La chimie fine pharmaceutique Prévisions 2014 et perspectives à moyen terme Paysage concurrentiel et axes de développement des opérateurs Principaux contributeurs : Eline Maurel et Yann Fontaine Directeur de la publication : Laurent Faibis Date de publication : Février 2014 Code étude : 4CHE26 XERFI 13-15 rue de Calais 75009 Paris Tél. : 01 53 21 81 51 Fax. : 01 42 81 42 14 e-mail : etudes@xerfi.fr Site : www.xerfi.com (catalogue complet des études)
1. L analyse et les perspectives de l activité La chimie fine pharmaceutique Février 2014 2
1.1. Les déterminants de l activité Vue d ensemble La démarche Xerfi pour l analyse rétrospective de l activité Pour analyser l activité des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique et ses perspectives, Xerfi a identifié dans cette partie les sept principaux déterminants qui expliquent son évolution passée et à venir. Ils ont été sélectionnés en prenant en compte les évolutions de l environnement externe, du contexte concurrentiel et de l offre des opérateurs. Les déterminants de l activité des entreprises du secteur en 2013 Chiffre d affaires Xerfi des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique présents industriellement en France en 2013 : +1,0% en valeur Analyse de l environnement Analyse du contexte concurrentiel Analyse des mutations de l offre 1. L évolution de la production de spécialités pharmaceutiques en France 3. L évolution des prix de vente des acteurs de la chimie fine 5. Les exportations de produits pharmaceutiques de base 2. Le recours à la soustraitance par les laboratoires dans l étape de synthèse chimique 4. Le durcissement de la concurrence internationale 6. L adaptation de l offre et des modes de production des spécialistes de la chimie fine 7. L adaptation aux attentes des laboratoires Source : Xerfi La chimie fine pharmaceutique Février 2014 3
1.1. Les déterminants de l activité Les 7 déterminants clés 1. L évolution de la production pharmaceutique en France La conjoncture de l industrie pharmaceutique, principal client des acteurs de la chimie fine, a un impact important sur l activité de la profession. Or, la production de spécialités pharmaceutiques en France n a que faiblement progressé sur moyenne période (+2,5% en volume entre 2005 et 2013), et s est légèrement repliée en 2013 (-0,5%). Face à l atonie du marché français, la bonne tenue des exportations de médicaments a été insuffisante pour tirer fortement l activité. La faible hausse de la production sur moyenne période est liée aux importantes évolutions du tissu industriel. Le LEEM recensait ainsi 254 entreprises pharmaceutiques en France en 2012, un nombre en baisse de près d un quart depuis 2005. La quête de la taille critique et l adaptation de l industrie aux coûts croissants de la recherche ainsi qu aux mutations technologiques ont en effet entraîné une restructuration du tissu pharmaceutique industriel français (sites fermés ou repris par des façonniers, etc.). Les acteurs de la chimie fine sont en outre pénalisés par le ralentissement de la croissance des dépenses de R&D de l industrie pharmaceutique dans les pays occidentaux (Europe, Etats- Unis), lié à l explosion des coûts de développement de nouveaux médicaments. La difficulté des groupes pharmaceutiques à lancer de nouvelles molécules (reports de lancement, abandon de certaines recherches, etc.) pèse sur leurs fournisseurs de matières premières. 2. L évolution des prix de vente des acteurs de la chimie fine Les marges de manœuvre des spécialistes de la chimie fine pour augmenter leurs prix sont relativement limitées, du fait de la forte concurrence internationale et de rapports de force globalement défavorables avec leurs donneurs d ordres (laboratoires pharmaceutiques). Le contexte est également peu favorable à une hausse des tarifs dans la filière, du fait des baisses de prix des médicaments appuyées par les pouvoirs publics pour limiter la hausse des dépenses de santé. Face à cette contrainte, les laboratoires cherchent à contenir leurs coûts d approvisionnement en matières premières, en faisant pression sur leurs fournisseurs. Pour desserrer cette contrainte, qui pèse sur les marges, les acteurs de la chimie fine cherchent à se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée, avec des molécules innovantes (dans les biotechnologies notamment) ou des processus de production plus sophistiqués. Ils n ont toutefois pu que faiblement relever leurs tarifs en 2012-2013. La chimie fine pharmaceutique Février 2014 4
