Relever ensemble le défi de la sécurité alimentaire au Niger



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Relever ensemble le défi de la sécurité alimentaire au Niger Revue critique des expériences de la SNV aux côtés des agriculteurs et des pasteurs Juin 2014 Coordination de la publication

Relever ensemble les défis de la sécurité alimentaire au Niger Revue critique des expériences de la SNV aux côtés des agriculteurs et des pasteurs Copyright avril 2014 Une publication de la SNV Niger / Secteur Agriculture et de l iram

Pour plus d informations, veuillez contacter : iram Paris (siège social) 49, rue de la Glacière 75013 Paris - France Tél. : (+33)1 44 08 67 67 Fax : (+33)1 43 31 66 31 iram Montpellier Parc scientifique Agropolis Bâtiment 3 34980 Montferrier-sur-Lez - France Tél. : (+33)4 99 23 24 67 Fax : (+33)4 99 23 24 68 SNV Organisation Néerlandaise de Développement Bureau de Niamey Représentation nationale Secteur Agriculture Avenue Zarmakoye BP 10110 Niamey - Niger Tél: (+227) 20 75 36 33 / 20 75 20 52 ntraore@snvworld.org www.snvworld.org/niger iram@iram-fr.org www.iram-fr.org

Auteurs / Contributeurs (par ordre alphabétique) Richard Adjobo, SNV Niger Alio Daddy, SNV Niger Bachir Issa, SNV Niger Salamatou Dioffo, SNV Niger Saratou Malam Goni, SNV Niger Rhaly Ag Mossa, SNV Mali Zeinabou Ouédraogo, SNV Niger Maïmouna Ousmane, SNV Niger Nata Traoré, SNV Niger Coordination / Edition (par ordre alphabétique) Agnès Lambert, Iram Paris Judith Lenti-Sidibé, SNV Niger Marion Tréboux, Iram Montpellier Nata Traoré, SNV Niger

Remerciements Cette publication est le fruit d un processus de réflexion critique et de la collaboration entre la SNV Organisation Néerlandaise de Développement et l Iram - Institut de Recherches et d Applications des Méthodes de développement. Le secteur Agriculture de la SNV Niger tient à remercier Mme Agnès Lambert et Mme Marion Tréboux de l Iram, dont la facilitation et les éclairages furent très utiles lors du cadrage, de l écriture et de la révision de ce document de capitalisation. Nous tenons à remercier : Les conseillers agriculture, Cissé Youssoufou Boubacar, Idrissa Mahaman Manzo Kekan Laouali, Salifou Laouali, Guirguir Abakaga, Hamissou Amadou pour leur contribution et leur soutien tout au long de la rédaction de l ouvrage. La SNV Mali pour sa collaboration à la rédaction de cet ouvrage à travers la contribution de Rhaly Ag Mossa, conseiller agriculture à SNV Niger. Nos partenaires et clients, la Banque Mondiale et la Direction de la coopération Suisse au Niger à travers les projets PASEL et PRODEX, pour la confiance faite à la SNV. Enfin, le secteur agriculture remercie sincèrement tous ceux, trop nombreux pour être nommés, qui ont contribué à faire de cette revue critique une publication de qualité. 5

Préface Chère lectrice, Cher lecteur, Les pays du Sahel sont confrontés de façon récurrente aux crises alimentaires avec leur corollaire de malnutrition, de maladies et de mortalité, les enfants de moins de 5 ans et les femmes en particulier. Chaque année environ 20% des populations du Sahel vivent dans la faim et le Sahel connaît une crise alimentaire aigüe une année sur cinq. L Afrique de l Ouest et du Centre sera confrontée à deux défis majeurs dans les années à venir : sa population aura atteint 610 millions d habitants d ici 2025 et les besoins alimentaires auront augmenté de 50 à 80% ; les changements climatiques vont accroître l imprévisibilité des phénomènes climatiques et leur intensité, accentuant sécheresses et/ou inondations. Le tableau apparaît sombre, mais les populations sont elles-mêmes le moteur de leur propre développement, pour peu qu on valorise et renforce leurs capacités et que les solutions élaborées et mises en œuvre par les acteurs du développement soient concertées, adaptées et étendues lorsqu elles sont efficientes. C est la conviction de la SNV. Au Niger, en matière d agriculture, la SNV intervient depuis 2005 en soutien aux organisations de la société civile pastorale pour faciliter et renforcer la mobilité pastorale qui est l une des meilleures réponses au déséquilibre agro-climatique Sahélien, et accompagne les producteurs (trices) dans les filières oignons et niébé qui sont génératrices de revenus au Niger. Au-delà des réponses d urgence apportées par d autres organisations, le positionnement de la SNV sur le développement de l activité agropastorale et le renforcement de la position des ménages (hommes et femmes) dans les chaînes de valeurs à haut potentiel cherche à contribuer de manière durable et appropriée à l amélioration de leur résilience et de leur sécurité alimentaire. 6

Aujourd hui, la SNV Niger est fière de partager avec vous le document «Relever ensemble les défis de la sécurité alimentaire au Niger, Revue critique des expériences de la SNV aux côtés des agriculteurs et des pasteurs». La présente publication est le résultat de la collaboration entre la SNV Niger et l Iram - Institut de Recherches et d Applications des Méthodes de développement. Elle a pour objectif de faire un retour critique des expériences de terrain de la SNV Niger et de sa contribution en matière de sécurité alimentaire. Le livre capitalise les démarches, les processus et les résultats atteints des interventions en matière de sécurité alimentaire et le renforcement de la résilience des ménages ruraux au Niger à travers les projets et programmes mis en œuvre par la SNV. En même temps il propose des pistes pour améliorer l impact des interventions sur la sécurité alimentaire des ménages ruraux dans un contexte de changement climatique, de dysfonctionnement des marchés céréaliers régionaux et de croissance démographique galopante. Cette réflexion vient questionner les actions des organisations nationales et internationales dans un contexte de récurrence des crises alimentaires au Niger, ce qui expose fortement les populations rurales à une vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle fréquente et oblige donc les acteurs de terrain à analyser leur démarches et résultats pour les améliorer et rendre encore plus efficaces face à cette réalité. La capitalisation critique ici présentée sert à renforcer nos connaissances sur nos propres actions et aussi à partager avec les autres acteurs du développement nos expériences, nos démarches, ainsi que les leçons que nous avons tirées de nos expériences, les obstacles que nous avons rencontrés et les solutions que nous avons pu y apporter. Partager les connaissances avec nos partenaires est, pour la SNV, essentiel pour créer des synergies, impliquer les autres acteurs pour faire de nos actions des succès et mettre en place des équipes gagnantes afin de relever ensemble les défis de la sécurité alimentaire au Niger. William STRINGFELLOW Directeur SNV Niger 7

Sommaire 1. Comprendre les enjeux de secteur agricole au Niger...10 1.1. Contexte et dynamique du secteur agricole au Niger... 10 1.2. Les initiatives institutionnelles en faveur de la sécurité alimentaire... 14 1.3. La SNV au Niger aux côtés des producteurs, transformatrices et des éleveurs... 14 1.3.1. L engagement de la SNV pour le secteur de l élevage... 16 1.3.2. L engagement de la SNV pour les filières oignon et niébé... 18 1.4. Mapping des projets de la SNV depuis 2005... 20 1.5. La démarche de capitalisation des expériences de la SNV... 22 2. Les actions de la SNV pour la sécurité alimentaire et la résilience...24 2.1. Comment comprendre les enjeux, cibler les bénéficiaires et suivre les effets sur la sécurité alimentaire... 24 2.1.1. L étape de diagnostic : identifier la place des vulnérables dans les filières à enjeu alimentaire, identifier les leviers d action... 24 2.1.2. Ciblage et démarche inclusive, mobilisation des acteurs clés... 28 2.1.3. Suivi-évaluation... 29 2.2. Pratiques de contribution à la sécurité alimentaire et à la résilience des ruraux... 31 2.2.1. Améliorer la disponibilité des produits alimentaires et la résilience des systèmes de production... 31 2.2.2. Augmenter et diversifier les revenus et l emploi... 38 2.2.3. Favoriser une alimentation plus diversifiée par la production et la transformation locale de produits à haute valeur nutritionnelle... 42 2.2.4. Créer un environnement favorable garantissant les moyens d existence... 44 3. Approche chaine de valeur au bénéfice de la sécurité alimentaire et des plus pauvres au Niger?...52 4. Conclusion et perspectives...57 9

1. Comprendre les enjeux du secteur agricole au Niger 1.1. Contexte et dynamique du secteur agricole au Niger Le territoire du Niger comprend 3 zones agro-climatiques 1 qui correspondent à des systèmes de production différents : (i) l immense zone saharienne et sahélienne qui représente 84% du territoire ; elle est à vocation essentiellement pastorale, l élevage transhumant permettant de tirer profit de ces grands espaces sans les dégrader. Des productions irriguées relativement intensives et intégrées à l élevage sont présentes dans les oasis. En dépit de la Loi N 61/5 du 26 Mai 1961 fixant une limite Nord des cultures, les cultures agricoles s étendent progressivement sur cette zone, avec pour conséquences les dégâts d animaux et les conflits agriculteurs-élevage 2 ; (ii) la zone sahélo-soudanienne qui représente 15% du territoire ; elle est caractérisée par l association élevage et agriculture avec la production de céréales (mil et sorgho) et de légumineuses avec des possibilités plus importantes de production de contre-saison ; (iii) la zone soudanienne qui représente 1% du territoire avec une pluviométrie supérieure à 600mm, caractérisée par l association élevage et production de céréales (mil et sorgho) et une pratique généralisée des cultures irriguées de contre-saison grâce au fleuve Niger. 1 Source : Comité interministériel de pilotage de la Stratégie de développement rural ; Secrétariat exécutif. Septembre 2004. Le Zonage agro-écologique du Niger) 2 La pluviométrie moyenne varie de 200 à 300 mm d eau par an. 10

L extrême aridité, les aléas pluviométriques ainsi que la mauvaise gestion de la fertilité des terres sont des contraintes majeures à la production céréalière au Niger. En terme de population, le Niger compte, selon l Institut National des Statistiques, près de 17 millions d habitants (RGP/H, 2012) dont l essentiel est concentré dans les zones sahélo-soudanienne soudanienne. Près de 80% de la population est rurale et tire ses moyens d existence de l agriculture, de l élevage et de l exploitation des ressources naturelles (pêches, exploitation forestière) 3. Du point de vue démographique, le Niger a la spécificité de présenter un taux d accroissement annuel de la population de 3,3% ce qui se traduit par une population très jeune et un doublement de la population tous les 20 ans. Cette croissance démographique nationale, parmi les plus importantes au monde, est un défi majeur en termes de développement rural, d emploi pour les jeunes et de gestion durable des ressources naturelles. En termes d évolution des modèles agricoles, la forte croissance démographique combinée à une réserve limitée en terres arables se traduit par une forte pression sur le foncier. Les espaces cultivés s étendent vers des zones peu propices autrefois complètement dévolues à l élevage, augmentant les conflits sociaux autour des ressources naturelles. Ce mouvement d extension des surfaces cultivées se combine avec un important morcellement du foncier : il est difficile pour un agriculteur de fournir un espace de terre suffisant pour permettre à chacun de ses fils de faire vivre sa propre famille. Dans ces conditions, l accès des femmes au foncier est encore plus délicat. 3 L agriculture (agriculture, élevage, pêche et forêt), occupe plus de 80% de la population active du Niger. La contribution du secteur agricole sur la période 2007-2009 à l économie nationale représentait en moyenne 42,8% du PIB (PDES, 2012). 11

L Institut National de Statistiques rend compte de cette tendance en indiquant que le tonnage des principales productions alimentaires (sorgho, mil et niébé) a augmenté de façon constante entre 1998 et 2011, essentiellement du fait de l extension des surfaces cultivées à l exception notable de la culture du niébé pour laquelle on a observé une amélioration du rendement. A l exception de quelques terroirs, il y a peu d intensification et l évolution des modèles de production agricole est restée très limitée, voire archaïque, du point de vue technique. Le renouvellement de la fertilité des sols est difficilement assuré faute de fumier, de restitution des résidus de culture, de compost et d un accès suffisant aux engrais minéraux. Par ailleurs, au-delà du facteur démographique, un important facteur d évolution du monde agricole est le changement climatique. Au-delà des tendances globales attendues en termes d évolution du climat, c est surtout l augmentation de la fréquence des aléas climatiques extrêmes et le phénomène de changement de régime des pluies, moins bien réparties dans le temps et l espace, qui rendent plus incertains l agriculture et l élevage. La période des pluies et leur régularité ne correspondent plus aux modèles traditionnels, ce qui complique la conduite des activités pour les éleveurs et les cultivateurs : augmentation du travail pour semer à plusieurs reprises les parcelles cultivées, épuisement rapide des pâturages obligeant à un retour anticipé des troupeaux vers les zones cultivées, campagne agricole plus courte restreignant le choix des cultures possibles, inondations fréquentes des zones de bas-fonds entrainant la perte des récoltes, des habitations, voire des vies humaines, etc. Cette perturbation du régime des pluies crée un contexte d instabilité pour la production agricole, la gestion des pâturages et au final les revenus des ruraux. 12

Le Niger et le changement climatique : quelles informations des modélisations climat? La prévision du changement climatique se base sur différentes modélisations dont la fiabilité et la précision sont variables. S il existe un consensus sur des projections climatiques à l échelle planétaire à long terme, il s avère extrêmement difficile de prédire de façon précise le climat futur à l échelle du Niger et encore plus de ses différentes régions. Les modèles climatiques s accordent néanmoins sur différents points en termes d évolution d ici à 50 ans : une tendance à la hausse des températures moyennes et une incertitude sur la tendance en termes de précipitations moyennes (certains modèles prédisant une augmentation des précipitations sur le Sahel). Néanmoins, compte tenu de la tendance à l augmentation des températures, cela n aura pas nécessairement un impact positif sur la production de biomasse, car, à partir de certaines températures, l évapotranspiration est très forte et la photosynthèse par les plantes devient moins productive. De plus, la répartition des pluies est importante pour sa transformation en eau utile pour les plantes cultivées : si toutes les précipitations sont concentrées sur une courte période, seule une faible partie de cette eau est captée par le couvert végétal. L augmentation des phénomènes extrêmes prévue par certains modèles n est pas rassurante sur ce point ; une extension des zones sèches du fait de l augmentation de la température dans les zones tropicales sèches impactant sur l indice d aridité ; une augmentation des aléas et des épisodes extrêmes : les éléments de tendance portent moins sur les moyennes de précipitations et de températures que sur le régime des pluies et la survenue plus fréquente d épisodes climatiques extrêmes. Cela a un impact très fort sur la stratégie de gestion des risques pour les activités humaines dépendant des ressources naturelles. En d autres termes, les modèles agricoles traditionnels se sont déjà beaucoup transformés dans les 20 dernières années mais ils touchent désormais leurs limites en termes de durabilité, aussi bien au niveau environnemental qu économique et social. Cette combinaison de différents facteurs (pression démographique, atteintes des limites de l exploitation durable des ressources naturelles selon les modèles existants, augmentation des aléas climatiques frappant l agriculture et l élevage) conduit à l augmentation de la fréquence des crises alimentaires sévères depuis 1966 4. Récemment, après la crise alimentaire très médiatisée de 2005, le Niger a connu en 2010 une crise de plus grande ampleur qui cumulait comme causes la sécheresse et les invasions acridiennes. Plus de 7,1 millions de personnes ont été déclarés en «insécurité alimentaire modérée ou sévère» par l Institut national de la statistique (INS) et par le Système d alerte précoce (SAP). Chaque crise alimentaire a des impacts immédiats, avec des conséquences graves sur les catégories de populations les plus vulnérables, enfants, femmes enceintes et allaitantes. Certains impacts sont plus différés et structurels, certaines familles vendant leurs terres ou leurs troupeaux pour avoir de l argent rapidement et acheter des vivres. Une fois la crise passée, ces familles disposent d un capital productif très réduit pour relancer leur activité agricole ou d élevage. Cela conduit à une augmentation des migrations temporaires mais aussi définitives, ce qui explique le taux de croissance des villes deux fois supérieur à celui des campagnes. 4 Depuis 1966, le pays a été confronté à neuf (9) chocs de production d ampleur variable soit en moyenne un choc de production tous les cinq ans. 13

