UFR DE SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION Licence 3, Semestre 1 Année 2011-2012 ECONOMIE INDUSTRIELLE LE MONOPOLE Enseignant responsable : Clémence PORET Clemence.poret@univ-mlv.fr
1. DÉFINITION Une entreprise est en monopole lorsqu elle est la seule à offrir un certain type de bien sur un marché, sans substituts proches. Le monopole doit donc satisfaire la totalité de la demande exprimée sur le marché correspondant. Hypothèses de la CPP abandonnées avec le monopole : Hypothèse d atomicité : le monopole n est plus price taker et devient price maker. Hypothèse de libre entrée / libre sortie Les autres hypothèses de la CPP ne sont pas en contradiction avec l idée de monopole. 2
2. LES ORIGINES DU MONOPOLE (1) Monopole naturel Le monopole d innovation de Schumpeter Monopole lié au contrôle d une ressource rare ou d un brevet de fabrication Monopole institutionnel Le monopole lié aux comportements prédateurs 3
2. LES ORIGINES DU MONOPOLE (2) a) Monopole naturel Définition du monopole naturel : pour tout niveau de production, le coût des facteurs utilisés est minimal sur le marché lorsque la production est réalisée par une seule firme. Remarque : La structure de monopole naturel est souvent associée à la présence de rendements d échelle croissants. b) Le monopole d innovation de Schumpeter L innovation, à l origine d une situation de monopole temporaire 4
2. LES ORIGINES DU MONOPOLE (3) c) Monopole lié au contrôle d une ressource rare ou d un brevet de fabrication Lorsqu une entreprise contrôle totalement l offre d une ressource indispensable à la production du bien, elle bloque par la même occasion l arrivée de nouveaux concurrents sur le marché. Ressources : - Matérielles - Immatérielles d) Monopole institutionnel Monopole accordée par la puissance publique 5
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (1) a) Le monopole «price maker» Contrairement à la CPP : Demande adressée au marché = demande adressée à la firme Conséquences : Le prix n est pas fixé par le marché mais par la firme Le monopole est price maker. 6
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (2) b) Relation entre la recette totale, la recette marginale et la recette moyenne (1) Différence par rapport à la CPP : La recette marginale n est plus égale à la recette moyenne (c est à dire le prix). Recette totale : RT(q) = p(q) q Recette moyenne : RM(q) = RT(q) / q C est le prix de vente unitaire Elle est représentée par la courbe de demande. La recette moyenne est décroissante avec le prix Si la recette moyenne est décroissante, la recette marginale l est également, et elle est inférieure à la recette moyenne. 7
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (3) b) Relation entre la recette totale, la recette marginale et la recette moyenne (2) P Rm RM (q) = p(q) Rm (q) Production 8
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (4) c) Maximisation du profit et équilibre Programme de maximisation du profit : Max π (q) = RT(q) CT(q) Condition d équilibre : Rm(q) = Cm(q) 9
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (5) c) Maximisation du profit et équilibre P Cm CM Cm (q) p M p* E* CM (q) E M RM (q) Rm (q) 10 q M q* Production
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (6) e) Equilibre de monopole et pouvoir de marché Le pouvoir de marché peut s exprimer par l indice de Lerner I : Où Ԑ est l élasticité de la demande en valeur absolue. Conclusion : L indice de Lerner confirme bien deux intuitions : Le pouvoir de marché du monopole est d autant plus fort que le prix st éloigné du Cm (situation de CPP). Le pouvoir de marché du monopole est d autant plus fort que la demande des consommateurs est inélastique au prix. 11
3. L ÉQUILIBRE DU MONOPOLE (7) f) Conclusion sur le prix et l optimalité de l allocation par rapport à l équilibre de CPP Prix de monopole > Coût marginal : Prix de monopole > Prix de CPP Le monopole s éloigne d une allocation optimale au sens de Pareto. 12
4. MONOPOLE ET OPTIMUM SOCIAL (1) a) La charge morte, ou perte sèche du monopole Dans le passage d un régime de CPP à un régime monopolistique : - Le surplus des consommateurs diminue - Le surplus des producteurs augmente - Le surplus collectif diminue : il y a apparition d une charge morte, ou perte sèche Perte sèche = Différence entre le surplus collectif de CPP et le surplus collectif en monopole 13
4. MONOPOLE ET OPTIMUM SOCIAL (2) 14
4. MONOPOLE ET OPTIMUM SOCIAL (3) b) Coût social et recherche de rente Charge morte : une mesure incomplète du coût social associé à une situation monopolistique. Tulock et Posner (1975) : existence de coûts de recherche d une rente de monopole gaspillages qui peuvent mener à une disparition du profit pour le monopole 15
4. MONOPOLE ET OPTIMUM SOCIAL (4) c) L inefficience X Monopole => absence de concurrence Ne contraint pas la firme à rechercher une organisation optimale Inefficacité proche de l inefficience X de Leibenstein (1966). Inefficacité = rentabilité en CPP rentabilité en monopole 16
4. LE MONOPOLE NATUREL Définition : Lorsque les coûts de production totaux sont plus faibles en présence d une seule entreprise sur le marché. Pourquoi? Existence de coûts fixes. Cas général où les coûts variables moyens sont croissants : Lorsque les coûts fixes sont importants par rapport au coût variable, le coût moyen reste très longtemps décroissant. Il faut ainsi atteindre un volume de production très important avant que l élévation du coût variable moyen ne soit compensée par la diminution du coût fixe moyen. 17
