SAINT-GEORGES-DES-HURTIERES Appellations anciennes: Sanctum Georgium de Urteriis (XIVe s.) Toponymie révolutionnaire: Fer. Altitude: 580 m. Superficie: 1134 ha dont 726 en bois à 5 km d'aiguebelle. Population: 1561 : 1708 ; 1801: 905; 1861 : 1352; 1954 : 353; 1962 : 279; 1968: 286; 1975 : 303; 1982: 272. Situation administrative: Province de Maurienne, mandement d'aiguebelle (1816-1860). Hameaux: Alberus, Bataille, Bochet, Bonfant, Chaisaz, Clavaire, Combes, Côtes-Messy, Fayet, Froide-Fontaine, Guille, Grasset, Grivolet, Lasses, Minières, Pichet, Plan-du-bourg, Plandessus, Pugeat, Reposet, Saint Georges, Touvières, Vernerin, Voûtes. La seigneurie des Hurtières Le castel, dont il ne reste plus rien aujourd'hui avait été édifié au hameau du Bochet, à 900 mètres d'altitude, sa date de construction est sujette à controverses. Au milieu du siècle dernier, l'appareillage d'un mur encore visible (en opus spicatum) sur cinq mètres de haut faisait penser au VIII' siècle. Ce mode de construction est en effet très utilisé du VIII' au X' siècle. C'est donc de cette période qu'il faut.en dater les restes; ces dates correspondent de plus à l'existence d'une puissante famille seigneuriale dans les Hunières bien que son nom n'apparaisse qu'au XIII' siècle. D'après Foray, celle famille était déjà puissante en Maurienne au X, siècle.. à l'égal des sou verains". Dans un acte de 1296, Nantelme d'hurtières, prétend face au comte de Savoie avoir l 'omnimode juridiction sur les terres du fief des Hurtières qui comprenait aussi St-Alban et St-Pierre de Belleville. Au terme de la transaction intervenue, le comte de Savoie abandonnait au seigneur Nantelme toute juridiction et toutes les choses qui se trouvaient dans les confins indiqués par l'acte, sauf les bois noirs existant au sommet de la montagne des Hurtières. Le comte de Savoie ne se réservait que la suzeraineté politique; il abandonnait ses droits sur les mines, droits régaliens par excellence, ce qui fait dire à Foray, que la famille des Hunières relevait primordialement des évêques comtes de Maurienne, donataires des em pereurs d'allemagne et des ducs de Bourgogne et non des comtes de Savoie et avait dominé sur Aiguebelle avant eux. Il semble que, depuis la fin du XIII' siècle (traité de partage entre le comte de Savoie, et l'évêque de Maurienne en 1288), la famille d'hurtières soit une des branches des Miolans-Charbonnières : Aymon l' de Miolans, évêque de Maurienne, prend en effet à cette époque le titre de seigneur des Hurtières. Au XIV' siècle les seigneurs rendent régulièrement hommage au comte de Savoie. Différents liens matrimoniaux ruinent dans les années suivantes l'intégrité du fief. Une partie passe au seigneur de la Ravoire, par l'intermédiaire d'antoinette de Miolans, son épouse. Le 23 février 1479, Anthelme seigneur des Hurtières, donnait en échange à Louis comte de la Chambre, le tiers du fief, puis par deux contrats du 11 mars 1489, Amédée de Miolans, surnommé Aymon, seigneur des Hurtières, sans postérité, vendait à Louis de la Chambre, les droits qu'il avait sur le château et la terre. En 1623, Louise de la Chambre institua son héritier Thomas de Sa voie prince de Carignan qui vendit la baronnie des Hurtières en 1687, à Jean Baptiste Castagneri de Châteauneuf. La terre passa ensuite, après les mésaventures de la famille Castagneri au banquier Marchisio, puis à l'hôpital de Chambéry. 60
En dehors de ces cessions féodales, on connait peu d'éléments se rapportant au château de St-Georges ou à son architecture. Le col du Cu cheron a, en effet été peu emprunté par les armées en campagne; il semble cependant que la guerre avec François l'ait été fatale au château qui fut rasé en 1536 et ne fut jamais rebâti. Pendant la campagne de 1792-1793, St-Georges fut occupé tantôt par les troupes françaises, tantôt par les Sardes. Un engagement assez vif eut lieu le 20 septembre 1793, sur le plateau de la Christine où les Sardes furent défaits. En 1814-1815, la commune fut encore plusieurs fois occupée par les armées alliées. Au chapitre des calamités St-Georges ne fut pas épargné, encore que les torrents se montrèrent ici moins dévastateurs que dans les environs. La peste altint cependant par deux fois la population entre 1349 et 1630, celle de 1349 toucha particulièrement les ouvriers des mines qui payèrent un lourd tribut et fut cause de l'interruption du travail des mines qui malgré des reprises passagères ne retrouva une complète activité que 150 ans plus tard en 1495. Les annales locales gardent aussi la trace de tremblements de terre en 1822 et 1838. Hélas, une des périodes les plus noires de l'histoire locale devait être la fin de la dernière guerre. Le 14 mars 1944, un horrible massacre endeuilla la population ; quelques mois plus tard, à la su ite d'une trahison d'un des membres du maquis les Allemands se livrèrent