peut apporter à ma matière et qu est-ce que ma matière peut apporter au développement durable?». Il faut les deux pour que les gens puissent se sentir véritablement investis. Puis, avec un peu de démagogie, il vaut mieux intégrer les gens que de les mettre en marge du système. Sinon, il n y a pas de meilleur ennemi que celui qui n a pu s insérer dans le dispositif qu on monte. Par ailleurs, il existe un réseau EDD des IUFM avec des rencontres, des réunions, des formations. Dans ce réseau, nous avons commencé à réfléchir à la formation/éducation au développement durable à mettre en place. Par rapport à cela, nous avons fait un deuxième choix qui est d associer l éducation au développement durable à d autres éducations (risques majeurs, santé, médias, solidarité, consommation) et nous avons estimé que l après-midi est consacrée à ces autres «éducations à», le matin étant consacré au développement durable. Nous utilisons les études de cas pour développer une «éducation à» dans ce cadre. La moralité de l histoire est qu il existe à la fois de fortes convergences, mais quelques divergences entre les différentes «éducations à». Les futurs professeurs sont recrutés après le master 2, ils passent le concours écrit après le premier semestre de master 1 et l oral en fin de master 2. Le concours n a pas la même allure que celui mis en place depuis trente ans : le concours est moins disciplinaire. Globalement, 40 points sur 100 sont de l ordre du disciplinaire à l écrit et 60 points sur 100 sont de l ordre du pédagogique à l oral. Cela change tout dans le recrutement des professeurs. En fait, nous allons recruter des professeurs avant de recruter des spécialistes de matière. Il ne faut pas non plus se leurrer, cela dépend de ce qu il y a dans le concours.

340 La possibilité d un master métier de l enseignement est celle qui a été choisie à l IUFM d Auvergne. Nous prônons le fait qu il faut faire un master métier de l enseignement selon le modèle suivant. En M1, premier semestre, nous avons 5 Unités d Enseignement et nous envisageons une UE «éducation à» dans laquelle vraisemblablement plusieurs ECTS traiteraient du développement durable. Ceci dit, quand on fait de l éducation à la solidarité, on est dans le développement durable, de même pour l éducation à la consommation ou à la santé. Nous avons fait le choix du tout ou rien, c est-à-dire qu il faut une UE entière, sinon il n y a pas d évaluation, ni d affichage, ni de volonté politique. Toutefois, tous les UFR pourront faire leur choix. La parfaite autonomie des universités fait que chaque université fera son propre choix en fonction de ses contraintes et de ses convictions. Par ailleurs, nous ne touchons pas au deuxième semestre parce que c est du bachotage. Puis, le concours va se passer à la fin du premier semestre de M2. Il y a eu de l intégration disciplinaire, tout cela dépendra de s il y a du développement durable au concours. S il y a du développement durable au concours et de l'edd au concours, ce qui est très différent, il faudra que nos contenus évoluent mais les concours seront donnés véritablement le 17 novembre donc nous ne saurons qu à cette date quelle structure nous allons adopter. En effet, il n est pas question de dispenser un enseignement caduc et abscons. Le dernier semestre de M2 est consacré à des stages, des projets et c est là où l éducation au développement durable doit reprendre du poil de la bête. En effet, nous sommes là dans le concret, les changements de comportements et il ne suffit pas d avoir de merveilleuses connaissances, mais d avoir des cadres pour les mettre en place. L idée est une UE 125 heures donnant des «éducations à» et une place importante au développement durable, délivrée en début de master, commune aux professeurs des écoles, des collèges et des lycées. Nous envisageons l intégration de ce qui est pédagogie en fin de M2 mais, même s il y a une recherche de cohérence au sein des réseaux, il y aura une diversité et il ne faut pas s attendre à ce qu il y ait une unité de formation. Il y aura une diversité de solutions, ce qui tranchera c est le concours, mais aussi les débouchés. Une personne sur 5 en master 2 aura son concours. Que feront les 4/5 autres? Il faut donc aussi se demander si mettre de l éducation au développement durable dans un parcours de master 2 favorisera l insertion professionnelle de ces 4/5 de gens. Un intervenant de la salle Débat avec la salle Dans un autre atelier, je disais que la solidarité internationale est le parent pauvre du développement durable. J aimerais savoir ce que vous faites et ce que vous envisagez de faire dans ce domaine d une éducation à la solidarité internationale parce que le développement durable ne concerne pas seulement des problèmes qui se posent chez nous, mais sur l ensemble de la planète et de façon beaucoup plus cruciale ailleurs. En effet, beaucoup de répercussions de nos comportements se font à l autre bout de la planète. Elisa BRALEY (FAGE) Les associations étudiantes se mobilisent d abord pour l éducation à la solidarité internationale. Elles mettent en place des animations de sensibilisation pour ensuite aller beaucoup plus loin. Le fait de partir attire beaucoup d étudiants donc nous essayons de sensibiliser aussi à tout ce qui peut être «agir ici». Ensuite, beaucoup d étudiants travaillent sur des plans de formation avec des écoles dans des pays en développement, par rapport à leur formation spécifique notamment en matière de santé ou autres. Il y a donc beaucoup d actions, et nous arrivons maintenant à l éducation au développement durable avec une vision plus globale que seulement la solidarité internationale. Lotfi CHRAIBI (ENSA Tanger) Pour notre part, nous sommes sur l autre rive et il y a une volonté politique, il existe des

341 plans nationaux pour la protection et pour l introduction du DD, mais il est clair que ce n est pas dans les priorités. Ceci dit, des efforts sont quand même faits. Pour revenir à la question de la solidarité internationale, nous accueillons chaque année un bon ensemble d étudiants des pays subsahariens. Plusieurs sont membres du club, et nous pouvons développer avec eux des activités qui montrent un peu leur expérience. Il est dommage qu aujourd hui nous n ayons pas pu voir les autres expériences dans le domaine de l enseignement supérieur, celles du Sénégal, de l Algérie, mais aussi du Vietnam. Selon moi, pour les pays en voie de développement, l EDD n a pas réellement été introduit. C est pourquoi j insiste sur le rôle de l université qui peut faire ce relais dans le sens où il n y a pas de structure mise en place en ce qui concerne l EDD. Didier MULNET (IUFM d Auvergne) Concernant la place de la solidarité internationale dans le développement durable, elle y est de fait, simplement dans la définition nord-sud. Le développement durable n est pas le développement durable des pays du nord, il est le développement de la planète. Par l effet d échelle, il y est donc intellectuellement. Dans les faits, il y a surtout le registre de la sensibilisation et de l information et, pour reprendre l exemple de l IUFM d Auvergne, sur nos 350 personnes, 22 étudiants seulement partiront au Mali pour avoir une expérience de solidarité internationale. C est à la fois beaucoup et peu, beaucoup parce que cela pompe l essentiel de notre budget, peu parce que c est moins de 1/10. Bernard LETURGIE (CCI du Cher) A la CCI, je vous ai parlé de formation par apprentissage, nous avons donc des partenaires industriels et, parmi eux, nous avons ouvert le champ sur des grands partenaires tels que AREVA et EADS. Au niveau international, nous restons européens pour l instant, mais nous désirons aller plus loin et de trouver des partenaires industriels au niveau international. Paula BRUZZONE (Pôle de recherche à l enseignement supérieur, Université Sud-Paris) Dans ce qui a été présenté, il y avait la dimension éducation vers le public étudiant, que ce soit des étudiants de grandes écoles, des universités ou d IUFM. Qu en est-il par rapport à l implication du personnel universitaire, des enseignants et du personnel technique qui peuvent peut-être participer à ce type d opération? Les associations étudiantes sont-elles en capacité de mobiliser ce type de personnel? Florent BAARSCH (REFEDD) C est tout le combat du REFEDD actuellement. Des étudiants sont très engagés et nous essayons de créer des groupes d étudiants, d administrateurs et d enseignants qui nous permettent de toucher toutes les différentes institutions de l université. Souvent, quand on a un projet d étudiants, on se retrouve face à l administration ou aux enseignants qui ne sont pas forcément d accord. Aussi, travailler avec des enseignants et des administrateurs dans un même groupe sur un même projet permet d accélérer la mise en place. Je sais qu à l Université Technologique de Troyes, des professeurs sont très intéressés par ces questions et œuvrent avec les étudiants et les administrateurs, mais cela ne se fait pas partout. De notre côté, c est ce que nous encourageons car ce n est pas qu une cause étudiante, mais c est aussi une cause de tous les gens qui gravitent autour de l enseignement supérieur. Un intervenant de la salle J ajoute que des établissements se certifient ISO 14000. A partir du moment où il y a certification, cela signifie que l ensemble des établissements prennent un certain nombre de dispositions. Par ailleurs, la certification est refaite tous les deux ans. Didier LETURGIE (CCI du Cher) En tant que Département Enseignement formation, nous sommes certifiés ISO 9001, nous sommes labellisés à fac millénaire et, effectivement, pour toutes parties intéressées que sont

342 nos élus, nos partenaires, les salariés ou les syndicats, nous sommes obligés de nous représenter, pour l ISO 9001, aux audits de suivi et à un renouvellement systématique tous les trois ans. Jacques BRÉGEON, CHEEDD Je salue l action du REFEDD qui est un intervenant majeur et essentiel pour la progression dans le domaine. Le REFEDD faisait allusion à l article 48 de la loi Grenelle qui prévoit la labellisation des universités et des grandes écoles, des établissements de l enseignement supérieur de manière générale. La Conférence des Grandes Ecoles a déjà élaboré, depuis maintenant plus d un an, un référentiel stratégique qui concerne tous les aspects. La loi Grenelle nous parle des campus verts, mais le référentiel stratégique de la Conférence des Grandes Ecoles parle d intégration du développement durable dans la formation initiale, la formation continue, dans la recherche et même au niveau de la gouvernance des écoles. Nous avons communiqué ce référentiel à la Conférence des Présidents d Université. Il ne s agit pas d un référentiel que la Conférence des Grandes Ecoles voudrait monopoliser, au contraire, elle veut le servir à l ensemble de la communauté en France, mais aussi dans la Francophonie. Si la Francophonie vient nous aider à compléter ce référentiel pour en faire un document générique, ce sera très bien. Nous allons, bien sûr, conduire une action vers les pouvoirs publics pour qu ils prennent en compte ce référentiel qui est le résultat d un travail collectif qui a été conduit par beaucoup d écoles. Nous avons également, avec la Conférence des Grandes Ecoles, pris l engagement de Global Compact. La Conférence des Grandes Ecoles a signé Global Compact et ce référentiel est dans la suite de cet engagement. Par ailleurs, le développement durable est le domaine de coopération privilégié entre les Grandes Ecoles et les universités. On a besoin de tous les talents, de toutes les compétences et il s agit de trouver la meilleure façon d articuler les compétences des unes et des autres. C est un sujet important au moment où les universités se redéploient et c est vraiment l occasion de faire passer le message. Enfin, je voulais poser une question à Monsieur MULNET. Dans vos tableaux, vous indiquez «Education au développement durable», mais distinguez-vous l EDD du développement durable? Comment faites-vous la distinction entre les différents niveaux? Didier MULNET (UFM d Auvergne) Nous sommes sur les «éducations à» et certaines choses relèvent de l instruction, d autres de l éducation. Il est nécessaire que nous soyons clairs sur ce point et que nous fassions la différence. En effet, quand on apprend un plan particulier de mise en sûreté vis-à-vis des risques majeurs dans un établissement, on n est pas du tout dans l éducation, mais dans l instruction. Cette position est-elle véritablement gênante? Quand un professeur de physique apprend certains aspects, quand un professeur de SVT explique la photosynthèse, il n est pas dans l éducation, il est dans l explication et il se sert de sa didactique pour faire comprendre les choses. Ensuite, des choses relèvent de ce que disaient nos jeunes collègues, à savoir qu il y a besoin d apport d informations pour éclairer le discours et nous sommes donc là dans ce qu est le développement durable. Par ailleurs, il y a tout le discours sur l éducation au développement durable où nous retombons là dans la didactique, dans le comment on fait en fonction de l âge, du public, de la discipline, des conditions. Il y a donc vraiment plusieurs registres à articuler, mais le dénominateur commun, ce sont les valeurs. Si nous sommes d accord sur les valeurs, nous n aurons aucun problème pour nous en sortir. Florent BAARSCH (REFEDD) Pour répondre en partie à ce qui a été dit, au sein du REFEDD, nous sommes vraiment là pour essayer de sortir de cette logique Grandes Ecoles Université, et cette espèce de rivalité millénaire. Notre idée est de vraiment rassembler tous les acteurs, et c est la raison pour

343 laquelle nous organisons actuellement une table ronde de tous les acteurs qui s intéressent à la question de développement durable de l enseignement supérieur. Nous sommes tous dans un même combat, une même logique, à savoir le développement durable. Il faut que nous nous mettions tous ensemble pour travailler et réussir ce changement que nous souhaitons tous. Mohamed GHAMIZI (Professeur, Université de Marrakech) J ai souligné l intérêt des interventions, en particulier l implication des étudiants. Cela m a fait plaisir de voir cette implication directe, soucieuse d amener la contribution à des conceptions sur le développement durable au sein de l université et des campus. Dans les interventions, l on trouve l approche de clubs «environnement» dans des universités et des écoles avec un encadrement d enseignants, mais aussi l approche d étudiants eux-mêmes qui prennent en charge l encadrement et cherchent des compétences pour encadrer leurs programmes et leurs activités. Ce qui touche beaucoup plus le public universitaire reste le public universitaire lui-même, ce contact direct permet beaucoup de choses, de participer, de stimuler et de véhiculer les messages. Cela n empêche pas des initiatives qui peuvent mener à l étape d associations d étudiants autonomes pour prendre en charge des aspects d animation et d action au sein des universités. Par ailleurs, pour ce qui est des pôles de compétence, il est bien de voir, par exemple, que la Chambre de Commerce s intéresse aux industriels et commerçants. Cela permet de voir des catégories de chaque public cible. Selon moi, si tout le monde veut faire la même chose ou si l on cherche à normaliser avec tous les publics et dire qu on est capable de s adresser à tous les publics, ce n est pas bon. A mon avis, si chacun reste dans son pôle de compétence, il pourra apporter beaucoup plus. Bien sûr, la synergie de l ensemble permettra une vision beaucoup plus claire. Quand je vois des cadres ingénieurs s intéresser à la sensibilisation du public scolaire, je me dis que c est peut-être une perte d énergie. Comme ce sont des futurs ingénieurs, il serait bien qu ils s intéressent aux entreprises, aux industries, aux pôles dans lesquels ils travailleront par la suite, et qu ils laissent le travail de sensibilisation des scolaires aux autres associations. Cet aspect est vraiment important. Par exemple, si l on prend le cas de Tanger, pour ce qui concerne les aspects d urbanisation et d industrialisation, c est catastrophique maintenant. Il faut vraiment mettre le paquet sur ces aspects. A Marrakech, nous nous sommes vraiment intéressés aux parcs, à tout ce qui concerne la biodiversité et les problématiques de l eau. Nous ne pouvions pas parler de l effet de serre ou du changement climatique sans aborder ces aspects. Il faut donc s intéresser aux compétences et, ainsi, le module «éducation au développement durable» ne se verra pas comme un module vraiment très pointu. Il faut élargir par rapport aux différentes compétences pour une vraie synergie. Brahim BOUFROU (professeur de physique et professeur relais DD, Académie de Caen) Concernant cette dynamique au sein des universités et des écoles, et surtout ces projets développement durable portés par les jeunes et les étudiants, je souhaitais faire une référence. L année dernière, dans mes missions de partenariat, j ai rencontré la Présidente de l université de mon département pour lui faire part de ma volonté de travailler ensemble (secondaire et université) et j ai été étonné de voir que peu d idées sont avancées par l université. Aujourd hui, je découvre qu il existe un mouvement d étudiants avec des revendications et je pense qu il faut aller de l avant, mais ne pas oublier que l école primaire, les collèges et les lycées sont aussi le terreau des universités et des écoles, ne pas oublier de travailler en synergie "supérieur secondaire primaire". Quel est votre point de vue sur cette démarche, à la fois étudiants mais aussi formateurs IUFM, de lancer ces liens entre les écoles, les collèges, les lycées et les universités?

344 Par ailleurs, Bernard LETURGIE parlait de la CCI et a commencé par dire que sa mission première est l économie. Je pense que les CCI doivent aussi tenir compte de l environnement et du social. Il faut que cela fasse partie de leur stratégie pour inciter les industriels à respecter ces trois pôles. Pour donner un exemple, en 2006, une entreprise a porté un certain nombre de déchets sur Abidjan, avec toute la catastrophe humanitaire et économique que cela suppose. Je me dis quand même que la notion de développement durable n est pas vraiment ancrée à la fois dans les enseignements prodigués, mais aussi parmi les responsables ou les futurs responsables dans certaines entreprises. Il faut que la philosophie de développement d un certain nombre d entreprises soit ancrée dans les trois pôles : le respect de l environnement, l équité sociale et un développement économique pour lequel nous ne sommes pas contre. Valérie PREVOST (École supérieure de Commerce, ESCEM Tours-Poitiers) Je souhaitais m adresser plus précisément au REFEDD parce que j apprécie beaucoup l idée de mettre en lien l université avec les écoles de commerce. Pour répondre à la question sur la solidarité, les écoles de commerce travaillent de plus en plus à développer des modules de formation à l étranger, notamment en Afrique du Nord. Cela permet d être un pont peut-être avec les universités qui, elles, ne sortent pas vers l international. Si le REFEDD active le fait des passerelles, cela permettra aussi d amplifier l effet de solidarité internationale du mouvement français pour l EDD pour le servir partout dans le monde et pour qu une émulation se fasse partout. Philippe GARY (Directeur de recherche au CNRS, Université Bordeaux 1) Il faut rappeler que le parc universitaire immobilier français est vraiment sinistré. Quand on commence à parler d'edd, je rappelle qu il existe beaucoup d universités dans lesquelles les personnels et les étudiants vivent dans des environnements déplorables voire même à la limite de la sécurité. Ainsi, l année dernière, l université de Lyon a été amenée à fermer plusieurs établissements. Il faut aussi tenir compte de cela parce que le développement durable restera virtuel. Il sera enseigné dans des locaux vétustes, en-dessous de toutes les normes en termes énergétiques, etc. Il est donc nécessaire d avoir une sensibilisation sur ce point. Il y a, bien sûr, le plan campus, et des millions d euros vont être investis, mais l on sera loin du compte en ce qui concerne la rénovation des campus français. Un intervenant Je rappelle qu il n y a pas trois piliers dans le développement durable, il y en a un quatrième depuis Johannesburg. Je vous invite à lire l intervention de Jacques CHIRAC sur le quatrième pilier qu est la culture. C est la Francophonie qui a demandé aux Nations Unies d inclure la culture dans le développement durable et je pense qu il faut en tenir compte. Quand je vois que notre collègue marocain a inclus un club qui s occupe aussi de la défense du patrimoine de Tanger. Ce sont des élèves ingénieurs qui s occupent de la défense du patrimoine de la ville de Tanger, et je trouve que c est une démarche intéressante et relativement complète. Pour ma part, j ai beaucoup apprécié l excellent exposé du collègue de l IUFM de Clermont, mais il n a pas du tout mentionné la culture que l'on doit traiter d une façon ou d une autre. Didier MULNET (IUFM d Auvergne) Il existe une culture environnementale, sociale et économique. La culture est partout dans les trois sphères donc, à mon avis, il n y a pas lieu d en faire une quatrième sphère, ce qui rend le schéma plus compliqué. Lotfi CHRAIBI (ENSA de Tanger) Introduire des clubs au niveau de l université donne la possibilité aux étudiants et élèves ingénieurs de s exprimer, d être actifs. Concernant l encadrement, il y a une cellule culturelle qui regroupe plusieurs clubs et un encadrant dans chaque club. Son rôle est d accompagner,

345 de jouer le rôle d interface entre l administration et d être un facilitateur. Par ailleurs, les clubs «Environnement» ont leur assemblée générale, un comité de pilotage, un président. La synergie entre l université et les lycées est naturelle, il faut en profiter. Il arrive que des élèves ingénieurs qui arrivent en première année, ils étaient au lycée l année précédente, et viennent déjà avec des idées, des activités, etc. Quand ils intègrent un club, c est une continuité. Ils restent toujours en contact avec leur lycée, leur vécu, ce qu ils ont vécu comme expérience et le message passe de façon plus pratique que, par exemple, dans le cadre des campagnes de sensibilisation. Il est bien d organiser des campagnes de sensibilisation au niveau des écoles, mais par exemple à Tanger, très souvent, l enseignant passe un message moralisateur donc le message ne passe pas vraiment. En revanche, quand un jeune s adresse à ses collègues, le message passe beaucoup plus rapidement. Au fur et à mesure que les élèves ingénieurs avancent dans leur cursus, ils restent dans le club, animent des séminaires au profit des entreprises. Selon moi, c est une bonne expérience qu il faut encourager au niveau des écoles d ingénieurs. Bernard LETURGIE (CCI du Cher) Pour ce qui nous concerne, notre école Hubert Curien a signé une convention avec l université d Orléans et nous avons une formation en commun. Florent BAARSCH (REFEDD) Travailler avec les lycées, les collèges et le primaire est certes un sujet important, mais au REFEDD, nous nous intéressons pour l instant prioritairement aux étudiants. Pour ma part, je suis actuellement étudiant en master 1, donc bac + 4, et dans deux ans, je serai dans la vie active. Si je reçois aujourd hui une formation en matière de développement durable, quand je serai dans la vie active, je pourrai commencer à créer ce changement. En fait, ma vitesse et ma potentialité de changement et de rapidité de changement est de deux ans tandis qu un élève qui serait formé maintenant, sa potentialité de changement est de dix ou douze ans. Nous nous focalisons sur les étudiants parce que nous voulons un changement plus rapide et faire en sorte qu un maximum d étudiants entrant dans la vie active soient vraiment conscients de cet enjeu et capables d être des managers du changement. Par rapport au rapprochement entre université et grandes écoles, la table ronde du développement durable de l enseignement supérieur dont je vous ai parlé précédemment est une sorte de grand test. Nous ne savons pas encore si tout le monde va accepter de venir, nous avons lancé les invitations, attendons les réponses. L idée est de rassembler tout le monde pour voir comment travailler ensemble. Personnellement, j en ai un peu assez de cette guerre qui existe entre la CGE et la CPU, il faut y mettre fin. Je suis content de voir que des initiatives se déroulent notamment avec le PRES de Paris, Orléans et le Cher et ce sont vraiment des initiatives que nous souhaitons encourager. Pour ce qui concerne la rénovation des campus, et par rapport à l article 48 de la loi, les plans verts et le plan campus, nous tenons vraiment à ce que les étudiants soient présents dans les décisions qui seront prises. Nous souhaitons qu il y ait une vraie prise en compte des intérêts du développement durable en matière d énergie, de déchets, d alimentation, de plan de transport. C est pour cette raison que nous formerons les étudiants sur ce qui concerne les appels d offres, etc. Enfin, par rapport à la culture, je fais partie du Comité de la francophonie et il est vrai que la culture est considérée comme le quatrième pilier. Je pourrai vous raconter l histoire de la poule au Mali qui montre tout l intérêt de la culture dans le développement durable. Boualem HAMAZ (Université d Oran) Dans le cadre de l éducation au développement durable, il me semble qu il est plutôt question des pratiques de développement durable qui existent dans les différentes cultures et qui ne sont pas suffisamment valorisées et mises en relief.

346 Il y a une tendance à présenter l EDD comme un produit tout nouveau alors que, dans l histoire des peuples, les pratiques de développement durable existent. En termes de stratégie, le fait de prendre en compte cette dimension culturelle de pratiques positives de développement durable permettrait de répondre à ce concept d intégration que nous avons mis en valeur au cours de cette session. L EDD est un projet sociétal très complexe et ne concerne pas uniquement le système éducatif, mais l ensemble de la population. Lotfi CHRAIBI (ENSA de Tanger) Nous parlons d implication dans l EDD avec, bien sûr, les cours et les formations, mais il y a aussi l activité et le problème de la valorisation. Par ailleurs, même si nous avons une certaine souplesse dans l élaboration du cursus, nous entrons dans la réforme. Dans ce cadre, une commission des normes pédagogiques indique les grandes lignes en ce qui concerne les modules. Je pense qu il est nécessaire de valoriser les activités des étudiants par une note de module ou un concours. Concernant l état déplorable de l environnement des établissements universitaires, je pense que ceux-ci sont capables de proposer des projets de certification ou de mise en place d une démarche environnementale avec un cahier de charges. Il existe des expériences dans le domaine et il est bien d encourager cela.pour les écoles techniques, c est beaucoup plus facile parce qu elles peuvent lancer ce type de projet comme un TP pratique pour mettre en place une démarche environnementale. Cela impliquerait aussi les administratifs et l ensemble des enseignants. Conclusion par Florent BAARSCH REFEDD Je retiens de cette session qu il est essentiel que nous travaillions tous ensemble, un peu comme à l image du Grenelle de l Environnement. Le développement durable est un sujet qui doit nous rassembler, et non nous diviser comme cela a pu être le cas, il y a quelques années, sur les questions d écologie. Le développement durable est vraiment un thème de cohésion entre universités, grandes écoles, ONG et institutions internationales ou locales. Notre message est de dire que nous devons tous travailler ensemble parce qu il y a un enjeu et une série de crises qui se présentent à nous et qui appellent une vraie cohésion entre tous les acteurs. ***********************

347 Session 10-3 24 Le partenariat dans l'edd en milieu scolaire Sommaire L éco-développement des institutions d enseignement, une réalité au Québec (Robert LITZLER, AQPERE) En VERT et pour tous! Ensemble pour un campus durable (Pascal LABONTÉ, Coordonnateur en environnement, Collège Ahuntsic, Montréal) Comment former à l EDD? La formation CERISE : une expérience concrète en Belgique francophone (Marina GRUSLIN) Un nouveau mode de gouvernance pour le développement de l EDD sur les territoires : exemple de la plateforme régionale de concertation en Provence - Côte d azur (Gaëlle LE BLOA) L exemple de l institut des îles du Brésil comme exemple d une gouvernance efficace pour la diffusion du mode de vie durable (Anne-Sophie BONNET) Présentation du programme «Les écol ogiques» (Delphine DUTREMEE) La prévention des risques et la coopération euro méditerranéenne (Marie- Hélène JUBAULT) Pourquoi un Agenda 21 au lycée? (Bertrand GAUFRYAU) EDD au travers d une démarche d agenda 21 d établissements de formation. Des outils pour changer de culture (Christian PELTIER) Le rôle des collectivités dans la mise en œuvre de l'edd (Maryvonne DUSSAULT) Modératrice : Renée-Paule BLOCHET L éco-développement des institutions d enseignement, une réalité au Québec par Robert LITZLER AQPERE, Montréal, Canada aqpere@videotron.ca L'éco-développement des institutions d'enseignement du Québec, une réalité. Cela peut être prétentieux, mais vous allez voir que les avancées depuis le forum PLANET ERE 1 ont été extrêmement intéressantes dans tous les domaines. Tout d'abord, ce qui a précédé PLANET ERE 1 ce sont les états généraux de l'enseignement au Québec en 95-97. Que se passe-t-il? Les ONG ont fait valoir auprès du ministère de l'éducation que l'éducation à l'environnement devait faire partie de l'éducation de base, parce que l'éducation à l'environnement charrie des valeurs de paix, des valeurs environnementales, des valeurs sociales. Nous sommes donc vraiment dans l'essence de ce que nous devons enseigner aux jeunes pour que lorsqu'ils sortent des écoles, ce soit vraiment des écocitoyens. A notre grande satisfaction, le ministère a intégré l'éducation à 24 Les textes reproduits ici ont été retranscrits à partir des presentations orales faites Durant le colloque. Les texts intégraux peuvent être obtenus auprès des auteurs via leur adresse mail qui est indiquée.

348 l'environnement dans la réforme scolaire. Cette réforme est en cours depuis 97. Elle est terminée au primaire et entre maintenant au secondaire. Ce qu il s est passé au primaire est extrêmement intéressant. Pratiquement toutes les écoles et les enseignants ont adopté relativement bien et facilement cette réforme. En quoi consiste cette réforme sur le plan de l'environnement? D'abord, elle permet aux enseignants d intégrer l'éducation à l'environnement de façon transversale dans l'ensemble des disciplines. Nous ne voulions pas faire - et le gouvernement non plus - de l'éducation à l'environnement une discipline à part. L'éducation à l environnement est devenue l éducation au développement durable à partir de 92. Nous ne voulions pas que cela soit une nouvelle discipline, mais qu'elle s'inscrive de façon transversale partout, dans tous les champs. Ce n'est pas seulement cela. Il y avait aussi une nouvelle forme pédagogique, la pédagogie par projet, donc la transformation de la mentalité de l'enseignant pour ne plus être celui qui a la science infuse et qui est devant sa classe pour témoigner de son savoir, mais d être au milieu de la classe, donc permettre aux élèves de faire partie intégrante de la construction du programme. C'est remarquable. Ce qui a été fait en ce sens-là est tout simplement un succès. Tout le monde a entendu parler des écoles vertes Brundtland. Ces écoles épousent évidemment toutes les valeurs Brundtland qui ont été communiquées par la commission qui porte le même nom. Ces écoles-là ont démarrée en 93 à la suite de Rio. Ces écoles-là sont au nombre de mille au Québec aujourd hui. L'AQPERE, Association Québécoise pour la Promotion de l'education à l'environnement est en train de préparer un guide des gestes, pour les écoles, gestes que les écoles Vertes Brundtland véhiculent. Ce guide-là va servir à la formation des maîtres, parce que malheureusement, le gouvernement, et c'est souvent le cas, décrète une réforme mais ne met pas les moyens. Il ne met pas les moyens, ni les manuels. Ce sont souvent les organisations non gouvernementales, les ONG, qui assistent les enseignants, qui rentrent dans les écoles et qui travaillent avec eux et avec les élèves. Comme les manuels manquaient un peu, c'est de cette façon-là que les choses ont commencé. Ce sont 1 000 écoles vertes Brundtland qui fonctionnent maintenant, c'est une obédience syndicale, la centrale des syndicats du Québec, la CSQ, est très active là-dedans. Ce manuel va donc servir à la formation des maîtres qui vont pouvoir être formés à travers cela, qui auront d'autres outils pédagogiques évidemment. Au secondaire, c'est plus difficile. Pourquoi? Parce qu'au secondaire, il y a les champs disciplinaires et les enseignants y tiennent fermement. Or, le ministère a décrété qu'au niveau de l'enseignement des sciences, six problématiques gouvernementales vont servir de fil conducteur à l'enseignement des sciences dans les écoles du Québec. Ces six problématiques sont le changement climatique, l'eau, la forêt qui est une des ressources fondamentales du Québec. La forêt est bien sûr directement reliée aux changements climatiques. Il y a la gestion des matières résiduelles, ici, nous appelons cela la gestion des déchets. Nous l'appelions aussi comme cela chez nous, mais maintenant, c'est plus poétique d appeler cela des matières résiduelles. Donc matières résiduelles, mais aussi diététique, nutrition, santé. Ce sont des problématiques environnementales qui rentrent maintenant dans les programmes et qui vont faire en sorte que les enseignants qui devront s'approprier ces choses-là puissent les intégrer à l'enseignement des sciences, au niveau universitaire et post secondaire, puisque chez nous au Québec, nous avons les CEGEP : ce sont des collèges d'enseignement général et professionnel qui accueillent des jeunes de 18 à 20 ans. Les CEGEP sont en train de s'organiser de l'intérieur parce qu'il n'y aura probablement pas de réforme, le ministère ne prendra pas l'initiative de réformer à l environnement les CEGEP. Les CEGEP vont accueillir les premiers étudiants qui sortent du secondaire dans trois ans. Les enseignants se sont dits «Si les étudiants, les élèves ont eu une formation dans le secondaire dans ces six problématiques environnementales et qu'ils arrivent dans les CEGEP, qu'allons-nous faire? Nous devons nous préparer». Nous assistons en ce moment

349 à quelque chose d'assez extraordinaire qui est que les profs de CEGEP se prennent en main et se préparent de l'intérieur. Comment pouvons-nous intégrer l'environnement dans nos disciplines? Nous sommes en train de préparer un vaste sondage pour avoir le portrait du Québec de l'intégration de l'environnement dans les différentes disciplines de collège. Il va être publié au mois de janvier. Au niveau universitaire, c'est la même chose. Les associations étudiantes avaient jusque là surtout un rôle politique, un rôle syndical en quelque sorte. Elles avaient comme préoccupation les élèves évidemment, mais n'avaient pas encore véritablement de préoccupations véritablement environnementales. Les associations étudiantes universitaires sont en train de se donner des politiques de développement durable, c'est renversant. Ils se sont créés maintenant un espace de discussions et d'échanges tous les ans. Le Sierra Club du Québec rassemble ces associations et ont maintenant leur propre colloque. Cette année, ils ont organisé le colloque national pour l'ensemble du Canada. Il a eu lieu à Montréal, et de cette façon-là, il y a eu des échanges à travers le Canada de ce qui se fait ailleurs dans d'autres provinces canadiennes. L AQPERE a eu la chance d'avoir une subvention importante. Nous avons déposé un projet de demande de subvention à la fondation de la famille McConnell. Nous avons eu l'équivalent de 200 000 euros. Cela nous a permis de demander aux CEGEP et aux universités de déposer des projets où l'intégration de l'éducation relative à l'environnement, notamment dans les différentes disciplines sera communiquée. Il faut également parler de la gestion des institutions, et je terminerai là-dessus. Je vais vous donner un exemple concret de gestion environnementale. Au collège de Rosemont, où j'ai été enseignant pendant 30 ans en chimie, à un moment donné, nous nous sommes dits que nous ne pouvions plus faire les choses comme avant. Il fallait absolument tourner la page et gérer nos institutions différemment. Qu'avons-nous fait? Nous avons créé trois instruments dans notre CEGEP. Pour ceux qui viennent à Montréal, nous serions très contents de vous accueillir pour voir comment nous fonctionnons, quels sont les instruments que nous avons mis en place. Je vais vous les résumer très rapidement et je vais terminer là-dessus. Pour gérer correctement une institution de 3 000 étudiants, nous nous sommes dit qu'il allait falloir commencer à faire du travail. Avant de se donner une politique, nous regardons ce que les gens sont capables de faire. Nous nous sommes dit que notre CEGEP était un écosystème. Il y a de la consommation, comme dans la nature, et de la production de déchets. Sauf qu'à la différence de la nature, les uns consomment les déchets des autres, alors que chez nous évidemment, ce n'est pas le cas. Il y a des intrants, des extrants, gérons cela différemment. C'est ce que nous avons fait. Que pouvons-nous faire sur place? Comment pouvons-nous évoluer? Comment pouvons-nous nous occuper du papier, du carton, des canettes, du plastique? Nous allons nous associer à des partenaires parce que nous n'avons pas d'argent, nous allons nous associer à des partenaires à qui nous pouvons rendre des services. En VERT et pour tous! Ensemble pour un campus durable par Pascal LABONTÉ Coordonnateur en environnement, Collège Ahuntsic, Montréal Pascal.Labonte@collegeahuntsic.qc.ca Je vais vous parler d'un cas concret qui est le collège Ahuntsic, un des CEGEP verts au Québec. En VERT et pour tous! Ensemble pour un campus durable, c'est pour démontrer que les différentes actions sont possibles dans un milieu auquel la communauté d'apprentissage doit faire partie intégrante pour permettre d'avancer. Donc on parle d un CEGEP vert, mais lorsqu'on dit vert, cela peut être vert foncé, vert pâle, mais ces débutants verront que l on peut progresser dans l'échelle de temps.

350 Pour vous situer, le collège Ahuntsic est un collège d'enseignement général et professionnel fondé en 1967. L'enseignement général s'adresse principalement aux jeunes de 18 à 20 ans, et l'enseignement professionnel touche les jeunes à partir de 18 ans mais peut s étendre jusqu'aux personnes de 40-50 ans. C'est donc un vaste milieu. Ce CEGEP est un des plus importants du réseau collégial au Québec. Il représente 7 400 étudiants à temps plein, plus de 3 500 étudiants à temps partiel et compte près de 1 000 employés dont 600 enseignants. Un petit historique. Les questions environnementales ont été mises en avant des préoccupations du collège Ahuntsic dès les années 80. Au cours de cette période, un programme de récupération au niveau de la gestion du papier s est mis en oeuvre comme priorité pour permettre au service d imprimerie d'en faire une gestion responsable. Il faut préciser aussi qu'à Montréal, dans les années 80, il y a eu un groupe de protection pour le Boisé de Saint-Sulpice. Des professeurs du collège, des gens du quartier se sont opposés à la destruction de Boisé pour la construction d'immeubles d'habitation par la ville de Montréal. Aujourd'hui, nous pouvons noter que ce Boisé est le seul à 5 kilomètres à la ronde et a servi de projet pilote pour la ville de Montréal qui est devenue en 1994 un parc naturel urbain, suite à une bataille livrée par les citoyens de même que les enseignants et les étudiants du collège. En lien avec l intérêt manifesté de certains enseignants, de certains étudiants, le collège Ahuntsic a décidé d'aller de l'avant et de mettre sur pied un véritable plan d'action environnemental. Les personnes présentes à cette première réunion ont le goût de s'impliquer et profitent du tour de table pour partager réflexion, information et attente. Toutefois, il faut attendre septembre 2004, lorsque le collège Ahuntsic décide de participer au projet pilote lancé par Environnement Jeunesse, soit le CEGEP vert du Québec. Le réseau Environnement Jeunesse est un réseau de jeunes impliqué dans l'environnement qui est représenté partout au Québec. Par ce processus, Environnement Jeunesse souhaite favoriser l'engagement et l'implication d'une population collégiale tant étudiante que professionnelle, qui intègre l'éducation relative à l'environnement et la gestion environnementale au sein de l'institution. La certification CEGEP Vert du Québec reflète aussi la volonté de l'établissement à contribuer à la formation de jeunes citoyens responsables et engagés, conscient des enjeux environnementaux, sociaux et économiques actuels et futurs. La certification CEGEP Vert du Québec s'inscrit donc dans du long terme, et chaque année, l institution certifiée doit répondre à de nouveaux critères évolutifs pour conserver son statut. Suite à cette implication le collège décide d institutionnaliser son comité et de le nommer Comité d'action et de Concertation de l'environnement, le CACE. Par le fait même, le collège décide d'aller de l'avant avec une politique environnementale. Le tout a débuté en 2004 pour être adopté par le Conseil Administratif en juin 2006. La politique reflète justement la position de chaque instance en milieu collégial, soit les syndicats enseignants, syndicats professionnels, syndicats des employés, de même que les cadres qui sont représentés sur ce comité-là. En adaptant une politique environnementale, nous nous sommes dits qu'en tant que communauté éducative, les enseignants, professionnels, employés, cadres et étudiants croient que le collège Ahuntsic doit construire un milieu de vie qui favorise un engagement dans la préservation des ressources indispensables à l'évolution et à la survie de toute société. Conformément à son projet éducatif et concerné par l importance pour l avenir de la terre de l'action individuelle et collective en matière de développement durable, le collège Ahuntsic s'engage à mettre en œuvre, en se donnant les moyens, un plan d'action environnemental visant l'éducation de sa communauté et la protection de son environnement interne et externe. Par l'adoption d'une politique environnementale, nous nous engageons à respecter des normes élevées, mais la politique environnementale fait également état du développement durable donc développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la

351 capacité des générations futures. Elle permet également d introduire l'éducation relative à l'environnement dans le concept et également dans l'élaboration des plans stratégiques du collège qui est entre autres en lien avec notre mission principale, l'éducation. La politique environnementale sert donc à contenter les divers intervenants qui oeuvrent dans le domaine de l'éducation, entre autres en traitant de gestion sélective d achat, maîtrise d'énergie, qualité de l'air, gestion de l'eau, gestion des matières usuelles, gestion des matières dangereuses, gestion du transport, entretien des terrains et vérifications environnementales. Cette politique s'applique à toute personne qui étudie ou travaille au collège ainsi qu'à toute personne qui participe à une activité quelconque, y séjourne ou la visite de quelque façon, incluant les fournisseurs, les partenaires, les visiteurs. En particulier, à titre de partenaires principaux dans les locaux du collège, la présente politique s applique aux concessionnaires de la cafétéria, principal pollueur payeur qui est un principe au Québec, à l'association étudiante générale des étudiants du collège qui est notamment impliquée dans la gestion d'un café étudiant, la librairie coopérative ainsi qu'au centre de la petite enfance du collège. Les objectifs très généraux touchent donc l'éducation et la formation. Nous arrivons donc à travailler avec les enseignants pour justement leur permettre d'introduire certains concepts environnementaux, notamment l'intégration de l'éducation relative à l'environnement. Certaines personnes doivent comprendre qu'elles ont un rôle et une responsabilité à jouer. Lorsque nous parlons de communautés d'apprentissage, la fonction de direction est très importante. La politique environnementale au collège est née justement du désir de la direction des affaires aux étudiants de s'impliquer. Nous sommes donc arrivés à mobiliser l'ensemble des étudiants du réseau. La composition du CACE reflète justement cette position. 11 personnes sont représentées dans ce comité dont un noyau d'étudiants, les employés et les enseignants. La direction de service, la direction des études sont des personnes clé si nous voulons justement arriver à nos fins. Evidemment, lorsque que j ai parlé de vert foncé, de vert pâle, il faut se baser sur des exemples qui existent dans notre milieu et arriver à construire à partir de ces personneslà. Evidemment, les porteurs du dossier au niveau des travaux pratiques, ceux qui assistent les enseignants dans leur tâche quotidienne ont un rôle très important à jouer aussi en soutien aux enseignants. En intégrant les gens de la direction du service de l'équipement, nous arrivons justement à nos fins en priorisant les projets à mettre sur pied au collège au niveau d une saine gestion environnementale. Si nous voulons aller de l avant, il est nécessaire d impliquer nos étudiants concrètement dans des projets issus directement des cours, suite à des évaluations. C'est également mon rôle puisque aujourd'hui au Québec, plus de 13 intervenants oeuvrent en milieu collégial suite à l'adoption de près d'une trentaine de politiques environnementales dans ce milieu-là, et plus d'une vingtaine de ces jeunes oeuvrent également à l'élaboration de politiques environnementales, soit un total de 72 établissements. Donc plus de 50 % du milieu collégial se prend en main et investit dans l'environnement. Nous pouvons donc parler de partenariat solide. Lorsque nous entendons le mot «EVB», c est évidemment issu du réseau des écoles primaires et secondaires. Mais il y a une suite logique des choses à apporter, et c est ainsi qu'environnement Jeunesse a été de l'avant avec le réseau CEGEP vert du Québec. D'autant plus que le réseau CEGEP vert du Québec et le collège Ahuntsic porteur du dossier au niveau du Ministère de l'éducation, du loisir et du sport travaillent également avec la fédération étudiante collégiale du Québec à intégrer une politique nationale au niveau de l'environnement. A cet effet, nous voulons que le Ministère investisse et donne les moyens aux collèges de mettre des moyens en oeuvre pour aller de l'avant avec une saine gestion environnementale, mais également pour agir à titre de ressources, donc d'avoir des responsables porteurs du dossier. Le gouvernement s'est entendu justement avec cette fédération étudiante pour pouvoir attribuer un certain montant, mais tous les travaux restent encore à mettre en place. Rien n'est garanti, rien n'est assuré. Beaucoup de travail reste à

352 faire en sachant très bien que plus de 50 % des CEGEP sont engagés. Il est évident que nous pouvons aller de l'avant. Il y a donc une volonté politique québécoise, mais il ne faut pas non plus perdre de vue qu un CEGEP a un rayonnement interne à faire dans sa communauté. On parle de communauté d'apprentissage, d implication des étudiants au sein même du bâtiment, mais également pourquoi pas au sein de l'arrondissement, de la municipalité, de la ville. C'est pourquoi le collège travaille de près à l'élaboration d'une politique de développement durable avec son propre arrondissement, comme quoi l'on peut jouer sur la scène politique un rôle essentiel, également travailler avec les organismes partenaires de cet arrondissement-là, les différentes ONG et autres organismes, de même que différents partenaires établis aussi à aller de l'avant. Je crois que tout ne repose pas sur une personne, tout ne repose pas sur un groupe d'individus, mais c'est à force de travail, de persévérance que nous allons y arriver, d'autant plus que nous représentons le comité d'action et de concertation en environnement de milieux. La concertation est donc au coeur de ces enjeux. Evidemment, si nous parlons de concertation, la direction des études est très impliquée. Et pour y arriver, nous devons arriver à favoriser ce changement-là, et cela se passe aussi au niveau de l'adoption de plans quinquennaux, donc d avoir des visions de long terme. Plus seulement penser à un plan annuel, à un plan triennal, mais aller de plus en plus loin, sur cinq ans. A force d'intégrer ce changement-là, je crois que nous allons y arriver. Le réseau des CEGEP verts est en plein essor au Québec. C'est par le réseau des comités d'action et de concertation en environnement que nous tentons de nous mobiliser et, de facto, de travailler en concertation avec l'ensemble du réseau collégial au Québec. Comment former à l EDD? La formation CERISE : une expérience concrète en Belgique francophone par Marina GRUSLIN Enseignante et coordonnatrice d une formation en EDD, Belgique marina_gruslin@hotmail.com Je vais vous présenter un cursus de formation qui est une initiative créative d'une équipe d enseignants dans une haute école pédagogique, un département pédagogique où on forme habituellement des enseignants de tous niveaux et de toutes disciplines, jusqu'au milieu du secondaire, depuis la maternelle. Cette initiative s'appelle Cerise, c'est un centre d'éducation relatif aux interactions santé environnement. L'initiative a débuté en 2000 avec comme objectif évidemment l EDD, mais aussi la prévention des risques. Et nous essayons de créer pour nos enseignants un bagage systémique, pour eux au départ. Evidemment, nous pouvons nous demander pourquoi. C'est parce que nous avions identifié des besoins sur le terrain. Nous trouvions qu'ils arrivaient difficilement à faire des liens entre les disciplines enseignées et ils avaient vraiment des difficultés parce que nous avions vu des lacunes en sciences notamment. Nous voulions donc les alphabétiser un peu mieux en sciences, savoir ce qu'est un OGM dans la société d'aujourd'hui, un destructeur hormonal. C'est important aussi pour le citoyen maintenant. Pourquoi y avait-il vraiment besoin d'une formation en EDD? Parce que si nous respections les trois piliers, du point de vue économique, c'était peut-être permettre des emplois qualifiés en EDD, parce que chez nous, nos enseignants ne sont pas tous au travail comme en France. Ils peuvent se retrouver au chômage. Au niveau sociétal, nous pensions que cela répondait aux besoins des citoyens, et il y avait également des injonctions d'en haut au niveau des Etats. Il fallait donc quand même une interface, et nous pensions que nous pouvions le faire. Puis nous essayions de nous situer, parce que nous pratiquions déjà ce que nous appelons de l'éducation relative à l'environnement, de l'éducation au développement, de l'éducation à la santé, j'en passe. Comme Roland Gérard l a dit le premier jour, nous sommes tous aux fourneaux dans la même cuisine. Je reprends son

353 expression parce que je trouve effectivement que nous avons du mal à nous situer parfois. En plus des trois piliers, il faut rajouter l'éducation valeur, comme Robert l a souligné. Une vision peut-être alternative aussi qui est celle du non-marchand, parce que dans l'éducation, on est dans le non-marchand. On parle d'ailleurs beaucoup plus souvent de décroissance soutenable. Nous allons expliciter cette différence des enjeux. Les apprentissages qui avaient du sens, que nous estimions devoir mettre dans cette formation au départ, c'étaient les sciences et les technologies bien sûr, l'apprentissage de la complexité, l'apprentissage des risques, des incertitudes, une communication efficace. Nous trouvions que là aussi, il y avait parfois des manques au niveau de leur formation d'enseignants. Et l apprentissage aux valeurs, la solidarité, le droit, etc. Tout cela pour former des citoyens actifs et participatifs. Nous avons identifié trois axes de motivation parce que nous trouvions que les jeunes en face de nous avaient une certaine sensibilisation par rapport à l'environnement, quelque chose qui les touche évidemment beaucoup aussi, c'est la santé. C'étaient des deux axes que nous avions identifiés. Ils aiment aussi beaucoup les nouvelles technologies, les ordinateurs, les GSM, les portables, etc. Nous nous sommes dits qu'il y avait peut-être là aussi un travail à faire pour les enseignants. Nous avons donc créé différentes démarches pédagogiques, des sorties de terrain, il faut sortir de l'école pour faire de l EDD. Un moyen pédagogique que nous appelons le socio constructivisme qui n est pas nouveau, que beaucoup d'entre vous connaissent, et différentes stratégies, notamment l'utilisation des médias et des outils comme par exemple le film «Le cauchemar de Darwin». Il est intéressant de voir cela de façon accompagnée, avec un débat d'idées après, etc. A l'origine, le public cible était des enseignants, des éducateurs spécialisés, etc. Mais il s'est avéré que dans les gens qui venaient s'inscrire à cette formation, il y avait aussi d'autres personnes, des assistants sociaux, des journalistes, des infographistes, du personnel médical ou paramédical, des enseignants, des éducateurs, nous en avions un peu. Des animateurs d'associations et également des artistes, des comédiens qui font des mouvements comme des pièces de théâtre en EDD, etc. Pas mal se développent chez nous. Cette formation est gratuite, mais elle n'a que 20 places disponibles deux fois par an. Elle dure trois mois, il faut donc quand même être libre d'emploi pendant ces trois mois. Les conditions pour y avoir accès, c est d être demandeur d emploi, d'être motivé par l'éducation, - c'est une priorité -, par la santé, par l environnement et globalement par l EDD. Nous voulions faire de l'intervention éducative pour agir, construire des démarches de projet, des actions, identifier des ressources, des partenariats, concevoir des supports pédagogiques avec les TIC, technologies de l'information et de la communication. Et évidemment les insérer professionnellement, c'est aussi l'une de nos ambitions. Pour former à l EDD, il faut motiver et stimuler. Il faut s'approprier le concept aussi, selon qu on est au nord ou au sud. Parler de décroissance quand on est dans le Sud, il faut bien expliquer de quoi on parle. On peut peut-être parler de la décroissance démographique, on peut parler aussi du développement des énergies vertes, et là, nous pouvons peut-être un peu concilier les choses. En tout cas, il faut une motivation interne des personnes qui veulent se former à l EDD, leur motivation propre, et il faut des motivations externes. Il y a des blocages et des freins. J'insiste beaucoup là-dessus parce qu on se pose souvent la question de savoir pourquoi les enseignants n'intègrent pas l EDD. J'ai mis cela en trois étapes, une pyramide qui vous présente la motivation, c'est-à-dire le fait de vouloir le faire, il faut que l'enseignant veuille le faire, donc sa motivation propre. Ce sont les facteurs internes. Il faut être stimulé pour le faire. Ça peut être la hiérarchie, un directeur dans un établissement, nous avons parlé des CEGEP au Québec par exemple. Ce peut-être des stimulants de cet ordre-là. Cela peut être aussi une injonction dans le programme, pourquoi pas, mais cela peut être aussi le questionnement des apprenants, c'est-à-dire des jeunes qu'on a en face de soi et qui vous interpellent par rapport à la société dans laquelle ils sont, dans laquelle ils vivent. Ces questions-là peuvent stimuler les enseignants à se mettre à l'éducation au développement durable. Puis le dernier étage, mais qui est aussi important,

354 c'est pouvoir le faire, c'est-à-dire les moyens. Existe-t-il des formations continues, existe-t-il des supports en suffisance, etc.? Je vais vous présenter un exemple, parce que nous avons essayé de mettre en place une formation continue là-dedans. Je vais passer assez vite là-dessus, c'est sur les injonctions évidemment. Je vais insister quand même sur le fait que cette EDD doit concerner tous les citoyens, pas seulement le public scolaire. Il faut donc des personnels qualifiés, par exemple dans les mairies, etc., pour mettre en place les Agendas 21. Il faut savoir aussi, parce que ce n'est peut-être pas encore toujours connu, que l'éducation aux risques environnementaux est un droit depuis 2004 par la convention d'arrhus. C'est devenu une priorité, et pour la Décennie évidemment, la stratégie de Vilnius. Pour nous, il y a donc beaucoup de travail, pour beaucoup d'intervenants éducatifs à tous les étages, dans tous les lieux. Qu'avons-nous mis en place? Nous nous sommes rendu compte que la méthodologie que nous utilisions déjà avant en éducation pour la santé ou en éducation pour l'environnement était assez proche. Nous sommes donc dans la démarche que Robert a évoquée, c'est-à-dire le projet pédagogique et le socio constructivisme. La flèche en dessous montre qu'il existe des interactions entre les deux. C'est toujours difficile à accepter, mais mettre en lien l'environnement et la santé, nous allons rencontrer des oppositions. Pour faire le lien entre les deux, il faut avoir un minimum de compétences en toxicologie, une initiation, une alphabétisation. Je ne parle pas de faire des spécialistes. En trois mois, nous ne sommes pas capables de former nos enseignants en tant que spécialistes. Il faut aussi avoir un regard éthique et sociologique sur cette dimension. C'est donc une éducation pour l'environnement à la santé, pour le «développement durable». Nous ne parlons pas de n'importe quel développement. Les démarches pédagogiques sont donc dirigées vers l'action, la résolution des problèmes, l Agir pour changer, pour améliorer, pour développer ou pour réduire. Nous parlons aussi de décroissance dans certains domaines. Se former, se professionnaliser comme des intervenants pour agir avec ses propres compétences dans différents milieux de travail. Et peut-être qu'à ce moment-là, nous avons vu quelques changements de comportements. C'est donc une innovation parce que nous parlons d'interactions entre environnement et santé. C'est une approche par le socio constructivisme. Nous partons des personnes, nous les écoutons, nous utilisons leurs représentations. Parfois nous les bouleversons, nous déconstruisons pour reconstituer avec elles différents concepts. Nous avons un panel d'apprenants très variés, de l'assistant social à l'éducateur. Grâce à cela, nous réussissons à créer de l'interdisciplinarité et de l'innovation.voilà la carte conceptuelle de la formation que nous avons mise en place. Ce n'est pas simple, il y a beaucoup de petits modules différents, qui sont complémentaires, c'est important de le souligner. Il y a des notions en écologie, en sciences biomédicales, en alphabétisation, comme je l'ai dit tout à l'heure. Il y a de la méthodologie, des cours qui font l'injonction entre l'environnement et la santé, et pas mal de cours qui visent la communication relationnelle et les techniques de communication également. Si vous le souhaitez, je vous transmettrai cette carte conceptuelle. En exemple, un jeu qui a été construit par un des stagiaires pendant son stage, un instituteur primaire. C est un jeu socio construit, donc ce n'est pas l instituteur qui amène son jeu, c est construit avec les enfants. C'est donc un jeu avec des questions que l'on se pose par rapport à son agir au quotidien. Vous voyez une petite maison au centre, avec un petit jardin, une route, un petit magasin. Nous allons essayer de voir par exemple si nous pouvons consommer moins. C est l agir pour la planète évidemment dans son quotidien. Les trois types de démarches visent les aménagements de la maison, la mobilité. Ici c est un petit caddie, nous allons faire les courses et nous réfléchissons sur ses choix au moment où l'on fait ses courses, pour les collations par exemple. Les enfants induisent parfois les parents dans les achats. C'est un public-cible de publicitaires, donc l'esprit critique est très important à induire dès le plus jeune âge. Mais tout cela est négocié. Ce n'est pas «On doit faire comme ça», c'est «On réfléchit ensemble et l'on débat sur ce processus-là. Est-ce qu'on prend le vélo, est-ce qu'on prend la voiture?».

