Zzzoom sur les abeilles

Documents pareils
Les abeilles à Bruxelles Défis et opportunités

Végétaux Exemples d individus

Petit conservatoire dans un jardin des Collines du Paradis

Journées portes ouvertes ECOPHYTO

Chapitre 6 : coloniser de nouveaux milieux

avec Lépido Les papillons sont des insectes. RENCONTRE Connais-tu le point commun de tous ces animaux? Ils ont tous.. pattes.

EN QUÊTE DU MONDE. Les nids de fourmis rousses. Présentation de la vidéo... 2 Générique... 2 description... 2 Principaux thèmes abordés...

Bienvenue sur la planète des insectes!

1 cadre. 3 c 5 c. 7c 9 c. Actu Api n 19

Pourquoi les guêpes, abeilles et bourdons piquent-ils? Arrgh! Une guêpe, là! Arrrrrgh! Va-t-en!!!

Nicolas DEPRUGNEY Julien CARTON 1 SA TPE 1 S. Les Phéromones de la Fourmi

Association des. Objectifs. convivialité, réunir les habitants autour du jardinage. action sociale, action environnementale,

>Si j ai réussi, je suis capable de

ÉVALUATION DU TYPE DE DOMMAGE CAUSÉ PAR LA PUNAISE PENTATOMIDE VERTE, ACROSTERNUM HILARE (SAY) SELON LE DÉVELOPPEMENT DES FRUITS

vérifiez leur compatibilité avec nos auxiliaires sur notre site web Bulletin d information sur les cultures fraises Stratégie IPM pour les fraises

Découvrir et agir : l eau, c est la vie! La malle Cantal Eau

La fourmi. Biologie et protection

SAVAIS-TU QUE DANS MA COUR D ÉCOLE...

Résumé du suivi phytosanitaire du canola au Centre-du-Québec de 2009 à 2011

Surligne les phrases si elles sont justes :

Les potagers Neerstalle


Thème sélection génétique des plantes hybridation et génie génétique

DOSSIER DE PRESSE. Organisateur. Contact. Carolina Cardoso life.eu Chargée de communication + 32 (0)

Le compost. Un petit écosystème au jardin

Complexité et auto-organisation chez les insectes sociaux. Complexité et auto-organisation chez les insectes sociaux

2. Les auxiliaires de culture

Séquence 6. Mais ces espèces pour autant ne sont pas identiques et parfois d ailleurs ne se ressemblent pas vraiment.

Les insectes jardiniers

TITRE DE L ACTIVITÉ : Vivre en groupe chez les animaux. DISCIPLINES ET DOMAINES D ACTIVITÉ de la discipline

La lutte intégrée contre les ravageurs de sol en grandes cultures. Geneviève Labrie

ne définition de l arbre.

Projet Fish & Catering Sector (Mise à jour du 13/10/08)

«L énergie la moins chère et la moins polluante est celle qu on ne consomme pas»

INFORMATION GÉNÉTIQUE et REPRODUCTION SEXUÉE

Titre du projet : Contribution à la réhabilitation et à la sauvegarde de

Les Français et la nature

Les principaux thèmes liés à cette cause sont :

DOSSIER DE PRESSE. Centre Beautour la biodiversité en Pays de la Loire Animateur de réseaux et catalyseur de projets de recherche

Chapitre 3 La biodiversité, résultat et étape de l évolution

FAVORISER LA BIODIVERSITÉ DANS LE CIMETIÈRE. Guillaume Larregle (Maison de l Environnement de Seine-et-Marne)

GUIDE. Guide pratique pour la lutte contre les fourmis sur le marché européen. PRATIQUE

Plan de désherbage, plan de gestion différenciée : objectifs et mise en œuvre concrète, quelles sont les actions à mettre en place par les communes?

Qualités nutritives des salades. DOSSIER SPéCIAL BIO F R C magazine FéVRIER 2010 N O 25. Quand la météo s en mêle

Auxiliaires. Vue d ensemble les ravageurs et leurs ennemis naturels

55 Combien d œufs peut pondre une femelle. Punaise se nourrissant d'œufs de doryphore. Combien d œufs peut pondre une femelle d insecte?

