Organisation Industrielle

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1 Organisation Industrielle Chapitre 1 : Introduction Master 1 Université Lyon 2 Laurent Granier - Année 2011/2012 -

2 Définition de l économie industrielle «Etude de la structure des entreprises et des marchés, ainsi que de leurs interactions» Carlton et Perloff (1998) : Analyse des comportements et stratégies des entreprises et de la concurrence sur les marchés L économie industrielle s intéresse aussi à la régulation des marchés et à l organisation interne des entreprises.

3 A quoi sert l économie industrielle? Aide à la décision privée et à la stratégie d entreprise : Quelle politique tarifaire? Quel positionnement de ses produits? Comment entrer ou se maintenir sur un marché? Aide à la décision publique et aux politiques publiques : Politique de la concurrence, politique industrielle, politique d aménagement du territoire

4 Politique de la concurrence Deux grands volets : Contrôle des structures Fusions ou rachats d entreprises Contrôle des comportements Accords et pratiques concertées entre entreprises : Ententes, alliances Pratiques d entreprises en position dominante Prix, clauses contractuelles avec fournisseurs, clients, Et au niveau de l Europe : Contrôle des aides d Etat

5 Politique industrielle «La politique industrielle communautaire vise à favoriser la mise en place d un environnement propice à l initiative, au développement des entreprises dans la Communauté européenne, à la coopération industrielle et vise à améliorer l exploitation du potentiel industriel des politiques d innovation, de recherche et de développement technologique» Commission européenne Une politique multidimensionnelle intégrant : Les politiques commerciales, les aides d Etat, la politique de la concurrence, les politiques technologiques ou d innovation et de formation

6 Historique Globalement 3 vagues : Ecole de Harvard Ecole de Chicago Nouvelle Economie Industrielle A la fin du XXème siècle, vote d une loi «antitrust» (politique de la concurrence) aux USA (Sherman Act de 1890) : Préservation de la concurrence sur les marchés et en particulier lutte contre les ententes. La politique de la concurrence cherche aussi à lutter contre les tentatives de «monopolisation» (ou d abus de position dominante)

7 Ecole de Harvard Domination des approches empiriques jusque dans les années : Ecole de Harvard : Chamberlin, Bain, Mason : Cherche à déterminer si on peut inférer qu un comportement est illégal à partir de certaines caractéristiques des entreprises (ex : taille des entreprises) «Informal Stories», études de cas, intuitions profit = fonction (concentration, barrière à l entrée ) paradigme Structure (de marché) - Comportements (stratégiques) - Performances

8 Ecole de Harvard Le paradigme Structure, Comportement, Performance SCP Un paradigme est un système de représentation du monde, un modèle de pensée La structure de marché (nb vendeurs, différenciation, coûts ) influence le comportement des entreprises (prix, investissements ), ce qui détermine la performance du marché (efficacité, variété )

9 Structure Comportement - Performance Structure de marché : Nombre de firmes Concentration de l industrie Conditions technologiques / de coûts Conditions de demande Facilité d entrée / sortie Comportement : Performance : Pricing Publicité R&D Activité de M&A Comportements prédateurs Profitabilité Surplus du consommateur Bien-être collectif

10 Comment évaluer ces trois éléments? Structure : Concentration par des indices (ex : HHI Indice Herfindahl- Hirschman : * somme des carrés des parts de marché) Mais pas suffisant (définition du marché géographique, différenciation des produits ) Conditions d entrée sur le marché (K requis, brevets, droits d auteur, économie d échelle ) Comportement : Pricing (indice de lerner, markup ) M&A (intégrations verticales, concentrations horizontales ou conglomérales) Performance : ex. indice Dansby-Willig (réaction du bien-être à l expansion de la production)

11 Ecole de Chicago Seconde vague dans les années 70 : le paradigme SCP est remis en cause : pas de confirmation empirique concluante. L école de Chicago (Posner, Bork, Peltzman, Stigler) se développe en réaction : comportement, performance, structure. Le mécanisme régulateur est la libre concurrence entre les entreprises. Peu d actions sur la structure Mais l école de Chicago dispose de peu d outils nécessaires pour décrire les interactions stratégiques.