355 Une formation comme celle-là n'est pas toute rose. Elle existe depuis sept ans maintenant, et nous rencontrons des difficultés, questionnement moral et éthique, de quel droit est-ce que nous voulons changer les comportements finalement. Nous avons donc introduit un module éthique. Dès la première session de formation, nous nous sommes rendu compte qu'il y avait un besoin à ce niveau-là. Nous avons eu beaucoup d'opposition du monde académique et des experts qui disaient «Les enseignants vulgarisateurs, aïe, aïe, aïe. Ce sont les médecins qui doivent parler de la santé, ce sont les agronomes qui doivent parler de l'environnement». Mais nous au quotidien, nous savons bien nous devons répondre aux questions des apprenants posées par les jeunes. Il faut être formé là-dedans et pouvoir vulgariser ces domaines-là. Evidemment, il y a aussi des avantages. Nous avons constaté qu'il y avait beaucoup de recherche, peu d évaluation, peu de diffusion. Que les ministères sont différents et peu stables, chez nous en tout cas en Belgique, cela bouge beaucoup au niveau du Ministère de l'éducation. La durabilité des politiques est donc un problème. Notre initiative doit encore devenir structurelle, nous dépendons de subsides du fonds social européen. C'est donc important de dire que cela doit devenir structurel. La difficulté était aussi de créer cette transversalité dans le cursus de formation. Il faut bien que les formateurs soient tous conscients que nous sommes tous dans le même bateau de l EDD. Les avantages de la conception d une telle formation, c est qu on peut se fixer des objectifs qu on a choisis, en fonction de ses besoins. C est donc la liberté pédagogique d un établissement scolaire. C est quand même intéressant. On peut réguler, évoluer, choisir ses partenariats, donc les associations avec lesquelles on travaille. On peut choisir les formateurs en fonction de leurs compétences aussi. Nous avons un médecin en santé environnementale qui intervient. On peut acquérir des ressources et nous adapter à l actualité et sortir sur le terrain. Tout cela n est pas vraiment permis dans le système éducatif classique rigide. Nous avons donc bouleversé tout cela. Le bilan, c est que depuis 2001, nous avons formé plus de 300 intervenants éducatifs. Cette initiative est porteuse d emplois parce que ces personnes-là sont réinsérées dans différents lieux de travail à 60 %. La formation apporte des compétences nouvelles à différents profils professionnels. Les partenariats se font au niveau local et au niveau international, nous travaillons évidemment en réseaux. Nous avons notamment introduit un module nord sud. Je termine avec les perspectives. Pour moi, il faut être positif et avoir confiance dans la capacité d innovation des structures de formation quelles qu elles soient. Et il faut aussi être confiant sur la capacité des enseignants, parce que beaucoup pratiquent déjà de l EDD sans le savoir. Ils appellent cela autrement, éducation relative à l environnement, éducation à la santé, etc. Il faut soutenir ceux-là, leur donner les moyens d agir, les stimuler, mieux les former, décloisonner et aller voir ailleurs. Aller voir ailleurs, c est ce que nous avons fait notamment avec PLANET ERE et le réseau d échange. Nous sommes allés au Burkina Faso, nous sommes allés voir sur le terrain et nous avons créé un projet qui s appelle Solidarité Education par interaction en ligne. Il a fallu trois ans pour le mettre sur pied, mais maintenant il fonctionne. Nous nous échangeons des choses entre enseignants du Burkina Faso, du Québec, enfin un peu partout grâce à ce réseau d échange. Je vous remercie pour votre attention. Je me tiens à votre disposition si vous avez des questions. Un nouveau mode de gouvernance pour le développement de l EDD sur les territoires : exemple de la plateforme régionale de concertation en Provence Côte d azur par Gaëlle LE BLOA Région Provence-Alpes-Côte d azur- PACA plateforme@grainepaca.org Mon exposé est plus large que le partenariat en milieu scolaire. C est vrai que le sens du mot éducation que nous avons utilisé en PACA pour construire la plate-forme régionale de concertation, nous l avons utilisé dans le sens éducation, sensibilisation, formation, information dans le domaine de l environnement. Cela ne concerne donc pas exclusivement

356 le milieu scolaire. Je vais commencer par présenter cette plate-forme régionale de concertation, et je vais ensuite donner un petit exemple sur une fiche action que nous sommes en train de développer sur la dimension Agenda 21. La plate-forme régionale de concertation est un nouveau mode de gouvernance qui permet de rassembler énormément d acteurs, comme vous l avez vu sur la première diapositive. Elle a été créée en 2004 et a pour vocation de rassembler à la fois les collectivités locales, conseil régional, conseils généraux, communes, établissements publics territoriaux. Nous y retrouvons également les services et établissements publics de l Etat concernés par cette dimension éducative donc Education nationale bien évidemment, mais DIREN, DRAF, jeunesse et sports, agence de l eau, ADEME et les organismes de recherche, universités. Nous y retrouvons également les milieux socioprofessionnels, principalement représentés aujourd hui par le monde associatif. Nous allons rechercher à ouvrir cette plate-forme au monde de l entreprise. La plate-forme a trois objectifs. Le premier, c est de co-construire et de mettre en œuvre une stratégie régionale en matière d éducation à l environnement. Cette stratégie a été coconstruite pendant à peu près deux ans à partir de consultations des acteurs locaux, des consultations départementales et des consultations régionales thématiques. Le deuxième objectif est de faire en sorte que l ensemble de ces acteurs se rencontrent, échangent et arrivent à débattre sur cette dimension qui les concerne tous. Le troisième objectif est de mettre notre organisation en lien avec les dynamiques locales, nationales et internationales, ce qui explique ma présence ici dans ce colloque. La première chose que nous avons faite au moment de la création de la plate-forme, ça a été de structurer cet espace de concertation. Il y a donc différentes instances, il y a déjà la plate-forme régionale de concertation en elle-même qui rassemble l ensemble des acteurs de l éducation à l environnement. Elle est très largement ouverte. L ensemble des acteurs, ce sont les acteurs eux-mêmes qui se décident à être acteurs de l éducation à l environnement. C est donc vraiment très ouvert. C est l organe de consultation, il y a deux réunions par an de cette plate-forme régionale, sous la forme de plénière par an. Ensuite, il y a le comité de pilotage qui est l organe de consultation qui se réunit deux fois par an. Il rassemble une quinzaine de structures des trois grandes sphères précitées. Ces acteurs ont signé une déclaration d engagement qui fixe les valeurs, les principes, les objectifs partagés, vers lesquels l ensemble des partenaires essayent de tendre. Il y a ensuite les ateliers et les groupes de travail qui concernent des sujets plus précis et plus particuliers. On parle d ateliers lorsqu on est sur de la co-construction de fiches ou de plans d action et de groupes de travail lorsqu on est plutôt sur des groupes de réflexions thématiques et stratégiques. Je vous donnerai quelques exemples juste après. Ces groupes de travail sont constitués d'acteurs qui le souhaitent et se réunissent de manières très différentes. Nous travaillons beaucoup en réunions téléphoniques au niveau de la plate-forme, pour être cohérents et faire en sorte que l ensemble de l échelle régionale puisse s impliquer. Comment avons-nous fonctionné? En 2004, nous avons commencé par un état des lieux des acteurs, un bilan des actions à partir d un diagnostic départemental et régional. Nous avons ensuite travaillé sur la stratégie, pour définir les axes prioritaires et faire en sorte de vivre un développement de l éducation à l environnement et au développement durable sur notre région. Ceci a fait l objet d un document d orientation partagée qui est sorti en 2008. Ensuite l action qui se concrétise, notamment de manière collective, par la co-construction de fiches actions. Là, nous avons commencé en 2007. Le dernier point concerne bien évidemment l évaluation qui reste quand même le point faible, car le groupe de travail vient juste d être créé. La première réunion a lieu dans 15 jours, donc nous sommes un peu en retard sur cette dimension évaluation qui fait souvent peur. Mais je pense que nous aurons beaucoup de choses à échanger sur ce point-là. Les résultats. En termes de fiches actions aujourd hui, nous avons quatre fiches actions en construction dont trois pratiquement finalisées. Une concerne les établissements en démarche éco-responsable, une autre concerne le développement de l EDD dans le cadre des milieux aquatiques, une autre la contractualisation entre les associations et les

357 collectivités, le secteur public. Et une autre sur la sensibilisation des élus en matière d éducation à l environnement. Quatre groupes de travail sont ouverts à ce jour. L un concerne la représentativité de la société civile, c est-à-dire quelles les principales associations, comment sont-elles structurées et qui représente qui, l objectif étant de présenter un panorama des acteurs de la société civile en matière d éducation à l environnement. Nous avons donc un groupe de travail évaluation, un groupe de travail «entreprise» également qui se crée. La prochaine plénière aura comme thématique ce lien entre l éducation à l environnement et le monde de l entreprise. Nous allons également retravailler cette année sur l approche communication avec une refonte du site Internet. Pour vous donner quelques chiffres, nous étions 400 aux Assises nationales. Les plénières rassemblent à peu près 120 personnes et nous avons 15 structures qui participent de manière assidue au comité de pilotage. Concernant le milieu scolaire plus spécifiquement, nous sommes en train de travailler sur une fiche action qui concerne les Agendas 21 scolaires. Nous avons eu deux réunions qui ont permis de faire un brassage culturel dans un premier temps, parce qu il y avait de nombreux participants. Il y avait des représentants de l Education nationale à différents niveaux. Il y a des collectivités territoriales qui sont également présentes communes, CPA, région, communauté d agglo du pays d Aix. Nous avons également des associations présentes, un parent d élève. C est vrai que le premier travail a été de bien définir notre objet. Ceci explique le titre un peu lourd de cette fiche action «Agenda 21 scolaire : généralisation des démarches inscrites dans une démarche de développement durable avec au préalable la construction d une culture commune». Le fonctionnement. Nous avons eu trois réunions physiques pour le moment. Il y en aura une troisième au mois de novembre. Nous avons aussi créé trois sous-groupes de travail pour être plus efficaces, qui se réunissent par réunion téléphonique. Je vais vous présenter très succinctement cette fiche action sachant que c est un document de travail. C'est-à-dire qu elle nécessite encore de nombreux échanges et une validation du comité de pilotage. Nous proposons un plan d action avec trois objectifs principaux. Le premier, c est d apporter un cadre, le deuxième c est de soutenir et de fédérer les énergies. Quand on dit «fédérer les énergies», c est à la fois les énergies des enseignants, mais également les énergies des parents d élèves et des élèves qui peuvent s inscrire au sein des établissements dans ces démarches. Donc l ensemble des acteurs concernés dans les établissements, gestionnaires, etc. Et troisième objectif, apporter des méthodologies. Sous chaque objectif, nous essayons de définir des actions. La première, aller à la rencontre des décideurs de l Education nationale pour qu ils soient plus levier dans la mise en œuvre de ces démarches-là. Le deuxième, c est sensibiliser les collectivités locales, car nous nous rendons compte que ces approches expérimentales viennent souvent de politique de collectivités. Et le troisième «apporter un cadre», c est construire un diaporama commun aux différents acteurs. Soutenir et fédérer les énergies, nous avons trois étapes. La première sera d effectuer un état des lieux des projets et des personnes ressources inscrites dans ces démarches. La deuxième, ça sera d organiser des rencontres physiques plutôt à l échelle départementale. Il y en a eu une dans le 06 qui a été très réussie je pense. J ai défendu cette idée-là à partir de celle-ci. Et la sixième, c est de structurer un site ressource interactif pour que les acteurs puissent échanger autour de blogs, etc., et apporter des méthodologies. Donc là, deux axes pour l instant se profilent. Le premier concerne le fait d identifier les besoins de formation et de créer des formations pour les personnes qui accompagneraient les démarches écoresponsables dans les établissements. Cela concernerait essentiellement les associations d éducation à l environnement et développement durable. Le dernier axe concernerait plutôt des journées d échange et de formation entre collectivités territoriales, donc un échange plus entre pairs pour échanger et travailler sur la façon de mettre en œuvre les stratégies demandées et sollicitées par les élus. Voilà rapidement dressé le fonctionnement et la présentation de la plate-forme régionale de concertation.

358 L exemple de l institut des îles du Brésil comme exemple d une gouvernance efficace pour la diffusion du mode de vie durable par Anne-Sophie BONNET Doctorante, Université de Nantes anne-sophie.bonnet@univ-nantes.fr Je vais vous emmener dans un autre hémisphère pour vous parler du Brésil et comment ce pays, notamment la société civile, s approprie cette notion de développement durable qui est un concept qui vient des pays du Nord. Je vais vous présenter l expérience de l institut des îles du Brésil qui est un organisme qui a été créé en 2005 par un océanologue et qui a pour public les jeunes et les moins jeunes et développe des projets d éducation, donc un mode de vie un peu plus durable. Pour vous recadrer un peu le contexte de ce pays, c est un pays qui a vécu pendant 20 ans sous une dictature militaire, donc jusqu en 1986 et qui a eu pour conséquence un sous investissement très important au niveau du système éducatif qui est encore palpable aujourd hui et qui du coup ne facilite pas l élaboration et la transmission de savoirs au-delà des fondamentaux que sont la lecture, l écriture et le calcul. Le rôle de la société civile prend toute son importance dans ce contexte-là pour pallier aux carences du système éducatif et essayer d améliorer un peu les processus d enseignement. C est dans ce contexte que s est créé cet institut. Situé sur l'île de Santa Catarina, dans la ville de Florianópolis au Sud du pays. L'objectif de cet institut est de conscientiser et d'intégrer les populations insulaires à une gestion durable de leur environnement à travers deux actions. La première action, concerne plus la jeune population et, plus globalement, des missions d'information sur les îles auprès des populations qui sont souvent isolées. Il s agit donc de leur faire prendre conscience des changements environnementaux en cours et comment ils peuvent s'adapter à cela. L'institut s'est basé sur une communauté particulière et est parti d'un triple constat. C'est une communauté qui était très orientée sur la pêche, et cette pêche est menacée par la pêche industrielle. Se pose donc la question de leur avenir. C'est une île où se développe le tourisme, mais c'est un tourisme qui ne prend absolument pas en compte ni le cadre naturel, ni les particularités culturelles sur place. D'autre part, les jeunes de cette communauté sont souvent issus de milieux défavorisés, ce qui ne leur permet pas d'intégrer un cursus scolaire performant qui au Brésil, au niveau primaire et secondaire, se trouve dans le secteur privé. A partir de ce constat-là est né projet «Etoile de mer». Il a deux types d'objectifs. A court terme, sensibiliser les jeunes sur l'importance de préserver la nature, etc., et à moyen terme et à long terme, susciter des vocations autres que dans le secteur de la pêche et éventuellement offrir des opportunités d'emplois. La méthodologie de ce projet s'articule autour de trois modules : Sensibiliser, former et entreprendre. Au plan social, l'objectif est de fixer la population et notamment la jeune génération qui s'en va pour trouver du travail ailleurs et également de les sensibiliser à leur originarité culturelle, par rapport à une éventuelle offre touristique qui se développerait. D'un point de vue économique, c'est susciter des vocations autres que dans le secteur de la pêche, et d'un point de vue environnemental, de les conscientiser sur l'importance de leur cadre de vie, en leur fournissant des connaissances plus importantes que celles qu ils n ont actuellement. Nous sommes donc bien là dans une démarche de développement durable et de diffusion d'un mode de vie durable. Pour partir sur les trois modules dont je vous ai parlés auparavant, au niveau de la sensibilisation, cela s'articule autour d'ateliers thématiques. Je vous ai mis un exemple d atelier où ils observent le ciel. Ce sont des ateliers thématiques qui sont organisés autour d'activités ludiques, soit par des chercheurs des universités, biologistes, géographes, historiens, soit par des gens issus du milieu de l'art, donc du théâtre, des arts plastiques. Ils visent à faire comprendre aux enfants le fonctionnement des écosystèmes, l'importance de la faune, de la flore, etc. Ensuite, des formations s'adressent aux plus âgés, 18 20 ans. Nous leur proposons des formations équivalentes au brevet d'etat en France, autour d'activités sportives, plongée, surf et randonnée pour éventuellement qu une activité touristique puisse se développer autour de cela. Enfin, avec des partenariats privés, d'entreprendre et de concrétiser des projets des jeunes. Nous

359 voyons des jeunes qui emmènent des touristes se balader en bateau. Un lieu d'accueil a été créé justement pour recevoir les touristes en petits groupes, etc., mais c est aussi concrétiser à travers des expositions photo, des pièces de théâtre. L'objectif est aussi de faire des jeunes le relais d une éducation au reste de la communauté, donc aux plus âgés. Les résultats de ce programme. 1 200 jeunes au sein de cette communauté sur l'île ont participé à 25 ateliers différents. Ce programme a reçu le prix de l'initiative d'apprentissage innovant de l ONG HOK qui est une ONG américaine qui soutient des projets d'entreprenariat social. Ce projet a aussi été finaliste au prix Volvo Adventure, un prix décerné par le programme des Nations Unies à l'environnement. Pour conclure, l'objectif de cet institut est de médiatiser ces projets et de mettre en place des partenariats avec l'école, dans un objectif d'interpeller les pouvoirs publics. C'est-à-dire qu'ils ne veulent pas fonctionner en autarcie juste à leur échelle, mais d'interpeller les pouvoirs publics sur l'avenir de ces populations dans les îles, dans un objectif de co-construction entre l'échelle du haut et l échelle du bas pour l'amélioration d'un mode de gouvernance. Je vous remercie. Présentation du programme «Les écol ogiques» par Delphine DUTREMEE Parc naturel de l Avesnois delphine.dutremee@parc-naturel-avesnois.com Le programme s'intitule «Les écol ogiques». J ai à mes côtés Marie-Françoise Godon qui est Inspectrice de l'education nationale, chargée de mission développement durable pour le département du Nord. Nous venons vous présenter un programme, une expérimentation d un territoire, et nous sommes entre autres le porte-parole d'un comité de pilotage. Le territoire de l Avesnois se trouve dans la région Nord-Pas-de-Calais, un territoire très rural avec une identité assez forte, une réserve de bio diversité et des savoir-faire particuliers. Je vais vous présenter un peu le contexte. Un parc naturel régional est en fait un territoire organisé autour d'un projet de territoire. Dans leurs cinq missions principales, les parcs ont des missions d'accueil, d'éducation et d'information des publics et aussi des missions d'expérimentation. Depuis la création des parcs, il y a toujours eu de l éducation en territoire, de l'éducation à l'environnement qui a été réalisée. C'est pourquoi en 2001, un cadre a été formalisé au travers d'une charte entre le Ministre de l'education nationale et le Président de la fédération des parcs. Ce partenariat est décliné localement dans le cadre d'une convention. Ce partenariat, nous le vivons vraiment comme étant un partenariat qui nous permet d'apporter une plus-value au projet. Le parc bénéficie du terrain qu est l école pour expérimenter, et l'education nationale bénéficie de tous les partenaires, de toute l expérience des parcs en termes d'environnement pour apporter une plus-value aux enseignements. Ensemble, nous nous sommes posés quelques questions, notamment comment donner du sens, de la vie au concept de développement durable. Comment créer les conditions pour que les élèves et les enseignants s approprient ce concept et composent les éco-citoyens de demain? L'idée était de s'appuyer sur la démarche Agenda 21 existante et de la décliner à l'échelle d'un établissement scolaire. En l'occurrence, c'est donc faire de l'établissement scolaire et de son environnement proche un laboratoire d'expérimentation du développement durable. Nous vous avons présenté le logo et la plaque qui est remise aux écoles. Le programme s'appelle «Les écologiques». Comment avons-nous procédé? Cela paraissait un petit peu complexe de décliner la démarche d'agenda 21 qui est une démarche lourde au sein des écoles primaires. Nous avons commencé par constituer comité de pilotage pluridisciplinaire en essayant de mettre les forces vives les unes à côté des autres. Parmi ses membres, nous avons bien sûr les six inspecteurs des circonscriptions de l'education nationale du territoire, dont Marie- Françoise qui est déléguée DD pour le département. Des représentants des communes, des partenaires institutionnels et associatifs. Je vais vous en citer quelques-uns: le CRDP de Lille, l'agence de l'eau, le CAUE, les CPIE, Atmo Nord - Pas-de-Calais, le conseil régional, le

360 conseil général, la maison régionale de l'environnement et de la solidarité qui est un collectif d'associations, les syndicats de distribution et de gestion de l'eau, l ADEME, la DIREN, les espaces Info Energie, la DRDJS, le réseau Idées qui sont des partenaires belges ainsi que le COREN, le GREN, le Comité 21, le réseau «Ecole et nature», les associations locales d'éducation à l'environnement, etc. Nous avons vraiment voulu essayer de mettre tous les acteurs qui autour de la table. En même temps, ce comité de pilotage a décidé d'être exemplaire, donc la création d'outils a vraiment été faite de manière participative. La composition du programme. Il y a un guide pratique pour les enseignants qui leur permet d'expliquer la démarche et de mener pas à pas les étapes au sein de l'école. Par ailleurs, il y a un accompagnement de la part du parc, des enseignants pour mettre en oeuvre la démarche, et du comité de pilotage de l'école. Il existe un comité au sein de chaque école primaire, avec des représentants des enfants, des représentants des parents, toute la communauté éducative, des représentants de la municipalité et du personnel technique. Le parc accompagne en fait ce comité de pilotage dans les différentes étapes. Dans les outils qui constituent le programme, une malle pédagogique permet d'accompagner la réalisation de l'état des lieux et de l'éco-diagnostic au sein de l'école, simplement parce que c'est quelque chose qui manquait au niveau de tous les outils des partenaires qu'il y avait autour de la table. Il n'existait pas d outil qui permettait d'aider à cet éco-diagnostic. Elle a donc été créée. Par ailleurs par la suite, lors de la mise en oeuvre des actions au sein des écoles, notre volonté n'est pas de créer de nouveaux outils, mais bien de mutualiser tous les moyens existants. Pour cela, il se pourrait que ces malles finissent par devenir des malles immatérielles puisqu'elles pourraient être stockées à divers endroits. Si nous dressons un bilan de la méthode utilisée pour la co-construction de l outil, nous avons une bonne implication de tous les partenaires. Ils se sont bien appropriés l'outil. Simplement, c est chronophage. Cela prend un temps fou de réunir tout le monde et de travailler ensemble. Au niveau des actions menées dans les écoles, nous avons une bonne implication des enseignants et des municipalités. C est peut-être un petit peu plus difficile de mobiliser les parents. Au niveau de l évaluation, pour l instant nous sommes en cours de création de la démarche, donc nous ne nous sommes pas encore penchés sur l évaluation de la démarche. Cependant, l évaluation des compétences des élèves est forcément réalisée. Au niveau du développement sur le territoire, comme je vous le disais, c est une expérimentation qui a mobilisé cinq écoles pour les trois ans. Huit nouvelles écoles pourront participer à la démarche d ici les vacances de Noël. Ensuite, au niveau d un éventuel transfert, il est question d un transfert de l outil à l échelle régionale, ce qui suppose l identification et la formation de partenaires accompagnateurs, mais aussi la déclinaison de l outil, parce qu une des spécificités aussi est que cet outil est vraiment territorialisé. C est-àdire que l état des lieux qui est mené parle vraiment de choses identitaires, des éléments de paysages, du territoire de l environnement, de l enfant. La prévention des risques et la coopération euro méditerranéenne par Marie-Hélène JUBAULT Coordinatrice des programmes européens mhquilichini@oec.fr L'Office de l environnement de la Corse est un outil de la collectivité territoriale de Corse. Il est en charge de coordonner, de réfléchir et de mettre en place la politique environnementale de la région Corse, île au centre de la Méditerranée. Nous avons un projet qui a été développé sur la prévention des risques : "OCR Incendi". A l origine du projet, il y a les grands incendies de 2003-2004 qui ont ravagé le Sud de l Europe sur les cinq pays de la façade méditerranéenne. Nous nous sommes alors rendu compte qu il fallait une coopération entre services de lutte des régions voisines et qu il fallait définir une politique euroméditerranéenne sur les risques et sur la prévention. Les causes des feux de forêt sont à 80 % d origine humaine. Les feux de forêt, c est une perte de biodiversité et tout hectare de forêt perdue, de maquis et de garrigue ce sont des espèces qui disparaissent, des animaux, des biotopes. Il faut donc avoir une réflexion globale sur la prévention des risques. L objectif

361 du projet est de développer une éco-citoyenneté euro-méditerranéenne, et développer une culture du risque incendie par l acquisition de connaissances, de compétences et également de capacité. La capacité, c est à la fois la capacité des citoyens dans leur globalité, c est-àdire que les citoyens, ce sont les enfants par l éducation, les parents, et les touristes dans une région méditerranéenne qui en reçoit beaucoup. Par exemple en Corse, nous sommes 250 000 résidents avec 3 millions de touristes. C est également une acquisition de compétences des élus qui vont définir les politiques, et l acquisition de compétences des citoyens, des socioprofessionnels et des opérationnels. Il est nécessaire de développer une dynamique de concertation entre pays. Pourquoi? Nous avons à faire aux mêmes problématiques. Nous avons des spécificités culturelles, mais nous avons également beaucoup de points communs. Troisième chose, c est une cohérence d actions et de messages. Pourquoi? Parce qu'il est important, en Méditerranée de retrouver la même cohérence, que les messages soient identiques, qu il y ait la même réflexion. Les partenaires de ce projet européen. Il y a eu un partenariat assez divers, un partenariat à la fois continental et insulaire. Sur la France, il y a eu trois régions, la région Provence Alpes - Côte d Azur, la région Languedoc-Roussillon et la région Corse. Il y a eu deux régions italiennes, la Toscane et la Sardaigne. Deux régions espagnoles, l Andalousie et les Baléares. Les îles de Nord Egée pour la Grèce, l Algarve pour le Portugal et la région Tanger Tétouan étaient associées au projet. Ce projet s est beaucoup basé sur les objectifs du projet. Comme je l ai dit, c est l échange, la mutualisation et la concertation. Pourquoi l échange? Parce qu au départ, nous ne nous connaissions pas. Il a fallu se connaître avant de partager, avant de travailler ensemble. La première étape du projet a été ce que nous avons appelé les visites d expertise, c est-à-dire qu en fait, nous sommes allés dans les différentes régions et nous avons fait un bilan des compétences, un bilan des outils qui étaient développés et également un bilan des méthodes d animation et de partenariat. Plusieurs thèmes ont été développés sur ce projet, dont le thème «sensibilisation». C est un thème «sensibilisation» au sens large, c est-à-dire information, formation, sensibilisation. Il y a eu 11 projets locaux qui ont été développés par l ensemble des régions. Les partenaires étaient les régions proprement dites, mais chacune des régions a associé un partenariat local. Ce sont des partenariats relativement importants, c'est-à-dire que par exemple, pour la région Languedoc-Roussillon, les partenariats étaient les départements qui eux-mêmes ont associé un partenariat au niveau local. C était aussi bien l Education nationale, donc les rectorats, que les parcs naturels quand il y en avait, les opérationnels de la lutte, les services de l Etat, les associations qui travaillaient sur le sujet. Ça a donc été un partenariat très large. Par exemple sur la région Corse, nous avons l habitude de travailler en partenariat. Nous sommes une petite île, cela a peut-être été plus facile au départ de construire ce partenariat. Et notamment sur la thématique de la sensibilisation, sur les différents thèmes, que ce soit sur les incendies, sur la protection de la forêt, sur la mer, nous avons l habitude de travailler en partenariat. C est pourquoi nous avons été choisis par les partenaires du projet «OCR Incendi» comme les chefs de file de la thématique «sensibilisation», pour la compétence que nous avions développée sur ce type d actions. 11 projets locaux ont été développés, aussi bien par des départements, par le parc naturel régional de la Corse, mais aussi par des universités, par exemple sur la Grèce. Par des associations, pour le Languedoc-Roussillon, cela a été le GREN Languedoc-Roussillon. Ou par des communes, par exemple sur les Baléares. Il y a eu également neuf activités interrégionales qui ont été développées entre régions partenaires et une production commune. Les cibles prioritaires ont bien entendu été les enfants, mais également le grand public et les techniciens. Il y a eu différents axes. Tout d abord, la création d outils pédagogiques. Par exemple le Conseil général de l Hérault a travaillé sur un DVD qui était «Vivre avec le risque incendie», avec comme cible les collèges avec un usage collectif ou individuel. Petite précision, tous les outils développés dans le cadre de ce projet sont libres de droits et peuvent être utilisés par tous les partenaires qui ont participé au projet. L association «Graine Languedoc- Roussillon» a développé un projet, un guide pédagogique destiné aux associations en charge de travailler sur le risque incendie, parce qu il est important, comme cela a été dit

362 précédemment par d autres intervenants, de former les intervenants, que ce soit dans le milieu scolaire, les professionnels mais également le milieu associatif. Il y a eu également la création d un site Internet par le Conseil Général des Pyrénées orientales, destiné à la sensibilisation des enfants de 7 à 12 ans? Grâce à des jeux associatifs. Ces outils ont été développés en partenariat sur les différentes régions. L autre axe qui a été développé, c est de mobiliser la société civile et les scolaires. Il y a donc des communes en région Baléares qui ont créé des réseaux de volontaires sur les différentes communes et qui ont développé des projets pédagogiques. Egalement la Grèce, avec le fonds régional de développement de l Egée du Nord. Ce sont en fait les universités de ces îles qui ont développé des campagnes de sensibilisation en associant un partenariat très large. L institut pour la forêt de la région PACA qui a travaillé sur un bilan des connaissances des scolaires et du grand public, à partir de bornes interactives. Elle a valorisé les résultats de cette enquête à l intérieur d un guide. Ensuite, des activités interrégionales, des projets communs qui ont été développés. Bien sûr, parce que tous ces outils ont été développés au niveau local, mais nous avons essayé d avoir des actions communes. Nous avons donc institué une journée européenne de sensibilisation aux incendies qui s est passée à Athènes puis en Sardaigne au mois de juillet 2007. Cette action a été pérennisée et a maintenant lieu chaque année au niveau européen, dans différents lieux. Un concours «Les jeunes Européens éco-citoyens au cœur de leur avenir». Cela a eu lieu en mai 2007 en Toscane. En fait, différents concours ont été organisés, des projets pédagogiques dans toutes les régions partenaires. Le point d orgue de ces concours a été un grand rassemblement de jeunes Européens qui a eu lieu en Toscane. Il y a eu à la fois des démonstrations de moyens de protection, et également un échange et la création de réseaux Internet par toutes les classes participantes. Une production commune, un guide «Les campagnes de communication sur le risque incendie» a été créé par toutes les régions partenaires. Ce guide est destiné aux administrations, aux collectivités, à tous les acteurs en charge de campagnes de communication sur le risque et qui définit une stratégie de communication en fonction des publics cibles. Par exemple sur les enfants, qui définit à la fois les messages en fonction des différents âges, la façon d atteindre les publics cibles, les types d outils. Et ce que nous avons essayé de ne pas oublier également, ce sont les dispositifs d animation sur le terrain? Je vais être assez brève pour la conclusion. Effectivement, les idées n ont de valeurs que si elles sont partagées, nous avons donc essayé de nous inscrire dans une dynamique de projets, d adopter un langage commun. Nous avons défini un réseau de compétences qui perdure, c est-à-dire que tous les partenaires de ce projet continuent à travailler ensemble. Nous allons déposer un projet Life sur le volet communication et information qui est un nouveau volet des projets Life Plus développé avec trois de nos partenaires. Nous développons également des programmes Inter Reg sur les incendies mais également sur la mer et sur la gestion de l eau, reliés avec le changement climatique. Il y a donc une poursuite dans ce réseau de compétences. L important, c est d appliquer sur les territoires, c est-à-dire que tout ce qui a été défini dans le cadre de ce projet a une application au niveau local. En fait, il y a eu une transversalité. Nous avons eu des projets locaux qui ont été transférés au niveau global, au niveau de tous les partenaires. Et d autre part, nous avons le global qui est revenu au local. C est très important pour nous qu il y ait une transversalité. Vous pouvez trouver tous les outils développés, tous les partenaires sur le site de notre projet européen sur www.ocrincendi.eu, notamment sur la thématique sensibilisation. Vous y retrouvez tous les acteurs, tous les partenaires, tous les projets développés. Pourquoi un Agenda 21 au lycée? par Bertrand GAUFRYAU Directeur du lycée Sainte-Elisabeth à Dax bgaufryau@club-internet.fr Je vais vous présenter rapidement l établissement dont j ai la charge, qui se trouve à 1 heure 15 au sud de Bordeaux. C est un établissement, et ceci a son importance, qui

363 dépend du Ministère de l agriculture et non pas du Ministère de l Education nationale. C est donc un établissement de petite taille, 200 jeunes accueillis sur l établissement et 25 adultes. Pour faire un petit peu l historique de ce projet, je voudrais revenir à l idée selon laquelle, à un moment donné, pour entrer dans une démarche de projet, on a besoin d un événement ou d un élément extérieur, en l occurrence, c est le Conseil régional qui en 2007 a tendu la main aux établissements qui souhaitaient ou qui avaient dans leur volonté la volonté d entrer dans une démarche d Agendas 21. Une première vague d établissements, de lycées d Aquitaine se sont lancés dans cette démarche et ont pris la main que leur tendait le Conseil régional. Une petite dizaine d établissements, dont deux relevant du Ministère de l agriculture. Pourquoi? Parce qu un établissement scolaire, un lycée, c est un lieu de formation, mais c est aussi un lieu d éducation. C est vrai que lorsqu on veut toucher aux valeurs fondamentales qui sont sous-tendues par l Agenda 21, aussi bien des notions de développement durable mais aussi le second pilier qui concerne la lutte pour l égalité des chances et contre les discriminations, eh bien l établissement scolaire en l occurrence le lycée - est certainement un des dieux les plus intéressants pour travailler sur ce message. Même si nous pouvons dire que faire passer ces messages par l intermédiaire des jeunes, c est bien pour demain, faut-il encore que les adultes qui travaillent auprès des jeunes et qui transmettent ces messages soient eux-mêmes convaincus. Nous sommes donc entrés dans une démarche en décembre 2007. A partir de ce moment-là, nous avons pris le temps, et je crois que ce mot-là est important, de travailler en amont - l expérience montre d ailleurs que ce temps-là n a pas été perdu - à la sensibilisation dans un premier temps des adultes de l établissement, enseignants, personnels techniques, administratifs, parents, la plupart des membres de la communauté éducative de l établissement. A partir de ce moment-là, nous avons commencé à mettre en mouvement l établissement. Autre élément important, ce qui fait vivre un établissement, c est souvent un bout de papier ou un ensemble de papiers qui peuvent faire une dizaine, une quinzaine de pages. Finalement, cela s appelle le projet d établissement. Le projet d établissement, nous l avons écrit, nous le lisons une fois, nous le mettons dans un tiroir et puis nous nous disons «Tiens, j ai un projet d établissement». Sauf que ce projet d établissement, sur l établissement, nous l avons complètement réécrit à l aune des dimensions de l Agenda 21. C est donc un gros travail de méthodologie, de sensibilisation, d appropriation de cette démarche que nous avons voulu faire en amont. A partir de ce moment-là, petit à petit, les élèves sont entrés dans la démarche de sensibilisation. Pour cela, nous avons été accompagnés par une association dont nous avons évoqué le nom à plusieurs reprises, dans diverses régions ce matin, l association GRAINE qui nous a accompagnés sur cette démarche. Et petit à petit, sur des semaines et des journées thématiques, tout au long d une année scolaire, nous avons fait la sensibilisation des élèves, des anciens, des nouveaux, des entrants, avec des moments fédérateurs. Nous avons pris le temps d entrer ensemble et de manière fédérée, dans une démarche d Agenda 21. Au départ, nous n imaginions pas les implications que cela pouvait avoir sur la vie d un établissement. Un Agenda 21, c est vrai que ce ne sont pas juste deux panneaux solaires ou une chaudière à boire. C est beaucoup plus que ça. C est une démarche, c est un mouvement. Nous avons d autant mieux intégré cette démarche que, je vous l ai dit tout à l heure, nous sommes un établissement du Ministère de l agriculture qui a une mission particulière, qui est à mon avis probablement la plus importante, celle du développement local et de l animation des territoires. Un Agenda 21 pour faire de la transmission d informations, du passage de valeur, de témoin auprès des jeunes, c est bien, mais ce n est pas suffisant. Ce n est pas suffisant parce que comme animateur du territoire, nous sommes en lien, et de manière historique, c est vrai pour l ensemble des établissements du Ministère de l agriculture. Je pense qu un des intervenants qui me succédera le dira aussi bien que moi sinon mieux. Nous avons cette culture de projet et de partenariat. Nous sommes des établissements, et en l occurrence le nôtre, qui ne sont pas posés sur un territoire mais qui vivent un territoire, qui vivent dans le territoire. Lorsque j ai entendu cette notion de

364 partenariat qui a été développée par un certain nombre d entre vous, je me suis dit que finalement, je me trouvais au bon atelier. Quels sont les partenariats? Ce sont des partenariats locaux. Ce sont les entreprises, les établissements scolaires, les communes, les écoles bien sûr, les écoles primaires, les écoles maternelles, les structures intercommunales, les pays mais aussi le milieu associatif très impliqué dans l EDD. Ce sont les parcs naturels. Cette démarche de projet est certainement un des éléments ou un des atouts de la réussite de la mise en place de démarche d Agenda 21 sur les lycées est incontournable. Au-delà de cette première phase de sensibilisation, s il y a un message que je voulais vous faire passer ce matin, c est bien celuici. Quand on est sur un établissement scolaire, la plupart des jeunes ont envie de voir les choses changer très vite. Mais il faut aussi leur expliquer que pour faire changer les choses ou pour mettre en place des actions concrètes, cela passe par de la maturation, par de la réflexion, par de la discussion, par des diagnostiques. Nous sommes en plein dans cette phase de diagnostic sur l établissement. Ceci nous a amené à choisir ensemble, aussi bien les jeunes que les adultes de l établissement, les axes sur lesquels nous souhaitions nous engager. Donc au-delà de la mise en place d un comité de pilotage, des groupes de travail fonctionnent aujourd hui : un sur les consommations responsables avec la thématique de l alimentation, mais aussi des déchets puis de l énergie; une autre thématique qui est un peu plus surprenante, mais si on regarde bien l Agenda 21, cela fait partie intégrante de ces dimensions, c est la lutte pour l égalité des chances. Nous avons donc un groupe de travail qui fonctionne sur deux thématiques, la lutte contre le décrochage scolaire et la lutte contre les exclusions et toutes formes de discrimination. Au-delà de l ensemble de cette démarche, il faut du temps, il ne faut pas avoir peur de sortir de l établissement, pour nous et les partenariats, pour les redynamiser. Puis je crois que la vraie réussite d un Agenda 21 sur un établissement scolaire, c est probablement que l Agenda 21 n appartienne plus à celui qui l a initié mais soit pris au rebond comme une balle par tous les partenaires qui sont initialement partie prenante de cet Agenda 21. EDD au travers d une démarche d agenda 21 d établissements de formation : des outils pour changer de culture par Christian PELTIER Ministère de l agriculture et de la division générale de l enseignement et de la recherche christian.peltier@educagri.fr Cette communication a été préparée avec Léna Leducq qui ne peut être parmi nous aujourd hui. Elle est basée sur l observation du réseau développement durable de l enseignement agricole public des pays de la Loire et de quelques autres établissements que j ai été à même de suivre. Le premier point, c était un peu de repositionner cette communication dans deux autres communications que nous avons faites récemment, un article pour la revue «Pour» qui abordait les points que j ai mis sur la vignette essentiellement, et puis une communication au colloque d Albi. Les documents que nous avons produits sont sur deux adresses, le site du lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain puis le site de l enseignement agricole public des Pays de la Loire que vous avez également sur la diapositive. Aujourd hui, ma mission est toute nouvelle au sein de l enseignement agricole puisque je suis en poste depuis le 1 er septembre. Le travail que nous commençons à faire avec ma collègue Sophie Aublin qui s occupe plutôt d éducation à l environnement et au développement durable, c est de repérer les actions fortes, repérer les projets globaux pour peut-être aller un petit peu plus loin dans l accompagnement des établissements qui se sont déjà engagés. Nous essayons de construire une recherche action, mais ce n est pas encore fait. Je pense que nous n aurons pas le temps d avoir des questions, mais nous pourrons en discuter après si vous le souhaitez. L idée est de dire que pas mal d établissements sont engagés dans des démarches qui se réclament d Agenda 21, d autres veulent partir. Il y a peut-être des questions initiales à se

365 poser avant de s engager pour ne pas se tromper, pour ne pas que l effet de soufflé retombe après et que des volontés disparaissent, ainsi de suite. Nous avons des questions toutes bêtes. C'est-à-dire qu au départ, un établissement qui veut partir doit se poser la question des différents types de ressources disponibles. Dans quel processus allons-nous nous mettre? Sommes-nous dans des interactions entre égaux ou sommes-nous au-delà? C'està-dire est-ce des gens uniquement qui sont volontaires, d un même champ disciplinaire, d une même culture, d un même métier? Où allons-nous vraiment aller au-delà? Je pense qu il est intéressant également de voir le niveau d intégration managériale. Le proviseur à coté de moi le disait tout de suite, nous ne nous rendions pas compte dans quoi nous allions nous engager au départ. Allons-nous rester sur du descendant ou allons-nous rentrer sur de la vraie gouvernance? Les équipes ont-elles conscientisé cela et sont-elles prêtes à aller dans ces démarches-là? Je pense que c est important de le dire dès le départ, sinon nous pouvons avoir des soucis. Quel niveau d intégration des piliers du développement durable? Tout le monde en parle, est-ce que beaucoup en font? Si nous voulions être provocateurs, nous pourrions le dire comme cela. Intégrons-nous vraiment ou n avons-nous pas tendance à traiter l un puis l autre puis le troisième ou se réclamer des trois, mais en fait, en se masquant et en étant que sur un seul? Puis la question a été abordée de labellisation dans d autres ateliers. Au moins savoir où nous en sommes. C était une de nos préoccupations quand nous avons fait cette communication, savoir où nous en étions. Sommes-nous dans des gradients différents de durabilité, ainsi de suite? En observant différentes démarches, nous nous sommes rendu compte qu il y avait peut-être des marches pour un projet en développement durable qui intégrait plus ou moins les piliers du développement durable. Qu avons-nous constaté dans les lycées agricoles des pays de la Loire et un peu au-delà? Il y a des actions culture de projet, mutualisation, pluridisciplinarité qui fonctionnent. L éducation à l environnement s est basée là-dessus, mais pas qu elle. Ensuite, on peut vraiment passer à une première étape quand on va rentrer dans un projet de management environnemental où on va chercher à mettre en place des actions pour une économie des ressources. C est intéressant, c est le respect de l environnement qui est mis en avant. Cela ne veut pas dire que nous ne faisons pas le reste. Cela reste tout de même assez descendant. Au-delà, nous pouvons rentrer dans un management durable. Aujourd hui, des entreprises se revendiquent d un management durable. Des établissements le disent ou ne le disent pas, mais le font. Ils ont commencé des diagnostiques qui intègrent aussi l économie plurielle, la cohérence sociale. Nous rentrons dans une démarche globale à ce niveau-là. J ai placé les Agendas 21 ans scolaires, enfin ceux qui sont initiés par l Education nationale et qui s appellent comme cela, sachant que certains lycées agricoles sont uniquement dans des Agendas 21 scolaires, ce qui est déjà un pas important. Et puis il y a le dispositif des éco écoles qui se situerait peut-être entre les deux. Néanmoins, nous voyons bien que nous pouvons encore avancer au-delà et qu il y a sans doute un palier important. C est peut-être un peu provocateur, mais nous restons quand même dans la culture des bonnes pratiques, de l ensemble des éco gestes. Cela ne veut pas dire qu on reste uniquement aux éco-gestes quand on rentre dans le maintien de développement durable, je n ai pas dit cela, loin de là. Mais quand on est dans le passage entre le premier palier et puis le deuxième, on est dans l établissement écoresponsable, on est dans un ancrage au territoire qui commence à se mettre en place. Et puis on commence à se poser des questions sur ces missions, comme moi je travaille sur l enseignement en école publique. La grosse question quand on arrive là, c est comment intégrer les trois. Cela ne se fait pas comme ça. Les chefs d établissement que nous avons rencontré dans le réseau Pays de la Loire ou audelà se posent des questions pour aller parfois plus loin ou pour passer un cap. Comment maintenir la dynamique? Vous allez voir les questions que les chefs d établissement se posent. Les deux derniers points de cette diapo sont intéressants. Quels outils sont disponibles aujourd hui? Nous avons vu énormément d outils. Il y en a tellement que nous ne savons plus à quoi ils servent. Il y a des outils classiques de pilotage de projet, nous

366 l avons souvent dit. La culture de projet, c est important. Et puis il y a des outils spécifiques sans doute qu il faut construire ou qui sont en train de se construire ainsi que des outils ès développement durable. C est important. Autres incontournables que nous avons repérés, sans doute qu un regard extérieur d un nouvel expert, d un nouveau type, pas l expert classique qui fait soit de l animation, soit qui impose ses vues, il y a sans doute ce besoin de regard pour recadrer, éviter les égarements, ainsi de suite. En fait, nous nous somme rendu compte qu il y avait sans doute quelque chose qui tournait autour de la construction du problème. Quel est le problème? Nous avons parlé des socio constructivismes, nous nous plaçons évidemment dans cette logique-là. Il est important de mettre en tension pour arriver à problématiser et à bien formuler le problème, les données inhérentes au lieu où l on est, l établissement avec ses atouts, ses contraintes, ainsi de suite. Et puis les conditions. Quelles sont les conditions à atteindre pour. Vous voyez qu horizontalement, quand on va mettre en tension la formulation du problème avec la recherche des conditions et données, normalement cela va nous donner quelques solutions. Cela, c est le losange de la problématisation. En Pays de la Loire, nous travaillons avec le CREN de l université de Nantes, Michel Fabre en particulier, en sciences de l éducation. Deuxième outil important, ce nouvel expert, toujours avec le CREN, Michel Fabre et Bernadette Fleury, qui est aussi de l enseignement agricole. Sur le triangle de l expertise, je pense que le nouvel expert est une des clés pour accompagner les projets. Il y a des experts anciens sur des questions particulières, environnementales, ainsi de suite. Sont-ils les experts en développement durable? Je pose la question, et je m attendais à ce que nous discutions de cela dans le colloque. Je suis un peu déçu. Qui sont ces nouveaux experts, comment les former, quelle est leur culture, d où viennent-ils, de quelles écoles viennent-ils? Ce nouvel expert doit donc jongler en fait entre différents éléments à prendre en compte : les nécessités fonctionnelles du milieu et le champ des possibles, c est-à-dire bien faire émerger cela. Qu est-ce qui est possible vu les contextes? Et puis le jeu d acteurs, ce que les acteurs souhaitent et ce qui est souhaitable. Ce n est pas forcément la même chose. Il faut mettre aussi cela en tension avec le cadre normatif dans lequel nous sommes. Ce nouvel expert en développement durable a une culture évidemment en développement durable, il joue avec ces différents éléments et il permet de redonner un peu de sens à la démarche. Cet expert est un mécanicien. Hélène Combes de l observatoire de la décision publique nous allons également entendre Patrick Viveret cet après-midi parle de mécanicien et pas d expert, parce que le mécanicien met les mains dans le cambouis. Il se trouve que nous avons vraiment besoin de cela. Cela peut être quelqu un d interne s il a une culture, s il s est formé. Ça peut-être simplement quelqu un d externe qui arrive à quelque moment où on va chercher. L idée c est que si on passe d une phase analytique au départ, il faut rentrer dans la phase systémique à un moment. Les gens qui sont dans un noyau dur vont acquérir de nouvelles compétences, une expertise et ils vont pouvoir ensuite accompagner en interne voire en externe. A partir du moment ou un enseignant, un formateur, un personnel quelconque, son projet est reconnu dans le projet collectif, non seulement il y a une valorisation de l individu, mais il existe aussi par rapport à la collectivité. Je pense qu il faut que nous retravaillions le sens de la collectivité. Ces entrées autour de la gouvernance et l éthique, ce sont les deux entrées fortes qui seront sans doute, si la recherche action se fait, au cœur de cela. Donc à partir de là, nous pouvons peut-être rentrer dans l étape supplémentaire, un véritable Agenda 21. Sinon, on peut se déclarer Agenda 21, ce n est pas un souci, et puis c est bien d entrer aussi, mais encore fautil avancer. Vous voyez que les flèches vont dans les deux sens, ascendant/descendant et puis sur les deux sens de l horizontalité. Et quand on construit un projet d Agenda 21 sur cette logique, le gros avantage, c est qu on a créé un espace public, une structure de discussions et d échanges. Je pense qu il y a encore un pas à franchir, l institutionnalisation,

367 c est-à-dire la prise de conscience que finalement, l enjeu stratégique pour que les établissements agricoles existent encore dans le contexte difficile, c est sans doute de montrer aux territoires et à nos partenaires que l enseignement agricole aujourd hui ses compétences, c est le développement durable et que nous avons construit notre document stratégique là-dessus. C est beau de le dire, mais même les établissements les plus avancés dans l enseignement agricole ne sont pas encore rendus là. Puis pour terminer, je pense qu il faut aussi se donner une certaine latitude, il faut se poser les bonnes questions, car en cours arrivent les questions sur les nécessités fonctionnelles du milieu. Là, c est l historien géographe qui parle, la maîtrise des risques. Tout à l heure, nous avons vu un exemple de risques, mais quels risques un chef d établissement est-il prêt à assumer? Quelles solutions a-t-il envie de mettre en place? Nous revenons sur des questions fondamentales. J aime bien les écrits de Bruno Latour sur les objets hybrides, etc. Les normes. Nous avons des proviseurs qui sont hyper normés, stress normés ou normés stress, enfin je ne sais pas comment nous pourrions les appeler, qui ne savent plus, qui ont peur du projet. Dans d autres établissements, nous pouvons nous poser la question de quelle marge de manœuvre par rapport à la norme et quelle construction de la norme par la suite. Nous sommes donc bien sur des projets lourds, philosophiques, éthiques, mais qui sont aussi pour recréer du sens et redonner sens à l institution. Nous sommes service public, si le service public existe encore demain, s il n est pas là-dedans, moi je ne suis pas pour le privatiser, mais cela pose question. Et puis le jeu d acteurs, la dispersion des acteurs, chacun pousse sa valeur, nous connaissons. Les conflits, c est normal, il faut les faire éclater. Si nous voulons travailler sur ces projets-là, il faut que nous définissions quelles sont nos valeurs communes. Que nous n ayons pas peur de l idéal. Il y a donc un gros boulot. Pour terminer, je reprendrai une phrase reprise par Edgar Pisani récemment en préparant un mardi de l association 4D. Il est en train de faire un bouquin sur l école, à plus de 80 ans. Il a toujours rêvé d être ministre de l Education nationale. Aujourd hui, il dit que l enjeu autour du développement durable est de produire de la qualité de vie. Le rôle des collectivités locales dans la mise en œuvre de l EDD par Maryvonne DUSSAUX Doctorante CERLIS, Université Paris Descartes ma.dussaux@free.fr Je prépare une thèse sur le lien entre l éducation et le territoire dans les actions d éducation développement durable. Mon souci est effectivement de resituer l éducation au développement durable dans un champ plus large pour essayer de mieux comprendre les enjeux, parce que là, nous avons entendu beaucoup d expériences de partenariats réussis, mais il y a aussi beaucoup de questions sur les blocages, pourquoi cela ne marche pas, etc. Je pense que si on prend un recul sur l analyse des enjeux de la société, cela peut expliquer, même partiellement quand même des choses. Le sens de mon intervention aujourd hui, c était de mettre en débat, alors nous n aurons pas le temps du débat, mais j espère que ça pourra se reprendre ensuite, l idée d aller au-delà de la notion de partenariat qui est finalement une notion qui est commune à toutes les politiques publiques. Pour s appuyer sur un terme plus spécifique au champ d éducation qui est le terme de communauté éducative. Je vais balayer vraiment très vite la raison pour laquelle je fais cette proposition. Encore une fois, c est l idée de lancer un débat. Je vais donner rapidement les grandes lignes. Chacune mériterait effectivement des développements plus lourds. L idée essentielle, c est que dans le champ de l éducation, nous sommes dans un énorme bouleversement. Jusque dans les années 80, nous étions dans une organisation très centralisée avec un fort contrôle de l Etat sur l organisation du système scolaire et également un contrôle sur les programmes. Nous avons également structuré ce système scolaire sur une hiérarchisation des savoirs avec d un côté les savoirs savants qui étaient retenus dans le cadre de l école et puis les

368 autres qui ont été marginalisés. Dans ces savoirs marginalisés, il y a toute la connaissance au niveau de la nature que nous essayons maintenant de réintroduire dans l école par le biais de l EDD. Le cloisonnement entre les disciplines, nous en avons parlé dans les ateliers, c est très difficile de montrer des actions pluridisciplinaires puisque l agenda de la semaine est très calé par les disciplines. Un cloisonnement aussi sur les notions d éducation formelles, informelles et non formelles qui viennent des critiques faites par le mouvement d éducation populaire sur la rigidité du système scolaire. Cette remise en cause de toute l organisation, cette vision même de l éducation se traduit par l investissement des collectivités locales et des associations dans le champ de l éducation. A partir des années 80, l Etat se rend compte qu il ne peut plus agir seul, donc il décentralise et il met en place des politiques éducatives qui sont, avec le contrat éducatif local en 98, placées sous la responsabilité du maire. Les questionnements aussi sur les finalités de l éducation. Je pense que chacun connaît les travaux de la commission Delors qui définit l éducation pour le 21 ème siècle sur quatre piliers : Apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à vivre ensemble et apprendre à être. Là, nous sommes loin de savoirs scolaires stricts. La formation à la pensée complexe, je renvoie aux travaux d Edgar Morin. La nécessité de former aussi à la pensée critique. Et puis je ferai référence aussi aux travaux de Philippe Carré sur la notion d apprenance. C est-à-dire que pour lui, toutes les situations de la vie, que ce soit dans l école ou à l extérieur de l école, sont des possibilités, des opportunités d apprentissage. Dans ce cadre-là effectivement, l EDD avec ces notions de transdisciplinarité notamment, de pédagogie de projet, etc. apparaît comme une politique novatrice. La question que je soumettais au débat, c étaient les trois notions du champ de l éducation : la notion de co-éducation, la notion d éducation partagée et la notion de communauté éducative. La notion de co-éducation est issue de l idée de faire une place aux parents dans l école, elle est donc plutôt appropriée par les associations de parents d élèves. La notion d éducation partagée est issue des politiques locales éducatives : c est une notion plutôt institutionnelle. Il faut rappeler que dans le texte, sur les contrats éducatifs locaux, on ne parle pas d éducation partagée, mais de mission partagée, ce qui n est quand même pas tout à fait la même chose. La notion de communauté éducative est issue de l école. Elle apparaît en 85, est reprise dans la loi de 89, et surtout précisée par la loi de 2005 : «Dans chaque école, collège ou lycée, la communauté éducative rassemble les élèves et tous ceux qui dans l établissement scolaire ou en relation avec lui participent à l accomplissement de ces missions. Elle réunit les personnels des écoles et des établissements, les parents d élèves, les collectivités territoriales ainsi que les acteurs institutionnels, économiques et sociaux associés au service public de l éducation». Pourquoi est-ce que je propose que nous nous appuyions plutôt sur la notion de communauté éducative? D abord parce que la notion de co-éducation est une notion assez restrictive qu il faudrait beaucoup élargir, notamment au-delà du domaine scolaire et aussi à tous les âges de la vie. La notion d éducation partagée est plus institutionnelle. Dans le partage effectivement, il y a la notion de mise en commun, mais il y a aussi la notion de division. Je pense que l'edd est une éducation globale, il ne faut donc pas la diviser. Par contre, dans le terme de communauté éducative, on a l idée d un groupe de gens qui portent un projet commun. On peut aussi rapprocher la communauté éducative de l idée d une organisation apprenante, c est-à-dire qu on n a pas d un côté l apprenant et de l autre côté le formateur, tout le monde est en situation d apprentissage, même s il n est pas au même niveau. C est pour cela que je mettais cette question en débat. ************************

369 Session 10-4 25 Quelques facettes de l'edd dans diverses parties du monde Sommaire The world, their oyster environmental education : linking the European to the local community (Karolina SLOWINSKA, European Environment Agency, Copenhagen) Learning across the life span (Antoine HEIDEVELD, Senternovem, Utrecht, Holland) Experience of reorienting teacher education towards sustainability in Latvia (Ilga SALITE, Antonijs Salitis & Dzintra ILISKO, Daugavpils University, Institute of Sustainable Education, Latvia) Is modern education conductive to sustainable development? (Dr Daniela PIFFER, Development and Mutual Cooperation, Johannesburg, South Africa) The Western Mediterranean project (Angeles ROJO, Centre UNESCO de Catalunya, UNESCOCAT, Barcelona, Espagne) Biodiversity of the soil macrofauna as a value for sustainable development (Joanna KOSTECKA & Mariola GARCYNSKA, Rzeszów University, Poland & Consumer Citizenship Network) Modératrice : Christine DOUCHEZ (Comité français de la Décennie) The world, their oyster Environmental education: linking the European to the local community by Karolina Slowinska Project manager, Multimedia communication, European Environment Agency, Copenhagen Karolina.Slowinska@eea.europa.eu In this era of globalisation and information technologies, children s perceptions and values are no longer shaped by their immediate community alone. Internet and other media bring the world into their living room, introducing them to different cultures and experiences at a much earlier age than ever before. Modern technology-based teaching and learning tools allow them to grasp concepts such as globalization and complexity of interrelationships, which are at the base of sustainable development. In an effort to adapt to this new context, education systems and teaching methods are equally undergoing drastic changes. For environmental education, this is of particular relevance, as environmental issues all too often have a strong international dimension with a collective responsibility. 25 Les textes reproduits ici sont les résumés des communications envoyés préalablement à la conférence. Les presentations orales n'ayant pas été enregistrées, les textes intégraux de ce communications peuvent être obtenus auprès des auteurs via l'adresse mail qui est indiquée.

370 With its 32 member countries, the EEA is uniquely placed to help introduce this dimension in the agenda of environmental education. As such, the EEA is increasingly exploring means in which to make its information and knowledge accessible to a young audience. Online multi-media learning tools are amongst the most dynamic instructional technologies available to today's educators. Increasing the accessibility of the EEA website and enhancing the use of multi-media therefore seems the way to go. This year, the development of EEA s new educational Eco Agents website is the key focus of our work. Eco Agents is an international learning platform targeted at children (9-14 yearolds) and educators alike. It aims at raising children s awareness about current environmental issues and topics. The five topics currently featured include climate change, water, biodiversity, sustainable consumption and air. The issues are embedded in stories introduced in the form of comic strips a medium familiar and popular among children. The special eco missions to which they are assigned encourage them to learn about environmental issues by completing quizzes and reading eco-tips, which they can implement in their daily lives. In this fashion, they learn that the decisions they make can have widereaching consequences for the environment thus empowering them to act accordingly. Recognising the need for teachers guidance, educational materials for the class-setting will be made available in a Teacher s Corner section of the website. Also available is be a database of links to various quality national websites that provide more detailed information about the environment and education. EEA s challenge lies in finding ways in which to link the international dimension back to the local one. Multilingualism is a pre-requisite, as is the linking of universal values back to children s daily reality. Learning across the life span by Antoine HEIDEVELD Senternovem, Utrecht, Holland a.heideveld@senternovem.nl On the 23rd and the 24th of April the conference sustainable development, learning across the lifespan was held in Leiden, the Netherlands. This conference was organized by the Netherlands National Commission for UNESCO and the Dutch Institute for Vocational and Adult Education (Cinop), in cooperation with the national network for sustainability in higher education (DHO). During this workshop in Bordeaux I would like to share and discuss the outcomes of the conference in Leiden and discuss methods of implementation of the recommendations. The goal of this conference in Leiden was to strengthen the knowledge of and to set the agenda on the issue of sustainable development in relation to life long learning. Sustainable development is not an easy issue to educate. It is a process that should address different scales, should balance different perspectives and should take place in different learning settings. On the same time the direction of learning is not open but should lead to a better future for all, now and in the future. It can be concluded that Education for Sustainable Development should be the driving direction underneath all kinds of processes and all kinds of programs, such as life long learning, social cohesion, education for all and other. If the UN wants to create a better future for all, programs should not just focus, for example, on learning across the lifespan. They should focus on learning in order to create a sustainable future. To create this future there should be a better cooperation and a better coordination of the learning process between the different sectors of education. Formal,

371 informal and non-formal education are often seen as separate systems which do not cooperate. However, formal education can learn a lot on tools for education for sustainable development from non-formal learning processes as organized in companies and also from the open learning processes going on in informal education, and vice versa, especially tools like Communities of Practice, Problem Solving Education. Experience of reorienting teacher education towards sustainability in Latvia, by Ilga Salite, Antonijs Salitis, Dzintra Ilisko Daugavpils University, Institute of Sustainable Education, Latvia dzintra.ilisko@du.lv At the beginning of the Decade of Education for Sustainable Development (2005-2014) significant local initiatives took place which is being developed in regional and global networks. Activities that are taking place at the Institute of Sustainable Education in Latvia, Daugavpils, has its resonance and influence on wider contexts as joint action research projects in European and Mediterranean basin countries, newly founded networks and Black and Baltic Sea consortium and well established Journal of Teacher Education for Sustainability. The authors reflect upon the experience of carrying on educational action research at Daugavpils University, Institute of Sustainable Education in cooperation with UNESCO and BBCC (Baltic and Black Sea Consortium). As a result of cooperation significant changes took place at the individual levell, curriculum level, as well as at the institutional level. The article reflects the process of development, gains and future possibilities of this cooperation in the basin of Euro - Mediterranean countries. Is modern éducation conducive to sustainable development? by Dr Daniela Piffer Development and Mutual Cooperation, Johannesburg, South Africa dmc_@telkomsa.net The objective is to look at innovative ways or changes to be applied inside education systems and policies to : 1) create more concrete opportunities for young graduates; 2) to eradicate those constraints like inequality and poverty which encourage lack of quality education and poor methods. 3) To provide resources and infrastructure to cover such deficiencies 4) To emphasize the importance of mother tongue along to the need of learning a foreign language or the language of the host country. Ideally there should be an intervention of government at provincial level with the cooperation of local NGO s to allow for better follow up and more transparency.the question whether a learner centered or teacher centered is better, whether vocational skills would be the answer rather than formal and sophisticated education has to be considered. Methods and techniques used vary from the environment researched.examples are based on extensive practical work both in private and /or government institutions, informal education both in SA, Mozambique, India; both at university, high schools in SA, and/ or motivational talks given to several pupils in India in the regions Hymachal Pradesh, Andra Pradesh, Bengali region.