BIODIVERSITE - Fiche activité 1. La biodiversité : un monde d interactions

ÉDUCATION Côtes d Armor. Collèges publics. Charte de la restauration collective DIRECTION JEUNESSE PATRIMOINE IMMOBILIER

Bien vivre, dans les limites de notre planète

Applicable à partir de l année d assurance 2014 Assurance récolte Apiculture Section 13,2 - Admissibilité

Jeu de l ingénierie écologique. mémo du joueur

La production de Semences potagères

Une nouvelle écologie des parcs et des jardins

Les futures techniques de lutte contre les punaises de lit Taz Stuart

Petits fruits Bulletin d information No mai 2013 PUNAISE TERNE. Description. Identification

Les vers marins. Deux embranchements représentent les vers marins de nos côtes littorales: les vers plats (plathelminthes) et les vers segmentés

Normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMPs)

CHOU BIOLOGIQUE. Evaluation d aménagements floristiques sur la répartition intra-parcellaire des auxiliaires

CHAPITRE 8 PRODUCTION ALIMENTAIRE ET ENVIRONNEMENT

Nathalie Juteau. Nathalie Juteau CONSEIL D ADMINISTRATION Juillet 2007

La Terre mise en scène

Bibliothèque Royale Albert 1er

SOMMAIRE CYCLE 1. Des jeux tout prêts. Des activités à préparer. Les solutions

Tout au long de l année

Quelques éléments de bibliographie :

En rouge et noir. 4,50 juin n 1326 M BEL : 4,50 FRANCE METRO : 4,50 - ANT/GUY : 5 - REU : 4,50 - BEL : 4,50 - ESP : 3,80

Fiche technique n 1 : le logement construction des boxes.

LA A RESPIRATION CELLULAIRE

Les insectes auxiliaires du jardin Maintenir la biodiversité dans le Grand Lyon

Le rôle des haies dans le maintien et le développement des auxiliaires de culture et les pollinisateurs

Les compensations écologiques sur la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique

Quel sirop choisir pour le nourrissement d hiver.

«Cette action contribue au PNNS». À CHÂTEAU THIERRY

La crise écologique. Perspectives anticapitalistes pour la préservation de la vie sur Terre

Tétranyques à deux points: stratégies de contrôle

Haute-Normandie. Livret jeune public

Les ouvriers du sol et les pratiques agricoles de conservation

Parc naturel régional du Perche Maison du Parc- Courboyer Nocé

LE MONITORING DE LA BIODIVERSITE EN SUISSE. Hervé LETHIER, EMC2I

L EAU POTABLE : COMMENT LA PRÉSERVER Bien que l eau soit une ressource renouvelable, il ne faut pas pour autant la gaspiller. Les Québécois sont les

Les chercheurs volent au secours des abeilles

- Les êtres vivants dans leur environnement, rôle et place des êtres vivants - Lecture de textes documentaires

Projet Pédagogique Conférence interactive HUBERT REEVES Vendredi 13 mars H

Permet plus de souplesse au niveau du raisonnement de la lutte contre les organismes nuisibles

De La Terre Au Soleil

grande simple microscope microscope inventé années biologie = cellule) et (logos de plus en Anglais. Utilise un La microscopie, 1665,

Journal du «Rucher de Félix», Jean. Sébastien. Gros (Mons 83) Rucher «Terre Sauvage» depuis novembre Le mot de L apiculteur : La météo Varoise

Qu est-ce qu un insecte

Traits fonctionnels : concepts et caractérisation exemples des prairies Marie-Laure Navas, Eric Garnier, Cyrille Violle, Equipe ECOPAR

J'Ai TELLEMENT FAiM QUE JE POURRAiS MANGER UN ARBRE!

Antony Subaquatique Commission Bio Vidéo. Les Vers

Ressources pour l école élémentaire

Une espèce exotique envahissante: Le Roseau commun. ou Phragmites australis

7,50 /kg. 5,55 /kg -18 % COCO PAGODE LIGHT. 8,45 /kg. 6,15 /kg -26 % -26 % 100 * et plus BANANES FIGUE ET FIGUE-POMME DU CAMEROUN.

Identification des principaux lépidoptères ravageurs du maïs sucré

Séquence 7. Les relations entre organisation et mode de vie, résultat de l évolution : exemple de la vie fixée chez les plantes à graines.

Comment prouver que les végétaux ont besoin d eau, de minéraux, d air et de lumière pour se développer normalement?

L ÉNERGIE C EST QUOI?

