Etudes et travaux de l ORDCS Victimation et sentiment d insécurité dans une petite ville de l agglomération marseillaise Laurent MUCCHIELLI, Emilie RAQUET, Claire SALADINO Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux N 7 - Juillet 2013 Résumé : Dans le cadre d un Diagnostic local de sécurité demandé par la ville, l équipe de recherche de l ORDCS a réalisé notamment une enquête en population générale sur la victimation et le sentiment d insécurité. L enquête met en évidence une hiérarchie des victimations inversement proportionnelle à la gravité des faits, ce qui recoupe en bonne partie les résultats des enquêtes nationales. La première victimation regroupe les violences verbales. Suivent les vols, tentatives de vols et dégradations qui concernent les véhicules. Puis viennent les cambriolages. Les violences physiques sont très rares. Les violences sexuelles sont inexistantes dans l enquête (mais l on sait qu elles sont plus difficiles à déclarer même anonymement). A la demande de la ville, l enquête a également interrogé les habitants sur les éventuelles discriminations subies. De fait, ces dernières s avèrent constituer le deuxième type le plus fréquent de victimation. Pour le reste, l analyse du profil des victimes ne peut pas être véritablement développée faute d effectifs suffisants. L enquête analyse ensuite les opinions sur la sécurité à l échelle locale ainsi que les peurs personnelles, qui s avèrent très peu répandues. De façon innovante, l enquête interroge enfin les habitants sur les politiques publiques qu il faudrait selon eux conduire en priorité. Loin de privilégier la vidéoprotection, les habitants estiment qu il faudrait d abord lutter contre l échec scolaire, développer la prévention auprès des jeunes et recruter davantage de policiers. Mots-clés : Victimation - Sentiment d insécurité - Violence verbale - Discrimination - Dégradation - Vol - Cambriolage - Politique de prévention et de sécurité Sommaire : Introduction Page 1 Portrait de la commune Page 2 Profils des enquêtés Page 10 Victimation et hiérarchie des victimations Page 17 Profils des victimes Page 26 Opinions et sentiment d insécurité Page 29 Conclusion Page 35
Introduction La ville de Septèmes-les-Vallons a demandé à l Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux (ORDCS) de réaliser un Diagnostic local de sécurité. Ce diagnostic a été conduit tout au long de l année 2012. Il a consisté fondamentalement d une part dans un travail de terrain, à la rencontre notamment de différents partenaires du Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD), d autre part dans la réalisation d une enquête statistique en population générale, en l espèce d une enquête locale sur la victimation et le sentiment d insécurité. Enfin, nous avons bien entendu recueilli les données quantitatives et les analyses qualitatives des forces de police. Mais cette dernière partie, qui est l'essentiel des diagnostics que fournissent les cabinets privés (à coups de jolis "camemberts" en couleur remplissant des pages entières), ne sera pour nous qu'un premier chapitre. Les institutions pénales (police et justice) ont en effet de grandes difficultés à saisir ce qui est l'essentiel des problèmes et/ou des peurs des habitants, à savoir non pas la grande délinquance mais au contraire la plus petite, ce que l'on appelle généralement les "incivilités". C'est pourquoi un diagnostic digne de ce nom ne devrait pas pouvoir se contenter (ni même consacrer l'essentiel de son énergie) des données pénales. Il doit nécessairement compléter ces données par l'interrogation des habitants et des professionnels de terrain eux-mêmes. Et, pour ce faire, il n'y a que deux moyens : l'enquête sur échantillon représentatif d'une part, le travail de terrain d'autre part. Nous présentons ici les résultats de l enquête sur la victimation et le sentiment d insécurité. 1 L'objectif de cette enquête est notamment de connaître les faits de délinquance dont les ménages et leurs membres ont pu être victimes même s ils n en ont pas informé les autorités, d identifier les principaux facteurs statistiques de la victimation et des profils des victimes, d interroger aussi les relations (ou l absence de relations) entre l expérience réelle de la victimation et le sentiment d insécurité, en distinguant sous ce vocable d une part les opinions sur la sécurité et d autre part les peurs personnelles 1. Le questionnaire utilisé s inspire largement de celui des enquêtes réalisées en région parisienne par l Institut d Aménagement et d Urbanisme de la région Ile-de-France et, plus largement, de la méthodologie de ces enquêtes introduites et perfectionnées en France par les chercheurs du CESDIP 2. L ORDCS a cependant retravaillé ce questionnaire en simplifiant certaines questions et en introduisant de nouveaux items tant sur la victimation que sur les opinions sur la sécurité. Enfin, à la demande de la commune de Septèmes-les- Vallons, l ORDCS a ajouté au questionnaire un volet sur les discriminations, en les considérant comme un genre de victimation parmi d autres. Nous verrons que cette demande s est avérée judicieuse et riche d enseignements. 1 Sur la mesure de la délinquance et la méthodologie de ces enquêtes, voir L. Mucchielli, «Les techniques et les enjeux de la mesure de la délinquance», Savoir-Agir, 2010, 1, p. 93-101 ; ainsi que Ph. Robert, R. Zauberman, Mesurer la délinquance, Paris, Presses de Sciences-Po, 2011. 2 Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales, (UMR 8183, CNRS, Université de Versailles Saint-Quentin et ministère de la Justice).
Portrait de la Commune 1. Structure de la population 1) La population et son évolution entre 1999 et 2009 Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Population 1999 10 207 1 835 407 4 506 253 58 520 688 Population 2009 10 590 1 967 299 4 889 053 62 465 709 Variation annuelle de la population +0,4 % +0,7 % +0,8 % +0,7 % Source : INSEE, RP1999 et RP2009 exploitations principales Constat : ces dix dernières années, la population de Septèmes-les-Vallons a augmenté moins vite que celles des Bouches-du-Rhône, de la région PACA et de la France métropolitaine. Commentaire : dans l ensemble on peut considérer que la population de la commune est particulièrement stable et ceci constitue une force du point de vue du risque de délinquance. 2) Densité moyenne en 1999 et en 2009 (nombre d habitants au kilomètre carré) Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Densité 1999 572,1 360,8 143,5 107,6 2 Densité 2009 593,6 386,7 155,7 114,8 Source : INSEE, RP1999 et RP2009 exploitations principales Constat : une population beaucoup plus dense à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA et de la France métropolitaine. Commentaire : Septèmes-les-Vallons est une commune à forte densité urbaine. Cette densité étant par ailleurs un facteur généralement associé à la délinquance, on peut déjà prévoir que les niveaux enregistrés sur la commune seront supérieurs aux moyennes nationales et régionales sans que cela ait de signification particulière. 3) Répartition de la population par groupe d âges Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Moins de 15 ans 18,3% 17,8% 17,1% 18,3% 15-24 ans 10,4% 13,2% 11,9% 12,4% 25-59 ans 45,5% 45,9% 45,1% 46,7% 60 ans ou plus 25,9% 23,1% 25,8% 22,6% Ensemble (n=10 590) (n= 1 967 299) (n=4 889 053) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale (n=62 465 709)
Constat : la commune de Septèmes-les-Vallons compte davantage de personnes âgées de moins de 15 ans et de 60 ans ou plus que les Bouches-du-Rhône. Commentaire : la faiblesse relative des 15-24 ans constitue a priori un avantage pour la commune du point de vue de la délinquance (du moins des types de délinquance étudiés dans cette enquête). La force relative des plus de 60 ans constitue a priori une faiblesse du point de vue du sentiment d insécurité. Enfin, la force du poids des moins de 15 ans souligne la nécessité d anticiper l avenir. 2. Ménage et famille 4) Taille moyenne des ménages Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Nombre de ménages 4 344 842 825 2 146 972 26 865 984 dont ménages avec famille(s) 3 003 529 697 1 344 874 17 099 527 Taille moyenne des ménages 2,4 personnes 2,3 personnes 2,2 personnes 2,3 personnes Source : INSEE, RRP2009 exploitation complémentaire Constat : la taille moyenne des ménages est un peu plus élevée à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. Définition : Une famille est la partie d'un ménage comprenant au moins deux personnes et constituée soit d'un couple (formé de deux personnes de sexe différent, mariées ou non), avec le cas échéant son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage, soit d'un adulte avec son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage (famille monoparentale). Un ménage peut comprendre zéro, une ou plusieurs familles. 3 5) Répartition des ménages selon leur composition Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Personne seule 28,1 % 34,1 % 34,5 % 33,7 % Couple sans enfant 29,2 % 24,8 % 26,9 % 27,1 % Couple avec enfant(s) 29,0 % 27,0 % 25,8 % 27,9 % Famille monoparentale 11,0 % 11,1 % 9,9 % 8,6 % Autre 2,7 % 3,1 % 2,8 % 2,6 % Ensemble (n=4 344) (n=842 825) Source : INSEE, RRP2009 exploitation complémentaire (n=2 146 972) (n=26 865 984) Constat : moins de personnes seules et davantage de couples (avec ou sans enfant) à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine.
6) Répartition des familles selon le nombre d enfants âgés de moins de 25 ans Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Aucun enfant 50,5 % 45,8 % 48,6 % 48,1 % 1 enfant 22,1 % 24,5 % 23,8 % 22,3 % 2 enfants 17,9 % 20,5 % 19,5 % 20,1 % 3 enfants 6,4 % 6,7 % 6,1 % 7,2 % 4 enfants ou plus 3,2 % 2,5 % 2,0 % 2,3 % Ensemble (n=3 040) (n=535 183) Source : INSEE, RRP2009 exploitation complémentaire (n=1 358 319) (n=17 225 895) Constat : davantage de familles sans enfant et de familles nombreuses (4 enfants ou plus) à Septèmes-les- Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. 7) Taille moyenne des familles selon la nationalité de la personne de référence Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône Famille dont la personne de référence est française PACA France métropolitaine Aucun enfant 50,5% 46,4% 49,3% 48,8% 4 1 enfant 22,5% 24,6% 23,8% 22,2% 2 enfants 18,3% 20,5% 19,5% 20,1% 3 enfants 5,9% 6,3% 5,8% 6,9% 4 enfants ou plus 2,8% 2,1% 1,7% 2,0% Ensemble (n=2 878) (n=502 573) (n=1 264 730) Famille dont la personne de référence est de nationalité étrangère (n=16 076 334) Aucun enfant 49,5% 35,4% 39,4% 38,8% 1 enfant 15,4% 23,4% 23,3% 23,3% 2 enfants 11,1% 20,2% 19,7% 20,6% 3 enfants 14,6% 12,7% 10,9% 10,9% 4 enfants ou plus 9,4% 8,2% 6,6% 6,3% Ensemble (n=162) (n=32 610) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale (n=93 589) (n=1 146 590) Constat : comme pour les familles en général, il y a davantage de familles sans enfant et de familles nombreuses (4 enfants ou plus) à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine quelle que soit la nationalité de la personne de référence.