372 Do poverty and inequality create lack of education or does lack of education create inequality and poverty? Particularly in developing countries lack of education or inadequate education is one of the main causes of poverty and the socio economical status of an individual. Lack of training for teachers has an impact both on the morale of the teachers motivation but also influences the children long term. New education policies are often written by government officials or individuals that have very little clue of what is happening at grassroots levels. The policy might be brilliant intheory but extremely difficult to implement in areas where you need to battle with bureaucracy issues, logistics, infrastructure problems etc. It is very difficult to analyze data regarding a vast area and with very little knowledge of the socio economical issues concerning sub regions. Just to extrapolate one or two examples : students coming from disadvantaged background have often difficulties in coping with abstract teaching methods. Relying on practical examples like taking measurements or buying ingredients for cooking or household items could be the proper way to avoid academic failure. Educational projects dictated and/or funded through outsiders might not exactlybe conducive to sustainable results, unless community members believe in the ideaand skills are passed down to them and retained inside the community. Migration towards urbanized areas or other countries is often encouraged by the thought these offer better opportunities. Lack of proper information might be the cause but alsoconflicts, lack of opportunities and natural disasters. The solution is not instigation of Fremdhass, rather forming agreements between governments to look at different strategies to provide investment and to eradicate crime groups that profiteer from these phenomena. Illegal immigrants are one of those groups that are most exploited, possibly because theyare much less educated. Recent episodes of violence, xenophobia waves, conflicts, discrimination in any form tell us that education takes place both at home, at school and in the society and we all need to contribute to it for a better world free from violence and misunderstandings. The Western Mediterranean Project by Àngeles Rojo Centre UNESCO de Catalunya, UNESCOCAT, Barcelona, Espagne a.rojo@unescocat.org The Western Mediterranean Project (PMO), which has been coordinated on an international level by Unescocat UNESCO Centre of Catalonia since 2005, is an educational project by the UNESCO Associated Schools Plan which includes nine states in the Western Mediterranean area (Algeria, Andorra, France, Italy, Libya, Malta, Morocco, Spain, Tunisia). The PMO aims to promote innovative activities with the objective of raising the awareness of pupils in primary and secondary education on ecological problems and, above all, on the cultural, religious and linguistic diversity of this Mediterranean region, with a special emphasis on dialogue with the Arab world. Unescocat s philosophy is reflected in the objectives of the WMP, which are as follows: To put into practice solidarity and cooperation between countries and individuals, as well as the culture of peace in the Mediterranean.

373 To contribute to increased understanding between people sand promote dialogue between cultures and religions in order to further respect for difference and coexistence. To promote linguistic diversity and the preservation of the cultural heritage present throughout the Mediterranean. To take an active part in solving environmental problems and in protecting the natural heritage, and participate in the United Nations Decade for Education towards Sustainable Development (2005-2014). To achieve these objectives, specific topics are proposed in the schools associated to UNESCO, and teaching activities are carried out, such as correspondence between schools in different countries, and exchange of materials and manuals, which lead up to the production of a common, multilingual magazine and an international camp. A part the annual national coordinators meeting, and the bi-annual pupils meeting, the main activity of 2008 consist of the trainer of trainers workshop (Rabat, nov. 2008) on the environmental education materials The ecological footprint, published by Unescocat in collaboration with WWF Med. Biodiversity of the soil makrofauna as a value for sustainable development by Joanna Kostecka, Mariola Garczy!ska Institute of the Natural Basis for Agriculture &Environmental Education, Rzeszów University, Poland & Consumer Citizenship Network jkosteck@univ.rzeszow.pl The Authors want to introduce their wide projects connected with pro-environmental education and didactic work with people in different age: kindergarten, primary- and secondary school pupils, students, farmers, agricultural advisors and teachers. They take active part in popularising the meaning of protozoan, earthworms, enchytraeids, mites, spiders, soil insects and other soil animals of the food chain to farmers and pupils of local schools. One of the best known soil creatures are earthworms. They are very handy as an didactic instrument, because they are numerous in all types of the soil, big, easy to find, identify and keep for culture. Can a teacher use a scientific story to make children more sensitive to environmental issues? A better understanding of the role of soil fauna among the youngest will help eliminate the groundless fear of these animals. Making children more aware of their role for the food chain, will help them to respect and like all animals, despite their elongated shape and lack of legs. A scientific story Look Inside the Soil, The Play in Four Acts by Kostecka (1996) - lets children better understand life that lives underground. The main characters are the soil creatures. In non English speaking countries this story can help to promote two effects: understanding and love for varied soil life and pro-environmental and English education. Poster will introduce to some checked proposals connected with soil fauna in proenvironmental activities. Between others, will lead to "home vermi-recycling system", where the organic component of waste can be changed to vermicompost right where it is produced. Children and adults, should see worms in demonstration of vermicomposting units. It also can be use at the classroom, because it is the chance to study biodiversity of the creatures involved in vermicomposting and also decrease the amount of organic waste. Some another animal species could be found in earthworm cultures. These may include snails, centipedes, spiders or small white apterygous insects known as springtails.

374 These animals cooperate with earthworms in the process of the mineralisation of organic matter (they break up particles of organic matter and thus facilitate the work of reducers, present but invisible to the naked eye, but surely present there, like bacteria and fungi). In a natural environment all the animals which constitute the soil fauna are also important. Teaching objectives of using "classroom vermi-recycling system" are wide: a) to learn about other inhabitants of the soil: snails, centipedes, spiders, springtails and other soil insects, b) to relate them to earthworms in order to view natural ecological relationships, c) to understand mutual relationships between all organisms living in ecosystems. *********************

375 Session spéciale 1 La sensibilisation du grand public au travers de la télévision et des outils internet Sommaire L'information scientifique à la Télévision, exemple de l'émission "C'est pas sorcier" (Jamy GOURMAUD, Journaliste à France Télévision, Animateur de l émission «C est pas sorcier») Présentation de l'outil scientifique interactif Clim'City (Eric GORMAN, CAP SCIENCES Bordeaux) Échanges avec la salle Conclusion (Jamy GOURMAUD) Introduction par Jamy GOURMAUD Journaliste à France Télévision, Animateur de l émission «C est pas sorcier» Je ne suis pas venu en camion, je me suis exceptionnellement déplacé en train. Je n ai pas tout vu de Bordeaux, il y a très longtemps que je n'y étais pas venu, mais ce que j en ai vu m a ravi. La ville a beaucoup changé et semble faire une grande place à l'environnement. L'émission de télévision «C est pas sorcier» commence à avoir quelques rides, que je qualifierais de façade parce que, sur le fond, il n y en a aucune et toute l équipe qui fabrique cette émission a toujours conservé la même démarche et la même fraîcheur. Cela fait quinze que nous faisons «C est pas sorcier», je n ai pas compté tous les numéros, mais je crois que nous avons dépassé la barre des 450 thèmes traités. C est très large puisque cela traite aussi bien du feu et des pompiers que de la digestion, ou encore des matériaux. Nous avons fait récemment une émission sur la matière, nous en préparons une sur le handicap, les grands voiliers, la justice internationale. C est donc très large et c est toujours la même dynamique qui anime l équipe qui fabrique «C est pas sorcier». Le but de cette équipe est de divulguer de la connaissance. J ai envie de dire que nous pensons d abord et avant tout au contenu, c est vrai, mais nous pensons aussi à la forme. C est un contenu irréprochable, nous travaillons d abord et avant tout la matière. Nous allons jusqu au bout des choses, parfois beaucoup plus loin que ce qui ressortira lors de la diffusion de l'émission, mais il faut faire cet effort, aller beaucoup plus loin pour pouvoir ensuite vulgariser, c'est-à-dire diffuser la culture scientifique au plus grand nombre. Outre celui de "vulgariser", je viens de prononcer un autre terme qui me semble aussi très important, j ai parlé de culture scientifique. C est aussi un des objectifs de cette émission car il ne s agit pas de faire une émission de 26 minutes à l issue de laquelle nous demanderons aux téléspectateurs de répondre à une liste de questions. A chaque émission, nous emmenons le public dans une petite aventure scientifique et notre objectif est de faire en sorte que ce public, à l issue de l émission, ait passé un bon moment en ayant enrichi ses connaissances et plus globalement sa culture. Je pourrais dire sa culture scientifique, mais

376 l association des deux me gêne toujours parce que je pense que la science fait aussi partie de la culture. Le but de notre équipe est aussi de faire passer des données de culture autour de thèmes scientifiques. Je vous parlais du fond, mais il y a aussi la forme. Comment réussir à faire une émission qui dure pendant quinze ans et qui séduise toujours autant le public? Un des éléments essentiels est bien sûr le dynamisme et la motivation de l équipe qui prépare l émission, mais c est aussi s imposer des règles strictes, c'est-à-dire qu il y a le fond mais aussi la forme et que cette forme doit être soignée. Quand nous fabriquons une émission, quand nous essayons de démêler un sujet complexe (matière, digestion, sommeil, système nerveux, handicap, etc.), nous pourrions nous contenter simplement de ce que nous avons soutiré d un scientifique qui nous a expliqué comment les choses se passent, mais parfois de manière assez complexe avec des propos qui ne sont pas forcément accessibles pour le grand public. Notre travail, face à ces éléments qui sont peut-être pas forcément accessibles du premier abord, est de les traduire et faire en sorte que le public lambda, le public qui est avide de connaissances trouve un intérêt dans la façon dont nous allons lui raconter cette histoire, dont nous allons lui délivrer cette connaissance. Cela passe bien sûr par l articulation que nous allons décliner au cours de l émission, mais aussi par le choix des mots. Chaque fois que nous disons quelque chose, nous travaillons nos textes pour faire en sorte qu ils soient accessibles. Pour ma part, j ai en permanence une petite voix qui me dit : «Estce que ce que je suis en train d écrire, ce que je vais dire est accessible par mon auditoire?». Si j ai le moindre doute, je recommence, je choisis un autre mot, je trouve une comparaison, pas n importe quelle comparaison, pour faire en sorte que jusqu au bout la démarche pourra être suivie. Cela n'est pas évident, cela ne se fait pas tout seul, cela demande des efforts. Ceci est vrai pour le texte, mais aussi pour la forme en image. Lorsque vous voyez Fred ou Sabine en extérieur, qui gambadent un peu partout, vous trouvez cela séduisant, mais si vous faites bien attention, vous verrez que jamais rien n est gratuit. L on ne bouge pas la caméra pour se faire plaisir ou pour donner du mouvement. L image a aussi un sens et chaque fois qu il y aura quelque chose qui change, qui n est pas une image fixe classique, chaque fois que l on va créer un effet, cet effet a toujours un sens et nous travaillons aussi ce sens. Quand nous décidons ensuite de faire une maquette pour expliquer un phénomène, c est la même chose. Si je fais, par exemple, la photosynthèse de la vanille, je ne vais pas faire cela sur une feuille classique, je vais demander au maquettiste de me faire une feuille d un vanillier pour qu il y ait toujours ce lien, pour que le public ne soit jamais lâché en cours de route. Si nous voulons réussir à faire comprendre des choses complexes, il ne faut jamais laisser son public en cours de route, il faut toujours le prendre par la main et ne jamais le lâcher. Si on lui a parlé de la vanille auparavant, quand on lui fait la photosynthèse, il faut que la feuille ce soit une feuille de vanille et pas une autre parce que si elle est différente, si elle n a pas la même forme, si elle n a pas la même couleur, il est alors largué et il perd le cours de l explication qu on était en train de lui donner. Ce sont des petits détails auxquels il faut faire sans cesse attention pour ne jamais lâcher son public, toujours l emmener. On prend beaucoup de plaisir à se dire quand on regarde une émission de A à Z que l on a réussi, à partir d un thème complexe, de bâtir une histoire qui se tient, que l on peut suivre, sans être forcément spécialiste d une question, mais on sait que l on peut suivre cette histoire de A à Z sans jamais lâcher. Je pourrais continuer à vous parler de «C est pas sorcier» pendant des heures. En fait, je compte beaucoup sur vous et sur vos questions. J aurais pu amener des extraits de «C est pas sorcier», mais Eric GORMAN vous présentera tout à l heure Clim'City qui est également un outil qui a été pensé en ce sens. Je

377 le consulte souvent parce que c est une banque de données très intéressante et facilement accessible. Quand on me demande quel métier je fais, je dis toujours que je suis un passeur, un passeur entre ceux qui ont la connaissance et ceux qui ne l ont pas. Mon travail de passeur consiste à chercher des informations là où elles sont et, ensuite, à les divulguer, les mettre en forme pour que ceux qui sont à même de recevoir ces informations, qui ne vont pas forcément les chercher mais qui, un moment donné, vont se retrouver devant leur écran de télévision, vont prendre ces informations et vont les assimiler de manière très simple. Clim'City est un outil qui repose sur les mêmes bases. Il permet à chacun d entre nous d aller chercher très facilement des données, de les obtenir et, ensuite, on a du mal à s arrêter. Quand je navigue sur le site, je me sens toujours obligé d aller chercher un peu ici, un peu là et il faut qu on me rappelle à l ordre pour en sortir. Thierry HERDEWYN Conseil Général des Hauts-de-Seine Vous parliez de la forme descendante de l information, c est-à-dire que vous allez la chercher auprès des scientifiques, vous la transformez pour accompagner le public et vous prenez le public en main. Je suis chef de service de sensibilisation à l environnement et au développement durable, je vais voir les ingénieurs et les spécialistes, je vais chercher l information, j essaye de la mettre en forme pour le grand public mais, souvent, au moment de me donner l information, le technicien se dit que son information n est pas parfaite, a peur qu elle soit transformée. J ai vraiment une grande difficulté de dialogue avec ces spécialistes. Comment arrivez-vous à faire accepter la façon dont vous faites passer l information? Jamy GOURMAUD La première des choses est de savoir à qui l'on s adresse. Vous dites que vous vous adressez à du grand public, est-ce le grand public au sens le plus large du terme large ou avez-vous quand même des cibles? Je considère que l une des toutes premières choses est de savoir à qui on s adresse. En ce qui me concerne, je sais que je m adresse à un public de non spécialistes, voire de profanes, mais à un grand public. A partir de là, j écarte un certain nombre de termes, je sais que je ne les emploierai pas, il va falloir que je fasse des périphrases pour les faire comprendre. Dans ma construction aussi, quand je bâtis une émission, le scénario va se complexifier au fur et à mesure. Aujourd hui, chaque fois que je parle d un ion, par exemple, je commence toujours par repréciser ce qu est un ion. Je le dis la première fois et, au fil de l émission, quand j ai donné cette définition, je ne le dis plus. Je donne mes clés au début et, petit à petit, je les réduis. Pour répondre à votre question, je vous avoue que jusqu à présent, je n ai jamais senti de retenue de la part des scientifiques avec lesquels je travaille. En revanche, parmi les journalistes avec lesquels nous travaillons, il y a notamment un médecin journaliste. Quand il nous fait une émission sur le moteur à quatre temps, tout va bien. Aujourd hui, il ne fait d ailleurs que des émissions hors médecine parce que dès qu il faisait une émission sur la médecine, c était incompréhensible. Nous avons compris que notre ami journaliste-médecin, dès qu il parlait de médecine, avait peur d être jugé par ses pairs. Il se disait : «Je ne peux pas appeler les choses ainsi, ce n est pas leur vrai nom scientifique». Nous avions donc tout un travail à refaire avec lui, notamment à partir de notre objectif qui est de faire comprendre un mécanisme. Dans notre travail de simplification, on ne peut pas simplifier jusqu au point de commettre des erreurs dans la mécanique qu on est en train de décrire. En revanche, dans les termes, il faut parfois se faire violence et se dire que si l on utilise ce terme, il ne sera pas compréhensible. Il faut donc trouver autre chose et le technicien, l ingénieur ou le spécialiste que vous avez en face de vous est apte à le comprendre. Il suffit peut-être parfois de mettre une parenthèse et de mettre le vrai nom. Il m arrive très souvent, même quand j écris, de dire

378 que cela s appelle ainsi, mais d expliquer concrètement ce qui se passe avec des mots qui vont être compréhensibles par les uns et par les autres. Quand j explique ce qui se passe dans une centrale nucléaire, quand j explique ce qu est la fission, probablement que je n utilise pas les termes parfaitement justes. Malgré tout, l objectif est quand même de leur expliquer qu un noyau d atomes va se fissurer et qu il y aura un dégagement d énergie. Mon objectif est celui-ci. Ce que je montre et ce que j explique, est-ce juste? Il faut le vérifier. Si le scientifique est d accord, il faut travailler ensemble pour trouver la formule qui sera juste, mais peut-être plus simplifiée parce que je ne m adresse pas à une autre équipe de chercheurs, je ne suis pas en train de faire un papier pour la recherche ou pour la science. Si l objectif premier est de faire comprendre un mécanisme, les scientifiques, ingénieurs et techniciens, quels qu ils soient, seront capables de faire ce vrai travail de vulgarisation, c'està-dire qu on n édulcore pas le sens, mais on va donner toutes les périphrases qui permettront de comprendre la complexité du sujet. Je vous ai expliqué comment je travaille et, systématiquement, quand j écris un papier ou une émission, je renvoie mon texte aux scientifiques. Cela nous évite de commettre des erreurs et, très souvent, ils me disent : «Ce n est pas tout à fait juste là, il aurait fallu le dire ainsi». A ce moment, une discussion s engage. Si j ai dit une énorme ânerie, je recommence, je repose des questions jusqu à comprendre. Ensuite, l on essaye de se mettre d accord sur une formulation qui, évidemment, ne sera pas celle que le scientifique aurait utilisée en discutant avec un de ses confrères, mais celle qui permettra au grand public de tout comprendre sans qu on ait édulcoré le sens. C est tout un travail, cela prend du temps. Florent BAARSCH, Président du réseau français des étudiants pour le développement durable - REFEDD Je ne regarde malheureusement pas assez la télévision pour avoir réponse à ma question. Existe-t-il un «C est pas sorcier» du développement durable? J ai l impression que le média télé pourrait être un excellent vecteur pour ces questions, selon un format à définir. Le travail pédagogique que vous avez fait avec «C est pas sorcier» pour les questions scientifiques pourrait être également fait pour les questions de développement durable qui nécessitent parfois une réelle vulgarisation. Jamy GOURMAUD La question du développement durable est une question à laquelle les médias essayent de répondre depuis très longtemps. Nous-mêmes, à «C est pas sorcier», nous avons envisagé plusieurs fois de faire une émission sur le développement durable. Puis, nous avons décidé de ne pas faire une émission sur le développement durable parce qu en fait, en travaillant sur différents sujets, le développement durable est partout. Si vous regardez bien les émissions «C est pas sorcier», vous vous apercevrez que le développement durable est distillé dans quasiment toutes nos émissions. Aujourd hui, il n y a pas une émission qui sorte sans que, par un biais ou un autre, on aborde le développement durable. On ne l aborde de manière frontale, mais toujours à travers des sujets, une explication, un plateau de Fred ou de Sabine. C est la manière que nous avons choisie pour parler de développement durable parce que c est de cette manière que nous pouvons en parler tout à fait régulièrement. Si nous avions décidé de faire une émission sur le développement durable, le sujet est tellement vaste que je ne sais pas comment nous aurions fait pour en venir à bout en 26 minutes. Là, nous avons davantage le sentiment de traiter ce thème de manière tout à fait régulière. Ceci dit, je peux vous promettre que beaucoup réfléchissent pour trouver un format, une émission autour du développement durable. Trouver le thème d une émission n est pas

379 compliqué, et l on pourrait décider de faire tous les jours dix minutes de développement durable, mais une émission de télévision ce n est pas qu un contenu, mais c est aussi une forme. Faire un «C est pas sorcier», ce sont un contenu et un contenant. La télévision, quoi qu on en dise, reste un instrument ludique et si l on décidait de faire une émission quotidienne de dix minutes sur le développement durable, cela ne serait efficace qu à partir du moment où l on aurait trouvé un format, la petite histoire qui ferait que tous les jours le public aurait envie de regarder cette émission. Jusqu à présent, le bon filon n a pas encore été trouvé, mais je peux vous promettre que l on cherche. Isabelle FORGE, Ministère des Affaires étrangères et européennes Grâce à vous, au travers des émissions «C est pas sorcier», j ai pu apprendre des tas de choses, mais aussi à travers l œil de mes enfants. En effet, malheureusement, votre émission même si vous la présentez comme tout public est quand même très ciblée sur les enfants. J en veux pour preuve que dans les magasins, l on trouve les vidéos au rayon enfants. Il faudrait donc qu il y ait aussi une communication plus ample parce que tout adulte a beaucoup de choses à apprendre à travers ces émissions. Comment vous allez faire pour que cela devienne vraiment grand public et qu il y ait des émissions peut-être à d autres horaires et qui soient affichées pour la culture des plus grands comme des plus petits? Ensuite, pour ce qui concerne l éducation pour le développement durable, vous avez mis effectivement mis le point sur la complexité de ce développement durable que vous avez intégrée. Nous qui travaillons au quotidien dans cette démarche, dans ce paradigme, nous avons conscience que c est une philosophie transversale, nous sommes confrontés en permanence à des gens qui continuent à penser que le développement durable est exclusivement l environnement. Pour votre part, vous l avez bien intégré, mais nous aurons gagné quand nous aurons trouvé le moyen de sensibiliser le grand public sur le fait que le développement durable c est dans le quotidien et que ce n est pas exclusivement réservé au thème environnemental. Que, vous, vous le sachiez, c est parfait mais il faudrait communiquer et nous aider à trouver le moyen de cette sensibilisation. Jamy GOURMAUD Quand nous avons créé «C est pas sorcier», dans le jargon télévisuel, le cœur de cible était les adolescents et préadolescents. Au départ, l émission était donc destinée à des enfants âgés de dix à quinze ans. Très rapidement, dans les mois qui ont suivi la première diffusion, quand la chaîne a fait des études d audience, cette émission avait un public d enfants, d adultes et de seniors, il y avait juste un petit creux autour de 18-25 ans. Comme l émission était diffusée à l époque le dimanche matin, le public des couche-tard du samedi soir ne pouvait pas être devant sa télévision le dimanche matin. Mais dès 25 ans, la vie conjugale prenant le pas sur le reste, ce public revenait. La chaîne, un moment donné, s est posé la question de la place de cette émission. En 1998, il y a eu deux tentatives d un «C est pas sorcier» à 20h50, mais cela n a pas fonctionné alors que l émission cartonnait le matin et l après-midi. Pourquoi cela n a pas fonctionné? Pour deux raisons. D abord, il y a un problème de forme et l on peut dire que la teneur des propos varie avec l horaire de diffusion. Il m est arrivé, par exemple, de participer à l émission du magazine santé de Michel CYMES dans lequel je fais des chroniques où j explique des phénomènes qui tournent beaucoup plus autour de la santé, bien que l autre jour l on ait parlé d environnement et de développement durable puisqu on a parlé d alimentation. Cette émission est diffusée à 20h50 pour un public d adultes. Il se trouve qu en termes de niveau d information, j en dis beaucoup moins dans cette émission quand je fais une manipulation sur l alimentation que lorsque je fais une manipulation dans un «C est pas sorcier» destiné

380 à des enfants. En fonction de l horaire auquel une émission est diffusée, le contenu sera différent. Ensuite, je crois que le public français est un peu coincé, et je vais vous raconter une autre histoire. En France, l on nous dit très souvent : «Votre émission est très bien, mes enfants la regardent», mais il faut discuter un peu pour que les gens disent que cette émission est bien aussi pour les grands, qu ils y apprennent des choses. C est la réflexion typique en France. En Belgique où nous sommes diffusés, quand je croise un Belge, il me dit toujours : «Ton émission est top, on la regarde avec les enfants ou même sans les enfants». En France, cette émission est donc plutôt considérée, par le public lui-même, comme une émission pour enfants. En Belgique, cette émission est regardée comme si elle était destinée au grand public de manière très large. L on a donc des approches très différentes. Pour compléter cette réponse, nous avons usé de ce paramètre, tout simplement parce que nous savons que le public français était persuadé que cette émission était a priori destinée aux enfants, mais que les adultes la regardaient aussi autant que les enfants. Si nous avions décidé de faire «C est pas sorcier» à 20h50, je ne sais pas si mes clowneries auraient amusé le grand public. Je m en sers comme prétexte, je joue de l humour parce que je sais que l émission est a priori destinée aux enfants pour faire passer aussi des messages. Si je m adressais aux adultes de la manière dont je m adresse a priori à des enfants, je ne sais pas si cela fonctionnerait. Pour autant, nous travaillons actuellement un «C est pas sorcier» de 110 minutes. C est acté, il y aura en septembre 2009 un «C est pas sorcier» beaucoup plus étoffé qui sera une émanation du grand «C est pas sorcier». On y retrouvera tous les ingrédients, on va beaucoup bouger et le premier thème que nous avons sélectionné va vous intéresser puisqu il tourne autour de la biodiversité. La réponse n est pas simple, c est une réponse complexe dans le pourquoi nous sommes ici, mais nous analysons aussi notre horaire de diffusion et notre public dit de cible pour construire notre émission tout en sachant qu il y a un autre public derrière qui regarde tout autant l émission qui est celui du public adulte. De manière plus globale, nous nous adressons toujours à un public dit profane. Quand je bâtis un scénario ou j écris un texte, je me dis toujours que je m adresse à un profane, et ce qu il ait 10 ou 90 ans. Albert de PÉTIGNY, Éditions Pour Penser à l'endroit J avais une question concernant la production même de l émission. Faites-vous attention à l empreinte écologique de l émission? Votre émission est-elle plus ou moins énergétivore qu il y a quinze ans? Jamy GOURMAUD Je crois sincèrement qu elle ne l est pas plus. Faisons-nous attention? Notre émission estelle plus impactante qu il y a quinze ans? Est-elle impactante sur l environnement? Nous n utilisons pas notre camion tous les dimanches, mais nous en reparlerons entre nous tout à l heure parce qu il y a des enfants dans la salle. Par ailleurs, la quasi-totalité de nos déplacements se fait en train, nous ne voyageons quasiment pas en avion sauf quand nous y sommes contraints pour regagner des contrées au-delà des mers. En dehors de cela, pour tout vous dire, je n ai pas fait le compte, mais je ne pense pas que nous ayons un impact très important. Vous pourriez me dire que j aurais pu entamer une démarche comme Yann Arthus-Bertrand mais je pense que, pour le 110 minutes, nous serons plutôt dans cet état d esprit. Mustapha DEROUICH, Institut supérieur des hautes études en développement durable du Maroc Je vous félicite pour l émission «C est pas sorcier» que j aime beaucoup parce que c est une émission pédagogique et didactique et j invite les enseignants à faire des choses

381 similaires pour divulguer la science. Je la suis souvent, je la trouve très intéressante et j apprends beaucoup de choses. J ai quand même deux questions techniques. Premièrement, dans l émission, on voit trois personnes, Jamy, Fred et Sabine, mais il y a toute une équipe derrière. Quel est le nombre de personnes qui travaillent pour chaque émission? Deuxièmement, combien de temps prend une émission de 26 minutes avant de la voir à la télévision? Jamy GOURMAUD «C est pas sorcier» est une petite équipe. Nous n allons pas parler en équipe globale, mais nous allons parler pour une émission, ce sera beaucoup plus simple. Pour une émission, un journaliste va prendre le dossier en charge, Fred et moi allons travailler avec ce journaliste pour élaborer le scénario, un rédacteur en chef, un maquettiste qui est toujours le même et un chef d édition qui est aussi le même depuis bientôt dix ans. Ces six personnes, sur le plan rédactionnel, sur le plan du fond, vont travailler sur une émission. Ensuite, il y a un réalisateur qui va prendre en charge cette émission. Au moment du tournage, il y a toutes les équipes techniques mais quand Fred tourne en extérieur, c est une équipe assez restreinte puisqu elle se limite à six personnes voire cinq. Ensuite, pour mes plateaux, nous enregistrons une fois par mois trois émissions à la suite donc il y a une vingtaine de personnes qui, pendant ces trois journées, travaillent. Puis, il y a une petite équipe de production constituée de trois ou quatre personnes. Au final, en permanence, pour produire une émission, il va falloir une dizaine de personnes. Vont venir se greffer ensuite des intermittents du spectacle pour les phases de tournage et de montage de l émission. Par ailleurs, pour fabriquer une émission, entre le moment où on choisit un thème, si le journaliste se met à travailler sur le thème dans la foulée, il peut s écouler entre six et huit semaines entre le moment où on commence à travailler sur l émission et le moment où elle est prête à être diffusée. Présentation de Clim'City 26 par Eric GORMAN CAP SCIENCES, Bordeaux 27 Clim'City est une aventure qui a commencé il y a deux ans déjà. C est un gros projet, assez ambitieux que j ai eu la chance de piloter. C est une belle aventure qui est en train de s achever puisque nous réalisons actuellement la partie test du jeu qui devrait être sous peu en ligne. Cap Sciences est un CCSTI, un Centre de Culture Scientifique Technologique Industriel. Le plus grand CCSTI de France c est la Villette à Paris, et il faut savoir que les CCSTI ont été créés à la fin des années 70 pour essayer de recréer un lien entre la population, la bulle scientifique ou les chercheurs, les découvertes scientifiques et technologiques qui ont ponctué le 20e siècle qui a été un siècle exceptionnel de développement de la recherche et des progrès scientifiques. Les CCSTI ont eu pour mission de réaliser une médiation entre la population et tous ces chercheurs, ces industriels et ces découvertes. Une autre mission est celle de la mobilisation. Ainsi, les CCSTI sont des structures régionales et CAP SCIENCES est le CCSTI d Aquitaine. La mobilisation vise les différents 26 http://climcity.cap-sciences.net/?sx_menu_selectedid=left_2153298e Pour obtenir plus d'informations sur Clim'City : 27 Pour plus d'informations sur CAP'Sciences : http://www.cap-sciences.net

382 acteurs du territoire, les universitaires, les industriels, le grand public également pour essayer de créer une sorte de symbiose et une véritable culture scientifique. La culture scientifique existe et quand on parlait de culture, on avait plutôt tendance à penser à la peinture, à la littérature, au cinéma, etc. Il y a une véritable culture scientifique que le grand public doit s approprier. En France, en Occident et dans les pays industrialisés, on a la chance d avoir ce type de structures qui nous permette d accéder à toutes ces innovations scientifiques. Une autre des missions est la conception d expositions, d animations. Les expositions peuvent être présentées dans notre structure bordelaise, mais peuvent aussi être itinérantes, en France ou à l étranger. Nous faisons aussi des interventions en milieu scolaire, associatif, en centre d animation. La naissance du projet Clim'City fait suite à une demande du partenaire principal du projet, Gaz de France, qui elle-même faisait suite à l exposition Climax qui avait eu lieu à la Villette, qui avait été jugée assez imbuvable pour les plus jeunes et, pour laquelle, beaucoup de scientifiques étaient assez déçus de l approche qui avait été donnée sur la question du changement climatique. Nous avons voulu créer une exposition assez innovante qui soit plus ciblée sur les 12-18 ans. A Cap Sciences, nous avions déjà créé une exposition sur les changements climatiques qui s appelle «Climat sous influence» et qui a connu un franc succès aussi bien au sein de la communauté urbaine bordelaise qu au niveau français. Nous avons aussi un passif d expositions virtuelles puisque nous en avions déjà fait deux avant Clim'City. C est une nouvelle forme de diffuser et d informer le grand public via le média Internet. Nous dématérialisons l exposition en la rendant accessible non plus dans un musée bien défini, mais sur la toile. Elle est donc accessible de par le monde et, de plus, on évite les coûts de transport et les émissions de CO2 pour y aller. En termes de mobilisation des partenaires, Clim'City est un projet à dimension nationale et nous avons eu la chance d avoir comme partenaire principal Gaz de France, qui est maintenant GDF Suez, et nous avons aussi bénéficié du soutien de la Région Aquitaine, de l ADEME et de la Caisse d épargne Aquitaine Poitou-Charentes. Forcément, sans eux, nous ne faisons rien puisque nous avons besoin de financements pour fonctionner. Cap Sciences est une structure associative financée par des subventions nationales, européennes et des collectivités locales auxquelles il faut ajouter des subventions privées de certaines entreprises. Les objectifs du projet étaient de réussir le challenge de présenter une approche globale objective des questions du changement climatique. On s est aperçu qu il y avait quelques méconnaissances et des a priori du grand public, donc nous avons réalisé un sondage grand public à Cap Sciences par un petit questionnaire qui était placé dans Cap Sciences sur l exposition «Climat sous influences». Le but était de voir quelle était l approche des gens par rapport aux questions du changement climatique et l on s est aperçu que beaucoup se sentaient culpabilisés en tant que citoyen et que, pratiquement, la majorité jugeait que les agriculteurs et les industriels étaient en majeure partie responsables des changements climatiques et des émissions de gaz à effet de serre. De plus, pratiquement personne ne savait ce qu était un plan climat. Nous avons souhaité intégrer dans l exposition la dimension multi-acteur où on ne culpabilise personne, on essaye d imprimer vraiment cette dynamique où l ensemble des acteurs de la société sont impliqués dans les changements climatiques et dans les réductions à la fois des consommations d énergie et des émissions de gaz à effet de serre. C est une démarche globale, collective et qui doit être coordonnée parce qu il ne sert à rien d agir tout seul dans son coin, il faut aussi mutualiser nos compétences.

383 Sur un tel projet, comme pour toutes les expositions, on analyse d abord ce qui existe pour ne pas repartir sur des choses déjà proposées. Enfin, on définit le concept et on créé les contenus donc une grosse phase de recherches bibliographiques, iconographiques, etc. Ensuite, on doit constituer un conseil scientifique pour avoir la validation scientifique. Hier, dans une conférence, j entendais parler de la multiplicité des outils en éducation au développement durable qui souffre parfois d un manque de validation scientifique. Pour notre part, en tant que CCSTI, il nous semble logique de mobiliser un conseil scientifique. Pour l exposition «Climat sous influences», nous avons eu la chance d avoir un comité scientifique de renom. Ainsi, nous avons Hervé LE TREUT qui est membre du GIEC (Groupement intergouvernemental sur l évolution des climats), Directeur du laboratoire IPSL à Paris 6, spécialiste français de la modélisation climatique et des scénarios, Michel RICARD que l on ne présente plus, Serge PLANTON de Météo France, membre du GIEC, des scientifiques de la région Aquitaine, Patrick BUAT-MENARD et Philippe BERTRAND du laboratoire EPOC de l'université Bordeaux 1, Jean-Michel CARNUS de l INRA. C était vraiment enrichissant de travailler avec eux et je les remercie beaucoup d avoir pris part au projet. Nous avons un comité pédagogique. Ainsi, nous nous entourons de professeurs, d une animatrice du réseau GRAINE Aquitaine spécialisée dans l éducation à l environnement. Ceci nous permet de voir comment intégrer les différents contenus de l exposition dans une dynamique éducative plutôt en milieu scolaire et de voir les rattachements possibles avec les différents programmes pédagogiques. Comme vous le savez, une des vertus du développement durable c est l exemplarité. Aussi, avant de diffuser des bons principes, il faut savoir aussi se les appliquer à soi-même. Nous avons donc essayé de faire de l éco-conception sur le projet. Globalement, c est une exposition virtuelle donc en termes de matériel, nous n avons pas mobilisé beaucoup de choses si ce n est les impressions, les transports des différents participants au projet. Nous avons essayé d éco-concevoir notre campagne de communication en privilégiant la voie virtuelle, le média Internet, en mobilisant des imprimeurs labellisés «Imprim vert» et qui s impliquent depuis de nombreuses années dans cette démarche. Nous ambitionnons aussi de calculer les émissions CO2 qui ont été générées par le projet, et de réaliser ensuite une compensation en carbone. Pour l environnement du site Clim City, nous avons choisi de regrouper quatre typologies paysagères (la montagne, la campagne, la ville et le littoral) parce que chaque milieu naturel a ses spécificités en termes d écosystème, est impacté de manière différente par les changements climatiques et regroupe des activités qui lui sont propres. La navigation se veut intuitive, on clique sur les objets de l environnement et on a ensuite accès aux différents médias. Au total, nous avons conçu plus de trois cent vidéos, c est-à-dire des interviews, des animations flash, des graphiques, des tableaux, des cartes, etc. Le développement durable touche à tous les secteurs d activités de la société donc c est vraiment une démarche globale et transversale. Nous avons voulu présenter toutes les activités qui sont sources de gaz à effet de serre, et vous pourrez trouver les thématiques énergie, transport, déchet, industrie, agriculture, sylviculture, la pêche, les bâtiments, le tourisme, l alimentation, la climatologie, la politique, et tous les espaces naturels (les forêts, les lacs, les glaciers, les océans et les rivières). Tout l accès au média est organisé de la même façon, à savoir qu il y a un petit texte d introduction qui replace le contexte. Ensuite, cela se présente sous la forme de questions. En choisissant une des possibilités offertes, l on a alors accès à une interview, une vidéo ou autre. Chaque objet de l environnement du site permet d accéder à ce type de fenêtre, il suffit ensuite d explorer les différentes questions proposées.

384 Nous avons essayé d imprimer dans ce projet la vision objective en montrant, notamment sur le système de production d énergie, tous les avantages et les inconvénients de chaque système. Nous essayons de montrer que les énergies renouvelables permettent certes de réduire les émissions de CO2, mais il faut savoir qu elles sont aussi limitées en termes de production. Il faut donc vraiment essayer de toutes les utiliser, les diversifier. De la même façon, sur le nucléaire, nous présentons les avantages, les inconvénients de chaque type de moyens de production. Soit vous naviguez dans l environnement lui-même et allez chercher les objets, mais vous pouvez aussi avoir un accès direct via un petit onglet qui permet d accéder directement à l objet. Si j ai envie de m intéresser à l énergie solaire, je vais cliquer sur ce sujet. Ensuite, j ai accès à des informations générales relatives à l énergie, et je peux, par exemple, aller voir les émissions de gaz à effet de serre en lien ou non avec l énergie. Une question est : Comment sont réparties les émissions de gaz à effet de serre? On présente là les émissions mondiales, on s aperçoit que la production d énergie participe à 26 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si j avance un peu la diapo, on évoque les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre : les Etats-Unis, la Chine, etc. Ensuite, si l on s intéresse aux émissions par habitant, on s aperçoit que les Etats-Unis sont toujours en tête, mais que la Chine vient en neuvième position. Si on compare avec la France, ses émissions de gaz à effet de serre sont principalement dues aux transports, aux industries, aux bâtiments, à l agriculture, la sylviculture et l énergie n arrive qu en avant-dernière position. En effet, en France, le contenu CO2 de l énergie française a diminué depuis les années 70. On peut ensuite aller s intéresser à l énergie solaire. Comment ça marche pour produire de l électricité? Notre animation flash montre là le principe du panneau solaire, l énergie lumineuse qui vient exciter les photorécepteurs en silicium du panneau solaire. Ensuite, l électricité passe par un régulateur et peut être soit stockée dans les batteries ou directement utilisée par les appareils électriques. On peut aussi la raccorder au réseau EDF et revendre notre électricité. Une autre vidéo sur l avenir de l énergie solaire. On présente un projet australien qui s appelle «Enviro Mission» qui a pour but de créer un complexe de cinq tours solaires ou cheminées solaires. Le principe de fonctionnement : la chaleur vient réchauffer l air qui est contenu sous l immense serre qui encercle la cheminée, qui réchauffe cet air plus léger, la cheminée va créer un mouvement d aspiration et va actionner toutes les turbines. Ce sont des projets qui sont assez pharaoniques puisqu on les compare avec des monuments assez emblématiques et vous allez voir que la tour solaire les dépasse largement. Cela fait un kilomètre de haut et l on pourrait imaginer que, dans quelques centaines d années, nos descendants les jugeront comme des monuments sacrés. Ce type de projet est capable de produire environ 200 mégawatts et, avec le complexe de cinq centrales solaires, on pourra produire un gigawatt. Pour comparaison, une centrale solaire moyenne produit environ 900 mégawatts. Un autre projet en Espagne est une tour solaire, un premier prototype européen. Ce type d installation peut être construit uniquement sous certaines latitudes et sous un certain degré d ensoleillement. En Europe, le sud de l Espagne y est propice, mais la majorité des projets se développent en Australie, au moins actuellement. Dans la partie «Clim'Infos», au sein même des articles, vous pouvez télécharger des fiches. La partie «Clim'Infos» permet de télécharger toutes les vidéos qui sont sur le site, de les utiliser comme bon vous semble pour préparer des conférences, des séances d animation, des cours, des exposés, etc. Les «Clim'fiches» reprennent les textes, les contenus et les éléments graphiques les plus emblématiques. Ce sont des fiches pdf que vous pouvez télécharger et réutiliser.

385 Nous avons aussi placé un répertoire des métiers que le GRAINE Aquitaine a eu la gentillesse de mettre à notre disposition, pour toucher les jeunes qui sont sensibles à ces thématiques et qui auraient envie d envisager des carrières dans le développement durable et leur faire découvrir les métiers qui sont disponibles pour eux. Nous proposons aussi un lexique qui reprend les termes du site, les sources utilisées. A ce titre, je remercie tous les instituts scientifiques, le CNRS, l INRA, l IRD, l IFREMER, le CEMAGREF qui nous ont mis à disposition leurs productions, leurs publications scientifiques, leurs chercheurs. Nous remercions aussi l ADEME qui a mis à disposition toute sa photothèque. Clim'City se déroule en deux modules, un module informatif que je viens de présenter et le module que l on vient de finir de développer et qui est la partie jeu. Le but du jeu dans Clim'City est de créer un plan climat. Pour cela, le joueur a cinquante tours de jeu, et l on reprend l approche scientifique qui est réalisée dans le facteur 4 (triangle de stabilisation, plan climat, etc.). L ambition est de créer un plan climat pour Clim'City qui évolue tout seul selon un scénario tendanciel, c est-à-dire celui où l on ne fait rien, l on continue de se développer de la manière actuelle et le but pour le joueur est de modifier ce scénario tendanciel et de l amener vers un scénario durable. L ambition est aussi d allier l atténuation et l adaptation, l atténuation c est la réduction des gaz à effet de serre, l adaptation vise à mettre en place des actions qui vont permettre au joueur de résister à une évolution climatique qui, de toute façon, est inéluctable pour le moment. Même si on arrêtait aujourd hui les émissions de CO2, la planète continuerait de se réchauffer. C est le degré de réchauffement qui peut varier selon les émissions qui vont avoir lieu pendant ces cinquante prochaines années. Les deux autres objectifs sont de développer les énergies renouvelables et de réduire la consommation d énergie. Pour ce qui concerne les contenus scientifiques du jeu, on s est basé sur les plans climat qui existent actuellement, le plan climat français, le plan climat aquitain, le rapport facteur 4. Pourquoi ce facteur 4? L ambition est de diviser par deux car pour stabiliser le réchauffement climatique à un degré acceptable pour la planète, il faudrait qu on divise par deux les émissions mondiales des gaz à effet de serre. Pour ne pas freiner le développement des pays émergeants, les pays industrialisés qui ont commencé à émettre des gaz à effet de serre depuis très longtemps ont, eux, pour mission de diviser par quatre leurs émissions de gaz à effet de serre. Les triangles de stabilisation, c est une technique élaborée par des chercheurs anglo-saxons pour proposer des solutions de réduction des émissions de carbone. L ONERC (Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique) travaille essentiellement sur le côté adaptation (plan canicule, plan de prévention des incendies de forêts, surveillance des maladies animales, surveillance des maladies tropicales, etc.). Ils essayent d évaluer comment la société va devoir réagir et surtout comment elle va pouvoir s adapter et anticiper les changements climatiques. Enfin, dans Clim'City, nous avons repris toutes les statistiques concernant les gaz à effet de serre et la consommation d énergie de la France, par secteur d activités et par type d énergie. Vous retrouvez donc dans Clim'City les mêmes proportions qui sont d actualité en France. En fait, on est dans un environnement occidental, assez français peut-être, parce qu on a voulu replacer le joueur ou le visiteur dans un contexte proche de son quotidien, et où il va pouvoir facilement interagir. Dans le scénario tendanciel, Clim'City consomme toujours plus d énergie, versus Négawatt, une association d énergéticiens ayant élaboré un scénario énergétique durable qui permet, sur une cinquantaine d années, un développement satisfaisant des énergies renouvelables et forcément la réduction des gaz à effet de serre.

386 L environnement Clim'City n est pas un environnement à créer, mais à modifier. On part d un environnement existant, de la réalité, d un contexte proche du quotidien sur lequel on va devoir agir. Quand vous arrivez sur le site, vous avez la scène d introduction qui replace le contexte de la problématique des changements climatiques, à savoir qu il y a eu des phases naturelles de réchauffement et de refroidissement de la planète. Le problème est que depuis le début du 20e siècle, l on s est aperçu qu il y avait une accélération de ce réchauffement et plus particulièrement depuis le début des années 90. La scène d introduction a donc pour but de remettre le joueur dans un contexte d action au changement climatique et dans un contexte de jeu vidéo. Nous terminons sur la conclusion du GIEC où l on dit qu il est très vraisemblable que l homme soit responsable du réchauffement climatique observé au 20e siècle. On part donc de ce postulat, et l on part aussi sur les ambitions des plans climat français, européen, etc. Sur le site, vous avez la consommation d énergie de Clim'City et la consommation de GES (Gaz à effet de serre). En naviguant sur le site, il y a l explication de toutes les abréviations, de chaque terme qui peut paraître complexe. On propose ce que l on appelle un roll-over, c est-à-dire que si le joueur passe sa souris sur le terme, il a une explication de ce terme. Vous avez aussi des «Clim'astuces». Ce sont des indices pour le joueur qui vont lui permettre de s orienter vers des solutions ou des actions plus précises. Le site indique aussi l année dans laquelle vous êtes, et les différents types de points. Dans Clim'City, il y a trois types d acteurs qui sont matérialisés par trois types de points d action. Les points d action regroupent à la fois le côté économique, le coût monétaire mais aussi l investissement personnel de changement de comportements. Il y a ainsi les points «pouvoirs publics», les points «entreprises» et les points «citoyens». Ceci vise à toujours essayer d imprimer cette dimension de démarche collective et globale sur tous les secteurs et tous les acteurs. Par exemple, si je clique sur la partie habitat, je constate les consommations d électricité, les consommations de chaleur, les consommations de carburant et la production d électricité renouvelable. Là, je m aperçois que mes maisons et immeubles collectifs à Clim'City consomment beaucoup d énergie, beaucoup d électricité et beaucoup de chaleur. Le but du jeu sera donc d articuler les bonnes actions qui vont permettre à la fois de réduire ces consommations de chaleur et d électricité et de commencer à produire de l électricité renouvelable. Si je choisis de rénover et d isoler les habitations, je clique sur une action. L on a là accès à un texte qui décrit l action, les avantages et les inconvénients de cette action et le coût de l action en termes de points. La campagne d isolation et de rénovation de toutes mes habitations de Clim'City me coûtera ainsi 10 points pouvoirs publics, 0 point entreprises et 12 points citoyens. En termes d effets, on voit que cela agit surtout sur la consommation de chaleur. On améliore donc l isolation des bâtiments, mais on s aperçoit que l action va prendre 10 tours de jeu, donc 10 ans. C est une action longue à mettre en place, qu il faut démarrer assez tôt dans le jeu pour pouvoir avoir un impact assez intéressant. Le but est d utiliser au maximum ces points d action, le joueur devant franchir une année donc finir un tour. Soit vous utilisez tous vos points, soit vous essayez d en économiser certains parce que vous avez repéré des actions qui vous intéressent plus que d autres mais vous n avez pas encore le budget nécessaire. J ai juste fait mon action de rénover et d isoler. Ensuite, je peux aller sur la partie Clim'Stats. Il s agit du tableau de bord du jeu. Dans mon cas, je clique sur habitat et je m aperçois que mon action a permis de réduire les GES qui proviennent de la consommation de chaleur fossile. En effet, grâce à cette action d isolation et de rénovation, j ai réussi à réduire la consommation de chaleur des maisons et des immeubles de Clim'City. Vous avez aussi les statistiques par secteur qui vous permettent de voir, au fil du jeu, où il faut agir en priorité. Là, on voit que les transports sont assez majoritaires, viennent ensuite les bâtiments, et à

387 égalité l agriculture et l industrie. Au cours du jeu, en fonction des actions que vous allez faire, ces graphiques vont évoluer. Vous verrez ainsi où vous avez réduit vos émissions de gaz à effet de serre et vos consommations d énergie. Dans mon exemple, j ai créé une plateforme intermodale de transferts. Ensuite, j ai implanté des éoliennes offshores, j ai développé les énergies marines, j ai travaillé sur les déchets, je mets en place des torchères sur la décharge pour détruire le biogaz et je peux ensuite valoriser ce biogaz. Je vais m intéresser à la centrale solaire, je construis ma centrale solaire et je m aperçois alors que ma production d électricité renouvelable a commencé à progresser de manière intéressante. Dans le graphique pour la centrale éolienne, on voit qu on a bien boosté la production d électricité éolienne. J ai crée la plateforme de transferts intermodale qui permet de réduire l utilisation des camions dans Clim'City puisque le mode préférentiel de transport des marchandises à Clim'City c est le camion. Grâce à la plateforme intermodale, j ai pu développer d autres modes de transport. Vous avez aussi des aléas qui vont venir ponctuer le jeu. Par exemple, cette crise du pétrole qui sera plus ou moins impactante si vous avez réussi à réduire ou non la consommation de carburant pétrolier à Clim'City. Je développe la production d hydrogène justement pour essayer de substituer mes carburants pétroliers. Il peut y avoir des aléas climatiques, par exemple un feu de forêt. Je n avais pas mis en place le plan de prévention des incendies de forêts, je suis donc pénalisé et je perds des points. Si j avais mis en place mon plan de prévention, j aurais gagné des points grâce à cette adaptation. A la fin du jeu, vous pouvez éditer votre plan climat qui va retracer toutes les actions que vous avez mises en place dans le jeu, année par année, objet par objet. Vous pourrez ensuite mettre ce plan climat en ligne et le comparer avec des plans climats d autres joueurs, histoire de voir comment les autres joueurs ont joué, de comparer les résultats. Pour conclure, les voies d utilisation sont multiples. Ce sera à vous de vous approprier ce jeu, il peut être un support d exposé, d animation, de séance pédagogique. On peut jouer tout seul ou à plusieurs, à la maison ou à l école. Nous avons fait un test la semaine dernière avec des lycéens et il s est avéré que l on peut aborder un tas de thématiques via le vecteur du jeu. Nous sommes en passe d'achever cette phase de tests et la mise en ligne se fera certainement début novembre 2008, avec un accès gratuit pour le côté «expositions» et le côté jeu. Conclusion par Jamy GOURMAUD Pour conclure, la meilleure chose est ce que nous venons de voir. Le site et le jeu réunissent tous les ingrédients nécessaires pour faire passer une information. Je crois que les informations passent beaucoup mieux quand on prend plaisir à recevoir ces informations et puis à les digérer. Par ailleurs, ce jeu fait appel à la compréhension des phénomènes. Ce n est pas une compréhension des phénomènes qui passe par un effort ou une difficulté, mais ce type de jeu ou de site permet de comprendre très facilement et de concrétiser les choses, de les rendre parfaitement concrètes et de les appliquer. Tout à l heure, l on se disait qu il fallait faire des émissions de télévision sur le développement durable. Toute cette information est certes primordiale, mais la qualité de l information et des messages que l on souhaite faire passer me semble essentielle. Il se dit beaucoup de choses aujourd hui et le public est un peu perdu dans toutes les données qu il reçoit. On nous parle de développement durable quasiment tous les jours et j ai l impression, à travers les personnes que je croise, qu on ne sait plus où aller chercher les informations, on

388 ne sait plus laquelle est juste. Les informations se contredisent parfois, et il est extrêmement complexe pour un individu lambda de comprendre comment il peut aujourd hui avoir un comportement qui aille dans ce sens. Qui doit-il écouter? Dans quel sens? Comment faire? Ce site globalise tout, mais de manière très concrète sans que cela reste des choses très volatiles, très nébuleuses. C est un peu le sentiment que j ai à la vision du site et du jeu qui, j espère, arriveront en ligne très prochainement. **********************

389 Session spéciale 2 L EDD dans le monde francophone 28 Sommaire Comprendre pour prévenir la violence de masse dans une perspective d éducation au développement durable : image, mémoire et culture de la paix (Sonia FOURNIER, Université du Québec à Rimouski & Centre d'études pluridisciplinaires sur le génocide, Kigali, RWANDA) L évaluation environnementale : un outil méthodologique du développement durable (Aoua B. LY-TALL, Université Mahamed V, Rabat, Maroc) Éducation et développement durable vus et racontés par ceux qui les vivent (Monique TRUDEL, Educom Environnement, Montréal) Au Sénégal, les Parlementaires se mobilisent pour la protection de la nature (Oumar SY, UICN Sénégal, Dakar) Présentation du site Internet Médiaterre (Annie DE WIEST, Communauté francophone belge) Quelques exemples d EDD dans le milieu éducatif du Togo (Claude DALMEIDA, Lycée de Tokoin et Université de Lomé, Togo) Discussion Conclusions (Boufeldja BENABDALLAH, IEPF, et Michel MOMBRUN, UNITAR) Animateur : Hega MARTIN (REEDAC, WGS, Gabon) Comprendre pour prévenir la violence de masse dans une perspective d éducation au développement durable : image, mémoire et culture de la paix par Sonia FOURNIER Professeure en Éducation Université du Québec à Rimouski (UQAR), Québec, Canada Centre d'études pluridisciplinaires sur le génocide (IGSC) Kigali, RWANDA sonia_fournier@uqar.qc.ca Je souhaite d abord remercier le Comité français de la Décennie pour son invitation, et je suis heureuse de partager avec vous mes travaux de recherche qui portent sur la violence de masse et l image, une recherche en construction avec différentes disciplines dont la littérature, l histoire et les arts, une recherche qui tend à développer des outils pédagogiques visant la création, la pratique et le développement dans la perspective d une solidarité internationale. Cette recherche s inscrit dans une demande de subvention de recherche qui s adresse au Centre de recherche pour le développement international. C est quelque chose qui grandit et s agrandit avec les partenaires. 28 Les textes reproduits ici ont été retranscrits à partir des presentations orales faites Durant le colloque. Les texts intégraux peuvent être obtenus auprès des auteurs via leur adresse mail qui est indiquée.

390 Le contexte singulier de génocide des Tutsi au Rwanda de 1994 nous a conduits à réfléchir sur les enfants dont les parents sont génocidaires ou rescapés du génocide des Tutsi, dans leur environnement scolaire. Au Rwanda, les bourreaux et les victimes cohabitent depuis près de quinze ans et la majorité des enfants d aujourd hui n étaient pas nés lors du génocide. Ce tragique évènement de 1994 a soulevé plusieurs réflexions et questionnements concernant l éducation au Rwanda en lien avec la politique de réconciliation. Les familles rwandaises ont survécu à des crimes, assassinats et tortures et l on se questionne aussi pour les parents et les enseignants qui sont rescapés ou génocidaires. Cet évènement oblige les Rwandais, qu ils soient Tutsi ou Hutu, à reconstruire une culture de la paix en milieu scolaire en lien avec la politique de réconciliation mise en place par le Gouvernement. Dans ce cadre, la Convention internationale des Droits des enfants est un outil majeur et entraîne obligatoirement un meilleur respect des droits de l homme. De plus, les enseignants rwandais se questionnent face à la transmission d une mémoire exemplaire tout en respectant le développement global de l enfant, et l évitement de traumatismes possibles. Les objectifs de la recherche sont :! d'élaborer et construire des outils avec les enseignants et les élèves, en lien avec l éducation aux droits des enfants et à travers l histoire du génocide des Tutsi, par la création et l utilisation de l image et au moyen de la pédagogie par projet,! écrire des outils pédagogiques pour trois pays ciblés : le Rwanda, la Bretagne et le Canada,! analyser les outils pédagogiques élaborés et construits par les enseignants et les élèves en lien avec l éducation aux droits des enfants à travers l histoire du génocide des Tutsi, en tenant compte des différences et des ressemblances selon les classes ciblées dans les trois pays mentionnés dans le cadre de cette recherche. La question : Peut-on suggérer une éducation centrée sur les droits des enfants à partir de l histoire du génocide des Tutsi? Les milieux scolaires sont en pleine mutation un peu partout à travers le monde, de nombreuses réformes sont en cours. Au Rwanda, les principales stratégies et actions menées en 2008 et 2009 sont d évaluer et de réviser les programmes pour introduire, dans les curriculums notamment, les compétences pour faire face aux nombreux risques de la vie actuelle, surtout le VIH Sida et les valeurs telles que la culture de la paix, la tolérance, la réconciliation, les droits humains, la protection de l environnement. Dans les écrits, l on parle d éducation à la santé, d éducation relatives à l environnement et au développement durable et d éducation interculturelle. Chacun exige une participation du milieu de vie dans l atteinte des objectifs et le partage des valeurs communes. La communauté doit participer à la formation du citoyen et l on parle alors d éducation à la citoyenneté. Nous ne verrons pas tous les concepts du cadre conceptuel de cette recherche qui comportait l image, le génocide des Tutsi, la Convention des Droits de l enfant par l UNESCO et l UNICEF, la culture de la paix, le constructivisme et la pédagogie par projet. Plusieurs tableaux ont été inspirés de deux voyages au Rwanda et de plusieurs colloques que j ai faits à travers le monde pour essayer de construire une théorie originale axée sur la peinture et le génocide des Tutsi. Je n expliquerai pas tous ces tableaux, mais je vous communiquerai les titres de ceux qui représentent la première partie située avant le génocide et inspirée de travaux historiques et scientifiques, de témoignages, de littérature, d art et de différentes disciplines. Ces tableaux s intitulent «L identité», «Le Falcon 50 et le début du génocide», «L église, le Bon Dieu et le tapis rouge», «La mémoire morcelée».

