Métiers techniques en pénurie

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Transcription:

Chaire laborh en Management Humain et Transformations du Travail Rapport de recherche, vol. 1 (4), 2013 Métiers techniques en pénurie Rapport global décembre 2011 NILS, F., LÉONARD, E. & MASSON, C. Université catholique de Louvain Institut des Sciences du travail & Louvain School of Management Research Institute

Ce rapport de recherche a été réalisé dans le cadre de la Chaire laborh, financée par AXA, Belgacom, HeidelbergCement, Infrabel, STIB et UCL, avec le soutien de la Fondation Louvain et sous la coordination académique du Pr Laurent Taskin. La Chaire UCL laborh en «Management Humain et Transformations du Travail» a pour ambition de constituer un centre d expertise dédié au domaine de la gestion des personnes en milieu de travail, au sein de l Université. Située à l Institut des Sciences du Travail, elle est aussi le fruit d une collaboration avec l institut de recherche ILSM (Louvain School of Management). www.uclouvain.be/laborh Référence à citer/to quote as follows : Nils, F., Léonard, E. et Masson, C. (2011) Métiers techniques en pénurie. ILSM-Rapport de recherche RH-Entreprises, vol. 1 (4), 62p

Table des matières EXECUTIVE SUMMARY... 3 INTRODUCTION... 5 1. COMPRENDRE LES CHOIX D ORIENTATION DES JEUNES... 7 Comment le lien potentiel avec un métier se définit-il? Quels sont les paramètres qui entrent en compte dans le choix des jeunes? Qui oriente les jeunes? Comment les acteurs de l orientation agissent-ils? Quelle est l importance perçue des débouchés? 2. REVALORISER LES FILIERES QUALIFIANTES EN BELGIQUE... 17 a) Les actions au niveau institutionnel b) Les organismes régionaux de l emploi et de la formation c) La validation des compétences d) Quelles autres pistes pour la valorisation de l enseignement qualifiant? 3. LE CAS DE L ALLEMAGNE... 25 La formation aux métiers techniques en Allemagne 4. LE ROLE DES SECTEURS ET DES ENTREPRISES... 28 a) Pistes pour les secteurs b) Pistes pour les entreprises c) Communication d entreprise d) Partenariats école-entreprise 1) Principes conducteurs des partenariats 2) Activités possibles dans les partenariats 3) Efficacité des partenariats 4) Difficultés des partenariats 5) Avec qui entreprendre ces partenariats? 5. PARTENARIATS MULTIPLES : LES CENTRES D EXCELLENCE... 44 CONCLUSION... 47 BIBLIOGRAPHIE... 49 ANNEXES :... 53