3. Diplôme 8) Répartition des 15 ans ou plus non scolarisé selon le diplôme le plus élevé obtenu Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Aucun diplôme 24,4 % 21,1 % 19,3 % 18,3 % Certificat d études primaires 9,7 % 8,7 % 9,8 % 11,1 % BEPC, brevet des collèges 6,1 % 6,6 % 7,4 % 6,3 % CAP ou BEP 26,5 % 21,0 % 21,9 % 24,0 % Baccalauréat ou brevet professionnel Diplôme de l enseignement supérieur court (bac +2) Diplôme de l enseignement supérieur long (supérieur à bac +2) Ensemble 16,5 % 16,2 % 17,1 % 15,9 % 10,0 % 12,0 % 11,6 % 11,8 % 6,9 % 14,4 % 13,0 % 12,7 % (n=7 900) (n=1 416 325) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale (n=3 623 428) (n=45 329 996) 5 Constat : il y a moins de diplômés de l enseignement supérieur à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouchesdu-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. Il y a a contrario une proportion supérieure de personnes sans aucun diplôme, particulièrement chez les personnes de plus de 60 ans. Commentaire : la faiblesse du niveau scolaire constitue a priori un désavantage pour la commune du point de vue du risque de délinquance. Il faudrait toutefois croiser ceci avec des données scolaires pour le préciser. 4. Nationalité et immigration 9) Répartition de la population selon la nationalité Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Français 95,8 % 94,3 % 93,7 % 94,1 % Etrangers 4,2 % 5,7 % 6,3 % 5,9 % Ensemble (n=10 590) (n= 1 967 299) (n=4 889 053) (n=62 465 709) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale Constat : il y a proportionnellement moins d étrangers à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du- Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. Commentaire : ceci renforce en un sens le constat de stabilité de la population.
10) Répartition de la population selon la situation face à l immigration Septèmesles-Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Immigrés 7,7 % 9,8 % 9,9 % 8,5 % Non immigrés 92,3 % 90,2 % 90,1 % 91,5 % Ensemble (n=10 590) (n= 1 967 299) (n=4 889 053) (n=62 465 709) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale Constat : il y a moins de personnes immigrées à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. Définition : un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. À l'inverse, certains immigrés ont pu devenir français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement : un immigré n'est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d'immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition. 5. Emploi 11) Taux de chômage au sens du recensement par groupe d âges 6 Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine 15-19 ans 30,5 % 31,6 % 29,6 % 28,3 % 20-24 ans 27,6 % 26,1 % 24,8 % 22,2 % 25-39 ans 12,8 % 14,9 % 13,8 % 11,7 % 40-54 ans 12,6 % 10,7 % 9,6 % 8,0 % 55-64 ans 6,2 % 9,8 % 9,7 % 8,3 % 65 ans ou plus 0,0 % 5,6 % 5,6 % 5,4 % Ensemble 13,7 % 14,0 % 12,9 % 11,2 % Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale Constat : il y a davantage de chômage au sens du recensement à Septèmes-les-Vallons et dans les Bouchesdu-Rhône, la région PACA et la France métropolitaine. Commentaire : ceci constitue une fragilité du point du vue du risque de délinquance, comme par ailleurs de quantité d autres risques concernant par exemple la santé des personnes frappées par le chômage ou vivant dans une famille dont au moins l un des parents est frappé par le chômage. Définition : Les chômeurs au sens du recensement de la population sont les personnes (de 15 ans ou plus) qui se sont déclarées chômeurs (inscrits ou non à Pôle Emploi) sauf si elles ont, en outre, déclaré explicitement ne pas rechercher de travail ; et d autre part les personnes (âgées de 15 ans ou plus) qui ne se sont déclarées spontanément ni en emploi, ni en chômage, mais qui ont néanmoins déclaré rechercher un emploi. Le taux de chômage est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs).
12) Répartition de la population de 15 ans ou plus selon la catégorie socioprofessionnelle Septèmes-les- Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Agriculteurs exploitants 0,0 % 0,3 % 0,5 % 1,0 % Artisans, commerçants, chefs d'entreprise Cadres et professions intellectuelles supérieures 3,4 % 3,4 % 4,1 % 3,3 % 4,9 % 8,6 % 7,5 % 8,7 % Professions intermédiaires 14,4 % 14,1 % 13,3 % 13,9 % Employés 17,1 % 16,7 % 17,0 % 16,6 % Ouvriers 12,7 % 10,5 % 10,6 % 13,5 % Retraités 28,5% 25,1 % 28,1 % 26,2 % Autres personnes sans activité professionnelle Ensemble 18,9 % 21,4 % 18,8 % 16,9 % (n=8 661) (n= 1 616 487) Source : INSEE, RRP2009 exploitation complémentaire (n=4 049 575) (n=51 013 770) Constat : il y a moins de cadres et professions intellectuelles supérieures à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. 13) Répartition des actifs de 15 ans ou plus ayant un emploi selon le lieu de travail 7 Septèmesles-Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Travaillent dans la commune de résidence 19,4 % 58,0 % 51,2 % 34,7 % Travaillent dans une autre commune que la commune de résidence 80,6 % 42,0 % 48,8 % 65,3 % situé dans le département de résidence 78,9 % 37,4 % 40,8 % 47,5 % situé dans un autre département de la région de résidence situé dans une autre région en France métropolitaine situé dans une autre région hors de la France métropolitaine Ensemble 0,8 % 2,7 % 4,4 % 13,0 % 0,9 % 1,8 % 2,0 % 3,5 % 0,1 % 0,1 % 1,5 % 1,4 % (n=3 984) (n=755 801) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale (n=1 897 316) (n=26 068 232) Constat : à Septèmes-les-Vallons, les habitants travaillent davantage hors de leur commune de résidence que les habitants des Bouches-du-Rhône, de la région PACA ou de la France métropolitaine. Commentaire : ceci constitue une donnée importante pour toute l interprétation des résultats de cette enquête. Cela signifie en effet que nombre de victimations peuvent survenir dans les transports entre le domicile et le lieu de travail comme par ailleurs sur les lieux de travail ou dans le cadre de l activité
professionnelle. Ceci attire notre attention sur le fait que les faits déclarés par les habitants de Septèmes-les- Vallons ne sont pas nécessairement des faits survenus sur le territoire de cette commune. 6. Revenus et allocations CAF 14) Impôts sur le revenu des foyers fiscaux Septèmesles-Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Revenu fiscal de référence moyen 20 301 22 547 22 716 23 180 Impôt moyen 743 1 269 1 257 1 242 Part des foyers fiscaux imposables 53,3 % 52,3 % 52,9 % 53,5 % Part des foyers fiscaux non imposables 46,7 % 47,7 % 41,1 % 46,5 % Source : Insee-DGFiP, Revenus fiscaux localisés des ménages 2009 Constat : le revenu fiscal de référence moyen est plus faible à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouchesdu-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine. 15) Allocataires CAF Septèmesles-Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Part des allocataire CAF 17,2 % 17,3 % 17,3 % 17,5 % Part de la population couverte CAF 48,5 % 46,0 % 44,6 % 46,9 % Part des allocataires dont les ressources sont constituées à des prestations CAF 15,6 % 12,1 % 13,0 % 13,0 % Source : Données CAF au 31 décembre 2010, Base Communale Allocataire 8 Constat : il n y a proportionnellement pas plus d allocataires CAF à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine, mais il y a davantage d allocataires dont les ressources sont constituées à des prestations CAF. Commentaire : la pauvreté n est pas en soi un facteur de délinquance mais c est une fragilité qui, cumulée à d autres facteurs (échec scolaire, inégalités...), peut y participer.