1.2. Les initiatives institutionnelles en faveur de la sécurité alimentaire Conscient de l enjeu consistant à mieux prévenir, anticiper et gérer ces crises, en 2011, avec l avènement de la 7 e République, le Président du Niger a lancé l initiative 3N «les Nigériens nourrissent les Nigériens», une politique qui mise sur le secteur agricole et qui refuse que les sécheresses ne se transforment en famine. Cette initiative s est accompagnée d une mobilisation de ressources de plus de 900 milliards de FCFA alloués à l agriculture et à l élevage, afin d assurer la sécurité alimentaire et d accroître les revenus des paysans et des éleveurs. Une Haute Autorité de la Sécurité Alimentaire (HASA) a été instituée pour «concilier les actions d urgence et les actions s attaquant aux causes structurelles». Cette volonté politique s est concrétisée par la mise en place d un cadre d orientation, de pilotage et de contrôle qualité pour les différentes interventions de développement et d urgence. L accent a beaucoup été mis sur les dispositifs d anticipation et d atténuation des crises. Lors des épisodes sévères, toute une palette de dispositifs d urgence est mise en place, le plus souvent dans la période critique de soudure : aide alimentaire, cash for work, Cash transfer, distribution d aliment bétail. Les réflexions sont à l œuvre pour développer des dispositifs de redressement permettantaux familles rurales de redémarrer plus facilement leur activité après la crise (stratégies de reconstitution des troupeaux, lutte contre l endettement des producteurs) et être ainsi capable de subvenir elles-mêmes à leurs besoins à plus long terme. Dans le cadre du Programme National d Action pour l Adaptation (PANA), des réflexions sont menées sur différents secteurs-clés pour adapter les stratégies d existence des populations et tenter de rendre leurs moyens d existence moins vulnérables aux prochains chocs. 1.3. La SNV au Niger aux côtés des producteurs, transformatrices et des éleveurs La SNV est une organisation internationale de développement, fondée en 1965 aux Pays-Bas. Elle s est établie au Niger en 1978 suite aux effets de la grande sécheresse. Elle a travaillé dans 6 des 8 régions qui composent le pays (Dosso, Tillabéry, Tahoua, Maradi, Zinder et Niamey) en mettant en place des projets gérés par des équipes aux compétences pluridisciplinaires. 14 A partir de 2007, la SNV a évolué en s autonomisant vis-à-vis du Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International aux Pays-Bas en diversifiant ces sources de financement. La SNV n est pas un bailleur de fonds. Elle se positionne en appui aux organisations locales pour l empowerment des acteurs économiques afin de leur permettre un accès rémunérateur au marché. Elle est spécialisée dans le soutien à l émergence des expertises locales au sein des acteurs du développement. La SNV développe les capacités locales, renforce les systèmes de gouvernance et facilite l accès des producteurs démunis aux opportunités de marchés, sur la base de ses connaissances, de son expérience et de son importante présence locale depuis des décennies. Cette transformation institutionnelle s est accompagnée d un recentrage technique sur les secteurs agriculture, eau-hygiène-assainissement et les énergies renouvelables.

L intervention de la SNV dans le secteur Agriculture est basée sur une approche à trois volets : un positionnement renforcé des paysans (petites exploitations) dans la chaîne de valeur, la promotion d une agriculture favorable au climat et la facilitation pour un meilleur accès à l alimentation. En 2008, la situation alimentaire au niveau de l Afrique de l Ouest est apparue comme un enjeu de plus en plus aigu, avec une part importante de la population sous-alimentée et une malnutrition inquiétante, notamment chez les enfants en bas âge. Ce contexte, accentué par les émeutes de la faim, a eu pour conséquence un retour massif de l agriculture sur les agendas politiques et de l aide au développement des principaux bailleurs de fonds des pays du Sahel. Cela a confirmé l engagement de la SNV sur le secteur agricole. Dans sa stratégie 2011-2015, la SNV s est fixé les trois objectifs prioritaires pour le secteur rural : Accroitre les revenus et les emplois des petits producteurs ; Améliorer la sécurité alimentaire et les conditions de vie des groupes vulnérables ; Renforcer la durabilité environnementale de la production agricole, face aux défis du changement climatique. De manière plus large, sur le terrain, ces choix stratégiques en matière d appui à la sécurité alimentaire et l identité originale de la SNV se traduisent par une attention particulière accordée à la dimension organisationnelle et humaine du changement dans un contexte de crises alimentaires récurrentes et de dysfonctionnement des marchés céréaliers régionaux avec un très faible accroissement de la productivité et de la production locale. Les conseillers de la SNV Niger sont avant tout des facilitateurs de processus de développement avec une expertise solide en développement de capacités entrepreneuriales : conseils en diagnostic et développement organisationnel, construction de partenariats, coaching, leadership, réseautage, facilitation de processus multi acteurs, appui au développement de systèmes de production et de commercialisation la diversification des produits alimentaires locaux par la transformation, etc. 15

Après 35 ans d actions sur le terrain, la SNV Niger est devenue un acteur reconnu dans l appui au développement rural, la gestion du foncier et des ressources naturelles, le renforcement des structures du code rural et des organisations de la société civile pastorale, le renforcement de la bonne gouvernance et la gestion inclusive des marchés à bétail dans le respect du genre, le développement des chaines de valeurs et l accès aux marchés. Ce renforcement de capacités cherche à donner aux bénéficiaires les moyens de poursuivre leur propre développement. Il s accompagne également de la mise à disposition d infrastructures au cas par cas (couloir de transhumance, entrepôt de stockage, unités de transformation, boutiques d intrants), quand leur existence est requise pour que le renforcement de capacité entrepris ait des effets concrets et durables. Concrètement, au Niger, la SNV a mené un travail de réflexion pour identifier des filières qui ont des effets positifs sur les revenus et l emploi au niveau des groupes et des zones les plus touchés par l insécurité alimentaire. 1.3.1. L engagement de la SNV pour le secteur de l élevage Au regard du contexte agro écologique du Niger avec environ 84% du territoire à vocation pastorale, la SNV a axé son intervention sur le secteur de l élevage au niveau des régions des espaces pastoraux d importance comme Tillabéry (Nord-Est), Tahoua (Ouest), Maradi (une partie du Nord -Est, la partie Nord-Ouest et le Sud), Zinder (Est, le Sud) et Dosso (Gaya, Dosso). Récemment, le programme le PASEL 6 a permis à la SNV de travailler à Doutchi, Loga, Dioundou et Tibiri sur les questions de facilitation de la mobilité pastorale. Les axes d intervention de la SNV sur ce secteur sont en premier lieu la sécurisation de la mobilité pastorale, la prévention des conflits entre les principaux utilisateurs des ressources, mais également la gestion des grands marchés à bétail et le développement des filières lait créatrices de revenus pour les femmes. Le premier axe concernant la sécurisation de la mobilité pastorale est essentiel. En effet il existe une synergie entre activités agricoles et élevage mais les équilibres qui prévalaient sont remis en question par l extension des zones cultivées. La pression accrue pour l accès aux ressources en pâturages et en eau est à l origine de nombreux conflits. Par ailleurs, les activités pastorales se déploient sur de larges espaces, souvent éloignés des services de l Etat et difficiles à sécuriser, les vols de bétail étant fréquents. La SNV travaille donc avec les différentes communautés pastorales mais également les organisations de producteurs, les autorités traditionnelles, les collectivités locales et les institutions du Code rural pour définir des règles de gestion et d usage des espaces et des points d eau et faire en sorte que ces règles soient reconnues par tous et appliquées. 16

Le second axe concernant la gestion des marchés à bétail rejoint la préoccupation d offrir un contexte plus sécurisant pour les transactions liées au bétail. La SNV fait également l hypothèse que des marchés à bétail mieux gérés peuvent offrir des prix plus rémunérateurs aux éleveurs, inciter les collectivités locales à investir dans des infrastructures dans le secteur de l élevage et favoriser le développement de services aux éleveurs (approvisionnement en aliment bétail, soins vétérinaires). Dans cette approche, la SNV est convaincue qu un contexte d élevage avec des services plus accessibles et efficaces et avec davantage de synergie entre les éleveurs et les différents acteurs locaux contribue également à une meilleure résilience de l élevage transhumant. En effet, ces différents services permettent aux éleveurs de réduire les pertes de bétail, de limiter les conflits et d éviter la dégradation des pâturages lors des épisodes aigus de sécheresse. Ils peuvent également se redéployer dans toute la vaste zone pastorale dès que les conditions redeviennent favorables pour l exploiter. Enfin, l accent fort mis sur le développement des filières lait se fonde sur le potentiel élevé de ce type d activités en matière de réduction de la pauvreté en milieu pastoral, spécialement pour les femmes. En effet, à l échelle nationale, le lait est un produit phare de consommation. La production locale de lait ne satisfait qu une partie de la demande nationale, ce qui implique près de 7,3 milliards de FCFA d importations annuelles de produits laitiers. Le développement des filières lait se heurtent à différentes difficultés : pendant l hivernage les troupeaux produisent beaucoup de lait mais sont dans des pâturages éloignés des bassins de consommations où les champs sont mis en culture ; pendant la saison sèche, la rareté de pâturages limite le nombre d animaux qu il est possible de maintenir près des bassins de consommation et réduit la production laitière ; les services vétérinaires et l accès à l aliment bétail sont peu développés ; le niveau de compétence reste faible pour la conservation et la transformation du lait selon des normes correspondant aux attentes des consommateurs urbains. 17

Sur la base de ce diagnostic, la SNV se positionne, en synergie avec le Ministère de l Elevage, en appui à la valorisation du lait de vache mais également du lait de chamelle, animal rustique et adapté aux conditions arides des zones pastorales du Niger. Dans cette optique, la SNV intervient spécifiquement pour renforcer l organisation de la collecte de lait des bassins de production vers les centres de transformation et de consommation. Cela se traduit par la facilitation des liens d affaires entre les productrices de lait et les mini-laiteries. Cela s accompagne en parallèle de renforcement des capacités techniques et la facilitation de l accès à différents services de proximité pour les pasteurs : vaccinations, fourniture d aliments pour bétail, conseil à la conduite d élevage laitier. 1.3.2. L engagement de la SNV pour les filières oignon et niébé Au niveau des grandes productions agricoles structurantes du monde rural nigérien, la SNV a choisi de s engager sur les filières niébé et oignon comptetenu de l importance de ces deux filières dans les moyens d existence de nombreux ménages d agriculteurs nigériens. Le niébé est une culture incontournable en zone pluviale, le plus souvent en association avec des céréales (mil et sorgho). Le niébé est «bon à tout». Il permet de satisfaire les besoins alimentaires et c est une source de protéines intéressante. C est également une culture de rente porteuse, le Niger exportant une part importante de sa production vers le Nigéria, le Ghana et le Togo et le revenu ainsi générés sert à acquérir des denrées alimentaires et à faire face aux autres besoins des ménages. L oignon est une des cultures phares des zones irriguées et l oignon du Niger est reconnu dans toute la sous-région. Près de 90% de la production est exporté à destination des pays côtiers. La production de l oignon crée de l emploi et la création de revenus pour au moins 100 000 ménages ruraux au Niger. Comme le niébé, les revenus tirés de l oignon sont destinés à acquérir des denrées alimentaires et à faire face aux besoins familiaux. Par ailleurs, la transformation du niébé comme de l oignon est une activité génératrice de revenus pour les femmes. La SNV s est engagée depuis 2005 dans la filière oignon et en 2007 dans la filière niébé. Elle a ainsi développé une bonne connaissance des acteurs et des dynamiques de ces productions. Ces expériences lui ont valu d être retenue comme agence pour l exécution du Projet de Développement des Exportations et des Marchés Agro-Sylvo- Pastoraux (PRODEX) financé par le Gouvernement du Niger et la Banque Mondiale. 18

En termes de stratégie d intervention sur ces filières majeures d exportation, la SNV collabore avec un important réseau de partenaires sur le terrain en privilégiant des solutions ancrées localement. L approche de la SNV vise une meilleure intégration des petits agriculteurs au marché à travers deux axes d intervention : i) une plus grande compétitivité via des services de proximité pour les petits producteurs et appui aux commerçants locaux à travers les centres de collectes et de commercialisation et les transformatrices, ii) l implication de ces derniers dans les mécanismes de commercialisation. Concernant le premier axe d intervention d amélioration de la compétitivité, des études de marché sont menées pour mieux cerner les besoins du marché (en termes de qualité notamment) et diagnostiquer les atouts et contraintes des modes actuels de production et de commercialisation. Cela se traduit ensuite par de multiples actions pour développer les services adéquats pour les producteurs : appui à l émergence de producteurs de semences améliorées, structuration de systèmes de fournitures d intrants et de financement correspondant, conseil technique pour le choix variétale aligné au marché et pour la conduite des cultures, diffusion de techniques de conservation poste récolte, etc. L amélioration de la compétitivité prend en compte aussi la transformation des produits qui présente une grande opportunité de création de valeur ajoutée et de diversification de la carte des produits. Concernant le second axe sur l implication des producteurs dans les mécanismes de commercialisation, la SNV facilite la mise en place de système de concertation multi-acteurs incluant les représentants des producteurs. Ces systèmes de concertation ayant vocation à mieux partager les informations entre acteurs au sein de la filière afin et d influencer la fixation des prix et garantir une satisfaction optimale de la demande. Par ailleurs, la SNV accompagne les producteurs et organisations de producteurs dans le déploiement et la diversification de relations d affaires dans le cadre de différentes opérations : fixation des prix (attractifs et rémunérateurs), gestion de l offre, warrantage, commercialisation groupée, vente groupée, commercialisation de semences certifiées, réponses à des appels d offre pour la constitution des stocks alimentaires de différentes institutions. A travers ses actions, la SNV améliore la capacité des producteurs à influencer la filière, les rendant ainsi moins vulnérables aux aléas de marché. Cette approche tient compte des contraintes agro climatiques et permet de mieux sécuriser le revenu des producteurs et donc leur capacité à faire face à leurs besoins alimentaires. 19

