La relation soignant - soigné 1
Le soignant Etymologie: " soignant" " soigner" = " soniare" (lat.): s'occuper de. Soigner : = " s'occuper du bien être et du contentement de quelqu'un " et " s'occuper de rétablir la santé " (ROBERT), = " consacrer son activité, son dévouement à la guérison de quelqu'un" et " s'occuper avec sollicitude de quelqu'un " (LAROUSSE). 2
Le soignant effectue des soins = "un ensemble de moyens hygiéniques, diététiques et thérapeutiques mis en œuvre pour conserver et rétablir la santé ". Le soignant = une personne qui s'occupe à la fois de rétablir la santé d apporter du bien être à une autre personne avec toute l'humanité possible. Être soignant, c'est prendre soin d'autrui. 3
Cadre législatif Être soignant = une profession s'exerçant dans un cadre légal. La réglementation : - définit le rôle de chacun en fonction du diplôme, - fixe le contenu des formations initiales, - donne le cadre de l'exercice et la hiérarchie des intervenants. 4
Le soignant = avant tout un être humain Pourtant, nécessité de: bien différencier les soucis personnels et la vie professionnelle. ne pas projeter sa mauvaise humeur sur ses patients. pouvoir détecter la souffrance du patient 5
Le soignant, une identité professionnelle Les avantages : - Éviter que sa vie personnelle n empiète sur les activités professionnelles, - Ne pas vivre les «échecs» thérapeutiques comme des échecs personnels 6
LE SOIGNE DIT «PATIENT» Cadre Général "patient" "patiens«(lat.) = " souffrir", "supporter". "Une personne qui fait l'objet d'un traitement médical ou chirurgical» (LAROUSSE). Dépendance Infantilisation 7
Le patient en tant que personne Une personne est un être de raison, de conscience et de liberté ayant le sens de sa propre identité. Chaque personne est un être humain : - unique, - avec un genre (homme ou femme), une couleur de peau, un physique spécifique, - qui communique par différents langages : parole, écrit, signes non verbaux (toucher, mimiques, regard, ) - avec une culture, des croyances, - qui évolue dans un environnement, - qui évolue dans le temps. 8
Cadre législatif Le patient a des droits reconnus non seulement du point de vue National mais aussi Mondial. Droits Nationaux - Déclaration des Droits de l'homme et du Citoyen de 1789: " Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité (Article1). - "Charte du patient hospitalisé" (1995). 9
Droits Internationaux - L'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) "La santé est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ; la possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale." 10
LA RELATION SOIGNANT-SOIGNE Définition: relation «Activité ou une situation dans laquelle plusieurs personnes sont susceptibles d'agir mutuellement les unes sur les autres. Lien de dépendance ou d'influence réciproque dans quelque domaine que ce soit. Ce sont des modalités pratiques, concrètes par lesquelles deux ou plusieurs personnes communiquent ou se fréquentent...» (ROBERT) 11
Concept d attitude dans la relation médecin-malade (Alain Touraine) Relation soignant-soigné: «deux subjectivités qui se rencontrent», et deux rationalités! «Le médecin n est pas la médecine»: Une personne avant tout, une subjectivité. Importance du non-verbal C est à la personne dans sa subjectivité et sa singularité, de se positionner sur certaines questions délicates. 12
Les différents types de relations soignant-soigné La relation sociale de civilité. Volonté individuelle d'un comportement agréable, sociable avec convivialité dans l'échange. propos banals sans réels intérêts ("parler de la pluie et du beau temps"). distance relationnelle : Protection Création d un climat de confiance dès l'accueil du patient. 13
La relation fonctionnelle. but : recueil de données (anamnèse), indispensables à la prise en charge mieux connaître le patient. 14
La relation d'aide. But: réconfort du patient. écoute attentive attitude empathique. 15
La relation d aide thérapeutique Mise en place progressive grâce à l instauration d un climat de confiance. Capacité de «percevoir une demande d aide venant du patient et d analyser la situation de soin. Une communication s établit avec le patient afin de l aider à prendre conscience de ses difficultés et favoriser leur résolution». Une aide qui s inscrit dans un projet thérapeutique élaboré en équipe. 16