7. Logement 16) Répartition des résidences principales selon le statut d occupation Septèmesles-Vallons Bouches-du- Rhône PACA France métropolitaine Propriétaire 63,8 % 51,0 % 54,6 % 57,7 % Locataire 32,7 % 45,8 % 41,7 % 39,7 % dont d un logement HLM loué vide 13,3 % 15,1 % 11,3 % 14,6 % Logé gratuitement 3,5 % 3,2 % 3,7 % 2,6 % Ensemble (n=4 345) (n=842 855) Source : INSEE, RRP2009 exploitation principale (n=2 146 923) (n=26 866 279) Constat : il y a davantage de propriétaires à Septèmes-les-Vallons que dans les Bouches-du-Rhône, la région PACA ou la France métropolitaine, un peu moins de locataires HLM que dans les Bouches-du-Rhône. Commentaire : ceci renforce toujours le constat de stabilité de la population. 9
Profils des enquêtés de Septèmes-les-Vallons 1. Présentation de l enquête L enquête de Septèmes-les-Vallons a été passée par téléphone, avec pour base l annuaire téléphonique. Cette méthode a ses avantages et ses inconvénients, et notamment l inconvénient de passer à côté des personnes qui sont inscrites sur liste rouge. L enquête a duré 17 semaines, elle a été passée tous les soirs de la semaine de 17h à 20h30 et les mercredis et samedis toute la journée. 10 enquêteurs ont travaillé entre mi-avril et début-aout pour passer l enquête. Il s agissait principalement d étudiants et de doctorants en Sociologie. 17) Répartition des appels, enquête de victimation Septèmes-les-Vallons Répartition des appels Personnes injoignables 33 % Non attribués ou professionnels 15 % Refus de participer à l enquête 30 % A participé à l enquête 21 % 10 Au total, sur les 4 300 ménages que compte Septèmes-les-Vallons, 3 300 ont été appelés, nous avons ainsi appelé 77% de la population septémoise. Si l on regarde la répartition des appels, nous pouvons constater que 15% des numéros de l annuaire téléphonique étaient des numéros non attribués ou des numéros professionnels (qui ne rentraient donc pas dans le cadre de notre étude) et 33% des personnes n ont pas pu être interrogées après plusieurs tentatives d appels. Au final, 2 personnes sur 10 ont répondu à l enquête, et 3 sur 10 ont refusé de participer à cette enquête. Ainsi 468 personnes de 15 ans ou plus ont été enquêtées soit 5,4% des Septemois. Ceci constitue une proportion particulièrement importante et inédite. A titre de comparaison, l enquête nationale de victimation de l INSEE «Cadre de vie et sécurité» interroge environ 17 000 personnes dans un pays d environ 66 millions d habitants, soit une proportion de personnes interrogées de 0,026 % (207 fois moins que l enquête de Septèmes-les-Vallons). Ceci ne constitue pas pour autant un gage de fiabilité tant que n a pas été résolue la question centrale de la représentativité de l échantillon. 2. Variables sociodémographiques utilisées dans le calcul des redressements L échantillon enquêté n est pas représentatif de la population totale puisqu il contient plusieurs biais : par exemple, les hommes, les plus jeunes (15-24 ans), les moins diplômés, les personnes qui vivent seules et les habitants de Fabregoules-Caillols-Rougière-Peyrards (IRIS 1) et de Notre Dame (IRIS 4) sont sous-représentés dans l échantillon.
Mais, ce n est pas l échantillon en tant que tel qui nous intéresse, c est l échantillon en tant qu image de la population totale. Pour pouvoir généraliser les résultats de l échantillon à l ensemble de la population septèmoise, il a donc fallu redresser l échantillon (cf. Encadré 1). Pour ce faire, 5 variables ont été retenues : le sexe, l âge, l IRIS (découpage intra-communal), le niveau de diplôme, le type de ménage. Encadré 1 Le redressement Le principe du redressement est d'estimer les réponses des individus non-interrogés grâce aux réponses des répondants. Le redressement permet d appliquer des coefficients de pondération aux individus pour augmenter le poids de ceux appartenant à des groupes sous-représentés dans l échantillon interrogé par rapport à la populationmère (ici la commune de Septèmes-les-Vallons), et à réduire parallèlement le poids de ceux qui sont surreprésentés. Les coefficients de pondération calculés sont appliqués à toutes les réponses du questionnaire. Les tableaux suivant comparent la répartition de l échantillon avant ou après redressement et la population totale (données INSEE). 18) Répartition par sexe Taux AVANT redressement Taux APRES redressement Données INSEE Taux Hommes 38,7 % 46,1 % 46,1 % Femmes 61,3 % 53,9 % 53,9 % 100 % 100 %, INSEE RRP2009 11 Les femmes sont surreprésentées dans l échantillon, le redressement a permis de corriger ce biais. 19) Répartition par âge Taux AVANT redressement Taux APRES redressement Données INSEE Taux 15-24 ans 10,9 % 12,7 % 12,7 % 25-64 ans 62,0 % 62,4 % 62,4 % 65 ans ou plus 27,1 % 24,9 % 24,9 % 100 % 100 %, INSEE RRP2009 Les jeunes ont été un peu moins enquêtés mais la répartition par âge des enquêtés reste néanmoins assez proche de la population totale.
20) Répartition par IRIS Taux AVANT redressement Taux APRES redressement Données INSEE Taux Fabregoules-Caillols-Rougière-Peyrards (IRIS n 1) 19,0 % 25,4 % 25,4 % Pré de l'aube-centre (IRIS n 2) 31,0 % 22,8 % 22,8 % Castors-Bédoule (IRIS n 3) 30,8 % 29,4 % 29,4 % Notre Dame (IRIS n 4) 19,2 % 22,4 % 22,4 % 100 % 100 %, INSEE RRP2009 Les habitants de l IRIS n 3 «Pré de l Aube-Centre» ont été beaucoup plus interrogés que les autres, le redressement a permis de corriger ce biais. 21) Répartition par niveau de diplôme Taux AVANT redressement Taux APRES redressement Données INSEE Taux Aucun diplôme 11,5 % 24,4 % 24,4 % Certificat d'études primaires 15,4 % 15,8 % 15,8 % Diplôme inférieur au baccalauréat 22,7 % 26,5 % 26,5 % Baccalauréat ou équivalent 23,0 % 16,5 % 16,5 % Diplôme équivalent à un bac+2 16,0 % 10,0 % 10,0 % Diplôme équivalent à un bac+3 11,3 % 6,9 % 6,9 % 100 % 100 %, INSEE RRP2009 12 Les personnes sans diplôme ont été moins enquêtées mais le redressement corrige ce biais. 22) Répartition par type de ménage Taux AVANT redressement Taux APRES redressement Données INSEE Taux Personnes seules 16,2 % 28,1 % 28,1 % Couples sans enfant 29,5 % 29,2 % 29,2 % Couples avec enfant 44,0 % 29,0 % 29,0 % Familles monoparentales 9,2 % 11,0 % 11,0 % Autres ménages sans famille 1,1 % 2,7 % 2,7 % 100 % 100 %, INSEE RRP2009
Les ménages composés d une personne seule ont été moins enquêtées que les autres types de ménage, le redressement corrige ce biais. 3. Autres variables sociodémographiques En définitive, les données après redressement sont représentatives de l ensemble de la population septémoise et nous permettent donc d extrapoler les résultats de l enquête à toute la population. L analyse du questionnaire et les tableaux qui seront présentés dans la suite de cette étude, ont ainsi pour base les effectifs et les pourcentages après redressement. 23) Répartition par ancienneté dans la ville de Septèmes-les-Vallons Moins d un an 1,6% De 1 à 5 ans 15,3% De 6 à 10 ans 10,2% Plus de 10 ans 57,1% Depuis toujours 15,4% Ne sait pas / Refus 0,4% 13 Constat : plus de 7 personnes sur 10 ont déclaré vivre à Septèmes-les-Vallons depuis 10 ans ou plus. 24) Répartition par ancienneté dans le quartier Moins d un an 1,9% De 1 à 5 ans 19,4% De 6 à 10 ans 12,0% Plus de 10 ans 56,7% Depuis toujours 9,8% Ne sait pas / Refus 0,2% Constat : plus de 6 personnes sur 10 ont déclaré vivre dans leur quartier actuel depuis 10 ans ou plus.
25) Répartition par statut d occupation du logement Propriétaire 63,6 % Non propriétaire 35,1 % Ne sait pas / Refus 1,3 % Constat : un peu moins des deux tiers des personnes enquêtées est propriétaire de son logement. 26) Répartition par type de logement Une maison individuelle 63,5 % Un appartement 33,0 % dont un logement HLM 11,4 % Autre 3,3 % Ne sait pas / Refus 0,3 % 14 Constat : un peu moins des deux tiers vivent dans une maison individuelle et 1 enquêté sur 10 habite un logement HLM. 27) Répartition par situation actuelle Travaille 47,1 % Est au chômage 6,5 % Est élève ou étudiant 10,3 % En formation 0,3 % Est parent au foyer 3,8 % Est retraité, préretraité 30,8 % Est enfant non scolarisé 0,2 % Autre inactif 1,1 % Constats : Près de la moitié des enquêtés travaillent et 3 sur 10 sont retraités ou préretraités. Parmi les personnes qui travaillent, 74% sont à temps complet, 8% à 80% et 11,5% à temps partiel. 60% des personnes qui travaillent ont déclaré exercer une profession qui les met en contact avec le public.
55% des personnes qui travaillent estiment bénéficier de la sécurité de l emploi. 28) Répartition des personnes qui ont déclaré travailler par catégorie socioprofessionnelle Agriculteur exploitant, artisan, commerçant ou patron de l industrie ou du commerce 6,6 % Cadre ou profession libérale 19,1 % Profession intermédiaire 9,6 % Employé 45,2 % Ouvrier 19,5 % Constat : Une grande partie des personnes qui travaillent a déclaré être employé. 29) Répartition des personnes qui ont déclaré travailler par lieu de travail Travaille à Septèmes-les-Vallons 20,9 % Travaille en dehors de Septèmes-les-Vallons 78,8 % Ne sait pas / Refus 0,2 % 15 Constat : A nouveau, près de 80% des enquêtés ne travaillent pas à Septèmes-les-Vallons. Ceci constitue une caractéristique importante de la commune, dont il importera de tenir compte dans l analyse des résultats. Parmi les personnes qui ne travaillent pas à Septèmes-les-Vallons, 40% travaillent à Marseille, 14% à Aix-en-Provence et 10% à Plan de Campagne (les Pennes-Mirabeau et Cabriès). 30) Répartition des personnes qui ont déclaré travailler par type de contrat CDI 65,1 % Fonctionnaire 10,3 % CDD (y compris saisonnier, vacataires) 8,7 % Contrat d apprentissage ou en stage rémunéré 0,5 % Intérim 2,3 % A son compte ou aides familiaux 8,2 % Ne sait pas / Refus 4,8 %
Constat : les trois quarts des enquêtés sont en CDI ou fonctionnaires. 31) Revenus mensuels nets personnels Moins de 400 par mois 1,0 % De 400 à moins de 800 9,7 % De 800 à moins de 1100 15,1 % De 1100 à moins de 1500 17,9 % De 1500 à moins de 2000 14,5 % De 2000 à moins de 3 000 9,9 % 3 000 ou plus 2,8 % Refus 29,1 % Constats et commentaires : C est une caractéristique fréquente des enquêtes en France : 30% des enquêtés n ont pas souhaité nous communiquer leur revenu personnel, s agaçant même parfois de se voir poser la question. Un tiers a déclaré percevoir entre 800 et 1500 euros nets mensuels. 4% des enquêtés ont déclaré bénéficier d une allocation chômage, 2,8% d une allocation en lien avec la dépendance ou le handicap, 2,7% le RSA et 1,5% un minimum vieillesse. (Ces effectifs très faibles correspondent à moins de 20 personnes enquêtées). 16 32) Participation aux activités d associations Ne participent à aucune activité d associations 59,4 % Participent aux activités d associations (occasionnellement ou régulièrement) 40,6 % dont associations de propriétaires, de locataires, de quartier 16,9 % dont associations sportives 16,8 % dont associations professionnelles, politiques ou religieuses 12,7 % dont autres associations 10,8 % dont associations de parents d élèves 4,8 % Constat : près de 6 personnes sur 10 ont déclaré participer de manière occasionnelle ou régulière aux activités d associations.