12 Ecole de Chicago L idée est simple : il n y a pas d effet de feedback dans le paradigme SCP. Un comportement peut affecter la structure. La performance peut affecter le comportement et la structure. La seule appréhension de la structure ne suffit pas.

13 La Nouvelle Economie Industrielle La nouvelle économie industrielle (NEI) ou «post-chicago» à partir des années 80 : Donner des fondements à l EI en s appuyant sur la théorie des jeux Recours à la modélisation : propositions théoriques / tests empiriques Structures de marché = fonction (comportements, performances )

14 La Nouvelle Economie Industrielle Le paradigme Structure, Comportement, Performance (SCP) en question Interactions comportements/structures Analyse des conflits stratégiques entre les entreprises à l aide de la théorie des jeux non-coopératifs. Structure, comportement et performance s influencent mutuellement. Progrès fondamentaux : comportement acteurs en dynamique et asymétries d information

15 La Nouvelle Economie Industrielle Deux approches : Business School et Régulation Business School Construction des stratégies des firmes : prix, positionnement des produits, concentrations, prises de participation Analyse des stratégies des firmes : effets sur la concurrence, pour l industrie, pour les consommateurs Régulation Droit de la concurrence Régulation des monopoles (publics ou privés) et secteurs organisés en réseaux ouverts à la concurrence

16 Plan du cours 1. Introduction 2. Le monopole 3. La discrimination par les prix 4. Concurrence et interactions stratégiques 5. La différenciation horizontale 6. La différenciation verticale 7. Barrières à l entrée 8. Les relations verticales 9. Collusion

17 Références Carlton et Perloff (1998), Economie Industrielle, Ed. De Boeck Scherer et Ross (1990) Industrial Market Structure and Economic Performance, Houghton- Mifflin Tirole (1988), The Theory of Industrial Organisation, MIT Press

18 Outils à maîtriser Dérivation d une fonction Notions sur la concavité et la convexité d une fonction Résolution d un programme de maximisation (CPO, CSO) Notions de théorie des jeux (non-coopératifs surtout)

19 Autre définition L économie industrielle moderne consiste à analyser des situations et des comportements d entreprises dans des marchés où le nombre d offreurs est limité, où le nombre de demandeurs est souvent élevé (marchés finals) mais parfois restreint, et où la concurrence entre acteurs n est pas la concurrence pure et parfaite parce que les acteurs y possèdent un degré de contrôle beaucoup plus élevé.

20 Le cadre d analyse Concurrence imparfaite : fonctionnement d un marché? Stratégies des firmes? Monopole / Oligopole / Interactions stratégiques Ce n est pas un cours de Politique Industrielle ou d étude de marché Différences avec la microéconomie : concurrence imparfaite et accent mis sur les variables non tarifaires (stratégies de publicité, de différenciation, investissement en R&D/qualité )

21 Concurrence imparfaite? Rappel sur la concurrence parfaite Les principales hypothèses : Atomicité des marchés (preneuses de prix) Rendements décroissants Information parfaite (prix, caractéristiques) On commence en général par lever la première hypothèse

22 Le cadre d analyse Les firmes ne sont pas «preneurs de prix» Elles prennent en compte les interactions stratégiques : anticipent une diminution du prix quand accroissement des quantités offertes Analyse partielle (pas ECG) Pour mesurer les effets, on compare les gains des uns aux pertes des autres (firmes / consommateurs)

23 Les surplus Le surplus des consommateurs : différence entre ce qu un consommateur est prêt à payer et ce qu il paye effectivement pour un bien Le surplus du producteur : le bénéfice ou le profit