à de terribles représailles. Une bonne partie du village de St-Georges fut incendié (80 maisons) faisant 174 sinistrés. Dix personnes étaient, en outre passées par les armes. Il y a peu de restes anciens à St-Georges. L'église, qui date du XIII' abrite cependant plusieurs objets intéressants dont plusieurs classés. Un vitrail surtout est à signaler : daté de la fin du XV, siècle ou du début du XVI' il porte un écusson que Foray présume être celui de la famille des Hurtières (barré d'or et de gueule, à la bande de losanges accolés l'un à l'autre) ainsi que des mouettes qui représentent les seigneurs de Ste-Hélène-du-Lac alliés de la famille des Hurtières. On remarque aussi un Christ en croix en bois peint, daté du XVIII' siècle. Au maître-autel, un tableau représentant St-Georges, signé Dufour. La mine L'économie générale de St-Georges fut pendant des siècles conditionnée par l'exploitation de la mine. Aussi l'agriculture et l'élevage sont-ils dans ce pays, des parents pauvres. Le sol d'ailleurs de fertilité moyenne et peu profond ne permettait qu'un rendement assez faible qui consistait en orge, seigle, avoine, vigne (qui absorbait une grande partie du fumier), noix et châtaignes. Il y avait peu de froment et de blé noir. Le cheptel était un des plus maigres de la région. Casalis signale qu'il n'y avait ni chevaux ni mulets. On élevait quelques bovins conduits dans des chalets en été qui, à la fin du siècle, n'étaient possédés que par une dizaine de familles. Les ovins passaient cinq ou six mois de l'année en Haute Maurienne. La commune envisagea bien de favoriser les prairies artificielles, au début du siècle, ce qui augmenta légèrement le nombre de têtes de bétail ou en pratiquant, comme dans les communes voisines le colmatage des bords de l'arc, afin de conquérir de nouveaux terrains communaux. Au début du XIX' siècle, il existait des terrains communaux sur la rive gauche de l'arc, qui furent envahis par les eaux en 1812, à la suite de.ia construction d'une digue pour protéger la route nationale. La question de la mise en valeur de la plaine du Vernay se posait dès lors mais en 1860, elle n'était toujours pas réglée. En 1861, le gouvernement fit préparer un projet de digue 61
au Vernay mais il fut rejeté et les travaux ne commencèrent vraiment qu'à partir de 1886. En 1893 le conseil municipal vota le colmatage des terrains digués du Vernay, mais, faute de ressources, rien ne se fit avant de longues années. L'exploitation des min es à St-Georges d' Hurtières remonte à la plus haute antiquité. Elle est attestée par Pline qui vante la qualité des minerais recelés dans le sous-sol mais il est fort probable que des mines aient été creusées à des époques plus reculées encore. Son importance explique que la majorité de la population se soit livrée à l'extraction du fer ou du cuivre créant ainsi un type de travailleur bien connu en Basse Maurienne, celui du paysan ouvrier. Il est sans doute aussi ancien que l'exploitation de la mine, mais la tradition le fait remonter à l'occupation sarrasine, époque où les habitants auraient obtenu le droit d'exploiter les filons de minerai existant sur la commune. Un usage très ancien était en vigueur pour la possession des mines: dès qu 'un paysan était entré par une galerie et qu'il y avait établi un ouvrage, so n travail constituait une propriété qui se transmettait de père en fils et la propriété cessait au point où il en rencontrait un e autre. Juridiquement la propriété des mines et le droit de les co ncéder alimentèrent d'interminables procès entre la famille des Hurtières, l'évêque de Maurienne, et le pouvo ir comtal puis ducal, qui firent la preuve du lent grignotage des privilèges écclésiastiques par la Maison de Savoie. Pendant plus de 500 ans, des débats opposèrent les évêques de Maurienne aux princes de Savoie; ils ne furent définitivement réglés qu'en 1768, lorsque Mgr. de Martinïana accepta la transaction qui le faisait Prince d'aiguebelle. Paradoxalement, on ne possède aucune trace écrite de l'exploitation des mines de fer, de cuivre ou autre avant le XIV' siècle. A cette date, d'ailleurs, le cuivre semble davantage rec herché. L'extraction est faite par les paysans locaux encadrés par des chefs mineurs appelés maîtres, étrangers à la localité et dont la plupart étaient aussi fondeurs. Les maîtres payaient en nature le seigneuriage des métaux 'entre les mains du receveur du châtelain d'aiguebelle ou un podestat, nommé par le prince, réglemen tait l'exploitation, mais le seigneur local en revendiquait aussi une partie. Une convention signée en 1344 mit fin à ces discussions entre les deux parties, le droit des mines et le seigneuriage étant partagés par moitié entre le Comte et le seigneur. A quand remonte l'extraction du fer? Certainement à la nuit des temps mais la tradition veut que les Sarrasins y aient