Victimations et hiérarchie des victimations Après cette présentation de la population enquêtée, nous en venons aux résultats. Nous consacrerons un premier paragraphe à la façon de commenter ces résultats et à la question des intervalles de confiance. Puis nous évaluerons et hiérarchiserons les types de victimation avant de nous intéresser plus en détail aux caractéristiques des victimes. 1. Intervalles de confiance Dans cette étude des victimations, nous allons parler généralement en intervalles de confiance, et non en donnant un chiffre précis du genre 3,2% de ceci ou de cela. En effet, notre échantillon a beau être très important pour une ville de la taille de Septèmes-les-Vallons (5,4 % de la population de la ville ont été interrogés), il n en est pas moins petit en chiffre absolu : 468 personnes. Cette taille rend fatalement la mesure imprécise. Aussi, plutôt que de chercher à chiffrer précisément le taux de victimes, nous avons calculé des intervalles recouvrant «très vraisemblablement» cette vraie valeur. Présenter les résultats en termes d intervalles de confiance, plutôt qu en chiffres précis, s avère en effet une nécessité scientifique et déontologique. Encadré 2 Les intervalles de confiance 17 La notion d'intervalle de confiance renvoie au degré de précision d une moyenne ou d un pourcentage. On travaille sur un échantillon et l'on souhaite connaître la fiabilité que l'on peut accorder aux valeurs observées par rapport aux valeurs réelles de la population totale. En effet, il est essentiel de donner les intervalles de confiance des indices lorsque le test utilise un échantillon et non pas une population totale. Les tests sont réalisés le plus souvent sur des échantillons de population (victimes et non-victimes) et non pas sur la population totale. Il est donc indispensable d établir un intervalle de confiance en choisissant un risque d erreur que la valeur réelle dans la population ne soit pas dans l intervalle de confiance de la valeur déterminée sur l échantillon. On utilise un intervalle de confiance à 95% (choix d un risque d erreur à 5%). Il correspondant à un écart réduit de 1,96 et peut s écrire selon la formule générale (facilement calculée par un tableur type Excel) définissant les bornes d un intervalle de confiance : IC 95% : Taux ± 1,96 * ( P *(1 P) / n P : Probabilité que l évènement se passe. n : Taille de l échantillon Le choix d un risque d erreur à 1% ferait remplacer 1,96 par 2,576
2. Hiérarchie des taux de victimations Comme l indique le tableau ci-dessous, environ un tiers de la population septémoise déclare avoir subi en 2011 au moins une victimation (a contrario, les deux tiers n ont subi aucune victimation). Cette proportion est très importante. Toutefois, pour l interpréter correctement, il faut tenir compte du fait que nous avons - de manière innovante et à la demande de la municipalité - inclut les discriminations dans les victimations. Ce choix s est révélé particulièrement judicieux lorsque l on constate au final que les discriminations constituent la deuxième victimation la plus importante déclarée par les habitants de la commune interrogée, juste après les injures ou menaces verbales. L un dans l autre, l on vérifie ici que l ensemble de ce qui est perçu comme de l agression verbale ou morale constitue de loin le premier type de victimation déclarée. Un deuxième ensemble de victimations concerne les véhicules, qu il s agisse - dans des proportions presque équivalentes - de vols ou de tentatives de vol d un objet dans ou sur la voiture, de vols ou de tentatives de vol de la voiture elle-même, ou bien encore d un acte de vandalisme sur la voiture. Viennent ensuite les cambriolages (réalisés ou simples tentatives) de la résidence principale. Dans des proportions équivalentes, arrivent ensuite les escroqueries, puis les vols (ou tentatives de vol) de vélos et de deux-roues à moteur, puis plus rarement encore les vols d objets personnels avec ou sans violence. Les violences physiques constituent des victimations très rares, que leurs auteurs soient d autres particuliers ou bien des représentants d institutions. Enfin les violences sexuelles sont inexistantes dans les déclarations des personnes interrogées (en rappelant ici d une part que l on interroge ces dernières qu à partir de l âge de 15 ans, ce qui laisse donc inexploré toute l enfance, d autre part que les recherches scientifiques montrent par ailleurs que les victimations sexuelles sont difficilement déclarées dans ces enquêtes malgré l anonymat). 18 Récapitulatif chiffré : Entre 30 et 39% des habitants de Septèmes-les-Vallons déclarent au moins une victimation. Parmi eux, entre 63% et 77% ne déclarent qu un seul type de victimation. La victimation la plus déclarée est celle des injures ou menaces verbales, en effet, entre 9% et 15% des Septemois ont en été victimes au cours de l année 2011. Viennent ensuite les discriminations avec 6% à 11% de victimes. Ce sont ensuite les vols ou tentatives de vol d un objet dans ou sur la voiture avec un taux de 5% à 10%, puis les vols ou tentatives de vol de voiture (entre 4% et 9%) et également entre 4% et 9% d acte de vandalisme sur un véhicule. En dehors des injures et menaces et des discriminations, on remarque que les victimations les plus déclarées sont celles en rapport avec un véhicule. En sixième position des victimations les plus déclarées viennent les cambriolages ou tentatives avec un taux de 2% à 6%.
33) Hiérarchisation des taux de victimations subies en 2011 Intervalle de confiance Non victime De 61,4 à 70,0 % Victime De 30,0 à 38,6 % d'injures ou de menaces verbales De 9,4 à 15,4 % de discriminations De 5,9 à 10,9 % de vol (ou tentative) d'un objet dans une voiture De 4,7 à 9,7 % de vol (ou tentative) d'une voiture De 4,1 à 8,9 % d'acte de vandalisme sur un véhicule De 4 à 8,6 % de cambriolage (ou tentative) d'une résidence principale De 2,5 à 6,1 % d'une escroquerie (ou tentative) De 2,1 à 5,7 % de vol (ou tentative) d'un vélo De 0,6 à 6,2 % de vol (ou tentative) de deux-roues à moteurs De 0 à 5,9 % de vol avec violence (ou tentative) d'objet(s) personnel(s) De 0,8 à 3,4 % de vol sans violence (ou tentative) d'objet(s) personnel(s) De 0,4 à 2,6 % de violences physiques (ou tentative) De 0 à 1,8 % de violences verbales d'un représentant d'une institution De 0 à 1,5 % de violences physiques d'un représentant d'une institution De 0 à 0,6 % 19 d'agression sexuelle ou tentative d'agression sexuelle 0 % 34) Nombre de type de victimations différentes déclarées Intervalle de confiance Victime De 30,0 à 38,6 % d un seul type de victimation De 62,5 % à 76,7 % de deux ou plusieurs types de victimation De 23,3% à 37,5 % Précision importante : si la grande majorité des victimes déclarent qu un seul type de victimation, une proportion non négligeable d entre-elles déclare au contraire plusieurs types de victimation différents au cours de la même année.
3. Etude des victimations Nous allons à présent étudier le détail des 5 victimations où il y a eu le plus de déclarations. En effet, pour les autres victimations, le nombre de victimes est trop insuffisant pour procéder à une analyse plus fine. Il sera ainsi présenté les victimations suivantes : injures ou menaces verbales, discriminations, vols ou tentatives de vol d objets dans ou sur la voiture, vols ou tentatives de vol de voiture et actes de vandalisme sur le véhicule. 3.1. Injures ou menaces verbales 58 enquêtés de l échantillon de Septèmes-les-Vallons ont répondu avoir été victimes d injures ou de menaces verbales en 2011 ; soit une proportion située entre 9 et 15% de la population. Cela n est arrivé qu une seule fois pour 31% d entre eux, deux fois pour 17% et 3 fois ou plus pour 52%. Pour les personnes ayant déclaré 3 fois ou plus (30 enquêtés), nous leur avons demandé de préciser le contexte : cela s est produit avec un voisin dans 3 cas sur 10, au volant lors d une altercation avec un autre automobiliste dans 2 cas sur 10, et dans le cadre du travail (que ce soit avec le public (ou des clients) ou avec des collègues (ou la direction)) dans 2 cas sur 10. De manière générale, on peut dire que les principaux problèmes relationnels impliqués dans les injures et les menaces sont d abord les conflits de voisinage et les querelles d automobilistes, ensuite les incidents survenus dans le cadre du travail. 35) Cadre des injures/menaces Dans le cadre de mon voisinage 27,4 % Au volant 22,1 % Dans un autre cadre 18,8 % Dans le cadre de mon travail 17,2 % Refus 14,6 % Total 20 Pour les personnes victimes 1 ou 2 fois (28 enquêtés), il n y a pas un mois en particulier où cela se produit, on remarque simplement un effectif un peu plus fort en juin et en décembre (27%). Pour 6 victimes sur 10 ces injures ou menaces verbales ont eu lieu entre 9h et 18h c est-à-dire pendant la journée. Pour 4 victimes sur 10 cela s est passé dans les Bouches-du-Rhône, et à Septèmes pour 2 personnes sur 10. A contrario, cela signifie donc que 80% de ces injures ou menaces déclarées par les répondants ont eu lieu en dehors de la ville de Septèmes-les-Vallons. Cela s est passé à leur travail (ou alentour) pour 2 Septemois sur 10 et dans un lieu public (rue, jardin) pour 2 Septemois sur 10. Dans 6 cas sur 10 il s agissait d injures, et dans 2 cas sur 10 de menaces. Il y avait un seul agresseur dans 54% des cas et plusieurs agresseurs dans 45% des cas. Il n y avait aucune arme dans 96% des cas. Il s agissait de quelqu un d inconnu (autre qu automobiliste) dans 6 cas sur 10 et d un autre automobiliste dans 2 cas sur 10. Dans 1 sur 10 il s agissait de quelqu un connu de vue ou une relation éloignée. L immense majorité des injures ou menaces déclarées par les enquêtés sont donc survenues entre des personnes ne se connaissant pas du tout. La victime était seule dans 58% des cas et accompagnée d une seule personne dans 3 cas sur 10.