24 La demande Fonction d utilité séparable : U(q 0,q 1,q 2,...,q n ) = q 0 + U k (q k ) maxu(q) sc q 0 + p k q k k La CPO est donnée par : La demande pour le bien k est : Demande indépendante, pas d effet revenu k = R U(q) q k = U k '(q) = p k D k ( p k ) = U k '(q) 1 (p k )

25 Le surplus des consommateurs Définition : différence entre la somme maximale qu ils seraient prêts à payer et ce qu ils payent effectivement. Somme maximale : pour chaque quantité possible, elle est figurée par la fonction de demande. Somme effectivement payée : prix * quantité achetée

26 Le surplus des consommateurs Soit D(s) la fonction de demande d un bien. Lorsque le prix + est p, le surplus des consommateurs est : S( p) = D(s)ds p

27 Le surplus des consommateurs La fonction de demande inverse P(x) = D -1 (x). Lorsque la quantité q est vendue, le surplus des q consommateurs est : S(q) = P(x)dx P(q)q 0

28 L objectif des firmes Plusieurs objectifs : maximisation du profit (propriétaires) survivre à la concurrence objectifs personnels des dirigeants Problèmes d incitations : Relations avec les fournisseurs et les distributeurs Contrôle des propriétaires (actionnaires) sur les dirigeants (managers) Contrôle des managers sur les employés Théorie des incitations (dans les organisations) Organisation industrielle

29 Le surplus des producteurs Le surplus des producteurs dans un secteur est la somme des profits (et pertes) réalisés par l ensemble des producteurs On peut le mesurer comme : Le produit quantité vendue par (prix coût moyen) L intégrale de la fonction (prix de vente coût marginal) sur la quantité vendue

30 L objectif des firmes Une firme utilise une technologie de production représentée par une fonction de coût C(q) Si la firme maximise son profit, alors : Max pd( p) C(D(p)) Si plusieurs firmes : D(p 1,p 2,,p n ) Si plusieurs produits : k p k D k ( p) C(D 1 (p),d 2 (p),...,d n ( p))

31 Les effets sur le bien-être Le bien-être est donné par : W (q) = S(q) + Π i Même poids donné au surplus des consommateurs et aux profits (discussions à ce propos) Pour mesurer l effet d une action / mesure / choc sur un marché, on calcule la variation de bienêtre

32 Rôle de la théorie des jeux La théorie des jeux est un instrument puissant pour l analyse des stratégies. Les jeux non-coopératifs sont ceux dans lesquels les acteurs (joueurs) font leurs choix indépendamment les uns des autres.

33 Rappel théorie des jeux Chaque joueur dispose : D un certain niveau d information, D une fonction de résultat qui exprime ses gains en fonction des actions des différents joueurs : R i = R i (a 1,a 2,,a i,,a n ) D une stratégie déterminée en fonction des éléments de son environnement et de son niveau d information, et qui est déterminée en vue de rendre le résultat le meilleur possible (par exemple maximiser le profit)

34 L équilibre de Nash Dans un jeu non-coopératif, les joueurs ne savent pas quelles actions vont être décidées par leurs concurrents. La maximisation est incertaine. Cependant, il est possible de définir des cas où la maximisation des résultats est présente. On parlera d équilibre d un jeu. Le concept d équilibre le plus souvent rencontré est l équilibre de Nash.

35 L équilibre de Nash Un ensemble d actions (a 1*,a 2*,, a i*,, a n* ) des joueurs d un jeu est un équilibre de Nash si pour tout joueur i on peut écrire que : R i (a 1*,a 2*,, a i*,, a n* ) R i (a 1*,a 2*,, a i,, a n* ) pour a i a i * Dans une telle situation, chacun a maximisé son résultat compte tenu des actions de tous les autres.