391 Trois tableaux se situent pendant le génocide et relatent les trois concepts importants de la construction d un génocide. Il faut d abord une idéologie, ensuite des moyens, puis un plan. Le génocide des Tutsi s est réalisé sur cent jours, et a dénombré près d un million de morts. La tête représente l idéologie, la pensée, la main avec la machette représente les moyens, et le plan est déterminé à travers le temps et l on sait combien cela a été très bien orchestré. Enfin, il s agit du post-génocide des Tutsi. Un tableau décrit la reconstruction après ce drame avec la mouvance, le pardon, la vérité. Vous avez l aspect féminin parce que l on sait que c est un des pays au monde où la femme est la plus représentée au niveau gouvernemental après ce tragique évènement. La solidité et la fragilité de la femme sont un peu contradictoires, mais amènent au Rwanda une perspective tout à fait particulière. Le dernier tableau, créé cet été, s appelle «Magma humain» et est une synthèse du génocide des Tutsi, une accumulation de plusieurs tableaux pour arriver à mieux comprendre cet évènement. En termes de méthodologie, il s agit d une recherche qualitative par la méthode d études de cas, et cette étude s inscrit à l intérieur d un paradigme constructiviste centré sur l élève. Le constructivisme suggère que l individu construise sa compréhension de la réalité qui l entoure grâce aux interrelations qu il entretient avec son environnement. La pédagogie par projet permet des situations d apprentissages signifiants et complexes, demeure une formule ouverte s ajustant au cheminement de l élève, conduit à une réalisation concrète et créative, favorise le développement socio-relationnel des élèves et le développement intégral de la personne. La démarche de pédagogie par projet s entend selon trois phases :! Exploration du projet : les champs d études, la formation des ensembles et des choix des thèmes intégrateurs, la précision des intérêts et questionnements, l identification des apprentissages reliés au développement cognitif personnel et social des élèves.! Conception et réalisation des projets personnels.! Communication et partage des apprentissages. Les droits des enfants sont présentés sous quelques catégories dont le droit à l éducation, à la famille, à l expression, à la protection, à la santé et le droit d exister. La pédagogie par projet vise un thème intégrateur qui a été pensé «Mes droits, ma vie d enfant». Cette pédagogie est en lien avec les fondements théoriques du paradigme constructiviste et avec l utilisation de l art comme moyen d apprentissage et d expression. Le projet pédagogique est sous le thème intégrateur «Mes droits, ma vie d enfant» et construit à partir des droits des enfants et de l histoire du génocide des Tutsi au Rwanda, des liens concrets et la reconnaissance de traces aux manifestations antérieures ou présentes. L évaluation des compétences porte d abord sur la compétence d ordre personnel et social, de communication et intellectuel. Le projet s échelonne sur cinq ans, le temps en classe dans les trois pays devrait être de six semaines, toucher les disciplines de l histoire, le Français et les arts plastiques et concerner des élèves âgés entre dix et douze ans, d école primaire, à raison de trois rencontres par semaine. Plusieurs instruments et techniques de collecte ont été notés : l observation participante, les entrevues avec les enseignants, le journal de bord, la description, les notes anecdotiques, le cahier d apprentissage et les productions. Les analyses de ce matériel devraient être faites à partir de la classification des documents, la transcription du matériel, la familiarisation avec celui-ci, l élaboration des profils singuliers, la démarche d analyse constante et l analyse de contenus. Un comité d enseignants, de psychologues, de chercheurs et de personnels œuvrant dans le domaine de l éducation

392 pourra assurer le suivi des élèves et de la démarche pédagogique et les échanges concernant le projet. Comment l éducation aux droits des enfants peut-elle se traduire et se transmettre aux élèves par l histoire du génocide des Tutsi afin d éviter les conflits et la manifestation du mal extrême? Quels sont les outils à privilégier en classe auprès des principaux intervenants en lien avec l éducation aux droits de l enfant et l histoire du génocide des Tutsi? Comment élaborer avec les enseignants rwandais, français et canadiens et leurs élèves des outils adaptés au contexte culturel? Je conclus sur un oiseau un peu mythique qui s appelle le Sankofa Bird, qui avance la tête tournée vers l arrière, le bec tenant souvent une graine. Cet animal caractérisé par son vol dans les airs est symbole d avancée, de progrès, d évolution et de domination des épreuves. Le Sankofa est un mot de la langue locale populaire au Ghana et signifie qu il n est pas un tabou de se référer aux choses importantes du passé pour rectifier nos erreurs et avancer dans notre vie. L évaluation environnementale : un outil méthodologique du développement durable par Aoua B. LY-TALL Institut des études africaines, Université Mohamed V-Souissi, Rabat, Maroc aouab_ly.tall@ymail.com Je suis sociologue environnementaliste, expert en genre, chercheure associée à l Institut des études des femmes de l université d Ottawa (Canada), chercheure à résidence depuis quelques mois à l Institut des études africaines et à la chaire de l UNESCO «La femme et ses droits» de l université de Mohammed V à Rabat (Maroc), membre du réseau des chercheurs et praticiens pour la paix, la compréhension et la prévention des conflits et des génocides. L éducation au développement durable que s est fixée la Décennie des Nations Unies nécessite certains outils pédagogiques, comme dans tout autre démarche d éducation. Nous avons besoin des acteurs de l éducation, de la formation et de l information au développement durable que vous êtes. Le développement durable, défini par le rapport Brundtland comme étant un développement qui réponde aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations de répondre aux leurs, est devenu un enjeu planétaire. Pour sa réalisation, diverses initiatives ont été menées, surtout après le sommet de Rio et, dans ce sens, beaucoup d outils ont été affinés. Les outils et les approches de l éducation au développement souffrent d une faille majeure, notamment le manque de prise en compte de la dimension «genre», c est-à-dire les relations hommes/femmes dans le développement aussi bien dans la planification, l exécution et l évaluation des projets de développement énergétique. En fait, le titre complet de mon exposé est «L évaluation environnementale prenant en compte le genre : un outil méthodologique de développement durable». Il se trouve que plusieurs projets énergétiques, petits ou grands, ne prennent pas en compte cette dimension «genre». Dans ces conditions, il est impossible de réaliser le développement durable, c est-à-dire un développement écologiquement soutenable et socialement équitable. A travers ma communication, je vais démontrer cette affirmation que, sans la prise en compte du genre, il ne peut y avoir un développement durable, par l illustration d un des grands projets de barrage hydroélectrique en Afrique francophone entrepris par l organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. C est vrai en particulier dans cette

393 région où les hommes de la vallée et du delta du fleuve Sénégal sont partis à la recherche de conditions meilleures. C est comme les travailleurs immigrés qui étaient en France, sont allés au Gabon, dans certaines villes, se sont même rendu en Amérique, pour travailler et envoyer de quoi nourrir leurs familles. Cette immigration massive des hommes crée des conditions spéciales, c est-à-dire que les femmes sont devenues les forces vives de ces communautés. Dans ce cadre, j ai eu à bâtir un guide méthodologique d évaluation environnementale prenant en compte le genre à partir du cadre d analyse Harvard appelé également «profil d activité». Ce guide se veut une contribution à la Décennie des Nations Unies pour l éducation au développement durable car, une fois finalisé, je voudrais le mettre à la disposition de tous les acteurs de l éducation au développement durable qui pourront l adapter à leurs spécificités. Au préalable, je voudrais souligner que la réalisation du développement durable requiert une condition sine qua none qui est l équité et l égalité entre le Nord et le Sud, entre les générations présentes et futures, entre les riches et les pauvres, mais aussi entre les hommes et les femmes. Le rapport Brundtland est clair quand il dit qu un monde où il n y a pas d équité sera toujours sujet à des crises écologiques, sociales, etc. La crise financière que nous vivons actuellement et la récession qui s en suit donnent raison au rapport Brundtland. De même, dans la foulée d une remise en cause des politiques stratégiques de développement appliquées jusqu à présent, la problématique «femmes et développement (FED)» passe dans les années 90, après Nairobi, d une approche «genre et intégration des femmes dans le développement» à celle de «genre et développement (GED)». Cette dernière met l accent sur la relation hommes/femmes dans le développement, et la prise en compte de la dimension «genre» est même devenue aujourd hui, pour nombre d instances internationales, un critère d approbation et de financement pour tout projet de développement. En effet, cette conception qui est aussi une approche et un outil d analyse constitue un enjeu majeur dans toute action de développement, en particulier dans les pays du Sud où, à travers la division sociale du travail, la communauté affecte des rôles et des responsabilités très distincts entre les hommes et les femmes. L évaluation environnementale est aussi un outil nécessaire, un outil de réalisation du développement durable. Ce concept qui a été développé dans les années 70 suite aux dénonciations des écologistes de la destruction de l environnement par les «développeurs» est devenu aujourd hui un outil nécessaire pour le développement durable. Il consiste à examiner en profondeur les plans et projets de développement en vue de déceler les impacts qu ils pourraient avoir sur l environnement, c est-à-dire sur le milieu physique, biologique, humain, socioéconomique et culturel, et à les prévenir ou les optimiser afin qu ils soient positifs. L évaluation environnementale peut donc aider les développeurs à concevoir de meilleurs projets politiques et programmes. Elle peut permettre de déceler assez tôt leurs impacts négatifs et de trouver à temps des solutions de rechange. De même, le processus d évaluation environnementale rend possible la participation du public aux prises de décisions. Il assure une plus grande efficacité des politiques et programmes. Comme disait André HERVÉ : «L évaluation d impacts est d abord une science de la prévention». L absence d une évaluation environnementale peut compromettre la réussite des projets de développement, surtout quand ces évaluations d impacts s appliquent aux pays du Tiersmonde. L exemple du projet de mise en valeur du fleuve Sénégal par les barrages hydroélectriques montre assez bien que, sans évaluation environnementale préalable et approfondie prenant en compte la dimension «genre», il ne peut y avoir un développement durable, c est-à-dire un développement écologiquement soutenable et socialement équitable. Face aux défis de développement, pour ne pas dire de survie, et à la menace de la sécheresse et de la désertification et de tous leurs corollaires tels que la famine, la

394 déforestation, la dissémination du cheptel, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal se sont regroupés pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. L objectif de cette organisation dite OMVS est d entreprendre la construction de barrages hydroélectriques, le barrage de Diama vers Saint-Louis et le barrage de Manantali dans le haut bassin du fleuve Sénégal. Ces barrages sont à fonctions multiples et visent plusieurs objectifs. Auparavant, cette région était très propice, il y avait des cultures de crues, de décrues, et les femmes faisaient des vergers. Avec le fleuve, il y avait assez de poissons. Les activités des pêcheurs, des agriculteurs, des éleveurs, faisaient même des excédents après les récoltes qui étaient vendues ou échangées. Par exemple, entre l Afrique du Nord et l Afrique subsaharienne, il y a eu très tôt des échanges. Les gens de l Afrique du Nord traversaient le désert du Sahara pour échanger le sel contre du mil, certaines épices, de l or. Avant les grandes sécheresses, c était vraiment une région où l on vivait très bien et où les gens étaient en santé parce qu il y avait tous les apports possibles. Au-delà des raisons écologiques, il y a aussi des raisons politiques à cela. En effet, dans cette région qui aurait pu nourrir toute l Afrique de l Ouest, l on a d abord négligé la mise en valeur du fleuve Sénégal. Ces grands barrages sont donc de grands espoirs puisque l on prévoit qu ils vont redonner vie à la sous-région en engendrant un développement socio-économique grâce à un complexe hydro-agricole qui assurera l irrigation de 350 000 hectares, un volet hydroélectrique qui doit engendrer la production de 800 000 Mégawatts d électricité par an et permettra aussi l exploitation des richesses minières du Mali et du Sénégal, ce qui désenclavera le Mali. Le financement de 500 à 600 000 dollars américains et l implication de tous les grands pays industrialisés et de pays arabes très riches montrent l enjeu que représente ce projet. Eu égard aux expériences négatives, nombre de tiers-mondistes et d intellectuels africains s étaient opposés à ces barrages hydroélectriques, mais des évaluations environnementales ont donné des recommandations. Elles n ont malheureusement pas été suffisantes, surtout pour ce qui concerne les femmes et les composantes ethniques, et n ont pas toujours été prises en compte par les décideurs de l OMVS et les bailleurs de fonds. Ainsi, bon nombre d impacts négatifs se confirment sans que les effets positifs attendus se réalisent, surtout dans le domaine de la santé, l autosuffisance alimentaire et l écologie. Ces impacts montrent, par exemple au niveau sanitaire, que diverses maladies se développent, aggravant diverses maladies qui existaient déjà et affectent la population d autant que la couverture médicale n est pas très bonne. Au plan alimentaire et nutritionnel, la superficie à aménager annuellement se rétrécit, le double aménagement pour la culture de riz prévu ne s est pas réalisé. Ainsi, pour le moment, l après-barrage n offre ni la suffisance ni la sécurité alimentaire promises, d autant que la faune et la pisciculture sont réduites et l économie pastorale déstructurée n apportent plus, par le poisson et le lait, des protéines complémentaires. L écosystème du bassin est largement endommagé par une longue période de sécheresse, mais aussi par les aménagements hydroélectriques qui modifient son cycle et affectent la faune, la flore, les sols, les eaux et l air. Ces perturbations écologiques engendrent une déstructuration des secteurs socio-économiques traditionnels qui se traduit par une perte des sources alimentaires et des revenus, ce qui affecte en particulier les femmes, entraînant un surplus de travail. A ce niveau, l expérience du projet de mise en valeur du fleuve Sénégal vérifie largement l hypothèse selon laquelle la dégradation de l environnement affecte davantage les femmes que les hommes, surtout en milieu rural. Dès la planification des projets de développement, on doit aviser si le projet est sensible au genre. Cela permet de collecter, dès le début, des données sur les habitudes de vie des populations, de prévenir les impacts négatifs et de maximaliser.

395 Compte tenu du temps, je ne peux malheureusement pas vous présenter mon outil méthodologique, mais c est une contribution à la réalisation du développement durable pour qu enfin l on soit installé dans l équité entre les nations, les générations, les races, les cultures, les civilisations, pour y instaurer la paix et un monde meilleur pour les générations présentes et futures. Éducation et développement durable vus et racontés par ceux qui les vivent par Monique TRUDEL Educom Environnement, Montréal, Canada monique108@sympatico.ca L IUCN, au cours des vingt-cinq dernières années de coopération en Afrique, a été l initiateur de plusieurs outils et méthodes utilisés comme leviers qui ont permis à des partenaires et des organismes d appui (associations, ONG, institutions de recherche, services techniques) d être à l écoute des communautés locales en vue d analyser leur situation et de trouver des solutions appropriées et durables. Le Congrès mondial de l IUCN a permis à plusieurs de ces personnes d être présentes et ce sont elles qui ont eu la voix. Les panelistes ont choisi délibérément de parler des moyens d expression permettant aux plus démunis d avoir la parole pour que leur voix soit entendue et qu elle puisse influencer et changer les choses. Ils ont choisi aussi de reconnaître et d analyser des outils simples qu ils développent à partir de l expression de la parole de ces communautés rurales (jeunes, femmes, nomades) afin que leur voix puisse être entendue, mais loin des nouvelles technologies. L on ne parlera pas d Internet ni du téléphone cellulaire comme moyens de communication. Pour notre part, nous avions choisi de faire valoir le savoir-faire des acteurs des pays d Afrique francophone par leur créativité au service des communautés, tout cela pour permettre d influencer les politiques et contribuer au changement de comportements que nous espérons toujours en faisant l éducation au développement durable. Au départ, nous nous sommes demandé pourquoi donner la parole aux communautés. La première raison est une raison altruiste, c est-à-dire aider les gens à participer au concert humain, amener à s exprimer les gens qui ne le font pas spontanément parce qu ils sont en bas de l échelle, parce qu ils se sentent trop dominés, parce qu ils ne sont pas sûrs d être assez importants pour avoir le droit de parler et de donner leur avis. Une autre raison qui est plutôt micro-économique serait de justifier les fonds en les faisant valider par les bénéficiaires eux-mêmes, toujours en gardant dans les rapports ce qui est le plus positif. Nous avons surtout une raison méthodologique car c est un moyen de connaître les besoins, les points de blocage, les aspirations au changement. Des méthodes et approches ont été développées par les sciences de l éducation, la sociologie, le tout formant ce que l on peut appeler l approche participative. L approche participative en Afrique s est développée dans les années 70 dans le cadre de l aide au développement. L on s est vite rendu compte que si l on voulait des résultats, il fallait faire participer les gens, les rendre actifs et réactifs à ce qui leur était proposé. Dans les années 70, un mouvement s est développé au Burkina Faso avec la CDAO et se nommait GRAAPPP (Groupe de recherche et d appui à l autopromotion paysanne et populaire). Nombre de personnes ont certainement utilisé cette méthode ou s en sont inspiré. La méthode s est développée autour de trois mots clés : voir, réfléchir et agir. Il s agissait vraiment d amener les villageois à voir leur situation d aujourd hui, à réfléchir aux conséquences du changement puis aux causes, et à décider d agir pour évoluer selon leur

396 vouloir. C est un peu ce que nous essayons de faire avec l éducation au développement durable. Les outils qui ont été présentés à Barcelone sont vraiment concrets et ont donné des résultats tangibles, au moins pour aider à amener les communautés à s exprimer en tenant compte de la diversité des gens qui les composent. Les personnes qui les ont présentés sont d abord à l écoute des populations, et traduisent ensuite leurs préoccupations et besoins dans des outils vecteurs de changement d influence. La première expérience a été présentée par Haïdar EL ALI de l Océanium Sénégal. C est un passionné de la mer, de la nature, il voit qu il y a de nombreux problèmes au niveau des pêcheurs notamment en raison de la pêche à la dynamite. Il essayait en vain de convaincre les pêcheurs donc il s est fabriqué une caméra sous-marine avec une cocotte minute et est parvenu ainsi à filmer trois minutes. Ces fameuses trois minutes d images sous-marines ont créé une onde de choc dans la population parce que les pêcheurs ont vu l impact de leur action. Ceci montre que l on peut développer des outils simples, mais il faut parler aux gens de ce qui les préoccupe, de ce qui les touche. Haïdar s est promené de village en village pour sensibiliser les populations avec sa vidéo. Il est maintenant appuyé par un programme régional de conservation des aires marines et côtières, on lui a fourni un camion itinérant qui lui permet de circuler un peu partout à travers l Afrique de l Ouest. Haïdar souligne qu il est très important de s adresser directement aux personnes concernées, aux exploitants de la ressource, mais il est sûr qu il faut impliquer toute la communauté dans le processus et aussi la recherche et les décideurs. Il nous rappelle aussi que nous devons prendre conscience que le travail d éducation est un travail de longue haleine, que la production de matériels et d outils doit être faite dans la langue des communautés concernées si l on veut vraiment atteindre un niveau décisionnel et des changements. Une deuxième intervention a été faite par Monsieur Carlos CHOUAT, un des fondateurs des premières radios communautaires en Guinée-Bissau. Il dit que l outil est un instrument que l on croit non à la portée de l appropriation des communautés. En effet, quand on pense à la radio, on pense aux médias, aux journalistes. Pour commencer, il s est servi de l urgence pour sa première radio communautaire. En Guinée-Bissau, il s est servi d une épidémie de choléra pour lancer la première radio communautaire. Elle a été gérée par les jeunes qui se sont responsabilisés pour sensibiliser les quartiers, mais aussi pour faire changer les comportements dans l hygiène des quartiers pour faire baisser le choléra. La radio permet de donner la voix à ceux qui ne l ont pas. Elle permet l identification sociale, la résolution de conflits, le renforcement de la valorisation de la culture, des traditions et de l histoire. La radio locale doit avant tout donner une information locale, servir les intérêts de la communauté, couvrir toutes les causes sociales et être gérée par la communauté ou par un Conseil des Sages. La radio communautaire a permis une meilleure maîtrise, une meilleure confiance pour le développement des communautés par les communautés car elles savent ce dont elles ont besoin au niveau du développement. Ensuite, nous avons eu l intervention d une personne de Guinée qui utilise la radio et des réseaux de journalistes à travers des projets, mais en langue française. Cette personne a bien souligné que le problème est que, tant que l on ne traduira pas en langue locale, on aura toujours de la difficulté à faire passer les messages. Ensuite, deux personnes sont intervenues pour présenter un outil que sont les bulletins d éducation environnementale développés par l UICN depuis le début des années 85. Ces personnes ont souligné l importance qu un support écrit soit un outil de partage, d information, d interaction et d incitatif. Cela a permis aux jeunes d aller vers les adultes donc d avoir ce lien intergénérationnel, de se regrouper pour mieux agir et créer un cadre de concertation au sein des communautés.

397 Puis, nous avons eu une courte intervention de Marie-Laure qui choisit d allier le texte et la photo, et de faire des livres «paroles et perceptions visuelles». L idée est de donner aux communautés la chance de participer à l élaboration d un livre, de raconter ce qu elles vivent, leurs espoirs, et de demander aux communautés de participer à l illustration. Ainsi, au Cameroun, elle s est servie d un club de nature, a donné des appareils photos jetables aux jeunes et leur a demandé de photographier leur environnement, ce qui leur paraissait important. Ceci a servi à faire un livre participatif. En Mauritanie, ce sont les femmes et les pêcheurs qui ont fait les photos et écrit les histoires, ceci ayant donné lieu à un livre en français et en arabe. La dernière intervention était la mienne. Cela fait vingt-cinq ans que je travaille en Afrique, mais j ai choisi de parler de l utilisation de moyens très simples comme le dessin ou la cartographie des ressources par les communautés. L idée était d offrir la parole aux femmes qui, analphabètes, n osent pas parler, en leur proposant de dessiner leurs savoirs, leur fierté, afin qu elles prennent conscience qu elles sont certes pauvres, mais qu elles possèdent quelque chose. Elles ont des enfants, peut-être une petite parcelle, une vache. En prenant conscience de ce qu elles ont, l idée était d arriver à ce qu elles puissent nous dire ce qu elles souhaitent dans la vie, leurs rêves. Dans la majorité des cas, dans les populations les plus démunies où j ai travaillé, la première chose que les gens demandent c est l éducation, que ce soit les hommes ou les femmes. Pour conclure, les discussions de ces différents ateliers ont souligné l importance de tenir compte des conditions socioculturelles pour la mise en œuvre des outils, pour l exploitation, pour l appropriation. Par ailleurs, ce n est pas l outil qui est important, mais c est l objectif visé. Que voulons-nous quand nous parlons de développement durable? Les expériences partagées avec vous ce soir ont été des succès, et les acteurs de terrain, qui les ont menées, ont écouté et fait parler leur cœur. Je souhaite que nous prenions exemple sur ces quelques expériences afin que l éducation au développement durable parte et parle avec le cœur des gens parce que sans cœur, sans amour, nous n aurons plus de planète. Oumar SY, UICN Sénégal, Dakar Discussion Je voudrais féliciter les trois exposants et préciser à Madame LY-TALL que la Guinée a récemment intégré l OMVS. L évaluation des impacts environnementaux, au niveau des pays de l Afrique de l Ouest, n est-elle pas utilisée comme un gadget plutôt qu un véritable outil permettant véritablement que les projets soient soumis à une évaluation pour que l on sache s ils sont bienvenus sur le plan environnemental et économique? Pour ce qui est de l exposé de Monique TRUDEL, je pense que donner la parole aux démunis est d une grande importance d autant qu on les accuse souvent d être à l origine de la dégradation de l environnement. Or, les démunis dégradent moins l environnement que les riches et il existe plusieurs sortes de riches. Vous, les Européens, représentez une forme de richesse, mais il y a aussi des riches chez nous. Les citadins sont plus riches que les ruraux et si l on prend l exemple du déboisement, les ruraux déboisent moins que les riches. En effet, le charbon de bois que l on en retire est vendu aux riches. Le poisson que l on surexploite est vendu aux riches. Aussi, donner la parole aux pauvres pour qu ils sentent qu ils ne sont pas les seuls responsables de la dégradation de l environnement, et qu ils puissent voir les actions qu ils peuvent développer, est une excellente chose et je vous en félicite. Fatimata DIA TOURÉ, IEPF A mon tour, je voudrais féliciter les intervenants et revenir sur l évaluation environnementale ou l étude préalable d impact environnemental. C est vraiment un outil de développement et non un gadget. On peut en parler ainsi parce qu il n est pas encore connu, mais la

398 Francophonie mène un travail sur ce sujet avec l Institut de l énergie et de l environnement. Nous avons un programme nommé MOGE (Maîtrise des outils de gestion de l environnement) qui concerne l évaluation environnementale, l analyse stratégique environnementale et l étude d impact environnemental préalable pour les projets et pour tout investissement. C est vrai que c est nouveau dans notre contexte et il est nécessaire de former les acteurs, d avoir l environnement institutionnel, législatif et réglementaire pour que ce soit une réalité et qu il ne s agisse pas simplement d un faire-valoir au niveau de certains bailleurs ou investisseurs. Il y a un grand besoin de renforcement des capacités sur ce point, et cet outil est vraiment un outil d éducation au développement durable. Ce que Monique TRUDEL nous a présenté est fantastique parce que généralement on parle d éducation pour les pays en développement mais, pour nous, l éducation signifie être allé à l école, avoir le savoir scientifique, etc. Il existe des savoirs empiriques qui n ont certainement pas été en contact avec ce que nous appelons aujourd hui «développement» au sens moderne du terme. Introduire une démarche participative et intégrée dans l éducation au développement durable permet d économiser une étape que nous avons connue dans les pays développés qui sont un peu les causes de ce que nous vivons aujourd hui en termes d impacts négatifs du changement climatique, en termes de perte de la biodiversité ou de situations concernant certains traitements chimiques dans les agricultures. Aujourd hui en France, les deux tiers des eaux souterraines sont polluées et l on en parle. Sonia FOURNIER, UQAR Pour ce qui est du milieu familial, il est sûr qu il est souhaitable d intervenir auprès des parents. D ailleurs, des besoins importants m ont été rappelés quand je suis allée au Rwanda. Ainsi, un parent avait de grandes difficultés avec son enfant la nuit. En effet, l enfant se réveillait et le parent ne savait pas quoi dire à son fils. Ce parent nous a dit qu il faudrait penser, dans notre recherche, à donner des outils aux parents pour qu ils puissent expliquer aux enfants pourquoi il manque autant de personnes dans leur famille, pour qu ils puissent leur expliquer pourquoi ils ont encore aussi peur. Il est très important d aider les parents, mais comme il faut faire des choix méthodologiques et commencer par un endroit, je pense que l école peut être un premier départ. Il faudrait étendre cela par la suite. Par ailleurs, pour répondre à votre question, j ai moi-même peint les tableaux à partir d impressions. Ces tableaux ne représentent pas l horreur, l objectif étant d exprimer et l image permettant des apprentissages. Il existe d autres formes d expression comme le cinéma, le théâtre, la bande dessinée qui ont décidé d entrer dans des médias plus puissants au niveau de l expression des massacres, par exemple. Intentionnellement, j ai choisi des images qui rappellent l histoire du génocide où l enfant ou l adulte a la place qu il désire et la capacité de pouvoir se reconnaître sans être traumatisé. Le but n est pas de passer par des émotions fortes, mais par la capacité de l enfant selon son développement émotionnel et cognitif, et de pouvoir apprendre à travers son histoire et sa mémoire. Les enfants seront amenés à créer eux-mêmes à travers la pédagogie par projet leur propre histoire pour qu ils deviennent des agents de la paix à partir de leurs droits. Pour le moment, à travers cette recherche, nous passerons par l utilisation des tableaux. Monique TRUDEL, Educom Environnement Il est effectivement très important de donner la parole. Quand on a donné la parole aux gens, c était une étape pour présenter ensuite les résultats pour pouvoir montrer ce que les gens veulent, pensent et ce qu il est possible de faire. A Madagascar, nous avons réussi à le présenter au Gouvernement, aux ministères et aux agences de coopération pour qu ils puissent mieux cibler les approches à avoir avec les communautés.

399 Par ailleurs, quand on donne la parole aux gens, ils sont fiers que l on s intéresse à eux et je pense que c est là qu il faut vraiment commencer. Tant que les gens seront fiers de ce qu ils sont, cela leur donne de l espoir sur la façon de changer les choses. Aoua B. LY-TALL, Université Mohamed V Pour répondre, la Guinée a en effet rejoint l Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal il y a moins d une année. Au départ, la Guinée était absente de ce projet et c est bien triste parce que les activités ont été mises en œuvre depuis 1985. L évaluation environnementale, un gadget? Pour le moment, il est vrai que l on peut avoir cette perception. En effet, les gens n ont pas encore maîtrisé cet outil d évaluation environnementale alors qu en Amérique du Nord, par exemple, c est appliqué systématiquement. Pour ma part, je l ai appliqué en adaptant le profil Harvard aux activités. Par exemple, j ai demandé aux femmes paysannes riveraines du fleuve Sénégal les activités qu elle mène dans la journée. Par exemple, on souhaite établir un programme d alphabétisation des femmes et on le prévoit chaque vendredi de 14h et 16h. L approche «genre» a des outils et des concepts et c est le profil d activité qui permet de classer le travail fait par les femmes. Ainsi, la femme se lève très tôt le matin, va puiser de l eau, prépare les repas, va chercher du bois de feu, revient pour préparer le deuxième repas. Au bout d un an du programme d alphabétisation, on fait l évaluation et il s avère que les femmes n ont pas suivi le programme d alphabétisation, mais c est parce que l on n avait pas tenu compte de leurs possibilités. Autre exemple qui concerne l accès aux ressources et aux prêts, on développe des prêts pour les hommes mais il se trouve que ce sont les femmes qui sont les forces vives. J espère que la Francophonie nous aidera à développer ce puissant outil de prévention qui permettra la réussite des programmes, des plans et des projets de développement et assurera le développement durable. Au Sénégal, les Parlementaires se mobilisent pour la protection de la nature par Oumar SY UICN Sénégal, Dakar oumar.sy@iucn.org Je ne vais pas vous présenter une étude, une recherche, un programme dans le cadre de l éducation au développement durable, mais un réseau de Parlementaires. L éducation au développement durable s adresse à tous, à tout moment, à tous les temps, dans toutes les sphères, et nous considérons que les Parlementaires sont aussi une cible importante à laquelle nous devons nous adresser pour faire évoluer les choses en matière d environnement et de développement durable. L Assemblée nationale du Sénégal est un bel édifice qui a été réalisé au temps des colons. Je pense, au sujet des colons, que nous parlons souvent de choses négatives mais il y a aussi beaucoup de choses positives. Au Sénégal, comme en Afrique de l Ouest, l on constate que l environnement et les ressources naturelles sont agressés par les causes naturelles (changements climatiques, sécheresse, désertification), les causes anthropiques, les prélèvements abusifs des ressources, l agriculture, l élevage et la pêche extensifs, les feux de brousse, les pollutions. Tout cela a pour conséquences la baisse de la production du secteur primaire qui fait vivre plus de 70 % de la population au niveau de nos pays, l accroissement de la pauvreté avec tous les liens afférents tels que l urbanisation, les personnes qui quittent le milieu rural pour aller vers les villes, la délinquance, l immigration. L État, les partenaires au développement et la société civile environnementale conjuguent leurs efforts pour inverser cette tendance. Dans ce cadre, les Parlementaires au Sénégal et

400 un peu dans la sous-région apparaissent de plus en plus en première ligne. C est pourquoi au Sénégal, depuis 1998, les Parlementaires qui ont acquis une certaine conscience environnementale ont créé un réseau qui vise quatre objectifs principaux :! Renforcer leurs capacités eux-mêmes. En effet, les Parlementaires sont dans la confluence, à l intersection de la prise de décisions, de l action et du contrôle de l action. A ce niveau, les Parlementaires sont des cibles importantes pour l éducation à l environnement et au développement durable. S ils doivent voter les lois, les traités et les conventions, il est nécessaire qu ils aient une connaissance de ce sur quoi ils vont engager leur vote.! Assurer la défense des intérêts des populations. En effet, les populations sont leurs mandants, les Parlementaires ne sont que les mandataires. Il leur appartient donc d assurer l intérêt des populations par rapport à l État et aux autres personnes qui agissent sur l environnement.! Promouvoir le développement des partenariats.! Développer des activités de veille environnementale, d information, de sensibilisation et d éducation des populations, de plaidoyer et de lobbying auprès des pouvoirs publics. Le réseau des Parlementaires du Sénégal s intéresse à cinq domaines particuliers :! les changements climatiques et le cadre de vie,! la biodiversité et la gestion des aires protégées,! la gestion des zones humides et des ressources en eau,! la désertification et la gestion des zones arides et des forêts,! la conservation des zones marines et côtières. Pour la mise en œuvre du plan d actions décliné selon ces cinq thèmes, les Parlementaires s appuient sur quatre activités principales :! Informer, sensibiliser et éduquer le public.! Les actions parlementaires. En effet, les Parlementaires sont appelés à faire des questions orales ou écrites pour interpeller le Gouvernement sur un certain nombre de questions, des auditions, des enquêtes parlementaires et des propositions de lois.! Développer le partenariat avec les services de l État. Il s agit pour les Parlementaires de voir comment, en partenariat avec les services de l État, les ONG, les organismes de coopération, ils peuvent faire avancer la protection de l environnement et les actions pour la protection et la gestion des ressources naturelles. Cela passe par des visites de terrain pour faire les constats sur l état de l environnement, pour s entretenir avec les acteurs en vue des actions à mettre en œuvre pour la conservation des ressources. Durant l année 2007/2008, ce réseau a développé un certain nombre d activités. Certaines concernent des visites de sites, les Parlementaires ont ainsi visité les sites d extraction du sable parce que ce phénomène, surtout au niveau de Dakar, est devenu tellement important qu il est en train de créer une érosion côtière qui menace la survie de certains quartiers au niveau de la ville. Ils ont visité le Parc national des oiseaux du Djoudj pour voir les problèmes posés au niveau de la gestion de ce parc, le Parc de la Langue de Barbarie, l aire marine protégée d Abéné qui se trouve en région sud, le barrage de Diama, les usines de Ziguinchor et la centrale électrique de Boutout. Ces visites visaient à constater la situation environnementale de ces zones, définir les actions à développer et quel plaidoyer envisager pour que ces sites soient mieux conduits. Par ailleurs, les Parlementaires suivent actuellement des sessions d information et de formation. En effet, ils ont besoin de mieux comprendre les problèmes d environnement et

401 mieux faire face à ces problèmes en assumant leur rôle de parlementaires, de législateurs et de contrôleurs de l action de l État. Les Parlementaires sont des élus au niveau national, mais il y a aussi des élus au niveau local. Nous avons donc considéré qu une jonction entre ces deux types d élus est nécessaire pour que les élus, de façon générale, puissent prendre en charge les problèmes d environnement et de développement durable. Les activités des Parlementaires ont eu des impacts importants au sein du Parlement. Il y a d abord eu un accroissement de l intérêt, de l engagement et de la motivation des Parlementaires pour les questions d environnement. Puis, il y a un renforcement de leurs connaissances sur les grandes problématiques environnementales. Ainsi, nous avons organisé des sessions sur le développement durable, les conventions internationales, la gestion des zones marines et côtières. Nous avons également constaté une amélioration du contrôle exécutif par des questions orales et écrites. En effet, nous sommes partis sur ce problème de l environnement d aucune question depuis le début de l indépendance et sommes pour 2007/2008 à une dizaine de questions. Enfin, nous notons une meilleure participation des Parlementaires aux rencontres internationales. Ils ont l habitude d être invités à des rencontres, mais ils s y rendent généralement comme s ils étaient des touristes puisqu ils ne comprennent pas très bien les problématiques à aborder. Les Parlementaires dans les pays développés ne fonctionnent pas de la même façon que ceux des pays sous-développés. Nous avons certes des Parlementaires qui sont des ingénieurs, des universitaires, mais aussi des personnes qui ne sont jamais allés à l école et pour lesquelles une formation et une sensibilisation sont nécessaires. Les Parlementaires ont développé un certain nombre de partenariats, principalement avec l UICN et l Ambassade du royaume des Pays-Bas. Les Pays-Bas le pays qui finance le plus l environnement au niveau de l Afrique de l Ouest, et principalement au Sénégal. Ce partenariat a permis la mise en place d un programme d appui-conseils qui met à la disposition du réseau des Parlementaires deux assistants parlementaires, dont moi-même, et des moyens financiers pour le développement de leurs activités. En outre, le réseau a élargi son partenariat avec les institutions étatiques, les partenaires au développement, la société civile, l Ambassade du Royaume-Uni, le ministère de l Environnement et ses services, le WWF, l association sénégalaise des Amis de la Nature, etc. En matière de perspectives, le réseau voudrait renforcer son partenariat avec les collectivités locales. Il faudrait une alliance entre les Parlementaires qui sont au niveau national et les élus locaux (Maires, Conseillers ruraux, Conseillers régionaux, etc.). Une autre perspective est de conduire un processus devant aboutir à l élaboration et l adoption d une loi sur le littoral. Au Sénégal et dans toute la sous-région du littoral ouest africain, en dehors de la Mauritanie, il n existe pas de loi sur le littoral. Les Parlementaires souhaitent mettre en place, avec l appui du CSE (Centre du suivi écologique), un dispositif de formation permanente. Aujourd hui, la formation est ponctuelle et l idée est d avoir un endroit où il est possible de proposer des formations permanentes aux Parlementaires. Une autre perspective est d accroître et d améliorer la participation des Parlementaires aux grandes rencontres nationales, de contribuer à la mise en place d un réseau régional en Afrique de l Ouest. Aujourd hui, le Sénégal a un réseau. En Afrique centrale, il existe aussi un réseau, mais au niveau de l Afrique de l Ouest, il n en existe pas encore. Pour conclure, au sein de l institution parlementaire, le réseau des Parlementaires pour l environnement est une entité autonome composée de Députés et de Sénateurs d origines

402 politiques différentes qui y ont adhéré librement et dont les actions et les prises de position ne reflètent pas obligatoirement le point de vue des pouvoirs publics. Le réseau des Parlementaires se positionne ainsi comme une structure de veille et interpelle tous les acteurs pour leur rappeler leurs devoirs de vigilance et de responsabilité en vue d une gestion vertueuse de l environnement et des ressources naturelles. En Afrique de l Ouest, le futur réseau régional des Parlementaires et des élus locaux contribuera à la coordination, la mise en synergie et l harmonisation des politiques, législations et programmes relatifs à la gestion de l environnement et des ressources naturelles. C est seulement par cette mise en cohérence globale et par cette gestion concertée que les ressources naturelles et culturelles de la zone permettront de contribuer au développement durable dans la sous-région ouest africaine. Présentation du site Internet Médiaterre par Annie DE WIEST Communauté française de Belgique annie.dewiest@cfwb.be Je vous présenter un outil de travail que la Francophonie met à notre disposition. Il s agit du portail d informations mondiales francophones sur le développement durable qui s appelle Médiaterre. Ce portail est né lors du sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, à l initiative notamment de la France. Il est soutenu par la Francophonie et la France et animé par des partenaires qui tentent d être les plus enthousiastes possible. Les objectifs de Médiaterre sont de produire et de diffuser de l information sur le développement durable, mais aussi d assurer la couverture médiatique de manifestations et d évènements majeurs. Ainsi, si vous avez des communications relatives au colloque que nous vivons ces derniers jours à faire, vous pouvez avoir accès au portail Médiaterre. Médiaterre est aussi un outil au service de la diversité culturelle et de la langue puisque c est le seul portail d informations mondial que nous ayons uniquement en langue française. Médiaterre vous offre une interface personnalisable, un fil d actualités consolidé en temps réel, des bulletins électroniques, les 50 thématiques de l Agenda 21, des actualités relayées par Google Fr, et un calendrier annonçant toutes les manifestations à venir. Il propose dix portails thématiques dont un sur l éducation que nous souhaitions mettre en valeur aujourd hui. Il est possible aussi d organiser à la demande un bandeau spécial pour un évènement particulier, comme c est le cas pour la Commission du Développement durable des Nations Unies ou divers évènements. Il existe plusieurs manières de participer à Médiaterre. Vous avez d abord la possibilité de vous inscrire et de consulter le site, mais vous pouvez aussi poster des dépêches. Vous pouvez également devenir modérateur de dépêches, mais cela demande une contractualisation avec les gestionnaires du site. Il vous est possible aussi de devenir animateur d une thématique. Pour ma part, j ai l honneur de m occuper de deux thématiques (éducation et genre) et je suis aidée, en cela, par des animateurs et animatrices. Vous pouvez aussi devenir animateur d un portail ou membre d un comité d animation de portail. Le secrétariat exécutif de Médiaterre se trouve à l IEPF à Québec, et le site compte 21 partenaires, 25 sites portails, 8 500 visiteurs, 280 000 connexions, près de 24 millions de pages visitées. Par ailleurs, j attire votre attention sur le fait que tout cela nous permet d économiser beaucoup de papier.

403 Quelques exemples d EDD dans le milieu éducatif au Togo par Claude DALMEIDA Lycée de Tokoin et Université de Lomé, Togo alane4@yahoo.fr Je suis professeur de lettres, j interviens dans un lycée et à l université de Lomé (Togo). Je souhaite partager ce soir ma petite expérience au niveau du développement durable, mais, au préalable, je vous propose un aperçu du pays d où je viens afin que vous puissiez mieux comprendre les réalités auxquelles nous sommes confrontés. Le Togo est un petit pays de 56 000 km! coincé entre le Bénin et le Ghana, avec le Burkina Faso au-dessus. Ce pays a été mis au ban de la communauté internationale parce qu il connaissait un déficit démocratique. Dans ce contexte politique assez tendu, le Maire de la ville de Lomé a eu l idée géniale de vider les caisses de la municipalité. A partir de là, toute la ville a été quasiment sens dessus dessous, les ordures traînaient partout, etc. Par ailleurs, nous vivons actuellement un fléau, surtout en Afrique de l Est, mais je suppose qu il en est de même au Bénin et en Côted Ivoire, à savoir les déchets plastiques. Je suis par ailleurs membre du GEPA (Groupe d éducateurs pour l Agenda 21) qui a été initié par des enseignants du lycée français de Lomé. Nous nous retrouvons deux fois par mois et, dans ce cadre, nous avons choisi de travailler sur des domaines bien précis. Quand je suis arrivé en 1997 au lycée de Tokoin, le plus grand lycée du Togo puisqu il compte 3 000 élèves, j ai d abord été frappé par l insalubrité des lieux. Toute la cour du lycée était tapissée de plastiques de toutes sortes et de déchets. Puisque nous devions choisir un thème de travail au niveau du GEPA, le lycée français avait choisi de travailler sur la récupération des piles et des papiers, j ai alors demandé à travailler sur la récupération des plastiques. Nous avons donc commencé à mener ce travail avec une équipe d élèves que j essaye de monter. Pour cela, j ai créé un club environnemental nommé «Arc-en-ciel» et tous les jeudis, je consacre une partie de mon temps pour travailler avec les élèves. Des ONG viennent nous aider à faire de la sensibilisation et ainsi, pendant deux années, nous avons fait de la sensibilisation sur le développement durable. En avril dernier, avec l école française, nous avons organisé au CCF de Lomé la semaine du développement durable. Nous n avions pas beaucoup de moyens, mais de grandes sociétés sont quand même venues et ont participé à cette semaine du développement durable. Le responsable de La Togolaise des Eaux, la régie qui distribue l eau dans la ville, disait que les nappes phréatiques s appauvrissaient, qu il cherchait en vain des solutions et qu il serait contraint, à terme, d importer de l eau du Ghana. En entendant cela, je me disais que toutes ces personnes avaient compris l enjeu de la situation et qu il fallait faire quelque chose. Comme nous avions mené une phase de sensibilisation au lycée, j ai considéré qu il était temps de passer à une phase plus pratique, c est-à-dire de commencer la collecte. La sensibilisation portait sur différents domaines et, comme nous sommes dans un lycée français, pour les textes argumentaires, je prends des documents que j essaye d adapter sous forme d arguments, d exemples, et je demande aux élèves de retrouver la logique. Cela permet d ancrer certaines idées dans la tête de ces élèves. Pour ce qui est de l insalubrité des classes, la première chose que je fasse en arrivant est d ouvrir le placard à balais car les élèves boivent souvent de l eau en sachet et jettent leur sachet dans placard à balais. A tel point que cela devient ce que j appelle une «mousticulture». Aussi, j ouvre ce placard, je le ventile plusieurs fois pour faire sortir tous les moustiques. Les élèves cherchent alors à les tuer, mais je leur interdis en leur disant : «Les moustiques ont aussi le droit de suivre le cours de français!». Les élèves ne sont pas

404 contents, mais je leur dis de ne pas se plaindre car ce sont eux qui les ont élevés. Ils comprennent ainsi que leur geste est mauvais, et c est dans cette bonne ambiance que j essaye de communiquer ces valeurs. Nous avions donc achevé la phase de conscientisation, il fallait donc passer à la phase pratique, mais le nerf de la guerre faisait défaut. Il fallait alors se tourner vers les sociétés et comme, au cours de la semaine du développement durable, nombre de responsables de sociétés étaient venus, compatissaient et faisaient peut-être semblant de comprendre, j ai pensé les solliciter. J ai écrit un projet que j ai rapidement envoyé à certaines sociétés. Le ministère de l Environnement disait soutenir mon projet, mais n avait pas de moyens. Il en était de même au ministère de la Santé, mais aussi au niveau de l industrie togolaise des plastiques alors qu ils sont concernés puisqu ils achètent le granulat de plastique au Brésil alors que l on peut faire du recyclage et transformer le plastique sur place. Une seule structure a accepté de nous aider, à savoir la Mairie de Lomé. En effet, elle était sur un projet de financement de la coopération française donc j ai pu rapidement me raccrocher à ce projet. Le financement n était pas très important, à peine 171 000 FCFA, et il nous fallait acheter des gants, des cache-nez, des tonneaux de récupération pour pouvoir faire la collecte, des sacs, etc. La Mairie nous demandait à avoir des factures, mais quand vous achetez des tonneaux et si vous voulez du matériel de récupération, aucune société ne vend cela. Nous réfléchissions à cette question et il se trouve qu au cours des vacances, j ai été nommé Directeur d études dans un autre lycée. Par ailleurs, je rencontrais quelques problèmes de mise en œuvre du projet au sein du lycée où j exerçais et je me disais que cette nouvelle nomination me permettrait peut-être d avoir un peu plus de pouvoir de décision. J ai donc accepté ce poste et au sein du nouveau lycée où j exerce, j ai commencé à mettre la structure sur pied. Ainsi, j ai fait nommer un responsable à l environnement dans chaque classe. Sur l établissement, un responsable coiffe toute la structure environnementale. Toutes ces personnes sont membres d office du club Environnement «Arc-en-ciel». J ai cependant conservé des liens avec l ancien lycée de manière à ce que nous puissions travailler ensemble. Pour ce qui concerne la problématique des tonneaux, nous avons finalement acheté des poubelles en plastique, ce qui nous permet de pouvoir fournir des factures. Le coût étant moins élevé, j ai pu acheter vingt poubelles. Dix seront affectées à mon nouveau lycée, dix à l ancien. De plus, le nouveau censeur de mon ancien lycée est un collègue d amphi, est au fait des problématiques environnementales et nous allons pouvoir travailler ensemble sur ces questions. Pour conclure, j ai essayé de vous présenter la façon dont nous nous battons au Togo pour essayer d impulser cette dynamique environnementale au niveau de la population et des autorités. Enfin, le ministre de l Éducation est partant et je compte beaucoup sur lui pour m aider véritablement à faire avancer les choses. Fatimata DIATOURÉ, IEPF Discussion Suite à ces interventions, je voudrais faire quelques constats et formuler quelques recommandations. Nous voyons que plusieurs initiatives sont menées face à la problématique du développement durable, et ce à tous les niveaux. L on voit que l éducation ne se limite pas uniquement au cadre scolaire, mais que d autres formes d éducation sont prises en compte. Il est vrai que le cadre scolaire aide à s inscrire dans la durabilité, mais les autres formes d éducation sont à prendre en compte surtout au regard de l implication de la communauté.

405 Ce qui se passe au niveau du réseau des Parlementaires est une forme d éducation, mais je suggérerais à Oumar SY de conseiller à ces Parlementaires de sensibiliser les décideurs sur la prise en compte de l éducation en vue du développement durable, une fois eux-mêmes sensibilisés sur la problématique. Il ne faut pas qu ils se limitent à eux-mêmes, à leurs simples connaissances de la question, mais il faudrait qu ils puissent aider à sensibiliser les pouvoirs publics et les décideurs pour que cette dimension soit prise en compte à tous les niveaux. La nécessité de la coopération a été évoquée, il faut l appuyer. En effet, l on voit que plusieurs choses sont menées en vue de cette éducation, mais j aurais souhaité qu il existe une certaine coopération à ce niveau, à l instar de ce qui se fait en France. En France, au niveau institutionnel, des mesures vigoureuses ont été prises et c est ce qui a conduit, depuis l avènement de la Décennie, à la mise en place de ce Comité national pour l éducation en vue du développement durable. C est un organe fédérateur de toutes les initiatives et sert d organe de régulation et de suivi des actions, afin de permettre d avoir une visibilité sur tout ce qui se fait en vue d arriver à des résultats. J aurais souhaité que dans l espace francophone, cela se fasse ainsi et qu au niveau des organismes qui interviennent, il y ait une certaine synergie. Au niveau des Nations Unies, nombre d actions sont menées mais souvent de manière éparse, et obéissent à des logiques de projet qui font que ces actions ont une durée déterminée, une courte durée d ailleurs. Il faudrait conjuguer les différents efforts menés pour que nous puissions aller vers davantage d articulation des différents projets pour plus de résultats et d impacts sur la population. Pour terminer, nous sommes dans l espace francophone et nous avons vu que la Francophonie mène beaucoup d initiatives depuis l avènement de la Décennie en 2005 et le colloque de Ouagadougou en 2006. Il y a eu la mise en place d un réseau pour l éducation en vue du développement durable, le portail Médiaterre qui est un outil très important d information et de sensibilisation, mais j aurais voulu que nous allions encore plus loin. Dans nos conclusions, j aurais aimé que l on retienne de pouvoir interpeller nos États pour plus d engagements sur la question, que la CONFEMEN (Conférence des Ministres de l Education) qui est un opérateur de la Francophonie soit aussi interpellée et qu elle puisse prendre ses responsabilités pour appuyer les efforts menés actuellement par les différents organismes, et ce pour qu il y ait plus d efficacité dans nos actions. Corinne VIALLE, FSU, Comité syndical de la Francophonie pour l éducation et la formation Je voudrais remercier les intervenants pour leurs témoignages et exemples qui permettent d éclairer la problématique. A travers les différents exemples présentés, la question des outils a été posée à différents niveaux, que ce soit au niveau le plus proche de la population des élèves qu au niveau des structures proches des gouvernements. L on voit bien que la question des moyens est essentielle pour faire vivre les projets, mais aussi celle des outils de communication, de lien, etc., celle des partenariats et de la mutualisation des outils. En cela, l outil Médiaterre est intéressant, mais l on ne peut pas ignorer que la fracture numérique est une réalité importante. L éducation au développement durable passe par la lutte contre la pauvreté, ce qui semble une évidence au travers des expériences présentées. Par ailleurs, la pauvreté dans le monde frappe plus encore les femmes que le reste de l humanité. C est une réalité, que l on soit au nord ou au sud d ailleurs. En effet, les études menées dans les pays occidentaux montrent aussi que les femmes sont davantage victimes de la pauvreté, notamment pour ce qui concerne l accès au savoir. Cela renvoie à la question essentielle de la démocratie, et j ai été sensible aux différentes présentations qui montraient qu en donnant la parole aux gens les plus démunis, on permettait de faire émerger les mêmes problématiques mais que ces dernières, du coup, étaient portées par ceux qui en deviennent les acteurs. Dans une démarche d éducation au

406 développement durable, cela paraît essentiel. Sur ce point, nous avons bien des choses à tirer de nos expériences multiples. Par ailleurs, pour ce qui concerne les Parlementaires au Sénégal, il me semble que ce sont des acteurs institutionnels qui, normalement, représentent des populations par lesquelles ils ont été élus. Comment permettre à ces Parlementaires d être davantage partie prenante et d être vraiment les représentants des populations qui les ont désignés? C est une question essentielle de démocratie, et cela renvoie aussi à tout ce que font les ONG, les organisations syndicales et différentes structures pour que l EDD soit menée en partenariat avec le souci d arriver à améliorer les situations, faire changer les comportements. Nous avons là des pistes de travail intéressantes qui peuvent permettre de déboucher non pas sur la solution miracle parce qu elle n existe pas, mais sur des schémas. Les outils tels que celui proposé par Madame LY-TALL sont intéressants parce que les études sur la question de genre n ont pas été suffisamment abouties, et nous avons besoin d outils pour essayer de dégager des schémas et des modes de réflexion et d analyse des différentes stratégies que nous mettons en place. Khady DIOP, ministère de l Éducation, Sénégal Pour compléter les différentes interventions, dans l espace francophone, il faut que nous fassions une recommandation sur la mutualisation des bonnes pratiques. Ensuite, il est nécessaire d impliquer les communautés et ceci ne peut réussir qu en ayant une éducation non formelle. En effet, les personnes qui n ont pas été scolarisées ne peuvent se sentir concernées par le développement durable que l on aborde à l école. Un intervenant D emblée, je voudrais appuyer les recommandations faites par Madame Khadi DIOP du Sénégal, notamment celle visant à ce que l on ait un inventaire de tout ce qui est fait dans l espace francophone pour promouvoir l éducation au développement durable. J ai également une suggestion à l endroit de Claude DALMEIDA du Togo. Il faudrait voir dans quelle mesure il serait possible de coopter d autres enseignants dans différents établissements et leur permettre de dupliquer ce qu il est en train de faire. En effet, il faut une masse critique d acteurs ou d intervenants pour que Lomé puisse avoir un visage différent, à tout le moins concernant la collecte des sachets qui jonchent les ruelles. Un intervenant Pour continuer sur les matières plastiques, selon ce que j ai compris, vous vous contentez actuellement de les récupérer mais elles ne sont pas réutilisées ensuite. Je souhaitais signaler que des actions se font actuellement à Ndjamena où le plastique récupéré est transformé en pavés pour les rues et les trottoirs. Par ailleurs, un gros contrat vient d être donné par l Union européenne à la demande de la municipalité de Ouagadougou et en partenariat avec la municipalité de Lyon, donc des choses se font pour réutiliser ces plastiques récupérés. J ai fait quinze jours de cours sur le développement durable à des ingénieurs de travaux publics au Cameroun pendant le mois d août. C était en formation continue, pour des personnes ayant entre 35 et 40 ans et je tenais à souligner que je me suis énormément servi du site Médiaterre. Ils ont rapidement compris comment l utiliser et, en travaillant chacun sur des sujets qu ils avaient déterminés eux-mêmes, ils y ont trouvé tous les renseignements nécessaires. Enfin, nous avons discuté avec deux personnes du réseau Environnement et Développement durable de l AUF. Notre première conclusion est de réfléchir à la façon de renforcer la question de la solidarité internationale dans les appels d offres et les travaux de ce réseau de chercheurs. Elle nous semble une notion très importante et trop négligée,

407 notamment dans les pays occidentaux où l on a tendance à voir le développement durable sous forme d environnement et non sous des aspects planétaires et socio-économiques. Une intervenante Je voudrais remercier les intervenants de première et deuxième séance car leurs apports ont été très enrichissants. C est dire combien toute expérience, toute initiative est enrichissante et importante dans ce vaste domaine si important à l ère que nous vivons. Je voudrais en particulier saluer l initiative relatée par Oumar SY parce que l on n a pas l habitude de voir les Parlementaires bouger. Je voudrais donc saluer ces Parlementaires qui bougent pour agir en matière d environnement et de développement durable. J ajoute qu il est bon de travailler en réseau, mais il ne faut pas en rester là. En effet, nous savons que toute base de travail, à l échelle nationale ou internationale, nécessite une base juridique. Je crois que les Parlementaires sont les mieux placés pour que cette base juridique existe et qu elle renforce l opération. C est de cette manière que nous irons vers l harmonisation des efforts avec les décideurs politiques. Les Parlementaires ont beaucoup à faire et nous avons bien besoin d eux. A ce sujet, l UNESCO, pour vraiment renforcer la réalisation des objectifs de l éducation pour tous, s est résolue à assurer un partenariat avec les Parlementaires. Hega MARTIN, WCS Gabon Pour ma part, j ajoute que nous avons parlé d étude d impact environnemental et c est vraiment un problème crucial aujourd hui. Au Gabon, il y a un projet de construction d un barrage en plein parc national par une société chinoise. En ce moment, tout est bloqué parce que l on a demandé une étude d impact environnemental. En général, cette étude n est pas faite malgré le coût des procédures. Parfois, les lois existent, mais cela bloque au niveau du suivi de l application de ces lois. C est un véritable problème et c est pourquoi nous souhaitons vraiment que la Francophonie nous encourage dans tout ce qui est formation car, aujourd hui, nous avons vraiment besoin de formation dans ce domaine. Pour ce qui est de la mise en place des comités nationaux, dans nos pays, c est un problème parce que depuis 2002 à Johannesburg, ce n est que l année dernière qu un comité national de développement durable a été mis en place au Gabon. C est vraiment un handicap car, malgré nos efforts, malgré les conventions signées, on a du mal à suivre sur le plan juridique. C est pourquoi je salue l initiative de la création du réseau des Parlementaires car lorsque les Parlementaires sont bien informés et connaissent la problématique, ils peuvent accélérer le processus de mise en place de toutes ces structures nationales. Enfin, comme cela a déjà été dit, j encourage Claude DALMEIDA à mettre aussi en place un réseau d enseignants. Il faut partager les valeurs de cœur avec d autres collègues pour que ces initiatives puissent être dupliquées et mises en place dans d autres établissements. Oumar SY, UICN Sénégal Il est vrai que les Parlementaires ont un rôle important à jouer dans la mise en place de législations, dans l adaptation des conventions et traités internationaux. A ce niveau, le problème est réglé. Ainsi, au Sénégal, il n y a pas une convention qui n ait pas été ratifiée. Les instruments de ratification ont été votés par le Parlement. Actuellement, nous menons une étude au niveau du réseau régional pour voir où l on en est en termes de ratification des conventions et traités sur l environnement dans toute la sousrégion du littoral de la Mauritanie jusqu en Sierra Léone. Si nous n harmonisons pas les législations par rapport à ces différents pays où les ressources naturelles sont communes, c est comme si nous ne faisions rien du tout. Sur ce point, les Parlements ont donc un rôle important à jouer. Pour ce qui concerne le réseau des Parlementaires du Sénégal, nous sommes allés au-delà puisque nous faisons actuellement de la sensibilisation auprès des populations. Chaque fois que les Parlementaires se déplacent pour visiter les sites, c est pour eux un moyen de réunir les populations et de les sensibiliser sur les problèmes d environnement.

