Lʼ HISTORIEN ET LES MÉMOIRES FRANÇAISES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE Montrez que lʼétude de ces documents permet de comprendre lʼévolution des mémoires françaises et le rôle de lʼhistorien Doc 1 : La SNCF dans la seconde guerre mondiale La bataille du rail (1946) de René Clément Premier film de René Clément, La Bataille du Rail était à l origine un court métrage commandé par le CNR (Conseil National de la Résistance) au lendemain de la Libération. Les premières épreuves furent jugées si intéressantes qu il fut décidé d en faire un long métrage. La Bataille du Rail se présente en premier non comme une fiction mais comme un document, montrant les actions de la Résistance et de nombreux cheminots anonymes au moment du débarquement des forces alliées. ( extrait blog «Le
Document 2 La mémoire enfouie du génocide «Je me souviens de l'arrivée des soldats anglais à Bergen- Belsen'. Bien sûr, nous étions heureux, mais que signifiait même ce mot? La libération tant attendue, tant espérée, venait tellement tard tant de souffrances, tant de morts autour de nous, ma mère, mon père, mon frère : nous, qui nous étions tant battus pour survivre, nous avions le sentiment d'avoir perdu toute envie de vivre. Puis, ce fut le retour : pour la plupart d'entre nous, nous n'avions plus de famille, plus de parents, plus de foyer. Je pense encore plus douloureusement, aujourd'hui, à tous ceux qui avaient été déportés depuis les ghettos polonais vers les camps d'extermination, et qui, rescapés, sont arrivés en France ou dans d'autres pays d'europe ; leur détresse était encore plus terrible. Ce retour a été, je le répète, terrible : nous étions seuls, enfermés dans notre solitude, d'autant plus que ce que nous avions vécu, personne ne voulait le savoir. Ce que nous avions à raconter, personne ne voulait en partager le fardeau. Dans l'europe libérée du nazisme, qui se souciait vraiment des survivants juifs d'auschwitz? Nous n'étions pas des résistants, nous n'étions pas des combattants, pourtant certains étaient de vrais héros, et pour l'histoire qui commençait déjà à s'écrire, pour la mémoire blessée qui forgeait ses premiers mythes réparateurs, nous étions des témoins indésirables. Même le procès de Nuremberg dont nous venons de célébrer le soixantième anniversaire, avait peu pris en compte la dimension de la Shoah dans les crimes contre l'humanité, qui, pour la première fois de l'histoire, étaient jugés. Il s'agissait de créer un nouveau concept pour juger les crimes de masses, avec bien sûr les victimes juives, mais celles-ci n'étaient pas au cœur des débats. Il a fallu attendre le procès d'eichmann en 1961, pour que l'on commence à prendre en compte la spécificité des crimes commis par les nazis. D'ailleurs, même les historiens, pendant des décennies, ont mis très longtemps à prendre en compte nos témoignages, et chaque fois que j'y pense, j'éprouve le même sentiment de colère. Mais nous étions, pour eux, des victimes, et nos témoignages étaient donc subjectifs et partiaux. Pendant de longues années, la Shoah n'intéressait personne. Le lent et difficile travail de mémoire, qui s'est enfin accompli depuis, l'a arrachée à l'indifférence, comme il nous a rendu notre place. Quel renversement ainsi aujourd'hui, où nous ne cessons d'être sollicités, où partout on nous demande de témoigner, parce qu'après nous plus personne ne sera là pour rappeler ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vécu.».simone VEIL, discours à Amsterdam, le 26 janvier 2oo6.
- Les sociétés : de quoi parle t on? - Pourquoi les sociétés entretiennent elles des rapports avec le passé? - Quels types de rapports? - Le passé? Est ce que lʼhistoire et le passé sont identiques? Cours 1 : LʼHISTORIEN ET LES MÉMOIRES FRANÇAISES DE LA II GUERRE MONDIALE. - Mémoires et Histoire? - Pourquoi le pluriel? ETUDIER LES DOCUMENTS..Doc 1 : la bataille du Rail - quel type de document? - En quoi est il intéressant? - Pourquoi la date est elle importante? - Quels en sont les auteurs et commanditaires? -En confrontant les doc 1 et 2, pouvez vous expliquer cette phrase de SW «...La mémoire blessée qui forgeait ses premiers mythes réparateurs...» - Au delà des documents : - Pourquoi «des mythes réparateurs «? Et par qui ( quels groupes de français? ) - A votre avis, y a t il dʼautres groupes de français qui ne sʼy «retrouvent «pas dans ces mythes réparateurs? - Quels sont les éléments qui vont faire travailler et évoluer les mémoires au cours du temps? (D ʻaprès les documents et vos connaissances. ) Noter une première synthèse du travail... - Dʼ abord : repérer les phrases et/ou expressions du texte que vous allez utiliser pour construire votre travail... ( stabylo ) - Quel tableau de la France est il dressé dans les premières minutes? - Que peut on penser des français pendant la guerre? ( les premières minutes du film) quels sont les scènes qui guident notre observation? - Quelle image de la Résistance donne ce film? - Et donc quelle mémoire de la France pendant la guerre est il véhiculée? Doc 2 «la mémoire enfouie du génocide - Qui est lʼauteur de ce document? A quelle date? Pourquoi est ce important pour notre sujet? - Dʼaprès S.W. Comment sont reçus les déportés en 45? - Quʼest ce qui montre les différences de mémoires en cours dʼélaboration?