Le miracle du changement LE CYCLE DES METAMORPHOSES

FICHE TECHNIQUE. Méligèthe du colza. Comment le reconnaître? Numéro de commande 1484, Édition pour la Suisse, Dernière actualisation

Transcription:

LA BIODIVERSITÉ EN BELGIQUE Zzzoom sur les abeilles Pour les protéger, il faut apprendre à les connaître! 1

Ce carnet pédagogique a été développé dans le but d apporter aux enseignants et aux élèves de l enseignement secondaire, ainsi qu aux enseignants des autres niveaux scolaires, les informations utiles à la compréhension de l importance des abeilles. Leur présence dans la nature est fondamentale. En tant que principaux agents pollinisateurs, elles jouent un rôle capital dans le maintien et l équilibre de la plupart des écosystèmes. La préservation de nos paysages et la production de nombre de nos aliments, médicaments, fibres textiles... dépendent de leur présence, du maintien de leur diversité et de leur bonne santé. Or, leur diversité et même leur survie sont menacées. Ce carnet a aussi pour objectif d apporter un support pédagogique permettant d aborder les grands thèmes de la biologie tels la classification, l évolution, les adaptations, l écologie et les écosystèmes. Le dernier chapitre invite à développer une attitude citoyenne en prenant part activement à la conservation de la nature. Cet outil est associé au site internet www.vivelesabeilles.be créé dans le cadre de la campagne www.jedonnevieamaplanete.be. De nombreux compléments d information sont disponibles sous forme de brochures, de livres, de sites internet, de vidéos ou encore d articles sur www.vivelesabeilles.be. De plus des fiches de travail à compléter, à observer ou à analyser vont être publiées pour tous les niveaux scolaires et téléchargeables sur ce site. LES ABEILLES SOUS LA LOUPE 3 TABLE DES MATIÈRES LA DIVERSITÉ DES ABEILLES 4 Espèces...4 Modes de vie...5 Habitats...8 Fleurs butinées...9 DES ABEILLES ET DES FLEURS : un bel exemple de coévolution 10 Relation d échanges... 11 Adaptations des abeilles... 11 Adaptations des fleurs...1 3 L évolution conjointe est un facteur de diversité...1 3 LA POLLINISATION 14 Reproduction sexuée des plantes à fleurs... 14 Les abeilles sont les pollinisateurs les plus efficaces... 15 Services écosystémiques... 15 LES ABEILLES : indicateurs et sentinelles de l environnement 17 Pollinisation en péril... Nous sommes tous concernés!... 17 Comment aider les abeilles?... 18

LES ABEILLES SOUS LA LOUPE Ne me regardez pas comme ça! Je suis timide moi! l un corps divisé en 3 parties l 2 paires d ailes l 6 pattes } Les abeilles sont des insectes. Andrena vaga } l 4 ailes membraneuses avec peu de nervures l l aile antérieure est plus grande que l aile postérieure l en vol, les ailes s accrochent l une à l autre grâce à de minuscules crochets 1 1 Les abeilles sont des hyménoptères. l une taille de guêpe l un dard chez les femelles Les abeilles sont des apocrites. Les abeilles sont des aculéates. Niveaux de classification Embranchement : Arthropoda Classe : Insecta Ordre : Hymenoptera Sous-ordre : Apocrita Infra-ordre : Aculeata Super-famille : Apoidea Famille : Andrenidae Genre : Andrena Espèce : Andrena vaga Dard d Apis mellifera. l Les abeilles possèdent une langue adaptée à la récolte du nectar et les femelles sont généralement pourvues d un dispositif de récolte du pollen : elles appartiennent à la super-famille des apoïdes. 3

LA DIVERSITÉ DES ABEILLES DIVERSITÉ DES ESPÈCES Les espèces sont classées dans des genres. Ceux-ci sont répartis dans 6 familles. Les caractères qui distinguent les familles, les genres et les espèces sont : > 20 000 espèces dans le monde! ~ 380 espèces en Belgique! l les nervures et les cellules dessinées sur les ailes, Andrena (Andrenidae) Halictus (Halictidae) Megachile (Megachilidae) Apis (Apidae) l la longueur et la forme de la langue, L abeille mellifère ou abeille domestique Colletes (Colletidae) Andrena (Andrenidae) Megachile (Megachilidae) Bombus (Apidae) (Apis mellifera), c est-à-dire celle élevée l le dispositif de récolte du pollen, par les apiculteurs, appartient aux Apidae, comme les bourdons. Pollen transporté sur pattes postérieures (Colletes cunicularius). Pollen transporté dans «corbeille» (Bombus ruderarius). l la pilosité, la couleur, la ponctuation du corps, la longueur des antennes Pollen transporté sur face ventrale de l abdomen (Megachile ericetorum). En outre, il y a des différences entre les mâles ( ) et les femelles ( ). Les mâles n ont pas d appareil de récolte de pollen et n ont pas de dard. Ils ont un segment de plus aux antennes (13 chez le et 12 chez la ) et sur l abdomen (7 chez le et 6 chez la ). Selon les espèces, le dimorphisme sexuel peut être assez marqué. Les six familles d abeilles sont présentes en Belgique et compte le nombre d espèces suivantes : Apidae (99 espèces), Andrenidae (86 sp.), Halictidae (78 sp.), Megachilidae (74 sp.), Colletidae (34 sp.) et Melittidae (7 sp.). 4