408 Enfin, une question était de se demander comment les Parlementaires pourraient assurer un plaidoyer ou faire un lobbying pour que les questions d environnement puissent être intégrées au niveau des systèmes éducatifs. Lors du vote du budget au niveau de la session budgétaire, quand le Parlement a reçu le Ministre de l Environnement, 70 interventions ont été faites sur les problèmes d environnement. Parmi ces interventions, 43 portaient sur les problèmes de communication, de sensibilisation et d éducation environnementale. Ainsi, le Parlement fait aujourd hui un travail sur ces questions d environnement et de développement durable. Annie DE WIEST, Communauté francophone belge Pendant quelques instants, je voudrais me réapproprier mon statut de fonctionnaire de la Communauté française en charge des questions de développement durable, et notamment de la Décennie, pour dire à quel point nous pensons que nous pourrions appuyer une démarche qui consisterait à demander que soit portée à l ordre du jour de la CONFEMEN la question de l éducation au développement durable. Cela pourrait faire partie de nos recommandations. Par ailleurs, en effet, la question de la fracture numérique demeure une préoccupation importante. Ensuite, pour ce qui concerne la dimension du genre, il est important de la prendre en compte. Ceux ou celles qui douteraient encore de la pertinence de cette approche après avoir écouté les interventions, la qualité, le cœur et l importance des témoignages de ce jour, en seraient pour leurs frais. Nous ne pouvons plus faire l économie d intégrer, dans les recommandations, la question du genre. Elle est importante, doit être portée et servie par des recherches sur les outils méthodologiques à développer. Personnellement, ayant été en charge pendant plus de vingt ans des questions d égalité hommes/femmes en Communauté française de Belgique, je tiens à la disposition de celles et ceux qui le souhaiteraient une formation de deux heures sur les 12 arguments que l on donne aux femmes pour ne pas faire le «meanstreaming» du genre et sur les 12 manières de répliquer. Claude DALMEIDA, Lycée et université de Lomé Pour ce qui concerne l implication d autres acteurs, lors de la semaine du développement durable organisée à Lomé, nous avons invité des enseignants de tous les établissements de la capitale. Nous avons préparé ensemble des fiches pédagogiques, ils sont donc informés, le reste étant une question de motivation. Il faudrait peut-être que j essaye de pousser un peu plus pour voir dans quelle mesure nous pourrions nous retrouver plus souvent, afin de pouvoir harmoniser tout ce que nous faisons. En termes d expériences autour du recyclage du plastique, nous n avons que celle du Burkina Faso. J ai vaguement entendu parler du projet autour des pavés, mais il serait très intéressant que nous puissions avoir des informations sur cela. En effet, toutes les rues de Lomé sont complètement défoncées alors que des plastiques dorment dans les égouts et empêchent l eau de circuler. Je pense que nous pourrions intéresser les politiques autour de cette forme de recyclage des plastiques. Monique TRUDEL, Educom environnement, Montréal Selon moi, il est très important de trouver des outils simples qui permettent aux gens de s exprimer. Par ailleurs, il est important aussi de faire le lien entre l école et la communauté. En effet, nous parlons beaucoup de programmes d éducation au développement durable (scolaires, médias, etc.), mais nous oublions de faire le lien avec les communautés. Pour cela, l alphabétisation est très importante. Dans les communautés où je me suis retrouvée et où les femmes, les hommes et les jeunes en parlaient, ils demandaient de l éducation. J ai visité une classe d alphabétisation où il y avait 20 personnes âgées entre 7 et 72 ans, et ils ont tous dit pourquoi ils allaient à l école. La personne de 72 ans disait vouloir apprendre à écrire et à lire parce qu elle voulait savoir, en signant un papier, ce qu il était écrit. Un éleveur

409 a dit qu il voulait être capable d inscrire dans le cahier du Gouvernement le nombre exact de vaches dont il dispose. Il est nécessaire de développer des outils très simples pour permettre d évaluer l état de la situation, la façon dont les gens vivent, ce qu ils pensent et se servir de cela pour pouvoir établir des stratégies de développement durable. Aoua B. LY-TALL, Université Mohamed V, Maroc Je voudrais intervenir au sujet des intervenants qui nous ont suivis, et je tenais vraiment à féliciter le frère togolais et surtout à l encourager pour lui montrer que cela se passe partout de cette façon. Si je prends l expérience des écologistes militants engagés pour la protection de l environnement au Québec, cela se passe ainsi. Les gens prennent des initiatives, souvent contre le Gouvernement, mais c est en persistant, en se rassemblant, en créant des réseaux, que le mur de l indifférence commence à percer. J ai été ravie d entendre Monsieur SI nous expliquer que les Parlementaires africains s impliquent maintenant au niveau du développement, surtout au niveau du développement durable. J ai été recrutée, un moment, par le centre parlementaire comme expert en genre et j ai aidé le centre parlementaire canadien à créer un réseau de Parlementaires femmes, et à impliquer les Parlementaires francophones. En effet, comme cela se passait au Ghana, pour des raisons linguistiques, l espace francophone est négligé la plupart du temps. Je pense que depuis, cette expérience a fait une différence parce que les élus sont là pour être entre la population et le Gouvernement. En Amérique du Nord, par exemple, si nous avons des questions, nous passons par des Députés qui posent ces questions à l Assemblée, qui font du lobbying. Ceci demandera peut-être une formation, notamment sur l outil méthodologique d évaluation environnementale. Pour ma part, je suis prête à venir vous faire une présentation. J ai bâti cet outil pour Hydro Québec International qui l utilise aujourd hui au sein de son consortium d ONG nord-américaines, européennes et japonaises. Sans évaluation environnementale au départ, il ne peut pas y avoir de développement durable et soutenable. Sans la prise en compte des femmes, nous allons passer à côté et rappelons-nous que celle qui a eu le Prix Nobel en environnement est une femme du Kenya qui, comme beaucoup de femmes dans le Sahel, a participé à reboiser. En effet, ce sont les femmes qui collectent le bois de feu, qui font la gestion des déchets, qui s occupent de l eau. La dimension «genre» est donc très importante, et je reste prête à aller partout pour aider à la formation pour que l on accède vraiment au développement durable. Conclusions par Boufeldja BENABDALLAH (IEPF) et Michel MONBRUN Boufeldja BENABDALLAH, IEPF La Francophonie a été interpellée, et c est tant mieux car nous sommes bien contents d être votre porte-parole pour les actions à organiser pour les années à venir. J ai retenu quelques pistes et soyez assurés que nous nous attacherons à faire une bonne rédaction de tout cela afin que cela figure bien dans les actes de cette conférence. Ainsi, j ai retenu qu il était nécessaire d appeler les États à contribuer de façon tangible, notamment en passant par la CONFEMEN qui pourrait être le porte-parole de ce dossier sur l éducation pour le développement durable. Nous retenons aussi qu il faut étudier la mutualisation des outils, qu il est nécessaire de toujours mettre à contribution la question de la femme dans ce grand dossier. Par ailleurs,

410 nous devons mettre en œuvre des projets pour donner la parole aux plus démunis. Nous devons veiller à la mutualisation des bonnes pratiques, l implication des communautés. Un autre projet intéressant serait de faire l inventaire de ce qui existe en matière d éducation pour le développement durable à l échelle de la Francophonie. Le site Médiaterre est une base dans laquelle nous pouvons mettre ces données, mais nous pouvons aussi l envisager dans d autres sites et d autres forums de discussions et d échanges. Un projet qui nous tient à cœur et qui est novateur est ce projet pour aller vers ce créneau de recherche universitaire sur cette question de renforcement de la solidarité. L Agence Universitaire de la Francophonie - AUF va commencer et je pense que l IEPF pourrait l épauler dans ce travail. Nous ne pouvons pas passer à côté du travail engagé par les Parlementaires, je salue Oumar SY pour ce travail. L IEPF a déjà travaillé auprès de lui et continuera à le faire. Ensuite, j insiste sur le fait qu il est nécessaire d appuyer les formations. L IEPF en propose et continuera à le faire tel que vous le souhaitez et à partir des priorités des pays euxmêmes. Nous n irons pas vers des formations que nous dicterions à partir de notre programmation, mais la programmation sera faite à partir des besoins des pays. Pour cela, nous mènerons un travail pour inventorier les priorités dans ce domaine. Je tiens à vous remercier pour votre patience, votre engagement certain et je pense qu il y aura d autres rendez-vous où nous pourrons venir pour présenter des résultats et des actions à mener ensemble. Je vous rappelle qu il existe maintenant l embryon d un réseau francophone d éducation pour le développement durable, une autre pièce qui s ajoute au grand puzzle important pour amener cette dynamique d éducation pour le développement durable à bon port. Il nous faut multiplier les actions car c est ainsi que nous pourrons arriver à mener certaines choses, évidemment sans se disperser. Michel MOMBRUN Je vais essayer de faire que nous repartions tous avec un espoir chevillé au corps. J ai entendu des choses ce soir qui m obligent à tirer mon chapeau à tous ceux qui mènent ces actions, parfois dans des conditions si difficiles que l on se demande comment ils font pour continuer. Je leur adresse mes félicitations, mon respect et mon admiration. Par ailleurs, j ai entendu d autres choses que je résume en quelques mots. D abord, il nous faut reconstruire une culture de la paix partout. C est le fondement de tout mode de développement et du développement durable en particulier. Ensuite, il nous faut construire une culture de la fraternité, de l égalité, de la solidarité, du respect, de l amour. En fait, il nous faut inventer une culture pour les peuples du 21e siècle et c est ce que vous êtes en train de faire, c est ce que nous sommes en train de faire. Cela gagnera nécessairement même s il faut encore du temps. Dans tout cela, l on se dit que cela fait si longtemps que l action est déjà engagée. Va-t-elle déboucher un jour? Cette époque particulièrement difficile va-t-elle nous permettre de voir émerger, et enfin apercevoir le succès de ce mode de développement solidaire et épanouissant dans lequel les liens et l homme seraient au cœur des préoccupations de l ensemble des activités humaines? Cette époque est très difficile, surtout par les temps qui courent, mais j ai envie de dire que c est une époque formidable. Elle est tellement formidable puisqu il y a tout à inventer, il y a à réenchanter le monde, à réenchanter chacun dans son terroir, il y a à réinventer le lien de l humanité. Puisqu il faut réinventer ce lien de l humanité et que nous sommes en train de réinventer les cultures, nous avons déjà le terreau pour cela. Nous devons repartir tranquillement avec l espoir chevillé au corps parce que ce genre d espoir arrive toujours à gagner. Je finirai par citer cet exemple :

411 Il y a ceux qui, pendant la dernière Guerre mondiale, risquaient leur vie tous les jours dans la résistance. Parmi ceux-là, certains réinventaient le monde de liberté et de démocratie qu il fallait reconstruire le lendemain. J ai eu la chance de connaître l un de ceux-là, tout jeune homme encore. Il s appelait Bénigno CACÉRÈS, fils d émigré espagnol qui, émigré en France, s était engagé dans la résistance pour la lutte contre les nazis. Il a mené son combat, lui charpentier avec des enseignants, des avocats, des médecins, des ouvriers sidérurgistes, tous prêts à mettre leur vie en jeu pour la liberté et pour reconstruire la démocratie. Ils ont inventé pendant ce temps-là, chaque jour où ils risquaient leur vie, les mouvements d éducation populaire. Que faisons-nous aujourd hui avec l éducation au développement durable? Nous faisons l éducation populaire du 21e siècle, mais ce n est pas seulement pour la liberté que nous la faisons, mais pour permettre à l espèce humaine de continuer à vivre demain. Certes le combat de la liberté demeure, certes le combat de la démocratie demeure, mais au-delà, c est tout simplement l existence de l espèce humaine qui est en cause. Prenons exemple sur nos pères et nos mères qui, eux, ont su résister et risquer leur vie pour faire enfin gagner la liberté et la démocratie! Aujourd hui, je ne dis pas à chacun de risquer sa vie, mais risquons l engagement commun parce que c est là que nous nous trouvons avec le sens le plus fondamental des combats et des engagements que nous menons tous! **********************

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413 "Agir Ensemble pour Éduquer au Développement Durable" ---------------------- Recommandations finales Dans le cadre de la Décennie des Nations Unies de l'éducation pour un Développement Durable NU-DEDD et lors de la présidence de la France de l'union européenne, le comité français de la Décennie a organisé à Bordeaux, du 27 au 29 octobre 2008, une conférence internationale réunissant les acteurs français et étrangers de l'edd afin de faire le bilan des avancées réalisées durant la période 2005-2008 et de définir les stratégies à mettre en œuvre pour la période 2009-2014. Les recommandations adoptées en séance plénière ont pour vocation d'apporter des éléments de réflexion et de proposition lors de la conférence mondiale à mi-parcours de la Décennie qui se tiendra à Bonn (Allemagne) du 31 au 2 mars 2009. Les travaux de la conférence se sont principalement déroulés au travers de 9 sessions qui ont traité des thèmes suivants : Session 1 : État d avancement et perspectives de la Décennie de l Éducation pour un Développement durable dans les pays de l Union européenne. Session 2 : Comment l enseignant s insère-t-il dans un continuum éducatif avec les autres acteurs porteurs du projet de société de développement durable? Session 3 : L éducation pour un développement durable dans l'espace francophone. Session 4 : Le rôle des médias dans l éducation et l information au Développement Durable. Session 5 : Les outils pédagogiques au service de l éducation au développement durable. Session 6 : La France et l éducation pour un développement durable : bilan par acteurs pour la première partie de la Décennie et propositions pour la deuxième partie. Session 7 : La coordination territoriale et la mise en œuvre de l éducation au développement durable : exemple des collectivités d Aquitaine. Session 8 : L éducation au développement durable dans le bassin euro-méditerranéen. Session 9 : L éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables. Session 1 État d avancement et perspectives de la Décennie de l Éducation pour un Développement durable dans les pays de l Union européenne - EU Rapporteure : Christine Affolter (Environmental School Initiatives-ENSI) Cette session, qui a réuni les représentants de la plupart des pays européens, avait pour but de faire le bilan des avancées des 27 pays de l'ue depuis le début de la Décennie en 2005, puis de faire des propositions pour la deuxième partie, de 2009 à 2014. En analysant les diverses avancées constatées, et en référence au rapport de la conférence européenne de Belgrade (octobre 2007), quatre enjeux communs au pays de l'ue ont été retenus : - l'analyse des systèmes institutionnels d'edd et le rôle de l'école dans la société; - l'approche systémique des programmes développés dans l'enseignement scolaire; - les besoins en matière d'éducation professionnelle dans les champs de l'edd; - l'éducation informelle et le défi social de système éducatif au sein de la décennie.

414 Partant de cette analyse, un certain nombre de propositions ont été faites afin d'inclure l'éducation formelle, et plus particulièrement l'éducation scolaire, dans une démarche plus large qui concerne l'ensemble de la population et mette l'accent sur une démarche sociale globale. $ L'EDD ne doit pas être une démarche standard, normative, "clé en main", mais doit puiser ses racines dans les divers contextes nationaux et locaux. Les formalisations conceptuelles, comme les stratégies nationales en matière d'edd, sont importantes mais non suffisantes. Le travail en réseau aux niveaux local, national et international est un outil de base pour l'edd. $ L'approche globale et intégrée de l'edd en milieu scolaire nécessite la présentation de stratégies et de directives aux éducateurs et directeurs d'école, avec des objectifs, des processus et des outils d'évaluation clairement définis. Les champs d'étude doivent également être élargis à la nature, à la vie réelle et à la discussion sociale. L'EDD en milieu scolaire a également besoin d'un appui structurel, ce qui implique notamment de prévoir et d'intégrer un délai déterminé pour la gestion de projet incluant une planification, la réunion de professeurs, le travail en salle de classe, et des temps d'analyse et de réflexion. $ La pédagogie de base doit faire appel à la motivation des acteurs, à la mise en œuvre d'une méthodologie adaptée ainsi qu'à l'identification de thèmes spécifiques. Il est également important pour l'enseignant de travailler en équipe afin améliorer collégialement la pratique. $ La démarche d'apprentissage social (social learning) du développement durable nécessite plus de temps et de moyens que les processus pédagogiques descendants traditionnels. Les bénéfices de l'apprentissage social doivent être clairement expliqués à l'enseignant afin que celui-ci considère cette démarche comme une réelle valeur ajoutée à l'edd. $ Enfin, il est important de présenter les divers organismes de formation tout au long de sa vie comme autant de dispositifs aptes à stimuler l'apprentissage social. La Décennie de l'edd est en cela une très bonne plate-forme pour accorder plus d'importance et de valeur à ce type d'éducation, au même titre que les autres démarches d'éducation formelle. Session 2 Comment l enseignant s insère-t-il dans un continuum éducatif avec les autres acteurs porteurs du projet de société de développement durable? Rapporteure : Renée-Paule Blochet (Académie de Grenoble, MEN) Partant du constat que le continuum éducatif actuel s'articule autour d'espaces éducatifs et de publics différents, quatre propositions ont été retenues afin d'améliorer cette insertion : $ L'Éducation nationale doit, en tout premier lieu, former ses enseignants à la pédagogie de projet et étendre l'edd à tous les publics scolaires; $ Dans un deuxième temps, il s'agit de créer des espaces et des temps de concertation (sous forme de plates-formes par exemple) entre les différents partenaires, et si possible de formaliser ces démarches, par exemple par le biais de partenariats et de conventions afin de :. mieux se connaître et construire une culture commune;. s entendre sur les enjeux et les objectifs;. se mettre d accord sur les acteurs ou intervenants reconnus;. monter des actions communes à partir de référentiels établis en concertation.

415 $ Le tissu enseignant doit également renforcer ses liens avec l Université qui, au travers de la recherche, doit contribuer à apporter des données actualisées et validées et des formations afin de faciliter la mise en œuvre des démarches scientifiques à adopter. $ Enfin, le continuum éducatif doit chercher à développer des espaces d actions sur le développement durable en dehors de l Education Nationale pour toucher d'autres publics que le scolaire, le public senior notamment. Session 3 L EDD dans l'espace francophone Rapporteur : Hega Martin (WCS, Gabon) Les experts présents à cette session, issus de 23 pays francophones, ont essentiellement appelé à la solidarité et à la coopération dans l'objectif de lutter contre la pauvreté et l'exclusion. Les projets exposés ont servi d exemple pour proposer des actions solidaires visant à encourager la coopération en matière d'éducation, de formation et d'information. $ Appeler les États via la CONFEMEN (Conférence des ministres francophones de l'éducation nationale) à accorder plus d'importance à l EDD et à réaliser une réunion sur ce thème en 2009. $ Renforcer les modes de gouvernance ainsi que les partenariats entre les acteurs des territoires, notamment en impliquant les communautés de base, et les femmes en premier lieu $ Développer les pratiques pédagogiques au travers de nouveaux programmes et inventorier les outils pédagogiques disponibles et les mutualiser. $ Identifier et valoriser les savoirs locaux, patrimoine de l expertise populaire d une grande richesse, et monter des projets pour donner la parole aux plus démunis. $ Inventorier les projets de recherche en matière d EDD, mettre en place une base de données recensant les projets et les bonnes pratiques et élaborer des critères simples pour l évaluation des actions en EDD. $ Développer les projets visant à renforcer la solidarité, notamment au travers de l'appui des universitaires et des experts reconnus au sein de l AUF et l OIF/IEPF grâce à la mise en place du Réseau francophone d éducation pour le développement durable. $ Appuyer et relayer les initiatives développées par les parlementaires francophones du Sud. $ Accroître le nombre de projets de formation en développement durable destinés aux communautés de base (formations formelles et informelles). $ Utiliser l image sous toutes ses formes pour la mettre au service de l EDD. $ Tenir compte des questions de Droits de l Homme et des Enfants et valoriser l appartenance à une culture, à un territoire $ Accélérer la mise en place des Comités nationaux d EDD dans chaque pays. Session 4 Le rôle des médias dans l éducation et l information au Développement Durable Rapporteure : Jacqueline Denis-Lempereur (Journaliste scientifique, Comité de la Décennie) Les médias doivent jouer un rôle clé dans la prise de conscience et l'adoption des citoyens de ces nouveaux comportements qui touchent au développement durable. Ce rôle ne peut

416 être rempli qu'au travers d'un certain nombre de démarches à la fois en direction des opérateurs et des publics : $ Les médias doivent être crédibles et exemplaires en s engageant dans une véritable politique de développement durable. $ Les médias doivent diffuser des messages simples, clairs, et scientifiquement vérifiés. En effet, les médias, et plus particulièrement les nouveaux médias comme internet, constituent à la fois des bases de données, des lieux de dialogue et de partage des informations, mais souffrent d'un manque de hiérarchisation des informations qui rendent difficile le tri entre les communiqués de presse, les publicités et les articles ayant un réel contenu scientifique. $ Les émissions traitant de DD rencontrent de plus en plus de succès auprès des auditeurs et des téléspectateurs et enregistrent une hausse notable de leurs audiences. Il faut veiller à ne pas cantonner ces émissions aux seules problématiques environnementales mais aborder également les autres volets et notamment les volet social et sociétal et culturel. $ Les sujets traités par les médias doivent être clairement définis et les contenus doivent être une source d'information et de réflexion et non de moralisation ou de culpabilisation. $ Les médias doivent dialoguer avec leurs publics afin d'évoluer vers une information plus participative, comme la création d une radio responsable et porteuse de messages positifs destinés aux enfants et aux jeunes. $ La formation des journalistes et des professionnels des médias aux problématiques du DD doit faire partie du tronc commun de l enseignement dispensé par les écoles de journalisme au même titre que les disciplines traditionnelles. Toute entreprise de médias devrait inciter ses collaborateurs à se former et/ou à se perfectionner sur ce thème tout au long de leur vie professionnelle afin d être en phase avec les changements de notre monde. $ Il faut renforcer la formation scientifique des journalistes, généralement plutôt littéraires ou économistes, afin que ceux-ci puissent traiter les grands sujets comme ceux touchant au climat, aux ressources énergétiques et à la biodiversité. $ Les décideurs (rédacteurs en chef, patrons de presse, ) doivent être conscients des enjeux et suivre également des sessions de formation traitant du développement durable. La création d'une instance de régulation un conseil de presse - a été envisagée, à l'exemple de celles qui existent déjà dans plusieurs pays comme le Québec, la Suisse ou la Grande-Bretagne. Session 5 : Les outils pédagogiques au service de l éducation au développement durable : bilan de l existant et nouveaux dispositifs Rapporteur : Patrick Le Provost (CNDP/Scéren/MEN) Le mot «outils» est à prendre au sens large car il comprend également les dispositifs. Il en va de même pour l adjectif «pédagogiques» qui prend en compte d'autre champs que le milieu scolaire. Il existe grande diversité des ressources existantes, voire une grande disparité, car les outils visent des publics variés. Malgré cette diversité, il existe une forte demande sur plusieurs points :

417 $ pouvoir disposer d outils reposant sur des informations scientifiques de qualité, surtout pour des thématiques suscitant des débats; $ pallier ce qui apparaît comme un relatif manque de ressources pour les élèves des collèges et lycées en comparaison de la profusion des productions destinées aux écoles primaires $ harmoniser les critères d évaluation et de validation des ressources au niveau européen car, au moment où nombre de projets en partenariat tendent à se développer à l international, certains porteurs de projets se trouvent désorientés par la variabilité des critères d un pays à l autre, $ favoriser, tant au niveau local qu international, les échanges de bonnes pratiques et de ressources, afin d'améliorer l'information sur les dispositifs existants. Fort de ces constats, l'atelier a défini quatre mots-clés assortis de recommandations : Publics : Adapter les outils au public visé : L outil doit être conçu dès son origine en fonction de sa destination (informer le grand public, éduquer les élèves, former les décideurs ) Partenariats : Améliorer les synergies potentielles entre les différents partenaires, par la prise en compte des attentes et des besoins spécifiques à chaque secteur. Échanges : Faciliter l accès aux outils et aux bonnes pratiques, du global au local (sans oublier que l accès à l internet n est pas disponible partout sur la planète). Démarches : Inscrire les outils dans une démarche globale intégrant la compréhension des enjeux et favorisant une réelle appropriation des savoirs et des pratiques. Un outil pour l EDD doit répondre à deux exigences : il ne peut être du prêt à consommer et doit être une aide pour affronter la complexité Session 6 : L'action de la France en matière d EDD : bilan par acteurs pour la première partie de la Décennie et propositions pour la deuxième partie Rapporteur : Olivier Classiot (Des Enjeux et des Hommes) État, collectivités, entreprises et société civile ont établi un bilan par acteurs puis ont proposé des perspectives communes pour la deuxième partie de la Décennie. Le bilan a fait ressortir quatre thèmes majeurs : - la Cohérence dans le temps des actions d EDD et au niveau des différents niveaux du territoire; - l Evaluation : comment mesurer la contribution des actions d éducation et de formation et quels indicateurs définir pour un pilotage efficace de ce type d actions; - la Mobilisation avec la définition des compétences en EDD et la formation des relais internes et externes; - la démarche Partage - Dialogue - Partenariats ou comment favoriser le partage de bonnes pratiques en matière d EDD Au niveau des thèmes "Cohérence & Évaluation", deux propositions ont émergé : $ Généraliser les plateformes de concertation pour l EDD au niveau régional et les associer aux CESR, qui reçoivent ainsi compétence en matière d EDD. Ce type de plate-forme au niveau local s avère pertinent puisqu il est pluri-acteurs (État,

418 Académies, collectivités, associations, syndicats, entreprises) et devrait permettre l élaboration d une stratégie d éducation au développement durable partagée et mise en œuvre par unité territoriale. $ Mettre en place un dispositif d évaluation des actions d EDD en incluant systématiquement l évaluation en amont des projets d éducation, en prévoyant une boucle de retour pour les cibles, en reprenant des critères existants au niveau européen, en reposant sur un référentiel et des indicateurs appropriés à l EDD pour mesurer la qualité et l efficacité des actions mais également l efficience de la politique, la difficulté principale étant d apprécier la «plus-value» de l EDD (comment mesurer le bénéfice social d une démarche d éducation). Concernant la "mobilisation", deux propositions ont été retenues : $ Créer un référentiel de compétences pour l EDD, incluant les savoirs requis dans les trois dimensions du DD et les savoirs faire (pédagogie adulte, capacité d animation, ). Ce référentiel doit également pouvoir être partagé entre les acteurs (entreprises, collectivités, éducation, ). $ Mettre en œuvre un programme de formation de formateurs pour professionnaliser l EDD, ce programme reposant sur une habilitation (référentiel) accessible à tous (via la formation initiale, continue ou le DIF) pour le maintien d expertise dans le temps et incluant une reconnaissance des acquis (VAE). Enfin, l axe "Partage - Dialogue Partenariats" comprend également deux propositions : $ Promouvoir des réseaux et les outils pluri-acteurs pour favoriser l échange de bonnes pratiques, en préférant les outils de recherche (moteurs) plutôt que la création de bases de données uniques. $ Formaliser une charte de partenariat entre les différents acteurs impliqués dans une même action d EDD déclinée au niveau local explicitant les compétences, les engagements et rôles respectifs, incluant les modalités de coordination et de suivi et s appuyant sur des valeurs communes (Charte Ethique). Session 7 : La coordination territoriale et la mise en œuvre de l'edd : exemple des collectivités d Aquitaine Rapporteure : Julie Chabaud (Responsable Agenda 21, Conseil général de Gironde) Cette session avait pour objet de présenter les expériences et réalisations se rapportant à trois thèmes touchant à l'edd en Aquitaine, enrichies de divers témoignages extérieurs, puis de débattre sur ces diverses présentations. Ensuite, il s'est agi de dégager, pour chaque thème, les leviers et les obstacles, mais aussi les recommandations stratégiques en matière de coordination territoriale pour une éducation pour un développement durable pour tous les publics et à tous les âges de la vie. 1. La coordination territoriale pour la sensibilisation et l'information de tous les publics Face à la pluralité des informations, des acteurs et des concepts, il devient nécessaire d'éclaircir le paysage des actions institutionnelles auprès des citoyens. Plusieurs propositions ont émergé afin de contribuer à la clarté des actions menées : $ Mettre en place des formations communes labellisées afin de sensibiliser et former les élus et les techniciens territoriaux au DD et améliorer la transversalité dans chaque collectivité et entre les collectivités.

419 $ Clarifier les actions menées par l'utilisation d'un langage simple, clair, compréhensible. En s'appuyant sur des démarches concrètes globales (type Agenda 21) ou ciblées (déchets, économies d eau ) afin de pouvoir mesurer les avancées (attente du référentiel national d évaluation des Agendas 21 locaux du MEDDAT). $ Favoriser la mise en oeuvre de démarches participatives, source d enrichissement réciproque, et dépasser les enjeux personnels ou institutionnels afin de mieux toucher le public dans une démarche partenariale globale libérée de certaines contraintes administratives (horaires de bureau) et trouvant les bons relais médiatiques $ Dépasser le court terme du temps politique ou économique et favoriser davantage le temps de la maturation et de l évolution des esprits ("le temps des romans de François Mauriac plutôt que celui de 24 h Chrono"). 2. La coordination territoriale pour les Agendas 21 scolaires Plusieurs recommandations et axes stratégiques ont été retenus afin d'améliorer la coordination territoriale et l EDD en milieu scolaire : $ Un cadre de référence partagé (cadre de référence national des Agenda 21 du MEEDDAT?), décliné localement en Charte, déclinés en orientations partagées multiacteurs, déclinées en actions concertées et coordonnées. $ La mise en place d une gouvernance territoriale de l'edd, des plateformes d échanges et de dialogue, des espaces de confiance et de rencontre des acteurs, $ La nécessité au préalable d identifier collectivement les compétences spécifiques nécessaires pour "changer le monde" et répartir entre les différents acteurs, en fonction de leurs attributions et de leurs moyens, les tâches à accomplir pour contribuer à ce que chacun, à tout moment, puisse acquérir ces compétences. $ La mobilisation des élus pour que ces démarches soient mises en oeuvre et s'inscrivent dans la durée afin que s'installe une véritable formation pour tous à tous les âges de la vie au DD 3. Les ateliers de coordination territoriale pour le lien entre culture et développement durable $ La "coordination territoriale pour la candidature Bordeaux 2013" Le lien entre culture et développement durable ne va pas de soi et la démarche menée lors de la candidature de Bordeaux au titre de capitale européenne de la culture en 2013 était exemplaire car elle a suscité une synergie entre les divers acteurs politiques, y compris ceux qui n'avaient pas de compétence culturelle comme la Communauté Urbaine de Bordeaux : - montage de dossiers redynamisant des partenariats déjà existants et créant de nouveaux partenariats, notamment au niveau des instances politiques territoriales. - mobilisation de tous les acteurs : individuels, institutionnels, culturels et économiques. - élaboration de projets accessibles à chacun car se référant au terroir, au patrimoine. C'est en cela que la culture participe du développement durable dans sa dimension de solidarité (culture accessible à tous, aides aux acteurs culturels, développement des pratiques amateurs), de cohésion sociale et de création de richesse. $ La "coordination territoriale pour des manifestations responsables" La présentation des expériences locales a permis de débattre des difficultés rencontrées et des leviers propices à une action collective pour l intégration du DD dans les manifestations :

420 - Formation et sensibilisation des acteurs, par la coordination des acteurs qui partagent un dispositif de sensibilisation commun et reconnu et par la mobilisation des réseaux afin de favoriser la circulation de l information vers le niveau le plus local. - Appui sur les réseaux thématiques existant responsables de l animation et de la formation des adhérents notamment dans le milieu sportif et culturel (respect hiérarchie), mais également dans les réseaux de fournisseurs lors des manifestations associées. - Mutualisation des compétences, de l emploi, des bénévoles : ces nouvelles actions nécessitent de nouvelles compétences, voire de nouveaux métiers, comme celui de "Régisseur Développement Durable" (partage via groupement d employeur), la sensibilisation des équipes aux enjeux de DD - Accompagnement des collectivités : sensibiliser, définir un cadre de cohérence, et inciter - sans obliger-, nécessite un décloisonnement des services des collectivités et une coopération entre services culture, sport, et développement durable Ces propositions amènent également un certain nombre de questions et, notamment : Comment reconnaître les organisateurs qui s engagent dans des actions de DD et comment limiter les auto-déclarations? Faut-il une charte, un label : décliner localement? " Recommandations retenues en plénière Une plénière de restitution a permis aux élus présents de réagir aux recommandations issues des ateliers techniques et de mettre l'accent sur un certain nombre de points: $ Nécessité de renforcer la coopération interinstitutionnelle sur l EDD et plus largement toutes les thématiques du DD qui transcendent les "chapelles" politiques. $ Formaliser des cadres partenariaux : chartes d engagement, cadres de référence (label?), conventions. $ Rendre lisible la coordination interinstitutionnelle, les messages interinstitutionnels dans les communications institutionnelles (révolution culturelle). $ Rénover le rapport aux médias afin d'éliminer le soupçon de "vendre" une étiquette DD et d'instaurer un dialogue basé sur la confiance qui permette aux collectivités d'informer et de sensibiliser tous les publics au DD. $ Renforcer l implication et le rôle des élus : réseau local des élus, partage d information, d expériences, formation continue. Session 8 L éducation au développement durable dans le bassin euro-méditerranéen Rapporteur : Philippe Pypaert (UNESCO/BRESCE) Cette session, qui a réuni l'ensemble des acteurs du pourtour méditerranéen, a souligné le fait que le bassin méditerranéen est un ensemble parfaitement représentatif des multiples contradictions et tensions du monde actuel. C est également un lieu de forte identité qui devrait devenir un lieu privilégié de rapprochement entre les peuples, de tolérance, de solidarité, et donc de mise en pratique des démarches de développement durable au travers de l'éducation, de la formation et de l'information. Les instruments légaux sont déjà en place (Convention de Barcelone, Stratégie Méditérranéenne de Développement Durable-SMDD, processus de Marrakech,...) et le programme PNUE - Plan d'action pour la Méditerranée-PAM aide à leur mise en oeuvre (Stratégies nationales de développement durable, développement des capacités en gestion

421 intégrée des zones côtières dans une perspective de développement durable, sensibilisation). La volonté politique doit se concrétiser au travers d'actions concrètes et, de ce point de vue, l Union pour la Méditerranée doit renforcer cet engagement des gouvernements et accélérer la mise en oeuvre de ces processus qui réuniront les acteurs des divers pays autour de ces actions concrètes. Dans le domaine de l EDD toutefois, l initiative est surtout laissée aux partenariats et aux réseaux d'acteurs, à leurs différents niveaux d'action (Universités, ONG, écoles, chercheurs, enseignants, A21 locaux, etc.). Les recommandations suivantes ont été proposées à l'issue de la session : $ Intégrer l EDD dans l agenda de l Union pour la Méditerrannée - instruments de financement des échanges (ex.: Tempus-Meda) et de soutien des actions des réseaux. $ Toute action visant à l EDD doit avoir pour priorité les rencontres de femmes et d hommes et la solidarité, l attention aux besoins des plus démunis. $ Les réseaux d acteurs qui travaillent à la satisfaction des besoins élémentaires de ces femmes et de ces hommes dans une perspective d éducation à l autonomie (acteurs) doivent être soutenus. $ L UNESCO suggère que des réseaux établis tels que ceux des Réserves de Biosphère du Programme Intergouvernemental l Homme et la Biosphère (MAB) et les sites du Patrimoine Mondial soient mieux valorisés (modèles) pour la mise en oeuvre de l EDD basée sur les territoires (expression du lien homme-nature-culture). $ Dans une telle perspective, les savoirs populaires et le savoir-faire traditionnel devraient être valorisés (gestion des territoires, de l eau, agriculture, alimentation, etc.) comme facteurs de rapprochement entre les peuples et d encouragement de la participation (par ex. : Traditional knowledge and the fight against desertification). $ Le Réseau des Universités méditerranéennes pour le développement durable doit être encouragé et soutenu, comme incubateur de changement, au travers du développement durable, dans les systèmes de l éducation et la société (formation de formateurs) et comme instrument de mise en oeuvre des Stratégies nationales de développement durable des divers pays du pourtour méditerranéen. $ En ce qui concerne la formation des formateurs scolaires, l idée de l instauration d un Collège Méditerranéen pour le DD a été souhaitée. Session 9 L Éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables Rapporteure : Fabienne Pierre (PNUE France) Il est fondamental d'encourager le développement de l'éducation pour la consommation durable (ECD) dans l'éducation formelle, non formelle et informelle comme une partie intégrante de l EDD à travers notamment : $ Fonder l Éducation à une consommation durable et à des modes de vie durables (ECD) sur les valeurs qui fondent également l éducation pour un développement durable (EDD) : la formation des citoyens et des consommateurs responsables, avertis de leurs droits fondamentaux et libertés, suffisamment informés pour participer au débat public et s orienter de manière consciencieuse sur les marchés.

422 $ Améliorer l'intégration de l ECD dans les stratégies et les procédés de développement durable au niveau international, national et régional. $ Amener à une prise de conscience des décideurs publics et privés vers des investissements responsables dans les modèles soutenables de consommation et de production. $ Impliquer les ministères compétents, et en particulier les ministères de l'économie et des finances, en fournissant l'aide financière aux pratiques en matière d'ecd et à la recherche dans le cadre de l'ecd. $ Fournir aux éducateurs les moyens d'agir (infrastructures, cadres, ressources, etc.), leur permettant de mettre des étudiants au centre des apprentissages. $ S'assurer que les institutions de formation intègrent dans leur gestion quotidienne les priorités accordées au développement durable. $ Intégrer les thèmes liés à l ECD dans des programmes scolaires afin de stimuler la réflexion critique durant toute la scolarité. $ Intégrer l ECD dans les formations commerciales et industrielles, particulièrement en utilisant terminologie liée à la consommation durable et responsable. $ Renforcer l ECD dans la formation pédagogique. $ Partager les outils et bonnes pratiques pour l'évaluation d'ecd et en développant des indicateurs de qualité. $ Renforcer la coopération locale des multi acteurs oeuvrant dans l ECD, telle que la coopération entre les ONG et les éducateurs, mais aussi en valorisant la diversité culturelle et les savoir-faire traditionnels. $ Permettre l'accès aux ressources éducatives en établissant des réseaux enseignant/apprenant basés sur l'échange. -------ooooooooooooo-------

423 Annexe 1 Les entreprises françaises et l'edd : bilan pour la période 2005-2008 et propositions pour 2009-2014 par Olivier CLASSIOT (Des Enjeux et des Hommes) L'année 2007 aura été en France une année charnière pour la prise de conscience de la nécessité de prendre en compte les enjeux du Développement Durable dans le mode de fonctionnement de notre société. Les actions conjuguées des acteurs politiques ou issus de la société civile (cf. Nicolas Hulot lors de la dernière campagne présidentielle française ou encore Al Gore, et son film "Une Vérité qui dérange") ont permis aux citoyens de partager un premier niveau de compréhension des enjeux du DD. Toutefois, il faut rappeler que si fin 2007 plus de 3/4 des Français ont entendu parler de Développement Durable (40% de plus qu en 2005), seuls 1/3 d entre eux peuvent définir le concept précisément. Les entreprises prennent leur part à cet élan. Alors que leurs premiers motifs d engagement, au début des années 2000, tenaient plus à l impulsion d un patron convaincu ou à une conscience citoyenne, elles sont aujourd hui nombreuses à avoir compris que la prise en compte des enjeux de DD avait un impact direct sur leur activité, en harmonie avec leur environnement au sens large (naturel, humain, social, ). Elles ont peu à peu fait évoluer leur approche de l'edd en interne et cherchent aujourd hui à faire entrer le DD dans les métiers de manière très opérationnelle et concrète. Ce changement d ambition les porte à avoir recours à des dispositifs plus pointus (ainsi les actions de formation prennent le pas sur les actions de sensibilisation pure limitées à une simple communication informative), mais également à la mise en place de démarches d accompagnement du changement qui font appel à la participation active des collaborateurs. Ces démarches touchent un nombre de plus en plus conséquent de collaborateurs, à des degrés divers, en fonction de leurs métiers. Les entreprises ont pour projet de créer des processus en interne pour maintenir l éducation des salariés. Elles deviennent attentives à la part accordée à ces enjeux dans les formations initiales, notamment dans les troncs communs (par opposition aux formations spécialisées en DD ne touchant qu une minorité d étudiants). Elles revisitent leurs programmes de formation interne, en partenariat avec leurs universités «maison» ou avec des acteurs externes (écoles, organisme de formation,.). Elles font appel à des partenaires pointus pour les formations de leurs experts internes (acheteurs, marketeurs, ) et de leurs managers. Enfin, elles cherchent à monter des cursus de formations permettant des interactions avec plusieurs types de parties prenantes (collectivités, ONG, ). Alors que les actions de sensibilisation/formation ont visé des publics internes, on peut aussi observer que les entreprises élargissent le champ de leurs actions et adressent aujourd hui leurs partenaires économiques, clients et fournisseurs voire concurrents. Les démarches d éco-conception en sont un bon exemple : elles impliquent toute la chaîne interne à l entreprise (R&D, marketing, industrie, transport, packaging,..), mais également les fournisseurs stratégiques et les clients clés. Pour appuyer les actions de ces entreprises, de nombreux réseaux se mobilisent (Orée, Comité21) et créent des groupes de travail visant à faciliter la réflexion et les échanges de bonnes pratiques.

424 2005-2008 : Éducation des publics internes via la sensibilisation et la formation " Une éducation élargissant l environnement aux autres dimensions du Développement Durable De 2005 à 2007 de nombreuses entreprises ont mis en œuvre des actions de sensibilisation de leurs salariés aux enjeux du DD et l'on note plusieurs faits marquants dans l évolution de ces actions. Au niveau de leur thème : partant d une thématique essentiellement environnementale - liée à la montée en puissance de la certification environnementale, à la mise en place des systèmes de management environnementaux - elles se sont progressivement élargies aux thématique sociales et sociétales. Toutefois les actions de sensibilisation proposant une approche intégrée des 3 dimensions du DD restent encore marginales. Au niveau de leur cible : en s élargissant d un public d experts ou de collaborateurs particulièrement exposés (les profils HSE, les acheteurs, ) à l ensemble des collaborateurs. Ces actions de sensibilisation sont d ailleurs un moyen de créer de la transversalité et de faire se rencontrer les différents métiers et les différents niveaux hiérarchiques. Toutefois, on reste le plus souvent limité à des actions ponctuelles, prenant appui sur des évènements extérieurs comme la semaine du développement durable, la semaine de la mobilité, la quinzaine du commerce équitable, Au niveau des leviers activés : en ne se limitant plus à des actions descendantes de communication interne (journaux internes, intranets, leaflets, conférences, pièces de théâtre ), mais en cherchant à impliquer les collaborateurs de manière plus active (exposition interactives, projection de films suivies de débats, groupes de travail, séances de créativité avec remontées d idées, mises en situations, ). Toutefois, les informations transmises traitent du développement durable en restant relativement éloignées du cœur de métier de l entreprise. L éducation des salariés reste durant cette période une thématique de société qui ne prend pas sa place dans les pratiques managériales. Cette évolution s observe également dans le pilotage des actions et dans le rattachement des porteurs de la démarche DD au sein de l entreprise : alors qu au début des années 2000, les actions étaient souvent portées par la Direction de la communication ou par une Direction DD rattachée à la Communication, elles ont progressivement été pilotées par des comités tripartites : DD, communication et Ressources Humaines. Pour appuyer leur action, la maintenir dans le temps, continuer à sensibiliser des équipes soumises parfois à un fort turnover, les pilotes internes ont eu besoin de créer des réseaux de correspondants DD. En parallèle, rares sont les créations de groupes de travail internes (parfois en lien avec des partenaires extérieurs, des experts, ) transversaux, chargés de mener des études de faisabilité ou de suivre le déploiement d une action en particulier. Enfin, même le directeurs DD ont dans plusieurs entreprises gagné un accès au comité de direction ou ont été rattachés directement à l un de ses membres. Ce changement correspond à la prise en compte croissante de la dimension stratégique du DD par les entreprises (la gestion du risque d image étant une des motivations centrales des Directions DD), avec une évolution des modèles et un renforcement du rôle stratégique de la démarche RSE.

425 Exemples d action de sensibilisation!crédit Agricole SA (2005 et 2006) : mise en ligne sur l intranet d une exposition virtuelle sur les enjeux du DD, ceux du secteur bancaire et les réponses de la Banque, destinée aux collaborateurs de la holding, de la fédération et d une partie des Caisses régionales.! ABN AMRO (2006) : organisation d une projection du film d Al gore «une vérité qui dérange» suivie d un débat, pour les salariés du siège! Orange : Campagne Écogestes! Renault : sensibilisation des acheteurs au Global Compact! La Poste : formation à l éco-conduite et campagnes Écogestes! L Oréal : sensibilisation sur le thème de la diversité! PPR : Sensibilisation à l éthique via la diffusion du code de conduite " Les premières actions de mobilisation des équipes Plusieurs entreprises ont fait office de pionnières en mettant en place très tôt des dispositifs de mobilisation des équipes qui dépassaient la simple sensibilisation «citoyenne». Ce sont souvent des entreprises dont le secteur était sous forte pression (énergie, automobile, chimie ) ou dont le métier était au cœur des enjeux de DD, «du côté de la solution» (transports collectifs, services à l environnement, ). Les actions engagées diffèrent de celles évoquées précédemment dans le sens où elles visent explicitement à partager avec les collaborateurs la politique RSE «maison», à ancrer le DD dans la culture, à modifier les pratiques professionnelles ou les comportements des équipes. Afin de conduire le changement, les entreprises en question ont utilisé de nombreux leviers : modules de formation, responsabilisation de relais internes, outils pédagogiques interactifs.,. Certaines d entre elles sont allées jusqu à créer des démarches participatives (bottom up) sollicitant les salariés pour la production d idées et la remontée de bonnes pratiques. Exemples d'actions de mobilisation! Veolia Transport (2007) : création d un CD rom sur la mobilité durable utilisé en clientèle par les commerciaux et chefs d agence pour partager avec les clients collectivités les enjeux du DD, ceux du secteur, et les réponses de VT.! EDF (2002/2003-2005) : réunions de sensibilisation des salariés aux enjeux climatiques, au mix énergétique français, aux orientations d'edf (Agenda 21) liées à l engagement 14 pris par la direction de donner aux agents des informations et une formation pour les aider à parler d environnement avec leurs clients (programme porté par un millier de relais internes).! Lyonnaise des eaux (2005/2006) : démarche de sensibilisation/formation dans ses 31 centres pour ancrer son engagement (cf. charte en 12 points) dans le DD et solliciter les collaborateurs (démarche bottom up) pour la formaliser les plans d action DD locaux! Moët et Chandon (2006) : Module de formation Oxygène (1 journée pour chaque salarié) portée par une trentaine de collaborateurs relais en interne, ayant touché les 1100 collaborateurs et donné lieu à démarche participative de génération d idées (plus de 950 idées collectées la première année, étudiées et mises en œuvre)! Adecco : mobilisation des équipes des agences d intérim sur les enjeux et pratiques de non discrimination (mises en situation et testing), formation pour que les commerciaux puissent interagir avec les clients sur ces sujets sensibles.

426 " Dès 2007, les leaders intègrent déjà la notion de DD à leur vision stratégique et font des leurs engagements DD une composante de leur culture d entreprise Si 2007 a marqué un tournant dans les consciences collectives, les entreprises leaders ont bien avant cette date fait le choix d intégrer le DD à leur stratégie. Ce parti pris a donné lieu a la création d outils de pilotage et de mesure de la performance qui ont nécessité la mise en place de véritables dispositifs de formation et d accompagnement du changement. Ces démarches profondes ont eu pour bénéfice de créer une sensibilisation et une information régulière des salariés sur les engagements, actions et résultats de leur organisation en matière de DD : le Développement durable est ainsi vécu au quotidien par les collaborateurs. Exemples de vision stratégique! Danone et le projet Danone / Grameen Bank + Danone Communities! Rhodia et sa démarche Rhodia Way! ST Micro " Les prémisses d une traduction dans la formation et les outils des managers et la mise en œuvre de leviers d ancrage des changements Afin de réussir le pari d un changement dans la durée, certaines entreprises sont allées jusqu à adapter la formation des managers pour les armer à cet enjeu qui réclame des connaissances et des compétences nouvelles. D autres populations ont dû elles aussi vivre une appropriation rapide du DD, afin de jouer un rôle de relais en internes. Il s agit notamment les correspondants DD dont les profils initiaux varient d une organisation à l autre (HSE, RH ou communication, salariés volontaires, ). Exemples de formations! Caisse d épargne : Formation des managers et chargés d affaire via Bénéfices futurs! La Poste (Direction courrier) et la formation des consultants internes rattachés aux DRQ! Bouygues : formation des correspondants DD à l accompagnement du changement! Accor : formation des Directeurs d Hôtels via le Guide de bonnes pratiques de l hôtelier Une fois les actions de formations réalisées, des actions régulières sont mise en œuvres pour maintenir la dynamique dans le temps. Elles passent souvent par l organisation de concours internes.! EDF (Trophées DD et bonus)! Dexia les Awards de l innovation DD! Accor avec le programme Earth Guest Exemples de concours

427 2005-2007 : Éducation des publics externes " Une implication historique autour de grandes thématiques citoyennes Le mécénat avait été longtemps le moyen pour l entreprise de valoriser son image tout en participant à l éducation des citoyens. Ces actions plutôt portées par des acteurs de la société civile (campagnes à l'initiative des acteurs publics ou d ONG, ) portaient alors sur des grandes thématiques de société (environnement au sens large, déchets, climat, eau, Sida, sécurité routière). Dans cette première approche, l entreprise est avant tout un fournisseur de moyens (financiers, parfois de compétences techniques) au service du projet. Certaines sont allées jusqu à «prendre des risques» en créant le débat sur les sacs de caisses par exemple. Enfin, un nombre limité a associé son produit à une cause en reversant une partie du produit de ses ventes à une association (produit partage). Dans la plupart de ces actions, le public visé est le grand public, voire des cibles qui n ont pas de lien économique direct avec l entreprise (par exemple les enfants dans les écoles primaires). Toutefois, certaines actions visent à sensibiliser ou à créer un dialogue avec des parties prenantes indirectes : futurs embauchés, clients potentiels, prescripteurs,! Monoprix et sa campagne «Manchot» Exemples de sensibilisation! Axa et Véolia et les actions de prévention routière! CFAO sur la prévention du Sida dans les communautés locales en Afrique de l Ouest! Total (en partenariat avec des Universités) : organisation de colloques sur l éthique à destination de professeurs; organisation d une «Summer School» sur le thème du DD. Toutefois, on note sur la période 2005-2007 une volonté croissante de recentrage sur le cœur de métier et en impliquant les acteurs internes. Cette évolution tient notamment d une volonté de l entreprise de s assurer une légitimité sur les thèmes de sensibilisation sur lesquels elle se positionne. Par exemple, un énergéticien ne parlera plus de l environnement au sens large mais de l impact des choix énergétiques et des gestes quotidiens sur le changement climatique et la gestion des ressources naturelles. Les projets soutenus doivent, de manière croissante, être parrainés par des salariés. De même les fondations d entreprises ont recentré leur champ d action sur des thèmes plus proches de leur cœur de métier et de leur identité à l'exemple de La fondation Lully (Schneider Electric). " Le message d éducation jadis associé à la personnalité morale est aujourd hui centré sur le produit/service qui devient un levier d engagement pour son utilisateur Certaines entreprises "militantes" avaient construit leur identité, bâti leur offre et donc fondé leurs relations avec leurs publics externes sur un engagement dans le DD. Ce choix leur a permis d instaurer un dialogue et une relation privilégiée avec leurs clients en leur offrant la possibilité de "voter avec leur portefeuille" et créer autour d elles un esprit de communauté.! Ideo dans le textile! Alter Eco dans les produits alimentaires! Body Shop dans les cosmétiques Exemples

428 Sur la période récente, une évolution majeure se caractérise par une pression des parties prenantes de l entreprise pour qu elle traduise ses engagements DD dans son "ADN". Les offres de produits et de services doivent désormais incarner concrètement sa démarche et le client, l usager, l utilisateur final devient la cible privilégiée des actions d éducation. Des initiatives pionnières sont portées courant 2007 pour aider le consommateur à faire "le bon choix" grâce à de nouveaux outils (labels, étiquetage des produits sur la performance DD). Exemple d'initiatives % Casino sur l étiquetage des produits de grande consommation % Les Caisses d Épargne sur l étiquetage des produits financiers % Voyages-sncf.com pour l éco-comparateur (impact environnemental lié au choix de véhicule) Bilan à mi-2008 Un tournant en 2008 : L année 2008 est marquée par un contexte économique et environnemental sans précédent qui crée des conditions nouvelles d incitation des entreprises à s impliquer dans le DD de manière très concrètes (prix du baril, tension sur les matières premières, signes indéniables des premiers effets du changement climatique ). Le besoin impérieux d associer le client/usager à la démarche pour faire de l engagement DD un avantage compétitif. Pour pouvoir continuer à investir et à progresser dans leurs démarches DD, les entreprises ont besoin d éduquer le consommateur et d être choisies par lui dans ses actes d achat. Pour donner un caractère objectif à leurs messages d éducation elles cherchent donc à créer des labels internes ou s entourent d acteurs objectifs qui vont crédibiliser leur action. Exemples de labels! Philips et le label interne pour la sensibilisation du grand public aux économies d énergie! Lapeyre et le label FSC pour les bois exotiques! Findus et la sensibilisation des clients à la pêche durable via le label MSC L opportunité de faire du fournisseur un partenaire. Face à une économie qui se durcit et menace sa rentabilité, voire sa pérennité, l entreprise cherche de nouvelles voies d amélioration de leur performance. Les fournisseurs sont plus que jamais des alliés précieux pour identifier des sources d innovation. Plusieurs entreprises mettent donc en place des actions de sensibilisation et de mobilisation de leurs fournisseurs et bâtissent avec eux des partenariats «stratégiques». Exemples d'actions de sensibilisation et de mobilisation! ADP : action de mobilisation de l ensemble des fournisseurs présents sur les sites franciliens! Redcats : actions conjointe avec les imprimeurs et transporteurs pour réduire l empreinte environnementale des catalogues.! L Oréal : action de sensibilisation des fournisseurs à la diversité

429 Une approche par l innovation : nouvel horizon équipes de la mobilisation des Pour faire face à ces nouveaux défis, l entreprise va également solliciter ses collaborateurs en faisant appel à leur créativité pour imaginer des Innovations intégrant la notion de DD (qu elles soient techniques, organisationnelles, partenariales, ). Elles vont aussi mélanger des populations autrefois cloisonnées pour réussir le pari d un changement profond des modes de fonctionnement et d une évolution de la culture interne auxquels chacun des maillons de la chaîne interne doit être associé. Exemples d'innovation! Accor : module de créativité sur l Hôtel du futur! Areva T&D : projet SD Focus pour créer des actions intégrant les 3 piliers du DD au sein des sites! Clarins : Formation à l éco-conception (Marketeurs, R&D, ) Recommandations pour 2009-2014 & Une approche réellement intégrée du DD dans ses 3 dimensions et en lien avec le cœur de métier de l entreprise. & Une intégration forte aux pratiques professionnelles, traduite dans les outils et les processus de management & Une approche innovation impliquant des équipes mixtes Inter-métiers et inter- entreprises (concurrents, fournisseurs, ) & Une approche globale partant des salariés mais conçue pour englober également les publics externes & La valorisation dans les actions de sensibilisation interne des actions sociétales soutenues par l entreprise (via un partenariat ONG par exemple et la mise en place d action de mécénat de compétences). *************************

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431 Annexe 2 BILAN DE L ACTION DES COLLECTIVITÉS POUR L'ÉDUCATION AU DÉVELOPPEMENT DURABLE par le Comité 21 29 Le Comité 21* et l'association des Maires de France ont été missionnés par le Comité français de la Décennie pour coordonner les réflexions sur le thème "bilan et perspectives des Collectivités". Pour l'élaboration d'un document de cadrage, en amont du colloque, sur le bilan et perspectives des actions des collectivités en matière d'éducation au développement durable, ce document propose une synthèse construite à partir d'une consultation nationale des collectivités sur leur Bilan EDD menée en juillet 2008, de deux ouvrages que le Comité 21 a réalisés : une étude sur la contribution des collectivités pour l'éducation au développement durable (octobre 2007) et le guide Agir ensemble pour des territoires durables ou comment réussir son Agenda 21 (juin 2008), et du guide des collectivités éco-responsables de l'association des Maires de France (septembre 2008). Ce document présente une synthèse des grandes lignes d'actions réalisées, des freins et leviers identifiés et des perspectives envisagées par les collectivités. Une annexe avec les tableaux récapitulatifs des actions des collectivités et l intégralité de leurs contributions complète ce document. Sommaire 1. Introduction 2. Résumé 2.1. La collectivité éco-responsable 2.2. La collectivité agit auprès des citoyens 2.3. La collectivité et ses partenaires 3. Préambule 3.1. Définition 3.2. Le contexte de l'edd pour les collectivités 3.3. Les compétences des collectivités locales 4. Les collectivités éco-responsables 4.1. Bilan 2005-2008 4.2. Freins et leviers 4.3. Perspectives pour les 7 ans à venir 5. Les collectivités agissent auprès des citoyens 5.1. Bilan 2005-2008 5.2. Freins et leviers 5.3. Perspectives pour les 7 ans à venir 6. Les collectivités partenaires 6.1. Bilan 2005-2008 6.2. Freins et leviers 6.3. Perspectives pour les 7 ans à venir 7. Conclusion 29 Le Comité 21 a placé au premier rang de ses missions l éducation au développement durable. En 2004, un programme d actions spécifique sur «Education au développement durable» a été créé. Il est conduit par un groupe de pilotage réunissant des adhérents des quatre Collèges de l association (collectivités, entreprises, ONG et associations, établissements publics et enseignement supérieur). Ce programme est inscrit dans le cadre de la Décennie pour l éducation au développement durable des Nations Unies (2005-2014), dont le Comité 21 est membre en France.

432 1. INTRODUCTION Le développement durable appelle à des mutations urgentes, à assumer individuellement et collectivement. Il a besoin pour se déployer, d une société formée et informée, d une société capable d appréhender les enjeux, de prendre la mesure des changements à adopter, de faire évoluer ses comportements quotidiens, mais aussi de prendre part aux grands choix de société. La complexité des données à prendre en compte, la multiplication des sources d information, le millefeuille réglementaire, la recomposition des sphères de décision, nécessitent de nouvelles compétences, tant au sein des collectivités que chez les citoyens. L éducation au développement durable est inscrite aujourd hui au programme de la grande majorité des démarches Agenda 21 mises en œuvre sur le territoire national, du local au régional. Parce que l éducation des citoyens est au nombre de leurs compétences, parce qu elles gèrent les établissements scolaires, parce qu elles sont acteurs de l aménagement du territoire et gestionnaires des biens et services publics, les collectivités jouent une part croissante dans l éducation au développement durable. Cette part s exerce, non seulement avec la communauté éducative, mais aussi dans le temps extra-scolaire des jeunes, à travers le soutien qu elles fournissent à leurs activités ou à leurs initiatives, et au sein même des stratégies de développement durable territorial. Confrontées aux nuisances et aux risques naturels et industriels, à la mondialisation des activités et à une pauvreté persistante, les collectivités sont amenées à exercer une pédagogie des enjeux. Au plus près des populations, elles peuvent exercer cette pédagogie à une échelle humaine en déclinant ces enjeux aux réalités quotidiennes des habitants. Ce document présente le bilan et les perspectives des initiatives des collectivités et valorise les expériences innovantes, selon trois axes : la collectivité éco-responsable ; la collectivité agit auprès des citoyens ; la collectivité et ses partenaires. 2. RÉSUMÉ 2.1. La collectivité éco-responsable Tout d'abord, l'éducation au développement durable est une étape indispensable de l apprentissage des élus et des équipes territoriales : comprendre des phénomènes complexes et jusqu alors peu pris en compte, tant au niveau national que local ; adopter de nouveaux critères d évaluation de l efficacité ; décloisonner les questionnements et les réponses ; partager les diagnostics, les plans d actions et les résultats. Des agents et des élus avertis permettent à la collectivité d avoir une vision prospective et d entretenir une dynamique d amélioration continue. Depuis 2005, de nombreuses collectivités organisent de véritables sessions de sensibilisation consacrées au développement durable. Quant aux formations, elles concernent majoritairement des sujets thématiques : concertation, économies d énergie, HQE, produits phytosanitaires. Certaines collectivités proposent le format de la formationaction, mais elles demeurent peu nombreuses. L objectif affiché est souvent de toucher l ensemble des agents et des élus, mais l on constate que ces opérations de sensibilisation et de formation au développement durable sont souvent réservées aux nouveaux venus, voire à certaines catégories de personnel. Les actions d'éducation sont en grande majorité ponctuelles, souvent rattachées à des manifestations nationales. Certaines collectivités proposent néanmoins des actions beaucoup plus régulières et engagent les moyens nécessaires à leur suivi. De plus en plus d outils sont construits en interne pour contribuer à la sensibilisation permanente des agents : livret d accueil intégrant les bonnes pratiques environnementales, guide de bonnes pratiques Les outils de communication traditionnels (Intranet, journal interne) sont également utilisés comme support privilégié pour "faire passer" les messages sur le développement durable.

433 L apprentissage par l action représente le moyen le plus efficace d éduquer durablement au développement durable. La citation de Benjamin Franklin «Tu me dis, j oublie. Tu m enseignes, je me souviens. Tu m impliques, j apprends.» l exprime très joliment. Plan de déplacement des employés, charte des achats responsables, réduction des phytosanitaires autant d'actions qui impliquent les agents au quotidien. Il est essentiel également d informer et de former les personnels des collectivités locales sur les procédures et les pratiques que leur propose l actuel code des marchés publics pour pouvoir mener des appels d offre «durables» réussis. 2.2. La collectivité agit auprès des citoyens Quant au citoyen, l éducation doit lui donner des clés de compréhension des systèmes économiques, des échanges mondiaux, de la fabrication des choix scientifiques et techniques. Bien au-delà de l'éducation à l'environnement, il s'agit de consolider le pouvoir du citoyen et de le réarmer face au marché, face à l'institution, face à l'expert, face à ses propres responsabilités. La collectivité, qui ne peut pas agir seul, pourra alors s appuyer sur des citoyens avertis. A l'appui des témoignages, les collectivités éprouvent une grande difficulté à mobiliser les citoyens (public hétérogène) particulièrement pour les faire participer à des instances de concertation. Pourtant, elles font appel à un grand nombre de supports (campagne, exposition, journal, outil pédagogique ) pour informer, sensibiliser et former le citoyen (cf. schéma p 3). Elles recherchent de plus en plus de cohérence dans leurs actions d éducation au développement durable (EDD) qui sont souvent coûteuses. Les collectivités investissent énormément l'éducation au développement durable auprès des jeunes, en milieu scolaire et extra-scolaire même si la réglementation est toujours contraignante en milieu scolaire. Le partenariat est le maître mot, aujourd'hui, de l'éducation au développement durable : les collectivités ne peuvent pas faire seules! Par échelle territoriale, elles s'appuient ou construisent de plus en plus des réseaux, en particulier avec le milieu associatif d'éducation à l environnement et au développement durable (EEDD), pour atteindre leurs objectifs et construire une vraie stratégie EDD. L'évaluation est encore un chantier à construire : les collectivités quantifient leur action par rapport aux personnes touchées, mais très peu d'entre elles évaluent la démarche pédagogique ; a t-on atteint notre objectif : le citoyen est-il prêt à changer de comportement? 2.3. La collectivité et ses partenaires Il s'agit également d'associer le tissu économique et social aux objectifs de cette éducation au développement durable du territoire. Les rapports que les collectivités développent avec leurs partenaires «entreprises» se traduisent essentiellement à travers des pratiques d achats. C est donc naturellement le levier des achats qu elles actionnent pour informer, sensibiliser et former leurs fournisseurs, à travers la rédaction de cahier des charges respectueux des principes du développement durable. Des formations sur l intégration du développement durable dans leurs stratégies, la mise en application SD 21000 et RSE pour les PME-PMI sont très souvent proposées en partenariat avec la Chambre de commerce et d'industrie. Les collectivités s appuient depuis toujours sur les associations pour des actions de formation et de sensibilisation, et particulièrement pour le public scolaire. Ce sont des acteurs incontournables sur l'éducation des enjeux du développement durable. Mais la situation économique des associations devient particulièrement difficile aujourd'hui. Par ailleurs, l'évolution des relations contractuelles entre associations et collectivités à travers les appels d'offres change la donne pour les associations. La généralisation des procédures d'appels d'offre en matière d'eedd risque d'entraîner des projets de prestations et non de partenariat entre collectivités et associations.