La relation soignant-soigné Particularité : relation de dépendance du patient à l égard du soignant. Mais attention, le patient dépend du soignant dans un cadre précis. 17
2 formes de dépendance: - Une dépendance dite «naturelle» Patient dépendant de son soin («celui qui ne sait pas») relation asymétrique Soignant répondant à la demande d aide («celui qui sait») 18
La dépendance dite «pathologique» Type de relation qui sabote l autonomie de la personne c est à dire sa liberté d utiliser au mieux ses ressources de santé physique et psychique. 19
Le glissement de la dépendance «naturelle» vers la dépendance pathologique est la conséquence d une réponse inadaptée du soignant. 20
Conséquence: Réponse du soignant «défectueuse» à la demande d aide. Incurie : défaut de soins, négligence Abandon Laisser faire Absence de savoir faire 21
Conséquence 2: Réponse excessive du soignant à la demande d aide: «le maternage» «Ensemble de soins corporels donnés à une personne dans un climat protecteur et affectif qui évoque le comportement d une mère à l égard de son enfant.» RELATION MERE ENFANT 22
Réponse excessive du soignant à la demande d aide: «le maternage» soignant adulte Patient (ex: Personne âgée) enfant = en cours de développent Vs. Patient= identité élaborée 23
Réponse excessive du soignant à la demande d aide: «le maternage» Exemple: le maternage en gériatrie. TROP FAIRE, NE PAS ASSEZ LAISSER FAIRE, ETOUFFER, ENCERCLER. Csq: ETATS REGRESSIFS. 24
Du côté du soigné Demande forte et irréaliste. Ex: «vous êtes le seul capable de me soigner, restez avec moi» Comportement à adopter? 25
Du côté du soignant Tout faire à la place du patient = nier son autonomie: dépendance forcée. Le tutoiement, les «papi» «mami» L infantilisation «on va prendre le médicament pour soigner la maladie» Générer une relation d affectivité 26
Dépendance du soignant vis-à-vis de son patient: carence dans l élaboration de l identité professionnelle. 27
Importance de pouvoir se situer par rapport à son statut professionnel. 28
Un lien se crée entre un professionnel et un patient. Faire preuve d empathie: Etre distinct sans être distant Etre chaleureux sans être dans l affectivité Etre dans la relation sans se mettre à la place 29
Processus psychologiques en jeu dans la relation soignant soigné Le transfert - En psychanalyse Répétition de prototypes infantiles vécus avec un sentiment d'actualité Le patient revit des choses de sa propre histoire avec son analyste - Deux types de transfert Le contre transfert Ensemble des réactions inconscientes du soignant au soigné et plus particulièrement à son transfert 30
Les mécanismes de défense «Toute situation d angoisse, d impuissance, de malaise, d incapacité à répondre à ses propres espérances ou à l attente d autrui engendre en chacun de nous des mécanismes psychiques qui s instaurent à notre insu, revêtent une fonction adaptative et nous préservent d une réalité vécue comme intolérable parce que, trop douloureuse (Ruzzniewski). 31
- Les mécanismes de défense du soigné La régression: le patient se laisse entièrement porter par le soignant. Amoindrissement de la maturation affective et psychique comportements infantiles, complète dépendance et extrême passivité. Relation fusionnelle avec la maladie (retour symbiose mèreenfant) La projection: le patient projette sur les soignants des sentiments déjà éprouvés dans leur vie, il les transfère sur les soignant. La position de soigné favorise la régression, le retour au passé et la répétition d expériences déjà vécues. 32
L annulation ou déni: le patient annule la représentation insupportable de la réalité de sa maladie qui se trouve niée et démentie. But: se protéger de cette réalité La dénégation: façon d intégrer la réalité par le négatif. Le mot difficile est prononcé, mais de façon négative «je n ai pas le cancer, ce n est pas possible». Un espace de protection qui permet un espoir. 33
