Laissez-vous conter la restauration de l ancienne cathédrale Saint-Michel à Sospel
theatrum sabaudiae, 1682 Archives départementales des Alpes-Maritimes
Au XIV e siècle Sospel devient siège d évêché et son église est élevée au rang de cathédrale, les habitants ayant soutenu le pape Clément VII resté en Avignon lors du Grand Schisme. Cette dernière est administrée par des chanoines jusqu au XVIII e siècle. L édifice a une origine médiévale, dont seul le clocher orné de bandes lombardes du XIII e siècle subsiste. Entièrement rebâtie à partir de 1641, l église Saint-Michel, une des plus vastes des Alpes-Maritimes, offre toute sa théâtralité baroque au visiteur qui débouche sur la place du même nom. Sa façade monumentale, rythmée par les lignes horizontales et verticales, attire le regard vers le ciel. Achevée en 1762 elle a été restaurée en 1888 à la suite des dommages causés par un séisme. L intérieur de l édifice surprend par la richesse de ses décors, qu ils soient peints, en stuc ou dorés, et témoigne de l image de grandeur impulsée par l Eglise à l époque baroque. L ensemble a été classé Monument Historique en 1951
Un chantier COLOSSAL Le chantier de restauration concerne l ensemble des maçonneries et des décors intérieurs de l édifice qui souffre de multiples dégradations : fissures, traces de sels dues à l humidité, décollement des badigeons, dégradations des dorures et des stucs, etc... Décomposé en lots, les domaines de spécialité et les corps de métier qui interviennent sur le chantier sont variés : maçonnerie pierre de taille, décors peints, dorure, menuiserie et vitraux.
PHASES PRÉPARATOIRES Un tel chantier demande une importante préparation technique. Les premières interventions consistent à protéger le sol et le mobilier, tout particulièrement les tableaux qui sont alors déposés pour être mis en caisse, sous le contrôle du conservateur des Antiquités et Objets d Art. Les objets ne pouvant être déplacés pour des raisons de sécurité ou de fragilité sont protégés sur place. C est le cas du retable de l Immaculée Conception attribué à François Bréa qui bénéficie d une surveillance privilégiée (hygrométrie et température). L ensemble des objets dits «immobiliers par destination» (orgue, balustrades, autel majeur) sont également protégés de la poussière et des risques liés au chantier. Des échafaudages sont ensuite montés afin de permettre aux maçons et aux restaurateurs d accéder aux parties hautes de l édifice. Les premières tranches de travaux concernent le bas-côté sud, le transept sud et le chœur de l édifice.
EXPERTISER POUR MIEUX SAUVEGARDER La phase d étude est prépondérante. Elle détermine les pathologies de l édifice, permet de mieux comprendre la structure du bâti et sa conception et d élaborer plus finement les traitements qui seront élaborés durant la restauration. Ainsi, les prélèvements d échantillons sur la voûte du bas-côté sud ont permis de comprendre son montage. Durant cette phase, les tirants métalliques et les fissures sont contrôlés, afin de comprendre la nature du mouvement et de pallier à ses effets. Les décors peints sont répertoriés, relevés sur calque afin de former un poncif qui permettra de compléter les lacunes. Ils sont également analysés visuellement et par prélèvements d échantillons. C est à cette occasion qu a été découvert, lors du premier mois de chantier, un décor de trompe-l œil de faux marbre vert et de fausses ouvertures du XVIII e siècle dans le chœur de l édifice, il était jusque-là caché sous les tableaux.
AU CHEVET D UN MALADE DE PIERRE Les premières interventions des restaurateurs consistent à nettoyer l ensemble des décors très encrassés par la suie de bougies et enlever la poussière qui s est accumulée au fil des siècles. Ainsi, les dorures de la frise retrouvent tout leur éclat ainsi que les peintures murales exécutées à la détrempe. Lorsqu il s agit de poussière ou d encrassage, les méthodes employées sont l aspiration ou la gomme «WHISHAB», qui permet un nettoyage à sec des surfaces salies. Les zones affectées par des dépôts de sels solubles sont quant à elles traitées à l aide de compresses de papier japon imprégnées d eau distillée. Lorsque la surface de la couche picturale présente une altération comme le déplaquage, cette surface est refixée à son support, le mur, à l aide d injections de coulis de chaux ou de résine, généralement grâce à une seringue. Enfin, lorsque les zones sont trop lacunaires ou altérées, l intervention consiste à restituer le décor ou le badigeon, s il est connu, afin d assurer une homogénéité visuelle globale de l édifice. Seule la vision de près permet à un œil averti d identifier les parties restituées.
