Service de l action éducative et culturelle LA FONCTION ÉDUCATIVE DU MUSÉE STEWART Introduction Les fonctions premières de collectionnement et de conservation sont au cœur même du musée et en constituent le corps. La fonction éducative, quant à elle, en est son âme, et ces deux réalités sont indissociables. Dès le moment où le musée donne un accès public à ses collections et invite le visiteur, il entreprend avec lui un exercice de communication éducative. À l exemple du peintre Jacques-Louis David, qui écrivait en 1793, à propos du tout nouveau Musée du Louvre, créé la même année : «Le Muséum n est point un vain rassemblement d objets de luxe ou de frivolité, qui ne doivent servir qu à satisfaire la curiosité. Il faut qu il devienne une école importante. Les instituteurs y conduiront leurs jeunes élèves, le père y mènera son fils. Le jeune homme, à la vue des productions du génie, sentira naître en lui le genre d art ou de science auquel l appela la nature. 1» Théoriquement et ultimement, ceci voudrait dire que le musée n aurait qu à s ouvrir au public pour accomplir ses responsabilités éducatives. Par expérience, nous savons que cela serait perçu comme une action bien mince, voire de la fausse représentation. La mission éducative du musée d aujourd hui fait en sorte qu il ne peut se limiter à un rôle passif et contemplatif rôle qu il n a jamais joué. Dès le début, l apparition des premiers cartels et textes d exposition visait, et vise toujours, la communication d informations, la diffusion de connaissances et de savoirs. L action éducative Très tôt, la diffusion orale d informations et de connaissances dans le musée par une personne, intermédiaire entre la collection et le visiteur, a pris sa place. Que ce soit le conservateur-chercheur, le guide ou toute autre personne (tous les trois sont désignés sous l appellation «éducateur muséal») qui communique l information, sous forme 1 Dominique Poulot. «Les finalités des musées du XVII e au XIX e siècle», Quels musées pour quelles fins aujourd hui?, Paris, La Documentation française, Collection des «Séminaires de l Ecole du Louvre», 1983, p. 20. 1
écrite ou orale, la situation éducative au musée a toujours existé 2. C est ce qui caractérise l action éducative du musée. Depuis les cinquante dernières années, la diffusion des connaissances s est grandement modifiée, passant d un mode de communication unidirectionnel musée-visiteur (conservateur-visiteur) à un mode de communication interactif qui prend en compte les caractéristiques du visiteur à qui l on s adresse. Le mode interactif adopté par le musée confie à une personne intermédiaire (certains l appellent médiateur, agent d interprétation, interprète patrimonial ou guide) la tâche de communiquer au public les informations, la connaissance et les savoirs scientifiques contenus ou révélés par la collection. Parce que tout part de la collection, donc des objets, tout exercice de communication doit en tenir compte, tout en respectant deux éléments fondamentaux de l institution : 1. la mission Acquérir, conserver et mettre en valeur des collections d artefacts, de documents d archives, de livres et d iconographies, tous en relation avec l histoire qui rappellent la présence et l influence des civilisations européennes en Nouvelle-France et en Amérique du Nord jusqu à nos jours. Afin de faire connaître au public cette histoire, le Musée Stewart développe dans sa programmation une approche globale de l histoire où les thèmes sociaux, politiques, militaires, technologiques et scientifiques sont en relation les uns par rapport aux autres. 2. la vision Le Musée Stewart sera perçu comme une institution montréalaise unique, où l histoire prend vie à travers une programmation innovatrice et divertissante favorisant une relation privilégiée avec les objets, témoins de notre passé. Il continuera d être reconnu comme un centre d excellence en matière de recherche, de conservation, d interprétation et de mise en valeur de ses collections et du patrimoine de l Île Sainte-Hélène, pour le bénéfice et le bien-être de la population du Grand Montréal et de ses visiteurs Nous établissons comme principe premier : La collection est la raison d être du Musée Stewart et le rôle de l action éducative est de la mettre en valeur et de la diffuser en suivant la mission et la vision du Musée. 2 Cornelia Brüninghaus-Knubel. «L'éducation par le musée dans le cadre des fonctions muséales» dans Icom, Unesco. Comment gérer un musée : Manuel pratique, Paris, Unesco, 2006, p. 119 ; Michel Allard et Suzanne Boucher. Éduquer au musée : un modèle théorique de pédagogie muséale, Hurtubise HMH, Montréal, 1998, p. 40, coll. : Cahiers du Québec, 119 : psychopédagogie. 2