1.3. Le scénario prévisionnel Les prévisions pour 2014 L évolution des déterminants de l activité des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique sur moyenne période Principaux déterminants du marché 2007-2008 2009-2010 2011 2012-2013e 2014 (p) L évolution de la production de spécialités pharmaceutiques en France Le recours à la sous-traitance par les laboratoires dans l étape de synthèse chimique - + - + + + + ++ + + L évolution des prix de vente des acteurs de la chimie fine + - - ++ + + Le durcissement de la concurrence internationale - - - - - - Les exportations de produits pharmaceutiques de base + - ++ - + L adaptation de l offre et des modes de production des spécialistes de la chimie fine + + + + + L adaptation aux attentes des laboratoires + + + + + Chiffre d affaires des entreprises du secteur +4,9% (*) -5,7% (*) +10,1% +0,9% (*) +2,0% (*) Taux de croissance annuel moyen Source : Xerfi Méthodologie : les signes «+» et «-» traduisent l effet, positif ou négatif, de chaque déterminant sur l activité du secteur. Le nombre de signes «+» ou «-» qualifie quant à lui le niveau de contribution de chaque déterminant à l évolution de l activité La chimie fine pharmaceutique Février 2014 5
Chiffre d affaires des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique Unité : indice en valeur base 100 en 2006 120 110 106,4 110 107,8 108,6 109,7 111,9 100 101,1 97,9 90 80 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013e 2014p Estimation et prévision Xerfi / Source : Xerfi via Greffes des Tribunaux de Commerce Chiffre d affaires des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique Unité : % des variations annuelles en valeur 12% 10,1% 8% 6,4% 4% 0% 3,4% 0,8% 1,0% 2,0% -4% -8% -12% -8,1% -3,2% 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013e 2014p Estimation et prévision Xerfi / Source : Xerfi via Greffes des Tribunaux de Commerce Chiffre d affaires des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique Unités : indice en valeur base 100 en 2006, % des variations annuelles Indice Croissance 2007 106,4 6,4% 2008 110,0 3,4% 2009 101,1-8,1% 2010 97,9-3,2% 2011 107,8 10,1% 2012 108,6 0,8% 2013 (e) 109,7 1,0% 2014 (p) 111,9 2,0% Estimation et prévision Xerfi / Source : Xerfi via Greffes des Tribunaux de Commerce Méthodologie : l indicateur d activité Xerfi a été réalisé sur la base d un échantillon représentatif et constant de sociétés spécialisées dans le travail à façon en chimie fine pharmaceutique, ayant une présence industrielle en France. Les filiales de grands groupes pharmaceutiques, pour lesquelles l activité de chimie fine ne peut être isolée, n ont pas été retenues. Par ailleurs, la méthode exclut par construction les entreprises disparues, celles récemment créées et celles n ayant pas déposé régulièrement leurs comptes entre 2006 et 2012. Les résultats reflètent par conséquent les performances des entités pérennes sur la période. La chimie fine pharmaceutique Février 2014 6
1.3. Le scénario prévisionnel Les opportunités et menaces à moyen terme La démarche Xerfi pour l analyse des perspectives à moyen terme Cette partie propose d analyser les perspectives d activité des spécialistes de la chimie fine pharmaceutique à moyen terme. Pour cela, les analystes de Xerfi ont identifié les principales opportunités et menaces qui pèsent sur l activité des opérateurs. L analyse des opportunités et menaces pour les spécialistes de la chimie fine pharmaceutique à moyen terme Opportunités Menaces Hausse des exigences des laboratoires en termes de qualité des produits, de sécurité des approvisionnements, etc., ce qui favorise un approvisionnement auprès de producteurs français ou européens. Développement des biotechnologies Les molécules issues de biotechnologies sont plus complexes et requièrent une plus grande expertise que les principes actifs traditionnels, favorisant le développement de produits à plus forte valeur ajoutée. Le risque de délocalisation de la production de matières premières est également plus faible, du fait des attentes fortes envers les fournisseurs (proximité, fiabilité, accompagnement lors du développement des projets, etc.). Meilleure perception par les clients des «coûts cachés» liés à l approvisionnement auprès de fournisseurs de pays émergents En cas de problème de qualité ou de manquement aux exigences réglementaires, mais aussi de ruptures dans les approvisionnements, les délais sont très longs et les procédures contraignantes pour changer de fournisseur. Renforcement de la concurrence internationale - Volonté des fabricants chinois d accroitre leurs exportations d API vers l Europe - Montée en gamme de la production indienne d API - Positions fortes de certains pays européens (Italie, Espagne, etc.) Volonté des pouvoirs publics de réduire ou de contenir l évolution des dépenses de santé Face aux baisses de prix des médicaments, les laboratoires renforcent leur vigilance sur les prix des matières premières. Allongement des délais de développement et d autorisation de nouvelles molécules Les coûts de développement ont fortement augmenté dans l industrie pharmaceutique. La difficulté à trouver de nouvelles molécules pénalise les acteurs de la chimie fine, en limitant la demande des laboratoires en matières premières. Le durcissement des conditions d accès au marché des nouveaux produits par les autorités de tutelle aux Etats- Unis et en Europe est également un facteur limitant. Poursuite d une croissance modérée de l activité des opérateurs à moyen terme Source : Xerfi La chimie fine pharmaceutique Février 2014 7
2. L analyse de l environnement externe La chimie fine pharmaceutique Février 2014 8
2.2. L analyse des moteurs et freins structurels La concurrence étrangère : les importations françaises Forte hausse des importations sur moyenne période Les importations françaises de produits pharmaceutiques de base se sont légèrement repliées en 2013 (-1,2% en valeur), sous l effet d une conjoncture défavorable pour l industrie pharmaceutique. Leur hausse est toutefois très nette sur moyenne période : les flux avoisinent désormais les 7 milliards d euros, contre moins de 4 milliards d euros en 2008 (+75%). Elle a été tirée par la progression des ventes depuis l Europe, qui ont doublé entre 2008 et 2013, et surtout depuis l Asie, multipliées par près de 3 (1,2 milliard d euros en 2013). Un déficit commercial de plus de 4 milliards d euros La croissance des exportations (+18% entre 2008 et 2013) a été beaucoup plus modeste que celle des importations, ce qui s est traduit par un creusement continu du déficit commercial de la France en produits pharmaceutiques de base. Celui-ci dépasse désormais les 4 milliards d euros, essentiellement avec l Europe (-3,1 milliards d euros en 2013). Importations françaises de produits pharmaceutiques de base Unités : million d euros, % des variations annuelles Importations Croissance 8 000 6 000 4 000 3 929,0 4 747,9 5 365,0 6 243,4 7 006,5 6 925,5 30% 20% 10% 0% 2 000 2008 2009 2010 2011 2012 2013 (*) -10% (*) Données sur la période décembre 2012 - novembre 2013 / Traitement Xerfi / Source : Douanes Solde commercial français en produits pharmaceutiques de base Unité : million d euros 0-1 000-2 000-1 675,6-3 000-4 000-5 000-2 592,6-2 879,4-3 390,4-4 123,8-4 276,6 2008 2009 2010 2011 2012 2013 (*) (*) Données sur la période décembre 2012 - novembre 2013 / Traitement Xerfi / Source : Douanes La chimie fine pharmaceutique Février 2014 9
Renforcement du poids de l Europe et de l Asie dans les importations Les importations françaises en produits pharmaceutiques de base proviennent essentiellement de trois zones géographiques : l Europe (avec une prépondérance de l Irlande), l Asie et l Amérique (les Etats- Unis en quasi-totalité). Le poids des deux premières zones s est accru ces dernières années (respectivement +9 et +7 points entre 2008 et 2013). Le développement de la production de matières premières pharmaceutiques dans certains pays, notamment la Chine, a favorisé ces évolutions. Répartition géographique des importations de produits pharmaceutiques de base Unité : diamètre proportionnel à la part des importations par zones (en valeur) Traitement Xerfi / Source : Douanes, données 2012 Répartition des importations de produits pharmaceutiques de base par zone géographique Unité : part en % du total des importations en valeur 2008 2009 2010 