1.4. Mapping des projets de la SNV depuis 2005 PROJETS LOCALISATION BAILLEURS DATE DEMARRAGE ET FIN Renforcement de la filière oignon Niger Maradi, Zinder, Tahoua, Niamey Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) De 2005-2011 Sécurisation du système pastoral Niger Tahoua, Niamey, Zinder Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) 2007-2010 Renforcement de la filière niébé Niger Zinder, Maradi, Dosso Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS), Institut international d Agriculture Tropicale (IITA/Kano) 2007-2010 PASEL Projet d Appui au Secteur de l Elevage Niger 12 départements dans 3 régions : Abala, Tagazar, Filingué (Filingué), Loga, Dosso, Gaya, Dogon-doutchi, Tibiri et Dioundiou (Dosso), Guidan Roumdji, Dakoro et Bermo (Maradi) DDC et Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) Octobre 2010- Décembre 2014 PRODEX oignon Niger Régions Tahoua, Maradi, Zinder Diffa, Tillabéry, Dosso, Niamey et Agadez Gouvernement du Niger et Banque mondiale (chef de file : IRD) Février 2011- Avril 2014 PRODEX Niébé Niger Zinder, Dosso, Maradi, Tillaberi et Tahoua Gouvernement du Niger et Banque mondiale (chef de file : SNV) Mai 2011- Avril 2014 Amélioration de la gouvernance des marchés à bétail Niger Marchés à bétail de : Béla, Mokko, Kargui bangou, Wasey/Sokorbé, Malam Koira/Falwel, Dogondoutchi, Dogonkiria (Région de Dosso) Dan, Malam/ Chadakori (Région de Maradi) Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) Janvier 2013- Décembre 2014 Balleyara, Damana (Région de Tillabéry) 20

PROJETS LOCALISATION BAILLEURS DATE DEMARRAGE ET FIN Projet transformation du niébé Niger régions de Zinder, Maradi et Dosso Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) Janvier 2012- Décembre 2014 Développement de la filière lait de chamelle Niger Département Tahoua, Konni, Région de Tahoua Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) Janvier 2013- Décembre 2013 Amélioration de la chaine d approvisionnement du lait de vache Niger Région de Dosso, Zinder, Tahoua, département de Konni Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) Janvier 2013- Décembre 2014 Projet de réduction des pressions de la transhumance pour une meilleure conservation des aires protégées du complexe WAP (PRPT_WAP) Niger Communes de Say, Torodi, Tamou, Makalondi, Wouro Djaladjo) Burkina Faso Bénin Union Européenne (chef de file: SNV, en partenariat avec IUCN et Labo-Citoyennetés) Juin 2013- Mai 2016 Amélioration de la productivité du Mil et du Sorgho pour la sécurité Alimentaire au Niger Niger régions de Zinder, Maradi et Dosso Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) 2014-2015 Les producteurs locaux de riz peuvent nourrir l Afrique del Ouest Niger Burkina Faso Mali, Ghana Guinée Bissau Ministère des Affaires Étrangères du Royaume des Pays-Bas (DGIS) 2014-2015 21

1.5. La démarche de capitalisation des expériences de la SNV La sécurité alimentaire et la résilience sont aujourd hui des concepts plébiscités. Les décideurs politiques et opérateurs du développement reconnaissent désormais la nécessité d une approche plus dynamique : il ne s agit plus seulement de lutter contre la malnutrition existante mais aussi d éviter aux producteurs et éleveurs de tomber dans l insécurité alimentaire face aux aléas de toute sorte auxquels ils sont confrontés. Cette capacité des populations les plus vulnérables à faire face aux chocs et à garantir leur sécurité alimentaire est un enjeu qui se pose avec force au Niger. Cette publication questionne la contribution de la SNV dans la mise en œuvre effective de l amélioration de la sécurité alimentaire et de la résilience des éleveurs et producteurs au Niger à travers des activités qu elle a mené ces 5 dernières années. Quelles ont été ses pratiques, ses réussites qui ont amené à changer la donne en matière de sécurité alimentaire et de résilience? Comment s est-elle assurée de s attaquer aux besoins réels des populations vivant dans la vulnérabilité et l insécurité alimentaire? Dans quelle mesure a-t-elle pu modifier les systèmes sous-jacents qui entretiennent la pauvreté? Quels outils a-t-elle mis en œuvre et transféré aux populations rurales et semi-urbaines pour décider, avoir la capacité de s adapter aux aléas et diriger leur propre développement? Quelles approches, quelles techniques, quels réseaux a mobilisé la SNV pour améliorer durablement la disponibilité et assurer un engagement politique maintenu en la matière? Comment la SNV a-t-elle bâti des solutions sur mesure en fonction du contexte nigérien? Quelles leçons a-t-elle tiré de ce qui marche et de ce qui ne marche pas? Autant de questions qui ont motivé ce processus de capitalisation et qui ont guidé la rédaction de son contenu. Cette publication est le résultat des réflexions des conseillers et du leader du secteur agriculture de la SNV. 22

2. Les actions de la SNV pour la sécurité alimentaire et la résilience 2.1. Comment comprendre les enjeux, cibler les bénéficiaires et suivre les effets sur la sécurité alimentaire La capitalisation sur les actions de la SNV dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la résilience des éleveurs et des producteurs a mis en évidence la manière dont le diagnostic de départ, le ciblage des bénéficiaires et le suivi-évaluation ont été réalisés. 2.1.1. L étape de diagnostic : identifier la place des vulnérables dans les filières à enjeu alimentaire, identifier les leviers d action a. Rappel sur les contraintes des producteurs et des éleveurs Les systèmes de productions en Afrique de l Ouest (AO) et notamment au Niger, peuvent être caractérisés à différents niveaux. La production agricole inscrite dans le cadre de la petite exploitation familiale recourt à une faible technicité et mobilise une main d œuvre familiale peu spécialisée constituée des femmes, des jeunes et des enfants. La production agricole est diversifiée, ce qui permet aux producteurs de s adapter aux aléas et de ne pas dépendre d une seule spéculation en cas de mauvaise production. D autre part, la multi-activité comme le petit commerce, le gardiennage de troupeaux, les migrations, les emplois saisonniers à laquelle s adonnent les membres de la famille, permet de diversifier ses sources de revenus complémentaires indispensables à la survie dans un contexte agricole et pastorale aléatoires. 24

Des liens sociaux importants sous-tendent toutes les activités économiques et permettent l accès aux ressources (intrants pour les activités de la campagne, denrées et céréales en période de travaux champêtres et crédit quel qu en soit la finalité). Ainsi, la proximité sociale et géographique entre les producteurs et les commerçants permet à ces derniers d apporter une réponse rapide aux besoins des premiers. Mais ces liens sont aussi marqués par des rapports d inégalités et de dépendance. En effet, certains producteurs ont bénéficié d avances en denrées de base et céréales auprès des commerçants en période de soudure, alors que les prix sont élevés. Ils doivent les rembourser à une période où les prix sont bas, en bradant ou en cédant leur récolte à bas prix. Les éleveurs, pour leur part, confrontés à des besoins de liquidités, se voient contraints de brader leurs animaux sur les marchés à bétail à une période où le ratio des prix céréales/bétail est en leur défaveur. Le marché céréalier est caractérisé par son étroitesse et par une forte variabilité des prix entre la période de récolte et celle de la soudure. Cette instabilité est renforcée par les pratiques spéculatives des grands commerçants nigérians connectés aux commerçants nigériens. Ils peuvent intervenir massivement pour acheter sur les marchés en période de récolte, éventuellement stocker et/ou transférer les céréales de l autre côté de la frontière pour tirer parti des opportunités du marché et également revendre après stockage au moment où les prix sont élevés. b. Démarches de diagnostic Afin d avoir une compréhension fine du contexte et des enjeux à prendre en compte au démarrage des actions, des diagnostics approfondis par type de filières ont été conduits à l échelle des territoires des zones d intervention. Ces diagnostics ont mis en évidence la dimension technico-économique, mais également les logiques sociales qui soustendent l organisation de chacune des filières. Centrés sur les acteurs, les diagnostics ont porté une attention particulière aux contraintes spécifiques rencontrées par les producteurs, les productrices, les transformatrices et les éleveurs dans les différentes chaines de valeurs concernées. Les deux encadrés ci-dessous mettent en évidence non seulement les résultats des diagnostics mais également la manière dont ils ont été partagés, mis en œuvre, donc appropriés par les différents acteurs impliqués. 25

Un diagnostic partagé de la filière niébé centré sur les acteurs Pour la SNV, l existence d un diagnostic partagé et accepté par les différentes parties prenantes constitue une étape essentielle pour mener des actions de renforcement d une filière. Le niébé a été ciblé du fait de sa présence majeure dans les systèmes de production pluviaux au Niger et du levier qu il représente pour les ménages ruraux. En effet, la plus grande part de la production de niébé est vendue, de façon fractionnée, au fur et à mesure des besoins monétaires de la famille. Une fois le niébé identifié comme filière porteuse, la SNV a procédé à une première phase de diagnostic. En premier lieu, l ONG a collecté les informations statistiques sur la production auprès des DRA (Directions Régionales de l Agriculture) et des DDA (Directions Départementales de l Agriculture). Cette méthode se heurte souvent au manque de fiabilité des statistiques agricoles et à l absence de données disponibles en-deçà du niveau départemental. Cela permet néanmoins d avoir un ordre de grandeur et de hiérarchiser les grands bassins de productions. Les organisations professionnelles existantes dans la filière (unions, groupements, coopératives, PME) ont également pu être identifiées. Sur la base de cette recherche documentaire, une pré-identification des communes d intervention est faite Une seconde phase a consisté à mener des enquêtes à l échelle de communes auprès de personnes ressources (mairie, services agricoles, partenaires, grands commerçants, etc.) pour confirmer les informations recueillies dans la documentation au niveau régional et départemental tant en termes de potentiel (production transformation, commercialisation) que des acteurs (organisés et indépendants). La carte des autres partenaires techniques et financiers intervenant sur la filière niébé a également été réalisée pour rechercher des synergies entre différentes approches (focalisation de la SNV sur le soft, souvent en complémentarité avec des bailleurs ayant financé des investissements matériels). Pour valider les informations collectées et créer une référence commune à tous, la SNV organise un atelier communal de validation multi-acteurs rassemblant les différents acteurs locaux (mairie, services techniques, leaders, organisations professionnelles, etc.). Le produit de ce processus est un plan d action concerté sur les défis de la filière au niveau de la commune. Ce document est une base d accord avec la commune ou les organisations faitières à l établissement de contrat de collaboration. Cette démarche de diagnostic associant informations documentaires/enquêtes locales et ateliers de validation a été reprise dans le cadre du Projet de Développement des Exportation et des Marchés Agro-Sylvo-Pastoraux) (PRODEX) mais à l échelle régional et national sur la base de la méthode Forces/Faiblesses/Opportunités/Menaces (FFOM). Dans le cadre du PRODEX, un Plan d Action de la Filière à l échelle nationale a été formulé collectivement sur la base de ces diagnostics. Cette approche de diagnostic fait la part belle aux questions de structuration des acteurs, avec une meilleure compréhension de l efficacité de leur organisation, systèmes de production (dispositif, contraintes et performances), la mise en marché (marchés de collecte et d écoulement, l offre, la demande, les acteurs), la désagrégation genre du positionnement par maillon, l accès aux ressources.. Ce diagnostic initial (qui occupe plusieurs mois au démarrage des actions) est également complété au fil de l action par des études spécifiques : étude de la filière focalisée sur une région, étude de marché sur les produits transformés du niébé. Le diagnostic organisationnel et institutionnel mené auprès des acteurs de la filière dès le départ revêt un double intérêt : il permet, de dégager des dynamiques de la filière niébé à différentes échelles (commune, région) et il sert de situation de référence pour évaluer les résultats des appuis menés par la SNV à l échelle de chaque organisation. 26

Le diagnostic des enjeux de l élevage dans la zone transfrontalière Niger-Mali La bande transfrontalière Niger-Mali est une zone essentielle pour l élevage transhumant mais elle est aussi le théâtre de nombreux conflits, avec une faible influence des pouvoirs centraux sur ces vastes espaces. Un état des lieux de l état et du mode de gestion des ressources naturelles de cette zone a été commandité en 2005 par les équipes SNV du Niger et du Mali. Les résultats de cette étude ont fait ressortir les principales contraintes de la gestion des ressources naturelles dans cette zone : une méfiance inter-communautaire dans un contexte de ressources rares, une gestion peu inclusive des ressources pastorales, reposant sur la loi du plus fort, la récurrence des vols de bétail donnant un sentiment d insécurité, la méconnaissance des textes en vigueur concernant l accès aux ressources naturelles de part et d autre de la frontière. La restitution des résultats de l étude aux principaux acteurs dont les communes nouvellement créées a été le point de départ de l engagement des communes de Tillia (Niger) et Andéramboukane (Mali) dans un processus de jumelage-coopération en 2006. Ce diagnostic a également permis de définir la stratégie 2007-2009 de la SNV pour le pastoralisme dans la sous-région. L organisation de fora (tantôt au Mali, tantôt au Niger) rassemblant les collectivités locales, l administration déconcentrée, les leaders communautaires a été retenue comme méthode de travail. Ces fora ont permis de développer la connaissance (et la reconnaissance) mutuelle entre les acteurs des deux communes et ont abouti à la mise en place d organes pour l élaboration et la signature de la convention intercommunale de jumelage. Les deux communes se sont ainsi mises d accord pour étudier, financer et contrôler l exécution des projets sur la gestion des ressources pastorales et de la dynamisation des relations socioculturelles. Une étude complémentaire des ressources pastorales et de leur mode de gestion a ensuite été conduite sur l espace des 2 communes. Cette étude, menée sur une base participative, a mis en évidence les éléments forts des territoires et les enjeux liés à leur gestion : les 3 grands ensembles agro écologiques (vallées, zones dunaires et bas-fonds) ainsi que les différentes vocations en termes d utilisation selon les périodes de l année ; les zones stratégiques d importance et les ressources produites ; les points d eau et leurs régimes d utilisation comme clefs d accès aux pâturages ; les règles existantes d accès aux ressources, les contraintes et leur mode de gestion ainsi que les conflits et enjeux qui en découlent ; l importance et la dynamique des marchés à bétail. Dans le cadre de l approche transfrontalière, dans un contexte de conflit, l existence d un diagnostic complet, partagé et validé par les différents acteurs a constitué un socle solide et a légitimé les actions coordonnées entre les communes (récemment créées) du Mali et du Niger. 27

