Télévision Mobile Personnelle, deux approches, une solution?



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Transcription:

1 Ce document a été élaboré dans le cadre des travaux de veille de la plate-forme THD Auteur : Alain Chaptal (MSH Paris Nord) Dernière mise à jour : février 2010 Document tout public Télévision Mobile Personnelle, deux approches, une solution? La télévision mobile personnelle se décline selon deux modèles de fonctionnement, largement complémentaires : unicast et broadcast. Outil de la consommation nomade de vidéo, la TMP se définit d abord, en pratique, par le type de terminal utilisé, le téléphone. Mais un téléphone qui peut donc fonctionner de deux manières différentes d où des risques de confusion. Petite tentative d explicitation. A l exception du Japon et de la Corée du Sud, la télévision mobile personnelle a longtemps tardé à se développer comme d ailleurs toutes les applications de l Internet mobile. Ironie de l histoire, les opérateurs ont longtemps consenti beaucoup d efforts pour développer celui-ci. Aujourd hui, son usage s est accru spectaculairement depuis l apparition de l iphone et des smartphones et ces opérateurs sont dorénavant confrontés aux risques d engorgement des réseaux. L exemple du réseau de T-Mobile s écroulant sous l afflux des amateurs de football allemands mi-août 2009 lors de la diffusion promotionnelle de l ouverture de la Bundesliga, a fait réfléchir. Plate-forme THD : Plate-forme ouverte d expérimentations de contenus et de services très haut débit opérée par le pôle de compétitivité Cap Digital Paris région (http://www.portailthd.fr ).

2 Unicast Le terme fait référence à une connexion réseau point à point, du type de celle qui relie un téléphone portable à l émetteur radio de la cellule dans laquelle il se trouve (et au-delà vers son opérateur). La téléphonie mobile est précisément dite cellulaire pour cette raison. La taille de cette cellule varie en fonction des conditions (en ville, du fait des obstacles, elle est plus restreinte) mais aussi de la bande de fréquences utilisée (en pratique, plus les systèmes sont évolués, plus ils montent en fréquence, plus les cellules rétrécissent, du GSM à la 3G puis au LTE). Les aspects environnementaux influent aussi sur la taille de la cellule, notamment en limitant les puissances d émission. Les cellules se chevauchent, plus elles sont petites, plus elles devront être nombreuses. La mobilité est possible du fait de mécanismes capables de gérer le passage d une cellule à l autre (hand over). Au fur et à mesure des évolutions, les débits possibles pour les technologies radio augmentent spectaculairement. Le GSM offre un débit utile de 25 Kbits/s. Autant dire qu il n était pas envisageable d y transporter de la vidéo. La 3G offre en pratique 384 Kbits/s 1 ce qui permet des imagettes adaptées à la taille limitée des premières générations de téléphone. Le 3G+ offre des débits théoriques allant jusqu à 7 voire 14 Mbits/s. Quant au LTE, la quasi 4G 2 qui vient juste d être déployée en première mondiale à Stockholm en toute fin d année 2009, les performances se situent dans un rapport de 5 à 6 par rapport au 3G+. Les premiers essais ont permis des débits descendants de 47 Mbits/s avec une latence très faible, parfaitement adaptée à la vidéo. Les offres des opérateurs proposent généralement les principaux programmes de télévision, complétés par une offre de VoD et des chaînes spécialisées. Les études d usage montrent que l essentiel de la consommation se produit «indoor» et même souvent en «deep indoor» 3 au sein des appartements ou des bureaux, le terminal mobile étant utilisé comme un téléviseur de complément, un «téléviseur transistor». Du fait du lien unique qui doit être établi entre le combiné téléphonique et l émetteur de la cellule où il se trouve, la principale limite de la technologie réside dans le risque d encombrement de celle-ci. En effet, ces émetteurs ne peuvent accepter qu un nombre très restreint de connexions différentes simultanées, variable selon la technologie du réseau mais qui semble être de l ordre de 20 à 30 pour les derniers développements. Le risque de saturation est bien réel, on l a vu. Le fort développement récent de la consommation vidéo dû aux smartphones et notamment à l iphone d Apple le renforce et suscite les inquiétudes des opérateurs malgré le recours à des techniques dites de multicast pour la diffusion des chaînes en direct. Ceux-ci doivent aujourd hui, du fait de ces nouveaux terminaux, gérer ce succès avec précaution compte tenu des investissements nécessaires pour densifier le réseau. 4 1 Pour une valeur théorique maximale de 1,9 Mbits/s 2 Le LTE, pour Long Terme Evolution, correspond en fait, pour les spécialistes, à de la 3,9G dans la mesure où cette version emprunte encore beaucoup aux anciennes architectures UMTS pour favoriser une transition en douceur. La véritable 4G, fondée sur une architecture IP entièrement nouvelle, correspond à la future version «LTE Advanced», non encore complètement standardisée. Celle-ci intégrera notamment la prise en compte de classes de services dans les couches basses de l architecture, ce qui sera par exemple très important pour le développement des jeux pervasifs. 3 Et non dans des situations de mobilité. Une caractéristique qui doit être cependant pondérée en fonction des pays, la Corée et le Japon, par exemple, se singularisant du fait des temps de transport domicile travail importants. 4 Sans parler des difficultés liées aux considérations environnementales et sanitaires pour ce qui concerne la multiplication des antennes.