3.2. Les discriminations 34 Septemois ont déclaré avoir été victimes de discriminations en 2011, soit entre 6% et 11% de la population. Parmi eux, 4 sur 10 ont déclaré l avoir été en raison de leur couleur de peau ou de leur origine, 2 sur 10 en raison de leur âge et 14% en raison de leur religion. Si l on considère que la couleur de peau, l origine et la religion désigne en réalité le plus souvent la même population (celle dite «d origine maghrébine»), alors il faut considérer que cette dernière concentre plus de la moitié des discriminations déclarées. 36) Victimes de discrimination en 2011 Parmi les victimes de discrimination, type de discrimination Couleur de peau ou origine 44,1 % Age 19,9 % Religion 16,1 % Autre 6,3 % Sexe 5,3 % Handicap 3,7 % Opinion politique 2,9 % Orientation sexuelle 1,7 % Cadre de la discrimination Pour l accès à divers services (restaurant, magasin, boite de nuit ) 22,9 % Dans votre travail 18,3 % Autre : 17,8 % au volant 8,3 % dans la rue 4,1 % lors d'un sondage d opinion 1,8 % dans le voisinage 2,4 % autre non précisé 1,3 % Dans la recherche d un travail 14,5 % NSP 9,5 % Pour l accès au logement 6,9 % Dans vos contacts avec la police ou la gendarmerie 5,2 % Sur votre lieu d études 4,8 % Pour l'accès à l'école (primaire, secondaire, universitaire ou supérieure) 0,0 % Qu avez-vous fait après cette discrimination? Je n ai rien fait 89,3 % J ai écrit ou j en ai parlé à un éducateur ou un animateur 4,1 % J ai écrit ou j en ai parlé au maire ou à un représentant de la municipalité 3,6 % NSP 1,8 % J ai écrit à une autre institution publique 1,3 % J ai porté plainte à la police, à la gendarmerie ou auprès du procureur 0,0 % J ai écrit à la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l Egalité) 0,0 % J ai écrit ou j en ai parlé à une association 0,0 % Autre 0,0 % Refus 0,0 % 21
En ce qui concerne le cadre dans lequel ces victimations se sont déroulées, c était pour l accès à divers services (restaurant, magasin, boîte de nuit ) pour 23% des victimes, dans le cadre de leur travail pour 18% d entre elles et lors de la recherche d un travail dans 14% des cas. Notons enfin que, suite à ces discriminations, 89 % des victimes n ont rien fait et moins de 10 % ont écrit ou en ont parlé à une personne représentant les institutions. Par ailleurs, aucune de ces victimes n a saisi la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l Egalité (institution désormais intégrée au sein du Défenseur des droits), ce qui constitue une information importante quant à l impact de cette institution chargée de lutter contre les discriminations dans la vie quotidienne. 3.3. Vol ou tentative de vol d un objet dans ou sur la voiture 29 enquêtés de l échantillon de Septèmes-les-Vallons ont répondu avoir été victimes d un vol ou d une tentative de vol d un objet dans ou sur leur voiture en 2011 ; soit entre 5% et 10% de la population de Septèmes. Il s agit d un vol réalisé dans les trois quarts des cas et d une simple tentative dans le quart restant. Un quart des victimes ne se souvient plus en quel mois ce vol (ou cette tentative) a eu lieu, cependant dans 6 cas sur 10 ce vol (ou cette tentative) a eu lieu pendant la nuit entre 21h et 9h, le véhicule étant vraisemblablement stationné à proximité du domicile. Et pour un quart des victimes cela s est passé pendant la journée. Logiquement, 6 victimes sur 10 déclarent également que cela s est passé dans leur quartier, tandis que 3 victimes sur 10 déclarent que le vol ou la tentative de vol a eu lieu ailleurs dans les Bouches-du-Rhône, au cours d un déplacement. Presque la moitié de ces vols (ou tentative) a eu lieu dans la rue, et la plupart des autres dans un parking. 22 37) Lieu du vol A votre domicile 55,4 % Dans un lieu public 16,7 % Dans un centre commercial 10,1 % Ailleurs 6,3 % NSP 4,9 % Sur votre lieu de travail 4,1 % Sur votre lieu d'études 1,4 % Sur un lieu de loisir 1,2 % Total 100 % A la suite de ce vol ou de cette tentative de vol d objet dans ou sur la voiture, près de 60% des victimes (ou un autre membre de leur foyer) ont informé la police ou la gendarmerie nationale. Parmi ces 60 %, 7 victimes sur 10 ont déposé une plainte (et dans aucun cas une main courante). Enfin, parmi ces victimes, seules 43% ont fait une déclaration à leur assurance.
3.4. Vol ou tentative de vol de voiture 27 enquêtés de l échantillon de Septèmes-les-Vallons ont répondu avoir été victimes d un vol ou d une tentative de vol de voiture en 2011 ; soit entre 4% et 9% de la population de Septèmes-les-Vallons. Mais contrairement à la victimation précédente, il s agit d un vol réalisé dans 3 cas sur 10 et d une tentative dans 7 cas sur 10. Notons que ces vols ou ces tentatives se sont déroulés tout au long de l année mais avec une concentration particulière au mois de février (28% des cas) et au mois de juillet (13% des cas), soit deux périodes de vacances scolaires. Ces vols (ou tentatives) ont par ailleurs eu lieu entre 21h et 9h (donc la nuit) dans 7 cas sur 10. Un peu comme pour la victimation précédente, 60% de ces vols (ou tentatives) se sont passés dans le quartier et 25% dans le département des Bouches-du-Rhône. Plus précisément, cela s est passé au domicile ou aux alentours dans les deux tiers des cas. Près de la moitié des victimes (ou une personne de leur foyer) a informé la police ou la gendarmerie nationale et, parmi ces personnes, 8 sur 10 ont déposé une plainte. Enfin, parmi les victimes, 6 sur 10 ont fait une déclaration à leur assurance. 3.5. Destruction ou dégradation de voiture ou de deux-roues 26 enquêtés de l échantillon de Septèmes-les-Vallons ont répondu avoir été victimes d une destruction ou d une dégradation de leur voiture ou leur deux-roues en 2011 ; soit entre 4% et 9% de la population de Septèmes-les-Vallons. Il s agit d une dégradation de la voiture dans 9 cas sur 10, le reste correspond à des destructions de voiture et dégradations de deux-roues. La moitié de ces actes de vandalisme s est déroulée entre 21h et 9h, soit pendant la nuit. Dans 6 cas sur 10 ils ont lieu dans le quartier même de résidence de la victime et dans 2 cas sur 10 ailleurs dans leur ville c està-dire à Septèmes-les-Vallons. Presque la moitié de ces actes ont eu lieu dans un parking et 35% dans la rue. Au total, 62% de ces destructions ou dégradations de véhicule à moteur ont eu lieu au domicile de la victime ou à proximité immédiate. Par la suite, un tiers des victimes (ou des membres de leur foyer) a informé la police ou la gendarmerie nationale, et parmi lui 7 sur 10 ont déposé une plainte. Enfin, parmi les victimes, la moitié a fait une déclaration à leur assurance. 23 3.6. Les violences institutionnelles Dans l échantillon, 4 Septemois ont déclaré avoir fait l objet de violences verbales de la part d un représentant d une institution et 1 Septemois avoir fait l objet de violences physiques de part d un représentant d une institution. Que ce soit les violences verbales ou physiques il s agissait d un policier ou un gendarme (police nationale et gendarmerie nationale). Il s agissait d injures, de regards menaçants (pour les violences verbales) et d une bousculade (pour la violence physique).