434 Certaines collectivités éprouvent des difficultés à créer une dynamique partenariale. Pour le Comité 21, les espaces de concertation EDD, comme par exemple la Plateforme régionale de concertation pour l EEDD en région Provence-Alpes-Côte-D'azur, peuvent répondre à cette difficulté. Ces espaces de concertation entre tous les acteurs sont devenus nécessaires pour mettre en place de vraies stratégies EEDD. Le Comité 21 recommande, pour chaque échelle régionale, la création d'un espace comme celui de la plateforme de concertation PACA. Il préconise, également, pour faire le lien entre les différentes échelles territoriales, un espace de concertation national avec les principaux acteurs EEDD. 3. PRÉAMBULE 3.1. Définition Cette étude appréhende le terme «éducation» dans son sens large. L information, la sensibilisation et la formation sont considérées comme trois niveaux d éducation. Informer & Savoir Objectif : faire connaître Exemple : expliquer les enjeux du développement durable liés à l'énergie Sensibiliser -> Comprendre Objectif : déclencher une prise de conscience, un changement d'attitude Exemple : valoriser les bonnes pratiques en matière d'énergie (achat d'ampoules basse consommation, techniques d'isolation, etc.) Former/responsabiliser -> Faire (être capable de) Objectif : passage à l'action, changement observable des comportements Exemple : mettre à disposition les moyens concrets pour optimiser la consommation d'énergie à domicile (carnet d'adresse des fournisseurs, aides au calcul d'économie d'énergie, etc.) Pour résumer, l'information et l'acquisition des connaissances sont donc les premiers socles d'une éducation au développement durable. L'information constitue le patrimoine commun de connaissance et de données à partir desquelles vont être transmises et actualisées les compétences nécessaires aux citoyens pour construire ou renforcer leurs capacités de jugements et de décisions. Mais l'information n'est pas suffisante pour que le citoyen ait le choix de modifier ses comportements ou ses habitudes. L'éducation au développement durable contribue à la formation d'un citoyen plus informé, plus responsable. Elle favorise l'évolution d'attitudes et le changement de comportement. C'est une éducation qui doit amener une prise de conscience des conséquences de nos choix et de nos actes pour nous, pour les autres et les générations futures. La majorité des collectivités en matière d'éducation au développement durable s'engage dans des initiatives d'information et d'acquisition des connaissances (savoir et comprendre) de développement durable, et de plus en plus, vont jusqu'à la responsabilisation «être capable de faire». 3.2. Le contexte de l'edd pour les collectivités Les collectivités territoriales sont partenaires incontournables de l éducation au développement durable. Cette éducation s'appuie sur différents textes de référence. Dès l'adoption de l'agenda 21 (plan d'actions pour le 21e siècle) de Rio en 1992, l'éducation au développement durable a été considérée par ses initiateurs comme un élément essentiel. Le chapitre 36 de la déclaration de Rio appelle à promouvoir l'éducation, la sensibilisation du public et la formation professionnelle concernant le développement durable. En 2005, l'unesco a lancé la décennie de l éducation en vue du développement durable (2005-2014)

435 auxquelles les collectivités sont impliquées. Le Plan National d'action (PNA) de l'éducation pour un développement durable élaboré par le Comité français de la Décennie entre 2006 et 2008, auquel le Comité 21 a participé, propose deux recommandations plus particulièrement adressées aux collectivités : - développer la formation et la sensibilisation des élus afin qu'ils mettent en place des démarches concrètes de développement durable : imaginer des schémas directeurs d'éducation à l'échelle territoriale et développer des outils d'évaluation et de criblage des projets touchant au développement durable; généraliser les Agenda 21 territoriaux ; - relations des acteurs aux territoires et éducation au développement durable : imaginer des schémas directeurs d'éducation à l'échelle territoriale et développer des outils d'évaluation et de criblage des projets touchant au développement durable. En France, l'etat et de nombreux acteurs s'engageant dans la démarche développement durable ont pris en compte cette nécessité. La Charte de l environnement désormais dans la Constitution française vise l éducation à l environnement dans son article 8 «L éducation et la formation à l environnement doivent contribuer à l exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.» Depuis 2003, l éducation est identifiée dans la Stratégie nationale du développement durable comme un moyen pour contribuer à relever ces défis. La Stratégie vise en effet à «permettre à tous les citoyens de devenir des acteurs du développement durable grâce à l éducation et la formation tout au long de la vie.» L éducation et la formation y ont une place essentielle puisqu elles représentent l un des deux enjeux transversaux (avec la recherche et le développement). Pour le milieu scolaire, la prise en compte de l éducation au développement durable s appuie sur deux circulaires du 15 juillet 2004 et du 29 mars 2007 du Ministère de l'education nationale relative à l éducation à l'environnement pour un développement durable qui fait appel aux collectivités territoriales. 3.3. Les compétences de collectivités locales Depuis plusieurs années, les collectivités amplifient leurs actions d information, de sensibilisation et d éducation au développement durable, complémentaires à la concertation et à la communication et en lien avec leurs compétences respectives, parfois inscrites dans leur stratégie politique (Agenda 21, PLU, SCOT ) avec un volet spécifique consacré à l'éducation. # 22 régions en Métropole et 4 Outre-mer : L échelle régionale dispose des compétences essentielles pour conduire les changements de culture dans les modes de production et de consommation. Grâce à leurs responsabilités dans la gestion des lycées, la formation professionnelle initiale et continue, la recherche et le développement économique, elles disposent d un pouvoir considérable pour moderniser les compétences régionales, aider les éco-activités à passer de la niche au marché, inciter les entreprises à soutenir les politiques régionales de lutte contre les changements climatiques ou d égalité professionnelle # 96 départements : Les départements jouent un rôle primordial dans l acceptation du développement durable en raison de leur responsabilité sociale conférée en 1982 et renforcée depuis la décentralisation du gouvernement Raffarin (2004). Aide sociale à l enfance, aide au logement, aide aux handicapés et aux personnes âgées, insertion sociale et professionnelle, protection sanitaire et judiciaire de la jeunesse Ces missions quotidiennes, auxquelles les Conseils généraux consacrent près de 60% de leur budget, sont un préalable indispensable à l ancrage du développement durable. Elles orientent leurs autres compétences vers la durabilité : aménagement du territoire (voiries, transports non-urbains, ports et aérodromes),

436 préservation de l environnement (ressources en eau, espaces naturels sensibles ), éducation et la culture (collèges, bibliothèques, musées départementaux ). # 36 700 communes et leurs groupements: Les communes et leurs groupements, selon l expression de Jacques Pélissard 30, président de l Association des maires de France, sont les «fantassins» du développement durable. Dans un contexte de désenchantement politique, les communes sont depuis toujours les interlocuteurs privilégiés des citoyens. Leurs compétences touchent tous les domaines de la vie quotidienne : construction et habitat, eau et assainissement, éducation, emploi, culture Même quand ces compétences ont été transférées aux intercommunalités, en particulier dans la gestion de l environnement, elles restent aux yeux des Français les garantes de la qualité de vie et de la justice sociale. Elles détiennent les clés du dialogue avec les habitants. Plus que toute autre, c est l échelle de la transformation citoyenne. 4. LES COLLECTIVITÉS ÉCO-RESPONSABLES Dans le cadre de l'agenda 21, une des priorités de la collectivité est l'éco-responsabilité : elle s'applique à elle-même ce qu'elle recommande aux autres. L'objectif : devenir exemplaire. Ce n est pas toujours facile, d autant plus que la démarche demeure aujourd hui complètement volontaire, mais la collectivité s'y attelle par la sensibilisation, l'information et la formation de ses élus et équipes pour que chacun s'approprie les enjeux du développement durable dans son quotidien : plan de déplacement des employés, charte des achats responsables, réduction des phytosanitaires D un bout à l'autre de la chaîne, la mobilisation et l'adhésion des équipes sont essentielles. Chaque agent doit être en mesure de comprendre les nouveaux enjeux, jusqu alors peu pris en compte, et d adopter une nouvelle méthode de travail, fondée sur la concertation, la transversalité et la prospective. 4.1. Bilan 2005-2008 # Passer de l information à la formation Les collectivités utilisent depuis longtemps des méthodes classiques, diverses et variées, pour assurer la sensibilisation des équipes : séminaires internes, cafés-débat, groupes de thématiques. Elles favorisent la mutualisation des bonnes pratiques. Depuis 2005, elles sont de plus en plus nombreuses à organiser de véritables sessions de sensibilisation consacrées au développement durable. Leur format varie de la demi-journée à la journée. Les collectivités moins engagées proposent des projections de films, la mise à disposition d expositions et de stands, l organisation de débats. De plus en plus de collectivités s investissent encore davantage en proposant des formations. La majorité concerne des sujets thématiques : concertation, économies d énergie, HQE, produits phytosanitaires. Certaines collectivités proposent le format de la formation-action (Besançon, Communauté de communes de l Autunois) mais elles demeurent peu nombreuses. L objectif affiché est souvent de toucher l ensemble des agents et des élus, mais on constate que ces opérations de sensibilisation et de formation au développement durable sont souvent réservées aux nouveaux venus, voire à certaines catégories de personnel. Les voyages d études, certainement pour des raisons financières, sont proposés aux élus, directeurs généraux et responsables de service. 30 Cf. intervention de Jacques Pelissard aux rencontres débats du Comité 21 www.comite21.org/rencontres_debats/compte2005.htm

437 Dans la Communauté d agglomération du Val d Orge, les formations se sont déroulées en trois temps : une session généraliste pour les agents qui le souhaitent sur le concept du développement durable et la façon dont il peut se traduire dans les politiques locales ; une formation de tous les directeurs généraux et leurs adjoints pour impliquer la hiérarchie ; des sessions spécialisées service par service, sur des sujets comme la haute qualité environnementale, les clauses sociales dans les marchés publics, l utilisation de produits biodégradables, Dans l Hérault, tous les nouveaux cadres du Conseil général sont sensibilisés à l Agenda 21 départemental. Cette formation s inscrit dans le dispositif «Passeport Cadres» destiné à communiquer les outils de gestion, le projet d'administration, la charte de l'encadrement, les différentes procédures et les différentes politiques menées par le département 31. Un "parcours d accueil" destiné aux nouvelles recrues est également proposé par la Communauté urbaine de Dunkerque. Cette journée s accompagne d une sensibilisation particulière aux questions du développement durable : projection télévisée d actions pilotes, explications sur les pratiques internes. La Communauté de Communes du Pays des Herbiers (85) a réalisé plusieurs sessions de sensibilisation sur le développement durable et l'éco-responsabilité à l'attention des agents et des communes membres. Au total, les 3/4 des agents y ont assisté. Ces séances ont permis la construction d'une culture commune sur l éco-responsablilité (distribution de questionnaires sur les pratiques individuelles, sensibilisation à la constitution de groupes de travail). Pour pérenniser cette mobilisation, une lettre d information interne trimestrielle est diffusée à tous les agents. La ville de Rezé anime chaque année un forum interne consacré au développement durable : «Les agents parlent aux agents». Une série d ateliers est proposée au cours de deux demi-journées. Sur les 800 agents de la ville et près de 300 ont participé à ce forum. En 2006, Orléans a consacré ses «mardis des services» au développement durable. Trois thématiques ont été abordées : la consommation des ressources, la prise en compte de la différence, le développement des échanges. Dans le cadre de sa contribution au Plan national d'éducation au développement durable de la Décennie, le Comité 21 a réalisé, avec l'appui des membres du Comité français de la Décennie, une fiche-action intitulée «Initiatives territoriales en matière d'information et de sensibilisation au développement durable». Un plan national de formation destiné aux élus et aux équipes territoriales a été proposé pour cette formation indispensable des élus et des agents techniques, comprenant par exemple, l'organisation de séminaires régionaux sur les enjeux et les principes du développement durable pour les élus et les services des collectivités, ou bien encore, l'instauration de formations par projet, réunissant différents corps de métier autour des enjeux structurants (achats responsables, éducation au développement durable, transports en site propres, réduction des phytosanitaires ) 32. # Inscrire l éducation dans la durée Les actions d'éducation menées sont majoritairement ponctuelles. Les opérations annuelles sont souvent rattachées à des manifestations nationales (semaine du développement durable, semaine de la mobilité ) et peuvent être très ludiques (Eco-apéro à Mayenne lors de la semaine du développement durable). Certaines collectivités proposent des actions beaucoup plus régulières et engagent les moyens nécessaires à leur suivi. 31 Ce dispositif a été complété en 2008 par une formation globale sur le développement durable assurée en partie par Guy Hascoët. 32 cf. page 59 du document de décembre 2007 du Comité français de la Décennie : Bilan 2005-2007 et perspectives 2008-2009 : www.decennie- france.fr

438 La ville d Echirolles a dédié un poste d animateur à temps plein chargé de mener un programme de communication interne sur le développement durable, composé de réflexions collectives, de formation, de projections. Même s il intervient aussi auprès du grand public, son poste a été consacré en majorité aux agents. La ville de Mayenne réunit tous les trimestres un groupe de travail dédié au développement durable composé de 14 agents représentatifs des l ensemble des services pour échanger sur les pratiques et les projets à faire évoluer dans la ville. La ville d Orléans a proposé de consacrer ses «mardis des services» au développement durable en 2006. Trois thématiques sont proposées : la consommation de ressources, la prise en compte de la différence, le développement des échanges. # Structurer les outils De plus en plus d outils sont construits en interne pour contribuer à la sensibilisation permanente des agents. Par exemple, un livret d accueil intégrant les bonnes pratiques environnementales pour le SIOM de la vallée de Chevreuse remis à tout nouvel agent, ou le guide des bonnes pratiques élaboré par et pour les agents avec évaluation annuelle via une grille d indicateur et guide sur la démocratie participative dans l élaboration des politiques publiques pour le Conseil général de l Essonne. Le Conseil général des Alpes-Maritimes a élaboré un Plan d'actions éco-citoyennes avec 7 objectifs et 41 actions éco-citoyennes au quotidien afin de sensibiliser et de mobiliser les agents sur leurs gestes au quotidien. Guide de bonnes pratiques, ce plan écocitoyen est une première étape. Il liste une première série de changements à opérer par l administration et ses agents, dans leur travail au quotidien. Il a été élaboré par un groupe de travail composé de personnes issues de différents services, puis présenté dans chaque direction concernée par la mise en œuvre des actions. Il a été conçu pour s'améliorer par l'action de chacun. Les outils de communication traditionnels (Intranet, journal interne) sont également utilisés comme support privilégié pour "faire passer" les messages sur le développement durable. Certaines collectivités offrent même des rubriques régulières dédiées à ce sujet. La ville d Angers a lancé une rubrique «Empreinte durable» sur les enjeux du développement durable dans son journal interne «Contact». C'est un moyen de sensibilisation important et efficace. «Empreinte durable» est alimentée régulièrement et met en avant et valorise les projets et les actions mis en place au sein de la Mairie en matière de développement durable. La ville consacre également une rubrique intranet au développement durable avec une actualité sous forme de brèves (congrès, réunions de réseau, actions exemplaires de services ) mais également pour porter des projets internes de développement durable (comme le Plan de Déplacements d Entreprises ou la centrale de covoiturage). Ainsi en 2006, ont été relayés différents événements ayant trait au développement durable (la journée des bonnes idées durables, la semaine d animation développement durable, la semaine de la mobilité, ). En 2007, ont également été créés des focus thématiques, comme par exemple un focus "Énergie" ou un focus "Bougeons autrement". # Mettre en pratique L apprentissage du développement durable passe avant tout par l action. C'est par le biais des pratiques menées au sein des services que les bonnes habitudes s'ancrent petit à petit : plan de déplacement des employés, charte des achats responsables, réduction des phytosanitaires, autant d'actions qui impliquent les agents au quotidien. Les collectivités sont amenées à rédiger régulièrement des appels d offre. De plus en plus, et c est encore plus vrai pour les collectivités engagées dans un Agenda 21, elles demandent à leurs équipes de rédiger ces documents dans le respect des principes du développement durable.

439 Malheureusement, des tentatives d appels d offre «durable» ayant conduit à des contentieux ou à des appels infructueux ont amené certaines collectivités à être plus prudentes voire à limiter le champ des appels d offre «durable» à ceux qui ne présentaient aucun risque. Il est essentiel, pour les sécuriser, d informer et de former les personnels des collectivités locales sur les procédures et les pratiques que leur propose l actuel code des marchés publics en s appuyant sur les réseaux d échanges relatifs aux achats publics (travaux de l ICLEI, réseau Grand Ouest ) et sur les travaux des associations, notamment ceux de la CLCV et du WWF. En effet, il est nécessaire de s appuyer sur les outils existants comme le guide d achat Topten-pro (sélection de produits, fournisseurs, conseils, aide au choix ) dédié à la commande publique, porté par des ONG (WWF, CLCV), avec un partenariat actif de collectivités (Grand Lyon, Collectivité territoriale de la Corse, Région Nord-Pas-de-Calais, villes de Paris, Lille, Chalon-sur-Saône), de l Union sociale pour l habitat, et le soutien de l Association nationale des communautés urbaines de France, de l Association des écomaires, de l ADEME et de l Union européenne. On peut citer quelques opérations innovantes et exemplaires pour encourager l émergence de projets internes et convaincre les agents d adopter de nouveaux comportements. Le Conseil régional Rhône-Alpes a mis en place une méthode d appréciation régionale du développement durable que tous les porteurs de projets de la collectivité doivent utiliser dans l évaluation et les mécanismes décisionnels. La ville du Havre propose depuis 2006, chaque année, un concours «Innovations pour le développement durable» qui récompense les trois projets les plus innovants mis en œuvre dans le cadre de l Agenda 21 de la ville. Les membres du Comité partenarial de l'agenda 21 sont associés au jury interne de sélection des lauréats du concours. Quelques exemples de projets retenus : installation de récupérateurs d eaux de pluie dans les bâtiments municipaux, réalisation d un plan de déplacements alternatifs à la voiture, mise en place d un dispositif de remise en état de mobilier pour les personnes en difficulté, acquisition d une éolienne pour alimenter en électricité les manifestations que la ville organise en extérieur, La ville s'est dotée en juin 2007 d'un parc de vingt vélos pour ses agents, tandis qu'un plan de déplacement des employés est en cours de réalisation. Le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais sensibilise ses agents aux congés solidaires ayant pour objectif la formation des adultes, l'éducation des enfants, et la protection de l'environnement. La Région propose ainsi la prise en charge du déplacement et de l hébergement dans le cadre de ces congés pris par ses agents. On peut regretter le manque d informations reçues concernant les moyens humains et financiers, les partenaires, et l évaluation. Lorsque c est précisé, on constate que ce sont les services développement durable et communication qui sont mobilisés. Les partenaires cités sont le CNFPT, des bureaux d étude spécialisés, le Comité 21 et des acteurs locaux. En termes d évaluation, l information recueillie s en tient au nombre de personnes touchées, mais très peu à la qualité de l action. L'évaluation reste encore un chantier à construire! 4.2. Freins et leviers La disponibilité des agents et des élus, la volonté politique, l existence d une stratégie interne d éducation au développement durable, les outils de communication, l inscription dans la durée, la transversalité entre les services, la formation, les messages anti-alarmistes sont autant d éléments dont les collectivités doivent tenir compte pour mener à bien leurs actions d éducation au développement durables en interne.

440 Tableau de synthèse des freins et leviers identifiés par les collectivités (Consultation nationale des collectivités menée par le Comité 21 en juillet 2008) Collectivités Freins Leviers Conseil régional de Franche-Comté Conseil régional du Limousin Conseil régional de La Réunion Conseil général de l Essonne Communauté urbaine Marne et Chantereine - Déterminer les meilleurs moments (temps de travail ou temps de pause des agents) et la meilleure périodicité pour organiser les actions ; - Élaborer et organiser des actions susceptibles de concerner également les agents des lycées qui se trouvent sur des sites excentrés répartis sur l ensemble de la région. - Problèmes de disponibilités des élus pour les séances d information - En termes de communication, le temps et les outils de sensibilisation relatifs au développement durable adaptés aux collectivités font défaut - La nécessité de l élaboration d une stratégie interne de communication - Élaboration et la mise en œuvre doivent être conduites en transversalité, ce qui requiert du temps - Difficulté à mobiliser les agents sur des séances de sensibilisation et de travail volontaires ; - La mise en œuvre de pratiques de développement durable est plutôt considérée comme une surcharge de travail. - L intérêt rencontré par ces actions, la sympathie des agents pour les projets liés au développement durable qui font consensus ; - Le portage par le DGS et la volonté politique. - Renouveler les sensibilisations ponctuelles pour entretenir l implication et augmenter le nombre de personnes touchées - Portage politique de la démarche Agenda 21 interne à son plus haut niveau, - Implication de tous les services de la collectivité grâce au travail de sensibilisation interne réalisé par les référents au sein de leur service - Valorisation des actions concrètes de la Région en matière de DD : énergies renouvelables, projet de Tram-Train, politique d'éco-développement, - Élaboration du PR2D (Plan régional de développement durable), du Schéma régional de développement durable - Positionnement de la SR213 sur le développement durable - La formation - La volonté politique ; - Un poste de chargé de mission Agenda 21 ; - Axer davantage les séances de sensibilisation et de travail sur les gains potentiels que sur les catastrophes écologiques mondiales ; - Les nombreux réseaux qui travaillent pour le DD.

441 4.3. Perspectives pour les 7 ans à venir Intégrer le développement durable dans toutes les formations, s engager dans des actions exemplaires (plan de déplacement de l administration, bilan carbone ), mener des projets ambitieux (plan climat, stratégie interne d éducation au développement durable), associer l ensemble des catégories du personnel aux étapes de l Agenda 21, évaluer les retombées des actions Les collectivités sont force de propositions pour entretenir la dynamique dans les années à venir. Synthèse des perspectives identifiées par les collectivités pour la période 2008-2015 (Consultation nationale des collectivités menée par le Comité 21 en juillet 2008) Collectivités Stratégie adoptée, actions prioritaires, partenariat envisagé Conseil régional Basse- - La stratégie consiste à amplifier cette dynamique, à Normandie prolonger les actions initiées et à mettre en œuvre les actions de l Agenda 21 liées à cet axe de travail, parmi lesquelles on trouve : " Sensibiliser les agents du siège aux éco-gestes quotidiens : prolonger les actions du groupe " Former les agents au DD et intégrer le DD dans toutes les formations " Mettre en place le Plan de déplacement de l administration " Mettre en œuvre une démarche qualité au sein du service des aides aux entreprises " Systématiser les démarches de dématérialisation Conseil général de l Essonne - Poursuite de la mise en place d actions exemplaires - Nouvelles actions sur les déchets et la construction - Plan climat territorial - Mise en œuvre d'actions de réduction des GES suite au bilan carbone de 2008 Conseil régional Réunion - Une stratégie interne de communication / sensibilisation Communauté urbaine Marne et Chantereine Ville d Angers sera élaborée et mise en œuvre. - Nouvelles séances de sensibilisation (à la démarche projet pour les agents, à la gouvernance pour les élus) ; - Association des élus et agents à l évaluation et la remise à jour du programme d actions de l Agenda 21 ; - Désignation d un référent «bonnes pratiques» dans chaque service. - Informer les agents sur l ensemble des évènements nationaux et internationaux DD auxquels participent des élus ou agents - Définir un indicateur de sensibilisation au DD pour connaître le niveau de sensibilisation des agents au DD - Valoriser les innovations et initiatives internes liées au DD - Intégrer le DD dans la procédure d accueil du personnel

442 5. LES COLLECTIVITÉS AGISSENT AUPRÈS DES CITOYENS Témoins de la montée des risques et des nombreuses incertitudes auxquelles sont confrontés les décideurs, les citoyens ont développé depuis quelques années une forte demande sociale pour une réelle participation aux collectifs et aux politiques publiques. Chaque habitant doit avoir la possibilité de prendre une part active aux décisions et à l action collective. Il doit donc être formé à exercer pleinement ses droits et ses responsabilités. Et les collectivités l ont bien compris! Les collectivités jouent une part croissante dans cette éducation au développement durable des citoyens. Elle est au nombre de leurs compétences, parce qu elles gèrent les établissements scolaires, parce qu elles sont acteurs de l aménagement du territoire et gestionnaires des biens et services publics. Aujourd hui, la plupart des collectivités prennent donc en charge la pédagogie du développement durable, très souvent en coordination avec les associations locales et nationales, pour que chaque acteur comprenne les grands enjeux : changement climatique, déclin de la biodiversité, insertion sociale, solidarité internationale 5.1. Bilan 2005-2008 # Événements Depuis quelques années, les collectivités ont investi la communication et l'événementiel pour sensibiliser le citoyen : de l'organisation de salon (Communauté d'agglomération Cap Lorient avec le Salon "Terre!" depuis 2003), en passant par les campagnes d'information locales (sur le réchauffement climatique de la Région Rhône-Alpes) jusqu'aux animations variées comme les cafés éthiques de la ville d'angers. Ces manifestations sont de plus en plus nombreuses, régulières et qualitatives. Les communes ont été particulièrement nombreuses à proposer des événements. Au plus proche du citoyen, la commune est l'échelle territoriale idéale pour l'éducation au développement durable. Les communes sont les interlocuteurs privilégiés des citoyens. Leurs compétences touchent tous les domaines de la vie quotidienne : construction et habitant, eau et assainissement, éducation, emploi, culture Nous l'avions déjà identifié dans notre étude sur la Contribution des collectivités à l éducation au développement durable (publiée en 2007), la ville de Lille a fait preuve d'un investissement constant pour cette éducation non seulement des citoyens mais aussi pour tous ses partenaires à travers les campagnes d'années. Elle a organisé des temps forts de mobilisation, d éducation et d actions autour de thèmes fédérateurs : l eau (2001), l alimentation (2003), la nature en ville (2005) et agir ensemble pour une ville durable et solidaire (2007). Pour Danielle Poliautre, maire adjointe de Lille à la qualité de vie et au développement durable,"ces campagnes annuelles permettent de conjuguer le développement durable au quotidien, en sensibilisant et en mobilisant l'ensemble des acteurs." Certaines collectivités se sont associées pour construire des projets communs en direction du public : c'est le cas avec la campagne "Acheter malin, c'est jeter, moins!". De 2002 à 2006, Lille, en partenariat avec Lille Métropole, le Conseil régional du Nord Pas-de-Calais et la CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie), a participé au projet de Réseau transfrontalier de prévention des déchets ménagers «Acheter malin, c'est jeter moins!». Il a impliqué 375 000 habitants belges et 300 000 Lillois. L objectif était de sensibiliser la population de consommateurs à réduire la quantité de déchets en modifiant ses comportements d achats. Pour cela, Lille a publié un guide pratique du «consommateur averti» diffusé à plus de 200 000 exemplaires. 25 familles ont accepté de mesurer leur volume de déchets pendant trois mois et d'évaluer, en fonction des conseils, l'évolution de leur comportement et son impact sur les déchets produits.

443 # Outils de sensibilisation La plupart des collectivités réalisent des outils de sensibilisation pour le grand public sur les enjeux du développement durable mais aussi par rapport à leur démarche Agenda 21. Le guide écocitoyen de la Communauté de commune de l'autunois est un des tout premiers guides les plus complets sur les mesures simples à mettre en œuvre pour tous au quotidien. Traitant des thèmes comme la consommation responsable, les dépenses des foyers, les enjeux sanitaires, le guide a été adressé à la moitié des administrés. Pour informer la population, la grande majorité des collectivités consacre régulièrement des dossiers sur le développement durable, à l occasion par exemple du lancement d un plan d actions de l'agenda 21 et parfois en relation avec les enjeux ou événements nationaux ou internationaux. Ils diffusent reportages, interviews des porteurs de projets - internes ou externes - des jeux et quizz sur le développement durable, des questionnaires de consultation y sont encartés. La ville d Auxerre édite deux fois par an une lettre d information dédiée à son Agenda 21. Cette lettre a suivi une progression pédagogique. S attachant dans son premier numéro à définir les notions du développement durable, les outils et les exemples concrets, elle présente dans le second la gouvernance de l'agenda 21 (groupes de consultation des habitants, agents municipaux, acteurs locaux, et composition et rôle du comité de pilotage, du comité technique et des ateliers). Son troisième numéro développe la stratégie de la ville et le rôle du citoyen. Des exemples de projets ont été présentés dans le cinquième numéro sur les économies d eau, les économies d énergie, la lampe basse consommation, l empreinte écologique ou encore la participation des habitants Les centres de ressources sont des structures indispensables pour informer, former et éduquer. Ils se multiplient sur le territoire national avec pour entrée thématique principale, l'énergie. La Communauté urbaine de Marne et Chantereine a créé un pôle d'énergies renouvelables et environnement (PEREN), sous le statut de société coopérative d'intérêt collective. Elle anime en permanence une grande vitrine des énergies renouvelables et de l'éco-construction et regroupe un espace Info Energie, un forum de sensibilisation qui propose des animations pour le grand public et les scolaires, une vitrine technologique, et une boutique "développement durable". Depuis peu de temps, des spectacles sous forme de pièce de théâtres sont proposés au grand public. La Communauté d'agglomération de Rennes a élaboré un spectacle intitulé "La Terre allant vers" pour aborder de façon originale les enjeux du développement durable. Un collectif d'artistes locaux, composé de l'association Patchrock et de la compagnie du Grenier vert, a été retenu. Il y est question d'un consommateur compulsif, qui nous ressemble beaucoup, Mr Toukoutt, mis face à ses contradictions et aux conséquences de ses actes, va prendre peu à peu la dimension des défis pour la planète. D'avril à octobre 2006, une vingtaine de représentations ont été données, auprès du grand public et des scolaires (environ 3000 spectateurs) suivies d'un débat avec le public. # Instances (comités de quartier, grenelles régionaux ) Dans le cadre de leur politique de développement durable, les collectivités développent aujourd'hui les instances de concertation ou de démocratie participative pour construire avec leurs citoyens une culture territoriale du développement durable. Ces instances (conseil de quartier, conseil de jeunesse ) participent à l'éducation au développement durable de l'ensemble des acteurs d'un territoire par les espaces d'échanges et de débat. Selon les termes de l Agenda 21 de Rio (chapitre 28.3), «la concertation et la recherche d'un consensus permettraient aux collectivités locales de s instruire au contact des habitants et des associations locales, civiques, communautaires, commerciales et industrielles et d'obtenir l'information nécessaire à l'élaboration des stratégies les plus appropriées. Grâce au processus de concertation, les ménages prendraient davantage conscience des questions liées au développement durable». Ces instances donnent également les moyens aux citoyens de participer également aux choix stratégiques de leur territoire.

444 Le Conseil général de l'essonne a créé l'observatoire participatif des engagements (OPE) en 2003. Chargé de suivre et d évaluer la mise en œuvre des 120 engagements de l'agenda 21, l OPE apporte un éclairage citoyen aux débats et projets politiques départementaux. Il était structuré en quatre groupes de travail correspondant aux quatre orientations stratégiques du premier Agenda 21 départemental. La participation à l Observatoire est individuelle, libre, bénévole et ouverte à toute personne résidant ou travaillant en Essonne. 428 personnes ont pu assister à des réunions de travail de groupes mais aussi à des auditions et rencontres avec les services et élus départementaux, des visites de terrain sur les réalisations départementales, des présentations de nouvelles politiques. Le citoyen essonnien a également vu son rôle d acteur s élargir dans le co-pilotage de certains engagements de l Agenda 21 et de son accompagnement d initiatives portées au niveau local, comme par exemple la Quinzaine du commerce équitable. # L'apprentissage par l'action : appels à projets, concours L'apprentissage des citoyens par l'action est indispensable pour comprendre les nouveaux enjeux. Il répond aux besoins des citoyens. Les collectivités organisent de nombreux appels à projets pour tout public et particulièrement pour les citoyens. Dans le cadre de son Agenda 21, le Conseil général de l'essonne souhaitait faire participer les acteurs institutionnels, le réseau associatif et les Essonniens. L organisation en 2006 puis en 2007 des Prix de l Agenda 21 ouverts aux associations, collectivités locales, entreprises, collèges et Essonniens a permis de repérer et valoriser les acteurs impliqués dans le développement durable sur le territoire. Chaque année, le Conseil général de la Gironde lance les Trophées Agenda 21 de la Gironde afin de récompenser et valoriser les réalisations exemplaires de développement durable menées sur le territoire. Ce trophée est l'occasion pour les citoyens qui œuvrent dans ces domaines de valoriser leurs actions et de partager leurs expériences, afin de créer de l émulation autour de projets concrets qui contribuent à des enjeux plus globaux. Il s agit d organiser la contagion du développement durable en Gironde en diffusant les «bonnes pratiques» et en évaluant les résultats. # Plan d'éducation L'éducation au développement durable doit s'inscrire parmi les axes stratégiques de toute démarche Agenda 21 de la collectivité. La plupart des collectivités l'ont bien compris et l'ont intégré dans leur stratégie. Le premier plan d actions Agenda 21 de la ville de Limoges a été adopté en juin 2005. Sa ligne directrice : le bien collectif. Neuf objectifs de travail ont été identifiés, dont "les conditions d une implication collective et citoyenne dans la vie de la cité". Il comporte 23 axes de travail, dont 5 concernent spécifiquement l éducation et la sensibilisation des citoyens : susciter une appropriation par tous des espaces naturels ; diversifier les formes d appropriation des espaces publics ; éduquer et sensibiliser aux questions de santé ; promouvoir une participation active et efficace des associations et des citoyens à la vie des quartiers ; susciter des comportements citoyens en matière de déplacements. Mais très peu, aujourd'hui, ont mis en œuvre une stratégie d'éducation au développement durable à l'échelle de leur territoire. Le Grand Lyon est une des premières collectivités à avoir élaboré un tel Plan d'éducation, adopté le 10 juillet 2006 dans le cadre de l'agenda 21. L'éducation au développement durable est complémentaire aux fonctions de communication, de concertation et de formation au Grand Lyon. Le document donne les orientations des actions pédagogiques menées par les services et fixe les 15 thèmes d'éducation que souhaite financer le Grand Lyon, à travers les projets d'éducation portés en particulier par les associations. Ce plan, qui relève d une vision collégiale, transversale et thématique, est présent dans le comité de suivi de l Agenda 21, composé d'élus.

445 # Focus sur les jeunes Éduquer au développement durable les jeunes par l'action Compte-tenu des missions qu elles assurent auprès des établissements scolaires (construction et réhabilitation, gestion des flux, approvisionnement alimentaire et énergétique, desserte des établissements en transports, accessibilité des plus démunis aux matériels et ouvrages scolaires ), les collectivités sont nombreuses à les accompagner par rapport aux orientations publiques, à soutenir les démarches de la communauté éducative ou à leur proposer des initiatives d'éducation au développement durable (animations, projets pédagogiques ). Il existe de nombreuses actions menées dans ce sens sur les territoires et ce, avec une grande diversité d'acteurs notamment associatifs pour sensibiliser et former la population. Les associations sont, au même titre que les collectivités territoriales, des acteurs incontournables de l'eedd puisqu'elles disposent d'outils adaptés. Depuis 2006, la région Basse-Normandie récompense chaque année quatre projets portés par des jeunes de 16 à 30 ans. Ce prix vise à soutenir des projets d intérêt régional et axés sur des thématiques de développement durable. Les critères de sélection des candidatures sont : l impact du projet sur les aspects environnementaux et sociaux, la réalisation du projet sur le territoire bas-normand, l implication des acteurs locaux, les partenariats, les garanties financières et techniques, le caractère innovant et la reproductibilité sur d autres territoires. Les lauréats se partagent une enveloppe de 11 500 euros. En 2007, le premier prix a été attribué à un jeune entrepreneur pour la construction d une planche de kit surf construite à base de matériaux écologiques, de lin principalement. Depuis 2001, la Communauté urbaine de Bordeaux et l'inspection Académique travaillent ensemble pour mettre en place un dispositif d'éducation au développement durable permettant aux enfants (classes de cycle3) d'appréhender les enjeux du développement durable. Pendant l'année scolaire 2007-2008, 7 000 écoliers issus d'une centaine d'écoles (27 communes) ont profité de ces actions. Ce dispositif est reconduit pour 2008-2009. Un guide présente le dispositif en trois types d'actions : actions de sensibilisation, actions de projet et Agenda 21 scolaire. Pour chaque type d'action, sont présentés les objectifs, le mode opératoire et des exemples de réalisations. Depuis 2005, le Conseil général des Deux-Sèvres, en partenariat avec l'education nationale et les associations locales, propose un programme intitulé "Prévention de la production et gestion responsable des déchets d'activités" à l'ensemble des 52 collèges (publics et privés) du département. La "porte d'entrée" déchets a été choisie parce qu'elle constituait une préoccupation certaine dans beaucoup d'établissements (quantités générées, stockage, coût de collecte). Au cours de l'année 2006-2007, les personnels de tous les collèges ont été sensibilisés au développement durable et à la problématique "déchets" par le biais d'une présentationdébat. Plus de la moitié des collèges se sont engagés dans des actions. Au-delà de la gestion des déchets, beaucoup d'établissements ont souhaité aller plus loin et certains s'engagent dans des démarches d'agenda 21 scolaire à partir de septembre 2008. Le budget d'animation est d'environ 8 000 " par an pour un chargé de mission à tiers-temps et une apprentie (niveau Licence pro). La ville de Beauvais souhaite créer une culture du développement, dès le plus jeune âge. Dans ce dessein, elle favorise l implication des jeunes dans des actions concrètes sur le choix alimentaires avec le programme EPODE (Ensemble Prévenons l Obésité des Enfants), qui se traduit par la promotion en classe d une alimentation saine et équilibrée (5 000 élèves concernées par cette démarche).

446 Engager les jeunes dans le débat citoyen Les collectivités sont à l'écoute des jeunes. Ils représentent les électeurs, les consommateurs et les décideurs de demain. Il est important qu'ils participent aux instances publiques et débattent sur les enjeux du développement durable à l'échelle de leur territoire. De nombreux conseils municipaux, départementaux, régionaux des jeunes, de 7 à 25 ans, existent en France. Leurs membres sont en général élus dans les établissements scolaires à l'initiative des collectivités (villes, départements, régions). Il existe à l'heure actuelle 1 600 conseils d'enfants et de jeunes (www.anacej.asso.fr). Certaines collectivités, comme les villes de Châtenay-Malabry, de Juvisy-sur-Orge, de Viry-Châtillon, le Grand Nancy, Rennes Métropole, le département du Val-de-Marne ou la région Poitou-Charentes ont impulsé la création de conseils de jeunes pour le développement durable, associés à la stratégie territoriale de développement durable. En proposant des appels à projets ou des actions communes à plusieurs établissements scolaires, le Conseil régional des jeunes du Limousin est particulièrement concerné par le développement durable. Le 28 juin 2008, le Conseil a validé trois projets dont "la sensibilisation des lycéens aux enjeux du développement durable. Créé en 1999 par l'assemblée départementale, le Conseil général des jeunes d'eure-et-loir est composé des représentants des 51 collèges publics et privés du département. Outil d échanges et de dialogue entre les jeunes et avec la collectivité, il offre à ses membres la possibilité de réaliser des projets avec le soutien du Conseil général. En 2006, ces élus juniors ont orienté leurs réflexions vers le développement durable et ont élaboré un guide «Agenda 21 junior», Agenda local pour le 21e siècle, afin de sensibiliser tous les collégiens du département d Eure-et-Loir. Mine d informations, de réflexions et d incitation à agir, l Agenda 21 est structuré en neuf axes : l eau, la biodiversité, l agriculture, l économie, le handicap, l accès à la santé, les énergies, la croissance urbaine, l éducation pour tous La direction éducation-formation de la Région du Poitou-Charentes a lancé un appel à projets intitulé «Dix plaidoyers pour le développement durable». Chaque classe de lycée inscrite préparait un argumentaire incitant à réfléchir à l impact des choix quotidiens (biodiversité, santé, nutrition, modes de consommation, relations Nord/Sud, modes de déplacement, consommation d énergies, etc.). Les projets ont fait l objet d une synthèse qui a servi de trame à la rédaction d une Charte d engagements réciproque entre la Région et les établissements d enseignement. Après examen du jury, le plaidoyer lauréat en 2007 est une pièce de théâtre sur le développement durable Et si on s y mettait tous maintenant, écrite par deux élèves du lycée Victor Hugo de Poitiers. Encourager et soutenir les Agenda 21 scolaires La contribution des collectivités à l éducation au développement durable s est renforcée, dans un contexte où la prise en compte du développement durable au sein de l Education nationale formation des enseignants, contenus pédagogiques, ouverture des pratiques pédagogiques à la concertation, ouverture de l'établissement au partenariat émergeait dans les textes à partir de 2004 (circulaire du 15 juillet 2004, loi d orientation sur l avenir de l école du 23 avril 2005) et plus précisément, avec la circulaire du 29 mars 2007. Extrait de la circulaire N 2007-077 DU 29-3-2007: Ces démarches E3D (établissement en démarche de développement durable) nécessitent aussi que soient établis et développés des partenariats étroits avec les collectivités territoriales qui ont souvent dans ce domaine un important rôle d impulsion, avec les services déconcentrés de l État relevant d autres ministères, comme les directions régionales de l environnement, des structures comme l agence de l environnement et de la maîtrise de l énergie et tout acteur civil (entreprise, association, fondation...) dont l expertise en la matière peut permettre de mener au mieux le projet de l établissement. Selon les priorités locales, l éducation aux risques majeurs,

447 l éducation à la santé ou la promotion de l utilisation du vélo à l école et pour aller à l école, par exemple, peuvent aussi donner lieu à des projets spécifiques dans une perspective de développement durable. Les collectivités territoriales sont des acteurs incontournables de l'agenda 21 scolaire. Depuis 2005, elles sont nombreuses, en partenariat avec l'académie ou le rectorat, à impulser des expérimentations Agenda 21 scolaires auprès des établissements dont elles ont la compétence. Aujourd hui, près de 500 établissements scolaires s engagent dans cette voie. Ces démarches, intitulées Agenda 21 scolaires, contribuent à l apprentissage par les jeunes des enjeux du développement durable, à travers des actions concrètes sur l approvisionnement alimentaire ou énergétique des établissements, sur les trajets domicileécole, sur la diversité culturelle, sur la solidarité internationale etc. La Région Franche- Comté a décidé en 2005, d encourager les actions de sensibilisation au développement durable auprès des établissements scolaires. Dans ce cadre, 24 lycées volontaires se sont engagés, dès janvier 2006, dans l élaboration d un Agenda 21 scolaire. Ils ont été rejoints en 2008, par 13 nouveaux établissements. Actuellement, ce sont donc 37 lycées publics sur 64 qui abordent de manière concrète le développement durable. Les lycées engagés dans la démarche ont bénéficié d une assistance à maîtrise d ouvrage (société DSA Environnement associée aux CPIE de Franche-Comté), dont le coût moyen pour la collectivité représente 7 000 " par lycée, et d une aide au pilotage de projets, financées par le Conseil régional, permettant d assurer la cohérence régionale de la démarche. Un comité régional de pilotage, associant les deux autorités académiques (Rectorat et DRAF) qui ont également inscrit le développement durable dans leurs priorités, s est régulièrement réuni. La Région Provence-Alpes-Côte d Azur en partenariat avec les académies d'aix-marseille et Nice, la direction régionale de l'agriculture et de la forêt (DRAFT) mène une expérimentation Agenda 21 depuis la rentrée scolaire 2007 auprès de 9 lycées publics pilotes volontaires. Une assistance à maîtrise d ouvrage a été retenue pour accompagner ces lycées pendant deux années scolaires (jusque fin juin 2009) dans leur diagnostic puis l élaboration et la mise en œuvre de leur plan d action. Au regard d une première année d expérience, la Région a souhaité lancer une deuxième expérimentation sur 10 lycées et 1 CFA supplémentaires pour l année scolaire 2008/2009. Au total le budget d assistance à maîtrise d ouvrage est de 100 000 " pour l accompagnement des 20 établissements entre septembre 2007 et juin 2009. Dans cette phase expérimentale de deux ans, les actions qui découleront des plans d action seront financées par la Région au cas par cas. Les collectivités qui ont lancé des expérimentations depuis trois ans, envisagent aujourd'hui une généralisation sur leur territoire pour la rentrée 2009-2010. Mais de nombreuses questions restent encore aujourd'hui en suspens : Quelles ressources pour cette généralisation (soutien partenarial, formation, budgets, réseaux, )? Quels outils? Pour réussir cette étape, l'education nationale doit contribuer à la réussite de cette étape en proposant la formation des équipes (recteurs, inspecteurs, enseignants ), des dispositifs d'accompagnement adaptés, d'aménagements horaires Le partenariat à l'échelle d'un bassin de vie, sous forme par exemple d'un espace de concertation (cf. plateforme de concertation en Provence Alpes Côte d'azur - page 25) entre tous les acteurs, reste une perspective de réussite pour généraliser et pérenniser ces projets. Sur la base de l expérience acquise, le Conseil régional de Franche-Comté réfléchit au lancement de d'un nouvel appel à candidature Agenda 21 scolaires auprès des 27 établissements publics non encore engagés dans la démarche, à l automne 2008. Le démarrage de la troisième vague des Agenda 21 pourrait avoir lieu à la rentrée scolaire 2009-2010. La majeure partie des lycées seront engagés dans la démarche Agenda 21. La Région réfléchit donc à mettre en œuvre une structure adaptée en interne à la Région, afin de répondre efficacement aux attentes des établissements. Depuis la rentrée 2006, la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) a lancé des Agenda 21 scolaires dans dix écoles primaires de son territoire. Cet accompagnement se déroule sur

448 trois ans, la première année du processus consiste à établir un comité de pilotage qui comporte des élèves de tous niveaux et des membres de l équipe pédagogique. La deuxième année, le comité de pilotage réalise un état des lieux de l établissement, c'est-àdire, un diagnostic. Enfin, durant la dernière année, il s agit de mettre en place un plan d actions suite au diagnostic effectué l année précédente. La CUB tient à ce que chaque étape de mise en œuvre de ce dispositif puisse être appréhendée par chaque enfant. Elle assure la cohérence et le bon déroulement des actions d'agenda 21 scolaires en liaison avec l'ademe, et en coordination avec le CREAQ, association d'éducation au développement durable. Pour la rentrée 2009, avec l'appui d'un kit méthodologique détaillé, elle envisage de proposer à toutes les écoles primaires de s'engager dans cette démarche. 5.2. Freins et leviers Même si les obstacles sont nombreux (population hétérogène, mise en œuvre de consultations chronophages, restrictions budgétaires, réglementation contraignante en milieu scolaire, manque d outils ), les collectivités sont conscientes des leviers pour les contrer : la volonté politique, la diversification des méthodes de sensibilisation, la souplesse, et surtout les partenariats avec les acteurs des territoires. Tableau de synthèse des freins et leviers identifiés par les collectivités Collectivités Freins Leviers Conseil régional de Basse- Normandie Les principaux freins résident dans la capacité à intervenir auprès de l ensemble de la population basse-normande. La Région tente de multiplier ces interventions afin de toucher un maximum de publics, mais certains acteurs restent difficiles à mobiliser. Les leviers de cette politique résident principalement dans la diversité des acteurs du territoire susceptibles de s associer aux efforts de la Région dans ce domaine : associations, entreprises, collectivités ou représentants de l Etat cherchent à atteindre ces mêmes objectifs d éducation des citoyens et contribuent à la stratégie de la Région. Conseil régional de Franche- Comté Au niveau de la participation à l élaboration de l Agenda 21 du lycée : - Veiller à la représentativité du comité de pilotage, sachant que le chef d établissement est la personne moteur de ce comité - Associer toute la communauté éducative : personnels administratifs, Agents des lycées, CPE, enseignants, élèves, parents d élèves, - Rechercher tous les moyens possibles pour pallier à la difficulté de sensibiliser les élèves - Initier les établissements scolaires à l apprentissage de la gouvernance - Veiller aux liens entre l Agenda 21 et le projet d établissement et avec le Conseil d Administration du lycée Au niveau de la période d élaboration de l Agenda 21 du lycée: - Tenir compte de la spécificité du calendrier scolaire s étalant sur 10 mois et des périodes d examens - Prendre en compte le renouvellement des personnes à chaque

449 Conseil régional du Limousin rentrée scolaire - Prévoir une phase Etat des lieux courte à expliquer pour éviter les frustrations - Savoir adapter le calendrier et être souple dans les différentes étapes d élaboration - Sensibiliser à l évaluation des actions Au niveau de l assistance nécessaire pour élaborer l Agenda 21 du lycée : - Se placer dans un rôle de conseil et non de faiseur «à la place» des lycées - Être à l écoute, savoir animer et motiver (ou remotiver) les équipes - Savoir s adapter à chaque situation spécifique de chaque lycée - Fournir les outils adaptés avec des grilles d analyses et de trames de plan d actions types. Valoriser les outils de communication - Veiller à ne pas oublier les volets «économique» et «social» dans les Agendas scolaires - Difficulté à mobiliser les citoyens pour les consultations - Organisation des consultations chronophage et coûteuse Conseil général de la Réunion - le coût de la mise en œuvre de ces démarches. - Les réseaux, afin de diffuser l information Conseil général de l'essonne Conseil général de l'hérault Public hétérogène, mobilisation difficile pour les instances de concertation, les membres ne sont pas forcément représentatifs du territoire - Fragilité économique liée à la baisse des aides des partenaires institutionnels - Une réglementation plus contraignante pour les interventions en milieu scolaire - La mise en concurrence des associations - La multiplication des actions ponctuelles au détriment du projet. - Diversifier les modes de sensibilisation - Les instances de concertation aboutissent à une réelle collaboration avec les élus et l administration - Partenariat étroit avec l inspection académique et les acteurs locaux en matière d EDD - Une structuration des associations départementales en réseau (COOPERE 34) soutenu par le Conseil général et les autres partenaires institutionnels - Une implication forte des élus (commission environnement et Agenda 21) - Soutien technique et financier du Conseil général sur la base d objectifs concertés - Un contexte régional favorable avec la signature d une convention cadre régionale. Conseil général du Var - les restrictions budgétaires qui - la volonté politique

450 imposent de recentrer nos actions sur les compétences obligatoires du Département - le coût des actions à l Education à l environnement et au développement durable. CAMSA Mulhouse-Alsace Sensibilisation en interne : -diversité des services entraînant des besoins spécifiques Sensibilisation en externe : -difficulté de répondre aux attentes de l ensemble des publics, notamment sur les outils disponibles -mobilisation de la population aléatoire en fonction des thèmes abordés -multiplication de l offre de sensibilisation par des organismes extérieurs, malgré des objectifs parfois différents -contexte national et médiatique créant une forte demande de la population -communication autour des économies générées par les gestes environnementaux Communauté Urbaine de Bordeaux Communauté Urbaine Marne et Chantereine - Baisse de l intérêt politique des citoyens ; - Manque de suivi de certains citoyens aux différentes séances, ateliers ou groupes de travail ; - La démocratie participative ne touche pas forcément le public auquel elle est destinée et peut suffisamment forte pour continuer à œuvrer dans ce domaine - les moyens financiers pris sur la T.D.E.N.S. - l appui des partenaires - la prise de conscience générale et la volonté d agir de chacun Sensibilisation en interne : - une hiérarchie sensibilisée qui relaie auprès de l ensemble des collaborateurs -des élus moteurs dans différents domaines - Le dispositif d actions pédagogiques repose sur un réel partenariat instauré entre tous les acteurs du territoire. Ce partenariat se concrétise par un dialogue constant, la mutualisation des méthodes de travail et de connaissances respectives. Le portage politique de la collectivité et les possibilités budgétaires octroyées favorisent la réussite de ce dispositif qui peut dans ces conditions se dupliquer sur d autres territoires. - Investissement et engagement de certains citoyens ; - Valeur ajoutée apportée par les conseillers du conseil participatif pour les choix intercommunautaires ; - TIC ;

451 Ville du Havre apparaître, en certains cas, comme une opposition supplémentaire. ; - Incompréhension entre agents/élus/conseillers. - La démocratie participative est dépendante de la démocratie représentative - La difficulté pour les administrés de dégager du temps personnel pour ce type d opération - La nécessité de rester dans des budgets raisonnables eu égard aux diverses actions entreprises par la collectivité - L appréhension de la prise de parole en public - La difficulté de positionner un message fort sur le thème du développement durable qui est surexploité - Les limites de la diversification des animations - L utilisation d outils de communication traditionnels : surconsommation du papier - Un discours qui peut souvent paraître moralisateur - Volonté politique. - L implication des élus et de la Direction générale - L originalité des rendezvous - l information sur les résultats des efforts entrepris - La reconnaissance des efforts engagés - La présentation d outils, de retours d expérience concrets - La multiplication des partenaires - La sensibilité croissante des enfants et du grand public à la question - La flexibilité des programmes et des horaires - La convivialité - Le recours à des experts externes, des points de vue différents - L intégration des actions de sensibilisation à un parcours de formation (pour la sensibilisation en interne) - L élaboration de campagnes de communication ciblées et originales - L aménagement de stands et d outils pédagogiques écoconçus 5.3. Perspectives pour les 7 années à venir Les collectivités engagées dans des Agenda 21 se sont déjà fixé des objectifs pour les prochaines années en termes d éducation au développement durable du citoyen, qu elles sont bien décidées à atteindre à travers des actions concrètes : - renforcer les actions vers les établissements scolaires ; - créer un schéma d éducation au développement durable assorti d un plan d action défini en concertation ; - constituer des réseaux, accentuer la participation citoyenne (budget participatif, Grenelle local ) ; - créer des lieux exemplaires et ressources en développement durable

452 Synthèse des perspectives identifiées par les collectivités pour la période 2008-2015 (Consultation nationale des collectivités menée par le Comité 21 en juillet 2008) Collectivités Conseil régional de Basse-Normandie Conseil régional de Franche-Comté Conseil régional de la Réunion Conseil général de l Essonne Conseil général de l Hérault Stratégie adoptée, actions prioritaires, partenariat envisagé - Dans le cadre de son Agenda 21 et en prolongement des actions effectuées, la Région interviendra particulièrement en direction des établissements scolaires et de formation qui relèvent de sa compétence. Une première expérimentation d accompagnement des Agendas 21 scolaires sera menée en 2009 et généralisée les années suivantes. - De plus, l Agenda 21 prévoit des «Actions de sensibilisation sur le développement durable, pour tous, tout au long de l année» par la mobilisation des directions de la Région pour organiser des actions de sensibilisation, en s appuyant sur les semaines thématiques nationales et internationales, afin d éduquer au développement durable, aussi bien es agents de la Région (agents du siège et agents des lycées) que le grand public Sur la base de l expérience acquise, le Conseil régional réfléchit au lancement de l Acte III des Agenda 21 scolaires en lançant un nouvel appel à candidatures auprès des 27 établissements publics non encore engagés dans la démarche, à l automne 2008. Le démarrage de la troisième vague des Agenda 21 pourrait avoir lieu à la rentrée scolaire 2009-2010. Après le lancement de l Acte III, la majeure partie des lycées sera engagée dans la démarche Agenda 21. La Région réfléchit donc à mettre en œuvre une structure adaptée en interne à la Région, afin de répondre efficacement aux attentes des établissements. Élaborer un guide méthodologique Agenda 21 scolaire des lycées et centres de formations en vue de lancer le prix "Agenda 21 scolaire" en 2009. Cet outil sera élaboré en partenariat avec l Académie de la Réunion, et les partenaires de l Agenda 21 de la Réunion. - Nombreuses objectifs opérationnels EDD issus de quatre des objectifs stratégiques du plan d action Agenda 21 : "sensibiliser tous les publics par l information, l éducation et la formation aux enjeux liés au développement durable", "identifier, capitaliser et diffuer les bonnes pratiques pour favoriser le passage à l acte", "inscrire le développement durable dans les échanges internationaux", et "développer la participation des acteurs individuels et collectifs". - Création d un schéma d éducation à l environnement vers le développement durable : faire prendre en compte le patrimoine héraultais dans les politiques d aménagement et de développement, et encourager l éco-responsabilité. Il permet d établir de réels partenariats dans la durée et d anticiper les mutations nécessaires du milieu associatif. - La gouvernance du schéma pluriannuel s appuie sur un comité de pilotage interne du schéma présidé par le vice président du Conseil général délégué à l environnement et à l Agenda 21. Il réunit les acteurs des pôles impliqués dans l Agenda 21. - Les objectifs de ce schéma sont de :. contribuer à l équité territoriale et sociale par la mise en réseau et la mobilisation des acteurs de l éducation à l environnement ;. partager avec les citoyens héraultais les enjeux du développement durable (économie d énergie, défi climatique, déplacements, déchets, biodiversité, ressources en eau, ) ;. favoriser la connaissance de la biodiversité, du paysage et du cadre de vie des héraultais ;. concourir à la professionnalisation et à la formation des acteurs ;