DIVERSITÉ DES MODES DE VIE La plupart des abeilles sont solitaires Solitaire! Sauf pendant un petit moment Cycle de vie type d une abeille solitaire L abeille peut choisir le sexe de sa descendance : un œuf fécondé engendre une abeille femelle, un œuf non fécondé, une abeille mâle. L œuf est pondu, dans une cellule individuelle, sur une réserve de nourriture suffisante pour assurer tout le développement de la larve. La femelle construit seule les nids qui abritent sa descendance avec laquelle elle n aura jamais de contact. Osmia cornuta Les adultes s accouplent, puis n interagissent plus. La croissance se fait en plusieurs étapes car le corps des insectes est protégé par un squelette externe inextensible. La larve mue 4 à 5 fois avant de se transformer en nymphe. La larve mange et grandit. Puis se transforme en nymphe qui se métamorphose en adulte! Certaines abeilles solitaires édifient leurs nids sur un même site, parfois en très grand nombre. Ces rassemblements sont appelés bourgades. Ce ne sont pas des sociétés d abeilles, il n y a aucune interaction entre elles. 5 Grand rassemblement de nids d abeilles terricoles.

Des sociétés organisées Selon les espèces, l organisation sociale atteint différents niveaux de complexité. Les plus primitives adoptent une simple cohabitation entre les individus sans véritable interaction ou partage des tâches; les plus complexes, sont constituées d individus spécialisés présentant des différences morphologiques, anatomiques et physiologiques en fonction de leur rôle au sein de la société. Les bourdons sont des abeilles sociales qui édifient des sociétés annuelles. Une reine fécondée passe l hiver à l abri. Dès la bonne saison, elle cherche un site de nidification et commence, seule, la construction et l approvisionnement du nid. Ses premiers œufs engendrent des ouvrières (femelles stériles) de petite taille (les premières larves ont reçu peu de nourriture vu que la reine est seule et doit tout assumer). Les ouvrières assurent les diverses tâches mais en cas de besoin, la reine peut aider à l approvisionnement. Les mâles (issus d œufs non fécondés) et les femelles fertiles (futures reines) apparaissent quand la colonie est prospère. En fin de saison, les futures reines (femelles fécondées) se préparent à hiverner. Les autres membres de la colonie (les ouvrières, les mâles et l ancienne reine) meurent peu à peu. Parmi toutes les abeilles, c est l organisation sociale de l abeille mellifère (Apis mellifera) qui est la plus complexe (eusocialité). Il y a 3 castes, c est-à-dire 3 catégories d individus qui se distinguent aisément par leur morphologie et leur comportement : la reine 1, seule femelle fertile, engendre tous les membres de la colonie, les mâles 2 dont le rôle principal est de transmettre leurs spermatozoïdes, et les ouvrières 3, femelles stériles, qui assurent les activités de construction, d approvisionnement et de protection du nid. La reine vit plusieurs années: elle est capable d affronter les hivers, entourée des ouvrières hivernantes. Les abeilles mellifères ont des systèmes de communication complexes. Outre les phéromones (messagers olfactifs), elles dansent pour indiquer l emplacement des sources de nourriture. Une société de bourdons compte, selon les espèces, d une centaine à moins de 1000 individus. Une colonie d abeilles mellifères compte en moyenne de 30 000 à 50 000 individus 6

La colonie d abeilles mellifères se compose de trois catégories d individus: UNE REINE 1 seule femelle fertile DES MÂLES 2 3000 de mars à juin DES OUVRIÈRES 3 50 000 en été, 6000 en hiver 15-18 mm 13-16 mm 11-13 mm La reine d Apis mellifera acquiert son stock de spermatozoïdes (transmis par différents mâles) lors de son unique vol nuptial. Elle les conserve dans une poche spéciale, la spermathèque. Abeilles cleptoparasites A l instar du coucou chez les oiseaux, l abeille «coucou» ou cleptoparasite attend qu une abeille ait terminé la confection et l approvisionnement d une cellule pour aller y pondre son œuf et cela sans autorisation bien sûr! L œuf légitime est tué. Un quart des abeilles sont des abeilles coucous. 7