3.7. Les plaintes Pour étudier à présent plus en détail le comportement des victimes et le dépôt de plainte, nous avons regroupé plusieurs variables, tout type de victimation confondu, comptabilisant : le nombre de personnes ayant informé la police ou la gendarmerie nationale suite aux faits, l information de la police municipale, les dépôts de plainte, les dépôts de mains courantes et les déclarations à l assurance. Pour le calcul de ces variables, précisons que les victimes de vol de vélo n ont pas été prises en compte (car il n y avait pas de module détaillé pour ce type de victimation) et qu en ce qui concerne les personnes ayant fait une déclaration à leur assurance, 8 victimations sur 12 sont étudiées (les vols de vélo, injures ou menaces, violences physiques et agressions sexuelles ne sont pas prises en compte car ne sont pas concernés par cette question). 38) Information des faits à la police ou à la gendarmerie nationale par la victime ou un membre de son foyer toute victimation confondue (hors vol de vélo) Intervalle de confiance Non victime De 66 % à 75 % Victime De 25 % à 34 % a informé la police ou la gendarmerie nationale De 36 % à 53 % n'a pas informé la police ou la gendarmerie nationale De 46 % à 63 % NSP De 0 % à 3 % Constat : entre 36% et 53% des victimes ont informé la police ou la gendarmerie nationale, toute victimation confondue. 24 39) Information des faits à la police municipale par la victime ou un membre de son foyer toute victimation confondue (hors vol de vélo) Intervalle de confiance Non victime De 66% à 75% Victime De 25% à 34% a informé la police municipale De 5% à 15% n'a pas informé la police municipale De 78% à 90% NSP De 2% à 10% Constat : entre 5% et 15% des victimes ont informé la police municipale. 40) Information sur les dépôts de plainte toute victimation confondue (hors vol de vélo) Intervalle de confiance Non victime De 79 % à 87 % Victime De 13 % à 21 % a déposé une plainte De 54 % à 77 % n'a pas déposé de plainte De 18 % à 39 % NSP De 0 % à 12 %
Constat : entre 54% et 77% des victimes ont déposé une plainte. 41) Information sur les dépôts de mains courantes toute victimation confondue (hors vol de vélo) Effectif Intervalle de confiance Non victime 321 De 80 % à 87 % Victime 63 De 13 % à 20 % a déposé une main courante 8 De 4 % à 20 % n'a pas déposé de main courante 51 De 72 % à 91 % NSP 4 De 0 % à 12 % Constat : entre 4% et 20% des victimes ont déposé une main courante. 42) Information sur déclarations à l assurance toutes victimations confondues * Intervalle de confiance Non victime De 69 % à 78 % Victime De 22 % à 31 % a fait une déclaration à l'assurance De 33 % à 51 % n'a pas fait de déclaration à l'assurance De 47 % à 65 % NSP De 0 % à 4 % * hors vol de vélo, injures ou menaces, violences physiques, agressions sexuelles, violences institutionnelles et discriminations. 25 Constat : entre 33% et 51% des victimes ont fait une déclaration à leur assurance. 43) Taux de plainte des principales victimations Taux de plainte Injures ou menaces verbales 0% Acte de vandalisme* De 14 à 54 % Vol d'objets dans ou sur la voiture De 39 à 81 % Vol de voiture De 79 à 100 % Cambriolage De 0 à 52 % Vol d'un objet personnel avec violence De 45 à 100 % Escroquerie De 10 à 94 % Vol d'un objet personnel sans violence De 26 à 100 % * Dommage matériel ou financier
Profils des victimes 1. Test d indépendance A partir des premiers résultats observés, nous avons cherché s il existait des liens entre les victimes et différentes variables ; des variables sociodémographiques, des variables d environnement et les victimations elles-mêmes. Pour trouver des variables explicatives aux taux de victimes nous avons eu recours à ce que l on appelle des tris croisés et au test du Khi2. Le tri croisé et le test du khi2 permettent de mettre en évidence l existence de corrélations entre deux variables (cf. Encadré 3). Encadré 3 Test du Khi2 Le test du Khi 2 permet de tester l existence d une liaison statistiquement significative entre deux variables (en rappelant bien qu une liaison entre deux variables ne signifie pas qu elles entretiennent une relation de cause à effet, elles peuvent par exemple être toutes les deux les effets d une troisième variable). On dira d une relation statistique qu elle est significative au seuil p (appelé «seuil de significativité») si la probabilité de se tromper en faisant l hypothèse d un lien entre les deux variables est inférieure ou égale à p. Dans notre étude, les effectifs n étant pas très importants, nous avons placé le seuil de significativité à 5 %. A partir de là, nous avons dressé des profils de victimes pour toutes les victimations. Il ressort des liens pour les victimations suivantes : injures ou menaces verbales, discriminations, vols ou tentatives de vol d un objet dans ou sur la voiture, vols ou tentatives de vol de la voiture et actes de vandalisme sur véhicule (voiture et deux-roues motorisé). 26 Voici la liste des variables testées : - Variables sociodémographiques : le sexe, les classes d âge, le type de ménage, les revenus, la situation professionnelle, l exercice d un métier mettant en contact avec le public, le type de contrat, le fait d avoir ou non des enfants et le quartier d habitation. - Variables d environnement : le problème des gens bruyants dans le quartier, le problème de la drogue dans le quartier, le problème des actes de vandalisme dans le quartier, le problème des groupes de jeunes qui se rassemblent dans le quartier, la propreté des rues dans le quartier, la participation ou non à une activité associative, l envie de quitter le quartier, le fait de rentrer tard le soir, la sécurité dans les transports en commun, la connaissance de violences physiques dans l entourage, la connaissance de cambriolages dans l entourage, avoir été témoin de violences physiques et/ou de vols. - Les victimations : victimes d un vol de voiture, d un vol d objet dans ou sur la voiture, d un vol de deux-roues motorisé, d un acte de vandalisme sur véhicule, d un vol de vélo, d un cambriolage, d une escroquerie, d un vol d objet personnel sans violence, d un vol d objet personnel avec violence, d injures ou menaces verbales, de violences physiques (y compris par un proche), d agressions sexuelles (y compris par un proche).
Au terme de ces analyses, voici les principaux résultats relatifs aux profils des victimes : 1) En ce qui concerne les injures ou menaces verbales (la victimation la plus déclarée), 7 victimes sur 10 sont des femmes, 7 victimes sur 10 ont entre 30 et 49 ans, 8 sur 10 exercent un métier qui les met en contact avec le public, 5 sur 10 ont déclaré que les actes de vandalisme dans leur quartier étaient assez ou très importants et 5 victimes sur 10 connaissent une personne parmi leur entourage qui a été victime de violences physiques (y compris les vols avec violence). En résumé, les victimes d injures ou de menaces sont principalement des femmes, adultes, exerçant un métier les mettant en contact avec le public. On suppose qu elles décrivent ici une certaine agressivité ordinaire des relations sociales, en particulier dans les lieux publics ou privés de contact anonyme avec le «grand public». 2) En ce qui concerne les victimes de discriminations, 5 sur 10 ont entre 30 et 49 ans, 4 sur 10 sont en couple avec enfant(s) et 4 sur 10 sont des familles monoparentales ; 3 sur 10 ont déclaré un seul problème dans leur quartier, 6 sur 10 connaissent une personne dans leur entourage qui a été victime de cambriolages et 5 victimes sur 10 connaissent une personne dans leur entourage qui a été victime de violences physiques (y compris à l occasion de vol). A nouveau, il s agit donc d adultes, d âge moyen (30-49 ans). 3) En ce qui concerne les autres victimations, très peu de liens a pu être établi, les effectifs étant par ailleurs plus faibles. - 9 victimes de vol ou tentatives de vol d un objet dans ou sur la voiture sur 10 exercent un métier qui les met en contact avec le public. - 8 victimes de vol ou tentative de vol d'une voiture sur 10 ont entre 30 et 49 ans. - 9 victimes de destruction ou de dégradation de voiture ou deux-roues sur 10 exercent un métier qui les met en contact avec le public. 27 2. Régression logistique Dans un second temps nous avons réalisé des régressions logistiques afin de «construire un modèle de victimes» (cf. Encadré 4) Encadré 4 La régression logistique La régression permet de dépasser le stade simple de la liaison entre deux variables en tenant compte dans l analyse de plusieurs variables et de leurs forces explicatives. L intérêt de cette technique est de quantifier la force de l association entre chaque variable en tenant compte de l effet des autres variables intégrées dans le modèle. C est ce qui permet le fameux raisonnement «toutes choses égales par ailleurs». Une régression logistique a été possible seulement pour le type de victimation le plus déclaré, à savoir les injures ou menaces verbales : les 5 variables significatives au test du Khi2 ont été testées dans le modèle ; parmi elles 3 ressortent comme significatives dans le modèle de régression : le sexe, l âge et la connaissance dans l entourage de personnes victimes de violences physiques (y compris à l occasion de vols). Quelques éléments ressortent de cette régression : les femmes ont 2 fois plus de chances d être victimes que les hommes, les 50 ans et plus ont 3 fois plus de chances d être victimes que les moins de 30 ans.
44) Part des victimes d injures ou de menaces parmi Variables Violences physique parmi l entourage Âge en 3 classes Sexe Modalités Part des victimes d injures ou de menaces Oui 22,8 % Non 8,0 % Moins de 30 ans 21,0 % 30-49 ans 20,4 % 50 ans et plus 6,2 % Hommes 8,7 % Femmes 15,8 % * * Note de lecture : Ce tableau indique la part des victimes pour chaque modalité. Par exemple, sur 100 femmes 16 ont été victimes d injures ou de menaces verbales. 28
Opinions et sentiments d insécurité Ce que l on appelle couramment le «sentiment d insécurité» peut recouvrir en réalité deux choses de nature différente. D abord des opinions sur la sécurité, à l échelle locale ou nationale, qui doivent dès lors s analyser pour ce qu elles sont : des opinions, en bonne partie politisées, sans rapport direct avec la réalité locale. Aussi a-t-on largement délaissé ce volet pour s intéresser plutôt au sentiment d insécurité conçu comme un ensemble de peurs ou un mal-être, à comprendre d une part en fonction des caractéristiques individuelles des personnes, d autre part de leur perception de leur environnement immédiat : leur quartier. Enfin, de manière innovante dans cette enquête, nous avons tenté d amener les personnes interrogées sur un troisième registre, plus rationnel, en leur demandant leur avis sur les actions qu il faudrait privilégier dans la politique locale de sécurité et de prévention. 1. Le quartier Quatre questions sur les éventuels problèmes concernant le quartier : - Dans votre quartier, les gens bruyants sont-ils un problème? - Dans votre quartier, la drogue est-elle un problème? - Dans votre quartier, les actes de vandalisme (boîtes aux lettres abimés, graffitis, ordures répandues ) sontils un problème? - Dans votre quartier, les groupes de jeunes qui se rassemblent sont-ils un problème? 29 La majorité des habitants de Septèmes-les-Vallons déclare ne pas être concernée par ces problèmes au niveau de leur quartier : 67% répondent «pas important du tout» pour les jeunes qui se rassemblent, 65% pour la drogue, 58% pour les gens bruyants et 53% pour les actes de vandalisme (cf. tableaux 45 à 48). A contrario, ce sont donc les actes de vandalismes qui apparaissent comme le problème concernant le plus les habitants de Septèmes-les-Vallons (26% ont répondu «très important» ou «assez important»). Les personnes qui répondent le plus souvent «très important» ou «assez important» ont un profil assez similaire pour les quatre questions : ce sont plus souvent des 25-64 ans, des locataires, des personnes qui habitent dans un appartement, ceux qui vivent en HLM et davantage des familles monoparentales. 45) Dans votre quartier, les gens bruyants sont-ils un problème? Très important 10,3 % Assez important 15,1 % Peu important 16,1 % Pas important du tout 58,4 % NSP 0,2 %
46) Dans votre quartier, la drogue est-elle un problème? Très important 11,1 % Assez important 10,1 % Peu important 8,2 % Pas important du tout 64,9 % NSP 5,7 % 47) Dans votre quartier, les actes de vandalisme (boîtes aux lettres abimés, graffitis, ordures répandues ) sont-ils un problème? Très important 13,0 % Assez important 13,1 % Peu important 20,0 % Pas important du tout 53,2 % NSP 0,6 % 48) Dans votre quartier, les groupes de jeunes qui se rassemblent sont-ils un problème? Très important 6,7 % Assez important 9,7 % Peu important 15,1 % Pas important du tout 67,4 % NSP 1,1 % 30 La propreté des rues, leur éclairage, l entretien des bâtiments et des espaces verts sont-ils? Les trois quarts des habitants de Septèmes-les-Vallons se déclarent «très satisfait» ou «assez satisfait» de la propreté des rues, l éclairage, l entretien des bâtiments et des espaces verts dans leur quartier (cf. tableau 49). Les personnes qui répondent «peu satisfait» ou «pas satisfait du tout» sont plus souvent : des 25-64 ans, des habitants de Castors-Bédoule (IRIS n 3), ceux qui vivent en appartement et ceux qui vivent en logement HLM. Il n y a pas de lien entre les réponses à cette question et à celles concernant les gens bruyants ou les problèmes de drogue dans leur quartier. Mais il y a un lien avec les questions sur les actes de vandalisme et les groupes de jeunes qui se rassemblent dans le quartier : les personnes qui déclarent ces problèmes («très important» ou «assez important») sont plus nombreuses à être insatisfaites de l entretien de leur quartier («peu satisfaisant» ou «pas satisfaisant du tout»).