2.1.2. Ciblage et démarche inclusive, mobilisation des acteurs clés L exemple ci-dessous a permis de mettre en évidence pour le lait de chamelle, en dépit de sa valeur nutritionnelle, ses difficultés d accès au marché et d identifier les acteurs vulnérables pouvant être impliqués dans la filière. Des actions ont été envisagées pour valoriser les potentialités de ce type de produit au bénéfice des éleveurs vulnérables. Le ciblage des plus vulnérables grâce à l appui à la filière lait de chamelle La SNV a observé un paradoxe dans les zones pastorales de la région de Tahoua : ces zones sont frappées par une insécurité alimentaire très sévère, notamment au niveau des ménages de pasteurs, alors que le lait de chamelle y est souvent disponible. Habituellement, les propriétaires des chameaux sont considérés comme des nantis. L étude socioéconomique commanditée par la SNV a permis d établir une typologie plus précise des éleveurs incluant une analyse de leur vulnérabilité. En pratique, les pasteurs éleveurs de dromadaires se nourrissent du lait de chamelle et achètent les autres denrées (mil, sorgho, thé, pâtes) en vendant de préférence du petit bétail ou des chameaux âgés. Le lait de chamelle est davantage une production complémentaire de l élevage, sa vente est traditionnellement considérée comme dévalorisante, il est donc donné, voire jeté, en période d abondance étant donné ses problèmes de conservation. Une telle stratégie n est viable pour les ménages que si le troupeau a une taille suffisante et que le rythme de vente des animaux reste inférieur à son rythme de reproduction. Le diagnostic sociologique a donc mis en évidence que les éleveurs pasteurs ayant un cheptel réduit sont logiquement plus vulnérables et au niveau des ménages concernés, la situation des femmes est plus précaire. Par ailleurs, les bergers employés autorisés à consommer le lait produit par le bétail dont ils ont la garde sont très exposés à l insécurité alimentaire. Enfin une catégorie particulièrement vulnérable correspond aux «bénéficiaires du karo», un mécanisme de solidarité qui consiste pour les riches éleveurs à confier une chamelle allaitante et son chamelon à un parent ou voisin pauvre. Ce dernier dispose du lait et a pour charge de prendre soin des animaux, lorsqu une chamelle est tarie, la chamelle et son chamelon sont remis au propriétaire. Si les animaux ont été bien soignés, le propriétaire prête de nouveau une chamelle allaitante. La compréhension plus fine de ces réalités sociologiques a donc permis de mettre en évidence l importance et le potentiel du lait de chamelle pour ces trois groupes d éleveurs les plus vulnérables. La SNV a fait l hypothèse qu une meilleure valorisation des surplus de lait de chamelle (par ailleurs très apprécié sur les marchés urbains) serait une source de revenus intéressante pour ces différentes catégories d éleveurs, leur permettant de mieux faire face aux dépenses d alimentation toute l année. Dans le cas des ménages de pasteurs, ce sont les femmes qui ont été ciblées. La valorisation marchande du lait de chamelle implique de mettre en place des circuits de collecte du lait des zones rurales et péri-urbaines vers les marchés urbains. Les jeunes qui ont des motos ont été ciblés, ce qui a entraîné la création d emploi pour la collecte et le transport du lait. De même, en aval, les mini laiteries, les restauratrices, les boutiquiers (vendeurs de produits laitiers) ont été approchés et les échanges ont permis de cibler les acteurs engagés à vendre le lait de chamelle. 28

Le ciblage dans le cadre de la structuration du lait de chamelle a donc visé à mettre en relation un bassin de production avec le marché urbain déjà structuré autour du lait de vache. Le choix du lait de chamelle, et plus encore le choix de structurer des femmes issues de ménages de petits pasteurs, de bergers permet de toucher les catégories d éleveurs les plus vulnérables. 2.1.3. Suivi-évaluation La SNV met en œuvre un dispositif de suivi-évaluation harmonisé de ses interventions sur la base d indicateurs de résultats et d impacts focalisés sur la création d emplois et l évolution des revenus. Des indicateurs harmonisés sur la sécurité alimentaires sont définis en prenant en compte chaque maillon ou segment de la filière concernée et l établissement d une situation de référence de chaque indicateur. Les données sont également désagrégées selon le genre. La base de données électronique est nourrie par les responsables de projet et peut servir pour avoir une idée des changements en cours, ou déjà produits sur les aspects systémiques de la sécurité alimentaire (évolution des moyens d existence des ménages ruraux en fonction de leur typologie). Cette attention au suivi-évaluation se retrouve dans les projets de la SNV où elle adapte les indicateurs au contexte pour permettre une meilleure appropriation par les acteurs. L exemple ci-dessous rend compte du processus participatif ayant conduit à la définition du dispositif de suivi évaluation, il met également en évidence la manière dont les effets du programme sur la sécurisation de l élevage ont été pris en compte à travers le suivi de l évolution des conflits, du renforcement des capacités des structures du Code rural, et de la restauration des ressources pastorales. 29

Le suivi-évaluation dans le cadre de la démarche de sécurisation de l élevage Le PASEL 6 mené en consortium par la SNV, VSF-Belgique et le CESAO, avait un triple objectif: la sécurisation pastorale via le renforcement des structures du Code Rural, le renforcement de la capacité de planification et l intensification de l élevage. Le suivi-évaluation, dans une approche de gestion axée sur les résultats, a été proposé par VSF-Belgique. Classiquement, la définition du dispositif et des indicateurs est réalisée sur une base participative, impliquant le consortium, les bénéficiaires, ainsi que les structures du Code Rural et les services techniques. La difficulté majeure réside dans la définition d indicateurs faciles à suivre mais rendant néanmoins compte des effets de l action à différentes échelles (communautaire, communale et départementale) en termes de diminution des conflits, de renforcement des capacités des structures du Code Rural et d amélioration de la gestion des ressources pastorales. La mise en œuvre d un tel dispositif implique une connaissance fine des systèmes pastoraux et des mécanismes de gestion, ainsi que de l ensemble des acteurs impliqués. Le postulat en matière de diminution des conflits était le suivant : la définition concertée à l échelle locale de règles d accès et de gestion des ressources naturelles, suivie de la mise en œuvre de ces règles, conduit à la diminution des conflits graves entre usagers de ces ressources. Pour suivre ce type d effet, l indicateur conçu a été le nombre de conflits non résolus à l amiable ou par les chefferies traditionnelles et enregistrés par les COFODEP (Commission Foncière Départementale). Le constat de l évolution du nombre de conflits enregistrés au niveau des COFODEP permet de savoir si les communautés locales arrivent à gérer elles-mêmes leurs ressources naturelles à partir des règles qu elles se sont données. Concernant l évolution des structures du Code Rural, un indicateur composite a été élaboré pour apprécier les effets du renforcement des capacités, en évaluant leur fonctionnalité et leur opérationnalité. Ces critères constituent le fil conducteur du guide d entretien administré périodiquement aux COFODEP, COFOCOM et COFOB (commissions foncières au niveau département, communal et de base). Pour suivre la fonctionnalité, 4 dimensions ont été retenues : la capacité technique (maîtrise du code rural, aptitudes techniques en Système d information géographique (SIG), la collégialité au sein de la structure implication de tous les membres, respect du règlement intérieur, partage de l information l effectivité du fonctionnement (AG tenues, réunions entre membres), la capacité logistique (local, matériel de bureau, moyen de transport). Pour suivre l opérationnalité, 4 dimensions ont été retenues : la planification (existence d un programme d activités et d un budget), la tenue des activités prévues relatives à la prévention des conflits liée aux ressources naturelles (délivrance d actes de transactions foncières, contrôle de mise en valeur des ressources naturelles rurales, etc.), les relations externes (soutien de l Etat et des collectivités, existence des partenaires techniques et financiers). Par exemple pour ce qui est des COFOCOM, la situation de référence en 2010 indiquait que seules 6% de l échantillon de COFOCOM dans la zone d intervention du PASEL étaient fonctionnelles et opérationnelles. En 2012, 81% des COFOCOM enquêtées sont moyennement à très fonctionnelles. Le manque de règlement intérieur constitue la difficulté selon le rapport annuel. Le même document révèle que 100% des COFODEP sont fonctionnelles et opérationnelles en 2012. 30

Le troisième domaine d effet concerne la propension d une gestion concertée des ressources naturelles à entrainer une restauration durable des espaces pastoraux, c est-à-dire une amélioration de la richesse fourragère dans ces espaces. La méthode adoptée pour apprécier les changements se fonde sur la perception de différents acteurs : les services techniques et les représentants des villages environnants. Leur appréciation sur les ressources fourragères est qualitative, mais quantifiée sur la base d une échelle de satisfaction : peu, moyennement ou très satisfaisant. Ces indicateurs, relativement simples, concrets et facilement appropriables mais aussi peu coûteux à mesurer, permettent d impliquer plus facilement l ensemble des parties prenantes dans le suivi et la conduite du PASEL. 2.2. Pratiques de contribution à la sécurité alimentaire et à la résilience des ruraux La capitalisation sur les actions de la SNV dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la résilience des éleveurs et des producteurs a également mis en évidence la manière dont la disponibilité des produits alimentaires mais également leur accessibilité ont été accrues pour les producteurs et pour les éleveurs. Elle a également permis de voir comment la SNV a pu contribuer à créer un environnement favorable pour garantir les moyens d existence des groupes vulnérables. 2.2.1. Améliorer la disponibilité des produits alimentaires et la résilience des systèmes de production La SNV en quelques chiffres : contribution à la production alimentaire Les producteurs dotés en système d irrigation et accompagnés par la SNV ont augmenté leur récolte d oignons de 8345 tonnes en 2010 à 18 425 tonnes en 2013. Grâce aux bénéfices de la vente de lait, les groupements de collecte de lait soutenus par la SNV dans la région de Zinder ont mis à disposition de leurs 73 membres 50 tonnes de foin vert à prix préférentiel. Ce complément alimentaire pour le bétail permet d avoir une production de lait plus importante de l ordre de 2 contre 3 litres par jour pendant la saison sèche qui dure 5 mois. Grâce aux accords sur la gestion des aires de pâturages dans le cadre du PASEL, la régénération du couvert végétal a été observée sur près de la moitié des 982 ha d aires de parcours dans les communes Mokko, Loga, Koufey centre, Tanda, Chadakori, Guidan roumdji, Bermo et Ajé Koria Entre 2012 et 2013, les rendements de mil-sorgho et de niébé se sont respectivement accrus de 30-100% et de 50 à plus de 100% sur 97 champs pilotes de culture en bandes intercalaires céréales niébé, grâce à un transfert effectif des innovations à la base, l accès aux intrants-équipements adéquats et l encadrement qui ont été déterminants dans un environnement à risque pour réduire la vulnérabilité. Les volontaires ayant accepté ce processus sont les meilleurs producteurs de leurs localités durant la campagne 2013. 31

a. Promouvoir une intensification durable des systèmes de production et d élevage L intensification des systèmes de production et d élevage permet d augmenter la disponibilité des produits alimentaires et la résilience des systèmes de production. L exemple ci-dessous met en évidence la manière dont l appui de la SNV a contribué au développement d un secteur semencier pour la filière niébé, même si celui-ci reste encore limité, afin de favoriser une production plus stable. Des semences améliorées de niébé accessibles pour une production plus stable Le Niger est le second producteur de niébé après le Nigéria en Afrique. Il s agit de la seconde culture en termes de surface après les céréales mil/sorgho. Le niébé joue un rôle important dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle des producteurs en zone pluviale, il est en même temps une culture de rente essentielle dont 70% de la production est destinée à l exportation. La tendance de la production est à la hausse mais avec de grandes variations interannuelles. La recherche agronomique a mis au point une gamme de semences améliorées avec différentes caractéristiques : précocité, résistance à la sécheresse et aux principaux ravageurs qui lèvent certaines contraintes sur la production et garantissent une récolte plus stable. La filière semencière reste cependant peu structurée : moins de 10% des producteurs ont connaissance de ces semences. Un enjeu est donc l émergence de multiplicateurs de ces semences dans les principaux bassins de production de niébé. La SNV soutient depuis 2008 le développement du secteur semencier. Des producteurs volontaires ont d abord testé les différentes variétés avec l appui de la SNV et de l Institut International d Agriculture Tropicale (IITA/Kano). L évaluation communautaire a permis de retenir les variétés les plus appréciées et adaptées au contexte local. Des producteurs se sont alors lancés dans la multiplication des semences, avec l appui de la SNV, de l IITA et de l INRAN (Institut National de Recherche Agronomique du Niger). Ils ont été soutenus avec de l accompagnement technique, la fourniture à crédit des intrants remboursables à l issue de la campagne et la formation concernant les normes et la mise en marché. Au terme de la campagne, les semences étaient vendues niveau de la communauté. Cette démarche a été menée en zone de culture pluviale mais également en culture irriguée à Maradi et Zinder. Cette expérience a également permis de déterminer des référentiels technico-économiques pour la multiplication de semences avec un rendement de 0,4 T/ha et un coût de revient de 450 FCFA/kg en pluvial contre 1,2T/ha et 280 FCFA/kg en irrigué. La production de semences en zone irriguée est plus rentable et garantit la disponibilité de semences même en cas d aléa pluviométrique mais est limitée par la disponibilité en parcelles pour les semenciers. A partir de 2011, la SNV a mis en œuvre cette démarche de développement du secteur semencier dans le niébé dans le cadre du PRODEX (Projet de Développement des Exportations et des Marchés Agro-Sylvo-Pastoraux) mais avec une orientation plus marquée du choix des variétés vers les besoins du marché extérieur. Le PRODEX vise la professionnalisation des producteurs semenciers qui doivent donc être au préalable inscrits dans l Annuaire national et disposer d au moins 3 ans d expérience. Les procédures d appui du PRODEX nécessitent également l élaboration d un dossier de projet, ainsi qu une analyse de marché. 32