L isolation: intégration intellectuelle de la réalité mais mise à distance des affects. Impression de vide affectif par rapport à ce discours. Une défense à la mesure de l impact de l émotion mise sous chape. Le déplacement: mécanisme inconscient par lequel l'affect d'une représentation se reporte sur une autre qui possède une charge émotionnelle moins intense et à laquelle elle est liée par une chaîne associative. 34
La maîtrise: Le patient tente de comprendre sa maladie et d'en maîtriser le processus. Volonté d agir sur sa propre histoire qui lui «échappe», de maîtriser ce qui lui arrive pour ne pas subir le traitement et devenir objet ( sujet). La combativité, la sublimation: donner un sens à sa maladie. Le patient recherche dans sa personnalité des ressources susceptibles de l aider face à cette lutte. Respecter les défenses du patient qui sont toujours à réinsérer dans son histoire. 35
- Les mécanismes de défense du soignant La mort et la maladie grave = rappel de notre statut de «mortel». Protection: mécanismes de défense En avoir conscience 36
Le mensonge : travestissement de la vérité, en donnant sciemment de fausses informations sur la nature de la gravité de la maladie. La banalisation : le soignant reconnaît une certaine vérité mais celleci, partielle et tronquée, se focalisera sur une seule partie du sujet en souffrance, ce qui revient à traiter la maladie avant de traiter le malade en privilégiant uniquement la souffrance physique au détriment de la souffrance psychique. L esquive : le soignant ne peut faire face à la maladie et à la souffrance psychique du patient, ne peut ni faire face au malade ni aborde sa pathologie. Le soignant est en permanence hors sujet, hors de la réalité, dévie la conversation et n apporte jamais de réponse au questionnement du patient. L évitement : mécanisme assimilé à un comportement de fuite (peut revêtir différentes formes) où le soignant peut aussi nier la présence du patient en le considérant uniquement comme un objet de soin. 37
La rationalisation : retranchement du soignant derrière son savoir médical avec des explications dans un langage professionnel non accessible au patient. La «fausse» réassurance : entretenir chez le patient une sorte d espoir, simulé et artificiel alors que le malade lui-même n y croit plus. La dérision : autre comportement de fuite et d évitement qui désoriente le patient et le réduit au silence. La fuite en avant : le soignant se décharge de toute la vérité, il dit tout et tout de suite. L identification projective : Le soignant attribue au patient quelques traits de sa propre personnalité et s identifie à l histoire du patient. Il ne va plus différencier son ressenti de celui du patient et ne va donc plus l écouter. Le soignant se protège de sa propre angoisse en l attribuant au patient, il pense donc que c est le patient qui souffre et non pas lui. 38
Le patient, le diagnostic et le soignant La relation thérapeutique ne se limite pas à la relation soignant-soigné; Elle inclut le rapport qu entretiennent l un et l autre avec le diagnostic. 39
Évolutions récentes dans la relation soignant/soigné Loi du 4 Mars 2002: Passage d une relation duelle à une relation «équipes soignantes-soigné»: partage du secret médical nécessité de développer les moyens de communication entre les soignants Une relation de confiance et l établissement d un pacte de soins; principe renforcé par la Loi 22 avril 2005 : tout acte de soins, qu il consiste en examen pour diagnostic ou en traitement, doit faire l objet d une explication claire, compréhensible et adaptée au patient ; et l on doit recueillir son consentement pour le pratiquer Patient partenaire et non plus objet de soins Dilemmes pour le médecin: entre refus de soins par le patient et non-assistance à personne en danger 40
S approprier la maladie, vivre avec Quelle que soit la maladie, quelle que soit sa gravité, l être humain a besoin de savoir où il en est. Tout patient atteint d une maladie chronique doit apprendre à vivre avec. S approprier sa maladie, c est rester encore acteur de sa vie. Le soignant doit communiquer avec son patient, faire preuve d empathie à son égard et rester honnête avec lui. Une telle attitude l aidera dans ce processus d appropriation et sera bien plus salutaire que de cacher certaines infos sous prétexte de les protéger. 41