Passionné de nature, Joe Sayegh est bien connu des antiquaires, des décorateurs et des architectes d intérieur pour les pièces spectaculaires qu il chine ou crée depuis trente-cinq ans. Ainsi que pour les matériaux nobles, parquets et dallages amoureusement vieillis qu il propose sous sa marque SDA Décoration. La collection Joe Sayegh Aujourd hui, c est en pleine lumière, sous son propre nom, que Joe Sayegh lance sa nouvelle marque. Mêlant bois, verre soufflé et autres matériaux naturels comme le galet, ses créations combinent puissance et délicatesse. Déclinées en mobilier design, tables monumentales, art floral, art de la table et même en revêtements muraux, toutes apportent dans nos maisons un peu de la force tellurique de ces forêts d Asie du sud-est qu il affectionne tant. Car c est en ayant le coup de foudre pour les forêts tropicales de Java, et en imaginant donner une seconde vie au bois dédaigné par l industrie (chutes, branches et racines monumentales de teck ; acacias en fin de vie) que Joe Sayegh a imaginé ses créations. Toutes sont des pièces uniques car chaque bois a une histoire unique.
DU BOIS DONT LES RÊVES SONT FAITS... Quelles sont vos perspectives? Nous sommes déjà plébiscités par les hôtels de luxe, les casinos et les grands restaurants. Après avoir signé la décoration de l hôtel et du musée Chaplin, à Vevey, en Suisse, nous sommes actuellement en pourparlers avec plusieurs groupes d hôtellerie prestigieux. Mais aujourd hui, nous souhaitons aussi nous adresser aux particuliers, d où notre stratégie de développement de la vente au détail, à travers des boutiques en nom propre et des corners dans les grands magasins parisiens. On y trouvera des objets de 5 à 200 euros ; de la cuiller en bois au vase ou à la carafe. Mon vœu ultime? Être distribué chez Harrod s, à Londres, un rêve de gosse! Joe Sayegh, quel est votre parcours? Il est atypique. C est celui d un autodidacte. Mes parents étaient antiquaires. À l âge de 9 ans, j achetais ma première commode XVIII ème, et à 14 ans, je quittais l école. Je n ai fait ensuite que travailler dans l antiquité, en tant que grossiste pour de grands marchands, et dans le milieu de l art. Avec l accord du Musée Rodin à Paris, j ai par exemple réédité Le Penseur de Rodin à la taille monumentale, à 25 exemplaires numérotés! Mais comment passe-t-on du métier de marchand d art à celui de marchand de bois ou de pierre? Au fil du temps, de mes expériences et de mes voyages, j ai affûté mon regard, affiné mon goût des formes et des matériaux. Je me suis ainsi intéressé aux parquets personne, il y a 20 ans, ne les fabriquait en très grandes largeurs puis au dallage et aux revêtements muraux en pierre. Dans les deux cas, comme je ne trouvais pas sur le marché de beaux matériaux vieillis à l ancienne, comme je les aime, je me suis mis à les fabriquer moimême. Avec une particularité forte car je suis daltonien. C est ainsi que j ai créé, à ma façon, des couleurs, des rendus et des nuances uniques en leur genre. Et quel a été le déclic qui vous a mené à la création d objets? Il y a une quinzaine d années, j ai découvert à Java, en Indonésie, des forêts tropicales extraordinaires. Or chacun sait qu en Asie du sud-est, l industrie du bois détruit les forêts vierges. Je me suis dit qu il fallait penser autrement. Arrêter de déforester et plutôt imaginer quelque chose à partir de ce bois qui restait inexploité, arbres en fin de vie ou éléments mis au rebut, comme les racines, les branches, l extrémité des troncs, ce qu on appelle «les queues de cochon». J ai pensé que ces formes inouïes, tarabiscotées, méritaient une seconde vie. Comment s est mise en route cette nouvelle activité? Avec mon associé indonésien, Suharto Bambang Wijonarko, nous avons pris le temps de trouver de bons artisans capables de transformer le bois. Pour ma part, créateur dans l âme, je me suis chargé de la partie conception et design. Avec Suharto, nous avons installé notre atelier à Situbondo, au nord est de Java. Je m y rends six à huit fois dans l année. Tous nos objets sont fabriqués là-bas, sauf les finitions, qui sont effectuées dans mon atelier des Yvelines. Et aujourd hui, après SDA, vous lancez donc ces objets sous votre nom Oui, j ai eu envie d être plus visible. La marque Joe Sayegh représentera les créations de mobilier design et de tables monumentales ainsi que l art de la table et l art floral. La collection sera disponible en juin dans mon premier magasin à Paris. Elle se veut intemporelle, mais évoluera au fil de mon inspiration. Une aventure humaine L aventure «Joe Sayegh» porte en elle une dimension éco-responsable qui s est doublée, au fil du temps, d un engagement social. Joe Sayegh et Suharto Bambang Wijonarko ont en effet, par leurs choix stratégiques et leur implication, contribué à l amélioration de la qualité de vie de leurs 80 employés et de leurs familles. Après la construction de logements à Situbondo, ils ont bâti il y a six ans, avec l aide du gouvernement indonésien, une école pour les enfants présents sur le site, et y ont fait venir des professeurs de Jakarta. «Je ne supporterais pas de me rendre dans un pays uniquement pour en exploiter les ressources, affirme Joe Sayegh. J ai besoin de travailler en bonne intelligence avec les habitants, et pour cela, il faut que tout le monde soit content. Pour moi, la dimension humaine de cette aventure est aussi un très fort vecteur de satisfaction personnelle».
Un matériau noble : le bois Le bois exotique a cette particularité qu une fois sec, il ne «travaille» plus. Joe Sayegh utilise deux essences : l acacia, pour ses tables monumentales, et le teck, pour l art de la table. L acacia est récolté en fin de vie sur l île de Java, puis mis à sécher naturellement quelques années, comme on laisse vieillir un bon vin, avant d être commercialisé. Les éléments de teck, eux, proviennent de l île voisine de Bornéo. Valeurs de la marque Authenticité «Tout ce que je crée, c est moi. Je fais avant tout ce que j aime. C est ce que j ai toujours fait dans la vie, et cela ne m a pas trop mal réussi jusqu à présent, alors je continue!» Savoir-faire «Nos ouvriers sont incroyablement doués, ils ont de l or dans les mains. Tout ça sans matériel sophistiqué : nous leur avons acheté des machines. Ils ne s en servent pas». Qualité «La beauté d un bois exotique, d une pièce unique prélevée presque telle quelle dans la nature, n est -ce pas cela le vrai luxe? Je dis «presque» car il ne faut pas s y tromper, tout est retravaillé!» Vertu «Donner une seconde vie au bois, c est merveilleux. Transformer ces pièces et les apporter chez tout le monde, c est le couronnement de ce que j entreprends depuis 15 ans à Java. Et parce que nous maîtrisons toute la chaîne, de la production à la distribution, nous sommes en mesure de proposer des prix très étudiés».
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