DIVERSITÉ DES HABITATS Les sites de nidification des abeilles sauvages sont très variés : sol, cavité préexistante (nid vide de mammifère, creux dans un arbre, sous un toit ), galerie dans du bois mort (au préalable creusée par un autre insecte), tiges végétales, coquille vide d escargot. Les anfractuosités entre des briques, les nichoirs à insectes installés par l homme, les rigoles d évacuation de l eau d anciens châssis de fenêtre sont également utilisés par certaines espèces. Toutes les larves d abeilles se développent dans une cellule larvaire individuelle, celle-ci pouvant être confectionnée, selon les espèces, avec des matériaux très divers : mélange de sable-argile-salive a, feuilles b ou pétales enroulés, duvet végétal c, mortier végétal d, mélange de résine et de gravier, productions propres aux abeilles e f. a Bouchon occultant le nid d Osmia bicornis. c Anthidium manicatum prélevant du duvet. e b Megachile circumcincta enroulant une feuille. d Osmia caerulescens bouchant le nid. f Les abeilles terricoles 1 construisent leurs nids dans le sol dénudé ou peu couvert de végétaux. Les abeilles rubicoles 2 construisent leurs nids dans des tiges à moelle. Les abeilles caulicoles 3 construisent leurs nids dans des espaces creux souvent en forme de galerie. Les abeilles xylicoles construisent leurs nids dans des galeries du bois. Les abeilles hélicicoles 4 construisent leurs nids dans une coquille d escargot. Un peu de vocabulaire Andrena vaga 1 Ceratina cyanea 2 3 Chelostoma florisomne Osmia bicolor 4 Ouvrière d Apis mellifera sur alvéoles en cire. Cellule larvaire de Colletes hederae. 8

DIVERSITÉ DES FLEURS BUTINÉES Beaucoup d abeilles sont assez généralistes, c està-dire qu elles butinent toutes sortes de fleurs. On les dit polylectiques. Ce sont principalement les abeilles qui ont une longue période d activité (abeille mellifère, bourdons). abeille oligolectique D autres butinent les fleurs appartenant à une seule famille ou un seul genre végétal, on les dit oligolectiques. Les plus fragiles sont les espèces monolectiques, elles ne butinent qu une seule espèce florale. Dasypoda hirtipes ne butine que des Astéracées. abeille monolectique La période d activité est la période pendant laquelle l abeille adulte butine pour se nourrir et pour approvisionner ses larves. Pour les abeilles solitaires, cette période, courte de 3 à 6 semaines, correspond à la période de floraison des fleurs qu elles butinent. Par exemple, les premières abeilles de l année butinent principalement les saules, premières plantes à offrir une abondante floraison. Les femelles de Colletes hederae ne butinent que le lierre (Hedera helix). 9

DES ABEILLES ET DES FLEURS : un bel exemple de coévolution Les abeilles et les fleurs ont débuté leur évolution conjointe il y a plus de 100 millions d années. Au fil du temps, leur rencontre s est transformée en une relation d échanges et de fidélité de laquelle chaque protagoniste tire un bénéfice. Quelle prodigieuse association entre le monde végétal et le monde animal! Une fleur attire un bourdon. Celui-ci a la morphologie et le comportement adaptés à la récolte du pollen et du nectar sur cette fleur, il ne butine que cette espèce. La pollinisation est efficace car le pollen n est pas déposé sur une plante d une autre espèce. Le bourdon, attiré par les mêmes signaux, repère facilement ces fleurs. 10

Le mutualisme est une relation symbiotique au sein de laquelle les deux symbiontes (organismes associés en symbiose) tirent profit de la relation. RELATION D ÉCHANGES (mutualisme) Les fleurs offrent de la nourriture aux abeilles : du pollen et du nectar. En butinant, les abeilles transportent, à leur insu, des grains de pollen d une fleur à l autre. C est ce qu on appelle la pollinisation. Celle-ci est indispensable à la reproduction sexuée des plantes à fleurs (angiospermes). ADAPTATIONS DES ABEILLES Les abeilles se nourrissent de pollen et de nectar. 1 2 BROSSES À POLLEN sur les pattes postérieures Andrena humilis Heriades truncorum Du pollen pour la croissance : le pollen est une source de protéines (il contient des acides aminés), de vitamines et de sels minéraux. Il est la principale nourriture des larves d abeilles. soie barbelée Les abeilles femelles sont pourvues de dispositifs de récolte du pollen. La plupart possèdent des brosses à pollen sur les pattes arrière 1, d autres sur la face ventrale de l abdomen 2. Ces dispositifs sont plus ou moins perfectionnés selon les familles, les genres et les espèces. Les soies (poils) sont barbelées ou plumeuses ce qui augmente l adhérence des grains de pollen. grain de pollen La récolte du pollen, une affaire de femelles! soie barbelée Brosses à pollen sur pattes postérieures d Andrena agilissima. Les mâles de toutes les espèces, les reines d Apis mellifera et toutes les abeilles cleptoparasites ne possèdent pas d appareil de récolte du pollen. 11

