Sur l histoire des IREM (Institut de Recherche sur l Enseignement des Mathématiques) Joint Finnish-French conference «Teaching mathematics: beyond the PISA survey» Paris, Octobre 2005 Site national : http://univ-irem.fr Michel Mizony IREM de LYON
Plan Les IREM sont le fruit d une histoire Création des IREM Périodes et évolutions Difficultés actuelles Forces et certitudes Introduction : l histoire des IREM est tellement riche qu il n est question aujourd hui que d un survol. Assez paradoxalement ce n est pas dans les documents des IREM que l on trouvera le plus de textes sur son histoire. Le bulletin de l APMEP (Association des Professeurs de Mathématiques de l Enseignement Public) est par contre une mine de renseignements sur cette histoire. Merci donc à l APMEP. Par ailleurs, 37 ans après la création du réseau des IREM, il ne m est possible d avoir une relecture de l histoire des IREM qu à travers ma finitude humaine, je le ferai donc avec mon prisme déformant (mon affectivité, idéologie, etc.). Compagnon de militance de Maurice Glaymann (fondateur de l IREM de Lyon), j ai accepté de me lancer dans cette aventure d essayer de dire une histoire sur les IREM pour les présenter.
La carte des 28 IREM
Qu est-ce un «groupe de recherche» IREM? Dans chaque IREM, il existe plusieurs groupes de «recherche-action». Formés de plusieurs enseignants (du primaire à l université), ces groupes ont une problématique et des objectifs de production et, pour la plupart, ils élaborent et expérimentent des méthodes innovantes en matière d'enseignement des mathématiques ; Ce sont ces groupes qui produisent des documents et ouvrages pour les professeurs et (ou) pour les élèves, préparent des stages de formation continue et confrontent leurs avancées au sein du réseau des IREM.
IREM : fruit d une histoire 1900 : Les maths discipline de service Le phénomène «Bourbaki» La commission «Lichné» (1967) La charte de Chambéry (Février 68) Mai 68 L acte de création
Discipline de service matière à part entière Source essentielle : EM200-Grenoble. Les mathématiques ont longtemps été considérées comme une discipline de service dans l enseignement des sciences et depuis le début du XXème siècle, il y a eu une tendance (révolte?) pour que les mathématiques deviennent une matière à part entière c est-à-dire deviennent un domaine de la culture, avec son histoire, une épistémologie et une didactique qui se développent. On pourrait remonter loin dans les sources avec Aristote, Avicenne, Thomas d Aquin, Leibniz puis Kant par exemple, pour passer ensuite à Poincaré puis aujourd hui à G. G. Granger, si l on veut comprendre pourquoi (épistémologiquement et philosophiquement) les maths ne peuvent se réduire à une discipline de service. Je renvoie donc pour certains aspects de ces dires à http://em2000.imag.fr/actes/conferences
Le phénomène «Bourbaki» L association des collaborateurs de Nicolas Bourbaki a été créée en 1935. Elle a écrit, dès les années 40, les célèbres «Eléments de mathématique». Elle anime toujours le non moins célèbre «Séminaire Bourbaki» (http://www.bourbaki.ens.fr ) Ce groupe est emblématique et de ce qui fut appelé «les maths modernes» et des mathématiques devenant une discipline à part entière.
La commission «Lichnérowicz» (1967) Commission ministérielle pour l'enseignement des mathématiques présidée par M. Lichnerowicz dont le premier rapport publié en mars 1967 marque un changement important sur les conceptions antérieures. Elle préconise la création des Instituts de Recherche sur l'enseignement Mathématique (I.R.E.M.) Voir ce rapport dans le Bulletin de l APMEP, n 258 (1967) Voir BV APMEP n 438 (2002)
La charte de Chambéry (Bulletin de l APMEP, n 261, Février 68) Dans cette charte, l APMEP préconise une profonde réforme des mathématiques et milite pour la création des IREM : «3. - Comment réaliser la réforme? Il faut reconnaître l'importance d'une véritable expérimentation pédagogique qui doit être conjuguée avec une information sérieuse des maîtres ; le rôle essentiel de la formation des maîtres, formation initiale et formation continue motive la création des Instituts de Recherche sur l'enseignement Mathématique (I.R.E.M.) préconisés par la Commission Lichnerowicz ; la voie est ouverte à une évolution continue de notre enseignement.»
Mai 68 S il est évident qu en mai 68 les IREM étaient sur le point d être créés, les évènements ont eu une forte influence sur l organisation des IREM, organisation en réseau qui est originale dans le paysage de l éducation nationale.