36 Exemples d équilibres J2 J2 J1 J1 1/ Dilemme du prisonnier : les deux prisonniers se trahissent. C est un équilibre de Nash en stratégies dominantes mais pas Pareto dominant. 2/ Bataille des sexes : deux équilibre de Nash (Pareto dominants). Problème de coordination

37 Fonctions de réaction CPO : (si CSO respectée) Π 1 (q 1,q 2 ) q 1 = 0 Π 2 (q 1,q 2 ) q 1 = 0 FMR : (fonction de meilleure réponse) FMR 1 = q 1 (q 2 ) FMR 2 = q 2 (q 1 ) La résolution du système donne q * 1 et q * 2.

38 Fonction de meilleure réponse

39 Concavité / Convexité Convexité : la pente de la courbe (f (x)) croît à taux croissant : f (x) > 0 Concavité : la pente de la courbe (f (x)) croît à taux décroissant : f (x) < 0 Condition pour que la condition de premier ordre (f (x)=0) détermine un maximum

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42 Primitives essentielles et intégrales b a b a f '(t)dt = [ f (t)] u'(t)v(t)dt = b a = f (b) f (a) [ u(t)v(t) ] b a b a u(t)v'(t)dt f (x) 1 x x α (α 1) ln(x) e x F(x) ln( x ) x α +1 α +1 x ln(x) x e x

43 Exercices rapides Déterminez les dérivées premières et secondes des fonctions suivantes : f (x) = 7x 3 f (x) = 1 x ex f (x) = 3x 2 9x + 7 f (x) = (x 2 +1)(x 2 + 3x + 2) f (x) = 5x 2 + 3x +1 2x + 8 f (x) = 3x f (x) = 10x x f (x) =10ln x + x x

44 Exercices rapides Si la fonction a deux variables x et y. Si on cherche la dérivée par rapport à x, on fait de même en considérant y comme une constante. Ex : si f (x, y) = 7x 3 y 2 alors f x '(x,y) = 21y 2 x Calculer (x x 2 +1).dx

45 Organisation Industrielle Chapitre 2 : le monopole Master 1 Université Lyon 2 Laurent Granier - Année 2011/2012 -

46 Définition Le monopole est une firme qui a la position d offreur unique sur un marché. C est le cas extrême d absence de concurrence. En 1776, Adam Smith affirme que les monopoles «écrasent les marchés» et «pratiquent les prix les plus hauts.» En 1838, Cournot fournit la première modélisation adéquate du comportement du monopole.

47 Un problème de politique économique? Les pouvoirs publics mènent généralement des politiques vis-à-vis des monopoles : Il n est pas question de proscrire les monopoles : d ailleurs aucune administration au monde n en serait capable. De nombreuses autorités tentent de lutter contre les abus que pourraient commettre les monopoles : L article 82 du traité de Rome, contre les abus de position dominante, s adresse entre autres aux monopoles. Le Sherman Act de 1890 comporte un délit de «monopolization». Les monopoles qui sont à l abri de toute concurrence (monopoles naturels) sont règlementés ou directement gérés par les pouvoirs publics.

48 Identification des situations de monopole Les monopoles sont parfois difficiles à identifier car la délimitation des marchés est un art délicat (un seul offreur sur un marché) : La définition d un marché a une dimension géographique. Elle a aussi une dimension «de produits».

49 Les origines du monopole La situation de monopole peut être due à plusieurs causes. Les trois causes suivantes expliquent comment cette situation d exception par rapport à la loi générale de la concurrence peut perdurer (sinon, le monopole s éteint par exemple à l expiration d un brevet) : La rareté absolue des ressources Le monopole naturel Les monopoles institutionnels

50 La rareté absolue des ressources Une capacité ou des ressources que le monopoliste est le seul à posséder : Une ressource matérielle : Une matière première Une terre rare dont les produits ne peuvent pas être imités (grands vins) Une ressource immatérielle : Un talent particulier (grand écrivain) protégé par droits d auteur Une méthode de fabrication protégée ou non par un brevet Un investissement immatériel (nom de marque )

51 Le monopole naturel Une structure des coûts de production qui impose une très grande taille à la firme et rend impossible la concurrence. Il y a nécessairement une notion de sousadditivité des coût. Pour une firme monoproduit, cette condition s écrit : C(Q) < C(Q 1 ) + C(Q 2 ) Q, Q 1 > 0, Q 2 > 0, /Q 1 + Q 2 = Q, Il est plus économique de faire produire n importe quelle quantité Q par une firme que par deux ou plusieurs.