I - Le Mythe d une France résistante. «...Pour la mémoire blessée qui forgeait ses premiers mythes réparateurs, nous étions des témoins indésirables.» «ses premiers mythes réparateurs «: 1. Au lendemain de la guerre sʼexprime la mémoire d une France résistante ( nous nʼétions pas des résistants» ) autour de deux grands acteurs de la résistance : D une part ce mythe est forgé par le pouvoir gaulliste (relire le discours lors de la Libération de Paris). Il sʼagit de nier Vichy, qui nʼaurait été quʼun «Etat de fait». Un Etat «fantoche» mis en place par les allemands. Entré dans Paris le 25 Aout 1944, DG refuse de proclamer la République : «en droit elle n a jamais cessé dʼexister». Il assure la continuité de lʼetat républicain. Ce discours officiel, réactivé en apothéose lors du transfert des cendres de jean Moulin au Panthéon le 19 Décembre 1964, inscrit la Résistance dans une «épopée» et lʼinscrit dans la continuité «glorieuse» de lʼ histoire nationale. Et la Résistance devient la France. Jean Moulin rejoint Carnot, Jaurès, Hugo. La «vraie France»( DG Aout 44) «Ce jour là elle était le visage de la France» ( Malraux 1964 ). 2. Lʼʼautre forgeron de ce mythe est le parti communiste.. «le parti des 75000 fusillés» sʼenorgueillit d avoir été le grand parti de la résistance. Dʼen avoir fourni l outil militaire le plus solide : les FTP fondé par Charles Tillon, ministre du GPRF en 45. Et le parti, au pouvoir avec De Gaulle au sein du GPRF créé en 43 à Alger, puis sans lui jusque 1947 sous la IV république. Il véhicule lʼidée que Résistance fut la lutte du peuple tout entier. 3. Quelles sont les raisons de cette mise en avant de la seule mémoire de la Résistance? «mythe réparateur «Réparateur de quoi? Pour De Gaulle il sʼagit dʼéteindre la guerre civile quʼa été la deuxième guerre mondiale pour la France. Combats de Vichy contre la Résistance : Le régime de Pétain fournit aux nazis les otages, de préférence communistes, quʼil réclame. La Milice pourchasse et torture les résistants. Outre mer lʼarmée de Vichy combat les soldats de De Gaulle (en Syrie). Il sʼagit pour De Gaulle de fabriquer un miroir dans lequel les français puissent se retrouver, et recoudre avec la «grande histoire nationale». Il sʼagit de «chanter la même chanson» (de Gaulle -1945) Tandis que le PCF en profite pour faire oublier la période 39-41.la période du pacte germano soviétique. Et au lendemain de la guerre, il est le premier parti de France avec 28 % des voix. Il entend bien capitaliser cette audience et ce prestige pour continuer, démocratiquement son avancée politique. Comment dés lors ne pas renvoyer aux français lʼimage d un peuple résistant? II - «lent et difficile travail de mémoire,»au lendemain de la guerre des millions de français ne se retrouvent pas dans la mémoire officielle 1. Au lendemain de la guerre des millions de français ne se retrouvent pas dans la mémoire officielle «Ce que nous avions à raconter, personne ne voulait en partager le fardeau.» Les juifs, survivants de ce que lʼon nʼappelle pas encore la Shoah. 75 000 ont été déportés, soit 25 % de la communauté juive. Seuls 3% dʼentre eux revinrent. Or le pouvoir issu de la Résistance nʼassume pas Vichy, et.. on ne les écoute pas. Alors que le pays célèbre ses héros, eux sont les «témoins indésirables». Les déportés «politiques», arrêtés pour fait de résistance parlent et sont écoutés. Simone Weil le dit bien. Une de ses sœurs, a été déportée à Buchenwald pour fait de Résistance. Elle est invitée à témoigner. Elle et son autre sœur, déportée à Auschwitz, parce que juive, personne ne les invite, ne les écoute. Cʼest que la Résistance, le pouvoir, ne connait que les concepts de Nation, de Patrie. N existent que des français De même après le procès de Nuremberg ( 46), la prise de conscience de la Shoah ne se fait que lentement. 2. Dʼautres catégories de français ne se retrouvent pas dans la mémoire officielle : Dʼabord les soldats de «l an 40», prisonniers de guerre libérés en 45: témoins de la défaite de 1940, la plus terrible de lʼhistoire du pays. Quelle entorse à la légende gaulliste. Et comment faire croire que la France est