Au total, de 2008 à 2013, plus de 85 tonnes de semences certifiées ont été produites, pour atteindre une contribution de 5,4% du tonnage de semences utilisé au Niger pour 2012. Cette contribution reste modeste mais participe à la meilleure connaissance du potentiel des semences améliorées au niveau des producteurs, ceux-ci procédant souvent au mélange de semences de diverses sources sur leurs parcelles. Du fait de la quête constante de semences par les projets d appui à la sécurité alimentaire, l essentiel de la production de semences améliorées leur ait cédée à un prix supérieur à celui du marché local (1500 FCFA/kg contre 800 FCFA/kg environ). Les volumes acquis sont mis à disposition des producteurs vulnérables. C est une incitation forte pour les multiplicateurs de semences mais cela limite le développement durable d un marché semencier de proximité qui serait accessible aux petits producteurs. 33

b. Sécuriser l accès aux ressources pastorales Un autre moyen d augmenter la disponibilité en produits alimentaires pastoraux est de sécuriser la mobilité pastorale qui seule permet d accéder aux ressources de manière durable dans un contexte de rareté et d aléas. L exemple ci-dessous met en évidence la manière dont la SNV a accompagné des processus complexes de concertation entre acteurs en vue d obtenir un consensus concernant l accès et la gestion des ressources à travers la délimitation d aires pastorales et de couloirs de passage et la définition des modes d accès aux points d eau. L appui aux structures du Code Rural pour une gestion inclusive et concertée des ressources dans le cadre du PASEL6 Une planification opérationnelle annuelle fixe les actions à mener en matière de sécurisation de la mobilité pastorale (sécurisation des aires pastorales, aménagement des couloirs de passage, accès aux points d abreuvement du bétail). Cette planification est faite par les acteurs locaux (communes, organisations de la société civile, structures du code rural, autorités administratives déconcentrées et coutumières). Les aménagements pastoraux doivent tenir compte de la mobilité des troupeaux et donc s inscrire donc dans de vastes espaces incluant parfois plusieurs communes et départements. A cet effet, les structures du code rural au niveau département (Cofodep) et les organisations pastorales identifient les grands axes de transhumance quittant le Nigéria et le Bénin pour la zone pastorale (Nord Niger) en veillant à la cohérence régionale. Ces tracés sont ensuite soumis à la validation des autorités communales. 2501 Km de couloirs balisés et, inscrits aux dossiers ruraux, 4 COFODEP, 16 COFOCOM, 1556 COFOB installés formés et équipés Une fois les tracés validés, les structures du Code Rural, les autorités communales, déconcentrées et coutumières conduisent des séances de sensibilisation pour la délimitation des aires de parcours et des couloirs de passage du bétail. Via une animation participative, les usagers des ressources font l analyse des problèmes et proposent des mesures pour y remédier. Dans le cas d espaces litigieux (aires de pâturage ou couloirs de passage obstrués par des cultures et des habitations) des foras de concertation entre éleveurs et cultivateurs sont organisés avec l animation des structures du code rural et en présence des autorités déconcentrées, communales et coutumières. Il s agit de parvenir à un consensus autour de la vocation retenue des différents espaces (élevage, agriculture, pêche, couloirs de passage, etc.) et des règles de cohabitation entre les usagers. La SNV a surtout fourni un appui méthodologique aux Secrétaires permanents des CPFODEP dans la facilitation des séances de recherche de consensus social. Les premières séances ont été co-facilitées (Choix des thèmes et sujets à développer lors de l atelier de sensibilisation, choix des acteurs à inviter, orientation de la progression pédagogique mise à disposition du prototype de Procès-verbal à remplir) par le conseiller SNV. Mais l obtention d un tel consensus peut prendre du temps et les points de discorde requérir de nombreux ajustements. Les exemples qui témoignent de négociations intenses avec remise en cause de limites, modifications, agrandissement ou rétrécissement d aires sont nombreux. 34

Au niveau de l aire de Mizari (commune de Doumega, département de Tibiri), les travaux d aménagement ont été interrompus provisoirement. Le processus de recherche de l accord social a été différé du fait des tensions entre usagers autour de l utilisation contradictoire d une aire pastorale. La réussite réside dans la démarche responsabilisante des acteurs. La SNV a facilité et accompagné un processus conduit exclusivement par les vrais acteurs du problème et coaché les décideurs. Il a consisté à amener ces derniers à faire une analyse critique de leur problème, proposer des solutions aux problèmes, prendre des engagements, mettre en place un dispositif de mise en œuvre des résolutions prises et les exécuter, puis évaluer les résultats. Une fois le consensus acquis, les structures du code rural sous la maitrise d ouvrage des communes, réalisent la délimitation des espaces pastoraux (balisage des couloirs par exemple) et accompagnent la passation des marchés, le suivi des actions et le contrôle. Elles établissent l acte juridique de sécurisation de l espace pastoral, qui est inscrit au dossier rural après signature de l autorité administrative. Un tel processus a été suivi dans le cas du forum interdépartemental pour le balisage de l aire de Yani (village de Taiba, commune rurale de Kourfey Centre) située entre 3 départements où l extension des zones d habitat et de culture menace les espaces pastoraux. L aire de Yani est de vocation pastorale depuis 1960 et est confirmé comme telle en 1993 au forum de Birni Gaouré. Cette aire couvrait une superficie de 14700 ha et un périmètre de 128,7 km. Elle est exploitée par les Peulhs, les Touaregs, les Djerma et les Haoussa et est à cheval sur les départements de Dogon Doutchi, Filingué et Loga. Elle constitue un carrefour des pistes de transhumance et des couloirs de passage pour le cheptel des Régions de Dosso, Tillabéri et Tahoua et aussi accueille les animaux en provenance du Mali, Nigéria et du Bénin. L aire de Yani connaît un état de dégradation avancée dû à un début de formation des dunes de sable, de glacis et un envahissement par le Sida cordifolia. La végétation peu abondante est caractérisée par la présence des quelques combrétacées. Des concertations regroupant les autorités déconcentrées, communales et coutumières des trois départements, les Cofodep et les Cofocom concernées, ainsi que les représentants des éleveurs et des cultivateurs ont pris la décision de faire un géo-référencement de la zone pour préserver sa vocation pastorale. Le processus n est pas encore achevé, un accompagnement du code rural national est attendu pour l établissement d un acte juridique concernant l affectation de l aire. 35

c. Diminuer les pertes post-récolte Un autre moyen d accroître la disponibilité en produits alimentaires est d accompagner des actions visant à réduire les pertes post-récoltes. L exemple ci-dessous illustre la manière dont une innovation technique a été introduite, diffusée et appropriée par les producteurs de niébé pour sécuriser leurs stocks et devenir ainsi éligibles au warrantage. Les sacs PICS (Purdue Improved Cowpea Storage) pour la conservation du niébé Le niébé est très exposé aux attaques d insectes et parasites, notamment les bruches qui perforent les graines pour s en nourrir et continuent de proliférer dans les stocks. En dépit de son statut de culture de rente, les opérations de warrantage ou de commercialisation différée avec le niébé restaient donc assez rares compte tenu du risque de détérioration du stock. Par ailleurs, le risque lié à la conservation et le besoin immédiat de liquidité poussaient les producteurs à vendre rapidement le niébé après la récolte, à une période où le prix est peu rémunérateur. L INRAN et l université américaine PURDUE ont mis au point une méthode de stockage efficace via un type de sac plastique spécifique qui permet de couper les échanges d air et ainsi asphyxier les principaux insectes ravageurs. Cette méthode permet de conserver la récolte au moins un an le niébé sans perte et sans exposition à des traitements chimiques souvent mal maîtrisés par les producteurs. Le type de sac nécessaire pour cette technique de stockage peut être utilisé pour 3 campagnes successives. A partir de 2009, l INRAN et l université de PURDUE ont vulgarisé les résultats de leurs recherches, diffusant l information sur cette nouvelle technique de stockage auprès des acteurs du secteur rural, y-compris les IMF. Pour faciliter l adoption et la diffusion de cette nouvelle technique, la SNV a accompagné les groupes de producteurs à travers un programme de vulgarisation et de démonstrations auprès des producteurs. Elle a également soutenu les producteurs via des argumentaires et des visites de terrain pour convaincre les IMF réticentes : le niébé est donc progressivement devenu un produit éligible au crédit warrantage sous réserve d être stocké dans des sacs PICS. La SNV a également mené un travail de bilan financier du stockage pour convaincre les producteurs de l intérêt d investir dans ces sacs PICS en comparant le coût d achat du sac aux gains grâce aux pertes évitées sur le stock. Pour permettre la mise en œuvre effective de cette méthode, elle a facilité la mise en relation des groupes de producteurs avec l INRAN qui commercialise les sacs PICS à prix préférentiel (1000 à 1150 FCFA par sac de 100 kg contre 1500 FCFA par sac dans les circuits de distribution classiques). 36

Cette technique de stockage a connu une montée en puissance avec une diffusion de ces sacs PICS via les boutiques d intrants et les magasins de stockage appuyés par la SNV dans le cadre du PRODEX (Projet de Développement des Exportations). Dans le cadre des activités production de semences et stockage soutenues par le PRODEX, 996 tonnes de niébé (dont quasiment la moitié de semences) ont été stockés dans des sacs PICS lors de la campagne 2012-2013. Ces tonnages restent modestes comparés à l importance des flux sur la filière niébé, mais ils ont une valeur de démonstration qui contribue à familiariser les différents acteurs, producteurs, IMF et commerçants avec cette nouvelle technique. Au-delà de l analyse quantitative sur les pertes de stockage, cette technique évite l utilisation inadaptée de produits chimiques pour la conservation du niébé de consommation et contribue à une meilleure qualité du produit. d. Prendre en compte les aléas de production Un moyen de renforcer la disponibilité en produits alimentaires et la résilience est de mettre en place des actions en réponse aux aléas climatiques. L exemple qui suit met en évidence l accompagnement de la SNV au développement de l irrigation à travers la réalisation d ouvrages et de micro-projets et le renforcement des capacités de gestion des producteurs. Des mesures ont également été envisagées pour renforcer la gestion durable de la ressource en eau. Le développement de l irrigation en réponse aux aléas de pluviométrie Le développement de techniques d irrigation plus efficaces permet d étendre les surfaces irriguées et de gérer plus durablement l eau. De plus le développement des surfaces irriguées est un levier de sécurisation de la production agricole dans un contexte de pluviométrie aléatoire. Enfin, les cultures irriguées génèrent de l emploi d une main d œuvre relativement nombreuse en contre-saison. Dans le cadre du Programme de Développement des Exportations pour lequel la SNV intervient, l amélioration de l irrigation a été principalement ciblée pour la production d oignons, avec la réalisation d ouvrages de captage et de distribution d eau ainsi que par le financement d équipements d irrigation et de clôture pour la protection des cultures. 3000 microprojets ont été formulés par des producteurs et la SNV a accompagné ces derniers dans la réalisation de business plan avant financement de ces projets par le PRODEX. Suite à l investissement, un accompagnement technique est fait auprès des producteurs bénéficiaires pour une bonne maîtrise du système d irrigation mais également pour que le producteur fasse lui-même le suivi de ses coûts de production et en tienne compte pour ses choix de culture. Sur certains bassins de production de l oignon, le développement de l irrigation menace la durabilité de la ressource. La multiplication des systèmes d irrigation avec des pompages de plus en plus puissants augmente la pression des prélèvements. Pour faire face à ce problème, des seuils d épandage ont été construits pour permettre une meilleure infiltration de l eau et donc une meilleure recharge de la nappe. Le projet a aussi installé des piezomètres dans les bassins de production pour un suivi rapproché de la nappe. 37

2.2.2. Augmenter et diversifier les revenus et l emploi La SNV en quelques chiffres : contribution au revenu et à l emploi Les différentes interventions de la SNV ont permis de dynamiser la filière lait de chamelle à Tahoua, Konni et Doutchi avec la mise en place de 11 mini-unités de collecte de lait à Tahoua et Konni et la création de liens d affaires avec 3 minilaiteries et plus de 20 commerçants. Les 514 ménages pasteurs, bénéficiaires directes des interventions de la SNV sur la filière lait de chamelle ont vu leur revenu annuel disponible(rd) s améliorer de 764 877 FCFA de janvier à novembre 2013 grâce à la vente de lait. Le comptoir de commercialisation d oignon de Tsernaoua mis en place avec l appui de la SNV en 2007 a permis de commercialiser en moyenne 9025 T/an d oignons avec une évolution du prix moyen de 25% par rapport aux années antérieurs. a. Appuyer les producteurs et éleveurs pour une meilleure commercialisation : opérations de warrantage, ventes collectives, gestion de la qualité Pour accroître et diversifier les revenus et l emploi, des opérations de crédits warrantés et de commercialisation groupée ont été appuyées par la SNV. L exemple ci-dessous illustre l accompagnement de la SNV dans des opérations de warrantage, souvent difficiles à réaliser par les producteurs, mais pouvant être intéressantes pour le niébé, à condition qu une technique de stockage fiable soit adoptée. Le crédit warrantage et les ventes groupées pour les cultures pluviales A la récolte, la rémunération tirée de la vente des produits agricoles est faible vue l offre abondante sur les marchés mais est souvent la règle pour les producteurs ayant des besoins immédiat d argent. Une solution testée est le crédit warrantage, un crédit étant accordé en contrepartie de la mise en gage de la récolte, généralement pour un montant correspondant à 70 ou 80% de la valeur du produit sur le marché au moment de la récolte. Malgré son intérêt de principe, la mise en pratique du warrantage pour les petits producteurs reste limitée pour plusieurs raisons : la difficulté de constituer un stock significatif, la faiblesse des organisations de producteurs en termes de compétence technique et de gouvernance et le manque d infrastructures de stockage fiables. Souvent les producteurs ont besoin de constater par euxmêmes une opération de warrantage réussie dans leur proche voisinage pour être convaincus de son intérêt. Du côté des IMF, il faut signaler le manque d adéquation de leurs pratiques avec les réalités et les besoins des ruraux. (procédure longue avec libération tardive du crédit) et l absence d information claire sur les produits financiers et les procédures. La SNV s est donc engagée dans la facilitation du warrantage avec une diversité des produits mis en gage, des produits de rente pour une vente plus rémunératrice mais également des céréales en vue de la sécurisation alimentaire du ménage après la libération du stock warranté. 38