52 Cas typiques de monopoles naturels La structure de monopole naturel est souvent associée à la présence de rendements croissants, dus à des investissements très lourds (relativement aux coûts de fonctionnement) et aussi aux réseaux de distribution (eau, électricité ). Les secteurs de service public correspondent souvent à des monopoles naturels.

53 Les monopoles institutionnels Une exclusivité est accordée par un contrat ou une réglementation publique, c est-à-dire un privilège. L entité devient alors le seul producteur autorisé sur tel ou tel marché.

54 Exemples Contrat : un producteur qui accorde une exclusivité territoriale à ses revendeurs leur confère un de monopole. C est ce qui se passe dans la commercialisation des automobiles (concessions). Privilège : les pouvoirs publics mettent en place une réglementation interdisant à tout autre opérateur qu une certaine firme de produire ou de distribuer un bien ou un service. De telles réglementations ont été à l origine des monopoles des télécommunications (1837) ou de l électricité (1948) en France.

55 Stabilité des monopoles Des menaces pèsent sur les monopoles (pas nécessairement stables) : Des clients infidèles s il existe des produits plus ou moins substituables au produit du monopole. Des évolutions techniques qui éliminent certains monopoles naturels (ex. du téléphone portable). Evolutions réglementaires quand les autorités veulent faire régner plus de concurrence. Le passage du temps pour les monopoles issus de brevets.

56 Le monopole mono produit Une firme en monopole, q = D(p) avec D (p) < 0 Demande inverse p = P(q) Fonction de coût C(q) Problème du monopole : Max p pd( p) C(D(p))

57 La tarification du monopole : le monopole mono produit La CPO : p m - C'(D(p m )) = -D(pm ) D'( p m ) p m C' p m Indice Lerner = 1 ε L élasticité prix de la demande est donnée par : ε = -pm D'(p m ) D(p m )

58 Remarque 1 Mark-up = indice de Lerner, inversement proportionnel à l élasticité de la demande p m > p * = C' Si l élasticité de la demande est constante l indice de Lerner est constant (q = kp ε ), alors

59 Remarque 2 Le prix de monopole est une fonction croissante du coût marginal : p m (1 1 ε) = C' or, car (1 1 ε) > 0 ε >1

60 Remarque 3 La CPO s écrit aussi comme : Rm = Cm P(q m ) + P'(q m )q m = C'(q m )

61 Application 1 : demande linéaire et coût nul Supposons D( p) =1 p et P(q) =1 q Le coût est C(q) = 0 Profit : Π(q) = q(1 q) La CPO est : 1 2q = 0 q m =1 2 maxπ(q) =1 4

62 Application 2 : demande linéaire et coût marginal constant Supposons D( p) = a p et P(q) = a q, avec a > 0 Le coût est C(q) = cq, avec a > c 0 Le profit s écrit : Π(q) = q(a q) cq = q(a c q) q m = (a c) 2 et Π m = (a c)2 4

63 Effet sur le bien-être social Le prix de monopole est plus élevé que le prix de concurrence Les consommateurs sont pénalisés car le surplus diminue MAIS, le profit augmente AU TOTAL : Perte de bien-être (pas d ambiguïté)

64 Variation du profit Monopole vs. Concurrence

65 Variation du surplus des consommateurs Monopole vs. concurrence

66 Variation du bien-être social Monopole vs. concurrence

67 La perte de bien-être social Monopole vs. concurrence

68 Restauration de l optimum social par taxation Taux de taxe sur le produit : t Problème : Max p pd( p + t) C(D(p + t)) La CPO : D( p + t) + ( p C')D'( p + t) = 0 Pour restaurer l optimum, il faut que le prix à la consommation coïncide avec le coût marginal p + t = C' t = ( p C') = D(pc ) D'(p c ) < 0