4. LE MONOPOLE NATUREL 18
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (1) Monopole p > Cm situation d inefficacité Contrôle de certains monopoles par la puissance publique : Les monopoles publics. L Etat peut alors imposer des règles aux monopoles en matière de prix de façon à maximiser le surplus collectif. Deux types de tarification imposées : La tarification au coût marginal La tarification au coût moyen 19
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (2) a) La tarification au coût marginal Le monopole public sera alors conduit à : - produire q* - pour un prix p* = Cm (q*). La situation résultant de la tarification au coût marginal est un optimum de premier rang (E*). 20
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (3) b) La tarification au coût marginal et rendements d échelle croissants (1) Très souvent, les monopoles publics sont des monopoles naturels présentant des rendements d échelle croissants : Le coût moyen de long terme est décroissant L activité présente des économies d échelle Le coût marginal est toujours inférieur (sur le long terme) au coût moyen. Ainsi, en cas de rendements d échelle croissants, la tarification optimale qui égalise le prix au coût marginal tend inéluctablement à un déficit du monopole. 21
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (4) b) La tarification au coût marginal et rendements d échelle croissants (2) Modèle : Fonction de coût du monopole : CT(q) = CF + cq Le coût marginal c, est constant et toujours inférieur au coût moyen c + CF/q. Si p(q) désigne la fonction de demande inverse : La tarification au coût marginal conduit à produire q* avec : p (q*) = c Cette solution implique un déficit pour le monopole égal aux coûts fixes. En effet : Π(q*) = RT (q*) CT(q*) = cq* - CF cq* = - CF 22
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (5) b) La tarification au coût marginal et rendements d échelle croissants (3) Une solution au déficit du monopole : la subvention Cette solution est peu plausible : - Subventions aux monopoles publics mal perçues par les contribuables - La fiscalité a des effets dommageables en termes d équité. D où la recherche d une solution de second rang avec la tarification au coût moyen. 23
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (6) c) La tarification au coût moyen : une tarification de moindre mal (1) Contrainte du monopole public : Equilibre budgétaire Il faut alors déterminer une tarification qui permette au monopole de maximiser le surplus collectif sous contrainte d équilibre budgétaire. C est la solution de moindre mal, appelé également optimum de second rang (Ē). 24
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (7) c) La tarification au coût moyen : une tarification de moindre mal (2) p 0 25
5. LE CONTRÔLE DES MONOPOLES PUBLICS (8) c) La tarification au coût moyen : une tarification de moindre mal (3) Règle de Ramsey Boiteux : Le monopole public soucieux de l intérêt général (c'est-à-dire maximisant le surplus collectif) mais astreint à une contrainte d équilibre budgétaire : doit fixer des écarts entre prix et coûts marginaux qui sont d autant plus grands que la demande est peu élastique. 26
6. LE MONOPOLE DISCRIMINANT (1) Définition : Discrimination par les prix : lorsqu un même produit est vendu à des prix différents selon l acheteur concerné ou la quantité acheté par l acheteur. 3 types de discrimination : La discrimination au troisième degré, ou discrimination entre les clients La discrimination au second degré, ou discrimination entre les unités consommées La discrimination au premier degré, ou discrimination parfaite 27
6. LE MONOPOLE DISCRIMINANT (2) a) La discrimination au troisième degré = discrimination entre les clients Segmentation du marché selon le type de clientèle : Les prix pratiqués pour chaque catégorie d acheteurs dépendent de l élasticité de leur demande au prix. Conditions de faisabilité : - Il est nécessaire de pouvoir identifier des catégories d acheteurs avec une élasticité de la demande différente. - Il faut pouvoir interdire les transactions secondaires entre clients. Exemple des réductions accordées aux étudiants dans les cinémas. 28
6. LE MONOPOLE DISCRIMINANT (3) b) La discrimination au second degré = discrimination entre les unités consommées Les différentes unités sont vendues à des prix différents, chaque acheteur payant la même somme pour la même quantité. Constat : la courbe de demande est décroissante. Le monopole qui est price maker est alors incité à prélever une partie de surplus des consommateurs en faisant payer les premières unités plus cher que les suivantes. Exemples : le système de remises quantitatives, le tarif binôme ou «non linéaire», comprenant une partie fixe (abonnement, droit d entrée) et une partie variable, proportionnelle à la consommation. 29
6. LE MONOPOLE DISCRIMINANT (4) c) La discrimination au premier degré (1) = discrimination parfaite Chaque unité est vendue à un prix différent. Les prix sont différents à la fois selon les unités et selon les consommateurs. Rm = p = RM les acheteurs paient exactement ce qu ils sont disposés à sacrifier pour l obtenir : le surplus du consommateur s annule et est totalement accaparé par le producteur. 30
6. LE MONOPOLE DISCRIMINANT (5) c) La discrimination au premier degré (2) = discrimination parfaite Au final, on a : P = RM = Rm Et donc : P = Cm Conclusion : la discrimination parfaite permet : D accroitre les profits du monopole Mais aussi, une allocation des ressources aussi efficace qu en CPP. 31