L approche client Si l on établit comme prémisse que le Musée Stewart se préoccupe des caractéristiques du visiteur dans l élaboration des stratégies mises en œuvre pour accomplir sa mission éducative, il se doit de bien les identifier : le Musée sert le grand public, donc tous les publics à la fois. Le groupe d âge, le groupe linguistique, l origine sociale, le centre d intérêt, la provenance sont autant de critères qui servent à l identification des clientèles. Deuxième principe : La mise sur pied d une programmation d activités et d actions éducatives répondant aux caractéristiques de chacun des publics identifiables est fondamentale, et elle doit se faire en fonction de la collection, de la mission et de la vision du Musée Stewart. Il existe dans notre société contemporaine beaucoup de lieux dits «éducatifs» autres que les musées. Cependant, une seule institution porte la responsabilité sociale d instruire et d éduquer : c est l école. L école doit être considérée par le Musée comme un client particulier, avec des caractéristiques bien spécifiques. Les activités éducatives que le Musée développe pour la clientèle scolaire sont des activités scolaires qui s inscrivent dans une programmation spécifique correspondant aux besoins de l école. Elles s élaborent selon le modèle éprouvé du Groupe de recherche sur l éducation et les musées (GREM), auquel nous avons contribué. Ce modèle propose à l école des activités de préparation avant la visite et des activités de prolongement après la visite, qui sont mises en adéquation avec celles de la visite au Musée. Toutefois, même si l action éducative répond aux besoins de l école en proposant des savoirs, elle les dépasse aussi en offrant à l élève-visiteur un savoir-être (au Musée) qu il pourra réutiliser. L activité scolaire doit donc dépasser le modèle éducatif formel (question-sanction). Dans ces cas-là, le Musée et l école font œuvre de coéducation. Troisième principe : Les activités scolaires ne sont pas transférables aux autres clientèles et, inversement, le Musée Stewart ne peut prétendre faire œuvre de coéducation auprès de l école en n offrant que des activités éducatives non arrimées, i.e. activités tous publics. 3
L action éducative et ses moyens L action éducative est donc un ensemble d actes de communication posés par le Musée à l endroit du visiteur. Dans la conduite des actes de communication, le médiateur, agent d interprétation ou guide-interprète, a habituellement recours à l un des trois types de discours suivants : Le discours magistral, quasi unidirectionnel, où le visiteur est contraint à l écoute. C est une manière passive et traditionnelle. Le discours interrogateur, qui appelle la participation du visiteur. C est une manière très interactive. Le discours théâtral, qui sollicite l imaginaire, l affectif. C est une manière passive et affective. Cependant, tous les visiteurs n apprennent pas de la même façon. Trois modes d apprentissage sont mis en œuvre au Musée Stewart : le mode cognitif, qui regroupe ceux qui aiment comprendre avant d agir, ceux qui lisent les textes, les étiquettes; le mode sensitif, qui regroupe ceux qui apprennent dans l action, ceux qui examinent, observent attentivement avant de lire, touchent quand ils le peuvent; le mode affectif, qui regroupe ceux qui sont stimulés par le contact humain, qui cherchent à entrer en contact avec les autres pour comprendre. La mise en œuvre d un programme d activités éducatives et d activités scolaires doit préciser lequel de ces discours il privilégie et prévoir lequel des modes d apprentissage du visiteur est le plus susceptible d assurer la meilleure communication des connaissances. Le musée peut faire appel au jeu comme approche de communication éducative. Le ministère de l Éducation, du Loisir et du Sport du Québec propose quatre types de jeux 3 : le jeu d exercice, qui demande une répétition du même geste pour l appréhender; le jeu symbolique, «faire semblant»; le jeu de règles ou de société, d équipe, où il faut se conformer à des règles, jouer un rôle en interdépendance avec d autres joueurs; le jeu de construction, qui permet de développer les habiletés motrices et intellectuelles. Enfin, de la même manière, on fait appel à plusieurs procédés pour mieux communiquer avec le visiteur. Par exemple, on peut avoir recours à la référence aux besoins essentiels (se nourrir, se vêtir, se chauffer, etc.), à l analogie et à l opposition (le passé comparativement au présent, ici comparativement à ailleurs, etc.), à l origine culturelle des objets ou des coutumes, à l actualité présente. 