Langue très courte chez Colletes hederae. Du nectar pour l apport énergétique : le nectar est un liquide sucré constitué essentiellement de fructose, de glucose et de saccharose. Il est souvent logé au plus profond des corolles (ensemble des pétales). Les abeilles possèdent des pièces buccales spécialisées qui forment une sorte de langue. Cette langue est plus ou moins longue et pointue selon la famille, le genre ou l espèce d abeille. Langue très longue chez Anthophora plumipes. La morphologie des pièces buccales a évolué en même temps que la profondeur et la forme des corolles. La diversité des «langues» d abeilles est liée à la diversité des formes de fleurs. Moi j, ai une langue courte! Ben moi j, en ai une longue! Bombus terrestris 12

ADAPTATIONS DES FLEURS Pour attirer leurs pollinisateurs, les fleurs sont pourvues de signaux visuels tels les couleurs, les formes, les structures, les regroupements et de signaux olfactifs tels des odeurs sucrées, putrides ou imitant des phéromones sexuelles La qualité nutritive et la quantité de nectar, le moment d ouverture de la fleur (jour, crépuscule, nuit) sont aussi en corrélation avec les besoins et les comportements du pollinisateur. Les grains de pollen ont une surface ornementée (épines, creux, motifs ) et souvent collante qui augmente leur adhérence aux soies des abeilles. Genêt à balais (Fabaceae) Cerfeuil sauvage (Apiaceae) Campanule (Campanulaceae) Géranium à feuilles molles (Geraniaceae) Andrena hattorfiana sur Knautia arvensis. Mélitte à feuilles de mélisse (Lamiaceae) Cardère (Dipsacaceae) L ÉVOLUTION CONJOINTE EST UN FACTEUR DE DIVERSITÉ Pollen de Knautia sp. sur Andrena hattorfiana. L ornementation de la surface des grains de pollen est propre à chaque espèce et permet l identification de la plante (palynologie). Les abeilles et les fleurs ont évolué ensemble et se sont adaptées progressivement les unes aux autres. Les adaptations sont un des mécanismes de l évolution. Des mutations apparaissent au hasard et celles qui engendrent des modifications favorables se maintiennent aux générations suivantes. Les individus qui les portent se différencient de leurs «parents» et progressivement de nouvelles espèces apparaissent. Les mutations proposent, la sélection dispose 13

LA POLLINISATION REPRODUCTION SEXUÉE DES PLANTES À FLEURS étamine } anthère filet pétale stigmate style ovaire } pistil Les angiospermes sont les végétaux les plus répandus, avec plus de 270 000 espèces recensées dans le monde. sépale ovules réceptacle Les fleurs sont les organes reproducteurs des angiospermes. Les étamines, organes sexuels mâles, produisent les grains de pollen qui contiennent les cellules sexuelles mâles (gamètes ). Le pistil (il peut y en avoir plusieurs selon l espèce), organe sexuel femelle, produit et protège les cellules sexuelles femelles (gamètes ). Pour qu il y ait reproduction sexuée, un gamète mâle issu d une fleur doit fusionner avec un gamète femelle d une autre fleur de la même espèce. Cette fusion engendre une graine, future plantule. Le pollen doit donc se déplacer d une fleur vers une autre (pollinisation croisée*). Les plantes étant immobiles, elles ont besoin de transporteurs de pollen. pollinisation = transfert du pollen fécondation = fusion des cellules sexuelles = reproduction sexuée * La pollinisation peut s effectuer au sein d un même individu (autopollinisation) mais toutes sortes de systèmes se sont développés pour l éviter. 14 La sexualité permet à 2 individus appartenant à la même espèce de créer un nouvel individu qui est différent de ses frères et sœurs et aussi de ses parents, cet individu recevant une combinaison unique de gènes provenant de ses deux parents. Le brassage génétique se fait lors de la formation des gamètes (méiose). La reproduction sexuée augmente les possibilités de s adapter aux nouvelles conditions du milieu (apparition de nouvelles maladies, changements climatiques )..