travaillé comme en bien d'autres points de la vallée. La légende veut aussi que l'épée de Roland, le preux chevalier de Charlemagne ait été forgée en Maurienne avec du minerai de St-Georges. La chanson de Roland au moment où le compagnon de l'empereur s'efforce de briser son épée sans y parvenir, contre les rochers de Roncevaux contient ces mots : "Eh, Durandal que tu es belle et blanche! Comme le soleil, que tu luies et flamboies! Charles était en Val de Maurienne Quand Dieu lui manda par son ange Qu' il te donne à un Comte Capitaine". Au XIII' siècle, l'industrie du fer à St-Georges et dans la région était certainement déjà assez avancée, comme en témoigne la cloche de St-Pierre de Bellevi lle, datée du XIII' siècle, qui est la plus ancienne de France. Elle porte les armes des Templiers et a probablement été fondue sur place. Au XIV' siècle, le fer semble dans la région moins recherché que le cuivre. Au XVI ', l'exploitation reprend active- 62
ment et les lettres patentes de 1566 donnent aux exploitants le droit de faire marquer l'acier provenant des Hurtières de la marque de l'éléphant, qui restera longtemps le signe des fabriques locales. Cependant il semble que la fonte n'était pas faite sur place. Ces produits étaient vendus à des particuliers qui en faisaient le commerce auprès des fabricants de fer de la Savoie, commerce qui existait encore à la fin du XVIlI' siècle. Les mines de fer étaient les plus importantes et occupaient les paysans qui les exploitaient à leur propre compte. Le cuivre était plus recherché par les concessionnaires, mais à la fin du XVIlI' siècle, les filons de ce minerai semblent très appauvris et les travaux portent surtout sur le fer; car on vit même à cette période des filons qui paraissent ne jamais avoir été exploités auparavant. Au début du XIX' siècle, le fer alimentait les fours royaux d'epierre, Randens, Argentine, St-Hélène-des Millières, Bellevaux, Aillon, Giez et St-Hugon. C'est aussi à ce moment, que pour la première fois, le pouvoir central commença à réglementer le droit des mines: les accidents étaient nombreux dans les galeries, et les fouilles complètement anarchiques, compromettant d'ailleurs gravement une exploitation moderne; les protestations furent évidemment vives et nombreuses. Peu à peu l'idée d'une concession unique fit son chemin dans les esprits, plus encore après l'annexion où la commune de St -Georges se porta sur les rangs pour être concessionnaire unique. En 1875, la concession unique fut accordée pour le minerai de fer à la famille Grange qui avait tout fait pour en arriver là : elle était dénommée les Fosses. De 1876 à 1888, la Société Schneider du Creusot, avec laquelle les Grange s'étaient entendus, effectua une exploitation sérieuse et une remise en odre poussée. Elle installa des plans inclinés amenant le minerai du lieu d'exploitation jusqu'aux fours de grillage installés à la Pouille et dont les produits étaient acheminés par fer au Creusot. L'exploitation fut en plein essor jusqu'en 1886 date à laquelle le procédé Thomas commença d'être utilisé en France et la concurrence qu'il exerça ruina l'extraction du minerai des Hurtières. C'est dès lors la fin de celte extraction qui remontait aux époques les plus lointaines. L'arrêt progressif (car il y eut des remises temporaires en exploitation) entraîna une chute vertigineuse de la population locale qui perdit en 1888, les deux-tiers des 1555 habitants qu'elle comptait trente ans plus tôt. Les mines restèrent ouvertes jusque vers 1930 ; les Grange ont vendu récemment leur concession à un sieur Lemoine qui dernièrement, fit faire quelques sondages. L'exploitation du cuivre est tout aussi ancienne que celle du fer; On peut même se demander si les filons ne faisaient pas partie de ces m.ines du pays des Ceutrons si riches en cuivre que leur concurrence fit baisser le prix du métal de Chypre où s'approvisionnaient les Romains. L'extraction en est attestée pour la première fois en 1338 seulement où l'on sortait à St-Georges 73 tonnes de rosette annuellement, chiffre considérable pour l'époque. Au XVII' siècle, la famille de Castagneri ayant acquis les droits sur les mines et devenue seigneur des Hunières, fondait le cuivre de St-Georges de 1696 à 1709, à Argentine. Elle en tirait en moyenne 14400 kgs de rosette par an. Vers 1740, le fief des Hurtières est accensé avec les mines à Jacques Didier, trésorier de Tarentaise, il rechercha surtout le cuivre qu'il fondait toujours à Argentine. A la veille de la Révolution, on retirait de St-Georges 36 750 kgs de rosette de cuivre qui était cette fois travaillés à Randens, dans la fabrique aménagée en 1782 par la société d'hurtières où le minerai était transporté brut et seulement grillé. Vers 1860, celte industrie représentait d'après Barbier, peu de choses et le 63
Les mines de cuivre de Sainl Georges en 1922.