69 Restauration de l optimum social par taxation Il faut donc subventionner la production du monopole (pour que les consommateurs consomment plus) Solution pas très réaliste : 1. Estimation de ε? 2. Estimation du coût marginal? Renvoie à tous les problèmes de régulation

70 Cas du monopole public Deux solutions (sans discrimination des consommateurs) : le critère est la maximisation du surplus collectif : Tarification de premier rang Tarification de second rang Discrimination des consommateurs

71 Tarification de premier rang Le manager du monopole est supposé agir comme un planificateur bienveillant : il maximise le bienêtre social : Max q W (q) q W (q) = 0 ' p * = C'(q) On supprime donc la distorsion du prix par rapport à la concurrence

72 Tarification de premier rang Le problème est le financement d un déficit chronique du monopole. Le coût marginal est inférieur au coût moyen, ce qui engendre des pertes. Le bien-être social est maximisé mais il faut un financement public (impôt) du déficit du monopole.

73 Tarification de second rang Il s agit de la tarification Ramsey-Boiteux : maximisation du bien-être collectif sous la contrainte du respect de l équilibre budgétaire du monopole public. Programme : Max q W (q) sous contrainte Π = 0

74 Tarification de second rang L(q,λ) = q 0 P(q)dq C(q) + λ[ P(q)q C(q) ] La condition de premier ordre permet d écrire (condition du deuxième ordre supposée vérifiée) : L(q,λ) q = 0 P(q) C'(q) + λ[ P'(q)q + P(q) C'(q) ] = 0 On obtient : P(q q = q rb tel que rb ) C'(q rb ) avec ε = - q p p q P(q rb ) l élasticité prix de la demande. = λ 1 + λ 1 ε

75 Tarification de second rang Le taux de marge (mark-up ou indice de Lerner) est, comme pour le monopole privé, une fonction décroissante de l élasticité prix de la demande. Mais il est inférieur à celui du monopole privé. Ce taux de marge est borné supérieurement par le taux de marge du monopole privé ( λ ) et inférieurement par le taux de marge nul de la tarification au taux marginal ( λ = 0).

76 Discrimination (cf. chapitre 3) Une possibilité pour restaurer l optimum de premier rang est de discriminer les consommateurs Tarif binôme (tarif non linéaire) Il s agit de faire payer un forfait et une partie variable A + pq. Si p = Cm, on a l optimum de premier rang. Il faut que A permette de rembourser le déficit. Tous les consommateurs ne consomment pas la même quantité.

77 Monopole multi produits Biens : i =1,...,n Prix : p i = p 1,..., p n Quantités : q i = q 1,...,q n Coût : C(q 1,...,q n ) avec C i (q i ) (coûts séparables) Demande : q i = D i ( p i )

78 Monopole multi produits Profit : n p i D i ( p i ) C D 1 (p 1 ),...,D n (p n ) i =1 ( ) La généralisation de l égalité Rm = Cm donne : D i + p i D i p i + j i p j D j p i = j C q j D j p i pour tt i.

79 Monopole multi produits On obtient la règle de tarification suivante : p i C i ' p i = 1 ε ii j i (p j C j ')D j ε ij (p i D i )ε ii où ε ii est l élasticité-prix directe et est l élasticité-prix croisée (bien j / prix du bien i) ε ij avec ε ij = D j p i p i D j

80 Le cas des produits substituables Si produits substituts : ε ij = D j p i d où : ε ij < 0 Intuition : p i D j, avec et donc D j > 0 p i p i C i ' > 1 p i ε ii - si la firme décomposée en n divisions, chaque division fixe un prix trop bas / ce qui est optimal pour la firme - les divisions se font concurrence à cause de la substituabilité - il faut leur donner les incitations pour qu elles internalisent les effets externes ( prix)