3 Ministère de l Éducation du Québec. L école. Tout un programme. Énoncé de politique éducative, Québec, Direction des communications, 1997, p. 6-7, http://www.mels.gouv.qc.ca/reforme/pol_eco/inter.htm (1 octobre 2011). 4
L action éducative et ses manifestations Le catalogue d actions éducatives du Musée Stewart est rempli d une grande variété d activités qui se situent à plusieurs niveaux d intervention et qui font appel à plusieurs moyens de communication. Dans une exposition, le Musée Stewart utilise toujours le discours écrit pour communiquer. Le discours écrit se décline en quatre niveaux dans l exposition Histoires et mémoires (l exposition temporaire ne présentant habituellement que les trois derniers) : la ligne du temps (ou chronologie), les textes principaux, les textes intermédiaires et les cartels (ou étiquettes des objets). Dans l exposition, Histoires et Mémoires, le Musée Stewart a aussi recours aux multimédias, bornes interactives et autres moyens audiovisuels, par exemple, la maquette de Montréal. En parallèle des expositions, le Musée Stewart diffuse les connaissances en publiant des ouvrages, des catalogues et autres types de publications. Il produit ou coproduit des documents multimédias comme des disques CD-ROM. Le programme de l action éducative du Musée Stewart propose des activités d ordres divers : les activités scolaires, les activités éducatives, les activités ludiques et les activités de divertissement (edu-entertainment). Les activités scolaires ont pour cible l école et proposent des activités d apprentissage scolaire au Musée, idéalement à tous les ordres d enseignement, depuis la maternelle jusqu à l université ; par exemple, l activité scolaire pour le troisième cycle du primaire, «Défendre la Nouvelle-France contre les Britannique vers 1758», ou pour le préscolaire, «À la rencontre des gens d autrefois». Les activités éducatives sont destinées à tous les publics. Elles sont construites sur des objectifs de communication clairement énoncés et s auto-suffises en matière de communication ; par exemple, les visites des expositions permanente et temporaire, les visites du Complexe militaire britannique et les visites thématiques. Les activités ludiques sont destinées, elles aussi, à tous les publics. Elles sont caractérisées par leur approche ludique à la communication, où le jeu tient une place importante, par exemple; les activités «Petits soldats de la Nouvelle-France» ou «Curling à l ancienne». Les activités de divertissements (edu-entertainment) concernent le grand public. Elles sont de l ordre du spectacle et du divertissement ; par exemple, les équipes d interprétation militaire de la Compagnie franche de la Marine (XVIII e siècle) et du 78 th Fraser Highlanders (XVIII e siècle) ou des canonniers du Royal Regiment of Artillery (XIX e siècle). 5
Quatrième principe : Le Musée Stewart offre dans sa programmation d actions éducatives une variété de produits qui sont différents, parfois complémentaires, tant au niveau des objectifs que du déroulement et des stratégies de communication. Les stratégies de l action éducative Le Musée Stewart a recours à plusieurs stratégies dans la mise en œuvre des activités éducatives. La stratégie éducative «[ ] est élaborée en vue de l intervention d un ou de plusieurs Agents auprès d un Sujet ou d un ensemble de Sujets, et jugée efficace pour amener chez ces derniers l atteinte des objectif visées. 