3 Broadcast Une façon d éviter ce risque est de diffuser les programmes de télévision pour les mobiles de la manière dont sont diffusées traditionnellement les chaînes, en mode broadcast : on parle de télévision mobile. Techniquement, on est en mode radio, comme dans le cas précédent, mais avec une cellule de très grande dimension 5 et le téléphone est en mode réception passive, comme un téléviseur. Le premier avantage de la solution est évident : on est dans une logique que les économistes qualifient de biens non rivaux, les utilisateurs supplémentaires, quel que soit leur nombre, ne privant en rien ceux qui les avaient précédés de leur bonne réception, il n y a plus de risque de saturation. Les premiers inconvénients sont également patents, les normes utilisées seront presqu aussi diverses que les systèmes de télévision numérique terrestre et il faut pour proposer cette solution d abord mettre en place un nouveau réseau. Il y a une exception à cette dernière règle. Le système Japonais de télévision numérique terrestre ISDB-T, également adopté par le Brésil et qui semble se développer en Amérique Latine, qui découpe chaque canal en 13 segments dont l un est, d origine, utilisé pour la télévision mobile personnelle d où le nom «One Seg» de la norme correspondante. Dans ce cas, le réseau de la TNT est donc aussi le réseau du mobile. Avec ce système, la diffusion est gratuite. Avec les autres normes (T-DMB en Corée et Norvège ; DVB-H principalement en Europe, MediaFlo ou ATSC-M/H aux USA, CMMB en Chine 6 ) un nouveau réseau est nécessaire. Comme en télévision classique, il comprend des émetteurs principaux de forte puissance et des réémetteurs locaux («gap fillers») pour les zones d ombre. Pour autoriser une réception en «deep indoor» en ville, ce réseau secondaire doit être particulièrement dense donc coûteux. Le DVB-H est opérationnel depuis l été 2006 en Italie, fin 2007 en Albanie, l été 2008 en Autriche, et fin 2009 en Finlande. Son succès demeure limité. L Italie, après avoir compté rapidement 600 000 abonnés, plafonne actuellement à 1,2 million. Un autre avantage découle pourtant de ce mode broadcast : la stabilité et la qualité de la réception. Les études de satisfaction témoignent ainsi que les utilisateurs plébiscitent le DVB-H (en termes de qualité, fiabilité ou temps de zapping) par rapport à la 3G comme le confirment les résultats du baromètre réalisé l été 2009 à l occasion d un test à Paris par TDF auprès d un panel de 30 usagers. 7 On pourrait ajouter que le DVB-H (comme les variantes qui en sont issues) intègre des diapositifs qui permettent d économiser sensiblement la batterie des téléphones, contrairement à la 3G. Une variante de cette approche broadcast consiste à utiliser un satellite. C est le cas de la norme S-DMB en Corée qui est utilisée pour de la télévision payante (alors que le T-DMB est gratuit) mais avec un succès là aussi limité. C est le cas aussi du DVB-SH porté par Alcatel- Lucent et qui fait l objet d un test sur Paris début 2010. Le DVB-SH est, comme le DVB-H, recommandé par l Union européenne. 8 Si le DVB-H est une norme déjà ancienne fondée sur 5 que l on songe aux émetteurs de la Tour Eiffel 6 Le site du Broadcast Mobile Convergence Forum http://www.bmcoforum.org/ offre une carte fiable et à jour des déploiements et des divers modèles économiques. La note technique de Philippe Gasser précise ces technologies. 7 Baromètre des usages multimédia numérique - Télévision Mobile Personnelle septembre 2009 8 la Commission Européenne a autorisé le consortium Solaris, associant Eutelsat et SES Astra, à offrir des services DVB-SH pour mobile en bande S.