81 Le cas des produits complémentaires Si les produits sont compléments : ε ij = D j p i d où : ε ij > 0 p i D j, avec et donc D j < 0 p i p i C i ' < 1 p i ε ii - Certains produits peuvent être vendus au-dessous de leur coût marginal (Lerner < 0) - Subventions entre produits

82 Organisation Industrielle Chapitre 3 : la discrimination par les prix Master 1 Université Lyon 2 Laurent Granier - Année 2011/2012 -

83 Introduction Cours précédent : Un monopole vend un bien à un prix unique. Cela laisse un certain surplus au consommateur. Double approche : Normative : hypothèses sur les comportements des entreprises (discrimination) qui permettent de prédire leurs comportements. Positive : impact de la discrimination par les prix sur le bien-être social par comparaison avec le cas sans discrimination.

84 Introduction Exemples de discrimination par les prix : Pourquoi une classe économique et une classe business dans les avions? Pourquoi un étudiant paye-t-il moins cher sa place de cinéma? Pourquoi plusieurs types d abonnement dans les transports en commun? Permettent aux vendeurs de s accaparer une part plus grande du surplus des consommateurs.

85 Définition Pratique qui consiste à fixer différents prix pour le même bien (ou des biens similaires). Le prix de vente dépend alors de la quantité achetée, des caractéristiques de l acheteur ou d autres clauses de vente. En particulier, il y a discrimination lorsque la différence de prix entre deux versions d un bien ne s explique pas par une différence de coût : Test de Stigler (1987) : Test Philips (1983) : p 1 p 2 c 1 c 2 (p 1 c 1 ) (p 2 c 2 )

86 Conditions d existence Conditions pour que la discrimination par les prix soit possible : Les firmes doivent avoir du pouvoir de marché. Les consommateurs doivent avoir des dispositions à payer différentes, et les firmes doivent être capable de les identifier, directement ou indirectement (autosélection). Les possibilités de revente doivent être limitées (arbitrage entre consommateurs limités).

87 Discrimination et possibilités d arbitrage Possibilités d arbitrages en termes de : Transférabilité des biens doivent être faibles : Tel est le cas s il s agit d un service, si une garantie ne s applique qu à l acheteur, si les coûts de transactions sont élevés (coûts de stockage, de recherche ), s il y a des restrictions légales à la revente. Exemples : ticket de cinéma étudiant, prix de vente d une voiture inférieur mais dans le pays voisin Transférabilité de la demande doivent être élevées : possibilités de choix entre différents lots/paniers (exemple : téléphoner 1 min ou 10 min).

88 Les trois formes de discrimination Pigou (1920) identifie trois types de discrimination par les prix : La discrimination du 1 er degré (ou tarification personnalisée) La discrimination du 3 ème degré (ou discrimination multimarché ou tarification de groupe) La discrimination du 2 ème degré (ou versioning). Utilisation d instruments d auto-sélection pour révéler les préférences.

89 Les trois formes de discrimination Ces trois formes exigent un certain niveau d information (1 er degré > 3 ème degré > 2 ème degré) 1 er degré : le producteur connaît parfaitement la disposition à payer de chaque consommateur. 3 ème degré : signal direct sur la demande. La firme peut observer différents catégories de consommateurs. 2 ème degré : signal indirect dur la demande. La firme offre différents lots ou paniers de biens (les consommateurs «s auto-sélectionnent»).

90 1/ La discrimination du premier degré (ou parfaite) Le producteur réussit à capter tout le surplus du consommateur en fixant le prix (individualisé) au niveau du prix de réservation du consommateur. Mais il doit connaître exactement le prix de réservation de chaque consommateur. Improbable en pratique à cause de l information incomplète sur les préférences individuelles. Quelques exemples imparfaits : le diseur de bonnes aventures, le bazar Si un monopole implémente ce type de discrimination, l efficacité allocative est atteinte.