4». Ainsi, pour un musée, la visite guidée, le jeu de rôle, la démonstration, la manipulation, la représentation théâtrale sont des stratégies éducatives. Toutes ces stratégies peuvent se résumer sous le vocable «d interprétation». L interprétation est une «méthode de sensibilisation qui consiste à traduire, pour un public en situation, le sens profond d une réalité et ses liens cachés avec l être humain, en ayant recours à des moyens qui font d abord appel à l appréhension, c'est-à-dire qui mènent à une forme vécue et descriptive de la connaissance plutôt qu à une forme rigoureusement rationnelle 5». À la lumière de cette définition, toutes les personnes qui se trouvent en présence des publics du Musée dans le cadre d activités relevant de l action éducative, que ce soit des activités scolaires, éducatives, ludiques ou de divertissement, sont des agents d interprétation 6. Ainsi, tous les membres des équipes de la Compagnie franche de la Marine, du 78 th Fraser Highlanders et des guides-interprètes répondent à cette définition. Tous contribuent à leur façon à la poursuite des objectifs de l action éducative du Musée Stewart, dont le principe premier est : la mise en valeur et la diffusion de la collection en suivant la mission et la vision du Musée. Dans ce contexte, le Musée Stewart propose différentes procédures de communication, qui sont soumises aux mêmes paramètres, en fonction des discours adoptés, des modes d apprentissage sollicités et des procédés utilisés. Ainsi, on retrouve quatre catégories d agent d interprétation au Musée Stewart. Idéalement, une même personne devrait œuvrer dans plus d une de ces catégories. 4 Rénald Legendre. «Stratégie éducative», Dictionnaire actuel de l'éducation, 3 e édition, Montréal, Guérin, 2005, p. 1263. 5 Office québécois de la langue française. Le Grand dictionnaire terminologique, «interprétation - domaine : éducation», p. 4, http://www.granddictionnaire.com (1 octobre 2011). Voir aussi Daniel Jacobi et Anik Meunier. «Au service du projet éducatif de l exposition : l interprétation», La lettre de l OCIM, 61 (1999) p. 4-6. 6 Michel Allard, Marie Claude-Larouche, Anick Meunier et Pierre Thibodeau. Guide de planification et d évaluation des programmes éducatifs. Lieux historiques et autres institutions muséales, Montréal, Éditions Logiques, 1998, p. 83. 6
La première catégorie est celle du guide-interprète accompagnateur. Cette catégorie d agents d interprétation, qui a habituellement recours au discours interrogateur, fait appel au mode d apprentissage sensitif. Les activités où le guideinterprète accompagnateur excelle sont, entre autres, les activités scolaires, celles où l on utilise la manipulation et des procédés d apprentissage comme l analogie, l opposition, l actualité présente, les références culturelles. Il participe à la poursuite des objectifs déterminés par les programmes éducatifs à l endroit de publics ciblés. La deuxième catégorie est celle du guide-interprète conférencier. Ce type d agent d interprétation a recours au discours magistral et fait appel au mode d apprentissage cognitif. L activité où le guide-interprète conférencier excelle est la visite guidée. Il a la responsabilité de diriger les activités éducatives conçues en fonction de publics ciblés, en poursuivant des objectifs de communication identifiés. La troisième catégorie est celle de l interprète militaire, dont font partie tous les membres de la Compagnie franche de la Marine et du 78 th Fraser Highlanders, et dont le principal objectif éducatif est de faire comprendre le métier de soldat au XVIII e siècle. L interprète militaire a recours à la démonstration, au discours théâtral et s adresse au mode d apprentissage affectif. C est là une des innovations du Musée Stewart, une première au Québec qui remonte au début des années soixante. L interprète militaire porte toujours son uniforme en public et adopte le comportement habituel des militaires de cette époque. Ces reconstitutions permettent de diffuser les collections d armes, de costumes et d iconographies militaires du Musée. Enfin, la quatrième catégorie est celle du guide-interprète personnage. Ce type d action a recours au discours théâtral et fait appel au mode d apprentissage affectif. Le guide-interprète personnage excelle principalement dans les activités éducatives où l on utilise, entre autres, le jeu de rôle, la démonstration, la représentation théâtrale. Cinquième principe : Comme le Musée Stewart offre une variété d activités et d actions éducatives, il a recours à plusieurs types de stratégies éducatives et, par conséquent, à plusieurs types d agents d interprétation, parfois complémentaires, qui participent tous à la poursuite de la mission éducative du Musée. Guy Vadeboncoeur, directeur exécutif et conservateur en chef (4 mai 2000) Alain Fréchette, chef du Service de l action éducative et culturelle (mise à jour 10 novembre 2011) 7