toujours une puissance? De plus beaucoup sont porteurs de la thèse de lʼépée et du bouclier dont on reparlera. A cela sʼajoutent les «STO». Ils voudraient passer pour des déportés... Mais sont surtout des «collabos» malgré eux et des rappels constants de la réalité de Vichy. Enfin, éloignés, oubliés, ils ne referont surface dans la mémoire nationale que dans les années 2000..les soldats «indigènes» de la première armée de libération nationale. «lʼépée de la France était au trois quarts africaine»( de Gaulle, mémoire de Guerre). Bref, ceux témoins et /ou acteurs d une autre Histoire qui ne colle pas à la mémoire officielle. 3. Les années cinquante sont aussi les années où la réalité de la deuxième guerre sʼimpose au pays et lance une crise qui fragilise lʼunité nationale si précaire : la Crise des «malgré nous», jeunes alsaciens enrôlés,de ce fait car sujets allemands, dans la Wehrmacht, se retrouvent en procès pour des crimes de guerre, en particulier, celui d Oradour sur Glane ; lʼopinion se divise. Des maires dʼalsace Lorraine menacent de démissionner. 6000 personnes défilent à Strasbourg 15 février 1953 pour réclamer lʼamnistie des alsaciens inculpés suite au procés.( 13 alsaciens). La loi dʼamnistie du 18 février 53 indigne en Limousin. Les député PC votent contre. III - Le lent recul de la mémoire officielle 1. Cʼest de lʼextérieur que vient le premier grand choc avec Le procès Eichmann en Israël en 1961. Lʼorganisateur de la solution finale, capturé par les services secrets israéliens avait trouvé refuge en Argentine. Bénéficiant à la fois de protection de moines, de la Croix Rouge, et lʼinertie complice de la CIA.Lors du procès, des témoins survivants racontent. Eichmann lui même rédige ses mémoires, (parues en 2000).La réalité de la Shoah prend corps davantage face à l opinion mondiale. Une autre prise de conscience est due au traumatisme causé par lʼaffirmation des thèses négationnistes.. Ce qui aboutira à lʼapprofondissement des travaux d historiens..a cet égard il convient de citer le travail de l historien américain Raoul Hillberg «histoire de la destruction des juifs d Europe» première édition aux Etats Unis en 1961, et pour la France, le Film «shoah» de Claude Lanzman ( 1986), ( souvent rediffusé). «même les historiens, pendant des décennies, ont mis très longtemps à prendre en compte nos témoignage». La Loi Gayssot en 1990, pénalise la négation de la Shoah. 2. Par ailleurs la collaboration et la réalité de Vichy sʼimpose. «un passé qui ne passe pas» ( Henri Rousso ) à partir des années soixante dix. Des films ( le chagrin et la pitié- 1969), des ouvrages montrent lʼautre réalité de la France pendant la guerre. Pour un peu on passerait du tous résistants au tous collabos. L opinion découvre que des collabos, coupables de crimes de guerre ou de crimes contre l humanité, sont soit en postes soit ont été protégés ( le réseau des monastères dont a bénéficié Touvier). La parution de l ouvrage d un historien américain, Paxton ( la France de Vichy-1973) relance lʼanalyse de Vichy qui n était pas un simple régime fantoche à la solde de l Allemagne, mais qui avait ses objectifs propres. Qui devançait parfois les nazis dans leurs demandes ( le statut des juifs en octobre 40. Lʼarrestation et la déportation des enfants juifs en 42. Plusieurs procès remettent en lumière ces années-là ( les années 80-90)et la place de l Etat et de ses fonctionnaires. Celui de Klaus Barbie et la déportation des enfants dʻyzieux. Les mises en accusation et les procès de Touvier, de Bousquet (assassiné avant son procés) et de Papon... Or qui est Papon? Ancien secrétaire de la préfecture de Bordeaux il est responsable de la déportation des juifs de Gironde. Après la guerre il gravit les échelons de la «préfectorale».il sera sous de Gaulle préfet de la police de Paris et responsable de la répression violente d une manifestation de travailleurs algériens, en 61. Interdite, elle avait été organisée par le FLN. Enfin ministre sous Giscard dʼestaing. Cette affaire illustre toute lʼambiguïté de l Etat, du pays.. 3. Si en 1992, Mitterrand maintien par une tour de passe-passe, la fiction gaullienne qui affirme que ce n est pas la république qui a fait ça, ç a n est pas la France. N en demeure pas moins que les juifs ont été recensés, arrêtés, transférés dans des camps français, Drancy, Pithiviers, Beaune la Rolande, le vel dʼhiv, gardés par les fonctionnaires civils et militaires de l Etat français. C est en 1995 que Jacques Chirac rompt avec cinquante ans de silence officiel : «ce jour là, la France commettait lʼirréparable dette imprescriptible» (lire absolument le discours de Jacques Chirac. ) La France a donc PARTICIPE à la shoah. Il fallut cinquante ans pour le dire. Le travail des mémoires, le travail des historiens..