La diffusion avec l appui de la SNV d une technique de conservation fiable pour le niébé a également permis d intégrer ce produit dans les stocks warrantés, le niébé assurant une plus-value intéressante sur la durée de stockage (une augmentation du prix de l ordre de 35% sur 3 mois en 2012 contre 12 à 20% sur les autres produits). La démarche de la SNV a consisté à former des organisations paysannes aux mécanismes de warrantage, notamment en prévenant des risques de surendettement en cas de crédit en chaîne. Elle a également assuré la mise en relation des organisations de producteurs fonctionnelles avec des IMF reconnues afin d asseoir la confiance. Une fois l opération de warrantage décidée, la SNV joue le rôle de facilitateur en accompagnant l OP dans la constitution rapide des stocks : inclusion de petits producteurs dans la démarche groupée en n exigeant pas nécessairement une quantité minimale de denrées à stocker, montage du dossier et libération à temps du crédit par l IMF. La SNV incite aussi les agents des IMF à partager les modalités du warrantage au niveau de tous les producteurs impliqués via une réunion collective sur le terrain. En 2013, l enveloppe de crédit obtenu est de 145 millions de FCFA pour 16 organisations accompagnées au niveau de la région de Maradi. Les céréales (mil, sorgho) tiennent une place de choix avec 5198 sacs (520 t) soit 64% du volume global. Le niébé représente 10% du stock global. En 2012, le crédit acquis n était que de 23 457 610 FCFA. Aussi, en 2013 des outils d enregistrement de données ont été mis en place pour une meilleure évaluation des effets de ce type d actions. Par ailleurs, en complément des opérations de warrantage, la SNV a également appuyé les opérations de vente groupée de niébé par les OP. Celles-ci sont fréquentes pour les semences mais rares pour le niébé de consommation. La SNV, à titre de démonstration, a facilité la contractualisation entre le PAM et l Union des producteurs de Moussaday (Dosso-Loga). L Union a honoré le contrat à hauteur de 60% du tonnage commandé (méfiance des producteurs et de leur besoin en liquidités) et a finalement obtenu un prix de vente deux fois supérieur à celui du marché au moment de la récolte. Ces expériences de warrantage et de commercialisation groupée restent pionnières, principalement du fait de la difficulté des unions à identifier et se mettre en relation d affaire avec les potentiels acheteurs. Ces expériences réussies motivent néanmoins la structuration des organisations de producteurs et leur assurent une mise en marché plus rémunératrice de leurs produits. 39

b. Renforcer le pouvoir des producteurs dans les négociations de marché Pour accroître et diversifier les revenus et l emploi, des actions ont été conduites par la SNV pour augmenter le pouvoir des producteurs dans les négociations de marché. L exemple qui suit met en évidence la manière dont la SNV a accompagné la mise en place progressive d un mécanisme de fixation des prix de l oignon en concertation avec les différents acteurs de la filière et avec les autorités. Des producteurs davantage capables de peser sur le prix de vente de leur production d oignons L oignon est une culture essentielle dans les systèmes de production irrigués du Niger. Il s agit d une culture de rente principalement à destination des pays côtiers de la sous-région. Le constat initial a été que les producteurs mal informés ont un pouvoir négligeable dans la négociation des prix, ces prix étant le plus souvent le résultat d une entente directe entre les intermédiaires et les commerçants. Sur la base de ce diagnostic, la SNV a lancé en 2008 dans la région de Tahoua un processus de sensibilisation sur la fixation du prix de l oignon. Elle a contribué à mettre en place un mécanisme de fixation des prix de l oignon grâce à un important effort de concertation, incluant les autorités. Ainsi la SNV a facilité à partir de 2008 l organisation d une série d ateliers sur les enjeux de la fixation des prix de l oignon et le mécanisme de transmissibilité des prix au niveau des points de vente et au niveau des producteurs. Ce processus a conduit en septembre 2008 à une réunion de plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour aboutir au premier «comité de fixation de prix de l oignon local» reconnu de façon formelle via une délibération du conseil municipal de la commune de Ternaoua (avec l accord des autorités administratives et coutumières) le 30 novembre 2008. Ce mécanisme de fixation s accompagne d un mécanisme de contrôle qui pénalise par un système d amendes à l encontre des intermédiaires en quête de profit. L implication directe des producteurs dans la fixation du prix de l oignon a permis d asseoir une transparence dans les transactions commerciales de l oignon dans ce grand bassin de production de la région de Tahoua. Les producteurs, tous comme les autres acteurs, désignent leurs représentants dans le comité local de fixation de prix et ces derniers siègent dans les séances de négociations à l arrivée d un acheteur. Le prix est décidé en fonction des informations sur le marché à l échelle de la région et sur les marchés finaux (Bénin, Togo, Ghana et Côte d Ivoire) mais aussi de l analyse des coûts de production réalisée par les OP avec l appui de la SNV. Même si seul le comité de Ternaoua est reconnu officiellement, dans le cadre du comptoir de commercialisation mis en place dans la commune, la vingtaine de centres de commercialisation de la région disposent d un comité. La composition de ce comité est variable et se base sur le système traditionnel tout en veillant à l inclusion des producteurs. Cette stratégie permet aux producteurs de négocier le prix de leurs oignons suivant les opportunités du marché. Bien sûr beaucoup de transactions échappent à ce système mais les prix fixés via les comités ont insufflé une tendance à la hausse du prix général de l oignon payé aux producteurs, avec moins de variations de prix. 40

c. Soutenir la création de valeur ajoutée grâce aux filières courtes périurbaines Pour accroître et diversifier les revenus et l emploi, des actions ont été conduites pour soutenir la mise en place d une filière courte péri-urbaine générant de la valeur ajoutée au bénéfice des éleveurs. L exemple qui suit illustre la manière dont la SNV a accompagné la mise en place d une filière courte pour le lait en mettant en relation les différents acteurs et en appuyant leur contractualisation et leur formation. Le renforcement de mini-laiteries approvisionnées en lait de production locale Les produits laitiers font partie des habitudes alimentaires des Nigériens. La demande urbaine est satisfaite en général par des produits élaborés à base de poudre de lait importée. Les consommateurs apprécient les produits faits à base de lait frais local et sont prêts à payer légèrement plus cher ces produits. Cette demande peine à être satisfaite du fait de la difficulté d organiser un approvisionnement régulier et fiable des mini-laiteries urbaines avec du lait produit localement. Dans ce contexte, la SNV s est employée à structurer des circuits de collecte de lait en zone périurbaine. Productrices Ú Collectrices Ú Laiteries Ú Consommateurs Eleveurs péri-urbains ayant des excédents laitiers Collectrices formées à la conservation du lait Laiterie de Konni, Tahoua et Doutchi réalisant la transformation et la commercialisation Consommateurs citadins de Konni, Tahoua et Doutchi recherchant des produits laitiers de qualité On peut ici citer l exemple de l accompagnement par la SNV d une mini-laiterie de la zone péri-urbaine de Konni qui était intéressée par l achat de lait frais pour enrichir sa gamme de produits. Dans un premier temps, la SNV a facilité l organisation de rencontres avec des producteurs de lait afin d identifier les contraintes à lever pour l approvisionnement de la laiterie : organisation de la collecte, de la conservation et du transport, pratiques d hygiène. Un expert en renforcement local de capacités (Agri Bilan) et le Service d Elevage de Konni ont ensuite procédé à un recensement par localité, dans un rayon d environ 10 km, des producteurs potentiellement intéressés par la vente de lait, en faisant le bilan de leurs troupeaux et de leurs capacités de production de lait aux différentes périodes de l année (cette production évoluant en fonction de l abondance de pâturages). Ce diagnostic a tenu compte des mouvements des troupeaux en saison sèche, paramètre clé pour le système de collecte. Il a permis d estimer, par saison, le lait pouvant être collecté et vendu à la mini-laiterie, une fois les besoins des ménages pour leur propre consommation satisfaits. 41

La SNV a alors accompagné l organisation du système de collecte. Les producteurs volontaires se sont organisés en groupements par localité. Ces derniers ont choisi des collectrices chargées d assurer la collecte de lait, la livraison et le paiement selon des termes contractuels définis entre la laiterie et les producteurs. Les termes contractuels ont été discutés lors d un atelier facilité par la SNV et rassemblant les collectrices et les responsables de la laiterie. Il a été convenu à cette occasion des objectifs de livraison, leur périodicité, les différentes qualités de lait, leur prix, et les modalités de paiement. Les propositions ont été ensuite restituées et validées par les producteurs membres des groupements. Le processus s est conclu par des contrats engageant la laiterie, les collectrices et les producteurs membres des groupements. En parallèle, la SNV a mis en place une trajectoire de formation pour les producteurs et les collectrices sur les questions transversales d hygiène, de soins vétérinaires et de conservation afin de garantir la qualité du lait. De leur côté, les gestionnaires de la laiterie ont reçu un appui sur le contrôle qualité et l enregistrement des livraisons. Pour renforcer les dynamiques d apprentissage et assurer la durabilité de ce système de collecte, la SNV organise une rencontre semestrielle de suivi-évaluation concernant la mise en œuvre des contrats, permettant ainsi à chacun de faire le point sur les difficultés et les ajustements nécessaires. La laiterie de Konni a progressivement augmenté son approvisionnement en lait local, passant de 1350 litres en 2012 à 3885 litres en 2013. 2.2.3. Favoriser une alimentation plus diversifiée par la production et la transformation locale de produits à haute valeur nutritionnelle La SNV en quelques chiffres : contribution à la diversification alimentaire Les 3 mini-laiteries de Yaya, Konni et Sabon Guida soutenues par la SNV ont développé leurs grammes de produits et les commercialisent davantage. Pour le seul mois de septembre 2013, elles ont vendu 3 560 litres de lait frais, 7 120 litres de yaourts et 3560 feuilles de fromage (contre 450 litres de lait frais et aucun produit transformé en septembre 2012). Afin de diversifier les modes de consommation du niébé, la SNV a appuyé entre 2009 et 2013 la mise au point d une gamme de 12 produits transformés à base de niébé et intégrant plusieurs produits locaux (céréales, souchets) à Maradi et Zinder). Parmi ceux-ci on compte des farines infantiles riches en protéines. Aussi, avec le Prodex, il a été mis en place 16 unités de transformation du niébé au niveau des régions de Maradi, Zinder et Dosso. 42

L appui à des actions favorisant une alimentation plus diversifiée contribue également à la sécurité alimentaire et à la résilience des producteurs et des productrices. Cet appui se retrouve dans les choix de filières de la SNV, notamment le lait et le niébé. L organisation travaille à la fois sur le lait de vache et le lait de chamelle, notamment parce que la chamelle est capable de produire de 2 à 4 litres par jour d un lait aux qualités nutritionnelles exceptionnelles, et ce toute l année, malgré des conditions de vie rustiques. La SNV met également un accent particulier sur le maillon «transformation» de la filière de niébé (farine, couscous et pâtes alimentaires). Ce choix est appuyé par sa qualité nutritionnelle : il contient beaucoup de calories, de vitamine et surtout protéines : entre 17 et 42 %, une teneur deux à trois fois plus grande que les céréales de base. Il est riche en lysine, acide aminé essentiel qui manque dans la plupart des céréales. Il est aussi riche en thiamine, riboflavine, et acide nicotinique. Sa teneur en glucide en fait également un aliment très énergétique. Cependant, les actions de la SNV ne sont pas axées sur la nutrition, mais bien sur l accès au marché et le développement des capacités techniques et managériales dont l un des impacts indirects est une meilleure nutrition. Témoignage Haoua Abdou, Trésorière de l union Chawa de Magaria (région de Zinder) Nous sommes au-delà de ce que les autres savent faire. Nous avons notre propre label, la farine pour diabétique et le dibila (biscuit), fruits de l intelligence de notre union. La farine pour diabétique, par exemple, est très prisée et les commandes affluent même de la capitale. Le niébé, ce légume que nous connaissions depuis fort longtemps et que nous banalisons, est désormais notre parure, notre or. L activité de transformation de niébé est très lucrative. Elle me procure une certaine autonomie financière. Non seulement j arrive à subvenir à mes petits besoins, mais en plus je peux aider mes parents. Avant que je commence à exercer comme vendeuse, j étais totalement dépendante de la famille. A présent, je contribue financièrement aux charges de famille. 43

2.2.4. Créer un environnement favorable garantissant les moyens d existence La SNV en quelques chiffres : contribution à la diversification alimentaire La SNV a accompagné la mise en place de comités de gestion sur 10 marchés à bétail entre 2008 et 2011 (Béla, Mokko, Kargui bangou, Wasey/Sokorbé, Malam Koira/Falwel, Gondoutchi, Dogonkiria (Région de Dosso), Dan, Malam/ Chadakori (Région de Maradi), Balleyara, Damana (Région de Tillabéry) et a étendu l initiative à 10 nouveaux marchés en 2013. Le dialogue social autour de la gestion des ressources pastorales construit grâce à l appui de la SNV dans le cadre du PASEL6 a permis d avoir le consensus autour des vocations de certains espaces tels que la vallée de Tarka, les aires de Dan Madatchi, Boulounkourou, Yani, Batako. Grâce à la médiation engagée avec l appui de la SNV, un climat de confiance a pu être rétabli dans les zones pastorales transfrontalières Mali-Niger, avec une gestion des conflits intégrant les us et coutumes traditionnels. Ceci a contribué, en plus des conventions locales, à facilité la mobilité pastorale avec un effet positif sur la régénération des pâturages et leur exploitation durable. Suite au diagnostic mené par la SNV sur les tracasseries le long des axes de commercialisation de l oignon, un plaidoyer a été mené auprès des autorités. Un bon d enlèvement et de commercialisation (BEC) de l oignon a été mis en place par le gouvernement pour lutter contre les taxes illégales. a. Sécuriser la mobilité des systèmes d élevage Un moyen de créer un environnement garantissant les moyens d existence des éleveurs notamment est de sécuriser la mobilité pastorale qui est le seul système d élevage durable dans un contexte d aléas et de rareté croissante des ressources. L exemple qui suit met en évidence le rôle de la SNV dans la mobilisation de tous les acteurs à différentes échelles en amont pour anticiper et gérer la crise fourragère de 2010 dans une zone frontalière Niger/Mali, évitant ainsi le développement des conflits autour de l accès aux ressources. La gestion de la crise fourragère dans la zone transfrontalière en 2010 Dans le cadre de l élevage transhumant, les éleveurs se déplacent avec leurs troupeaux à la recherche de points d abreuvement et de pâturages. Dans la zone frontalière de Tillia au Niger et d Andéramboukane au Mali, lors des bonnes années avec des pluies suffisantes, les points d eau temporaires ne se tarissent pas avant mars-avril. Les troupeaux peuvent ainsi se disperser sur tout l espace intercommunal et paître sur de larges zones bien fournies en pâturages. En milieu ou en fin de saison de soudure, les troupeaux se dirigent vers les points d eau permanents. Cela permet de de limiter la période de concentration du bétail à proximité des stations de pompage, des puits publics et mares naturelles pérennes. En effet, une concentration prolongée de bétail entraîne une âpre compétition pour l accès à l eau et aux pâturages mais également une possible dégradation des pâturages surexploités et piétinés et au final un risque accru de conflit, comme celui qui oppose les peulhs du Niger et les Daoushaqs de Talataye. La cinquième édition de la rencontre des éleveurs tenue à Inagar dans la commune rurale de Menaka en 2010 a évoqué un conflit latent entre Peulhs du Niger et Daoushaqs de Talatayt (Ansongo), depuis plusieurs années (2005). 44