49) La propreté des rues, leur éclairage, l entretien des bâtiments et des espaces verts sont-ils? Dans votre quartier, la présence policière est-elle? Très satisfaisant 17,6 % Assez satisfaisant 56,6 % Peu satisfaisant 17,1 % Pas satisfaisant du tout 8,2 % NSP 0,6 % Deux personnes sur cinq estiment que dans leur quartier, la présence policière est «régulière», quasiment autant la juge «faible». Mais lors de la passation des questionnaires, beaucoup d enquêtés ont précisé qu elle était «faible mais suffisante». (cf. tableau 50) Les personnes qui ont répondu «faible» habitent plus souvent dans les quartiers Fabregoules-Caillols- Rougière-Peyrards (IRIS n 1), celles qui ont répondu «intensive» ou «régulière» dans les quartiers de Pré de l'aube-centre (IRIS n 2) et Notre Dame (IRIS n 4). Il existe un lien avec les personnes qui déclarent des gens bruyants : celles qui répondent que ce problème est «très important» ou «assez important» répondent plus souvent que la présence policière est «faible» ; à l inverse, celles qui répondent «pas importante du tout» ou «peu importante» répondent plus souvent que la présence policière est «intensive». Il existe également un lien avec l entretien et la propreté du quartier. En effet, les personnes qui déclarent que l entretien du quartier est «pas satisfaisant du tout» ou «peu satisfaisant» répondent plus souvent que la présence policière est «faible» ; à l inverse les personnes qui déclarent que l entretien est «assez satisfaisant» ou «très satisfaisant» répondent plus souvent que la présence policière est «intensive». Il n y a cependant pas de lien avec les problèmes de drogue, les actes de vandalisme et les groupes de jeunes qui se rassemblent. 31 50) La présence policière est-elle? Intensive 3,8 % Régulière 40,9 % Faible 37,6 % Inexistante 15,6 % NSP 2,1 % En résumé, près des trois quarts des habitants de Septèmes-les-Vallons sont plutôt satisfaits de leur cadre de vie et n ont pas de demande de réassurance particulière.
2. Les opinions Selon vous, si l on pouvait consacrer plus d argent au problème de délinquance, devrait-on en priorité? - Aider et indemniser davantage les victimes, - Développer la prévention auprès des jeunes, - Aider les familles en difficulté, - Lutter contre l échec scolaire, - Installer des caméras de vidéosurveillance, - Recruter davantage de policiers, - Construire de nouvelles prisons. A travers cette question, nous avons donc tenté d amener les personnes interrogées sur un terrain plus réflexif et moins politisé que les questions habituelles sur les opinions. Plutôt que de leur demander si la sécurité est plus importante que le chômage ou la pauvreté, nous leur avons demandé leur avis sur le type de politique de prévention et de sécurité à développer en priorité. Les résultats sont très intéressants et nous ont un peu surpris. La réponse la plus souvent citée est en effet «lutter contre l échec scolaire» (44%) - ce qui se révèle très lucide au regard des recherches sur les facteurs d entrée dans la délinquance 3 -, suivi de «développer la prévention auprès des jeunes» (37%) et «recruter davantage de policiers» (34%) (cf. tableau 52). La proposition «Installer des caméras de vidéosurveillance» n arrive qu en quatrième position, ne récoltant les suffrages que d un cinquième des répondants. Notons par ailleurs que les personnes qui citent le plus souvent «la délinquance» comme problème prioritaire en France ont plus souvent cité qu on devrait en priorité «recruter des policiers» si l on pouvait consacrer plus d argent au problème de délinquance. L opinion sécuritaire se porte donc sur une demande de police et non de vidéosurveillance. 32 Notons enfin qu il n a pas de lien entre les réponses à cette question et le fait d avoir par ailleurs déclaré des victimations. 51) Selon vous, si l on pouvait consacrer plus d argent au problème de délinquance, devrait-on en priorité? * Lutter contre l échec scolaire 43,6 % Développer la prévention auprès des jeunes 37,2 % Recruter davantage de policiers 33,6 % Installer des caméras de vidéo-surveillance 20,0 % Aider les familles en difficulté 18,0 % Construire de nouvelles prisons 9,9 % Aider et indemniser davantage les victimes 9,1 % Aucune de ses propositions 2,8 % Refus de répondre 1,5 % * La somme est supérieure à 100 % car les personnes pouvaient citer deux réponses différentes. 3 L. Mucchielli, «Une activité délinquante à défaut d emploi?», Chroniques du travail, 2012, n 2, p. 214-229.
3. Les peurs Deux questions ont été posées sur le sentiment d insécurité : - Dans votre propre quartier, vous arrive-t-il d avoir peur quand vous sortez le soir? - Vous arrive-t-il d avoir peur à votre domicile? Les habitants se Septèmes-les-Vallons ne sont globalement pas apeurés. Plus des trois quarts (76%) des personnes interrogées déclarent ne pas avoir peur le soir dans leur propre quartier, contre 8% qui déclarent avoir «toujours» ou «souvent» peur. (cf. tableau 53). Par ailleurs, plus de 8 personnes sur 10 répondent ne jamais avoir peur à leur domicile, contre 4% y avoir peur «toujours» ou «souvent» (cf. tableau 54). En compilant les deux questions, c est seulement 2% de la population qui a «toujours» ou «souvent» peur à la fois dans leur quartier et chez eux. A titre comparatif, dans l enquête 2009 «Victimation et sentiments d insécurité en Ile-de-France» de l Institut d Aménagement et d Urbanisme de la région Ile-de-France, les personnes déclaraient davantage avoir peur : 8% au domicile (soit 2 fois plus qu à Septèmes) et 22% dans leur quartier (soit quasiment 3 fois plus qu à Septèmes). Concentrons-nous à présent sur le profil de la petite minorité d habitants apeurés. Les personnes qui ont répondu avoir «toujours» ou «souvent» peur dans leur quartiers sont plus souvent des femmes, des habitants de Notre Dame (IRIS n 4) et des familles monoparentales. Il existe des liens avec les problèmes de drogue dans le quartier et les groupes de jeunes qui se rassemblent. Les personnes qui déclarent des problèmes («très important» ou «assez important») répondent plus souvent avoir peur dans leur quartier («toujours» ou «souvent»). La perception de son environnement immédiat influe donc sur la peur d y être victime de quelque chose. De même que l expérience réelle de la victimation peut logiquement renforcer la peur que cela recommence. Il existe ainsi un lien entre la peur au domicile et le fait d avoir été victime de vol (ou de tentative de vol) d objet dans ou sur la voiture, d acte de vandalisme sur son véhicule, de cambriolages (ou tentative) de son domicile et enfin d injures ou de menaces verbales. 33 Ces constats corroborent ceux des enquêtes locales du CESDIP (2005) : «L exposition au risque délinquant a sur les peurs une influence beaucoup plus directe que sur la préoccupation sécuritaire ceux qui ont été victimes, surtout d agression, ont plus souvent peur que les autres». 52) Dans votre propre quartier, vous arrive-t-il d avoir peur quand vous sortez le soir? Toujours 4,4 % Souvent 3,5 % Quelquefois 14,0 % Jamais 75,7 % NSP 2,4 %
53) Vous arrive-t-il d avoir peur à votre domicile? Toujours 1,5 % Souvent 2,2 % Quelquefois 12,7 % Jamais 83,3 % NSP 0,3 % Vous avez déclaré avoir des enfants, ou vivre avec des enfants. Avez-vous peur qu ils se fassent agresser? Posée uniquement si la personne a ou vit avec des enfants soit les deux tiers de la population Si la grande majorité des habitants n a pas peur pour soi, la condition parentale génère en revanche de façon apparemment structurelle une inquiétude pour ses enfants. Ainsi la majorité des personnes qui ont des enfants a peur qu ils se fassent agresser, d abord dans la rue (47%), puis dans les transports en commun (37%) et à l école (29%). (cf. tableau 55). Il n y a pas de liens entre le fait d avoir peur pour ses enfants et le fait d avoir été victime excepté dans le cas du vol (ou la tentative de vol) de voiture. 54) Avez-vous peur que vous enfants se fassent agresser? 34 A déclaré ne pas avoir peur 47,9 % A déclaré avoir peur 52,1 % a peur lorsqu il est dans la rue 46,9 % a peur lorsqu il est dans les transports en commun 36,6 % a peur lorsqu il est à l école 29,3 % a peur lorsqu il est dans un lieu de loisir 28,9 % a peur lorsqu il est à votre domicile 7,9 % En conclusion sur le sentiment d insécurité, nous avons vu qu il est particulièrement faible à Septèmes-les- Vallons et qu il n a que peu de liens avec la victimation réelle. En réalité, ce qui inquiète le plus une minorité d habitants (l inquiétude inhérente à la condition de parent étant mise à part), principalement des adultes habitants des quartiers HLM, ce sont davantage des éléments pesant sur l ambiance de leur quartier et sur le cadre concret de leur vie quotidienne, à commencer par les dégradations qu ils attribuent le plus souvent à des groupes de jeunes. On retrouve ici le problème classique des «incivilités», de l oisiveté contrainte des grands adolescents et jeunes adultes et des problèmes de voisinage que pose leur stagnation quasi quotidienne dans l espace public ou les parties communes d immeuble.