Des métiers MULTIPLES Tous les travaux sur un Monument Historique classé sont soumis à l autorisation du Préfet de région. La maîtrise d œuvre d un édifice classé au titre des Monuments historiques est assurée par un architecte qualifié, conformément au décret du 22 juin 2009. Le chantier de Sospel est suivi par Pierre- Antoine GATIER, architecte en chef des Monuments Historiques, qui a travaillé sur de nombreux chantiers de la région. Les maçons travaillent sur la structure de l édifice et les badigeons lacunaires. Les restaurateurs interviennent par spécialité : peinture murale, dorure et vitrail. Sur le chantier de Sospel, huit restaurateurs interviennent.
Aujourd hui, les restaurateurs qui travaillent sur un édifice classé au titre des Monuments Historiques appliquent le principe de réversibilité et de précaution «la restauration s arrête là où commence l hypothèse», prôné par la Charte de Venise (1964). Quelques principes de RESTAURATION Toutes les zones lacunaires mais connues avec certitudes sont restituées. C est le cas des dorures sur stuc de la frise ou de l autel du transept sud, qui seront apposées suivant la technique de dorure à l eau.
LE REGARD DES ACTEURS DU CHANTIER Quelle est la spécificité de ce chantier et ses contraintes particulières? Jacques DENAIX, «A Chaux et Sable». «Comme la plupart des édifices baroques, la cathédrale de Sospel n échappe pas à la règle des principes de constructions de cette époque : seules les parties visibles du fidèle sont traitées de manière minutieuse. Tout ce qui ne se voit pas est construit de manière assez grossière, sans attention particulière, à la différence des chantiers médiévaux, comme le clocher de Saint-Michel (XIII e s.) où la pierre de taille est employée de manière régulière. Sur le chantier baroque les ouvriers ont construit les voûtes et les murs en petits moellons irréguliers noyés dans un mortier, parfois sans cohérence. Cela n avait pas d importance, les peintures et stucs étaient là pour recouvrir le tout et montrer le faste et la grandeur de l édifice. Cependant, cela pose aujourd hui des problèmes structurels, notamment de fissures assez importantes.» Le chantier de la cathédrale de Sospel est vaste, par quoi avez-vous commencé? Margot Morisse-Marini et Jean-Michel Martinez, «Atelier Morisse-Marini», restauration de peintures murales. «Les premières semaines, je me suis d abord intéressé à la compréhension des décors. Outre le nettoyage et la restauration, le chantier est l occasion de comprendre comment ont été conçus les décors. Je me suis notamment penché sur les trompe-l œil et le sens de la lumière, qui est assez cohérent avec les ouvertures. Nous avons également fait plusieurs prélèvements d échantillons, qui ont été envoyés en laboratoire pour être analysés. Cela permet de comprendre les matériaux et les techniques employés. Par exemple, les prélèvements effectués au niveau des voûtes du bas-côté sud permettent de comprendre comment elles ont été construites. Les notes et schémas que je rédige au fur et à mesure viendront étayer le rapport final de restauration.»
Le chantier EN CHIFFRE Coût prévisionnel : 1 375 000, dont 80% de subventions (Etat avec la DRAC, Conseil Général 06, fonds de concours CARF). La part restante est à la charge de la commune de Sospel, qui bénéficie d un legs et d une souscription publique lancée en 2012 par la Fondation du patrimoine. La durée des travaux est de 9 mois (prévision initiale) Les acteurs du chantier : Architecte en chef des Monuments Historiques : Pierre-Antoine GATIER Maçonnerie : A Chaux et Sable Échafaudages : Entrepose Echafaudages Restauration des peintures : Atelier Morisse-Marini Restauration des dorures : Emilie MACLE Menuiserie : Paul LANTERI Vitraux : Jean-Pierre BELLION
Les Vallées Roya-Bévéra appartiennent au réseau national des Villes et Pays d art et d histoire Pays d art et d histoire des vallées Roya-Bévéra ADTRB-Pôle Culture 3 e pavillon des Ecoles Bd Jules Ferry 06 380 SOSPEL Tel. 04 93 04 22 20 contact@vpah-royabevera.com www.vpah-royabevera.com Sospel A proximité Arles, Briançon, Fréjus, Grasse, Menton, Martigues, Carpentras le Comtat Venaissin, la Provence Verte et le Pays Serre-Ponçon Ubaye Durance bénéficient de l appellation Villes et Pays d art et d histoire. Le service animation du patrimoine du Pays d art et d histoire des Vallées Roya-Bévéra propose toute l année des animations pour les habitants de la Roya-Bévéra, les visiteurs et le jeune public. Il se tient à votre disposition pour tout projet. Si vous êtes en groupe, des visites vous sont proposées toute l année sur réservation. Conception Textes : S. Favier Graphisme : M. Rougier Plans : Colas, P-A. Gatier Photos : Archives départementales des A-M, J. Denaix, S. Favier