Ce conflit intercommunautaire qui sévit de manière persistante le long de la frontière Mali/Niger depuis 2005, a été mis à l ordre du jour de la rencontre de Tidimbawen en 2011 et cela sur demande express des populations de la zone transfrontalière. Un accord préliminaire a été trouvé à l occasion de cette rencontre où plusieurs autorités étaient présentes : communes voisines de Talatayt et Tin Hama (dans le Cercle d Ansongo au Mali) et de Banibangou, Inates et Tondikiwindi (dans les départements de Walam et Tillabéry au Niger). En amont de la crise fourragère en 2010, dès décembre 2008, le forum d Agando facilité par la SNV Gao (Mali) et Tahoua (Niger) avait mis en évidence le déficit de pluie entraînant un tarissement précoce des points d eau temporaires et obligeant les éleveurs et leur bétail à se regrouper vers des zones de repli. En 2009, la saison des pluies a permis de renouveler une partie des pâturages mais ces derniers étaient inexploitables du fait du tarissement des points d eau temporaires. Le cheptel s est donc concentré à proximité des points d eau permanents. La SNV a alors testé des actions de sensibilisation au niveau de l espace intercommunal pour mieux exploiter et partager le peu de ressources fourragères disponibles. En 2010, la «crise» climatique s est poursuivie et avant même le pic de la crise fourragère, la concentration des troupeaux était en passe de conduire à une situation explosive : surcharge en cheptel, temps d attente très long pour accéder aux points d eau, distance trop grande entre les pâturages disponibles et les points d eau permanents. Anticipant cette crise aggravée, les équipes SNV de Tahoua et Gao ont renforcé l appui aux communes et aux organisations des éleveurs pasteurs et agropasteurs au niveau national et sous régional pour interpeller l Etat et les bailleurs. Les communes ont intensifié les actions de sensibilisation au niveau de l espace intercommunal pour mieux exploiter les rares ressources fourragères disponibles. En parallèle, une caravane d information conduite par les renforceurs locaux de capacités de la SNV et les représentants des communes ont sillonné l ensemble des points stratégiques des deux côtés de la frontière pour préparer la cohabitation pendant la période de soudure. Le réseau des 36 délégués, représentants des pasteurs des communes de Tillia, d Anderamboukan et des communes voisines comme Abala et Sanam, se sont mobilisés et ont conjugué leurs efforts et moyens pour coordonner de façon sécurisée les mouvements des troupeaux durant la saison sèche. D autre part, les 2 communes ont pris l initiative de mettre en place des marchés temporaires le temps de la soudure (de janvier à juillet 2010) pour rendre disponibles les aliments pour les hommes et les animaux dans les zones où ils s étaient repliés. Les initiatives locales ont été renforcées par des aides extérieures plus tardives, avec notamment la distribution d aliment bétail financé par l Ambassade des Pays-Bas pour le cercle de Ménaka au Mali et par des ONG telles que Quatar Charity au Niger. Cette approche a permis aux éleveurs de limiter leurs pertes en bétail avant l arrivée des pluies fin 2010 mais aussi d éviter les conflits et la dégradation des pâturages et des infrastructures d accès à l eau. La dynamique de concertation existante entre tous les concernés, avec une gestion du territoire dépassant les simples considérations administratives, a permis aux acteurs du territoire de prendre eux-mêmes en main la gestion de la crise (en l anticipant!). Ils ont pu en même temps insérer l aide extérieure ponctuelle dans une approche plus globale. 45

b. Lutter contre les taxes illégales Un moyen de créer un environnement garantissant les moyens d existence des producteurs mais aussi des commerçants, est de contribuer à mettre en place, sur une base concertée et acceptée par les différents acteurs, un système permettant de lutter contre les taxes illégales. L exemple ci-dessous met en évidence la manière dont la SNV a accompagné les différentes étapes pour parvenir à opérationnaliser un dispositif de contrôle des taxes illégales sur l exportation de l oignon. Le Bon d Enlèvement et de Commercialisation (BEC) pour faciliter l exportation de l oignon Un des facteurs qui pénalise la filière oignon du Niger est la prise de «taxe» illégale sur le trajet qui relie les bassins de production aux marchés de consommation, en Cote d Ivoire et dans les pays côtiers de la sous-région. Les études menées par la SNV de 2005 à 2010 ont ainsi mis en évidence le problème des «tracasseries routières» qui ont un impact notable sur la compétitivité de l oignon nigérien (les «taxes» illégales étant estimées à 120 000 FCFA pour un camion de 30 tonnes entre la région de Tahoua et la frontière burkinabé). Du fait du caractère largement informel du commerce de l oignon, les recettes des taxes officielles (pour les communes ou les organisations de producteurs) sont faibles et limitent l investissement dans la structuration de la filière. Une solution envisagée pour pallier à ces différents problèmes est la mise en place d un BEC, Bon d Enlèvement et de Commercialisation pour les oignons exportés. Dans le cadre du PRODEX (Projet de Développement des Exportations et des Marchés Agro-Sylvo-Pastoraux), la SNV a contribué à la réalisation de l étude de faisabilité du BEC. Les conclusions de l étude ont été portées auprès du gouvernement nigérien qui a adopté légalement ce dispositif en 2011après lobbying des OPF auprès des autorités au niveau national. La SNV a accompagné l opérationnalisation du dispositif qui a requis plusieurs étapes. Tout d abord, des campagnes d information au niveau national ont été menées auprès de tous les commerçants pour expliquer et justifier la mise en place de ce Bon d Enlèvement et de Commercialisation. Un atelier national a ensuite été mené avec la facilitation de la SNV pour expérimenter l utilisation du BEC, notamment au niveau des comptoirs de commercialisation. 46

Le BEC a d abord été expérimenté au niveau du premier comptoir de commercialisation de déjà fonctionnel, celui de Ternanoua. Son rôle est de superviser et enregistrer les transactions après un contrôle de la qualité du chargement. Les commerçants s acquittent des différentes taxes et payent le service du comptoir, pour un montant total d environ 15 000 FCFA par camion de 30 tonnes. Le comptoir gère donc les taxes pour le compte de la commune mais également des organisations paysannes. En contrepartie de l enregistrement de la transaction et du paiement des taxes et frais, le commerçant reçoit un BEC qui atteste du fait que l ensemble des frais a été payé et lui permet de sortir la cargaison du pays. Mais la mise en place effective du système a nécessité un engagement renforcé au niveau politique. Au démarrage du BEC, des «taxes» illégales ont continué à être prélevées Constatant le mécontentement des commerçants, la SNV avec l appui du PRODEX a interpellé les autorités centrales qui ont menacé de sanction les agents ne respectant pas la procédure. Une telle intervention a permis de rendre plus effectif le BEC qui est désormais très sollicité au niveau du comptoir de Teranaoua par les commerçants qui voient à travers ce «guichet unique» une économie de temps et d argent. Cela permet également d avoir des données plus fiables pour l élaboration des statistiques d exportation de l oignon. c. Accompagner la régulation des marchés Un moyen de créer un environnement garantissant les moyens d existence des éleveurs est d accompagner la régulation des marchés à bétail habituellement contrôlés par les commerçants et les intermédiaires au détriment des éleveurs. L exemple qui suit illustre la manière dont la SNV a appuyé les différentes étapes de mobilisation, de concertation et de gestion par les acteurs stratégiques responsables, mais également par l ensemble des acteurs concernés, en vue d une régulation des marchés plus favorable aux éleveurs. Des comités de gestion pour une meilleure organisation des marchés à bétail Le marché de Badaguichiri située au sud de la région de Tahoua draine chaque jeudi plus de 5 000 têtes de bétail. Plus de la moitié des animaux sont exportés vers le Nigeria. De nombreux acteurs, commerçants, intermédiaires, éleveurs, convoyeurs, collecteurs et mairie se côtoient. Traditionnellement, le fonctionnement des marchés est dominé par les commerçants et les intermédiaires qui dictent les termes de transactions. Une telle situation génère des tensions et un climat de méfiance. La mairie accuse les collecteurs de complicité avec les intermédiaires pour détourner les taxes, les éleveurs se plaignent d être spoliés par les intermédiaires avec la complicité des commerçants, les intermédiaires se plaignent également d être montrés du doigt pour malversation. Les différents acteurs se trouvent insatisfaits et les recettes communales sont en deçà des prévisions. Face à cette situation, le maire de la commune de Badaguichiri a sollicité l appui de la SNV pour l organisation du marché à bétail, l objectif étant de parvenir à une gestion participative, saine et transparente du marché gage d une amélioration des revenus. 47

De 2008 à 2011, l accompagnement de la SNV s est fait en différentes étapes : la réalisation d une étude sur les différents acteurs du marché, leurs rôles, leurs relations et leur organisation. Sur cette base des débats communaux ont été organisés pour proposer des mesures garantissant une transparence dans les transactions sur le marché à bétail ; un processus de structuration des acteurs conduit par la mairie consistant à les organiser par catégorie socio-professionnelle avec leurs représentants au niveau du comité de gestion ; la constitution du comité de gestion composé de 10 membres représentatifs des différents acteurs du marché et validé par la suite par un arrêté municipal ; l organisation d un voyage d étude sur le marché autogéré de Fada N gourma au Burkina Faso ; la définition concertée des procédures de gestion du marché : un cahier des charges pour définir les tâches de chacun. Tous ces aspects ont fait l objet d un protocole d accord avec la commune ; un plan de renforcement des capacités du comité de gestion sur la formation en vie associative, la gestion des conflits et le suivi de la perception des taxes en appui à la mairie ; la recherche de solutions pour sécuriser les transferts d argent lors des transactions. Avec cette approche, toutes les décisions liées au marché sont prises en concertation avec les acteurs, aussi bien concernant la répartition des espaces au niveau du marché que la mise en place des procédures de gestion des infrastructures. Les éleveurs sont davantage impliqués, ils assistent à la vente de leur bétail et peuvent influencer les décisions. Ce mode de gestion se traduit également par une diminution sensible des litiges au niveau du marché. La meilleure organisation du marché le rend plus attractif et participe également à une augmentation des recettes fiscales. A titre d illustration, en février 2008, pour le marché de Badaguichiri les recettes sur la taxe d identification étaient de 3 138 850 FCFA et celles sur la taxe de présentation étaient de 1 239 830 FCFA. Un an plus tard elles étaient passées respectivement de 3 925 850 FCFA et 1 842 250 FCFA. Une telle dynamique pour une mode de gestion innovant a été rendu possible grâce au volontarisme du maire et à son assise sociale, vis-à-vis des autorités traditionnelles comme des pouvoirs politiques. L engagement de la municipalité pour la sécurisation du marché s est aussi traduit par l investissement dans la clôture du marché, l installation d un commissariat de police et la construction d un campement avec l appui de la SNV pour l accueil des éleveurs. En outre, une enquête réalisée en 2010 auprès d un échantillon de 10% des producteurs et des revendeurs qui fréquentent le marché de Badaguichiri a montré que les revenus dégagés de la commercialisation sur le marché ont augmenté en moyenne de 10 à 20% après la mise en place des nouvelles règles de commercialisation. Aujourd hui, le comité de gestion continue de fonctionner même après le changement de maire suite aux dernières élections. Pour la diffusion de l expérience sur d autres marchés à bétail, l engagement du maire est un prérequis. Les communes volontaires pour adopter ce type de gestion du marché à bétail remplissent donc auprès de la SNV une manifestation d intérêt qui inclut un engagement à contribuer à la mise en place du comité de gestion, à le soutenir, et à réaliser des investissements en infrastructures pour le marché à bétail. 48

d. Responsabiliser et renforcer les leaders Un moyen de créer un environnement garantissant les moyens d existence des producteurs et de productrices est de responsabiliser et de renforcer les leaders et notamment les femmes. L exemple ci-dessous met en évidence les différentes étapes au cours desquelles la SNV a renforcé le leadership des femmes engagées dans les organisations et les communes, afin qu elles renforcent leur capacité de décision autour de la gestion des ressources naturelles et de la limitation des conflits qui les affectent en priorité ainsi que les jeunes et les enfants. Focus sur le renforcement du leadership des femmes Une étude «Genre et environnement associatif» conduite dans la zone du PASEL en 2011 (Loga Gaya, Doutchi, Guidan Roumdji et Dakoro) a permis de mettre en évidence la position marginale des femmes dans les décisions communautaires concernant la gestion des ressources naturelles. Constatant les nombreux conflits, dont certains affectant les enfants (notamment les jeunes bergers) suite à la non-application des textes du Code Rural, les femmes se sont mobilisées avec l appui de la SNV. Ces femmes sont des élues locales, présidentes et ou membres des organisations des producteurs ruraux (agriculteurs, pasteurs et agro-pasteurs) au niveau de 3 départements (Guidan Roumdji, Filingué et Loga). Le nombre de femmes par département varie entre 45 et 55). Entre 2011 et 2012, plus de 120 femmes ont ainsi été accompagnée. Pour accompagner les dynamiques sociales en faveur des groupes dominés des connexions ont été favorisées à travers le volet «réseautage des femmes leaders». Elles ont alors mené des actions de plaidoyer auprès des autorités déconcentrés, communales, coutumières et des structures du Code Rural garantes de l application des textes. En soutien à ces femmes, la SNV s est appuyée sur son Programme Leadership pour le Changement (PLC) - mis en œuvre depuis 2005 en Afrique de l Ouest - qui vise le renforcement des capacités des responsables d organisations et des décideurs (ONG, organisation de producteurs, services de l Etat, élus locaux, etc.). La démarche d accompagnement des femmes a été menée selon les étapes suivantes : Identification de femmes leaders au sein des organisations pastorales et agro-pastorales : elle a eu lieu grâce à des entretiens collectifs et individuels, sur la base de différents critères : femmes occupant un poste à responsabilité ou ayant une charge d élue, femmes impliquées dans les décisions au sein de l organisation. Formation des femmes sur la conduite du changement de comportement : c est un parcours en 3 étapes au cours duquel les femmes développent leur estime et leur confiance en elles, renforcent leur dynamique de leader, apprennent de nouvelles approches pour argumenter, négocier. 49

Formation sur les textes du Code Rural relatif à la sécurisation de l accès aux ressources pastorales : cette formation plus technique a permis au groupe de leaders d avoir des connaissances sur ces textes pour construire l argumentaire du plaidoyer. Organisation de réunions d interpellation au niveau des départements de Filingué, Loga et Guidan Roumdji pendant lesquelles les autorités se sont engagées à une meilleure application des textes du Code Rural relatifs à la sécurisation de l élevage. Création de réseaux de femmes leaders : au niveau de chaque département les femmes leader se sont organisées en «noyau» pour poursuivre les actions de plaidoyer par rapport à l accès aux ressources pastorales au bénéfice des pasteurs et d agropasteurs. Suivi par les femmes des engagements pris par les décideurs. Le renforcement des capacités de leadership des femmes a permis de développer un dialogue constructif avec les autorités et de veiller à une meilleure application du cadre réglementaire existant. Certaines femmes occupent des postes à responsabilités telles la maire de Kiéché, une élue au conseil municipal de Chadakori, la chef d entreprise d une laiterie à la commune urbaine de Doutchi. Suivant cette trajectoire de coaching, ces femmes ont pu exercer une médiation dans certains conflits. A Doumega, une femme élue locale et présidente d une organisation des femmes a interpellé le chef du village quant au refus fait aux femmes d accéder à un bas-fond pour la pêche et la culture du riz. Cela a abouti à une assemblée pour informer la population de l autorisation pour les femmes de mener les activités dans les bas-fonds. Au niveau de la plateforme paysanne de Doutchi, c est une femme leader formée par la SNV qui a résolu un problème de divagation des animaux et de vol de la clôture d un jardin potager. Elle a réuni les femmes pour proposer des sanctions contre les fautifs et organiser le gardiennage. Ces mesures ont été transmises au chef du village puis adoptées. Autre histoire à Saé Saboua : une femme conseillère communale a mobilisé les autres membres du conseil municipal, suite à un achat décidé par le maire et qui n était pas prévu dans les dépenses. La tutelle a alors effectué un contrôle de la légalité de l achat. Depuis, l octroi des marchés se fait en concertation avec tous les membres du conseil. Une autre conseillère communale s est de son côté attaquée à l incivisme fiscal. Elle a mobilisé les groupes de femmes avec l appui de la SNV lors de séances de sensibilisation sur l importance de la taxe municipale et son utilité pour les citoyens. Les participantes étaient encouragées à pousser leurs époux à régler les impôts en toute connaissance de cause. Cette initiative a permis d atteindre un fort taux de recouvrement. La maire de Kiéché a pu améliorer ses relations avec les chefs du village et engager un travail commun pour un meilleur accès à l eau. Elle raconte : «Un jour, un chef de village (dont la population ne s acquittait pas de ses impôts) avait un problème d eau. Il m a trouvée au niveau des locaux de la commune, dans une grande colère, réclamant de l eau pour son village. Je l ai fait asseoir et lui ai expliqué clairement les procédures pour obtenir un puits. Finalement, il a compris et m a présenté des excuses avant de s en aller. Depuis, ce chef de village est le premier à verser la taxe municipale de ses villageois.» 50