L acte de création le 25 Octobre 1968 des trois premiers IREM dans les académies de Paris, Lyon et Strasbourg avec comme directeurs Revuz, Glaymann et Frenkel, et du comité permanent des IREM, dirigé par Lichnérowicz. Ce comité décide, le 24 février 1969, la création de 4 nouveaux IREM à Rennes, Aix-Marseille, Bordeaux et Besançon. En 1970, les IREM de Lille, Montpellier et Clermont- Ferrand sont créés, ceux de Grenoble, Nancy et Toulouse le sont en 1971. Etc. Le travail essentiel est le «recyclage» des professeurs de mathématiques en continuation de celui entrepris sous la «commission Lichné».
Les missions des IREM Dans l acte de création des IREM d Octobre 1968, sont reprises les missions qui avaient été préconisées aussi bien par la «commission Lichné» que par «la charte de Chambery» de l APMEP : - contribution à la formation initiale des enseignants - formation continue des enseignants (recyclage) - contribution à l expérimentation pédagogique - élaboration d une documentation et diffusion Le principe d une évolution continue de notre enseignement est acquis.
Partie 2 : les grandes phases Le recyclage. Mise en place du réseau des IREM ( commissions Inter-IREM). Contribution à la création de laboratoires de didactique, épistémologie et histoire des sciences. Le tournant des TICE.
Le recyclage Du fait de l évolution des programmes avec l introduction des «maths modernes» (études des structures, ), Le ministère a donné de gros moyens pour assurer une formation continue des professeurs de mathématiques en place. Les groupes de formateurs des IREM sont formés d enseignants du primaire au supérieur
Mise en place du réseau des IREM La création des différentes commissions Inter- IREM résulte de la vie de groupes de travail dans différents IREM. Il existent 16 commissions actuellement. Ces commissions organisent colloques et écoles d été et produisent livres et documents. C est la base du réseau des IREM. Une grande production de documents pédagogiques et de revues. Repères, la revue nationale du réseau est créée en 1990.
Création de laboratoires de didactique, épistémologie et histoire des sciences La didactique des disciplines prend sont essor dans les années 70-80. Cela se traduit pour les mathématiques par la création de la revue RDM (Recherches en Didactique des Mathématiques) en 1980, par exemple. Voir le site de l association de l ARDM http://ardm.asso.fr De nombreux laboratoires de recherches en didactique, histoire et épistémologie des mathématiques sont créés à l initiative de membres des IREM et avec souvent un fort soutien logistique au départ. Par ailleurs les IREM ont été et sont une pépinière de responsables dans notre système éducatif (inspecteurs, directeurs d IUFM, et même recteur). La didactique des sciences (en particulier des mathématiques) est reconnue dans le paysage universitaire français.
Le tournant des TICE (Tecnologies de l Information et de la Communication pour l Enseignement) L arrivée des calculatrices, puis des ordinateurs et de nombreux logiciels a petit à petit fait évoluer l enseignement des mathématiques. Les IREM qui ont toujours fait du travail prospectif se sont penchés donc ce qui est appelé l intégration des TICE dans l enseignement. Aujourd hui deux thèmes forts sont en chantier : «les Espaces Numériques de Travail» et «les Mathématiques en ligne». Mon collègue G. Kuntz vous développera ce dernier point.
Forces et Faiblesses du réseau Les moyens en baisse (dans le contexte actuel de réduction des services publics), un certain vieillissement des formateurs sont les points de faiblesse aujourd hui. Il y a une contradiction entre notre structure de réseau et la décentralisation (à la française) qui affaiblit celui-ci. Nos certitudes et nos forces se situent au niveau de la capacité de prévoir et d anticiper des évolutions de l enseignement, grâce à notre structure en réseau. Notre force est aussi dans notre conviction que les IREM et le réseau accomplissent un travail utile, un service public.
Et Pisa? Pisa se fait dans le cadre de l OCDE qui cherche donc à savoir les pays où les «citoyens» sont bien adaptés à notre mondialisation gouvernée par la rentabilité immédiate; bon producteur, bon consommateur? cf. BV n 460 (2005). C est aux antipodes des finalités du réseau des IREM. Cependant un problème est posé : comment rendre nos élèves aptes à réagir rapidement à ce consumérisme et à cette rentabilité financière immédiate que le monde capitaliste veut imposer à la planète. Il s agit du problème de transfert de connaissance, et sur ce point il y a du travail pour le réseau des IREM.