Intérêts génétiques et écologiques de la reproduction sexuée Beaucoup de graines sont protégées par des enveloppes comestibles, les fruits. Ceux-ci sont mangés par de nombreux animaux, dispersant ainsi les graines loin de leur lieu d origine. Les fruits sont mieux formés et tiennent mieux sur la plante (ne tombent pas avant d être mûrs) quand ils résultent d une reproduction sexuée. LES ABEILLES SONT LES POLLINISATEURS LES PLUS EFFICACES Les abeilles et leurs larves se nourrissent exclusivement de pollen et de nectar, elles dépendent totalement des fleurs pour leur alimentation. Les abeilles ont une activité de butinage intense. Environ 1000 fleurs sont butinées par une abeille solitaire pour l approvisionnement d une cellule larvaire, un bourdon butine quelque 900 fleurs de trèfles pour faire un plein de pollen. Et le nectar de 20 millions de fleurs est nécessaire pour la production d 1 kg de miel par les ouvrières de l abeille mellifère! La structure des soies d abeilles et celle des grains de pollen augmentent considérablement l efficacité de la pollinisation. Les comportements de butinage des abeilles rendent la pollinisation très performante. Certaines fleurs ne peuvent être pollinisées que par les abeilles qui ont le comportement adéquat permettant au pollen de se libérer. Aussi, plus l abeille est spécialisée, plus rapide est la vitesse de butinage et plus grand sera le nombre de fleurs visitées. SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES Ni l être humain ni la plupart des autres animaux ne pourraient se passer de plantes! Les végétaux, organismes autotrophes, sont capables de synthétiser de la matière organique à partir de gaz carbonique, d eau et de matières minérales grâce à la chlorophylle, pigment qui absorbe l énergie lumineuse. L ensemble de ce processus se nomme la photosynthèse et est à la base de la plupart des écosystèmes terrestres. Ils constituent le premier niveau trophique (sources de nourriture) dont dépendent la plupart des autres êtres vivants : ce sont des producteurs primaires. Les abeilles ne sont pas les seuls transporteurs de pollen. D autres insectes (papillons, syrphes) ainsi que certaines espèces d oiseaux, de chauvessouris et de petits mammifères sont aussi de bons pollinisateurs. Le vent et l eau (rarement) transportent le pollen, mais dans ces cas la pollinisation demande une plus grande production de pollen et est aléatoire. 15

La majorité des plantes que nous cultivons sont des angiospermes. Les productions de fruits, de graines produisant légumes et tubercules, café et cacao, huiles et fibres textiles, agrocarburant, dépendent en grande partie, voire entièrement, de la pollinisation. L élevage des abeilles dans des ruches permet aux hommes, outre de profiter des produits de la ruche, d avoir sous la main un grand nombre de pollinisateurs déplaçables au gré des cultures. Les abeilles mellifères (abeilles qui produisent du miel) pollinisent la quasi-totalité des angiospermes entomophiles que nous cultivons! Les abeilles sauvages jouent elles aussi un rôle important dans la pollinisation des cultures. Certaines espèces butinent par temps plus froid que les abeilles domestiques et leurs comportements de butinage spécialisés augmentent le taux de réussite du transfert de pollen. Qu elles soient sauvages ou élevées dans des ruches, les abeilles sont indispensables à la production d une grande part des cultures. La diversité des abeilles est indissociable de la diversité des plantes à fleurs. 80% des végétaux sont des plantes à fleurs. 80% des plantes à fleurs sont pollinisées par des insectes. 80% des insectes pollinisateurs sont des abeilles. 80% des cultures à l échelle européenne sont directement ou indirectement liées à la pollinisation par les insectes. Les abeilles jouent un rôle capital dans le maintien et la diversité : des plantes à fleurs, des écosystèmes terrestres actuels. Un écosystème est un ensemble d organismes vivants, chacun jouant un rôle et contribuant à l équilibre du système, associé à un environnement physico-chimique spécifique. LES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES SONT LES SERVICES RENDUS PAR LA NATURE. Les services d approvisionnement sont les produits que fournissent les écosystèmes, tels la nourriture, les fibres, les ressources génétiques, les molécules «médicaments». Les services de régulation sont les bienfaits tels la régulation du climat, de l eau, des ravageurs et de certaines maladies. Les services de soutien sont les services nécessaires à la production de tous les autres services fournis par les écosystèmes. Ils comprennent la production primaire par la photosynthèse, la production d oxygène, la formation, la stabilité et la fertilité des sols... Les services culturels sont les bienfaits non matériels que fournissent les écosystèmes par l enrichissement spirituel, l inspiration artistique, les loisirs Le plus souvent, la pollinisation est classée dans les services de régulation. Mais il va de soi qu elle joue un rôle essentiel dans la plupart des produits et services de la biodiversité terrestre. 16