3. Approche chaîne de valeur au bénéfice de la sécurité alimentaire et des plus pauvres au Niger? Dans le contexte nigérien où les crises alimentaires se répètent, on peut questionner la pertinence de l approche «chaîne de valeur» pour répondre au défi d amélioration de la sécurité alimentaire. La meilleure intégration des producteurs nigériens dans le marché peut sembler une approche idéaliste alors que les producteurs comme les éleveurs doivent faire face régulièrement au manque de récoltes ou à la perte de bétail. La SNV défend néanmoins l idée que l approche «chaîne de valeur», telle qu elle est mise en œuvre concrètement sur le terrain, est un levier intéressant pour améliorer la sécurité alimentaire des producteurs et des éleveurs et augmenter la résilience de leurs activités face aux aléas climatiques. Concrètement au Niger, la SNV a fait le choix de cibler des «filières» qui sont déterminantes pour les conditions d existence de la majorité des ménages ruraux : niébé, oignon, bétail sur pied et lait. La recherche d impacts socio-économiques importants guide ce choix car la meilleure structuration et l amélioration du fonctionnement de ces filières majeures peut toucher de larges pans de la population. Concrètement l approche «chaîne de valeur» se décline en différents types d action : l amélioration des systèmes de marché et le renforcement de la capacité des ménages pauvres à accéder à ces marchés ; l amélioration de l accès aux intrants de qualité adaptés aux contraintes du milieu ; l amélioration du système de stockage et le marché post-récolte ; l appui à la création de valeur ajoutée supplémentaire grâce à la transformation et la commercialisation de ces produits transformés ; la création d un environnement favorable au développement des filières (améliorer la gouvernance des marchés, le financement des investissements, la lutte contre les taxes illégales). 52

Afin de garantir des impacts positifs sur les conditions d existence des plus vulnérables, ces actions sont menées en considérant les exploitations familiales dans toute leur complexité mais également en intervenant sur les enjeux incontournables du développement local qui sont des pré-requis à une agriculture familiale et compétitive : aménagement de l espace, infrastructures de marché et commerciales, foncier, préservation de l environnement. Enfin, toujours dans la perspective de générer des impacts sociaux importants via l approche chaîne de valeur, une attention particulière est donnée à la prise en compte des femmes et des producteurs et éleveurs les moins nantis. Accompagner les producteurs pour renforcer leur positionnement dans le marché L approche «chaîne de valeur» a d abord un effet direct sur les producteurs organisés et les coopératives. L un des principaux effets attendus de l approche «chaîne de valeur» est de permettre aux producteurs, via leurs organisations, d avoir davantage d influence dans les négociations de prix et donc de recevoir une meilleure rémunération de leur travail. En pratique la grande majorité des petits producteurs ne font pas partie d aucune organisation, ont peu de moyens et une faible production. Ces producteurs opèrent plutôt dans le circuit informel, en relation étroite avec les intermédiaires locaux proches d eux et qui leur apportent notamment des soutiens financiers là où le circuit formel et le service public ont échoué. La démarche de travail consiste à accompagner les organisations existantes tout en effectuant un parallèle des actions ciblées vers les producteurs les plus vulnérables pour les inclure dans des organisations. En général, l augmentation des prix négociés par les coopératives formelles (par exemple sur l oignon ou le niébé d après l expérience nigérienne) influencent ceux du circuit informel et progressivement, des petits producteurs disposent d organisations adaptées à leur situation. Une indispensable intensification de la production agricole La meilleure intégration au marché, avec des prix rémunérateurs pour les producteurs et éleveurs, est également un levier important pour à terme améliorer la disponibilité des céréales sur les marchés, enjeu majeur de la sécurité alimentaire au Niger. En effet, la production céréalière locale est structurellement déficitaire par rapport à une demande nationale en constante augmentation et le Niger dépend en grande partie de ces voisins pour l approvisionnement de ses marchés en denrée alimentaire dont le mil, sorgho l aliment de base. Une meilleure intégration au marché se traduit généralement par davantage de facilité pour financer les activités et accéder aux intrants nécessaires (semences de qualité, intrants, compléments alimentaires pour le bétail). L assurance de revenus plus stables est également une motivation pour les agriculteurs pour réaliser des investissements contribuant à une meilleure productivité et une meilleure résilience de leurs systèmes de production: aménagements anti-érosifs, petite irrigation, gestion durable de la fertilité des sols, agroforesterie. In fine cela permet une intensification des systèmes de production et une meilleure disponibilité en produits agricoles. Des actions de type «distribution de semences et intrants gratuits» aux ménages vulnérables au lendemain des crises alimentaires sont certes nécessaires dans l urgence, mais l émergence d une agriculture plus productive, adaptée aux contraintes nigériennes (aléas climatique, disponibilité restreinte de foncier) et contribuant davantage à la sécurité alimentaire passe par une meilleure organisation des relations de marché au profit des producteurs à la base. 53

Enfin, la disponibilité et la stabilité des approvisionnements nécessitent aussi une meilleure information sur les prix des marchés et la mise en place de politiques publiques d intervention vigoureuse avec les stocks de sécurité. L expérience acquise à travers les filières de rentes (oignon, niébé, lait) constitue un atout majeur que la SNV entend mettre au service du renforcement de la productivité du mil et sorgho dans les années à venir. qui ne peut avoir d effet durable que si la dimension régionale de la sécurité alimentaire est prise en compte L augmentation de la production au niveau national à elle-seule ne suffit pas à garantir la stabilité alimentaire nationale. Car la forte influence des marchés céréaliers régionaux ajoute une instabilité chronique aux prix sur les marchés locaux. La prise en compte de la dimension régionale s impose par la proximité du Nigéria. La disponibilité alimentaire sur les marchés au Niger et les prix sont largement influencés par le statut alimentaire de ce pays. Tout déficit de production au Nigéria se traduit par le siphonage de la production agricole du Niger entrainant l augmentation des prix des denrées. Par exemple, en dépit de la bonne production céréalière excédentaire au Niger en 2012, les prix des céréales n ont pas baissé en 2013, du fait de la baisse de 6% de la production des céréales au Nigéria en 2012, selon le FEWSNET 5. Et c est dans le circuit informel que transite l essentiel de la production agricole jusqu au Nigéria! Ce circuit est renforcé par la défaillance des coopératives et des services publics à offrir des services aux producteurs. L approche chaîne de valeur permet d intégrer cette dimension extra-nationale dans l analyse des stratégies pour garantir une sécurité alimentaire. En plus de renforcer les petits producteurs dans leur accès au marché, les actions sur les filières doivent donc être prolongées par un plaidoyer pour la mise en œuvre de politiques publiques favorables : mesures de lutte contre les taxes illégales, mesures pour favoriser les entreprises agricoles (productivité de la main d œuvre, du capital et des terres) et l industrie alimentaire pour la compétitivité sur le marché domestique, mais aussi la compétitivité sur les marchés mondiaux. Au-delà des approches classiques «chaînes de valeur» : le soutien à la mobilité pastorale La SNV est consciente que le défi de la sécurité alimentaire au Sahel inclue également un défi quant à l élevage. Maintenir la mobilité pastorale au niveau national et transfrontalier, et améliorer la gouvernance des marchés à bétail méritent une attention toute particulière. L élevage joue un rôle économique et social de premier plan au Niger mais répond à une logique spécifique qui nécessite de compléter l approche «chaîne de valeur» par un accompagnement spécifique concernant la gestion des territoires et la cohabitation entre les différents usagers de ressources naturelles. La mobilité, qui est le fondement du système pastoral, est aujourd hui menacée au Niger et au-delà de ses frontières du fait de la pression démographique qui crée une concurrence pour des terres autrefois complètement dévolues à l élevage. L élevage est une thématique épineuse au niveau social, politique et économique et les politiques publiques restent timides en la matière. Les trois dernières sécheresses au Niger (2005, 2007 et 2010) ont mis en exergue l inadéquation des réponses données qui sont essentiellement basées sur le déstockage précoce et la distribution d aliments bétail. 5 Famine Early Warning System Network. 54

Faute d actions appropriées en temps de crise permettant aux troupeaux de se déplacer rapidement, chaque sécheresse se traduit pour de nombreuses familles par la perte de leur bétail débouchant sur une situation d extrême pauvreté. Dans le cas particulier de l élevage transhumant, en plus de l amélioration des relations au marché des éleveurs (notamment par l amélioration des comités de gestion des marchés au bétail mais aussi grâce à la valorisation du lait de vache et de chamelle), la SNV s investit dans les actions de médiation au niveau de territoires-clés en termes de ressources naturelles et dans le plaidoyer. La mobilité pastorale concerne de grands espaces, le plus souvent à cheval sur plusieurs pays. La SNV appuie donc une dynamique sous-régionale pour demander l application effective des accords sous régionaux et des textes de lois relatifs à la transhumance déjà en vigueur dans chaque pays. Compte tenu de l augmentation des aléas climatiques, la sécurisation de la mobilité pastorale est une nécessité pour préserver l élevage, secteur économique essentiel pour le Niger. Par ailleurs, la mobilité pastorale permet de valoriser, sans les dégrader, de vastes territoires. Plus qu un mode de vie menacé, il s agit d un enjeu pour la sécurité alimentaire et la SNV s allie à de nombreux partenaires pour relever ce défi. Des approches complémentaires pour répondre aux défis de la sécurité alimentaire La sécurité alimentaire dans le contexte du Sahel est complexe et aucune approche ne peut à elle seule avoir la prétention de garantir la sécurité alimentaire. La réduction de la vulnérabilité des ménages ne peut pas être traitée dans le cadre de la seule approche «chaîne de valeur» mais cette dernière reste un levier intéressant pour l augmentation des revenus qui contribue à la plus grande résilience des moyens d existence des ménages ruraux. Elle doit être complétée par d autres approches prenant en compte l ensemble des paramètres qui affectent les conditions d existence des ménages. L amélioration des politiques publiques au niveau national et régional ainsi que la meilleure information sur les prix des denrées alimentaires sont également une nécessité. L amélioration de l impact de l approche chaîne de valeur sur la sécurité alimentaire impose également de s intéresser aux systèmes de production dans leur globalité, à l économie des ménages, des exploitations et des bassins de production mais aussi aux facteurs de la malnutrition. L approche «chaîne de valeur» est la colonne vertébrale de la stratégie d intervention de la SNV mais il ne s agit pas en pratique de l application d une démarche standardisée et fermée. Dans chaque région et avec une vision globale des conditions d existence des ménages ciblés, la SNV adapte sa méthode de travail aux réalités de terrain et déploie des approches complémentaires avec ses partenaires qui rendent in-fine possible le changement de situation pour les ménages ruraux les plus vulnérables. 55

4. Conclusion et perspectives L élaboration de ce document de capitalisation a été l occasion d un travail de réflexion intéressant des conseillers SNV par rapport à leur pratique de travail et aux résultats obtenus pour le secteur agricole. La SNV met en avant une approche du développement insufflé par les acteurs à la base et leur organisation, en considérant le marché comme riche d opportunité pour le développement. L approche «chaîne de valeur» qui constitue la marque de fabrique de la méthode de travail de la SNV a été orientée pour maximiser les effets en termes de sécurité alimentaire : permettre une plus grande disponibilité de produits alimentaires et augmenter les revenus des ménages ruraux pour leur permettre de satisfaire leurs besoins alimentaires. La SNV a focalisé ses actions sur des filières emblématiques dont la majorité de la population tire ses moyens de subsistance : bétail et lait, niébé et oignon. Ces filières ont une importance stratégique en termes d approvisionnement alimentaire du Niger et d emploi. Pour chacune de ces filières, des actions ciblées ont été menées pour inclure les acteurs les plus vulnérables : femmes, agriculteurs ou éleveurs les moins nantis. Cela passe par le renforcement des capacités de leaders mais aussi un appui à la structuration en général : organisations de producteurs et de transformatrices, entreprises rurales, etc. Un important travail de la SNV consiste à faciliter les prises de contact et la construction de relations entre les différents acteurs d une filière afin que des liens d affaire durables et équilibrés se nouent. Des actions concernant spécifiquement les femmes visent à développer la création de valeur ajoutée via la transformation des produits agricoles. Enfin, la SNV contribue à des actions de plaidoyer en faveur d une meilleure régulation des marchés et de «règles du jeu» plus inclusives. Au-delà de la grille de lecture filière et marché, la SNV accorde également une grande importance aux enjeux de territoire et notamment à la gestion partagée des ressources naturelles qui sous-tend les activités d élevage. La SNV a développé une bonne connaissance du fonctionnement de l élevage transhumant au Niger et s investit dans la médiation à l échelle de larges territoires pour garantir la mobilité pastorale. 57

L ensemble de ces actions contribue à l amélioration de la sécurité alimentaire et permet aux producteurs et éleveurs, parmi les plus exposés aux impacts du changement climatique, d investir dans des stratégies plus adaptées aux nouvelles conditions climatiques et plus souples face aux aléas. Il s agit à la fois de produire davantage en termes de quantités et avec une qualité adaptée aux besoins du marché mais aussi d avoir des systèmes de production capables de surmonter les aléas climatiques. Le défi de la sécurité alimentaire reste d actualité. La SNV compte maintenir ses engagements dans les grandes filières pour lesquelles elle a acquis des expériences et une bonne connaissance des dynamiques entre acteurs. Forte de son expérience sur les filières niébé et oignon, la SNV souhaite étendre son action aux filières de céréales qui représentent un enjeu de taille. L élevage est une thématique prioritaire d intervention à travers la sécurisation de la mobilité pastorale, mais également à travers un appui à la régulation des marchés à bétail. Le lait et la viande sont également largement pris en compte. Pour renforcer l impact de ses actions en termes de sécurité alimentaire, la SNV souhaite également intégrer la dimension nutrition dans ses actions au Niger : comment garantir une disponibilité d aliments plus sains, plus variés et plus riches dans des bonnes conditions sanitaires? Là aussi, l organisation des filières peut jouer un rôle important pour relever ce nouveau défi. 58

résilience code rural warrantage accès au crédit Comités de gestion transhumance emplois ressources naturelles sécurité alimentaire oignon niébé concertation renforcement de capacités fixation des prix diagnostic inclusif genre femmes chaîne de valeur commercialisation transformation semences lait marché à bétail revenus leadership SNV Niger Avenue des Zarmakoye BP 10110 - Niamey Niger Tél.: + 227 20 75 36 33 Fax: + 227 20 75 35 06 E-mail: niger@snvworld.org www.snvworld.org/niger