453 Conseil général du Tarn Conseil général du Var Communauté d agglomération Cap L Orient Communauté urbaine de Marne et Chantereine- CAMSA Mulhouse-Alsace. partager une culture du développement durable au sein de l institution départementale. - Le schéma est assorti d un plan d action défini en concertation avec différents pôles du Conseil général dans le cadre de l Agenda 21 pour la période 2008 2011 en 6 axes et 21 actions. Sa reconduction pour six ans sera soumise à une évaluation dont le projet fera l objet fera d un rapport présenté dans une prochaine session avec la révision du règlement d aide. - Poursuite du partenariat avec le CPIE des pays tarnais - Développement des animations de nouveaux réseaux (FD MJC par exemple) - lancement du programme «éco collèges 81» dès la rentrée scolaire 2008-2009 en partenariat avec l Inspection académique du Tarn pour la période 2008-2012. Il est prévu : - de développer les animations sur les Espaces naturels du Conseil général - de poursuivre le partenariat avec l inspection académique - de développer la formation et l information sur le développement durable en faveur des agents. La sensibilisation de tous les publics et plus largement la mise en place d une nouvelle gouvernance sont des objectifs à poursuivre dans l'agenda 21. Elle implique la constitution de réseaux, permettant une plus grande transversalité. La recherche d exemplarité et les échanges d expériences pourront renforcer la cohésion des services de l'agglomération et les liens avec chaque commune. - L objectif communautaire est d accentuer la participation citoyenne jusqu à si possible mettre en place un budget participatif ; - Comme par le passé, le Conseil participatif sera étroitement lié à la démarche Agenda 21. Ainsi lors de prochains ateliers 21, conseillers et habitants seront amenés à choisir en concertation avec les élus et les agents les indicateurs de suivi de l Agenda 21. Sensibilisation en interne - Poursuite de la sensibilisation via le projet de Plan climat d entreprise et sa déclinaison dans les thématiques transports (Plan de déplacement d entreprise) Sensibilisation en externe - 2ème édition du CD-Rom avec intégration de nouveaux partenaires - Elargir le public touché sur les manifestations ponctuelles avec différentes priorités sur les thèmes abordés : Climat, Espaces naturels et agricultures dans la cadre du Plan de gestion des espaces naturels et péri-urbains (GERPLAN) Ville du Havre La Ville souhaite poursuivre les efforts engagés : - en développant ses actions éducatives grâce à un deuxième programme d actions Agenda 21 ; - en amplifiant son partenariat avec la CODAH et en s impliquant fortement dans le Grenelle local du développement durable : A compter de novembre 2008, la Communauté d agglomération havraise va organiser un Grenelle local du développement durable. L objectif est de réunir l ensemble des parties prenantes à l échelle de l estuaire pour échanger sur des thèmes liés au développement durable afin de : - se mettre d accord sur les consensus et acter les points de conflits ; - définir les priorités d actions ; - s engager conjointement dans une charte, un programme d actions, avec des objectifs précis et des rendez-vous d évaluation ; - répondre à la question «Comment faire de notre territoire estuarien un

454 Ville de Mayenne modèle de développement durable?» Développer de nouveaux axes de travail : - Donner plus de visibilité et une expertise scientifique à ses actions d éducation au développement durable avec notamment la réalisation du Centre de la mer et du développement durable : «Odyssey 21», futur Centre de la mer et du développement durable, est un équipement à l architecture ambitieuse et exceptionnelle, conçu par l architecte Jean Nouvel. Il se composera d une tour métallique haute de 120 mètres, porteuse de deux plateaux à 55 et 90 mètres. Ses espaces d exposition permettront de découvrir de manière attrayante l estuaire de la Seine, et plus largement les équilibres environnementaux et les grandes fonctions sociales des estuaires, le transport maritime, les dimensions économiques et industrielles des places portuaires, le potentiel et la fragilité des océans dans leurs rapports avec les activités économiques. - Développer et professionnaliser ses actions de sensibilisation auprès des professionnels, acteurs socio-économiques. - Organiser des conférences nationales et internationales sur le développement durable au Havre, afin de favoriser le partage d expérience et d impulser de la créativité et de l innovation dans les actions engagées par les acteurs locaux. - Sensibilisation de la population à la biodiversité via la mise en place de la gestion différenciée - Faire du centre de loisir un lieu exemplaire et centre de ressource en développement durable 6. LES COLLECTIVITÉS PARTENAIRES Les collectivités engagées dans la mise en œuvre d un Agenda 21 sont amenées à élaborer (en cohérence avec la finalité 5 du cadre de référence pour les projets territoriaux de développement durable et Agenda 21 locaux) une démarche éco-responsable en interne pour donner l exemple et entraîner ainsi les autres acteurs à faire de même dans leur propre organisation. La sensibilisation des partenaires aux enjeux du développement durable est indispensable. Changer les comportements, c est aussi agir sur l offre et inciter à l action des acteurs du territoire (entreprises, associations, autres collectivités du territoire, institutionnels ) via les politiques publiques. Eux aussi ont à faire l apprentissage d une contribution «citoyenne» aux débats et à la décision qui en seront issus, qui ne se limitent pas à défendre des ambitions ou des intérêts particuliers. Et cette participation dépend du niveau de formation et d information. 6.1. Bilan 2005-2008 # Les associations Pour intervenir auprès des citoyens, les collectivités font souvent appel aux associations nationales, régionales et locales. Les partenaires associatifs de l éducation au développement durable sont nombreux. Au niveau national, on peut citer la Ligue de l enseignement, Solidarité laïque, Ecole & Nature, l UNCPIE (Union Nationale des Centres Permanents d Initiatives pour l Environnement), le réseau GRAINE, l ASTS (l Association Science Technologie Société), la FEEE (Fondation pour l éducation à l environnement en Europe) Il existe aussi de nombreux réseaux régionaux pour l éducation au développement durable : Vivacités ou Eveil en Ile-de-France, l IFREE, (Institut de formation en recherche sur l éducation à l environnement) en Poitou-Charentes, le CRISLA (Centre de Réflexion, d Information et de Solidarité avec les peuples d Afrique, d Asie et d Amérique

455 latine) ou Cohérence pour un développement durable en Bretagne De nombreuses autres associations interviennent auprès des collectivités, des écoles, des habitants sur des enjeux spécifiques du développement durable : France Nature Environnement, la Fondation Nicolas Hulot pour l homme et la nature, le WWF, la CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie) sur la consommation responsable, l UNICEF sur les droits de l enfant et la place de l enfant dans la ville, Amnesty International sur les droits de l homme. Les collectivités s appuient de plus en plus sur ces associations pour des actions de formation et de sensibilisation, et particulièrement pour le public scolaire. Mais la situation économique des associations est difficile comme le constate le Conseil général de l Hérault, bien qu elles tentent d y faire face par la professionnalisation des salariés. La tendance actuelle dans l Hérault est à la diminution du nombre d emplois d animateurs (150 emplois en 2007) après «l effet emploi-jeune» entre 2000 et 2003 (200 emplois en 2003). Par ailleurs, de nombreuses associations d éducation à l environnement témoignent aujourd'hui du glissement progressif de leurs relations avec les collectivités, jusqu à maintenant fondée essentiellement sur le régime de la subvention, vers le champ de la commande publique et des appels d'offres. Cette situation est de plus en plus préoccupante. En effet, elle a d importantes conséquences sur la pérennité et la vitalité à moyen et long terme des projets associatifs, sur la concurrence qu'elle institue entre des associations d'un même réseau, et sur la prééminence dans les projets de la dimension économique sur la dimension éducative. Certaines collectivités témoignent également des difficultés et contraintes que fait peser cette évolution sur la mise en œuvre de leur politique d EEDD. Pour assurer une information-sensibilisation et une participation efficace des partenaires associatifs, les collectivités leur proposent très souvent de participer à des événements divers. Il peut s agir d événements grand public, avec un espace «partenaires» dédié : la Ville de Lille organise l «Opération Naturalille», ouverte également aux associations et aux porteurs de projets en faveur de la nature en ville et de l éco-citoyenneté ; le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais organise tous les ans un Forum régional des associations régionales. On note aussi l existence de nombreuses actions de formation et d accompagnement des associations pour les aider à faire évoluer leurs pratiques dans le respect des principes du développement durable. Le Conseil général de l Essonne propose un appui au montage de projets développement durable (formation, sensibilisation, subvention) aux porteurs de projets de solidarité internationale. Le Conseil général du Tarn, en s appuyant sur le CPIE des Pays du Tarn, met à disposition des établissements scolaires, des structures d éducation populaires, des associations et des collectivités un dispositif d ingénierie de projets pédagogiques : aide à la définition des projets éducatifs, animation de réunion de réseaux, repérage et valorisation pédagogiques des ressources locales. Les collectivités actionnent également le levier de la conditionnalité financière auprès des associations qu elles subventionnent, en introduisant par exemple des clauses sociales et environnementales dans les conditions d attribution, entraînant ainsi une répercussion positive sur les projets. La Ville de Cannes a inclus des clauses environnementales à respecter pour les associations recevant plus de 10 000 euros de subventions. # Les entreprises Les rapports que les collectivités développent avec leurs partenaires «entreprises» se traduisent essentiellement à travers des pratiques d achats. C est donc naturellement le levier des achats qu elles actionnent pour informer, sensibiliser et former leurs fournisseurs, à travers la rédaction de cahier des charges respectueux des principes du développement durable. Elles peuvent s appuyer sur des éléments d incitation rédigés par certaines associations d élus (charte AMF, charte ACUF, guides de l ADF ), qui ont d ailleurs été

456 repris dans les objectifs décrits dans le rapport du Comop 4 du Grenelle de l'environnement «Etat exemplaire» du grenelle de l environnement. Le rapport du Comop 28 «Collectivités exemplaires» rappelle qu un certain nombre de collectivités territoriales ont déjà pour partie intégré ces éléments dans leur pratique d achats sans pour autant avoir fixé des seuils ou des objectifs qui leur sont propres. Le Conseil régional de Bretagne a un volet éco-construction dans le contrat de filière du bâtiment et une Charte qualité environnementale à respecter dans les contrats de plan pluriannuel d investissement dans les lycées. Le Conseil régional du Limousin propose une bonification du taux d intervention régionale auprès des entreprises en fonction du respect de critères environnementaux, sociaux et économique ; une aide majorée (jusqu à 15 000 ") pour la création d entreprises d économie sociale et solidaire et du bois/environnement ; et la bonification de 10% des aides apportés aux projets respectueux de l environnement portés par les entreprises sociales et solidaires. Pour assurer la mobilisation et contribuer à la mise en réseau des partenaires «entreprises», les collectivités organisent des événements dédiés. La Ville de Cannes propose aux professionnels du tourisme de son territoire «les petits-déjeuners du développement durable» pour trois sessions en 2008, en partenariat avec la Communauté d agglomération Nice Côte-d Azur et la principauté de Monaco. La Ville du Havre organise des voyages d études et de partages d expériences pour ses partenaires, dans le cadre de l Agenda 21, et en partenariat avec de nombreux acteurs locaux : CODAH, Port Autonome, Groupe Hospitalier AURH, Union Sociale pour l habitat, préfecture, rectorat Les collectivités participent également à la formation des entreprises au développement durable en proposant différentes formules de soutien technique. Le Conseil régional Nord- Pas-de-Calais propose aux entreprises, en partenariat avec les chambres de commerce et d artisanat, un programme de soutien technique sur l intégration du développement durable dans les stratégies, la mise en application SD 21000 et RSE. Il a en outre créé un centre des éco-entreprises. La Communauté urbaine de Marne et Chantereine a créé en 2006 une société coopérative d intérêt collectif (PEREN) qui propose des services dédiés aux entreprises, TPE et PME. En partenariat avec Porto Alegre, l ARENE, l ADEME, le CAAB77, l IDEMU, la Région IDF, la DRIRE, le CG 77 et Seine et marne développement, cette société regroupe déjà 32 entreprises, et souhaite élargir son offre. La ville d Angers propose depuis 2001 au sein de la Maison de l environnement des formations sous forme de journées techniques de l environnement, destinées au PME-PMI, et en partenariat avec la CCI et la Chambre des métiers. Le service environnement du Conseil régional du Limousin, en partenariat avec l ADEME, a mis en place des dispositifs d aide du programme régional de management environnemental pour les PME-PMI. # Les autres collectivités du territoire Les échelles départementales et régionales jouent également un rôle d impulsion et de soutien auprès de leurs échelles infra. Le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais propose aux collectivités de son territoire un guide de la commande publique, réalisé avec la CLCV et le WWF. Le Conseil régional Rhône-Alpes a signé 46 contrats de développement durable pluriannuel avec des territoires représentant toute la région, pour un montant annuel d environ 45 millions d euros. Le Conseil général de Gironde a mis en place un Conseil départemental des Agenda 21 qui réunit 33 collectivités girondines engagées dans un Agenda 21. L instance «élus et partenaires» se réunit tous les trimestres, et l instance technique tous les mois. L objectif est

457 de lancer un premier Agenda 21 du réseau : éco-construction, manifestations responsables, EDD, concertation et évaluation. Ce réseau unique en France fonctionne grâce à une mobilisation active et importante. # L innovation : rassembler les acteurs du territoire L approche transversale des problématiques de développement durable du territoire nécessite la mise en œuvre de démarches menées en bonne entente par l ensemble des acteurs concernés : entreprises, associations, autres collectivités du territoire, institutionnels Agir ensemble est un critère essentiel de réussite! Cela fait déjà un certain temps que des collectivités ont compris la nécessité d offrir des espaces d informations et d échanges à l ensemble des acteurs du développement durable. Le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais finance depuis 2001 un centre de ressources développement durable (CERDD), avec entre autres des missions d accompagnement, de valorisation des bonnes pratiques et d animation de réseau dédiées pour les collectivités, les entreprises et les associations du territoire. La démarche d Agenda 21, lorsqu elle est correctement menée, offre des espaces d échange réunissant l ensemble des partenaires de la collectivité : réunions d information sur le contenu et l intérêt d un Agenda 21, phase de concertation Le 14 février 2002, la région Réunion a officialisé le lancement de son Agenda 21 en sensibilisant l ensemble des acteurs à la démarche en réunissant plus de 350 personnalités publiques, privées et associatives, représentatives du milieu économique, social et environnemental pour réfléchir sur le développement durable de l Ile. Cette journée s est achevée par la signature d un protocole dans lequel les partenaires, Etat, Conseil général, Conseil régional, Comité de la culture, de l'éducation et de l'environnement, Conseil économique et social régional et l Association des maires de la Réunion s engagent à mettre en œuvre les principes de l Agenda 21. Ces rencontres sont aussi l occasion d éclaircir le rôle de chacun (élus, agents, associations, entreprises, citoyens) dans l élaboration et la mise en œuvre de l Agenda 21. Créer un collège des Hautes études du développement durable (CHEDD) local est une manière innovante de viser à l'acquisition d'une culture commune du développement durable sur la base d'interventions et de pratiques d'experts venus d'horizons différents. Ce type de structure apporte aux cadres dirigeants d entreprises publiques et privées, d institutions, d élus et de responsables d associations, les références et les éléments de connaissance les plus pertinents sur les dimensions politiques, juridiques, économiques et sociologiques de l environnement et du développement durable. Ils s affirment comme des lieux d échanges et de confrontations libres de capitalisation, d expériences et de connaissances capables de générer des travaux et des études innovantes. Ils sont encore peu nombreux aujourd hui. La ville de Valenciennes en a inauguré un en 2005. L éducation au développement durable devient également un projet commun de territoire. Les collectivités mettent en place des espaces de concertation dédiées à ce sujet. C est le cas du Conseil régional de Basse-Normandie qui a créé un collectif régional de l EDD et du Conseil régional Midi-Pyrénées qui a mis en place un Comité régional d'éducation à l'environnement en Midi-Pyrénées. Une démarche exemplaire, innovante, et unique à ce jour est menée par la région Provence- Alpes-Côte-D azur. Il s agit de la Plateforme régionale de concertation pour l EEDD mise en place en 2004. Elle offre un nouvel espace de gouvernance, ouvert à tous les acteurs de l EEDD. Elle a pour mission de définir et mettre en œuvre une stratégie régionale, finalisée dans un document d'orientations partagées, qui croise et met en synergie les différentes politiques et actions pour une meilleure cohérence sur le territoire. Une déclaration d'engagement a été signée le 6 décembre 2006 dans le cadre des Assises régionales à l'hôtel de Région pour officialiser la concertation multi-partenariale (institutions/réseaux d'acteurs locaux).

458 6.2. Freins et leviers Les régions rencontrent des difficultés dans leur rôle d animation de réseaux. Les investissements humains et financiers sont certes importants. Toutefois, elles se heurtent parfois à une mobilisation hétérogène des échelles départementales et locales. Synthèse des freins et leviers identifiés par les collectivités (Consultation nationale des collectivités menée par le Comité 21 en juillet 2008) Collectivités Freins Leviers La principale difficulté de cette dynamique partenariale réside dans la capacité de la Région à animer tous les réseaux, à favoriser les échanges et les liens entre les différents acteurs. Les moyens humains nécessaires sont importants et l animation de tous ces réseaux sur le long terme nécessite de forts investissements en temps. Conseil régional Basse-Normandie Conseil régional de la Réunion Communauté urbaine Marne et Chantereine - les niveaux variables d implication des autres collectivités Coût des aménagements durables 6.3. Perspectives pour les 7 ans à venir Principal levier : dans le cadre de la réalisation de l Agenda 21, la Région a associé les Bas-Normands au travers de trois enquêtes (menées de janvier à mars auprès de la population, des jeunes et des acteurs du territoire) et de réunions de concertation avec des groupes de partenaires. Il en ressort que la Région apparaît comme l acteur le plus qualifié pour agir en vue de parvenir à un développement durable (cité par la population à 50% en cumul des deux réponses possibles), devant l Etat (39%) ou les collectivités locales (32%). Les partenaires ont exprimé, à travers la concertation, leurs attentes vis-à-vis de la Région. Grâce à son Agenda 21, elle a un rôle de mise en cohérence et en synergie des démarches de développement durable des collectivités et des acteurs socio-économiques de Basse-Normandie. Pour cela, elle doit utiliser ses leviers financiers (bonification ou conditionnalité des aides), mais aussi favoriser l animation de démarches collectives, la mise en réseau et la mutualisation des expériences entre les acteurs intéressés. - le dynamisme du tissu associatif réunionnais en termes de sensibilisation permet de couvrir les thématiques du développement durable : énergie, biodiversité marine et terrestre, Les marchés publics Les collectivités agissent en faveur de la formation des acteurs des territoires aux techniques respectueuses du développement durable. Les régions, grâce aux schémas régionaux de formation professionnelle, ont un rôle d impulsion incontournable. Elles interviennent jusqu à maintenant plutôt en aval (accompagnement des éco-filières, intégration des critères environnementaux et sociaux dans les marchés publics) mais s orientent maintenant vers des actions en amont : mobilisation de la recherche et de l innovation sur des questions du développement durable, création de collèges des hautes études du développement durable ou de campus «développement durable».

459 Synthèse des perspectives identifiées par les collectivités pour la période 2008-2015 (Consultation nationale des collectivités menée par le Comité 21 en juillet 2008) Collectivités Conseil régional de Basse-Normandie Conseil régional de la Réunion Stratégie adoptée, actions prioritaires, partenariat envisagé - Mise en œuvre des objectifs de la stratégie régionale pour la recherche et l innovation au regard du développement durable : en mobilisant la recherche et l innovation sur des questions du développement durable et en déterminant les moyens adaptés aux différents projets soutenus par la Région ; - Accompagnement du développement des filières éco-matériaux : aider à la structuration d une filière éco-matériaux en Basse- Normandie, en favorisant à la fois la sensibilisation (la mise en place de démarches collectives avec les entreprises), l innovation (travail collaboratif avec les laboratoires) et le développement des ressources humaines (création d emplois, formation) ; - Création d un Campus du développement durable : valoriser et faire dialoguer «savoirs» et «expériences du territoire» en matière de développement durable. - L engagement des autres collectivités et du milieu associatif attachées à un territoire, pour initier des démarches «Agenda 21» dans le respect du concept du développement durable, et pouvant s inscrire dans le cadre du PR2D. Conseil général de l Essonne - Adoption en 2009 du second plan d action de l Agenda 21 Communauté urbaine Marne et Chantereine - Aménagement de certaines zones d activités en prenant en compte les problématiques de développement durable ; - Recensement des entreprises ayant des pratiques durables ; - Intégration des critères environnementaux et sociaux dans les marchés publics de la Communauté 7. CONCLUSION Cette étude sera complétée par des recommandations exprimées collectivement par les acteurs français, européens, méditerranéens et francophones réunis à la conférence internationale sur l'éducation au développement durable, organisée par la France à Bordeaux, du 27 au 29 octobre 2008, sous le haut patronage de l'unesco, chargée de la mise en œuvre de la Décennie 2005-2015 des Nations Unies de l'éducation pour un développement durable (EDD). L ensemble de ces travaux sera valorisé au niveau national par le Comité 21 et également au niveau international à la Conférence mondiale de mi-parcours de la Décennie qui se tiendra à Bonn (Allemagne) en mars 2009. Cette première étude fait ressortir que les collectivités s impliquent fortement dans leur rôle d éducation au développement durable. Tout d abord, elles sont prêtes à innover en matière d éducation des agents et des élus au développement durable : formations, actions exemplaires (plan de déplacement de l administration, bilan carbone ), plan climat, stratégie interne d éducation au développement durable, concertation, évaluation

460 Ensuite, les collectivités, et plus particulièrement celles engagées dans des Agenda 21, se sont déjà fixé des objectifs pour les prochaines années en termes d éducation au développement durable du citoyen : renforcer les actions vers les établissements scolaires ; créer un schéma d éducation au développement durable assorti d un plan d action défini en concertation ; constituer des réseaux, accentuer la participation citoyenne ; créer des lieux exemplaires et ressources en développement durable Enfin, les collectivités évoluent aussi dans leurs pratiques d éducation de leurs partenaires au développement durable. Alors qu elles intervenaient jusqu alors plutôt en aval, elles s orientent maintenant vers des actions en amont : mobilisation de la recherche et de l innovation sur des questions du développement durable, création de collèges des hautes études du développement durable ou de campus «développement durable». ************************

461 Annexe 3 L éducation au développement durable en France Avancées récentes et perspectives par Jacques BREGEON (Collège des hautes études de l environnement et du développement durable) Rappels sur le contexte national La dynamique créée par la forte prise en compte du développement durable lors de la campagne des élections présidentielles du printemps 2007 sous la pression de Nicolas Hulot et de l Alliance des ONG environnementales, s est traduite par la mise en œuvre au cours de l été du Grenelle de l environnement, un exercice de démocratie participative innovant pour la société française. Rassemblant environ 300 personnes réparties en six groupes de travail et représentant de façon équilibrée les cinq collèges de parties prenantes (associations, syndicats, entreprises, collectivités, services de l Etat), ce processus a produit quelque 270 propositions qui ont été reprises comme "engagements" du gouvernement le 25 octobre 2008 sous l impulsion du Président de la République. Lors de la mise en place du Grenelle au début de l été 2007, les animateurs ont indiqué leur intention de traiter des questions d éducation ; toutefois, le nombre des sujets à discuter a un peu occulté cette dimension, dont chacun s accordait pourtant à reconnaître l importance. Il faut cependant noter que si l on pouvait compter parmi les 300 participants un certain nombre d enseignants et de chercheurs, la représentation officielle des ministères concernés était symbolique. Aussi, à la lecture des propositions du Grenelle présentées en octobre, considérant que la dimension éducative devait être renforcée, les ministères concernés par l éducation, l enseignement supérieur et professionnel et la recherche ont mis en place un groupe de travail interministériel sur l éducation au développement durable. L animation de ce groupe m a été confiée avec mission de traduire le Grenelle dans la sphère éducative et de formuler des recommandations aussi concrètes que possible. Installé en novembre, le groupe interministériel a rassemblé près de quatre-vingt personnes relevant des cinq collèges. Après de nombreuses séances d auditions et de discussions, conduites avec l aide de Sylvie Faucheux, présidente de l Université de Versailles Saint- Quentin et de Claude Rochet, expert et chercheur à l université d Aix-en-Provence, un programme d action a pu être élaboré et remis aux cinq ministres le 30 janvier 2008. A la suite de cet exercice, le groupe de travail a été établi par le ministre d Etat en tant que «comité opérationnel Education» du Grenelle (COMOP n 26), si bien que ses propositions constituent de fait celles du Comop Education. Ces rappels sont importants, car tous les acteurs et observateurs n ont pas compris le statut du groupe de travail et de ses propositions ; certains ont ainsi pu penser qu il engageait directement les ministères. Si, ces derniers ont activement contribué aux travaux et si leurs représentants ont été très largement consultés lors de l élaboration des propositions, leur engagement reste sur le plan moral, ce qui n est pas sans importance. On attend et espère cependant que ces propositions soient bientôt reprises par les administrations concernées et aussi largement que possible suivies d effets, ce que l on a d ailleurs déjà pu constater pour certains points. Nous rappellerons ici les principales propositions avant d indiquer en conclusion les avancées constatées et les perspectives.

462 Principales propositions Le groupe de travail a d emblée voulu très clairement indiquer l importance des dimensions «Communication, sensibilisation et consommation» de l Education au développement durable, aspects du sujet qui ne relevaient pas du périmètre de compétence du groupe de travail défini par la lettre de mission. Aussi la première recommandation du groupe a-elle été de les voir traités de façon spécifique par la création d un comité ad hoc, ce qui a été effectif en juillet 2008. (Création de Comité opérationnel de suivi n 34 confié à M.Hervé Brossard). Ce groupe fonctionne et a fourni ses recommandations. Quelques principes fondamentaux ont été exprimés. Ils charpentent le rapport : - La réussite de l éducation au développement durable est la clef de l efficacité de la politique nationale de développement durable, dont elle constitue le nécessaire volet «compétences» et «ressources humaines». - Passer rapidement de l ère de l expérimentation à celle de la généralisation par l intégration et le partenariat avec les acteurs pertinents. Le changement d échelle est considérable. - L éducation au développement durable ne constitue pas une discipline. - Tous les établissements sont appelés à entrer en démarche de développement durable. L établissement est l espace privilégié de l éducation au développement durable dont il devient le premier lieu et objet d application. Par ailleurs, le développement durable suppose d abord la compréhension des enjeux, et propose ensuite une nouvelle manière de penser et d agir. Ce n est pas un champ ; c est une philosophie et une méthode pour l action. L EDD doit permettre cette compréhension et donner accès à ce mode de pensée. Formation de la communauté éducative et des acteurs Le premier public auquel s adresse l EDD n est pas celui des enfants, mais celui des enseignants. L EDD ne saurait être efficacement mise en place sans un important effort de formation des enseignants et des responsables, comme d ailleurs de tous les personnels à l occasion du déploiement des démarches de développement durable. Malgré sa forte médiatisation, le développement durable demeure un concept assez mal compris à tous les niveaux de la société ; en outre, son assimilation à l environnement en réduit la portée. Cette réflexion valant à tous les niveaux, le besoin de formation est s exprime aussi dans les sommets hiérarchiques qui portent la responsabilité de soutenir activement la démarche. La sphère éducative doit ainsi non seulement s acculturer au développement durable pour elle-même, afin d assumer au mieux sa mission d enseignement, mais elle doit aussi le faire pour contribuer à la sensibilisation et la formation de tous les acteurs de la société. Cette considération a conduit le groupe de travail à recommander fortement que les travaux prochains visant à la réforme de la formation continue prennent en compte le développement durable (cf. Chantier en cours des partenaires sociaux concernés) Les associations, qui ont tenu un rôle historique dans l éducation à l environnement et au développement durable, ont ainsi développé des savoir-faire pédagogiques qu il faut valoriser et utiliser; leur rôle est important dans les partenariats et se trouve renouvelé à travers les différentes dimensions de la démarche qui s engage aujourd hui. Il s agit pour ces structures de trouver des voies nouvelles de collaboration avec l Education nationale qui se doit de développer ses propres compétences en EDD. Les acquis des associations sont du plus grand intérêt dans cette perspective. Encore faut-il déterminer des modalités concrètes, visant notamment la formation des enseignants et l accompagnement des établissements.

463 Quant aux collectivités, elles sont déjà des acteurs directs de l EDD à travers les établissements qu elles financent et, de plus en plus, à travers leurs politiques territoriales de développement durable souvent volontaristes, certaines comprenant même des volets «éducation au développement durable» qu on ne peut qu encourager A travers le rôle important des entreprises en matière de formation, il convient de veiller à ce que les objectifs de développement durable soient présents dans les actions qu elles conduisent, la contribution de l entreprise étant souhaitable et nécessaire. Pour former tous ces personnels y compris le personnel enseignant et dispenser toutes ces formations, il nous faut des personnes ressources, c est-à-dire, d une part, des experts et, d autre part, des généralistes. Un dispositif de formation de formateurs en EDD s impose tout comme un appui en termes de recherche pédagogique et de création de supports adaptés. En outre, pour prendre en compte l expérience du terrain, il faut aussi un dispositif permettant l identification des ressources, la diffusion et la valorisation des bonnes pratiques à chaque échelon territorial. Compte tenu de la diversité des intervenants et des modalités de collaboration, une charte nationale codifiant les modalités de partenariat a été souhaitée par tous les acteurs. Dans ce contexte, une question importante est apparue : celle de la qualité pédagogique des actions. Aussi, pour garantir la qualité des interventions, il a été recommandé de mettre en place des procédures d agrément et de certification tant pour les structures que pour les personnes, cela pouvant s accompagner de signes de reconnaissance (agrément ou label EDD) Un Schéma national d éducation et de formation au développement durable Dans le cadre du «Plan national d action d éducation, de formation et d information pour un développement durable», un Schéma national d éducation et de formation au développement durable paraît nécessaire pour coordonner le déploiement des efforts de formation que la société doit produire à tous les niveaux. Par ailleurs, comme tout domaine d activité, comme toute politique publique l EDD se doit de disposer d indicateurs permettant d apprécier la pertinence, la qualité, l efficacité et l efficience des actions conduites. Deux entités sont donc préconisées l une pour le pilotage des actions d EDD (le Schéma national) en relation avec les instances d animation de la politique nationale de développement durable, l autre pour l évaluation de la politique (mission ad hoc). Des dispositifs particuliers sont à mettre en place pour accroître les capacités d action existantes sur : - La création de chaires universitaires en lien avec les problématiques régionales - La sensibilisation et la formation des décideurs publics et privés - La formation d experts sur des champs liés au développement durable, à l environnement, à la santé - La promotion des métiers concourant à l environnement et au développement durable et la formation des professions clés. Enfin, comme cet effort national de formation ne pourra se faire sans ressources, même si le sujet relève plus de la responsabilisation des structures et des individus, le groupe de travail a proposé la création d une Fondation nationale pour l éducation au développement durable qui aurait vocation à soutenir la mise en œuvre du Schéma national, à apporter son aide à des projets reconnus utiles et pertinents mais se trouvant en panne de financement, à soutenir des projets pilotes ayant valeur exemplaire, etc. En termes de suivi des propositions, il a été proposé que des groupes de travail soient mis en place pour approfondir un certain nombre de propositions et assurer leur suivi selon un calendrier serré mais respectant les conditions nécessaires à une bonne mise en œuvre.

464 Perspectives Aujourd hui, en octobre 2008, les énergies gouvernementales ont été concentrées sur la valorisation des propositions du Grenelle à travers le projet de loi Grenelle 1. Certaines administrations concernées ont déjà pu intégrer des recommandations avant même que le dispositif législatif et réglementaire du Grenelle ne soit en place ; c est le cas en matière d éducation au développement durable. Certains ministères peuvent même être considérés comme proactifs sur certains points, le ministère de l Agriculture notamment, mais aussi le ministère en charge de la jeunesse et des sports. Si, à la satisfaction des acteurs de l EDD, le ministre de l Education nationale a pu annoncer début octobre un premier train de mesures (ci-dessous), il reste encore à prendre d importantes dispositions qui ne demandent pas nécessairement des moyens financiers importants, notamment sur le plan organisationnel. Le Grenelle de l environnement se révèle finalement un processus qui a permis à l éducation au développement durable de retrouver une dynamique. L effort à produire demeure considérable. Mesures annoncées par le ministre de l Education nationale Généralisation de l'éducation au développement durable : faire entrer les principes et les thèmes dans les programmes d'enseignement mais aussi dans la formation des enseignants, des personnels d'encadrement et enfin dans le fonctionnement global des structures scolaires. Mise en place en septembre 2007 du programme «l'école agit!», lancement d un appel à projets en direction des établissements, création d un site ressource par le C.N.D.P. L EDD est déjà présente et sera renforcée à travers les nouveaux programmes de l'école élémentaire, également via le fonctionnement des écoles, des collèges et des lycées (chartes d'établissement, «Ecocollège» ). Elle prend la forme de partenariats toujours plus nombreux entre les écoles, les établissements et les acteurs associatifs et institutionnels. Plan d action décliné selon cinq directions 1. Intégrer les principes de l'éducation au développement durable dans la réforme du lycée, sans créer une discipline nouvelle. 2. Dans le cadre de la valorisation de l'enseignement professionnel, développer des filières de formation qui intègrent les principes de l'edd, notamment pour les cursus tournés vers les métiers du développement durable. 3. Promouvoir le concept d'établissement exemplaire. Elaborer en collaboration avec les collectivités une charte nationale pour favoriser les pratiques durables dans les établissements (achats, restauration déplacements des enseignants...) 4. Former les enseignants à l EDD en s appuyant sur les ressources de formation en ligne, en créant une plateforme d'échanges de bonnes pratiques pour la communauté éducative. 5. Créer une fondation pour l'éducation au développement durable, rassemblant entreprises et collectivités vers un objectif commun : la promotion du développement durable à l'école en favorisant des actions concrètes dans les établissements. ************************

465 Annexe 4 Session thématique sur l'éducation pour une consommation durable Document préparatoire par Fabienne PIERRE (PNUE, Paris) Sous le haut patronage de l UNESCO chargé de la mise en oeuvre de la Décennie 2005-2014 des Nations Unies de l Éducation pour un Développement Durable (EDD), et dans le contexte de la présidence de la France de l'union européenne, le comité français de la Décennie organise à Bordeaux une conférence internationale réunissant principalement les acteurs français, européens, méditerranéens et francophones et étrangers de l éducation, de la formation et de l information au développement durable. À la veille de la conférence mondiale du mi-parcours de la Décennie à Bonn en mars 2009, la manifestation de Bordeaux réunira les spécialistes français et étrangers de l Éducation au Développement Durable afin de faire le bilan des avancées réalisées durant la période 2005-2008 et de définir les stratégies à mettre en oeuvre pour la période 2009-2014. Dans ce cadre, le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a accepté, à la demande du comité français de la Décennie, de piloter une session thématique sur l'éducation pour une consommation durable (ESC) en coopération avec la task force sur l'éducation pour la consommation durable, présentée par l'italie, et s'inscrivant dans le cadre du processus de Marrakech 33. Les objectifs de cette session sont de prendre en compte l'esc dans les discussions et de contribuer à la rédaction des recommandations finales de la conférence en intégrant les avancées réalisées et identifier les priorités pour la deuxième partie de la Décennie de l'edd des Nations Unies. Les questions suivantes seront abordées : L'intégration de l'esc dans les stratégies nationales sur le développement durable dans le cadre de la Décennie des Nations Unies; L'implémentation des recommandations de l'esc (politiques, institutions d'éducateurs, acteurs) résultant du travail commun réalisé par la task force du processus de Marrakech sur l'esc, du collège universitaire de Hedmark et du PNUE qui figurent dans le document "Here and Now"; L'ESC et la coopération, et plus particulièrement dans la perspective euroméditerranéenne. ' "Here and Now" : des recommandations et des directives pour une éducation à la consommation durable. Here and Now a été rédigé conjointement par la task force du processus de Marrakech sur l'esc, le collège universitaire de Hedmark et le PNUE pour répondre aux recommandations du plan d'implémentation de Johannesburg au travers de l'élaboration de programmes décennaux relatifs à la production et à la consommation durables et plus connu sous le nom de processus de Marrakech. Il a été élaboré en lien avec le "Consumer Citizenship Network (CCN)" un réseau interdisciplinaire qui représente 136 pays et qui a été créé en 2003 pour travailler sur l'éducation à la consommation durable et à la solidarité globale 34. Destiné aux politiques, aux institutions d'éducation et aux acteurs, Here and Now porte principalement sur l'éducation formelle. Il contient trois types de documents : 1 : les défis; 2 : saisir les opportunités; 3 : les ressources pertinentes. Il a pour but de fournir à ces divers acteurs un instrument pour aider aux décisions politiques afin d'intégrer l'esc dans les 33 http://www.unep.fr/scp/marrakech/taskforces/education.htm 34 Pour plus d'information : http://www.hihm.no/concit/

466 programmes d'éducation et les stratégies de développement durable. Ces directives ont également pour but de fournir aux éducateurs et aux formateurs des informations et des outils pédagogiques. ' Objectifs de ce document : Ce document a pour but d'apporter aux experts participants à la session sur l'esc, des informations de fond et des données actuelles afin de contribuer à la discussion. Il résume les principaux progrès accomplis en matière d'esc au plan international de même que tout ce qui se rattache aux stratégies nationales (éducation formelle, formation professionnelle, sensibilisation, coopération multi-acteurs et évaluation) ainsi qu'à la coopération dans le bassin euro-méditerranéen. Ce document précise le contexte de certaines questions spécifiques qui seront abordées par les participants à cet atelier, ces questions étant mises en exergue et cadrées dans le chapitre intitulé "Discussions" alors que pour chaque question spécifique la partie "Propositions" a pour but d'apporter des lignes directrices aux recommandations qui porteront sur l'esc. Sommaire 1. Les éléments clé du débat : consommation et citoyenneté 2. L'ESC au sein des stratégies nationales de développement durable 2.1. L'éducation pour une consommation durable : repenser l'éducation formelle 2.1.1. Développer les politiques éducation et recherche pour une consommation durable - Adapter les programmes scolaires et les curriculums; - Stimuler les recherches sur l'esc 2.1.2. Apporter aux enseignants une formation initiale et continue appropriée 2.1.3. Amener les institutions d'éducation à soutenir l'esc 2.1.4. Développer des approches et des outils pédagogiques adaptés - Directives pédagogiques pour l'esc - Coopération entre les enseignants et les équipes pédagogiques - Approches méthodologiques 2.2. L'ESC et la formation professionnelle 2.3. L'ESC et la sensibilisation 2.4. La coopération multi-acteurs en matière d'esc 2.5. L'évaluation de l'esc 3. L'ESC and la coopération dans la région euro-méditerranéenne. 3.1. Défis et opportunités pour une coopération euro-méditerranéenne 3.1.1. Le plan d'action en Méditerranée (Mediterranean Action Plan - MAP), la convention de Barcelone et la stratégie méditerranéenne de développement durable 3.1.2. Le partenariat Euro-Mediterranéen et l'union pour la Méditerranée 3.2. L'ESC et les stratégies nationales et régionales 3.3. Les initiatives d'esc dans la région 3.4. Les projets pilotes et les agences de développement 4. Les ressources 1. Les éléments clé du débat : consommation et citoyenneté Cet atelier n'a pas pour but de traiter des définitions qui ont déjà été menées par les experts au niveau international. Cette introduction est destinée à présenter les notions génériques qui constituent les éléments clé d'un débat mais ne déborde pas sur les questions spécifiques et les débats qui interviendront lors du workshop. Éducation : Définie dans son acception la plus large, se rapporte à la fois à l'apprentissage et à la connaissance, aux comportements, aux pratiques sociales, morales et intellectuelles qui

467 contribuent au développement et à la socialisation de l'être humain : appendre pour savoir, apprendre pour agir, apprendre à vivre ensemble et apprendre à se transformer soi-même et à transformer la société. De plus, l'éducation ne concerne pas seulement les actions intégrées d'éducation formelle, mais se réfère également à la formation professionnelle, à l'information et à la sensibilisation des citoyens. Consommation : Elle concerne l ensemble des actions qui font référence à la sélection, à l'achat, à l'utilisation, à la mise à disposition de biens et de services ; la consommation fait également partie intégrante de nos modes de vie, de nos représentations, de nos attitudes et de nos comportements. La consommation de masse représente maintenant une composante clé de la vie économique et sociale de même que le cœur des activités d'un nombre croissant d'entreprises de notre planète. Medias et publicité promouvant un style de vie matérialiste et faisant la promotion du consumérisme ont une influence forte sur nos attitudes et nos habitudes de consommation (les enfants américains passent 4 à 5 heures par jour devant leur télévision et, d'après l'union des consommateurs des USA, ils regardent 30.000 spots publicitaires par an). Dans ce contexte, et tenant compte de son impact social et environnemental, la consommation ne doit pas seulement être abordée au plan seulement économique, mais aussi au travers de ses dimensions éthiques et politiques. Ainsi, la consommation peut être considérée comme étant fortement liée aux valeurs de citoyenneté qui transcende les notions de nationalité et fait référence aux droits de l'homme et à ses responsabilités au sein de sa communauté de vie et de valeurs. La consommation est à la fois liée aux droits et aux devoirs car elle concerne la sécurité individuelle et collective, elle permet d'apporter les moyens d'améliorer la qualité de vie, d'obtenir une information claire et transparente pour faire des choix en toute connaissance de cause. Mais, comme les responsabilités des citoyens ne s'arrêtent pas à la seule expression lors des élections, la consommation est également une démarche au travers de laquelle nous pouvons afficher notre responsabilité et notre solidarité envers les autres et envers les communautés auxquels ils appartiennent, particulièrement quand ces choix ont un impact sur leurs vies. Consommation durable : Basée sur une idée et un but qui fait référence à trois objectifs complémentaires : une utilisation rationnelle des ressources naturelles indispensable à l'homme; une économie et un développement social équitables; une meilleure qualité de vie pour tous. Pour le "Consumer Citizenship Network" ceci implique l'émergence de "citoyens consommateurs" capables de faire individuellement des choix basés sur des considérations éthiques, sociales, économiques et environnementales. D'après la définition de l'unesco, ceci intègre tout un ensemble de pratiques économiques, sociales et politiques qui ne s'appliquent pas seulement à l'individu ou à la cellule familiale, mais également au niveau de la communauté, de l'entreprise et du gouvernement. Comme cela est souligné Here and Now, la consommation durable doit se référer à un nouveau paradigme social et culturel résultant de la nécessité de repenser les besoins et les aspirations de l'être humain : les principes de modération et de satisfaction des besoins doivent devenir le moyen de modifier les déséquilibres sociaux, économiques et environnementaux et de stimuler la responsabilité citoyenne afin que soit respecté l'uniformité des droits de chacun à subvenir à leurs besoins les plus basiques 35. Dans le monde entier, et plus particulièrement dans les pays en développement, les 35 Marrakech Task force on Education for Sustainable Consumption, Hedmark University College, UNEP, Here and Now. Education for Sustainable Consumption. Guidelines and Recommendations, 2008, p. 3

468 individus sont confrontés à des schémas de production et de consommation non durables. C'est la raison pour laquelle, les pays en développement et les pays développés, dont les environnements sociaux et naturels sont plus particulièrement menacés, sont particulièrement concernés par la consommation durable. Dans un tel contexte de globalisation et d'interdépendance, la consommation durable devient une expression majeure d'une citoyenneté globale. Éducation pour une Consommation durable (ESC) : C'est une démarche essentielle pour former les citoyens et les consommateurs. Les individus doivent être conscients de leurs droits fondamentaux et de leurs libertés et d'être informés de manière appropriée afin de pouvoir participer activement au débat public axé sur une participation rationnelle aux politiques des marchés. Pour ces raisons, l'esc est devenu une composante clé de l'éducation au développement durable et à la citoyenneté : "Les citoyens ont besoin de formations afin de cerner les questions; de recueillir de gérer et d'appliquer les informations pertinentes; de consulter et de construire des plans d'action; de faire des choix; d'analyser et d'évaluer les conséquences de leurs actions et réfléchir aux conséquences au plan local, national et global. Ceci est parfaitement dans le rôle du consommateur" 36. L'ESC peut être vue comme une approche intégrée en partie basée sur l'émergence du développement durable et de l'éducation du consommateur. Les politiques d'éducation du consommateur au niveau national visent à armer l'individu (droits du consommateur, budget familial, schémas de pensée critique), mais peut également cibler la promotion de l'intérêt général. Cependant cette par le biais de l'éducation du consommateur est généralement centrée sur le social et l'environnemental plus que sur la dimension politique du consumérisme. L'ESC, en tant que dimension transversale, pourrait aller plus loin en devenant un nouveau paradigme éducatif pour stimuler la réponse individuelle et les choix collectifs en faveur de l'environnement et de la société. Dans cette perspective, Here and Now définit ainsi l'esc : 'L'ESC consiste à acquérir des connaissances, des attitudes et des compétences nécessaires au bon fonctionnement de notre société actuelle. C'est un apprentissage de la responsabilité, qui vise à la contribution de la capacité individuelle à gérer sa propre vie tout en participant à la démarche globale de la société concernant la fourniture des biens et des services 37 ". The L'objectif est d'armer l'individu afin qu'il puisse gérer de manière responsable les impacts sociaux et environnementaux, mais aussi participer au débat public et le stimuler quand il s'agit de valeurs, de qualité de vie et de responsabilité. 2. L'ESC au sein des stratégies nationales de développement durable 2.1. L'éducation pour une consommation durable : repenser l'éducation formelle En dépit de la forte sensibilisation sur l'impact de l'homme sur l'environnement et sur l'accent mis sur les conséquences des choix de vie individuels, la consommation durable n'est pas encore perçue comme un élément central du système éducatif actuel et n'est pas identifié comme une priorité des politiques d'éducation. De fait, de nombreux aspects de la consommation durable sont enseignés dans les écoles, mais l'esc reste souvent sporadique ou à peine visible en raison du manque de cohésion et d'innovation. Certes, le défi de la consommation durable demande une réorientation de l'éducation formelle, à la fois au plan des institutions et des curriculums, mais introduire l'esc dans les stratégies 36 Consumer Citizenship Network, The Consumer Citizenship Network. Project Report Year 3 2005-2006, Hedmark University College, 2006, p.6 37 Marrakech Task force on Education for Sustainable Consumption, Hedmark University College, UNEP, Here and Now. Education for Sustainable Consumption. Guidelines and Recommendations, 2008

469 nationales de développement durable est l'occasion de réaliser cette ESC. Ceci peut être réalisé par le développement des politiques d'éducation du primaire à l'enseignement supérieur, l'adaptation de la formation des enseignants, la promotion des institutions d'edd, la création de nouvelles approches pédagogiques et d'outils pédagogiques nouveaux basés sur une interaction constante entre les éducateurs et les autres acteurs de l'esc, particulièrement au niveau local. 2.1.1. Développer les politiques d'éducation et de recherche pour une consommation durable Le récent rapport de l'ocde sur les politiques d'éducation des consommateurs montre que les gouvernements jouent souvent un rôle central dans la promotion d'une éducation formelle du consommateur 38. Aux niveaux locaux et régionaux, les autorités prennent également en charge cette ESC à leurs niveaux et quand l'éducation du consommateur est totalement décentralisée, la coopération entre consommateur et associations de citoyens est renforcée. Cependant, dans la plupart des pays étudiés par l'ocde, la consommation n'est pas comprise comme une matière obligatoire dans le primaire et dans le secondaire et est rarement prise en compte dans le supérieur. De même que pour l'edd, l'esc pourrait être progressivement introduite dans les politiques d'éducation. En France, par exemple, un plan national d'edd de 3 ans a été initié en 2004 et un deuxième en 2007 afin d'adapter les curriculums du primaire et du secondaire, les institutions et les formations des enseignants. L'UNESCO a recommandé de faire de l'edd une composante obligatoire de l'éducation : Si le développement durable est obligatoire, il sera beaucoup plus facile de réorienter les curriculums pour qu'ils le prennent en compte, à l'inverse de ce qui se produira si ceci est facultatif 39 ". Qu'en est-il de l'éducation pour une consommation durable? a) Adapter les programmes scolaires et les curriculums Une initiative nationale Il faut d'abord donner à l'esc une cohérence et une consistance qui lui manquent habituellement dans les politiques d'éducation du primaire et du secondaire. Pour Here and Now, ceci implique d'inclure les thèmes, sujets, modules, cours et degrés sur la consommation durable dans les curriculums actuels". L'intégration globale et la reconnaissance de l'esc dans les curriculums peuvent être complétée par le biais d'enseignements obligatoires. Selon les directives de Here and Now, un minimum d'une heure de cours par semaine et dans chaque niveau de classe (soit dans les classes soit sous forme des thèmes ou projets interdisciplinaires) serait nécessaire. La centralisation de la politique en matière d'esc et sa mise en œuvre au niveau national, pourraient être réalisées par un développement ultérieur et une réorientation de l'éducation à la consommation lorsque celle-ci sera déjà intégrée dans les programmes scolaires et dans les curriculums. En Norvège, la consommation durable a bien été intégrée dans le nouveau curriculum scolaire au travers de la collaboration entre le ministère de l'éducation, le ministère de l'enfance et de la consommation et le ministère de l'environnement. La Norvège a fourni, au travers de cet exemple, sur l'importance de la volonté politique, mais également de la 38 OECD, Directorate for Science, Technology and Industry, Committee on Consumer Policy, Consumer Education, draft report and background document for the OECD CCP Joint Conference on Consumer Education, October 2008 39 UNESCO, Guidelines and Recommendations for Reorienting Teacher Education to Address Sustainability, Education for Sustainable Development in Action, Technical Paper N 2, Education Sector, October 2005, p.37

470 nécessité de la collaboration avec les autorités publiques compétentes pour créer le contexte de la mise en œuvre de l'esc. Également, au Mexique, l'éducation du consommateur est abordée par la définition des buts sociaux et éthiques reflétant la reconnaissance universelle des droits des consommateurs et de la sensibilisation à des questions comme le consommation durable, l'alimentation et la santé ou encore les mass média. La Consumer Protection Federal Agency (Profeco) du Mexique, qui est présente dans le monde entier, est mandatée par la Federal Consumer Protection Law pour préparer et mettre en œuvre des programmes d'éducation des consommateurs en partenariat avec les autres agences. Ainsi, des actions ont été menées avec le ministère de l'environnement et des ressources naturelles pour développer du matériel pédagogique sur la consommation durable. L'interdisciplinarité : un élément majeur de l'esc L'ESC concerne tous les aspects de la vie de tous les jours et, pour cette raison, doit être prise en compte, au travers des programmes et des curriculums, selon une approche holistique et interdisciplinaire. Cci est sensiblement différent de l'éducation du consommateur ou de l'éducation à l'environnement qui dont étroitement reliés à l'éducation pour une consommation durable, mais qui souvent recouvre différentes disciplines : l'éducation à la consommation est souvent traitée dans le cadre des sciences domestiques ou de l'économie familiale, l'éducation à l'environnement étant souvent traitée dans le cadre des sciences naturelles. Quand l'éducation à la consommation est centrée traditionnellement sur la gestion de la vie de tous les jours (achat, budget) et l'éducation environnementale sur la protection de la nature, la consommation durable doit être abordée comme une question transversale englobant les styles de vie (attitudes, relation à la nature et aux autres, responsabilité vis-àvis de la communauté, comportement en tant qu'acteur économique, ). Options de mise en œuvre de l'esc Dans la prise en compte de la dimension interdisciplinaire, Here and Now suggère plusieurs options pouvant être adoptées par les politiques éducatives : 1) intégrer l'esc comme partie de sujets ou de disciplines existantes; 2) enseigner l'esc comme un thème transversal interdisciplinaire et/ou l'incorporer dans des projets ou autres activités comme les clubs scolaires ou les activités périscolaires; 3) intégrer l'esc comme un sujet spécifique. Dans ces trois cas, l'esc concerne des sujets aussi divers que la qualité de vie et les modes de vie, les ressources, l'économie, la consommation et l'environnement, le décryptage des médias, la santé et la sécurité, ou encore les thèmes plus généraux (environnement, pauvreté, droits de l'homme, ). Résultats de l'esc et savoir-faire L'ESC peut être associée avec les résultats habituels de l'éducation et avec les savoir-faire spécifiques. La "Charte de la Terre 40 " donne une large définition des compétences associées à l'esc et met en lumière sa dimension éthique et politique comme la capacité à adopter des schémas de consommation qui préservent les droits de l'homme, le bien être des communautés et la capacité de régénération de notre planète. Here and Now va plus loin dans les détails en décrivant les savoir faire liés à l'esc et distingue les résultats de l'apprentissage de base et les résultats des apprentissages génériques. L'apprentissage de base concerne la sensibilisation critique, la responsabilité sociale et environnementale, l'action et l'implication, la solidarité globale. En termes de connaissance, les résultats de l'apprentissage basique de l'esc se référent à des sujets majeurs comme la compréhension des systèmes économiques et sociaux dans 40 La "Charte de la Terre" est une declaration de principes fondamentaux pour une société du 21 siècle plus juste, plus durable, et plus pacifique : http://www.earthcharter.org/

471 un monde globalisé, de même que ce qui relie la consommation et les territoires au niveau local, la compréhension des droits du citoyen et du consommateur, ou la capacité de comprendre les medias et l'information. D'autre part, les compétences génériques se réfèrent à des qualités morales et pragmatiques comme l'appréciation de la diversité de la nature et de l'homme, les sujets touchant à la justice et à la paix, la capacité à prendre des décisions critiques et réfléchies ou d'appliquer ses connaissances à des démarches concrètes, d'être créatif et de s'adapter à des situations nouvelles. Au delà de la transversalité et de la transdisciplinarité de l'esc, ces savoir faire doivent également permettre d'être réactif par rapport à des changements sociaux ou d'être pertinent en diverses occasions en prenant en compte les diversités locales et culturelles. De plus, ces savoir faire sont associés à l'esc quel que soit le contexte de sa mise en œuvre (formel, éducation tout au long de la vie ou prise de conscience). b) Stimuler la recherche dans le domaine de l'esc Une recherche compréhensive est essentielle pour consolider les bases de l'éducation pour l'esc. Ceci signifie qu'il faut fournir des données sur les schémas de consommation et sur leurs diverses conséquences, de même que sur la manière dont les différentes cultures acceptent ou refusent les changements. La recherche peut examiner une grande diversité d'approches sur la consommation durable basée sur les conditions économiques, sociales, culturelles ou géographiques. Les questions de didactique sont également importantes : comment peut-on enseigner la consommation durable? Comment sélectionner les sujets et les faits? Quelles sont les approches pédagogiques pertinentes pour les divers contextes culturels? Aux niveaux européen et international, le Consumer Citizenship Network 41, l'international Federation of Home Economics Teachers 42, le Children s Identity and Citizenship in Europe Network 43 et SCORE 44 (the Sustainable Consumption Research Exchange Network) sont les principaux groupes impliqués dans la recherche sur l'esc. Les organisations et programmes internationaux peuvent également mener des études internationales spécifiques sur les schémas de consommation se rattachant au développement durable : par exemple, l'ocde mène actuellement des recherches quantitative sur la consommation des foyers dans 10 pays et les résultats seront publiés en 2009. La DTIE/PNUE, qui travaille avec les acteurs et réseaux déjà impliqués sur la recherche en ESC, développe un suivi qualitatif des modes de vie durables chez les jeunes dans le monde entier afin de déterminer la manière dont est comprise et perçue la durabilité selon les cultures, en prenant en compte la consommation. Des initiatives ont été également prises au niveau national. Au Royaume-Uni, le Department for Environment, Food and Rural Affairs (DEFRA) 45 a établi un programme de recherche sur la consommation durable au niveau de l'individu et des entreprises. Les universités et les chercheurs sont engagés dans des programmes interdisciplinaires qui ciblent la consommation durable, comme le programme RESOLVE de l'université du Surrey qui est financé par le Conseil de recherche économique et sociale et qui a pour but de comprendre les conduites et les pratiques des consommateurs au niveau de leur consommation d'énergie. 41 Consumer Citizenship Network: http://www.hihm.no/concit/ 42 International Federation of Home Economics: http://www.ifhe.org/about.html 43 Children s Identity and Citizenship in Europe Network: http://cice.londonmet.ac.uk/ 44 SCORE: http://www.score-network.org 45 Pour plus d'informatiosn: http://www.defra.gov.uk/environment/business/scp/research/index.htm

472 2.1.2. Fournir aux enseignants les moyens appropriés grâce à la formation initiale et continue Développer des politiques de formation des enseignants, des programmes, des outils et des systèmes d'information sur l'esc est essentiel pour intégrer l'esc dans les institutions d'éducation et dans les curriculums selon une approche transversale. Ainsi que l'écrit l'unesco : " un des grands défis de l'edd est d'amener les formateurs des étudiants à comprendre les interrelations entre environnement, société et économie et rendre évidente ces interrelations dans leurs enseignements et leurs modes de vie en tant que membres d'une communauté Faire référence à l'edd demande de la part des enseignants de penser leur profession selon des perspectives différentes et d'acquérir des compétences que peut-être les enseignants n'apprenaient pas ou n'utilisaient pas antérieurement". Ceci est particulièrement vrai pour l'esc : une des principales conditions pour que soient efficaces les curriculums et les outils pédagogiques dans leur mise en œuvre est que les enseignants et les formateurs comprennent leur pertinence par rapport aux schémas d'éducation et par rapport à leur discipline. Il doivent être, en tout premier, informés sur ce qui est en jeu et quelle est la difficulté introduire la durabilité au cœur des valeurs des jeunes, traduire des question complexes et abstraites en problèmes de la vie de tous les jours mais aussi pouvoir disposer d'outils adaptés à leur enseignement. Réorienter l'éducation des enseignants est une forte recommandation dans Here and Now : "Faciliter l'enseignement et la formation des enseignants afin de renforcer une éducation à la consommation durable qui fasse appel à des perspectives globales, prospectivistes et constructives". Un grand nombre d'initiatives ont été prises au niveau national, illustrant le fait que la formation des enseignants se référant à la durabilité et plus particulièrement à l'esc semble plus souvent adoptée sur la base du volontariat par des enseignants qui sont déjà mobilisés dans des activités au sein de la classe, lors de démarches de déformation ou dans des activités s'inscrivant dans le long terme. Au Portugal, par exemple, la direction générale de la consommation, en coopération avec le ministère de l'éducation et des organisations de consommateurs, propose des formations en interne et en externe pour des enseignants impliqués dans des domaines spécifiques se rattachant à l'éducation à la consommation, compris l'esc. Cette initiative a conduit à la réalisation d'un Guide de l'éducation à la consommation destiné à aider les enseignants à introduire dans les curriculums scolaires des thèmes liés à la consommation selon une approche de citoyenneté et de durabilité. En France, le Centre de Documentation Pédagogique et l'agence d'environnement du Val-de-Marne ont organisé des ateliers sur l'edd en 2007 afin de fournir à des enseignants volontaires des outils pédagogiques et des exemples de cas de comportements responsables. Bien entendu, les universités et les institutions responsables de la délivrance de programmes d'éducation professionnels sont directement concernées. La Rhodes University Environmental Education and Sustainability Unit a mis en place une formation pour les enseignants intitulée Schools and Sustainability qui vise à renforcer la participation des enseignants locaux et des élèves à une éducation centrée sur l'apprentissage de l'environnement et des processus de changement. Cette formation encourage également les enseignants à réfléchir à la manière de changer leurs pratiques avec le temps tout en expérimentant de nouvelles idées. Au plan international, des rapports importants et des outils pour l'éducation et la formation des enseignants ont été réalisés. Ils fournissent des directives pour intégrer ESC dans la formation initiale et continue des enseignants. Le Consumer Citizenship Network a réalisé des Guidelines for Consumer Citizenship Education (vol.1) disponibles online et destinées pour les enseignants du supérieur en général et pour la formation des enseignants en