2011 2012 2013 (e) Europe 56,3% 55,0% 54,4% 53,0% 60,2% 65,0% dont Union Européenne 52,6% 51,6% 52,2% 50,5% 57,8% 61,3% dont Irlande nd nd nd 28,4% 31,0% 29,3% dont Allemagne 6,6% 5,3% 6,4% 6,7% 6,5% 5,7% dont Royaume-Uni 7,2% 6,6% 6,7% 4,8% 2,9% 4,6% dont Belgique 1,0% 0,8% 0,7% 0,8% 1,5% 2,4% dont Espagne 2,9% 3,2% 3,7% 3,1% 2,8% 2,4% dont Italie 2,0% 1,6% 1,4% 1,7% 1,6% 1,3% dont Pays-Bas 2,2% 2,5% 2,2% 1,8% 1,4% 1,2% Asie 10,9% 12,3% 17,4% 22,0% 19,8% 17,8% dont Singapour nd nd nd 11,6% 10,7% 8,8% dont Chine 7,4% 9,1% 14,6% 8,3% 7,2% 6,8% dont Japon 1,7% 1,5% 1,3% 1,1% 0,8% 1,1% Amérique 27,7% 28,4% 27,1% 24,1% 19,0% 15,2% dont Etats-Unis 27,0% 27,9% 26,7% 23,7% 18,6% 14,9% Afrique 0,1% 0,1% 0,1% 0,1% 0,1% 0,1% Moyen Orient 0,4% 0,4% 0,3% 0,1% 0,1% 0,1% Divers 4,6% 3,8% 0,7% 0,7% 0,8% 1,8% Total 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% Traitement Xerfi / Source : Douanes La chimie fine pharmaceutique Février 2014 10
2.3. L analyse de l industrie pharmaceutique en France L état des lieux Une position dominante en Europe, mais qui se fragilise La France dispose historiquement d une tradition industrielle forte dans le secteur de l industrie pharmaceutique et de nombreux atouts (force de frappe de la recherche publique, excellence dans l ingénierie, performances de la recherche et développement, etc.). Elle se place dans le quatuor européen de tête des producteurs de médicaments derrière la Suisse, l Allemagne et l Irlande, et s impose en outre comme la troisième force européenne en matière de dépenses de R&D pharmaceutique. Cette position demeure néanmoins fragile, d abord parce que le caractère attractif de l Hexagone en termes d investissements industriels est de plus en plus diffus, mais surtout parce que de nouveaux concurrents européens majeurs ont émergé, à l image de l Irlande. Structure du marché européen du médicament Unité : % du marché européen des médicaments France 17,1% Allemagne 16,3% Italie 12,6% Espagne 8,7% Royaume-Uni 8,6% 0% 5% 10% 15% 20% Source : EFPIA, données 2011 (dernières données disponibles) Principaux pays de la R&D pharmaceutique en Europe Unité : million d euros 6 000 5 588 5 318 4 972 4 787 4 000 2 000 1 907 1 250 1 102 0 Royaume-Uni Allemagne Suisse France Belgique Italie Danemark Source : EFPIA, données 2011 (dernières données disponibles) La chimie fine pharmaceutique Février 2014 11
Le tissu industriel français en retard sur les segments les plus porteurs Outre l accroissement de l intensité concurrentielle intra-européenne, la position dominante de l industrie pharmaceutique française est menacée par l essor des médicaments génériques et de la bioproduction, deux domaines où la France a accumulé un certain retard. En témoigne la typologie du tissu industriel pharmaceutique français : sur les 224 sites de production de médicaments à usage humain recensés dans l Hexagone en 2012, seuls deux d entre eux sont des génériqueurs purs. En outre, les plans de restructuration et de rationalisation de l outil industriel s enchaînent en France avec notamment un recours croissant à l externalisation (un tiers des sites industriels français sont des façonniers), et les destructions d emplois se poursuivent (baisse des effectifs pour la cinquième année consécutive en 2012). La France conserve néanmoins des points forts indéniables, notamment dans la production de vaccins, et devrait pouvoir compter sur la réactivité de la profession dans l adaptation des emplois et de l outil productif aux évolutions du marché. Nombre d entreprises de l industrie pharmaceutique (*) Unité : nombre d entreprises 500 422 400 300 365 349 302 337 339 335 326 324 257 250 254 200 100 0 1970 1980 1990 2000 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 (*) Hors façonniers Source : LEEM Nombre d entreprises et effectifs salariés de l industrie pharmaceutique française (*) Unités : nombre d entreprises et de salariés, % des variations annuelles Entreprises Croissance Effectifs Croissance 2005 337 nd 101 500 nd 2006 339 0,6% 103 530 2,0% 2007 335-1,2% 103 633 0,1% 2008 326-2,7% 102 928-0,7% 2009 324-0,6% 100 355-2,5% 2010 257-20,7% 97 645-2,7% 2011 250-2,7% 95 692-2,0% 2012 254 1,6% 94 818 (**) -0,9% (*) Hors façonniers / (**) Estimation Xerfi Source : LEEM La chimie fine pharmaceutique Février 2014 12