LES ABEILLES : indicateurs et sentinelles de l environnement Apis mellifera L abeille mellifère est un excellent témoin de l état de l environnement. Les colonies sont suivies de près par les apiculteurs : leur état de santé, la composition du miel, les résidus présents dans la cire sont de bons indicateurs du niveau de pollution et donc, de l état de santé de l environnement dans lequel elles vivent. Les abeilles sauvages, quant à elles, selon leur présence et leur abondance, sont les témoins de la préservation de leurs habitats. Les plus spécialisées sont les plus fragiles, il suffit que leurs plantes hôtes disparaissent, pour qu elles disparaissent également. POLLINISATION EN PÉRIL... NOUS SOMMES TOUS CONCERNÉS! Le manque de nourriture (monocultures temporaires, appauvrissement de la flore sauvage ), les maladies (parasites : varroa ; champignons : noséma ) et la raréfaction des sites propices à leur nidification sont des menaces qui pèsent sur les abeilles. Les insecticides, fongicides, engrais et désherbants sont également incriminés dans leur déclin : ils pourraient causer un affaiblissement du système immunitaire, la mort prématurée, la disparition d une colonie entière. Ces agents polluants sont néfastes pour les abeilles et par voie de conséquence, pour nous! Les changements climatiques, les espèces invasives, les ondes électromagnétiques seraient encore d autres facteurs impliqués. Partout dans le monde, nous assistons au dépérissement des abeilles C est un signal d alarme dont nous devons tenir compte. Chacun de nous peut agir à son échelle. 17

Laisser faire la nature. COMMENT AIDER LES ABEILLES? En préservant leurs ressources alimentaires. Pour pallier le manque de nourriture, nous pouvons préserver les biotopes «naturels» existants ou aménager des espaces fleuris, si petits soient-ils. Même si les fleurs sauvages et indigènes sont à privilégier beaucoup d espèces de fleurs cultivées ont également tout leur intérêt. Composer des jardinières attractives. En préservant leurs sites de nidification. Si des abeilles sont présentes au jardin, souvent dans un sol peu enherbé et bien exposé, sur un talus de sable ou dans les interstices d un mur, nous pouvons maintenir ces populations et entretenir le terrain pour éviter que la végétation ne devienne trop envahissante. Les hôtels à insectes ou autres aménagements faciles à mettre en œuvre constituent également des habitats possibles pour remédier au manque de sites propices à la nidification. Semer une prairie feurie. En préservant un environnement sain. Si nous changions notre façon de regarder la nature? Il n y aurait peut-être plus de «mauvaises herbes»... Adaptons nos comportements pour diminuer les émissions des agents polluants. Privilégions la lutte biologique pour préserver nos cultures. Plus d information ainsi que d autres actions en faveur des abeilles sur www.vivelesabeilles.be. 18 Construire un hôtel à insectes.

Rédaction : Isabelle Coppée (Société royale belge d Entomologie). Remerciements : Jean-Philippe Colson, Joëlle Smeets et Salima Kempenaer (SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement), Charlotte Mathelart (stagiaire éco-conseillère), Alain Pauly et Marc Peeters (Institut royal des Sciences naturelles de Belgique). Mise en page et production : Atelier Création Graphique (ACG). Illustrations : Marylise Leclercq, Pierre Mercier & Christine Elinckx. Crédits photos : Nicolas Vereecken, Alain Pauly, Franck Genten, Jean-Philippe Coppée, Thierry Hubin. Date d édition : Décembre 2014. En citant www.vivelesabeilles.be, l utilisation des textes et illustrations de ce cahier est autorisée et même encouragée. Dépôt légal : D/2014/0339/4. ISBN : 9789073242357. Contact : isabelle.coppee@sciencesnaturelles.be ou 02 627 43 21. Éditeur responsable : Camille Pisani, Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, rue Vautier 29, 1000 Bruxelles. Ce cahier peut être commandé gratuitement par e-mail ou par téléphone. Il est également disponible sur www.vivelesabeilles.be > Médiathèque. Ainsi que sur www.jedonnevieamaplanete.be > A l école > Médiathèque. 19

EN COUVERTURE : Apis mellifera - Apidae Bombus ruderarius - Apidae Dasypoda hirtipes - Melittidae Colletes hederae - Colletidae ENGAGEZ-VOUS POUR LES ABEILLES ET LA BIODIVERSITÉ! Andrena hattorfiana - Andrenidae Rendez-vous sur www.vivelesabeilles.be et/ou sur www.jedonnevieamaplanete.be, rubrique «je m engage», et choisissez vos actions. Halictus scabiosae - Halictidae Heriades truncorum - Megachilidae