473 particulier 46. L'UNESCO a également publié Guidelines and Recommendations for Reorienting Teacher Education to Address Sustainability qui constitue une importante source d'inspiration pour faire de l'esc une part intégrante de la formation des professeurs. Parallèlement aux initiatives locales et nationales, elles montrent comment un enseignement interdisciplinaire sur la consommation durable, peut contribuer à aider les enseignants actuels et futurs à mieux appréhender les matières qu'ils ont à enseigner et identifier les thèmes en rapport avec la consommation durable. Ces directives recommandent principalement de construire des cours avec les acteurs locaux comme les ONG, les institutions, les clubs, les organisations religieuses comme avec les agences gouvernementales, les entreprises, pour enseigner les questions relatives à la consommation durable au plan local et les solutions proposées. Ceci permet aux participants d'appliquer directement les principes du développement durable à leur réalité locale, de construire et de renforcer des réseaux locaux et régionaux en partageant des idées, des expériences et des outils. Les partenariats entre les enseignants et les institutions d'éducation du secondaire ou du primaire et les autres structures d'éducation (musées, centres de nature, ) peuvent également constituer des outils efficaces pour intégrer l'esc dans la formation des enseignants, sur le court comme sur le long terme. 2.1.3. Construire des institutions d'éducations support Les politiques d'esc dépourvues d'infrastructures et moyens institutionnels ne peuvent pas s'implanter efficacement. C'est la raison pour laquelle l'intégration de l'esc dans la gestion des campus est un des objectifs de l'agenda 21 scolaire s'inscrivant dans le cadre des Agenda 21 locaux. Les enseignants et les étudiants ont besoin d'institutions qui adaptent leur propre système de gestion pour reconnaître la consommation durable comme une voie nécessaire et pour comprendre les actions qui s'y réfèrent. Pour les établissements d'éducation, la prise en compte de ce type de gestion inclut les équipements, la gestion des bâtiments, l'administration publique et les services, de même que la participation des étudiants et du personnel à des évènements se rapportant à la consommation durable au sein de l'établissement. Des initiatives réussies et d'une certaine ampleur ont été développées au niveau national, local et international telles que - Projets internationaux et compétitions : les Eco-Schools international award programme, initié par le gouvernement anglais en 2006 (département de l'enfance, de l'école et de la famille) visant à intégrer les questions et les pratiques dans le quotidien de la vie scolaire. Le programme fournit des directives pour l'école afin de prendre en compte toute une gamme de thèmes environnementaux, allant du déchet à la vie saine et à la biodiversité. 40 pays font partie du programme Eco-schools, avec plus de 40.000 écoles du Royaume-Uni jusqu'en Afrique du Sud 47. - Partenariats régionaux : en Afrique, le programme MESA (Mainstreaming Environment and Sustainability into African Universities) dirigé par le PNUE et ses partenaires. Il appuie un programme partenarial pour intégrer les questions de l'environnement et de la durabilité dans les universités africaines. Il concerne l'engagement des communautés et la gestion des campus, mais également l'enseignement et la recherche 48. Le secteur non gouvernemental peut être impliqué dans les projets comme l'ideas Bank in Norway, une fondation privée qui coordonne un projet d'éducation sur la consommation durable en coopération avec Eco-net Danemark et Ekocentrum de Suède (15 grandes écoles ont signé le projet à ce jour). - Projets pilotes : au niveau national, les projets pilotes offrent une bonne opportunité de démontrer comment les campus peuvent être gérés de manière durable. Le Taiwan 46 http://www.hihm.no/eway/custom/ccn_otr/introduction.htm 47 http://www.eco-schools.org.uk/ 48 http://www.unep.org/training/features/mesa.asp

474 Sustainable Campus Program (TSCP), lancé en 2002, apporte des fonds pour la rénovation et a créé une plateforme pour des expériences concernant de nouveaux enseignements et de nouvelles formations à la National Taiwan Normal University (NTNU). Un ancien bâtiment administratif du collège des sciences a été reconverti en campus durable et a été visité par près de 1400 étudiants depuis avril 2005. 49. - Réorientation des cadres traditionnels : en France, les standards de passation des marchés intègrent le développement durable depuis 2006 au travers d'un nouveau code des marchés publics qui renforce les possibilités pour les acheteurs du secteur public de privilégier les critères de durabilité 50. S'assurer que les institutions d'éducation fassent apparaître dans leur gestion au quotidien la priorité donnée au développement durable est une des recommandations importantes de Here and Now, qui fait écho aux directives de l'unesco sur la réorientation de l'éducation. 2.1.4. Développer les approches et les outils pédagogiques appropriés ESC s'appuie sur des approches pédagogiques et sur des outils qui doivent être en cohérence avec les évolutions de nos sociétés. Mais l'esc est confronté à un certain nombre de défis soulignés par ceux qui diffusent les outils et les ressources. Here and Now identifie trois obstacles principaux à l'esc : aux niveaux conceptuel, didactique et socioculturel. Le concept du développement durable est lui-même perçu comme étant difficile à transposer dans la vie de tous les jours; les ressources pédagogiques disponibles sont fragmentaires, parfois basées sur des données scientifiques ou des modèles dépassés inadaptés à la "vraie vie" et à l'expérience des apprenants; ces apprenants ont tendance à exprimer, leur passivité et leur impuissance qui rend difficile de les motiver pour qu'ils soient des acteurs du changement. a) Directives pédagogiques pour l' ESC De nombreuses initiatives ont été développées au niveau national, régional et international, soit autant d'outils pour mettre en place des projets et des plans de cours sur l'esc tant dans le cadre scolaire que périscolaire. Ils peuvent âtre adaptés à différents contextes et diffusés par le biais des plateformes et des réseaux éducatifs. - Au niveau international, Here and Now apporte un certain nombre de recommandations pour l'éducation et la formation à la consommation durable. La partie "Ressources" de Here and Now contient une liste détaillée des outils existant en matière d'esc. Teaching and Learning for a Sustainable Future, un programme d'éducation multimédia pour les enseignants (25 modules) publié par l'unesco, et qui concerne les thèmes de la consommation durable et des curriculums qui s'y rattachent, peut être également utilisé pour l'esc. Le programme PNUE/UNESCO Youth Exchange a produit une trousse à outil avec un guide pour les enseignants pour les aider à la sensibilisation à la consommation durable. Ce guide a été traduit en 19 langues et a été adapté à divers contextes nationaux par les partenaires locaux de Youthexchange-YXC (Mexique, Émirats Arabes Unis, Japon, ) 51. - Au niveau européen, ChangeLab est une initiative européenne (Royaume-Uni et autres pays de l'ue) pour élaborer des ressources pédagogiques en ESC 52. La European Diary initiative offre une approche interdisciplinaire et thématique pour de nombreux sujets, y compris en ESC. Cet agenda décrit les conséquences socio-économiques et environnementales des actions des jeunes. L'agenda annuel et les directives pour les enseignants qui l'accompagnent ont été adoptés, traduits et utilisés dans 19 pays 49 UNESCO, Guidelines and Recommendations for Reorienting Teacher Education to Address Sustainability, Education for Sustainable Development in Action, Technical Paper N 2, Education Sector, October 2005, p.44 50 Décret 2006-975 du 1er août 2006: http://www.legifrance.gouv.fr/affichtexte.do?cidtexte=jorftext000000264576&datetexte= 51 Plus d'information sur YouthXchange: http://www.youthxchange.net/fr/main/home.asp 52 http://www.changelabproject.org

475 d'europe depuis 2004. - Au niveau national, existent des exemples d'institution d'éducation et d'acteurs des outils et des ayant développé des outils et des démarches de communication pour mettre en place des de plans de cours en ESC. Au Portugal, un Guide d'éducation du consommateur a été développé afin d'aider les enseignants dans une perspective de consommation et de citoyenneté. En France, deux documents de la pédagothèque de l'institut national de la Consommation INC et du Centre National de Documentation pédagogique - CNDP fournissent des informations sur l'esc tandis que EduSCOL 53, le site web du ministère de l'éducation nationale donne accès à des ressources et des exemples sur la manière d'intégrer ces questions du développement durable dans les programmes scolaires. Un nombre croissant de pays ont pris l'initiative de traduire, d'adapter et de mettre en œuvre le kit de formation de Youthexchange au niveau national : ce guide a été traduit et adapté en Allemagne, en Argentine (avec une section adaptée à Buenos Aires), en Équateur, au Royaume-Uni, aux Philippines et à Israël. Les dernières mises à jour concernent la France, l'espagne (y compris en Catalan) l'italie, la Norvège, la Belgique, la Slovénie, la Hongrie, la Grèce, la Colombie, le Pérou, le Mexique, la Chine, le Japon, la Corée et les Émirats Arabes Unis. b) Coopération entre enseignants et équipes pédagogiques Arriver à une compréhension commune de l'esc parmi les enseignants et les équipes pédagogiques facilite généralement la coopération interdisciplinaire et permet d'intégrer plus facilement l'esc dans les programmes. Dans ce but, les approches comparatives et interdisciplinaires doivent être facilitées afin de dépasser les frontières traditionnelles entre les sciences dures et les sciences sociales et aller vers le développement de pratiques pédagogiques et d'outils plus efficaces. La coopération entre enseignants et équipes pédagogiques en matière d'esc contribue également à renforcer les engagements de l'école pour une consommation durable. Renforcer la coopération entre les professionnels des diverses disciplines afin de développer des approches intégrées de l'esc fait partie des fortes recommandations de Here and Now pour mettre en œuvre l'esc. c) Approches méthodologiques Étant donné la nature holistique et interdisciplinaire de l'esc, plusieurs approches méthodologiques peuvent être avancées : - Des méthodes essentiellement basées sur des démarches de participation et de référence à la réalité. Ils incluent le dialogue, des discussions, des séminaires, des travaux dirigés, des études de cas, des sorties de terrain afin d'introduire les diverses expériences dans les salles de classe, des jeux de rôle, autant d'actions qui permettent de réaliser un apprentissage actif qui met l'élève au cœur des approches pédagogiques de l'esc. Les projets scolaires spécifiques peuvent être développés dans cette perspective, à l'exemple de ce qui a été réalisé par l'inde avec le Gobar Times Green Schools Programme (GTGSP) qui traite de l'expertise les pratiques environnementales en classe par les élèves. - L'utilisation des technologies, de communication, d'information et des médias : les ressources internet online sont également une composante essentielle de la mise en œuvre de l'esc. Ceci est particulièrement vrai pour le déchiffrage des médias. Pour lesquels ont été développés des outils et des réseaux spécifiques auxquels l'esc peut 53 Le site web de EduSCOL : http://eduscol.education.fr/d0185/accueil.htm

476 être facilement intégrée comme le Media awareness Network qui rassemble un ensemble très complet de ressources concernant l'éducation aux médias et le déchiffrage d'internet développé par une association canadienne à but non lucratif depuis 1966. Elle produit des programmes online, des ressources pédagogiques, des cours portant sur le déchiffrage des médias et sur le consumérisme : MediaSmart, un programme de compréhension des médias à l'usage des enfants et mis en œuvre au Canada, en Suède et au Royaume-Uni entre autres 54 ; qui vise à encourager une plus grande clarté et un meilleur consensus en Europe sur la compréhension des médias et sur l'éducation aux médias par le développement d un réseau d'éducateurs spécialisés dans les médias en Europe 55. - Stimuler la coopération entre les institutions d'éducations et les parties prenantes locales représente une partie importante de la pédagogie et de l'implémantation de l'esc. L'objectif principal est de structurer l'éducation en référence à la vie de tous les jours des jeunes et de leurs centres d'intérêt. Pour cela, l'environnement local et la culture doivent être pris en compte car les objectifs sont d'intégrer la culture de la consommation durable dans les habitudes et les attitudes des gens. De plus, enseigner et apprendre les outils de l'esc bénéficie d'une meilleure compréhension des territoires locaux car ces régions ont une grande diversité géographique, culturelle et économique qui ne peut pas être efficacement prise en compte par les seuls programmes nationaux. Par exemple, les chercheurs de l'université de Bath (UK) qui mènent le programme "Listening to Children - Environmental Perspective and the Schools Curriculum en partenariat avec des enseignants, avec des élèves de 11-12 ans et des représentants des communautés, ont montré que les jeunes étaient plus attirés par des enseignements faisant référence aux problématiques de leurs communautés. Dans ce type de démarche, ces outils et activités d'enseignement complètent des approches plus traditionnelles, comme les journées dédiées à tel ou tel thème, les concours et compétitions en milieu scolaire, les activités périscolaires, les discussions avec les parents, - Une approche locale et multi-acteurs permet également de développer le sens de la citoyenneté des élèves à leur environnement. - Ceci peut permettre de créer un lien entre éducation pour une consommation durable et service de communauté fournissant des occasions pour des applications pratiques à des études théoriques par exemple, un manuel sur la manière de conceptualiser, structurer et faciliter la participation des jeunes processus de développement de la communauté : Creating Better Cities with Children and Youth a été testé sur le terrain au travers du travail réalisé dans le cadre du projet de l'unesco sur le thème "Grandir dans les villes". Au Portugal le projet scolaire Fair Trade Clubs contribue à éduquer les écoliers au développement durable. Dans la cité de Macaè (Rio de Janeiro, Brazil), le programme Eco-citizen, qui a été développé pour lutter contre les problèmes causés par la pollution des hydrocarbures et la croissance urbaine anarchique (ordures ménagères, absence de végétation, pollution, manque d'eau potable, ), a contribué à l'amélioration du traitement des déchets et des eaux usées. 54 http://www.media-awareness.ca/ 55 http://www.euromedialiteracy.eu/

477 Questions Comment l'esc peut-elle être intégrée efficacement dans les institutions d'éducation et dans les curriculums des écoles et des universités comme une question transversale? Proposition L'ESC doit avoir la cohérence et la consistance et qui lui manque habituellement dans les politiques d'éducation du primaire et du secondaire. Ceci implique que "les thèmes, sujets, modules et niveaux se rapportant à l'esc soient inclus dans les curriculums au niveau national" (recommandations de Here and Now), ce qui peut être réalisé par le biais de cours obligatoires, par exemple 1 heure semaine-an pour tous les niveaux. L'intégration de l'esc dans les programmes officiel au niveau national induit de fait l'adaptation de la formation des enseignants à cette problématique. 2.2. L'ESC au sein de la formation professionnelle L'ESC est un processus qui court tout au long de la vie et qui n'est pas limité à l'éducation formelle ou non formelle des enfants et des adolescents. Dans de nombreux cas, l'esc peut être considéré comme un thème-clé de la formation professionnelle démarrant avec les programmes universitaires. Les schémas de consommation durable deviennent de constituants majeurs de la vie contemporaine du point de vue économique, social et environnemental. Dans ce contexte, les jeunes adultes, quels que soient leur formation et leur plan de carrière, devraient être formés à la consommation durable à la fois en tant que citoyens et que professionnels. Les universités sont donc des forces de changement en faveur de la durabilité : tandis qu'elles forment les étudiants pour qu'ils puissent accéder au marché du travail, un de leur principal objectif est d'offrir une formation de haute qualité en accord avec les orientations futures du développement durable. De plus, les universités sont fréquemment des acteurs de la formation continue qui est un autre champ important de l'implémentation de l'esc par lequel les pratiques professionnelles peuvent être réorientées. Le développement durable est en train de devenir une question importante pour toutes les universités. Ainsi, l'association des University Leaders for a Sustainable Future appuie la durabilité comme un des éléments centraux de l'éducation, de la recherche, et offre son assistance à tous les collèges et toutes les universités. Elle sert également de secrétariat pour les signataires de la Déclaration de Talloires, signée par plus de 350 présidents d'université et recteurs appartenant à plus de 40 pays 56. C'est un plan d'action en dix points engageant les institutions à prendre en compte l'environnement et le développement durable dans leur enseignement et dans leurs pratiques. A plusieurs niveaux (national, régional, inter-régional), les partenariats entre universités peuvent aussi être construits pour encourager le verdissement des campus et des curriculums : ainsi, le réseau ACES (Verdissement des curriculums d'enseignement supérieur) est coordonné par l'université de Giron (Espagne) depuis 2000 avec 5 universités européennes et six latino-américaines. - Cependant, l'esc est encore rarement présente dans les programmes universitaires. Elle peut encore être enseignée comme un sujet spécialisé au sein de cours très spécialisés comme en marketing, en politique internationale ou en économie. A l'université de Mahidol (à Bangkok, les cours sur les droits des consommateurs et les droits de l'homme font partie du programme des études internationales. - A côté de ces exemples sporadiques, une véritable intégration de l'esc peut se faire grâce à la politique du gouvernement ou de l'université, qui encourage le développement de cours interdisciplinaires sur la consommation durable, probablement pour être utilisée pour les incorporer à des diplômes qui nécessitent des modules interdisciplinaires. 56 Pour plus d'informations : www.ulsf.org

478 - Les diplômes en consommation durable peuvent également être institués : par exemple un appel à propositions a été lancé par la Commission européenne en février 2007 afin de créer un Master's course européen sur la consommation qui devait démarrer en septembre 2008. Au niveau régional comme au niveau national, il serait crucial d'incorporer les principes et objectifs de l'esc au sein de telles initiatives. - Les questions de la consommation durable et les défis sont aussi particulièrement légitimes et pertinents dans le cadre de la formation professionnelle se rapportant au marketing, à la communication et à la publicité. Les étudiants des secteurs de la publicité et du marketing doivent être préparés aux questions croissantes des consommateurs qui ne se satisfont plus des déclarations opportunistes et du green washing. Dans ce contexte, un nombre croissant d'éducateurs et de professionnels dans ces domaines sont conscients de l'importance croissante du développement durable, mais de véritables outils sont nécessaires pour les aider à répondre aux questions liées à la consommation durable. Dans ce contexte, le PNUE DTIE a conçu un CD-ROM "Sustainability Communications - A Toolkit for Marketing and Advertising Courses" en partenariat avec l'unesco, la DEDD et l'international Association of Universities. Ce CD-ROM est destiné aux enseignants de l'enseignement supérieur formant les futurs managers en marketing, publicité et communication ainsi qu'aux étudiants intéressés par ces sujets. Il fournit une synthèse des connaissances théoriques et méthodologiques ainsi que des principales ressources pédagogiques (études de cas, exercices, documents ressource, ). Il peut également être utile pour les associations professionnelles, les experts en marketing, communication et publicité ainsi que pour les éducateurs 57. - L'ESC peut aussi s'intégrer dans de nombreux autres champs spécifiques comme le tourisme. Au niveau international "Sowing the Seeds of Change: an Environmental and Sustainable Tourism Teaching Pack for the Hospitality Industry" (SSC), developpé par le PNUE, introduit les questions du tourisme durable et d'environnement dans les cours de management touristique 58. Dans tous les cas, développer l'esc dans les diplômes, les programmes et les cours, peut être fait en partenariat avec les acteurs publics concernés par les emplois de service, les ONG, les associations de consommateurs, les entreprises et les chambres. Leur rôle dans la mise en œuvre de l'esc doit être encore précisé et illustré au travers de projets spécifiques. Questions Comment encourager le développement de l'esc dans la formation professionnelle (commerce, marketing, publicité, communication, )? Quel est le rôle des universités, des acteurs publics concernés par les métiers de service, des ONG, des associations de consommateurs et de commerce dans ce processus? Proposition A l'université, des cours interdisciplinaires sur la consommation durable doivent être mis en œuvre, mais ce thème doit d'abord devenir obligatoire dans des disciplines spécifiques et les curriculums étroitement liés aux questions de consommation comme le marketing, la publicité, la communication. Concernant la formation continue, les acteurs publics concernés par les emplois de service devraient conseiller aux professionnels du marketing, de la communication et de la publicité des programmes spécifiques de formation sur la consommation durable. Un plus grand nombre de diplômes professionnels en consommation durable devraient être développés aux niveaux international, national et européen. 57 Le CD-Rom est diponible online: http://www.unep.fr/shared/publications/cdrom/dtix0886xpa/ 58 Plus d'information sur la DTIE du PNUE sur : http://www.unep.fr/scp/education/materials.htm

479 2.3. L'ESC et la sensibilisation Il est nécessaire que nos sociétés évoluent vers des schémas de production et de consommation durables, une communication et une information du public, ainsi que vers des initiatives visant à la sensibilisation. Ces actions, campagnes et initiatives contribuent à construire de nouvelles valeurs et à susciter l'adoption de nouveaux comportements. Outre l'éducation, la communication et la sensibilisation sont des composantes majeures de l'esc dans une perspective d'éducation tout au long de la vie. Informer, sensibiliser la perception et la conduite des citoyens, soutenir les politiques publiques tels sont les objectifs qui composent l'esc comprise ici comme une démarche de sensibilisation. Les campagnes de communication sur la consommation durable, aux niveau national, local et international, et menées par les institutions comme par les ONG et les entreprises, ont été multipliées pour informer, sensibiliser, influencer la perception et la conduite des citoyens et soutenir les politiques publiques. - Au niveau des organisations intergouvernementales, la division du PNUE pour la Technologie, l'industrie et l'économie (PNUE-DTIE) a développé des campagnes de communication et des outils sur l'esc depuis plusieurs années : un kit de ressources sur la consommation et la production durables, composé de 12 fiches (publicité, eco-design, énergies, nourriture, habitation, loisirs, style de vie, mobilité, technologies nouvelles d'information et de communication, textiles, tourisme, eau) qui ont pour but d'apporter des informations sur des thèmes choisis en analysant les impacts environnementaux et sociaux des activités associées et apportant des exemples de bonnes pratiques de par le monde. Plus récemment, le spot TV "Eco-tips for jeans" explique de manière humoristique comment lutter contre le changement climatique en adoptant de bonnes pratiques en liaison avec l'utilisation d'une paire de jeans. - Les institutions publiques, au niveau des ministères, des agences spécialisées ou des autorités locales ont également un important rôle à jouer in renforçant la sensibilisation de la consommation durable auprès des citoyens. Elles mettent également à contribution diverses parties prenantes de la société civile et du secteur privé dans leurs campagnes. En France, l'ademe (Agence nationale de l Environnement et de la Maîtrise de l Energie) a organisé de nombreuses campagnes nationales (récemment sur les économies d'énergie et sur les traitements des déchets) et fournit des informations online sur l'éco-consommation 59. En France, le ministère de l'écologie et du développement durable fait la promotion des éco-gestes sur son site web 60. En Espagne, le ministre de l'environnement organise le programme "Hogares verdes " (Maisons vertes) et en Suède, "Think twice" (Réfléchis-y à deux fois) est un plan d'action de quatre années pour la consommation des ménages et développé par le ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la consommation pour sensibiliser à la gestion de l'habitation de manière durable. Les campagnes de communication et d'éducation s'adressent aux citoyens suédois à propos de leur comportement concernant leur logement, leur nourriture et leurs habitudes de transport. En Italie, avec "Città dell altra economia" (une cité avec une autre économie), la ville de Rome donne un exemple significatif d'une initiative prise par les autorités locales en partenariat avec les autres parties prenantes 61. Depuis 2006, une partie de la ville est dédiée au développement et à la promotion d'une "Autre économie" avec des expositions et diverses manifestations. A Venise, l'initiative Cambieresti? (Changerez-nous?) 59 http://www.faisonsvite.fr/ et http://www.reduisonsnosdechets.fr/ 60 http://www.ecologie.gouv.fr/-eco-citoyens-.html 61 http://www.cittadellaltraeconomia.org/home/

480 menée par la cité et développée avec de nombreux partenaires a pour but d'associer les citoyens à une grand "jeu social" destiné à réduire et réorienter la consommation grâce à une communication de stratégies et d'information. - Parmi les communicateurs sur la consommation durable, les ONG sont particulièrement actives. Le site "ChangeLab" fournit au travers de sa banque de données un grand nombre d'études et de cas sur la consommation durable. "ECODES", en Espagne est une ONG dédiée au développement durable et à l'edd et qui, avec le soutien du ministère espagnol de l'environnement a mis en place une campagne sur le climat, qui doit être lancée en novembre 2008, afin d'apporter aux consommateurs des informations sur l'impact de produits spécifiques sur le changement climatique (ordinateurs, téléphones portales, textiles, ) 62. "Equiterre", une ONG canadienne a développé un guide des "Consom'acteurs", en Français et conduit une campagne pour communiquer sur 12 actions simples et individuelles que doit accomplir chaque jour le consommateur responsable 63. - Commerçants et publicistes ont un rôle particulier à jouer qui demande des recherches ultérieures. De nombreuses entreprises, notamment dans les pays développés, ont réalisé des campagnes d'information et de publicité sur des questions liées à la consommation durable. La pression sociale aux affaires avec le regard sur son rôle dans la promotion de valeurs et des habitudes de consumérisme non durable sont un facteur important. Ces campagnes sont diverses et souvent sources de polémiques allant des campagnes de marketing vert (promouvant les produits socialement et environnementalement responsables, informant sur les labels verts) à des opérations de sensibilisation visant les public en général. De plus, informer le consommateur sur des choix responsables en matière de consommation soutenable et responsable a favorisé l'émergence d'un marché de l'entrepreneuriat social. Ainsi, au Canada, l'entreprise "Ethiquette.ca" - le réseau du consommateur responsable" une information online sur des choix de consommation (produits, services) qui réduisent l'impact sur l'environnement et améliorent les conditions sociales 64. Le rôle de la publicité dans l'esc est un sujet de discussion, particulièrement pour les jeunes et les enfants. A côté des campagnes de publicité qui font une promotion claire de la consommation durable, la réglementation du secteur de la publicité à un statut spécial concernant l'esc dans le sens où les normes et les limitations comportent de forts signaux sociétaux et culturels en relation avec ce que la société peut accepter quand ils concernent les schémas de consommation (par ex : en France, les réclames pour l'alcool ne peuvent pas représenter une personne et les réclames pour le tabac sont interdites). Un tiers des pays de l'union européenne ont déjà promulgué des règlementations sur les réclames touchant les enfants et sur les réclames faites dans le cadre du réseau "Television without Frontiers Directive" (Audiovisual Media Services Directive since 2007). La Suède reste un cas particulier puisqu'elle a édicté des règles très restrictives en limitant les réclames s'adressant aux enfants via la TV; depuis 1991, les réclames sont interdites avant et après les émissions pour les enfants. Au Luxembourg et en Belgique c'est également le cas. Des outils d'autorégulation peuvent être également développés, comme en France où une charte pour la publicité éco-responsable a été signée entre le gouvernement et le Bureau de Vérification de la Publicité. Un grand nombre de campagnes sur la consommation durable sont présentées et décrites dans a "Galerie de la créativité sur la communication en matière de développement durable" (Creative Gallery on Sustainability Communications) développée par le PNUE. Cette galerie 62 ECODES: http://www.ecodes.org/ 63 Equiterre: http://www.equiterre.org/ 64 http://www.ethiquette.ca

481 est une base de données qui compile les articles et les campagnes de communication du monde entier produit par les entreprises, les ONG, les gouvernements, les autorités locales, et toutes les parties prenantes concernées par la promotion du développement durable en général et par le développement des services et de produits verts. Le Conseil de l'europe, dans le cadre de ses actions et de sa politique sociale présente également, pays par pays, une revue des initiatives sur la consommation durable pays par pays. Cependant, l'écart entre les souhaits des gens et leur engagement réel sur les questions de durabilité et de leurs modes de consommation reste un réel défi en termes de communication, d'abord pour les institutions publiques, mais aussi pour les acteurs non gouvernementaux impliqués dans la sensibilisation des citoyens. Des directives et des outils ont été développés pour aider les communicateurs dans leurs campagnes sur le développement durable, incluant la consommation durable, et adaptés aux cibles et aux objectifs. - Avec "Futerra" une agence de communication du Royaume-Uni, le PNU a produit "Communicating Sustainability. How to produce effective public campaigns" qui fournit des directives aux politiques et aux communicateurs présents au sein des institutions publiques pour mettre en place des campagnes de communication sur le développement durable. Le guide se présente comme une boîte à outils, apportant des tuyaux, des idées et des bonnes pratiques afin que l'on puisse s'en inspirer. Son succès (plus de 500.000 chargements sur le site du PNUE) montre l'importance de la demande de la part des institutions publiques 65. - Le "Réseau pour une stratégie de communication sur l'edd" qui appuie la Décennie des Nations Unies pour l'edd (en 2007) peut également être considéré comme un instrument de communication dont il est possible de s'inspirer pour communiquer sur le développement durable à l'intention de divers groupes cibles (politiques, responsables de communautés, formateurs, éducateurs, jeunes, familles, ). Ce document identifie sept domaines d'action : construction des connaissances et partage des connaissances, activités de plaidoyer et de soutien pour l'edd, identification des questions clé, plateformes de dialogue, suivi et évaluation du processus. - Concernant le commerce et la sensibilisation, la PNUE a produit une publication spécifique "Talk the Walk - Advancing Sustainable Lifestyles through Marketing & Communications" qui propose des astuces pour développer des startégies de communication appropriées et qui communique effectivement sur les produits durables et les services. Ceci vise particulièrement les départements de marketing et de communication des entreprises, les agences de publicité et les experts en communication. Questions Est-ce que le rôle de la communication publique et des campagnes de communication est d'intégrer les principes et les objectifs de la compréhension des médias? Comment les entreprises commerciales peuvent-elles participer à améliorer les connaissances du public en matière de consommation durable? Propositions Les campagnes publiques sur le comportement en matière de consommation durable sont utiles dans la durée, mais elles devraient être associées à des actions visant à apporter aux citoyens les moyens de prendre en compte les messages publicitaires issus des acteurs publics et de la société civile. Les entreprises peuvent également contribuer à la mise en œuvre d'une communication responsable. 65 http://www.unep.fr/shared/publications/pdf/dtix0679xpa-communicatingen.pdf

482 2.4. Coopération multi-acteurs pour l'esc La dimension holistique de l'esc a généralisé la coopération entre les différents acteurs, mais celle-ci doit être renforcée, particulièrement au niveau local. De l'éducation formelle à la sensibilisation du public, il est reconnu que l'esc doit être considérée comme une approche transversale qui nécessite l'implication de tous les acteurs : autorités publiques, institutions et acteurs de l'éducation, réseaux de jeunes, société civile, monde des affaires, acteurs du développement et de la coopération. Les ONG concernées par le développement durable, et plus particulièrement par la consommation durable, sont particulièrement susceptibles de bâtir des partenariats avec les autres acteurs de l'éducation. Par exemple, en France l'association nationale des documentalistes de l'enseignement privé ANDEP, ou encore l'écoforum et le Bureau européen de l'environnement (European Environmental Bureau ou EEB) sont à mêmes de fournir une information de qualité et de préciser la responsabilité des décideurs politiques. Comme cela a été déjà précisé, l'éducation formelle et non formelle sur la consommation durable est implémentée de manière efficace grâce à une coopération entre les institutions d'éducation et les autres acteurs, particulièrement au niveau local. - La formation des enseignants en ESC bénéficie de l'implication des diverses parties prenantes qui fournissent des ressources pertinentes et concrètes. Par exemple, le collège de la Florida Gulf Coast University, l'école de l'université de Zürich des Sciences appliquées, la ville de Zürich et des sponsors privés ont développé ensemble le Swiss International Program (STIP), une expérimentation sur l'edd pour les enseignants du primaire et du secondaire. Les participants étudient l'écologie, la socio-économie et la politique telles qu'ils s'appliquent à leurs différents pays et apprendre à comprendre l'impact social et environnemental de leurs décisions individuelles. - D'une manière générale, les éducateurs peuvent coopérer avec une grande variété de partenaires (gouvernements, société civile, médias, entreprises) afin d'améliorer la qualité de leurs enseignements sur la consommation durable. Sandwatch, appuyé par l'unesco, est un exemple significatif. D'abord développé localement puis internationalement, c'est un réseau de bénévoles d'étudiants, d'enseignants, de groupes de jeunes, d'organisations non gouvernementales et communautaires travaillant ensemble pour modifier les styles de vie et développer la connaissance des écosystèmes marins et côtiers vulnérables. Ce réseau a démarré en 1999 dans les Caraïbes puis est devenu un projet interrégional incluant d'autres îles en Europe, Afrique, Asie et Amérique du Sud. Des outils pédagogiques ont été développés comme des directives pour les étudiants afin de développer des approches durables pour résoudre les problèmes que rencontre leur environnement local 66. Des initiatives et des outils spécifiques ont été développés au niveau international sur la base de démarches de coopération multi-acteurs : - Les Universités des Nations Unies ont développé des "Centres régionaux d'expertise" qui ont pour but d'inscrire les universités dans de stratégies et des plans communautaires de développement durable. Ces centres réunissent des éducateurs (scolaires et universitaires mais appartenant également à des ONG, des musées, et à des formateurs de sociétés) et des ressources d'informations locales pertinentes (gouvernement, secteur privé, chercheurs) pour améliorer la qualité de l'éducation et la notion de citoyenneté. Ce modèle pourrait être appliqué à l'esc pour réaliser des alliances et des partenariats entre les individus et les organisations afin de fournir des données actualisées pour l'expertise auxquelles les étudiants et les enseignants pourraient se référer. - Le kit de formation 2008 PNUE/UNESCO YouthXchange sur la consommation durable (disponible en 19 langues) et accessible sur un site web en Français et en Anglais) 66 http://www.sandwatch.ca/

483 est un outil de formation qui vise à promouvoir les schémas de consommation durable chez les jeunes consommateurs de la planète. Il fournit des statistiques, des études de cas basées sur des actions de consommations des diverses communautés, des jeux et des alternatives à des styles de vie plus durables sous une forme claire et conviviale sur la manière dont les questions de développement durable affectent la vie de tous les jours des consommateurs. - Dans la dernière édition de ce manuel, sont abordées les questions suivantes : le lien entre nos modes de consommation et le changement climatique, une partie élargie consacrée aux e-déchets, des informations scientifiques et des données actualisées et deux nouveaux chapitres : un sur la Décennie des Nations Unies de l'edd, un sur la mode éthique. Parmi ces nouveautés, le guide essaye de faire la part entre les aspirations des jeunes consommateurs tout en les informant sur les conséquences de leur consommation, sur le changement climatique par exemple. - Le projet LOLA (Looking for Likely Alternatives), lancé en 2005 par le Consumer Citizenship Network, contient un pack d'apprentissage et de formation mettant l'accent sur le renforcement des liens entre les étudiants et les communautés locales pour identifier, évaluer et illustrer des cas d'innovation sociale confrontés aux styles de vie durables 67. Here and Now contient plusieurs recommandations sur la manière de construire des partenariats entre les écoles et universités et les acteurs locaux, y compris les acteurs en dehors de l'école en mettant l'accent sur le besoin de renforcer les liens entre les chercheurs, chargés de cours et formateurs des enseignants et les acteurs socioéconomiques et autres intervenants. Ceci peut également inclure l'apprentissage intergénérationnel comme composante de l'esc. L'intégration de l'esc dans la formation professionnelle, lors de sa mise en œuvre, doit également reposer sur la coopération et le partenariat entre les divers acteurs. Même si l'esc est rarement incluse dans les établissements et les programmes d'éducation, il est clair que les étudiants et les professionnels tirent avantage de l'expérience des nombreux acteurs que sont les ONG, et les entreprises dans ce domaine. De tels partenariats peuvent être construits avec les universités : ainsi, au Kenya, des organisations non gouvernementales (Consumers Voice, Consumer Unity and Trust Society, Youth Education Network) ont coopéré avec l'université Kenyatta et l'université de Nairobi pour mettre en place des enseignements sur les questions de consommations, y compris le développement durable. Cette démarche peut être réalisée avec d'autres institutions et organisations concernées par l'éducation tout au long de la vie, de même que dans les programmes de formation des entreprises. Au plan de la communication et de la sensibilisation, ces partenariats multi-acteurs sont souvent utilisés comme outil de diffusion. Les campagnes nationales de l'ademe (France) sur l'énergie et la gestion des déchets, sont relayées localement grâce à de nombreux partenaires et manifestations. Un autre exemple concret de partenariat pour promouvoir le développement durable est celui de la ville de Heidelberg (Allemagne) où les consommateurs ont accès à une carte pour acheter des "marchandises durables". Cette carte, lancée en 2002, a été initiée par l'institut de recherche sur l'économie écologique, le département municipal en charge de l'agenda 21 et diverses ONG locales. Une agence de publicité est responsable de l'opération qui a reçu 45.000 Euros du ministère fédéral de l'éducation et de la recherche. Cette initiative a réuni plus de 1700 utilisateurs qui ont ainsi bénéficié de réductions sur leurs achats et créé un réseau local pour stimuler la cohésion sociale et les bonnes relations entre voisins. 67 Pour plus d' information sur Lola: http://www.sustainable-everyday.net/lolaprocess/

484 Question Comment mobiliser to les acteurs pour les amener à coopérer à développer des outils et des méthodologies adaptées aux réalités locales et aux contextes culturels. Propositions - Renforcer les liens entre les chercheurs, chargés de cours, enseignants et acteurs socio-économiques et parties prenantes et considérer également l'apprentissage intergénérationnel comme aspect intégré de l'esc. - Amener les ONG et les entreprises à coopérer avec les universités pour développer des enseignements sur la consommation durable dans le cadre des apprentissages professionnels et tout au long de la vie. - Encourager les entreprises à intégrer la consommation durable dans leurs propres programmes de formation. 2.5. Évaluer l'esc Mettre en œuvre et évaluer les impacts de l'esc par rapport à la perception, aux attitudes et aux comportements des individus, mais également des institutions et des organismes publics et privés est une condition indispensable pour adapter efficacement l'esc et répondre aux attentes de l'ensemble des parties prenantes. Comme cela est souligné dans "Here and Now" : "L'ESC est, par définition, une forme d'éducation qui évolue et demande des modifications et des mises à jour. De nombreux sujets, qui sont actuellement au cœur de l'esc, n'étaient pas seulement envisagés il y a 50 ans". - La mise en œuvre d'une ESC efficace repose sur une bonne compréhension de la manière dont elle est perçue, notamment par les jeunes. De ce point de vue, la recherche et le reporting ont un rôle central à jouer. Les chercheurs travaillant sur l'esc (Consumer Citizenship Network, SCORE, RESOLVE,...) mènent en permanence des suivis et réunissent des données utiles sur la prise en compte des gens de l'esc par rapport à leur vie de tous les jours ainsi que sur leurs réactions par rapport à cette même ESC. Des organisations internationales comme l'ocde ou le PNUE conduisent également de telles études. - L'évaluation de l'esc de manière à l'améliorer et à l'actualiser de manière systématique signifie également l'évaluation des politiques et des actions d'esc, dans tous les domaines, à la fois relativement à la spécificité du projet et aux attitudes et comportements des consommateurs. Chaque projet d'éducation formelle et non formelle, de sensibilisation ou de formation professionnelle, doit comprendre des finalités précises, des évaluations d'objectifs qui seront utilisés dans l'avenir en partage avec les autres acteurs. Des indicateurs de différents ordres peuvent être utilisés : nombre de partenaires participant au projet, type de population concerné, impact sur les médias, durée du projet, bénéfices économiques incluant des critères socio-économiques, impacts sur les représentations et les comportements (par le biais d'enquêtes ou d'études de marché avec l'aide des entreprises, même si ce dernier point est sans doute le plus difficile à réaliser). - Les institutions publiques nationales sont entièrement concernées par l'évaluation de l'esc car elles ont les moyens de créer des plateformes pour réunir les données relatives aux acteurs de l'esc, qu'ils soient centralisés ou dispersés. Ceci est une forte recommandation de "Here and Now" : Le partage des bonnes pratiques, la mise en œuvre d'indicateurs de progrès et d'implémentation des mécanismes de suivi, permettent aux gouvernements de suivre et de faciliter le développement de l'esc dans leur pays". - L'UNECE a mis en place un groupe d'experts sur les indicateurs de l'edd qui a été publié en début 2008.

485 Questions Comment est-il possible d'évaluer l'impact des attitudes et comportements au sein des institutions d'éducation, au travail et dans la sphère privée. Propositions - Encourager les gouvernements à suivre et à faciliter le développement de l'esc par le partage des bonnes pratiques, par la mise en place d'indicateurs d'avancement, et en mettant en place des mécanismes de suivi. En outre, il faut encourager les spécialistes du commerce et du marketing à communiquer sur l'état des marchés et des tendances de la consommation. - Développer des outils (incluant indicateurs et analyses de marché) pour aider les projets d'éducation formelle et de sensibilisation par la définition d'objectifs clairs et leur évaluation et en communiquant sur leurs impacts en partageant les informations avec les autres acteurs de l'esc. 3. ESC et coopération dans la région euro-méditerranéenne 3.1. Défis et possibilités de coopération en Euro-Méditerranée La coopération euro-méditerranéenne est particulièrement importante en termes de contacts Nord-Sud. Mis à part le fait qu'un certain nombre de pays méditerranéens sont également membres de l'ue, la région méditerranéenne et l'ue sont étroitement liées et interdépendantes au niveau commercial (l'ue, par exemple, concerne 75% de tout le commerce de la Tunisie), interconnexions énergétiques, flux migratoires et tourisme (218 millions de visiteurs dans la région méditerranéenne dont 85% d'européens) 68. L'interdépendance est à la fois un défi et une possibilité de promouvoir la coopération pour l'esc et, comme dans de nombreux pays méditerranéens, la stabilité et la prospérité dépendent des capacités à mettre en œuvre des politiques de développement durable et des schémas qui impliquent les citoyens dans ces processus 69. 3.1.1. Le plan d'action pour la Méditerranée - PAM (Mediterranean Action Plan - MAP), la convention de Barcelone (Barcelona Convention) et la stratégie méditerranéenne de développement durable (Mediterranean Strategy for Sustainable Development - MSSD): Le PAM a été adopté en 1975 par 16 pays méditerranéens et par l'ue sous les auspices du PNUE. Il concerne aujourd'hui 21 pays et a pour but de protéger l'environnement et d'encourager le développement durable en Méditerranée. Le PAM a été révisé en 1995, au moment où la Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée contre la pollution, adoptée pour la première fois en 1976, et dont le cadre légal comprend sept protocoles spécifiques. La Stratégie méditerranéenne de développement durable a été également créée en 1995. Le PAM est également en synergie avec plusieurs centres régionaux dont le Centre régional d'activité du Plan Bleu (Blue Plan Regional Activity Center - BP/RAC) dont la mission est d'évaluer les projets de la région et d apporter une analyse compréhensive des impacts potentiels du développement sur l'environnement 70. Les parties contractantes de la Convention de Barcelone ont approuvé la MSSD en 12005. Cette stratégie vise à adapter les décisions internationales, comme les objectifs du Millenium pour le développement (Millennium Development Goals) aux conditions régionales pour 68 G. Benoit and A. Comeau (eds.), A Sustainable Future for the Mediterranean. The Blue Plan s Environment and Development Outlook, Earthscan, London, 2005 69 Pour plus d'information sur le PAM et la Convention de Barcelone : http://www.unepmap.org/ 70 http://www.planbleu.org/indexuk.html

486 guider les stratégies nationales de développement durable et pour initier un partenariat dynamique entre les pays aux différents niveaux de développement. Cette MSSD reconnaît clairement la consommation et la production durables comme des objectifs transversaux majeurs dans la région méditerranéenne. Le Centre d'information et de communication de la convention de Barcelone (INFO/RAC) définit et met en œuvre la stratégie d'information et de communication de la MSSD 71. La MSSD fait écho à l'agenda MED 21 adopté en 1994 en Tunisie. Dans ce document, les pays méditerranéens s'engagent dans une démarche d'éducation et de protection du consommateur et reconnaissent l'importance de la redéfinition des styles de vie et des schémas comportementaux qui, actuellement, provoquent l'accroissement des déchets et au consumérisme, à l'appauvrissement des ressources; par ailleurs, est également soulignée la nécessité de promouvoir de nouvelles définitions de la prospérité qui prendraient en compte la valeur des ressources naturelles que nous avons reçu en héritage, la recherche d'une nouvelle qualité de vie qui réduirait la dépendance des régions aux ressources non renouvelables (chapitre 5 : "Changer les modèles de consommation"). Dans le contexte d'une coopération euro-méditerranéenne, la MSSD pourrait également être reliée à la Stratégie européenne de Développement durable (SEDD) de 2006 qui prend en compte la consommation et la production durables, au même titre que l'éducation et la formation (en 2006, le Parlement et le Conseil européens ont adopté un programme d'éducation tout au long de la vie pour la période 2007-2013). 3.1.2. Le partenariat euro-méditerranéen et l'union pour la Méditerranée En 1995, la conférence euro-méditerranéenne de Barcelone, donna naissance au partenariat euro-méditerranéen entre les pays membres de l'ue et certains pays de la bordure méditerranéenne non membres de l'ue. La création de ce partenariat avait plusieurs objectifs : la paix et la stabilité, la mise en place progressive d'une zone de libre échange, un dialogue social et culturel. Aujourd'hui, ce partenariat compte 39 membres : 27 pays de l'ue, 3 pays candidats à l'ue (Croatie, Macédoine et Turquie) et 9 partenaires méditerranéens (Algérie, Autorité palestinienne, Egypte, Israël, Jordan, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie); la Lybie a un statut d'observateur depuis 1999. L'Union pour la Méditerranée, établie le 3 juillet 2008, est un développement de partenariat euro-méditerranéen qui a pour projet d'intégrer les questions de développement durable et les objectifs particulièrement reliés aux zones côtières et marines et à l'énergie. La mise en place d'un réseau des universités méditerranéennes pour le développement durable a pour but de renforcer cette coopération en matière d'enseignement supérieur et pourrait donc être l'occasion de développer l'esc à ce niveau. Les institutions régionales et interrégionales jouent un rôle important dans la promotion de la consommation durable par le biais des campagnes de sensibilisation, par la recherche relative aux marchés, mais aussi en traitant des cadres réglementaires, des incitations fiscales et économiques, des technologies et des infrastructures nécessaires à la conduite de comportements durables; 3.2. ESC, stratégies nationales et régionales Prendre en compte les schémas de production et de consommation durable en Méditerranée est devenu un besoin urgent. Le développement économique de ces 21 pays exerce une importante pression sociale et environnementale et peut être préjudiciable à ce même développement. L'ESC est une composante majeure des besoins de ces pays en matière de développement durable : rareté de l'eau (60% de la population confronté à ce problème), 71 Centre de communication et d'information de la Convention de Barcelone : http://www.inforac.org/

487 croissance démographique et urbanisation accélérée des zones côtières, (427 millions d'habitants actuellement), accroissement des déchets et changement climatique (avec une augmentation de 8,3% des émissions de CO2), tourisme massif (32% du tourisme international et 218 millions de visiteurs). Le Plan Bleu a montré que si rien n'est fait, les problèmes actuels de la région et la pression en résultant sur l'environnement et la société atteindront rapidement des niveaux critiques. En 2025, des tensions liées à l'eau devraient apparaître dans plusieurs pays (Égypte, Israël, Lybie, Territoires palestiniens, Maroc, Espagne, Malte, Syrie et Tunisie). 74% de la population pourrait être urbanisée ans le Sud et l'est de la Méditerranée avec des problèmes de gestion en raison de la multiplication par trois du volume des déchets dans le Sud et par eux dans le Nord. Même si le nombre de voitures est encore faible dans le Sud (124 pour 1000 habitants en 2003 contre 592 dans le Nord), ce nombre pourrait augmenter avec des conséquences majeures en termes de congestion du trafic, de bruit, d'émission de gaz à effet de serre et de pollution de l'air. Sous la pression du tourisme, les zones côtières, un capital inappréciable de cette région, pourrait être fortement dégradé à détruit. La région méditerranéenne n'est pas homogène et de nombreuses différences existent entre les pays du Nord, de l'espagne à la Grèce avec deux états insulaires (Chypre et Malte) et les pays du Sud et de l'est de la Méditerranée, du Maroc à la Turquie en termes de niveaux et de schémas de consommation, de consommation des ménages et de standards de vie. Au niveau national, les stratégies de développement durable présentent un bon état d'avancement dans la région. Selon la division des Nations Unies sur le Développement durable: sept pays mettent en œuvre une stratégie nationale de développement durable (Espagne, France, Italie, Grèce, Monténégro, Algérie, Tunisie) et trois sont en train de la développer (Maroc, Malte, Israël). Grâce au développement de ces stratégies, et en liaison avec divers mécanismes de coopération euro-méditerranéenne, le défi consiste à adopter de nouveaux schémas de production et de consommation qui contribueront à une gestion plus durable des ressources humaines et naturelles en faveur du développement socio-économique. 3.3. Initiatives pour l'esc dans la région méditerranéenne Le changement vers des demandes en eau et en énergie plus durables, la croissance urbaine, l'accroissement de la pression touristique et l'aménagement des zones côtières ne seront pas possibles sans des comportements responsables en matière de consommation. Dans tous ces secteurs, il faut renforcer la communication et la formation. Les conditions requises pour ce changement font appel l'information sur les progrès en matière de développement durable, le renforcement de la sensibilisation, évolution de la formation et des progrès dans le suivi grâce aux observatoires et aux indicateurs. Les initiatives pour l'esc prises par les autorités dans la région méditerranéenne sont plus fréquentes dans la partie septentrionale. L'Espagne, l'italie et la France ont organisé ou financé des campagnes sur la consommation durable (l'ademe en France, Ribelli per Natura en Italie, éducation à l'environnement des ménages en Espagne). Les initiatives prises dans les pays du Sud concernent plus souvent l'utilisation de l'eau. La Tunisie a mis en place une stratégie nationale d'économie de l'eau d'irrigation en y association la création d'associations d'utilisateurs. Cette politique a stabilisé la consommation d'eau en dépit du développement de l'agriculture et le besoin en eau du secteur du tourisme et des agglomérations a été assuré. Par ailleurs, les priorités définies dans la stratégie de développement durable du Maroc se focalise sur la gestion de l'eau, la biodiversité, l'utilisation de l'énergie, les énergies renouvelables et le tourisme durable, mais ne fait pas clairement référence aux programmes ciblant les consommateurs. Les ONG sont bien concernées par le développement durable dans la région méditerranéenne. Le Mediterranean Information Office for Environment, Culture and Sustainable Development (MIO-ECSDE), une fédération d'ong basée en Grèce, réunit 105

488 membres appartenant à 24 pays. Cette fédération travaille au niveau régional où le développement durable, et plus particulièrement les questions d'éducation sont abordées, développées et soutiennent des initiatives ainsi que des campagnes comme celle organisée en collaboration avec HELMEPA et Clean-up Greece, avec le soutien du PNUE et intitulée "Garder la Méditerranée libre de tout déchet" (Keep the Mediterranean Litter-free Campaign". Cette campagne a pour but de sensibiliser le public à la pollution de la mer par des déchets solides. Une brochure a été produite en 11 langues. En outre, MIO-ESCDE a réalisé plusieurs publications et directives sur la mise en œuvre de la sensibilisation "Sensibilisation du public à la gestion des déchets marins en Méditerranée" (Public Awareness for the Management of Marine Litter in the Mediterranean) qui présente, dans le cadre de la campagne précitée, une approche commune régionale sur la manière de développer la sensibilisation et d'éduquer les parties prenantes en Méditerranée à la gestion des déchets solides "Public Participation, Environmental Information and Awareness in the Mediterranean" dont une version française actualisée est disponible depuis le début de 2004. MIO-ECSDE est également un partenaire proche du PNUE et du programme YouthXchange dans la région méditerranéenne depuis 2007. Avec ce partenariat, le contenu du guide YXC a été adapté aux spécificités de la Grèce et des ateliers de formation ont été organisés dans les écoles, les ONG et les réseaux de jeunes. Le programme YouthXchange se présente comme un programme international dont la vocation est de soutenir l'esc par le biais des éducateurs et les partenariats multi-acteurs. A ce titre, il propose de développer un programme spécifique au Maghreb en partenariat avec les acteurs locaux, le PNUE et l'unesco. La Chambre de compensation euro-méditerranéenne pour l'environnement est un modèle de plateforme qui pourrait être développée pour échanger des expériences et des informations sur l'esc dans la région méditerranéenne. Le portail online est destiné à faciliter l'accès et l'échange d'informations environnementales : l'information est et publiée grâce aux efforts conjoints des acteurs de l'environnement de la région et englobe les organisations et projets régionaux environnementaux, les ministères de l'environnement et les agences affiliées, les universités, etc. 3.4. Projets pilotes et agences de développement Renforcer la coopération régionale bi- et multilatérale pour le développement durable est un autre prérequis majeur pour le changement. L'ESC peut être mise en œuvre au travers du co-développement et au moyen du concept de projets pilotes basés sur l'échange d'expérience entre les acteurs (ressources, méthodologies, outils, évaluation). Le rôle des agences de développement dans ce processus doit être souligné et renforcé. Les agences de développement fournissent une aide au développement, comme des prêts ou des bourses au niveau bi- et multilatéral. Dans le cadre du processus de Marrakech sur la production et le développement durable, le PNUE a conduit une revue, avec 19 agences de développement (10 bilatérales et 9 multilatérales) pour identifier leurs projets relevant de la consommation et de la production durables (SCP), mettre en évidence les mécanismes de coopération et de meilleure intégration de la SCP dans leurs programmes. Les résultats de cette revue montrent que toutes les agences placent la réduction de la pauvreté, une des priorités du Millennium Development Goals, et les questions d'environnement, en première place dans leurs agendas. Dans ce contexte, les questions de production et de développement durable sont également abordées au travers d'approches sectorielles comme l'efficacité énergétique (86% des agences), la gestion des déchets (75%) et la gestion des ressources en eau (76%). L'Agence Française de Développement (AFD) est très active en Méditerranées et travaille étroitement avec le Plan Bleu. Le GTZ, institution allemande de coopération internationale

489 pour le développement durable participe à un programme avec l'algérie pour la gestion environnementale et pour la gestion intégrée de l'eau, avec le Maroc pour la gestion environnementale et avec la Croatie pour la gestion des zones côtières de l'adriatique. Cependant, il apparaît que 79% des agences ne sont pas familières avec le concept de SCP et ne le mettent pas en pratique. De plus, l'éducation et la formation sont les secteurs qui fait le moins appel à la SCP (seulement 44%). Il y a également de grandes différences entre les agences bi- et multilatérales : 60% des agences bilatérales font la promotion des programmes d'éducation sur l'environnement, contre 22% pour les agences multilatérales. D'autre part, les campagnes de sensibilisation du public reçoivent plus le soutien des agences multilatérales (44%) que des agences bilatérales (seulement 10%). Une revue des projets soutenus par les agences de coopération bilatérales en Europe et en Amérique du Nord montre que l'éducation est également bien placée sur les agendas des agences, particulièrement en Méditerranée. L'agence de développement international canadienne a plusieurs projets pour soutenir le développement et la modernisation de la formation professionnelle et du système éducatif au Maghreb. L'Agence Française de Développement, largement présente en Méditerranée, a également quelques projets touchant à l'éducation et à la formation des enseignants (Maroc, Liban, Algérie). Cependant, les deux types d'agence supportent rarement l'éducation sur la consommation durable et la recherche sur le comportement des consommateurs. La réduction de la pauvreté étant la priorité numéro un de toutes les agences de développement, il est important de mettre en lumière le lien entre cet objectif à la promotion des schémas de SCP afin de promouvoir un meilleur usage des ressources naturelles, de créer de nouveaux emplois et des occasions de marché. Des ressources sont disponibles comme le Clean Development Mechanisms de la Banque Mondiale pour des projets qui visent à réduire les émissions de CO2 et qui peut être utilisé pour développer des projets d'esc promouvant l'utilisation d'énergie durable, de transport durable ou de tourisme durable. Les projets de gestion de l'environnement soutenus par les agences de développement sont susceptibles de contribuer à la promotion de l'esc en Méditerranée. Cependant, la revue des activités courantes de ces agences, montre que seuls quelques rares projets incluent des objectifs d'information et de sensibilisation car ceux-ci n'apparaissent pas directement reliés à la consommation durable. Par exemple, le GTZ soutient des projets dans les pays méditerranéens qui prennent en compte l'éducation environnementale (Algérie, Tunisie). De manière plus spécifique, le programme germano-algérien pour la gestion de l'environnement a pour but d'accroître l'intérêt de la population à la protection de l'environnement. Des séminaires comme "Théâtre vert" ou "Radio verte" en sont les instruments. Un "Train de l'environnement" permet de faire passer des messages sur l'environnement en présentant des expositions qui familiarisent les gens avec les questions d'environnement et la politique nationale. L'exposition a traversé l'algérie pendant 5 mois, s'est arrêtée dans 23 villes et a touché plus d'1 million de personnes. Bien entendu, d'autres campagnes existent sans doute au niveau local, mais elles ne sont pas toujours facilement localisables. Il reste cependant important d'élaborer des outils qui apportent, à toutes les initiatives d'esc existant dans la région, une meilleure visibilité et qui permettent aux acteurs d'échanger des informations et des expériences. Une plus grande visibilité et une meilleure interaction entre les acteurs doivent également contribuer à souligner la manière dont ces expériences peuvent être reproduites dans d'autres parties du monde.

490 Questions Comment intégrer la mise en œuvre de l'esc dans le Plan d'action pour la Méditerranée PAM, et de la stratégie méditerranéenne de développement durable MSSD. Quel est le rôle des agences à ce niveau? Est-il possible d'identifier des questions spécifiques aux différents pays méditerranéens dans le domaine de l'esc et quel genre de projets-pilotes peuvent être développés et quels résultats peut-on en attendre? Propositions - Construire de partenariats avec les institutions euro-méditerranéennes afin d'encourager l'intégration de l'esc dans les politiques et les cadres de coopération qui s'y rapportent (spécialement la pauvreté et l'environnement); tests par le biais de projets (YouthXchange Maghreb). - Organiser des suivis et des consultations dans les pays méditerranéens afin d'identifier des questions spécifiques et des priorités dans le champs de l'esc qui puissent déboucher sur des projets-pilotes. - Relier, dans cette perspective, la consommation durable et le tourisme dans des stratégies nationales de développement durable. 4. Ressources Citizenship Network, The Consumer Citizenship Network. Project Report Year 3 2005-2006, Hedmark University College, 2006 Marrakech Task force on Education for Sustainable Consumption, Hedmark University College, United Nations Environment Programme, Here and Now. Education for Sustainable Consumption. Guidelines and Recommendations, 2008 OECD, Directorate for Science, Technology and Industry, Committee on Consumer Policy, Consumer Education, draft report and background document for the OECD CCP Joint Conference on Consumer Education, October 2008 UNESCO, United Nations Decade on Education for Sustainable Development (DESD 2005-2014). The two first years, 2008 UNESCO, Good Practices in Teacher Education Institutions, Education for Sustainable Development in Action, Good Practices N 1, Education Sector, 2007 UNESCO, Framework for a DESD Communication Strategy in support of the UN Decade of Education for Sustainable Development, Education Sector, 2007 UNESCO, Education for Sustainable Development Toolkit, Education for Sustainable Development in Action. Learning and Training Tools N 1, Education Sector, October 2006 UNESCO, Guidelines and Recommendations for Reorienting Teacher Education to Address Sustainability, Education for Sustainable Development in Action, Technical Paper N 2, Education Sector, October 2005 United Nations Environment Programme, Division of Technology, Industry and

491 Economics, Sustainable Consumption and Production. How Development Agencies Make a Difference, April 2006 Regional Activity Centre for Cleaner Production, Sustainable consumption and production in the Mediterranean. Innovative approaches to sustainable consumption and production, Annual Technical Publication n 7, March 2008 Australian Research Institute in Education for Sustainability (ARIES), Whole-school approaches to sustainability: An international review of whole-school sustainability programs, 2004 D. Doyle (ed.), Consumer Citizenship: Promoting New Responses, vol. 3 Building Bridges, Hedmark University College, 2007 D. Tangen & V.W. Thoresen (eds), Catalyzing Change. CCN Conference Proceedings, Hamar 2006, Hedmark University College, 2007 G. Benoit and A. Comeau (eds.), A Sustainable Future for the Mediterranean. The Blue Plan s Environment and Development Outlook, Earthscan, London, 2005 ***********************

Ministère de l Ecologie, de l Energie, du Développement durable et de l Aménagement du Territoire e-mel : decennie-france@ecologie.gouv.fr www.decennie.gouv.fr & www.decennie-france.fr ISBN 978-2-11-096896-8

Ont également apporté leur soutien à la conférence : Région Provence-Alpes-Côte d Azur Éco-Emballages - Association Naturalia et Biologia SNCF - Air France Bureau régional de l UNESCO à Venise - BRESCE Comité national français Décennie des Nations Unies de l Éducation pour un Développement Durable Ministère de l Écologie, de l Énergie, du Développement Durable et de l Aménagement du Territoire 20 avenue de Ségur - 75302 Paris 07SP Tél : +33 (0) 1 42 19 22 45 - Fax : + 33 (0) 1 42 19 10 50 e-mel : decennie-france@developpement-durable.gouv.fr www.decennie-france.fr Imprimé sur papier issu de forêts respectablement gérées - Panoply 92100 Boulogne-Billancourt