4 une adaptation de la première version de la TNT 9, le DVB-SH incorpore des solutions plus évoluées et performantes, notamment en termes de correction d erreurs. Selon une étude très souvent évoquée de Siradel pour le Forum Tv Mobile, le recours au satellite permettrait de diminuer jusqu à environ 30% les coûts du réseau en limitant le nombre de réémetteurs. Malheureusement pour le DVB-SH, le consortium Solaris, associant Eutelsat et SES Astra, a vu son satellite W2A lancé en avril 2009 pour développer des services DVB-SH souffrir de graves problèmes liés apparemment à son antenne, dégradant significativement ses performances. Au travers des rivalités DVB-H et DVB-SH, on retrouve aussi des rivalités industrielles, Nokia s opposant de manière indirecte à Alcatel-Lucent en soutenant en France le DVB-H et la future norme DVB, le DVB-NGH (pour Next Generation Handheld) dont les travaux viennent d être lancés. La limitation essentielle de la solution Broadcast tient au fait qu elle ne permet pas d offrir de la VoD. 10 De ce point de vue, les modes unicast et broadcast sont très complémentaires. Les terminaux de la solution broadcast sont d ailleurs pour la plupart des téléphones multimodes même s il existe, notamment en Corée, des appareils dédiés uniquement à la réception télévisuelle. La faible diffusion des solutions de télévision mobile en Europe tient, semble-t-il, beaucoup au choix limité de terminaux. Ceux qui existent sont en général anciens. On est là confronté au problème classique de la poule et de l œuf : ces «vieux» téléphones n incitent pas les consommateurs à faire ce choix, la faiblesse numérique de ceux-ci et l absence de marchés d une taille suffisante dissuade les fabricants de terminaux de proposer de nouveaux modèles. L échec de Virgin en Grande-Bretagne est considéré comme l illustration du fait qu un choix riche et varié de terminaux constitue un facteur déterminant pour séduire les abonnés. De ce point de vue, l engagement de pays à forte population comme la France ou l Allemagne apparaît déterminant. Une complémentarité Unicast et Broadcast sont, à l évidence, complémentaires et la rationalité d usage voudrait que l on utilise le broadcast pour la diffusion en direct de la télévision et le mode unicast pour tout ce qui relève de la VoD. Pourtant les bandes de fréquence utilisées, les technologies diffèrent. Ce qui rend cependant possible cette intégration, c est l existence de puces de réception acceptant toutes les normes qui peuvent être intégrées dans les téléphones, telles celles réalisées par la start-up française DiBcom, leader sur ce marché. Ce double mode de fonctionnement est transparent pour l usager, complètement intégré dans l interface utilisateur si celle-ci est bien conçue. Il peut également y avoir des infrastructures en partie commune. Des essais de DVB-SH ont permis de valider la réutilisation possible des bases d antenne 3G (mât, alimentation ) pour y installer des réémetteurs SH. 11 9 Le DVB-T. Une norme de seconde génération, le DVB-T2, est en cours de déploiement en Grande- Bretagne. On peu aussi noter, pour ajouter à la complexité du paysage technique, une tentative sans lendemain en Allemagne pour utiliser le DVB-T pour des mobiles 10 Même si des solutions de «push VoD» sont théoriquement envisageables 11 Le refus, en Allemagne, des opérateurs Télécom pour une solution de ce type a provoqué l arrêt en octobre 2008 de la tentative du consortium Mobile 3.0, chois par le régulateur mais qui a dû reculer devant les coûts supplémentaires.

5 De surcroît, face à l engorgement prévisible des réseaux 3G d une part, à l essor très limité des modes broadcast payants à comparer au grand nombre d abonnés Japonais de l ISDB-T ou Coréens du T-DMB gratuits d autre part, un modèle économique de référence semblerait pouvoir s esquisser, associant gratuité de la diffusion broadcast comme produit d appel susceptible de créer la base utilisateur nécessaire et accès VoD ou chaînes spécialisées payant en 3G, la monétisation de l ensemble passant par la 3G. Un modèle qui correspond d assez près à celui élaboré longuement par les acteurs Japonais. Pourtant, les tergiversations françaises autour du DVB-H montrent que tous les opérateurs ne sont pas nécessairement prêts à le mettre en œuvre. Mais leurs positions peuvent être variables selon les pays et le modèle retenu par l autorité de régulation. Si Orange, à l instar de ses confrères français, a jusqu à présent montré peu d empressement à contribuer au financement de l infrastructure broadcast, Orange Autriche vantait en avril dernier les mérites du DVB-H au point d avoir même renoncé à offrir de la télévision en 3G pour les raisons de qualité évoquées plus haut.