Executive summary Ce rapport de recherche répond à plusieurs questions posées par les entreprises dans le cadre de la pénurie des métiers techniques. Ces questions étaient les suivantes : Que sait-on des pénuries et de l attractivité des métiers techniques couverts par l étude? Comment les acteurs concernés peuvent-ils mieux faire connaître les métiers techniques aux jeunes? Quelles sont les formes de partenariats entre école et entreprise, en Belgique et dans certains pays étrangers et comment fonctionnent-ils? Quelle est l autonomie des écoles techniques dans le cadre de partenariats avec les entreprises ou le secteur public? Comment faire en sorte que le contenu des programmes de formation dans l enseignement secondaire technique et professionnel corresponde davantage aux besoins des entreprises? Quels sont les outils de certification des qualifications pour ces métiers? Quelles sont les démarches prévisionnelles possibles pour anticiper les besoins en renouvellement du personnel dans les métiers techniques? Quel serait un modèle de démarche opérationnelle à l usage d une direction des ressources humaines en vue d anticiper la gestion de ces métiers techniques? Pour répondre à ces questions, le rapport se penche tout d abord sur la problématique de la désaffection (ou du manque d affection) pour les filières techniques dans l enseignement, avec notamment la question des choix d orientation opérés par les jeunes. Une distinction est faite entre les pénuries quantitatives (il y a trop peu de personnes engagées dans la filière), les pénuries qualitatives (les personnes engagées sont insuffisamment qualifiées) et les pénuries liées aux conditions de travail. L orientation des jeunes vers des filières plus prisées pose la question du rôle des conseillers d orientation (partenaires importants) et de la revalorisation des filières qualifiantes de l enseignement et des métiers auxquels elles mènent. A ce sujet, le rapport établit d'abord un inventaire de l existant en matière d orientation scolaire et professionnelle et de revalorisation des filières et des métiers techniques, puis se centre sur les possibilités d actions et d améliorations, en observant notamment la manière dont la problématique est traitée à l étranger et le rôle que peuvent jouer les entreprises, et enfin, envisage des outils et des pistes concrètes pour agir au sein des entreprises et en lien avec les écoles et les opérateurs de formation. L analyse de l existant a mis l accent sur le cadre institutionnel dans lequel il faut situer cette problématique. Outre le constat des difficultés pour les entreprises de recruter de la main d œuvre qualifiée et pour les jeunes de s engager dans ces filières, plusieurs initiatives ont d ores et déjà été prises par les institutions publiques telles que les communautés et les régions : La Fédération Wallonie Bruxelles octroie notamment des incitants pour créer ou maintenir les options en tension Elle a contribué à la création d un fond d équipement pour les écoles techniques Elle planche actuellement sur un projet de réglementation des stages en entreprise pour l enseignement secondaire. Il n existe actuellement aucun cadre légal autour des

pratiques de stage. Les écoles et les entreprises sont donc libre d établir elles-mêmes les conventions de stage qui les lient. Les organismes régionaux de l emploi et de la formation, notamment les comités subrégionaux, en soutenant et en initiant des projets de partenariats, contribuent grandement à la revalorisation des métiers de l industrie. Des organismes de validation et de certification des compétences ont vu le jour ces dernières années, tant en Flandre qu en Wallonie, pour tenter de rapprocher le public le plus éloigné de la formation et de l emploi. L analyse du possible s est axée sur le rôle que peuvent jouer les entreprises et sur les actions qu il est possible d entreprendre pour réduire la pénurie des métiers techniques. Deux pistes importantes sont la communication des entreprises sur les métiers concernés et les partenariats avec les écoles et les autres opérateurs de formation. En effet, faute de moyens, l écart ne cesse de se creuser entre la formation dans les écoles techniques et la réalité des métiers de l industrie. Cet écart semble être une des causes principales de la désaffection du secteur par les jeunes. Les partenariats semblent donc être une voie privilégiée pour réduire cet écart. Le rapport s appuie notamment sur le cas de l Allemagne, souvent citée en exemple pour la qualité de son industrie et la solidité de son économie. Des entretiens ont notamment été réalisés avec des directeurs de ressources humaines et des étudiants issus des filières techniques pour tenter de comprendre leur perception et leur image de ces filières. Il énumère les bonnes pratiques en termes de partenariats (relevées, entre autre, au Québec). Cinq catégories de pratiques ont été relevées : Les actions d information et d animation Les actions de formation des élèves Les actions de formation des enseignants Les structures de collaboration Les autres activités de collaboration Il traite également de l efficacité de ces partenariats et des dispositifs qui peuvent être mis en place. Le rapport fournit aussi des outils pratiques afin de faciliter l initiative et la mise en place des projets qui ont été exposés. Il contient, notamment : Une grille d évaluation de la qualité des partenariats Une liste des partenaires potentiels qui ne se limite pas à la seule démarche d accueil des stagiaires Un répertoire de l ensemble des opérateurs de formation en Belgique Un répertoire de l ensemble des opérateurs d orientation en Belgique Enfin, un exemple de partenariats multiples, réalisé en Belgique et couronné de succès est exposé à la fin du rapport. Les centres d excellence voient aujourd hui le jour en Wallonie comme en Flandre. Ils sont le prototype d une collaboration fructueuse entre les entreprises,

les écoles, les universités et les pouvoirs publics, le tout au service de la formation, de l emploi et du développement économique local.