91 1.1/ Le principe de base : le cas de la demande unitaire Comme la firme a une information parfaite sur le consommateur, elle lui demande sa disponibilité maximale à payer Notons v i la disponibilité (unitaire) à payer du consommateur i L utilité du consommateur s il achète une unité est U i = v i p sinon U i = 0 Le prix «individualisé» est p i = v i Il faut vérifier que v i c, où c est le coût marginal de production du bien.

92 Les résultats Tous les consommateurs consomment (si v i c quel que soit i) Le surplus du consommateur est nul Le monopole capte tout le surplus social : i Π = (v i c) = W

93 1.2.1/ Demande non unitaire et consommateurs homogènes Les consommateurs sont identiques (homogènes) La demande est D(p), avec D (p) < 0 Pour discriminer parfaitement, le monopole peut appliquer un tarif binôme (en deux parties) Tarif binôme T(q) : un prix variable p et une partie fixe A (abonnement, ) d où T(q) = A + pq Remarque : tarif dégressif (remises quantitatives) : T(q)/q = p + A/q

94 Les résultats Lorsque la quantité est q, le surplus d un consommateur est : S(q) = q 0 P(x)dx P(q)q Chaque consommateur est donc disposé à payer une partie fixe au plus égale au surplus : A = S(q) Lorsque n consommateurs consomment une quantité q, le profit du monopole est : Π = nt(q) C(nq)

95 Résultats La CPO donne : nt'(q) nc'(nq) = 0 Or, Donc : (A + pq) T'(q) = = p q p = T'(q) = C'(nq) Le monopole choisit donc la quantité qui maximise le bien-être social! Il récupère tout le surplus du consommateur via l abonnement A.

96 1.2.2/ Demande non unitaire et consommateurs hétérogènes La demande inverse du consommateur i est : P i (q i ) Le surplus du consommateur i est : S i (q i ) = La partie fixe est alors «individualisée» : A i (q i ) = S i (q i ) Le profit du monopole est : q i 0 P i (x)dx P i (q i )q i Π = P 1 (x)dx + P 2 (x)dx P n (x)dx C(q 1 + q q n ) 0 q 1 0 q 2 0 q n

97 Résultats Des CPO, on obtient : P 1 (x) = P 2 (x) =... = P n (x) = C'( q) On retrouve l efficacité allocative avec p = Cma Les forfaits personnalisés permettent d extraire la totalité du surplus des consommateurs

98 Résultats

99 2/ La discrimination du troisième degré Le producteur observe un signal lié aux préférences et s en sert pour discriminer Le même bien peut être vendu à des prix différents à des consommateurs différents La firme utilise un signal direct sur le marché Plusieurs types de consommateurs suivant l âge, le genre, le pays, la région et donc plusieurs groupes (g gpes) de consommateurs avec une fonction de demande associée D g (p)

100 Le principe Supposons G groupes de consommateurs Chaque groupe a une fonction de demande D g (p) La firme va choisir un prix différent pour chaque groupe de consommateurs : G G Max Π = p g D g ( p g ) C D g (p g ) p 1,p 2,...,p G g =1 g =1

101 Les résultats Des CPO, on obtient : G p g C'( D g ( p g )) g =1 = D ( p ) g g p g p g D g '( p g ) = 1 Les prix sont plus élevés sur les marchés où l élasticité de la demande est plus faible ε g Même principe que le monopole multi produit (cas particulier où il y a différents prix mais pas d élasticité croisée car pas de concurrence entre les segments)

102 Analyse graphique Les recettes marginales de chaque segment sont égalisées Les recettes marginales des segments sont égalisées au coût marginal

103 La pratique Pratique autorisée : un produit de même marque peut être vendu à des prix différents selon sa localisation. prix différents en fonction de l âge (jeunes, âgés). MAIS, les firmes ne peuvent pas interdire les arbitrages entre les consommateurs. Nombreux exemples de sanctions dans le secteur automobile Volkswagen a été soumis à une amende de 90 millions d en 98 (limitation des ventes en Italie vis-à-vis d acheteur Allemands et Autrichiens

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