Conclusion Globalement, au regard du reste de l agglomération marseillaise, la commune de Septèmes-les-Vallons est peu touchée par les problèmes de délinquance. La situation est particulièrement «calme» et «peu violente» de l avis de tous les professionnels concernés 4. Ceci ne signifie naturellement pas qu il ne s y passe rien. Mais quoi précisément? Retenons la hiérarchie réelle des victimations révélée par l enquête de victimation, sachant que environ un tiers de la population septémoise de plus de 15 ans déclare avoir subi en 2011 au moins une victimation 5. 1 L ensemble de ce qui est perçu comme de l agression verbale ou morale (l on considère ici les discriminations comme telles) constitue de loin le premier type de victimation déclaré. 2 Un deuxième ensemble de victimations concerne les véhicules (vols (ou tentatives de vol) de la voiture, vols (ou tentatives de vol) dans ou sur la voiture, dégradation de véhicule). 3 Viennent ensuite les cambriolages. 4 Dans des proportions équivalentes, arrivent ensuite les escroqueries, puis les vols (ou tentatives de vol) de vélos et de deux-roues à moteur. 5 Les violences physiques constituent des victimations très rares. 6 Les violences sexuelles sont inexistantes dans l enquête. Ces résultats sont globalement conformes à ceux mis en évidence dans les enquêtes nationales 6. Les proportions de victimes sont par ailleurs inférieures à celles mises en évidence dans les enquêtes locales menées en région parisienne 7. 35 Concluons à présent sur les violences verbales et les discriminations qui constituent, à Septèmes-les-Vallons, les premières victimations déclarées par les habitants. Rappelons d abord trois autres résultats majeurs de l enquête. Primo, les principaux problèmes relationnels impliqués dans les injures et les menaces sont d abord les conflits de voisinage et les querelles d automobilistes, ensuite les incidents survenus dans le cadre du travail. Secundo, 80% de ces injures ou menaces déclarées par les répondants ont eu lieu en dehors de la ville de Septèmes-les-Vallons. Tertio, l immense majorité des injures ou menaces déclarées par les enquêtés sont donc survenues entre des personnes ne se connaissant pas. Ajoutons aussi que les victimes sont principalement des femmes. En d autres termes, les habitant(e)s de Septèmes-les-Vallons sont avant tout confronté(e)s non pas du tout à un risque d atteinte à leur intégrité physique, ni même à un risque d atteinte à leurs biens. En tout premier lieu, en terme de risque statistique, ils sont fondamentalement exposés à l agressivité ordinaire des relations sociales dans la société française contemporaine, en liaison avec l anonymat croissant de ces relations ainsi qu avec toute une série de situations provoquant du stress. Ceci n en souligne que de façon plus criante la nécessité pour les collectivités territoriales en général, et les communes en particulier, de penser ce problème majeur des relations sociales, ce problème majeur de vivre-ensemble dans la vie quotidienne. Tout ce qui peut au contraire être fait pour réduire cet anonymat, développer ces échanges, permettre de mettre 4 Cf. Le rapport complet sur le Diagnostic local de sécurité (ORDCS, 2012). 5 On ne peut que recommander à l avenir la réalisation d une enquête sur les enfants, probablement en milieu scolaire. 6 Cf. notamment Ph. Robert, R. Zauberman, S. Névanen, Cadre de vie et sécurité. Analyse des enquêtes pour 2005-2006 et 2006-2007, Guyancourt, Etudes et données pénales n 107, 2011. 7 Cf. la série des «enquêtes locales 2005» réalisées par le CESDIP et publiées dans la collection «Etudes et données pénales» (http://www.cesdip.fr/spip.php?rubrique31).
de la rencontre, du lien, de la parole, de l échange, de la médiation, s avère essentiel. Les communes ont de ce point de vue des outils tels que leurs politiques d animation sociale, leurs politiques culturelles, leurs politiques de transport et de déplacement, leurs politiques de solidarités sociales et générationnelles, la formation à la médiation et à la gestion de conflit pour les agents municipaux... Des actions-formations issues de recherches tel que le programme «Violence verbale, fulgurances au quotidien. Comprendre et agir» de l Université de Montpellier ciblent directement cette problématique : «Dans la rue, au travail, dans le cadre scolaire ou en famille, chacun peut se trouver un jour ou l autre confronté à de la violence verbale. Elle malmène et fragilise les relations, menace et blesse l intégrité des personnes. Parce que la violence verbale fulgurante s adresse aux émotions, elle est vécue et ressentie avant d être clairement définie et circonscrite» 8. Récréer de l interconnaissance, du lien et des échanges, apparaît comme le meilleur moyen de procurer à chacun ce fameux «respect» dont on comprend mieux l une des raisons pour lesquelles il est probablement devenu un des mots-clefs de la société française contemporaine. Enfin, cette réflexion doit aussi progresser en se demandant, a contrario, non pas «comment favoriser les échanges positifs entre habitants?», mais aussi «qu est-ce qui fait obstacle à ces échanges et qu est-ce qui les rend négatifs?». L enquête livre en effet ici un dernier enseignement majeur en révélant l ampleur des discriminations ressenties par une partie des habitants, en particulier une catégorie particulière de la population. Si l on admet que la couleur de peau, l origine et la religion désigne en réalité le plus souvent la même population (celle dite «d origine maghrébine»), alors il faut considérer que cette dernière (l origine maghrébine) concentre plus de la moitié des discriminations déclarées. Ajoutons à cela qu il s agit de discriminations restant sans réponse institutionnelle puisque 90% des victimes n ont rien fait après les avoir subies et que, de façon typique, aucune d entre elles n a saisi la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l Egalité (institution désormais intégrée au sein du Défenseur des droits). En d autres termes, il s agit de victimations silencieuses, mais qui n en impactent pas moins sur le psychisme de celles et ceux qui les subissent et qui ne peuvent que contribuer un peu plus à dégrader le vivre-ensemble, à mettre au ban certaines catégories de la population, à entretenir le sentiment d impunité des auteurs de ces victimation et la colère muette mais non moins forte des victimes. L on sait aussi que ce sentiment d être discriminé, a fortiori de l être en vertu d une forme de racisme, est un puissant facteur de construction de formes de contre-stigmatisation et de contre-racisme. Nous voilà ici au cœur d un conflit devenu classique dans la société française, sans doute particulièrement vif dans la région provençale pour des raisons historiques (l importance de la population d origine algérienne, qu il s agisse des «Arabes», des «Pieds Noirs» ou des «Harkis») et qui n a jamais totalement disparu faute d être jamais totalement parlé et donc apaisé. Depuis les années 1980, les violences liées à ce conflit sont bien moins importantes dans la vie sociale quotidienne, mais elles se sont transportées sur la scène politique où la peur, le rejet et la stigmatisation des populations d origine maghrébine n ont jamais cessé, dans les discours de l extrême droite notamment 9. L on peut aussi considérer avec de nombreux auteurs que ces mécanismes de rejet se sont accrus dans les années 2000 du fait du développement très fort de la peur de l Islam voire même de l islamophobie, dans ses formes dures (les amalgames explicites entre Islam et violence, la présentation de l Islam comme un obstacle par principe à l intégration, etc.) comme dans ses formes apparemment plus douces (l exclusion de telle ou telle scène de la vie sociale de femmes portant simplement un foulard sous 36 8 Voir le site du Centre régional de documentation pédagogique de l Académie de Montpellier : http://www.crdpmontpellier.fr/produits/violence_verbale/ba.htm 9 A cet égard, il est difficile de ne pas mentionner le fait que, au première tour de l élection présidentielle de 2012, c est la candidate d extrême droite M. Le Pen qui est arrivée en tête à Septèmes-les-Vallons avec environ 30 % des voix, soit 8 points de plus que F. Hollande et que N. Sarkozy.
couvert de laïcité) 10. Du reste, le Collectif Contre l Islamophobie en France (CCIF) constate dans ses rapports annuels que ce sont les femmes qui sont les premières victimes d islamophobie, principalement sous forme d agression verbale et en raison du fait qu elles sont voilées 11. Comment tout ceci se traduit-il dans la vie quotidienne dans la ville de Septèmes-les-Vallons? Et comment ce conflit ancien traversant la société française participe-t-il de ce qui est un des constats majeurs de l enquête de terrain menée par ailleurs dans le cadre de ce diagnostic, à savoir la coupure psycho-sociospatiale qui isole - dans les pratiques comme dans l imaginaire de nombreux septémois - un quartier du reste de la ville : le quartier de La Gavote-Perret? Voilà un bel enjeu de réflexion et d actions partenariales à mener contre les peurs, les représentations erronées et les discriminations qui en découlent souvent, dans le cadre des politiques de prévention, de l accès au droit (contre le silence des discriminés), de la politique culturelle... en mobilisant non seulement les services municipaux et ceux des autres collectivités (y compris l Etat) mais aussi tout le secteur associatif. Il y va, là encore, de la qualité du vivre-ensemble à Septèmes. 37 10 T. Deltombe, L'Islam imaginaire : la construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, Paris, La Découverte, 2006 ; R. Liogier, Le mythe de l islamisation, essai sur une obsession collective, Paris, Seuil, 2012. 11 Voir leur site : http://www.islamophobie.net/